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Macron trahit-il la France ?

Publié le par Felli Bernard

Macron trahit-il laFrance ?

Emmanuel Macron © Shutterstoc

Plusieurs candidats sont ceux de l’étranger contre le peuple de France. Macron le premier.

Avocat, universitaire, essayiste
 
 
 
 

En participant à un déjeuner avec Emmanuel Macron ce 21 mars (est-ce l’ambassade de Roumanie qui les accueillait qui a payé le repas ? Et qui paye Laurence Haïm, qui a quitté son job fructueux aux USA pour se mettre au service de Macron ?), certains ambassadeurs européens à Paris ont outrageusement violé la non-ingérence dans les affaires internes d’un État, la France.

La non-ingérence est, juridiquement, le principal corollaire du principe d’égalité souveraine des États.

Ce principe majeur d’une vie internationale pacifique est connu depuis des siècles comme une évidence minimale, et a trouvé sa rédaction moderne dans la Charte des Nations unies (1945).

Selon les Nations unies elles-mêmes : « Convention internationale, la Charte des Nations Unies codifie les grands principes des relations internationales, depuis l’égalité souveraine des États jusqu’à l’interdiction d’employer la force dans ces relations » (Préambule).

Article 1
Les buts des Nations Unies sont les suivants :
[…] Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde ;

Article 2
L’Organisation des Nations Unies et ses Membres, dans la poursuite des buts énoncés à l’Article 1, doivent agir conformément aux principes suivants :
L’Organisation est fondée sur le principe de l’égalité souveraine de tous ses Membres.
Les Membres de l’Organisation règlent leurs différends internationaux par des moyens pacifiques, de telle manière que la paix et la sécurité internationales ainsi que la justice ne soient pas mises en danger.
Les Membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.

Après la grossière immixtion diplomatique de la Turquie en plein cours des élections aux Pays-Bas, et en France, alors que notre gouvernement (si tant est qu’on puisse encore le nommer ainsi) a commis un acte de reddition diplomatique en permettant à un gouvernement étranger de faire campagne en France au cours d’un meeting public, voici que divers gouvernements qu’il faudra identifier sans délai délèguent leurs ambassadeurs pour accréditer la campagne présidentielle du candidat de Bruxelles, de la finance et de la mondialisation.

Cette inimaginable intrusion, véritable incident diplomatique, méritera de très lourdes sanctions. Il en ira de même pour Mme Merkel, qui n’avait pas à recevoir certains candidats français en Allemagne.

Au moins cela a-t-il désormais, pour qui sait comprendre ces signes, le mérite de l’aveuglante clarté : plusieurs candidats sont ceux de l’étranger contre le peuple de France. Macron le premier.

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[Fake journalisme] Le comploutinisme, ce “spectre” qui hante les médias

Publié le par Felli Bernard

26
Mar
2017

Dans notre série “Analyse critique des médias”, option “Donne-nous aujourd’hui notre Le Pen de ce jour” (que je ne soutiens en rien, je le rappelle… Notez aussi que ce n’est pas moi qui parle de Marine Le Pen toutes les 12 minutes, hein…), l’éditorial du Monde du 25 mars, disponible ici.

Comme d’habitude, je vous en propose un lecture d’un trait, et ensuite je la commente :

I. L’article original

comploutinisme

Le poutinisme, ce spectre qui hante l’Europe

Editorial. En recevant vendredi Marine Le Pen, Vladimir Poutine poursuit sa politique de déstabilisation de l’ordre continental qui garantit la paix en Europe occidentale depuis 1945.

Editorial du « Monde ». Le calendrier n’est pas anodin, Vladimir Poutine et Marine Le Pen sont trop fins politiques pour cela. Au moment où les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne se rendaient à Rome pour célébrer le soixantième anniversaire du traité de Rome, qui fonda l’Union européenne, la candidate française de l’extrême droite était reçue au Kremlin. Par Vladimir Poutine lui-même.
Le président russe a bien fait les choses : poignée de main, une heure et demie d’entrevue, dont le début était filmé, dans la grande tradition du Kremlin, pour donner le sentiment que les dirigeants n’ont rien à cacher aux citoyens. Et un soutien à peine déguisé à Marine Le Pen, un mois avant le premier tour de l’élection présidentielle française. Certes, le président russe a prétendu qu’il ne voulait nullement intervenir dans le cours des choses, mais il s’est déclaré « très heureux » de rencontrer ­Marine Le Pen et a salué en elle la représentante d’un « spectre politique en Europe qui croît rapidement ».

Ce spectre qui hante l’Europe, c’est celui de la déstabilisation et, à terme, de la destruction de l’ordre continental, qui garantit la paix en Europe occidentale depuis 1945. Car qu’est-ce que Poutine, le modèle que promeut Marine Le Pen ? Un régime très autoritaire, qui assassine ses opposants ; le viol des règles internationales avec l’annexion de la Crimée ; le soutien au régime syrien de Bachar Al-Assad, dont les crimes ont plus nourri le terrorisme djihadiste qu’ils ne l’ont combattu ; le repli ethnico-religieux, sur la chrétienté blanche, qui incarnerait la vraie Europe face à un Occident décadent.

Le poutinisme, c’est aussi le retour aux bonnes vieilles méthodes de déstabilisation, de l’Ukraine au Caucase, et le rappel de la doctrine Brejnev : la « souveraineté limitée » des voisins de la Russie.

Le recroquevillement national

Ce serait le destin de la France de Marine Le Pen. Nul n’est dupe, lorsque la candidate d’extrême droite se réclame de De Gaulle, « pour que la France retrouve sa souveraineté, sa liberté et sa politique étrangère harmonieuse ». Elle exploite l’antiaméricanisme historique du Général, qui rêvait d’une Europe de l’Atlantique à l’Oural.

Mais, derrière les mots, le modèle de Marine Le Pen signifierait le recroquevillement national conjugué à la soumission aux puissances, russe mais aussi américaine. A cet égard, la visite, début janvier à New York, de la candidate à la Trump Tower donne une image plus juste de ce que serait une France disqualifiée par l’extrême droite : une Marine Le Pen contemplant le marc de café, rêvant d’une entrevue avec le président, qui n’a pas daigné la recevoir.

L’avenir et la liberté de la France se situent en Europe. Ce week-end, cet esprit était à Rome. L’UE, que l’on disait morte, a survécu à trois drames existentiels : la crise de l’euro, l’afflux des réfugiés et le Brexit, qui sera enclenché la semaine prochaine. Reste à endiguer la vague populiste. Les électeurs sont en passe de reprendre leurs esprits. A l’automne, les Autrichiens ont refusé d’élire un président d’extrême droite. Aux Pays-Bas, l’islamophobe Geert Wilders a subi une sévère déconvenue. La dernière étape est l’élection française.

Forts de ce mandat populaire, les dirigeants européens auront à réinventer la belle promesse du préambule du traité de Rome : « établir les fondements d’une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens ». Sous une forme renouvelée mais avec la même ambition de fraternité européenne.

Source : Le Monde, 25 mars 2017

II. L’article commenté

Le poutinisme, ce spectre qui hante l’Europe

Notez bien le mot “spectre”, on y reviendra

Editorial. En recevant vendredi Marine Le Pen, Vladimir Poutine poursuit sa politique de déstabilisation de l’ordre continental qui garantit la paix en Europe occidentale depuis 1945.

Chapô parfaitement tempéré, tout à fait dans le style habituel du Monde. Ne nécessite donc aucun fact-checking des Décodeurs. On ne parlera donc ni de la guerre froide, ni de la guerre de Yougoslavie…

Editorial du « Monde ». Le calendrier n’est pas anodin, Vladimir Poutine et Marine Le Pen sont trop fins politiques pour cela.

Comploootisme !

Au moment où les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne se rendaient à Rome pour célébrer le soixantième anniversaire du traité de Rome, qui fonda l’Union européenne, la candidate française de l’extrême droite était reçue au Kremlin. Par Vladimir Poutine lui-même.

Comploootisme !

Le président russe a bien fait les choses : poignée de main,

Quel manipulateur ce Poutine !

une heure et demie d’entrevue, dont le début était filmé, dans la grande tradition du Kremlin, pour donner le sentiment que les dirigeants n’ont rien à cacher aux citoyens.

