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Pourquoi Zakhartchenko a-t-il décidé de créer la Malorussie ?

Publié le par Felli Bernard

Pourquoi Zakhartchenko a-t-il décidé de créer la Malorussie ?


Quelques pistes d’explication, et pourquoi l’idée n’est pas si farfelue que ça…


 

 

Par Christelle Néant – Le 20 juillet 2017 – Source DONI News

Le 18 juillet, Alexandre Zakhartchenko annonçait la création d’un nouvel État remplaçant l’Ukraine : la Malorussie (« Petite Russie » en traduction littérale). Depuis deux jours, les commentaires, réflexions, ou réponses officielles se succèdent et donnent lieu à des discussions enflammées aussi bien sur internet que dans la vie réelle, de l’Occident jusqu’au fin fond de la Russie, en passant par le Donbass.

Chacun et chacune y va de son commentaire, glosant sur la folie de cette déclaration, sur le fait que c’est une bonne idée, ou sur le fait qu’elle est loin d’entraîner l’adhésion de tous.

Arriver à se faire une idée claire au milieu de ces réactions et débats enflammés, souvent plus dictés par les sentiments personnels que par une réflexion froide et rationnelle, n’a rien de simple. Je vais donc essayer de prendre un peu de distance et de hauteur pour analyser cette initiative de la manière la plus pragmatique et stratégique possible.

 

Alexandre Zakhartchenko n’est pas un dirigeant fou, s’il peut être parfois passionné dans ses déclarations, il n’a rien d’un impulsif qui prendrait des décisions aussi importantes sur un coup de tête. C’est un commandant et un chef d’État responsable qui sait élaborer une stratégie aussi bien sur le plan militaire que civil.

Maintenant que l’on a exclu le coup de folie, passons aux raisons potentielles (et non exhaustives) de cette déclaration de création de la Malorussie :

1. Lancer un avertissement à Kiev, à l’UE, à l’OTAN et aux USA

Depuis des mois, l’application des accords de Minsk et même les discussions au sein des sous-groupes de contact à Minsk sont totalement enlisées par la faute de Kiev. Du cessez-le-feu aux mesures politiques en passant par l’échange de prisonniers, rien n’avance. Pas même d’un millimètre. Les représentants ukrainiens au sein de ces sous-groupes font tout pour saboter les discussions : changement de représentants tous les quatre matins, changement d’avis d’une session à l’autre, refus de signer quoi que ce soit, tentative de revenir sur certains points des accords de Minsk, etc.

Cette mise à l’arrêt, qui provoque un statu quo de la situation, arrange bien Kiev, qui se satisfait de cette guerre larvée, qui rapporte de l’argent au complexe militaro-industriel (dont les usines de Porochenko), occupe les bataillons néo-nazis sur le front, et permet à un paquet d’oligarques, de fonctionnaires, militaires et autres de se servir chacun au passage et de se remplir les poches, tout en pouvant contenir la contestation populaire intérieure grâce à la menace d’arrestation pour séparatisme. Pareil pour l’UE, l’OTAN et les USA, qui se satisfont de cette non-application des accords de Minsk.

Mais en s’endormant sur ce statu quo tout ce petit monde oublie qu’une telle situation ne peut pas durer ad vitam æternam. Le premier but de cette déclaration de création d’un nouvel État est donc de donner un grand coup de pied dans la fourmilière pour réveiller tout ce petit monde. Et de rappeler deux-trois faits de la réalité, comme le fait que l’Ukraine est en faillite, au bord de la désintégration totale, et que cela entraînera un chaos monstre aux portes de l’UE. Cette déclaration vise donc à rappeler que l’UE risque de se retrouver avec une Somalie « bandérisée » à ses portes si elle ne réagit pas.

Que si le plan A que sont les accords de Minsk sont inapplicables, et si l’UE ne veut pas du plan B (la guerre civile totale en Ukraine), alors il faut penser en terme de plan C (la Malorussie).

2. Proposer une sortie de crise par le haut pour sortir de l’impasse

De par l’entretien et le soutien des forces bandéristes et néo-nazies en Ukraine, les USA, l’UE et les autorités de Kiev se retrouvent dans une impasse. Kiev ne peut pas appliquer les accord de Minsk (le plan A) sans risquer une Nuit des longs couteaux, et voir la tête de Porochenko fichée sur une pique au milieu de la place du Maïdan, avant que tout cela dégénère avec la balkanisation du conflit actuellement circonscrit au Donbass.

Le plan B (la guerre civile totale en Ukraine qui aura lieu si le plan A n’est pas appliqué) signifiera la fin du pays, et sa désintégration totale, comme l’indique la déclaration politique de création de la Malorussie. Or l’UE a besoin de tout sauf d’une Somalie néo-nazie à sa porte. Ce serait un désastre pour l’UE, avec le risque d’une vague d’immigration massive d’Ukrainiens fuyant le chaos dans leur pays.

Si on s’en tient aux deux plans envisagés jusqu’ici par tous, la situation est un cul-de-sac. L’idée de Zakhartchenko est d’envisager une autre solution.

« Nous offrons aux citoyens de l’Ukraine une manière pacifique de sortir de cette situation difficile, sans guerre. Ceci est notre dernière offre non seulement pour les Ukrainiens, mais aussi pour tous les pays qui soutiennent la guerre civile dans le Donbass. »

Puisqu’il y a des murs qui barrent la route de tous les côtés et qu’il est impossible de rebrousser chemin, il faut contourner l’obstacle par le haut. Pour cela il faut trouver une solution qui satisfasse peu ou prou les intérêts de la majorité des protagonistes. Et c’est exactement ce qu’est le plan Malorussie : une sortie par le haut, basée sur une vision pragmatique de la politique, respectant les intérêts de la majorité des protagonistes et qui permettrait de sauver de nombreuses vies. Je vais expliquer plus en détail pourquoi par après.

3. Marquer des points sur le plan tactique, provoquer Kiev et faire le buzz

Dans la foulée de la déclaration de Zakhartchenko, Sergueï Lavrov a de nouveau appelé Paris et Berlin à discuter et à faire pression sur Kiev pour appliquer les accords de Minsk, utilisant ainsi le projet Malorussie comme levier de pression sur les garants européens des accords de Minsk pour qu’ils fassent leur travail. L’idée en gros serait de mettre l’UE devant le fait accompli : « Poussez Kiev à respecter les accords de Minsk, ou assumez l’alternative (la Malorussie ou le chaos total à vos portes). »

Le but est aussi de provoquer Kiev, et de faire réagir les autorités ukrainiennes, si possible de manière hystérique. De ce point de vue là c’est une réussite, Kiev a réagi comme on pouvait s’y attendre en réaffirmant le fait que l’Ukraine reprendrait le contrôle du Donbass et de la Crimée (sous-entendu par les armes), tout en dénigrant le projet et celui qui le porte (Zakhartchenko).

ParisBerlin et Washington ont tous réagi à l’unisson pour dénoncer cette initiative et rappeler qu’il fallait avant tout appliquer les accords de Minsk. Le problème c’est que, vu leur manque d’entrain à faire pression pour Kiev sur ce point, leur discours sonne creux et enlise un peu plus la situation dans une impasse, au lieu de chercher une porte de sortie. Ce qui montre que ces pays préfèrent suivre une ligne politique partisane plutôt que de chercher des vraies solutions. C’est là qu’on voit que ces pays sont loin d’être gouvernés par des gens pragmatiques et posés.

En répondant comme ils l’ont fait, Paris, Berlin et Washington ont commis une faute tactique, en repoussant une solution sensée et en s’enferrant dans un plan qui ne tient manifestement pas la route au regard de la réalité des faits. Cela pourra être utilisé contre eux par après, pour leur reprocher de n’avoir pas privilégié une solution pacifique et pragmatique, et d’avoir mené ainsi l’Ukraine à la guerre totale alors que cela pouvait être évité.

Mais leurs réactions, et les dissonances apparentes au niveau de Moscou et même de Lougansk alimentent un buzz médiatique, chacun y allant de son idée sur la question, et de ses spéculations personnelles. Et ce buzz est bien utile, non seulement pour refaire parler du Donbass, mais surtout pour faire connaître en Ukraine et ailleurs la vision du monde que défendent Zakhartchenko et le Donbass.

Car en regardant de plus près l’acte constituant de la Malorussie, cela sonne comme une déclaration de foi politique : refus des OGM, refus de la vente des terres agricoles, volonté de préserver le pouvoir d’achat et le bien-être de la population (refus d’augmenter l’âge de départ à la retraite, gel des tarifs communaux, etc.), volonté d’instaurer un système plus démocratique (utilisation du référendum, discussions locales et régionales sur la future Constitution, introduction d’éléments de démocratie directe, etc.), lutte renforcée contre la corruption, renversement des oligarques, etc.

En hurlant de manière hystérique comme ils l’ont fait, Kiev, Paris, Berlin et Washington ont attiré l’attention des gens sur cette déclaration de création de la Malorussie, et donc sur l’acte constituant. Cela permet à Zakhartchenko et au Donbass de briser le blocus médiatique et de faire savoir quelles sont leurs intentions et les idées politiques qu’ils défendent, et donc de faire savoir la vérité sur ce qui se passe réellement dans le Donbass. Cela permet au Donbass de marquer des points dans le cœur des gens en Ukraine, comme en Occident.

4. Préparer le futur et tendre la main aux autres régions de l’Ukraine actuelle

Comme l’a très bien dit Alexandre Zakhartchenko lors de la déclaration de création de la Malorussie, « ici, nous allons tous discuter du futur ». Avec la création de la Malorussie, le Donbass prépare déjà l’avenir, en anticipant sur la catastrophe inévitable qui se dessine par la faute de la réticence de Kiev, Paris, Berlin et Washington d’opter pour des solutions intelligentes plutôt que pour leurs plans sur la comète.

Alors pourquoi créer la Malorussie plutôt que de ressusciter la Novorussie (Nouvelle Russie) ? Parce que la Malorussie permet d’inclure plus de régions de l’actuelle Ukraine dans le projet. Et donc de sauver plus de monde. Car comme l’a si bien rappelé Vladislav Sourkov (un des assistants et conseillers proches de Vladimir Poutine) en commentant l’initiative de Zakhartchenko, « le plus important ici, c’est que le Donbass ne lutte pas pour la séparation de l’Ukraine mais pour son intégralité. Pour toute l’Ukraine et pas seulement pour lui-même ».

C’est aussi une façon de tendre la main à toutes ces régions en leur montrant que le Donbass se soucie aussi de leur sort et pas seulement du sien, et donc de réveiller les gens qui ne se satisfont pas de la situation actuelle en Ukraine. Les pousser à réagir et à agir, en leur disant en substance : « Si tu veux que le Donbass te vienne en aide, commence par t’aider toi-même en agissant, voilà une alternative viable à l’Ukraine que tu peux défendre sans opter pour le séparatisme. » C’est un projet qui serait beaucoup plus fédérateur et pourrait emporter l’adhésion de gens qui n’auraient pas défendu la Novorussie à cause de l’idée de scission du pays.

Enfin, c’est surtout une façon de préparer à l’avance une solution qui permettrait de sauver ce qui peut l’être lorsque l’Ukraine se sera engagée irrémédiablement dans la voie de la guerre, et s’effondrera après sa défaite. En préparant un plan à l’avance, cela évitera d’élaborer dans l’urgence des plans bancals et mal ficelés.

Cette « utopie » comme l’a qualifiée Sourkov, fait partie du conflit en cours entre Kiev et le Donbass, et serait un processus normal.

« Cela veut dire qu’en Ukraine, il y a une guerre civile entre des citoyens qui voient l’avenir de leur pays d’une façon différente. […] Kiev a son idée d’euro-utopie. Donetsk répond par l’idée de la création de la Malorussie. Il y a toute une discussion à l’intérieur même de l’Ukraine où l’on voit le niveau d’organisation, des arguments et du QI des parties qui discutent. Mais, pour reprendre l’expression de la Malorussie : tel pays, tel QI. »

Pourquoi le plan Malorussie est-il une excellente idée ?

Tout d’abord, car comme indiqué plus haut c’est un plan de sortie de crise par le haut, qui concilie la plupart des exigences de la majorité des protagonistes de ce conflit (qu’ils soient directs ou indirects) :

1. Maintien de l’intégrité territoriale de l’Ukraine ante-Maïdan sauf pour la Crimée (car la Malorussie respecte le droit des peuples à l’autodétermination inclus dans la charte de l’ONU), évitant ainsi un éclatement total du pays, et le chaos qui s’ensuivrait. Cela permettrait aussi de calmer l’UE, l’OTAN et les USA en montrant que la Russie n’a pas de velléité d’invasion ou d’annexion de l’Ukraine, puisque le pays serait indépendant, souverain et non aligné. Ce dernier aspect satisferait la Russie, lui évitant d’avoir un membre de l’OTAN de plus à sa porte, et créant une zone tampon entre l’OTAN et la Russie. Les Ukrainiens qui veulent changer le système sans opter pour le séparatisme seraient aussi satisfaits par cette solution qui ménage la chèvre et le chou, en revenant aux fondements historiques du pays. La RPD et la RPL pourront continuer d’exister au sein de cette fédération, comme la république autonome de Crimée existe au sein de la fédération de Russie. Le pays resterait économiquement proche de la Russie en rétablissant son appartenance à la CEI, tout en ménageant de bonnes relations avec l’UE (en menant des discussions trilatérales Malorussie-Russie-UE entre autre sur le maintien du régime sans visa). Ainsi chacun serait satisfait, et cela permettrait de mettre en œuvre des principes de politique pragmatique basés sur la discussion et la négociation plutôt que sur l’utilisation des armes et de la force.

2. Appliquer la plus grosse partie des accords de Minsk. Après trois ans de guerre et le bain de sang qui a lieu dans le Donbass, la population du Donbass ne veut pas retourner sous le drapeau et dans le pays qui l’a bombardée depuis plus de trois ans (ce qui se comprend parfaitement). En faisant table rase, en changeant le nom, la capitale, le drapeau et l’hymne, et en faisant en sorte que ce soit le Donbass qui intègre le reste de l’Ukraine dans une fédération respectant les spécificités régionales, au lieu de l’Ukraine qui réintégrerait le Donbass, la réunification devient alors possible. En créant la Malorussie, cela mettrait fin à la guerre dans le Donbass, appliquerait les changements constitutionnels demandés, permettrait par après d’organiser des élections réellement libres dans l’ensemble du nouveau pays, permettrait de mettre en œuvre l’amnistie de fait, ainsi que la libération des prisonniers des deux côtés et le retour du contrôle des frontières à la nouvelle capitale. Le cessez-le-feu et les zones de désengagement seraient de facto obsolètes. Le programme économique visant à relancer l’économie non pas seulement du Donbass mais de tout le pays, est déjà inclus lui aussi dans le projet Malorussie. Que demander de plus ?

C’est d’ailleurs ce qu’a dit en substance Zakhar Prilepine lors d’une interview accordée à Komsomolskaya Pravda (traduction en anglais disponible ici) :

« L’acte constitutionnel que nous avons annoncé et unanimement adopté est en fait absolument aligné avec les accords de Minsk. […] Tout d’abord nous allons, en fait, cesser d’être des séparatistes, et ils ne pourront plus nous appeler ainsi, puisque nous serons en faveur d’un État unifié. Et nous n’allons certainement plus être des  ‘terroristes’ non plus, puisque nous sommes en faveur d’une solution pacifique du problème, et que nous avons même proposé les documents nécessaires pour cela. »

3. Sauver un maximum de vies et éviter la guerre. Comme l’a si bien dit Alexandre Zakhartchenko dans une interview à Komsomolskaya Pravda (traduction française par Avic de Réseau International) : « Pour arrêter la guerre, afin de sauver l’État, il faut que l’État se réinvente dans le cadre de la fraternité russe, il est nécessaire de le faire. Sinon, nous allons vers une grande guerre, et il y aura beaucoup de victimes. » En appliquant le plan Malorussie, non seulement on sauverait des vies en Ukraine, mais dans le reste du monde, en évitant le risque d’une propagation du conflit par alliances interposées.

4. Sauver économiquement le pays, en refusant les dettes post-Maïdan, mais pas les autres, évitant ainsi la faillite totale du pays avec les conséquences inévitables que cela entraînerait, mais aussi en réindustrialisant le pays et en rétablissant les liens économiques avec la Russie.

