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L’administration Trump est frappée de folie néocon

Publié le par Felli Bernard

L’administration Trump est frappée de folie néocon


Saker US
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Par le Saker – Le 5 avril 2017 – Source The Saker

Oh la la, il n’a pas fallu longtemps. Comme je l’écrivais en février, les néocons et l’État profond ont complétement châtré Trump. Voyez seulement ces deux titres de RT (et lisez les articles) :

‘It crossed a lot of lines’: Trump on alleged chemical gas attack in Syria [’De nombreuses lignes ont été franchies’ : Trump sur une prétendue attaque au gaz en Syrie].

‘We are compelled to take own action’ if UN fails in Syria – US envoy [’Nous serons obligés de prendre des mesures’ si l’ONU échoue en Syrie – Envoyé américain].

Franchement, j’ai envie de dire « CQFD – je n’en dirai pas plus » et de cesser d’écrire ici. Mais je ne le ferai pas, c’est trop sérieux.

Commençons par définir le contexte. Les Syriens ont renoncé à leurs armes chimiques il y a trois ans (grâce à la Russie). Les Syriens ont également à peu près vaincu l’agression anglosioniste-wahhabite contre leur pays (grâce à la Russie, à nouveau). Il y a une nouvelle (sorte d’)administration au pouvoir aux États-Unis (certains disent que c’est aussi grâce à la Russie), qui semblait avoir renoncé à renverser Assad. Et exactement à ce moment, supposé être une pure coïncidence,

  1. les forces syriennes ont utilisé des armes chimiques
  2. dans un endroit rempli d’enfants
  3. et de beaucoup de gens avec des caméras.

Pensent-ils vraiment que nous sommes stupides à ce point ?

Mais, bien sûr, il ne s’agit pas de nous. Il s’agit de Trump. Et lui, hélas, se révèle être la nouille trop cuite qu’il a été, eh bien, depuis le premier jour et ensuite : flasque, confus et sans colonne vertébrale. Et oui, il semble vraiment stupide, en particulier son soi-disant « plan » pour vaincre Daech (voir plus loin).

Et peu importe que des experts russes aient averti depuis longtemps que les « bons terroristes » détenaient des munitions chimiques. Bah ! Qui s’en soucie ? D’ailleurs ce sont les mêmes Russkofs maléfiques qui ont été maintenant « démasqués » grâce au rapport de la CIA sur les « agents étrangers ».

Nous savons tous que les Anglosionistes sont des gens pacifiques, timides et généralement gentils. C’est pourquoi nous pensons d’eux qu’ils sont l’« Axe du Bien ». La seule manière de leur forcer vraiment la main et de les pousser à utiliser leur « meilleure armée au monde » est de leur montrer des enfants morts. Comme au Koweit, en Bosnie, en Irak, en Afghanistan, en Libye, et maintenant en Syrie. Cela et des femmes violées pour des motifs politiques (en Bosnie, en Libye – et bientôt en Syrie, je suppose). C’est une bonne chose que la dernière atrocité commise par le « régime syrien » ait été portée au grand jour et qu’elle ait impliqué des quantités d’enfants mourant de manière horrible !

Maintenant, les Américains vont détruire le village pour le sauver.

Sauf qu’ils ne le feront pas.

Beaucoup d’articles ont spéculé sur ce que sera le « plan Trump » pour vaincre ISIS/Daech. Je ne prendrai même pas la peine d’en faire la liste ici. En clair, son plan n’est pas… – comment dire – très compliqué :

  1. Augmenter le nombre de troupes américaines déjà présentes en Syrie;
  2. Offrir aux Kurdes leur propre région autonome en échange de servir de chair à canon pour Oncle Sam;
  3. Libérer Raqqa comme signe tangible de succès.

En vérité, il n’y a ici rien de nouveau. Ce n’est qu’une version réchauffée du plan même d’Obama (les grands esprits se rencontrent, et de même pour les pas si grands esprits, apparemment).

