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Hypocrisie sur le prétendu “piratage” russe, par Michael Brenner

Publié le par Felli Bernard

Source : Consortium News, le 30/12/2016

Le 30 décembre 2016

Pendant que les fonctionnaires de Washington enragent sur un prétendu piratage russe des courriels du Parti démocrate, on a oublié la façon dont le gouvernement des États-Unis a initié les tactiques de cyberguerre et attaqué des pays sans méfiance, rappelle Michael Brenner.

Par Michael Brenner

Le psychodrame sur le prétendu mais non étayé piratage russe des courriels du Parti démocrate pour influencer les élections présidentielles américaines n’a pas encore atteint son paroxysme. Cependant, il a déjà été désigné comme le travail de fiction le plus surréaliste et passionné du XXIe siècle.

Dans toute l’excitation, il est facile de perdre toute mesure. Peut-être le plus grand morceau de l’histoire cachée est le rôle pionnier du gouvernement des États-Unis dans la surveillance électronique et le piratage. Il semble que nous ayons oublié que l’Agence de Sécurité Nationale (NSA) et l’Agence Centrale du Renseignement (CIA) écoutaient des chefs d’État en Allemagne, au Brésil, en Argentine, en Irak, au Venezuela – et, pour finir, plusieurs autres capitales. En outre, le Secrétaire général des Nations Unies, le Président de la Commission de l’Union européenne, la Banque centrale européenne et Dieu sait qui d’autre.

Le président Barack Obama et l’ancien président George W. Bush (avec la première dame Michelle Obama et l’ancienne première dame Laura Bush) se rendent à un événement de la Maison-Blanche le 31 mai 2012. (Photo officielle de la Maison-Blanche par Chuck Kennedy)

Ce n’était pas une coïncidence. Cela faisait partie d’une stratégie calculée, approuvée par deux présidents successifs pour surveiller toutes les communications électroniques à travers le monde. L’auteur James Bamford et d’autres experts bien informés nous ont fourni un historique détaillé du programme.

Pourtant, les États-Unis – tels que nous les ont présentés les médias dominants et la plupart des commentateurs reflétant la version officielle de Washington – nous sont présentés innocents au milieu des principaux protagonistes. Le scénario présente l’Amérique comme la victime d’une cyber-agression non provoquée par les Russes et, dans d’autres circonstances, par les Chinois – ces attaques sortant de nulle part, une attaque dans une compétition présumée pour la domination mondiale entre les puissances.

Est-ce que tout cela est vrai ? Franchement, nous n’en avons même pas vu la preuve. Mais supposons qu’il y ait un élément de vérité (en laissant de côté l’absurdité d’un complot du Kremlin pour manipuler puis détruire la démocratie américaine).

Sur l’offensive

Rappelons-nous que ce sont les États-Unis qui ont lancé les premières cyber-attaques – il y a quelques années par la NSA. Cette histoire est détaillée dans les documents de Snowden dont l’authenticité n’a jamais été mise en doute. Nous avons réussi à infiltrer les réseaux informatiques de plusieurs organismes gouvernementaux chinois et de particuliers. Nous nous sommes vantés de notre succès dans les communications intra-gouvernementales. Ces événements se sont produits à une époque où les documents connexes maintenant dans le domaine public révélaient l’ambition de la NSA de puiser dans tous les réseaux de communications électroniques dans le monde, et a établi un programme pour atteindre cet objectif.

Le lanceur d’alertes de la NSA Edward Snowden parlant à Moscou le 9 octobre 2013. (D’après une vidéo publiée par WikiLeaks)

Simultanément, les États-Unis étaient en train de lancer des agressions offensives contre l’Iran. Les cibles comprenaient non seulement leurs installations de recherche nucléaire mais aussi les centres sensibles de l’industrie pétrolière et gazière. Ce sont des actes de guerre. Pourtant, il n’y a jamais eu de mandat d’un organisme international pour cela, pas plus qu’un casus belli. Nous l’avons fait en collaboration avec les Israéliens parce que nous avions décidé unilatéralement que l’agression était dans notre intérêt national. Maintenant, nous sommes indignés que d’autres fassent ce que nous avons fait. C’est de l’hypocrisie répugnante. Ce n’est pas très brillant. Car les premières actions firent penser de manière insouciante que les États-Unis auraient toujours l’avantage ; par conséquent, l’établissement de normes et de règles était inutile et malvenu. La même logique a opéré en ce qui concerne les drones et les assassinats ciblés.

Les conditions ont maintenant changé et les États-Unis sont maintenant vulnérables aux attaques. L’option de négocier des règles internationales et peut-être des règlements formels est en train de disparaître. Nous devrons vivre avec le désordre chaotique que nous avons créé.

Quelle que soit la réflexion que la NSA a menée sur le sujet (et peut-être d’autres agences), celle-ci affiche une mystérieuse ressemblance avec l’attitude du général Curtis LeMay de l’armée de l’air à l’égard de la stratégie nucléaire : l’accentuation de la provocation parce qu’elle jouait à notre avantage ; défense uniquement sous la forme de “représailles massives” ce qui – pour Lemay – a été la couverture stratégique pour la première frappe massive ; et la conviction qu’il s’agissait d’un jeu inévitable à somme nulle joué pour les plus hauts enjeux. En d’autres termes, la stratégie du cowboy. Et c’est la pensée stratégique du cowboy qui a régné dans la NSA.

Armée cybernétique

L’article le plus révélateur à ce sujet est apparu dans WIRED en juillet 2014 par James Bamford. Le général de l’armée Keith Alexander, qui a été directeur de la NSA de 2005 à 2014, a révélé toute la portée de son ambition. Voici quelques-unes des citations les plus remarquables de l’article : « Pendant des années, le général américain Keith Alexander a amassé une cyber-armée secrète. Maintenant, il est prêt à attaquer. … Les forces d’Alexandre sont formidables – des milliers d’espions NSA, plus 14 000 cyber-soldats. … Une chasse décisive pour déceler les failles cachées de sécurité mûres pour l’exploitation.

Le général Keith Alexander, ancien directeur de l’Agence de sécurité nationale.

Les plans comprenaient une doctrine “d’alerte d’attaque” appelant à des cyber-représailles massives contre quiconque lancerait une attaque stratégique sur des ordinateurs US sensibles. Son nom de code était « MonsterMind ». Mais les préparatifs de la Grande Cyber Guerre ne laissaient évidemment pas le temps de tracer les plus petites attaques (comme le prétendu piratage des courriels du Parti démocrate) ou bien son radar était très défectueux.

[Voir également THE INTERCEPT du 10 octobre 2014, “Secrets d’État: Saboteurs de la NSA en Chine et en Allemagne” par Peter Maass et Laura Poitras.]

Michael Brenner est professeur de relations internationales à l’Université de Pittsburgh.

Source : Consortium News, le 30/12/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Affaire Fillon. Quand le parti des médias pratique un hold up démocratique

Publié le par Felli Bernard

Affaire Fillon. Quand le parti des médias pratique un hold up démocratique


Par l’Observatoire des journalistes et de l’information médiatique – Le 10 mars 2017 – Arrêt sur Info

Après le Brexit, la victoire de Donald Trump et l’élection surprise de Francois Fillon aux primaires de la droite, les médias occidentaux paniquent et révèlent d’une manière toujours plus flagrante leur fonction de purs propagandistes du système libéral-libertaire, quitte à interférer comme jamais dans le processus démocratique, tentant par des leviers tout à fait indifférents au débat d’idées, de propulser Macron d’un côté et de détruire Fillon de l’autre.

 

Nous l’avions étudié dans un dossier spécial de l’OJIM : l’élection de François Fillon, à l’automne dernier, aux primaires de la droite, représentait un nouveau camouflet à l’encontre de médias français qui avaient dans leur majorité fait campagne pour Alain Juppé depuis qu’ils avaient pris la mesure de la faillite irrémédiable du PS. Nous ne pouvions imaginer, alors, que ces médias dominants ne s’avoueraient pas vaincus pour autant, mais qu’ils mettraient tout en œuvre pour faire élire quoi qu’il en soit Alain Juppé, que celui-ci s’appelle Alain Juppé ou… Emmanuel Macron. Ces élections présidentielles de 2017, plus rocambolesques et absurdes que jamais, où aucun débat d’idées ou véritable confrontation de programmes n’ont encore pu avoir lieu à peine deux mois avant le scrutin, dans la décomposition des partis de gouvernement et de l’agora présumée du débat public, fait néanmoins émerger pour la première fois la cohérence sous-jacente de tout un système sous la bannière d’une même idéologie à l’emprise transversale, l’idéologie libérale-libertaire. Si le système démocratique moderne est fondé sur la règle, édictée par Montesquieu, de la séparation des pouvoirs : judiciaire, législatif et exécutif, auquel on peut adjoindre le quatrième pouvoir – médiatique, la dérive progressive de nos démocraties occidentales a finalement vu s’organiser, de manière sans doute plus ou moins volontaire, une collusion inédite pour un nouveau genre, subtil, travesti, sophistiqué, de tyrannie, où tous les pouvoirs, s’ils ne sont fondus ensemble, s’articulent néanmoins ensemble, autour d’un programme à la fois unique et indiscutable.

UN TOTALITARISME SOFT

L’exécutif, depuis au moins une vingtaine d’années, comme l’a éloquemment démontré le philosophe Jean-Claude Michéa, n’est jamais issu que d’une alternance de façade qui n’oscille qu’entre la mise en œuvre des deux pans du même programme. Soit la droite est aux affaires, et elle piétine les intérêts de la nation pour se consacrer exclusivement à des réformes libérales. Soit la gauche est aux affaires, et elle fait oublier son abandon du peuple et des questions sociales en faisant progresser en grandes pompes le libéralisme des mœurs (ce fut la loi Taubira du « Mariage pour tous » lors du dernier quinquennat), qui est le revers inéluctable d’un libéralisme économique qu’elle soutient de la même manière que la droite (loi Macron). À côté de cet exécutif dont la légitimité plébiscitaire est donc devenue tout à fait illusoire, le législatif a été mis sous tutelle des instances de Bruxelles, et donc d’une technocratie non élue qui ne vise qu’à mettre en œuvre de manière homogène et sur tout le continent le même programme libéral-libertaire. L’indépendance du judiciaire, après un scandale comme celui du « Mur des cons », dans les bureaux du syndicat de la Magistrature, ne peut que paraître tout à fait improbable. Sa conformité à l’idéologie libérale-libertaire régnante est telle qu’on peut, dans les couloirs, se lâcher contre ses opposants avec la virulence la plus décomplexée, sans risquer de heurter qui que ce soit de la maison. Cette idéologie est celle, encore, qui est divulguée avec une force de frappe inégalée par les médias dominants, le quatrième pouvoir ayant acquis une puissance tout à fait inédite à notre époque, et alors que son rôle est passé d’une action critique à une action essentiellement prescriptive (« voilà ce qu’il est de bon ton de penser sur tel ou tel sujet »).

