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Politique dangereuse : Trump déclare la guerre à la Russie, la nouvelle guerre froide continuera jusqu’à ce que Moscou se conforme …

Publié le par Felli Bernard

Politique dangereuse : Trump déclare la guerre à la Russie, la nouvelle guerre froide continuera jusqu’à ce que Moscou se conforme …

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Trump Poutine 2

Depuis que Donald Trump a remporté la présidence, l’aristocratie américaine − qui contrôle totalement toutes les sociétés internationales basées aux États-Unis et surtout les compagnies d’armes comme Lockheed Martin dont les volumes de vente dépendent de l’augmentation des dépenses de défense de la nation, ce qui nécessite le rétablissement de la guerre froide − a tenté d’avorter sa présidence de toutes les manières possibles.

Ils ont surtout essayé de présenter Trump comme un agent secret russe, un traître. Le 14 février, ils l’ont clairement dompté et l’ont remis complètement au pas – et pas seulement en façade comme ils l’avaient fait auparavant, par exemple en abolissant les réglementations environnementales et autres qui réduisent leurs bénéfices.

Mais est-ce arrivé parce qu’il est lâche, ou plutôt parce qu’il est un imbécile ? Comment l’ont-ils vaincu ? À l’heure actuelle, cela ne peut être déterminé que par un examen attentif de la manière dont il a capitulé. Ainsi, l’événement du 14 février sera examiné ici, en détail.

Trump a clairement fait savoir, le 14 février, que la nouvelle guerre froide entre les États-Unis et la Russie continuera jusqu’à ce que la Russie se conforme à deux conditions qui seraient non seulement humiliantes pour elle – et pour la grande majorité de ses citoyens –, mais serait profondément immorales. Une de ces deux conditions serait réellement impossible, même si elle n’était pas, en outre, immorale. Pour Vladimir Poutine d’accepter l’une ou l’autre de ces deux conditions, serait non seulement une violation de son point de vue souvent exprimé, mais ce serait également pour la grande majorité des Russes une raison de le mépriser – parce qu’ils le respectent pour la fermeté de ce point de vue. Il n’a jamais hésité. Le soutien des Russes à ce sujet est pratiquement universel. Cet article expliquera le point de vue en question.

LA DEMANDE DE TRUMP Numéro 1 : « Rendez la Crimée »

Pour comprendre la perspective russe sur la première de ces deux questions, que doit connaître tout Américain s’il veut comprendre la stupidité étonnante de la position de M. Trump dans cette affaire, qui est celle de la Crimée. Cette région qui avait, pendant des centaines d’années, appartenu à la Russie, avait été soudainement et arbitrairement transférée, en 1954,  d’une république soviétique à une autre, l’Ukraine, par le dirigeant soviétique de l’époque [Khrouchtchev]. Les États-Unis exigent maintenant que ce diktat concernant la Crimée soit rétabli.

Il est essentiel de prendre connaissance de deux vidéos, sous-titrées en anglais, mais se passant de commentaires, les voici :

La première vidéo – vous devriez  regarder au moins les douze premières minutes, car c’est crucial – montre le coup d’État américain qui a violemment renversé le président démocratiquement élu de l’Ukraine en février 2014, sous couvert de « révolution démocratique », qui n’était en fait rien de tel. Le coup d’État avait été planifié par le Département d’État américain en 2011 et fut ensuite organisé dans les locaux de l’ambassade des États-Unis à Kiev à partir du 1er mars 2013, au plus tard. Le directeur de Stratfor, organisme privé et cercle de réflexion proche de la CIA, l’a à juste titre qualifié de « coup d’État le plus flagrant de l’histoire ».

La seconde vidéo montre le massacre de Criméens qui s’échappaient de Kiev lors du coup d’État ukrainien, le 20 février 2014. Cette tragédie est connue en Crimée comme « le Pogrom de Korsun », la ville où les fascistes, que le régime d’Obama avait embauchés, ont pu piéger les échappés et tuer beaucoup d’entre eux. C’est l’incident qui, survenu lors du coup d’État en Ukraine, a suscité chez les Criméens une crainte énorme de la haine farouche que leur vouait le régime installé par les États-Unis.

Enfin, sur la question de la Crimée, tous les sondages organisés par les Occidentaux en Crimée, avant et après le plébiscite du 16 mars 2014, soit quelques semaines seulement après que Obama eut renversé le président ukrainien pour lequel 75% des Criméens avaient voté, plus de 90% de ces derniers ont voté pour le retour de la Crimée à la Russie. Tout le monde s’accorde à reconnaître qu’il y avait largement plus de la moitié de soutien à cet égard, parmi les Criméens. En outre, même Barack Obama a accepté le principe universel du droit à l’autodétermination des peuples quand cela concernait les Catalans en Espagne et les Écossais au Royaume-Uni, et ni lui ni personne n’a jamais été en mesure d’avancer un seul argument crédible pour que ce droit soit appliqué partout sauf en Crimée – surtout dans ces circonstances.

