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D'un excès, l'autre

Publié le par Felli Bernard

["Vauban Editions"]

 
 
 
 
 D'un excès, l'autre
 
Madame, Monsieur,
Chère amie, cher ami,
 
Ici l'on n'est pas partisan.
 
J'ai écrit récemment 2 lettres : l'une tapant sur la course à l'échalote de l'entreprise de VTC Uber qui poursuit une stratégie de développement agressive du type "winner takes all" et l'autre sur les risques d'une trop forte dépendance au gaz russe.
 
Ces 2 lettres ont suscité de nombreuses réactions. J'ai reçu des centaines de messages de lecteurs étonnés, en colère, voire injurieux :
 
  • Über : c'est tout de même mieux que les taxis... pourquoi défendez vous ainsi les taxis ?
  • La Russie, ce n'est pas pire que les États-Unis... vous êtes donc atlantiste et vendu au grand capital prédateur.

MERCI chers lecteurs pour vos nombreux messages — je vous rappelle que je les lis tous et qu'ils 'aident grandement dans mon travail mais ne peux malheureusement y répondre que trop rarement tant cela me demande de temps.
 
Il est vrai que je n'ai pas pensé de préciser au moment d'écrire sur Uber que je ne roulais pas plus pour les taxis.
 
Les 2 tentations monopolistiques me déplaisent également. Uber n'aurait jamais percé aussi vite et aussi fort s'ils n'avaient attaqué un marché aussi décati que celui des taxis.
 
Les fondateurs d'Uber ont eu l'idée de l'entreprise lors d'un voyage à Paris où ils furent absolument excédés par la difficulté de trouver un taxi et les manières archaïques de certains chauffeurs qui baladaient ces touristes américains pour faire tourner le compteur et leur ajoutaient des suppléments pour les bagages, le 3e passager etc...
 
Si certains taxis parisiens n'étaient si pénibles, Uber n'aurait sans doute jamais vu le jour.
 
Dans les 2 cas, plutôt que de chercher la réussite par la qualité de leur travail et l'amélioration permanente de leurs services, les fédérations de taxi et Uber préfèrent empêcher la réussite des autres par des approches monopolistiques, dans un cas par voie règlementaire, dans l'autre à coup de gros billets et de pertes colossales.
 
Bien sûr, c'est plus facile et surtout encouragé par des pouvoirs publiques qui se sont fait une spécialité de développer un capitalisme de connivence mortifère plutôt que le service de leurs administrés.
 
Ces pratiques publiques créent l'appel d'air et vous connaissez aussi bien que moi l'argument de ceux qui s'engouffrent dans les brèches : si cela n'avait été moi, quelqu'un d'autre aurait pris la place et m'aurait mis au chômage.
 
Finalement, c'est la guerre de tranchée. Chacun à ses arguments, ses qualités et ses torts tandis que sans ces monopoles, sans doute aurions-nous eu le meilleur des 2 mondes. Un bon emploi pour les chauffeurs ainsi qu'un bon service pour les clients. C'était le sens de ma lettre. 
 
De même pour le gaz russe, je n'ai pas pensé que l'on me reprocherait d'être pro-américain... Mais là encore on m'a soupçonné d'être à la solde de l'oncle Sam qui cherche des débouchés pour ses gaz de schistes, quitte à aller faire de la déstabilisation active en Ukraine pour perturber les livraisons du concurrent russe. Cette ingérence américaine me déplaît également, surtout dans la mesure où elle ravive la plaie que l'on espérait refermée de l'ancien rideau de fer.
 
Sans doute avez-vous raison chers lecteurs et la plupart des articles et analyses que nous pouvons lire dans la presse grand public aussi bien que sur de nombreux blogs spécialisés sont devenus des outils de désinformation et de lobbying massifs plutôt que le résultat d'un travail honnête de recherche et d'analyse à votre service. Votre suspicion vous honore et je ne peux que vous encourager à continuer à lire cette lettre régulièrement pour vous faire votre idée par vous-même de mon travail. Mais je ne vous ferai pas l'affront de jurer de ma vertu main sur le cœur, croix de bois, croix de fer, si je meure je vais en enfer... Je crois en la preuve par l'exemple.
 
Mon industrie n'est pas plus reluisante que celle du transport de personnes et les médias préfèrent eux aussi servir un investisseur aux poches profondes plutôt qu'un lecteur qui de toute manière n'y comprend rien. C'est un pacte avec le diable. Il y a des exceptions bien sûr et elles se font de plus en plus nombreuses au fur et à mesure que les acteurs traditionnels oublient de s'occuper de leurs lecteurs convenablement.
 
Aussi n'hésitons pas à secouer un peu le cocotier.
 
Je vous parlerai demain de la mémoire en économie. C'est un sujet ignoré des approches actuelles et pourtant crucial pour comprendre l'époque dans laquelle nous vivons ainsi que les effets réels de ces mouvements de balanciers que l'on peut observer aussi bien dans l'évolution des taxis que de notre approvisionnement en énergie. 
 
Je vous souhaite une belle journée
 
 
À votre bonne fortune,
 
 
Olivier Perrin,
Le vaillant petit économiste

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