5. Sauver idéologiquement le pays, en le dénazifiant et en instaurant un tribunal populaire pour juger les criminels de guerre, lui évitant la descente aux enfers qu’a connue l’Allemagne pendant et après sa période nazie. En évitant d’infliger une défaite humiliante au pays et en préservant son intégrité, le plan Malorussie permettrait d’éviter de générer encore plus de rancœurs (souvent injustifiées) au sein de la population de l’actuelle Ukraine, pour casser cette dynamique néfaste qui crée continuellement de nouveaux adeptes du néo-nazisme.

6. Donner l’exemple à l’échelle globale. Comme on le voit sur le plan stratégique, c’est un coup de maître, permettant de contourner le blocage des accords de Minsk par les autorités ukrainiennes actuelles, et en permettant au Donbass de se poser en exemple de ce que devrait être la politique nationale et internationale. Une politique pragmatique, réaliste, basée sur le droit international et le respect des intérêts de chacun. C’est d’ailleurs clairement annoncé dans la déclaration politique du projet : « nous serons capables de construire une nouvelle société basée sur l’amitié et l’assistance mutuelle, et non sur la haine et l’envie. Le génie créatif de notre peuple sera en mesure d’amener la Malorussie à l’avant-garde de la civilisation mondiale et de jouer un rôle dans l’histoire. La parole du Bien et de la Vérité. »

Le Donbass avait déjà montré la voie à suivre en matière de liberté et de combat du peuple pour défendre ses droits, il s’est engagé sur la voie d’un développement plus soutenable, en refusant les OGM et en développant une agriculture plus propre que celle que Monsanto promet au reste de l’Ukraine, et il s’apprête maintenant à montrer l’exemple en matière de politique générale, comme la Russie essaye de la faire à l’échelle internationale depuis plus de 10 ans.

Alors pourquoi la Russie ne soutient-ellle pas unanimement ce projet (Peskov jouant au « pas de commentaire », pendant que d’autres jouent au « oui, il faut coller à Minsk, mais le projet Malorussie est une bonne idée à creuser ») ? Pour des raisons évidentes qui se reflètent dans deux articles contenant des citations du même homme publiées par Interfax et RIA Novosti : Leonid Kalachnikov, le président du comité de la CEI à la Douma russe. Je vais mettre ces citations toutes ensemble afin d’avoir une image globale du tableau :

« D’un côté, la Russie demandera de respecter les accords de Minsk, mais dans le même temps, nous ne pouvons pas oublier qu’ils ne sont pas mis en œuvre par l’Ukraine. D’un autre côté, je comprend Zakhartchenko sur le plan humain… En tant que chef du comité [de la CEI], je ne peux pas soutenir cela, mais en tant qu’être humain, en tant que communiste, que député, j’ai appelé depuis longtemps la Russie à reconnaître ces États.

La création d’un tel État est possible et probablement même inévitable, à en juger par ce qui se passe en Ukraine. Au lieu de résoudre le problème, le gouvernement [ukrainien] resserre de plus en plus le nœud et intensifie les actions militaires. Le peuple ne peut pas vivre en état de guerre pendant longtemps. Il faut faire quelque chose. Alors, la création d’un tel État souverain pourrait être une solution pour ces gens.[…] Je pense que les gens seront très positifs [à propos de cette idée]. Mais la communauté internationale sera contre. Certains pays fermeront les yeux dessus. La Russie sera positive sur cette idée. »

La Russie est obligée de manifester une retenue de prime abord pour éviter de se voir reprocher l’annulation des accords de Minsk, qu’elle a pourtant aidés à mettre sur pied et promus depuis leur signature. Comme la création de la RPD et de la RPL il y a trois ans, cette idée qui semble utopique de prime abord doit faire son chemin dans les esprits, pour finir par s’imposer comme la solution qui résoudra bien des problèmes.

La situation actuelle est un nœud gordien que la création de la Malorussie permettrait de trancher. Il est temps pour les dirigeants comme pour les peuples de réfléchir au genre de monde qu’ils veulent bâtir, et quel exemple ils veulent suivre. Celui des fous qui veulent la guerre à tout prix, ou celui de ceux qui promeuvent le dialogue et la diplomatie avant tout ?

Christelle Néant

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Ce que prépare le président Macron

Publié le par Felli Bernard

Ce que prépare le président Macron

Le trouble gagne les Français qui découvrent —mais un peu tard— ne pas connaître leur nouveau président, Emmanuel Macron. Interprétant ses récentes déclarations et ses actes au regard du rapport qu’il rédigea en 2008 pour la Commission Attali, Thierry Meyssan anticipe la direction vers laquelle il est « En marche ! ».

| Damas (Syrie)
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Depuis l’accident cérébral de Jacques Chirac, la France n’est plus présidée. Durant les deux dernières années de ses fonctions, il laissa ses ministres Villepin et Sarkozy s’entre-déchirer. Puis, les Français élurent deux personnalités qui ne parvinrent pas à investir la fonction présidentielle, Nicolas Sarkozy et François Hollande. Ils choisirent alors de porter Emmanuel Macron à l’Élysée, pensant ainsi que l’impétueux jeune homme était capable de reprendre le gouvernail.

Contrairement aux campagnes électorales précédentes, celle de 2017 n’a pas été l’occasion de débattre du fond. Tout au plus aura-t-on pu constater que tous les petits candidats (c’est-à-dire ceux qui n’étaient pas soutenus par de grands partis) contestaient profondément l’Union européenne que tous les grands candidats portaient eux au pinacle. L’essentiel de la campagne fut un feuilleton quotidien dénonçant la corruption supposée de la classe politique en général et du candidat favori, François Fillon, en particulier ; une narration typique des « révolutions colorées ». Comme dans tous ces modèles sans exception, l’opinion publique réagit en prônant le « dégagisme » : tout ce qui était ancien était corrompu, tout ce qui était nouveau était juste et bon. Pourtant aucun des crimes dont tous parlaient ne furent établis.

Dans les révolutions colorées précédentes, l’opinion publique mettait de trois mois (la révolution du Cèdre au Liban) à deux ans (la révolution des Roses en Géorgie) avant de se réveiller et de découvrir avoir été manipulée. Elle revenait alors vers ce qui restait de la première équipe. L’art des organisateurs de révolutions colorées consiste donc à réaliser sans attendre les changements que leurs commanditaires entendent opérer dans les institutions.

Emmanuel Macron a annoncé à l’avance qu’il allait réformer en urgence le Code du Travail, utilisant pour cela la procédure des ordonnances. En outre, il a annoncé d’importantes réformes institutionnelles : modification du Conseil économique et social, diminution —« licenciement » devrait-on dire en termes managériaux— par deux du nombre d’élus à tous les niveaux, et éléments de « moralisation » de la vie politique. Tous ces projets se situent dans le droit fil du rapport de la Commission pour la libération de la croissance française de 2008, dont Jacques Attali était le président et Emmanuel Macron le secrétaire général adjoint.

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Le rapport de la Commission Attali (créée par le président Sarkozy) débute par ces mots : « Ceci n’est ni un rapport, ni une étude, mais un mode d’emploi pour des réformes urgentes et fondatrices. Il n’est ni partisan, ni bipartisan : il est non partisan. »

Le Code du Travail

Concernant le Code du Travail, il y a effectivement un large consensus pour l’adapter aux situations économiques contemporaines. Cependant, au vu des documents préparatoires disponibles, le gouvernement se situe en dehors de ce consensus. Il envisage d’abandonner le système juridique latin pour celui en vigueur aux États-Unis. Un employé et son patron pourraient ainsi négocier entre eux un contrat contraire à la loi. Et pour qu’il n’y ait pas de doute sur l’ampleur et l’importance de cette réforme, le système éducatif devra produire des enfants bilingues français-anglais à la fin de l’école primaire.

Jamais ce changement de paradigme n’a été débattu en France. Tout au plus a-t-il été évoqué lors des débats parlementaires sur la loi El-Khomri-Macron de 2016. Certains observateurs avaient relevé que la prééminence des négociations d’entreprise sur les accords de branche ouvrait un possible basculement vers le droit états-unien.

Ce choix est d’autant plus surprenant que si les États-Unis forment la première puissance financière au monde, ils sont largement dépassés au plan économique par des pays aussi divers que la Chine ou l’Allemagne. En outre, si le Royaume-Uni respecte le vote de ses citoyens et poursuit sa sortie de l’Union européenne, celle-ci ne sera plus dominée par le modèle financier anglo-saxon, mais par celui économique de l’Allemagne.

Les institutions

Concernant la réforme des institutions, il est frappant de constater que, si les réformes envisagées par le président Macron peuvent s’avérer excellentes, aucune n’est attendue par les Français. Personne n’avait jusqu’ici dénoncé une pléthore de parlementaires ou de conseillers municipaux. Au contraire, quantité de rapports ont dénoncé l’accumulation de strates administratives (communes, communautés de communes, départements, régions, État) et la prolifération de « Comités Théodule ».

En réalité, le président Macron avance masqué. Son objectif à moyen terme, largement annoncé dès 2008, est la suppression des communes et des départements. Il s’agit d’homogénéiser les collectivités locales françaises avec le modèle déjà imposé partout ailleurs dans l’Union européenne. L’Élysée, rejetant l’expérience historique des Français, considère qu’ils peuvent être administrés comme tous les autres Européens.

La réforme du Conseil économique et social reste floue. Tout au plus sait-on qu’il s’agirait à la fois de dissoudre les innombrables « Comités Théodule » et de lui confier le dialogue social. L’échec de Charles De Gaulle sur ce sujet, en 1969, laisse à penser que si cette réforme était réalisée, ce ne serait pas pour résoudre un problème, mais pour l’enterrer définitivement. En effet, bien que le dialogue social s’effectue à présent au niveau des branches, la réforme du Code du Travail privera ce dialogue d’objet concret.

En 1969, le président De Gaulle s’était résigné à abandonner une nouvelle fois son vieux projet de « participation », c’est-à-dire de redistribution de l’accroissement du capital des entreprises entre leurs propriétaires et leurs employés. Il avait par contre proposé de faire participer le monde du Travail au processus législatif. Pour ce faire, il avait imaginé de faire fusionner le Conseil économique et social avec le Sénat, de sorte que la Chambre haute rassemble à la fois des représentants des régions et du monde professionnel. Surtout, il avait proposé que cette chambre ne puisse plus rédiger elle-même de lois, mais qu’elle émette un avis sur tout texte avant qu’il ne soit débattu par l’Assemblée nationale. Il s’agissait donc de donner un pouvoir d’avis législatif aux organisations paysannes et libérales, aux syndicats ouvriers et patronaux, aux universités et aux associations familiales, sociales et culturelles.

Les deux priorités que le président Macron entend conduire avant que ses électeurs ne se réveillent peuvent donc se résumer ainsi :
- régir le marché du Travail selon les principes du droit états-unien ;
- adapter les collectivités locales aux normes européennes et enkyster les organisations représentatives du monde du Travail dans une assemblée purement honorifique.

Outre effacer au profit des seuls capitalistes toute trace de plusieurs siècles de luttes sociales, Emmanuel Macron devrait donc éloigner les élus de leurs électeurs et décourager ceux-ci de s’investir dans la chose publique.

Sur le même sujet :
- « De la Fondation Saint-Simon à Emmanuel Macron », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 16 avril 2017.
- « Kadima ! En Marche ! », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 9 mai 2017.
- « Macron-Libye : la Rothschild Connection », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie), Réseau Voltaire, 1er août 2017.

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Alexandre Zakhartchenko annonce la création d’un nouvel État, la Malorussie – pour remplacer l’Ukraine

Publié le par Felli Bernard

Alexandre Zakhartchenko annonce la création d’un nouvel État, la Malorussie – pour remplacer l’Ukraine


Le 18 juillet 2017 – Source DONI News

Aujourd’hui, 18 juillet, la capitale de la République Populaire de Donetsk a accueilli un événement historique − la signature d’une déclaration politique sur la création d’un nouvel État, qui deviendra le successeur légal de l’« Ukraine ». Le nouvel État sera constitué de 19 régions de l’ancienne Ukraine et sera appelée Malorussie, avec sa capitale à Donetsk. Kiev restera un centre historique et culturel sans statut de capitale.

« Ici, nous allons tous discuter du futurNous proposons un plan pour la réintégration du pays grâce à la loi et à la ConstitutionNous devons construire un nouveau pays dans lequel les concepts de conscience et d’honneur ne sont pas oubliésNous offrons aux citoyens de l’Ukraine une manière pacifique de sortir de cette situation difficile, sans guerreCeci est notre dernière offre non seulement pour les Ukrainiens, mais aussi pour tous les pays qui soutiennent la guerre civile dans le Donbass. Je suis convaincu que nous ferons tout ce qui est possible et impossible », a déclaré le chef de la RPD, Alexandre Zakhartchenko.

 

Ont participé à l’événement : le chef de la RPD Alexandre Zakhartchenko, le conseiller du chef de l’État Zakhar Prilepine, le vice-président du conseil des ministre et ministre des revenus et des taxes, Alexandre Timofeyev, ainsi que des représentants de la plupart des régions qui faisaient auparavant partie de l’Ukraine.

Tous les délégués présents ont voté unanimement à vote ouvert pour signer la déclaration politique sur la création de la Malorussie avec Donetsk pour capitale.

« La Malorussie est un État fédéral avec une large autonomie des régionsLa préservation du droit des langues régionales sera garantiele drapeau de Bogdan Khmelnitsky est reconnu comme étant le drapeau national », a déclaré Alexandre Timofeyev en citant l’acte constitutionnel.

« L‘État ‘Ukraine’ s’est révélé comme étant un État failli et a démontré son incapacité à garantir à ses habitants un présent et un avenir pacifiques et prospères », souligne l’un des points de la déclaration politique.

Les deux documents ont été unanimement approuvés par les délégués. En plus des représentants du Donbass, la création du nouvel État a été soutenue par des représentants des régions de Kharkov, Dniepropetrovsk, Zaporojié, Kherson, Nikolayev, Odessa, Soumy, Poltava, Chernigov, Kirovograd, Kiev (délégués de la région et de la ville), Cherkassy, Rovno, Volyn, Ternopol, Ivano-Frankovsk et Lvov.

Déclaration politique

Le projet de l’État « Ukraine », formulé il y a 150 ans et mis en œuvre de différentes façons pendant le XXe siècle, a atteint sa conclusion logique et a mené à la désintégration du pays, à la guerre civile et à la mort de dizaines de milliers de personnes, y compris des enfants, des femmes et des personnes âgées. Et ce processus est irréversible. Toute tentative d’inverser l’histoire conduira à la « balkanisation » du conflit, à l’extension du chaos, l’escalade de la guerre civile et un nombre encore plus grand de victimes.

Pour arrêter la guerre civile, et éviter de nouvelles victimes, nous, représentants de la majorité des régions de l’ancienne « Ukraine » rassemblés à Donetsk le 18 juillet 2017, avons discuté de la situation actuelle et en sommes venus aux conclusions suivantes :
− L’État « Ukraine » s’est révélé comme étant un État failli et a démontré son incapacité à garantir à ses habitants un présent et un avenir pacifiques et prospères ;
− les autorités actuelles − le « président » Porochenko et la Rada suprême − élus à Kiev après le coup d’État sur fond de terreur politique et en l’absence d’élections en Crimée et dans le Donbass, sont illégitimes ;
− L’État « Ukraine » est au bord de la catastrophe économique et du dépeuplement ;
− Un coup d’État ultranationaliste se prépare à Kiev, à la suite duquel des personnes ouvertement néo-nazies prendront le pouvoir à la place des « Bandéristes à visage européen » ;
− Suite au coup d’État néo-nazi, débutera dans le pays une guerre civile de tous contre tous qui provoquera sa désintégration ultérieure ;
− Le projet nationaliste ukrainien (le projet galicien) s’est discrédité lui-même en versant le sang des civils dans le pays ;
− L’idéologie « ukrainiste » a prouvé qu’elle est misanthrope et mélangée avec de la xénophobie (russophobie, antisémitisme, polonophobie) et du néo-nazisme (l’idéologie d’exclusivité nationale et de supériorité) ;
− Suite à l’évolution historique et à cause du Maïdan, le mot « Ukraine » est associé à tout jamais aux noms des complices des nazis Bandera et Choukhevytch, avec les tragédies de Baby Yar, les massacres en Volhynie et Khatyn, et aujourd’hui, avec les assassinats de masse de gens sur le Maïdan, dans la maison des syndicats à Odessa, et le génocide du peuple du Donbass.