UNE GUERRE OUVERTE

Le constat est donc simple : tous les pouvoirs ne sont pas concentrés dans les mains de la même personne, mais ils sont concentrés dans les mains d’un seul système idéologique, dual mais cohérent, structuré, au-dessus des partis de gouvernement devenus de simples exécutants de son programme, au-dessus des patries devenues de simples territoires où exercer un tel programme, au-dessus des peuples, simple matériau humain interchangeable à disposition d’un même programme, entretenus dans un simulacre de souveraineté, méprisés voire purement et simplement haïs. Ces derniers, globalement récalcitrants à tous les paramètres de mise en œuvre du programme libéral-libertaire, notamment à celui qui prévoit leur dissolution par l’immigration massive, sont conditionnés par tous les moyens, directs ou indirects, jusque dans leurs feuilletons du soir, soumis à un chantage moral inique et permanent, abaissés dans leur propre estime afin de briser leurs réflexes, symboliquement exclus de l’humanité au cas où ils se rebellent trop ouvertement. Et depuis qu’a commencé d’enfler en Europe comme en Amérique une vague dite « populiste », c’est-à-dire s’insurgeant au nom des intérêts de cette plèbe immonde, la guerre est ouverte, tous les moyens sont permis, et la peinture de démocratie cosmétique s’effrite pour laisser de mieux en mieux voir l’acier du pilon.

FRANÇOIS FILLON CONTRE AMEL JUCRON

L’élection de François Fillon aux primaires de la droite, dont le résultat semblait pour beaucoup d’observateurs, alors, se confondre déjà avec celui de la présidentielle, a donc pris à revers le Parti des médias. On aurait pu croire néanmoins qu’il en reste là, d’autant que Fillon n’en demeurait pas moins un libéral pur jus, réformiste, européiste, mondialiste, quasi thatchérien. Oui, mais d’un autre côté, sur le plan des mœurs, il montrait en revanche très clairement un réalignement sur les valeurs originelles de la droite promu à la fois par un mouvement comme « Sens commun » issu de la Manif pour tous, que par la tendance « dextrogyre » des opinions occidentales. Idem sur le plan géopolitique, en prônant un rapprochement avec la Russie et l’élaboration d’un monde multipolaire, il se démarquait franchement de la doxa mondialiste. En somme, à la synthèse libérale-libertaire, Fillon tentait d’opposer une alternative libérale-identitaire, dont la pertinence, ou même la possibilité, peut paraître très discutable. Quoi qu’il en soit, cette prise de distance par rapport au programme officieux s’avéra intolérable pour le système, au point qu’il décida de contester ce premier résultat des urnes en détruisant méthodiquement le candidat Fillon, tout en propulsant un nouveau Juppé, moins libéral-libertaire que libertaire-libéral, encore plus fantoche que le précédent, hystérique là où l’autre était rébarbatif, juvénile voire immature, là où l’autre était à demi sénile, illuminé, là où l’autre était soporifique, sans programme parce qu’appliquant précisant Le Programme quand l’autre prétendait encore qu’il s’agissait du sien : Emmanuel Macron.

UNE MÉCANIQUE DE HAUTE PRÉCISION

Cette collusion de pouvoirs redevenus indivis permet au système de déployer, avec un remarquable tempo, dans une saisissante harmonie, et avec l’efficacité d’une broyeuse, sa stratégie multimodale d’élimination du candidat Fillon au profit du zombie hyperactif. Tous les rouages s’enclenchent mutuellement afin qu’aucune friction ne vienne perturber la machine en raison d’un choix imprévu au niveau de l’exécutif. Autrefois, la dictature, c’était du gros rouge qui tâche et de la coercition manifeste. Aujourd’hui, au XXIe siècle, loin des temps primitifs, la tyrannie s’exerce comme une mécanique de haute précision. Le Canard enchaîné se déchaîne et mène la contre-offensive du système en jouant de sa gouaille anarchisante, puisque plus que jamais, au stade où nous en sommes et comme l’avait prophétisé Guy Debord : tout est inversé, et plus une entité nous est présentée comme « rebelle » et « subversive », plus on peut être certain qu’elle constitue un ramassis de mâtons. Le Canard, donc, depuis fin janvier, c’est-à-dire très précisément depuis l’ouverture de la campagne, se met à feuilletoner des révélations, France 2 enchérit en ressortant un vieil entretien de Madame Fillon avec une journaliste américaine, le Parquet National Financier embraye, les instituts de sondage – dont on sait qu’ils servent essentiellement à réaliser les prophéties de la presse qui sont en réalité ses désirs -, tambourinent crescendo la chute de Fillon et l’ascension de Macron.

ASSASSINAT POLITIQUE

C’est sur un blog hébergé par Médiapart que, le 7 février, Régis Desmarais signe un papier qui démonte point par point la manœuvre et en identifie les bénéficiaires. « M. Fillon a ainsi rémunéré sa femme sur un poste d’attaché parlementaire. Sur ce sujet, rien de neuf dans le monde politique. La plupart des élus, si ce n’est la totalité, emploient des proches sur des postes directement rattachés à l’exercice de leur mandat électif (…). La pratique est courante, non interdite par la loi et connue de la presse depuis des lustres. Mme Fillon a été rémunérée de 1989 à 2013 pour un montant de 830 000 euros… bruts ! Et oui, la presse brandit ce montant proche du million d’euros en omettant de préciser que la somme est en euros bruts. En net, Mme Fillon a perçu 639 000 euros et l’État a récupéré 191 000 euros ! En salaire mensuel net, sur la période considérée, Mme Fillon a donc perçu 2 218,75 euros. C’est une jolie somme, mais le travail d’un attaché parlementaire correspond à un travail d’agent de catégorie A de la fonction publique et le montant du salaire net n’est pas manifestement choquant ni déraisonnable. Qui aurait alors travaillé pendant 24 ans sans rémunération pour François Fillon ? Personne assurément. De fait, Mme Fillon n’est certainement pas restée inerte pendant toute cette période. » Dans tous les cas, cette affaire qui n’en est pas vraiment une aurait pu être éventée depuis longtemps : « François Fillon, à la différence de M. Macron, n’est pas un jeune nouveau dans le paysage politique. Il a détenu différents portefeuilles ministériels et il a été Premier ministre de Nicolas Sarkozy pendant cinq années… Cinq années au cours desquelles son épouse a perçu une rémunération d’attaché parlementaire. Étrange que la presse qui fait son travail ne se soit pas emparée de cette question à l’époque. »

LE FILTRE

« Dans un monde ou plus de 99% des richesses planétaires sont entre les mains de 1% de la population mondiale, il est hors de question que la démocratie, qui par nature est la loi de la majorité donc des moins fortunés, laisse passer des candidats qui ne sont pas autorisés et souhaités par le système. Ce que les électeurs citoyens doivent comprendre dans cette affaire, c’est que nos démocraties contemporaines sont des simulacres. Oui, on choisit les candidats puis celui qui occupe la fonction suprême mais à la condition que ces candidats soient validés et pré-filtrés par le système (…). La désignation inattendue de Fillon par les électeurs de la primaire a coupé l’herbe sous le pied de ceux qui attendaient la désignation d’Alain Juppé, un candidat en tout point conforme aux désirs du système. Il était donc nécessaire de virer Fillon et nous assistons aujourd’hui à son assassinat politique pour que ce dernier n’accède pas à la fonction présidentielle. Cette mise à l’écart de Fillon est d’autant plus nécessaire qu’un autre beau et jeune candidat, sorti de presque nulle part, est en vogue et correspond en tout point au profil du candidat du système : Emmanuel Macron. Méditons sur le beau travail des journalistes qui laissent dans l’ombre cette fameuse histoire des 120 000 euros (80% de l’enveloppe budgétaire de représentation du ministère de l’économie) consommée par Macron avant son départ de Bercy pour financer des prestations sans lien avec le ministère de l’économie mais en très fort lien avec la préparation de sa candidature présidentielle. Sur ce sujet, mutisme de la presse. » À une époque où les journalistes ne sont plus que des propagandistes, il arrive que certains bloggeurs remplissent la mission à leur place.

COMPLOTISME ?

Comme le système tremble sur ses bases, ses manœuvres sont de plus en plus brutales, désespérées et… visibles. Si bien que la dénonciation, au moins au premier degré, des procédés que nous tentons de mettre en lumière, finissent par se multiplier. Quelle est la défense du système médiatique ? Accuser de « complotisme » ceux qui le critiquent. Or, qui dit « complotisme » dit « théories nazies à la mode durant les heures les plus sombres de notre Histoire ce qui prouve que le ventre de la bête est encore fécond » et qu’il serait bon de vous pendre à Nuremberg pour le bien de l’Humanité. Certes. Le levier est tout de même sacrément usé. Que le système libéral-libertaire lutte naturellement, spontanément et par toutes les armes à sa disposition pour sa préservation n’implique pas forcément des conspirateurs conscients et organisés. Les faits sont néanmoins là : depuis vingt ans, les peuples européens sont menés là où ils ne veulent pas aller, que ce soit dans l’Europe sous des espèces technocratiques et libérales ou que ce soit vers la dissolution de leurs identités respectives. Tous les sondages le prouvent. Ces peuples sont officiellement consultés. C’est donc qu’il existe quelque part un hiatus ! Et il faut, par conséquent, être parfaitement déraisonnable pour ne pas en conclure que si ces peuples sont objectivement dépossédés de leur souveraineté au gré d’un perpétuel ramdam pseudo-démocratique, c’est que leur dépossession est le fruit d’un complot, d’autant que l’intérêt du complot en question se mesure à l’explosion parallèle des bénéfices de ceux qui profitent de l’ultra-libéralisme.

RÉPLIQUES DIVERSES

Le complot est d’ailleurs tellement manifeste que les derniers événements ne font que révéler une manœuvre toujours plus caricaturale. Si, le 5 mars, François Fillon organise sa réplique par un appel au peuple, c’est bien parce qu’il connaît la répartition des forces antagonistes. Immédiatement, le Point Godwin est bégayé hystériquement par un système aux abois : « Si cet appel à une manif dimanche contre « le coup d’État des juges » se confirme, le camp Fillon basculerait dans le factieux »juge le chef du service France de Libération« Un mauvais remake du 6 février 1934 ? »commente le conseiller de Paris Jacques Baudrier« Irresponsable et anti-républicain. #6février1934 »twitte l’ex-ministre Corinne Lepage. Quand il se révolte contre la tyrannie libérale-libertaire effective, le peuple est systématiquement accusé par celle-ci de fascisme imaginaire. « La liberté, c’est le fascisme », ânonne ainsi Big Brother par tous ses divers canaux qui s’imaginent chacun bien à tort des personnalités indépendantes.

Après le succès du rassemblement, Juppé renonce officiellement, ce qui implique qu’il se tenait donc prêt, jusque là, à reprendre la place que les médias lui avaient confiée dès l’origine. Il n’abandonne pas sans donner des gages au système qui l’a chéri, allant jusqu’à accuser la droite de « radicalisation » : « Comme l’a montrée la manifestation d’hier au Trocadéro, le noyau des militants et sympathisants LR s’est radicalisé. », ose affirmer celui qui montre comment il fut toujours le candidat des médias auxquels il donne des gages en partant, et non de la droite, semblant confondre le Trocadéro et le Bataclan. Quel incident ? Quel bras tendu ? Quel lynchage de Musulman peut bien lui permettre d’évoquer une quelconque radicalisation ? Enfin, comment celui qui, en 1990, défendait au RPR la préférence nationale, la fermeture des frontières et l’arrêt total de l’immigration, peut-il se permettre de reprocher à son parti un simple retour progressif à ses fondamentaux ? Avant que celui-ci ne revienne sur 25 ans de course à la conformité idéologique décrétée par la gauche, il reste une sacrée marge pour qu’on puisse évoquer une quelconque « radicalisation ».

