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10 milliards de $ sur 10 ans à Tanger : «Huanying*» à M. Li Bao et au groupe Haite…

Publié le par Felli Bernard

SM le Roi préside la cérémonie de signature du protocole d’accord relatif à la ville nouvelle "Cité Mohammed VI Tanger Tech"

SM le Roi préside la cérémonie de signature du protocole d’accord relatif à la ville nouvelle "Cité Mohammed VI Tanger Tech"

Économie et Finance

10 milliards de $ sur 10 ans à Tanger : «Huanying*» à M. Li Bao et au groupe Haite…

le 22 mars 2017

 

 

La présentation devant le Roi Mohammed VI du magnifique et impressionnant projet de création d’une ville nouvelle aux environs de Tanger, le lundi 20 mars, est un nouvel exploit à mettre au crédit du Royaume dans sa politique de développement économique, d’industrialisation accélérée, de création de richesses et d’emplois dans une région stratégique, interface de l’Europe.

L’annonce de cette réalisation, industrielle et résidentielle tout à la fois, avait été faite, il y a plusieurs mois déjà par le Ministre du Commerce et de l’Industrie, en charge de ce dossier, M. Moulay Hafid Elalamy, M. Ilyass El Omari, Président de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, le méga groupe chinois Haite et le Président du Groupe BMCE Bank of Africa, M. Othman Benjelloun, depuis fort longtemps et personnellement investi dans le partenariat sino-marocain.

Le pactole du siècle !

La « Cité Mohammed VI Tanger Tech » sera donc une nouvelle et formidable étape dans la mise en place d’une panoplie d’unités industrielles, portant création d’emplois pour près de 100 000 postes, dont 90 % seront dévolus à des nationaux, mais aussi d’une zone résidentielle, une « smart city » que les Chinois savent édifier avec succès.

Le Groupe Haite, qui dispose d’une longue expérience et d’un savoir-faire éprouvé dans des métiers aussi variés que l’industrie automobile, l’aéronautique, l’hôtellerie, la construction, l’assurance, la finance, etc., ne s’est point trompé dans son choix à l’heure où la nécessité de la délocalisation commence à tarauder tous les grands groupes de la seconde puissance économique mondiale.

Et c’est parce que le Royaume offre des atouts incomparables que Haite a décidé de s’implanter à 15 kilomètres de l’Espagne, sur la rive sud du Détroit de Gibraltar, passage obligé vers l’Europe, certes, mais aussi l’Afrique et les Amériques…

La nouvelle route de la Soie

La Chine et le Groupe Haite en l’occurrence, s’appuyant sur les accords de partenariat stratégique signés lors de la visite royale à Pékin en mai 2016, ont fait preuve d’une très grande réactivité, laquelle a également caractérisé le partenaire marocain, c’est-à-dire l’Etat, la Région Nord et le Groupe BMCE Bank of Africa.

Aujourd’hui, alors que les travaux d’aménagement d’une bretelle d’autoroute sont déjà en cours entre la zone industrielle de Gueznaya et celle de Melloussa, on s’apprête à donner les premiers coups de pioche sur une superficie de 500 hectares qui accueilleront les installations industrielles chinoises et la zone résidentielle pour cette Cité Mohammed VI Tanger Tech.

Un projet que le président du Groupe BMCE Bank n’a point hésité à qualifier de « monumental, multidimensionnel, inédit depuis l’Indépendance du Maroc », lors de la cérémonie officielle de présentation devant le Souverain.

Et M. Othman Benjelloun d’énoncer les principales caractéristiques de cette démarche de partenariat tripartite entre l’Etat marocain, le grand groupe chinois Haïte et BMCE Bank of Africa :

« Un projet qui allie Industries et Services, Infrastructures technologiques et logistiques, Urbanisation et Tourisme.

– Un projet qui va contribuer à la renaissance de la « Route de la Soie », si chère à nos partenaires et amis chinois. Cette Route passera, désormais, par Tanger et, à partir de cette terre bénie, vers le reste du continent africain, l’Europe et l’Amérique.

Si nous avons pu sceller ce partenariat, entre la Région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, le Groupe HAITE –groupe leader dans le domaine industriel en Chine – et BMCE Bank of Africa, pour la réalisation du projet de cette Nouvelle Ville Industrielle de Tanger qui sera érigée sur 2000 hectares pour abriter 300.000 habitants et dont l’investissement global s’élève à 11 Milliards de US Dollars sur 10 ans, c’est parce que Votre Majesté a permis que soit scellé, lors de Sa visite d’Etat à Pékin en Mai dernier, un véritable partenariat stratégique entre notre pays et la puissance économique et politique planétaire qu’est la Chine ».

SM le Roi reçoit à Tanger le président du Groupe industriel chinois HAITE
SM le Roi reçoit à Tanger le président du Groupe industriel chinois HAITE

Co-localisation et production intégrée

Car il est particulièrement pertinent de souligner, en cette occasion, l’intérêt mutuel et réciproque que représente cette nouvelle dimension du partenariat maroco-chinois.
Outre la création de richesses matérialisée par des investissements d’un montant global de 11 milliards de dollars sur dix ans, le Royaume assure, avec des garanties imparables, le développement d’une région qui a longtemps été ignorée du pouvoir central, et qui, en l’espace d’une décennie déjà, a connu un formidable essor notamment matérialisé par le Port de Tanger Med, l’implantation de l’usine Renault Dacia à Melloussa, mais aussi la réhabilitation de la ville de Tanger et de ses infrastructures, le projet ferroviaire (fort avancé) de Ligne à Grande Vitesse entre Tanger et Casablanca, etc.

Le Nord du Royaume est, faut-il le répéter, l’interface de l’Espagne, membre de l’Union européenne, qui a connu depuis son adhésion à l’UE, un développement tous azimuts malgré les affres récents d’une crise économique et financière.

Tanger, ses zones industrielles, ses infrastructures routières, autoroutières, portuaires, ferroviaires, aéroportuaires, sa main d’œuvre compétente, nombreuse et à des coûts comparatifs avantageux, est une place idéale pour qui rêve d’entrer et de conquérir durablement un marché européen fort de 500 millions de consommateurs.

C’est effectivement là le grand projet caressé et mis en application avec persévérance, continuité, imagination et détermination par le Roi Mohammed VI depuis son accession au Trône et l’on mesure parfaitement aujourd’hui les progrès accomplis, et les perspectives qui s’annoncent encore plus prometteuses.

Et c’est exactement ce que recherchait le groupe industriel chinois Haïte qui sait combien il est difficile aujourd’hui pour les produits « made in China » d’entrer dans une Europe transformée en forteresse protectionniste, minée par la xénophobie, les tentations isolationnistes, la dénonciation outrancière des délocalisations et les discours à la Trump et autre Marine Le Pen.

En s’arrimant au Maroc, qui dispose d’une très large palette d’accords bi et multilatéraux de libre-échange, situé aux portes du Vieux Continent, en faisant jouer la règle de l’intégration industrielle qui permet d’exporter vers d’autres marchés sous le pavillon marocain, le Groupe Haïte joue gagnant sur tous les tableaux, mû par la nécessité de se développer et de produire aux meilleures conditions, aux meilleurs prix et au meilleur endroit.

Voilà pourquoi il s’agit, incontestablement, d’une démarche marqué au sceau, indélébile désormais, du « win-win », car chaque partie y trouve son compte, très largement…

Fahd YATA

*Huanying est la transcription en alphabet latin du mot Bienvenue en langue chinoise.

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Entretien avec Thierry Meyssan À propos de « Sous nos yeux »

Publié le par Felli Bernard

Entretien avec Thierry Meyssan

À propos de « Sous nos yeux »

À l’occasion de la publication de son livre, « Sous nos Yeux. Du 11-Septembre à Donald Trump », Thierry Meyssan a accordé une interview par Internet.

| Damas (Syrie)
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Réseau Voltaire : Thierry Meyssan, votre nouveau livre Sous nos yeux vient de paraître, 10 ans après le précédent. Quel en est le sujet, et pourquoi avoir attendu aussi longtemps ?

Thierry Meyssan : Il y a seize ans, je dénonçais le coup d’État du 11-Septembre. Ce que j’anticipais à l’époque a effectivement eu lieu : les responsables de cette opération ont instauré un état d’urgence permanent aux États-Unis et se sont lancés dans une série de guerres impérialistes. Beaucoup de gens n’ont retenu de ce livre que le court passage sur l’attentat du Pentagone, mais c’est un livre de sciences politiques qu’on aurait mieux fait de prendre au sérieux.

Je ne comprends pas lorsque l’on me demande si je « crois » toujours ce que j’ai écrit en 2002 : je le vois, je le vis tous les jours. Les sciences politiques sont des sciences empiriques : on ne parvient à distinguer entre des hypothèses, celles qui sont vraies de celles qui sont fausses, qu’à travers leurs conséquences. Et le temps m’a donné raison.

Cela fait plus d’un an que la France est placée sous état d’urgence, tandis que ces guerres ont dévasté le Moyen-Orient élargi et fait déjà plus de 3 millions de morts. Elles sont en train de déborder en Europe avec des flux migratoires et des attentats terroristes.

Dans Sous nos yeux, j’ai voulu revenir sur leur planification. Expliquer qui en a décidé, pourquoi et comment. Les Occidentaux abordent ce phénomène de manière séquentielle. Pour eux, en général, il n’y aurait pas de liens entre ce qui s’est passé en Afghanistan, en Irak, en Tunisie, en Égypte, en Libye, au Yémen et en Syrie. Tous ces peuples aspireraient à la démocratie, mais aucun ne serait capable de l’établir.

Derrière ces apparences discontinues, il y a un plan général qui a d’abord frappé le Moyen-Orient élargi et qui s’étend maintenant à l’Occident.

Réseau Voltaire : De fait, votre livre paraît au moment même où l’expression « post-vérité » est particulièrement en vogue dans les médias de masse (pour dénoncer exclusivement la pseudo propagande de la Russie de Poutine et les prétendus mensonges de Trump), et où le « journal de révérence atlantiste » s’autoproclame en quelque sorte MiniVer (ministère de la Vérité) avec son ineffable Decodex… Votre ouvrage montre à quel point les valeurs sont inversées, et comment nous vivons plus que jamais dans un monde devenu réellement orwellien. Y a-t-il encore un espoir ?

Thierry Meyssan : En Occident, nous entrons juste, avec la campagne anti-Trump, dans la première phase de la propagande proprement dite. Parce que c’est la première fois que le système s’en prend à la fonction qu’il prétendait suprême. À cette occasion, une contradiction apparaît entre les techniques de « relations publiques » et celles de la « propagande ». En effet, Donald Trump est un spécialiste des premières et une victime des secondes.

Une des caractéristiques de la propagande, c’est de se substituer à l’esprit critique. Lorsque nous étions à l’école, nous ne pensions pas qu’un texte avait plus de valeur selon son auteur, mais selon son contenu. Nous apprenions à le lire de manière critique. La Démocratie est fondé sur ce principe : nous devons accorder la même attention à ce que dit tout citoyen, tandis que l’Ancien régime n’accordait la parole qu’à la noblesse et au clergé (on dirait aujourd’hui aux politiques et aux journalistes).

Le Decodex fait exactement l’inverse. Il qualifie a priori un article de juste ou de faux selon son auteur. C’est intellectuellement stupide et profondément anti-démocratique.

Il ne vous a pas échappé que le Decodex est à la fois lié à l’Entente des médias créée par une mystérieuse ONG, First Draft, et à l’état-major militaire de l’Union européenne. De fait, Le Monde, en prenant à son compte cette initiative, est très loin de pouvoir revendiquer être un simple organe de presse. Et pour répondre à votre question, comme lors de la Seconde Guerre mondiale, il n’y a pas d’espoir dans les médias en général, mais il y a de l’espoir tant que nous sommes capables de résister.

Réseau Voltaire : L’usage intensif de la propagande pour vendre une guerre n’est certes pas une nouveauté, mais avec la Libye et la Syrie, on a l’impression d’avoir atteint des sommets, des niveaux rarement égalés, si ce n’est au plus fort de la Première Guerre mondiale, comme le faisait remarquer dernièrement, entre autres, Patrick Cockburn dans CounterPunch.

Thierry Meyssan : Oui, mais cette comparaison n’est valable que pour le Royaume-Uni (ou plus exactement sa métropole) et les États-Unis dont le territoire n’était pas touché par la guerre et qui avaient une maîtrise de la propagande moderne. À l’époque, ni la Russie, ni l’Allemagne, ni la France ne savaient ce que sont ces technique.

La première nouveauté c’est la place que tient l’audiovisuel aujourd’hui et l’usage, plus fréquent qu’on ne le croit, d’images de fiction présentées aux Journaux télévisés comme des reportages authentiques. Je pense par exemple à des séquences sur la pseudo « révolution verte » en Iran ou à d’autres sur la soi-disant entrée des rebelles sur la place verte de Tripoli en Libye. Ce mélange de fiction et de vérité a triomphé avec la remise par Hollywood d’un Prix documentaire à Al-Qaïda pour sa mise en scène des Casques blancs à Alep.

