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Trump montre les signes d’une détente historique avec la Russie

Publié le par Felli Bernard

Trump montre les signes d’une détente historique avec la Russie


Alors qu’entretemps Obama s’exprime de plus en plus comme John McCain


Bhadrakumar

Par M K Bhadrakumar – Le 24 novembre 2016 – Source Russia Insider

Les premiers signaux définitifs semblent indiquer que les politiques étrangères américaines sont destinées à subir un changement historique sous la présidence de Donald Trump. Russia Today l’a confirmé vendredi en citant une «source proche» (sans mentionner la nationalité). Le média spécule que Trump a nommé le Lt. gen. à la retraite Michael Flynn comme conseiller de sécurité nationale dans l’administration entrante. Fait intéressant, le premier rapport faisant autorité est originaire de Moscou.

 

Le rapport de Russia Today a rendu compte de Flynn d’une façon plutôt amicale, notant sa forte défense d’une détente avec la Russie. Fait intéressant, parmi ceux qui ont appelé Trump hier à son Quartier général de transition, il y a Henry Kissinger.

Pourquoi la nomination de Flynn est-elle si importante ? Tout d’abord, Trump a confiance en lui et Flynn dans son nouveau poste supervisera l’ensemble des services de renseignement américains, le Pentagone et assurera la coordination de la sécurité nationale et des politiques étrangères. C’est une position extrêmement influente, en plus et au-delà du contrôle parlementaire.

Il est donc important de noter que les contacts passés de Flynn avec les responsables du Kremlin – il existe une photo de lui à table lors d’un dîner, assis à côté du président Vladimir Poutine –, ses liens avec Gazprom, le Léviathan du gaz russe, et sa conviction que les États-Unis et la Russie devraient collaborer au lieu de rivaliser, etc., prennent une grande importance.

Trump déstabilise l’establishment de politique étrangère et de sécurité des États-Unis. Il est concevable qu’il utilisera le général dur du Pentagone pour amener les gens de l’establishment à se soumettre à la nouvelle trajectoire de la politique étrangère. Si quelqu’un peut le faire, c’est Flynn.

L’inquiétude croissante est évidente, même au niveau du président Barack Obama. Jeudi, dans un acte audacieux, Obama a donné quelques conseils publics à Trump, à partir d’un podium à l’étranger, en Allemagne, Angela Merkel l’écoutant avec des signes d’approbation, sur l’opportunité du président élu suite à ses rodomontades. Certains extraits sont présentés ici, ne serait-ce que pour mettre en évidence la bataille épique qui se profile sur les politiques étrangères américaines. Obama a déclaré :

«En ce qui concerne la Russie, ma principale approche a été constante depuis mon arrivée au pouvoir. La Russie est un pays important. C’est une superpuissance militaire. Elle a une influence dans la région et dans le monde entier. Et pour que nous puissions résoudre les nombreux problèmes importants dans le monde, il est dans notre intérêt de travailler avec la Russie et d’obtenir sa coopération […] J’ai donc cherché une relation constructive avec la Russie, mais j’ai également été réaliste en reconnaissant qu’il y a des différences significatives dans la façon dont la Russie voit le monde et la nôtre, les Occidentaux.

Et ainsi de suite, sur des questions comme l’Ukraine, la Syrie, nous avons eu des différences très importantes. Et j’espère que le président nouvellement élu adoptera une approche aussi constructive, en trouvant des domaines où nous pourrons coopérer avec la Russie, où nos valeurs et nos intérêts s’alignent, mais j’espère aussi que le président élu sera également prêt à affronter la Russie si elle s’écarte de nos valeurs et des normes internationales.

Je ne m’attends pas à ce que le président élu suive exactement notre plan ou notre approche, mais j’espère qu’il ne prendra pas simplement une approche de realpolitik en suggérant que, si nous nous accordons avec la Russie sur certaines affaires, même si cela fait du mal aux gens, même si cela viole les normes internationales, ou même si cela rend des pays plus petits vulnérables ou crée des problèmes à long terme dans des régions comme la Syrie – nous ne ferions que ce qui est opportun dans le contexte à ce moment-là. Et c’est une chose sur laquelle je pense que nous apprendrons plus lorsque le président élu aura constitué son équipe.»

Obama s’est ensuite lancé dans une tirade contre Poutine, disant qu’il y avait une preuve très claire de son engagement dans une cyberattaque contre les États-Unis et qu’il avait personnellement «livré un message très clair et puissant» au dirigeant russe l’informant que «nous le surveillons attentivement et nous répondrons de façon appropriée si et quand nous verrons cela se produire».

De retour à Washington, ironiquement, le plus fort allié d’Obama, en s’opposant à la détente avec la Russie, n’est autre que le sénateur républicain John McCain. L’aversion viscérale vis-à-vis de la Russie – et de Poutine en particulier – au sein de l’establishment de Washington se dégage de la propre déclaration de McCain au début de la semaine.

Pourquoi une telle crainte morbide ? McCain, bien sûr, est le principal porte-parole du complexe militaro-industriel en Amérique. Beaucoup d’entreprises de fabrication d’armes haut de gamme sont basées en Arizona, l’état que McCain représente au sénat. Le Saker, l’analyste militaire basé aux États-Unis, donne une explication satisfaisante de pourquoi il y a une telle panique à Washington :

«Flynn a des connexions avec Gazprom, il est bien aimé à Moscou, et sera un lien pour les sociétés américaines d’énergie et peut-être quelques co-entreprises dans le développement du gaz et dans l’industrie du pipeline. Plusieurs amis de Trump viennent de l’industrie du gaz et du pétrole […] L’Arctique, la Méditerranée orientale, la mer de Chine méridionale et d’autres grandes zones de développement ont d’énormes nouveaux champs à forer et exploiter.»

L’intérêt principal de la politique étrangère de Trump sera de rendre l’Amérique riche à nouveau. Le développement eurasien a déjà attiré Trump vers le projet chinois de Route de la soie (OBOR) – Une Ceinture, une Route – et vers la banque chinoise d’investissement dans les infrastructures (AIIB). Il est probable que la Nouvelle Route de la Soie dans l’Union économique eurasienne ne se fera pas sans une importante participation américaine.

M.K. Bhadrakumar

Article original paru sur Indian Punchline

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