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Lettre ouverte à Monsieur Emmanuel Macron, homme politique né d’une PMA entre le grand capital et les Minotaures de la repentance

Publié le par Felli Bernard

dimanche 19 février 2017

Lettre ouverte à Monsieur Emmanuel Macron, homme politique né d’une PMA entre le grand capital et les Minotaures de la repentance

 

Ce communiqué peut être repris à la condition d’en citer la source.

 
Lancé sur le marché politique tel un nouveau smartphone, vous êtes, Monsieur Macron, un ignorant butor dont les propos concernant la colonisation sont doublement inadmissibles.
 
1) En premier lieu parce qu’ils furent tenus à Alger, devant ces rentiers de l’indépendance qui, pour tenter de cacher leurs échecs, leurs rapines et la mise en coupe réglée de leur pays, mettent sans cesse la France en accusation.
Certains qui, parmi votre auditoire, applaudirent à vos propos d’homme soumis (cf. Houellebecq), et
devant lesquels vous vous comportâtes effectivement en dhimmi, sont en effet ceux qui, le 1er novembre 2016, publièrent un communiqué exigeant que la France :


« (…) présente des excuses officielles au peuple algérien pour les crimes commis durant les 132 ans de colonisation et pour les crimes coloniaux perpétrés à l’encontre du peuple algérien afin de rappeler les affres de la répression, de la torture, de l’exil, de l’extermination et de l’aliénation identitaire car l’histoire du colonialisme restera marquée par ses crimes de sang et ses pratiques inhumaines ».

Candidat à la présidence de la République française, vous avez donc donné votre caution à de telles exigences autant outrancières qu’insultantes. Ce faisant, vous vous êtes fait le complice des pressions et chantages que l’Algérie exerce à l’encontre de la France afin d’obtenir d’elle une augmentation du nombre des visas ou tel ou tel avantage diplomatique ou financier. En d’autres temps, vous auriez donc pu être poursuivi pour « Atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ».
 
2) Ensuite parce que vos propos constituent non seulement un recul de l’état des connaissances, mais également le viol de ce consensus historique auquel étaient arrivés les historiens des deux rives de la Méditerranée. Or, par ignorance ou par misérable calcul électoraliste, vous les avez piétinés.
Au nom de quelle légitimité scientifique avez-vous d’ailleurs pu oser les tenir ? Avez-vous seulement entendu parler des travaux de Jacques Marseille, de ceux de Daniel Lefeuvre ou encore des miens ?

 
Oser parler de « crime contre l’humanité », maladroitement rectifié en « crime contre l’humain », au sujet de la colonisation revient en réalité à classer cette dernière au niveau des génocides du XXe siècle, ce qui est proprement scandaleux. Sur ce terrain, vous voilà donc encore plus en pointe que Christiane Taubira, ce qui n’est pas peu dire...
Pierre Vidal-Naquet, pourtant militant de la décolonisation et « porteur de valises » assumé du FLN écrivait à ce sujet :


« Assimiler peu ou prou le système colonial à une anticipation du 3e Reich est une entreprise idéologique frauduleuse, guère moins frelatée que l’identification, à Sétif, (…) de la répression coloniale aux fours crématoires d’Auschwitz et au nazisme (…). Ou alors, si les massacres coloniaux annoncent le nazisme, on ne voit pas pourquoi la répression sanglante de la révolte de Spartacus, ou encore la Saint-Barthélemy, ne l’auraient pas tout autant annoncé… En histoire, il est dangereux de tout mélanger. Un sottisier peut-il tenir lieu d’œuvre de réflexion ? (…) L’air du temps de la dénonciation médiatique (…), le contexte social, économique et politique actuel est encore fécond qui continuera à générer de telles tonitruances idéologiques à vocation surtout médiatique ». J’ajoute électoralistes.
 
Vous devriez pourtant savoir, Monsieur le candidat à la présidence de la République, qu’en créant l’Algérie, la France donna un nom à une ancienne colonie ottomane, traça ses frontières, unifia ses populations, y créa une administration et toutes ses infrastructures.
Ce faisant, y aurait-elle commis un « crime contre l’humanité » ou « contre l’humain » ? Les chiffres de l’accroissement de la population ne semblent pas l’indiquer puisqu’en 1830, la population musulmane de l’Algérie n’excédait pas 1 million d’habitants alors qu’en 1962 elle avait bondi à 12 millions.
Serait-ce donc en commettant des « crimes contre l’humanité » que la France, ses médecins et ses infirmiers soignèrent et vaccinèrent les populations et firent reculer la mortalité infantile ? Serait-ce parce qu’elle commettait des « crimes contre l’humain » que chaque année, à partir du lendemain du second conflit mondial, 250 000 naissances étaient comptabilisées en Algérie, soit un accroissement de 2,5 à 3% de la population, d’où un doublement tous les 25 ans ? A ce propos, relisons René Sédillot :


« La colonisation française a poussé l’ingénuité - ou la maladresse - jusqu’à favoriser de son mieux les naissances : non seulement par le jeu des allocations familiales, mais aussi par la création d’établissements hospitaliers destinés à combattre la stérilité des femmes. Ainsi, les musulmanes, lorsqu’elles redoutaient d’être répudiées par leurs maris, faute de leur avoir donné des enfants, trouvaient en des centres d’accueil dotés des moyens les plus modernes tout le secours nécessaire pour accéder à la dignité maternelle. (…)(L’histoire n’a pas de sens, Paris, 1965, page 71).
 
Enfin, puisque vos propos indécents tenus à Alger obligent à faire des bilans comptables, voici, Monsieur le candidat à la présidence de la République, celui qui peut être fait au sujet de l’Algérie française : en 132 années de présence, la France créa l’Algérie, l’unifia, draina ses marécages, bonifia ses terres, équipa le pays, soigna et multiplia ses populations, lui offrit un Sahara qu’elle n’avait jamais possédé après y avoir découvert et mis en exploitation les sources d’énergie qui font aujourd’hui sa richesse. Comme je ne cesse de l’écrire depuis des années, en donnant l’indépendance à l’Algérie, la France y laissa 70.000 km de routes, 4300 km de voies ferrées, 4 ports équipés aux normes internationales, une douzaine d’aérodromes principaux, des centaines d’ouvrages d’art (ponts, tunnels, viaducs, barrages etc.), des milliers de bâtiments administratifs, de casernes, de bâtiments officiels qui étaient propriété de l’Etat français ; 31 centrales hydroélectriques ou thermiques ; une centaine d’industries importantes dans les secteurs de la construction, de la métallurgie, de la cimenterie etc., des milliers d’écoles, d’instituts de formations, de lycées, d’universités. Dès l’année 1848, et alors que la conquête de l’Algérie était loin d’être achevée, 16 000 enfants en majorité musulmans étaient scolarisés. En 1937 ils étaient 104 748, en 1952 400 000 et en 1960 800 000 avec presque 17 000 classes, soit autant d’instituteurs dont les 2/3 étaient Français (Pierre Goinard, Algérie : l’œuvre française. Paris, 1986).
En 1962, il y avait en Algérie, un hôpital universitaire de 2000 lits à Alger, trois grands hôpitaux de chefs-lieux à Alger, Oran et Constantine, 14 hôpitaux spécialisés et 112 hôpitaux polyvalents, soit le chiffre exceptionnel d’un lit pour 300 habitants.
Tous ces équipements, toutes ces infrastructures, tous ces établissements ainsi que les personnels qui les faisaient fonctionner avaient été payés par la France et avec l’argent des Français.
 
Monsieur le candidat à la présidence de la République, je vous poste ce jour en RAR mon dernier livre « Algérie, l’histoire à l’endroit »[1], afin que vous puissiez mesurer l’abîme séparant la réalité historique de vos inacceptables propos.

Bernard Lugan
 
[1] Ce livre est uniquement disponible via l’Afrique Réelle. Pour le commander :
http://bernardlugan.blogspot.fr/2017/02/nouveau-livre-de-bernard-lugan-algerie.html

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Colonisation : les Français marchent sur la tête

Publié le par Felli Bernard

19 février 2017

Colonisation : les Français marchent sur la tête

 

Qui l’aurait cru ? À deux mois des élections présidentielles, deux candidats majeurs ne trouvent rien de mieux que de lancer un débat sur la colonisation, une page d’Histoire tournée il y a plus d’un demi-siècle.

À droite, François Fillon croit bon de la justifier en y voyant un bienfaisant partage de la culture nationale avec les peuples africains. Au centre-gauche, Emmanuel Macron y voit rien moins qu’un crime contre l’humanité (*).

Faut-il rire ou pleurer devant tant de bêtise et de contresens ? Le plus drôle est que l’un et l’autre marchent à fronts renversés.

François Mitterrand, ministre de l'Intérieur, dirige la répression contre le FLN dans les Aurès en 1954

La colonisation est le grand œuvre de la gauche républicaine

Si « la colonisation » (*), sans plus de précision, a été un crime contre l’humanité, donc imprescriptible, il faut interdire les partis héritiers de ceux qui l’ont planifié (*).

Interdisons donc le Parti socialiste, qui se réclame de Ferry (*), Jaurès (*) et Blum (*), tous ardents partisans de la « mission civilisatrice des races supérieures ».

Interdisons-le aussi parce qu’il est l'héritier de la SFIO de Mollet, qui a pris le parti des pieds-noirs d’Algérie contre les partisans d’une plus grande autonomie, et parce qu'il a été fondé par Mitterrand. Comme ministre de l’Intérieur et garde des Sceaux, celui-ci a initié la répression en Algérie, envoyé à la guillotine plusieurs dizaines de fellaghas et donné les pleins pouvoirs au général Massu pour restaurer l’ordre républicain à Alger. 

Tant que nous y sommes, brûlons les oeuvres de Victor Hugo, qui lançait à ses compatriotes : « Dieu offre l'Afrique à l'Europe. Prenez-la » (*) !

Au sein de la gauche républicaine, il n'y a guère que Clemenceau qui s'est opposé aux entreprises coloniales, par humanisme et aussi pour rendre la priorité à la lutte contre l'Allemagne après la guerre franco-prussienne.

Ces choses-là ne sont pénibles à lire que pour les ingénus qui ont « oublié que l’Histoire est tragique » (Raymond Aron). Les responsables ci-dessus étaient des hommes de qualité, soucieux de l'intérêt national et du bien de l'humanité. Ils agissaient selon leur conscience, parfois au prix de cruels dilemmes et sans toujours mesurer les implications de leurs choix.

Ne les condamnons pas trop vite comme un tel qui « a les mains pures, mais il n'a pas de mains » (Charles Péguy). Humblement, disons-nous que nous commettons peut-être aujourd’hui, en toute bonne conscience, dans tel ou tel domaine, des choix qui nous seront également reprochés dans dix, cinquante ou cent ans...

La droite n'a jamais aimé les colonies

Depuis 1962, l'extrême-droite nationaliste cultive la nostalgie de l'époque coloniale, quand la France se voyait grande avec un planisphère à moitié « rose ». Mais il n'en pas toujours été ainsi !

Au début de la IIIe République, Paul Déroulède, pamphlétaire de l'extrême-droite nationaliste et fondateur de la Ligue des Patriotes, s'est violemment opposé aux entreprises coloniales. C'était, comme Clemenceau, pour mieux préparer la « revanche » sur l'Allemagne : « J'ai perdu deux sœurs, l'Alsace et la Lorraine, et vous m'offrez vingt domestiques ! »

Ce cas mis à part, la plupart des figures de droite se sont opposées à la colonisation parce qu'elle coûte cher et ruine le pays. C'est ce qui dit le sénateur monarchiste Albert de Broglie à la tribune : « Les colonies affaiblissent la patrie qui les fonde. Bien loin de la fortifier, elles lui soutirent son sang et ses forces » (11 décembre 1884).

