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Des groupes armés imposent leur autorité à Tripoli

Publié le par Felli Bernard

Crise libyenne

Des groupes armés imposent leur autorité à Tripoli

 

le 12.02.17 | 10h00 Réagissez

 
	Arrivée de groupes armés à Misrata se proclamant des forces de sécurité nationale

 
Arrivée de groupes armés à Misrata se proclamant des...

 

Des groupes armés, notamment de la ville libyenne de Misrata (ouest), sont arrivés cette semaine à Tripoli où ils ont annoncé la création d’une force armée «indépendante», rapporte l’AFP.

Une source proche du gouvernement d’union nationale (GNA), basé à Tripoli et soutenu par l’ONU et les pays occidentaux, a précisé hier que la plupart des groupes armés arrivés dans la capitale faisaient partie des forces qui ont chassé l’an dernier le groupe Etat islamique (EI) de Syrte. «Ils se sentent maintenant marginalisés et sont à la recherche d’un appui», a ajouté cette source.

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Les Etats-Unis ont remarqué vendredi «avec inquiétude l’entrée à Tripoli de nombreux véhicules armés d’une organisation prétendant être la ‘‘Garde nationale libyenne’’». «Ce déploiement risque de déstabiliser davantage la sécurité déjà fragile à Tripoli», a souligné le département d’Etat dans un communiqué, appelant à la construction d’une «force militaire nationale unifiée sous commandement civil capable d’assurer la sécurité à tous les Libyens et de lutter contre les groupes terroristes».

Mahmoud Zagal, un commandant militaire de Misrata, a annoncé jeudi la création d’une «Garde nationale libyenne sans appartenance politique» qui aura pour mission de combattre l’EI, de sécuriser les institutions de l’Etat et les missions diplomatiques. Néanmoins, il n’a pas précisé si cette «Garde nationale» appuie ou non le GNA. Mais selon des sources locales, plusieurs des milices qui la composent sont loyales à Khalifa Ghweil, un ancien dirigeant qui a autoproclamé en 2014 à Tripoli un «gouvernement de salut national» et n’a ensuite pas voulu reconnaître le GNA quand ce dernier s’est installé dans la capitale en 2016. L’annonce de la création de «la Garde nationale» affaiblit encore plus le GNA, qui s’apprête à lancer avec l’appui de l’ONU une «Garde présidentielle» pour sécuriser les institutions de l’Etat et les missions diplomatiques. Près d’un an après son installation, le GNA n’arrive toujours pas à asseoir son autorité dans l’ensemble du pays, ni même dans la capitale. Il fait face notamment à l’hostilité d’une autorité rivale basée dans l’est du pays et qui refuse de le reconnaître.

Outre les factions armées issues de l’insurrection de 2011 et les groupes djihadistes, le pays est embourbé dans une crise politique marquée par la rivalité de deux gouvernements, chacun se considérant légitime : celui de Tobrouk, où s’est replié le Parlement issu des élections législatives de 2014, et celui du GNA, soutenu par les Nations unies et la communauté internationale. En plus, le général Haftar, autoproclamé chef de l’Armée nationale libyenne (ANL), s’impose comme un des acteurs incontournables de l’échiquier politique libyen.

L’autre autorité parallèle

Homme fort de l’est du pays, le général Haftar à la tête de l’ANL a entrepris, fin décembre, de «nettoyer» le sud de la Libye de tous les groupes terroristes et autres milices susceptibles de menacer la sécurité du pays. Entre-temps, une offensive a été menée à Benghazi pour en chasser les éléments djihadistes, qu’ils soient liés à l’EI ou à Al Qaîda. Cette opération de l’ANL dans le Sud libyen a débuté par une série de frappes aériennes contre des positions tenues par des milices, y compris celle de Misrata, et un groupe rebelle tchadien, à savoir le Front pour l’alternance et la concorde au Tchad, accusé d’être allié à cette dernière. Suit un incident sur la base aérienne de Joufra où un avion militaire, à son bord des membres du Conseil militaire de Misrata, a été touché par des forces du général Haftar, au motif qu’il transportait des armes. Les milices de Misrata ont envoyé des renforts dans la région de Joufra ainsi que dans celle voisine de Sebha, à plus de 600 km au sud-est de Tripoli. Officiellement, il s’agit de «sécuriser la zone».