Voyez-vous le problème avec ce plan ?

Laissez-moi vous aider. Problème no 1 – aucune résolution du Conseil de sécurité de l’ONU ne le soutiendra. Le gouvernement syrien non plus. Mais qui s’en soucie, n’est-ce pas ? Nous savons déjà ce que Nikki Haley en pense : une fois de plus, les États-Unis violeront avec arrogance le droit international sous le prétexte qu’ils « sont contraints d’agir ». Bienvenue en Bosnie et en Croatie ! C’est de nouveau 1994 ! Nous vivons aujourd’hui à l’ère de la « RTP – la responsabilité de protéger ». RIP le droit international. Mais ce n’est là qu’un problème « mineur ». Le vrai problème est simple.

Outre les Syriens eux-mêmes, les Russes, les Iraniens et les Turcs sont catégoriquement opposés à un tel plan. Et il se trouve que ces quatre pays représentent la force militaire écrasante en Syrie, et tous ont déjà des bottes sur le terrain (et des systèmes de défense aérienne). Pour la Turquie en particulier, un tel plan est un casus belli, ils l’ont déjà dit à de nombreuses reprises. Je ne suis pas un grand fan de la Turquie ou d’Erdogan (bien que j’aime les Turcs eux-mêmes), mais je dois admettre que si Trump allait de l’avant avec ce plan maladroit, ils n’auraient pas d’autre choix que la guerre ou la guerre civile. Très probablement une combinaison des deux.

Ensuite il y a les Kurdes. En fait, à bien des égards, je me sens désolé pour eux et je les admire. Mais ils doivent réaliser les dangers immenses qu’il y a à accepter le plan américain. D’abord, cela signifie qu’ils seront de la chair à canon en première ligne contre Daech, qui s’avère être l’une des armées d’infanterie les mieux entraînées et expérimentées dans la région. Mais pire, les Kurdes commettront-ils la même erreur historique que les Albanais du Kosovo, qui ont lié à 100 leur avenir à Camp Bondsteel et qui seront instantanément à nouveau envahis par la Serbie sitôt que l’OTAN ou les États-Unis s’en iront (ce qu’ils feront inévitablement tôt ou tard).

Il y a une raison pour laquelle les États-Unis soutiennent toujours les minorités partout : parce qu’en acceptant ce soutien et en s’appuyant sur lui, ces minorités sont toujours devenues complètement dépendantes des USA. Cela, à son tour, signifie que les États-Unis peuvent utiliser ces minorités de toutes les façons qu’ils veulent, « sinon… ». Et comme les Américains s’en vont tôt ou tard, le « sinon… » survient inévitablement toujours.

Je soutiens que ce serait de la pure folie pour les Kurdes de commettre la même erreur. Oui, bien sûr, ils veulent leur autonomie et/ou leur propre pays. Mais ils doivent comprendre que la seule manière viable d’atteindre l’un ou l’autre de ces objectifs est de négocier avec leurs voisins, et pas avec quelque responsable américain ignorant qui les oubliera sitôt qu’il leur aura promis la lune. Je rappellerais ici aux Kurdes une vieille tradition étasunienne : dès que les choses se gâtent, les Américains « crient victoire et s’en vont ».

Cela signifie aussi que les Kurdes pourraient avoir à se contenter de moins que ce qu’ils veulent. La politique est l’art du possible. Mais si le choix se situe entre une certaine autonomie limitée mais viable et une complète indépendance suivie d’une guerre inévitable contre la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie, je pense que la première solution est la meilleure possible. Cela même si nous supposons que les Kurdes décident d’essayer l’« option kosovare ».

L’Iran est la première puissance militaire sur le terrain. Et le Hezbollah. Les Syriens combattent, je le concède. Mais ils tiennent et font des efforts supplémentaires, et certaines de leurs meilleures unités sont effectivement assez bonnes. Quant aux cieux au-dessus de la Syrie, ils sont russes.

