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La république populaire de Donesk : une histoire indicible pour les médias occidentaux, par Stephen Ebert

Publié le par Felli Bernard

Source : Oriental Review,  Stephen Ebert

Mon refus de croire les perpétuels récits des médias occidentaux sur l’« agression russe » fait de moi un « troll du Kremlin ». Mon châtiment pour ne pas suivre la « ligne du parti » – un « évitement » pur et simple de la part des médias occidentaux – n’a cependant pas diminué mon perpétuel engagement à voir ce qui se cache de l’autre côté de ce récit.

Ayant auparavant étudié la réunification de la Crimée avec la Russie, je me suis intéressé au mois de mai dernier à la naissance de deux nouvelles formations gouvernementales dans l’Est de l’Ukraine : la république populaire de Donetsk (RPD) et la république populaire de Lougansk (RPL).  Les Américains n’entendent que ce que leur en donnent à connaître soit les « rapports » de Kiev, soit ceux de la machine de propagande étasunienne : il s’agit de régimes fantoches nés de « l’agression russe » et maintenus en place de force par « l’occupation. » N’étant pas un courageux « correspondant de guerre », je dois dire que ce n’est pas sans trembler que j’ai entrepris mon voyage. Non par peur d’une « agression russe », mais des bombardements permanents de cibles civiles par le régime de Kiev.

Je serai éternellement reconnaissant envers mon nouveau collègue Konstantin Doglov de m’avoir montré la triste « Allée des Anges »,  un mémorial très touchant pour les enfants tués à ce jour par les forces du régime de Kiev. Surtout, mes contacts virtuels avec Patrick Lancaster, un journaliste américain qui réside désormais là-bas, avec Alexandre Sladkov, un correspondant russe qui vit la plupart du temps là-bas et, de façon plus déterminante encore, le fait de me « ruer vers le bruit des coups de feu, » m’ont permis de contourner le blocus de l’information par les médias de l’Ouest.

Une rue du centre de Donetsk. Le palais de Donetsk

Tandis que j’approchais de Donetsk – naguère plus d’un million d’habitants et aujourd’hui beaucoup moins à cause de la vague de réfugiés partis en Russie (le paradoxe de ces gens qui s’enfuient dans les bras de « l’agresseur »), je craignais de trouver un centre-ville endommagé par les bombardements de Kiev et des gens effrayés, privés des biens de première nécessité. Au contraire des « patriotes » ukrainiens à la télé russe, j’ai été soulagé de trouver une ville active, trépidante, avec un centre-ville charmant. J’ai aussi eu des frissons en découvrant une population qui, loin d’être apeurée, croit fermement en un avenir meilleur. Un avenir en dehors de l’Ukraine.

En dépit du blocus total de Kiev, la ville de Donetsk elle-même semble offrir un assortiment raisonnable de biens et d’aliments. Le plus gros semble venir des échanges et de la coopération croissants avec la Russie, le voisin frontalier, et plus grand partenaire commercial de l’Ukraine « d’avant-guerre ». En fait, lors de mon séjour là-bas, s’est tenue une conférence sur l’accroissement de cette coopération, et, du fait du blocus économique de Kiev, le rouble a remplacé la grivna ukrainienne. Les médias occidentaux ne manqueront pas de s’emparer de ce fait comme d’une preuve supplémentaire de « l’agression russe ».

Le marché à ciel ouvert de la gare ferroviaire de Donetsk.

Ma « source » la plus importante durant mon bien trop bref séjour fut Ekaterina Pavlenko, une jeune députée locale du parlement de la RPD. Ekaterina n’est certainement pas une « agresseuse russe » ou une « force occupante ». Bien au contraire, elle est très typique des habitants locaux, dont les ascendants, majoritairement russes, vivent sur ces terres depuis des générations. Ekaterina, s’étant auparavant engagée dans les questions « sociales », n’est même pas une « politicienne typique ». En apprenant à mieux la connaître, j’ai vu que ses yeux expliquaient tout. Ils exprimaient à la fois un désir brûlant de maintenir en vie la nouvelle république indépendante, et un regard bienveillant, aimant, pour ceux qui l’entouraient. De manière très éloquente, Ekaterina résumait la croyance de la nouvelle république : Ce sont les terres ancestrales des habitants d’aujourd’hui. Pas une monnaie d’échange dans un conflit géopolitique plus large ni un sujet pour la domination de Kiev. Il est vrai que ceci est difficile à comprendre pour l’Américain moyen, étant donné notre nature très mobile.

