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Le sommet ASEAN – États-Unis des 15 et 16 février 2016

Publié le par Felli Bernard

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Le sommet ASEAN – États-Unis des 15 et 16 février 2016

Par Vladimir Terehov – Le 25 février 2016 – Source New Eastern Outlook

L’importance du sommet ASEAN – États-Unis qui s’est tenu les 15 et 16 février 2016 sur le territoire de Sunnylands Ranch en Californie est déterminée par le contexte du nouveau jeu mondial et en particulier les évènements récents en Asie du Sud-Est. Dix pays de cette région forment l’association nommée ASEAN [Association des nations d’Asie du Sud Est, NdT] et les grandes puissances sont engagées dans une lutte pour exercer leur influence sur cette association ou quelques-uns de ses membres.

Parmi les raisons de cette lutte, l’importance stratégique exceptionnelle du Sud-Est asiatique a une place prépondérante. Cette importance a été remarquée dès la Première Guerre mondiale, mais elle a gagné en poids de nos jours à cause de la tendance qu’a le centre de gravité du nouveau jeu mondial de se déplacer de la zone Euro-Atlantique vers la zone Asie-Pacifique. Il suffit de noter que le transport de marchandises dans la mer de Chine méridionale a atteint une valeur de 5 000 milliards de dollars par an et que la sécurité de ce transport maritime est devenue un des sujets importants du nouvel agenda mondial.

En même temps, l’ASEAN essaie (la plupart du temps en vain) de se positionner en acteur indépendant cherchant à tirer parti de la compétition entre les gros bras qui influencent l’association. Dans ce but, des forums intitulés «10+1», où de tels gros bras comme les États-Unis, la Chine ou le Japon jouent le rôle du 1, sont régulièrement tenus.

En novembre 2015, les forums de l’ASEAN+Chine et ASEAN+Japon, qui se tiennent régulièrement, se sont déroulés dans la capitale de la Malaisie, Kuala Lumpur. Ces forums ont été précédés par le sommet de l’APEC, organisé du 17 au 20 novembre 2015 dans la capitale des Philippines, Manille. Il doit être noté que le forum ASEAN+Chine n’était pas vraiment un sommet car, à la place du président chinois Xi Jinping, c’est le premier ministre Li Keqiang qui y a participé. Les raisons de l’absence du président Xi à cet évènement, comme nous en avons déjà parlé sur New Eastern Outlook, sont dues aux relations compliquées entre le Japon et la Chine.

Le président américain, Barack Obama, était aussi présent aux forums de l’ASEAN tenus à Kuala Lumpur. Mais, à la différence de la Chine et du Japon, Washington a décidé de tenir son sommet, sans tenir compte d’un moment pratique (où tous les participants sont déjà rassemblés), mais séparément et sur le territoire états-unien. Ceci pour montrer l’importance donnée par Washington aux relations avec l’ASEAN.

Les experts chinois ont porté une grande attention à la réunion du président états-unien avec les dirigeants des dix pays d’Asie du Sud Est. A la veille de son ouverture, le Global Times [Journal chinois rédigé en anglais, NdT] a publié un article avec un titre intéressant : «Sommet EU-ASEAN, pas de coup d’État diplomatique».

L’article était flanqué d’un dessin humoristique montrant un groupe d’hommes assis autour d’une table ronde. Un de ces hommes, Oncle Sam typique avec son chapeau haut de forme et son doigt levé pour faire la leçon, est en train de parler de façon solennelle alors que presque toute son audience est en train de somnoler, la tête reposant sur la table, ou de jouer avec son I-Phone. Seule exception, un homme ressemblant au président philippin écoute attentivement chaque mot prononcé par le patron.

Ce dessin montre bien la perception subjective de cet expert chinois : et encore un sommet USA-ASEAN de plus. Mais c’est une caricature qui déforme ce qui s’est vraiment passé dans ce ranch californien.

Il est à peu près sûr que le Premier ministre vietnamien, Nguen Tan Dung, a lui aussi écouté le président américain avec attention. Car l’accord pour une visite de M. Obama au Vietnam en mai prochain, accord obtenu avec le chef de la délégation vietnamienne pendant le sommet, a été le premier résultat pratique d’importance de cet évènement.

