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LE MONDE HOLLYWOODIEN DE BARACK OBAMA : YES, WE CAN’T !

Publié le par Felli Bernard

LE MONDE HOLLYWOODIEN DE BARACK OBAMA : YES, WE CAN’T !

« Les États-Unis sont un pays où il y a trente-deux religions, il n’y a qu’un seul plat et il est mauvais » (Talleyrand). Le moins que l’on puisse dire est que le bilan de deux mandats de Barack Obama dans les domaines de la politique étrangère et de la diplomatie (2009-2016) laisse un goût amer au sens propre et figuré du terme au moment où il passe le relais à Donald Trump, stigmatisé pour son inexpérience et son imprévisibilité.

La superbe du président de l’hyperpuissance, donneur de leçons de 2009, fait place à un sentiment d’impuissance d’un président affaibli, d’une Amérique déclinante1, d’un monde dans lequel les cartes sont rebattues, et plus spécialement au Proche et au Moyen-Orient, en cette fin d’année 20162. La voix de l’Amérique est moins entendue que dans le passé. Pire encore, le nouveau président philippin traite son homologue américain de « fils de pute » et se jette ostensiblement dans les bras de Pékin. Inimaginable !

Comment en est-on arrivé là ? Comment celui qui était présenté urbi et orbi comme une sorte de « diplomator » (surnom du conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, Jean-David Levitte) à même de régler définitivement les crises laissées en héritage par George W. Bush, s’est-il transformé, volontairement ou involontairement, en fauteur universel de troubles ? Comment ces guerres du « Grand Moyen-Orient », comme disent les Américains, celles d’Afghanistan, de Syrie, d’Irak, elles aussi, semblent ne jamais se terminer alors qu’elles devaient être courtes et décisives ?3 Il faut savoir tirer les leçons de ses erreurs, de ses bévues, de ses fautes et, a minima, ne pas s’en glorifier.

Or, les Américains sont indécrottables tant ils sont par habités, rongés par l’omnipotence de leur hubris. Entre rupture et continuité, l’action extérieure de Barack Obama aligne une quantité impressionnante d’échecs que ne parvient pas à effacer une poignée de succès.

ENTRE RUPTURE ET CONTINUITÉ : LA PROMESSE DE L’AUBE

Si Barack Obama se situe dans une démarche de rupture par rapport à la politique étrangère catastrophique de George W. Bush, il n’en demeure pas moins que sa démarche demeure contrainte par de fortes données de continuité4.

Une démarche de rupture : du passé faisons table rase

De la théorie abstraite… Comme souvent après une alternance politique, le nouvel élu inscrit sa politique dans une démarche de rupture par rapport à son prédécesseur. Barack Obama ne déroge pas à la tradition (c’est également le cas pour Donald Trump5). Premier noir (afro-américain pour reprendre le terme politiquement correct) à accéder à la magistrature suprême, il bénéficie d’une côte de popularité sans précédent. Il est le chouchou de la médiasphère qui le compare à John Fitzgerald Kennedy. Avant même sa prise de serment sur la Bible, tel Moïse, Barack Hussein Obama marche sur les eaux. Les commentateurs font assaut de superlatifs pour qualifier le nouveau Messie. Jeune, beau, intelligent, dynamique, sportif, flegmatique – en un mot le gendre idéal -, il se débarrassera en un tournemain des nombreux cadavres (Afghanistan, Irak et autres Guantanamo) que lui a laissés George W. Bush dans les placards de la Maison Blanche6. Avant même qu’il ait pu démontrer ses innombrables talents, fait rarissime dans l’Histoire, il est récompensé par le prix Nobel de la paix 2009 « pour ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les peuples ».

à la pratique déclaratoire. Les mots ne manquent pas dans la bouche du nouveau porteur de la « destinée manifeste » du peuple élu pour imprimer sa marque sur le cours des choses. Les discours se succèdent, se ressemblent. L’Amérique a changé. Mais en fait, elle est pire qu’avant. Revenons aux grandes envolées lyriques de Barack Obama ! Avec la Russie, un nouvel élan aux relations bilatérales nous est annoncé. Il s’agit du « reset », du style nous repartons sur de nouvelles bases plus saines. Avec le monde arabe, les choses vont changer, proclame-t-il lors de son fameux discours du Caire du 4 juin 2009 dans lequel il plaide pour un « nouveau départ fondé sur l’intérêt partagé et le respect mutuel ». Pour ce qui est de la guerre et de la paix, il laisse entrevoir l’avènement d’un monde dénucléarisé, le graal des pacifistes de tout poil dans son discours de Prague du 5avril 2009. Désormais, il entend faire « pivoter » le regard et l’intérêt de l’Amérique du vieux continent européen et de la pétaudière du Proche et Moyen-Orient vers l’Asie, continent en pleine expansion, plus porteur pour l’économie américaine. Sans parler de l’annonce de fermer la prison de Guantanamo avant janvier 2010. La liturgie (le « prédicat ») bat son plein et les gogos y croient dur comme fer.