TO BE CONTINUED…

Et comme par hasard, après le succès de ce rassemblement, tiens donc, une nouvelle « révélation » du Canard, le 8 février, sur un prêt non déclaré du candidat des Républicains, vient prouver, si cela était encore nécessaire, comment s’organise l’étrange agenda médiatico-judiciaire… Chaque pseudo-découverte se manifeste bien comme un coup porté à la candidature de Fillon, exploité selon la posture ou la réplique de la cible. Comme par hasard, le second Alain Juppé, après extinction définitive du premier, est annoncé devant Le Pen dans les sondages du 7 mars, devenu désormais l’ultime carte du système. Nous verrons bientôt comment se poursuit la campagne présidentielle la plus invraisemblable de la Ve République, ce qui est certain, en tout cas, c’est qu’elle n’est invraisemblable que parce que la nature parodique de notre prétendue démocratie s’y dévoile pour la première fois avec autant d’éclat.

Observatoire des journalistes et des médias d’information

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Dans les coulisses du combat entre Trump et l’État profond

Publié le par Felli Bernard

Dans les coulisses du combat entre Trump et l’État profond


La véritable histoire derrière la chute de Michael Flynn a été confirmée par l’informateur très bien renseigné, qui nous avait précédemment détaillé ses prévisions sur l’évolution de la politique étrangère de la présidence Trump.


Par Pepe Escobar – Le 28 Février 2017 – Source Sputnik News via entelekheia.fr

Selon mon informateur, que j’ai appelé « X », « Flynn a été évincé parce qu’il poussait à une attaque contre l’Iran qui aurait eu des conséquences désastreuses. Cela aurait mené à des répliques iraniennes contre des fournisseurs de pétrole occidentaux dans le Moyen-Orient, qui auraient donné encore plus de puissance économique à la Russie, en augmentant les prix du pétrole à plus de 200 dollars le baril, et l’UE aurait dû soit rejoindre le bloc russo-chinois, soit se trouver dans l’incapacité d’obtenir assez d’énergie pour assurer sa survie. Les États-Unis se seraient retrouvés dans une situation d’isolement complet. »

Alors qu’il était encore à son poste de conseiller en sécurité nationale, Flynn avait posé un ultimatum à l’Iran. C’était, en d’autres termes, une déclaration de guerre virtuelle. « X » développe son propos : « La Turquie est le pays-clé ici, et la Turquie veut un accord avec l’Iran. Le plus grand danger pour l’OTAN est la Turquie, parce qu’elle ne contrôle pas la Serbie. La Turquie-Serbie jouxtent la Roumanie et la Bulgarie et peuvent donc menacer les flancs sud et sud-ouest de l’OTAN. La Serbie s’est alliée à la Russie dans la Première Guerre mondiale, et la Turquie à l’Allemagne. Tito s’est allié à la Russie dans la Deuxième Guerre mondiale et la Turquie était neutre. Si la Turquie, la Serbie et la Russie s’allient, l’OTAN sera débordée. La Russie est alliée à l’Iran. Après ce qu’Erdogan a perçu comme une tentative de coup d’État de la CIA contre lui, la Turquie se rapproche de la Russie et de l’Iran. Tout cela était bien trop difficile à gérer pour Flynn. »

Pour « X », les ouvertures de l’administration Obama envers l’Iran, qui ont mené à l’accord sur le nucléaire, étaient essentiellement une tactique destinée à miner la firme russe Gazprom – Obama tablait sur un pipeline Iran-Irak à travers la Turquie, jusqu’aux marchés de l’UE.

Toutefois, ce gambit majeur du Pipelinistan aurait demandé des investissements majeurs et des années de construction. En parallèle, depuis le début, Téhéran a augmenté ses ventes d’énergie à ses voisins eurasiens, notamment à la Chine. Flynn était probablement « dépassé par la situation », comme le dit « X », quant à la façon de procéder sur cet échiquier hyper-complexe de l’Asie du Sud-Est.

A contre-courant de la narrative officielle du consensus virtuel de la Beltway [le Congrès et les divers lobbies de Washington DC, NdT], « X » insiste : « Le rapprochement avec la Russie ne dépendait pas de Flynn. Il dépend de ceux qui supervisent Trump et qui l’ont porté à son poste pour qu’il se rapproche de la Russie. Le conflit de l’État profond 1 avec Trump n’a aucune importance. Il y a des pros, qui savent comment et quand changer de politique. Ils ont des dossiers sur tous ceux qui occupent des positions de pouvoir et peuvent les détruire à volonté. Flynn était sur leur chemin et ils l’ont sorti. »

« X » révèle encore une fois ce qui inquiète le Pentagone, par rapport à la Russie. « La Russie n’est pas une menace économique pour les USA. En revanche, sa base industrielle est centrée sur la production militaire. Depuis les bombardements de Belgrade de la fin des années 1990, elle a développé ses capacités et représente aujourd’hui la première puissance militaire mondiale, en termes d’autodéfense. Ses missiles défensifs scellent son espace aérien et ses missiles balistiques intercontinentaux offensifs sont les plus avancés au monde. Les missiles défensifs américains récemment testés et placés en Roumanie sont presque inutiles, malgré une fausse démonstration triomphale, mise en scène pour en imposer à l’Europe et maintenir la cohésion de l’OTAN. La Russie est l’alliée naturelle des USA. Les USA vont se rapprocher de la Russie et le départ de Flynn est relativement insignifiant, sauf pour sa valeur de divertissement. »

Sortir Trump

Comparez cette analyse avec le scénario de la CIA relayé par ses sténographes des médias maintream américains, qui argue d’une guerre intestine dans l’administration Trump. Il y a certes eu une bataille, et les services de renseignements américains ont aidé avec enthousiasme à l’éviction de Flynn, qu’ils n’ont jamais aimé (et réciproquement).

Ajoutez à la pieuvre des renseignements des loyalistes d’Obama, comme le consternant Ben Rhodes, ainsi que des opérateurs divers issus de l’État profond, à la retraite ou non. Le néocon Michael Ledeen, qui a co-écrit l’opus islamophobe The Field of Fight avec Flynn, s’est plaint de l’assassinat politique de Flynn, qui aurait été mené, selon lui, par « une cabale d’officiels de la CIA et de loyalistes d’Obama, en collusion avec leurs alliés des médias ».

Il est vrai que les factions les plus puissantes des néocons-liberalcons 2 ont lancé une attaque concertée contre Flynn et continuent à saper la présidence Trump dans l’espoir de le renverser – et ce, en explorant toutes les possibilités qui leur viennent à l’esprit, destitution comprise. Quelle que soit la stratégie des vrais Maîtres détaillée par « X », Trump fait face à un axe de néocons-liberalcons alliés avec la CIA, les médias néolibéraux – de CNN jusqu’au Washington Post – et la machine encore fonctionnelle Clinton.

Ce qui aurait représenté le changement de donne ultime – un vrai rapprochement avec la Russie – peut de toute évidence être mis en péril, malgré l’analyse de « X » . Ou, et l’hypothèse est nettement plus séduisante, nous pourrions nous trouver dans un théâtre d’ombres wayang sophistiqué : les Maîtres, suivant les prescriptions de Kissinger, tenteraient de s’aligner avec la Russie pour briser la dynamique de l’intégration eurasienne, qui repose essentiellement sur le partenariat stratégique Russie-Iran-Chine.

Pendant ce temps, nous avons des diversions désagréables comme le sénile, l’horrible duo McCain-Graham demandant à Kiev, plus tôt cette année, de repartir en guerre contre la République populaire de Donetsk – et d’en rejeter la faute sur le président Poutine.

HR McMaster lui-même, le nouveau conseiller en sécurité nationale, peut être une tactique de diversion habilement montée par l’équipe Trump. McMaster représente le statu quo le plus politiquement correct de l’État profond ; il dépeint la Russie en « ennemi », comme le demande la doctrine du Pentagone, qui considère la Russie comme une « menace existentielle » aussi importante que la Chine.

Il est donc trop tôt pour déclarer sans équivoque que les néocons ont frappé Trump. Nous sommes au milieu d’un match fratricide entre les différentes élites des États-Unis. C’était en grande partie prévisible, même avant le résultat final de l’élection présidentielle américaine.

« X » a fondamentalement raison, quand il souligne que Trump a été soutenu par les Maîtres pour réorienter/réorganiser/ré-énergiser tout le projet de l’empire du chaos. Les 54 milliards de plus que Trump a annoncé allouer au Pentagone avaient été prévus de longue date. « T-Rex » Tillerson 3, discrètement, a déjà décimé la moitié du Département d’État d’Obama ; c’est du nettoyage de marécage concentré. 4. L’industrie du pétrole et une importante faction du complexe militaro-industriel se tiennent fermement du côté de Trump. Ces intérêts savent déjà que la diabolisation de la Russie est mauvaise pour les affaires.

L’axe perdant va toutefois continuer à semer le désordre. Mais le Machiavel/Richelieu de Trump, Steve Bannon, a peut-être vendu la mèche – en code – quand il a suggéré que tout cela est un processus de destruction créatrice,  destiné à former une nouvelle structure de pouvoir aux USA. Dans ces circonstances, Flynn n’était qu’un pion. Le sombre néo-Machiavel et son prince sont fermement installés dans une vision à long terme.

Traduit par le blog entelekheia.fr

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  1. NdT : Aux USA, l’État profond se compose des forces combinées du complexe militaro-industriel, de la communauté des 17 services de renseignements des USA, de Wall Street, des multinationales et de leurs émanations politiques, légales, relationnelles, médiatiques, etc. – lobbies, comités d’action politique, ONG, portes tournantes entre secteur privé et élus, médias, entreprises de relations publiques, firmes d’avocats, organisations privées ostensiblement caritatives, telles qu’entre autres les célèbres fondations Ford, Rockefeller ou Soros, etc. L’État profond des USA profite immensément des guerres. Par ailleurs, l’expression « État profond » laisse imaginer un bloc doté d’une politique commune solide. Il n’en est rien. Selon toute apparence, c’est une mosaïque d’intérêts divers sans réelle cohésion, même politique.
  2. NdT:  néocons : fauteurs de guerres républicains. Liberalcons : fauteurs de guerres démocrates
  3. NdT, le nouveau Secrétaire d’État ex-PDG d’Exxon Mobil
  4. NdT: l’un des slogans de campagne de Trump était « Drain The Swamp », « nettoyons le marécage »

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Le nouvel Ordre Médiatique Mondial

Publié le par Felli Bernard

Le nouvel Ordre Médiatique Mondial

En quelques mois, le contenu des médias nationaux et internationaux a profondément changé en Occident. Nous assistons à la naissance d’une Entente dont nous ne connaissons ni les véritables initiateurs, ni les objectifs réels, mais dont nous observons immédiatement les conséquences directes contre la démocratie.

| Damas (Syrie)
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L’Occident traverse une crise systémique sans précédent : de puissantes forces orientent progressivement la totalité des médias dans une unique direction. Simultanément, le contenu des médias se transforme : l’année dernière encore, ils étaient logiques et tendaient à l’objectivité. Ils s’apportaient une contradiction mutuelle dans une saine émulation. Désormais, ils agissent en bandes, fondent leur cohérence sur des émotions et deviennent méchants face aux individus qu’ils dénoncent.