Ainsi, la première demande de Trump, que Poutine restitue les résidents de Crimée à la juridiction du régime du coup d’État qu’Obama vient d’établir en Ukraine, n’aura pas de suite – et elle ne DOIT PAS en avoir. Obama a imposé les sanctions contre la Russie sur la base de ce qu’il a qualifié de « conquête territoriale » par Poutine en se référant à la Crimée, mais les Russes considèrent plutôt cela comme un soutien et une protection – dans ce qui était historiquement et culturellement une partie de la Russie et non de l’Ukraine – du droit à l’autodétermination, en particulier après que le pays, dont la Crimée dépendait depuis 60 ans, a été conquis trois semaines plus tôt par un coup d’État sanglant mené par une puissance étrangère, que la Crimée détestait par ailleurs. Poutine ne devrait pas accepter la demande de Trump, et ne l’acceptera pas.

LA DEMANDE DE TRUMP Numéro 2 : « La Russie doit arrêter la guerre contre l’Ukraine dans le Donbass »

La façon dont cette demande a été formulée le 14 février, à savoir que « la Russie devait stopper l’escalade de la violence en Ukraine », se réfère aux invasions par l’Ukraine de sa propre région du Donbass. Celle-ci avait rompu avec le régime ukrainien, installé par Obama, peu de temps après la sécession de la Crimée. Mais Poutine, qui avait déjà tant souffert – sanctions, etc. – en permettant aux Criméens de redevenir Russes, a refuséd’autoriser l’adhésion du Donbass à la Fédération de Russie et a seulement apporté une aide militaire et humanitaire pour se protéger de la ruée des quelque cinq millions de résidents à travers la frontière russe.

Le Donbass avait voté à 90% pour le président ukrainien qu’Obama a remplacé illégalement par son coup d’État.

François Hollande, Angela Merkel, et Vladimir Poutine avaient entamé les négociations et signé les accords de Minsk pour mettre fin à la phase la plus chaude de la guerre, provoquée par Obama, entre l’Ukraine et le Donbass. Une disposition cruciale de l’accord de Minsk-2 était que l’Ukraine donnerait aux résidents du Donbass un certain degré d’autonomie au sein de l’Ukraine, dans le cadre d’une nouvelle fédération ukrainienne, mais la Rada, le parlement de l’Ukraine, a refusé d’exécuter cette disposition. Les États-Unis et leurs alliés blâment les résidents du Donbass pour ce refus de l’Ukraine, et accusent les habitants de la région de la prolongation de la guerre ou, comme le secrétaire de presse de Trump l’a mentionné le 14 février, de « la violence en Ukraine ».

Trump demande que le Donbass arrête la guerre, alors qu’il est constamment bombardé par un régime ukrainien qui refuse de remplir une disposition fondamentale de l’accord de paix que Hollande, Merkel et Poutine avaient négocié, et que l’Ukraine et le Donbass ont signé. Remarque : ni Hollande, ni Merkel n’ont été en mesure d’obtenir du prix Nobel de la paix, Obama, qu’il participe à cet effort pour la paix.

Une demande comme celle-là, demander à la victime d’arrêter le combat, est impossible à satisfaire. C’était comme si, pendant la Seconde Guerre mondiale, on avait blâmé les États-Unis, l’Union soviétique et le Royaume-Uni pour leur guerre contre l’Allemagne, l’Italie et le Japon. C’est une demande tordue, qui ne peut être prise au sérieux que par des tordus.

La façon dont Sean Spicer, le porte-parole du président Trump pour la presse, a exprimé cette exigence lors de sa conférence de presse du 14 février, était la suivante :

« Le président Trump a très clairement exprimé qu’il s’attendait à ce que le gouvernement russe désescalade la violence en Ukraine et restitue la Crimée. Dans le même temps, il s’attend absolument à une entente avec la Russie et veut être en mesure d’y arriver. » 

Pour certaines personnes, cette combinaison semble idiote. En tout cas, ce n’est pas simplement irréaliste ; c’est carrément impossible. Il ne cherche pas la paix avec la Russie ; au contraire il réaffirme une posture guerrière contre la Russie

Spicer a dit, avec une fierté évidente : « Le Président a été très dur avec la Russie. »

Un reporter à la conférence de presse a contesté cette déclaration : « Pour moi, et je pense aussi pour beaucoup d’Américains, il semble que ce président n’ait pas été dur avec la Russie. » Spicer a répondu en se référant à la déclaration que la nouvelle représentante américaine à l’ONU, Nikki Haley, avait faite. Elle a dit à l’ONU, le 2 février :