Une contrainte de continuité : il faut que tout change pour que rien ne change

De la force des choses… Mais il y a un revers à la médaille ! C’est l’inertie de l’Amérique et du monde qui l’entoure. Il ne suffit pas d’une baguette magique et d’un peu de poudre de perlimpinpin pour transformer le monde du XXe siècle en monde du XXIe siècle. Homme lettré s’il en est, Barack Obama passe malencontreusement par profits et pertes la célèbre réplique : « il faut que tout change pour que rien ne change » de Tancrède (Alain Delon) dans l’adaptation cinématographique de Lucchino Visconti du roman de Guiseppe Tomasi de Lampedusa, le Guépard. Le cap de l’imposant paquebot Amérique ne se modifie pas d’un simple coup de barre comme un frêle esquif. Il est toujours la résultante de forces contradictoires. Tout d’abord, Barack Obama vit en cohabitation avec le Capitole, compliquant sa tâche. Ensuite, il est soumis aux pressions des multiples lobbies qui sont actifs sur les bords du Potomac (armements, pétrole, pharmaceutiques, OGM…) et qui financent abondamment les dispendieuses campagnes présidentielles. Ils ne s’en laissent pas compter, exigeant les dividendes de leurs bonnes actions. Ils se rappellent à l’occasion au bon souvenir de l’heureux élu qui viendrait à les oublier. En réalité, le président américain n’est pas un homme libre mais un homme sous contrôle dont les marges de manœuvres sont des plus limitées.

à la faiblesse des idées. La célèbre formule de campagne électorale de Barack Obama, « Yes, we can » s’avère être un minable slogan publicitaire sans le moindre contenu géopolitique, stratégique qui inspirera en 2012 celle d’un autre illusionniste de haut vol, François Hollande avec son mantra : « le changement, c’est maintenant ». Dans les deux cas, c’est le poids des mots et le choc du vide intellectuel. Or, pour affronter presque coup sur coup, une crise économique gravissime et les « révolutions arabes », c’est un peu court. C’est tout simplement très léger. Comment peser durablement sur les débats avec de simples bons mots de « spin doctors » ? Comment créer un climat de confiance avec la Russie en humiliant son peuple et en imposant l’OTAN dans son « étranger proche » ? Barack Obama aurait gagné à méditer cette remarque de John Le Carré : « quand le monde sera détruit, ce ne sera pas par des fous, mais par des sages experts et par l’ignorance incommensurable des bureaucrates »7. Par ailleurs, quand on connait le poids de la bureaucratie à Washington, plus prompte à faire valoir un point de vue dans la jungle inter-agences qu’à se battre pour des idées réalistes, on ne peut s’étonner de son inefficacité exaspérante. Parfois, Département d’État, Pentagone, CIA conduisent des politiques contradictoires. C’est dans les détails que l’application de leurs belles théories déconnectées du monde réel fait des ravages. Enfin, on ne peut pas dire que Barack Obama ait été gâté par ses deux secrétaires d’état successifs (Hillary Clinton puis John Kerry), ni chevronnés, ni fins diplomates. Ils sont dépassés intellectuellement, tactiquement par leur homologue russe, Sergueï Lavrov.

Malheureusement, et surtout dans la sphère internationale, il y a toujours loin de la coupe aux lèvres. Barack Obama en fait l’amère expérience après ses huit années passées à la Maison Blanche.

ENTRE SUCCÈS ET ECHECS : LA GRANDE ILLUSION

Un bilan international, quel que soit peu objectif, ne peut faire l’impasse sur les succès enregistrés par Barack Obama durant sa présidence à la tête du pays. Toutefois, il est éclipsé par de nombreux échecs.

Quelques succès limités… : de Téhéran à La Havane en passant par Abbottabad

Dans tout bilan, il existe quelques succès qui méritent d’être soulignés pour tendre au maximum d’objectivité si tant est que cela soit humainement possible. Deux décisions majeures marquent, d’un point de vue historique, la présidence de Barack Obama tant elles constituent une rupture majeure avec le passé.