L’idée d’une Entente des médias est le prolongement de l’expérience de l’International Consortium for Investigative Journalism (ICIJ) (« Consortium international pour le journalisme d’investigation »), lequel ne rassemble pas de médias, mais uniquement des journalistes à titre individuel. Il s’est rendu célèbre en publiant des informations volées dans les comptabilités de deux cabinets d’avocat des îles Vierges britanniques, du cabinet PricewaterhouseCoopers (PwC), de la banque HSBC, et du cabinet panaméen Mossack Fonseca. Ces révélations ont été principalement utilisées pour discréditer des dirigeants chinois et russes, mais aussi parfois pour mettre en lumière de réels délits commis par des Occidentaux. Surtout, sous le louable prétexte de la lutte contre la corruption, le viol de la confidentialité des avocats et des banques a porté un très lourd préjudice à des milliers de leurs clients honnêtes sans aucune réaction des opinions publiques.

Depuis une quarantaine d’années, on assiste à un regroupement progressif de médias au sein de trusts internationaux. Actuellement, 14 groupes se partagent plus des deux tiers de la presse occidentale (21st Century Fox, Bertelsmann, CBS Corporation, Comcast, Hearst Corporation, Lagardère Group, News Corp, Organizações Globo, Sony, Televisa, The Walt Disney Company, Time Warner, Viacom, Vivendi). Désormais, l’alliance opérée par Google Media Lab et First Draft tisse des liens entre ces groupes qui détenaient déjà une position dominante. La présence dans cette Entente des trois principales agences de presse de la planète (Associated Press, Agence France-Presse, Reuters) lui assure une force de frappe hégémonique. Il s’agit sans aucun doute d’une « entente illicite », non pas établie dans un objectif de fixation de prix, mais de fixation des esprits, d’imposition d’une pensée déjà dominante.

On peut observer que tous les membres —sans exception— de l’Entente de Google ont déjà, au cours des six dernières années, donné une vision univoque des événements survenus au Moyen-Orient élargi. Il n’y avait pourtant pas d’accord préalable entre eux, ou on ne le connaissait pas. Il est intriguant que soient présentes dans cette Entente cinq des six télévisions internationales qui ont participé à la cellule de propagande de l’Otan (Al-Jazeera, BBC, CNN, France24, Sky, mais apparemment pas Al-Arabiya).

Aux États-Unis, en France et en Allemagne, Google et First Draft (« premier brouillon ») ont réuni des médias présents à la fois localement dans ces pays et d’autres présents à l’échelle internationale pour vérifier la véracité de certains arguments. Outre que l’on ignore qui se cache derrière First Draft et quels intérêts politiques ont poussé une société commerciale spécialisée dans l’informatique à financer cette initiative, son résultat n’a pas grand chose à voir avec le retour à l’objectivité.

D’abord parce que les imputations vérifiées ne sont pas choisies pour la place qu’elles tiennent dans le débat public, mais parce qu’elles ont été citées par les individus que cette Entente de médias entend dénoncer. On peut croire que ces vérifications permettront de se rapprocher de la vérité, mais pas du tout : elles confortent le citoyen dans l’impression que ces médias sont honnêtes tandis que les personnes qu’elles dénoncent ne le sont pas. Cette démarche ne vise pas à mieux comprendre le monde, mais à mettre à terre les gens à abattre.

Ensuite parce qu’une règle non écrite de cette Entente de médias veut que l’on ne vérifie les imputations que des sources extérieures à l’Entente. Les membres s’interdisent de faire preuve d’esprit critique entre eux. Il s’agit de renforcer l’idée que le monde se divise en deux : « nous » qui disons la vérité, « les autres » qui sont des menteurs. Cette démarche porte atteinte au principe du pluralisme, préalable de la démocratie, et ouvre la voie à une société totalitaire. Elle n’est pas nouvelle puisque nous l’avons vue à l’œuvre dans la couverture des printemps arabes et des guerres contre la Libye et la Syrie. Mais, pour la première fois, elle s’en prend à un courant de pensée occidental.

Enfin parce que les imputations qui auront été qualifiées de « fausses » ne seront jamais envisagées comme des erreurs, mais toujours comme des mensonges. Il s’agit a priori d’attribuer aux « autres » des intentions machiavéliques pour les discréditer. Cette démarche porte atteinte à la présomption d’innocence.

C’est pourquoi le fonctionnement de l’ICIJ et celui de l’Entente créée par Google et First Draft contreviennent à la Charte de Munich adoptée par l’Organisation internationale des journalistes (Titre II, articles 2, 4, 5 et 9).

Il n’est pas indifférent que des actions de justice aberrantes contre les mêmes cibles que l’Entente des médias se soient développées. Aux États-Unis, on a ressorti la loi Logan contre l’équipe Trump, alors que ce texte n’a jamais, absolument jamais, été appliqué depuis sa promulgation, il y a deux siècles. En France, on a ressorti la loi Jolibois contre les tweets politiques de Marine Le Pen, alors que la jurisprudence avait limité son application à la distribution sans blister de quelques magazines ultra-pornographiques. Le principe de la présomption d’innocence des gens à abattre ayant été éradiqué, il est possible de les mettre en examen sous n’importe quel prétexte juridique. Au demeurant, les actions intentées contre l’équipe Trump et Marine Le Pen au nom des lois sus-citées devraient l’être contre de très nombreuses autres personnes, mais ne le sont pas.

Par ailleurs, les citoyens ne réagissent plus lorsque l’Entente des médias diffuse elle-même de fausses imputations. Ainsi, aux États-Unis a-t-elle imaginé que les services secrets russes avaient un dossier compromettant sur Donald Trump et le faisaient chanter. Ou, en France, cette Entente a-t-elle inventé que l’on peut employer fictivement une assistante parlementaire et en accuser François Fillon.

Aux États-Unis, les grands et petits médias membres de cette Entente s’en sont pris au président. Ils tirent leurs propres informations des écoutes téléphoniques de l’équipe Trump abusivement ordonnées par l’administration Obama. Ils sont coordonnés avec des magistrats qui les utilisent pour bloquer l’action gouvernementale actuelle. Il s’agit sans aucun doute d’un système mafieux.

Les mêmes médias états-uniens et français s’en prennent à deux candidats à l’élection présidentielle française : François Fillon et Marine Le Pen. Au problème général de l’Entente des médias s’ajoute l’impression erronée que ces cibles sont victimes d’une cabale franco-française, alors que le donneur d’ordre est états-unien. Les Français constatent que leurs médias sont truqués, interprètent à tort cette campagne comme dirigée contre la droite, et cherchent encore à tort les manipulateurs dans leur pays.

En Allemagne, l’Entente n’est pas encore effective et ne devrait l’être que lors des élections législatives.

Lors du Watergate, des médias ont revendiqué former un « Quatrième pouvoir », après l’Exécutif, le Législatif et le Judiciaire. Ils ont affirmé que la presse exerçait une fonction de contrôle du gouvernement au nom du Peuple. Passons sur le fait que ce qui était reproché au président Nixon était comparable à ce qu’à fait le président Obama : placer son opposition sur écoutes. On le sait aujourd’hui, la source du Watergate, « Gorge profonde », loin d’être un « lanceur d’alerte » était en réalité le directeur du FBI, Mark Felt. Le traitement de cette affaire était une bataille entre une partie de l’administration et la Maison-Blanche dans laquelle les électeurs ont été manipulés par les deux camps à la fois.

L’idée de « Quatrième pouvoir » suppose que l’on reconnaisse la même légitimité aux 14 trusts qui détiennent la grande majorité des médias occidentaux qu’aux citoyens. C’est affirmer la substitution d’une oligarchie à la démocratie.

Reste un point à éclaircir : comment les cibles de l’Entente sont elles choisies ? Le seul lien évident entre Donald Trump, François Fillon et Marine Le Pen est qu’ils souhaitent rétablir des contacts avec la Russie et lutter avec elle contre la matrice du jihadisme : les Frères musulmans. Bien que François Fillon ait été Premier ministre d’un gouvernement impliqué dans ces événements, tous trois incarnent le courant de pensée qui conteste la vision dominante des printemps arabes et des guerres contre la Libye et contre la Syrie.

Réseau Voltaire

Voltaire, édition internationale

 

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Un documentaire honnête sur le référendum de 2005 sur France3, par Coralie Delaume

Publié le par Felli Bernard

11
Mar
2017

Source : L’Arène Nue, Coralie Delaume, 07-03-2017

Quelle mouche a piqué France3 ?
Tant d’honnêteté – qui suppose aussi une évidente lucidité – est troublante tant on n’a pas l’habitude.
Le 2 mars, la chaîne a en effet de diffusé ce reportage d’une cinquantaine de minutes sur le référendum de 2005 qui s’intitule : “2005 : quand les Français ont dit non à l’Europe”.
Dès le début, on est bluffé par le ton. “Il y a douze ans, le 29 mai 2005, les Français ont dit non au traité de Constitution européenne. Non à l’Europe de l’austérité et du libéralisme“. Ah bon ? C’est pas la “France moisie” alors, qui a voté “non” ? C’est juste la France anti-austéritaire ? On croit rêver.
Un peu plus loin, on hallucine : “nous allons voir comment Nicolas Sarkozy devenu président de la République va contourner le vote souverain des Français” Aïe, ça pique !
Surtout lorsque ceci suit : “cette fracture démocratique fait aujourd’hui le lit du Front national”?
Naaaaan, sans rire ! C’est la confiscation démocratique qui fait le “jeu-de” ?
Ce ne sont plus le “nationalisme”, “l’europhobie”, la préférence pour le “repli sur soi” et la xénophobie galopante ?
C’est la première fois, en ce qui me concerne, que je vois le sujet traité ainsi à la télévision. J’aurais signé chaque mot prononcé par la voix off. C’est la première fois également que j’entends ainsi faire le lien entre l’Europe et la loi El Khomri.
Puis vraiment, tout le monde en prend pour son grade : le Parti socialiste, l’UMP, les éditorialistes, Sarkozy (oh la vache, Sarkozy), Hollande (oh la vache, Hollande). Et ça n’est pas volé.
Une mention spéciale pour deux hommes politiques qui, si différents soient-ils, ont la particularité d’avoir tous deux compris la dimension dramatique, irrémédiable et porteuse d’une grande violence potentielle qu’a constitué la séquence : non / invalidation du non.
Ainsi, François Bayrou à 32’44 : “Pour moi, c’était attentatoire au contrat civique. Imaginez que dans quelques mois, après le référendum sur le Brexit, ce soit la chambre des Communes qui disent que le référendum n’a plus aucune valeur. Vous auriez un climat… c’est le mot révolutionnaire qui me vient (…) ce serait un peuple qui se met en absolue rupture avec son pouvoir.”
Et Jean-Luc Mélenchon, à 34’15 : “on peut se croire malin quand on monte des coups comme ça. Mais les blessures qui sont infligées à la conscience collective, les affects qui sont bousculés par ce type de méthodes laissent des traces indélébiles. Et le sentiment de dégoût qui va finir par être de la haine contre toute la superstructure politique a son terreau initial dans ces jours-là“.
Ça, c’est dit.
Le replay ne sera bientôt plus disponible. Alors, sous vos yeux ébahis et pour le bien de vos oreilles avides de s’entendre dire autre chose que “vous n’êtes tous que des fachos” ou “c’est la faute du populisme”….
Le voici : https://youtu.be/_UBMIh8mvws

Source : L’Arène Nue, Coralie Delaume, 07-03-2017

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Cela commence. Les pays fondateurs de l’Union européenne vont former une union fédérale.

