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Mogherini tend la main à Washington

Publié le par Felli Bernard

Mogherini tend la main à Washington

La chef de la diplomatie européenne se rendra à Washington à la fin de la semaine pour « identifier des terrains d’entente » avec la nouvelle administration, suite à une série de désaccords entre le président américain, Donald Trump, et l’Europe.

Federica Mogherini a annoncé le 6 février qu’elle entamerait un déplacement de deux semaines de réunions aux États-Unis et en Europe avec les membres de l’équipe de Donald Trump.

Son programme était en train d’être finalisé et inclurait des visites à la Maison-Blanche et au Congrès jeudi et vendredi (9 et 10 février).

Le commissaire à l’Immigration et aux Affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos, se rendra aussi à Washington le 8 février pour rencontrer le secrétaire d’État à la sécurité intérieure, John Kelly.

La Haute-représentante de l’UE a confirmé qu’elle rencontrerait le cercle rapproché de Donald Trump. Son programme à la Maison-Blanche comprend une rencontre avec Michael Flynn, le conseiller sur la sécurité nationale, et avec Jared Kusher, le gendre de Donald Trump et l’un de ses plus proches assistants.

Elle devrait également s’entretenir avec son homologue américain, le secrétaire d’État Rex Tillerson, ainsi qu’avec le ministre de la Défense, le général retraité James Mattis, soit à Washington, soit en Europe puisqu’ils se rendront sur le Vieux continent à la fin du mois.

>> Lire : Joseph Muscat : le rejet de Trump ne doit pas se transformer en antiaméricanisme

Le vice-président américain, Mike Pence, passera aussi par les institutions européennes après sa participation à la conférence de Munich sur la sécurité (du 17 au 19 février). Une visite sur laquelle Federica Mogherini a particulièrement mis l’accent, puisqu’elle représente « un signal politique très important » de la part du gouvernement américain.

Des signaux accueillis par les Européens, étant donné le déclin dans l’amitié transatlantique depuis que Donald Trump a remporté les élections en novembre dernier.

Dans le contexte de la désunion de l’Europe face aux défis actuels (migration, politique économique…), Donald Trump tente d’exploiter ces différences pour affaiblir l’influence de l’UE dans les affaires internationales au profit des Etats-Unis, expliquent des observateurs.

Les États-Unis, la Russie et la Chine cherchent à affaiblir l’Europe car « une Europe unie, sur le long terme, deviendra la plus grande puissance mondiale », a déclaré l’écrivain et économiste français Jacques Attali.

>> Lire : Attali : l’Europe est une première puissance mondiale qui s’ignore

Durant sa visite, Federica Mogherini devrait passer en revue « la vieille liste de dossiers », dont la lutte contre le changement climatique, la Syrie, la Libye, l’Ukraine ou le Moyen-Orient, pour découvrir où les opinions peuvent converger.

Or, la liste des doléances et des plaintes est longue et nécessitera de redoubler d’efforts pour assainir l’air et réparer les liens transatlantiques.

Sorties de l’UE

Donald Trump était un fervent partisan de la sortie du Royaume-Uni de l’UE et est devenu le « frère d’armes » du défenseur du Brexit, Nigel Farage. Dans une interview avant son investiture, le président a déclaré que le Royaume-Uni faisait très bien de quitter l’UE.

Par ailleurs, lors d’un entretien téléphonique, les assistants de Donald Trump ont demandé à des responsables européens qui serait le prochain État membre à sortir de l’UE, comme l’a rapporté l’ambassadeur américain auprès de l’UE, Anthony Gardner.

>> Lire : Les équipes de Trump ne croient pas à la survie de l’UE

Le professeur Ted Malloch, favori de Donald Trump pour devenir le prochain ambassadeur auprès de l’UE et pro-Brexit, a par ailleurs déclaré que l’euro était une monnaie « en voie de disparition et très problématique », et pourrait donc s’effondre en 18 mois, si ce n’est moins.

