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C’est du gâteau : la nouvelle norme de la politique étrangère de Trump

Publié le par Felli Bernard

C’est du gâteau : la nouvelle norme de la politique étrangère de Trump


 

Par Pepe Escobar – Le 13 avril 2017 – Source Sputnik News via entelekheia.fr

Et voici la déclaration suivante du Commandant-en-chef de l’École de Politique Étrangère de la Belle Part de Gâteau au Chocolat sur la question de sa prochaine action contre la Corée du Nord.

« Nous envoyons une armada. Très puissante. Nous avons des sous-marins. Très puissants. Beaucoup plus puissants que des porte-avions. Ça, je peux vous le dire. »

 

NdT : Dans cette vidéo d’une interview de Trump par Fox News, il expose qu’au cours du dîner offert à Xi Jinping à Mar-a-Lago, alors que le président chinois était en train de manger « la plus belle part de gâteau au chocolat que vous ayez jamais vue », il lui a annoncé « avoir lancé une attaque de 59 missiles contre l’Irak  – Vous voulez dire contre la Syrie ?  le reprend la présentatrice. Oui, contre la Syrie. »

Comme si bombarder la Corée du Nord, qui possède des armes nucléaires, c’était autant de gâteau que lancer des missiles sur une base militaire semi-déserte en Syrie. Mais, ça, c’est la beauté d’une politique étrangère en forme de boîte de chocolats ; vous ne savez pas ce que vous allez y trouver.

L’OTAN était « obsolète ». Ensuite, elle « n’était plus obsolète ». La Chine manipulait les monnaies. Puis elle ne manipulait plus les monnaies. Il n’allait plus y avoir d’aventurisme militaire au Moyen-Orient. Puis, retour aux politiques d’Hillary et bombardement de la Syrie. La Russie était censée devenir un partenair – à la base pour des accords gaziers et pétroliers, pendant qu’un remix de la devise « diviser pour régner » signé Kissinger se chargerait de tenter de séparer la Russie de sa partenaire stratégique, la Chine. Aujourd’hui, la Russie est mauvaise parce qu’elle soutient « l’animal » Assad (sic).

D’autres choses ne changent jamais. L’Iran continuera à être diabolisé. Le combo OTAN-Conseil de coopération du Golfe continuera d’être soutenu. La Maison des Saoud, qui terrorise le Yémen, restera une proche alliée dans la Guerre Globale contre la Terreur.

C’est comme si toute la machine dysfonctionnelle de l’administration Trump était devenue prisonnière de la nécessité de justifier les retournements de veste et les mensonges flagrants de son Commandant-en-chef des parts de gâteau au chocolat assaisonnées aux Tomahawks, alors qu’avant, Trump tirait sa force de ses dénonciations de l’hypocrisie et des mensonges inhérents aux élites américaines et à l’État profond.

Xi est au téléphone

Les services de renseignement russes ont probablement – et correctement – conclu que le but principal de la visite à Moscou du Secrétaire d’État « T-Rex » Tillerson était de calmer le jeu autant que possible, alors que Trump se tourne vers une confrontation avec Pyongyang. Washington ne peut tout simplement pas gérer des crises multiples, simultanées, en Syrie, en Ukraine, en Corée du Nord, en Mer de Chine méridionale et en Afghanistan. La date-butoir est le 9 mai ; les élections présidentielles en Corée du Sud pourraient bloquer toute possibilité d’attaque des USA contre la Corée du Nord.

Les médias sud-coréens et japonais ont rapporté, sur le ton de l’hystérie, que la République populaire de Chine a déployé 150 000 soldats des 16e, 23e, 39e et 40e divisions à la frontière de la Chine et de la Corée du Nord. Ces forces ne sont pas agressives ; elles sont plutôt là pour coordonner les efforts de soulagement d’une crise éventuelle de réfugiés dans le cas – consternant – d’une seconde guerre de Corée.

Le ministère chinois de la Défense a publié un déni de non-déni sur le déploiement. Mais l’élément crucial a été l’appel subséquent de Xi Jinping à Trump. Sa première priorité était de réfuter les rumeurs grandissantes des médias américains selon lesquelles Pékin approuverait des frappes américaines contre la Corée du Nord (au contraire, Pékin est sérieusement inquiet). Les médias chinois ont souligné que selon les propos de Xi à l’impulsif Trump, la seule sortie possible de cette crise est de travailler à une dénucléarisation pacifique de la péninsule coréenne.