De manière tout à fait accidentelle, je suis arrivé à Donetsk le « jour » de leur « République ». Leur 4-Juillet. En tant qu’invité d’Ekaterina, on m’a laissé, sans contrôle ni surveillance quelconque, regarder, filmer et en fin de compte me joindre à une énorme parade de dizaines de milliers de personnes représentant tous les aspects de la vie de chacune des régions de la RPD. Les médias occidentaux seront très déçus d’apprendre qu’il n’y avait là aucune mitrailleuse, aucune force russe lourdement armée pour forcer les gens à participer. En fait, au-delà de ce jour de parade, je n’ai vu nulle part aucun signe d’une quelconque présence de l’armée régulière russe, contrairement aux grands cris de petit garçon qui a vu le loup hurlés par Kiev.

Le « mouvement du Donbass libre », le groupe auquel appartient Ekaterina, à la parade à Donetsk pour le jour de l’Indépendance, le 11 mai 2017.

A mes naïfs compatriotes qui pourraient dire : « ils les ont cachés pour que tu ne les voies pas », je demanderai juste : comment fait-on pour soustraire des dizaines de milliers de soldats (selon Kiev), d’énormes infrastructures de soutien et de l’armement lourd aux regards perçants des satellites, sans parler des smartphones, dans une région grande comme le Connecticut ? Les seules conclusions qu’on puisse en tirer sont : ou bien il n’y a en fait pas de présence dominatrice russe (c’est ce qui est le plus simple et le plus juste) ; ou bien les Russes ont développé d’impressionnantes technologies de « furtivité » pour les tanks et les soldats. Ou bien encore, en admettant une présence russe, les locaux lui sont tout à fait reconnaissants pour la défense qu’elle leur assure. Dans tous les cas, cela ne fait pas les affaires de l’Occident…

En étudiant les cartes locales, en marchant et en prenant les transports en commun (3 roubles : environ 5 cents), j’ai constaté que les noms de rues et de nombreux monuments en disent long sur les racines russes de la plus grande partie de la population, dont les ancêtres ont vécu ici pendant des siècles (en 1922, la République ukrainienne naissante a augmenté de 25% en taille après que Lénine lui a « cédé » une plus grande  « Novorossiya » russe – comprenant le Donbass, mais aussi Kharkov et Odessa) ; de plus, ces noms honorent et vénèrent ceux qui ont donné leur vie pour vaincre le fascisme. Comme cela se passe dans tout le reste de l’Ukraine, si Kiev était en mesure de reprendre le pouvoir, les noms de rues évoquant la Russie seraient certainement changés et tous les monuments seraient renversés – en particulier ceux relatifs à la victoire soviétique sur Hitler. En d’autres termes, la soi-disant « dé-communisation » de Kiev est clairement une « dérussification » – un  triste nettoyage ethnique au XXIe siècle,  dont on ne parle pratiquement pas.

Un monument soviétique de la Seconde Guerre mondiale à Donetsk. Preuve de l’engagement russe… contre Hitler.

Etant « autofinancé », je devais choisir un hôtel plus « économique » que le « Palais Donetsk » haut de gamme. Quand je suis arrivé à l’hôtel et suis entré, j’ai trouvé non seulement un palace, mais aussi le lieu de vie de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Difficile de blâmer ces personnes courageuses de préférer rester dans leurs chambres plutôt que de faire leur travail : mettre en lumière le bombardement en cours de cibles civiles par  Kiev.

