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“parallèle convergente” LBJ-Hollande

Publié le par Felli Bernard

Dedefensa.org

La “parallèle convergente” LBJ-Hollande
vendredi 2 décembre 2016 00:00

La “parallèle convergente” LBJ-Hollande

Il nous semble absolument justifié de présenter comme un précédent extrêmement significatif à la décision de Hollande ne pas se représenter à la présidence, le cas de la décision similaire du président des USA Lyndon Baines Johnson (LBJ) le 31 mars 1968. Il s’agit dans les deux cas d’un événement exceptionnel dans l’histoire depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale de ce qu’on nommait l’Occident (et nous le bloc-BAO désormais), précisément pour les deux grands pays à direction présidentielle directe et effective (les USA depuis leur création et la France depuis 1958). Il n’y eut, dans la période, aucun autre président US qui décida, proche du terme de son premier mandat, – LBJ n’avait été élu qu’une fois, vice-président devenant président en novembre 1963 du seul fait de l’assassinat de JFK, – de ne pas se représenter. (Il y eut deux présidents d’un premier mandat battus, – Carter et Bush-père, – mais il s’agissait d’une toute autre situation que cette décision affirmée de prendre acte d’une situation politique de crise et de sa propre extrême impopularité. L’équivalent en France des cas Carter et Bush-père se trouve dans les cas de Giscard en 1981 et de Sarko en 2012.) Comme celle de LBJ dans les USA post-1945, la décision de Hollande sera considérée comme un événement politique sans précédent pour la période ; les cas de Mitterrand et de Chirac furent sans aucun lien avec la politique, avec deux hommes incapables de poursuivre à cause de leur âge et de leur état de santé et leur non-représentation pour un troisième mandat n’ayant été pratiquement pas annoncée mais s’imposant par la force de la défaillance irrémédiable des choses humaines.

On a ainsi une mesure officielle et solennelle de la profondeur et de la durabilité de la crise française, comme on l’avait eue avec la démission de Johnson pour la crise des USA. Nous parlons bien de “la profondeur et de la durabilité de la crise” et non de la forme et des circonstances qui  diffèrent évidemment. Johnson prit acte de l’effondrement progressif de sa popularité en même temps que celui de l’engagement au Vietnam, devenu un bourbier sanglant marqué par la “victoire” (US) de l’offensive du Têt du Viêt-Cong (fin janvier-février 1968), qui se révéla complètement comme l’exemple parfait d’une “victoire à la Pyrrhus”, étalant au grand jour toutes les faiblesses, les erreurs et l’impuissance du “vainqueur”. (*)

La démission de Johnson ne constitua en aucune façon le dénouement de la crise, mais au contraire son accélération. Suivirent immédiatement l’assassinat de Martin Luther King (avril 1968) et celui de Robert Kennedy (juin 1968) tandis que les émeutes raciales embrasaient à nouveau les grandes villes US du Nord, sur le terreau fertile d’une contestation grandissante et quasiment incontrôlable contre l’engagement au Vietnam. (Sur la fin de sa vie, King, durcissant sa position, avait directement lié la crise raciale à la crise de la politique belliciste des USA illustrée par le Vietnam, et du système de l’américanisme dans son entier avec l’influence écrasante du complexe-militaro-industriel.) L’agitation populaire, essentiellement contre l’engagement au Vietnam, se poursuivit durant une grande partie du premier mandat de Nixon, jusqu’en 1971-1972, et enchaîna quasi-directement sur les prémisses du scandale du Watergate (été 1972) qu’on doit lier au moins indirectement aux événements des années 1960, aboutissant à la démission de Nixon au milieu de son second mandat, en août 1974. Là encore, la crise n’était pas finie, avec les révélations sur la CIA (1975), la défaite de Ford contre Carter (1976), et, comme dans une sorte de “post-scriptum”, jusqu’à la chute du Shah, la crise pétrolière et la prise des otages de l’ambassade US à Teheran (novembre 1979) illustrant la terrible crise de l’influence des USA dans le monde et entraînant l’échec de Carter de 1980.

Nous disons donc bien, pour le cas de Hollande comme pour celui de LBJ, “la profondeur et la durabilité de la crise” pour la France comme pour les USA, même si dans des conditions générales complètement différente. Le départ de LBJ actait l’échec sanglant d’une politique crisique qui venait de bien avant lui (l’activité belliciste et impérialiste d’une politique-Système avant l’heure, marquée notamment par les interventions illégales de la CIA dans les années 1950 aussi bien que par l’assassinat de Kennedy [JFK en 1963], et implicitement dénoncée par un Eisenhower marquant ainsi sa propre impuissance dans son discours d’adieu du 17 février 1961). Le départ de Hollande acte l’échec d’une politique dont les origines sont à chercher jusqu’aux années 1970-1980, et sont clairement établies depuis le référendum sur la Constitution européenne de mai 2005 dont le résultat fut bafoué immédiatement et violé dans la suite par les présidents qui suivirent, depuis la présidence de Sarko, depuis la complète allégeance de la France à l’UE de Bruxelles et le complet alignement sur une politique générale, américaniste à l’origine et devenue la marque collective de ce que nous nommons le bloc-BAO. Il s’agit ici, dans le cas de Hollande, d’un effet direct de la crise d’effondrement du Système, alors que le décision de LBJ pouvait encore être contenue dans l’illusion d’un épisode crisique de l’américanisme particulièrement corsé et d’une exceptionnelle durabilité, dont Reagan aurait été le réparateur-miracle, – effectivement illusion, comme on l’a vue...