La seconde nouveauté, c’est la création d’une coordination internationale entre des gouvernements alliés pour créditer leur propagande. Cela a commencé avec le Bureau joint des Communications globales de la Maison-Blanche et de Downing Street. Aujourd’hui, c’est la StratCom Task Force de l’Union européenne et le Centre de communication stratégique de l’Otan.

Réseau Voltaire : Chacun sait qu’« en temps de guerre, la vérité est la première victime », chacun a en mémoire au moins quelques manipulations et mensonges relayés dans le passé de manière unanime par la presse. Et pourtant, chacun tombe encore et encore dans le panneau ! On a parfois l’impression que « plus c’est gros, plus ça passe » : il suffit que la plupart des médias en parle. Les journalistes (et les politiques) ne sont pourtant pas tous stupides ou vendus : comment expliquer cet aveuglement collectif, cette transe consensuelle des médias et des politiques ?

Thierry Meyssan : La presse a profondément changé au cours des dernières années. Le nombre de journalistes aux États-Unis a baissé des deux-tiers depuis le 11-Septembre. En fait, il n’y presque plus de journalistes, mais beaucoup de rédacteurs qui adaptent les dépêches d’agences à des publics différents. Ce n’est pas du tout pareil.

Ensuite, la logique commerciale l’a largement emporté sur le souci d’informer. Violer la Charte de Munich, qui fixe les droits et devoirs des journalistes, est devenu quotidien pour la plupart d’entre eux sans susciter la moindre réprobation, ni de la profession, ni du public. Par exemple, personne ne proteste lorsque la presse diffuse la comptabilité d’une banque ou d’un cabinet d’avocat, paraît-il pour débusquer des fraudeurs ; ou lorsque un journal publie un PV couvert par le secret d’une instruction, paraît-il pour révéler les turpitudes d’un prévenu, mais quid de la confidentialité de ces professions ? Souhaitez-vous vraiment que la presse puisse divulguer vos mouvements bancaires et votre dossier de divorce ; souhaitez-vous être désigné comme coupable après avoir été interrogé par un magistrat ? Alors pourquoi l’acceptez-vous lorsqu’il s’agit de personnes connues ?

Enfin, la presse et ses lecteurs en général ne cherchent plus à comprendre le monde et sont devenus méchants. Il y a vingt ans, mes lecteurs m’écrivaient en me reprochant de critiquer un tel ou un tel sans mentionner ses mérites. Aujourd’hui c’est l’inverse, ils me reprochent de rendre hommage à une personnalité ou une autre sans mentionner ses « casseroles ».

C’est parce que nous avons accepté cette dérive que nous sommes devenus crédules et pas l’inverse. Les responsables politiques ont adopté notre comportement collectif. Ainsi, lorsque l’on demande au président Hollande pourquoi il a pris telle ou telle décision de politique étrangère, il répond qu’il lui fallait bien réagir aux attentes de la presse. C’est-à-dire qu’il ne fixe pas sa politique après avoir été informé par son administration et en avoir débattu avec ses conseillers, mais en lisant le journal.

On en est arrivé à un système circulaire : les journalistes suivent les politiques qui suivent les journalistes. Plus personne n’a de prise sur la réalité.

Réseau Voltaire : De nombreux ouvrages ont traité les « Printemps arabes », presque tous en offrant une lecture simpliste des événements se déroulant de façon spontanée (le fameux « vent de liberté » balayant les dictateurs en place), à l’aulne de la vision romantique voire naïve, parisienne, de la Révolution française. Dans ce contexte, votre livre détonne – c’est le moins qu’on puisse dire ! En quoi votre analyse est-elle justifiée, ou pour le dire autrement, en quoi n’est-elle pas purement et simplement « complotiste » ?

Thierry Meyssan : D’abord, pendant la Révolution française, le roi a trahi en allant chercher des armées étrangères pour réprimer son peuple. Il a donc été destitué. Mais dans aucun des sept pays où se sont déroulés ces printemps arabes le chef d’État n’a été destitué par son peuple. Étrange n’est ce pas ?

Ensuite, nous disposons de nombreux témoignages et de plusieurs documents qui attestent la préparation de ces événements par les Anglo-Saxons depuis 2004. Comme il y a toujours un décalage entre le moment de la prise de décision, le déploiement des équipes nécessaires et la concrétisation du projet, et comme nous n’avons aucune mémoire, nous avons été surpris par ce que l’on nous avait pourtant annoncé.

Ne vous méprenez pas sur mes propos : il y a bien eu des mouvements de protestation dans chacun de ces pays, mais dans aucun ce ne fut une révolution visant à renverser le chef d’État et à démocratiser la société. Nous projetons notre fantasme sur des événements qui sont d’une autre nature.

Les « Printemps arabes » ne sont que la réédition de la « Grande révolte arabe de 1916 » : un mouvement que sur le moment tout le monde a cru spontané. Or, tous les historiens s’accordent aujourd’hui à le décrire comme entièrement conçu et manipulé par les Britanniques. Sauf que cette fois, il n’y a pas de figure romantique comme Lawrence d’Arabie pour croire lui aussi aux promesses de ses supérieurs de Londres. Tout cela a été conduit avec un parfait cynisme.

Réseau Voltaire : Thierry Meyssan, ceux qui vous suivent et vous lisent régulièrement savent que vous êtes un homme de paix. Vous êtes présent sur le terrain des conflits depuis plus de 6 ans, en cela votre regard et vos analyses sont précieux, et méritent à tout le moins d’être écoutés ; cependant, vous racontez comment vous avez parfois aussi été acteur des événements (aussi bien en Syrie qu’en Libye, en Iran et en Russie), d’où cette question : sans vous accuser d’être « l’ami des mollahs et des pires dictateurs » – ce qui serait simplement stupide – ne peut-on pas légitimement penser que votre combat contre l’impérialisme vous aveugle ? Que vous n’êtes pas « objectif » ? Ou que vous êtes perméable à la propagande de l’autre camp ? Voire que vous en soyez un vecteur !

Thierry Meyssan : Je me le demande tous les jours et j’espère que vous aussi, qui vivez de l’autre côté de la frontière, vous vous le demandez tous les jours pour vous-mêmes. Où que l’on vive, on est toujours influencé par son milieu. Votre situation en Europe n’est pas meilleure que la mienne ici.

Chacun d’entre nous doit faire un effort pour devenir objectif. Ce n’est pas spontané. Dans un conflit, nous devons chercher à comprendre comment nos adversaires analysent les situations. Non pas pour mieux les combattre, mais pour éventuellement nous rapprocher d’eux.

Ceci étant posé, et sachant que la responsabilité politique, c’est de choisir en permanence la moins mauvaise solution, je ne prétends pas avoir servi des saints, mais les meilleurs. C’est pourquoi je n’ai pas servi George W. Bush ni Barack Obama qui ont détruit le Moyen-Orient élargi, ni Nicolas Sarkozy qui a détruit la Libye, ni François Hollande qui a détruit la Syrie. Au contraire, j’ai servi Hugo Chávez qui a extirpé son peuple de l’analphabétisme, Mahmoud Ahmadinejad qui a industrialisé l’Iran, Mouammar Kadhafi qui avait mis fin à l’esclavage en Libye et Bachar el-Assad qui a sauvé la République arabe syrienne des hordes jihadistes. Jamais on ne m’a demandé de faire quelque chose dont j’aurais à rougir et si on me l’avait demandé, je ne l’aurais pas fait.

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Réseau Voltaire : À vous lire, on est vraiment saisi de vertige tellement ce que vous écrivez est radicalement différent de la narration qui est faite en Occident. Comment est-ce possible ?

Thierry Meyssan : Il n’y a pas de régimes autoritaires en Occident, pourtant la propagande y est quotidienne. C’est qu’elle n’est pas imposée d’en haut, mais attendue d’en bas. Elle ne triomphe que parce que nous ne voulons pas savoir la vérité ; parce que nous ne voulons pas connaître les crimes qui sont commis en notre nom. Nous sommes comme des autruches qui enfouissent leur tête dans le sable.

La meilleure preuve de ce que j’avance est la campagne électorale présidentielle en France. À ce jour, pratiquement aucun des principaux candidats n’a exposé ce qu’il ferait en tant que président. Tous expliquent ce que devrait faire leur Premier ministre en matière économique, mais aucun n’ose parler de la responsabilité présidentielle à laquelle ils aspirent : la politique étrangère et la défense de la Patrie. Or, à l’heure de la mondialisation, il est simplement impossible d’obtenir des résultats économiques sans repositionner au préalable le pays sur la scène internationale. Mais rares sont ceux qui osent encore analyser les relations internationales, c’est devenu tabou.

Réseau Voltaire : Les attentats terroristes de Daech et d’Al-Qaïda en France ces 2 dernières années ont un peu modifié le discours médiatique, surtout après les carnages du 13 novembre à Paris ; tout à coup, les médias ici et là ont donné un peu d’écho aux voix dissonantes — jusque-là inaudibles — qui questionnaient le bien-fondé de la politique française en Libye et en Syrie, et aussi les relations spéciales et privilégiées que nos dirigeants entretiennent avec le Qatar et l’Arabie saoudite. Et puis on est très vite revenu au statu quo ante, « Bachar » le bourreau doit partir…

Thierry Meyssan : Encore une fois, vous prenez les choses à l’envers. Le Directeur général de la Sécurité intérieure, Patrick Calvar, a déclaré devant une commission parlementaire qu’il savait qui avait commandité ces attentats, mais qu’il ne le dirait pas. Ce n’est effectivement pas à lui de le dire, mais au président de la République, François Hollande.

Or, comme je l’explique dans Sous nos yeux, Alain Juppé et François Hollande ont pris des engagements internationaux secrets qu’ils n’ont pas pu tenir. Floué, Recep Tayyip Erdoğan a commandité cet attentat et celui de Bruxelles dont il s’est félicité à l’avance. Ces deux opérations ont été conduites par des commandos distincts, à l’exception de Mohamed Abrini du MI6 britannique qui a participé aux deux.

Nos gouvernements successifs ont pris des décisions tellement abjectes qu’ils n’osent pas les avouer. J’ai abordé cette situation dans mes articles, mais seulement à mots couverts. Cette situation ne peut plus durer. Je ne peux plus supporter de voir mourir nos compatriotes au Bataclan et à la terrasse des cafés. J’ai écris ce livre pour déballer le linge sale, tout le linge sale, et que nous changions.

Réseau Voltaire : Avec ce livre, vous nous replongez dans un passé pourtant proche et qui semble cependant révolu : je pense notamment au flamboyant discours de paix de Dominique de Villepin à l’ONU en 2003, et à l’intervention militaire illégale contre la Libye en 2011. Comment la France a-t-elle vu en si peu de temps (8 ans) le triomphe total chez nos « élites » des thèses des néoconservateurs US et de leur prophétie autoréalisatrice de « choc des civilisations » et de « guerre sans fin contre le terrorisme » ?

Thierry Meyssan : D’abord, à mes yeux, il n’y a pas de prophétie : le « choc des civilisations » et la « guerre contre le terrorisme » n’ont jamais existé. Il y a juste une guerre d’un Empire et de ses alliés contre les peuples du Moyen-Orient élargi et contre celui du Donbass. La nouveauté étant que l’Empire n’est plus gouverné par la Maison-Blanche, mais par l’État profond, dont nous avons identifié plusieurs des dirigeants.

Ensuite, l’alignement des élites européennes sur l’administration Obama est un phénomène classique de collaboration avec le plus fort. Il se prolonge aujourd’hui contre l’administration Trump. De sorte que les Européens sont passés au service de l’opposition états-unienne.

Réseau Voltaire : À ce sujet, vous faites une différence notable entre les présidences Sarkozy et Hollande, le second ayant relancé la guerre en Syrie que le premier avait certes commencé mais dont il s’apprêtait, par pragmatisme, à s’en retirer…

Thierry Meyssan : Oui, encore que si le président Sarkozy s’est sagement retiré du conflit syrien, il avait auparavant poursuivi la lutte contre la Côte d’Ivoire et la Libye jusqu’à leurs termes. Mais le plus important est ailleurs. Les gouvernements Sarkozy se sont divisés sur la participation française au plan britannique des « Printemps arabes ».

Nous devrions donc rendre hommage à ceux qui ont convaincu le président Sarkozy de faire la paix. C’est là que les choses se compliquent : ils ont presque tous été sanctionnés par le Système. Alors qu’Alain Juppé est encensé par les médias, le préfet Édouard Lacroix a été physiquement éliminé, Claude Guéant a été condamné à de la prison ferme, Bernard Squarcini et François Fillon sont poursuivis par la Justice. Seul Gérard Longuet s’en est bien sorti. Comprenez que ce genre d’exemples refroidi tous ceux qui pourraient aujourd’hui mettre fin à la guerre.