Alors que, chez, nous, les dirigeants n’ayant évidemment rien à cacher aux citoyens, on ne filme rien. CQFD

Et un soutien à peine déguisé à Marine Le Pen, un mois avant le premier tour de l’élection présidentielle française. Certes, le président russe a prétendu qu’il ne voulait nullement intervenir dans le cours des choses,

Voici le début du Verbatim des propos du président Poutine sur le site du Kremlin, recevant donc la Présidente du parti qui a reçu le plus de voix aux dernières Européennes :

“Mme Le Pen, ce n’est pas votre première fois à Moscou, et je suis heureux de vous accueillir ici. Je sais que vous êtes venu à l’invitation de la Douma d’Etat – le parlement de la Fédération de Russie.

Nous accordons beaucoup de valeurs à nos relations avec la France et essayons de maintenir de bonnes relations tant avec le gouvernement en place qu’avec l’opposition.

Je suis bien sûr au courant de la campagne électorale en cours en France. En aucun cas, nous ne voulons influencer les événements au fur et à mesure qu’ils se déroulent, mais nous nous réservons le droit de discuter avec tous les représentants de toutes les forces politiques en France, tout comme le font nos partenaires en Europe et aux États-Unis.”

mais il s’est déclaré « très heureux » de rencontrer ­Marine Le Pen

C’est vrai que nous avons un des rares présidents de la Planète à offenser les gens qu’il va rencontrer, mais enfin, ce n’est pas la règle ailleurs. Il est donc rare qu’un Président dise à l’invité “Ca m’emmerde un peu de vous rencontrer, j’avais piscine normalement…”

Quand Hollande reçoit en 2014 le Prince Salman des Coupeurs de têtes, il a dit : “Altesse, C’est un honneur de vous recevoir, ici, au Palais de l’Elysée. Vous êtes un ami de la France. […] Vive l’Arabie Saoudite ! Vive la France ! Vive l’amitié entre l’Arabie Saoudite et la France !

et a salué en elle la représentante d’un « spectre politique en Europe qui croît rapidement ».

Notez, encore, on y reviendra.

Ce spectre qui hante l’Europe,

Notez, encore. Le “jeu de mots” était attendu, vu la phrase précédente…

c’est celui de la déstabilisation et, à terme, de la destruction de l’ordre continental, qui garantit la paix en Europe occidentale depuis 1945.

Déjà commenté. c’est beau ce genre de “garantie”, sachant que ces personnages ont simplement failli déclencher une guerre nucléaire en 1962

Car qu’est-ce que Poutine, le modèle que promeut Marine Le Pen ?

Sérieusement, ils ont vraiment écrit dans l’éditorial “qu’est-ce que Poutine” ?

Un régime très autoritaire, qui assassine ses opposants ; le viol des règles internationales avec l’annexion de la Crimée ; le soutien au régime syrien de Bachar Al-Assad, dont les crimes ont plus nourri le terrorisme djihadiste qu’ils ne l’ont combattu ; le repli ethnico-religieux, sur la chrétienté blanche, qui incarnerait la vraie Europe face à un Occident décadent.

Le poutinisme, c’est aussi le retour aux bonnes vieilles méthodes de déstabilisation, de l’Ukraine au Caucase, et le rappel de la doctrine Brejnev : la « souveraineté limitée » des voisins de la Russie.

Inutile de commenter à ce niveau-là. J’imagine que les Décodeurs n’ont pas le temps de fact-checker le “un régime qui assassine ses opposants”… Ah oui, sinon, il y a 20 millions de musulmans en Russie, hein…

Le recroquevillement national

Ce serait le destin de la France de Marine Le Pen. Nul n’est dupe, lorsque la candidate d’extrême droite se réclame de De Gaulle, « pour que la France retrouve sa souveraineté, sa liberté et sa politique étrangère harmonieuse ». Elle exploite l’antiaméricanisme historique du Général,

USA qui le lui rendaient bien…

qui rêvait d’une Europe de l’Atlantique à l’Oural.

Ce qui n’est pas le rêve du Monde vu sa russophobie, on l’aura compris…

Mais, derrière les mots, le modèle de Marine Le Pen signifierait le recroquevillement national conjugué à la soumission aux puissances, russe mais aussi américaine.

Tiens, un vrai effet de Trump : le Monde ne veut plus que la France se soumette aux États-Unis maintenant ! Peut-être va-t-il alors sanctionner les journalistes Young Leaders de la French American Foundation en son sein alors ?

A cet égard, la visite, début janvier à New York, de la candidate à la Trump Tower donne une image plus juste de ce que serait une France disqualifiée par l’extrême droite : une Marine Le Pen contemplant le marc de café, rêvant d’une entrevue avec le président, qui n’a pas daigné la recevoir.

Alors là, je demande un fact-checking ! Trump a-t-il refusé de recevoir MLP ? On verra à la fin.

L’avenir et la liberté de la France se situent en Europe.

Fluuute, moi qui pensait qu’ils se situaient en Australie !

Ce week-end, cet esprit était à Rome.

Quelqu’un a des photos de l’Esprit prises ce week-end ?

L’UE, que l’on disait morte, a survécu à trois drames existentiels : la crise de l’euro,

réglé – enfin presque

l’afflux des réfugiés et le Brexit,

réglé – enfin presque

qui sera enclenché la semaine prochaine.

réglé – enfin presque, vu qu’il n’a même pas commencé…

Reste à endiguer la vague populiste.

trop facile

Les électeurs sont en passe de reprendre leurs esprits.

Eh oui, les pauvres, les gens qui souffrent, et qui votent pour ces partis, c’est qu’ils ont perdu la tête !

A l’automne, les Autrichiens ont refusé d’élire un président d’extrême droite.

Eh oui, 47 % des voix pour le candidat d’extrême-droite, tout va bien !

Aux Pays-Bas, l’islamophobe Geert Wilders a subi une sévère déconvenue.

Eh oui, le type a a gagné 5 sièges , c’est donc une “sévère déconvenue” !

Vous notez au passage le cirque médiatique qui a duré deux semaines, et dont je n’ai pas eu le temps de parler. Le Parlement local est élu à la proportionnelle ; ce parti a fait 6 % des voix en 2006, 15 % en 2010, 10 % en 2012 et donc 13 % en 2017 ; il n’a guère d’alliés de poids. C’est dire comme il était aux portes du pouvoir ! Après, quand les médias s’agitent sur je ne sais quelle base pour dire qu’il y a un grand danger, et quand du coup  les types ne gagnent “que” 3 %, tout le monde est content, on  évité le 4e Reich… Et puis on m’expliquera pourquoi on s’est tant agité pour les Pays-Bas (amitis aux lecteurs), avec un si petit risque – et assez peu en comparaison pour l’Autriche par exemple, et pas du tout pour l’Ukraine…

La dernière étape est l’élection française.

Forts de ce mandat populaire, les dirigeants européens auront à réinventer la belle promesse du préambule du traité de Rome : « établir les fondements d’une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens ». Sous une forme renouvelée mais avec la même ambition de fraternité européenne.

Comment on dit “fraternité européenne” en grec ?

Source : Le Monde, 25 mars 2017

III. Le café à la Trump Tower

Dommage, le Monde devrait mieux lire : Le Monde, 12/01/2017

comploutinisme

comploutinisme

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Bon, ok, on est mieux informé en lisant Paris Match :

comploutinisme

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Marine Le Pen a confirmé sur BFM, comme le rapporte, agacée, Europe 1 :
comploutinisme

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Bref, encore une information de qualité…

IV. Le spectre

Allez, un dernier point amusant.

En russe, Poutine a dit ceci (Source : Kremlin, version russe) :

comploutinisme

Знаю, что Вы представляете достаточно быстроразвивающийся спектр европейских политических сил.

спектр signifie… spectre en traduction purement littérale.

donc toujours très littéralement, cela signifie :

“Je sais que vous représentez un “spectre” des forces politiques européennes qui se développe vite”

En fait, il y a d’autres sens à спектр, suivant le contexte :

comploutinisme

Et ici, il est clair qu’on ne peut garder “spectre”. Ce mot fait référence au spectre de la lumière, donc à l’éventail de toutes les couleurs. On emploie donc parfois l’expression “spectre politique”, mais en général, c’est plutôt “échiquier politique“. Mais du coup, on ne peut traduire la phrase de Poutine par “vous êtes un spectre politique en Europe” ; ça ne veut rien dire. Le spectre, c’est toutes les couleurs politiques. Le Vert n’est pas “un des spectres de la lumières”. Spectre est donc une sorte de faux-ami en russe.

Le Kremlin, qui a de bons traducteurs, lui, a bien traduit en anglais (Source : Kremlin, version anglaise) :

comploutinisme

En Français, il fallait évidemment traduire par “Je sais que vous représentez un courant politique en Europe qui se développe rapidement.”