Jusqu’à présent, les Américains n’ont pas réchauffé l’idée de « zone d’exclusion aérienne », mais ils le pourraient, puisque tout cela est idiot à l’extrême. D’ailleurs, je ne peux tout simplement pas imaginer des généraux étasuniens acceptant de déployer leurs forces en Syrie sans couverture aérienne (au cas où vous ne le sauriez pas, le soldat américain ne peut pas combattre sans couverture aérienne. Il ne le fera pas. C’est : « Une couverture aérienne pour moi ou je ne combats pas »). Cependant, une couverture aérienne pour les forces étasuniennes en Syrie implique un accord tacite avec les Russes et les Syriens, quelque chose dont jouissent apparemment les Israéliens, ou un risque immense pour les avions de l’US Air Force et de la Marine. Donc nous en revenons à la négociation avec les Russes et, via les Russes, avec les Syriens.

En fait, je vous parie que c’est ce que font les Américains en ce moment. Négocier tranquillement avec les Russes. Problème : les néocons haïssent la Russie et tout ce qui est russe. Et ils exècrent Poutine. Donc comment le Département d’État ou la Maison Blanche négocient-ils avec les Russes, pendant qu’au même moment, le Congrès, les médias américains et la CIA sont tous engagés dans une campagne de haine hystérique et paranoïaque contre la Russie ?

Donc voici l’énigme de Trump : il a désespérément besoin que les véritables ennemis de Daech – la Russie, l’Iran et la Syrie – acceptent son plan mais, en même temps, il est trop contrôlé pour attaquer cette campagne de haine contre, eh bien, la Russie, l’Iran et la Syrie à l’intérieur des États-Unis.

Les néocons, apparemment soutenus par la CIA et le Pentagone, veulent y aller en solo : seulement mettre la Syrie à feu et à sang dans le style « OK Corral » et ils semblent convaincus qu’ils peuvent d’une manière ou d’une autre pousser les Russes, les Iraniens et les Syriens à la soumission en les terrorisant. Si c’est ça, ils sont à la fois stupides et ignorants. Ou il y a une possibilité encore pire : les néocons savent que ce plan aboutira à un désastre, mais ils veulent que Trump fasse la guerre de toute façon parce qu’ils veulent détruire sa présidence. C’est presque élégant, dans la perversion.

Ce qui est sûr, c’est que vous ne verrez jamais un néocon combattre en première ligne. Ni eux ni leurs enfants ne mourront, quoi qu’ils fassent. Ou c’est ce qu’ils croient. C’est l’une des raisons principales pour lesquelles ces néocons sont le plus grand danger pour les États-Unis et le peuple américain : ils méprisent le véritable peuple américain et ils n’hésiteront pas à le sacrifier en grand nombre, si nécessaire (9/11 quelqu’un ?).

C’est pourquoi tant d’Américains ont voté pour Trump et sa promesse de « drainer le marécage ».

Hélas, c’est le marécage qui a évacué Trump et tout est revenu à la « normale ».

Alors que va-t-il se passer ensuite ? Mon espoir le plus cher : rien. Absolument rien. Tant que les Américains parlent et tant qu’ils ne font rien, il pourrait y avoir de véritables progrès en Syrie (Daech perd déjà la guerre !). J’espère que les Kurdes, vous savez, « essayeront, feront un essai, en quelque sorte » puis s’arrêteront avant que les choses ne deviennent critiques. Si les Kurdes décident vraiment de combattre pour Oncle Sam, j’espère qu’ils garderont à l’esprit le fait que les États-Unis se débarrasseront d’eux dès que Raqqa sera libérée, tout simplement parce créer vraiment une sorte d’autonomie pour les Kurdes contre la volonté de la Syrie, de l’Iran et, le plus important, de la Turquie pourrait aboutir à ce que Erdogan claque vraiment la porte de l’OTAN et que la Turquie quitte l’Alliance. Si cela se produisait, la seule option qui resterait à la Turquie serait une forme d’entente, et peut-être même d’alliance, avec la Russie et l’Iran. Les divers scénarios à effet domino sont presque infinis et rien n’est vraiment impossible.