En évitant les lignes de front, j’ai néanmoins sauté dans un tramway allant vers la gare principale, fermée depuis les bombardements de Kiev au début de la guerre, et tout près des zones actuellement bombardées. Au fur et à mesure que le tram se dirigeait lentement mais sûrement vers la gare, j’ai regardé autour de moi avec appréhension, m’attendant à ce que les usagers descendent bien avant. Au lieu de cela, j’ai me suis trouvé au milieu de gens de mon âge (mûr) qui voyageaient jusqu’au bout. Après avoir parcouru la station maintenant abandonnée et le complexe commercial moderne à proximité,  qui montraient encore la marque des bombardements, je me suis dirigé vers ce qui semblait être de petits kiosques. A mon grand étonnement, cependant, j’ai constaté que ce n’étaient que les « premières lignes » d’un  énorme marché, avec toutes sortes de denrées et de produits cultivés localement, plutôt appétissants. Quand j’ai demandé à des vendeurs s’ils n’avaient pas peur d’être aussi près du front, la nature stoïque russe très typique s’est fait  jour : « la vie continue », suivi d’un soupir mélancolique et triste : « bien sûr, nous souhaitons qu’ils (Kiev) nous laissent vivre dans la paix et la tranquillité. »

Toujours en guerre : panonceaux « pas d’armes à feu » et « prenez garde aux munitions non explosées » aux portes d’un magasin de Donetsk

En résumé, si l’Occident envoyait des correspondants impartiaux et compétents en RPD, ils constateraient qu’il n’y a ni « occupation » ni « agression » russe, mais des personnes d’héritage russe décidées à aller de l’avant vers un avenir fondé, non pas sur la haine et le rejet de la part de leurs « Frères slaves » ukrainiens, mais sur des valeurs positives et axées sur la vie : liberté,  justice et autodétermination. Étant donné que les États-Unis ont commencé de cette façon il y a des siècles, il est tragiquement ironique qu’aujourd’hui, ils soutiennent les efforts du régime de Kiev pour se débarrasser des Russes « indésirables ».

Stephen Ebert est un analyste politique américain écrivant dans les médias russes.

Source : Oriental Review,  Stephen Ebert

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

 

Une réponse à La république populaire de Donesk : une histoire indicible pour les médias occidentaux, par Stephen Ebert

  1. Nerouiev Le 14 août 2017 à 07h35
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    N’yQuand on suit régulièrement les débats télévisés concernant l’Ukraine et le Donbass sur les chaînes Russes en présence d’Ukrainiens, on finit par avoir une bonne idée de la vie au Donbass. La vie et la solidarité des gens ressemble fort à la description de l’article mais les tirs à l’arme lourde continuent avec leurs lots de destructions de vies et d’infrastructures. Le Donbass s’autonomise de plus en plus avec le rouble et ses passeports. L’appel des USA par Kiev est monté en puissance avec les armes létales et la construction d’une base navale US près d’Odessa.
    J’ai l’impression que la guerre est encore là pour protéger la corruption gigantesque de ce pays, voire les crimes et que Minsk 2 s’éloigne. Une troisième révolution de couleur est dans l’air du temps. Le Nordstream 2 et les sanctions vont aussi dans ce sens.

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Burkina Faso : un attentat contre un restaurant à Ouagadougou fait 17 morts

Publié le par Felli Bernard

Burkina Faso : un attentat contre un restaurant à Ouagadougou fait 17 morts

Vers 21 heures, dimanche, les assaillants sont arrivés en voiture avant d'ouvrir le feu sur les clients du café-restaurant Istanbul.

Les forces de l\'ordre patrouillent dans les rues de Ouagadougou (Burkina Faso), le 13 août 2017 après l\'attaque d\'un restaurant.
Les forces de l'ordre patrouillent dans les rues de Ouagadougou (Burkina Faso), le 13 août 2017 après l'attaque d'un restaurant. (AHMED OUOBA / AFP)
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franceinfo avec AFP et ReutersFrance Télévisions

Mis à jour le
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Une "attaque terroriste" a été menée, dimanche 13 août au soir, contre un café-restaurant à Ouagadougou (Burkina Faso). Elle a fait au moins 17 morts et une dizaine de blessés, a annoncé le gouvernement burkinabè. Leurs nationalités sont encore inconnues. "Aux environs de 21 heures, une attaque terroriste a touché le restaurant Istanbul sur l'avenue Kwame Nkrumah", a déclaré le gouvernement dans un communiqué. 

