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1/8 - « L’export est nécessaire pour maintenir l’offre française au plus haut niveau »

Publié le par Felli Bernard

03.01.2017

1/8 - « L’export est nécessaire pour maintenir l’offre française au plus haut niveau »

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Interview de Christophe Sirugue, secrétaire d’État chargé de l’Industrie auprès du ministre de l’Économie et des Finances

Cet automne, en pleine polémique sur la qualité de certains équipements nucléaires, Christophe Sirugue, secrétaire d’État chargé de l’Industrie est monté au créneau rappelant que l’audit réalisé dans l’usine AREVA du Creusot était « une chance » pour la filière. « Parce que nous savons identifier les difficultés, parce que l'entreprise saura les corriger, parce qu'elle saura tirer les enseignements, c'est une chance supplémentaire pour notre capacité à aller chercher des marchés à l'extérieur » avait-il souligné.

Pour l’élu de Saône-et- Loire, la France a fait un choix stratégique, celui d’exporter des réacteurs « haut de gamme » qui se distinguent par leur haut niveau de sûreté. Le secrétaire d’État estime également que la filière nucléaire française peut tirer parti des opportunités présentées par le numérique en améliorer sa compétitivité à l’export tout en garantissant l’excellence industrielle.

L’industrie nucléaire est-elle une filière d’avenir ?

Christophe Sirugue : Oui, l’industrie nucléaire a toute sa place dans le mix énergétique du XXIe siècle : c’est une énergie décarbonnée, compétitive et complémentaire des énergies renouvelables. L’énergie nucléaire n’est en aucun cas une énergie dépassée.

En France, notre mix électrique était excessivement nucléaire et nous avons engagé un mouvement pour abaisser la part d’énergie nucléaire, mais cela ne signifie pas pour autant la fin du nucléaire. Au niveau mondial, en réponse à l’augmentation des besoins en énergie, c’est encore plus vrai. Des pays comme la Chine, l’Inde, la Russie et la Corée du Sud mènent actuellement d’importants programmes nucléaires.

Pour s’ancrer dans le XXIe siècle, l’industrie nucléaire a des défis à relever comme toutes les filières industrielles : accroître sans relâche la sûreté, abaisser les coûts de construction d’un réacteur nucléaire – c’est le chantier engagé par EDF pour l’EPR –, maintenir les compétences à travers la formation continue et l’attractivité de la filière auprès des jeunes.

La filière nucléaire réalise plus de 20 % de son chiffre d’affaires à l’export. Comment l’État accompagne-t-il les grands industriels, les PME et les start-up dans leur développement international ?

CS : L’export est un sujet stratégique pour la filière : il permet aux entreprises françaises de valoriser leur savoir-faire, de développer leur offre technologique et de pérenniser leurs équipes. L’export est nécessaire pour maintenir l’offre française au plus haut niveau.

Mais le nucléaire n’est pas une filière comme les autres : pour permettre l’exportation de biens et de services dans ce domaine, l’État doit s’assurer que les engagements internationaux de la France en matière de sûreté et de non-prolifération sont respectés. C’est pourquoi mes services assurent un contrôle particulier sur les biens dit « à double usage » pour permettre à leur exportation de se faire dans un cadre juridique sécurisé.

Pour soutenir les entreprises françaises à l’international, outre les efforts diplomatiques indispensables pour la conclusion des accords intergouvernementaux nécessaires aux grands projets, l’État intervient fréquemment via la Coface [1] pour améliorer les conditions financières de l’offre française.

Un soutien en fonds propres pour les PME de la filière a également été mis en place depuis 2013 à l’initiative du comité stratégique de filière nucléaire : il s’agit du Fonds de modernisation des entreprises nucléaires (FMEN) [2], qui a pour vocation de consolider les entreprises de l’industrie nucléaire française et de les aider à se positionner sur les marchés à l’export.

Le développement international pose parfois la question des transferts de technologie, quelle est la politique de la France en la matière pour le secteur nucléaire ?

CS : La France maîtrise l’ensemble de la chaîne de valeur de la production nucléaire, et bénéficie d’un savoir-faire et d’une technologie de pointe ayant peu d’équivalents. L’autonomie technologique de l’industrie nucléaire française est un atout reconnu à l’international. Beaucoup de pays, notamment les pays émergents, sont désireux d’acquérir de nouvelles technologies et de développer leurs compétences industrielles. Il est donc fréquent qu’ils demandent un transfert de technologie lors de la conclusion de contrats. Ce n’est pas spécifique au nucléaire et l’étendue de ces transferts de technologie sont déterminés lors des discussions commerciales. Dans le cas spécifique du nucléaire, une attention particulière est portée à ce que le transfert de technologie ne se fasse pas au détriment des intérêts de moyen et long terme de la filière nucléaire française.