« Je dois condamner les actions agressives de la Russie. […] Les États-Unis sont avec le peuple de l’Ukraine, qui a souffert pendant près de trois ans sous l’occupation russe et l’intervention militaire. Jusqu’à ce que la Russie et les séparatistes qu’elle soutient respectent la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine, cette crise se poursuivra. […] Les États-Unis continuent de condamner et d’appeler à la fin immédiate de l’occupation russe de la Crimée. La Crimée fait partie de l’Ukraine. Nos sanctions liées à la Crimée resteront en vigueur jusqu’à ce que la Russie rende le contrôle de la péninsule à l’Ukraine. » 

Ainsi, Spicer a poursuivi,

Spicer : « En ce qui concerne la Russie, les propos que l’ambassadeur Haley a formulés à l’ONU étaient très forts et très clairs, 

Question : C’était une annonce de Haley, pas du président.

Spicer :  Elle parle pour le président. Je parle pour le président, comme nous tous dans cette administration. Et donc, toutes les actions et tous les mots de cette administration sont au nom et sous la direction de ce président. Donc, je ne pense pas que nous pourrions être plus clairs sur l’engagement du président. »

Trump poursuit la guerre d’Obama contre la Russie, bien qu’il n’ait pas donné aux électeurs américains, avant les élections,  un signe permettant d’attendre quoi que ce soit de ce genre. Certains électeurs – dont moi – ont voté pour lui parce qu’il prétendait être fortement en désaccord avec son adversaire Hillary Clinton à ce sujet – il a menti purement et simplement aux électeurs, sur la chose la plus importante de toutes. Il a appliqué la coercition mentale – la tromperie – pour gagner. Mais comme on le voit, il n’est pas vraiment opposé au coup d’Obama en Ukraine. Peut-être est-il si stupide qu’il n’est même pas conscient que c’était un coup d’État, au lieu de la « révolution démocratique » prétextée. Peut-être qu’il est assez stupide pour croire les mensonges d’Obama.

Au moins Hillary Clinton a été assez honnête pour dire clairement qu’elle allait continuer les politiques d’Obama – mais en pire. Mais elle était si idiote qu’elle ne pouvait même pas battre Donald Trump.

De toute façon, tout cela est maintenant à l’eau.

Initialement, il avait semblé que la seule façon pour Trump de satisfaire l’aristocratie américaine propriétaire du complexe militaro-industriel, entre autre, concernant l’augmentation du budget de la défense, allait être une action contre l’Iran, mais, maintenant, cette guerre ne devrait jouer qu’un rôle secondaire.

La guerre avec la Russie ne peut que s’intensifier, à moins que le Président Trump ne recule et ne dénonce publiquement la perfidie de son prédécesseur, en fournissant au peuple américain et au monde la preuve évidente, tant en Ukraine qu’en Syrie. Au moins et jusqu’à ce qu’il soit honnête et admette que le problème entre les États-Unis et la Russie n’est pas Poutine, mais plutôt Obama, il continuera l’escalade jusqu’à la troisième guerre mondiale.

Voici pourquoi.

Quand s’intensifiera une guerre chaude traditionnelle, soit en Ukraine ou en Syrie, le côté qui perdra cette guerre traditionnelle n’aura qu’une seule façon d’éviter la défaite : une guerre éclair nucléaire totale contre l’autre partie. Cette guerre durera moins de 30 minutes. Le côté qui attaquera le premier souffrira le moins de dégâts, parce qu’il aura détruit certains des missiles et des bombes de l’autre côté. Si Donald Trump était intelligent, on pourrait supposer qu’il le sait. Il ne l’est pas, alors il ne le sait pas. Il avance vers l’anéantissement nucléaire mutuel. Peut-être, comme Hillary Clinton, croit-il que les États-Unis ont la « primauté nucléaire » et ainsi gagneront.

Tout cela est si stupide. Mais, pire encore, c’est mal. Et je ne parle pas ici de la Russie ou de Poutine. Le véritable problème – sur cette question ultime, d’éviter un hiver nucléaire – est mon propre pays : les États-Unis d’Amérique. Appeler cela une « démocratie » n’est pas seulement un mensonge, c’est une mauvaise blague. Le public américain n’est pas à blâmer pour ce mal. L’aristocratie américaine, par contre, l’est. C’est une oligarchie devenue folle.

Trump n’a jamais été une personne avec des principes. Il n’a jamais vraiment résisté. Il a cédé après seulement trois semaines de boulot. Alors, il n’est pas seulement un psychopathe, il est fou.

Trump avait promis de « drainer le marécage ». Au lieu de cela, il nourrit les alligators.

Eric Zuesse

 

Article original en anglais :

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Dangerous Crossroads: Trump Declares War on Russia, New Cold War will Continue Until Moscow Complies…, 14 février 2017

Traduit et édité par jj, relu par xxx pour le Saker Francophone

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