Rappelons aussi les définitions du mot spectre :

Mais du coup, ça fait moins le buzz, et de moins beaux titres… 🙂

comploutinisme

 

comploutinisme

(P.S. merci à Dominique…)

57 réponses à [Fake journalisme] Le comploutinisme, ce “spectre” qui hante les médias

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Bonne affaire à Deir Hafer

Publié le par Felli Bernard

Bonne affaire à Deir Hafer

23 Mars 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Le jeu de mots est facile mais l'armée syrienne vient de réaliser une excellente opération à Deir Hafer, l'un des verrous du nord, en prenant la ville quasiment sans combattre. Les petits hommes en noir sont en débandade dans la région depuis la chute d'Al Bab, où les Turcs avaient si chèrement ferraillé pour le plus grand bonheur (et profit !) de Damas. Désormais, le nord est sécurisé et la retraite daéchique ne peut que s'accélérer afin de ne pas être pris entre deux feux.

Les YPG kurdes et l'US Air Force ont en effet mené une audacieuse opération aéroportée derrière les lignes de défense de l'EI à l'ouest de Taqbah. Une tête de pont a été établie, coupant la route Deir Hafer-Raqqa et permettant d'attaquer la capitale califale par le nord, l'est et l'ouest :

Rappelons que c'est sur la route de Taqbah que l'armée syrienne avait connu une terrible désillusion l'année dernière. Avec une partie d'Alep encore aux mains des djihadistes, un territoire en peau de léopard, les axes de communication non sécurisés et l'absence d'alliance avec les Kurdes, les conditions n'étaient sans doute pas encore réunies à l'époque pour les loyalistes. Désormais, elles le sont même si ce sont les Kurdes qui mettent la main sur le point stratégique.

Dans son palais, le sultan, déjà passablement exaspéré par le rapprochement russo-kurdo-américain et les rumeurs chaque fois plus consistantes de coopération entre Russes et Kurdes, doit friser l'attaque d'apoplexie. L'on note d'ailleurs un certain rafraîchissement entre Ankara et Moscou.

Des bisbilles agricolo-douanières ressurgissent soudain. Après la mort d'un soldat turc descendu sur le territoire turc par un sniper kurde du canton d'Efrin, le chargé d'affaires russe a été convoqué. Parmi les griefs ottomans : la présence militaire russe à Efrin (ce qui semble confirmer les informations dont nous faisions état il y a trois jours), des généraux russes photographiés avec des insignes YPG sous la photographie d'Ocalan (le fameux leader du PKK en prison) ou encore le bureau du PYD ouvert à Moscou après l'incident du Sukhoi et toujours en fonction. Sur ce dernier point, Erdogan ne peut s'est prendre qu'à lui-même...

Mais on peut comprendre que, voyant la situation complètement lui échapper, il frôle la crise de nerf. Peut-il aller plus loin ? Sans doute pas... La crise gagne la Turquie, le chômage monte et le sultan, dont la popularité est de moins en moins assurée, ne peut se permettre de se mettre à dos la Russie, ni économiquement ni stratégiquement. En un mot, Erdogollum est coincé.

Revenons à nos moutons de Taqbah... Si le commandant américain a fait remarquer que "le régime et la Russie ne seront pas contents car ils voulaient contrôler la ville", cela semble plutôt participer de l'opération de com'. En réalité, la concomitance des offensives sur Deir Hafer et Taqbah n'a échappé à personne. Quelques heures après le parachutage kurdo-US, les combattants daéchiques de Deir Hafer, menacés d'être coupés de Raqqa, ont dû sonner la retraite, laissant la ville à l'armée syrienne. Une coopération syro-kurde et, derrière, américano-russe ne serait pas pour nous surprendre...

Toujours est-il que l'offensive kurde encerclant Raqqa a le mérite d'obliger Daech à se redéployer et à dégarnir ses autres fronts. Les loyalistes assiégés à Deir ez Zoor depuis des années vont pouvoir souffler avec le départ de plusieurs bataillons de l'EI. De même, après la prise de Deir Hafer susmentionnée, les troupes d'élite des Tiger Forces ont été envoyées d'urgence au nord de Hama où les djihadistes "modérés" de l'Idlibistan ont lancé l'offensive. Ainsi qu'à l'est de Damas où l'armée syrienne, après avoir été un temps en difficulté, regagne le terrain perdu.

Ces attaques ne doivent pas leurrer et s'apparentent plutôt à un chant du cygne barbu. Georges Malbrunot, l'un des moins malhonnêtes observateurs de la MSN, ne s'y trompe pas :

Avant la reprise, jeudi, des négociations de Genève, un sentiment de démobilisation a gagné les anti-Assad.

Le dernier assaut des rebelles contre Damas et le terrain repris par les opposants de Bachar el-Assad autour de la ville de Hama ne doivent pas faire illusion : «L'insurrection est laminée et ses combattants démobilisés», constatait le chercheur Thomas Pierret, après la défaite d'Alep, fin décembre. «Le pouvoir continue de gagner du terrain», renchérit-il, aujourd'hui. «Ce qui ne l'incitera pas à faire la moindre concession» à la table des négociations qui reprennent ce jeudi à Genève sous l'égide de l'ONU.

Au-delà des habituels éléments de désinformation - les "opposants" et "rebelles" cités sont en réalité Hayat Tahrir al-Cham, la fédération d'Al Qaeda -, le constat s'impose. Les djihadistes ont été assommés à Alep et le combat est désormais perdu. Si personne ne peut encore parier sur la durée de la guerre, son issue ne fait plus beaucoup de doutes.

Le système impérial a encore perdu...

 

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Pendule de Nwton24/03/2017 22:48

Une synthèse au taquet et clairvoyante.
Pour Erdogan, il agit toujours dans un esprit belliqueux sans sang froid (ce qui la perdu, le perd et le perdra avant une perte totale de ses neurones vu le casse tête). Au moins l'UE, lui accorde la seule planche de salut pour son référendum (le dindon du dindon.
Vexé du pas de tango Usa-Russie à Manjib, il s'oriente vers Hama et la banlieue de Damas, seulement il n'intègre pas la fait que l'armée syrienne agit en reculade-encerclement et pulvérisation.
Son armée et satellites ont montré leurs carences à Al Bab.
Il ne fait que creuser sa propre tombe et pousse encore plus l'administration Trump à beaucoup plus coopérer avec les russes et le régime pour Raqqa (malgré tout le battage médiatique aucune coalition au sol viable ne se lancera dans cette lutte).
Les proxys sont occupés à recevoir la fessée au Yémen et à s'écharper.
Bien à vous

Observatus geopoliticus25/03/2017 12:46

Toujours un plaisir de vous lire, cher Pendule.
Ajoutons qu'hier, les Kurdes ont ouvert la porte à une collaboration avec l'armée syrienne pour marcher sur Raqqa : https://www.almasdarnews.com/article/kurdish-led-sdf-welcomes-syrian-army-participation-coming-raqqa-offensive/

jef24/03/2017 21:56

"En un mot, Erdogollum est coincé."

Et, pour me permettre un jeu de mots, les coins de toute part sont enfoncés. Peut-il encore tenir? Bien sûr, la date du referendum d'avril est dans l’esprit de tous. Il tiendra sans doute jusque là. Mais après? Eh bien, je ne crois pas qu'un résultat favorable (qui imagine un vrai plébiscite?) suffira à un maintien durable. En tout cas quelque chose doit craquer...La Turquie ne peut se mettre le monde à dos.

Observatus geopoliticus25/03/2017 12:44

@ Jef
Surtout qu'il commence lentement mais sûrement à perdre ses soutiens islamistes en Turquie même : http://www.al-monitor.com/pulse/originals/2017/01/turkey-why-islamists-are-no-longer-erdogan-favorites.html
Je me demande s'il n'a pas été frappé d'hybris, malédiction qui a mis à bas tant de leaders par le passé. Il pense peut-être pouvoir lutter seul contre le monde...

Loic24/03/2017 11:58

Audacieuse cette opération des forces spéciales US à Tabqa en effet. La débandade daeshique s'est accélérée ces dernières semaines et sur un peu tous les fronts désormais (Mossoul, Palmyre et tout le long de l'Euphrate).

Quand au Sultan, je crois qu'il se rabat sur les européens pour essayer de montrer à son peuple qu'il pèse encore internationalement à 3 semaines du référendum, il a été humilié par les russes et les américains, quand on est malmené par plus fort que soi, ça essaie de se rabattre sur des cibles plus faibles : l'UE qu'il tient un peu grâce à son chantage sur les migrants. Tout cela est quand même pitoyable, il serait de bon ton que le peuple turc mette un coup d'arrêt aux agissements de ce führer des temps modernes.