La France réalise uniquement des transferts technologiques après vérification d’un usage légitime, conformément aux règles internationales.

 

 

Selon l’Agence internationale de l’Energie (AIE), la capacité nucléaire mondiale est appelée à doubler pour réduire les émissions de CO2 tout en contribuant au développement des pays émergents. Dans un marché en croissance, comment l’industrie française doit-elle se positionner ?

CS : La France a fait le choix d’exporter des réacteurs aux plus hauts niveaux de sûreté quitte à ce qu’ils soient plus chers. L’offre française à l’export est aujourd’hui constituée de l’EPR, réacteur de grande puissance, et de l’Atmea1, modèle de moyenne puissance issue de la collaboration entre AREVA NP et Mitsubishi Heavy Industries (MHI). AREVA est également le leader mondial du cycle du combustible, et la seule entreprise à maitriser totalement le recyclage des déchets nucléaires grâce à l’usine de la Hague.

Dans le cadre de la refondation de la filière nucléaire française, des discussions sont en cours pour nouer des partenariats avec des acteurs étrangers en contrepartie d’une participation minoritaire dans AREVA et AREVA NP. Il doit s’agir d’un partenariat gagnant-gagnant qui favorise notamment l’accès aux grands marchés mondiaux.

A terme, comment l’industrie nucléaire peut–elle se différencier et garder un coup d’avance par rapport à ses concurrents russes, coréens, américains, chinois ?

CS : Tout d’abord les réacteurs français se distinguent par leur haut niveau de sureté. C’est un choix stratégique qui ne sera pas remis en question et qui est l’analogue d’un positionnement « haut de gamme » dans des industries plus traditionnelles.

L’axe d’innovation principal des années à venir consiste à rendre l’EPR plus compétitif, en réduisant à la fois le coût et le délai de construction. C’est l’objectif que se fixe EDF à travers le projet d’ « EPR nouveau modèle ». Il s’agit d’un enjeu fondamental pour le développement de la filière afin de rester compétitif par rapport aux autres offres nucléaires des pays concurrents.

Enfin, l’industrie nucléaire française vend beaucoup d’équipements pour des centrales de conception étrangère : c’est un atout économique qui apporte également une expertise technique importante à nos entreprises.

La filière nucléaire se réinvente et s’engage aujourd’hui dans l’Industrie du Futur : en quoi est-ce un atout à l’export ?

CS : L’Industrie du Futur vise à moderniser l’outil industriel français et à lui permettre de tirer parti des opportunités présentées par le numérique. C’est une formidable opportunité pour développer la compétitivité de l’industrie nucléaire française dans un contexte de mondialisation, et pour abaisser les coûts tout en garantissant l’excellence industrielle.

Dans le cadre de l’Industrie du Futur, l’Etat a lancé l’action « Projets industriels d’avenir » (PIAVE) [3], permettant aux projets industriels les plus porteurs de perspectives d’activité et d’emploi de trouver un appui à leur développement. Le soutien apporté par l’Etat se fait sous formes d’aides d’Etat constituées de façon mixte de subventions et d’avances récupérables. Cette aide s’adresse à toutes les entreprises et aux acteurs de la recherche, y compris dans le secteur du nucléaire.

1.

Coface (Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur) est une société d’assurance-crédit dont la mission est de protéger les entreprises d’éventuels impayés de la part d’autres sociétés clientes. Créée en 1946 et privatisée en 1994, la Coface est cotée en bourse au marché réglementé d’Euronext Paris.

2.

En 2013, le gouvernement a annoncé la création du Fonds pour la modernisation des entreprises nucléaires. Doté de 133 millions d’euros, il sera alimenté par le Fonds stratégique d’investissement (FSI) et les grandes entreprises du secteur : EDF, AREVA, Alstom, Bouygues, Vinci…

3.

L’action « Projets industriels d’avenir » (PIAVE) s’adresse en particulier aux projets qui s’inscrivent dans la démarche des 34 plans de la Nouvelle France industrielle. Elle permettra ainsi aux projets industriels les plus porteurs de perspectives d’activité et d’emploi pour les filières industrielles françaises, ainsi qu'aux projets qui oeuvrent directement en faveur de la transition écologique et énergétique, de trouver un appui à leur développement.

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