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The American Way of Life et l’avenir de la Russi

Publié le par Felli Bernard

The American Way of Life et l’avenir de la Russie

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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The American Way of Life et l’avenir de la Russie

14 octobre 2016  – Je me rappelle combien j’avais été frappé, à la fin septembre 2001, en lisant ce que Donald Rumsfeld, alors secrétaire à la défense et certainement le plus intelligent dans la bande belliciste autour de GW Bush,  avait dit de l’attaque du 11 septembre. La chose a été rappelée dans ce texte du 12 octobre :

« Peu après l'attaque, le secrétaire à la défense Rumsfeld, décidément le philosophe de la bande, expliquait que ce que les terroristes attaquaient, c'est l'American Way of Life, — effectivement la façon d'être de l'Amérique, car pour elle “être” c’est “vivre” et rien d’autre. On ne peut réduire cette attaque à une attaque contre la politique de l'Amérique. Elle vise la substance de l'Amérique ; elle vise et touche les symboles qui représentent cette substance... »

Tout cela était évoqué, on le sait, à propos de ce général, Milley, exposant d’une voix furieuse et guerrière ce fondement même de la Grande République, The American Way of Life, et ceux qui entendent se lancer dans l’entreprise de la détruite (« “Je veux être clair pour ceux qui, dans le monde entier, veulent détruire notre façon de vivre...” [“want to destroy our way of life”], ‘nous vous détruirons’”... »). Bien sûr, nul n’ignore que l’avertissement s’adresse d’abord sinon exclusivement à la Russie et j’y viendrai, mais je veux ici développer le sentiment que je me suis fait de cette sorte d’avertissement, – puisqu’il semble être devenu un “modèle” de l’anathème américaniste. L’idée n’est nullement anodine, et la rencontre entre l’intelligent Rumsfeld et le stupide Milley ne m’importe qu’à cause de la puissance de l’expression que tous deux utilisent, qui a sa vie propre, sa signification symbolique abyssale, sa puissance métahistorique ou plutôt infra-historique comme l’on dit du Mordor, qu’elles soit dite par une crapule finaude ou une brute épaisse : “The American Way of Life” (ou bien “Our Way of Life”) ; cette expression a véritablement une connotation métaphysique, quelque chose qui dépasse le courant de la politique (pour les temps normaux) et le courant de la folie-ordinaire (pour les temps actuels).

Il est dit encore dans le texte référencé que l’expression a autant de force symbolique que le fameux American Dream, ce qui est assez logique d’ailleurs puisque l’American Dream, qui a été défini sociologiquement en 1931, – c’est une chose diablement sérieuse, bien plus qu’un gadget hollywoodien ou un spasme d’extase d’un Français proaméricain, –  n’est rien d’autre qu’une “façon de vivre” (Way of Life) assez médiocre, correspondant à l’idéal de la classe moyenne (petite maison individuelle-standard, semblable à toutes les autres, voisins comme il faut avec même costume et même phantasmes absolument refoulés, associations de bons voisinages, pensées et conceptions communes, voiture, etc.). Dans La Grâce de l’Histoire (Tome I), un passage est consacré à cette métamorphose, – car avant cet American Dream selon ma noble conception de cette importante problématique, existait ce que je classifie comme un “rêve américain” d’origine essentiellement française :

« Dans le même temps, ou tout comme, que cette période 1919-1933 voyait s’accomplir ce qu’on interprète comme la mort de l’‘American Dream’ français, naissait ce que les sociologues nommèrent officiellement à partir d’alors, à partir de 1931 précisément : ‘American Dream’ – et l’on tient effectivement une occurrence de plus pour justifier notre rangement, puisque 1931 c’est presque 1933 et c’est encore partie de 1919-1933. L’encyclopédie ‘en ligne’ Wikipédia donne cette définition de l’expression, pour le deuxième cas bien entendu, de façon suffisamment explicite pour que l’on entende aussitôt que cet ‘American Dream’-là n’a rien à voir avec le premier American Dream dont nous avons beaucoup parlé ; nous faisons confiance à la définition simple et convenue, dans tous les cas, et d’autant plus que ce qui nous importe est moins l’inutile et dissimulatrice complication de la soi-disant rigueur scientifique, que l’évidence de l’effet de la chose, à partir de ses racines les plus voyantes et les plus sûres, sur la signification générale que nous entendons donner à la période :

» “L’American Dream est le génie national des États-Unis d’Amérique dans lequel les idéaux démocratiques sont perçus comme une promesse de prospérité pour ses habitants. Dans l’American Dream, exprimé pour la première fois par James Truslow Adams en 1931, ‘les citoyens de toutes conditions perçoivent qu’ils peuvent atteindre une vie meilleure, plus riche et plus heureuse’. L’idée de l’American Dream trouve ses racines dans la seconde phrase de la Déclaration d’Indépendance qui affirme que ‘tous les hommes sont créés égaux’ et qu’ils ont ‘certains Droits inaliénables’, dont ‘la Vie, la Liberté et l’accès au Bonheur.’ »

