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La Syrie après le dernier cessez-le-feu 3/3

Publié le par Felli Bernard

La Syrie après le dernier cessez-le-feu 3/3


Première partie : la Tripartite est-elle vraiment sur le point de dépecer la Syrie ?

Deuxième partie : les munitions diplomatiques syriennes entrent dans la lutte politique d’Astana.

Syria After The Latest CeasefireIl est conseillé de lire les deux premières parties afin de comprendre le contexte et les prévisions analytiques relatives à la Syrie.

Cet article est une revue sommaire des deux articles précédents et doit donc être traité comme une source de référence.


L’article de Reuters est rempli d’informations spéculatives non confirmées, dont certaines ou toutes pourraient ne pas être vraies, mais c’est une manière provocante d’ébaucher une analyse des prochains pourparlers de paix d’Astana.

Il y a sans aucun doute des forces au sein de la Tripartite qui croient vraiment que la fédéralisation – partition interne – de la Syrie, et un changement de régime en douceur contre le président Assad, sont dans l’intérêt à long terme de la Syrie, peu importe à quel point cela ne s’accorde pas avec l’opinion de l’auteur ni avec celle du gouvernement syrien lui-même.

Cette réalité incommode doit être traitée tôt ou tard, et alors que l’article pourrait vraiment n’être qu’une arme de désinformation massive, il donne, par inadvertance, l’occasion d’analyser longuement cette question.

Tout d’abord, toute discussion sur une transition politique ne doit pas signifier ce que les médias traditionnels en disent, dans la mesure où la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU n° 2254 de 2015, qui guide l’ensemble du processus, prévoit essentiellement qu’une nouvelle constitution et des élections sont nécessaires et ne dicte rien sur la fédéralisation ou sur le sort du président Assad.

Cela signifie que, à moins que des concessions ne soient faites pendant les pourparlers d’Astana ou les négociations qui suivront, son avenir politique [d’Assad] repose entre les mains des Syriens eux-mêmes, comme il se doit. De même, la question de la fédéralisation – comme le président Assad l’a déjà dit – devrait se faire en relation avec la nécessité d’un référendum constitutionnel, quoi qu’il en soit.

Alors que Reuters cite des sources anonymes pour bâtir le récit selon lequel les diplomates russes et turcs pensent différemment sur ces questions – ce qui les met en conflit avec leurs pairs iraniens –, rien ne prouve que ce soit vrai vu de Moscou. Bien qu’évidemment Ankara a déclaré publiquement qu’il veut la mise à l’écart du président Assad – ceci n’étant peut-être pas sa vraie position, mais plutôt une posture qui lui sauve la face –, et qu’il s’oppose totalement à la mise en place d’un mini-état kurde fédéralisé. Dans le scénario peu probable [de Reuters] où la Russie et la Turquie seraient sérieuses au sujet de ces deux demandes, la Syrie a quelques atouts dans sa manche qu’elle pourrait utiliser pour réduire les efforts de lobbying de ces deux États et leur faire comprendre pourquoi ils ne sont à l’avantage global de personne.

En soulignant le point préalablement convenu que l’avenir de la Syrie doit être démocratique, Damas peut toujours soulever la possibilité que ces initiatives controversées devraient être votées lors d’un ou plusieurs référendums nationaux, dont on attend fortement qu’ils renforcent la position du gouvernement. Ce n’est que logique, car l’Armée arabe syrienne est en train de gagner la guerre et a derrière elle la force du peuple, mais en raison d’un manque de volonté politique de la Russie et l’Iran, elle est incapable de finir le travail en libérant militairement chaque pouce du pays et doit donc recourir à des moyens politiques pour régler le conflit, d’où le maquignonnage et les compromis qui devraient se produire à Astana et au-delà.

Puisqu’il est impossible, dans les circonstances actuelles, que Damas fasse valoir chacune, et toutes, de ses chères positions auprès des rebelles modérés de l’opposition, elle doit finalement concéder au moins quelque chose de symbolique, et là réside la pertinence de l’autonomie municipale qui pourrait satisfaire cette exigence et aider à faire progresser les pourparlers jusqu’à leur phase finale.

Au lieu de faire face au risque de voir la Syrie s’effondrer de manière incontrôlable dans une collection de mini-états identitaires quasi indépendants et régis par des milices et des seigneurs de la guerre fédéraux, l’avenir de la République arabe serait beaucoup plus stable et prévisible.

L’autonomie municipale est exactement ce qu’elle signifie, sauf qu’elle ne s’appliquera qu’aux capitales provinciales en leur accordant plus de responsabilités législatives et financières locales avec une surveillance centrale plus légère. Bien sûr, l’orientation que cela prendra dépend totalement des résultats des élections municipales régulières, qui, en principe, serviront de système de contrôle et d’équilibre contre les abus de cet arrangement. Même dans le cas improbable où une faille ou une autre est exploitée dans le cadre proposé, les conséquences ne seraient pas trop catastrophiques, car elles seraient contenues dans les limites municipales des capitales provinciales et non pas dans les villages voisins. Les forces de police locales de ces villes ne seraient jamais en position de contester sérieusement l’Armée arabe syrienne.

Cette proposition va donc très loin pour atténuer le danger qu’une guerre civile réelle puisse survenir après la fin du présent conflit. Elle empêche également l’effondrement du pays dans une sorte de fédéralisation – partition interne.

En outre, elle est suffisamment symbolique d’une concession pour satisfaire les demandes de certains rebelles modérés de l’opposition et apaiser les efforts du soi-disant lobbying, dans lequel s’engageraient, selon Reuters, la Russie et la Turquie.

L’autonomie municipale, ainsi que le sort du président Assad, seraient également soumis à un référendum national afin que chaque décision importante soit en fin de compte le reflet de la volonté du peuple syrien. Si des diplomates russes mal intentionnés et des Turcs également mal intentionnés s’obstinent et continuent leurs efforts acharnés de lobbying, la Syrie pourrait jouer la carte iranienne en faisant appel aux grands intérêts stratégiques de Téhéran afin que ce dernier les calme diplomatiquement et les amène à plus de sobriété.

Pour résumer le tout, alors que le rapport Reuters est probablement rempli d’un tas de désinformation, il fournit une bonne opportunité pour explorer certaines possibilités plutôt dérangeantes et faire réfléchir de façon réaliste et pragmatique aux solutions que la Syrie pourrait mettre en œuvre dans le cas où les scénarios diplomatiques aboutiraient, par surprise, au pire .

Post-scriptum : 

L'auteur est un partisan convaincu de la nécessité d'une République arabe syrienne unie. Il estime que le président Assad, en tant que président démocratiquement élu et légitime dans son pays, devrait rester au pouvoir, et voir son avenir déterminé seulement par la volonté du peuple syrien lui-même.

Cette série de trois articles est écrite en réponse à l'article de Reuters, afin de traiter de façon constructive les pires scénarios, bien que l'auteur ne pense pas qu'ils soient probables et donne peu de crédit aux spéculations sauvages de son article.
Article précédent 

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik.

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