La guerre va être encore longue en Syrak mais elle s'est grandement accélérée depuis la reprise d'Al Bab et l'offensive sur l'ouest de Mossoul.

jef24/03/2017 22:23

La guerre est d'ores et déjà gagnée. En Syrie comme en Irak.C'est sa conclusion qui sera longue. Parce que l'enjeu est le retour à la pleine souveraineté des gouvernements légitimes (pour faire simple) sur leur territoire. Or, de cela, l'Oligarchie (pour faire très simple) ne veut surtout pas. ¨Pour le dire autrement, une guerre dont l'EI ne serait pas vainqueur mais interminable satisferait entièrement les intérêts de certains. Pas de tous les ennemis de la Syrie et de l'Irak mais des décisionnaires.

Alaric23/03/2017 22:02

Je vous trouve un peu (trop ? ) optimiste cher OG.

J'ai vraiment l'impression que l'Idlibistan s'est réveillé et que le sentiment d'urgence a imprégné combattants et émirs . Jund Al Aqsa a disparu, Ahrar et Tharir ne se tapent (momentanément ) plus dessus , les pourparlers sont méprisés , et tous s'assument désormais au sein de la bannière d'Al Qaeda et affichent un discours sectaire totalement décomplexé .

Cette fédération a le double avantage d'unifier la rébellion et de fanatiser les derniers hésitants . A mon avis on va assister à quelques semaines d'offensives débridées où l'énergie du désespoir jouera un grand rôle . Les djihadistes ne peuvent certes plus remporter une quelconque victoire stratégique , mais leur coups de boutoirs vont empêcher Assad d'attaquer à l'est pendant un bon moment

J'espère me tromper

Observatus geopoliticus25/03/2017 12:34

@ Alaric
Les masques tombent effectivement à Idlib, ce qui permet d'ailleurs à l'USAF de bombarder ouvertement cette province désormais, en collaboration évidente avec les Russes.
Mais Ahrar ne s'est pas mise sous la bannière d'Al Qaeda ! Si les combats ont momentanément cessé entre les deux, la tension reste vive.
Ceci dit, notez bien que j'ai pris soin de préciser qu'il est impossible de dire quand la guerre finira. La conquête de l'Idlibistan prendra du temps, c'est une évidence.

Madudu24/03/2017 11:46

Les effectifs loyalistes sont limités depuis le début de la guerre, ce qui n'a pas empêché à leurs forces armées de reprendre Alep et de gagner petit à petit, à l'usure, du terrain sur les poches de Homs, du Nord du Damas, etc.

Sans compter que l'armée loyaliste n'a jamais eu autant de soutien sur le terrain, si en plus des russes ils ont maintenant les kurdes de l'Est et les US, ça commence à faire vraiment beaucoup ^^

Au mieux l'Idlibistan peut retarder l'agenda loyaliste, mais c'est tout. Il n'y a donc pas de quoi être pessimiste, il me semble.

Wilmotte Karim23/03/2017 21:18

Est-ce que les déplacements d'unité de Daesh ne devrait pas être le moment de les saigner à blanc? L'aviation ne doit elle pas les contraindre à rester immobile ou rester terrer?

Kevin24/03/2017 10:23

Je rejoins Karim sur ce point: comment ne pas etre reperé par les satellites, avions, et autres drones qui survolent en permanence la région lorsqu'on déplace des véhicules blindés dans le désert? Ou alors ils arrivent à tout camoufler dans des camions civils et ne se promènent pas en colonne comme une armée classique, plutot en catimini, comme des guerilleros...

Hamilcar Barca23/03/2017 23:33

@Alaric

Cher Alaric,
En appui de votre réponse, je me permets de citer un commentaire des écrits du Feldmarschal E. Rommel, qui avait des vues disons pertinentes sur la question: "[les] zones désertiques .... sont d'ailleurs comparées, par l'auteur [E. Rommel], à des étendues maritimes dans lesquelles le mouvement demeure la force du vainqueur".
L'opération "Termpête du désert" surnommée "Le combat du vif contre le fixe" a 50 ans plus tard confirmé la justesse des vues du "renard du désert"

Vingt-six ans après "Desert storm", le principe est tjrs valable

Bien cordialement

Bien cordialement

Alaric23/03/2017 21:20

Bein justement , si vous restez immobile vous êtes une cible parfaite , c'est le mouvement constant qui est salvateur

Hamilcar Barca23/03/2017 20:46

@Observatus Geopoliticus

Mon cher OG
Effectivement, avec un titre pareil, vous nous jouez les successeurs de Jean Bruce et de son célébrissime - dans les années 60 - héros OSS117.
"Moche coup à Moscou
Gâchis à Karachi
Agonie en Patagonie ..."
:-)

Notez bien que l'OSS étant l'ancêtre de la CIA, la situation moyen orientale actuelle aurait ravi J Bruce.
D'ailleurs, un de ses romans ne s'appelle-t-il pas: "Ombres sur le Bosphore"?
Certes à l'époque les méchants étaient les Soviétiques, mais un bon coup de re-wrting et zou !

Plus sérieusement, j'ai été surpris par l'annonce de cette opération aéroportée kurdo-US. Dans un premier temps, j'avais cru qu'il y avait eu largage de paras sur ou derrière l'ennemi, manoeuvre à haut risque.
Si je ne m'abuse, la Légion à Kolwezi a du être la dernière opération de ce type. Peut-être aussi les Soviétiques en Afghanistan, mais là l'info est rare.

http://www.ifri.org/sites/default/files/atoms/files/fs37michel.pdf

Apparemment il s'est agi là d'un assaut aéromécanisé, mais quand même! Cela suppose quelques jours - voire semaines - d'entraînement des Kurdes du YPG, pour les faire passer du stade de guérilleros valeureux certes à celui de fantassins aéromobiles.

Il semblerait donc que ce "coup" et tout ce qu'il implique en amont ont été mis en route très tôt suivant l'arrivée du Donald à la Maison Blanche, et de "Mad Dog" au Pentagone.
A méditer

Bien cordialement

Observatus geopoliticus25/03/2017 12:28

Je me joins à Jef pour féliciter notre suffète national.
N'oublions pas non plus l'inoubliable "Banco à Bangkok" avec Robert Hossein (rien de moins) dans le rôle du méchant.

jef24/03/2017 21:40

Merci, Halmicar Barca, pour ce post savoureux!

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Scandale d’Etat : Un livre accuse François Hollande d’organiser la destruction de ses adversaires politiques

Publié le par Felli Bernard

Scandale d’Etat : Un livre accuse François Hollande d’organiser la destruction de ses adversaires politiques

« François Hollande est-il pour quelque chose dans la déconfiture de certains de ses adversaires politiques ? C’est ce que suggère un livre à paraître, Bienvenue Place Beauvau, Police : les secrets inavouables d’un quinquennat (éd. Robert Laffont), des journalistes d’investigation au Canard enchaîné Didier Hassoux et Christophe Labbé (déjà auteurs de L’Espion du président en 2012) et Olivia Recasens, journaliste indépendante. Que contient cet ouvrage ?

“Difficile de ne pas voir la patte de Hollande”

D’après les bonnes feuilles publiées par l’hebdomadaire Valeurs Actuelles, il décrit un vaste système de surveillance de ses adversaires mis en place par François Hollande depuis son arrivée à l’Élysée. Ce “cabinet noir” aurait eu pour objectif de discréditer les concurrents du président à l’élection présidentielle, en particulier Nicolas Sarkozy et  Manuel Valls, son propre Premier ministre. Les auteurs écrivent ainsi, de manière éloquente, à propos des “affaires” et révélations sur la vie privée des candidats :

 

“Derrière ces ennuis à répétition qui ciblent les principaux rivaux du président sortant, difficile de ne pas voir la patte de Hollande”.

Ainsi certaines fuites d’informations dans la presse sur la vie privée de certains responsables politiques à des fins malveillantes ne seraient pas étrangères au président de la République. “Pendant près d’un an, la police judiciaire a espionné les conversations [de Nicolas Sarkozy]” après son départ de l’Élysée, rappellent les auteurs. Treize affaires judiciaires collent ainsi à la peau de l’ex-président. De quoi alimenter les procès en “cabale politique” chez les sarkozystes.

“Sarkozy, je le surveille, je sais tout ce qu’il fait”

D’après les auteurs, il existe bien une orchestration des affaires judiciaires, dont le point de départ se situe au service de renseignement financier de Bercy (dont le ministre, Michel Sapin, est un vieil ami de Hollande), Tracfin. Après avoir récolté des informations dans les comptes en banque de responsables politiques, cet organisme peut transmettre le dossier à la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG), dont le directeur, Robert Gelli, est aussi un proche de François Hollande.