Ainsi voit-on combien cette expression d’American Dream, exactement comme celle de The American Way of Life qui en est l’opérationnalisation, marrie les réalités les plus ternes et les plus médiocres avec les idées qu’on proclame comme les plus élevées, le tout donnant un concept véritablement métaphysique qui est à la fois la définition et le fondement de l’Amérique, qui serait au fond si vous voulez une sorte de métaphysique-hybride, un pied dans le Mordor, un pied vers The Sky the Limit (qui, contrairement à l’apparente signification signifie qu’il n’y a pas de limite, et je dirais pour mon compte, et selon ma conception, que nous sommes “au-delà du Ciel”) . Ainsi, s’attaquer à l’American Way of Life, encore plus qu’à l’American Dream dans la mesure où la première expression est un concept opérationnel, c’est s’attaquer à l’essence de l’Amérique qui n’est qu’opérationnalité, c’est-à-dire au simulacre d’essence (ou hybride d’essence à octane-bidon) qu’est l’Amérique, d’ailleurs très logiquement puisque l’Amérique n’est que simulacre en tous sens et de toutes les façons.

Ainsi, l’accusation-avertissement lancé par Milley, qui répercute Rumsfeld 15 ans plus tard, a-t-elle cette même puissance symbolique, cette même ambition métaphysique du point de vue américaniste de montrer que cette attaque contre l’American Way of Life est perçue comme une menace complètement existentielle contre laquelle la Grande République se dressera et détruira celui qui la lance, – ou bien elle mourra. Bien entendu, Milley est bien plus à l’aise que Rumsfeld qui dénonce une chose insaisissable, le terrorisme, tandis que lui-même nomme ces menaces parfaitement identifiées, et la Russie avant tout autre chose, la Russie elle-seule, la Russie comme Ennemi Ultime, celui avec lequel aura lieu le combat final. (De toutes les façons, même si la Russie c’est pratique comme menace, cela n’est que d’une importance mineure sur le terme. La “menace”, pour les USA, n’existe pas d’une façon, si j’ose dire, existentielle, comme une chose propre et autonome. Elle est consubstantielle à USA : USA naît [en 1776, en 1783,et1789, en1865, qui sait ?], la menace d’elle-même naît avec elle-même ; c’est le contraire d’Omo, la poudre à lessiver de mes jeunes années [« Omo est là, la saleté s’en va »], – USA est là, la menace est là...) (*) Quoi qu’il en soit et pour en revenir à la brute-Milley, c’est pour cette raison (existence tangible de la menace-Russie, apparence de réalité) qu’il y avait ceci en commentaire dans le texte référencé :

« ...[E]t d’ailleurs, à un point où, en poussant la logique à son terme, on finirait par se demander si elles [les accusations de Milley] sont si absurdes et si elles ont besoin d’être démontrées... [...] mais voilà qu’on se trouve obligé d’observer que ce qu’il dit, par contre, n’est pas nécessairement, ni faux, ni infondé, et beaucoup plus concevable que les délires du général Ripper... La bataille finale Système versus antiSystème porte, dans le chef des seconds, sur la destruction du système de l’américanisme, donc de l’American Way of Life, qui est aussi un symbole essentiel de la postmodernité : sur ce cas, qui est essentiel, Milley voit juste. »

Effectivement, les accusations de Milley ne sont, de son point de vue comme de tout point de vue américaniste représenté au cœur du Système, “ni absurdes, ni infondées” ; elles sont même remarquablement cohérentes et fondées, comme Rumsfeld l’était lui-même en septembre 2001 ; et, cette fois, l’on connaît bien ceux qui portent le poids de ces accusations... Il est dit dans le texte, comme on l’a noté, qu’il faut se demander si les accusations de Milley ”ont besoin d’être démontrées”, sous une forme qui sollicite évidemment la réponse négative : non, il n’est nulle besoin de démonstration.

Ainsi en est-il de mon propos à la lumière de ces observations. L’emploi de ces termes, leur signification symbolique, l’extrême paroxysme psychologique qui les accompagne, l’espèce d’unanimité qui se retrouve dans tous les domaines de la direction américaniste pour partager cette même attitude et appuyer ces mêmes accusations, tout montre que l’on se trouve devant un phénomène puissant, irrésistible, et pour mon compte “qui n’a nul besoin d’être démontré”.