Sur la base de ce qui précède, nous croyons que l’État « Ukraine » tel qu’il a été établi après la chute de l’URSS ne peut pas être restauré.

Nous, représentants des régions de l’ancienne « Ukraine », proposons de recréer l’État et à la place de l’ancienne « Ukraine », en se basant sur le fond historique, de proclamer l’État de Malorussie. Dans cette affaire, il est d’une importance primordiale de renommer le pays, puisque l’« Ukraine » en tant qu’État est coupable de crimes de guerre, de terreur de masse et de génocide de son propre peuple.

À son tour, le nouveau nom du pays basé sur les traditions historiques, nous permettra de réunifier ces pièces de l’ancienne « Ukraine » qui semblaient se séparer à jamais, y compris en raison de la participation à la guerre civile des deux côtés de la ligne de front.

Nous devons tourner la page de l’histoire de notre peuple qui est remplie du sang de nos frères et de nos sœurs.

La Malorussie est un État INDÉPENDANT, SOUVERAIN avec un nouveau nom, un nouveau drapeau, une nouvelle Constitution, une nouvelle structure étatique, de nouveaux principes de développement social et économique et de nouvelles perspectives historiques. Mais ce N’EST PAS UNE RÉVOLUTION ! C’est un retour à l’histoire. C’est une nouveauté qui restaure, mais ne détruit pas.

Au vu de la situation économique critique du pays, de la possibilité d’apparition du chaos et de la désintégration, en raison du risque de commencement d’une « guerre de tous conte tous », nous considérons nécessaire de déclarer un état d’urgence pour la période de transition pouvant aller jusqu’à trois ans. Durant cette période, le processus d’adoption de la nouvelle Constitution et l’établissement de l’État de droit devront avoir été parachevés.

Pendant cet état d’urgence, une interdiction des activités des partis politiques et des fonds étrangers sera décrétée, et les peines pour les infractions pénales, particulièrement contre les personnes, seront plus sévères. La lutte contre la corruption sera renforcée, ainsi que les peines pour ce délit. Le marché noir des armes devra être éliminé, y compris par l’enregistrement des armes en accord avec la nouvelle loi.

Durant la même période, une enquête devra être menée avec l’implication de spécialistes étrangers − de Russie, Biélorussie, Union européenne − sur les crimes commis par le régime de Kiev issu du Maïdan : les meurtres sur le Maïdan, les meurtres de citoyens d’Odessa à la maison des syndicats le 2 mai 2014, les crimes de guerre dans la soi-disant OAT.

Durant la même période, un tribunal populaire devra être préparé pour juger les criminels d’État qui ont mené le pays à la désintégration et à la guerre civile : V.F. Ianoukovitch (avec une requête à la Russie demandant son extradition), P.A. Porochenko et sa clique, Tourtchinov, Iatseniouk, Kolomoïsky, Parouby, Nalyvaichenko et les autres.

Nous sommes sûrs que, purifiée de l’idéologie néo-nazie criminelle « ukrainiste », nous serons capables de construire une nouvelle société basée sur l’amitié et l’assistance mutuelle, et non sur la haine et l’envie. Le génie créatif de notre peuple sera en mesure d’amener la Malorussie à l’avant-garde de la civilisation mondiale et de jouer un rôle dans l’histoire. La parole du Bien et de la Vérité.

Acte constitutionnel

Nous, représentants des régions de l’ancienne « Ukraine » (à l’exception de la Crimée), déclarons la création d’un nouvel État, qui est le successeur légal de l’« Ukraine ». Nous sommes d’accord sur le fait que le nouvel État s’appellera la Malorussie, puisque le nom même d’« Ukraine » s’est totalement discrédité.

La ville de Donetsk devient la capitale de la Malorussie. La ville de Kiev reste un centre historique et culturel sans le statut de capitale.

Le drapeau de Bogdan Khmelnitsky (exemple) est reconnu comme le drapeau national de la Malorussie.

La Malorussie est un État multiethnique, dont les langues d’État sont le malorusse et le russe, tout en préservant les droits des langues régionales.

La Malorussie est un État fédéral avec une large autonomie des régions. Le gouvernement central doit gérer les questions de budget fédéral (formé par l’attribution d’un pourcentage établi pour chaque région), l’armée et les services secrets, les douanes et la banque centrale, la politique fiscale et écologique. Les questions essentielles en matière d’éducation (normes) et de médecine doivent aussi rester sous la supervision des autorités centrales, mais avec une composante régionale significative.

Nous nous basons sur le fait que la République populaire de Donetsk (avec la République populaire de Lougansk) restent les seuls territoires de l’ancienne « Ukraine » (sans compter la Crimée), où l’autorité légitime est préservée.

Fondements :
− À Kiev, en février 2014, un coup d’État armé anticonstitutionnel a eu lieu ;
− Donetsk n’a pas reconnu ce coup d’État et ses conséquences « légales » ;
− Dans des conditions d’anarchie virtuelle, un référendum a eu lieu sur le territoire de la région de Donetsk − la forme la plus démocratique d’expression de la volonté des citoyens, sur la base duquel des autorités législatives et exécutives légitimes ont été élues lors d’un vote populaire ;
− Le président par intérim Tourtchinov a été désigné par la Rada suprême en violation de la Constitution. Les élections de Porochenko et de la Rada suprême de 2014 sont illégitimes, puisque, en plus des violations massives et de la terreur politique (agressions physiques de candidats, intimidation des électeurs), plusieurs millions d’électeurs n’ont pas participé à ces élections (Crimée, Donbass), dont la participation a été déclarée par la commission électorale centrale à Kiev.

Sur base des éléments ci-dessus, la République populaire de Donetsk se considère habilitée à entamer le rétablissement de l’État qui était auparavant appelé « Ukraine ».

La République populaire de Donetsk appelle les représentants des élites régionales et de la société civile des régions de l’ancienne « Ukraine » à s’unir pour arrêter le chaos dans le pays et la « guerre civile de tous contre tous », ainsi que le processus de désintégration du pays qui en découle. La RPD est prête à assumer le rôle de coordination et à assurer la sécurité de tous les participants du nouveau processus constitutionnel avec l’aide de son armée et de ses forces de maintien de l’ordre.

À cette fin, nous proposons de sélectionner de manière individuelle des représentants de chaque région à l’Assemblée constituante (sur les principes des assemblées du Zemstvo), où ils créeront le pays − la Malorussie, et adopteront une nouvelle Constitution.

Lors de la préparation de la nouvelle Constitution, nous considérons nécessaire de se reposer sur les principes de base suivants :
− Un État souverain indépendant ;
− L’intégrité territoriale, avec la reconnaissance de la légitimité du choix du peuple criméen (référendum) ;
− Statut militaire neutre (non-aligné) ;
− Basé sur les valeurs traditionnelles de notre peuple, qui sont fondées sur la vision orthodoxe du monde ;
− Égalité de toutes les religions et confessions traditionnelles et, dans le même temps, opposition au schisme et aux sectes totalitaires ;
− Une économie multi-vectorielle, un « pont » entre l’Est et l’Ouest, le Nord et le Sud ;
− Reprise de la participation aux activités de la CEI, ratification de la loi sur l’appartenance de la Malorussie à la CEI ;
− Parcours d’adhésion à l’Union de la Russie et de la Biélorussie tout en préservant l’indépendance et la souveraineté ;
− Restauration des liens de coopération avec la Russie et renouvellement de la coopération avec l’Union économique eurasiatique ; négociations au format trilatéral Malorussie-Russie-UE pour harmoniser les relations dans le système global ;
− Préservation du régime sans visa (en cas de consentement de l’UE) ;
− Restauration du potentiel industriel du pays ; création de compagnies d’État dans les industries clés ;
− Interdiction de la vente de terres agricoles ; rejet des OGM ;
− Développement du système de contrôle populaire (public) de l’économie et de la politique, y compris comme moyen de combattre la corruption ;
− Lutte contre la corruption comme point clef ; responsabilité accrue (y compris responsabilité pénale) pour les délits de corruption ; loi de contrôle pour éliminer les pratiques de corruption ;
− Renversement du pouvoir des oligarques, y compris au niveau législatif ;
− Renonciation aux partis politiques en tant que sujet de politique, transition vers le principe de représentation personnelle ;
− Introduction d’éléments de démocratie directe ;
− Succession légale à l’Ukraine « d’avant le Maïdan » ;
− Répudiation des dettes des autorités issues du Maïdan ;
− Renonciation à l’augmentation de l’âge de départ à la retraite ;
− Gel des tarifs communaux et prise en compte de la possibilité de leur réduction ultérieure ;
− Garanties de premier emploi pour les diplômés des universités ;
− Permission de détenir et de porter des armes ;
− Dénazification systématique ;
− Responsabilité administrative et pénale pour la propagande des idées néo-nazies et la glorification des Nazis et de leurs complices (Bandera, Choukhevytch, OUN-UPA, etc.) ;
− Responsabilité administrative et pénale pour les tentatives de révision de l’issue de la Seconde Guerre mondiale ;
− Réhabilitation de l’héritage soviétique ;
− Restauration des célébrations nationales du Jour de la Victoire le 9 mai ;
− Régionalisation de la politique mémorielle.

La constitution de la Malorussie doit être développée et adoptée dans sa version originelle par l’Assemblée constitutionnelle, puis soumise à un référendum national. Ce sera précédé d’une grande discussion publique à la fois aux niveaux régional et fédéral.

Agence DONi News

Traduction officielle par Christelle Néant

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La folie de l’empire rapproche l’Allemagne de la Russie

Publié le par Felli Bernard

La folie de l’empire rapproche l’Allemagne de la Russie


L’Empire des pleurnichards n’en a décidément jamais fini de bomber le torse, de s’époumoner et de faire la gueule ; aujourd’hui, c’est devenu l’Empire des sanctions.


Pipeline, Nord Stream,Photo Pixabay. Le pipeline Nord-Stream


Pepe Escobar

Par Pepe Escobar – Le 29 juillet 2017 – Source sputniknews

Par une majorité orwellienne de 99% à faire pâlir d’envie la dynastie Kim de Corée du Nord, la « démocratie représentative » de Capitol Hill a imposé son dernier paquet de sanctions, principalement contre la Russie, mais aussi l’Iran et la Corée du Nord.
 

 

L’annonce de la Maison-Blanche – vendredi, en fin d’après-midi au milieu de l’été – selon laquelle le président Trump a approuvé et signera le projet de loi a été littéralement enfoui dans le maëlstrom des nouvelles d’actualité, au milieu du déluge proverbial permanent des sornettes hystériques russophobes du Russiagate.

Trump devra justifier devant le Congrès, par écrit, toute initiative pour alléger les sanctions contre la Russie. Et le Congrès est autorisé à lancer une révision automatique de toute tentative de cet ordre.

Traduction : c’est le glas de toute possibilité de détente entre la Maison-Blanche et la Russie. Le Congrès, de fait, ne fait que ratifier la diabolisation de la Russie orchestrée par les néocons et les néolibérauxcons de l’État profond, le Parti de la guerre dans l’establishment des USA.

Une guerre économique a été déclarée à la Russie depuis au moins trois ans. La différence est que ce dernier paquet de sanctions déclare la guerre économique également à l’Europe, tout particulièrement à l’Allemagne.

Cette guerre se concentre sur le front de l’énergie, en diabolisant la construction du pipeline Nord Stream 2, et en forçant l’UE à acheter le gaz naturel américain plus cher.

Que l’on ne s’y trompe pas ; les leaders de l’UE vont contre-attaquer. Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, l’a énoncé gentiment quand il a dit : « L’Amérique d’abord ne peut pas signifier que les intérêts européens arrivent en dernier. »

Sur le front russe, ce que l’Empire des sanctions a gagné n’est même pas comparable à l’esquisse d’une victoire. Le quotidien russe Kommersant a rapporté que Moscou, parmi d’autres actions, va répliquer en interdisant de territoire toutes les entreprises de technologies de l’information américaines et tous les produits agricoles des USA, et en cessant son exportation de titane à Boeing (dont 30% provient de Russie).

Sur le front du partenariat stratégique Russie-Chine, essayer de brider les accords énergétiques entre la Russie et l’UE ne fera que stimuler les échanges en roubles et en yuans, un des socles du monde multipolaire post-USA.

Et ensuite, il y a un front possible qui pourrait changer la donne de façon spectaculaire : le front allemand.

Les cinglés sur la colline de Washington

Même sans tenir compte du bilan historiquement stratosphérique de Washington en matière non seulement d’ingérence, mais de bombardements et de changements de régimes sur de vastes régions de la planète – de l’Irak à la Libye jusqu’aux menaces actuelles contre l’Iran, le Venezuela et la Corée du Nord – l’hystérie du Russiagate sur l’ingérence russe dans les élections présidentielles de 2016 est un non-événement aujourd’hui minutieusement démonté.

Le centre de l’affaire est, cette fois encore, la guerre de l’énergie.

Selon une source basée au Moyen-Orient et indépendante du consensus de Washington, « Le message de ces sanctions est que l’UE n’a pas d’avenir si elle n’achète pas le gaz naturel des USA en éliminant la Russie. Barrer l’accès de la Russie au marché de l’UE était le but de la guerre très récemment perdue en Syrie, qui prévoyait de mettre en route un pipeline Qatar-Arabie Saoudite-Syrie-Turquie-UE, et une ouverture à l’Iran pour un pipeline Iran-Irak-Syrie-Turquie-UE. Aucun de ces deux plans n’a marché. »

La source ajoute une pièce au dossier, la guerre des prix du pétrole de 2014 contre la Russie, provoquée par le « dumping des surplus pétroliers des États du Golfe sur le marché mondial. Puisque cela n’a pas suffi à mettre la Russie à genoux, la destruction du marché du gaz naturel russe de l’UE est devenue une priorité nationale pour les USA. »

En ce moment, 30% de toutes les importations de gaz et de pétrole de l’UE viennent de Russie. En parallèle, le partenariat énergétique russo-chinois est progressivement consolidé. La Russie se prépare déjà à augmenter ses exportations de gaz et de pétrole vers la Chine et plus généralement l’Asie.

Les leaders de Berlin sont aujourd’hui convaincus que Washington met en péril la sécurité et la diversification énergétique allemande à travers la guerre des sanctions. Le gaz et le pétrole russes sont acheminés par des routes terrestres et ne dépendent pas des océans qui, souligne la source, « ne sont plus sous contrôle des USA. Si, en réponse au bellicisme des USA, la Russie décidait de refaire tomber un rideau de fer sur l’Europe et redirigeait toutes ses exportations de gaz et de pétrole vers la Chine et l’Asie, l’Europe serait totalement dépendante de sources d’énergie aussi peu fiables que celles du Moyen-Orient et de l’Afrique. »

Ce qui nous amène à l’option « nucléaire » qui se profile à l’horizon : un alignement Allemagne-Russie avec un Traité de réassurance du même type que celui mis en place par Bismarck. La nébuleuse des think tanks bichonnés par la CIA cogite maintenant intensément autour de cette éventualité.

Une autre source du monde politico-affairiste, également habituée à penser hors de la basse-cour washingtonienne, souligne : « C’est le but du jeu. C’est le véritable dessein de la Russie, et les États-Unis sont tombés dans le panneau. Les États-Unis en ont assez de l’Allemagne et de ce qu’ils considèrent comme du dumping de produits allemands sur le marché des USA, au travers de la manipulation de la monnaie. Ils menacent aujourd’hui l’Allemagne de sanctions, et l’Allemagne ne peut rien faire, avec l’UE sur le dos, et les menaces de veto de la part de pays comme la Pologne, qui lui donnent du fil à retordre. Les cinglés du Congrès en ont vraiment après l’Allemagne, et ils jettent du même coup l’Allemagne dans les bras de la Russie. »

Les USA en nouvelle Carthage

Une alliance possible Allemagne-Russie, comme je l’ai déjà écrit, arrangerait une entente Chine-Russie-Allemagne capable de réorganiser le territoire eurasien dans son intégralité.