Cette thèse a cours depuis le XVIIIe siècle chez les économistes classiques qui s'inquiètent des effets délétères du protectionnisme colonial. Avec une singulière prescience, Jean-Baptiste Say écrit ainsi dès 1830 : « Les vraies colonies d'un peuple commerçant, ce sont les peuples indépendants de toutes les parties du monde (...). Un temps viendra où on sera honteux de tant de sottise et où les colonies n'auront plus d'autres défenseurs que ceux à qui elles offrent des places lucratives à donner et à recevoir, le tout aux dépens du peuple » (Cours complet d'économie politique).

Nous sommes ici aux antipodes de la doxa contemporaine qui voit la colonisation comme le fruit vénéneux du capitalisme. Dans les années 1970, Jacques Marseille, jeune historien communiste, s'était lancé dans une thèse, Empire colonial et capitalisme français. Histoire d'un divorce (Albin Michel, 1984), afin de démontrer cette proposition... À sa grande surprise, il avait tout au contraire découvert que la colonisation avait entravé plutôt que favorisé le développement de la métropole.

À ces deux critiques de la colonisation par la droite, ajoutons-en une troisième, que nous pourrions dire « humaniste ». Elle vient de personnalités qui ont tenté de corriger les dérives de la colonisation.

La première est unaniment honnie de la gauche républicaine puisqu'il s'agit de l'empereur Napoléon III. Embarrassé par l'Algérie reçue en héritage, il projette d'en faire un « royaume arabe » autonome... Violemment hostiles au projet, les colons européens vont s'allier aux républicains en vue de renverser l'Empire à la première occasion.

Citons aussi le maréchal Lyautey, monarchiste de coeur et catholique social. Engagé dans les guerres coloniales, il mène celles-ci avec l'énergie requise.

Après l'humiliation de Fachoda, en 1898, comme beaucoup de conservateurs, il s'accommode des conquêtes coloniales de la gauche républicaine parce qu'il y va de l'honneur du pays.

Mais quand il reçoit en 1912 mission d'administrer le Maroc en qualité de Résident général auprès du sultan, il force l'estime des Marocains par son équité et son souci de les protéger de la cupidité des colons et des traficants.

Fêtes données à l'Empereur et à l'Impératrice à Alger le 20 septembre 1860 (Isidore Pils, 1813-1875)

Freud, reviens, ils sont devenus fous !

Si, en France plus qu'ailleurs, la colonisation et le passé polluent le débat politique droite-gauche, il y a bien sûr à cela des motifs opportunistes : dénoncer la colonisation ou l'enseignement de l'Histoire évite d'avoir à répondre de son programme ou de ses écarts de conduite.  Mais il y a surtout des raisons de type psychanalytique ! 

« Il existe un lien obscur entre l'universalisme dit civilisateur et le colonialisme du mépris, et il faudra bien que le discours républicain tire un jour au clair son refoulé colonial », écrit l'essayiste Régis Debray (*).

De fait, la gauche est malade de ne pouvoir admettre que ses glorieux ancêtres se sont fourvoyés par fidélité à l'« universalisme républicain ». Sous la Révolution, ils prétendaient apporter la Liberté aux autres peuples à la pointe des baïonnettes, sous la IIIe République, ils prétendaient civiliser l'Afrique...

Et aujourd'hui ? La gauche n'a-t-elle pas encore la prétention d'imposer ses valeurs bien évidemment « universelles » aux banlieues, à l'Europe et à l'ensemble de la planète ? Ses cris d'orfraie veulent faire oublier ses fourvoiements et les attribuer à la droite et l'extrême-droite. Comme si un mensonge, à force d'être répété et hurlé, pouvait devenir vérité !

Maladroitement, la droite et l'extrême-droite sont tombées dans le piège. La première parce qu'elle cultive la nostalgie de « la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs » (Charles de Gaulle), la seconde peut-être aussi parce qu'elle ne digère pas le lâchage de l'Algérie sur une victoire militaire.

Si l'on en croit Freud et ses disciples, la persistance dans le déni ne mène à rien de bon. Souhaitons que la gauche française mais aussi la droite et l'extrême-droite regardent enfin leur passé les yeux dans les yeux et, plus important que tout, ne se posent plus en donneurs de leçons.

Que ne prenons-nous exemple sur nos cousins anglais !

La Grande-Bretagne s'est dotée d'un empire colonial beaucoup plus important que celui de la France. De son fait, les Indes ont vu la ruine de leur agriculture et de leur industrie textile. Pressurées et appauvries, elles ont connu sous la colonisation britannique des massacres et des famines épouvantables. Tout cela ne fait pas pour autant débat ni n'a donné lieu à repentance ou excuses.

Au XIXe siècle, à Londres, les Premiers ministres se sont succédés ou ont alterné au pouvoir avec leurs différences : Palmerston l'impérialiste, Disraeli le colonialiste exalté, Gladstone l'anticolonialiste tout autant exalté. Mais par pragmatisme, leur politique a toujours été assumée - erreurs comprises - et jamais reniée.

Plus surprenant, les Britanniques n'ont pas essuyé de reproches des Indiens ni d'aucun des peuples qu'ils ont colonisés (à l'exception des Irlandais) ! Notons pour être exact que les Français n'ont pas non plus essuyé de reproches des Indochinois et en particulier des Vietnamiens, en dépit d'une colonisation au moins aussi brutale qu'en Algérie.

À cela une raison simple : ces peuples sont tournés vers l'avenir et ne s'occupent pas de ruminer le passé.

C'est tout le contraire de la malheureuse Algérie, prisonnière depuis l'indépendance d'une clique de malfrats qui trouve pratique de rejeter sur l'ancien colonisateur les maux du présent.

Benjamin Stora, spécialiste de la guerre d'Algérie et  « idiot utile » du gouvernement algérien, en rajoute en prétendant voir un lien entre l'« impensé colonial » , les dérives xénophobes et le mal-être des banlieues. Mais si l'on considère la proportion de jeunes musulmans qui partent pour le djihad en Syrie, elle est bien plus élevée en Belgique et même au Danemark, pays qui n'ont jamais colonisé de terre musulmane ! Il est donc faux d'expliquer les ratés de l'intégration en France par l'histoire coloniale (*).

Comme le rappelle l'historien Marc Ferro, qui a enseigné en Algérie : « Dans le passé, au temps colonial, on n’a jamais rien caché des atrocités de la conquête et cela ne choquait personne, pas plus les métropolitains que les indigènes. Ces derniers ne se souciaient pas du passé mais de l’avenir, le leur ! »

Publié ou mis à jour le : 2017-02-20 15:20:12

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Qui a peur de la paix en Afghanistan ?

Publié le par Felli Bernard

Qui a peur de la paix en Afghanistan ?


Bhadrakumar

Par M.K. Bhadrakumar – Le 14 février 2017 – Source Oriental Review

La conférence de six pays sur l’Afghanistan qui doit se tenir à Moscou mercredi – avec la Russie, la Chine, l’Inde, l’Iran, l’Afghanistan et le Pakistan – est déjà dans la ligne de mire des États-Unis. Un commentaire de Voice of America a accusé qu’en prenant cette initiative « la Russie est plus intéressée à affaiblir les États-Unis qu’à résoudre les problèmes régionaux ». Le commentaire déplorait que les États-Unis et l’OTAN n’aient pas été invités à la conférence à Moscou. Il a néanmoins admis que les analystes régionaux « observent le développement avec plus d’optimisme ».

Washington est extrêmement préoccupée par le « retour » de la Russie en Afghanistan. Les États-Unis craignent que la Russie puisse faire une autre « Syrie » en Afghanistan en précipitant la guerre vers une fin définitive et en effaçant État islamique de l’Hindou Kouch et de l’Asie centrale, ce qui évidemment priverait la présence militaire occidentale illimitée en Afghanistan de sa raison d’être [en français dans le texte].

Cette question est également liée à l’avenir de l’« euro-atlantisme » et à la pertinence de l’OTAN comme organisation de sécurité. Évidemment, les guerres induisent des intérêts corporatifs et la guerre en Afghanistan, qui dure depuis 15 ans, la plus longue dans l’Histoire des États-Unis, a créé une mine d’or se comptant en dizaines de milliards de dollars (la plus grande partie portée disparue). Les « entrepreneurs de guerre » et les politiciens américains qui font pression en leur propre faveur s’en donnent à cœur joie. Il s’avère maintenant que le Pentagone a dépensé des milliards de dollars en salaires pour des « soldats fantômes » afghans qui n’existaient que sur le papier !

Ensuite, il y a la question plus vaste des relations entre les États-Unis et la Russie. Le renseignement américain et le Pentagone ne sont pas favorables à l’idée que le président Donald Trump améliore les relations avec la Russie. Ils rejettent aussi l’idée de Trump selon laquelle l’OTAN est « obsolète ». La guerre d’Afghanistan confirme l’importance de l’OTAN.

La logique voudrait que les États-Unis acceptent l’offre de longue date de la Russie de coopérer pour amener la guerre d’Afghanistan à une conclusion positive. Mais les Américains ne veulent rien savoir des Russes. Ils préfèrent continuer de mener une guerre incertaine à leur propre rythme. Bien sûr, la géopolitique intervient, étant donnée l’emplacement stratégique de l’Afghanistan.

Pendant ce temps, la guerre civile qui se déroule actuellement dans les bureaux de Washington ente l’administration Trump et les combattants de la Guerre froide – l’expulsion du conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn en est le dernier épisode sauvage – est également nécessaire pour fabriquer à la Russie une image d’« ennemi ». À la lumière de tout cela, le sénateur John McCain a prévu une audition de la Commission sénatoriale des forces armées (qu’il préside) jeudi dernier à propos du « blocage » dans la guerre d’Afghanistan. Le véritable ordre du jour visait à l’évidence à souligner que la Russie « légitime » les Talibans et sabote les États-Unis et l’OTAN.

Le commandant suprême américain en Afghanistan, le général John Nicholson, a consciencieusement renvoyé la balle en donnant les réponses appropriées. Nicholson a continué de répéter que la présence militaire étasunienne en Afghanistan est dans l’intérêt de la « sécurité intérieure américaine », un argument qui passe bien auprès de Trump.

McCain représente l’Arizona, où se trouve l’industrie d’armement américaine, et Nicholson est un partisan de la guerre en Afghanistan. Ils forment une union parfaite. Le résultat de ces deux heures d’audition spéciale au Sénat est que le même genre de pression, qui a forcé Barack Obama à reculer par rapport à ses promesses électorales de 2008 d’arrêter la guerre et à opter plutôt pour la « poussée » catastrophique en Afghanistan, semble se répéter.

Les ministres des Affaires étrangères afghan et russe se sont rencontrés à Moscou en février 2017

Le Pentagone est vraiment préoccupé de ce que la Russie se déplace systématiquement sur l’échiquier. Une « trilatérale » avec la Chine et le Pakistan en décembre à Moscou a posé la base de la création du nouveau format régional à six pays. Pendant ce temps, Moscou a aussi beaucoup travaillé en coulisses pour faire monter Kaboul à bord. La visite du ministre afghan des Affaires étrangères Salahuddin Rabbani à Moscou la semaine dernière a aidé les deux pays à comprendre les intentions de chacun et à harmoniser leurs idées (ici et ici).

Si l’on sait comment fonctionne la diplomatie russe dans ces temps dangereux, le prochain mouvement de Moscou sera de tendre la main pour encourager des liens cordiaux entre Kaboul et Islamabad. En effet, dans cette entreprise extrêmement sensible, le « dégel » dans les relations russo-pakistanaises est utile. (Le projet de gazoduc Nord-Sud renforcerait l’influence russe.)