Réseau Voltaire : Votre livre s’ouvre sur la résolution des Nations Unies suivante : « Tous les États doivent s’abstenir d’organiser, d’aider, de fomenter, de financer, d’encourager ou de tolérer des activités armées subversives ou terroristes destinées à changer par la violence le régime d’un autre État ainsi que d’intervenir dans les luttes intestines d’un autre État ». Ce rappel pertinent du fondement du Droit international semble être parfaitement ignoré à la fois par la plupart de nos responsables politiques, et par les journalistes et les médias qui relaient leurs paroles sans la questionner jamais.

Thierry Meyssan : Cette citation est extraite de la résolution qui détaille la signification de la Charte des Nations unies. C’est un texte de référence que bien sûr tous les diplomates et les journalistes spécialisés ont étudié.

L’oublier indique que l’on n’entend plus défendre les principes du Droit international. Nous vivons désormais dans un monde hypocrite où les responsables politiques et les fonctionnaires de l’Onu se réclament de la Charte, mais la violent en permanence. Comme je le montre en détail dans ce livre, les guerres actuelles au Moyen-Orient et au Donbass sont dirigées politiquement et logistiquement depuis l’Onu par le numéro 2 de l’organisation : Jeffrey Feltman.

Réseau Voltaire : Dans ce livre, contrairement aux précédents, vous avez décidé de ne pas sourcer vos propos, de ne pas utiliser de notes. Pourquoi ce choix, qui prête le flanc à tous les procès en affabulation qui ne manqueront pas d’être faits contre vous ? Est-ce un pari sur l’intelligence des lecteurs ?

Thierry Meyssan : En 2002, dans l’Effroyable imposture 1 (sur le 11-Septembre), j’avais cité des sources officielles sur Internet. Cela ne se faisait pas à l’époque. D’ailleurs peu de gens avaient déjà accès à Internet. On m’a reproché de ne pas m’appuyer sur la seule source sérieuse : le papier. En 2007, dans l’Effroyable imposture 2 (sur la guerre qui venait d’avoir lieu contre le Liban), j’ai cité des centaines de dépêches d’agence et de rapports officiels. Là, comme on ne pouvait rien me reprocher, la presse a ignoré le livre. Cette fois, je n’ai pas donné de références. Les gens que je mets en cause nieront peut-être et m’accuseront d’affabulation. S’ils veulent du déballage sur la place publique, je suis prêt à leur répondre.

Vous savez, entre 2002, 2007 et 2017, j’ai beaucoup vécu, beaucoup appris et beaucoup muri. Personne en France n’a participé aux événements comme je l’ai fait.

Réseau Voltaire : Il y a 10 ans, votre livre L’Effroyable Imposture 2. Manipulations et désinformations n’avait fait l’objet d’aucune recension dans les médias. En fait, votre image a été à ce point dénigrée que les libraires — eux aussi victimes de la propagande — l’ont accueilli avec réticence, ne le plaçant pas de manière bien visible sur les tables (comme toute nouveauté d’un auteur à succès) mais le rangeant généralement à l’abri des regards en rayonnage, voire en le dissimulant carrément hors d’atteinte du public, dans la réserve (où est conservé le stock). Il s’était pourtant très bien vendu. Vu le climat de quasi hystérie qui entoure « Bachar » Poutine et Trump, il est évident que celui-ci ne sera pas mieux reçu : peut-on être optimiste quant au succès de sa divulgation ?

Thierry Meyssan : L’époque est différente. Il y a quelques années, la quasi-totalité d’entre nous croyait n’importe quoi pourvu que ce soit repris par Le Monde. Aujourd’hui, la majorité s’interroge sur les contradictions de la rhétorique bien-pensante.

Par exemple, supposons qu’Al-Qaïda soit un groupe d’enragés anti-occidentaux qui auraient commis les attentats du 11-Septembre, comment se fait-il que l’on ait exigé du général Carter Ham (commandant de l’AfriCom) qu’il s’appuie sur Al-Qaïda en Libye —ce qui a provoqué sa protestation et la fin de sa mission— ? Pourquoi Laurent Fabius a-t-il soutenu les États arabes selon qui Al-Qaïda « fait du bon boulot » en Syrie ? Pourquoi la France a-t-elle envoyé des munitions à Al-Qaïda en Syrie ?

On peut donc espérer qu’individuellement, les uns après les autres, les Français en général —et donc les libraires aussi— reconsidèreront ce qu’ils croyaient savoir depuis le début des événements. Si en apparence les faits sont incohérents, à quel niveau se trouve leur logique ?

Réseau Voltaire : Thierry Meyssan, merci pour votre temps, et plus encore pour ce livre extraordinaire que j’invite vos lecteurs à découvrir et à faire partager le plus largement possible autour d’eux. Un dernier mot en guise de conclusion ?

Thierry Meyssan : Chacun doit désormais se positionner face à ce qui a débuté au Moyen-Orient élargi. Cela a commencé dans des pays lointains, mais cela arrive désormais chez nous. Les attentats d’une part, la propagande de guerre d’autre part, sont déjà là. Si nous refusons de voir la vérité en face, nous serons écrasés par les forces dont nous persistons à être les alliés. Plus nous attendons, plus il sera difficile de défendre notre liberté, chez nous.

Réseau Voltaire

Voltaire, édition internationale

 

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URGENT : Aidez-moi à poser des questions à Macron à 18h00 !

Publié le par Felli Bernard

21
Mar
2017

Bonjour

Je viens de voir que Macron fera un Facebook Live à 18h00.

Aidez-moi à lui poser quelques questions sur Twitter et Facebook svp.

[Terminé merci ! Bilan demain 🙂 ] Voilà la première :

39 réponses à URGENT : Aidez-moi à poser des questions à Macron à 18h00 !

Commentaires recommandés

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Tour d'horizon

Publié le par Felli Bernard

Tour d'horizon

21 Mars 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Etats-Unis, #Ukraine, #Russie, #Europe, #Moyen-Orient

Evolutions, remous et recompositions continuent de chahuter l'échiquier du Grand jeu.

Dans la lignée de ce que nous disions, le réalisme gagne chaque jour du terrain à Washington. Certes, le Deep State n'a pas dit son dernier mot et nous mijote sans doute quelque chose de derrière les fagots, mais le momentum semble perdu. Dernier exemple en date, l'audience de l'ancien président estonien devant une commission du Congrès. Il venait, comme ses compères baltes et polonais, pleurnicher sur la légendaire "agression russe" mais, pour sa plus grande surprise, s'est fait rabrouer vertement par le représentant Républicain Rohrabacher :

Pour les non-anglophones, le député lui demande un exemple concret d'agression militaire russe. l'Estonien part alors dans une invraisemblable histoire d'un policier enquêtant sur la contrebande de cigarettes (!) à la frontière et kidnappé par le FSB russe. Pressé de donner un exemple un peu plus sérieux, le pitre se décompose et Rohrabacher commence une étonnante et honnête diatribe concernant la folie de la campagne russophobe et la responsabilité américaine dans de sales opé passées, ce qui n'est d'ailleurs pas sans nous rappeler les aveux du Donald - "Croyez-vous que nous-mêmes soyons si innocents ?"

McCain a dû en tomber de sa chaise... Johnny Follamour l'a plutôt mauvaise en ce moment. Même son acolyte Lindsay Graham commence à être fatigué des jérémiades est-européennes. Ok, on est avec vous mais dépêchez-vous de débiter vos âneries...

L'ambiance a changé à Washington sur le dossier ukrainien. Un affidé du Pravy Sektor s'est fait arrêter début mars pour trafic d'équipement militaire (aurait-il été inquiété sous Obama ?), le Congrès propose de diviser par deux son aide militaire à l'Ukraine (au grand dam de la MSN)...

Sans surprise, ce glissement est très mal vécu à Kiev où la junte est coincée. Les néo-nazis continuent leur blocus contre le charbon du Donbass et menacent de "détrôner" Porochenko. Rien ne va plus dans le Banderistan qui se déchire et le roi du chocolat préfère botter en touche et détourner l'attention en demandant sans rire à la Cour de justice internationale de condamner... la Russie (eh oui, il fallait y penser). Le coup classique pour acheter la paix intérieure mais il n'est pas sûr que ça fonctionne cette fois-ci.

Les Ukrainiens sont immensément las du paradis post-Maïdanite, excédés par la corruption rampante (notez la crise cardiaque du directeur des douanes pris la main dans le sac), Poroclown est à 12% de popularité et une nouvelle révolte des russophones des provinces du sud n'est pas à exclure (le gouverneur de Nikolaïev est paniqué, qui voit 65% de séparatistes pro-russes dans sa province).

Si les leaders du Donbass ne craignent pas l'exagération en affirmant que dans les conditions actuelles, l'Ukraine n'a plus que 60 jours à vivre, il n'en reste pas moins vrai que la situation vire au naufrage, Kiev mendiant l'aide du FMI. Explosion ou lent pourrissement ? Les paris sont ouverts. Un failed state de plus à ajouter à la boutonnière impériale...

Pas de quoi impressionner les Russes, prêts à endurer les sanctions aussi longtemps que nécessaire afin de poursuivre la même politique étrangère. Ce n'est certes pas en Occident que l'on verrait ça...

A Moscou, le temps est au beau fixe. Les bisbilles énergétiques dont nous avions parlé entre la Russie et la Biélorussie n'empêchent pas l'entière coopération diplomatique et militaire (dixit Loukachenko) ni l'établissement d'un espace commun de défense. Bien sûr, les exercices militaires de septembre, pour lesquels des tonnes d'équipement russe passent actuellement la frontière, provoquent l'hystérie habituelle à Vilnius ou à Varsovie mais, on l'a vu, les geignards n'ont plus vraiment l'oreille de Washington.

Trump et Poutine doivent regarder avec un certain amusement l'affrontement de plus en plus ouvert entre les euronouilles et le führerinho d'Ankara. Ce dernier poursuit son délire, encourage les Turcs du Vieux continent à faire cinq enfants ("vous êtes l'avenir de l'Europe") tandis que son ministre des Affaires étrangères affirme que les "guerres saintes commenceront bientôt". Ces commentaires incendiaires se sont attirés une réponse cinglante (vous devinez de quelle partie du spectre politique) tandis que les eurocrates globalistes, tétanisés et pris à leur propre piège, ont préféré regardé ailleurs. Comme de bien entendu, pas un mot dans la MSN, ça fera monter le "populisme"... Ah j'oubliais, Ankara recommence son chantage aux migrants.

Sympas, les copains de l'OTAN ! Et puisqu'on en parle, la Turquie a interrompu sa coopération au sein de l'organisation atlantique avec certains pays européens. Entre le désintérêt de Trump et l'incendie d'Erdogan, OTAN va la cruche à l'eau...

Analysant les déboires syriens d'Ankara, nous écrivions il y a un an :

Maigre consolation pour le sultan : grâce aux réfugiés, il a pu faire chanter les Européens, véritables dindons du dindon de la farce.

Cette formule n'a jamais été aussi vraie qu'aujourd'hui. Car Erdogan se prend à nouveau des bâches en Syrie et ce n'est sans doute pas un hasard si, en bon élève de Porochenko et à un mois de son référendum, il allume un énième incendie rhétorique pour détourner l'attention de ses déconvenues stratégiques.

Nous nous étions arrêtés sur les retrouvailles russo-kurdo(-américano)-syriennes à Manbij et le barrage bloquant toute avancée turque. Depuis, les loyalistes ont resserré le noeud autour de Deir Hafer même s'ils ont reperdu une partie de la base aérienne de Jirah :

On le voit, l'aventure néo-ottomane est terminée. Etalant avec gourmandise du sel sur les plaies turques, les YPG annoncent aujourd'hui que Moscou entraînera les forces kurdes et que les Russes installent une base militaire dans le canton d'Afrin ! Si le Kremlin nie vouloir aménager une nouvelle base (mais que vaut un démenti en Syrie où l'on a assisté à tant de surprises ?), la première affirmation n'est pas contestée. Ô sultan, tout est perdu fors l'honneur... Pas étonnant que la presse turque reste muette et que le gouvernement s'en prenne aux "fascistes" européens.

Que peut faire le sultan ? Le maestro Poutine a encore frappé, plaçant chacun là où il voulait qu'il soit. Erdogan est totalement isolé sur la scène internationale : la relation avec l'Occident est définitivement cassée, la confiance durablement abîmée avec les pétromonarchies du Golfe ou Israël. La Syrie, l'Iran, l'Irak et l'Egypte sont des ennemis ou des adversaires. Qui reste-t-il à Erdogan pour exister internationalement ? La Russie...

Le Kremlin la joue fine, associant publiquement la Turquie aux progrès des pourparlers de paix (alors qu'il n'y en a aucun) et de la lutte anti-terroriste sur le terrain (alors qu'Ankara n'y est pour rien). Poutine s'attache le sultan reconnaissant et peut lui faire avaler toutes les couleuvres qu'il veut. Et si l'Ottoman est soudain pris d'idées saugrenues, les Russes ont toute une palette de possibilités à leur disposition comme il l'ont montré en novembre 2015 :

Vu l'état de l'économie turque et de la lire, pas sûr que le sultan prenne le risque...