Le partenariat stratégique Russie-Chine est une idée extrêmement attrayante pour le milieu du business allemand, parce qu’il facilite l’accès à de nouveaux marchés grâce à l’initiative Belt and Road (nouvelle Route de la soie).

Selon la source politico-affairiste, « Les USA sont en guerre avec la Chine et la Russie (mais pas le président Trump) et l’Allemagne renâcle à l’idée de fournir de la chair à canon pour les USA. J’en ai parlé en Allemagne, et ils pensent à renouveler le Traité de réassurance avec la Russie. Personne n’a confiance dans ce Congrès des USA, qui est considéré comme un asile de fous. Ils pourraient demander à Merkel de partir prendre le poste de Secrétaire général de l’ONU et ensuite, ils signeraient le traité. Cela secouerait le monde et pulvériserait la conception des USA en tant que première puissance mondiale, ce qui de toute façon n’est plus le cas. »

La source ajoute mi-figue mi-raisin : « Nous pensons que Brzezinski est mort à cause de sa déception, quand il a réalisé ce qui se passait et que toute sa haine de la Russie, tout le travail de sa vie pour la jeter à bas, était en totale déconfiture. »

Ainsi, dans un sens, c’est « Bienvenue au retour des années 1930 et à la montée du nationalisme en Europe. Cette fois, l’Allemagne ne répétera pas ses erreurs de 1914 et de 1941, mais s’élèvera contre ses ennemis traditionnels anglo-saxons. Les USA sont devenus la Carthage des temps modernes, et le désordre du Congrès reflète la stupidité dont Carthage avait fait preuve face à Rome. Les législateurs avaient sapé l’autorité de leur génie Hannibal tout comme aujourd’hui, ils sont en train de saper le plus grand président des USA depuis Andrew Jackson. Comme Sophocle l’avait écrit dans Antigone, ‘Les Dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre’. Ce Congrès est fou. »

Pepe Escobar

Traduction Entelekheia

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Publié le par Felli Bernard

Des vétérans du renseignement étasunien remettent en question les preuves d’un “piratage russe”


Par Veteran Intelligence Professionals for Sanity (VIPS) – Le 24 juillet 2017 – Source Consortium News

MEMORANDUM POUR : Le Président

De : Veteran Intelligence Professionals for Sanity (VIPS) 

SUJET : Le « piratage russe » ne serait-il pas plutôt une copie faite de l’intérieur ?    

Résumé

Les enquêtes techniques au sujet du « piratage russe » des ordinateurs du Comité national démocrate (DNC) de l’année dernière révèlent que, le 5 juillet 2016, les données ont été fuitées (et non piratées) par une personne ayant un accès physique direct aux ordinateurs du DNC, puis ont été détournées pour incriminer la Russie.

 

Après avoir examiné les métadonnées de l’intrusion par « Guccifer 2.0 », le 5 juillet 2016, dans le serveur du DNC, des cyber-enquêteurs indépendants ont conclu que quelqu’un de l’intérieur a copié les données du DNC sur un disque dur externe et que des « signes indicateurs » impliquant la Russie ont ensuite été insérés.

L’une des principales conclusions de ces enquêtes indépendantes est que les données du DNC ont été copiées sur un périphérique de stockage à une vitesse qui dépasse de loin la capacité de débit internet d’un piratage à distance. Important aussi, les détails techniques montrent que la copie et la manipulation ont été effectuées de la côte est des États-Unis. Jusqu’à maintenant, les médias traditionnels ont ignoré les résultats de ces études indépendantes [voir ici et ici].

L’analyste indépendant Skip Folden, un gestionnaire retraité de programme IBM pour les technologies de l’information aux États-Unis, qui a examiné les conclusions récentes de l’enquête est co-auteur de ce mémorandum. Il a rédigé un rapport technique plus détaillé intitulé « Enquête informatique sur les  ‘piratages russes’ et révélation des manquements de la Communauté du renseignement » et l’a envoyé aux bureaux du Conseiller spécial et du Procureur général. Un membre du VIPS, William Binney, ancien directeur technique de l’Agence de sécurité nationale, ainsi que d’autres anciens agents de la NSA, membres du VIPS, témoignent du professionnalisme des résultats de ces enquêtes indépendantes.

Ces récentes enquêtes techniques remplissent un grand manque. Pourquoi le FBI a-t-il négligé d’effectuer une enquête indépendante sur le « Guccifer 2.0 » original ? Cela reste un mystère, de même que le manque de signes montrant que les « analystes soigneusement sélectionnés » du FBI, de la CIA et de la NSA, qui ont écrit ce Rapport de la communauté du renseignement du 6 janvier 2017, aient porté la moindre attention à ces enquêtes.

REMARQUE : Il y a eu tellement de confusion autour de ces accusations de piratage que nous souhaitons rendre très clair l’objet principal de ce mémorandum. Nous nous concentrons spécifiquement sur le « piratage » du serveur DNC , par Guccifer 2.0, le 5 juillet 2016. Dans des notes antérieures du VIPS, nous avions déjà parlé de l’absence de toute preuve reliant les pirates allégués de Guccifer 2.0 à WikiLeaks, et nous avons demandé au président Obama de divulguer les preuves que les datas du DNC aient bien été donnés à WikiLeaks par les Russes [voir ici et ici].

En parlant de ce sujet lors de sa dernière conférence de presse (le 18 janvier), il a trouvé que « les conclusions de la communauté du renseignement » étaient « non concluantes », alors que l’évaluation de la communauté du renseignement du 6 janvier avait exprimé une « grande confiance » dans le fait que les renseignements russes « ont fait passer des donnés piratées du DNC (…) à WikiLeaks ».

Cet aveu d’Obama ne nous a pas surpris. Il est, pour nous, clair depuis longtemps que la raison pour laquelle le gouvernement américain manque de preuves concluantes d’un transfert de données provenant d’un « piratage russe » à WikiLeaks est qu’il n’y a pas eu de transfert de ce genre. En se basant principalement sur l’expérience technique cumulée de nos anciens collègues de la NSA, nous disons depuis près d’un an que les datas du DNC sont parvenus à WikiLeaks via une copie / fuite faite par quelqu’un venant du DNC même (mais sûrement pas la même personne qui a copié les données du DNC, le 5 juillet 2016).

D’après les informations disponibles, nous concluons que le même processus de copie / fuite à l’intérieur du DNC a été utilisé à deux moments différents, par deux entités différentes, pour deux objectifs distinctement différents :

– (1) Une fuite interne de données transmises à WikiLeaks, juste avant que Julian Assange n’annonce, le 12 juin 2016, qu’il avait des documents du DNC en main et prévoyait de les publier (ce qu’il a fait le 22 juillet) – l’objectif présumé étant d’exposer le favoritisme du DNC envers la candidature de Clinton.

– (2) Un autre piratage, le 5 juillet 2016, afin de rendre suspicieux, de manière préventive, tout ce que WikiLeaks pourrait ensuite publier en « démontrant » que c’est un « piratage russe ».

*  *  *

Monsieur le Président,

Ceci est notre premier mémorandum VIPS s’adressant à vous, mais nous avons une longue histoire de rapports écrits pour les présidents des États-Unis, rapports que nous faisons quand nous pensons que nos anciens collègues du renseignement se trompent sur quelque chose d’important, et expliquant pourquoi ils se trompent. Par exemple, notre premier mémorandum de ce genre, un commentaire écrit le jour même au président George W. Bush sur le discours de Colin Powell à l’ONU, le 5 février 2003, qui avertissait que les « conséquences imprévues risquaient d’être catastrophiques », si les États-Unis attaquaient l’Irak et « justifiait » la guerre sur des renseignements que nous, officiers du renseignement, pouvions facilement voir comme étant frauduleux et motivés par un programme guerrier.

L’évaluation de la communauté du renseignement du 6 janvier, faite par des analystes « triés sur le volet », provenant du FBI, de la CIA et de la NSA, semble faite pour justifier le même genre de programme. Elle repose en grande partie sur une « évaluation », non étayée par des preuves visibles, affirmant qu’une entité cachée sous le nom de code de « Guccifer 2.0 » a piraté le DNC au nom des renseignements russes et a transmis ces courriels piratés à WikiLeaks.

Les récentes conclusions techniques mentionnées ci-dessus contredisent fortement cette évaluation et jettent un sérieux doute sur les bases mêmes de cette campagne médiatique si réussie pour accuser le gouvernement russe du piratage. On peut s’attendre à ce que les experts et les politiciens qui ont dirigé l’accusation contre l’ingérence russe dans les élections américaines tentent de jeter le doute sur les résultats de notre enquête, si jamais ils parvenaient même à atteindre les médias traditionnels. Mais les principes de la physique ne mentent pas ; et les limites techniques de l’Internet d’aujourd’hui sont largement comprises. Nous sommes prêts à répondre à tout problème de fond sur ce sujet.

Vous voudriez peut-être demander au directeur de la CIA, Mike Pompeo, ce qu’il sait à ce sujet. Notre propre expérience de la communauté de l’intelligence suggère qu’il est possible que ni l’ancien directeur de la CIA, John Brennan, ni les cyber-guerriers qui ont travaillé pour lui, n’aient été totalement francs avec leur nouveau directeur au sujet de la façon dont tout cela s’est déroulé.

Copié, pas piraté

Comme indiqué ci-dessus, l’enquête indépendante que nous venons de terminer s’est concentrée sur les données copiées (et non piratées) par un personnage anonyme nommé « Guccifer 2.0 ». L’enquête technique reflète ce qui semble être un effort désespéré pour « accuser les Russes » d’avoir publié des courriels très embarrassants du DNC, trois jours avant la convention démocrate de juillet dernier. Étant donné que le contenu des courriels du DNC exposait sa partialité pro-Clinton, sa campagne a tourné au besoin irrésistible de détourner l’attention du contenu vers la provenance – dans le style « qui a piraté ces courriels DNC ? ». Cette campagne a été soutenue avec enthousiasme par des médias « grand public » très conformistes ; et ils sont toujours pris dedans.

« Les Russes » faisaient un coupable idéal. Et, après que l’éditeur de WikiLeaks, Julian Assange, a annoncé, le 12 juin 2016 « Nous avons des courriels liés à Hillary Clinton qui sont en attente de publication », la campagne démocrate avait plus d’un mois avant sa convention pour insérer ses propres « éléments techniques » et lancer la machine médiatique afin d’accuser « l’ingérence russe ». La cheffe de cabinet de Mme Clinton, Jennifer Palmieri, a expliqué comment elle avait utilisé des chariots de golf pour faire tourner l’information lors de la convention. Elle a écrit que sa « mission était de faire que la presse se concentre sur quelque chose qui était très difficile à traiter : la perspective que la Russie ait non seulement piraté et volé des courriels de la DNC, mais qu’elle l’ait fait pour aider Donald Trump et désavantager Hillary Clinton ».

Les cyber-enquêteurs indépendants ont maintenant complété le type d’enquête que l’évaluation du renseignement avait négligé. Curieusement, les analystes du renseignement « soigneusement sélectionnés » se sont contentés « d’évaluer » ceci et « d’évaluer » cela. En revanche, les enquêteurs ont creusé en profondeur et ont fourni des preuves vérifiables, à partir de métadonnées trouvées dans le dossier du prétendu piratage russe.

Ils ont constaté que le prétendu « piratage » de la DNC par Guccifer 2.0 n’était pas un piratage par la Russie ou qui que ce soit d’autre. Au contraire, c’était une simple copie (sur un périphérique de stockage externe, une clé USB, par exemple) faite par quelqu’un de l’intérieur. Les données ont été divulguées après avoir été trafiquées par copier/coller pour impliquer la Russie. Nous ne savons pas qui ou quoi est ce troublant Guccifer 2.0. Il faudrait peut-être demander au FBI.

La chronologie des faits.

− 12 juin 2016 : Assange annonce que WikiLeaks est sur le point de publier des « courriels liés à Hillary Clinton ».

− Le 15 juin 2016 : le sous traitant de la DNC, Crowdstrike (ayant un passé professionnel douteux et plusieurs conflits d’intérêts), annonce que des logiciels malveillants ont été trouvés sur le serveur de la DNC et prétend avoir des preuves qu’ils ont été installés par les Russes.

− Le 15 juin 2016 : le même jour, « Guccifer 2.0 » confirme la déclaration du DNC ; revendique la responsabilité du « piratage » ; prétend être une source WikiLeaks ; et publie un document montrant que les datas ont été marqués par des « empreintes digitales russes ».

Nous pensons que la synchronicité des 12 et 15 juin n’était pas une simple coïncidence. Cela suggère plutôt le début d’un barrage préventif pour associer la Russie à tout ce que WikiLeaks pourrait être sur le point de publier et pour « démontrer » que tout provient d’un piratage russe.

L’événement clé

5 juillet 2016 : En début de soirée, fuseau horaire de l’est des États-Unis, quelqu’un travaillant sous ce fuseau horaire avec un ordinateur directement connecté au serveur du DNC ou à son réseau local, a copié 1 976 méga-bits de données en 87 secondes, sur un périphérique de stockage externe. Cette vitesse est beaucoup trop rapide pour être physiquement possible par un piratage internet.

Il semble donc que le prétendu « piratage » de la DNC par Guccifer 2.0 (la source auto-proclamée de WikiLeaks) n’était pas un piratage fait par la Russie, ni quelqu’un d’autre, mais était plutôt une copie des données sur un périphérique de stockage externe. En outre, l’enquête technique effectuée sur les métadonnées révèle qu’il y a eu une insertion artificielle subséquente : un travail de copier/coller fait à l’aide d’un modèle russe, avec l’objectif clair d’en attribuer le fait à un « piratage russe ». Tout cela a été effectué dans le fuseau horaire est-étasunien.

 « Camouflage et dé-camouflage »

Monsieur le Président, les révélations faites ci-dessous peuvent être liées à cette affaire. Même si ce n’est pas le cas, nous pensons que vous devriez être conscient de cette possibilité. Le 7 mars 2017, WikiLeaks a commencé à publier une série de documents originaux de la CIA, qu’il a nommés « Vault 7 ». Le site a déclaré qu’il avait obtenu les données d’un actuel ou ancien entrepreneur de la CIA et l’a décrit comme étant comparable, en l’échelle et en importance, aux informations qu’Edward Snowden avait transmises aux journalistes en 2013.

Personne n’a contesté l’authenticité des documents originaux de Vault 7, qui a révélé une vaste gamme d’outils de cyber-guerre en train d’être développés, probablement avec l’aide de la NSA, par le Groupe de développement et d’ingénierie de la CIA. Ce groupe faisait partie de la vaste Direction de l’innovation numérique de la CIA, une activité en pleine expansion créée par John Brennan en 2015.

Des outils numériques à peine imaginables, pouvant prendre le contrôle de votre voiture et la faire rouler à plus de 160 km/h par exemple, ou permettre l’espionnage à distance par un téléviseur – ont été décrits et régulièrement publiés par le New York Times et d’autres médias, tout au long du mois de mars. Mais la version de Vault 7, partie 3, divulguée le 31 mars, qui révélait le programme « Marble Framework », a apparemment été jugée trop délicate pour être qualifiée « d’information pouvant être imprimée » et n’a jamais été publiée par le Times.

Ellen Nakashima, du Washington Post, n’a semble-t-il « pas reçu le mémo » à temps. Son article du 31 mars portait le titre attrayant (et précis) : « La dernière publication de WikiLeaks au sujet des cyber-outils de la CIA pourrait lever le voile sur les opérations de piratage de l’agence ».

La publication de WikiLeaks indiquait que Marble était conçu pour un « camouflage » flexible et facile à utiliser, et que le code source de Marble comprend un « dé-camoufleur » fait pour désactiver les camouflages de la CIA.

Plus important encore, la CIA aurait utilisé Marble en 2016. Dans son article du Washington Post, Nakashima a laissé ce fait de coté, mais a parlé d’un autre fait important révélé par WikiLeaks ; que l’outil de camouflage pouvait être utilisé pour mener un « double jeu d’attribution légale », c’est-à-dire une opération sous fausse bannière, parce qu’elle permettait d’insérer des morceaux de programme en chinois, russe, coréen, arabe ou farsi.

