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Les règles du jeu de Trump – De Yalta 1945 à… Yalta 2017 ?

Publié le par Felli Bernard

Les règles du jeu de Trump – De Yalta 1945 à… Yalta 2017 ?

U.S. President-elect Donald Trump (L) greets retired Marine Gen. James Mattis for a meeting at the main clubhouse at Trump National Golf Club in Bedminster, New Jersey, U.S., November 19, 2016


Pepe Escobar

Par Pepe Escobar – Le 5 décembre 2016 – Source The Saker

Le général James Mad Dog Mattis, choisi par le président élu Donald Trump pour être le nouveau chef du Pentagone, est un modèle de fonctionnaire de l’Empire du Chaos. Son signal d’identification est – quoi d’autre – chaos. Le Commandant des opérations spéciales du Corps des marines (MARSOC) a même partagé sa marque singulière de bienvenue : «Saint Mattis de Quantico, Saint Patron du Chaos». Le Saint dans son incarnation pop est entièrement équipé avec une grenade et un couteau.

 

Mad Dog peut bien être vu par le monde réel comme, eh bien, un chien fou. Il était sur la ligne de front de l’assaut de 2001 contre l’Afghanistan. Il a mené l’assaut des Marines sur Bagdad pendant l’opération Shock and Awe en 2003. Il a dirigé l’horrible destruction américaine de Falloujah à la fin de 2004. Largement salué comme un fin stratège, il a pris sa retraite comme chef du CENTCOM en 2013.

Le Saint peut bien avoir été un pourvoyeur de chaos à travers le Grand Moyen-Orient – inventé sous le régime de Cheney – avec ses dommages collatéraux inévitables et son iranophobie rampante, pourtant, le but de sa nomination est la reconstruction de l’armée américaine.

William Hartung, du Centre pour la politique internationale, a noté, dans son article intitulé La croissance du Pentagone : Trump à la Présidence, est-ce une bonne nouvelle pour le complexe militairo-industriel ?, que «les dépenses du Pentagone sont l’une des pires façons possibles de créer des emplois. Une grande partie de l’argent est destinée aux prestataires de services, aux cadres de l’industrie de l’armement et aux conseillers de la défense (également appelés les bandits de Washington). De plus, ces dépenses représentent une impasse économique

Critiquant les Trumponomics [l’économie vue par Trump] comme des «Reaganomics sous stéroïdes» – impliquant de vastes dépenses militaires –, Hartung souligne que, si Donald Trump veut vraiment créer des emplois, «il devrait évidemment chercher à investir dans l’infrastructure plutôt que de déverser de vastes sommes dans des armes dont le pays n’a pas vraiment besoin, et en plus à un prix qu’il ne peut pas se permettre».

Reconstruire l’infrastructure effroyable des États-Unis est l’une des principales promesses de campagne de Trump.

Qu’est-ce-qui doit être fait ?

Le but de mon récent article était de lancer un débat sur le possible rôle léniniste du stratège de la Maison Blanche, Steve Bannon. Trump, comme tous les présidents américains, n’est évidemment pas léniniste. Mais son principal stratège cultive la notion léniniste d’avant-garde du prolétariat, appelez-le ramassis de vieux cols bleus américains, mâles en colère et laissés pour compte, ou bien masse haineuse des libéraux identitaires, qui ont élevé des minorités sélectionnées au statut de victimes sacrées ou bien tout simplement des «déplorables».

Steve Bannon, campaign CEO for Republican presidential candidate Donald Trump, right, looks on during a national security meeting with advisors at Trump Tower in New York. (File)
Le chef de la minorité du Sénat américain demande à Trump de virer Steve Bannon © AP PHOTO/ EVAN VUCCI

C’est cette avant-garde du prolétariat que Bannon cherche à cultiver, afin qu’elle mène, influence et façonne la politique dans l’avenir politique prévisible des États-Unis, en gagnant élection après élection pour les Républicains. Il faut impérativement tirer profit de la lutte de Trump contre le libre échange néolibéral, bien qu’il ne sache pas exactement comment il privilégiera le retour des usines au pays plutôt que l’externalisation – qui est la politique officielle des entreprises américaines. Ils ne bénéficieront certainement pas d’une reconstruction massive du Pentagone.