Deux assaillants tués

Des hommes "sont arrivés à bord d'un véhicule 4x4, sont descendus du véhicule et ont ouvert le feu sur les clients assis sur la terrasse" de ce café fréquenté par une clientèle expatriée, a indiqué un serveur du restaurant Istanbul. Un assaut a été lancé par les forces de défense et de sécurité alors que les assaillants, dont le nombre n'est pas connu, étaient "confinés dans un étage de l'immeuble qu'ils ont attaqué", a déclaré le ministre burkinabè de la communication, Remis Dandjinou, à la télévision nationale. Deux assaillants sont morts.

Selon un officier de l'armée s'exprimant sous couvert d'anonymat, "il y a des otages retenus au premier et au deuxième étages du bâtiment de deux étages" qui abrite le café-restaurant se trouvant au rez-de-chaussée. "Les militaires ont envahi le quartier, bloqué toutes les issues", a expliqué El Hadj Macky Diouf, qui habite à 50 mètres du café-restaurant attaqué.

Paris en contact avec Ouagadougou

L'ambassade de France à Ouagadougou est en "contact permanent" avec les autorités au Burkina Faso, a indiqué le ministère des affaires étrangères dans un communiqué. "Les Français résidents au Burkina Faso et les Français de passage inscrits sur le dispositif Ariane ont été alertés par l’ambassade, invités à éviter le secteur et à rassurer leurs proches", a ajouté le ministère, qui prévient également qu'un "numéro de réponse a été ouvert à l'ambassade : +226 25 49 66 20."

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La Corée du Nord veut tirer quatre missiles près de Guam – Un pari risqué

Publié le par Felli Bernard

La Corée du Nord veut tirer quatre missiles près de Guam – Un pari risqué


Par Alexis Toulet  – Le 11 août 2017 – Source noeud-gordien.fr

THAAD.jpg
Le système de défense antimissile américain THAAD – déjà déployé sur l’île de Guam, et déjà testé contre un missile balistique de portée intermédiaire comme le Hwasong-12 nord-coréen

L’escalade verbale entre Donald Trump et Kim Jong Un vient d’aboutir à un nouveau palier. La Corée du Nord a annoncé le 10 août préparer à partir de la mi-août un essai de missiles particulièrement provocant, avec le tir de quatre missiles balistiques à portée intermédiaire Hwasong-12 juste à côté de l’île américaine de Guam dans le Pacifique ouest.

Décision surprenante et pari risqué, car c’est le système de défense antimissile américain qui est visé, et les paramètres choisis par Pyongyang pour cet essai lui sont défavorables. Le défi est en tout cas éclatant – tout se passe comme si Kim Jong Un voulait forcer l’Amérique à utiliser sa défense antibalistique, et était persuadé de la mettre en échec. Donald Trump pourra-t-il éviter de relever ce défi ?

 

Pourquoi l’on parle de guerre

Suite aux essais de missiles intercontinentaux réalisés par la Corée du Nord cette année, en particulier l’essai le 4 juillet d’un missile Hwasong-14 capable de lancer une charge de 500 à 600 kg suffisante pour une ogive nucléaire à une portée de 8 000 à 10 000 km – mettant donc sous le feu au minimum les États américains de l’Alaska et de Hawaï ainsi que la ville de Seattle, au maximum toute la moitié ouest du pays y compris la métropole de Los Angeles – le président américain a réitéré sa politique fortement exprimée en début d’année : la Corée du Nord parvenant à mettre au point une arme nucléaire capable d’atteindre les États-Unis, « Ça n’arrivera pas ! ».

Le jeu des pressions, notamment l’alourdissement des sanctions économiques, s’avérant insuffisant pour convaincre Pyongyang de renoncer à étendre sa dissuasion nucléaire au territoire américain, Donald Trump est passé aux menaces ouvertes, annonçant « feu et colère«  ainsi qu’« une puissance que franchement le monde n’a jamais vu jusqu’ici » si le dictateur nord-coréen ne faisait que continuer ses menaces.