Assurément, les discussions entre Rabbani et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov ont déclenché l’alarme au Pentagone. Pendant les 48 heures où se déroulaient les entretiens de Rabbani avec Lavrov à Moscou, Trump a téléphoné au président afghan Ashraf Ghani pour insister sur « l’importance du partenariat stratégique USA–Afghanistan » et sur le soutien des États-Unis au gouvernement de Kaboul.

Il est impératif que l’opinion régionale affirme vouloir mettre fin à cette guerre, qui ne fait que donner naissance à de nouveaux groupes terroristes comme État islamique. La position de l’Inde à la conférence de Moscou va dans le même sens. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Vikas Swaroop a été cité disant :

« L’Inde est un important partenaire de développement de l’Afghanistan et est à ses côtés pour relever les défis, dont le plus important est le terrorisme. L’Inde a toujours cru en une coopération étroite et constructive pour la paix, la stabilité et le développement en Afghanistan. À cette fin, nous participons actuellement à diverses consultations bilatérales et multilatérales. Dans ce contexte, nous sommes heureux d’accepter l’invitation de la Russie à des consultations. »

La conférence de Moscou devient une occasion unique d’affirmer l’opinion régionale. Laissons McCain, Nicholson & Co. émigrer au Yémen ou en Libye ou n’importe où et emporter leurs bons filons avec eux.

M.K. Bhadrakumar

M.K. Bhadrakumar, ambassadeur, est un ancien diplomate de carrière au ministère indien des Affaires étrangères.

L’article original a été publié sur le blog de l’auteur

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Vidéo] Gabriel Galice : “Les Américains ont un plan qui est de remodeler le Moyen-Orient”

Publié le par Felli Bernard

20
Fév
2017

[Vidéo] Gabriel Galice : “Les Américains ont un plan qui est de remodeler le Moyen-Orient”

 

Source : Daily Motion, les-crises, 24/12/2016

Gabriel Galice, président de l’Institut international de recherches pour la paix à Genève: “Les Américains ont un plan qui est de remodeler le Moyen-Orient et c’est un projet de prise du pouvoir”

 

Gabriel Galice :  Je voudrais donner 3 dates : 2003, janvier 2003, Georges W Bush décide de remodeler le Grand Moyen-Orient. Le Grand Moyen-Orient ça va du Maroc jusqu’au Pakistan. Et il attaque l’Irak, avec les arguments que vous connaissez dont on sait maintenant qu’ils étaient bidons. Il n’y avait pas d’armes de destructions massives.

2006, 19 décembre 2006, Time Magazine, qui n’est pas un journal pro-russe à ma connaissance, publie un rapport secret sur la Syrie dans le viseur de Bush. “2006” !!! C’est-à -dire 5 ans avant les “printemps arabes”. Et il est expliqué comment et pourquoi le gouvernement des Etats-Unis va soutenir les opposants et renverser le gouvernement d’Assad.

Bon … prenons acte d’une ingérence caractérisée avec des moyens … 1 milliards par an affecté à ça.

Et puis 3ème date :  2011, le Grand Moyen-Orient on continue à le charcuter. Cette fois c’est la Libye qui tombe. C’est les français et les britanniques qui se mettent en première ligne et dans cette même période on commence un nouveau programme sur la Syrie du côté des Etats-Unis,  pour armer les combattants.

Voilà quand même des choses qui doivent être rappeler, parce que c’est pas seulement Poutine qui est dans cette affaire. Poutine est arrivé après, bien après … sauf qu’il avait un “Expression suisse” depuis les années septante (70). Voilà …

Animatrice : Vous nous dites que les grands méchants dans le fond ce sont les Etats-Unis …

Gabriel Galice : Je dis que les américains ont un plan qui a été de remodeler le Grand Moyen-Orient, je n’ai pas entendu une seule fois ce mot dans les commentateurs depuis des mois sur cette question là. Et ce projet c’est un projet de prise du pouvoir et de faire tomber tous les états qui étaient : baasist, indépendants, tortionnaires on est d’accord, mais avec un chaos beaucoup plus grand depuis qu’on a dégommé Saddam, dégommé Kadhafi et qu’on essaie de dégommer Bachar.

On a effectivement beaucoup plus de morts et beaucoup plus de réfugiés et beaucoup plus de drames humains. Voilà le résultat. Donc il faut quand même que vous soyez cohérents avec vos postulats de départ. Est-ce que vous soutenez ce projet là, ce dessein là, ou est-ce que vous considérez, comme moi je le considère, que toutes les ingérences  ont été négatives. Et quand j’ai entendu le président Hollande se vanter dans un livre, qui a été écrit par un journaliste français, d’avoir contourné l’embargo de l’Union Européenne, qui interdisait de livrer des armes, je ne sais pas si c’est vraiment les meilleurs choses qu’on ait trouvé à faire pour calmer le conflit.

Voilà quelques élément qu’il faut livrer. C’est pas “que” les américains. C’est les français, c’est les britanniques.

Source : Daily Motion, les-crises, 24/12/2016

Voir aussi  la page  wikipédia de l’Institut international de recherches pour la paix à Genève

11 réponses à [Vidéo] Gabriel Galice : “Les Américains ont un plan qui est de remodeler le Moyen-Orient”

pour lire les 11réponses , cliquez sur le lien !

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Fillon, mon candidat de raison

Publié le par Felli Bernard

Fillon, mon candidat de raison

Pour éviter la collision, faut faire avec…

Alain Nueil

Alain Nueil
Romancier

Publié le 17 février 2017 / Politique

Mots-clés : , , ,

 
fillon lr justice penelope

Sipa. Numéro de reportage : 00793018_000002.

Inutile de le cacher, ce fut une grande déception. Comme si le Canard enchaîné révélait que Mère Theresa allait en secret à Las Vegas claquer les fonds levés pour les miséreux de Calcutta. Ou bien que le Dalaï Lama s’était converti à l’islam et partait faire le djihad en Syrie.

Les Fillon aiment l’argent

Eh bien oui, les Fillon aiment l’argent. Bien sûr, on aurait préféré qu’ils réagissent autrement aux fameuses révélations. Un Georges Frêche, un Roland Dumas auraient pu leur conseiller la bonne tactique : la famille passe à la télévision et avoue qu’elle a pioché dans l’argent public, mais c’était par amour pour Penelope qui a un faible pour les bijoux, ou bien pour refaire les toits de Beaucé qui commençaient à prendre l’eau, ou bien pour les études des enfants, si brillants et sérieux. Mais ils rembourseront, c’est promis. Les Français auraient tiré leur mouchoir et adoré cette séance de repentance en groupe.

Mais ça, c’est de la roublardise méridionale, et le fils du notaire, de mère basque et de père vendéen, en est strictement incapable. Un sou, c’est un sou et quand il est légalement gagné, on le garde, surtout si ajoutés les uns aux autres les sous font un joli tas. Nous autres électeurs, nous devons en prendre notre parti et adopter une attitude cynique. Il faut prendre acte à la fois que ce candidat aime l’argent et qu’il est le seul à présenter un programme sérieux, tant sur le plan économique que pour la continuation de la France. D’après les sondages, ses deux concurrents les plus redoutables sont Marine Le Pen, qui nous propose une sauvegarde nationale et une catastrophe économique, et Emmanuel Macron qui nous propose une sauvegarde économique et une catastrophe nationale, pour autant qu’on puisse deviner ses obscurs desseins. Il faut donc voter Fillon non par amour mais par raison.

Mélenchon en extase

Plusieurs candidats de cette très curieuse élection présidentielle se prennent pour le Christ. C’est vrai de Mélenchon, qui s’est doté de l’ubiquité divine grâce à un hologramme, et c’est encore plus vrai de Macron. J’ai été stupéfait de le voir hurler à ses fidèles un long et modulé : « Mes amis, je vous aime… farouchement ». Et les fidèles d’En marche se pâment, ils applaudissent, ils en redemandent. Ce sont des fidèles, non des partisans. Interviewés, ils avouent avoir vécu un moment fort et rester sous le charme. Tout comme les admirateurs de Mélenchon qui semblent éprouver durant ses discours des extases mystiques et  quittent ses meetings éberlués comme des Ravis de crèche. Un homme politique doit-il se présenter comme un objet d’amour ? Non. Il s’agit là du dévoiement d’un sentiment de nature religieuse mais qui peut aussi se manifester envers la nature ou l’art : la ferveur. Un très beau mot qui veut dire à l’origine bouillonnement, un bouillonnement de l’âme, tout intérieur (pardon pour ce réflexe de vieux prof). Or il semble que dans ce pays largement athée, la ferveur se soit reportée indûment sur la politique. Tout le monde a besoin de ferveur, avec des doses différentes bien sûr. Il est irrespirable de vivre perpétuellement dans l’ironie, le dénigrement et la dérision, comme nous y invitent la plupart des médias et l’air du temps.

Faut-il voter pour un candidat par amour ? Non. Par raison ? Oui. Avons-nous besoin à l’Elysée d’un télévangéliste charmant et bien-disant ? Non. Avons-nous besoin dans ce même palais présidentiel d’un plombier qui sache déboucher les multiples tuyaux de l’Etat français qui ne fonctionnent plus ? Oui. Sinon, un de ces jours, nous allons tirer la chasse et comme dans La Grande Bouffe de Marco Ferreri il va nous tomber sur la figure des tonnes de matière fécale malodorante, qui normalement se trouve en aval des cabinets, pas en amont. Banlieues en feu, intérêts de la dette impossibles à payer, chômage en explosion, SNCF, Areva et hôpitaux en faillite, etc. Je ne détaille pas, vous êtes au courant. Faut-il aimer son plombier pour qu’il soit efficace ? Je ne crois pas. Et si vous apprenez que votre plombier efficace a traficoté des papiers pour faire croire que sa plombière a travaillé pour lui et va toucher des allocations de chômage auxquelles elle n’a pas droit, allez-vous vous draper dans votre dignité, renvoyer le plombier indélicat et laisser vos tuyaux bouchés ? Ce ne serait pas très malin.

La gauche de la gauche ruinerait la France

On avait parlé du François Fillon catholique, père de famille tranquille, bourgeois des paisibles bocages de l’Ouest, et on avait oublié le François Fillon pilote de courses automobiles et alpiniste… Un homme qui a manifestement le goût de risque. Moi qui ai horreur d’être conduit trop vite et qui éprouve le vertige sur une chaise, j’ai été pris en otage par cet homme de tous les risques. Je ne suis d’ailleurs pas seul dans le bolide, il y a aussi tous les électeurs du centre, de la droite modérée et tous les gens qui ont un minimum de jugeote et ne croient pas à l’open bar de MM. Hamon et Mélenchon qui ruineraient la France en trois semaines. Nous les passagers de Fillon, nous serrons les fesses car il roule toujours plus vite. En fait il joue à quitte ou double. Ou bien il nous envoie dans le décor et alors il sera à tout jamais détesté, rejeté par tout son camp et haï des Français. Ou bien ce fou du volant coriace, pugnace et culotté nous conduit à la victoire. Et avec de pareilles qualités, il sera assurément un grand homme d’Etat. Personne n’insiste sur le fait que ”Mr Nobody” a longtemps vécu étouffé et méprisé par Nicolas Sarkozy. Il rongeait son frein et ourdissait la toile de sa longue revanche. Car il y a de l’araignée en lui, et je le dis à titre d’éloge. Fillon est un homme capable de stratégies longuement mijotées, de plans étalés sur des années, des  plans pour la France et parfois aussi pour sa petite famille. Des plans solides, pas de petites arnaques solférinesques comme qui vous savez.