La normalisation des relations avec Cuba. Qui aurait imaginé l’impensable au début du mandat de Barack Obama en 2009 : reprendre des relations normales avec l’ennemi cubain ? Or, c’est bien ce qui se passe en 2014 à l’issue d’une longue et délicate médiation conduite par les émissaires du Saint-Siège, épaulés par leurs homologues canadiens8. Cette rupture importante est à mettre au crédit du président américain. Elle est loin d’être négligeable.

La normalisation des relations avec l’Iran. Une fois de plus, l’impensable se produit en raison de la volonté personnelle de Barack Obama. L’affaire se noue en deux temps autour de la négociation sur le programme nucléaire iranien : accord de principe à la fin de l’année 20139 et accord final en juillet 2015. Là encore, nous sommes en présence d’un petit bijou de diplomatie auquel l’Union européenne prend, pour une fois, sa part. Il est à mettre au crédit d’un certain volontarisme du président américain et de son secrétaire d’État, John Kerry.

Guillaume Berlat
16 janvier 2017

1 Richard Labévière : Terrorisme, face cachée de la mondialisation. Editions Pierre-Guillaume de roux, novembre 2016.
2 Richard Labévière : Les Dollars de la terreur. Editions Grasset, 1998.

« Les États-Unis sont un pays où il y a trente-deux religions, il n’y a qu’un seul plat et il est mauvais » (Talleyrand). Le moins que l’on puisse dire est que le bilan de deux mandats de Barack Obama dans les domaines de la politique étrangère et de la diplomatie (2009-2016) laisse un goût amer au sens propre et figuré du terme au moment où il passe le relais à Donald Trump, stigmatisé pour son inexpérience et son imprévisibilité.

La superbe du président de l’hyperpuissance, donneur de leçons de 2009, fait place à un sentiment d’impuissance d’un président affaibli, d’une Amérique déclinante1, d’un monde dans lequel les cartes sont rebattues, et plus spécialement au Proche et au Moyen-Orient, en cette fin d’année 20162. La voix de l’Amérique est moins entendue que dans le passé. Pire encore, le nouveau président philippin traite son homologue américain de « fils de pute » et se jette ostensiblement dans les bras de Pékin. Inimaginable !

Comment en est-on arrivé là ? Comment celui qui était présenté urbi et orbi comme une sorte de « diplomator » (surnom du conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, Jean-David Levitte) à même de régler définitivement les crises laissées en héritage par George W. Bush, s’est-il transformé, volontairement ou involontairement, en fauteur universel de troubles ? Comment ces guerres du « Grand Moyen-Orient », comme disent les Américains, celles d’Afghanistan, de Syrie, d’Irak, elles aussi, semblent ne jamais se terminer alors qu’elles devaient être courtes et décisives ?3 Il faut savoir tirer les leçons de ses erreurs, de ses bévues, de ses fautes et, a minima, ne pas s’en glorifier.

Or, les Américains sont indécrottables tant ils sont par habités, rongés par l’omnipotence de leur hubris. Entre rupture et continuité, l’action extérieure de Barack Obama aligne une quantité impressionnante d’échecs que ne parvient pas à effacer une poignée de succès.

ENTRE RUPTURE ET CONTINUITÉ : LA PROMESSE DE L’AUBE

Si Barack Obama se situe dans une démarche de rupture par rapport à la politique étrangère catastrophique de George W. Bush, il n’en demeure pas moins que sa démarche demeure contrainte par de fortes données de continuité4.

Une démarche de rupture : du passé faisons table rase

De la théorie abstraite… Comme souvent après une alternance politique, le nouvel élu inscrit sa politique dans une démarche de rupture par rapport à son prédécesseur. Barack Obama ne déroge pas à la tradition (c’est également le cas pour Donald Trump5). Premier noir (afro-américain pour reprendre le terme politiquement correct) à accéder à la magistrature suprême, il bénéficie d’une côte de popularité sans précédent. Il est le chouchou de la médiasphère qui le compare à John Fitzgerald Kennedy. Avant même sa prise de serment sur la Bible, tel Moïse, Barack Hussein Obama marche sur les eaux. Les commentateurs font assaut de superlatifs pour qualifier le nouveau Messie. Jeune, beau, intelligent, dynamique, sportif, flegmatique – en un mot le gendre idéal -, il se débarrassera en un tournemain des nombreux cadavres (Afghanistan, Irak et autres Guantanamo) que lui a laissés George W. Bush dans les placards de la Maison Blanche6. Avant même qu’il ait pu démontrer ses innombrables talents, fait rarissime dans l’Histoire, il est récompensé par le prix Nobel de la paix 2009 « pour ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les peuples ».