>> Lire : Le Parlement boude le potentiel ambassadeur américain

Guerre commerciale

L’aversion de Donald Trump pour les accords commerciaux a forcé les Européens à mettre le partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement (TTIP) en suspens, a confessé la commissaire au commerce, Cecilia Malmström.

La rhétorique de ses conseillers est néanmoins montée en puissance quand le chef du nouveau Conseil national du commerce, Peter Navarro, a accusé l’Allemagne d’avoir « grossièrement sous-évalué » la monnaie pour gagner un excédent commercial par rapport aux États-Unis.

« Nous ne sommes pas des manipulateurs de devise », a déclaré le président de la BCE, Mario Draghi, au Parlement européen le 6 février. Il a rappelé que dans son dernier rapport au Congrès en octobre dernier, le Trésor américain avait conclu que l’Allemagne ne manipulait pas sa devise.

>> Lire : Paris compte sur l’effet Trump pour faire bouger la politique commerciale de l’UE

Cheval de Troie

Alors que le programme de sauvetage grec menace à nouveau de déborder, l’équipe de Trump voit le talon d’Achille de la zone euro comme une occasion de déstabiliser les économies européennes.

« Je pense que c’est probablement une très bonne raison pour la Grèce de s’éloigner de l’euro », a déclaré Ted Malloch dans une interview avec Bloomberg. Une opinion partagée par son chef, puisque Donald Trump avait tweeté en octobre 2012 : « la Grèce devrait sortir de l’euro et récupérer leur propre devise. Ils perdent du temps ».

Plus récemment, son chef de cabinet Reince Priebus, dont la mère est originaire de Lesbos (Grèce) a déclaré que la nouvelle administration allait d’abord s’atteler à rendre aux États-Unis sa grandeur, « et ensuite nous irons là-bas et aideront la Grèce ».

Des points de vue qui pourraient davantage compliquer le troisième examen du programme de sauvetage de la Grèce.

La direction du FMI était divisée cette semaine sur sa participation au programme, puisque l’institution insiste sur le soulagement de la dette pour ramener l’économie grecque sur une voie durable.

Les États-Unis sont le plus gros actionnaire du Fonds et détiennent un pouvoir de véto pour bloquer toute participation dans le programme de sauvetage.

Les responsables allemands ont insisté sur le fait que la participation du FMI était indispensable pour ne pas que le programme déraille et que la Grèce ne soit forcée de quitter l’euro.

Les États-Unis d’abord

Dans le cadre de son paquet sur la déréglementation financière, présenté le 3 février dernier, Donald Trump a inclus un décret visant à « mettre les intérêts des Américains en avant dans les négociations internationales sur les règlementations financières ». Cette approche nationaliste risque de freiner les efforts internationaux, menés par les Européens, pour adopter une nouvelle série de règles mondiales afin de renforcer la surveillance financière (Bâle IV).

Par ailleurs, Donald Trump souhaite démanteler le cadre règlementaire mis en place après l’effondrement financier de 2007-2008 pour contrôler Wall Street.

Mario Draghi a mis en garde contre toute tentative de dérèglementation. Après avoir rappelé que l’argent facile et des règlementations légères étaient la cause de la crise, il a affirmé que la dernière chose donc le système international avait besoin était de la dérèglementation.

Selon « Wally » Adeyemo, ancien conseiller de Barack Obama, les changements promis par Donald Trump seront beaucoup plus lents et beaucoup moins graves que ce à quoi les gens s’attendent.

Durant un débat à Bruxelles le 7 février, il a souligné les obstacles que rencontrerait toute réforme au Congrès. Tout amendement à la législation financière nécessiterait huit voix des démocrates au Sénat.

Plus difficile encore serait de découdre la règle Volcker qui interdit aux banques de mener certaines activités d’investissement. Pour Wally Adeyemo, cela prendrait des années puisqu’il faudrait l’accord de cinq agences de réglementation.

Prochaines étapes

  • 8-10 février: Federica Mogherini et Dimitris Avramopoulos se rendent aux États-Unis.

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