La réaction de la CIA fut épidermique. Le directeur Mike Pompeo s’est lâché, deux semaines plus tard, en traitant Assange et ses complices de « démons » et en déclarant : « Il est temps de considérer WikiLeaks pour ce qu’il est vraiment, un service de renseignement non étatique hostile, souvent encouragé par des acteurs étatiques comme la Russie. »

Monsieur le Président, nous ne savons pas si Marble, l’outil de la CIA, ou des outils équivalents, ont joué un rôle dans la campagne pour accuser la Russie d’avoir piraté la DNC. Nous ne savons pas non plus si la Direction de l’innovation numérique de la CIA a été franche avec vous et avec le directeur Pompeo. Ce sont des domaines qui pourraient profiter d’une enquête approfondie de la part de la Maison-Blanche.

Poutine et la technologie

Nous ne savons pas non plus si vous avez discuté en détail de ces problèmes informatiques avec le président Poutine. Dans son entretien avec Megyn Kelly de NBC, il semblait disposé, peut-être même impatient, de résoudre les problèmes liés au type d’outils informatiques révélés par les divulgations de Vault 7, ne serait-ce que pour indiquer qu’il avait été informé à ce sujet. Poutine a souligné que la technologie actuelle permet aux pirates d’être « masqués et camouflés de façon à ce que personne ne puisse comprendre l’origine [du piratage] )…) Et, inversement, il est possible de créer une entité ou un individu pour que tout le monde pense qu’il est la vraie source de cette attaque ».

« Les pirates peuvent être n’importe où, a-t-il déclaré. Il se peut qu’il y ait des pirates informatiques, aux États-Unis, qui ont, très habilement et professionnellement, fait accuser la Russie. Vous ne pouvez pas imaginer un tel scénario ? …  Moi je le peux. »

Commentaire : Au cours des dernières décennies, l’éthique de notre profession s’est érodée dans l’esprit du public au point qu’une analyse vraiment indépendante est jugée presque impossible. Ainsi, nous ajoutons cette déclaration, qui s’applique à tout ce que nous, au VIPS, disons et faisons : nous n’avons pas de but politique ; notre seul but est de répandre la vérité et, le cas échéant, demander des comptes à nos anciens collègues du renseignement.

Nous parlons et écrivons sans peur ni recherche de faveur. Par conséquent, toute ressemblance entre ce que nous disons et ce que les présidents, les politiciens et les experts disent est pure coïncidence. Le fait que nous trouvons nécessaire d’inclure ce commentaire en dit long sur ces temps très politisés. Il s’agit de notre 50e Mémorandum VIPS depuis l’après-midi du discours de Powell à l’ONU. Les liens directs aux 49 précédents mémos peuvent être trouvés à l’adresse suivante : https://consortiumnews.com/vips-memos/

Pour le groupe actif, les Veteran intelligence professdionals for sanity

William Binney, former NSA Technical Director for World Geopolitical & Military Analysis ; Co-founder of NSA’s Signals Intelligence Automation Research Center

Skip Folden, independent analyst, retired IBM Program Manager for Information Technology US (Associate VIPS)

Matthew Hoh, former Capt., USMC, Iraq & Foreign Service Officer, Afghanistan (associate VIPS)

Larry C Johnson, CIA & State Department (ret.)

Michael S. Kearns, Air Force Intelligence Officer (Ret.), Master SERE Resistance to Interrogation Instructor

John Kiriakou, Former CIA Counterterrorism Officer and former Senior Investigator, Senate Foreign Relations Committee

Linda Lewis, WMD preparedness policy analyst, USDA (ret.)

Lisa Ling, TSgt USAF (ret.) (associate VIPS)

Edward Loomis, Jr., former NSA Technical Director for the Office of Signals Processing

David MacMichael, National Intelligence Council (ret.)

Ray McGovern, former U.S. Army Infantry/Intelligence officer and CIA analyst

Elizabeth Murray, former Deputy National Intelligence Officer for Middle East, CIA

Coleen Rowley, FBI Special Agent and former Minneapolis Division Legal Counsel (ret.)

Cian Westmoreland, former USAF Radio Frequency Transmission Systems Technician and Unmanned Aircraft Systems whistleblower (Associate VIPS)

Kirk Wiebe, former Senior Analyst, SIGINT Automation Research Center, NSA

Sarah G. Wilton, Intelligence Officer, DIA (ret.) ; Commander, US Naval Reserve (ret.)

Ann Wright, U.S. Army Reserve Colonel (ret) and former U.S. Diplomat

Traduit par Wayan, relu par Catherine pour le Sa

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Vers un rétablissement de zones d’influence au Levant ?

Publié le par Felli Bernard

Vers un rétablissement de zones d’influence au Levant ?


Par Ibrahim Tabet − Juin 2017

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herodote.net

 

Les accords Sykes-Picot de 1916 relatifs au partage des provinces arabes de l’empire ottoman entre la France et la Grande Bretagne avaient débouché sur l’établissement de protectorats (avalisés par des mandats de la SDN) sur les États du Levant et le tracé de leurs frontières, sans qu’elles aient voix au chapitre. Les guerres en Irak et en Syrie peuvent-elles remettre en question leur intégrité territoriale ? Peut-on faire un parallèle entre la tutelle exercée sur eux par les deux anciennes puissances coloniales et leur partage en zones d’influence qui semble se dessiner entre l’Iran, la Russie et les États-Unis ?

 

Ces derniers qui avaient supplanté la France et l’Angleterre dans la région après l’affaire de Suez se sont confrontés à l’URSS durant la Guerre froide. Devenus la seule superpuissance après l’implosion de leur rival communiste, les États-Unis ont profité de ce vide de puissance pour tenter d’imposer un ordre régional conforme à leurs intérêts et à ceux d’Israël. Quels seront leurs relations avec la Russie après son retour sur la scène syrienne ? Se dirige-t-on vers un accord américano-russe sur le dossier syrien ? Quelle sera la conséquence de l’hostilité envers l’Iran de l’administration Trump qui s’est érigée en champion de la cause sunnite ? Alors que les deux puissances régionales musulmanes, la Turquie et l’Iran, étaient en position de jouer un rôle majeur en Syrie et en Irak, les errements politiques d’Erdogan ont brisé ses rêves de grandeur néo-ottomans et il doit faire face à la menace kurde. L’Iran au contraire apparaît comme la grande puissance régionale, grâce en partie au boulevard que lui a ouvert Washington en détruisant l’Irak. Quant à celui-ci et à la Syrie qui font figure d’États faillis, ils ne sont pas davantage maîtres de leur destin qu’en 1920 et sont destinés à rester ballottés entre l’axe chiite, allié de facto à la Russie, et l’alliance américano-saoudienne.

Les tentatives avortées d’unité arabe remettant en question des frontières héritées de l’époque coloniale montrent qu’elles n’étaient pas totalement artificielles et que se sont développés des nationalismes irakien et syrien. Mais, depuis la montée de l’islamisme et de l’antagonisme chiito-sunnite, les sentiments d’appartenance ethnique ou confessionnelle l’emportent sur le nationalisme. Les frontières extérieures de la Syrie et de l’Irak ne seront probablement pas remises en question. Mais le Kurdistan irakien forme déjà une entité quasi indépendante et le statut des régions sunnites reprises à Daech est incertain. À moins d’y exercer une répression génératrice d’un nouveau soulèvement, le gouvernement de Bagdad dominé par les chiites devra sans doute leur concéder une large autonomie qui consacrerait la transformation de l’Irak en une lâche confédération où l’influence de l’Iran restera prépondérante. En Syrie, Daech sera probablement évincé de la région qu’il occupe encore par les forces soutenues par les Américains autour de Raqqa et par les forces du régime et ses alliés à Deir el Zor.

Mais, à part la confrontation pour contrôler le sud de la frontière syro-irakienne, il est peu probable que les autres lignes de front bougent de manière significatives, comme semblent l’indiquer les accords d’échanges de population conclus entre le régime et l’opposition. Accords qui ne présagent en rien les chances d’une entente sur une transition politique dans un avenir prévisible ainsi que celles d’une réconciliation et d’une réunification du territoire. En attendant on se dirige probablement vers la constitution de facto de régions autonomes ethniques ou confessionnelles : le vaste territoire constitué de la « Syrie utile », s’étendant jusqu’à Deir el Zor et regroupant la majorité de la population, y compris une importante composante alaouite, chrétienne et druze qui restera gouvernée par le régime, sous tutelle russe et dans une moindre mesure iranienne.

Deux  « cantons » sunnites, l’un dans le gouvernorat d’Idlib adossé à la Turquie et l’autre dans la vallée de l’Euphrate comprenant Raqqa, qui pourraient être placés sous protectorat américain. Ce protectorat englobera aussi le canton kurde dans le nord-est du pays, séparé de la petite enclave kurde d’Ifrin par un couloir occupé par l’armée turque, à moins que les Américains ne lâchent les Kurdes une fois qu’ils n’auront plus besoin d’eux. On ne peut en effet exclure un bazar où les Turcs échangeraient leur soutien aux islamistes de la région d’Idlib contre le soutien américain aux Kurdes. Quant à la frontière stratégique allant de Deir el Zor à al-Tanaf, son sort dépendra de l’issue des combats sur ce théâtre d’opérations qui semble évoluer en faveur du régime. Reste à savoir si cette division de facto sera transformée à terme en une fédération de jure ou une simple décentralisation administrative. En attendant, tant que le régime restera au pouvoir à Damas, les Occidentaux et les pays du Golfe ne seront pas prêts à financer la reconstruction de la Syrie avec comme conséquence le fait que la majorité des réfugiés syriens dans les pays voisins ne puissent pas regagner le pays.

Ce risque affecte plus particulières le Liban. Une étude réalisée par un think tank de l’ESA [Business school gérée par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris a l’instar d’HEC selon l’auteur, NdSF] sur les conséquences de la crise des réfugiés syriens prévoit qu’entre un-tiers et deux-tiers de ceux-ci (estimés à 1 500 000) resteront dans le pays. D’après cette étude, l’UE et les pays du Golfe sont déterminés à les maintenir sur place, même au risque de compromettre la survie du Liban. En fonction de l’évolution du conflit syrien, du nombre de réfugiés restants et du degré de résilience du système politique libanais, trois scénarios sont possibles à l’horizon 2030.

Scenario A : le conflit syrien ne prend pas fin dans un avenir prévisible. Le nombre de réfugiés dépasse le million. Les tensions sectaires augmentent. L’État libanais s’effondre et le pays se divise de facto puis de jure en cinq cantons, deux à dominante chiite (au Sud et à la Bekaa) sous influence iranienne, deux sunnites (au Nord et à Saida) sous influence saoudienne, et un druzo-chrétien dans l’ancien Mont-Liban. Beyrouth restant le siège des quelques institutions communes.

Scenario B : le régime syrien étend son contrôle à la majorité du territoire syrien. Près de la moitié des réfugiés retournent chez eux. Ceux qui restent (environ 750 000) s’organisent en lobby, mais le gouvernement est paralysé et n’entreprend aucune mesure pour affronter la situation.

Scenario C : Une solution au conflit syrien est trouvée, la Syrie est réunifiée et sa reconstruction commence. Environ deux tiers des réfugiés retournent chez eux et le nombre de réfugiés restant se stabilise autour de 500 000. L’UE et les pays du GCC proposent une sorte de plan Marshall au Liban à condition qu’il les intègre. Malgré l’opposition d’une grande partie de la population le gouvernement est contraint de l’accepter. Les Palestiniens réclament et obtiennent le même statut. Les institutions libanaises sont réformées dans le sens d’une sécularisation. L’économie reprend grâce à l’aide internationale et aux investissements étrangers, mais l’émigration des chrétiens qui ne représentent plus qu’une petite minorité et n’ont plus voix au chapitre au plan politique s’intensifie.

Ibrahim Tabet

Note du Saker Francophone

L'auteur qui nous envoie ses textes régulièrement est libanais, en parlant de « régime » pour qualifier le président et le gouvernement élu légitimement de la Syrie, laisse transparaître un certain parti-pris mais il est intéressant de voir le point de vue d'un Libanais francophone sur la situation au Moyen-Orient.

Nous vous renvoyons aussi aux articles d'Andrew Korybko sur la guerre hybride et l'utilisation du fédéralisme identitaire comme objectif de guerre pour prendre le contrôle d'un pays ou d'une région comme en Syrie.

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Chronique d’une attaque chimique annoncée

Publié le par Felli Bernard

Chronique d’une attaque chimique annoncée

Par Elijah Magnier – Le 28 juin 2017 – Source son compte Twitter

Note du Saker Francophone
Sur son compte Twitter, Elijah Magnier, analyste politique et correspondant de guerre qui compte plus de 30 ans d'expérience à son actif, répond à trois questions bien précises au sujet d'une attaque éventuelle des USA contre la Syrie, qui est accusée de préparer une (autre) attaque à l'arme chimique.

Pourquoi les USA veulent–ils accuser Assad de recourir à des armes chimiques ?

Assad et ses alliés ont stoppé les forces étasuniennes à al-Tanaf, en faisant fi de leur avertissement et en leur bloquant la route. Ces forces et leurs mandataires inefficaces sont dorénavant isolés.

 

– Assad et ses alliés ont imposé un lien entre leurs forces armées et les Forces de mobilisation populaire (FMP) irakiennes, de l’autre côté de la frontière. C’est justement pour empêcher ce lien que les USA ont occupé al-Tanaf.

– Assad et ses alliés veulent continuer leur poussée vers Deir Ezzor, afin de libérer entre 100 000 et 150 000 civils encerclés par Daech. Les USA n’objecteraient pas à ce que Daech prenne Deir Ezzor, pour pouvoir plus tard la « libérer » de Daech avec leurs mandataires kurdes (Forces démocratiques syriennes/Unités de protection du peuple kurde – FDS/YPG).

– Assad et ses alliés se sont imposés dans le sud et ont déjoué les tentatives d’Israël d’amener al-Qaïda (AQ) à prendre le dessus. Les USA ont intérêt à ce que Daraa tombe aux mains d’AQ afin d’imposer des « forces de maintien de la paix », au grand dam de la Russie et de Damas.

– Les USA ont sommé le Premier ministre irakien Haidar al Abadi d’empêcher les FMP d’atteindre la frontière syrienne. Abadi n’arrivera pas nécessairement à imposer sa volonté aux FMP, car la sécurité de l’Irak ne peut être assurée tant que Daech peut passer librement d’un pays à l’autre. Si cela arrive, les USA seront furieux.

– Les USA veulent imposer une nouvelle règle d’engagement, car leurs messages (bombarder l’armée syrienne et ses alliés à répétition et abattre un avion) ont été entendus et ignorés par Damas.

Pourquoi Assad utiliserait-il des armes chimiques ?

– L’Armée arabe syrienne (AAS), la Russie et leurs alliés l’emportent sur tous les fronts contre Daech et l’Armée syrienne libre (ASL, mandataires des USA) à al-Badiyah (Jaych Ossoud al-Charkiya, etc.).

– L’AAS et ses alliés ont bloqué la route aux forces étasuniennes à al-Tanaf, les ont contournées et ont fermé la route vers le Nord-Est.

– L’AAS et ses alliés progressent rapidement dans les territoires occupés par Daech, en poussant leurs forces vers al-Sukhnah et sur d’autres fronts dans le but d’atteindre Deir Ezzor, afin de briser le siège que Daech impose à cette ville depuis 30 mois.

– L’AAS tire profit d’un cessez-le-feu généralisé dans bon nombre de villes et de zones, ce qui permet à ses forces et à ses alliés de consacrer plus de troupes à la lutte contre Daech.

– L’AAS a stoppé al-Qaïda dans le sud de la Syrie malgré l’aide militaire israélienne.

– L’AAS utilise l’aéroport de al-Shua’yrat qui se trouve au cœur de toutes les opérations militaires dans la région rurale de Homs et à al-Badiya (steppe syrienne).

Conclusion – L’utilisation d’armes chimiques ne ferait que nuire aux progrès d’Assad et à son avantage sur tous les fronts, y compris sur le plan politique à Astana (dont les pourparlers reprendront le mois prochain).

Que se passera-t-il si la Russie décide de rétorquer à un bombardement de l’armée syrienne ou de sa force aérienne par Trump ?

– De Damas et Hmeimim, les forces aériennes russes et syriennes attaquent le sud (Daraa).

– De l’aéroport militaire de al-Shuay’rat, l’AAS et la Russie attaquent Daech.