Publié le par Felli Bernard

Cela commence. Les pays fondateurs de l’Union européenne vont former une union fédérale.


Par Alex Gorka – Le 3 mars 2917 – Source Strategic Culture

Des vents anti-establishment et anti-UE soufflent vite et fort à travers l’Europe, car le bloc se rapproche de l’effondrement. L’effet domino entamé par le Brexit poursuit sa réaction en chaîne dans toute l’Union. Les crises abondent, et toutes ramènent à des citoyens qui, finalement, préfèrent leurs identités nationales et régionales, plutôt que le projet supranational. Les changements à venir peuvent faire disparaître l’Occident tel que nous le connaissons, le remplaçant par des groupes d’États unis par des intérêts communs.

 

Les dirigeants des parlements d’Allemagne, d’Italie, de France et du Luxembourg ont publié une lettre demandant une « union fédérale ». Elle a été publiée par le journal italien La Stampa, le 27 février. « Il est maintenant temps de progresser vers une intégration politique plus étroite – une union fédérale des États, dotée de pouvoirs étendus. Nous savons que la perspective suscite une forte résistance, mais l’inaction de certains ne doit pas entraîner la paralysie de tous. Ceux qui croient aux idéaux européens devraient pouvoir leur donner une nouvelle vie, au lieu d’observer impuissants leur lente disparition », lit-on dans le journal.

Les législateurs y avertissent également que le projet d’intégration européenne est actuellement plus en danger que jamais, à cause de problèmes élevés de chômage et d’immigration, qui font grimper les mouvements populistes et nationalistes.

Ce n’est pas seulement une coïncidence, si la lettre a été publiée à l’approche du 60e anniversaire du Traité de Rome, signé le 25 mars 1957 par la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas et l’Allemagne de l’Ouest. Le traité, qui a finalement ouvert la voie au Traité de Maastricht et à l’Union européenne en 1991, est entré en vigueur le 1er janvier 1958.

En 2015, les quatre présidents ont signé la déclaration « Pour une plus grande intégration européenne : la marche à suivre », appelant à « avancer avec l’intégration politique européenne, ce qui pourrait conduire à une union fédérale d’États ». À ce jour, la lettre de 2015 a été signée par 15 présidents de Parlement.

L’intégration européenne est de plus en plus contestée par un certain nombre de partis eurosceptiques, sur tout le continent, dont l’Alternative pour l’Allemagne, le Front national en France et le Parti pour la liberté aux Pays-Bas, des pays ayant tous des élections cette année. Marine Le Pen, candidate à l’élection présidentielle française, prédit que l’Union va tomber « comme le mur de Berlin ». Elle veut créer une nouvelle Europe de nations souveraines. « 2017 est notre année », dit-elle.

Selon Guy Verhofstadt, le négociateur en chef du Brexit au Parlement européen, l’Union européenne doit se réformer ou risquer l’effondrement, en raison de défis internes et externes. Noam Chomsky, éminent chercheur américain, a averti que la vague de sentiments anti-establishment frappera l’UE pour la désintégrer. Mark Blyth, professeur britannique d’économie politique à l’Université Brown, qui a correctement deviné trois des plus grands chocs politiques de 2016, prédit que l’UE s’effondrera cette année.

Le président américain Donald Trump a soutenu le Brexit et a fait souffler un vent froid sur l’UE en l’appelant un « véhicule pour l’Allemagne ». Au cours de la campagne électorale, il a déclaré que l’UE s’effondrerait, en faisant valoir que « d’autres pays suivront » la Grande Bretagne, en votant pour quitter l’union. Selon lui, l’Europe « ne sera plus reconnaissable dans 10 ans », à cause de l’immigration.

En effet, une union des nations fondatrices a un certain sens, puisqu’elles ont toujours été proches. La culture et des niveaux de vie comparables les rassemblent, pour poursuivre en grande partie les mêmes intérêts. La Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg – les pays du Benelux – jouent depuis longtemps un rôle clé dans la géopolitique européenne. La Belgique et le Luxembourg ont formé une union économique dès 1921 et des pourparlers se sont tout de suite mis en place pour créer une union douanière avec les Pays-Bas en 1944. Il est naturel que le Benelux, la France et l’Allemagne poursuivent leurs efforts d’intégration.

L’Allemagne, la Suède, la Belgique, les Pays-Bas et l’Autriche pourraient devoir former un « mini-Schengen » et fermer collectivement leurs frontières au reste de l’Europe, pour arrêter le flux de réfugiés dans leurs pays.

L’incapacité de l’UE à résoudre les crises a mis en évidence le groupe de Visegrad (V4), réunissant la République tchèque, la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie. Après 25 ans dans l’obscurité, le groupe a commencé une rébellion contre Bruxelles en 2016, lorsque la crise migratoire a frappé. Le groupe a fait pression pour un changement dans la politique de l’UE en matière de réfugiés et a refusé d’accepter les demandeurs d’asile dans le cadre du système de quotas de l’UE. Il a également réclamé une réforme structurelle de l’organisation, notamment le rapatriement de certains pouvoirs de Bruxelles vers les gouvernements nationaux. Le V4 a suffisamment de voix au Conseil européen pour s’opposer à l’Allemagne. La Pologne et la Hongrie se sont réunies à plusieurs reprises pour s’y opposer.

En septembre dernier, la Grèce a organisé un sommet des pays d’Europe du Sud, réunissant la Grèce, la France, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, Chypre et Malte. Ils sont enclins à soutenir davantage les mesures de protection et souhaitent que Bruxelles leur accorde plus de marge de manœuvre pour dépenser et emprunter comme bon leur semble.

La Scandinavie est en fait déjà un bloc au sein d’un bloc. Ces nations sont historiquement assez proches, pour en faire des compagnons de chambrée naturels. Les activités du Conseil nordique n’ont jamais fait les manchettes des médias, mais cette union existe déjà pour aider la gouvernance internationale de l’Europe du Nord. Le Conseil peut être également intégré pour entretenir des relations commerciales et diplomatiques étroites avec une Union fédérale des États européens.

L’initiative de former une nouvelle union vient en réponse au risque d’effondrement de l’UE. Le projet d’intégration européenne ne semble plus viable. Le Nord ne veut pas subventionner le Sud. Le désir d’avoir une monnaie nationale se renforce et personne ne veut plus de réfugiés. Avec l’UE affaiblie, ou démembrée, des groupes de pays ayant des liens étroits émergeront naturellement pour poursuivre leurs propres intérêts. Les nations sont susceptibles d’en bénéficier, mais le concept d’intégration européenne pour faire de l’UE une puissance mondiale clé sera oublié, comme peut l’être une douce illusion.

Alex Gorka

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Vault7, mode d’emploi

Publié le par Felli Bernard

Vault7, mode d’emploi

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Vault7, mode d’emploi

Contrairement à ce que dit le texte reproduit ci-dessous, – non, Vault7, fuitée par WikiLeaks, n’a pas “éclipsé” les affaires en cours à Washington. (« La lutte intense qui fait rage au sein de l'appareil d'État et de l’élite dirigeante aux Etats-Unis [...] a été éclipsée par la publication par WikiLeaks d’une série de documents de la CIA. ») Bill Van Auken, de WSWS.org, est pourtant bien excusable d’écrire cela, car il était raisonnable de le penser ; nous-mêmes, gens raisonnables s’il en est, pensions effectivement que Washington et le monde entier qui l’entoure allaient résonner des bruits et de la fureur engendrés par la révélation de Vault7, comme l’un et l’autre résonnèrent également autour de Snowden, le diable-NSA et son train, en juin 2013, lorsque le transfuge sortit de l’ombre pour commencer son chapelet de révélations. Il n’en est rien, strictement rien si l'on apprécie en termes de mesure de la communication.

(On a vu, dans notre texte du 9 mars, notre explication pour cette différence extraordinaire d’accueil : « Cela signifie-t-il une meilleure censure, ou une meilleure autocensure, ou quoi que ce soit de cette sorte ? Nous refuserions évidemment de répondre dans ce sens, justement parce que le phénomène touche également l’antiSystème. Nous avons une autre explication, à partir d’une autre observation qui vient peu à peu à mesure que continuent à s’accumuler les révélations générales, les analyses, les polémiques, etc., sur le chaos washingtonien avec l’implication générale et dans tous de l’IC avec ses multiples composants :  l’intégration quasi-immédiate de Vault7, du point de vue de la communication, dans ce chaos du processus d’effondrement de D.C.-Système. Les révélations sur la CIA et son Vault7 se sont très rapidement et très pertinemment intégrées dans les problématiques d’ores et déjà en cours [la polémique sur l’intervention russe dans les élections USA-2016, par exemple], comme on le voit dans diverses analyses venues de sites antiSystème [Alexander Mercouris et Larry Johnson par exemple, deux excellents analystes antiSystème qui savent exploiter aussitôt, dans le sens qu’il faut, le matériel mis à leur disposition]. »)

Cette mise au point étant faite et notre invité étant largement pardonné de cette erreur d’appréciation qui tient à la folie générale de la situation que nous rencontrons à Washington D.C., nous dirons que son texte, traduction de l’anglais original mis en ligne par WSWS.org, est d’une extrême utilité. Il nous permet de comprendre rapidement, sans que nous soyons entrainés dans des arcanes incompréhensibles, la valeur, la puissance, l’extrême globalisation de l’impudence et de l’illégalité de la CIA au travers de cet ensemble monstrueux (Vault7) ; enfin, il nous permet d’embrasser la menace qu’elle (la CIA) fait peser sur le monde et nos libertés avec une telle chose... Heureusement, pour ce dernier point, cette menace est très largement équilibrée par l’extraordinaire incompétence (le jugement est d’Assange) et la profonde stupidité qui règnent à l’Agence, en maîtresses exigeantes de l’Agence, et qui réduisent cette sorte d’outils monstrueux d’oppression en autant de boomerangs colossaux pour la CIA. (Depuis très longtemps, ils nomment cela “blowback”, tant ils sont habitués à ces conséquences, quand leurs entreprises de génie se retournent contre eux et leur font payer au centuple leurs ambitions de destruction.)