Il est plus probable que la plupart des invités, sans s’accrocher à chaque mot de leur hôte, ont au moins essayé de tirer des informations utiles de son discours. Ceci parce que les USA, avec la Chine, l’Union européenne et le Japon, sont l’un des partenaires économiques clé de l’ASEAN. Pourtant, en ce moment, le problème bien plus important de la guerre ou de la paix impliquant les principales puissances mondiales en mer de Chine méridionale est celui qui bouche l’horizon politique de la région.

La Chine a raison lorsqu’elle proclame que «l’Asie du Sud-Est ne veut pas que la Chine et les États-Unis se heurtent l’un à l’autre». Cependant, le problème doit être résolu surtout par les USA et la Chine, et non par les pays de l’ASEAN.

Sans aller plus loin dans la question de savoir laquelle des deux grandes puissances a commencé et pourquoi (comme toujours, il n’y pas de réponse sans équivoque à cette question), notons l’évidente action militaire entreprise par les USA en mer de Chine méridionale (MCM) en naviguant au plus près du souffle du canon.

New Eastern Outlook a déjà abordé ce sujet quand, le 27 octobre 2015, la frégate américaine Lassen a pénétré la zone des 12 miles entourant l’une des trois iles coralliennes de l’archipel des Spratly où la Chine a construit des infrastructures. Le 30 janvier dernier, un autre navire militaire américain, le Curtis Wilbur, a fait une manœuvre identique près d’un des ilots construits de l’archipel Paracels situé dans la même mer.

Dans les deux cas, le chef du Pentagone, Ashton Carter, a souligné que ces actes servaient de démonstration de la volonté américaine à permettre la liberté de circulation en MCM, liberté prétendument remise en question par les travaux chinois de construction d’îles artificielles et d’infrastructure militaires. Il a aussi promis que les USA allaient conduire d’autres manœuvres de ce type. La réaction de ministre des Affaires étrangères chinois a été, comme on pouvait s’y attendre, extrêmement négative.

On remarquera aussi, en passant, que la récente stratégie américaine d’infliger des coups douloureux à la Chine se fait de différentes manières. La dernière action de cette trempe a été la résolution du Sénat de renommer un square situé exactement en face de l’ambassade de Chine à Washington du nom d’un dissident chinois emprisonné.

L’initiative de cette décision revient à Ted Cruz, un des participants à la course à la nomination pour le parti Républicain pour les présidentielles états-uniennes.

Il est peu probable que le président Obama signe cette scandaleuse décision. Il aura raison (dans l’intérêt des États-Unis), mais cela ne l’aidera pas à faire remonter sa cote de popularité auprès des patriotes américains. Pourtant, la popularité devrait être le cadet des soucis d’un président qui va bientôt quitter son poste alors que le candidat potentiel au parti Démocrate pour la prochaine élection, Bernie Sanders, qui prêche pour l’amélioration des relations avec la Chine (et la Russie), s’appuie sur un segment de l’électorat relativement différent.

Le même sujet de sécurité maritime en Asie du Sud-Est et même la sécurité en général de cette région (en coopération avec nos partenaires et alliés de la région) a été le centre du discours du président Obama lors de la session d’ouverture du sommet.

Il a souligné en particulier le fait que ce fut son administration qui a décidé de rééquilibrer la politique étrangère états-unienne vers la région Asie Pacifique, en particulier vers l’Asie du Sud-Est. Depuis qu’il est à la Maison Blanche, le commerce avec les États-Unis a augmenté de 55% et l’ASEAN est maintenant le quatrième partenaire commercial des USA.

Les sujets de la sécurité maritime et de la sécurité générale en MCM ont été le point central de la courte déclaration commune (La déclaration de Sunnyland). Les paragraphes 5 à 9 (sur 17) du document les mentionnent directement ou indirectement.

Cela dit, la Chine n’est jamais mentionnée. Ceci, en dehors du besoin de préserver les bonnes manières envers la seconde puissance mondiale dans un document officiel, témoigne aussi de l’absence d’unité au sein de l’ASEAN sur le sujet de la sécurité. La majorité de ces pays ne veulent pas gâcher leur relation avec l’un ou l’autre de leurs partenaires économiques principaux.

En gros, on pourrait conclure en disant qu’une fois de plus Washington a utilisé un nouveau sommet ASEAN+USA dans le but de montrer son implication totale et à long terme dans tous les aspects de la situation se déroulant en Asie du Sud-Est.

Valdimir Terehov.

Article original paru sur New Eastern Outlook.

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