– Trump accuse Assad de « préparer une attaque chimique à partir de Shuay’rat ». Au nord de la Syrie, il y a cessez-le-feu tacite avec al-Qaïda, Ahrar al-sham et autres.

– Trump va-t-il bombarder l’armée syrienne ou sa force aérienne pour défendre « l’État islamique » ?

– Assad « se prépare à utiliser des armes chimiques » contre quelles forces au Nord ?

Conclusion – Le bombardement de l’armée syrienne par Trump ne repose sur aucun motif. Il en a donc inventé un. Mais ce sera un véritable casse-tête pour la Russie. Si Moscou ne réagit pas ou qu’Assad ne lance pas des missiles antiaériens, les deux paraîtront très faibles.

Trump a-t-il réfléchi à l’autre possibilité ? (Qu’arrivera-t-il si la Russie réagit ?).

Traduit par Daniel, relu par Catherine pour le Saker Francophone

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Multi-niveau

Publié le par Felli Bernard

Multi-niveau

30 Juin 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Etats-Unis, #Moyen-Orient, #Russie

Une énorme partie d'échecs se joue actuellement sur plusieurs niveaux et en différents lieux, tant dans les couloirs de la Maison blanche et du Kremlin que dans la steppe désertique syro-jordanienne. Comme le dit un fidèle lecteur, il est bien difficile de s'y retrouver sur le tapis vert syrien entre les innombrables combinaisons pair-impair, rouge et noir, manque ou passe, d'autant que l'équation est encore compliquée par les traditionnels retournements et enchevêtrements moyen-orientaux. Par où commencer ?

"L'attaque chimique" n'a pas (encore ?) eu lieu et Washington plastronne. J'invente une menace imaginaire, elle ne se matérialise pas, c'est grâce à mon avertissement, applaudissez-moi. Connaissant le Donald, la gloriole gratuite à usage interne n'est certes pas à exclure. Mais toute cette affaire cache bien autre chose, et notamment les fractures béantes au sein de la nouvelle administration.

Derrière le damage control mâtiné de sauvetage de face du Pentagone, il apparaît clairement que les militaires n'étaient pas au courant de l'explosive déclaration de la Maison blanche, le Centcom allant jusqu'à dire publiquement qu'il n'a "aucune idée" des raisons qui ont conduit à cette annonce.

Fait intéressant, tout ceci est intervenu seulement trois jours après que le colonel Dillon, porte-parole de la coalition contre l'Etat Islamique, a déclaré que les Etats-Unis voyaient d'un bon oeil les efforts de l'armée syrienne et des milices pro-iraniennes dans le combat contre Daech. Des faucons (McMaster ?) voulant torpiller les ouvertures faites par les colombes ne s'y prendraient pas autrement...

Mais le panier de crabes impérial est encore plus méphistophélique. Il n'a échappé à personne que la crise a éclaté peu de temps après la visite du beau-fils Kushner en Israël. Le mari d'Ivanka (appelons-le Ivanko), qui se revendique presque ouvertement sioniste, a-t-il été chargé par Bibi la Terreur d'un message ainsi que de quelques "renseignements de première main sur une prochaine attaque chimique" - inventés - à destination du Donald ?

Pas impossible, d'autant que le président semble plus faire confiance à son gendre post-pubère qu'à ses secrétaires d'Etat aux Affaires étrangères et à la Défense. De par son amitié avec l'ambassadeur émirati à Washington, Kushner aurait par exemple eu un rôle crucial dans la tempête twittique du Donald contre le Qatar lors du conflit du Conseil de Coopération du Golfe. Au grand dam de Mattis et Tillerson, plutôt sur la ligne de Doha et qui passent leur temps à nettoyer les bêtises du gamin. On dit d'ailleurs T. Rex fatigué de voir son travail systématiquement saboté par la famille Trump et peut-être même sur la sellette. A suivre...

Ainsi donc, Ivanko aurait été mandaté par l'establishment israélien, paniqué devant la constitution de l'arc chiite, pour convaincre son beau-père de menacer Assad, menaces qui seront évidemment considérées comme un feu vert par les barbus modérément modérés ? L'hypothèse paraît plausible et séduisante, et la seconde partie de la proposition est même indiscutable. Sauf que... Quelque chose ne cadre pas tout à fait avec la première partie.

Kushner était apparemment totalement opposé à la frappe tomahawkienne d'avril :

Un passionnant article du toujours très informé Robert Parry dévoile de l'intérieur la prise de décision. Il y aurait eu une vive lutte dans les hautes sphères du pouvoir et une gêne évidente parmi la communauté du renseignement, persuadée de l'innocence d'Assad dans l'événement chimique. A la Maison Blanche, un combat à couteaux tirés eut lieu entre d'un côté Steve Bannon et Jared Kushner (!) et, de l'autre, le conseiller à la sécurité nationale, le néo-con McMaster. Finalement, Cretinho s'est rangé à l'avis de la clique de ce dernier, souhaitant alléger la pression du Deep State à son égard.

Arrêtons-nous un instant sur Kushner, gendre juif orthodoxe de Trump et sioniste fervent, qui a pourtant pris le parti de son ennemi personnel Bannon et conseillé à son beau-père de tout déballer sur la Syrie : l'intox de la Ghouta et la manip de Khan Cheikhoun la semaine dernière.

Ajoutons qu'Ivanko est également accusé par la MSN de sympathies pro-russes, ce qui, comme chacun sait, constitue de nos jours l'acte d'accusation le plus grave que peut trouver le système impérial. Non décidément, quelque chose ne colle pas. Nous parlions plus haut d'insolubles combinaisons rouge, impair et passe...

A Moscou, on ne perd en tout cas pas son temps avec de telles subtilités et promet une réponse "proportionnée" en cas d'attaque américaine suite à un éventuel nouveau false flag chimique. Lavrov, qui ne parle jamais pour ne rien dire, a donné une intéressante conférence de presse dans laquelle une phrase intrigue :

"J'espère que cette fois, les Etats-Unis prendront en compte la nécessité de vraiment lutter contre la prolifération d'armes chimiques."

Serait-ce à dire que le facétieux Sergueï accuse les USA d'avoir permis la prolifération d'armes chimiques en Syrie par le passé ? En fournissant, exemple pris au hasard bien entendu, les barbus de Khan Cheikhoun juste avant le bombardement syrien ?

Le risque d'escalade est en tout cas pris au sérieux et l'on note une forte recrudescence de cargos russes qui passent et repassent le Bosphore en faisant l'aller-retour Russie-Tartous. On imagine que ce n'est pas pour débarquer des cargaisons de chocolats...

En un temps d'incertitude sur les intentions de Washington - même la vraie presse d'information s'y perd, le d'habitude pessimiste Moon of Alabama y voyant la fin de l'aventure US, Russia Insider prédisant au contraire une attaque imminente -, il est en effet plus prudent d'accumuler les joujoux militaires pour faire face à toute éventualité.

Dans notre grand jeu Qui mettra la main sur le territoire califal ? - question qui sous-tend à vrai dire tout le conflit syrien -, les loyalistes ont marqué plusieurs dizaines de points depuis un mois, pour le plus grand malheur de l'axe israélo-saoudien. Le blitz royal vers la frontière syro-irakienne a évidemment fait sonner toutes les alarmes à Riyad et Tel Aviv, permettant l'accès à la Méditerranée pour l'Iran (et même, dans le futur, pour les routes de la Soie chinoises).

Il y a quelques heures, toute la poche à l'est de Khanasir a été libérée - les petits hommes en noir en passe d'être totalement encerclés se sont retirés -, mettant définitivement fin à la présence de Daech dans la province d'Alep et permettant la jonction stratégique entre Ithiya et Rusafa. Sur la carte, cela représente un gain énorme pour Damas :

Désormais, les bases sont jetées pour la réduction du saillant à l'est de Hama et surtout la grande offensive orientale vers Deir ez Zoor et, plus loin, vers la frontière irakienne, où les bataillons du blitz sont d'ailleurs en train d'avancer de leur côté.

C'est le moment que choisit le sultan pour lancer une attaque très sérieuse contre le canton kurde d'Afrin (une semaine d'intenses bombardements et maintenant une forte concentration de troupes) dans le but semi-avoué de faire la jonction avec l'Idlibistan, ce qui serait évidemment totalement inacceptable pour Damas et Moscou.

Où l'on constate une nouvelle fois l'invraisemblable noeud gordien de la région : les Russes sont plus ou moins alliés aux Kurdes et depuis un an aux Turcs, qui se détestent pourtant les uns les autres. L'empire américain n'est pas le seul à allier les contraires...

Des rumeurs infondées faisaient état du retrait du contingent russe de la petite base que Moscou avait établie dans la zone kurde ; en réalité, 160 soldats supplémentaires ont apparemment été envoyés en renfort pour bien montrer qu'il est hors de question de désenclaver l'Idlibistan.

Se dirige-t-on alors vers une confrontation russo-turque ? Improbable au vu du tectonique rapprochement entre Moscou et Ankara. Il se pourrait même que Poutine ait en réalité donné un feu vert tacite (et partiel) à Erdogan, histoire de calmer les ardeurs américano-saoudiennes des Kurdes de l'autre partie du Rojava, proxies que l'empire utilise pour descendre vers le sud et tenter de réduire le corridor chiite :

Al Bukamal, bientôt le dernier bastion urbain de Daech et bataille ultime de la longue guerre syrakienne ? C'est bien possible... A moins que tout n'ait déjà été réglé par de discrets envoyés dans les couloirs du pouvoir à Moscou, Washington, Damas et Téhéran, l'on pourrait assister à une détonante convergence de l'armée syrienne, des YPG kurdo-américaines, des UMP iranisées et de l'armée irakienne. Deux contre un si l'on considère, dans le meilleur des cas pour les Américains, que l'armée irakienne restera neutre : le rapport de force n'est de toute façon pas en faveur de l'empire. Le tout face à une résistance désespérée de l'EI dont ce sera le chant du cygne. Chaud devant...

De fait, des voix kurdes commencent à se faire entendre, menaçant d'interrompre l'opération pour la prise de Raqqa - sans parler d'une descente méridionale - si le sultan continue de bombarder leurs frères d'Afrin. Casse-tête pour Washington. Aux dernières nouvelles, Erdogan vient de s'entretenir au téléphone pendant trente longues minutes avec le Donald puis a appelé Poutine dans la foulée. Ce qui s'est dit vaut de l'or mais nous ne le saurons pas tout de suite...

Notons en passant, afin de montrer le degré incomparable des intrications auxquelles nous assistons en spectateur comblé, que les récents ronds de jambe kurdes aux Saoudiens wahhabites que nous avions relevé la dernière fois sont également la contrepartie de la "tolérance" de Riyad vis-à-vis des idées indépendantistes kurdes. Non pas que les grassouillets cheikhs fondamentalistes se soient soudain pris de passion pour le crypto-marxisme du Rojava mais dans un but tout ce qu'il y a de machiavélique : mettre un gros caillou dans la chaussure turque et punir Ankara pour son soutien au Qatar. Le Moyen-Orient ne changera jamais...

Revenons à notre guerre syrienne. Les possibles futures tergiversations kurdes expliquent peut-être pourquoi les Américains auraient (le conditionnel reste de mise) transféré une partie de leurs "rebelles" de la poche désormais inutile d'Al Tanaf vers le nord, dans le Rojava, avec le but évident de redescendre ensuite le long de la frontière. Pour résumer :

Si la rumeur est confirmée, et il convient d'être encore prudent, il serait amusant de voir cohabiter ne serait-ce qu'un temps les YPG kurdes et les "rebelles modérés", qui se détestent cordialement. Plus sérieusement, cela signifierait que l'empire n'a pas lâché l'affaire et a toujours pour but d'appliquer la politique israélo-saoudienne de réduction même partielle de l'arc chiite, bien que l'on parle ici seulement de quelques centaines de combattants.

Tout cela se décidera sur le terrain mais aussi dans les couloirs du pouvoir. A Washington, la discorde règne en maître, on l'a vu. Le Centcom tire dans les pattes de la Maison blanche qui torpille le Pentagone et le Département d'Etat. Quelle cabale prévaudra ? A Moscou, l'ours attend de pied ferme une éventuelle provocation chimique de l'un des clans américains (lequel ?) Ajoutez les facteurs turco-kurde et qataro-saoudien, mélangez et servez.

On le voit, le jeu sur le subtil échiquier multi-niveaux (local, régional, global) est d'une complexité extraordinaire...

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La ligne rouge de Trump

Publié le par Felli Bernard

La ligne rouge de Trump

Note du Saker Francophone

l'article qui suit a fait l'objet d'une analyse par le site dedefensa.org
en date du 26 juin

Par Seymour M. Hersh – Le 6 avril 2017 – Source Die Welt

Le président Donald Trump a ignoré les rapports importants des services de renseignement lorsqu’il a décidé d’attaquer la Syrie après avoir vu des photos d’enfants agonisants. Seymour M. Hersh a enquêté sur la prétendue attaque au gaz sarin.

Le 6 avril, le président des États-Unis, Donald Trump, a autorisé une frappe antimissile Tomahawk tôt le matin sur la base aérienne de Shayrat dans le centre de la Syrie en représailles pour ce qu’il a présenté comme une attaque mortelle d’agent toxiques menée par le gouvernement syrien, deux jours avant, dans la ville rebelle De Khan Sheikhoun. Trump a émis l’ordre de frapper en dépit des avertissements de la communauté du renseignement des États-Unis l’informant qu’elle n’avait trouvé aucune preuve que les Syriens avaient utilisé une arme chimique.

Les renseignements disponibles ont précisé que les Syriens avaient ciblé un site de réunion de jihadiste le 4 avril à l’aide d’une bombe guidée russe contenant des explosifs classiques. Des détails sur l’attaque, y compris des informations sur ses objectifs dits de grande valeur, avaient été fournis à l’avance, par les Russes, aux militaires américains et alliés à Doha, dont la mission est de coordonner toutes les forces aériennes américaines, alliées, syriennes et russes opérant dans la région.

Certains militaires américains et les responsables du renseignement étaient particulièrement affligés par la volonté du président d’ignorer la preuve. « Rien de tout cela n’a de sens », a déclaré un officier à ses collègues après avoir pris connaissance de la décision de bombarder. « Nous savons qu’il n’y a pas eu d’attaque chimique … les Russes sont furieux. Ils disent que nous avons les renseignements réels et que nous connaissions la vérité … J’imagine que cela n’a aucune importance que nous ayons élu Clinton ou Trump ».

Quelques heures après le bombardement du 4 avril, les médias du monde étaient saturés de photographies et de vidéos de Khan Sheikhoun. Des photographies de victimes mortes et agonisantes, souffrant prétendument de symptôme d’intoxication ont été téléchargées dans les médias sociaux par des militants locaux, y compris les Casques blancs, un groupe de « premiers secouristes » connu pour sa forte association avec l’opposition syrienne.

La provenance des photos n’était pas claire et aucun observateur international n’a encore inspecté le site, mais l’hypothèse popularisée immédiatement à l’échelle mondiale était qu’il s’agissait d’une utilisation délibérée de l’agent toxique sarin, autorisé par le président Bashar Assad de Syrie. Trump a fait sienne cette hypothèse en émettant une déclaration dans les heures qui suivirent l’attaque, décrivant les «actes odieux» d’Assad comme une conséquence de la «faiblesse et de l’irrésolution» de l’administration Obama en évoquant ce qu’il a dit être l’utilisation passée par la Syrie d’armes chimiques.

À la consternation de nombreux membres importants de son équipe de sécurité nationale, Trump na pas pu être influencé au cours des 48 prochaines heures de briefings intensifs et de prise de décision. Dans une série d’entrevues, j’ai appris le désaccord total entre le président et plusieurs de ses conseillers militaires et responsables du renseignement, ainsi que des officiers sur le terrain, dans la région, qui avaient une compréhension totalement différente de la nature de l’attaque de la Syrie contre Khan Sheikhoun. J’ai reçu une preuve de ce désaccord, sous la forme de transcriptions de communications en temps réel, immédiatement après l’attaque syrienne du 4 avril. Lors de l’important processus qui précède la frappe, connu sous le nom de déconfliction, les officiers américains et russes se fournissent régulièrement à l’avance les détails des itinéraires de vol prévus et des coordonnées des cibles, afin de s’assurer qu’il n’y a aucun risque de collision ou de rencontre accidentelle (les Russes parlent au nom de l’armée syrienne). Cette information est fournie quotidiennement aux avions de surveillance AWACS américains qui enregistrent les aéronefs en vol. Le succès et l’importance du processus de déconfliction peuvent être mesurés par le fait qu’il n’y a pas encore eu de collision, voire de frôlement, entre les bombardiers américains, alliés, russes et syriens.