En réalité, il serait très délicat pour les États-Unis de prendre l’initiative d’une attaque sur la Corée du Nord, car elle dispose de toute une échelle de ripostes possibles :

  • depuis des attaques voire un barrage d’artillerie qui s’avérerait extrêmement destructeur sur Séoul la métropole sud-coréenne, laquelle est toute proche de la frontière, ou
  • des attaques au missile à ogive classique sur les bases américaines en Corée du Sud ou au Japon
  • jusqu’à l’utilisation de l’arsenal massif d’armes chimiques, estimé entre 2 500 et 5 000 tonnes, y compris l’agent militaire le plus dangereux, le VX, lequel fut utilisé lors de l’assassinat par Kim Jong Un de son frère
  • de l’arsenal biologique, qui pourrait se prêter à des attaques de type terroriste, même sur le territoire américain
  • et maintenant nucléaire monté sur missile balistique, Pyongyang disposant suivant les évaluations de 20 à 60 armes d’une puissance équivalente à celle qui bombarda Hiroshima

La solution la plus raisonnable serait pour Washington d’accepter le fait de la dissuasion nord-coréenne, de même qu’il a accepté en leur temps le fait de la dissuasion soviétique puis russe et le fait de la dissuasion chinoise. Donald Trump cependant, ayant plusieurs fois exprimé l’idée déjà entretenue par Nixon qu’apparaître « fou » ou « incontrôlable » serait utile en cas de crise internationale – car permettant d’obtenir davantage de concessions de l’interlocuteur – a décidé de continuer d’appliquer cette posture. Ou cette tactique, c’est toute la question, et le jeu tel que semble le concevoir le président américain est de créer un vrai doute sur le fait qu’il pourrait réellement être « fou ». Donald Trump s’estime encore mieux qualifié que le « grand dirigeant » nord-coréen pour maintenir ce doute.

Le défi lancé par Kim Jong Un

La décision annoncée par la Corée du Nord de faire des essais de missile balistique « à 30-40 kilomètres de Guam » est évidemment suprêmement provocatrice. Légale en droit international – les missiles devant retomber hors des eaux territoriales américaines – elle est comparable à un homme armé d’un fusil lançant à un autre « Ne bouge pas… je vais tirer à dix centimètres de ta main ». Difficile d’imaginer message plus clair de Pyongyang comme quoi il ne cédera pas aux pressions américaines pour lui faire limiter, sans parler d’abandonner, sa dissuasion nucléaire.

Mais ce qui frappe avant tout, c’est que ce projet de tirs ressemble à s’y méprendre à une invitation aux États-Unis à réaliser un test en vraie grandeur de leurs systèmes anti-balistiques. Non seulement ils pourraient parfaitement le justifier devant leur opinion comme devant les autres pays, arguant par exemple d’un risque que les missiles nord-coréens ne frappent Guam par accident, ou simplement d’un risque pour la navigation. Mais ils se trouvent encore dans les meilleures conditions techniques pour le faire : ils connaissent précisément le lieu, ont une idée de la date ou du moins de la période dans laquelle le test aura lieu, le nombre de missiles assaillants n’est pas très élevé, et c’est précisément leur système anti-balistique a priori le plus fiable qui est déjà déployé sur place ! 1

Il est pour le moins osé, pour ne pas dire très risqué, pour Kim Jong Un d’avoir lancé un tel défi. Car enfin le THAAD est loin d’être dénué de capacités. En service depuis 2008, il a passé avec succès les 13 tests d’interception réalisés entre 2005 et 2017 avec la version finale.

Sans doute, sa vitesse maximale de 2,8 km/s est inférieure à la vitesse finale d’un missile balistique tel que le Hwasong-12 qui en se basant sur l’estimation de sa portée doit être de l’ordre de 6 km/s, mais cela n’empêche pas une interception à partir du moment où l’ogive du missile assaillant n’est pas manœuvrant, ce qui n’est presque certainement pas le cas des missiles nord-coréens à ce stade de leur développement.

Sans doute, le THAAD n’a été testé qu’une fois contre un missile de portée intermédiaire le 11 juillet dernier, étant à l’origine prévu pour parer des missiles de portée plus courte. Cependant, ce test fut un succès.

