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Chine : pourquoi n'y a-t-il pas eu d’autorisation de nouveaux réacteurs en 2016 ?

Publié le par Felli Bernard

Chine : pourquoi n'y a-t-il pas eu d’autorisation de nouveaux réacteurs en 2016 ?

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Par la Rédaction et l'Ambassade de France en Chine
Aucun nouveau projet nucléaire n’a été lancé en 2016, alors que les objectifs du plan quinquennal nécessitent le lancement de 6 à 7 nouvelles tranches chaque année. Parmi ces raisons, on retiendra, dans un contexte de stagnation de la demande électrique, la sous-utilisation des tranches existantes, les régions préférant souvent utiliser à plein les centrales thermiques au charbon, pour des raisons principalement de préservation de l’emploi.

1. Grand défi pour la consommation d’électricité

Selon une statistique officielle, la capacité de production électrique sur le plan national au cours des trois premiers trimestres 2016 s’est avérée suffisante dans l’ensemble du pays, dont une partie est caractérisée par une production excédentaire.

Les centrales thermiques à flamme fonctionnaient en moyenne 4 150 heures par an en 2016 selon une estimation établie. La plupart des électriciens au charbon sont déficitaires en raison de la baisse des tarifs de vente de l’électricité d’une part, et de la hausse du prix d’achat du charbon d’autre part.

Durant les trois premiers trimestres 2016, les nouvelles capacités installées du parc électrique national a atteint 72 700 MW, dont 44 080 MW pour les centrales alimentées aux combustibles non fossiles, soit une diminution de 1 590 MW par rapport à la même période de l’année précédente. Le rythme de croissance des nouvelles capacités installées dépasse celui de la consommation d’électricité avec un écart de 6,3 %.

Le parc nucléaire chinois a enregistré une croissance rapide en 2016, tant pour la capacité installée supplémentaire que pour la production d’électricité, mais la durée de fonctionnement effectif des réacteurs a continué à baisser.
 

2. Les réacteurs de génération III restent à éprouver

Dans le cadre de la décision prise par le gouvernement, désormais seuls les réacteurs de génération III pourront être construits en Chine.

La tranche 1 de Sanmen, tête de série des réacteurs AP1000 en construction dans le monde, tarde à entrer en opération. Aujourd’hui, elle est au stade d’essai à chaud et prévoit une date de connexion au réseau, mais une période séparant le début de mise en service et sa première recharge de combustible paraît judicieuse avant de lancer de nouveaux réacteurs du même type. En effet, il faut prévoir également, sous certaines réserves, les difficultés imprévues liées au montage d’installation, à la fabrication d’équipements ou rencontrées au cours des essais de démarrage. Par conséquent, de nouveaux projets AP1000 seraient lancés plus tard que prévu.

Puisque les projets de démonstrateurs du Hualong 1, qui se dépêchent de combler leur retard, n’ont été mis en chantier qu’en 2015, les conditions nécessaires pour engager la construction en série de ce type de réacteur n’ont pu être réunies.

3. Existe-t-il des risques pour le secteur nucléaire ?

Par « risques », il ne s’agit pas d’erreurs fatales techniques au niveau de la conception d’un réacteur, mais de risques en matière de gestion, d’équipements ou de ressources humaines.

La NNSA a récemment diffusé aux exploitants nucléaires deux circulaires, l’une concerne les incidents provoqués par des erreurs humaines et l’autre les retraits de licence à cause de non-respect de la réglementation.

La filière nucléaire chinoise est confrontée à une fuite des talents dans différents métiers.

Ces événements font preuve de vigilance auprès des régulateurs et exploitants. Par conséquent, le parc nucléaire chinois en expansion pourrait connaître davantage de risques et les améliorations de sûreté devront se renforcer de façon cohérente.

Le développement du secteur nucléaire en Chine doit valoriser en priorité la dimension humaine. Mais la filière du nucléaire attire moins bien les professionnels de haut niveau et le problème de fuites des talents existe aussi dans différents métiers du nucléaire chinois.

4. Les activités du secteur nucléaire nécessitent des efforts de perfectionnement

La soumission à la législature du projet de « Règlement relatif à la gestion des centrales nucléaires » et du projet de « Loi sur la sûreté nucléaire » a enregistré des progrès importants. Maintenant, il faut attendre un certain temps avant leur approbation finale.

Ces deux textes légaux portent de nombreux volets importants, parmi lesquels figurent l’habilitation de nouveaux exploitants de centrales nucléaires, l’administration des acteurs du secteur nucléaire et la communication avec le public.

Aujourd’hui, le nucléaire est devenu un sujet sensible en Chine. La protestation a été présente où il y a eu un projet lié au nucléaire. Ainsi, les gouvernements locaux ont répondu aux préoccupations de l’opinion publique par la suspension ou l’annulation des projets afférents.
 

Comment mettre en place la participation du public aux divers projets et améliorer la communication pour permettre au public d’avoir le droit de choisir ? En la matière, nous avons de gros efforts à déployer pour rattraper le retard accumulé.

Concernant l’optimisation des activités du secteur, ce sujet consiste à définir le choix technologique des réacteurs et à concilier concurrence et compétition entre tous les électriciens nucléaires chinois. Aujourd’hui, c’est une obligation impérative pour les acteurs chinois de s’engager rapidement dans une voie d’autonomie pour mettre en œuvre le programme de développement de l’énergie nucléaire.

En raison des 4 éléments ci-dessus, l’absence d’autorisation de nouveaux réacteurs en 2016 nous paraît plus logique.

Peut-on miser sur 2017 et les années d’après ? La réponse dépendra de l’évolution de l’ensemble ou d’une partie des éléments évoqués. L’évolution est toujours progressive, la patience et les efforts sont nécessaires.

Cet article est une traduction de l'article publié dans Chinapower. Il n'engage en aucun cas ni la responsabilité de l’Ambassade de France en Chine, ni celle de son Service nucléaire.

Crédit photo : Philippe Eranian / EDF 

 

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