à la pratique déclaratoire. Les mots ne manquent pas dans la bouche du nouveau porteur de la « destinée manifeste » du peuple élu pour imprimer sa marque sur le cours des choses. Les discours se succèdent, se ressemblent. L’Amérique a changé. Mais en fait, elle est pire qu’avant. Revenons aux grandes envolées lyriques de Barack Obama ! Avec la Russie, un nouvel élan aux relations bilatérales nous est annoncé. Il s’agit du « reset », du style nous repartons sur de nouvelles bases plus saines. Avec le monde arabe, les choses vont changer, proclame-t-il lors de son fameux discours du Caire du 4 juin 2009 dans lequel il plaide pour un « nouveau départ fondé sur l’intérêt partagé et le respect mutuel ». Pour ce qui est de la guerre et de la paix, il laisse entrevoir l’avènement d’un monde dénucléarisé, le graal des pacifistes de tout poil dans son discours de Prague du 5avril 2009. Désormais, il entend faire « pivoter » le regard et l’intérêt de l’Amérique du vieux continent européen et de la pétaudière du Proche et Moyen-Orient vers l’Asie, continent en pleine expansion, plus porteur pour l’économie américaine. Sans parler de l’annonce de fermer la prison de Guantanamo avant janvier 2010. La liturgie (le « prédicat ») bat son plein et les gogos y croient dur comme fer.

Une contrainte de continuité : il faut que tout change pour que rien ne change

De la force des choses… Mais il y a un revers à la médaille ! C’est l’inertie de l’Amérique et du monde qui l’entoure. Il ne suffit pas d’une baguette magique et d’un peu de poudre de perlimpinpin pour transformer le monde du XXe siècle en monde du XXIe siècle. Homme lettré s’il en est, Barack Obama passe malencontreusement par profits et pertes la célèbre réplique : « il faut que tout change pour que rien ne change » de Tancrède (Alain Delon) dans l’adaptation cinématographique de Lucchino Visconti du roman de Guiseppe Tomasi de Lampedusa, le Guépard. Le cap de l’imposant paquebot Amérique ne se modifie pas d’un simple coup de barre comme un frêle esquif. Il est toujours la résultante de forces contradictoires. Tout d’abord, Barack Obama vit en cohabitation avec le Capitole, compliquant sa tâche. Ensuite, il est soumis aux pressions des multiples lobbies qui sont actifs sur les bords du Potomac (armements, pétrole, pharmaceutiques, OGM…) et qui financent abondamment les dispendieuses campagnes présidentielles. Ils ne s’en laissent pas compter, exigeant les dividendes de leurs bonnes actions. Ils se rappellent à l’occasion au bon souvenir de l’heureux élu qui viendrait à les oublier. En réalité, le président américain n’est pas un homme libre mais un homme sous contrôle dont les marges de manœuvres sont des plus limitées.

à la faiblesse des idées. La célèbre formule de campagne électorale de Barack Obama, « Yes, we can » s’avère être un minable slogan publicitaire sans le moindre contenu géopolitique, stratégique qui inspirera en 2012 celle d’un autre illusionniste de haut vol, François Hollande avec son mantra : « le changement, c’est maintenant ». Dans les deux cas, c’est le poids des mots et le choc du vide intellectuel. Or, pour affronter presque coup sur coup, une crise économique gravissime et les « révolutions arabes », c’est un peu court. C’est tout simplement très léger. Comment peser durablement sur les débats avec de simples bons mots de « spin doctors » ? Comment créer un climat de confiance avec la Russie en humiliant son peuple et en imposant l’OTAN dans son « étranger proche » ? Barack Obama aurait gagné à méditer cette remarque de John Le Carré : « quand le monde sera détruit, ce ne sera pas par des fous, mais par des sages experts et par l’ignorance incommensurable des bureaucrates »7. Par ailleurs, quand on connait le poids de la bureaucratie à Washington, plus prompte à faire valoir un point de vue dans la jungle inter-agences qu’à se battre pour des idées réalistes, on ne peut s’étonner de son inefficacité exaspérante. Parfois, Département d’État, Pentagone, CIA conduisent des politiques contradictoires. C’est dans les détails que l’application de leurs belles théories déconnectées du monde réel fait des ravages. Enfin, on ne peut pas dire que Barack Obama ait été gâté par ses deux secrétaires d’état successifs (Hillary Clinton puis John Kerry), ni chevronnés, ni fins diplomates. Ils sont dépassés intellectuellement, tactiquement par leur homologue russe, Sergueï Lavrov.

Malheureusement, et surtout dans la sphère internationale, il y a toujours loin de la coupe aux lèvres. Barack Obama en fait l’amère expérience après ses huit années passées à la Maison Blanche.