En bon trotskiste, Van Aucken, lorsqu’il replace comme il est nécessaire de faire la fuite-Vault7 dans le contexte de la furie de déchirement et d’affrontement que connaît Washington, n’oublie pas de renvoyer dos à dos les deux délégués de l’oligarchie, ou establishment, qui s’affrontent en la personne de Trump et de son administration d’une part, d’Obama & Cie d’autre part. Au reste, il n’a pas complètement tort, Trump venant tout de même d’un milieu fort proche de l’establishment, ou plutôt d’une autre branche du même establishment qui entretient à Washington sa branche du pouvoir politique. Bien entendu, le trotskiste est incapable de comprendre comment cette occurrence est suffisante pour faire notre bonheur, et même que c’est la seule combinaison (affrontement ouvert au sein des élites-Système) qui permette d’aboutir à une dynamique antiSystème conduisant à marche forcée le Système à des extrémités de surpuissance suicidaire (autodestructrice). Inutile d’essayer d’expliquer cela dans le cadre de la IVème Internationale, aucune place n’est prévue dans son logiciel pour cette sorte d’appréciation.

Il n’empêche, le coup d’œil sur Vault7 qui nous est proposé vaut qu’on s’y attarde. Le texte s’attarde à une hypothèse intéressante qui concerne la mort d’un jeune journaliste dissident, Michael Hastings, tué il y a plus de deux ans dans un accident de voiture assez difficilement compréhensible. Des bruits avaient alors couru sur sa liquidation par la CIA. Notant que l’un des programmes de la CIA concerne l’intervention électronique sur des voitures de série par des procédés divers installés à la source, peut-être ou sans doute avec la complicité des constructeurs, Van Auken avance l’hypothèse tout à fait justifiée que Hastings a été victime de ce programme de la CIA :

« Selon WikiLeaks, une des révélations à glacer le sang fournie par les documents est le fait que, “En octobre 2014, la CIA cherchait également à infecter les systèmes de contrôle utilisés par les voitures et les camions modernes”. WikiLeaks note que “le but d'un tel contrôle n'est pas précisé mais elle permettrait à la CIA de pratiquer des assassinats presque indétectables”.

» Bien que WikiLeaks ne le mentionne pas spécifiquement, c'est le scénario suggéré par beaucoup de gens dans l'accident mortel impliquant une seule voiture à Los Angeles qui a enlevé la vie du journaliste Michael Hastings. Au moment de sa mort, Hastings, qui avait précédemment écrit un article qui a conduit à la destitution du général Stanley McChrystal en tant que commandant suprême américain en Afghanistan, travaillait sur un profil du directeur de la CIA d'Obama, John Brennan. Avant l’accident, Hastings avait informé ses collègues qu'il était sous surveillance gouvernementale et avait demandé à un voisin de lui prêter sa voiture, disant qu'il craignait que son propre véhicule ait été trafiqué. »

Tout cela justifie parfaitement l’analogie méritée par la CIA, par ailleurs déjà largement acceptée, que fait Van Auken en citant Murder Inc. (le “syndicat du crime”, autre nom donné à Cosa Nostra, qui domina le crime organisé aux USA, au moins jusqu’aux années 1980). La CIA est devenue une organisation absolument sans foi ni loi, sans le moindre contrôle, une puissance d’une ampleur inimaginable, qui n’a pour la freiner ou la stopper que le duo déjà cité de son incompétence et de sa stupidité. Il y a longtemps que la CIA est considérée implicitement ou explicitement  de cette façon ; l’alerte avait été donnée à cet égard dès 1963 par celui qui avait présidé à sa création, le président Truman, dans une lettre de 1963 retrouvée et publiée sur dedefensa.org par Nicolas Bonnal. (*)

Bien entendu, l’expansion extraordinaire de la CIA aujourd’hui place ce monstre dans une position extrême, qui pose un problème ontologiquede survie, parmi d'autres de la même sorte, au pouvoir du système de l’américanisme lui-même. Toute idée de réforme de la CIA nous paraît définitivement impossible, tandis que la poursuite de l’expansion du monstre nous paraît conduire à des catastrophes impossibles pour ce pouvoir lui-même. (On le voit bien, dans l'occurrence actuelle où l’affrontement Obama-Trump est rendu possible et aussi intense grâce à la CIA, à cause de la CIA, et parce que la CIA existe.) La seule solution, – évidemment quasi-irréalisable, sinon à peine pensable, – c’est la destruction du monstre. (De même, la solution pour le monstrueux Pentagone, c’est la destruction du monstre ; de même, la solution pour la monstrueuse NSA, c’est la destruction du monstre ; et ainsi de suite...) L’on peut goûter les paradoxes et les contradictions de cette impasse titanesque.

Voici donc le texte de Bill Van Auken, sur WSWS.org, le 9 mars 2017, à partir du texte original en anglais du 8 mars. Le titre original en français, que nous avons dû modifier pour des raisons techniques, est « WikiLeaks révèle une vaste opération de cyberespionnage de la CIA ».

dedefensa.org

Note

(*) On notera que cette lettre, retrouvée pour la séquence actuelle par Bonnal dans les archives de Truman, a largement fait son chemin. Reprise par nombre de médias, on la retrouve hier sur Infowars.com (relayant le Washington Times) tandis que Mises.org ressort d’autres échos des conceptions de Truman à cet égard.

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WikiLeaks révèle Vault7, de la CIA

La lutte intense qui fait rage au sein de l'appareil d'État et de l’élite dirigeante aux États-Unis, mettant en jeu des allégations non-prouvées du parti démocrate à propos de piratage russe en faveur de Trump, ainsi que la propre accusation de ce dernier que sa campagne aurait été mise sous écoute par Obama, a été éclipsée par la publication par WikiLeaks d’une série de documents de la CIA.

Les 8.761 documents contenus dans ce que WikiLeaks a qualifié de «plus importante publication de documents confidentiels sur l’agence» ont commencé à mettre à nu un vaste système de surveillance, de piratage informatique et de cyberguerre dirigé contre le peuple américain et la planète entière.

L'organisation anti-secrets a appelé le premier document «Year Zero» (l'An Zéro) et a fait savoir que d'autres caches de données de la CIA sont encore à découvrir dans le cadre d'un plus grand projet baptisé «Vault 7» (Coffre 7).

Les fichiers ont été pris du Center for Cyber Intelligence (Centre pour le cyber renseignement) de la CIA, un centre de contrôle immense et peu connu qui comprend quelque 5.000 pirates informatiques, agents de la CIA et entrepreneurs privés. Comme ce fut le cas en 2013 avec Edward Snowden lorsqu’il a rendu publics des documents secrets révélant une vaste opération d'espionnage de la National Security Agency (NSA – Agence de sécurité nationale), les documents de la CIA seraient venus d'un ancien pirate de l’agence ou d'un sous-contractant qui était inquiet devant la portée et le but des opérations de cyberguerre de l'agence.

Les programmes décrits dans les documents indiquent que la CIA, selon WikiLeaks, a développé «plus d'un millier de systèmes de piratage informatique, des trojans, des virus et d'autres armes logicielles malveillantes» lui permettant de prendre le contrôle d'appareils, y compris les iPhones d'Apple, le système d’opération Android de Google (utilisé par 85 pour cent des téléphones intelligents) et des appareils qui tournent sous Microsoft Windows. En piratant ces appareils, la CIA est également capable d'intercepter les informations avant qu’elles soient chiffrées sur des plateformes de médias sociaux comme WhatsApp, Signal, Telegram, Wiebo, Confide et Cloackman.

L'agence aurait stocké des menaces dites «jour zéro» qui peuvent être utilisées pour exploiter des vulnérabilités non identifiées dans un large éventail d’appareils avant que leur fabricant ne soit capable de détecter la faille et de la corriger. Sous le gouvernement Obama, la Maison Blanche était censée avoir établi un «Processus d'équité en matière de vulnérabilités», selon lequel les agences de renseignement informeraient les fabricants de la plupart des vulnérabilités logicielles tout en gardant une partie à elles-mêmes pour exploitation. En partie, cela a été conçu pour empêcher les entreprises américaines de perdre leurs parts de marché à l'étranger. Le vaste arsenal de la CIA prouve que ce programme était un simulacre dès le départ.

L'un des programmes développés par la CIA, au nom de code «Weeping Angel» (Ange pleureur), transforme les téléviseurs intelligents de Samsung en le genre de technologie envisagée par George Orwell en 1984, où la «Police de la Pensée» surveillait les «écrans de téléviseurs» qui servaient à la fois de téléviseurs, diffusant les discours de «Big Brother» (le Grand Frère), et de caméras de sécurité, surveillant chaque mot et geste du spectateur. Cette technique de surveillance place les téléviseurs ciblés dans un «faux mode éteint» lui permettant de transmettre par Internet les conversations ayant lieu dans la salle jusqu’à un serveur caché de la CIA.

WikiLeaks a rapporté qu'une grande quantité d'informations avait été effacée des documents dévoilés, y compris du code informatique pour les cyber-armes réelles ainsi que les identités de «dizaines de milliers de cibles de la CIA et de machines servant aux attaques en Amérique latine, en Europe et aux États-Unis».

L’existence de «cibles» aux États-Unis indique que l'agence est engagée dans un vaste espionnage intérieur en violation de sa charte.

Les documents établissent également que la CIA a développé ces programmes en collaboration avec le MI5, l'agence britannique de renseignements, et qu'elle exploite un centre de cyberguerre dissimulé dans le consulat américain à Francfort, en Allemagne.

Selon WikiLeaks, une des révélations à glacer le sang fournie par les documents est le fait que, «En octobre 2014, la CIA cherchait également à infecter les systèmes de contrôle utilisés par les voitures et les camions modernes». WikiLeaks note que «le but d'un tel contrôle n'est pas précisé mais elle permettrait à la CIA de pratiquer des assassinats presque indétectables».

Bien que WikiLeaks ne le mentionne pas spécifiquement, c'est le scénario suggéré par beaucoup de gens dans l'accident mortel impliquant une seule voiture à Los Angeles qui a enlevé la vie du journaliste Michael Hastings. Au moment de sa mort, Hastings, qui avait précédemment écrit un article qui a conduit à la destitution du général Stanley McChrystal en tant que commandant suprême américain en Afghanistan, travaillait sur un profil du directeur de la CIA d'Obama, John Brennan. Avant l'accident, Hastings avait informé ses collègues qu'il était sous surveillance gouvernementale et avait demandé à un voisin de lui prêter sa voiture, disant qu'il craignait que son propre véhicule ait été trafiqué.

Un autre élément significatif des révélations contenues dans les documents de WikiLeaks concerne un programme de la CIA appelé «Umbrage» (dans l’Ombre), qui se compose d'une importante «bibliothèque» de logiciels malveillants et de techniques de cyberattaque développées dans d'autres pays, y compris la Russie. L'agence est en mesure d'exploiter ces outils «volés» pour masquer ses propres attaques et en rejeter la responsabilité sur leurs auteurs. L'existence d'un tel programme démontre que la campagne hystérique sur le rôle supposé de la Russie dans le piratage et la fuite des emails du Parti démocrate ne repose sur rien.

Alors que le parti démocrate continue d’attaquer Trump sur la question de ses supposés liens avec la Russie (plutôt que sur sa politique réactionnaire contre les immigrés et toute la classe ouvrière), les révélations de WikiLeaks sur la CIA sont rejetées par des sections des médias comme un autre complot de Moscou.