Les officiers de la Force aérienne russe et syrienne ont donné des détails sur le vol soigneusement planifié vers Khan Shiekhoun le 4 avril directement en anglais aux moniteurs de déconfliction à bord de l’avion AWACS, qui était en patrouille près de la frontière turque, à 60 milles ou plus, au nord.

La cible syrienne à Khan Sheikhoun, partagée avec les Américains du centre de commande de Doha, a été décrite comme un bâtiment de deux étages dans la partie nord de la ville. Le renseignement russe, qui est partagé si nécessaire avec la Syrie et les États-Unis dans le cadre de leur lutte conjointe contre les groupes djihadistes, avait établi qu’une réunion de haut niveau de dirigeants djihadistes devait avoir lieu dans le bâtiment, y compris des représentants d’Ahrar al-Sham et du groupe affilié à Al-Qaida, anciennement connu sous le nom de Jabhat al-Nusra. Les deux groupes avaient récemment uni leurs forces et contrôlaient la ville et les alentours. Le renseignement russe présentait le bâtiment en parpaings comme un centre de commandement et de contrôle qui abritait une épicerie et d’autres locaux commerciaux au rez-de-chaussée avec d’autres magasins essentiels à proximité, y compris un magasin de textile et un magasin d’électronique.

«Les rebelles contrôlent la population et la répartition des biens dont les gens ont besoin pour vivre – les aliments, l’eau, l’huile de cuisson, le gaz propane, les engrais pour cultiver leurs champs et les insecticides pour protéger les cultures», m’a expliqué un conseiller principal de la communauté du renseignement américain qui a occupé des postes élevés au Département de la Défense et à l’Agence centrale de renseignement. Le sous-sol était utilisé comme entrepôt pour les roquettes, les armes et les munitions, ainsi que pour des produits qui pourraient être distribués gratuitement à la communauté, parmi lesquels des médicaments et des décontaminants à base de chlore pour nettoyer les morts avant l’inhumation. Le lieu de rendez-vous – un siège régional – était sur l’étage au dessus. «C’était un lieu de rencontre établi», a déclaré le conseiller principal. « Une installation de longue date qui avait la sécurité, des armes, des communications et un centres de fichiers et de cartographie. » Les Russes avaient l’intention de confirmer leur information et ont déployé un drone pendant des jours au-dessus du site pour surveiller les communications et développer ce qui est connu dans la communauté du renseignement comme un POL – un centre de vie. Le but était de prendre note de ceux qui entrent et sortent du bâtiment et de suivre les armes en mouvement et les allées et venues, y compris les roquettes et les munitions.

Une des raisons du message russe à Washington concernant l’objectif visé était de s’assurer que tout agent ou informateur de la CIA qui aurait réussi à se faire admettre dans la direction du djihad était prévenu de ne pas assister à la réunion. On m’a dit que les Russes ont transmis l’avertissement directement à la CIA. « Ils jouaient bien le jeu« , a déclaré le conseiller principal. Les indications russes ont noté que le rassemblement djihadiste venait à un moment de pressions intenses sur les insurgés. Probablement Jabhat al-Nusra et Ahrar al-Sham recherchaient-ils désespérément un chemin dans le nouveau climat politique. Au cours des derniers jours de mars, Trump et deux de ses principaux aides de sécurité nationale – le secrétaire d’État Rex Tillerson et l’ambassadrice aux Nations Unies Nikki Haley – ont fait des déclarations reconnaissant que, comme l’a déclaré le New York Times, la Maison Blanche « a abandonné l’objectif de presser Assad de quitter le pouvoir, marquant une évolution importante de la politique au Moyen-Orient qui avait guidé l’administration Obama pendant plus de cinq ans « . Le secrétaire de presse de la Maison Blanche, Sean Spicer, a déclaré à la presse le 31 mars :  » il y a une réalité politique que nous devons accepter « , ce qui implique que Assad était là pour rester.

Les responsables du renseignement russe et syrien, qui coordonnent étroitement les opérations avec les postes de commandement américains, ont précisé que la frappe planifiée sur Khan Sheikhoun était spéciale en raison de la grande valeur de la cible. « C’était un coup fumant. La mission était hors de l’ordinaire – nettoie la racaille« , m’a dit le conseiller principal. Tout officier des opérations dans la région – dans l’armée, le Corps des marines, la Force aérienne, la CIA et la NSA – devait savoir qu’il y avait quelque chose qui se passait. Les Russes ont donné à la Force aérienne syrienne une bombe guidée et c’était rare. Ils sont avares de leurs bombes guidées et les partagent rarement avec la Force aérienne syrienne. Les Syriens ont assigné leur meilleur pilote à la mission, avec le meilleur assistant. « L’information sur la cible, fournie à l’avance par les Russes a reçu le meilleur score possible de la part de la communauté américaine du renseignement. »

L’ordonnance d’exécution régissant les opérations militaires américaines sur le théâtre d’opérations, qui a été émise par le président du Joint Chief of Staff, fournit des instructions qui délimitent les relations entre les forces américaines et russes opérant en Syrie. « C’est comme un ordre d’opération : Voici ce que vous êtes autorisé à faire « , a déclaré le conseiller. « Nous ne partageons pas le contrôle opérationnel avec les Russes. Nous ne faisons pas d’opérations combinées avec eux, ou des activités directement à l’appui de l’une de leurs opérations. Mais la coordination est permise. Nous nous informons mutuellement de ce qui se passe et dans ce paquet se trouve l’échange mutuel de renseignements. Si nous obtenons un conseil qui pourrait aider les Russes à faire leur mission, c’est la coordination ; et les Russes font de même pour nous. Lorsque nous recevons un conseil génial sur une installation de commande et de contrôle « , a ajouté le conseiller, en se référant à la cible dans Khan Sheikhoun, « nous faisons ce que nous pouvons pour les aider à agir. Ce n’était pas une frappe d’armes chimiques », a déclaré le conseiller. « C’est un conte de fées. Dans l’affirmative, tout le monde impliqué dans le transfert, le chargement et l’armement de l’arme – il faut que cela apparaisse comme une bombe conventionnelle de 500 livres – porterait des vêtements de protection Hazmat en cas de fuite. Il y aurait très peu de chances de survie sans un tel équipement. Le sarin militaire comprend des additifs conçus pour augmenter la toxicité et la létalité. Chaque lot qui sort est maximisé pour la mort. C’est l’objectif de sa fabrication. Il est inodore et invisible et la mort peut venir en une minute. Pas de nuage. Pourquoi produire une arme que les gens peuvent fuir ? »

L’objectif a été atteint à 6 h 55 le 4 avril, juste avant minuit à Washington. Une évaluation des dommages de la bombe (BDA) par l’armée américaine a déterminé plus tard que la chaleur et la force de la bombe syrienne de 500 livres ont déclenché une série d’explosions secondaires qui auraient pu générer un énorme nuage toxique qui a commencé à s’étendre sur la ville, formé par la destruction des engrais, des désinfectants et d’autres biens stockés dans le sous-sol, son effet a été amplifié par l’air dense du matin, qui a piégé les fumées près du sol. Selon les estimations d’un conseiller principal du renseignement, la frappe elle-même a tué jusqu’à quatre dirigeants djihadistes et un nombre inconnu de conducteurs et d’agents de sécurité. Il n’y a pas de compte rendu confirmé du nombre de civils tués par les gaz toxiques qui ont été relâchés par les explosions secondaires, bien que les militants de l’opposition aient signalé qu’il y avait plus de 80 morts, et des médias tels que CNN ont monté le chiffre jusqu’à 92. L’équipe de Médecins Sans Frontières, traitant les victimes de Khan Sheikhoun dans une clinique à 60 milles au nord, a déclaré que « huit patients présentaient des symptômes – incluant des pupilles resserrées, des spasmes musculaires et une défécation involontaire – qui sont compatibles avec l’exposition à un agent neurotoxique comme le gaz sarin ou des composés similaires « . MSF a également visité d’autres hôpitaux qui avaient reçu des victimes et a constaté que les patients « sentaient l’eau de Javel, suggérant qu’ils avaient été exposés au chlore ». En d’autres termes, les éléments de preuve suggéraient qu’il y avait plus d’un agent chimique pour les symptômes observés, ce qui n’aurait pas été le cas si la Force aérienne syrienne – comme insistent à le dire les militants de l’opposition – avait utilisé du gaz sarin, qui n’a pas, par ailleurs, la puissance de détonation suffisante pour déclencher des explosions secondaires. La gamme des symptômes est toutefois conforme à la diffusion d’un mélange de produits chimiques, y compris le chlore et les organophosphates utilisés dans de nombreux engrais, ce qui peut provoquer des effets neurotoxiques similaires à ceux du sarin.

L’Internet s’est mis en action en quelques heures, et des photographies horribles des victimes ont inondé les réseaux de télévision et YouTube. Les renseignements américains étaient chargés d’établir ce qui s’était passé. Parmi les informations reçues, il y a eu une interception des communications syriennes recueillies avant l’attaque par une nation alliée. L’interception, qui a eu un effet particulièrement fort sur certains assistants de Trump, n’a pas mentionné les gaz nerveux ou le sarin, mais il a cité un général syrien qui a parlé d’une arme «spéciale» et qu’il fallait qu’un pilote hautement qualifié conduise l’avion d’attaque. La référence, comme l’ont compris les membres de la communauté du renseignement américain, mais pas les nombreux assistants inexpérimentés, ni les membres proches de Trump, était une bombe russe fournie avec son système de guidage intégré. « Si vous avez déjà décidé à l’avance que c’était une attaque au gaz, vous aurez inévitablement compris les propos d’une arme spéciale comme impliquant une bombe sarin« , a déclaré le conseiller. « Les Syriens ont-ils planifié l’attaque contre Khan Sheikhoun? Absolument. Avons-nous des interceptions pour le prouver? Absolument. Ont-ils envisagé d’utiliser le sarin ? Non. Mais le président n’a pas dit : ‘Nous avons un problème voyons cela.’ Il voulait foutre la merde en Syrie « .

À l’ONU, le lendemain, l’ambassadrice Haley a créé la sensation médiatique quand elle a montré des photos des morts et a accusé la Russie d’être complice. « Combien d’autres enfants doivent-ils mourir avant que la Russie ne s’en soucie ? » demanda-t-elle. NBC News, dans un rapport typique sur ce jour- là a cité des fonctionnaires américains confirmant que le gaz toxique avait été utilisé et Haley a relié l’attaque directement au président syrien Assad. « Nous savons que l’attaque d’hier a été un nouveau coup bas du régime barbare d’Assad« , a-t-elle déclaré. Il y avait de l’ironie dans la ruée de l’Amérique pour blâmer la Syrie et critiquer la Russie pour son soutien au déni de l’utilisation de gaz par la Syrie à Khan Sheikhoun, comme l’on fait l’ambassadrice Haley et d’autres à Washington. « Ce que la plupart des Américains ne comprend pas » a déclaré le conseiller « , c’est que s’il y avait eu une attaque de gaz toxique autorisée par Bashar, les Russes seraient 10 fois plus contrariés que n’importe qui en Occident. La stratégie de la Russie contre ISIS, qui consiste à obtenir la coopération américaine, aurait été détruite et Bashar serait responsable de l’irritation de la Russie, avec des conséquences inconnues pour lui. Bashar ferait-il cela quand il est sur le point de gagner la guerre ? Vous plaisantez j’espère ? »

Trump, un observateur assidu des nouvelles à la télévision, a déclaré, alors que le roi Abdullah de Jordanie était assis à côté de lui dans le bureau ovale, que ce qui s’était passé était «horrible, horrible» et un «terrible affront à l’humanité». A une question qui lui demandait si son administration allait changer de politique envers le gouvernement Assad, il a répondu : « Vous verrez« . Il a donné un soupçon de la réponse à venir lors de la conférence de presse suivante avec le roi Abdullah: « Lorsque vous tuez des enfants innocents, des bébés innocents – des bébés, des petits bébés – avec un gaz chimique qui est si létal … cela franchit beaucoup, beaucoup de lignes, au-delà d’une ligne rouge. … Cette attaque contre les enfants hier a eu un grand impact sur moi. Grand impact … C’est très, très possible … que mon attitude envers la Syrie et Assad ait beaucoup changé.  »

Quelques heures après avoir visionné les photos, le conseiller a déclaré que Trump avait chargé l’appareil national de défense de planifier des représailles contre la Syrie. « Il a fait cela avant de parler à qui que ce soit de ce sujet. Les planificateurs ont ensuite demandé à la CIA et à la DIA s’il y avait des preuves que la Syrie avait stocké du gaz sarin dans un aéroport voisin ou quelque part dans la région. Leur armée devait l’avoir quelque part dans la région afin de l’utiliser. La réponse a été : ‘Nous n’avons aucune preuve que la Syrie avait du gaz sarin ou l’a utilisé' » a déclaré le conseiller. « La CIA leur a également dit qu’il n’y avait pas de restes de gaz à Sheyrat [l’aérodrome à partir duquel les bombardiers SU-24 syriens avaient décollé le 4 avril] et Assad n’avait aucun motif de se suicider politiquement. » Tous les gens impliqués, sauf peut-être le président, ont également compris qu’une équipe hautement qualifiée des Nations Unies avait passé plus d’un an, à la suite d’une prétendue attaque de gaz sarin en 2013 par la Syrie, supprimant tout ce que l’on appelait des armes chimiques dans une douzaine de dépôts syriens.

À ce stade, a déclaré le conseiller, les planificateurs de sécurité nationale du président ont été un peu secoués: «Personne ne connaissait la provenance des photographies. Nous ne savions pas qui étaient les enfants ou comment ils ont été atteints. Le sarin est en réalité très facile à détecter car il pénètre dans la peinture, et tout ce qu’il suffisait de faire était d’obtenir un échantillon de peinture. Nous savions qu’il y avait un nuage et nous savions qu’il faisait du mal aux gens. Mais vous ne pouvez pas sauter de là à la certitude qu’Assad avait caché du gaz sarin à l’ONU parce qu’il voulait l’utiliser à Khan Sheikhoun. » Les renseignements ont précisé qu’un bombardier SU-24 de la Force aérienne syrienne avait utilisé une arme conventionnelle pour frapper sa cible : il n’y avait pas d’ogive chimique. Et pourtant, il était impossible pour les experts de persuader le président une fois qu’il s’était fait son opinion. « Le président a vu les photographies de petites filles empoisonnées et a déclaré que c’était une atrocité de Assad« , a déclaré le conseiller principal. « C’est typique de la nature humaine. Vous vous précipitez sur la conclusion souhaitée. Les analystes du renseignement ne discutent pas avec un président. Ils ne lui diront pas ‘si vous interprétez les données de cette façon, je démissionne.' »

Les conseillers en sécurité nationale ont compris leur dilemme : Trump voulait répondre à l’affront à l’humanité commise par la Syrie et il ne voulait pas être dissuadé. Ils avaient à faire à un homme qu’ils considéraient n’être ni méchant ni stupide, mais ses limites en ce qui concerne les décisions de sécurité nationale étaient sévères. « Tous les gens proches de lui connaissent sa propension à agir de façon précipitée quand il ne connaît pas les faits« , a déclaré le conseiller. « Il ne lit rien et n’a pas de connaissances historiques réelles. Il veut des exposés verbaux et des photographies. Il prend des risques. Il peut accepter les conséquences d’une mauvaise décision dans le monde des affaires, il va juste perdre de l’argent. Mais dans notre monde, des vies seront perdues et il y aura des dommages à long terme à notre sécurité nationale s’il s’est trompé. On lui a dit que nous n’avions pas de preuve de l’implication syrienne et pourtant Trump a dit : ‘Faites-le' ».