ENTRE SUCCÈS ET ECHECS : LA GRANDE ILLUSION

Un bilan international, quel que soit peu objectif, ne peut faire l’impasse sur les succès enregistrés par Barack Obama durant sa présidence à la tête du pays. Toutefois, il est éclipsé par de nombreux échecs.

Quelques succès limités… : de Téhéran à La Havane en passant par Abbottabad

Dans tout bilan, il existe quelques succès qui méritent d’être soulignés pour tendre au maximum d’objectivité si tant est que cela soit humainement possible. Deux décisions majeures marquent, d’un point de vue historique, la présidence de Barack Obama tant elles constituent une rupture majeure avec le passé.

La normalisation des relations avec Cuba. Qui aurait imaginé l’impensable au début du mandat de Barack Obama en 2009 : reprendre des relations normales avec l’ennemi cubain ? Or, c’est bien ce qui se passe en 2014 à l’issue d’une longue et délicate médiation conduite par les émissaires du Saint-Siège, épaulés par leurs homologues canadiens8. Cette rupture importante est à mettre au crédit du président américain. Elle est loin d’être négligeable.

La normalisation des relations avec l’Iran. Une fois de plus, l’impensable se produit en raison de la volonté personnelle de Barack Obama. L’affaire se noue en deux temps autour de la négociation sur le programme nucléaire iranien : accord de principe à la fin de l’année 20139 et accord final en juillet 2015. Là encore, nous sommes en présence d’un petit bijou de diplomatie auquel l’Union européenne prend, pour une fois, sa part. Il est à mettre au crédit d’un certain volontarisme du président américain et de son secrétaire d’État, John Kerry.

Deux autres mesures méritent d’être mises au crédit de Barack Obama. La première est l’élimination physique, le 3 mai 2011, par un commando d’élites de l’ennemi numéro un, Oussama Ben Laden à Abbotabad sur le territoire pakistanais même si sa conformité avec le droit international est douteuse10. La seconde est marquée par une certaine forme de volontarisme en matière environnementale, à savoir l’adoption de son plan climat à la veille de la COP21. Toutefois, ce n’est pas la décision de dernière minute (20 décembre 2016) de Barack Obama de bloquer les forages en Arctique avant son départ de la Maison blanche qui redorera son blason largement terni par ses insuccès multiples11. Pas plus que l’abstention sur la résolution 2334 le 23 décembre 2016 (condamnation de la politique de colonisation israélienne)12, le discours d’adieu de son secrétaire d’État sur le conflit du Proche-Orient du 28 décembre 201613, ni la décision d’expulser 35 diplomates russes le 29 décembre 201614. Trop peu, trop tard, pourrait-on dire ! Les coups d’Obama n’effaceront pas les échecs de sa politique étrangère15.

. … éclipsés par de nombreux échecs : un inventaire à la Prévert

En diplomatie comme en amour, il ne faut pas moins de talent pour garder ses conquêtes que pour les obtenir. Or, les Américains ont une fâcheuse propension à penser que ce qui est acquis l’est pour toujours. Quand on arrive à ce genre de raisonnement, on comprend mieux l’ampleur des échecs américains dans le monde au cours de la dernière décennie.

Une Union européenne en lambeaux. Même si Barack Obama s’en fait le plus ardent défenseur, il ne l’imagine (en particulier grâce au rôle ambigu du Royaume-Uni et de la commission ultra-libérale) qu’en cheval de Troie de la doctrine libre-échangiste américaine et, au mieux, en sous-traitant de l’OTAN pour ce qui est de la défense européenne. Or, l’Union européenne évolue de crise en crise (« état de déréliction, ou du moins d’hébétude », Hubert Védrine). Les électeurs britanniques ne suivent pas la consigne explicite de vote du président des États-Unis en faveur du rejet du « Brexit ». Les peuples, y compris la Perfide Albion, ne répondent plus au doigt et à l’œil. Seule la chancelière allemande trouve grâce à ses yeux lors de sa tournée d’adieu en Europe au cours de laquelle il snobe ostensiblement la France de François Hollande16.