Tout irait donc pour le mieux pour Vladimirovitch si les Dieux de la géopolitique ne nous avaient réservé une de leurs facéties dont ils ont le secret. Il y a trois jours, des avions israéliens ont effectué des bombardements près de Palmyre, information reprise dans tous les médias. Réaction furieuse de Damas qui affirme, sans doute à tort, avoir abattu un jet.

Les conspirationnistes ont leur explication toute faite : Israël aide Daech. Comme si une frappe, sous les yeux du monde entier en plus, allait changer quoi que ce soit au conflit. Absurde... Mais alors quoi ?

On sait que Tel Aviv est omnibulée par les capacités et l'équipement qu'acquiert le Hezbollah grâce au conflit syrien. Les récents rapports selon lesquels l'Iran a ouvert des fabriques d'armement sophistiqué pour le Hezb au Liban même, dans des souterrains à 50 mètres de profondeur, n'ont pas dû rassurer Bibi la terreur. Mais pourquoi Palmyre ? Si je ne m'abuse, le mouvement chiite libanais n'y était pas et ce n'est dans cette zone de combats que passeraient des convois d'armes. C'est en substance ce que confirme un officier syrien : le bombardement n'a pas visé des cibles du Hezbollah.

Pour ajouter au mystère, le ministère russe des Affaires étrangères a - chose rare - convoqué l'ambassadeur israélien. Il était convenu qu'un accord tacite existait entre Moscou et Tel Aviv "autorisant" l'aviation israélienne à faire une sortie de temps en temps pour frapper des convois d'armes du Hezbollah. Apparemment, le Kremlin n'a pas apprécié celle-ci et l'a fait savoir.

Il n'est d'ailleurs pas impossible que la pluie de Kalibr qui a été lancée par un/des sous-marin(s) russes ait eu pour but de s'assurer que le message avait été bien compris. Rappelons que ce missile n'a pas grande utilité contre les cibles mobiles de Daech mais constitue un très sûr avertissement à l'égard de forces armées constituées. Moscou marque son terrain...

Saura-t-on le fin mot de l'énigme ? Une petite hypothèse qui vaut ce qu'elle vaut : un avertissement d'Israël paniqué par la proposition d'Assad d'offrir à l'Iran une base navale en Syrie, près de la base aérienne russe de Hmeymim. Friction irano-israélienne mise à part, quel changement tectonique en perspective : l'Organisation de Coopération de Shanghai en Méditerranée.

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Le texte officiel du gouvernement chinois sur la situation des droits de l’homme aux États-Unis 1/2

Publié le par Felli Bernard

Le texte officiel du gouvernement chinois sur la situation des droits de l’homme aux États-Unis 1/2


Un retour d’ascenseur bien documenté et qui remet les pendules à l’heure, dont vous n’entendrez jamais parler dans la presse occidentale.


Par Le Bureau d’information du Conseil d’État de la République populaire de Chine – Le 9 mars 2017 – Source Xinhua

Le 3 mars, le Département d’État des États-Unis a publié ses rapports nationaux sur les pratiques en matière de droits de l’homme, se présentant de nouveau comme « le juge des droits de l’homme ». En brandissant « le bâton des droits de l’homme », il pointait du doigt et jugeait de la situation des droits de l’homme dans de nombreux pays, sans tenir compte de ses propres problèmes concernant de graves entorses aux droits de l’homme à domicile. Les gens ne peuvent donc s’empêcher de se poser des questions sur la situation actuelle des droits de l’homme aux États-Unis en 2016. Des faits concrets montrent que, l’an dernier, la situation aux États-Unis a continué à se détériorer pour certains de leurs problèmes concernant les droits de la personne. Avec d’incessants tirs d’armes à feu résonnant jusque dans les oreilles de la Statue de la Liberté, l’aggravation de la discrimination raciale et la farce électorale dominée par des politiciens dirigés par l’argent, ces autoproclamés défenseurs des droits de l’homme ont exposé leur propre « mythe » des droits de l’homme et doivent maintenant répondre de leurs actes dans ce domaine.

 

– La fréquence des crimes liés aux armes à feu a entraîné de lourdes pertes humaines et le taux d’incarcération demeure élevé. Il y a eu au total 58 125 incidents de violence armée, dont 385 fusillades de masse aux États-Unis en 2016, faisant 15 039 morts et 30 589 blessés. Les États-Unis ont le deuxième taux d’incarcération pénitentiaire le plus élevé au monde, avec 693 prisonniers pour 100 000 habitants (www.statista.com, April 2016). En 2016, 70 millions d’Étasuniens sont passés par la case prison – c’est presque un adulte sur trois. (harvardlawreview.org, 5 janvier 2017) [2 millions y sont encore pour wikipedia, NdT]

– Les moyens de subsistance des classes moyennes et pauvres sont source d’inquiétude en raison de l’élargissement de l’écart entre les revenus. En 2016, la proportion d’adultes américains ayant un emploi à temps plein a atteint son niveau le plus bas depuis 1983. Au cours des trois dernières décennies, près de 70% des revenus se sont retrouvés dans les poches des 10% les plus riches. La population de la classe moyenne américaine a commencé à se réduire. En outre, un Américain sur sept vit dans la pauvreté, soit 45 millions de personnes vivant dans des circonstances difficiles. L’espérance de vie moyenne est passée de 78,9 ans à 78,8 ans, les États-Unis affichant une baisse de l’espérance de vie globale pour la première fois depuis plus de 20 ans.

– Le racisme continue d’exister et les relations raciales ont empiré. En 2016, le Groupe de travail des Nations Unies sur les personnes d’ascendance africaine a signalé au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies que les problèmes raciaux étaient sévères aux États-Unis. L’histoire coloniale, l’esclavage, la subordination raciale et la ségrégation, le terrorisme racial et l’inégalité raciale aux États-Unis continuent à poser de sérieux défis. Les meurtres commis par des policiers rappellent la terreur raciste de l’époque du lynchage. Les États-Unis sont confrontés à une « crise des droits de l’homme » (www.un.org, 18 août 2016).

– La protection des droits des femmes, des enfants et des personnes âgées ne s’est pas améliorée et les droits des groupes vulnérables ont été gravement violés. Les femmes sont beaucoup moins payées que leurs collègues masculins. Les femmes employées municipales de la ville à New York touchent 18% de moins de salaire que les hommes (www.nydailynews.com, 11 avril 2016). Les femmes représentaient environ 60% des travailleurs californiens gagnant un salaire minimum ou moins (www.sandiegouniontribune.com, 10 avril 2016). Des harcèlements et des agressions sexuelles ont fréquemment lieu. Environ une femme sur quatre a déclaré avoir été harcelée au travail (www.usatoday.com, 7 juillet 2016). Au total, 20% des jeunes femmes ayant fréquenté le collège pendant quatre ans ont déclaré avoir été agressées sexuellement (www.washingtonpost.com, 5 mars 2016). Le taux de pauvreté parmi les enfants demeure élevé et environ 6,8 millions de personnes âgées de 10 à 17 ans souffrent d’insécurité alimentaire (www.urban.org, 11 septembre 2016). Des cas de mauvais traitements envers les personnes âgées se produisent de temps à autre, et environ 5 millions d’entre elles sont victimes d’abus chaque année (www.csmonitor.com, 15 juin 2016).

– Les États-Unis ont, à maintes reprises, piétiné les droits de l’homme dans d’autres pays et ont sciemment abattu des victimes innocentes. Du 8 août 2014 au 19 décembre 2016, les États-Unis ont lancé 7 258 frappes aériennes sur Irak et 5 828 en Syrie, causant 733 incidents avec un nombre de morts civils estimé entre 4 588 et 6 127 (airwars.org, 19 décembre 2016). Depuis 2009, le nombre de civils tués par des drones américains atteint plus de 800 personnes au Pakistan, au Yémen et en Somalie. (www.theguardian.com, 1er juillet 2016) La question de la détention illégale et de la torture de prisonniers dans d’autres pays est restée sans issue.

– Les États-Unis refusent d’approuver les conventions internationales relatives aux droits de l’homme et n’ont pas accepté les projets de résolution des Nations Unies relatifs aux droits de l’homme. Ils n’ont toujours pas ratifié les principales conventions internationales relatives aux droits de l’homme, notamment le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ; la Convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard des femmes ; la Convention relative aux droits de l’enfant et la Convention relative aux droits des personnes handicapées. Lors de la 71e Assemblée générale de l’ONU, les États-Unis ont voté contre les projets de résolution relatifs aux droits de l’homme, notamment ceux concernant « le droit au développement », « les droits de l’homme et les mesures coercitives unilatérales », « la promotion d’un ordre international démocratique et équitable » et « la déclaration sur le droit à la paix » (www.un.org, 19 décembre 2016).

I. De graves infractions au droit à la vie et à la sécurité personnelle

En 2016, le gouvernement des États-Unis n’a exercé aucun contrôle effectif sur les armes à feu, les services de police ont abusé de leur pouvoir et les crimes n’ont pas été effectivement combattus. En conséquence, les droits civils, en particulier le droit à la vie, ont été sérieusement menacés et les droits des personnes ont été continuellement enfreints.

La fréquence des crimes liés aux armes à feu est élevée. Selon les données publiées par le FBI, le 26 septembre 2016, des armes à feu ont été utilisées dans 71,5% des meurtres du pays, 40,8% des vols et 24,2% des agressions aggravées, en 2015 (ucr.fbi.gov, 26 septembre 2016). Selon un sondage publié par Arm Gun Violence Archive, il y eu un total de 58 125 incidents de violence armée, dont 385 fusillades de masse aux États-Unis en 2016, faisant 15 039 morts et 30 589 blessés (www.gunviolencearchive.org, 31 décembre 2016 ). Le 12 juin 2016, un homme armé a tiré à bout portant dans une boîte de nuit surpeuplée d’Orlando, tuant 50 personnes et en blessant 53 autres, une des fusillades les plus meurtrières de l’histoire du pays (www.washingtonpost.com, 12 juin 2016).

Le taux de criminalité a explosé. Selon un rapport intitulé La criminalité aux États-Unis publié par le FBI en 2016, il y eut 1 197 704 crimes violents commis dans le pays en 2015, en hausse de 3,9% par rapport à l’année précédente. Le taux estimé de crimes violents était de 372,6 infractions pour 100 000 habitants, soit une augmentation de 3,1% par rapport au taux de 2014. Parmi le total des crimes violents de 2015, 63,8% étaient des agressions violentes, 27,3% des vols, 7,5% des viols et 1,3% des meurtres. À l’échelle nationale, on estimait à 7 993 631 les crimes contre les biens, les victimes de ces crimes subissant des pertes estimées à environ 14,3 milliards de dollars américains (ucr.fbi.gov). En 2015, environ 15 696 cas de meurtres et d’homicides non involontaires ont eu lieu dans tout le pays, selon des données publiées par Statista (www.statista.com). Le Daily Mail du Royaume-Uni a rapporté, le 26 juillet 2016, que les homicides dans 51 grandes villes américaines, au premier semestre par rapport à l’année précédente, ont grimpé de 15% et que le taux d’homicides à Chicago a augmenté de 48% sur un an (www.dailymail.com .co.uk, 26 juillet 2016). Josh Earnest, alors secrétaire de presse de la Maison Blanche, a souligné que c’était un vrai problème que certaines villes « subissent une vague inquiétante de crimes violents » (www.washingtonpost.com, 14 mai 2016). Le président américain a également admis que « la criminalité est hors de contrôle et s’aggrave rapidement » (www.dailymail.co.uk, 26 juillet 2016). Les crimes dus à la haine ont également augmenté. Selon Hate Crime Statistics 2015, publié par le FBI, les organismes d’application de la loi ont soumis des rapports d’incident impliquant 5 850 incidents criminels et 6 885 infractions connexes, comme motivés par des préjugés à l’égard de la race, l’origine ethnique, l’ascendance, la religion, l’orientation sexuelle, le handicap, le genre et l’identité de genre (www.fbi.gov, 14 novembre 2016).

La police a abusé de son pouvoir d’application de la loi. Selon les données du crime publiées par le FBI, l’application de la loi a entraîné environ 10 797 088 arrestations en 2015 à l’échelle nationale. Le taux d’arrestation estimé pour les États-Unis en 2015 était de 3 363 arrestations pour 100 000 habitants (ucr.fbi.gov). Au sein de la police des États-Unis, l’abus des armes à feu pendant les arrestations est préoccupant. Les médias ont recensé 1 348 décès liés aux arrestations entre le 1er juin 2015 et le 31 mars 2016, soit une moyenne de 135 personnes abattues par mois (www.bjs.gov, 22 décembre 2016). Au total, 963 personnes ont été abattues par la police en 2016 (github.com/washingtonpost/data-police-shootings). Selon un rapport du Washington Post datant du 8 juillet 2016, sur les 509 tués par des policiers américains sur l’année en cours, au moins 124 personnes souffraient de maladie mentale (www.statista.com, 8 juillet 2016). Les policiers qui tuent des civils sont rarement jugés. Environ 1 000 civils sont tués par la police chaque année, mais seulement 77 agents ont été jugés coupables d’homicide involontaire ou de meurtre pendant une arrestation entre 2005 et 2016 (www.washingtonpost.com, 19 octobre 2016).