Le 6 avril, Trump a convoqué une réunion des responsables de la sécurité nationale dans sa station de Mar-a-Lago en Floride. La réunion n’avait pas pour but de décider quoi faire, mais la meilleure façon de le faire – ou, comme certains le voulaient, comment faire le minimum en satisfaisant Trump. « Le patron savait avant la réunion qu’ils n’avaient pas les preuves, mais ce n’était pas le problème« , a déclaré le conseiller. « La réunion portait sur ‘Voici ce que je vais faire’ et ensuite il voulait des options. »

Les renseignements disponibles n’était pas probants. L’homme le plus expérimenté à la table était le secrétaire de la Défense James Mattis, un général du corps des Marines à la retraite qui avait le respect du président et compris, peut-être, à quelle vitesse cela pouvait disparaître, Mike Pompeo, le directeur de la CIA, dont l’agence avait constamment signalé qu’il n’avait aucune preuve d’une bombe chimique syrienne, n’était pas présent. Le secrétaire d’État Tillerson était admiré, en interne, pour sa volonté à travailler de longues heures et sa lecture avide de câbles diplomatiques et de rapports, mais il en savait peu sur la guerre et la conduite d’un bombardement. Les présents étaient ligotés, a déclaré le conseiller. « Le président a été bouleversé par la catastrophe et il voulait des options. » Il en a eu quatre, dans l’ordre de leur importance. L’option 1 était de ne rien faire. Tous les participants, a déclaré le conseiller, ont compris que c’était hors de question. L’option deux était une tape sur la main : bombarder un aérodrome en Syrie, mais seulement après avoir alerté les Russes et, à travers eux, les Syriens, pour éviter de trop nombreuses victimes. Certains des planificateurs ont appelé cela « l’option du gorille »  : l’Amérique brillerait en tambourinant sa poitrine pour provoquer la peur et manifester sa détermination, mais sans causer de dégâts significatifs. La troisième option était d’adopter le programme de frappe qui avait été présenté à Obama en 2013 et qu’il a finalement choisi de ne pas poursuivre. Le plan prévoyait le bombardement massif des principaux aérodromes syriens et des centres de commandement et de contrôle utilisant des avions B1 et B52 lancés à partir de leurs bases aux États-Unis. L’option quatre était une «décapitation» : supprimer Assad en bombardant son palais à Damas, ainsi que son réseau de commande et de contrôle et tous les bunkers souterrains où il pourrait éventuellement se réfugier en cas de crise.

« Trump a exclu d’emblée l’option un« , a déclaré le conseiller principal, et l’assassinat d’Assad n’a jamais été pris en considération. Mais il a déclaré en substance : » Vous êtes l’armée et je veux une action militaire « . Le président était également initialement opposé à l’idée de donner aux Russes un avertissement préalable à la frappe, mais à contrecœur l’a accepté. « Nous lui avons donné l’option Bisounours – pas trop chaud, pas trop froid, mais juste ce qu’il faut. » La discussion avait ses moments bizarres. Tillerson s’est demandé à la réunion de Mar-a-Lago pourquoi le président ne pouvait pas simplement appeler les bombardiers B52 et pulvériser la base aérienne. On lui a dit que les B52 étaient très vulnérables aux missiles sol-air (SAM) présents dans la région et l’utilisation de ces avions nécessiterait un nettoyage préalable qui pourrait tuer certains défenseurs russes. « Qu’est-ce que ça veut-dire ? » demanda Tillerson. On lui a dit, eh bien, monsieur, cela signifie que nous devrions détruire les sites SAM améliorés le long de la trajectoire de vol des B52, et ceux-ci sont opérés par les Russes, et nous serions confrontés à une situation beaucoup plus difficile. « La leçon dans ce cas était : remerciez Dieu pour la présence de militaires à la réunion », a déclaré le conseiller. « Ils ont fait de leur mieux face à une décision qui avait déjà été prise« .

Cinquante neuf missiles Tomahawk ont été tirés de deux destroyers de la marine américaine en service en Méditerranée, le Ross et le Porter, vers la base aérienne de Shayrat près de la ville de Homs contrôlée par le gouvernement. La frappe a été aussi réussie qu’on pouvait l’espérer en termes de dommages minimaux. Les missiles ont une charge utile légère – environ 220 livres de HBX, la version moderne du TNT militaire. Les réservoirs de stockage d’essence de l’aérodrome, une cible principale, ont été pulvérisés, a déclaré le conseiller principal, déclenchant un énorme incendie et des nuages de fumée qui entravaient le système de guidage des missiles suivants. Jusqu’à 24 missiles ont manqué leurs cibles et seuls quelques Tomahawks ont effectivement pénétré dans des hangars, détruisant neuf avions syriens, beaucoup moins que ce qui a été déclaré par l’administration Trump. On m’a dit qu’aucun des neuf appareils n’était opérationnel : les avions endommagés étaient utilisés pour la récupération de pièces détachées, ce que l’on appelle la cannibalisation. « Ils étaient des agneaux sacrificiels« , a déclaré le conseiller principal. La plupart du personnel important et des avions de combat opérationnels avaient été transporté vers des bases proches quelques heures avant le début du raid. Les deux pistes et les places de stationnement des aéronefs, également ciblés, ont été réparés et remis en service dans un délai de huit heures environ. Dans l’ensemble, ce n’était guère plus qu’un coûteux feu d’artifice.

«C’était un spectacle totalement Trump du début à la fin», a déclaré le conseiller principal. « Quelques conseillers supérieurs en sécurité nationale du président considéraient la mission comme une mauvaise décision minimale présidentielle, une mission qu’ils avaient l’obligation de mener à bien. Mais je ne pense pas que les membres de notre sécurité nationale se laisseront de nouveau embarquer dans une mauvaise décision. Si Trump était parti pour l’option trois, il aurait pu y avoir des démissions immédiates.  »

Après la réunion, alors que les Tomahawks étaient en route, Trump a parlé à la nation depuis Mar-a-Lago et a accusé Assad d’utiliser des gaz toxiques pour étouffer « des hommes, des femmes et des enfants impuissants. C’était une mort lente et brutale pour tant de personnes … Aucun enfant de Dieu ne devrait jamais subir une telle horreur. » Les quelques jours suivants ont été les plus appréciés de sa présidence. L’Amérique s’est ralliée à son commandant en chef, comme c’est le cas en temps de guerre. Trump, qui avait fait campagne comme quelqu’un qui préconisait la paix avec Assad, bombardait la Syrie 11 semaines après son entrée en fonction et était salué par les républicains, les démocrates et les médias. Un célèbre animateur de télévision, Brian Williams de MSNBC, a utilisé le mot «beau» pour décrire les images des Tomahawks lancés depuis la mer. Parlant sur CNN, Fareed Zakaria a déclaré : «Je pense que Donald Trump est devenu président des États-Unis.» Une revue des 100 premiers journaux américains a montré que 39 d’entre eux ont publié des éditoriaux appuyant les conséquences du bombardement, y compris le New York Times, le Washington Post et le Wall Street Journal.

Cinq jours plus tard, l’administration Trump a réuni les médias nationaux pour une séance d’information sur l’opération syrienne menée par un haut responsable de la Maison Blanche qui ne devait pas être identifié. L’essentiel de la séance d’information était que la dénégation enflammée et persistante de la Russie concernant l’utilisation de gaz sarin dans le bombardement du Khan Sheikhoun était un mensonge parce que le président Trump avait déclaré que du sarin avait été utilisé. Cette affirmation, qui n’a été ni contestée, ni discutée, par aucun des journalistes présents, a fourni la base d’une série de critiques supplémentaires :

– La poursuite continuelle des mensonges de l’administration Trump au sujet de l’utilisation de sarin par la Syrie a conduit à une croyance répandue dans les médias américains et le public que la Russie avait choisi d’engager une campagne corrompue de désinformation et de couverture pour la Syrie.

– Les forces militaires russes ont été localisées à côté des militaires syriens à l’aérodrome de Shayrat (comme elles sont dans toute la Syrie), ce qui soulève l’hypothèse que la Russie ait été informée de la détermination de la Syrie à utiliser du gaz sarin à Khan Sheikhoun et qu’elle n’ait rien fait pour l’empêcher.

– L’utilisation par la Syrie du sarin et la défense de cette utilisation par la Russie a fortement suggéré que la Syrie avait caché des stocks de cet agent toxique à l’équipe des Nations Unies pour le désarmement qui a passé une grande partie de l’inspection de 2014 à supprimer toutes les agents de guerre chimique déclarés dans 12 dépôts d’armes syriens conformément à l’accord élaboré par l’administration Obama et la Russie après l’utilisation présumée, mais toujours non prouvée, de sarin l’année précédente contre un bastion rebelle dans une banlieue de Damas.

Durant ce briefing, on peut faire crédit à l’orateur d’avoir pris soin d’utiliser les mots «penser», «suggérer» et «croire» au moins dix fois pendant l’événement de 30 minutes. Mais il a également déclaré que son exposé était basé sur des données qui avaient été déclassifiées par «nos collègues de la communauté du renseignement». Ce que l’orateur n’a pas dit, et peut-être pas su, était que la plupart des informations classifiées disaient que la Syrie n’avait pas utilisé le sarin lors du bombardement du 4 avril.

La presse traditionnelle a répondu comme la Maison Blanche l’avait espéré : les narratifs sur la prétendu dissimulation par la Russie de l’utilisation du gaz sarin par la Syrie dominent les nouvelles et de nombreux médias ont ignoré la myriade de réserves formulées par l’orateur lors du briefing. Il y avait un sentiment de guerre froide renouvelée. Le New York Times, par exemple – le premier journal américain – a mis le titre suivant à la une : «La Maison Blanche accuse la Russie de couvrir l’attentat chimique en Syrie.» Le compte rendu du Times a noté le déni russe, mais ce qui a été décrit par l’orateur comme étant une «information déclassifiée» est devenu soudainement un «rapport de renseignement déclassifié». Pourtant, il n’y avait pas de rapport de renseignement officiel indiquant que la Syrie avait utilisé le sarin, simplement un «résumé basé sur des informations déclassifiées au sujet des attaques», comme le mentionnait l’orateur.

La crise est passée en arrière-plan à la fin d’avril, alors que la Russie, la Syrie et les États-Unis restaient concentrés sur l’anéantissement d’ISIS et les milices d’al-Qaïda. Cependant, certains de ceux qui ont œuvré pendant la crise sont restés face à des problèmes persistants. « Les salafistes et les djihadistes ont obtenu tout ce qu’ils voulaient de leur stratagème de battage publicitaire sur le gaz toxique syrien« , a déclaré le conseiller principal de la communauté des services secrets des États-Unis, se référant à la recrudescence des tensions entre la Syrie, la Russie et l’Amérique. « La question est  : que faire s’il y a une autre fausse attaque flagrante de sarin créditée à la Syrie détestée ? Trump a monté les enchères et s’est mis dans une impasse avec sa décision de bombarder. Et ne doutez pas que ces gars sont en train de planifier la prochaine attaque simulée. Trump n’aura pas d’autre choix que de bombarder à nouveau, et plus durement. Il est incapable de reconnaître qu’il a commis une erreur.  »

La Maison Blanche n’a pas répondu à des questions précises sur les bombardement de Khan Sheikhoun et de l’aéroport de Shayrat. Ces questions ont été envoyées par courrier électronique à la Maison Blanche le 15 juin et n’ont jamais reçu de réponses.

Seymour M. Hersh

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Conflagration ?

Publié le par Felli Bernard

Conflagration ?

27 Juin 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Etats-Unis, #Russie, #Moyen-Orient

Ce blog n'a jamais fait dans le sensationnalisme et a toujours refusé de tomber dans la facilité, mais les nouvelles ne sont pas rassurantes. Certes, il se peut encore que tout cela ne soit qu'un petit jeu, bien dangereux et assez pitoyable d'ailleurs, de politique intérieure. Mais...

Ainsi le Donald a-t-il une fois de plus - une fois de trop ? - succombé à l'intense pression de l'Etat profond, du moins une partie, et lancé un menaçant avertissement à Damas. Cela a d'ailleurs pris à peu près tout le monde de court, y compris une partie de ses généraux. Une fois n'est pas coutume, la presse impériale elle-même semble relativement grave et précautionneuse. Le New York Times évoque entre les lignes une "très inhabituelle déclaration dont le motif est incertain". Quant au Los Angeles Times, il s'interroge sur un communiqué "sans preuve et sans explication". Les deux journaux mentionnent plusieurs officiels des Affaires étrangères, du Pentagone et des agences de renseignement pris par surprise, sans avoir été consultés.

Personne n'est évidemment dupe du prétexte de l'inénarrable "attaque chimique", c'est un false flag annoncé à l'avance et sans aucune vergogne. Quel gogo peut encore décemment croire qu'à chaque fois qu'Assad est vainqueur sur le terrain, il est subitement pris d'un coup de folie et ordonne une attaque chimique provoquant représailles et sanctions ? Même Goebbels trouverait que non, c'est décidément trop gros et ça ne passe plus...

Un gros malaise doit actuellement traverser l'institution militaire américaine. Avant-hier, le toujours excellent Seymour Hirsh publiait un article détaillé démontant totalement l'intox de Khan Cheikhoun il y a trois mois. Si le fidèle lecteur des Chroniques n'y apprendra rien de fondamental, le texte est très intéressant car il montre le désarroi de plusieurs officiers US :

"Rien de tout cela n'a de sens. Nous SAVONS que ce n'était pas une attaque chimique... Les Russes sont furieux..."

Il montre aussi que l'état-major russe avait tout donné aux Américains : le plan de vol, la cible (un bâtiment de deux étages où allait avoir lieu une réunion entre pontes d'Ahrar al-Cham et d'Al Nosra). Moscou avait même directement prévenu la CIA au cas où celle-ci aurait des agents infiltrés susceptibles d'assister à la rencontre.

Après la Ghouta et s'être fait rouler ainsi à Khan Cheikhoun, on voit mal la Russie accepter le rôle du benêt une nouvelle fois. De fait, l'avertissement du Kremlin a été sec : "Les menaces américaines sont inadmissibles". Les avions de reconnaissance de l'USAF qui ont survolé aujourd'hui la côte syrienne cherchaient peut-être d'ailleurs à savoir si les S400 sont déjà en état d'alerte.

Que feront les Russes si un autre false flag a lieu et si Cretinho met ses absurdes menaces à exécution ? Se dirigera-t-on vers un conflit ouvert entre les deux premières armées de la planète ? Les grandes guerres commencent souvent petitement... Les historiens du futur, s'il y en a encore, se pencheront sur les causes de la conflagration. C'est le Los Angeles Times, cité plus haut, qui nous donne la clé. Là encore, le lecteur ne sera pas surpris :

Une source non-gouvernementale proche de la Maison blanche a déclaré que l'administration avait reçu des  informations selon lesquelles les Syriens mélangeaient des agents chimiques pour une possible attaque au gaz sarin dans l'est ou le sud du pays, où l'armée gouvernementale et les milices alliés ont récemment connu des reculs.

Notons l'invraisemblable désinformation de la dernière ligne, typique du bourrage de crâne préparant le chemin à une guerre. Les loyalistes avancent partout, il est absolument infantile de prétendre le contraire :

                             Février                                             Juin                        Très bientôt (A, B, C)

Le sud et l'est, l'arc chiite donc... Dans le dernier billet sur la Syrie, nous prévenions :

Dans le contexte actuel, tout le jeu pour l'ours consiste à montrer les dents sans utiliser ses griffes, en se laissant simplement porter par le vent de l'Histoire. Nul doute que d'autres provocations auront lieu, auxquelles il faudra ne pas répondre tout en grognant assez fort pour qu'elles ne se répètent pas trop souvent.

A l'instant, Israël a d'ailleurs bombardé des positions syriennes dans l'extrême-sud alors que l'armée est aux prises avec Al Qaeda. Réaction infantile, sur un théâtre secondaire faut-il préciser, de Bibi ben Laden, impuissant devant la reconstitution de l'arc chiite.

Nous y voilà... Devant l'inexorable avance loyaliste le long de la frontière syro-irakienne, Saoudie et Israël entrent en mode panique. Est-ce un hasard si l'article du New York Times déjà cité parle de "renseignements transmis par des alliés - dont Israël" ? Consciemment ou non, Cretinho et son entourage gobent l'intox, sans doute confortés par une partie de l'Etat profond mais peut-être pas dans sa totalité. Car cette fois, le petit jeu de duperie des deux dernières fidèles canailles du système impérial peut mener à une très dangereuse et très réelle escalade.

 

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