Ce bouledogue teigneux, taiseux et retors est doté d’une incroyable pugnacité, d’une incroyable persévérance, d’une incroyable audace, ce qu’il est en train de démontrer ces jours-ci par son acharnement à foncer dans son bolide, malgré les conseils d’amis effrayés à juste titre par les 250 à l’heure. Les Français auraient grandement tort de se passer des services d’un pareil opiniâtre. S’il est élu, je plains sincèrement ceux qui auront à négocier avec lui, les pauvres petits syndicalistes, les pauvres petits Poutine et Trump, je plains la gentille dame sur le retour qui préside aux destinées de l’Allemagne. Ils auront affaire à très forte partie. La longue mutation de François Fillon accouche d’un homme d’Etat de grande classe, farouche, à grande portée, impitoyable sur ses objectifs. La chrysalide ne produit pas un papillon, il en sort un tigre. En bousculant quelque peu l’Histoire de France, on pourrait dire qu’après une série de rois fainéants, dont le dernier était si immobile qu’il ne demandait même plus à ses cochers de faire avancer son lit roulant, voilà que Richelieu pourrait enfin venir au pouvoir. Les protestants qui caillassent les troupes royales n’ont qu’à bien se tenir et la maison d’Autriche va désormais trembler devant la France. Vous m’objecterez que Richelieu avait une fâcheuse tendance à confondre sa cassette avec celle du Royaume. Ah bon…

Alain Nueil
Romancier

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Té , pôvre peuchère !

Publié le par Felli Bernard

Té , pôvre peuchère !

19 Février 2017 , Rédigé par New Dawn

Té , pôvre peuchère !

Pauvre petit Minou , je trouve vraiment que ton éducation , tant sexuelle que culturelle a été totalement négligée par Maman Trogneugneux !...

Aller éructer des insanités contre le peuple français , à l'étranger , pour ensuite arriver par retour du courrier faire une conférence à Toulon , relevait du pur suicide médiatique ... Je me pose une question à ton sujet : étais-tu en pleine possession de tes moyens ? Qu'avais-tu fumé dans ton jet qui te donnait cette horrible idée de te suicider en public , comme un bonze kamikaze revêtu de probité douteuse et de couleur safran ... Ah laissez-moi bonzer à ma guise comme je l'ai fait sur cette photo que je te communique,  pour info , afin d'égayer tes dimanches , sachant que tu apprécies les femmes un peu mûres ... mais certes pas blettes , j'ai bien compris ... et c'est bien pour cela que j'ose te la montrer ... mais ne va pas essayer d'en faire pour autant un enfant à ton amant ... C'est matériellement impossible mon petit chaton ...

J'ai aussi réalisé que tu n'avais pas osé te montrer à Montpellier où réside la plus grosse  communauté pieds-noirs de France ... alors , tu t'es dit que tu allais voir des brêles ... à Toulon , et tu ne savais pas vraiment où tu mettais les pieds ... c'est en cela que je dis que ta Trogneugueux a été insuffisante à ton éducation ... 

Petit rappel : 

Toulon vient de Telo Martius  un navigateur visionnaire qui exista dans notre rade , plus de 2000ans avant JC , et comme je n'ai pas été instruite des cours d'arabe de ta NVB , j'ose t'avouer que je parle le vieux français couramment et que je te traduis ce que l'on disait de cet homme prodigieux

" Ce pilote fameux que Marseille nous vante ,

L'infortuné Télon de qui la main savante

Rendait  le timon souple à tous les mouvements

Cet illustre vieillard qu'instruisaient les étoiles 

A prévenir l'orage et composer ses voiles ..."  Brébeuf 

 ... Voilà , à part cela , Chéri-Chéri , le Var te trouve ridicule ... Ici la fortune se cache sous des bleus de travail et des mains calleuses ... Il faut simplement savoir qui possède quoi pour détenir les codes de l'assimilation ... comme partout d'ailleurs ! Mais à Paris , tout semble inversé ...Par ailleurs , nous sommes , comme je te l'ai dit un peuple de marins , descendants des galériens du temps de Jean Valjean, simple voleur de pain condamné au bagne  ... durs au travail , honteux de leurs faiblesses , fiers enfin du chemin accompli , ensemble ... Quand un soldat s'effondre , un autre le remplace ... 

Je ne te salue pas Macron , le Seigneur n'est pas avec toi , tu n'es pas béni ici et le fruit de ton cerveau est malade .

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Le Washington Post coupable de “fausses informations”, par Robert Parry

Publié le par Felli Bernard

19
Fév
2017

Source : Consortium News, le 27/11/2016

Le 27 novembre 2016

Exclusif : Selon Robert Parry, le thème des “fausses informations” a tellement captivé le Washington Post et les médias américains qu’ils s’abaissent à des calomnies maccarthistes contre les publications qui ne sont pas en concordance avec la ligne de propagande du département d’État.

Par Rober Parry

L’hystérie des principaux médias américains sur les “fausses informations” a atteint son paroxysme logique (ou illogique) : une liste noire, à la McCarthy, de journalistes honnêtes qui montrent simplement leur scepticisme professionnel vis à vis des autorités, ce qui inclut les déclarations des dirigeants américains comme ce qui est écrit dans The Washington Post et le New York Times.

Apparemment, se montrer sceptique vous expose maintenant à être traité de diffuseur de “propagande russe”, d'”idiot utile” ou de quelque autre immonde qualification rappelant la Guerre froide. Maintenant que nous sommes entrés dans une nouvelle Guerre froide, je suppose qu’il est logique de s’attendre à un nouveau maccarthysme.

L'avocat Roy Cohn (à droite) avec le sénateur Joseph McCarthy.

L’avocat Roy Cohn (à droite) avec le sénateur Joseph McCarthy.

À mon retour d’un voyage de Thanksgiving à Philadelphie samedi, j’ai appris que Consortiumnews.com, site d’investigation qui, au cours de ses 21 ans d’existence, a mis à mal des “groupes de réflexion” indélicats, tant Républicains que Démocrates ou d’autres obédiences, figurait parmi les quelques 200 sites Internet diffusant ce qu’un certain site web anonyme, PropOrNot, considère être de la « propagande russe ».

J’aurais normalement ignoré de telles inepties mais elles ont été révélées par le Washington Post, qui a considéré ces “chercheurs indépendants” non cités comme des experts pointus qui ont traqué le fonctionnement  de la propagande russe et en ont dressé la liste noire.

Et je ne plaisante pas quand je dis que ces néo-maccarthistes ne sont pas nommés. L’article publié par Craig Timberg jeudi dernier décrit simplement PropOrNot comme “un groupe non partisan de chercheurs ayant des connaissances en politique étrangère, et dans les domaines militaires et technologiques [qui] prévoyait de publier ses propres résultats vendredi, montrant la portée surprenante et l’efficacité des campagnes de propagande russes.”

Le Post a accordé au groupe et à ses dirigeants l’anonymat pour diffamer les journalistes qui ne suivent pas à la lettre les déclarations officielles du Département d’État ou quelque autre source irréprochable quant aux vérités qui-ne-peuvent-être-remises-en-cause. Le Post a même publié une citation “aveugle” (ou non attribuée) du dirigeant de ce site ténébreux, que voici :

“La façon dont cet appareil de propagande a soutenu [Donald] Trump équivalait à l’achat d’une quantité énorme de publicité,” a déclaré le directeur exécutif de PropOrNot, qui a parlé sous condition d’anonymat pour éviter d’être ciblé par les légions de hackers russes.”

Le Mesquin Washington Post

En tant que journaliste professionnel depuis plus de quatre décennies, il est difficile pour moi de comprendre comment un journal soi-disant réputé comme The Washington Post aurait permis à un personnage anonyme d’attaquer le patriotisme des journalistes américains tout en cachant le nom de la personne derrière l’excuse ridicule qu’il ou elle pourrait être ciblé(e) par des pirates.

Les bureaux du Washington Post (Crédit photo: Daniel X. O'Neil)

Les bureaux du Washington Post (Crédit photo: Daniel X. O’Neil)

En 1985, alors que j’étais journaliste d’investigation pour The Associated Press et que j’étais le premier à exposer la fonction secrète d’Oliver North à la Maison-Blanche pour soutenir des rebelles Contra au Nicaragua, j’ai reçu quelques critiques pour avoir utilisé le nom de North parce qu’il prétendait qu’il aurait pu être ciblé par des assassins – bien qu’il ne fut pas officiellement un agent secret (son nom et son titre figuraient dans l’annuaire de la Maison-Blanche, par exemple).

Donc, aussi stupides et infondées que puissent être les inquiétudes de North – et The Washington Post m’a ensuite suivi en publiant le nom de North – ses inquiétudes, au moins, portaient sur sa sécurité personnelle. Mais maintenant, nous avons The Post qui traite d’une prétendue étude de soi-disant “chercheurs indépendants” comme ayant besoin de la protection de l’anonymat pour permettre au Directeur exécutif du site web d’exposer les calomnies de ce groupe sans donner son nom.

Dans ce cas, comment le public est-il supposé juger les diffamations ? Et déterminer si ces chercheurs sont effectivement « indépendants » ou sont financés par un vrai réseau de propagande, comme ceux financés par le National Endowment for Democracy ou USAID ou par le spéculateur financier George Soros, voire par le groupe de réflexion d’un complexe militaro-industriel ?

En effet, ce site web promu par le Post n’utilise-t-il pas l’essence même des “fausses informations” à la McCarthy : faire de vagues accusations et imposer la culpabilité par association, suggérant que tous les sites web sur sa liste sont soit des traitres ou des idiots utiles [propagandistes sans le savoir, NdT] ?

Alors que le Post ne semble pas se soucier de l’équité concernant les quelques 200 sites web soumis à ce maccarthysme, l’opération de diffamation ne présente même pas la preuve que quelqu’un fasse partie de cette grande conspiration de propagande russe. Le site PropOrNot admet que les critères de son « analyse » sont « comportementaux » et non probants.

En d’autres termes, l’évaluation repose sur la question de savoir si ce groupe anonyme n’aime pas qu’un journaliste remette en question la ligne de propagande du Département d’État ou fournisse des informations qui ne conviennent pas au récit de l’OTAN sur un sujet qui implique également la Russie, l’Ukraine, la Syrie ou tout autre point chaud international.

Pourtant, vous et d’autres journalistes sont dépeints comme des officiers de renseignement russes actifs ou alors “ils agissent, au mieux, comme de bons « idiots utiles » des services de renseignement russes et sont dignes d’un examen plus approfondi, » selon PropOrNot.

Une calomnie issue de la Guerre froide

Comme l’a reconnu le Post dans son article, l’expression « idiot utile » ou « imbécile utile » vient de l’ancienne Guerre froide – quand les journalistes et les citoyens qui ne suivaient pas la propagande de Washington étaient tellement stigmatisés. Qu’une locution aussi grotesque et péjorative ait été utilisée dans cette étude soi-disant “indépendante” aurait dû être un avertissement à tout journal professionnel pour jeter le rapport à la poubelle. Au lieu de cela, le Washington Post l’a accepté comme parole d’évangile.

Sergey V. Lavrov, Ministre russe des Affaires étrangères, s'adresse à l'Assemblée Générale des Nations Unies le 23 septembre 2016 (Photo ONU)

Sergey V. Lavrov, Ministre russe des Affaires étrangères, s’adresse à l’Assemblée Générale des Nations Unies le 23 septembre 2016 (Photo ONU)

Ce qui est encore plus remarquable dans cette “étude” bizarre, c’est qu’elle regroupe une grande variété de groupes politiques, idéologiques et journalistiques divers, y compris certains des meilleurs sites de journalisme indépendant sur Internet, tels que Counterpunch, Truthdig, Naked Capitalism, Zero Hedge, Truth-out, WikiLeaks et – je le suggère humblement – Consortiumnews.