Une Russie impériale. En 1999, beaucoup, et surtout aux États-Unis, tiennent au mieux Vladimir Poutine, l’ex-lieutenant-colonel du KGB, pour un personnage terne, au pire pour un pantin. En 2016, selon le classement du magazine Forbes, il reste l’homme le plus puissant du monde devant Donald Trump, Angela Merkel, le président chinois Xi Jinping et le pape François (François Hollande occupe brillamment la 23ème place). La comparaison est cruelle pour Barack Obama qui ne l’a jamais traité avec un minimum d’égard comme il eut été de bonne politique pour créer un climat de confiance propice au règlement des nombreuses crises qui secouent le monde. Lors de sa dernière conférence de presse, il préfère traiter la Russie de « petit pays », stigmatiser son homologue russe accusé de tous les maux de la terre (Syrie, attaques informatiques…). Oublié le temps béni du « reset ». Il fait place au temps des amabilités et, autres invectives, à l’occasion. Retour sur la « guerre froide » et ses expulsions de diplomates ! Barack Obama finit son mandat en accusant le président russe d’avoir favoriser l’élection de Donald Trump plutôt que de s’interroger sur les faiblesses de la campagne d’Hillary Clinton17.

Un Proche et Moyen-Orient à feu et à sang. En ce début d’année 2017, la région apparaît tel un champ de ruines après le passage d’Attila-Amérique ! Au terme de deux mandats présidentiels, les négociations entre Israéliens et Palestiniens n’ont pas avancé d’un pouce, pire la situation n’a cessé d’empirer18. L’Irak ne parvient toujours pas à se remettre de la guerre américaine de 2003. Il faut attendre sa dernière conférence de presse, le 16 décembre 2016 pour que Barack Obama déclare publiquement qu’il a sa part de responsabilité dans la situation en Syrie tout en égratignant au passage la Russie de Vladimir Poutine (celui qui impose une trêve avec la Turquie sans y impliquer Washington). Les relations avec l’Arabie saoudite et la Turquie se sont crispées. Benjamin Nétanyahou n’en fait qu’à sa tête, se moquant ouvertement des conseils qui lui sont prodigués au bord du Potomac. L’Égypte renoue avec une tradition autoritaire. Le Liban est en crise permanente. La Jordanie n’est pas à l’abri d’attentats terroristes. Cerise sur le gâteau, la Syrie marque le désarroi d’une diplomatie américaine supportant les humiliations russes19. Si Grand Moyen-Orient il y a, c’est celui de la désolation.

Une Asie dominée par une Chine qui s’est réveillée. En dépit du « pivot » de l’Europe vers l’Asie annoncé à grands coups de trompette en début de mandature, l’Amérique est contrainte de revenir à ses zones d’intérêt prioritaires que sont l’Europe, et surtout, le Moyen-Orient où la maison brûle20. Pékin défie Washington en Mer de Chine, ne déroule pas le tapis rouge à Barack Obama lors de la réunion du G20. En dépit de l’existence d’un dialogue économique et stratégique, « l’heure est plus à la confrontation qu’à la bonne entente »21. Barack Obama quittera la Maison Blanche alors que la guerre d’Afghanistan se poursuit (conflit durant depuis 15 ans)22. Le rapprochement avec le Vietnam ne constitue qu’un maigre lot de consolation.

Un multilatéralisme chancelant. En dépit de sa bonne volonté proclamée de jouer le jeu du multilatéralisme efficace, les relations sont loin d’être au beau fixe entre l’ONU et les États-Unis (Cf. guerre larvée entre Samantha Power et le Département des opérations de maintien de la paix ou DMOP, le français, Hervé Ladsous). Les Américains se contentent d’une position morale tout en restant en retrait du jeu23. Le mensonge sur les objectifs réels de la résolution 1973 sur la Libye achèvent de convaincre Moscou de la duplicité américaine et conduisent à une cascade de vetos russes sur le conflit syrien. Faute de bâtir patiemment un climat de confiance avec la Russie, Washington entretien un climat de défiance peu propice à la recherche du consensus, raison-d’être de la Maison de verre. Ajoutons la question épineuse de l’extraterritorialité des lois américaines qui ne trouve pas de solution satisfaisante (Cf. rapport de la mission d’information sur l’extraterritorialité de la législation américaine de l’Assemblée nationale, octobre 2016). Et, pour être complet, rappelons que l’augmentation des éliminations ciblées restera comme un élément central de l’héritage Obama24.

Une (dé)mondialisation malheureuse25. Le monde ne parvient toujours pas à se remettre de la crise économique de 2008-2009 venue des États-Unis26, crise qui se nourrit de causes économique, monétaire et systémique. Chantres de la mondialisation tant qu’ils en récoltent les bénéfices, les Américains en deviennent les plus grands pourfendeurs dès qu’ils jugent qu’elle est mauvaise pour leur économie. A la fin de la campagne électorale, Hillary Clinton est contrainte de s’aligner sur certaines des thèses de son adversaire républicain. Comme les Asiatiques, les Européens sont de plus en plus réservés à l’encontre de ces traités de libre-échange dont ils voient plus les inconvénients que les avantages (TAFTA, traité transpacifique…). Ils semblent passés de mode. Le reste du monde (« Rest of the World » ou row selon la terminologie américaine consacrée) supporte de moins en moins l’extraterritorialité du droit américain et ses excès (sanctions dont de nombreuses sociétés européennes sont les victimes).