Dans le même ordre d'idées, le New York Times a publié un long article lundi pour se moquer «des inquiétudes de la Maison Blanche au sujet d'un "État profond" cherchant à miner la présidence Trump» suite à l'accusation de Trump qu'il avait été mis sous écoute pendant la campagne présidentielle.

Une telle expression, selon le Times, pourrait s’appliquer à des pays comme l'Égypte, la Turquie ou le Pakistan, mais pas aux États-Unis parce qu’elle «suggère une nation non démocratique où les normes juridiques et morales sont ignorées».

La réalité est que «l'État profond» est plus massif et plus puissant aux États-Unis que n'importe où dans le monde et il supervise de semblables complexes militaro-policiers dans des pays comme l'Égypte, la Turquie et le Pakistan. En ce qui concerne les «normes juridiques et morales», les dernières révélations sur la CIA, une organisation appelée depuis longtemps Murder, Inc. (Agence du meurtre), offrent un aperçu des méthodes réelles de l'État américain.

La tentative du New York Times de balayer d’un revers de main les inquiétudes concernant les activités et l'influence de l'appareil militaire et de renseignement ne fait qu'établir son propre rôle en tant qu'organe de propagande et instrument idéologique de cet «État profond», qui entretient les liens les plus intimes avec la CIA, le Pentagone et d'autres agences.

Les documents diffusés par WikiLeaks couvrent la période de 2013 à 2016, les dernières années de l'administration Obama, qui a poursuivi les guerres mises en branle sous Bush, organisé une vaste expansion de l'appareil de renseignement américain et lancé un véritable assaut contre les droits démocratiques. On a aussi vu la mise en place d’un programme international de meurtres par drones, la Maison Blanche s’arrogeant le droit d'ordonner le meurtre extrajudiciaire de citoyens américains.

Ce vaste appareil de guerre, de répression et de surveillance de masse a été maintenant confié à l'administration de Donald Trump, un gouvernement de milliardaires, de généraux et de fascistes ouverts qui est déterminé à intensifier la guerre à l'étranger et à mener des attaques sans précédent contre la classe ouvrière aux États-Unis.

Alors que le Parti démocrate réclame un procureur spécial pour faire enquête sur la prétendue «ingérence» russe dans les élections américaines – une revendication visant à soutenir la poussée de guerre américaine contre la Russie et à détourner l'opposition de masse envers Trump vers des canaux réactionnaires – et que Trump demande une enquête sur sa propre supposée mise sous écoute, aucun camp n'a exigé une enquête sur les opérations d'espionnage de la CIA. Les démocrates et les républicains sont tous deux d’accord que de telles mesures policières sont nécessaires pour défendre le système capitaliste en crise contre la menace d'une révolution sociale de la classe ouvrière.

Bill Van Auken (WSWS.org)

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Dix points à connaître au sujet de la Guerre froide

Publié le par Felli Bernard

Dix points à connaître au sujet de la Guerre froide


Le 4 Mars 2016 – Source Katehon.com


Il y a 60 ans [70, en 1946, NdT], l’ancien Premier ministre britannique Winston Churchill fit un discours au Westminster College de Fulton, dans le Missouri. Depuis quelques temps, les historiens font de cet évènement le début officiel de la Guerre froide. En effet, la confrontation entre les blocs socialiste et capitaliste a déterminé toute l’histoire du monde jusqu’à aujourd’hui.

 

1. De la géopolitique, et non de l’idéologie

La Guerre froide fut un conflit profondément géopolitique, et non idéologique. D’après le point de vue de l’éminent théoricien politique allemand Carl Schmitt, la confrontation planétaire entre l’Est et l’Ouest était la résultante d’une lutte géopolitique entre la Terre et la Mer. L’Union soviétique était le pôle tellurocratique, le centre de la civilisation terrestre. Les États-Unis étaient le centre de la civilisation maritime. Les géopoliticiens anglo-saxons tombent d’accord avec cette analyse, notamment [l’école de] Sir Halford Mackinder.

Source: i26.servimg.com

L’URSS incorporait les traits typiques d’une civilisation tellurocratique : un contrôle sur de vastes zones terrestres, une société militarisée fermée, une morale héroïque et une subordination de l’économique au politique. Les États-Unis sont un pouvoir typiquement thalassocratique : une société ouverte, une démocratie, un contrôle des océans du monde et un système commercial. En termes géopolitiques, cela veut dire que la confrontation entre Russie et États-Unis aurait eu lieu, même sans l’établissement en Russie de l’idéologie communiste.

2. Un conflit qui n’était pas extraordinaire

Ce type de confrontation n’est pas inhabituel dans l’histoire du monde. Un peu avant, les Empires russe et britannique se disputaient à mort le contrôle du Moyen-Orient, du Caucase, de l’Asie centrale et de l’Afghanistan. Durant l’Antiquité, Rome (le pôle tellurocratique) et Carthage (l’empire de commerce maritime) se battaient pour la suprématie sur la mer Méditerranée.

3. Un conflit planétaire

Source : blog.richmond.edu

 

La différence majeure de la Guerre froide par rapport aux autres conflits portait sur sa nature planétaire : toutes les nations du monde y étaient impliquées. On mena une lutte d’influence acharnée auprès des membres du « Mouvement des non-alignés« . Par conséquent, le conflit évolua en un « jeu à somme nulle » : si un camp l’emportait dans une zone, il allait inévitablement perdre dans une autre.

4. Qui a provoqué la guerre ?

L’historiographie en Occident tend à faire de l’Union soviétique l’initiatrice de la Guerre froide. Pourtant, les faits racontent une autre histoire. En 1945, l’État-major de planification (Joint Planning Staff) des Forces armées britanniques avait élaboré deux plans, dans l’optique d’un conflit entre leurs alliés occidentaux et l’Union soviétique. Les deux avaient été commandés par le Premier ministre britannique Winston Churchill et ils reçurent le nom de code « Operation Unthinkable« .

À l’issue de la Conférence de Potsdam, le Général Dwight D. Eisenhower, sous la direction du Président Harry S. Truman, établit le Plan Totality. Celui-ci présumait une attaque nucléaire sur l’Union soviétique à l’aide de 20 ou 30 bombes atomiques. Elle assignait 20 villes pour l’anéantissement à la première frappe : Moscou, Gorki, Kouïbychev, Sverdlovsk, Novossibirsk, Omsk, Saratov, Kazan, Leningrad, Bakou, Tachkent, Tcheliabinsk, Nijni Taguil, Magnitogorsk, Molotov, Tbilisi, Stalinsk, Grozny, Irkoutsk et Yaroslavl. Peu avant, les États-Unis avaient largué des bombes nucléaires sur le Japon pour horrifier leur allié oriental et le soumettre à la domination planétaire américaine.

À cette époque, l’URSS n’avait pas préparé de plan d’attaque contre ses alliés anglo-américains, et tentait de négocier le partage du pouvoir. Le pôle atlantiste rejeta ces accords, essayant à la place de lutter pour la domination mondiale.

5. La lutte des Américains pour l’hégémonie, déclencheur du conflit

À la veille de la Guerre froide, les politologues américains exprimaient la nécessité de lutter pour l’hégémonie mondiale. Des plans visant à former un monde unipolaire étaient évoqués bien avant la confrontation avec les Soviétiques. Le même cercle de mondialistes anglo-américains liés à la Round Table Society a joué un rôle considérable dans le développement du Council of Foreign Relations (CFR) et du Royal Institute on International Affairs (dit « Chatham House« ). Le président du CFR, Isaiah Bowman, appuyait l’idée d’hégémonie américaine, de même que les géostratèges Nicholas Spykman et Robert Strausz-Hupé. Le cas de James Burnham est exemplaire : un ancien trotskyste devenu un ardent défenseur d’un gouvernement mondial et de la création de la CIA. Il appelait ouvertement à un « Empire américain » et peut être considéré comme un prédécesseur des néo-conservateurs.

6. La répartition géopolitique des armes nucléaires

La confrontation géopolitique entre les États-Unis et l’Union soviétique était démontrée clairement dans la répartition des armes nucléaires dans la structure de la triade nucléaire [air, terre, mer, NdT] des deux superpuissances. Les États-Unis, qui contrôlent les océans du monde, avaient la plupart de leurs missiles nucléaires sur des sous-marins. L’Union soviétique, au contraire, les avait sur terre. C’est en Union soviétique que furent créés d’uniques complexes nucléaires sur rail ou sur route, se déplaçant discrètement à travers le vaste territoire de l’URSS. Des projets analogues aux États-Unis ne furent pas mis en service.

7. La perte du pôle géopolitique de l’Europe

La Guerre froide était le produit de l’équilibre des pouvoirs planétaires établi après la Seconde Guerre mondiale. Le résultat principal pour l’Europe fut la perte, pour les puissances européennes, de leur position maîtresse sur la scène internationale. Le destin de l’Europe était décidé par des puissances non européennes : les États-Unis et l’Union soviétique.

Malgré l’Allemagne nazie et ses alliés européens, l’Europe continentale a tenté d’agir en pôle géopolitique indépendant, défiant la thalassocratie anglo-américaine, ainsi que la grande puissance eurasiatique, l’URSS. Cette décision s’avéra suicidaire. Par conséquent, l’Allemagne elle-même et toute l’Europe furent partagées entre États-Unis et Union soviétique.

8. L’entrée en scène du tiers-monde

Paradoxalement, la Guerre froide a augmenté l’importance des pays du tiers-monde dans la politique mondiale. Il est significatif que le terme lui-même tire ses origines de cette période. La chute du poids géopolitique de l’Europe, et la politique de l’URSS et des États-Unis, ont participé à la destruction des empires coloniaux européens. Les deux superpuissances se battaient pour influencer les pays libres, parmi lesquels certains purent tirer avantage en manœuvrant entre les deux pôles. Le mouvement des non-alignés émergea comme l’institution qui manifestait les aspirations géopolitiques de ces pays.

9. Le rôle des structures mondialistes dans la victoire américaine

Le rôle principal, dans la victoire américaine dans la Guerre froide, fut joué par une véritable « cinquième colonne » au sein de l’Union soviétique, qui formait l’idéologie de la Perestroïka.  Son cœur était l’Institut de Recherche sur l’Analyse des Systèmes, dirigé par Djerman Gvichiani, le beau-fils du Premier ministre soviétique Kossyguine. L’Institut de recherche sur l’analyse des systèmes était la branche soviétique du Club de Rome [via l’IIASA, basé à Laxenburg en Autriche, NdT].

Les principaux centres d’analyse et de recherche soviétiques étaient en contact avec leurs collègues étrangers, et se concentraient sur l’idéologie de la « convergence » des deux systèmes, ce qui devait former la base de l’idéologie gorbatchevienne. Cette faction pro-occidentale de la nomenklatura était protégée par le chef du KGB Youri Andropov (qui devint plus tard le Secrétaire général du PCUS), dont le cercle rapproché avait créé les plans pour réformer l’Union soviétique par la voie capitaliste, et négocier avec les États-Unis les futures sphères d’influence dans le monde.