Dans une interview à l’hebdomadaire français JDD, parue dimanche dernier, le général Haftar a demandé à la communauté internationale de laisser les Libyens gérer seuls leurs affaires et se dit prêt à une alliance avec les Américains et les Russes. «C’est aux Libyens de décider ce qui est bon pour eux. La communauté internationale ne devrait que soutenir ces décisions», a-t-il déclaré au Journal du dimanche. A cette occasion, il n’a pas manqué de critiquer l’émissaire de ONU en Libye, Martin Kobler, qui tente depuis un an d’asseoir l’autorité du GNA de Fayez El Sarraj à Tripoli. «Les Libyens n’aiment pas Kobler. Ils l’appellent le diable», a indiqué Haftar. «La communauté internationale ne comprend pas la réalité de la situation. Elle dispose d’informations erronées et s’appuie dessus pour prendre des décisions inapplicables, mauvaises», a-t-il ajouté. Et d’observer : «Ceux qui soutiennent le gouvernement d’union nationale sont très peu nombreux et ne sont intéressés que par l’argent.»

De son côté, le Parlement libyen basé à l’est du pays a qualifié mercredi «nul et non avenu» un accord sur la lutte contre l’immigration clandestine signé la semaine dernière par le GNA et l’Italie. Il a relevé qu’il n’y a «aucune obligation morale ou matérielle» liée à cet accord, car le GNA et son chef, le Premier ministre Fayez El Sarraj, «n’ont aucun statut juridique dans l’Etat libyen». Ce dernier a signé à Rome le 2 février avec son homologue italien, Paolo Gentiloni, un mémorandum d’accord visant à renforcer la lutte contre l’immigration clandestine depuis la Libye, le pays d’Afrique du Nord d’où partent chaque année des milliers de migrants vers l’Italie.

«Des dossiers comme celui de l’immigration clandestine sont parmi les questions cruciales» qui doivent être décidées par «le peuple libyen par l’intermédiaire des députés démocratiquement élus», a déclaré le Parlement dans son communiqué. Ainsi, les groupes armés, qui ont contribué à la chute du colonel Mouammar El Gueddafi, et les forces politiques qui ont émergé dans le sillage des révoltes de 2011 s’imposent comme des «micro-Etats» dans un pays sans Etat, sous le regard calculateur des grandes puissances soucieuses en priorité de leurs intérêts nationaux.
 

Veto américain contre Salam Fayyad

Les Palestiniens ont qualifié hier de «discrimination flagrante» la décision de Washington de bloquer à l’ONU la nomination de l’ancien Premier ministre palestinien, Salam Fayyad, comme émissaire des Nations unies en Libye.

«Bloquer cette nomination constitue un cas flagrant de discrimination fondé sur la base d’une identité nationale», a déclaré dans un communiqué Hanane Achraoui, une dirigeante palestinienne membre du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), citée par l’AFP. «Il est impensable que l’ambassadeur des Etats-Unis bloque la décision du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, de nommer l’ancien Premier ministre palestinien, Salam Fayyad, comme envoyé de l’ONU, en prenant comme piètre excuse» que l’ONU «a été injuste en faveur de l’Autorité palestinienne au détriment de nos alliés en Israël», dénonce Mme Achraoui.

Antonio Guterres a informé cette semaine le Conseil de sécurité de son intention de nommer S. Fayyad à la tête d’une mission en Libye pour aider à la reprise des discussions sur un accord politique chancelant. «Depuis trop longtemps les Nations unies ont injustement favorisé l’Autorité palestinienne au détriment de nos alliés en Israël», a fait valoir l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, dans un communiqué. «Les Etats-Unis ne reconnaissent pas actuellement un Etat palestinien ou ne soutiennent pas le signal que cette nomination enverrait aux Nations unies.

Cependant, nous encourageons les deux parties à unir leurs efforts directement pour trouver une solution», a-t-elle ajouté. «A l’avenir, les Etats-Unis agiront et ne feront pas que parler pour soutenir leurs alliés», a conclu la représentante des Etats-Unis, un des cinq membres permanents du Conseil et qui dispose à ce titre d’un droit de veto. Salam Fayyad a été Premier ministre de l’Autorité palestinienne de 2007 à 2013 et a aussi été ministre des Finances à deux reprises. Il devait remplacer l’Allemand Martin Kobler, qui était l’émissaire de l’ONU en Libye depuis novembre 2015.
Après son élection, mais avant son arrivée à la Maison-Blanche, Donald Trump a critiqué une résolution de l’ONU, adoptée en décembre, en faveur d’une abstention des Etats-Unis, qui réclamait la fin des colonies israéliennes.R. I.
 

Amnay idir

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