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Brexit, chance pour l’Europe ?

Publié le par Felli Bernard

ZEMMOUR Eric
ZEMMOUR Eric

Brexit, chance pour l’Europe ?

Le Brexit, une chance pour l’Europe ?

C'était dans un vieux film des Monty Python : des hordes de paysans en guenilles manifestaient devant un château fort en criant : "Laissez-nous sortir !" Mais, plus le plan de la caméra s’élargissait, plus on s’apercevait qu’ils étaient… dehors. Il y a du Monty Python dans David Cameron. Il réclame un allégement des contraintes européennes mais les Anglais échappent déjà aux seules politiques qui posent des problèmes insurmontables aux pays du continent : Schengen et l’euro.

Un pied dedans, un pied dehors. Les Anglais ne changent pas. Pendant des siècles, leur seule politique a consisté à empêcher tout rassemblement de l’Europe, que cette unification continentale se fasse sous la férule espagnole, française ou allemande. Les Anglais n’ont cessé de vouloir entrer dans l’Europe des Six. Et, une fois entrés, ils l’ont détruite de l’intérieur, imposant l’élargissement aux pays de l’Est, la suppression des barrières tarifaires, la désagrégation de la politique agricole commune. C’était leur objectif caché : détruire ce qui leur apparaissait comme le retour du blocus continental de Napoléon. Mission accomplie : la "forteresse Europe" est ouverte aux quatre vents de la mondialisation. Toute politique industrielle y est interdite. Les frontières sont des passoires où se déversent tous les migrants de la terre.
Le Brexit serait la cerise sur le gâteau : ils quitteraient un bateau en perdition. C’est leur autre caractéristique : un sens aigu, farouche, de leurs intérêts nationaux, quand les élites françaises suivent leurs chimères, leurs passions ou leurs illusions idéologiques. Dans les années 1960, le Marché commun était la région la plus dynamique du monde. C’était la période des miracles allemands, italiens, français aussi. Il fallait en être. Aujourd’hui, c’est en Europe que la croissance est la plus poussive. Il faut en sortir. Bye bye.

Une fois encore, les Anglais nous donnent une leçon de réalisme. Et de démocratie. La technocratie bruxelloise - sans oublier les juges européens - règne sur le continent à coups de normes et de droit. C’est encore Juncker, le président de la Commission, qui parle le mieux de l’Europe telle qu’elle est : "Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités." La mère de la démocratie parlementaire ne pouvait pas ne pas se rebeller contre une telle hubris technocratique. Eternel paradoxe britannique : les Anglais ont imposé à Bruxelles leur idéologie libérale qui n’est pas seulement un respect du libre marché. L’Europe est devenue une trappe à souveraineté. Une monnaie sans Etat, des frontières extérieures sans gardes-frontières, une politique étrangère sans armée. La construction européenne, commencée depuis trente ans, s’achève dans une impasse. Dans un entre-deux mortel. Tout se désagrège en même temps. Il faudra prendre le Brexit comme un symptôme. Une leçon : il n’y a rien en dehors des nations. Une chance. Un exemple à suivre.
Paru dans Le Figaro Magazine, 26 février 2016

ZEMMOUR Eric

Né le 31 août 1958
Marié – 3 enfants


Journaliste politique, écrivain


Institut d'études politiques (Paris)

Membre du jury au concours d'entrée à l'ENA (2006)
Valeurs actuelles – Chroniques (depuis 1999)
Marianne – Chroniques (depuis 1996)
Le Figaro – service chroniqueurs (depuis 1996)
Info-Matin – éditorialiste (1995)
Quotidien de Paris - service politique (1986-1994)

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