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Le nouveau visage d’AREVA

Publié le par Felli Bernard

Le nouveau visage d’AREVA

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Par Boris Le Ngoc (SFEN)

La restructuration d’AREVA est entrée dans sa phase finale et l’organisation future est désormais fixée. À terme, le nouvel AREVA (baptisé provisoirement New AREVA) se concentrera sur les activités du cycle du combustible. Les activités de conception de réacteurs et les services associés seront repris par EDF. Enfin, la holding, AREVA SA, regroupera les activités liées au contrat de l’EPR d’Olkiluoto 3 en Finlande et celles destinées à être cédées.

New AREVA, AREVA NP, AREVA SA : trois entités distinctes

Dans le cadre de son plan de transformation visant à se recentrer sur les activités du cycle du combustible nucléaire, AREVA a cédé plusieurs de ses activités, notamment dans les énergies renouvelables et dans les mesures nucléaires. AREVA TA, en charge de la propulsion nucléaire, va être cédée à un consortium où l’État est majoritaire.

D’ici la fin de l’année, l’activité réacteurs portée par AREVA NP rejoindra EDF. L’électricien et AREVA ont signé un accord en novembre 2016 fixant le montant de la cession à 2,5 milliards d’euros. AREVA NP, reconnu internationalement comme un acteur de référence pour la conception de réacteurs, la fabrication de composants et de combustible, et les services à la base installée sera donc adossé à EDF afin de poursuivre son développement.

AREVA a parallèlement mené une réorganisation de grande ampleur en interne avec une simplification des organisations (deux niveaux : central et Business Unit), un plan de performance ambitieux (plus d’un milliard d’euros d’économies d’ici 2018) réalisé à plus de 70 % tout en optimisant les effectifs.

Hors de France, les partenaires étrangers connaissent la qualité du savoir-faire d’AREVA

La Commission européenne a donné son feu vert à cette réorganisation créant trois entités distinctes – New AREVA, AREVA NP et AREVA SA – en précisant que cette décision « ouvre la voie à un avenir durable pour AREVA. La compétitivité d’AREVA contribuera à garantir la sécurité d’approvisionnement en uranium de l’Europe ». Deux conditions préalables ont néanmoins été fixées par Bruxelles afin de finaliser la réorganisation : d’une part l’accord de la Commission pour le rachat d’AREVA NP, puisqu’il s’agit d’une opération de concentration ; d’autre part, la conclusion favorable par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) concernant le sujet de la ségrégation carbone dans les pièces de la cuve du réacteur EPR de Flamanville 3. Un dossier a été remis par AREVA et EDF à l’ASN montrant que les résultats des essais sont conformes à l’attendu, la décision finale revenant à l’ASN dans les mois à venir.
 

L'Etat investit dans une entreprise stratégique

Par-delà le soutien de l’État à une entreprise dont il est actionnaire majoritaire (86 %), la recapitalisation d’AREVA montre que l’entreprise se situe au cœur de la stratégie énergétique et industrielle de l’Hexagone. Les difficultés financières actuelles ne doivent pas masquer le fait que l’entreprise dispose d’un savoir-faire technologique inégalé, notamment dans les mines d’uranium et l’aval du cycle, lui permettant de disposer d’un carnet de commandes important (8 ans de visibilité) et d’un chiffre d’affaires à plus de 60 % réalisé à l’international.

La recapitalisation n’est donc pas une mise sous perfusion de l’entreprise mais un investissement sur l’avenir pour un groupe dont les principales plateformes industrielles sont situées en France (Tricastin, La Hague, MELOX) et dont les activités se positionnent à chaque fois dans le Top 3 mondial. L’engagement de l’État pour son fleuron comprend deux augmentations de capital : l’une de 2 milliards d’euros destinée à AREVA SA, et l’autre de 2,5 milliards d’euros maximum destinée à New AREVA et qui sera complétée par l’entrée de partenaires stratégiques minoritaires pour atteindre un total de 3 milliards d’euros.

En attendant l’augmentation de capital, l’État a accordé un prêt d’actionnaire de 3,3 milliards d’euros, sous la forme d’avances en comptes courants d’actionnaire à valoir sur la part des augmentations de capital réservée à l’État. Ces avances permettront à AREVA de faire face à ses échéances en attendant la réalisation des augmentations de capital.

Les partenaires étrangers connaissent la valeur d'AREVA

Hors de France, les partenaires étrangers connaissent la qualité du savoir-faire d’AREVA. C’est d’ailleurs pour cette raison que plusieurs d’entre eux ont fait connaître leur intérêt pour entrer dans le capital de New AREVA.

À ce stade, les négociations ont abouti avec deux sociétés japonaises : le conglomérat MHI et la société spécialiste du cycle du combustible nucléaire, JNFL. Le Japon est un partenaire historique du nucléaire français, qui a choisi également de développer les technologies de traitement et de recyclage des combustibles usés. En apportant 500 millions d’euros, les deux entreprises nippones représenteront 10 % du capital de la nouvelle société.

« J’espère que par le biais de futurs investissements, MHI et le groupe AREVA vont non seulement consolider un partenariat fort entre les industries nucléaires de nos deux pays mais aussi contribuer fortement au développement d’une énergie nucléaire encore plus sûre et fiable », a expliqué Shunichi Miyanaga, le PDG de MHI.

L’État a également salué, le 3 février 2017, l’accord avec MHI et JNFL, « deux industriels japonais de renommée internationale » et dont l’entrée au capital « confirme les perspectives de croissance et de rentabilité des activités de New AREVA, centrées sur le cycle du combustible ».

La Chine, qui développe un programme nucléaire ambitieux (plus de 20 réacteurs en construction) a également manifesté son intérêt pour New AREVA, à l’image de CNNC. Les discussions n’ont pas abouti à ce stade mais « la porte reste ouverte ». Des négociations commerciales sont engagées entre AREVA et CNNC pour la construction en Chine d’une usine de traitement et recyclage sur le modèle des usines de La Hague (Manche) et MELOX (Gard).

Concernant AREVA NP, dont le cœur de métier restera la conception de réacteurs, la fabrication de composants et de combustible, les services à la base installée, des discussions sont engagées pour l’entrée au capital de partenaires stratégiques minoritaires.

Crédit photo : DR

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