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L’ONU demande aux Européens de rouvrir leurs ambassades à Tripoli

Publié le par Felli Bernard

L’ONU demande aux Européens de rouvrir leurs ambassades à Tripoli

L’envoyé spécial de l’ONU en Libye, Martin Kobler, a révélé que les Nations unies retourneraient très bientôt à Tripoli et a enjoint aux pays européens de faire le nécessaire et de rouvrir les ambassades dans la capitale. Un article de notre partenaire Euroefe.

Martin Kobler est un diplomate allemand qui dirige la mission de soutien des Nations unies en Libye depuis 2015. Avant cela, il a occupé un poste similaire en République démocratique du Congo.

Dans une interview accordée à Efe en Tunisie, le diplomate allemand a assuré que le retour de l’ONU et la réouverture des ambassades seraient un geste envers la population qui souffre et un signal qui contribuera à encourager le processus de pacification et de reconstruction.

« Il est important de souligner la présence de l’ambassade italienne, de l’ambassade turque et d’autres ambassades qui n’ont jamais fermé. J’encourage donc tout le monde à retourner à Tripoli. Les gens doivent savoir que l’on se préoccupe d’eux », a-t-il affirmé.

« Nous aussi nous avons pour projet de nous y installer, nous avons déjà loué des bâtiments qui sont en train d’être conditionnés et fortifiés. Nous aménagerons bientôt à Tripoli où nous serons à nouveau présents », a-t-il ajouté.

Martin Kobler a toutefois reconnu que les problèmes de sécurité persistaient, tant dans le pays en général que dans la capitale en particulier, où il n’y a pas d’autorité policière unie et où la loi est imposée par chaque milice présente dans le quartier qu’elle contrôle.

Le diplomate a également reconnu qu’il y avait de graves problèmes d’approvisionnement, surtout en électricité (dans certaines zones, les coupures de courant dépassent les 18 heures par jour), en eau courante, et autres services de base. Il a toutefois insisté sur le fait que la situation s’était améliorée ces derniers mois.

« Ce n’est pas si dramatique, je me suis rendu à Tripoli et j’ai marché dans les rues, parlé aux gens, qui me disaient ‘nous avons passé trois heures sans électricité’, d’autres huit heures. Oui, c’est un des problèmes, mais Tripoli n’est pas dans le noir total », a-t-il souligné.

Martin Kobler a soutenu qu’il n’était pas possible d’aider à reconstruire ou restaurer la Libye à distance, sans une présence physique des coopérants sur le terrain.

« L’Union européenne a des projets importants qu’elle veut mettre en marche, comme la stabilisation et la reconstruction de Benghazi, mais cela exige que les expatriés soient dans le pays pour le mettre en œuvre. C’est une chose d’avoir 100 millions d’euros dans un fonds, mais encore faut-il savoir ce qu’on fait de cet argent », a-t-il demandé.

« Les expatriés doivent entrer dans le pays pour que cet argent puisse être utilisé pour la reconstruction des écoles à Benghazi, et cela ne se fait pas à cause de la situation de sécurité », a-t-il indiqué.

>> Lire : Les dirigeants européens s’allient à la Libye pour réduire l’immigration

Dans ce contexte, il a regretté qu’il n’y ait « aucun expatrié européen sur le terrain, aucun coopérant civil européen en Libye. L’UE doit donc ouvrir ses ambassades, comme l’ont fait l’Italie et la Turquie, et comme va faire l’ONU ».

« Je comprends que c’est difficile et que la situation sécuritaire doit s’améliorer, mais plus tout le monde offrira quelque chose, plus tôt arrivera le jour de la fin des violences », a-t-il souligné.

Pour atteindre cet objectif, le diplomate allemand a insisté sur la nécessité de voir les acteurs libyens négocier sous la protection de l’ONU et former une armée libyenne unifiée, avec une chaine de commandement claire dans tout le pays.

Selon lui, « si cette autorité est mise en place, tous les autres problèmes, tels que l’immigration, les questions politiques, les services de base, pourront se résoudre facilement ».

Une décision qui doit être prise par les Libyens eux-mêmes, avec l’aide des pays voisins et avec le rôle plus actif et constructif de l’UE.

« Avant il y avait une troïka au Caire, formée par la Ligue arabe, l’Union africaine et l’ONU. J’ai proposé d’y inclure les Européens pour la transformer en un quartet, afin que les organisations régionales parlent d’une seule et unique voix », a-t-il expliqué.

>> Lire : Le Caire et Bruxelles envisagent un accord sur les migrants

Selon lui, « si la communauté internationale est divisée, rien ne fonctionne en Libye […], j’ai toujours dit que 70 % de la solution résidait dans l’implication régionale, dans l’implication internationale et dans la capacité à nouer des contacts ».

En ce sens, il a souligné la nécessité de changer certaines politiques actuelles et de les remplacer par une vision plus positive et constructive, surtout en matière d’immigration irrégulière.

« Je connais bien le rôle de l’UE, j’ai visité ‘Sofia’ (opération navale européenne contre les mafias migratoires en Méditerranée centrale) et l’avion où les Européens entrainent les garde-côtes libyens, car il y a une grande inquiétude liée à l’immigration, c’est une intervention très importante », a-t-il assuré.

« Mais on ne peut pas se limiter aux mesures répressives, il faut s’attaquer aux racines de l’immigration, et notamment améliorer les conditions de vie de ceux qui sont dans des camps de détention en Libye », a-t-il fait remarquer.

Dans ce contexte-là, il a rappelé que l’Europe n’était pas la seule victime de l’immigration. La Libye aussi en est victime, et surtout, l’Afrique.

« La Libye n’est pas une île en Méditerranée, c’est un pays avec une énorme richesse et de très grandes frontières. Tous ces pays du sud ne peuvent se protéger qu’avec l’aide internationale et un échange d’information régional », a-t-il commenté.

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