De plus, ni la vérité ni le journalisme factuel ne semblent être impliqués dans cette “analyse”. Personne de ce site web ou du Washington Post ne m’a contacté au sujet de prétendues inexactitudes ou « propagande » dans les histoires de Consortiumnews.

De toute évidence, il y a eu des moments où nous avons contesté les “faits” tels que revendiqués par le gouvernement des États-Unis et le Post, y compris leurs affirmations de 2002-03 sur la fiction des armes de destruction massive en Irak. (À l’époque, nous étions dénoncés par les fans de George W. Bush comme des « apologistes de Saddam ».)

Nous avons également cité des cas de désaccord à l’intérieur de la communauté des services de renseignement des États-Unis au sujet d’autres “groupes de réflexion” qui étaient pressés d’agir par le Département d’État et les principaux médias d’information des États-Unis, comme par exemple les doutes internes de la CIA au sujet de qui était responsable de l’attaque au gaz sarin du 21 août 2013 à l’extérieur de Damas, en Syrie.

Consortiumnews a également cité des révélations enfouies profondément dans les articles du Post et du New York Times sur le rôle important des néonazis et d’autres milices ultra-nationalistes dans le putsch qui a renversé le Président élu de l’Ukraine Viktor Ianoukovitch le 22 février 2014 et dans la guerre civile qui en a résulté.

Je suppose que les lecteurs sont censés ignorer ces rafales occasionnelles d’honnêteté d’un journaliste de terrain qui se sent obligé de mentionner les swastikas et autres symboles nazis décorant les chambres et les uniformes de ces « combattants de la liberté » soutenus par les États-Unis – bien que le journaliste et les rédacteurs en chef sachent assez bien coller ces références vers la fin des récits que peu de gens sont susceptibles de lire. Notre “culpabilité de propagande” est que nous lisons la fin de ces articles et mettons en évidence ces développements intéressants.

Symboles nazis sur les casques portés par les membres du bataillon Azov d'Ukraine, (tels qu'ils ont été filmés par une équipe de cinéma norvégienne et montrés à la télévision allemande)

Symboles nazis sur les casques portés par les membres du bataillon Azov d’Ukraine, (tels qu’ils ont été filmés par une équipe de cinéma norvégienne et montrés à la télévision allemande)

Puis, il y a des moments où Consortiumnews a parlé de ces aveux occasionnels à propos des néonazis et les a comparés aux références courantes positives concernant ces mêmes néonazis. Par exemple, le Times lui-même comportait au moins une brève référence à cette réalité néo-nazie, bien qu’il l’ait enfouie au fond d’un article (le 10 août 2014, un article du Times mentionnait le bataillon néo-nazi Azov dans les trois derniers paragraphes d’un long article sur un autre sujet).

“Les combats pour Donetsk ont pris un caractère mortel : l’armée régulière bombarde les positions séparatistes de loin, s’ensuivent alors des assauts chaotiques et violents de la part d’une demi-douzaine de groupes paramilitaires qui entourent Donetsk et veulent plonger dans le combat urbain,” rapporte le Times.

“Les responsables de Kiev disent que les milices et l’armée coordonnent leurs actions, mais les milices, qui comptent environ 7000 combattants, sont en colère et, parfois, incontrôlables. L’une d’entre elles, connue comme faisant partie d’Azov, a participé à la prise du village de Marinka et agite un drapeau portant un symbole néonazi ressemblant à une Swastika. “[Voir Consortiumnews.com “NYT Discovers Ukraine’s Neo-Nazis at War.”]

Plus tard, cependant, le Times a publié un article sur la défense par le gouvernement ukrainien du port de Marioupol contre les rebelles ethniques russes, et le bataillon Azov a été considéré comme le dernier bastion de la civilisation luttant contre les barbares à leur porte. De façon remarquable, l’article a laissé de côté toutes les références aux Swastikas nazis du bataillon Azov. [Voir Consortiumnews.com “NYT Whites Out Ukraine’s Brown Shirts.”]

C’est cette exposition des distorsions de la réalité ukrainienne par les médias américains qui a permis à Consortiumnews de gagner sa place dans cette liste étrange de propagateurs volontaires de « propagande russe » et d’« idiots utiles ».

Les “fausses informations” du Washington Post

On peut également noter que Consortiumnews a, à plusieurs reprises, fait remarquer que le Washington Post a faussement déclaré comme état de fait que l’Irak cachait des armes de destruction massive ; mais les rédacteurs ayant approuvé la propagande du Département d’État, qui mena 4500 soldats américains et des centaines de milliers d’Irakiens à la mort, n’ont jamais fait face à leurs responsabilités. [Voir Consortiumnews.com “A Media Unmoored from Facts.”]

Fred Hiatt, rédacteur de la page éditoriale du Washington Post, qui a publié comme un fait avéré que l'Irak cachait des stocks d'ADM.

Fred Hiatt, rédacteur de la page éditoriale du Washington Post, qui a publié comme un fait avéré que l’Irak cachait des stocks d’ADM.

Ironiquement, il faut aussi noter que, samedi, le New York Times, qui a également fustigé le thème des “fausses informations”, a publié un article relativement responsable révélant comment un important site web de “fausses informations” n’était pas du tout lié à la Russie mais bien à l’effort entrepreneurial d’un étudiant géorgien sans emploi qui utilisait un site web à Tbilissi pour gagner de l’argent en faisant la promotion d’histoires pro-Trump, vraies ou fausses d’ailleurs.

Le propriétaire du site web, Beqa Latsabidse, âgé de 22 ans, a déclaré qu’il avait d’abord essayé de promouvoir des histoires favorables à Hillary Clinton, mais que cela s’était révélé non rentable, donc il avait retourné sa veste en publiant des articles anti-Clinton et pro-Trump, vrais ou non.

L’article de première page du Times a révélé ce qui se passe – les entrepreneurs qui veulent gagner de l’argent ont colporté des “informations” pro-Trump parce que ce sont elles qui obtiennent des clics et donc les dollars publicitaires. Ce comportement n’incrimine pas Consortiumnews ou tout autre site web indépendant qui défie la propagande du Département d’État. (Consortiumnews s’appuie sur les dons des lecteurs et de certaines ventes de livres pour faire face à son modeste budget de 200 000 $ par an.)

Fusionner ces deux groupes – sites à but lucratif ne se souciant pas de la vérité et sites de journalisme honnête montrant le scepticisme professionnel envers la propagande du gouvernement, quelle que soit sa source – est une sorte d’exemple classique de « fausses informations » encore que dans ce cas le mystérieux site web PropOrNot et The Washington Post vendent de la désinformation.

Le journaliste d’investigation Robert Parry a publié bon nombre d’articles pour The Associated Press et Newsweek dans les années 1980 à l’époque de l’Irangate [appelé aussi Iran-Contra, NdT].

Source : Consortium News, le 27/11/2016

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Misère de la déconstruction : Deleuze, Foucault, Derrida, « french theorists » au service du nihilo-mondialisme américain

Publié le par Felli Bernard

Misère de la déconstruction : Deleuze, Foucault, Derrida, « french theorists » au service du nihilo-mondialisme américain

  

24.01.2017

Si les États-Unis ont été le laboratoire social du post-modernisme, des Européens, Français à l'avant-garde, en furent les théoriciens. Comme souvent, les Américains font d'abord, pensent ensuite et, philosophiquement, presque jamais par eux-mêmes. Ainsi la dissolution du patriarcat, l’individualisme économico-juridique, le règne du consumérisme et le relativisme moral ont-ils été expérimentés aux États-Unis avec plus de spontanéité et de radicalité qu’en Europe. Mais la vague post-moderne a dû ses concepts au travail de philosophes français. Sans l'hégémonie américaine combinant puissance matérielle et mimétisme social, hard et soft power, l'anti-monde des quarante dernières années aurait bien sûr été impossible ; mais sans les élaborations, ou élucubrations, menées en Europe par certains penseurs, il n'aurait pas exercé la même séduction intellectuelle.

Des deux côtés de l'atlantique, cependant, cette hégémonie n'a jamais été complète. L'histoire n'a pas de fin, aucune époque n'est parfaitement synchronique, et toute domination trouve ses contrepoids. Contre le nihilisme post-moderne, le katekhon a bien opéré. - Par l'inertie des traditions culturelles et des structures familiales, par un patriotisme imprégné de religiosité et un populisme qui viennent de porter Trump au pouvoir en Amérique, par un mouvement de réaction contre la « moraline » droit-de-l'hommiste qui doit encore trouver en Europe sa traduction politique. Je suis de ceux qui considèrent que la configuration nihilo-mondialiste est morte, dans l'ordre de l'esprit comme dans celui de la matière. Mais le cadavre poursuit ses destructions, comme un zombie. Il faut donc encore en disperser les restes.

Il n'est pas utile en revanche d'entrer dans les subtilités, somme toute bien facultatives, de la déconstruction philosophique. La diversité interne de ses courants, réelle, n'est pas essentielle. Toutes ses variantes sont rassemblées sur la même ligne de front par leurs cibles communes : l'enracinement historique, la substantialité philosophique, la décence morale et, au strict plan politique, les nations dans leur identité et les États dans leur souveraineté. Somme toute, la déconstruction croise les deux principales idéologies soixante-huitardes : le post-marxisme et le libertarisme, qui ont rapidement surmonté leur antagonisme initial. La première peut être représentée par Toni Negri1 dont les « multitudes mondiales », qui succèdent aux classes nationales, ont pour première passion, plus que la lutte anti-capitaliste, de détruire « cette merde d’État-nation2 » (sic…). Quant à l'autre coulée répandue par mai 68, libertaire et « alterolatre », cosmopolite et « autophobe », elle débouche sur la « gauche morale » immigrationniste. C'est elle que j'aborde ici à travers ses maîtres à penser Deleuze, Foucault et Derrida.

Les Américains, qui leur ont offert chaires sur chaires, les ont regroupés avec quelques autres sous le label « French Theory ». Cette faveur renseigne sur leur compte. Si elles touchent par endroits à l’éternité des grandes œuvres d’art, les philosophies majeures restent en effet, pour une part décisive, filles de leur temps. Il n’est pas seulement permis, il est nécessaire de les apprécier d’après leurs patries d'élection. Cette « géolocalisation » devient même indispensable quand une philosophie prétend lutter contre ce qui domine son époque. On pourrait sous ce rapport s’amuser de la popularité intellectuelle dont jouissent les déconstructeurs chez ceux qu’aux États-Unis on appelle liberals : occupant l’aile gauche du parti démocrate, progressistes en matière de mœurs, laissant intacts les piliers du libéralisme économique, ils sont, autrement dit, des libéraux-libertaires. Acteurs majeurs du capitalisme post-moderne dans sa superstructure idéologique, et bénéficiaires de son infrastructure économique, ils ont fait des déconstructeurs français leurs serviteurs érudits - semblables à ces esclaves grecs qui, dans l'antiquité, chapitraient la jeunesse romaine décadente. A cette différence près que ceux-ci entretenaient les fondements de l'histoire européenne que ceux-là veulent terminer. Pour parler « années 1970 », ces philosophes ont été les « valets du capital » post-moderne.

Lus de Berkeley à Columbia, donc, Deleuze, Foucault et Derrida sont les plus célèbres figures de la French theory. Je vais brièvement entourer le foyer commun de leur pensée. Ayant fait litière de la sentence opportuniste d’Heidegger selon laquelle la biographie des penseurs compterait pour rien3, je dirai aussi quelques mots de leurs parcours politiques personnels.

