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Alstom, un sauvetage ubuesque (J.-M. Vittori)

Publié le par Felli Bernard

« Quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites »
« Quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites »

Alstom, un sauvetage ubuesque (J.-M. Vittori)

Publié le 6 octobre 2016 par Olivier Demeulenaere

« Quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites »

« En pleine préparation des prochaines élections, le gouvernement cherche à éviter « un second Florange », à sauver un site dépassé ».

« Il y a une vraie différence entre un train et un polytechnicien : quand le train déraille, il s’arrête. Pas le polytechnicien. Cette histoire que se racontaient les cheminots de père en fils vient d’être remise au goût du jour, avec le gouvernement dans le rôle du polytechnicien. Pour comprendre à quel point sa décision d’acheter des rames de TGV pour sauver l’usine Alstom de Belfort est hallucinante, il suffit de la transposer ailleurs.

Boeing manque de commandes ? Pas de souci, Washington achète des 777 pour les louer à la compagnie Southwest afin qu’elle ouvre un Houston-Dallas. Il était urgent d’ouvrir cette liaison texane qui s’étire sur 360 kilomètres. Porsche souffre ? Aucune inquiétude, le gouvernement allemand va acquérir quelques milliers de 911 pour les prêter à des associations réalisant du transport de personnes âgées. Même si des médecins soulignent que les seniors ont parfois du mal à se plier pour rentrer dans ce petit bijou.

Quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limite. On ne voit pas pourquoi le gouvernement limite son ambition salvatrice au matériel ferroviaire. Il devrait aussi acheter des millions de poulets congelés pour éviter la fermeture de l’abattoir de Tilly-Sabco, en Bretagne. Et des dizaines de tonnes de châtaignes et de soja pour perpétuer les deux conserveries de Minerve elles aussi en Bretagne. Et des centaines de milliers de pâtisseries fraîches afin de venir en aide au site de Patiprestige à Saint-Galmier, dans la Loire. Dans chacune de ces entreprises, des dizaines de salariés vont se retrouver sans emploi, contrairement au site Alstom de Belfort où des reclassements étaient prévus pour tous.

Dépense injustifiée

Sauf que la décision du gouvernement est pire encore. Car cette dépense injustifiée devrait en plus entraîner des dépenses inutiles. De maintenance d’abord, car les TGV devraient servir sur des lignes régionales alors qu’ils n’ont pas été prévus pour prendre des virages serrés ou s’arrêter fréquemment. D’investissement ensuite, car le gouvernement annonce la construction de nouvelles lignes à grande vitesse pour faire rouler ces rames, sur des axes où la rentabilité est inimaginable même en intégrant des myriades d’effets favorables induits par la ligne.

En pleine préparation des prochaines élections, le gouvernement cherche à éviter « un second Florange », à sauver un site dépassé, à garder dans le formol l’image d’une ville longtemps fief de Jean-Pierre Chevènement qui est le tenant sympathique d’un industrialisme obsolète. Ce faisant, il oublie la colossale facture de ce sauvetage ubuesque. Les centaines de millions d’euros, l’image de la France à l’étranger, la négation brutale d’un apprentissage lent et douloureux des mécanismes économiques de base par les Français. Oui, le gouvernement déraille. Sans s’arrêter ».

Jean-Marc Vittori, LesEchos.fr

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