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L’abandon du régalien et la lente décomposition française

Publié le par Felli Bernard

L’abandon du régalien et la lente décomposition française

Ah, que cela fait du bien de savoir que cette France ne va pas si mal, au fond. Regardez, cette année encore, nos politiciens et nos forces de l’ordre ont su contenir avec brio les petits boute-en-trains qui allument des barbecues festifs avec les voitures du voisinage. C’est même Bruno le Roux, l’improbable ministre de l’Intérieur, qui nous le ment avec application. C’est donc que cela est vrai, n’est-ce pas ?

D’ailleurs, tout est contenu. On est passé de 602 « départs de feu » en 2015 à seulement 650 cette année. C’est une augmentation si modeste qu’on peut l’oublier. Presque. Après une rapide enquête, il faut plutôt retenir le nombre de 945 voitures brûlées pendant la nuit de la Saint-Sylvestre, ce qui marque une belle augmentation depuis 2013. Zut.

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Il semblerait qu’en France, il y ait régulièrement quelques soucis à faire respect l’ordre, la loi et de façon plus générale, la conception la plus simple et basique de la sécurité. Pour un État qui se gargarise de sa puissance et qui ne renonce à aucune intervention, et alors que nous sommes en plein état d’urgence, faillir à sa mission régalienne essentielle laisse un peu à désirer.

Notons que la situation n’est pas nouvelle. Notons que ce ne sont pas les dernières décisions de Hollande en matière de justice qui provoquent ces problèmes, et qu’ils ont émaillé les présidences précédentes. C’est bel et bien une tendance de fond.

Tout comme celle qui veut que certains quartiers pudiques pardon sensibles soient maintenant des zones où plus aucun service public ne peut s’opérer sans risquer l’émeute. Plus de police, bien sûr, mais aussi plus de pompiers, d’ambulances, plus de poste, de commerces ou… de transports en commun qui évitent soigneusement ces endroits que la morale socialiste réprouve en les oubliant aussi vite pour éviter d’avoir à les gérer.

C’est ainsi que, pendant la Saint-Sylvestre, certains quartiers de Sevran (vous savez, la ville mise en faillite avec application par Stéphane Gatignon), du Blanc-Mesnil, de La Courneuve ou de Pantin n’ont pas été desservis par les bus de la RATP « par mesure de prévention », indique la prudente régie dont les déficits récurrents ne lui permettent pas trop d’acheter des bus neufs à chaque nouvelle année pour ces « zones émotives sensibles ».

Pour la Socialie, il s’agit d’une mesure de bon sens : par là, des gens brûlent des bus ? Arrêtons des les y faire passer, pardi !

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Pour l’observateur lucide normal, il s’agit d’un énième renoncement en rase campagne des autorités qu’on paye manifestement bien trop grassement pour assurer une sécurité devenue factuellement inexistante. C’est encore un pas de plus vers l’abandon de bouts de territoires français sur lesquels on a déjà, petit à petit, vogué de lâchetés en renoncements et en compromissions.

Comme dans une myriade d’autres cas tous aussi déplorables les uns que les autres, on choisit donc encore une fois de taire le problème dans les médias (qui n’osent plus demander ce que font policiers, juges et politiciens dans cette affaire), de le contourner dans la pratique, et ainsi de le laisser prospérer et grossir dans son coin. Tant que le bourgeois votant n’est pas directement impacté (et encore, tant qu’il vote comme il faut), ces problèmes n’en sont décidément pas des vrais.

Malheureusement, de temps en temps, cette étonnante non-gestion des problèmes progressivement plus aigus, à force de pourrir la vie des citoyens honnêtes, finit par coûter la vie à quelques uns d’entre eux. Je me contenterai d’un fait divers sordide et récent, celui du « tueur de la Drôme », le cas consternant d’un récent libéré de prison, instable sur le plan psychiatrique, dont le parcours l’amènera à attaquer plusieurs personnes et en tuer quatre.

Ce n’est bien sûr qu’un fait divers sordide, et il serait idiot d’en conclure que la France est maintenant parcourue partout par de tels olibrius dangereux. Mais malheureusement, ce « simple » fait divers illustre parfaitement ces petits renoncements, ces lâchetés, ces abandons de la force publique face à ce qui va devenir un gros problème avec des morts à la clés.

Incarcéré pour trafic de stupéfiants, le jeune homme est libéré en septembre dernier. Il décide de quitter le foyer familial et se retrouve dans un TGV de la ligne Marseille-Paris. Sans billet, il est banalement débarqué à Avignon. Cela ne l’empêche pas de prendre un autre train (ouf ! Même en état d’urgence, il reste toujours aussi simple de monter dans un train en France), d’y déclencher une altercation (banale) avec des passagers au point d’en forcer l’arrêt à Valence.

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Il en sera débarqué vers 22H et récupéré par les gendarmes locaux, qui ne voient en l’espèce qu’une scène banale. Faire arrêter un train, à 22H, et ainsi générer du retard (20 minutes) pour plusieurs milliers de personnes (ce train-là et les suivants), c’est, apparemment, une aventure banale qui ne déclenchera aucune sanction. L’altercation n’était vraisemblablement pas assez violente, et personne n’a porté plainte. Tout ceci est banal. Et puis, les gendarmes ignorent tout du passé (banalement violent) du voyageur sans billet, ignorent aussi qu’il a déjà été expulsé d’un précédent train.

L’homme, déclarant avoir des problèmes de santé et nécessitant un traitement, sera banalement amené par les pompiers aux urgences de Valence, qui ne resteront pas pour s’assurer qu’il est bien vu par une équipe soignante. Il y restera deux heures, mais sur place, personne ne sait banalement s’il a été vu par un médecin. En tout cas, il est parti en volant (banalement) un vélo. Ensuite, notre « pas vraiment fuyard » ira tuer trois personnes à leur domicile (une intrusion, chez soi, un soir de Noël, c’est banal) et une quatrième ailleurs. Enfin, les forces de police ont fini par l’attraper, dans le calme et une piscine de banalité, à la gare TGV d’Avignon le lendemain.

Rassurez-vous : tout comme dans les quartiers impressionnables sensibles, personne n’est, réellement, responsable et on ne pourra reprocher à personne, nulle part, d’avoir failli. Sur le plan du droit, personne n’a fauté. Tout s’est déroulé de façon convenue, calme presque : chacun fut laissé, banalement, à sa non responsabilité de n’avoir très correctement rien fait avec application. Tout comme pour l’absence de réaction rapide devant les Jean du Voyage qui s’excitent sur la voie publique en détruisant des voitures, tout comme chaque agression du quotidien, dont plus personne n’a rien à foutre (que ce soit pour des manants, comme à Lille il y a quelques années, ou pour des députés, offusqués que leur petite importance ne leur ouvre pas plus de droit à la promptitude des forces de l’ordre), tout comme pour tant d’autres affaires, la société française a choisi une voie, très claire : seul l’État sait quand agir, il n’agira que lorsqu’il le jugera bon (et encore) et rien, absolument rien ne pourra passer par le contrôle social, la responsabilisation des citoyens ou leur auto-défense naturelle qui seront durement réprimés.

La défense ne saura jamais être celle du citoyen pour lui-même, mais exclusivement celle des forces désignées pour tout le monde. Et tant pis si ça foire. Le contrôle social naturel, celui qui s’impose dans les sociétés policées, n’existe plus. Il est remplacé par la bonne parole d’un seul canal, les médias officiels, qui désignent par la force des choses ce qui se fait, se dit et se pense.

Le social, de nos jours, ce n’est surtout pas autre chose que l’État.

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