L’analyste politique allemand Peter Spengler introduit une nouvelle clé à molette dans la boîte à outils, notant : «Comme tous les universitaires – ou étudiants d’ailleurs – connaisseurs de la Russie et du bolchevisme, Bannon a ignoré ce que Kurt Riezler pourrait (ou voudrait) avoir défriché pour eux lors de son exil à New York, à savoir une expérience directe et la connaissance du continuum de la ‘diplomatie’ souterraine et subversive entre l’Allemagne et la Russie, dans la course vers la Révolution d’Octobre.»

Les paris sont encore ouverts sur ce que la diplomatie subversive de l’ère Trump entraînera – à part un remix au XXIe siècle du moment «Nixon en Chine» orchestré par Kissinger. Cela prendrait la forme d’un moment «Trump en Russie-Chine» – alors que Washington commence à normaliser le traitement de ces nations que le Pentagone classe comme les deux principales «menaces existentielles» sur la dominance mondiale et les sphères d’influence associées.

L’appel téléphonique controversé à Trump, à l’initiative du président taïwanais Tsai Ing-wen, n’a certainement pas contribué à une normalisation. Et personne ne devrait s’attendre à ce que l’hégémonie mondiale de Brzezinski – conceptualisée par les États-Unis, en particulier sur l’Eurasie pour «empêcher l’émergence de concurrents» – disparaisse tout simplement.

Un Pentagone renaissant

William Engdahl soutient que le Brave New World de Trump est une supercherie complexe. Un coup d’œil rapide aux quelques chanceux choisis par Trump dans son cabinet de ploutocrates, ne correspond pas exactement aux meilleurs aspects de notre nature humaine.

Une source d’affaires de New York, familière des Maîtres de l’Univers, qui a activement soutenu le programme Trump et a appelé à son élection au moins deux semaines avant le fait, offre une évaluation brutale :

«Donald est un initié. La plupart des conseillers auxquels Engdahl se réfère sont des potiches dans le décor. Il y a trois choses importantes à considérer :
1) La Cour suprême aura des juges conservateurs.
2) Il y aura un rapprochement avec la Russie. L’inclinaison peut ne pas être aussi chaleureuse pour la Chine, mais nous allons travailler sur ce point.
3) Aucun des Maîtres de l’Univers ne se soucie de Lénine, ni de Thomas Cromwell, ni des idéologies. Ils se soucient du pouvoir et de l’argent.»

U.S. President-elect Donald Trump, along with his family and running mate Mike Pence, addresses supporters during his election night rally in Manhattan, New York, U.S., November 9, 2016
Trump, un tremblement de terre

Quant à une éventuelle Maison Blanche léniniste : «Si nous voulons citer Lénine, c’est la vérité qui fait avancer la lutte des classes. La vérité pour les Maîtres de l’Univers est tout ce qui avance leur programme. S’ils veulent que la Réserve fédérale augmente le crédit, ils cherchent ce qui fonctionne, un libéral ou un conservateur, un monétariste ou un keynésien, etc. L’un d’entre eux soutiendra l’expansion du crédit et ceux qui ne le feront pas seront mis de côté. Ils ne se soucient pas de Milton Friedman, Keynes, Marx ou Lénine. C’est ce qui fonctionne qui compte pour eux. Hillary n’a pas travaillé dans ce sens et elle est dehors. Bannon fera ce qu’on lui dit, comme les autres. Et s’il se met en travers, il sera viré.»

Donc, peu importe ce que hurle, encore et toujours, la Californie, c’est de cette façon dure que les Maîtres de l’Univers géreront le Trumpland.