On comprend que ce propos d’aujourd’hui complète celui du 9 octobre sur “La question de la possibilité d’un face-à-face”, cette fois en m’attachant au seul aspect de la vision symbolique et hallucinée de l’acteur américaniste, totalement enfermé dans le monde en fusion de sa psychologie exacerbée. Il est inutile de chercher des arguments sur telle ou telle possibilité, tactique, stratégique, telle possibilité de compromis diplomatique, tel comportement ou attitude des Russes. Je ne parle que de ces psychologies américanistes exacerbées, effectivement enfermées comme on l’est dans une prison cadenassée, avec la pensée réduite à cette exacerbation et nourrie des seuls symboles qu’on a mentionnés, et dans le monde halluciné où elle (cette psychologie exacerbée) évolue. A ce point, je ne vois rien qui puisse changer cette course ainsi décrite et qui ne peut se terminer qu’avec l’hypothèse soigneusement peaufinée d’un affrontement où l’un des deux doit disparaître.

(En écrivant de telles phrases me revient toujours à l’esprit cette phrase de l’ancien chef du service extérieur de renseignement soviétique Chebarchine : « L’Ouest veut seulement une chose de la Russie : que la Russie n’existe plus. » C’est exactement la finalité des propos noté ici et là : aucun compromis, aucun arrangement, rien n’est possible que la destruction totale.)

Ainsi la phrase du général Milley, qui est dite pour tant d’autres dans la direction américaniste, permet-elle de fixer symboliquement l’enjeu de l’actuelle explosion de tension, sans nécessité de démonstration d’aucune sorte, et sans nécessité de justification d’aucune sorte non plus. (Tous les arguments, stratégiques, hégémoniques, économiques, etc., tout cela sans la moindre importance ni le moindre intérêt dans ce propos.) Le choix de la Russie s’impose naturellement, sans russophobie nécessaire : la Russie est le seul pays de quelque importance au monde qui ait résisté sur l’essentiel, avec cet espèce d’un certain succès qui semble à l’américanisme pure arrogance et puante prétention, à la puissante vague de la globalisation par l’américanisation, malgré une thérapie de choc, – sorte de Schock & Awe économique et psychologique, – durant une décennie (les années 1990), et cela qui était tous frais payés pour laver, que dis-je pour épouiller ce pays de tous sa puanteur historique et de toute sa crasse culturelle. Non seulement la bête n’en a pas crevé comme il eut été normal et juste, mais est elle s’est relevée, s’est réaffirmée, s’est réarmée et a prétendu, et prétend toujours, se poser comme défenderesse des principes structurants et même de la tradition dans le sens le plus large du terme qui peut aller des guénoniens aux paléoconservateurs américains. Il est absolument logique, inévitable et complètement dans la norme des fous, que la Russie apparaisse comme la nécessaire, l’inévitable, l’inexpiable chose qui doit absolument abandonner toute trace d’existence terrestre, jusqu’au plus insignifiant souvenir ; car il n’est de pire ennemi pour l’American Way of Life que cette monstrueuse entité ; en d’autres mots, je trouve bien vaines toutes ces recherches sur la russophobie pour tenter d’expliquer rationnellement par un sentiment irrationnel une attitude d’hostilité n’envisageant que l’anéantissement, et même le néantissement de la chose. La logique des fous nous invite à considérer cette hostilité et cette volonté de destruction comme absolument évidente, justifiée, vertueuse, inévitable.

J’ai exposé ce que je crois être les formes, les pulsions et les pressions qui habitent les zombies tels le général Milley, qui pullulent à Washington D.C. Ce n’est pas aborder la question russe ni proposer des explications du rôle et de la vertu de ce pays, ce n’est qu’explorer la pathologie américaniste qui est ici mon seul but. Pour cette raison, effectivement, je crois qu’il y a un formidable message dans les mots déjà cités de l’étoilé général Milley (« “Je veux être clair pour ceux qui, dans le monde entier, veulent détruire notre façon de vivre...” [“want to destroy our way of life”], ‘nous vous détruirons’”... »), que ce message s’adresse à la seule et unique Russie pour lui dire que rien, absolument rien n’arrêtera la détermination de l’américanisme jusqu’à la destruction complète de la chose pourrie nommée Russie. Je crois que pour ces psychologies chauffées à blanc, dans le plus grand désordre et l’incohérence totale, dans la frustration abyssale de quinze ans d’expéditions militaires tombées dans le chaos et l’humiliation extraordinaire de sentir le respect pour la puissance américaniste ne cesser de décroître, c’est-à-dire dans un climat radicalement contraire à celui de la sérénité tranquille du destructeur quasi-scientifique qui régnait en 2002-début 2003 avant l’attaque de l’Irak, toute discussion est absurde et déplacée.

