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Que doit-on attendre de la conférence d’Astana sur la paix en Syrie ?

Publié le par Felli Bernard

Que doit-on attendre de la conférence d’Astana sur la paix en Syrie ?


Par Yuriy Zinin – Le 22 janvier 2017 – Source New Eastern Outlook

La réunion internationale sur le règlement syrien à Astana a attiré l’attention de nombreux experts dans tout le Moyen-Orient.

La plupart de ces experts s’entendent pour dire que la réunion constituera une étape majeure au niveau international et régional vers un rééquilibrage des forces sur le terrain, transformant ainsi un violent affrontement militaire en un processus politique. La réunion clarifiera les positions et l’influence dont jouissent les parties en conflit avant le début d’une nouvelle série de négociations à Genève.

 

Selon le journal Al-Qods Al-Arabi, publié à Londres, l’actuelle équilibre des forces laisse penser que pour la première fois depuis le début de la crise, la Turquie se positionne du coté de la Russie pour pousser tous les groupes en conflit à se réunir à la table des négociations et trouver un accord sur l’avenir de la Syrie.

Ce point de vue est partagé par une éminente figure médiatique arabe et analyste politique, Abdel Bari Atwan. Il souligne le fait que l’alliance russo-turque  est devenue la « force motrice dominante » d’un règlement syrien. Alors que Moscou soutient le gouvernement syrien, la Turquie est en mesure d’agir au nom des groupes d’opposition armés et a la capacité d’exercer des pressions sur ceux-ci. Dans ces circonstances, il y a une résistance de la part de l’opposition politique. Nous parlons du soi-disant Comité suprême des négociations (dont le siège est à Riyad) et de la Coalition nationale d’opposition et des Forces révolutionnaires (dont le siège est à Istanbul). Selon l’analyste susmentionné, le Comité suprême perd son « monopole » pour représenter les groupes d’opposition, ce dont il jouissait aux étapes précédentes des négociations à Genève, puisque les groupes armés commencent à tourner le dos, totalement ou partiellement, à leurs sponsors étrangers, dont les monarchies du golfe Persique.

Cet analyste arabe est convaincu que nous pouvons parler d’une véritable percée. Il est possible, a-t-il noté, que la conférence d’Astana soit un tournant dans le conflit syrien où le précédent équilibre régional des pouvoirs changera.

D’autres auteurs arabes avertissent pourtant les négociateurs qu’il existe un nombre important de groupes militants qui n’ont pas accepté le cessez-le-feu et qui contrôlent encore un assez gros morceau du territoire syrien.

La majorité des représentants de l’opposition politique dite syrienne surveillent attentivement les préparatifs de la réunion d’Astana. Ils continuent à affirmer que Damas est de plus en plus « dépendante » de ses partenaires, pendant qu’un certain nombre de sources médiatiques font toutes sortes d’allégations sur « de nouvelles contradictions entre Damas et ses alliées ».

Selon le journaliste jordanien Muhammad Khatyn, la conférence d’Astana est devenue une véritable alternative à celle de Genève, ouvrant la voie à la création d’un État fédéral syrien.

Un certain nombre de sources médiatiques régionales perçoivent l’importance de la réunion à Astana dans un contexte plus large qui va bien au-delà de la portée de la crise syrienne. Ainsi, selon la chaîne de télévision libanaise Al-Mayadin, la déclaration trilatérale Iran–Russie–Turquie à Moscou ouvre la voie à des pourparlers politiques plus larges entre eux afin d’élargir les liens vitaux, économiques et autres, entre ces États.

La chaîne de télévision est convaincue que la Russie et l’Iran sont heureux d’impliquer la Turquie dans la mise en œuvre du grand projet eurasien, en remplacement de l’Union européenne. Le fait que les anciennes républiques soviétiques s’impliquent dans ce projet permettra à la Turquie de faire ce choix, puisqu’elle a un contexte linguistique, ethnique et historique commun avec un certain nombre de ces anciennes républiques soviétiques. De plus, ces pays ont développé des liens avec l’Iran, qui est également intéressé à les approfondir vu que la nouvelle administration américaine envisage de revoir l’accord nucléaire bilatéral. Cependant, la crise en cours en Syrie, alimentée de l’extérieur, empêche les trois États d’atteindre un niveau plus élevé de coopération économique.

C’est un facteur important à considérer lors de l’évaluation de la prochaine réunion à Astana et ses résultats, conclut la chaîne de télévision Al-Mayadin. Il est assez symbolique que le nom d’Astana soit d’origine turco-iranienne.

Yury Zinin est un chercheur de l’Institut Moscovite sur les Relations Extérieures (MGIMO)

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