Le taux d’incarcération demeure élevé. Selon les données publiées par une firme américaine d’études de marché en avril 2016, les États-Unis avaient le deuxième taux de détenus le plus élevé au monde, avec 693 prisonniers pour 100 000 habitants. Environ 2,2 millions de personnes ont été incarcérées aux États-Unis en 2014. (www.statista.com, avril 2016) Il y a 70 millions d’Américains qui ont déjà été incarcérés – c’est-à-dire près d’un adulte sur trois (harvardlawreview.org , 5 janvier 2017). Faites pour abriter environ 13 000 personnes par unité, les prisons états-uniennes hébergent désormais 28 000 prisonniers, soit plus du double de la capacité prévue. La santé des détenus ne peut être maintenue et les maladies infectieuses, dont la tuberculose et la dermatose, sont facilement transmises de l’un à l’autre (Apr.org, 16 décembre 2016). Le 28 novembre 2016, le site Web du Washington Post informait que deux policiers avaient été emprisonnés pour avoir battu un détenu mentalement malade et avoir falsifié des dossiers pour couvrir leurs abus (www.washingtonpost.com, novembre 28, 2016). Selon un article du site internet du Washington Post du 19 décembre 2016, des gardiens de prison du comté de Sherriff, Los Angeles, ont battu et maltraité des prisonniers. Son ancien chef a cherché à empêcher une enquête fédérale sur les coups et autres abus perpétués dans le système carcéral du comté de Los Angeles, qu’il gérait. L’enquête a entraîné la condamnation de 20 membres du département (www.washingtonpost.com, 19 décembre 2016). Le Washington Post a rapporté sur son site internet que le 2 décembre, un gardien du complexe carcéral de Rikers Island dans la ville de New York a « sauvagement » donné des coups de pied à un détenu malade, jusqu’à ce qu’il en meure (www.washingtonpost.com, 2 décembre 2016). Les décès dans les prisons ont continué à augmenter. Selon les données publiées par le Bureau of Justice Statistics en décembre 2016, entre 2001 et 2014, il y a eu 50 785 décès de détenus aux États-Unis. Pour la seule année 2014, il y a eu 3 927 décès de détenus dans les prisons étatiques et fédérales. Il s’agit du plus grand nombre de décès de détenus, depuis que le Programme de déclaration des décès en prison (DCRP) a commencé à recueillir des données en 2001. Le suicide est la principale cause de décès dans les prisons locales. Il y a eu 372 suicides en 2014, soit 13% de plus qu’en 2013. Le nombre de suicides dans les prisons d’État a augmenté de 30% entre 2013 et 2014 (www.bjs.gov, décembre 2016).

II. Les droits politiques compromis

En 2016, la politique menée pour de l’argent, ainsi que le pouvoir en échange d’argent, ont contrôlé une élection présidentielle pleine de mensonges et de farces. Il n’y avait aucune garantie des droits politiques, alors que le public réagissait par des vagues de boycott et de manifestations, afin de montrer au grand jour la nature hypocrite de la démocratie américaine.

La participation électorale et le taux de soutien tombent à des niveaux toujours plus bas. Seuls 55% des citoyens en âge de voter l’ont fait pour l’élection 2016, le plus bas taux de participation en 20 ans (edition.cnn.com, 30 novembre 2016). Un nombre croissant d’Américains ont été déçus ou même en colère à propos de l’élection. Les recherches effectuées avant la tenue de l’élection montrent que de nombreux électeurs qui avaient l’intention de venir voter étaient en colère. Ceux qui n’ont pas voté cette fois sont au-delà de l’antipathie – ils éprouvent une aversion totale pour la chose politique (www.huffingtonpost.com, 6 décembre 2016).

Ce fut l’élection la plus coûteuse jamais vue. Les Américains qui ont postulé à des postes électoraux fédéraux ont dépensé plus que jamais – environ 6,8 milliards de dollars américains. C’est plus que ce que les consommateurs consacrent aux céréales (6 milliards de dollars américains). Les candidats se présentant à la Chambre et au Sénat et les groupes indépendants qui les soutiennent ont dû débourser 410 millions de dollars américains de plus que lors de l’élection présidentielle de 2012 (www.cbsnews.com, 8 novembre 2016). Selon le site internet du Washington Post, la campagne de Clinton avait réuni 1,4 milliard de dollars américains à la fin de novembre 2016, alors que Trump avait recueilli 932 millions de dollars américains (www.washingtonpost.com, 9 décembre 2016). CNN a rapporté que 2016 était « l’année où l’argent n’a rien apporté à personne », et « l’âge d’or pour être l’homme des masses populaires » (us.cnn.com, 12 novembre 2016). L’argent dans la politique a déclenché des manifestations nationales, au cours desquelles de nombreux manifestants ont été arrêtés par la police.

Les médias n’ont pas été objectifs et impartiaux. Les médias des États-Unis ont publié un grand nombre de rapports et de commentaires biaisés durant les élections de 2016, démontrant pleinement leur incapacité à rester objectifs ou impartiaux. Les médias ont clairement choisi leur parti pour couvrir l’élection. Parmi les 100 meilleurs quotidiens, 57 ont soutenu le candidat démocrate tandis que 2 seulement soutenaient les Républicains, selon les données révélées par le nombre de mentions médiatiques menées par l’Université de Californie Santa Barbara. Un sondage effectué par l’Université Quinnipiac, le 19 octobre 2016, a également révélé que les médias étaient biaisés dans leur couverture de l’élection présidentielle, un sentiment partagé par 55% des potentiels électeurs américains, dont 90% des Républicains et 61% des électeurs indépendants (Poll.quedu, 19 octobre 2016).

III. Les mauvaises conditions de vie des Américains à revenu faible ou moyen

En 2016, la polarisation sociale aux États-Unis s’est aggravée, la proportion d’adultes occupant un emploi à temps plein atteignant son point le plus bas depuis 1983 (www.gallup.com, 20 septembre 2016), les écarts de revenus se creusant, la classe moyenne atteignant un tournant, en commençant à diminuer (bigstory.ap.org, 12 mai 2016) et les conditions de vie de la classe pauvre se détériorant.

Les écarts de revenu ont continué à s’élargir. Le 17 mai 2016, le site internet du Guardian rapportait que les 500 principaux dirigeants des États-Unis gagnaient 340 fois le salaire moyen des travailleurs, en 2015. Indexés à l’inflation, les salaires des travailleurs ordinaires ont stagné depuis 50 ans (Www.theguardian.com, 17 mai 2016). Businessinsider.com a révélé que, tandis que les salaires des PDG des 350 plus grandes entreprises américaines ont augmenté d’environ 940% entre 1978 et 2015, après ajustement de l’inflation, la rémunération du travailleur typique n’a augmenté que de 10% (Www.businessinsider.com, 15 août 2016). Le site internet du Wall Street Journal indique qu’au cours des 30 dernières années, près de 70% des revenus sont allés aux 10% des Américains les plus riches, phénomène qui a été sarcastiquement nommé la plus étonnante « réussite économique » de ces dernières années par The Time (www.newser.com, 8 décembre 2016).

La classe moyenne se rétrécit. Le Wall Street Journal rapportait que 92% des personnes nées en 1940 ont gagné plus à 30 ans, que leurs parents quand ils avaient le même âge. Toutefois, pour les personnes nées en 1980, ce pourcentage est tombé à 51 (www.newser.com, 8 décembre 2016). Selon le cabinet de conseil Gallup, le pourcentage d’Américains qui disaient penser être dans la classe moyenne ou moyenne supérieure a chuté de 10 points de pourcentage, passant d’une moyenne de 61% entre 2000 et 2008 à 51% en 2016. Cette baisse signifie que 25 millions de personnes aux États-Unis ont vu leur situation empirer en termes économiques. (Www.gallup.com, 20 septembre 2016) Selon un rapport publié par Pew Research Center, le 11 mai 2016, la classe moyenne américaine ne formait plus la majorité de la population, dans près de 25% des grandes villes (bigstory.ap.org, May 12, 2016). De 2000 à 2014, la proportion d’adultes vivant dans des ménages de classe moyenne a chuté de 4 points de pourcentage à l’échelle nationale et a diminué de 6 points de pourcentage ou plus, dans 53 régions métropolitaines (www.pewsocialtrends.org, 11 mai 2016). Un sondage de Pew a révélé que 62% des 1 500 adultes interrogés ont déclaré que le gouvernement ne se souciait pas suffisamment de la classe moyenne (www.pewsocialtrends.org, 4 février 2016).

Les conditions de vie des populations pauvres et à faible revenu se sont détériorées. Un Américain sur sept, au moins 45 millions de personnes, vit dans la pauvreté (www.dailymail.co.uk, 10 septembre 2016). Une enquête Pew a montré que 49% des Américains ont dit qu’ils n’arrivaient pas à joindre les deux bouts; 42% réussissent à établir un équilibre entre les revenus et les dépenses (www.pewsocialtrends.org, 4 février 2016). À la fin de 2015, le nombre de sans-abri se situait à environ 500 000 personnes (www.theatlantic.com, 11 février 2016). Ce nombre a augmenté dans les grandes villes. On comptait plus de 60 000 sans-abri dans le Wisconsin (www.usatoday.com, le 16 octobre 2016). Des milliers de personnes à faible revenu dans des secteurs tels que la restauration rapide, les soins à domicile et les aéroports ont fait grève à maintes reprises, pour un salaire minimum à 15 dollars de l’heure (www.theguardian.com, 21 novembre 2016).

L’espérance de vie a baissé. L’espérance de vie aux États-Unis en 2015 a diminué pour la première fois en plus de deux décennies, selon les données publiées par le Centre national des statistiques de la santé, le 8 décembre 2016. L’espérance de vie des hommes est passée de 76,5 ans en 2014 à 76,3 en 2015, tandis que celui des femmes est passé de 81,3 à 81,2. L’espérance de vie globale est passée de 78,9 à 78,8 ans (www.bbc.co.uk, 8 décembre 2016). Dans le même temps, le taux de suicide a augmenté. Les centres pour le contrôle et la prévention des maladies ont signalé qu’il y a eu 41.149 cas de suicide aux États-Unis en 2013, soit environ 41% de plus qu’en 1999. Le suicide était la dixième cause de décès aux États-Unis en 2013, emportant deux fois plus de vies que l’homicide (www.bls.gov, décembre 2016). En 2015, le taux de suicide aux États-Unis a atteint son niveau le plus élevé en près de trois décennies (www.bbc.co.uk, 22 avril 2016).

Les conditions de santé ont baissé. Pour les résidents des États-Unis, l’état de santé auto-déclaré a diminué, dans tous les groupes d’âge entre 25 et 59 ans, depuis 1990, selon un rapport de Gallup. La part de la population active souffrant d’un handicap qui les a empêchés de travailler est passée de 4,4% en 1980 à 6,8% en 2015. Cette situation est liée aux coûts exorbitants et à la faible efficacité du système de santé des États-Unis (www.gallup.com, 15 décembre 2016). Le système de paiement complexe et opaque pour les médicaments sur ordonnance a permis aux cadres des compagnies pharmaceutiques d’imposer des prix extraordinaires pour des médicaments courants qui existent depuis des années, et certaines entreprises ont même utilisé des coupons gratuits pour les patients, afin d’augmenter par dix les prix des médicaments, comme le rapporte le Chicago Tribune du 6 décembre 2016 (www.chicagotribune.com, le 6 décembre 2016).

Le système de sécurité sociale est sérieusement vicié. Le Des Moines Register a signalé qu’il y avait 1 136 849 demandeurs de prestations d’invalidité fédérales en liste d’attente, ce qui signifiait qu’ils pouvaient attendre jusqu’à 26 mois pour obtenir une audience en droit administratif pour leur demande de prestations (www.desmoinesregister.com, 2016). Les statistiques publiées par singlemotherguide.com montrent que seules 22,4% des mères célibataires licenciées ou à la recherche d’un emploi recevaient des prestations de chômage (singlemotherguide.com, 17 septembre 2016). CNN a signalé que 16 systèmes pénitentiaires étatiques n’avaient pas de procédure formelle pour inscrire les prisonniers au Medicaid quand ils réintégraient la communauté. Selon l’article, neuf États n’avaient que de petits programmes dans certaines installations ou pour des groupes limités de prisonniers. Il continue en expliquant que ces 25 États libéraient à eux tous quelque 375 000 détenus par an. Le rapport de CNN indique également que les deux tiers des 9 000 prisonniers malades chroniques libérés chaque année par les prisons de Philadelphie n’étaient pas inscrits à un système de santé à leur sortie (edition.cnn.com, 12 décembre 2016).