Deleuze forge des concepts puissants, nietzschéens, animés par les forces de l’art et de la vie. Naturaliste, il croit en suivre les croissances dans le « biotope » politique. Ainsi propose-t-il, dans l’Abécédaire qui a tant contribué à populariser sa pensée, la notion de « devenir révolutionnaire ». Une situation devient à ce point insupportable, dit-il, qu’elle cesse dans une explosion de liberté qui déracine les « arbres » - métaphores de tous les ordres oppressifs. Sur cette terre retournée fourmillent alors des « rhizomes » qui désignent dans la botanique deleuzienne d’imprévisibles ramifications libertaires. Car la liberté pousserait là, dans des « flux », entre les « branches », indisciplinée, anarchique, avant que les arbres liberticides reprennent vite et comme fatalement racine. Deleuze constate avec placidité que les révolutions « tournent mal » sans vraiment dire pourquoi, l’oppression lui paraissant devoir « arriver » à la liberté dans une sorte de balancement cosmique.

On ne peut à l'évidence concevoir avec lui un éventuel rôle positif de l’État, ni la valeur de la substance, au sens stoïcien de ce qui dure, tandis qu’on est happé par des flux « désirants ». Flux dont le potentiel consommateur-destructeur habite l’angle mort de cette pensée. Et c’est sans injustice flagrante que le vocabulaire deleuzien du « nomadisme », de la « déterritorialisation » et donc des « flux », se retrouve aujourd’hui dans la langue du capitalisme financier apatride. Et c'est aussi sans surprise qu'il sert à dissoudre par l'immigration l'identité des peuples et, avec elle, leur souveraineté politique. Deleuze, rétif aux rigueurs de la dialectique hégelienne, méprise les points d’arrêts, de repos et de contrainte, autrement dit les institutions indispensables à la liberté collective. Il renvoie ainsi les moments négatifs politiquement nécessaires – coercition, institution, autorité - aux « passions tristes » spinozistes, aux « forces faibles » nietzschéennes, autrement dit aux pathologies de la soumission. Et sa pensée offre l'aspect d’une sorte d'anarcho-naturalisme artiste qui, par constitution, supporte très mal l'épreuve historique. Ne comprenant l'histoire européenne qu'à travers ses grandes œuvres culturelles, il l'ignore superbement comme destin civilisationnel. Pour ceux qui font de ce destin leur combat, Deleuze n'offre que des armes piégées.

Quant à son parcours personnel, on peut y reconnaître une certaine fidélité et une probité stoïcienne. Il a certes cultivé le fétichisme des marges dans le joyeux (?) désordre de l'université de Vincennes, esquivé ensuite les questions embarrassantes sur les conséquences sociales et existentielles du gauchisme, refusé, en somme, de regarder en face le soleil noir de Mai. Mais après avoir embrassé la veine vitaliste de 68, sans jamais y revenir, il n’a jamais personnellement couru après les bénéfices, narcissiques ou matériels, de l’avant-garde.

On lit chez Foucault une prose théorique parfois étincelante, ainsi dans les inoubliables ouvertures de ses deux œuvres maîtresses, Surveiller et punir et Les mots et les choses. On y apprend aussi beaucoup car un corpus de faits - historiques, scientifiques et esthétiques -, donne à chaque proposition essentielle un appui probatoire. Mais en dépit d’une telle volonté positiviste, le concept foucaldien de pouvoir glisse entre les doigts comme l’eau de Thalès : élément  universel imprégnant toute chose, il serait à ce point répandu dans les institutions, les discours et les pratiques quotidiennes, qu’il en devient impensable. Avec cette conséquence logique qu’on ne peut échapper à un pouvoir partout oppresseur qu’en se projetant le long de lignes de fuite extraordinaires. Cédant comme Deleuze à l’idolâtrie des marges cultivée par son époque, Foucault réserve ainsi l’expérience de la liberté aux déments, aux criminels, aux parricides, aux transsexuels. Dès lors en effet que l’État (et toutes les institutions qui en émanent) ne serait qu’un pur agent d’oppression, n’importe quoi, à la lettre - du maoïsme aux droits de l’homme en passant par la révolution iranienne -, devient contre lui une ressource envisageable. Ayant bien saisi pourtant le passage des sociétés hiérarchisées « verticales » aux sociétés de contrôle « horizontales », Foucault, tout à sa répugnance pour l’État, n’imagine pas de le mobiliser contre les nouvelles dominations. Quant aux « subjectivations » individuelles dont il entreprend l’histoire originale depuis les Grecs, éprouvant chez eux, sans qu’œuvre ici le hasard, une dilection particulière pour les cyniques, elles se logent aujourd’hui à merveille dans le nouveau capitalisme de consommation. Celui-ci absorbe tous les modes de vie alternatifs dès lors qu'ils ne touchent pas, à travers une pensée rigoureuse et substantielle, au cœur de son réacteur. Il accumule les bénéfices de sa propre critique en y employant une armée de serviteurs « impertinents » (dont la « rebellocratie  » du spectacle, selon l'expression de Philippe Murray, occupe au bout de la laisse la tête la plus avancée).

Honnies par le penseur, les institutions de la république ne furent pas si mauvaises mères pour l’universitaire. Il y menait jusqu’en 68 une belle carrière sans vagues, qu’il poursuivit ensuite au Collège de France. Il devient peu après Mai un « compagnon de route » des maoïstes spécialisé dans la question carcérale, avant d’abonder intellectuellement la Révolution islamique iranienne en même temps que, sans solution de continuité, les « nouveaux philosophes » (Deleuze, lui, avait eut le bon goût de les tenir sur-le-champ dans le mépris qui leur revient). Il achève avec eux sa trajectoire en rejoignant le droit-de-l’hommisme4 qui, envahissant le champ politique à partir de la fin des années 70, va former avec l’hédonisme le couple infernal des deux décennies suivantes. Les choses s’aggravent encore post-mortem puisque le principal légataire éditorial de Foucault, François Ewald, allait conseiller, en plus de la Fédération française des sociétés d’assurance, Denis Kessler l’ex-maoïste dirigeant du Medef. Je crois qu’il n’est plus à craindre qu’un jour contre son ambiance apparente, mais conformément à ses lames de fond, le foucaldisme devienne un libéralisme. C'est fait. De son vivant, Foucault avait adopté les uns après les autres les états de la critique institutionnelle, majoritaire, permise et sans risque. A telle enseigne qu’on peut soupçonner son positivisme revendiqué, qui devrait a priori loger sa déontologie dans le respect des faits, d’avoir abrité une sourde servilité au Fait hégémonique s’insinuant, honteuse ou inconsciente d’elle-même, sous la flamboyance des concepts et des poses. 

Derrida, enfin. Il livre quelques puissants textes à l’époque de L’écriture et la différence (1967) avant de se fortifier dans l’idée qu’entre le concept et la métaphore, la philosophie et la littérature, les frontières devaient s’effacer au profit de la notion d’« écriture »5 - qui ne peut chez lui, lecture faite, être confondue avec le style. Se plaçant dans le sillage de Heidegger, Derrida entend « dé(cons)truire » l’équation fondamentale du projet philosophique grec : la saisie de l’être des choses par la pensée rationnelle. S’il n’y a pas lieu de soustraire ce projet à la critique, qui est un de ses gestes essentiels, elle n’en épuise sans doute pas toutes les virtualités. On pourrait au risque de passer pour un humble naïf s’attarder un instant, quels dégoût, mélancolie ou consternation que nous inspire le devenir de l’Occident contemporain, sur les plus hautes réalisations du Logos. Il serait donc pour Derrida à déconstruire d’urgence ou, plus subtilement, il connaîtrait une déconstruction interne que la pensée devrait recueillir. Mais alors que Heidegger entendait pour ce faire une Voix « gréco-allemande » plus ancienne que les calculs de la rationalité technicienne, Derrida reçoit son inspiration là, près de lui-même, dans la lettre hébraïque. Et il fait glisser, après Lévinas et tant d'autres intellectuels juifs, la philosophie d’Athènes à Jérusalem. Elle s'y perd sans retour. Dès lors que le monde est supposé échapper au logos qui s’efforce de l’éclairer, qu’il se renferme désormais dans une écriture indéfiniment déchiffrable, on prend en effet le chemin du désert théologique.

Derrida, adoptant assez naturellement le ton de l’Ecclésiaste rabaissant les vains édifices humains, renvoie ainsi les grandes philosophies à leurs impensés, leur logique consciente à ce qu’elle refoule, leurs intentions rationnelles à une lettre qui, « disséminante » et « différante », les déborde parce que l’infini travaille en elle6. Il passe au rouleau compresseur kabbalistique les distinctions sur lesquelles repose la pensée occidentale (cause et effet, substance et accident, sujet et objet, etc.) avec un acharnement formel qui exprime une sorte de haine froide. Dans une telle atmosphère de confusion, on marche à rebours de l’esprit du logos avec ses déterminations habitables. Rien ici ne paraît pouvoir subsister, durer, s’établir ou s’affirmer sinon, peut-être, la figure du philosophe prophète qui semble posséder, lui et lui seul, la consistance du particulier et le magistère de l’universel. Il juge en effet sans bienveillance, en brandissant une Loi aussi absolue que retirée du commun, les œuvres politiques, les cultures et les mondes particuliers des peuples (moins Israël...) qui veulent être quelqu’un dans l’histoire. Restent alors, pour tout solde, un empêchement de pensée et une théologie judaïque de contrebande.

Quand Deleuze s’installe avec ses concepts vivants dans une affirmation sans dialectique, Derrida administre au sens une correction infinie qui, n’affirmant jamais que l’imperfection du monde, porte en chaire un maître de l’obscurité. On passe donc, d’un French theorist à l’autre, du refus libertaire de la dialectique à son engloutissement dans les eaux glacées d’une théocratie négative. Pour un résultat somme toute équivalent : partageant les mêmes hostilités - métaphysique contre la substance, politique contre la nation-, ils ligotent la philosophie au cosmopolitisme des droits de l'homme.

Derrida s’est montré publiquement plus discret que Foucault. Jouissant dans l’université française d’une marginalité confortable, il empile les chaires américaines, soutient les dissidents tchèques, rentre en 1995 au comité de soutien à Lionel Jospin, duquel il s’éloigne en 2002 parce qu’il juge sa politique d’immigration impitoyable... Il accomplit en définitive le parcours sans faute d’une grande conscience de gauche pétitionnaire – Antigone séfarade d’amphithéâtre contre les méchants Créon d’État - qui ne se risque sur le champ de bataille qu'abrité sous le Paraclet du droit naturel cosmopolitique.

A moins de croire à la stratégie du cheval de Troie, douteuse en général, il faut bien se rendre à l’évidence : ces pensées sont à tel point aspirées par les pôles du monde capitaliste « post-moderne », qui mêle hédonisme et juridisme, qu’elles sont impropres à en combattre les toxines. Pire, elles les répandent. Émasculant intellectuellement la capacité politique des peuples, la déconstruction méprise l’État et la Nation - l’acteur du pouvoir et sa source légitime – au profit de résistances introuvables. Par la Nature chez Deleuze, par les Faits avec Foucault, par la Loi aux termes de Derrida, on finit par perdre la mesure dans les choses, l’autorité des faits vacille et l’esprit des lois devient impensable. En pourchassant avec les gauchistes sa configuration patriarcale, nationale et industrielle, ils ont prêté leurs amples pensées à l’ennemi capitaliste qui, disais-je, passait avec eux au stade puéril, mondial et consumériste. A travers leurs cas particuliers le magistère de 68 est en cause, avec son « héritage impossible7 ».

Les French theorists déconstruisent, critiquent ou subvertissent les catégories de la tradition philosophique occidentale. Mais le poids des choses contrarie sans cesse leur prétention avant-gardiste de dépasser par la pensée ce qui, dans cette tradition, abrite les conditions d’un monde habitable. Même quand ils l’abordent plus humblement, la logique même de leur pensée leur fait maltraiter l’histoire. « Post-modernes », ils ne cherchent dans leur époque, et donc n’y trouvent, que des dates de péremption, frissonnant de plaisir à chaque acte de décès qu’ils croient pouvoir prononcer. En réalité, complaisamment postés partout où le « vieux monde » est déjà mort, ils ne conjurent que des menaces révolues en s'aveuglant avec métier sur les dangers présents.

