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Les temps changent…

Publié le par Felli Bernard

Les temps changent…


Voici pourquoi la Russie peut espérer de meilleurs moments dans ses relations avec l’Europe


Bhadrakumar

Par M. K. Bhadrakumar – Le 29 novembre 2016 – Source Indian Punchline

La politique européenne est à un point d’inflexion. La marche des événements semble favoriser la Russie, annonçant de bons moments dans un avenir pas trop lointain, pour les liens de la Russie avec l’Europe. Certes, Moscou peut voir avec satisfaction l’issue de la primaire du parti républicain en France de dimanche dernier, qui a vu la nomination de François Fillon comme candidat des conservateurs à l’élection présidentielle de mai.

 

Fillon a un rapport exceptionnellement bon avec le président Vladimir Poutine. Les médias occidentaux le considèrent même comme pro-Poutine. Quand Fillon était premier ministre sous Nicolas Sarkozy de 2007 à 2012, Poutine était son homologue. A part cela, Fillon plaide pour une alliance avec la Russie dans la lutte contre État islamique. Il est aussi enclin à travailler avec le président Bachar al-Assad. Plus important encore, Fillon rejette catégoriquement l’idée que la Russie représente une menace pour l’Europe et il appelle à la levée des sanctions occidentales contre la Russie.

Lors des élections de mai prochain en France, avec les socialistes dans les stands, Fillon sera probablement confronté au second tour avec le chef du Front national d’extrême-droite Marine Le Pen. Alors que Fillon est dans le moule de feu Margaret Thatcher, Le Pen représente la voie de la sécurité anti-immigration et anti-establishment, qui peut être puissante si la tendance populiste, qui balaie l’Europe aujourd’hui, atteint la politique française. Mais, même dans ce cas, Moscou jouit également de bonnes relations avec Le Pen. Elle n’est pas non plus en faveur des sanctions contre la Russie.

Si la France choisit Fillon au moment où Donald Trump s’installe en tant que président américain, les perspectives s’améliorent nettement pour la levée des sanctions occidentales contre la Russie. Cela permettrait un assouplissement global des tensions et la relance des relations bloquées de la Russie avec les pays européens.

De même, les relations germano-américaines entrent dans une période chaotique. Angela Merkel se présente comme le porte-étendard des valeurs démocratiques libérales occidentales. Elle a écrit une lettre extraordinaire à Trump le 9 novembre, au sujet de sa victoire électorale, où elle a noté :

«L’Allemagne et l’Amérique sont unies par des valeurs partagées : la démocratie, la liberté, le respect du droit et de la dignité de chaque individu, sans distinction d’origine, de couleur, de religion, de sexe, d’orientation sexuelle ou d’attitude politique. Sur la base de ces valeurs, je voudrais vous apporter une étroite coopération entre les gouvernements de nos pays.»

Pour la première fois, sans doute, dans les annales des relations germano-américaines d’après-guerre, un chancelier allemand a précisé les termes de son engagement avec un président américain. Merkel est outrée par les remarques scandaleuses de Trump sur sa politique catastrophique et s’attaque aux menaces proférées par ce dernier de réduire l’engagement américain envers l’OTAN, de s’entendre avec la Russie et d’annuler les accords de libre-échange.

Cependant, il reste dix mois jusqu’aux élections en Allemagne et cela fait beaucoup en politique. Pendant ce temps, d’autres tempêtes se préparent aussi dans la politique européenne – en particulier le référendum constitutionnel en Italie début décembre, où l’on pourrait voir une résurgence du syndrome Brexit anti-establishment, entraînant une paralysie politique chez un autre membre important de l’UE et de l’OTAN. En effet, la politique allemande est aussi sensible au phénomène du populisme.

Compte tenu de ces courants croisés et du désordre croissant dans l’UE, tout renforcement supplémentaire des forces de l’OTAN sur les frontières de la Russie semble très improbable. Cela ouvre une chance de voir disparaître un élément majeur de la méfiance stratégique entre les États-Unis et la Russie. De nouveau, Trump place les intérêts nationaux des États-Unis au-dessus de l’exceptionnalisme américain et montre de l’aversion à prêcher des valeurs démocratiques à d’autres pays, ce qui relève aussitôt le niveau de confort des relations russo-américaines, alors que la Russie se prépare à une élection présidentielle cruciale en mars 2018.

Dans l’ensemble, les nouvelles perspectives politiques de la France, ouvertes dimanche dernier, suggèrent que la Russie peut espérer des temps meilleurs dans ses rapports avec l’Occident. Les barricades séparant la Russie de l’Europe qui ont été érigées au cours des deux dernières années de l’administration Obama seront démantelées – progressivement, mais sûrement.

Fondamentalement, ce qui favorise la Russie est la transformation qui se produit dans l’axe germano-américain.

Merkel a joué un rôle central dans la stratégie de Barack Obama envers la Russie. Cet axe s’efface maintenant avec la présidence Trump. Trump symbolise dans la perception allemande «un nouveau mouvement international autoritaire et chauviniste», pour citer le chef du Parti social-démocrate, Sigmar Gabriel, vice-chancelier dans la coalition de Merkel.

Un sondage récent a montré que 86% des Allemands pensent que l’élection de Trump est une mauvaise chose. Un chroniqueur du quotidien allemand Bild a écrit la semaine dernière : «Je ne peux pas imaginer comment Angela Merkel parlera avec Donald Trump […] Elle sait ce qu’il pense des femmes. Elle sait qu’il les attrape par l’entrejambe.»

M.K. Bhadrakumar

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