Sa deuxième priorité était de réfuter les rumeurs de type « fake news » selon lesquelles Xi, en mangeant son gâteau au chocolat assaisonné de Tomahawks à Mar-a-Lago, aurait approuvé les frappes américaines en Syrie. Dans son appel téléphonique, Xi a réaffirmé sa position : la seule solution pour la Syrie réside dans la diplomatie.

Avec l’École de Politique Étrangère de la Belle Part de Gâteau au Chocolat comme nouvelle norme, personne n’a plus la moindre idée de la politique de Washington en Syrie, ou de qui en tient les commandes (c’était l’information-clé que Lavrov tentait de soutirer à Tillerson.)

La politique précédente était claire ; une balkanisation light, avec une enclave kurde dans le désert de l’est vouée à être dirigée par des pantins des USA tels que le Parti de l’union démocratique kurde ; l’absorption d’une autre zone du plateau du Golan par Israël ; une zone au nord pour la Turquie ; et assez de territoire immobilier pour les sunnites et tout un assortiment de djihadistes.

Même avant le spectacle des Tomahawks, les officiels des services de renseignements militaires des USA émettaient de sérieux doutes sur ce qui allait devenir la narrative officielle de la Maison-Blanche sur l’attaque chimique d’Idlib. Des experts à la retraite, y compris Ray McGovern (ex-analyste de la CIA), Phil Giraldi et Bill Binney, ont écrit un mémo à Trump pour demander une enquête honnête, indépendante – Lavrov a fait la même demande au cours de sa conférence de presse avec Tillerson. La narrative officielle a également été dénoncée par un professeur du MIT comme « totalement fausse ».

Indépendamment du fait de savoir si Trump a vu la lumière via une vidéo postée par les Casques blancs sur Youtube ou si l’axe néocon/libéralcon l’a poussé dans la voie des Tomahawks, les faits de terrain restent les mêmes.

Moscou ne va tout simplement pas céder sa sphère d’influence en Syrie à Donald Trump ou à l’État profond. La Russie a quasiment gagné la Guerre de Syrie en empêchant la formation d’un Émirat du Takfiristan, et en désamorçant la possibilité d’un regroupement de djihadistes russes/tchétchènes/ouzbèkes alliés au Front al-Nosra et/ou Daech revenant semer la pagaille dans le Caucase. Sans oublier que plus de 75% de la population syrienne est désormais regroupée dans les zones du pays contrôlées par Damas.

Dans le doute, semez le chaos

Le Parti de la Guerre/complexe militaro-industriel-renseignements-médias veut des guerres, n’importe quelles guerres ; c’est bon pour le business et les cotations. Les néocons veulent une guerre pour contenir l’Iran. Le professeur Stephen Cohen est alarmé, à juste titre. Personne ne sait si Trump n’est pas aujourd’hui un simple otage de James «  Mad Dog » Mattis, de HR McMaster et compagnie qui croit naïvement tenir les commandes, ou s’il a perfectionné une prise de jiu-jitsu géopolitique de génie impossible à décrire sur Twitter.

Un analyste américain dissident des renseignements, basé au Moyen-Orient, dépeint un tableau beaucoup plus sombre : « Les USA ne vont pas tolérer qu’une alliance Russie-Chine fasse basculer l’équilibre des forces en leur faveur. La Corée du Nord et la Syrie ne sont que des pions dans ce combat, qui n’a presque aucune signification pour eux. Les Russes pensent que les USA veulent leur faire la guerre, même s’ils ne sont pas sûrs des performances réelles des boucliers antimissiles russes S-500. Les Russes disent qu’il faut s’attendre à d’autres attentats sous faux drapeau en Syrie, alors que dans le même temps, les Chinois révisent les engagements des USA à leur égard en se fondant sur ce qu’ils ont vu en Syrie. »

Le président Poutine a presque carrément dit, face aux caméras, que Moscou ne peut pas faire confiance à Washington. La Russie a patiemment bâti sa capacité de défense antimissiles – à tel point que son espace aérien pourrait bien être impénétrable avant la fin de la décennie.

Dans le passé, Lavrov a fait de multiples allusions au « chaos maîtrisé » – une méthode de « renforcement de l’influence américaine » qui exhibe des « projets » destinés à être « lancés loin des USA, dans des régions cruciales pour le développement économique et financier mondialiste. » L’École de Politique Étrangère de la Belle Part de Gâteau au Chocolat peut avoir forcé tout le monde à se perdre dans une mascarade. Mais Moscou et Pékin semblent la voir pour ce qu’elle est ; encore une autre facette du chaos impossible à maîtriser.

Pepe Escobar

Traduction Entelekheia

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