“La DACG n’est pas seulement l’œil de la chancellerie, c’est aussi un moyen de piloter discrètement les dossiers politiquement sensibles”, soutient un parquetier cité par les auteurs.

Hollande lui-même a été prolixe à ce sujet, confiant par mégarde devant dix-neuf députés socialistes, le 17 février 2014 : “Sarkozy, je le surveille, je sais tout ce qu’il fait”. Simple manière de parler ? Selon les témoignages recueillis, pas vraiment. Un routard de la police judiciaire évoque en effet la constitution de “blancs”, c’est-à-dire d’informations récoltées clandestinement, et qui remonteraient “en haut lieu”. Il n’est ainsi pas dupe du fait que François Hollande ait découvert en lisant Le Monde que Nicolas Sarkozy a été mis en écoute…

Même Manuel Valls en aurait fait les frais

Ces coups bas ne concernent pas que Sarkozy, mais aussi Manuel Valls, selon les allégations de ce livre. Ainsi la rumeur selon laquelle le Premier ministre aurait eu une liaison avec sa ministre de l’Éducation aurait été ébruitée en haut lieu, de même que les conditions de financement de l’orchestre de sa femme, Anne Gravoin. A Matignon, on fait ainsi remarquer que l’enquête a été “conduite par une société d’intelligence économique proche de l’Élysée, qui travaille en sous-main avec la DGSE”. Le pire, si ces informations sont confirmées, c’est que malgré ce système visant à saper la réputation de ses rivaux, Hollande n’a pas réussi à se représenter… »

Les InRocks, le 22 mars 2017

Rappel :

L’affaire Fillon fait les affaires de Macron

Voir aussi :

François Fillon demande l’ouverture d’une enquête judiciaire sur l’existence d’un « cabinet noir » à l’Elysée :

 

(France 2, 23 mars 2017)

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 52 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières

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Crash Germanwings: le père du copilote conteste la thèse du suicide

Publié le par Felli Bernard

Crash Germanwings: le père du copilote conteste la thèse du suicide

Günter Lubitz (g), le père du copilote Andreas Lubitz, spécialiste de l'aviation civile, Tim van Beveren (d), à l'issue d'une conférence de presse, le 24 mars 2017 à Berlin / © AFP / Tobias SCHWARZ

Deux ans après le crash de l'A320 de Germanwings dans les Alpes françaises, le père du pilote qui a fait s'écraser l'appareil a mis en cause vendredi la thèse de l'acte suicidaire d'un dépressif, suscitant l'indignation.

"Nous aussi nous cherchons des réponses", a assuré Günter Lubitz, père du copilote Andreas Lubitz, qui s'exprimait lors d'une conférence de presse à Berlin pour la première fois en public depuis cette catastrophe qui a fait 149 victimes.

Le 24 mars 2015, à bord du vol 4U 9525 reliant Barcelone à Düsseldorf, son fils copilote de 27 ans, sous antidépresseurs, a profité de l'absence momentanée du pilote en titre du cockpit pour projeter l'appareil contre une montagne du sud des Alpes, selon les enquêteurs.

Pas dépressif
 

Un photo du copilote Andreas Lubitz, lors d'une conférence de presse donnée par son père Günter Lubitz, le 24 mars 2017 à Berlin / © dpa/AFP / Michael Kappeler

"Depuis deux ans je suis comme les autres proches (des victimes): je suis frappé de stupeur devant cette tragédie", a ajouté cet homme vêtu d'un costume noir, à la ressemblance frappante avec son fils, avant de préciser: "Ce que je vous dis maintenant, je le dis avec beaucoup de précaution car cela peut facilement être mal compris".

"Notre fils n'était pas dépressif au moment du crash" mais "une personne optimiste, responsable et engagée", a-t-il dit, jetant le doute sur les résultats de l'enquête mais sans toutefois avancer de thèse alternative.

A son côté, un journaliste spécialiste de l'aviation civile, Tim van Beveren, a parlé d'erreurs et d'incohérences dans les investigations.
 

Image tirée d'une vidéo, le 24 mars 2015, montrant un débris de l'Airbus A320 de la Germanwings sur les lieux du crash dans les Alpes françaises, près de Seyne / © AFP/Archives / DENIS BOIS

Il s'en est tout particulièrement pris au procureur de Marseille dans le sud de la France, Brice Robin, qui a rapidement désigné Andreas Lubitz comme le seul responsable de la catastrophe.

"Tout le monde a entendu ça et l'a écrit et tout le monde l'a cru", selon lui, "mais nous avons tous des théories et ces théories ne sont pas des preuves".

Le directeur du lycée Joseph-König de Haltern-am-See dans l'ouest de l'Allemagne où étaient scolarisés 16 adolescents morts avec deux de leurs enseignants dans la catastrophe y a vu un "affront pour les parents" des victimes.
 

Crash de l'A320 de Germanwings / © AFP / Jules BONNARD, Alain BOMMENEL, Kun TIAN, Laurence SAUBADU

Le ministère allemand des Transports a également assuré n'avoir "aucune raison de douter" des conclusions de l'enquête.

Et sur les lieux proches du drame, le PDG de Lufthansa --maison-mère de Germanwings--, Carsten Spohr, a souligné que ce n'était pas le "jour pour faire des spéculations", tandis que le maire d'une commune voisine, Bernard Bartolini, a qualifié la contre-enquête d'"extravagance".

Gestes actifs
 

Le récit du crash de Germanwings / © AFP / Stéphane Koguc, Elise d'Epenoux

Dans le sud des Alpes françaises, environ 500 proches des victimes se sont recueillis vendredi à la cathédrale de Digne-les-Bains, pour une cérémonie ?cuménique.

Au Vernet, le village le plus proche de l'endroit où s'est écrasé l'appareil, un monument commémoratif en forme de sphère de cinq mètres de diamètre a été dévoilé.

En juin, ce monument doit être héliporté sur le site du crash proprement dit. A près de 1.500 mètres d?altitude, une balise y marque depuis la catastrophe le point d'impact. Les lieux seront ensuite "définitivement interdits au public".

En Allemagne, les quelque 1.200 élèves du lycée Joseph-König de Haltern-am-See, dans l'ouest du pays, ont observé cinq minutes de silence à partir de 10h41 -l'heure à laquelle s'est écrasé l'avion.

"Nous ne vous avons pas oubliés et nous ne vous oublierons pas", a assuré le directeur de l'établissement, Ulrich Wessel, cité par dpa.

Le Bureau français d'enquêtes et d'analyses (BEA), dans ses conclusions publiées en mars 2016, affirme que le crash a été volontaire en raison des multiples gestes enregistrés jusqu'à la collision avec le sol par les boîtes noires de l'appareil: déclenchement de la descente et changements de vitesse.

Andreas Lubitz avait par ailleurs "répété" son geste le matin même sur le vol aller par des "actions sur le système de pilotage automatique" alors qu'il était seul dans la cabine, selon le BEA.

Dans le volet allemand de l'enquête judiciaire, le parquet de Düsseldorf a clos en janvier ses investigations en écartant notamment les soupçons de négligence visant les médecins qui ont examiné Lubitz.


(©AFP / 24 mars 2017 16h22)

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Au Kremlin, Poutine et Le Pen prônent la lutte commune contre le terrorisme

Publié le par Felli Bernard

 

 

Vladimir Poutine lors de la rencontre avec Marine Le Pen au Kremlin

Au Kremlin, Poutine et Le Pen prônent la lutte commune contre le terrorisme

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Lors de sa rencontre avec la dirigeante du FN au Kremlin, le président russe Vladimir Poutine a appelé à «prendre enfin conscience de la menace réelle» du terrorisme et à l’affronter ensemble.

Vladimir Poutine a rappelé à Marine Le Pen que, comme beaucoup d'autres pays, la Russie a à plusieurs reprises été la cible d'attaques terroristes, soulignant du même souffle que la communauté internationale devait faire front commun face au terrorisme.

« Nous vivons tous dans des conditions difficiles. Il nous faut enfin prendre conscience de la réalité de ce danger et conjuguer nos efforts dans la lutte contre le terrorisme », a déclaré le président russe à son interlocutrice.

À son tour, la candidate à la présidence française a noté que Moscou et Paris faisaient partie de ceux qui luttaient réellement contre le terrorisme.
Évoquant également l'attentat de Londres, survenu le 22 mars, la patronne du FN s'est dite favorable à un échange de renseignements plus efficace pour pouvoir protéger le peuple contre la menace terroriste.

Suite à l'attentat meurtrier qui a endeuillé ce mercredi la capitale britannique, la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova a également prôné une lutte collective contre le terrorisme.