Qu’on me comprenne bien : je ne pointe pas ici le retard sur le Temps des intellectuels en question. Non, je suis tout au contraire frappé par leur collusion avec le capitalisme dont ils semblent instruire la critique. S’ils étaient « inactuels » ou « intempestifs », ils joueraient du marteau nietzschéen. S’ils surmontaient leur époque, ils suivraient le totem des philosophes selon Hegel, « chouettes de Minerve prenant leur envol au crépuscule ». Bref, s’ils pensaient leur époque en s’écartant d’elle, pour la subvertir, la surmonter ou la dépasser, ils rempliraient le rôle moderne auquel ils prétendent. Mais, épousant la trajectoire du 68 des élites, ils sont passés d’une révolution libertaire parlant marxiste au « droit de l’hommisme » antiraciste millésimé « années 80 ». Via, donc, les universités américaines. Mais ils subissent aujourd'hui, le temps de leur splendeur passé, le retour d'une logique implacable : à force d’ignorer les permanences au fond des choses pour se précipiter à l’avant-garde de la critique de la domination, on est irrémédiablement condamné à épouser les formes que la domination prescrit à sa critique.

C'est au fond le vieux Jacques Duclos qui avait raison. Dans un opuscule paru dès l'été 19688, le dirigeant stalinien mettait en garde contre les descendants de Bakounine jetant des pierres au quartier latin. Ces gauchistes, avertissait-il, propagent un désastreux « amorphisme » révolutionnaire : leur haine des formes, des mœurs et des institutions, les condamne à définir la liberté comme une pure négation ou, ce qui revient au même, comme un pur plastique. « Détruire c’est créer » disait ainsi Bakounine, l’éternel adolescent.

Aux aurores de la modernité, Descartes avait pressenti les audaces terribles qui s’ouvraient devant la volonté infinie, illimitée et prométhéenne à laquelle la science nouvelle faisait découvrir sa puissance. Puissance qui pourrait s’exercer non seulement contre une tradition intellectuelle imparfaite mais aussi, et c’était la crainte de Descartes, contre tous les ordres moraux et politiques. Ainsi ne cesse-t-il dans le Discours de la méthode de mettre en garde contre une extension « démocratique » du doute radical qu’il pratique dans le domaine de la connaissance pure. De la grandeur inquiète de ces commencements, nous sommes passés au gauchisme de consommation « post-soixante-huitard ». S’il recule dans le passé, il continue d’irradier notre présent comme une strate géologique recouverte mais encore active.
Depuis quarante ans, la liberté moderne échoue ainsi sur une plage artificielle qui, après 68, a recouvert les durs, les vertueux pavés « gaullo-communistes ».

Un haïssable petit « moi » s'y agite, formant des pâtés capricieux, qui exige, revenu à la maison, de consommer sans ranger sa chambre. Bientôt père en rollers chantonnant Vincent Delerm, il n’hésite pas à porter des dreads-locks qui, bien acceptées dans son « job », aggravent son cas devant l’Éternel juge de tous les styles. Il prend avec l’âge l'aspect d’un vieux poupon arrogant et vagissant, réclamant l'air méchant de jouir encore et encore, et qui, gênant, tout le monde, ressemble trait pour trait à Dany Cohn-Bendit... Mais Cohn-Bendit va mourir bientôt, son monde est en phase terminale, et la déconstruction restera dans l'histoire de la pensée européenne comme le symptôme d'une dépression passagère. Le réalisme politique, la décence éthique et la consistance philosophique ont commencé leur insurrection. Mais c'est une autre histoire. Elle s'ouvre devant nous.

 

Yannick Jaffré

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Genèse de l’antiSystème

Publié le par Felli Bernard

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

  

Genèse de l’antiSystème

18 février 2017 – Depuis quelques temps, une-deux semaines, je me suis mis à l’ouvrage pour suivre un peu plus régulièrement la campagne de l’élection présidentielle française qui ne m’intéresse que dans la mesure où elle justifierait, et surtout comment elle justifierait la place qu’on lui accorde en général, y compris extra-muros des salons parisiens, dans l’immense dynamique en cours dans notre Grande Crise Générale (ou Grande Crise de l’effondrement du Système, l’expression variant un peu selon les jours et les humeurs, mais l’on comprend, si l’on ne fait pas trop la bête, de quoi je veux parler). J’ai donc entendu à plusieurs reprises, et donc observé comme un fait avéré, que le terme “anti système” ou éventuellement “anti-système” avec tiret si l’on est plus audacieux, selon l’orthographe telle qu’ils l’utilisent, est employé très couramment sinon avec une exagération révélatrice.

Il s’agit d’une mode, d’un néo-conformisme de circonstance et d’opportunisme si l’on veut, au point que des amateurs de paradoxe se jugeraient “révolutionnaire“ et “anticonformistes” en se disant “pro-système”. (Je crois bien qu’il y en a dans ce genre, j’ai entendu la chose au moins une fois.) Pour mon compte et sans étonner personne je pense, toutes ces expressions font partie de ce que je nommerais “l’écume des jours”, variations de type-“dir’com”, toutes en apparence et au goût du jour sinon de l’heure en prime time, pour sacrifier à ce qu’on croit percevoir comme une attente psychologique d’un public de plus en plus insaisissable, pour “rester dans la course” ou comme on disait autrefois (je ne sais si cela se dit encore) “rester dans le coup”.

Il s’agit d’un événement tout en surface et d’une piètre profondeur, une manifestation de plus du Rien comme pure production du Système. Il n’empêche que cet événement a une signification ; s’il est un embrun de l’écume des jours, celle-ci, l’écume des jours, est une conséquence, dérisoire mais conséquence tout de même d’un formidable ouragan, avec les lames tempétueuses qui vont avec, qui secoue effectivement le bloc-BAO et par conséquent le Système. Dont acte de ceci qui est n’est pas sans signification : la crise du Système, qui est d’une profondeur catastrophique et insondable, est la vérité-de-situation qui écrase notre temps ; elle est si prégnante, si puissante que la mode elle-même, c’est-à-dire l’univers fictif du Système, est obligée de singer une préoccupation sous une forme dont on comprend qu’elle n’est que d’apparence et d’opportunisme, – qu’importe, il faut singer... On comprend par conséquent que, dans ce cas, un nombre écrasant de ceux qui se disent ou sont dits  “anti système”/“anti-système” ne sont évidemment que des simulacres de la chose. (Pour autant... on verra plus loin.)

Quoi qu’il en soit, cet emploi de mode et de dérision de l’expression “anti système”/“anti-système”, auquel des lecteurs peuvent n’être pas insensibles et peut-être dans un sens défavorable par rapport à l’emploi qui en est fait sur ce site, m’a donné l’idée de proposer une genèse de l’emploi de l’expression dans dedefensa.org. L’idée se justifie par l’emploi considérable qui est fait, dans nos textes, de l’expression, avec l’orthographe profondément modifiée et pour des raisons essentielles, d’“antiSystème” (expression devenue mot que nous avons décrété invariable, c’est-à-dire immuable). Il s’agit à la fois de remettre les idées en place et de se compter pour ce que nous sommes, ici, sur ce site, et dans ce cas de le faire selon notre propre chronologie. Je n’ai utilisé pour cela que le “moteur de recherche” du site, sans autre sophistication, y compris mémorielle.

Le fait est alors que la première fois qu’est recensé l’emploi de l’expression, l’est à propos du républicain-libertarien Ron Paul, le 24 juillet 2007 (« ...ce candidat “marginal” par excellence devient de plus en plus précisément le candidat anti-système, avec notamment la difficulté de rassembler sous son nom des électorats de tendances très variées, certains originaux, certains contradictoires, certains infréquentables... »). L’emploi est anodin, sans explication autre qu’une éventuelle évidence...

La première fois que ce qui est encore un concept peu élaboré, sous sa forme grammaticale initiale, est cité dans un titre l’est pour un texte  du 30 septembre 2008. Il s’agit de l’événement du vote de la Chambre des Représentants US contre l’aide d’urgence proposée par le secrétaire au Trésor Paulson (ancien de Goldman-Sachs) de l’administration Bush, pour venir en aide aux banques de Wall Street plongées dans la catastrophe crise financière du 15 septembre 2008. Je cite les deux derniers paragraphes, justifiant le titre (« Finalement, un vote “anti-système”? »), et qualifiant de la même vertu a-posteriori, en en faisant un parallèle, le vote français au référendum sur la Constitution européenne du 29 mai 2005 :

 « Le système US, dont on sait l’affirmation théorique de quasi-perfection qui accompagne l’appréciation qu’on en a en général, ne fonctionne qu’avec des arrangements constants dont le caractère démocratique peut être discutée simplement parce qu’ils sont profondément discutables. Dans ce cas, il s’agit bien d’un de ces votes “démocratiques” qui prennent tous nos théoriciens de la vertu démocratique de court qui a eu lieu hier soir, – encore une fois en mettant à part toutes les arrière-pensées, les manœuvres, la véritable situation des élus, etc., qui l’ont accompagné. Certains pourraient voir dans ce vote, dans les circonstances extrêmes où il a eu lieu, une allure involontaire de vote “anti-système”, un peu comme on pouvait interpréter le vote français au référendum de fin mai 2005.

» ...Car enfin, la Chambre a voté contre Wall Street, contre la rétribution éhontée des catastrophiques pratiques de la finance sans contrôle, de la finance-gangster qui mène le monde et qui est responsable à 100% de la crise actuelle. Il s’agit d’un vote “populiste” dans le sens US du terme, essentiellement initié par les républicains en général perçus comme réactionnaires, soutiens de la guerre en Irak et de la folle politique belliciste de GW Bush. Les stéréotypes nous donnent bien du tracas, dans cette époque complètement déjantée. Ils en donneront aussi aux candidats à l'élection présidentielle, entre un McCain qui a failli se prononcer contre le plan Paulson et qui l’a finalement soutenu, et un Obama qui se pose en représentant du petit peuple et qui se retrouve tributaire d’un choix (nettement en faveur du plan Paulson malgré toutes les réserves d’usage) perçu comme soutenant Wall Street et battu en brèche par la Chambre… 72 ans pour 72 ans, on se demande effectivement ce qu’attend Ron Paul. »

A partir de là, le concept est installé, l’idée ne nous quittera plus, ici à dedefensa.org, tout en recherchant constamment à l’explorer, à la préciser, à la raffiner. Le 10 décembre 2010, il y a une évolution grammaticale décisive qui entérine ce qui avait été identifié comme un événement “anti-système” (“antisystème”) majeur, la première campagne organisée et coordonnée de diffusion de document secrets (US) par WikiLeaks, et cela en passant au terme de l’événement à l’orthographe que nous utilisons désormais : « Des “antisystèmes” aux “antiSystème” ». Le Glossaire.dde du 27 juillet 2016, qui est une reprise pour une définition générale du concept, explique précisément cette orthographe :

« L’article référencé plus haut de décembre 2010 porte justement comme titre : « Des antisystèmes” aux “antiSystème” ». Dans notre toute première approche, qui s’était faite d’une manière intuitive sans que la raison explore la voie indiquée par l’intuition, nous étions simplement enclins à écrire “anti-système” avec un tiret. Très vite, le tiret disparut.