Ce test signe une amélioration du système de défense, qui jusqu’à (ce jour) n’avait intercepté que des missiles de portée plus courte. Quoique la simulation ait été planifiée depuis des mois, elle arrive au moment d’une menace internationale croissante de la part de la Corée du Nord, qui a testé son premier missile intercontinental le 4 juillet.

Même si cet essai unique laisse la porte ouverte à quelques doutes – il faudrait plusieurs essais, dans une variété de conditions différentes, pour vraiment donner confiance dans la capacité de défense contre l’attaque simultanée de plusieurs balistiques intermédiaires – il reste bon signe s’agissant d’un système qui est par ailleurs déjà au point. Et rien n’empêcherait les batteries de défense de lancer deux intercepteurs sur chaque assaillant, afin de renforcer la probabilité de succès.

Risque majeur pour la Corée du Nord

Le risque pour Pyongyang, et il est grand, c’est que les États-Unis parviennent à intercepter les quatre missiles. Ce serait pour la dissuasion nord-coréenne un revers très grave et en fait réellement dangereux, avec l’impression que la Corée du Nord est en fait impuissante, ses meilleures armes incapables de percer le bouclier antimissile américain.

Même si elle conserverait en tout état de cause sa capacité à frapper Séoul par barrage d’artillerie, tout comme sa capacité à saturer les défenses antimissile américaines et japonaises sous le nombre des missiles à courte portée, Washington pourrait en conclure que ce n’est en tout état de cause pas son territoire qui est sous le feu, du moins pour l’instant, et le calcul cynique et halluciné « mieux vaut les Coréens voire les Japonais aujourd’hui que nous demain » pourrait-il pousser Trump et son entourage à déclencher une guerre pour empêcher Pyongyang de mettre en service le missile intercontinental qu’il a testé le 4 juillet, acceptant les énormes pertes civiles du fait que ce seraient des alliés qui les subiraient plutôt que les Américains eux-mêmes ?

Certes, si Washington ne réussit pas à intercepter plus d’un ou au maximum deux missiles, ou s’il n’essaie même pas, Pyongyang aura donné une démonstration impressionnante et créé l’impression – pour longtemps ? – que la défense antimissile américaine n’est qu’un tigre de papier. Oui… mais à se baser sur les informations en source ouverte, ce n’est pas l’issue qui paraît la plus probable.
Sachant que la dissuasion est avant tout un effet psychologique qui se construit dans la tête de l’adversaire potentiel, il est surprenant que Kim Jong Un accepte de prendre un tel risque. Faut-il imaginer que le jeune dictateur ait un caractère téméraire ?

Il y a de quoi s’interroger : les responsables du programme balistique nord-coréen n’auraient-ils pas « bourré le mou » du jeune dictateur, en lui décrivant un système plus avancé et imparable qu’il ne l’est en réalité ? Si c’est le cas, ce serait très risqué pour les responsables concernés, Kim Jong Un n’ayant pas le profil d’un dirigeant qui pardonne facilement – l’enjeu pour les fautifs serait au minimum le camp de rééducation… Toutefois, ce ne serait pas sans précédent, les dictateurs ayant tendance à créer autour d’eux une bulle d’admirateurs et de sycophantes assurant leur position non seulement en l’assurant de son génie, mais encore en ne lui donnant que les bonnes nouvelles.

Ou bien savent-ils quelque chose sur les performances de leur missile que les autres ne savent pas, et qui resterait confidentiel ?

Enjeu pour les États-Unis – pourront-ils refuser le défi ?

Ce qui semble clair, c’est que maintenant que le défi a été lancé, aussi publiquement et aussi solennellement que possible, il serait difficile aux États-Unis de le refuser, c’est-à-dire de ne pas faire tout leur possible pour intercepter les missiles.

Duel.JPG
Retrouvons-nous sur le pré demain à six heures, Monsieur !

On pourrait imaginer à première vue que les États-Unis se contentent de regarder les missiles s’écraser en mer pas loin de chez eux dans les eaux internationales. Seulement voilà, ils ont des alliés à rassurer, un système antimissile qui est directement mis au défi, donc ils n’ont le le choix qu’entre tenter l’interception – et courir le risque semble-t-il assez petit de tout rater et d’être ridicule – et ne pas la tenter – courant ainsi un risque majeur de convaincre le monde entier qu’ils n’ont pas eux-mêmes confiance dans les performances de la défense antimissile dont ils font tant de cas, et qu’ils proposent si bruyamment à leurs alliés dans la région (Corée du Sud, Japon) comme dans le reste du monde. Ce n’est vraiment pas le message que Washington souhaite envoyer.

