Loi « Égalité et Citoyenneté » : une loi liberticide ?

 Aujourd'hui

 

Si elle était adoptée, cette loi pourrait paradoxalement porter atteinte à l’égalité et à la liberté.

 

Jean-Michel Léost

Professeur honoraire

 

 

 

L’exposé des motifs de ce projet de loi, qui porte le nom respectable d’« Égalité et Citoyenneté », est déjà instructif : « Les attentats de 2015 ont mis à jour, avec encore davantage d’intensité, des fractures anciennes de la société française qui continuent de se creuser. Elles se traduisent par la montée des racismes, des intolérances, de la tentation du repli sur soi, des communautarismes et de la peur de l’autre […]. Avec ce projet de loi, c’est une France plus fraternelle que nous voulons dessiner. » Cette loi serait une réponse à la crise révélée par les attentats. L’islamisme ? Connaît pas. Ce sont ceux qui le dénoncent qui sont condamnables.

Le projet comporte trois grandes parties, respectivement intitulées « Citoyenneté et émancipation des jeunes », « Mixité sociale et égalité des chances dans l’habitat » et « Pour l’égalité réelle ». Pas de quoi fouetter un chat, direz-vous ? Sans doute. Mais comme nos dirigeants sont experts dans la fabrication de lois fourre-tout, mêlant l’acceptable, le discutable et l’intolérable, mieux vaut y regarder de plus près.

Si elle était adoptée, cette loi pourrait paradoxalement porter atteinte à l’égalité et à la liberté. Quelques exemples : contrôles d’identité systématiquement filmés pendant un an « à titre expérimental » (les policiers sont plus dangereux que les délinquants, c’est bien connu !) ; discrimination positive dans les établissements d’enseignement supérieur sélectifs, à l’instar des conventions ZEP de Sciences Po ; délit d’entrave numérique à l’IVG (on a le droit de faire de la publicité pour l’avortement, non de proposer d’autres solutions)… La pensée unique continue de se mettre en place.

Le plus inquiétant, c’est sans doute ce qui a trait à la liberté d’expression.

Le communiqué du Conseil des ministres du 13 avril 2016 évoquait le « durcissement de la répression des délits de provocation, de diffamation, d’injures et d’actes racistes face aux actes de racisme et de discriminations pour agir plus efficacement sur les discriminations et [l’]élargissement de la circonstance aggravante ». Certes, il faut combattre la provocation à la haine et la discrimination, mais l’expérience prouve que nos dirigeants ont un peu trop tendance, dans ces domaines, à chausser des lunettes de borgne.

Des articles de cette loi pourraient bien être détournés pour sanctionner tous ceux qui refuseraient d’être les propagandistes de la bien-pensance. Ainsi, tout auteur d’un texte sur un sujet sensible, comme l’immigration ou l’islam, aurait intérêt à y réfléchir à deux fois s’il ne veut être poursuivi pénalement par des associations militantes ou par l’État. Incitation à l’autocensure, intimidation, répression : à quand l’autocritique publique, chère aux totalitaires ? Vous êtes contre le mariage pour tous et contre la GPA ? Vous êtes homophobe. Pour la sélection à l’université ? Vous êtes contre la démocratisation de l’enseignement. Vous préférez les migrants chrétiens aux autres ? Halte au racisme et à l’islamophobie !

Cette loi, si elle était adoptée et appliquée, permettrait à tout gouvernement d’imposer son idéologie et d’instaurer peu à peu une société totalitaire. L’opposition ferait bien de s’intéresser à cette question si elle veut être crédible. La vérité objective existe, ce n’est pas quelque chose à fabriquer selon les besoins du moment : notre devoir est de la rechercher, pour essayer, au moins, de l’approcher. « À une époque de supercherie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire », écrivait George Orwell. Soyons révolutionnaires !