« Aujourd'hui, aucun point de notre planète n'est protégé contre le terrorisme international. Des mesures de lutte contre ce mal sont indispensables. Il ne faut pas concentrer les efforts sur la recherche de menaces fictives, ni sur l'augmentation de budgets pour contrer des menaces inexistantes, il faut que la communauté internationale s'unisse pour dévier des menaces réelles », a déclaré la haute diplomate à la télévision russe.

Le 22 mars en après-midi, un homme a foncé en voiture sur des piétons devant le Parlement britannique, à Londres. L'attaque meurtrière a fait cinq morts dont l'assaillant et une quarantaine de blessés. L'organisation terroriste Daech a revendiqué cet attentat.

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Discours de François Asselineau à l'Association des Maires de France

Publié le par Felli Bernard


Le Président de l’UPR et candidat à l’élection présidentielle François Asselineau est intervenu à l’invitation de l’Association des Maires de France pour apporter son regard sur les réformes territoriales
Publié il y a par

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Le traité de l'Élysée

Publié le par Felli Bernard

22 janvier 1963

Le traité de l'Élysée

 

Le 22 janvier 1963, le traité d'amitié franco-allemand, signé au palais de l'Élysée, à Paris, consacre le rapprochement des deux anciens ennemis. Il est signé par Charles de Gaulle (72 ans), président de la République française, et Konrad Adenauer (87 ans), chancelier de la République fédérale allemande.

Sa valeur est essentiellement symbolique. Il clôt près d’un siècle de rivalités diplomatiques et surtout guerrières et institue une nouvelle forme de concertation à la tête de la Communauté économique européenne, qui deviendra trente ans plus tard l’Union européenne. 

Mais le traité est vidé de son contenu par le préambule unilatéralement voté par le Bundestag, le 15 juin 1963 : les députés allemands réaffirment à cette occasion leur lien avec les États-Unis et le Royaume-Uni, à la grande colère de De Gaulle, qui voit réduite à néant son aspiration à une Europe indépendante...

Alban Dignat
De Gaulle et Adenauer à l'Elysée le 22 janvier 1963

Communauté d’intérêts

Si Konrad Adenauer n’a jamais eu à porter les armes, il n’en va pas de même de son interlocuteur qui, lui, a combattu l’Allemagne pendant les deux guerres mondiales en tant qu’officier. Cela mis à part, les deux signataires du traité de l’Élysée partagent les mêmes convictions et se sont illustrés avec la même obstination dans la lutte contre le nazisme.

De Gaulle est issu de la bourgeoisie catholique de Lille et Adenauer de la bourgeoisie catholique de Cologne. Le premier a mis en place la Ve République en 1958 ; le second a porté la République fédérale allemande sur les fonts baptismaux et en est devenu le premier chancelier le 15 septembre 1949.

Peu après, il se hasarda à proposer à la France une union politique de leurs deux pays et de Gaulle fut l’un des rares dirigeants français à l’appuyer.

Dès son retour aux affaires, le Général reprend contact avec le chancelier et l’invite à La Boisserie, sa résidence familiale à Colombey-les-deux-Églises (Haute-Marne), le 14 septembre 1958.

Pour l’anecdote, on rappelle que l’escorte allemande est arrivée avec plusieurs heures de retard, les guides s’étant mépris sur la localisation du village. Qu’à cela ne tienne, à son arrivée, le chancelier, tout sourire, offre à Yvonne de Gaulle, l’épouse du président, une belle vierge en bois en style gothique flamboyant. Il signifie par ce cadeau à la maîtresse de maison que sa visite est d’ordre amical et non officiel.

C’est ensuite de façon très officielle que les deux dirigeants se rencontrent à Reims, le 8 juillet 1962. Dans la cathédrale Notre-Dame, qui garde les cicatrices de la Grande Guerre et des bombardements allemands, les deux hommes assistent côte à côte, pieusement, à un Te Deum (une messe solennelle). L’événement ne manque pas d’allure.

En retour, le général de Gaulle se rend deux mois plus tard en Allemagne où il est accueilli par des foules en liesse. Son voyage débute à Bonn, la capitale fédérale, sur le Rhin. Il se termine le 9 septembre, au château de Ludwigsburg, par un discours devant la jeunesse allemande que le Général prononce en allemand après l’avoir appris par cœur ! À cette occasion, le chancelier suggère à son ami de renforcer leurs liens par un traité formel. De Gaulle se laisse convaincre bien qu’en bon connaisseur de l’Histoire, il n’accorde pas grande valeur à ce genre de document.

Engagement symbolique et trahison allemande

C’est ainsi qu’est organisée la rencontre de l’Élysée.

Le texte du traité ne contient aucun engagement contraignant, simplement des engagements réciproques, en premier lieu celui d’une rencontre des chefs d’État et de gouvernement au moins deux fois par an. Cet engagement sera scrupuleusement respecté et facilitera le dialogue entre les deux principales puissances du continent.

Pour le reste, le traité débouche principalement sur la mise en place d’un Office franco-allemand pour la jeunesse destiné à faciliter les rencontres et les échanges par-dessus la frontière. Rapidement apparaissent les limites de l’exercice. C’est que l’Allemagne fédérale, viscéralement pro-américaine et hostile à l’Union soviétique, ne tolère pas les velléités neutralistes du général de Gaulle.

Toutefois, à l’heure de ratifier le traité, le 15 juin 1963, les députés allemands du Bundestag lui ajoutent un préambule « assassin » qui rappelle leur objectifs primordiaux : « une association étroite entre l’Europe et les États-Unis d’Amérique » et une unification de l’Europe « en y associant le Royaume-Uni ». De Gaulle fulmine. Il se voit trahi.

Un héritage flageolant

En matière de diplomatie, de défense et d’aide au développement, les deux signataires du traité de l’Élysée ne vont dès lors cesser de faire cavalier seul voire de s’opposer frontalement. C'est le cas dans la guerre de Yougoslavie, Berlin prenant le parti de Zagreb et Paris celui de Belgrade, comme, plus récemment, dans la guerre de Libye. Ca l’est encore et toujours dans la dissuasion nucléaire etc.

Les relations entre le successeur de De Gaulle, Georges Pompidou, et le chancelier Willy Brandt manquent indéniablement de chaleur même s'ils lancent ensemble de grands projets industriels, à commencer par Airbus. Il n’en va pas de même entre Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt, unis par les mêmes convictions libérales et un grand détachement à l’égard des gestes historiques. Ensemble ils parrainent le système monétaire européen, précurseur de la monnaie unique, et l'élection du Parlement européen au suffrage universel.

Les circonstances - une ultime relance de la « guerre froide » et la fin de l’Union soviétique – conduisent François Mitterrand et Helmut Kohl à un rapprochement très étroit, jusqu’à se tenir la main devant le monument aux morts de Douaumont en 1984.

Notons un geste symbolique fort avec la création d’une brigade franco-allemande le 12 janvier 1989, avec 5 000 hommes établis des deux côtés de la frontière, qui auront l’occasion de participer au maintien de la paix à Sarajevo en 1996. Enfin, la mise en route du traité de Maastricht et le sacrifice du Deutsche mark sur l’autel de la monnaie unique.

On ne retrouve plus la même chaleur entre Jacques Chirac et Gerhard Schröder même si les deux hommes apprécient de souvent se retrouver dans une bonne brasserie alsacienne. Quant aux rapports entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, ils sont teintés de la méfiance de la seconde pour l’agitation permanente du premier. Les deux dirigeants arrivent néanmoins à surmonter ensemble la crise financière de 2008.

Mais déjà se profile un changement de ton. L’Allemagne réunifiée, qui n’est plus un nain politique mais est toujours un géant économique, se rend compte qu’elle ne joue plus tout à fait dans la même catégorie que la France. Tandis que cette dernière reste tournée vers le sud et absorbée par ses problèmes sociaux, l’Allemagne, elle, trouve toujours plus de séduction à ses voisins de l’Est qui lui offrent, à défaut de marchés, une main-d'oeuvre docile.

Publié ou mis à jour le : 2017-01-26 15:20:52

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De l'eau dans le pétrole entre Washington et Riyad ?

Publié le par Felli Bernard

De l'eau dans le pétrole entre Washington et Riyad ?

23 Mars 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Etats-Unis

Nos prédictions se réalisent-elles une nouvelle fois ? Rappelons ce que nous écrivions en décembre :

Terminons sur une petite nouvelle passée inaperçue et qui ne mérite peut-être pas d'être relevée, mais nous préférons donner au lecteur toute information susceptible d'expliquer les événements futurs. Dans le cadre de la prise de distance du Donald avec ses activités entrepreneuriales, le futur président américain a fermé quatre sociétés liées à l'Arabie saoudite. Ce n'est peut-être rien... comme ça peut être un signe annonciateur d'un prochain changement de direction de la politique étrangère des Etats-Unis.