Ce qui nous amène, une fois de plus, à la reconstruction de l’armée américaine. Une autre source d’affaires et d’investissement, qui a également soutenu activement le plan économique Trump pendant la campagne, souligne à quel point «le pouvoir actuel du complexe industriel militaire russe est plus grand que celui des États-Unis à bien des égards. Et tout cela est en Russie, alors que la plus grande partie de celui des États-Unis est hébergé en Asie».

Ainsi, «il est heureux que Trump soit devenu président pour renverser cette maison folle qu’ils appellent Washington. Il y a un consensus au-dessus du président, selon lequel il faut agir pour reconstruire l’armée des États-Unis sur une base d’urgence». Et ce sera la mission essentielle du chien fou.

La source ajoute : «Un moyen facile de rapatrier toute cette industrie d’un seul coup, est de stipuler dans tous les contrats de défense que tous les avions, missiles ou chars doivent être fabriqués aux États-Unis, ce qui nécessite le rapatriement massif des emplois et des usines. Ce devrait être le premier ordre de Trump à la Maison Blanche, car cela ne nécessite pas de droits de douane, ni de truquage monétaire.»

Attends, Yalta, on arrive

En attendant, il faut une gestion prudente de ce que la galaxie mécontente des néocons/néolibérauxcons appelle la bromance Trump-Poutine.

Afghan mujahideen prepare a rocket attack on the government troops in Shaga, Eastern Nangarhar province, on January 15, 1989 during the Afghan Civil War opposing the Islamic Unity of Afghanistan Mujahideen and the Democratic Republic of Afghanistan (DRA) supported by Soviet Union
La vision de Brzezinski pour attirer les Soviétiques dans ‘le piège afghan’ devenu le cauchemar d’Orlando © AFP 2016

Trump va très certainement renormaliser les liens avec la Russie et travailler avec celle-ci pour écraser la démence salafiste-djihadiste en Syrie. Le problème est de savoir dans quelle mesure la Russie et la Chine pourront influencer Trumpland, pour qu’il ne transforme pas l’Iran en dommage collatéral élevé. L’alliance Russie-Chine-Iran est fondamentalement investie dans l’intégration eurasienne.

Brzezinski-Grand-échiquier ne peut s’empêcher d’exposer ses absurdités narcissiques habituelles, comme lorsqu’il suggère que les États-Unis aident la Russie à «transiter efficacement» et à devenir un «membre constructif et significatif de la communauté mondiale» – c’est plutôt Moscou qui peut finir par faire exactement cela avec l’Amérique de Trump.

Dans le même temps, il n’est pas étonnant que même Brzezinski raconte maintenant ceci : «L’Amérique est nécessaire pour rassembler une plus grande coalition qui ferait face aux problèmes mondiaux. Et dans cette coalition plus large, l’Amérique, la Chine et la Russie changeante pourraient être prééminentes.»

Dans ce cas, la Russie «changeante» est un nom de code pour décrire une Russie qui serait séduite, apprivoisée et séparée de la Chine. Le contexte clé : le partenariat stratégique entre la Russie et la Chine est essentiellement orienté vers l’Eurasie, en tant que vaste zone commerciale intégrée – mélange de la Route de la soie chinoise (OBOR) et de l’Union économique eurasienne russe.

Brzezinski, représentant et/ou influençant les valeurs néolibérales, préférerait reprendre la devise Diviser pour régner en essayant de séparer la Russie de la Chine – tout en suggérant que Trump ne peut se permettre d’être laissé à l’écart de l’œuvre massive en cours en Eurasie. Il doit y avoir une sorte d’accord.

Restez à l’écoute pour les modalités d’une mise à niveau possible. De Yalta 1945 à… Yalta 2017 ?

Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007), Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009), Empire of Chaos (Nimble Books) et le petit dernier, 2030, traduit en français.

Traduit et édité par jj, relu par nadine pour le Saker Francophone

Article original paru sur SputnikInternational

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