Partie 2

Le Bureau d’information du Conseil d’État de la république populaire de Chine

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De l’hypocrisie au cynisme

Publié le par Felli Bernard

De l’hypocrisie au cynisme


Orlov
Orlov

Par Dmitry Orlov – Le 14 mars 2017 – Source Club Orlov

Notre univers merveilleux et mystérieux abonde en changements d’état soudains. On peut les observer à toutes les échelles : d’énormes étoiles s’effondrent brusquement dans des trous noirs ; des gouttelettes d’eau se transforment soudain en flocons de neige. Parfois, ces transitions presque instantanées sont induites à bon escient : le fer doux est transformé en martensite dure pour l’acier des outils ; le graphite souple est comprimé en diamants industriels super durs. Chaque fois que ces changements se produisent, ils affichent une propriété commune : leur timing exact est arbitraire et donc impossible à prédire. Ainsi, les sismologues peuvent prédire la direction et la distance d’un déplacement tectonique, mais pas quand cela se produira. Même les systèmes très simples, étudiés dans des environnements de laboratoire soigneusement contrôlés, comme de minuscules piles de sable, se comportent de façon imprévisible. L’événement déclencheur peut être suffisamment significatif pour être mesurable, ou il peut être infiniment petit et donc indétectable. Mais une observation est valable pour tous ces phénomènes : ils sont très courts, par rapport à la durée des états d’équilibre qui les précèdent.


Ces changements d’état ne se limitent pas aux systèmes mécaniques, mais affectent également le comportement des groupes d’animaux. Le bruit d’un seul coup de feu peut amener un essaim d’oiseaux à s’envoler ou un troupeau d’animaux de pâturage à démarrer une ruée. Les humains ne sont pas à l’abri d’un tel comportement non plus, et les foules en panique se poussent souvent vers les sorties, écrasant des gens sous leurs pieds. Mais c’est la société humaine, dans toute sa complexité, qui peut subir les changements d’état les plus dramatiques et impressionnants. Les gouvernements s’effondrent, les empires tombent, les pyramides financières s’évaporent et les gens restent là en se grattant la tête, parce qu’ils ne peuvent pas identifier l’événement déclencheur. Mais de même que cela n’a pas d’importance de savoir quel flocon de neige déclenche une avalanche, il n’est même pas pertinent de l’identifier : le déclencheur n’est pas la cause première.

Vérité

Au fur et à mesure que l’ordre social se désintègre, les arrangements précédemment équitables se transforment progressivement en flagrantes escroqueries. Les tensions sociales se forment. À un moment donné, un événement relativement insignifiant – ces jours-ci, il pourrait s’agir d’un tweet, d’une indiscrétion, de la mort d’une figure publique – déclencherait une réaction en chaîne à laquelle personne ne pourrait rester neutre, sans passer pour le dernier imbécile à croire en un mensonge, mais envers laquelle de nombreuses personnes opteraient spontanément pour une fin horrible du statu quo, la voyant comme préférable à une horreur sans fin.

Tout ce qui précède peut être qualifié d’ « analyse au doigt mouillé », à peine quelques mots justes. Mais j’ai l’intention d’aller au-delà et de proposer un modèle conceptuel et une technique pour analyser les différents aspects du statu quo sociétal, afin de mesurer à quel point la proximité de toute société d’un énorme effet peut résulter d’une cause minuscule et arbitraire. À cette fin, j’ai choisi d’employer des termes moralement et philosophiquement chargés, tels que l’hypocrisie, le scepticisme et le cynisme – mais j’ai l’intention de les dépouiller de toute signification morale et de les traiter comme des descripteurs purement fonctionnels des mécanismes psychologiques. Le modèle de la société que je vais utiliser peut sembler peu sophistiqué, mais je pense qu’il suffira à notre but ─ qui est de pouvoir repérer la situation où une société jusqu’alors stable, dérive vers un état « prêt à imploser », à tout moment et sans avertissement.

Continuons la lecture…

Par souci de simplicité, supposons que, à sa création, toute société donnée est une organisation gagnant-gagnant pour tous ses membres, qui peuvent prospérer en travaillant pour le bien commun. Au fil du temps, la société grandit, mûrit, devient mature puis pourrit, avec l’ensemble des organisations gagnant-gagnant qui la sous-tendent, qui dégénèrent en un ensemble de systèmes gagnant-perdant, où quelques gagnants se battent autour des restes, qu’ils extorquent ou confisquent à la multitude des perdants. Aux limites, cela exige que la multitude de perdants continue de coopérer avec les quelques gagnants ; s’ils refusent de coopérer en masse, l’ordre social s’effondre. Le mécanisme psychologique qui permet de déguiser une multitude de systèmes gagnant-perdant sous l’apparence de systèmes gagnant-gagnant est l’« hypocrisie ». Cela permet aux quelques vainqueurs de cacher leurs égoïstes motivations de base, en évidant de plus en plus leurs revendications de servir le bien commun. Et même si les vainqueurs parviennent à laver le cerveau de la grande multitude des perdants jusqu’à un point d’obéissance servile et à le faire sans scrupules, au fur et à mesure que le jeu des chaises musicales progresse, de plus en plus d’anciens gagnants rejoignent les rangs des perdants, et les gagnants deviennent incapables de cacher leur hypocrisie aux autres.

La tâche de ceux qui ont pour mission de défendre le statu quo devient celle de masquer, d’obscurcir ou, autrement dit, de dénaturer la vérité. Les techniques employées à cette fin sont nombreuses ─ de la simple omission (ne pas rapporter des nouvelles importunes) à des distractions (remplacer les nouvelles importunes par des bavardages sur les célébrités) ou à des inventions absolues (« Les Russes ont volé l’élection »). Ils cherchent à transformer le langage lui-même, en remplaçant le langage clair avec des circonvolutions tortueuses, des euphémismes édentés et un double langage politiquement correct. Ils tentent de donner la priorité aux sentiments sur les pensées et de proscrire les pensées qui pourraient blesser les sentiments de quelqu’un.

Ils fustigent ceux qui osent encore prononcer l’inexprimable, leur faisant honte avec une collection d’étiquettes déplorables telles que racistes, sexistes, homophobes, misogynes, fascistes et, de plus en plus, toutes ensemble en une succession rapide. Parlez contre l’idéologie politique de l’islam, et vous êtes accusé de racisme (bien que l’islam ne soit pas une race, mais une religion). Parlez en faveur des familles qui se composent d’une maman, d’un papa et de leurs enfants biologiques, et vous êtes accusé d’homophobie. Mais de tels efforts ne sont plus efficaces et, malgré eux, des termes tels que « pilule rouge » [référence au film Matrix, NdT] et « bombe de la vérité » sont souvent entendus. Le livre d’Orwell 1984 se vend très bien, dans des lieux improbables comme des magasins de ventes en gros. La vérité fuit de plus en plus, de tous côtés.

C’est à ce moment que l’hypocrisie cesse de fonctionner à l’égard de n’importe quel système gagnant-perdant comme auparavant, et hypocritement représenté comme gagnant-gagnant. L’acceptation généralisée de ce qui était auparavant considéré comme une réalité consensuelle se retourne très vite en scepticisme, puis se dirige directement vers le « cynisme ». La différence est que si un sceptique questionne la véracité des déclarations et des exigences pour pouvoir juger la preuve, le cynique conteste les motifs de la personne faisant la déclaration et la rejette donc en bloc ─ aucune preuve n’est plus nécessaire !

Cela ne veut pas dire que la preuve ─ ces choses fastidieuses appelées les faits ─ importe tout autant, en tout cas quand on considère les phénomènes sociaux à grande échelle. La plupart des gens ne fabriquent pas leurs propres pensées et recourent à la copie de celles d’autres personnes, qu’ils identifient comme représentatives, en se basant sur des signaux tels que la manière de prendre la parole, la manière de s’habiller, le comportement et ainsi de suite. Les rares personnes qui pensent par elles-mêmes sont susceptibles d’essayer d’attirer l’attention sur elles, en prenant des positions extrêmes. Les gens habitués à être pris au piège ─ par les politiciens, par les médias, par des meneurs sociaux ─ désirent toujours être rassemblés, mais maintenant ils suivent l’exemple de ceux qui prétendent principalement ne pas être des hypocrites. Bien sûr, cette affirmation est également fausse : leur arrière-pensée peut très bien être la recherche de l’attention autour d’eux, non pas la recherche de la vérité.

Cela ne veut pas dire que les positions extrêmes sont, en tout état de cause, dépourvues de motivation, car on peut argumenter, à l’aide de nombreux faits, que la société a dégénéré en une longue série de railleries et d’escroqueries. Néanmoins, il peut y avoir une gamme d’options plus ou moins raisonnables, à l’égard d’une question donnée. Toute discussion raisonnée sur ces options, cependant, tend à être rendue impossible parce que ce qui change, ce n’est pas l’opinion publique sur un sujet donné, mais toute sa mentalité. La mentalité des masses non pensantes, subordonnées et dociles est incontestable. La mentalité des sceptiques les amène à poser des questions et à demander des réponses. Mais l’état d’esprit du cynique est à nouveau incontestable : il a déjà la réponse, qui est que tout le monde tente de tirer la corde à soi. L’effet de ce changement sur la société est radical. Alors qu’avant la coopération pouvait être difficile, elle devient maintenant impossible, car la base de confiance sur laquelle toute coopération doit être fondée n’existe plus.

Une fois que la mentalité cynique s’empare de la société, le simple fait de proposer timidement une solution ouvre la porte à un lynchage en règle, ou pire encore. Comment peut-on « réformer » un système qui est devenu une entreprise criminelle géante basée sur des mensonges ? Si la mentalité cynique affirme que la fonction de l’instruction publique est de transformer les enfants en zombies, que le système médical est un racket d’extorsion, que le système judiciaire se vend au plus offrant, que la mission du complexe militaro-industriel est de défendre son budget, que la principale activité de la communauté du renseignement est de fabriquer de fausses nouvelles, que l’activité principale de l’industrie immobilière est de confisquer des portions de plus en plus importantes du revenu des gens, alors même que des millions de maisons sont vacantes, que la fonction des activistes autour des  questions environnementales est de rediriger l’argent public vers les corporations industrielles après un lifting en écoblanchiment… Quelles « réformes » peut-on proposer, sans être descendu en flammes ? Un tel système ne peut pas être réformé, dirait un cynique ; il ne peut être que nettoyé par des flammes purificatrices.

La société progresse d’un début rempli d’espoir à une fin inévitable et ignominieuse, en servant à ses membres des arrangements de plus en plus injustes et impopulaires : de gagnant-gagnant à un hypocrite gagnant-perdant et enfin à un cynique perdant-perdant. Dans la phase finale de la désintégration sociale, même les « gagnants », toujours moins nombreux, n’auront plus de coups gagnants. Essayez de vous faire votre propre idée, quant à l’endroit dans le processus où nous sommes, et si votre société est déjà « prête à imploser ». C’est peut-être déjà le cas. Il ne manque plus que les cris hystériques. Pardonnez-moi d’être un peu cynique, mais je ne vois pas le moyen d’en sortir en cherchant des signaux faibles, dans un discours public qui commence à sonner comme une pure folie. Pour tout ce que je sais, la fin pourrait n’être qu’un simple tweet outrageant et incendiaire ou un geste agressif.

Dmitry Orlov

Note du Saker Francophone

Contre les évènements soudains, il y a un palliatif ; les déclencher soi-même. Cette solution a déjà été testée avec succès. On peut imaginer qu'elle soit très tentante, pour ceux qui ont ou pensent avoir le contrôle.

Dmitry a rendu ses articles payants en anglais et nous fait la gentillesse de nous permettre de les traduire pour vous intégralement. N'hésitez pas à approfondir ses analyses croisées de l'URSS et des USA en matière de collapsologie.

 

Les cinq stades de l'effondrement

Traduit par Hervé, vérifié par Julie, relu par M pour le Saker Francophone

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Est-ce du complotisme d’affirmer que la construction européenne s’est faite sous l’influence des Etats-Unis ?

Publié le par Felli Bernard

 

François Asselineau, l’un des 11 candidats à la présidence de la république, ne manque pas une occasion de répéter que la France est victime d’une entreprise de domestication américaine. Les médias du système l’ont classé dans la catégorie « complotiste ». Il répond par cette vidéo.

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[La No News d’Historia] Oui, la CIA a financé la construction européenne…

Publié le par Felli Bernard

21
Mar
2017

Un bel exemple de “l’Histoire sous influence”…

I. Asselineau parle de l’UE au 20 heures….

Écoutez bien ce que dit le journaliste (“Ils ont été payés par la CIA ?” – comme si tout le monde n’agissait que pour de l’argent…) et ce que dit Asselineau a dit le 13 mars :

Je me contente de regarder ça, je n’ai pas fouillé ce que François Asselineau avait dit sur son site – ce n’est pas le sujet à ce stade.

II. Historia communique en retour…

Non, Robert Schuman et Jean Monnet n’étaient pas des agents de la CIA !