Un intéressant article du toujours excellent OilPrice semble aller dans ce sens. Intitulé Les relations américano-saoudiennes tournent-elles au vinaigre ?, il revient sur la visite du prince héritier et ministre de la Défense Bin Salman à Washington le 14 mars. Comme souvent, les déclarations grandiloquentes - "Un grand succès", "Un moment historique" - étaient destinées au grand public et il a fallu attendre quelques jours pour commencer à comprendre les dessous de la rencontre. L'euphorie saoudienne contraste avec la relative froideur américaine selon des sources de la Maison Blanche.

Se jouait également sur le Potomac la prolongation de la lutte wahhabito-pharaonique entre Bin Salman et Sisi, le président égyptien. Ces deux poids lourds du Moyen-Orient, autrefois fidèles piliers du système impérial, sont maintenant en désaccord sur à peu près tout, particulièrement dans le dossier syrien. Ca aussi, c'était dans les tuyaux, nous l'évoquions en novembre :

Et puisque l'on parle de manoeuvres internationales, autre coup de tonnerre : des chasseurs égyptiens seraient arrivés en Syrie ! C'est ce que rapporte un journal libanais mais aussi certains sites rebelles. Est-ce vraiment une surprise ? Depuis la chute des Frères musulmans de Morsi, Le Caire s'est rangé sans ambiguïté du côté syro-russe, ce qui a d'ailleurs provoqué des vagues dans les relations egypto-saoudiennes. Le rift s'agrandit chaque jour un peu plus et, il y a quelques semaines, Riyad a même suspendu ses livraisons de pétrole à l'Egypte qui se tourne toujours plus vers l'Iran.

En Syrie, de hauts pontes étoilés égyptiens avaient rendu une petite visite à leurs confrères russes à Tartous le mois dernier et nous avions évoqué :

les exercices militaires conjoints russo-égyptiens, là encore une première du genre. Sans remonter à Nasser, Le Caire et Moscou sont en harmonie depuis plusieurs années (on se rappelle la visite pharaonesque de Poutine début 2015) et partagent la même position sur le dossier syrien. Le net rafraîchissement des relations entre l'Egypte et les Etats-Unis après 2013 a, loi des vases communicants oblige, pleinement profité à Moscou et l'on parle même maintenant d'une possible base russe en Egypte (Sisi a démenti mais...)

Suite presque logique, l'aviation pharaonique arrive en Syrie pour, selon le journal libanais, "participer aux opérations contre l'Etat Islamique tout en fournissant un soutien logistique à l'armée de l'air syrienne".

Sans surprise, le Donald a, par inclination personnelle et réalisme, joué la carte Sisi qu'il a appelé dès son premier jour dans le bureau Ovale le 23 janvier et avec lequel les contacts sont excellents. Là comme ailleurs, nous assistons à un lent mais inexorable réalignement tectonique vers le centre de gravité qu'est devenue la Russie. Tous les chemins mènent à la troisième Rome...

Une nébuleuse se constitue peu à peu autour du 4+1 au Moyen-Orient même si de vives tensions subsistent (entre Etats-Unis et Iran par exemple). Sentant le vent tourner il y a quelques mois, le sultan a tenté de se raccrocher au dernier wagon que le Kremlin lui a intelligemment et gracieusement laissé à disposition. Les pétromonarchies, elles, paraissent en voie de marginalisation croissante.

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Les douleurs de l’enfantement d’un nouveau Moyen-Orient, remixées

Publié le par Felli Bernard

Les douleurs de l’enfantement d’un nouveau Moyen-Orient, remixées


Par Pepe Escobar – Le 17 mars 2017 – Source Sputnik News via entelekheia.fr

Villages in north-eastern Syria liberated from ISIL

Vous vous souvenez tous de la prédiction de l’ex-Secrétaire d’État Condoleezza Rice, sur les « douleurs de l’enfantement d’un nouveau Moyen-Orient » ? Comme de bien entendu pour une janissaire du régime Dobelyou Bush/Cheney, Condi se trompait sur toute la ligne, pas seulement sur le Liban et Israël, mais aussi sur l’Irak, la Syrie et la Maison des Saoud.

 

L’administration Obama a dûment maintenu une tradition que nous pourrions dénommer, pour blaguer, l’école d’Affaires étrangères des Sex Pistols (« No future for you », pas d’avenir pour vous). Cela été parfaitement décrit par l’imperturbable porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, en quelques phrases bien senties.

Zakharova souligne que l’équipe Obama « n’a pas eu de stratégie cohérente sur la Syrie pendant un seul jour de ses huit ans : un jour nous bombardons, le jour suivant nous ne bombardons pas, un jour nous nous retirons de la Syrie, le jour suivant nous y allons ». C’est parce que « une branche du gouvernement ne comprenait pas ce que faisait l’autre branche. Et au bout du compte, ils ont laissé tomber toute leur politique syrienne, sans la mener à son terme logique. Puis ils se sont concentrés sur Alep, mais pas pour résoudre la situation, seulement pour monter le volume de l’hystérie d’une campagne d’informations uniquement destinée à servir des buts électoralistes ».

Ce qui nous mène aux seuls adultes restants de l’ère Trump, ceux qui, de fait, sont en train de veiller sur les douleurs de l’enfantement du véritable nouveau Moyen-Orient : les Russes.

Et cette base iranienne À LATTAQUIÉ ?

Commençons par la récente visite du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou au président Poutine.

Netanyahou est arrivé à Moscou plein d’illusions, et a essentiellement essayé d’engager Poutine à abandonner son partenariat stratégique avec l’Iran – ainsi qu’à se joindre à la coalition anti-Iran, anti-chiite de type « OTAN arabe » soutenue par les USA, qui comprend Israël, les pétromonarchies du Golfe et des sous-fifres (la Jordanie et le Maroc).

Netanyahou est au désespoir, parce que l’Iran, avec des faits au sol plutôt que des mots (des combattants iraniens et le Hezbollah), en partenariat avec des faits russes plutôt que des mots dans les airs, est en train de gagner la guerre occidentale par procuration pour Damas. Et, quoi qu’il arrive après les négociations d’Astana, Téhéran aura gagné un pied-à-terre permanent en Syrie – à la grande fureur du combo OTAN-Conseil de coopération du Golfe-Israël.

Une implication parallèle est qu’Israël ne peut plus attaquer le sud du Liban. Le mois dernier, à Téhéran, j’ai eu la confirmation des 40 000 combattants du Hezbollah alignés soit à la frontière, soit à surveiller un réseau d’installations souterraines, et prêts à défendre le Liban contre n’importe qui ; c’est quelque chose comme dix fois plus qu’en 2006, une invasion qui s’est soldée par une retraite humiliante pour Israël.

Pendant ce temps, des rapports ont émergé, selon lesquels le président de la Syrie Bachar el-Assad aurait donné le feu vert à l’installation d’une base navale iranienne à Lattaquié, à côté de la base aérienne de Hmeymim utilisée par les forces aériennes russes. Ces rumeurs ont fait surface après que le Chef d’état-major de l’armée iranienne, Mohammad Bagheri, a souligné que la marine iranienne allait rapidement avoir besoin de bases militaires en Syrie et au Yémen.

Téhéran a envoyé surtout des conseillers militaires et des instructeurs en Syrie, mais le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) a également envoyé des soldats.

A Téhéran, j’ai eu le plaisir de rencontrer le général-major Ali Jafari, le commandant du CGRI et un excellent tacticien spécialisé dans la guerre asymétrique. Il a acquis sa vaste expérience au cours de la guerre Iran-Irak et des succès du Hezbollah au Liban en 2006.

Cela revient à rencontrer le chef du Corps des marines, le général Joseph Dunford, aujourd’hui à la tête du Comité des chefs d’état-major interarmées des USA, mais sans la pompe et le décorum. Un homme courtois, gracieux, Jafari n’avait pas le temps d’entrer dans des détails, mais d’autres sources m’ont confirmé que sans son expérience des champs de bataille, Damas aurait été en grand péril.

CE QUE LA RUSSIE VEUT EN SYRIE

Ensuite, il y a une interview du sous-ministre des Affaires étrangères Mikhail Bogdanov, ancien ambassadeur à Tel-Aviv et au Caire, et aujourd’hui également représentant spécial de Poutine au Moyen-Orient, qui a métaphoriquement ré-écarté les eaux de la Mer rouge.

