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Haftar favorable à une alliance avec Moscou et Washington

Publié le par Felli Bernard

Crise libyenne

Haftar favorable à une alliance avec Moscou et Washington

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le 06.02.17 | 10h00 Réagissez

 
	Khalifa Haftar

 
Khalifa Haftar

 

Plus de cinq ans après la chute de Mouammar El Gueddafi, la Libye est loin de retrouver la stabilité.

Outre les factions armées issues de l’insurrection de 2011 et les groupes djihadistes, le pays subit le chancre d’une crise politique marquée par la rivalité de deux gouvernements, chacun se considérant légitime : celui de Tobrouk, où s’est replié le Parlement issu des élections législatives de 2014, et celui du gouvernement d’union nationale (GNA), soutenu par les Nations unies et la communauté internationale. L’homme fort dans l’est de la Libye, le maréchal Khalifa Haftar, a demandé hier à la communauté internationale de laisser les Libyens gérer seuls leurs affaires et se dit prêt à une alliance avec les Américains et les Russes, dans une interview à l’hebdomadaire français Journal du dimanche (JDD). «C’est aux Libyens de décider ce qui est bon pour eux.

La communauté internationale ne devrait que soutenir ces décisions», a-t-il déclaré au JDD, cité par l’AFP. A cette occasion il n’a pas manqué de critiquer l’émissaire de l’Organisation des Nations unies (ONU) en Libye, Martin Kobler, qui tente depuis un an d’asseoir l’autorité du GNA de Fayez El Sarraj à Tripoli. «Les Libyens n’aiment pas Kobler. Ils l’appellent le diable», a indiqué Haftar. «La communauté internationale ne comprend pas la réalité de la situation. Elle dispose d’informations erronées et s’appuie dessus pour prendre des décisions inapplicables, mauvaises», a-t-il constaté. Cela dit, il se dit prêt à rencontrer son rival, le Premier ministre Fayez El Sarraj, seul reconnu par la communauté internationale, à «une condition, que sa tripotée de courtisans n’ait rien à dire». Et de poursuivre : «Ceux qui soutiennent le gouvernement d’union nationale sont très peu nombreux et ne sont intéressés que par l’argent.» Le chef du GNA a fait état, fin janvier, d’une prochaine rencontre au Caire avec Khalifa Haftar, qui est soutenu par l’Egypte.

Prêt à rencontrer El Sarraj en mai…

Le maréchal, qui s’est rapproché de la Russie, se dit prêt à s’allier aussi avec la nouvelle Administration américaine dans la lutte contre le djihadisme. «Si la Russie et les Etats-Unis se rapprochent dans le but d’éradiquer le terrorisme, cela peut nous aider. Nous allons serrer la main aux deux. Nous nous allierons à eux», a-t-il indiqué, en référence au président américain Donald Trump. Quant à la France, qui soutient El Sarraj, mais a déployé une poignée de militaires aux côtés du général Haftar dans l’est de la Libye et dont des avions de reconnaissance survolent régulièrement le pays, Khalifa Haftar lui demande surtout du renseignement. «La France soutient politiquement des acteurs qui n’ont aucun pouvoir. Mais ça nous irait, si nous recevions de l’aide en termes d’information et de renseignement», a-t-il relevé.

Autoproclamé chef de l’Armée nationale libyenne (ANL), ancien dignitaire du régime Gueddafi qui a aussi vécu aux Etats-Unis, le maréchal Haftar est accusé par ses rivaux, en particulier les puissantes milices de Misrata (ouest), de vouloir instaurer un régime militaire en Libye.
Il a déclaré la guerre aux groupes islamistes et radicaux qui sévissaient dans l’Est libyen, en particulier à Benghazi, deuxième ville du pays, à 1000 km à l’est de Tripoli. L’ANL a repris depuis une grande partie de Benghazi au terme de combats sanglants, mais ne parvient toujours pas à imposer son contrôle sur toute la ville, où des groupes djihadistes sont loin d’être laminés. Le 11 janvier, le général Hafter a effectué une visite à Moscou où il s’est entretenu avec le ministre de la Défense russe, Sergueï Choïgou. Une implication en Libye permettrait à la Russie d’élargir son influence en Méditerranée, après son intervention en Syrie.

Le général Haftar s’est imposé comme un interlocuteur incontournable après s’être emparé de quatre terminaux pétroliers dans l’Est, d’où s’exporte la majorité du pétrole libyen. Il bénéficie du soutien de pays arabes, comme l’Egypte  qui possède une longue frontière avec l’est de la Libye, et les Emirats arabes unis. Il s’est aussi rendu à Moscou à deux reprises en 2016. En novembre, il a sollicité l’aide de la Russie pour lever l’embargo sur les armes imposé par l’ONU depuis 2011.

De son côté, le gouvernement d’union du Premier ministre Fayez El Sarraj, en poste depuis mars 2016, n’arrive pas à imposer son autorité. Il est même contesté à Tripoli, où la situation reste très confuse, comme l’a montré l’entrée récemment d’hommes armés liés à des milices locales dans plusieurs ministères.  Aussi, la tension entre l’ANL et les groupes armés de Misrata, les deux principales forces militaires du pays, risque d’être ravivée. Fin décembre, le général Haftar a entrepris de «nettoyer» le sud de la Libye de tous les groupes terroristes et autres milices susceptibles de menacer la sécurité du pays. Entre-temps, une offensive est menée à Benghazi pour en chasser les éléments djihadistes, qu’ils soient liés au groupe Etat islamique (EI) ou à Al Qaîda.

Cette opération de l’ANL dans le Sud libyen a débuté par une série de frappes aériennes contre des positions tenues par des milices, y compris celles de Misrata, et un groupe rebelle tchadien, le Front pour l’alternance et la concorde au Tchad, accusé d’être allié à cette dernière. Suit un incident sur la base aérienne de Joufra où un avion militaire, à son bord des membres du conseil militaire de Misrata, a été touché par des forces du général Haftar, au motif qu’il transportait des armes. Les milices de Misrata ont envoyé des renforts dans la région de Joufra ainsi que dans celle voisine de Sebha, à plus de 600 km au sud-est de Tripoli. Officiellement, il s’agit de «sécuriser la zone». Ainsi, même après la défaite de l’EI à Syrte, la situation demeure inquiétante en Libye.

Amnay idir

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