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La psalmodie Trump-Clinton : l’unité hégémonique par une domination globale

Publié le par Felli Bernard

La psalmodie Trump-Clinton : l’unité hégémonique par une domination globale

La psalmodie Trump-Clinton : l’unité hégémonique par une domination globale

Par Norman Pollack – Le 10 août 2016 – Source CounterPunch

Hermann Goering Trump et Ilsa Koch Clinton forment un couple charmant. Ils sont irascibles dans leurs protestations d’américanisme, dans la variété de leurs styles et de leurs tempéraments. Néanmoins, ils convergent dans leur engagement pour le fascisme plébiscitaire et le capitalisme monopolistique le militarisme patriotique comme véhicule idéologique de la grandeur nationale.

Leur lien commun, au-delà d’une propension excessive au ressentiment indifférencié et à la haine, est la capacité − dans leur fonction de représentants politiques de grands partis − à mobiliser une réponse massive au fond xénophobe (la Russie, la Chine) et ethnocentrique (dissidents, radicaux, défenseurs de la paix). Pour Trump, les musulmans jouent le rôle que les juifs ont tenu pour Hitler ; pour Clinton, socialistes et pacifistes remplissent la même fonction historique. Les travailleurs, y compris les syndicats − d’où la dimension plébéienne du fascisme, contrairement à l’histoire et aux vœux pieux marxistes − sont devenus les troupes de choc qui poussent en avant les deux candidats vers la formule politique suivante : préparation à la guerre et, en ce qui concerne les intérêts de classe, auto-castration.

Le fascisme n’a jamais été aussi en forme en Amérique : qui a besoin d’un guttural Joe McCarthy, lorsque les spécimens qui ont la main sont prêts et disposés à mener ? La conversation a à peine changé. La caractérisation de l’anticommunisme irréductible, quel qu’en soit le nom − aujourd’hui terrorisme, hier radicalisme, anarchisme, ou socialisme −, le discours national sur l’insécurité et l’agression, est facilement converti en un cloaque de phobies généralisées. Celles-ci sont prises en charge à tous points de vue par les actions concrètes de la politique étrangère des États-Unis, où l’intervention et le changement de régime tiennent le reste du monde en respect.

Donc nous sommes ici, en attendant une autre élection présidentielle, qui, à vrai dire, ne fait qu’esquisser et redéfinir des thèmes qui prévalent depuis soixante-dix ans, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il y a eu peu d’exceptions chez les dirigeants, dans l’un ou l’autre des partis, à l’adhésion au Principe du Leadership : la fusion de la personne, de la structure sociale, et de l’économie politique ; peu d’orientations politiques et de mesures programmatiques pour entraver le cours imminent de l’enfermement fasciste ; peu ou pas de percées contre l’embrigadement des pensées sociales, caractérisé maintenant par la promotion généralisée de la surveillance voulue par Obama ; peu d’actes de résistance de la part des travailleurs contre la guerre, la concentration des richesses, le statut privilégié des intérêts particuliers, du secteur bancaire au Big Oil, à la médecine, aux produits pharmaceutiques, la liste peut se prolonger quasi-indéfiniment.

Où est l’Amérique ? La démocratie, depuis le XVIIe siècle, n’a jamais été l’un de ses points forts. La dialectique marxiste se distingue par son absence, la progression sans nuance d’une similitude en constante expansion. La Cité sur la colline se limite à un marécage d’absolutisme moral et d’indifférence à l’humanité. En prenant du recul, on voit Trump-Clinton comme l’expression singulière du mépris pour la démocratisation de la société, de l’économie et de la culture, un processus qui coïncide avec la valorisation des modèles autoritaires dans les affaires mondiales. Trump-Clinton ne sont qu’une seule voix lorsqu’il s’agit d’articuler et de projeter le pouvoir mondial, et cette voix se fait plus stridente − si c’est possible − lorsqu’on ajoute à un tel pouvoir l’universalité du capitalisme, comme seul système mondial légitime.

Malgré tous mes efforts, je ne vois pas entre eux l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette. Les groupes dominants sont sacro-saints, ce sont les meilleurs citoyens, ils doivent être vus comme les générateurs et les protecteurs de la richesse nationale, avec Trump-Clinton se partageant le gouvernail. Wall Street et les entreprises américaines en général, ne pourraient être plus heureux en voyant cette façon de tracer les frontières de la politique. Grattez un peu le vernis du candidat, que ce soit l’un ou l’autre, vous découvrirez le monde souterrain de la puissance militaire pratiquement illimitée, en portée et en taille, attendant avec impatience le moment de bondir. Que l’autarcie soit conçue comme nationaliste (Trump) ou internationaliste (Clinton), son message d’autosuffisance par la militarisation de l’exceptionnalisme est entendu haut et fort.

Que sont devenus les principaux partis politiques de l’Amérique, sinon des agents de consensus interne, supprimant le changement politique pendant que l’exercice du pouvoir est canalisé dans le système élitiste du Grand Capital Monopolistique, dans lequel l’armée est accueillie à bras ouverts. Trump rivalise avec Clinton en vantant les vertus de la force et de la grandeur nationale, qui se résument à l’autorité auto-accréditée pour définir et réglementer la politique internationale dans le but, entre autres choses, de la purification idéologique mondiale. C’est comme si l’impérialisme, centré sur la pénétration du marché, avait cédé la place à la domination pour elle-même. Et en complément, nous voyons un réveil de la violence pour détourner l’attention du peuple des échecs du capitalisme, désarmer ainsi la critique et en même temps serrer les vis du cadre de la distribution inégalitaire de la richesse et des revenus.

Novembre approche, républicains, démocrates, Trump, Clinton, qui s’en soucie ? Les partis politiques ont tracé la route vers le déclin depuis si longtemps, qu’un atterrissage en douceur de plus ne sera guère remarqué. Avec un aplomb orgueilleux, nous appelons cela la normalisation de la pratique démocratique. Avec le temps qui passe, de moins en moins d’Américains voient encore la mascarade. Dans ce contexte, le fascisme rencontrera peu de résistance quand son moment sera venu, pavoisant même avec des confettis jetés depuis les balcons.

Norman Pollack

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