En ce moment, les Américains sont encore en train de libérer Mossoul. Je suppose que s’ils y restent assez longtemps, ils finiront par réussir, au moins pendant un certain temps. Je ne les vois pas contrôler vraiment la ville longtemps. Ils construiront peut-être une « forteresse consulaire » étasunienne comme à Bagdad ou à Kaboul, mais cela ne voudra pas dire qu’ils contrôlent la ville. S’ils ont l’intention de libérer Raqqa en autant de temps que cela leur a pris pour libérer Mossoul, cela peut durer très, très longtemps.

Il y a une possibilité plus effrayante : les États-Unis commencent leur opération en Syrie, se heurtent à des problèmes puis entament le cycle infini d’escalades et de doublement de la mise. Tôt ou tard cela signifie s’affronter avec les Russes et cela pourrait très vite mal tourner. Un affrontement direct avec l’Iran aurait également des conséquences imprévisibles. Si cela se produit, beaucoup d’Américains mourront.

En supposant qu’il y ait encore quelqu’un de rationnel et de sain d’esprit jouissant de suffisamment d’influence dans l’administration Trump, toute cette folie peut encore être stoppée. Il y a également la possibilité très réelle que la lutte actuelle au sein des élites américaines dévore tellement d’énergie que personne n’aura vraiment le temps et les forces de s’engager dans des opérations militaires très risquées à l’étranger. Et si tout le reste échoue, peut-être quelqu’un suggérera-t-il à Trump qu’une intervention militaire unilatérale en Syrie est pure folie et lui coûtera sa présidence. Peut-être est-ce un argument qu’il comprendra.

2018 sera une année très difficile. Je ne pense pas qu’il y ait le moindre espoir pour un vrai changement dans la politique des États-Unis et j’ai peur que nous devions apprendre à vivre avec une sorte d’Obama 2.0 ou quelque autre forme de « néo-néoconisme ».

C’était vraiment bon d’espérer pendant un moment. Maintenant nous devons accepter que nos espoirs ne se concrétisent jamais et reprendre le combat.

The Saker

PS: Je viens d’apprendre, comme je l’avais prédit, que Bannon a été renvoyé du Conseil de sécurité nationale des États-Unis. Voyez vous-mêmes. Maintenant, le coup d’État contre Trump est entièrement accompli. Et Bloomberg se réjouit que « le directeur du renseignement, le président du Comité des chefs d’état-major, soit promu ». Vous m’en direz tant ! C’est cuit, les gens, les néocons ont totalement écrasé Trump. Et il ne les a même pas combattus à moitié…

Commentary Mag crie déjà victoire, comme si c’était de nouveau Pourim.

Le Saker

Mise à jour :

Trump donne l’ordre d’attaquer militairement la Syrie – un moment crucial pour la Russie

Par le Saker – Le 7 avril 2017 – Source The Saker

Nous avons finalement la réponse à l’importante question de savoir si Trump était pour de bon un imposteur : il vient d’ordonner une frappe de missile de croisière sur la Syrie. Les mots me manquent pour exprimer mon dégoût total à l’égard de Trump.

Tout ce que je veux dire est ceci : c’est un moment aussi crucial que celui de l’agression États-Unis/OTAN contre la Yougoslavie en 1999. Lorsque cela s’est produit, Evgueni Primakov, alors Premier ministre de Russie, alors dans l’avion qui l’amenait à une visite officielle à Washington DC, a ordonné à son pilote de faire demi-tour.

La Russie doit annuler la visite prévue de Rex Tillerson à Moscou, prévue pour les 11 et 12 avril.

Ce n’est pas le moment des affaires comme d’habitude. Il ne peut y avoir d’excuse.

The Saker

Traduit par Diane, vérifié par Julie, relu par Hervé pour le Saker francophone

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