Source : Historia.fr, 15 mars 2017

Dimanche soir, sur TF1 au JT de 20h, le journaliste Gilles Bouleau a interrogé François Asselineau, candidat de l’UPR à l’élection présidentielle sur les accusations portées par celui-ci contre ces deux pères fondateurs de l’Europe, reprises sur le site internet de ce parti politique.

Le représentant de l’Union Populaire Républicaine, candidat souverainiste partisan de la sortie de la France de l’Europe, affirme que Robert Schuman et Jean Monnet étaient des agents de la CIA et, pour conforter ses dires, montre à l’antenne un numéro d’Historia daté de mars 2003, n°675.

L’article invoqué porte sur le financement de la construction européenne par la CIA entre 1949 et 1959, en pleine guerre froide, pour contrer l’influence soviétique et le subventionnement du PCF par l’URSS. Mais comme le précise l’historien Eric Roussel, auteur d’une biographie de Jean Monnet éditée chez Fayard, dans un entretien en encadré : « Monnet détestait toute forme de compromissions. (…) Il y a bien eu un soutien financier au Comité d’action pour les Etats-Unis d’Europe par la Fondation Ford, (…) mais cette aide n’avait rien de fastueux. La meilleure preuve, précise-t-il, c’est que le Comité d’action n’a cessé de tirer le diable par la queue. » Il s’agit d’une aide sans contrepartie, car Jean Monnet, insiste-t-il, « a toujours agi en pleine indépendance, politique ou autre. »

L’article indique très clairement que Monnet, en fin connaisseur du monde anglo-saxon n’a en aucun cas accepté à titre personnel les dollars de la CIA. « Compte tenu de sa prudence de Sioux, l’aide américaine à son courant européaniste devra emprunter d’autres voies. En 1956, il se voit ainsi proposer l’équivalent de 150 000 euros par la Fondation Ford. Une offre qu’il décline, préférant que cet argent soit versé au professeur Henri Rieben, un économiste et universitaire suisse pro-européen(…) (Celui-ci) utilisera ces fonds en toute transparence financière pour créer un Centre de recherches européen. »

Laisser entendre que Schuman – qui n’est d’ailleurs pas mentionné dans l’article – et Monnet étaient personnellement stipendiés par la CIA, c’est défigurer la lettre et l’esprit  de cet article pour alimenter les thèses anti-européennes et anti américaines de son parti. 

La rédaction d’Historia

Un passage de l’article en question : l’argent n’est pas le problème

III… puis agit

Historia a demandé à l’UPR de retirer de son site la reproduction de son article que le parti avait réalisée :

En effet, “pas de bol” :

IV. L’objet du délit : l’article de Rémi Kauffer de 2003

Mais il y avait quoi dans cet article ?

En fait, on peut le lire en archive ici. Je vous encourage à le faire, à en garder une copie et à le diffuser.

Source : Historia, Rémi Kauffer, 01/03/2003

Moments d’Histoire soumis le 01/03/2003 par Rémi Kauffer * dans Mensuel n°675 à la page 42

La CIA finance la Construction européenne

De 1949 à  1959, en pleine guerre froide, les Américains, par l’intermédiaire de leurs services secrets et du Comité pour l’Europe unie, versent l’équivalent de 50 millions de dollars actuels à  tous les mouvements pro-européens, parmi lesquels ceux du Britannique Winston Churchill ou du Français Henri Frenay. Leur but, contenir la poussée soviétique…

A 82 ans, Henri Frenay, le pionnier de la Résistance intérieure, fondateur du mouvement Combat, arbore une forme intellectuelle éblouissante malgré sa surdité de l’oreille droite et sa récente opération de l’estomac. Pourtant, il n’a plus que trois mois à  vivre. En ces jours de mai 1988, il me parle de l’Europe dans son appartement de Boulogne-sur-Seine. De cette Europe fédérale dont il a rêvé en vain entre 1948-1954. De la dette aussi que, en cas de succès, le Vieux Continent aurait contracté envers les Américains, ceux notamment du ” Comité “. Et d’insister une fois, deux fois, dix, tandis que moi, je m’interroge : pourquoi diable ce mystérieux ” Comité ” revient-il à une telle fréquence dans nos conversations ? Pourquoi ? Mais parce que Frenay me confie, avec il est vrai d’infinies précautions de langage, son ultime secret : l’aide financière occulte de la CIA via l’American Committee for United Europe – le Comité – à l’Union européenne des fédéralistes dont il a été le président. Pour reconstituer cette filière inédite, il me faudra une quinzaine d’années. Un jeu qui en valait la chandelle puisqu’il me permet d’ouvrir, pour les lecteurs d’ Historia, la porte d’un des compartiments les plus secrets de la guerre froide…

[…]

Comme Jean Monnet, président de la Ceca, Frenay caresse, en cette année 1952, l’idée d’une armée européenne, pas décisif vers l’Europe politique selon lui. L’ACUE approuve chaudement. Prévue par le traité de Londres de mars 1952, cette Communauté européenne de défense comprendrait – c’est le point le plus épineux -, des contingents allemands. Reste à faire ratifier le traité par les parlements nationaux. Frenay s’engage avec enthousiasme dans ce nouveau combat. Pour se heurter, une fois encore, à de Gaulle, qui refuse la CED au nom de la souveraineté nationale et, déjà , du projet ultrasecret de force atomique française, ainsi qu’aux communistes, hostiles par principe à tout ce qui contrarie Moscou. D’après les éléments recueillis par Robert Belot – dont la biographie du chef de Combat devrait sortir ce printemps au Seuil -, Frenay demandera méme à l’ACUE de financer l’édition d’une brochure réfutant… les thèses gaullistes sur la CED.

Staline meurt en mars 1953. L’année suivante, Cord Meyer Jr, un proche de la famille Kennedy, remplace Braden à la téte de la Division des organisations internationales de la CIA. Mais 1954 verra surtout cet échec cuisant des européanistes : l’enterrement définitif de la CED. Découragé, Frenay abandonne alors la présidence de l’Union européenne des fédéralistes. A partir d’octobre 1955, les ” amis américains ” reportent donc leurs espoirs sur un nouveau venu, le Comité d’action pour les Etats-Unis d’Europe de Jean Monnet. Lié à Donovan et surtout à l’ambassadeur américain à Paris, David Bruce, un proche de Franck Wisner, Monnet est trop fin connaisseur du monde anglo-saxon pour accepter directement les dollars de la CIA. Compte tenu de sa prudence de Sioux, l’aide américaine à son courant européaniste devra emprunter d’autres voies. En 1956, Monnet se voit ainsi proposer l’équivalent de 150 000 euros par la Fondation Ford. Une offre qu’il décline, préférant que cet argent soit versé au professeur Henri Rieben, un économiste et universitaire suisse pro-européen qui vient d’étre nommé chargé de mission aux Hautes Etudes commerciales de Lausanne. Rieben utilisera ces fonds en toute transparence financière pour créer un Centre de recherches européen.

En 1958, le retour du général de Gaulle, radicalement hostile aux thèses fédéralistes, annihile les derniers espoirs de l’UEF et de ses amis américains. Dissolution de l’ACUE dès mai 1960 puis cessation des financements occultes par la CIA s’ensuivent. En douze ans, la Compagnie aura quand même versé aux européanistes de toutes tendances l’équivalent de 50 millions d’euros sans étre jamais prise la main dans le sac ! Mais pourra-t-on préserver longtemps le grand secret ?

La première alerte éclate dès 1962. Trop précise sur les financements américains, une thèse universitaire sur les mouvements européanistes doit étre ” enterrée ” d’urgence en Angleterre. Ce remarquable travail est l’oeuvre du fils d’un camarade de résistance de Frenay, Georges Rebattet, créateur en avril 1943 du Service national maquis. Georges Rebattet, le successeur en 1952 de Joseph Retinger comme secrétaire général d’un Mouvement européen dont il a d’ailleurs assaini pour une bonne part le financement.

Deuxième secousse au milieu des années 1960. L’étau de la presse américaine (le New York Times et la revue gauchiste Ramparts ) se resserre sur une des filiales du ” trust ” Braden-Meyer, le Congrès pour la liberté de la culture o๠se côtoyaient des intellectuels antitotalitaires européens de haute volée – Denis de Rougemont, Manhès Sperber, Franz Borkenau, Ignazio Silone, Arthur Koestler ou, par éclipses, Malraux et Raymond Aron. Financé par la CIA au travers de la Fondation Fairfield, le Congrès édite en français l’une de ses revues les plus prestigieuses, Preuves . Jouant la transparence, Braden jette alors son pavé dans la mare. ” Je suis fier que la CIA soit immorale “, déclare-t-il en 1967 au journal britannique Saturday Evening Post , auquel il confie des révélations sensationnelles sur le financement occulte par la CIA du Congrès pour la liberté et sur le rôle d’Irving Brown dans les milieux syndicaux. Silence radio, en revanche, sur le soutien aux mouvements européanistes, le secret des secrets…

Ultime rebondissement à partir de juin 1970, quand le conservateur anglais pro-européen Edward Heath arrive à Downing Street. A sa demande, l’Information Research Department lance une vaste campagne pour populariser sous le manteau l’européanisme dans les médias et les milieux politiques britanniques. En 1973, l’Angleterre fait son entrée dans le Marché commun ; le 5 juin 1975, 67,2 % des électeurs britanniques ratifient la décision par référendum. Dans ce renversement de tendance en faveur de l’Europe, un homme s’est jeté à corps perdu : nul autre que le chef de la station de la CIA de Londres, Cord Meyer Jr. Ce bon vieux Cord qui remplaçait vingt ans plus tôt son copain Braden à la téte de la Division des organisations internationales de la Compagnie.

Source : HistoriaRémi Kauffer, 01/03/2003

V. Et qu’en pensait de Gaulle ?

Voici ce que de Gaulle disait de Jean Monnet – qui avait été son ministre – et de “l’Europe de Monnet” à son confident Alain Peyreffitte (Source : C’était de Gaulle, Tomes 1 et 2)

Sinon, ceci reste assez d’actualité, non ? 🙂

Bonus sans rapport :

De plus, Constantin Melnik, conseiller du Premier ministre Michel Debré pour la sécurité et le renseignement entre 1959 et 1962 témoigne : « Dulles estimait avoir sauvé l’Europe à travers les contacts avec les politiques. Et il me citait notamment le rôle de Schuman et Monnet. Oui, Schuman et Monnet avaient des liens avec la CIA. » Le Général en concevait de l’agacement : « De Gaulle voulait que les contacts avec la CIA soient concentrés au niveau des services et que les gens de la CIA cessent de voir directement Monnet et Schuman. » (Source : Atlantico, issu de Circus Politicus des journalistes Christophe Deloire et Christophe Dubois) azs

(N.B. : “voir la CIA” ne veut pas dire non plus en être le larbin, juste en être très proche…)

Pour les passionnés, qui parlent bien anglais, lire aussi : OSS, CIA and European unity : The American committee on United Europe, 1948-60 de Richard J. Aldrich

VI. Épilogue

Bien entendu que Monnet et Schuman (frappé d’indignité nationale à la Libération pour avoir voté les pleins pouvoir à Pétain, rappelons-le) n’étaient pas “payés par la CIA”, mais quel est ce délire mis en avant par le journaliste ? On voit l’idée classique : je pose une question avançant un truc débile sur quelqu’un, c’est évidemment faux, et zou, on passe à autre chose en l’ayant blanchi, sans chercher à comprendre plus avant. Encore une belle fabrication d’une No News. Quelle tristesse que ce manichéisme délirant qui empêche systématiquement de percevoir la complexité des situations…

Monnet et Schuman n’étaient pas des “larbins” ; ils avaient simplement des vues qui coïncidaient très souvent avec celles des Américains, de qui ils étaient très proches, et avec qui ils voulaient que l’Europe soit fortement alliée durant la guerre froide – quitte à aller parfois jusqu’à une forme de soumission. Mais les choses sont complexes : il n’y a pas que des patriotes purs et indépendants et des traitres payés par les Américains.

Toute la vision de Monnet est contenue dans cette anecdote racontée par Valéry Giscard d’Estaing, survenue à la fin de sa vie. En 1977, au palais de l’Elysée, Jean Monnet lui dit : « J’ai vu, à votre façon d’agir, que vous avez compris l’essentiel… Oui, j’ai vu que vous aviez compris que la France était désormais trop petite pour pouvoir résoudre seule ses problèmes. »

D’où sa vision du besoin de construire une Europe intégrée pour faire les “États-Unis d’Europe”, alliée avec les “États-Unis d’Amérique”, voire même de tout fusionner pour faire les “États-Unis TransAtlantiques” tant qu’on y est…

On peut combattre cette vision utopique voire délirante – ce qui est mon cas -, sans sombrer dans du n’importe quoi, et en la respectant. Monnet est illustratif d’une génération traumatisée par deux guerres mondiales, dont, à mon sens, la Construction européenne est l’utopie quasi-mystique qui rachètera les pêchés des Guerres. Je trouve ça respectable. Complètement erroné et dangereux – c’est pourquoi je la combat -, mais respectable, c’est de la politique. Je dis ceci simplement car, n’ayant pas connu ces guerres, je me sens limité dans ma capacité à trop critiquer les vision politiques de ces personnes.