Un Ersatz de politique étrangère. Si l’on tente de dresser un bilan de la politique étrangère de Barack Obama durant ses deux mandats, on parvient à l’étonnante conclusion, que le président sortant n’avait pas de politique étrangère au sens propre du terme (stratégie, tactique, volonté et moyens) pas plus que les brillants esprits qui font autorité outre-Atlantique27. Il naviguait à vue. On nous parle d’une certaine dose d’isolationnisme mais « c’est un mot (non-intervention) métaphysique politique qui signifie à peu près la même chose qu’intervention » (Talleyrand) surtout Outre-Atlantique (Cf. le nombre de conseillers militaires américains présents en Irak en ailleurs).

Les Américains sont aujourd’hui dans une spirale infernale : « une guerre sans fin »28. Ils ne veulent pas faire la guerre (« leading from behind ») tout en la faisant mais sans savoir où ils veulent aller (« leading from nowhere »)29. Le président sortant n’y a rien changé en dépit de ses discours lénifiants et de ses postures morales inefficaces, et cela, en dépit de l’inflation de décisions prises dans les dernières semaines de son mandat sans encourir la moindre critique du Congrès et de la classe politique toutes tendances confondues30. La fin de deux mandats de Barack Obama signe la fin de la « pax americana »31. Son discours d’adieu du 10 janvier 2016 centrée sur le respect des « valeurs » ainsi que sa conclusion (« Yes, We Can Yes We Did. Yes We Can ») sonnent faux32.

UN BILAN COMPLEXE33

« Ce pays-ci est une terre où les honnêtes gens peuvent prospérer, pas cependant aussi bien que les fripons qui comme de raison, ont beaucoup d’avantages » (Talleyrand). A de très rares exceptions, les responsables (délinquants en col blanc de chez Goldman Sachs et Lehman Brothers proche des deux candidats à l’élection présidentielle) de la crise des subprimes de 2008, qui sont à l’origine d’une crise économique de grande ampleur dont le monde n’est toujours pas remis, coulent encore des jours heureux. Pire encore, ils reviennent dans les bagages de Donald Trump34.

Le monde de 2017 est plus instable qu’il ne l’était en 2009 et Barack Obama et son administration y ont une part de responsabilité non négligeable. « La puissance du discours s’est fracassée sur le vide de stratégie et le déficit de leadership dans le monde »35. L’année 2016 s’achève sur un recul d’ensemble de la démocratie dans le monde, et ce n’est peut-être qu’un début36.

Manifestement, Barack Obama reste profondément américain, au plus mauvais sens du terme. Il ne comprend rien au monde, rien aux relations internationales, rien aux subtilités de la diplomatie. Il privilégie, dans les mots, le retrait militaire sur la recherche de solutions politiques aux conflits afghan et irakien tout en s’impliquant militairement sur le terrain37. Nous assistons à une reconfiguration des Proche et Moyen-Orient qui se fait de plus en plus avec Moscou, Ankara, Téhéran et de moins en moins avec Washington, ravalé au rôle de modeste figurant d’un mauvais western.

Quoiqu’en disent les Américains, leur Amérique du nord n’est plus « la nation indispensable », « l’hyperpuissance » d’Hubert Védrine. A bien des égards, elle relève de la catégorie des « États voyous »38. La grandiloquence du propos peine à masquer le recul américain et l’affaiblissement de ses alliances. En définitive, le monde hollywoodien de Barack Obama peut se résumer par un plagiat de son propre slogan de campagne : « yes, we can’t ».