Semblerais-je à ce point annoncer l’inéluctabilité de la guerre du Grand Anéantissement ? Rien de semblable, et même au contraire. Des malades restent des malades, et leur pathologie a de nombreuses facettes. Je continue en prenant pour acquis le pire des scénarios selon les avis qui font de Clinton, à juste titre semble-t-il, une fauteuse de guerre (mais une fauteuse de guerre malade, elle aussi), c’est-à-dire l’hypothèse de son élection. Parce qu’elle a tant investi dans cette branche et que tant de fortunes bellicistes ont investi en elle et demandent une juste rétribution, il y a de belles chances pour qu’elle se trouve, dès qu’elle sera pompeusement investie en First PFOTUS (President Female Of The United States), – ou peut-être même avant d’ailleurs, dans le bordel ambiant, – prisonnière de son extrémisme supposée, et placée devant les exigences des extrémistes d’au-delà de son propre extrémisme ; car, entre malades de cette sorte, il y a une course constante à l’extrémisme, et n’importe quel extrémiste, encore plus s’il s’agit d’une présidente, trouve bien plus extrémiste que soi-même, et le désordre ainsi créé finit par provoquer, très rapidement et d’une façon inattendue, des effets qu'on ne pouvait imaginer, souvent contradictoires selon les intérêts qui valsent dans tous les sens dans ce pouvoir complètement éclaté. Paradoxalement, alors que l’américanisme se trouve complètement concentré dans la phrase du général Milley et devrait pouvoir agir comme un seul homme (pardon éventuellement, comme une seule femme), c’est dans le cadre d’un pays mortellement divisé (cf. Trump et The Deplorable) que se déroulera cette tragédie qui n’arrive pas à se débarrasser complètement de son aspect bouffe. Là est le nœud gordien, lorsqu’un projet aussi évident d’affrontement final avec l’extérieur (la Russie) rencontre des obstacles intérieurs totalement imprévus, transforme encore plus l’hystérie de la psychologie déjà à son point de fusion, et enfin produit ces effets-là “qu’on ne pouvait imaginer”. Et tout cela, très rapide n’est-ce pas, impossible à saisir et encore moins à comprendre pour le zombie-standard qui réagit façon-Pavlov.

Je garde à l’esprit l’épisode d’août-septembre 2013 ; on l’a si complètement transformé depuis, tant la nature de la postmodernité est de transformer la mémoire, même très courte, pour la faire correspondre à son “éternel présent” qui ne cesse de changer. Dans les derniers jours d’août 2013, tout le monde, y compris l’indécis Obama piégé par ses précautions de communication insuffisantes, entendait frapper la Syrie lorsque soudain, à partir d’une maladresse extraordinaire qui n’aurait dû n’avoir aucun effet d’un Premier ministre britannique “déplorable” comme jamais, la psychologie commença à basculer ; des événements aujourd’hui encore incompréhensibles, avec l’absence d’opposition formelle au départ soudain transformée en une sensation d’une vague de fond d’opposition aussitôt traduite en sondages, sans vote du Congrès mais avec la couardise des élus maximalistes soudain préoccupés de leurs positions et s’alignant sur leurs électeurs, transformèrent la chevauchée irrésistible vers la réduction en cendres américanistes de Damas en une déroute complète où, — comble de l’ironie et de l’humiliation pour notre propos, – Poutine vint tendre une main secourable à Obama et lui éviter ainsi une crise constitutionnelle de première grandeur où la procédure de destitution figurait comme l’irrésistible plat du jour.

La grande chance que nous avons devant les définitifs projets d’extermination du monde des zombies américanistes arrivés en bout de course et le souffle court, c’est qu’ils ont l’extermination bavarde ; ils papotent, ils s’encouragent, ils s’exhortent, ils roulent des mécaniques, ils s’affirment “retenez-moi ou je fais un malheur”, ils s’expliquent, ils prennent la pose, ils continuent à fréquenter les cocktails, jusqu’au moment où quelque part, pour quelque raison et même sans raison, l’on trébuche... Là-dessus, on nous sortira bien un Trump pour hurler “This is the Independance Day, à l’assaut de Washington D.C. !” et transformer tout cela en crise de régime.

Je n’ai qu’un espoir, c’est que, cette fois, Poutine ne recommencera pas la même manœuvre habile qui, lorsqu’on a affaire à des déments pathologiques, devient une manœuvre maladroite sinon tout simplement stupide. Quand la bête se meurt, on laisse faire la nature : qu'il en soit ainsi et que la Bête meurt... 

 

(*) En bon américaniste, je me suis permis d’employer l’audace grammaticale imposée après la victoire yankee de 1865 : désormais “the USA” (les USA) seraient entendus au singulier, parce qu’après la superbe Guerre Sainte gagnée avec Dieu en flanc-garde, la République était devenue une et indivisible et serait conjuguée de la sorte.

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