» Voici donc le terme essentiel d’“antiSystème” : nous le tenons comme invariable, nous ne nous embarrassons nullement de tiret (anti-Système) et nous tenons comme condition sine qua non que le “S” de Système est une majuscule parce qu’il s’agit “du Système”, de “notre Système”, du seul et unique, né du “déchaînement de la Matière”... Nous parlons ici, à ce point, de la “fonction antiSystème”... »

On comprend que je ne vois rien, absolument rien de similaire entre ce concept d’antiSystème et la vertu “anti-système” dont se pare tel ou tel candidat dans la campagne des élections présidentielles françaises en cours. Je reste sur cette définition très strictre de notre “antiSystème”, ici à dedefensa.org, autant que sur la latitude considérable que l’on se donne, avec les arguments à mesure, de distinguer ce qui l’est et ce qui ne l’est pas, et qui l’est et qu’il ne l’est pas.

Je rappelerai encore une fois l’extraordinaire souplesse et la remarquable agileté du jugement parce que le fait de l’antiSystème n’est en rien un acte constructif et identifiable selon des formes strictes, ni en rien un acte à “effets directs”, ni à “effets nécessaires” dans la conception, ni en rien un acte nécessairement éléboré, ni en rien nécessairement conscient, etc. L’antiSystème est le domaine le plus vaste qu’on puisse imaginer puisqu’il se nourrit littéralement du réflexe de résistance au Système, et qu’il existe donc potentiellement partout où existe le Système, c’est-à-dire dans chaque lieu et chaque occurrence du monde. (Effectivement, notre “contre-civilisation” est bien la condition de l’univeres entier.)

L’antiSystème n’appartient à personne même si certains sont ontologiquement antiSystème et ne peuvent rien être d’autre, et même s’ils sont conscients de cela. Ce raisonnement au-delà de la logique et manoeuvrant dans l’inversion peut aller jusqu’au plus grand paradoxe, aujourd’hui illustré de façon éclatante par Trump : personnage absolument né du Système, qui reste totalement dans le Système, et qui pourtant, à cause des choix qu’il a fait sans la moindre conscience des effets, s’est entièrement plongé dans la fonction antiSystème sans en savoir rien ; plus encore, c’est-à-dire moins... Au moins Trump réussit dans son entreprise qu’on croirait “anti-système” (moi le premier, à l’occasion tactique), au plus il est antiSystème parce que l’effet produit est la pire chose que puisse craindre le Système : le désordre (déstructuration, dissolution, etc.), qui est l’arme favorite du Système pour détruire le monde, qui s’installe en lui-même pour le détruire, lui le Système, c’est-à-dire l’autodétruire. Quoi que j’en puisse faire comme commentaire tactique, je dois affirmer absolument, du point de vue fondamental de la stratégie générale de la Grande Crise d’effondrement du Système, que si Trump réussissait, s’il parvenait à rendre les USA “Great Again”, avec tout ce qui va avec, y compris les meilleurs rapports du monde avec la Russie, ce serait alors que le Système l’aurait emporté contre la fonction antiSystème qu’il (Trump) nourrit présentement et généreusement... Parce qu’enfin, si tout n’est pas accompli, – Delenda Est Systema dans sa totalité, – rien n’est accompli. (Guynemer, cet ange innocent et fragile au regard fièvreux marqué de la pure angoisse de son destin inévitable, disait comme une évidence qui doit nous éclairer : « Tant qu’on n’a pas tout donné, on n’a rien donné... »)

Cela me conduit par ailleurs à observer, pour en revenir et en finir avec mon sujet de départ, que, pour autant, je ne juge certainement pas sans signification intéressante tout ce brouhaha de la campagne présidentielle française, même s’il ne s’agit que de “l’écume des jours” et des fleurs de rhétorique des démagogues qui me font en général enrager. Quelles que soient leurs pensées profondes, – je veux dire “cachées” bien plus qu’“approfondies”, – quels que soient leurs automatismes de récupération, quelle que soit leur fidélité aveugle au Système, quelle que soit leur ignorance complète de ce qu’est précisément le Système et cela justifiant l’aveuglement de la fidélité, quel que soit..., etc., reste le fait que la mode “dir’com” elle-même s’est trouvée forcée et justifiée d’exploiter ce filon. Il est donc devenu “de bon ton” d’être “anti-système” ? Ainsi soit-il.. L’on sait, depuis La Fontaine, qu’à force de crier “au loup” sans véritable raison de le faire, on finit par faire venir le loup sans prendre garde, sans le voir venir, sans rien du tout, et passez muscade ; car l’antiSystème est un loup pour les agneaux du Système...

Car pour moi, voyez-vous, les braves petits moutons qui se déplacent en rangs moutonniers et suivent les consignes “dir’com”, ce sont nos malheureux dirigeants-Système et nos pauvres élites-Système. Je ne suis pas du parti qui considère les électeurs comme constamment grugés, chaloupés, menés par le bout du nez ; ceux-là, les électeurs-en-colère à chaque tour de scrutin, ils enragent, ils fulminent, ils votent en se bouchant le nez tellement pue la chose immonde. (Steinbeck pourrait bien avoir voulu dire ceci : peu importent les raisons de la colère, seule importe la floraison des Raisins de la colère.) Les derniers croyants du Système, ce sont nos braves candidats, qui tentent de se forcer à y croire pour faire coire aux autres qu’il faut encore y croire, et pourtant forcés, malgré tout cela et en pure inversion, de s’enorgueillir d’être soi-disant “anti-système” sans y rien comprendre, ni au pourquoi ni au comment... Un jour, dans cet univers effectivement de la pure inversion, ils se réveilleront purs antiSystème sans avoir rien vu venir.

 

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SYRAK. Les forces de mobilisation populaires d'Irak bientôt en Syrie

Publié le par Felli Bernard

 

samedi 18 février 2017

SYRAK. Les forces de mobilisation populaires d'Irak bientôt en Syrie

 
 
 
Récemment, il y a eu des spéculations sur le déploiement possible des forces de mobilisation populaire (PMF) de l'Irak en Syrie pour lutter contre les terroristes dans le pays voisin.
 
 
Les Hachd al-Chaabi, (en arabe الحشد الشعبي, « Les Unités de mobilisation populaire » et en anglais Popular Mobilization Forces (PMU)) est une coalition paramilitaire de milices en majorité chiites formée en 2014 pendant la deuxième guerre civile irakienne.
Le 13 juin 2014, trois jours après la chute de Mossoul, l'ayatollah Ali al-Sistani appelle au djihad contre l'État islamique, des milliers de volontaires rejoignent alors les milices chiites.
Image illustrative de l'article Hachd al-Chaabi
Début 2015, les effectifs des Hachd al-Chaabi sont estimés entre 60 000 et 90 000 hommes. Fin 2016, elles revendiquent 142 000 combattants mais n'en compteraient que 6 000. Les Hachd al-Chaabi regroupent 60 à 70 milices, si certaines d'entre-elles sont sunnites ou chrétiennes, la grande majorité sont des brigades chiites soutenues par l'Iran
Selon l’Agence de presse AhlulBayt
 
Récemment, il y a eu des spéculations sur le déploiement possible des forces de mobilisation publique (Public Mobilization Forces ou PMF en arabe al-Hashd al-Shaabi,) de l'Irak en Syrie pour lutter contre les terroristes dans le pays voisin.
 
La question a dressé les cheveux sur la tête des fonctionnaires de la Maison Blanche. Parce que si le gouvernement syrien appelle officiellement l'Irak à envoyer les PMF en Syrie pour lutter contre le terrorisme, le gouvernement irakien et le parlement seront très probablement d'accord. Dans ce cas, l'expérience irakienne réussie de la présence des forces populaires dans la bataille contre les terroristes sera répétée en Syrie, menant à un renforcement du front antiterroriste dans le pays frappé par la crise.
"Après la libération de Mossoul, les forces irakiennes volontaires sont prêtes à se rendre en Syrie", a déclaré Ahmad al-Assadi, porte-parole du PMF, en commentant la question.
La dépendance de la sécurité de l'Irak à l'égard des développements syriens et des récentes victoires militaires syriennes sur les terroristes a motivé les forces irakiennes populaires à annoncer leur disponibilité à entrer dans la crise syrienne si nécessaire.
 
Mettre en avant la question poussera probablement le gouvernement de Bagdad à donner au PMF l'autorisation légale nécessaire pour déployer des forces en Syrie.
 
L'Irak lutte contre le groupe terroriste ISIS depuis plus de 30 mois, une bataille qui a détruit les villes et les infrastructures du pays, déplacé des millions de personnes et tué des milliers de citoyens irakiens.

En ce qui concerne les considérables avances conjointes de l'armée et du PMF contre les terroristes, les dirigeants irakiens ne sont pas intéressés à voir la résurgence de l'idéologie ISIS dans le pays dans un proche avenir. À cette fin, le terrorisme devrait être anéanti en Syrie aussi. Par conséquent, en dépit de l'appel lancé par le président américain au Premier ministre irakien Haider al-Abadi pour éviter l'envoi de PMF en Syrie dans une conversation téléphonique entre les deux dirigeants, Bagdad va déployer des forces populaires en Syrie si le gouvernement syrien le demande.
Mais pourquoi les États-Unis font-ils part de leurs inquiétudes quant à la présence des forces irakiennes populaires en Syrie?
Tout d'abord, les forces de mobilisation populaire formées après une fatwa par le grand Ayatollah Sayyed Ali al-Sistani dans le but d'empêcher ISIS de progresser vers la capitale Bagdad et les provinces du sud du pays.
 
Répondant à cet appel, les chiites, les sunnites, les chrétiens, les Turkmènes, les Shabaks et les gens d'autres groupes ethniques ont formé une force commune, appelée Hashd al Shaabi ou des Forces de Mobilisation Publiques, pour la défense de leurs territoires. Ces forces populaires, armées d'armes légères, ont commencé leur devoir dans al-Taji, un district rural au nord de Bagdad, sous la direction de l'ancien Premier ministre irakien Nouri al-Maliki, qui était aussi le commandant en chef. En battant ISIS à al-Taji, PMF a lancé des opérations contre le groupe terroriste à Samarra, Salahuddin et al-Anbar. Comme le PMF a montré ses capacités dans la guerre contre le terrorisme, le parlement du pays a reconnu comme une «force militaire régulière» tout comme les autres forces militaires en Irak. La reconnaissance signifiait que le PMF continuerait à vivre même après la libération complète de tous les territoires irakiens de l'emprise du terrorisme. Or, l'organisation armée peut agir en tant que force de protection de la souveraineté.
Faleh al-Fayaaz, chef du PMF et conseiller pour la sécurité nationale du pays, a déclaré plus tôt que "suite à la reprise de Tal Afar, Hashd al-Shaabi et d'autres forces militaires irakiennes seront chargés de contrôler l'Irak et lesfrontières syriennes ".
Si le PMF n'avait pas été formé, les développements irakiens auraient pu avoir lieu différemment, peut-être avec ISIS occupant Bagdad et d'autres provinces du sud.
Malgré l'accent mis par le Premier ministre al-Abadi sur l'évitement de la participation de Bagdad aux développements régionaux et internationaux, il est très probable que le PMF entrera en Syrie uniquement pour protéger la sécurité irakienne contre tout gain potentiel d'ISIS.
 
Mais de l'autre côté, Washington, Riyad et Tel Aviv craignent que ce scénario puisse être très dangereux pour leurs buts et leurs projets dans la région car ils savent que la base de la formation de la force était une fatwa chiite. PMF, comme la population de l'Irak sont à majorité chiites. En outre, selon la loi irakienne, cette force populaire n'est pas sous le commandement du ministère de la Défense et n'est soutenue logistiquement que par le ministère. Aux yeux des États-Unis et de leurs alliés, cette question à côté de la composition principalement chiite du PMF accorde aux chiites d'Irak une puissance militaire considérable, leur permettant d'influencer le futur politique de l'Irak.
Hannibal GENSERIC

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