Guillaume Berlat
16 janvier 2016

1 L.R., Les États-Unis ont perdu de leur influence sur la scène internationale, Les Echos, 10 janvier 2017, p. 7.
2 Éditorial, Poutine, homme de l’année, Le Monde, 31 décembre 2016-1er et 2 janvier 2017, p. 27.
3 Éditorial, Le terrorisme islamiste et les vautours, Le Monde, 21 décembre 2016, p. 23.
4 Frédéric Charillon & Célia Belin (sous la direction de), Les États-Unis dans le monde, CNRS éditions, 2016.
5 Gilles Paris, Une diplomatie placée sous le signe des ruptures, Le Monde, 15 décembre 2016, p. 3.
6 Cameron Munter, Diplomacy disrupted, Foreign Affairs, mars-avril 2016, pp. 159-160.
7 John Le Carré, La Maison Russie, Robert Laffont, 1989, p. 228.
8 Guillaume Berlat, Cuba-États-Unis : les clés du succès d’une médiation, www.espritcorsaire.com , 23 décembre 2014.
9 Guillaume Berlat, Accord sur le programme nucléaire iranien. Des malentendus aux sous-entendus, www.association-des-internationalistes.org:tribune, 5 décembre 2013.
10 Jacques Follorou, Les libertés d’Obama et d’Hollande avec le droit international, Le Monde, 5 janvier 2017, p. 12.
11 Stéphane Lauer, Obama bloque les forages en Arctique, Le Monde, 22 décembre 2016, p. 7.
12 D.F., Un Obaroud d’honneur, Le Canard enchaîné, 28 décembre 2016, p. 8.
13 Corine Lesnes/Marc Semo, Israël : John Kerry dénonce la colonisation, Le Monde, 30 décembre 2016, p. 2.
14 Corine Lesnes, La riposte d’Obama aux cyberattaques russes, Le Monde, 31 décembre 2016-1er et 2 janvier 2017, p. 3.
15 Yves Thréard, Règlement de comptes, éditorial, Le Figaro, 31 décembre 2016-1er janvier 2017, p. 1.
16 Gilles Paris/Thomas Wieder, Les adieux d’Obama à Merkel et à l’Europe, Le Monde, 18 novembre 2016, p. 2.
17 Gilles Paris, Le renseignement américain accuse Poutine d’avoir cherché à favoriser Trump. Poutine mis en cause, Trump minimise, Le Monde, 8-9 janvier 2017, pp. 1-2.
18 Alain Frachon, Obama et le désastre israélo-palestinien, Le Monde, 15 avril 2016, pp. 1 et 20.
19 Laure Mandeville, Syrie : la politique conciliante d’Obama contestée par les siens, Le Figaro, 21 juin 2016, p. 17.
20 Renaud Girard, Le grand tournant asiatique de Washington, Le Figaro, 31 mai 2016, p. 17.
21 Michel de Grandi, A Pékin, la Chine et les États-Unis dressent la liste de leurs divergences, Les Échos, 7 juin 2016, p. 8.
22 Alain Frachon, Afghanistan : Obama en échec, Le Monde, 3 juin 2016, p. 20.
23 Celhia de Lavarène, Obama et l’ONU : 8 ans de valse-hésitation, www.mediapart.fr , 14 décembre 2016.
24 Maya Kandel, Une pratique plus encadrée aux États-Unis qu’en France, Le Monde, 5 janvier 2017, p. 22.
25 Guillaume Berlat, La démondialisation, c’est comme les trains : elle peut en cacher une autre, www.prochetmoyen-orient.ch , 8août 2016.
26 Christine Lagarde (propos recueillis par Jean-Pierre Robin), « Les cicatrices de la crise de 2008-2009 n’ont pas été bien traitées », Le Figaro Économie, 20 avril 2016, p. 20.
27 Zbigniew Brzezinski, Vers une nouvelle donne mondiale, Commentaire, numéro 156, hiver 2016-2017, pp. 777-781.
28 Cahier du Monde, La guerre sans fin des États-Unis, Le Monde, 31 décembre 2016-1er-2 janvier 2017, pp. 1 à 8.
29 Nicolas Baverez, Barack Obama : no, we can’t, Le Figaro, « Champs libres », 13 juillet 2015.
30 J.M. Th., Vive le semainnat, Le Canard enchaîné, 4 janvier 2017, p. 8.
31 Gilles Paris, La fin de la « pax americana », Le Monde, 7 janvier 2017, p. 19.
32 Discours d’adieu de Barack Obama à Chicago du 10 janvier 2017, Le Monde, 12 janvier 2017.
33 Alain Frachon, Obama, bilan complexe, Le Monde, 17 janvier 2017, p. 20.
34 Sylvie Kauffmann, « Government Sachs », le retour, Le Monde, 18-19 décembre 2016, p. 29.
35 Nicolas Baverez, Barack Obama : no, we can’t, précité.
36 Jacques Julliard, La défaite de la démocratie, Marianne, 22 décembre 2016 – 5 janvier 2017, p. 6.
37 Bye-bye, le bombardier en chef, Le Canard enchaîné, 11 janvier 2017, p. 8.
38 Guillaume Berlat, États-Unis ou États voyous ?, www.prochetmoyen.orient.ch , 19 septembre 2016.

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