Cette partie de l’élite soviétique avait une compréhension idéologique, et non géopolitique de la confrontation. Et elle eut tort. Les États-Unis ont soutenu ces changements, de façon à ce que que le virage idéologique mène à l’effondrement de l’Union soviétique, en tant que puissant pôle géopolitique.

10. Et après ?

Ainsi que le démontrent les évènements de la dernière décennie, la victoire américaine dans la Guerre froide s’est avérée temporaire. Dès le début des années 2000, les BRICS se sont déclarés à la tête d’un nouvel ordre mondial – mais d’un ordre multipolaire. Le monde unipolaire, selon les mots de Charles Krauthammer (commentateur américain), ne fut qu’un moment unipolaire.

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MACRON : UN CADEAU DE 14 MILLIARDS D’EURO A PATRICK DRAHI EN ECHANGE D’UNE CAMPAGNE DE MATRAQUAGE

Publié le par Felli Bernard

0 mars 2017

macron-drahi

 

1) Patrick Drahi est un milliardaire patron du groupe Altice (Numéricable/SFR/SFR Médias). Il contrôle un groupe de médias puissant (BFM TV/RMC/L’express/Libération).

2) Le 28 octobre 2014, le tout nouveau ministre de l'Economie, Emmanuel Macron autorisait le rachat de SFR par Patrick Drahi contre l’avis de son prédécesseur Arnaud Montebourg. Dans les 6 mois qui ont suivi cette décision, la valeur du groupe de Drahi a plus que doubler et a fait gagner plus de 14 milliards d’euro à ses actionnaires.

3) Macron a floué l’état français car il a choisi un groupe qui paye très peu d’impôts en France. Montebourg craignait que le rachat de SFR par Altice ne se traduise par une gigantesque évasion fiscale.
En 2014, Montebourg éreinte Drahi alors qu’il est ministre, des enquêtes fiscales sont alors diligentées par Bercy et ses déclarations ci-dessous sont sans ambiguïté. « Numericable a une holding au Luxembourg, son entreprise est cotée à la Bourse d’Amsterdam, sa participation personnelle est à Guernesey dans un paradis fiscal de Sa Majesté la reine d’Angleterre, et lui-même est résident suisse !
Il va falloir que M. Drahi rapatrie l’ensemble de ses possessions, biens, à Paris, en France. Nous avons des questions fiscales à lui poser ! ». Par ailleurs Drahi fera le plus grand plan social de 2016 en licenciant 5000 personnes chez SFR

4) Pour remercier Macron, Drahi a mis son groupe de médias à disposition de sa campagne et à organisé un matraquage médiatique sans précédent en faveur de Macron. Ce soutien s’organise d’ailleurs de manière tout à fait évidente.
Un proche de Patrick Drahi, patron du pôle médias du groupe Altice, Bernard Mourad, rejoint Macron pour organiser son mouvement « En Marche » en Octobre 2016. Bernard Mourad, ancien banquier de Patrick Drahi, s’était plus particulièrement occupé, en 2014, de l’opération de rachat de SFR.

Depuis février 2015 il est le patron de la branche média du groupe Altice, c’est-à-dire la personne qui dirige l’Express, Libération, BFM TV et RMC.

5) En autorisant le rachat de SFR, Macron a fait d’une pierre deux coups.

Cette opération se révèle en effet fort juteuse pour le clan Macron, puisque la banque d’affaires qui se charge de cette vente n’est autre que la banque Lazard. La banque Lazard est dirigée en France par Mathieu Pigasse, propriétaire du journal Le Monde et soutien essentiel de la campagne d’Emmanuel Macron.

Les banques d’affaires toucheront de l’ordre de 260 millions d’euro de commissions sur ce deal. Si l’on veut moraliser la vie politique et éviter les conflits d’intérêts, est-il normal que le patron d’une banque qui est aussi patron de presse soutienne un candidat dont la décision lui a rapporté autant d’argent ?

Le 22 février Bayrou se ralliait à Macron sous quatre conditions. Macron acceptait avec un cynisme écœurant la condition suivante « Je demande expressément que le programme du candidat comporte en priorité une loi de moralisation de la vie publique, en particulier de lutte contre les conflits d’intérêt.

"Je refuse, comme je l’ai refusé toute ma vie que des intérêts privés, de grands intérêts industriels ou financiers, prennent la vie publique en otage. Je ne cèderai rien sur la séparation nécessaire de la politique et de l’argent."

Patrick Drahi
Le milliardaire Franco-Israelien Patrick Drahi

Le milliardaire Franco-Israelien Patrick Drahi a acheté toute le presse d’information et d’opinion Française (surtout les journaux les plus « influents ») Libération,  la chaîne d’information israélienne i24news et le magazine L’Express,L’Expansion, Mieux vivre votre argent, Lire, Classica, Studio Ciné Live, L’Entreprise, BFM tv,Vivolta, Shorts TV, Kombat Sport et le groupe MCS.sans oublié SFR qui a été racheté avec Macron qui lui permet d'être en première page de ses magazines et d'être celui qui a le plus de temps d'antenne sur BFMTV.

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Post-Démocratie : Après Hollande, Lémédia élimineront-ils Fillon ? (1er Tour)

Publié le par Felli Bernard

C’est inouï : une sorte de kidnapping de la Démocratie par les Médias – au services de quelques intérêts bien compris – est en train de se dérouler sous nos yeux.

J’ai toujours été choqué par le fait qu’on ait tranquillement accordé “l’indépendance politique” à la Banque centrale – donc au regroupement de personnes représentant les puissances d’argent. Ainsi, depuis 1992, un des principaux outils économiques échappe au pouvoir politique, donc au périmètre de la délibération démocratique.

Par ailleurs, de plus en plus de décisions économiques ont été transférées au niveau européen – surtout depuis 2013, où on est passé d’un contrôle budgétaire à un réel contrôle économique, donc politique – , échappant lui aussi à la délibération démocratique nationale. Pour ceux qui ignorent l’existence des Grandes orientations des politiques économiques de l’Union Européenne, je recommande de lire ce billet, issu de cette série. C’est à se demander si nos élections Présidentielles ne seraient plus désormais que de simple élections “régionales européennes” pour amuser la galerie, la capacité de notre Président d’agir en profondeur sur le sort du pays allant bientôt se retrouver au même niveau que celle du Président de la Région Bretagne.

Taquin, je me suis donc demandé depuis lors s’il n’allait pas arriver un moment où on allait nous dire que, comme la Banque centrale, il faudrait accorder “l’indépendance politique” au Président de la République, en en confiant la nomination à une poignée de personnes “qui savent, elles” – on ne sait jamais avec tous ces électeurs “popuazlistes” qui votent de moins en moins comme on leur demande…

J’avoue que je ne pensais pas voir ça aussi vite…

12 octobre 2016, 1er tour de la Présidentielle Médiatique : Hollande est coulé par Le Monde

Le 12 octobre 2016 est en fait un jour très important pour notre Démocratie – et on ne s’en est absolument pas rendu compte, ni sur le moment, ni même après.

C’est le jour où est sorti le livre Un président ne devrait pas dire ça, des journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme.

Ce livre a évidemment beaucoup plus dans les médias – autant de boue d’un coup, ce n’est pas commun.

Quand j’ai appris que Hollande avait accordé 61 entretiens tout au long du quinquennat aux deux auteurs qu’il connaissait depuis des décennies, j’ai pensé “Hollande vit vraiment sur une autre Planète”.

En effet, je comprends qu’un chef d’État ait envie que quelqu’un écrive l’histoire de son mandat. Pour Mitterrand ce fut Attali, et avant lui, pour de Gaulle, ce fut Alain Peyrefitte – deux proches, lettrés. Ce dernier raconte ceci dans le fantastique C’était de Gaulle :

Au bout de quelques jours d’agitation médiatique, puis de scandale politique, je me suis donc dit “mais qu’est ce qui a pris à Hollande de faire ce livre avant la fin de son mandat ?”, et en plus avec des journalistes du Monde ! C’est vraiment suicidaire !

Il s’est avéré que Hollande connaissait ces journalistes et les appréciait beaucoup. Il leur a fait confiance et leur a accordé plus de 60 entretiens.

Et voilà que les journalistes sortent ce livre avant que Hollande annonce s’il se représente ou non. Ils écrivent même ces lignes proprement hallucinantes dans leur préface – dont je vous recommande hautement la lecture pour édification sur l’éthique journalistique :

Bien sûr, Hollande est grandement responsable de sa situation – on se demande même s’il ne serait pas proche de la nécessité d’être mis sous protection juridique à ce stade. Mais oublions le : c’est bien le comportement de ces “journalistes” (qui ont sorti de grandes affaires, surtout contre l’UMP) qui est ici fascinant. Notons que Libération les a qualifiés d’asociaux et qu’ils ont une étonnante vision de leur métier finalement dans Le Parisien :

Déjà, tout ce qui surligné dans la préface pose de très lourdes questions éthiques. Tout comme interpelle le mépris en dégoulinant pour un Président qui leur a fait une confiance inimaginable et un cadeau inestimable (y compris financier à 200 000 exemplaires…). Après, il est vrai que, comme l’a joliment rappelé Antoine Bernheim “La reconnaissance est une maladie du chien non transmissible à l’homme.”

MAIS il reste une question fondamentale – très étrangement non abordée dans la préface : mais QUAND devait sortir ce livre alors ?

Et en fait, le porte-parole du gouvernement a répondu, et personne n’a tiqué :

Ainsi, selon le gouvernement, le livre devait sortir APRÈS le quinquennat – information qui a très peu circulé, pas grand chose à part ces 2 articles.

Je n’ai pas vu la réaction des journalistes à ces accusations. Sans doute diront-ils qu’ils avaient dit le contraire à Hollande une fois à la fin d’un repas bien arrosé, mais enfin, on voit mal pour le coup Hollande avoir vraiment accepté une sortie fin 2016, en plus en n’ayant pas lu le livre…

Et dans tous les cas, une vraie question éthique aurait dû se poser aux deux journalistes asociaux : il est évident que la publication du livre allait mettre le feu à la gauche, et compromettre très gravement la candidature de François Hollande.

Tout le monde sait ce que je pense de François Hollande : il ne s’est pas passé sur ce blog une semaine depuis 2012 sans que je le critique – c’est probablement le pire Président de la Ve République, c’est en tout cas le seul tellement impopulaire qu’il n’a pas pu se représenter…

Je ne me réveille donc jamais en sueur déplorant sa non-candidature. Je ne sais d’ailleurs pas vraiment si c’est une bonne chose ou pas qu’il ait abandonné. Peut-être aurait-il gagné la primaire, peut-être que Macron aurait un score bien plus faible. Peut-être cela aurait-il avantagé Fillon du coup. Peut-être…

Ce que je sais, en tout cas, c’est qu’on ne le saura jamais. Car il n’a pu être in fine candidat, et que j’estime que ce n’était pas au journal Le Monde d’en décider, mais aux citoyens…

Et je dis bien au Monde, car ce journal n’a pas viré ces deux journalistes suite à ce qui semble bien être de multiples et graves entorses éthiques aux lourdes conséquences. Et ça les amuse apparemment :

Suicide ou Assassinat ?

Mais le 2e tour est vite arrivé… (à suivre)

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