Et, en effet, Monnet était très proche des Américains et les a aidés à défendre leur vision. Qui est sans doute celle qu’auraient beaucoup d’Européens s’ils avaient dû envoyer leurs enfants 2 fois en 25 ans faire la guerre dans des conflits entre l’Alabama, le Mississippi et le Texas. Vu de très loin, je peux comprendre qu’on ait envie de regrouper tout le bouzin en un seul pays pour limiter les problèmes. Hélas cela se saurait si c’était possible…

Mais comme c’était aussi la vision de Monnet, alors oui “c’était leur homme”. On rappellera qu’il était l’envoyé de Roosevelt à Alger en 1943, où il combattit de Gaulle avant de le rallier et de devenir son ministre. Mais on rappellera aussi que, du coup, il a énormément œuvré aux victoires des deux guerres mondiales ; jusqu’en 1945, il s’emploie à coordonner l’effort de guerre entre le Royaume-Uni et les États-Unis, et John Keynes a dit de lui “qu’il avait abrégé la guerre d’un an.” Lire cet édifiant petit récit de sa vie (un peu hagiographique) par exemple.

Bref, l’Histoire est complexe, comprenons-là (et donc carton rouge à Historia qui ferait mieux de diffuser gratuitement son important article de 2003 – c’est bon, il est amorti depuis 14 ans… Il faut vraiment revoir le problème des Droits d’auteur dans ce genre de cas. Pour un tel magazine, aussi important, la protection ne devrait pas dépasser disons 10 ans. Traiter ça comme un roman, c’est délirant), ne sombrons pas dans le manichéisme ou le simplisme (on voit qu’on n’arrive déjà pas à comprendre l’Histoire qui se passe sous nos yeux, cf. Ukraine ou Syrie), et surtout ne l’instrumentalisons pas à des fins politiques…

34 réponses à [La No News d’Historia] Oui, la CIA a financé la construction européenne…

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150 ans d'élections présidentielles

Publié le par Felli Bernard

150 ans d'élections présidentielles

Pas facile d'élire un monarque républicain !

 

C’est l’événement majeur de la vie politique française. Personnalisant à outrance le pouvoir, l’élection du président de la République au suffrage universel traduit à la fois une forme de démocratie directe et de monarchie républicaine.

Cette institution qui remonte à plus d'un siècle et demi reflète toute l’ambiguïté qui anime les Français à l’égard du pouvoir et de son exercice...

L'élection présidentielle en France en 1848. Gravure sur bois publiée dans « Illustrierte Zeitung ». Deux garçons se battent, un pour Louis-Napoléon Bonaparte et un pour Cavaignac.

Le suffrage universel contesté

Le 9 octobre 1848, la Seconde République instaurel’élection du chef de l’État au suffrage universel, pour quatre ans et non rééligible.

Le premier titulaire est Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon 1er. Il est élu à la surprise générale le 10 décembre 1848. Mais la Constitution lui interdisant de se représenter, il se résout au coup d’État du 2 décembre 1851. Un an plus tard, il se mue en empereur !

Après l'effondrement du Second Empire, la présidence de la République ressuscite avec l’avènement de la Troisième République.

Gambetta proclamant la Troisième République à l'Hôtel de ville de Paris le 4 septembre 1870, Howard Pyle, XIXe siècle, Delaware Art Museum, États-Unis.À l’exception d'Adolphe Thiers, qui a été désigné le 31 août 1871 par l’Assemblée constituante, tous les présidents sont élus par la Chambre des députés et le Sénat réunis en « assemblée nationale » (*) au palais de Versailles.

Exit l'élection au suffrage universel, qui a laissé un mauvais souvenir avec Louis-Napoléon Bonaparte !

Mandaté pour sept ans et rééligible, le président dispose en théorie de pouvoirs très étendus. Dans les faits, ces pouvoirs vont se réduire drastiquement suite à un conflit violent entre les députés et le président, le 16 mai 1877.

En 1946, après l'Occupation, une nouvelle Constitution adoptée par référendum inaugure la IVe République.

En douze ans d'existence (1946-1958), elle n'aura le temps que de produire deux présidents de la République, Vincent Auriol et René Coty, avec au demeurant des pouvoirs beaucoup plus limités que sous la IIIe République. Élu par le Parlement réuni en Congrès, le président perd l'initiative des lois ainsi que le droit de dissolution, dévolus tous deux au Président du Conseil.

De Gaulle monarque républicain

C’est avec la Ve République, que la fonction de président de la République acquiert tout son prestige.

La nouvelle Constitution, fortement inspirée par le général de Gaulle, aspire à mettre fin à l'instabilité ministérielle des républiques antérieures. Elle donne des pouvoirs étendus au président. Il nomme le Premier ministre, est en droit de dissoudre l'Assemblée nationale. peut prendre l'initiative d'un référendum et, en vertu de l'article 16, peut même exercer tous les pouvoirs en cas de besoin.

En sus de cela, Charles de Gaulle voudrait conférer au président l'onction du suffrage universel.

La fin de la guerre d'Algérie et l'émotion suscitée par l'attentat raté du Petit-Clamart lui en fournissent l'occasion...

Conférence de presse du général de Gaulle le 9 septembre 1965 à l'Élysée, Fondation Charles de Gaulle, DR.

1965 : de Gaulle descend dans l’arène

L’une des affiches de campagne du général de Gaulle face à François Mitterrand en 1965.L’élection du président de la République au suffrage universel direct est adoptée par référendum le 28 octobre 1962.

En 1965, pour la première élection présidentielle de ce type, cinq candidats affrontent le président sortant Charles de Gaulle, dont François Mitterrand (gauches démocratiques) et Jean Lecanuet (centre). 

Sûr de lui, de Gaulle néglige de faire campagne et dédaigne le temps de parole qui lui est dévolu à la télévision et à la radio. Grave erreur ! 

Il est mis en ballotage par Mitterrand et finalement élu au terme d'une campagne qui a passionné les Français.

1969 : une élection toute en rondeur

Désavoué le 27 avril 1969, lors d'un référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat, de Gaulle démissionne dès le lendemain.

Le président du Sénat Alain Poher, devient président par intérim en attendant une nouvelle élection dont le premier tour est fixé au 1er juin 1969.

Affiche de campagne de la gauche en 1969 qui, n’accédant pas au second tour, incite au vote blanc en soulignant les  similitudes entre les deux candidats Georges Pompidou et Alain Poher.On dénombre sept candidats, soit un de plus qu’en 1965.

La droite se partage entre Georges Pompidou et Alain Poher, qui incarne mollement les centristes. À gauche, Mitterrand passe son tour. Gaston Defferre représente les socialistes, flanqué de Pierre Mendès France.

À l’issue d’une campagne de premier tour sans éclat, la gauche est éliminée.

Les communistes refusent de choisir entre les deux finalistes Poher et Pompidou : « C’est bonnet blanc et blanc bonnet »

Pompidou l’emporte haut la main.

Premier débat télévisé sur l'ORTF le 10 mai 1974 entre Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand, archives de l'Ina, DR.

1974 : l’impact de la télévision

Une fois de plus, le mandat présidentiel est écourté, cette fois-ci par la mort de Georges Pompidou, le 2 avril 1974. Est-ce la fin du gaullisme ? En tout cas, c’est vraiment le début de l’impact de la télévision dans une campagne présidentielle (plus de 80% des Français sont équipés d’un téléviseur).

Le gaulliste Jacques Chaban-Delmas et Valery Giscard d’Estaing au coude à coude dans les sondages trois semaines avant le premier tour de la présidentielle de 1974, caricature de Tim, DR.Les sondages deviennent plus envahissants (vingt-quatre en quatre semaines), les affiches se multiplient. La campagne présidentielle coûte de plus en plus cher, mais on n’en connaît pas le prix car il n’existe encore aucune loi sur son financement.

Contrairement à 1969, la gauche s’unit derrière François Mitterrand qui a pris le contrôle du parti socialiste en 1971.

La droite, elle, se débat dans une véritable pétaudière. C’est le ballet des candidatures : Jacques Chaban-Delmas, Edgar Faure, Pierre Messmer, Valéry Giscard d’Estaing. Au final, il n’en restera que deux : Chaban-Delmas et Giscard.

On bascule donc dans une nouvelle phase de la vie politique française.

Le sommet de la campagne est atteint le 10 mai 1974 lors du face-à-face télévisé Giscard-Mitterrand : 25 millions de téléspectateurs !

Giscard décoche une formule qui fait mouche : « Monsieur Mitterrand vous n’avez pas le monopole du cœur », et l’emporte de justesse. Pour la première fois depuis le début de la Ve République, la plus haute charge de l’État échappe à un gaulliste...

 

[suite : les élections présidentielles de 1981 à 2012]

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Les #5 infos de la présidentielle

Publié le par Felli Bernard

Elections 2017

 

Les #5 infos de la présidentielle aujourd'hui

Un premier débat à cinq candidats, Dupont-Aignan à "TPMP", pari (plutôt) réussi pour Hamon...
un premier débat à cinq candidats, Dupont-Aignan à "TPMP", pari (plutôt) réussi pour Hamon...

Grands discours, petites phrases, propositions chocs ou anecdotes… Chaque jour, jusqu'au 7 mai 2017, date du second tour de l'élection présidentielle, franceinfo résume ce qu'il ne faut pas rater de l'actualité de la campagne. Voici l'essentiel à retenir de ce lundi 20 mars.

#1 Un premier débat pour cinq candidats

C'est une première dans la Ve République : avant le premier tour, les cinq "principaux" candidats – ceux qui arrivent aux cinq premières places dans les sondages – vont débattre ce soir, à partir de 21 heures, sur TF1. Marine Le Pen, Emmanuel Macron, François Fillon, Benoît Hamon et Jean-Luc Cheminade s'affronteront derrière des pupitres disposés en cercle pour favoriser les confrontations.

Pendant près de trois heures, ils débattront autour de trois thèmes : "Quel modèle de société ?", "Quel modèle économique ?" et "Quelle place pour la France dans le monde ?". Auparavant, les cinq candidats auront 1 minute 30 chacun pour répondre à la question "Quel président voulez-vous être ?". Ce débat est contesté car il exclut les six autres candidatures validées, vendredi, par le Conseil constitutionnel.

#2 Privé de débat, Dupont-Aignan invité de "Touche pas à mon poste"

Après avoir quitté le plateau du JT de 20 heures de TF1 samedi, après avoir déposé un recours devant le Conseil d'Etat, Nicolas Dupont-Aignan "reste indigné" de ne pas avoir été convié au débat de ce soir sur TF1. Le candidat de Debout la France sera finalement l'invité, ce soir, de "Touche pas à mon poste", sur C8. "Mais attention, on ne parlera pas de politique ! C'est juste que tous les malvenus chez les autres sont les bienvenus chez nous !" explique la bande de Cyril Hanouna sur Twitter.

 

#3 Hamon réussit son pari à Bercy

Une salle bondée, un discours très offensif et des partisans galvanisés : Benoît Hamon a (plutôt) réussi son pari, dimanche, à Bercy. L’équipe du candidat PS voulait que ce rendez-vous soit "le Bourget de Hamon", en référence au grand meeting de François Hollande en janvier 2012, resté célèbre pour sa tirade sur la finance. Très applaudi, Benoît Hamon a dénoncé une campagne "polluée par l’argent" et il a poursuivi : "Le parti de l’argent a trop de candidats dans cette élection. Il a plusieurs noms, il a plusieurs visages, il a même plusieurs partis désormais." Une façon de mettre dans le même sac François Fillon, Marine Le Pen et Emmanuel Macron.

#4 Macron et Le Pen au coude-à-coude, Hamon décroche, selon le dernier sondage

Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont au coude-à-coude, à 26% (la candidate du FN reste stable quand le candidat d'En marche ! gagne un point), dans un sondage Kantar Sofres sur le premier tour de la présidentielle, publié dimanche par Le Figaro. Dans ce sondage, le candidat PS Benoît Hamon décroche (-4 points), et se retrouve à égalité avec Jean-Luc Mélenchon (12%), qui reste stable. François Fillon est lui aussi stable, à 9 points derrière le duo de tête (17%).

#5 Ça passe pour Poutou, Lassalle et Cheminade

Trois candidats – Philippe Poutou, Jean Lassalle et Jacques Cheminade – se sont qualifiés in extremis samedi et rejoignent sur la liste les huit premiers candidats à avoir recueilli 500 signatures : François Fillon, Benoît Hamon, Emmanuel Macron, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Luc Mélenchon, Nathalie Arthaud, Marine Le Pen et François Asselineau. A quoi ressemblerait la France des onze candidats à l'élection présidentielle ? France info détaille leurs programmes respectifs.

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