Bogdanov a offert au public arabe un guide concis de la politique russe au Moyen-Orient – le contraire absolu de la démence des changements de régime des néocons américains.

Il a comparé les « dizaines de milliers » de mercenaires djihadistes salafistes étrangers en guerre avec Damas, à la présence militaire russo-iranienne officiellement invitée par « le gouvernement légitime ». Il a écarté la notion tordue d’une volonté d’exportation de la révolution islamique par l’Iran (c’était valable au début des années 1980). Il insiste sur la volonté de la Russie d’arriver à une sorte d’entente cordiale entre les USA et l’Iran – avec (mais c’est peu probable) la Maison des Saoud à bord. Les négociations peuvent être conduites à Moscou ou ailleurs.

Le Kremlin, comme Bogdanov l’a redit, veut une Syrie séculière, sans sectarisme, issue d’élections libres supervisées par l’ONU. Comme c’était à prévoir, ses mots masquaient mal l’exaspération de Moscou à propos du refus obsessionnel de Washington d’admettre Téhéran à la table des pourparlers de paix de Syrie. Et il a fermement écarté que les « rebelles modérés », dont le seul but est « Assad doit partir », comparaissent devant le Tribunal pénal de La Haye. (« Avec ce but, la guerre peut durer à perpétuité. »)

Puis, l’argument décisif : « La Russie veut s’en tenir aux règles du droit international. Nous sommes attachés au principe de non-ingérence dans les affaires internes des autres pays, y compris dans nos propres affaires internes. Nous respectons le processus démocratique, pas les révolutions de couleur. »

Les membres de l’équipe Trump pourraient entretenir des illusions sur un éventuel abandon de Téhéran par Moscou – pas seulement en Syrie, mais aussi sur le plan de son intégration eurasienne. C’est hors de question. Mais allez le dire à la Maison des Saoud.

La Maison des Saoud a dépensé des fortunes en djihadistes salafistes dans sa guerre de changement de régime en Syrie et dans une guerre impossible à gagner au Yémen ; une guerre conduite avec des armes américaines, qui a engendré une famine de masse. Moscou aurait pu, avec le temps, faire entrer un peu de raison géopolitique dans les têtes de pioche de Riyad. Mais plus maintenant. Parce que la Maison des Saoud est aujourd’hui convaincue que son meilleur allié est le président Trump.

Géopolitiquement prise au piège, incapable de se dégager de la paranoïa qui est sa marque de fabrique, la Maison des Saoud a décidé de passer à l’offensive, avec l’investissement du roi Salmane dans une virée somptueuse en Asie, Pékin compris, où il a signé une fournée de contrats, et le prince héritier Mohammed ben Salmane Al Saoud – de fait, le prince belliqueux responsable de la tragédie humanitaire au Yémen – faisant la cour à Washington.

Selon la narrative qui en a résulté, l’Arabie saoudite sera désormais une « proche conseillère » de Trump sur la sécurité et l’économie au Moyen-Orient, y compris sur le drame palestinien et l’accord sur le nucléaire avec l’Iran. Aucun cercle de l’enfer de Dante n’aurait pu imaginer une meilleure recette pour accoucher d’un désastre complet dans le nouveau Moyen-Orient.

TOUS LES REGARDS SE PORTENT SUR LES KURDES SYRIENS

Comme c’était à prévoir, ni Moscou ni Téhéran ne sont invités à la rencontre anti-Daech de 68 pays, hébergée par Washington la semaine prochaine. Encore un autre chapitre de la guerre de l’information ; envers l’opinion publique des USA, la Russie et l’Iran ne doivent pas être perçus comme victorieux dans une vraie guerre contre le terrorisme.

Éradiquer Daech était l’une des promesses de campagne majeures de Trump. Il n’y arrivera pas avec plusieurs centaines de marines américains concentrés sur Raqqa – au passage, une invasion puisqu’ils n’ont pas été invités dans le pays par Damas. Donc, retour au Plan A, à savoir les Kurdes de Syrie.

D’abord, le commandant en chef au Moyen-Orient, le général Joseph Votel, est allé à Kobane assurer les Forces démocratiques syriennes, menées par les Kurdes, du soutien sans faille du Pentagone. Ensuite, le Pentagone a publié sa nouvelle stratégie (ordonnée par Trump et révisée) pour vaincre Daech, qui se résume à « Personne ne dort avant Raqqa ».

Cela implique un tout nouvel alignement géopolitique. L’équipe Obama – notamment la CIA et le Département d’État – était l’otage de la vision de la Turquie, selon laquelle les Kurdes sont « des terroristes ». Pas Trump. Et pas Bogdanov, au passage : « Pourquoi est-ce que la Turquie accepte un Kurdistan en Irak, mais n’accepte pas un Kurdistan en Syrie ? Je pense que cela ne les regarde pas. C’est une affaire irakienne et une affaire syrienne. Le peuple syrien, et non l’État russe ou turc n’ont à en décider. »

Le Pentagone, et c’est un euphémisme, en a plus qu’assez d’Ankara. Pour de nombreuses raisons, à commencer par les purges non-stop (qui ont privé les USA d’agents placés à des postes stratégiques) jusqu’au rapprochement Turquie-Russie implicite dans la menace d’Erdogan de se tourner définitivement vers l’Est, au cas où Washington continue de soutenir les Kurdes de Syrie, et/ou manque à extrader Fethullah Gulen, qui est accusé par Erdogan d’être le cerveau du coup d’État manqué de 2016 contre lui.

Donc, la dernière tendance, c’est Washington, Moscou et Téhéran, tous alliés avec les Kurdes de Syrie.

NdT, pour clarifier le propos, une carte du schéma prévisionnel (simplifié) de la monumentale initiative économique chinoise One Belt, One Road terrestre et maritime – le « cauchemar pour Washington ».

C’est compliqué, bien sûr. Dans les négociations d’Astana, la Turquie, la Russie et l’Iran sont théoriquement du même côté. Mais Téhéran soutient une autonomie kurde en Syrie sous une forme ou une autre – une ligne rouge pour Erdogan, pour qui la seule autonomie kurde possible est celle de ses amis contrôlés par Barzani, dans le Kurdistan irakien.

C’est donc à la Russie de trouver un compromis – d’abord tenter de convaincre Ankara qu’il n’y a pas d’autre solution que d’accorder une autonomie aux Kurdes syriens dans un futur État fédéral syrien. Le concept est très ambitieux ; Moscou espère démontrer aux uns et aux autres que les Kurdes syriens, en tant qu’acteurs non-islamistes et séculiers, sont des instruments parfaits pour combattre Daech et d’autres formes de djihadisme salafiste.

Rien d’étonnant au manque d’enthousiasme de l’Arabie saoudite ; le combat contre Daech n’a jamais été leur priorité. Mais ce qui compte, c’est qu’Ankara n’est pas convaincue.

Erdogan est totalement absorbé par le référendum à venir, qui peut lui donner les pouvoirs d’une sorte de sultan présidentiel. Pour engranger une victoire définitive, il doit courtiser le nationalisme turc par tous les moyens possibles. D’un autre côté, il ne peut pas se mettre à dos la Russie/Iran et Washington en même temps.

Il y a seulement quelques semaines, personne n’aurait imaginé que les Kurdes de Syrie auraient le potentiel stratégique de renverser la géopolitique du Moyen-Orient – connectée à l’Asie, à l’Afrique et à l’Europe. L’initiative One Belt, One Road (la nouvelle Route de la soie) chinoise – cette frénésie de construction de ports, de pipelines, de réseaux ferroviaires à haute vitesse – cible fermement le passage Sud-Est, de l’Iran (une plateforme clé) jusqu’à l’Arabie saoudite (le plus gros fournisseur de pétrole de la Chine). La Syrie est également une future plateforme de la Route – et pour cela, la Syrie doit être en paix et libre de djihadistes salafistes. Comme à son habitude de discrète cheville ouvrière de l’intégration eurasienne, la Chine soutiendra ce que décideront la Russie et l’Iran.

En conclusion, aujourd’hui, nous comprenons mieux qui veille sur les douleurs de l’enfantement d’un nouveau Moyen-Orient. Et ce n’est pas Israël. Ce n’est pas la Maison des Saoud. Et ce n’est pas précisément Trump.

Note du traducteur

Après l’article dédié au front asiatique de la nouvelle Route de la soie d’Andrew Korybko, la reconfiguration de son front du Moyen-Orient, pas à pas, dans la douleur et au milieu de guerres interminables, avec au bout du chemin, l’espoir d’une renaissance.

Traduit par le blog entelekheia.fr

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