    C’est dire que l’abandon de Hollande peut tout juste être qualifié de “fin du commencement” (le “The End of the Beginning” de Churchill) de la crise française, cette crise n’étant pour son fait qu’un pic durable d’un ensemble crisique, correspondant à un pays d’une sensibilité extrême et prémonitoire, malgré les sornettes et les bassesses de l’“intelligences française” (les élites), aux conditions de la modernité et exprimant de la sorte la Crise Générale de l’effondrement du Système, de la fin de notre contre-civilisation. C’est évidemment une erreur profonde du regard historique de limiter la crise française à la France, et un signe bien significatif du “provincialisme” des élites françaises, élites-Système elles-mêmes en tête, incapables de comprendre les conséquences et les effets de cette globalisation dont la majorité d’entre elles appellent la venue de leurs vœux ardents. La France est en crise non pas parce qu’elle résiste à la globalisation ou s’y adapte mal, mais tout au contraire parce qu’elle est plongée de force, comme on est forcé à la noyade, dans la globalisation. (La globalisation n’est pas quelque chose à quoi l’on s’adapte mais un trou noir, un tourbillon crisique où l’on se dissout après s’y être noyé.)

C’est dire évidemment que l’on ne s’arrêtera pas là. La vigueur de la crise française est notamment marquée, – dans ce cas comme dans tant d’autres, la référence de la communication est imparable, – par l’intérêt grandissant, positif ou négatif c’est selon, que les commentateurs US ne cessent de porter depuis un à deux ans à la situation française. Ils deviennent même excellents dans leur connaissance des paradoxes français, hors des clichés et des lieux communs qui marquaient en général la méconnaissance de la France jusqu’alors ; par exemple, comme dans cet article de Fred Siegel dans City-Journal.org, le 30 novembre, où Marine Le Pen est présentée, après l’arrivée de Fillon, comme devenant « discrètement le candidat de gauche des futures présidentielles » ; avec le début tonitruant de son article, actant le processus d’effondrement de la globalisation (du Système) et la place particulière de la France dont les élites se demandent comment faire “entrer” ce pays dans la globalisation ; ainsi voit-on un commentateur US de la politique courante, dont on approuve ou non l'analyse mais dont on ne peut nier la profondeur, manifester qu’il y a eu une politique française avec sa continuité, dans tous les cas depuis 1840 (avec pourtant l’erreur plaisante et sans conséquence, et déjà vue [de Moscou, cette fois], de situer les présidentielles en les limitant à leur seul premier tour d’avril, en omettant celui, décisif par nature, de mai 2017)  :

« The new political climate generated by breakneck globalization, aggressive political correctness, and elite arrogance is so turbulent that pollsters have repeatedly failed to see what’s coming. They got last year’s Israeli elections wrong. Same with the Colombian referendum on peace negotiations with the narcoguerillas. They missed the boat on Brexit and the American presidential elections. In France, they failed to see that former prime minister François Fillon would win the race to become the conservative party’s candidate in April’s presidential election. A social conservative with liberal economic views, Fillon scrambles our notions of Left and Right. He represents an alignment unseen since the 1840s. »

Il est paradoxal, et bien illustratif des illusions, des ignorances et de l’inversion qu’a représentées l’esprit de la globalisation (l’emploi du temps passé est à peine prémonitoire, la globalisation étant en cours d’effondrement), que les USA découvrent d’une façon documentée et intelligible la situation française au moment où la pseudo-“ouverture” de la globalisation se refermerait, où les USA deviendraient, sinon isolationnistes, dans tous les cas America-First. Au contraire de toutes ces sonnettes et narrative sordides qui ont accompagné la globalisation en marche depuis un demi-siècle et qui parvient au port pour y couler irrémédiablement, comme une sorte de Pearl Habor-1941 ou de Toulon-1942, nous sommes entrés dans une phase où tous les acteurs de cette tragédie-bouffe en train de s’installer enfin dans sa dimension tragique prennent conscience de l’existence des autres. La crise française, dont les présidentielles seront une étape de plus avant d’autres à suivre, est bien un signe que les divers composants du bloc-BAO qui est le moteur de la Grande Crise d’effondrement, aiguisent à une très grande rapidité leur perception de cette Grande Crise où ils sont eux-mêmes plongés. La décision de Hollande, qui n’est rien d’autre qu’une démission de débâcle, en est une marque symbolique d’une très grande force. Ainsi Hollande aura-t-il au moins réussi quelque chose, – à n’être plus, pour un instant, le président-poire qu’il est, et en reconnaissant par conséquent qu’il ne fut jamais un président de la France sauf dans cet instant d’abandon-démission.

 

Mis en ligne le 2 décembre 2016 à 06H54

 
Note

(*) En même temps qu'il annonça son intention de ne pas se représenter, le 31 mars 1968, LBJ annonça la fin des bombardements US sur le Nord-Vietnam et l'ouvertures de négociations de paix USA-Vietnam en mai à Paris. Ces deux décisions complémentaires, l'arrêt des bombardements expliquant l'acceptation des Nord-Vietnamiens de négocier, actaient la conviction de LBJ, acquise en février, qu'il ne contrôlait plus le conflit et que les USA allaient vers une défaite. Il dit plus tard qu'en entendant Walter Cronkite, de la CBS et le plus influent et populaire présentateur de JT aux USA, disant retour d'un voyage au Vietnam en février que les USA ne pourraient pas gagner cette guerre, il réalisa défintivement que la guerre serait perdue ne serait-ce que du fait de l'opposition de la population aux USA.

 

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