D’autre part, le président américain a pour le moins l’orgueil chatouilleux, et il est engagé dans une compétition de provocations verbales avec son homologue nord-coréen. Il lui serait très difficile de refuser de participer à cette sorte d’explication et de duel technologique – missile contre missile, pas de vie humaine en jeu – que tente de lui imposer Kim Jong Un, alors même qu’il vante si volontiers la puissance américaine et la qualité de ses armes. Il semble très probable qu’il choisira d’utiliser les THAAD… sauf si ses généraux lui expliquaient qu’en fait ils seraient dépassés, mais rien dans les informations en source ouverte ne permet de le penser.

Il est surprenant que Kim Jong Un lance un tel défi avec son programme de missiles là où il en est. Mais le vin est maintenant tiré, il faut le boire. Pour la Corée du Nord, comme pour les États-Unis.

Ce sera le tout premier test en vraie grandeur du résultat de plus de trente ans de R&D américaine en défense anti-balistique !

La réaction américaine est pratiquement obligée…

Alexis Toulet

Note du Saker Francophone

A moins aussi que des alliés des Nord-Coréens ne leur aient donné des garanties que les systèmes THAAD seraient inopérants ou inefficaces ce jour-là. Il faut se souvenir comment les Russes ont "éteint" le système Aegis monté sur le Donald Cook en Mer Noire. Un sous-marin pourrait se trouver sur zone opportunément ce jour-là avec un système de contre mesure électronique ou un drone...

Cela pourrait décrédibiliser toute la politique de "défense" de l'US Army au Japon et en Corée du Sud qui vient d'élire un président tentant de bloquer le déploiement du système THAAD en Corée du Sud.

 

 
  1. L’interception d’un missile balistique est pensable lors de ses trois phases de vol : 1) Agir lors de la phase ascensionnelle pose beaucoup de problèmes intrinsèques – le temps de réaction, la possibilité même de rallier à temps l’endroit adéquat – il y a lieu de douter que les États-Unis en aient vraiment la capacité. 2) Le seul système capable de tenter une interception à mi-course est le GBI, lequel est basé en Alaska et en Californie, ce qui ne convient évidemment pas au cas d’un missile visant Guam depuis la Corée du Nord
    3) Mais quant à l’interception en phase terminale – lorsque le missile se rapproche de sa cible depuis l’espace – les États-Unis disposent de deux systèmes supposés en être capables : le SM-3 basé sur croiseur Aegis et surtout le THAAD.
    Or la base militaire de Guam a déjà son propre système THAAD – « Its components include what the Army calls the « world’s most-advanced mobile radar, » three truck-mounted launchers for the ballistic missile interceptors, a cooling and fire control system, as well as a 1.3-megawatt power generator. » Trois lanceurs, cela représente un total de 24 missiles, ce qui est bien assez pour lancer 2 intercepteurs sur chacun des quatre Hwasong-12 nord-coréens, afin de maximiser la probabilité d’interception.
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Le Venezuela d’aujourd’hui et de demain, par François Houtart

Publié le par Felli Bernard

Suite de notre série sur le Venezuela, avec différents articles visant à compléter la vision diffusée par les médias.

Rappelons que nous ne soutenons aucun camp là-bas, militons pour que le peuple vénézuelien choisisse librement et démocratiquement son avenir, et condamnons toutes les atteintes aux Droits de l’Homme des deux camps…

Un second son de cloche…

Source : Le Blog mediapart, Jean-Marc B, 07-06-2017

François Houtart, grand militant anti-impérialiste et de l’émancipation, est décédé à 92 ans hier à Quito (Equateur) où il vivait depuis 7 à 8 ans. Il avait écrit récemment l’article ci-dessous suite à sa dernière visite au Vénézuela.

Après une visite à Caracas, j’aimerais faire quelques réflexions sur la situation du pays.

L’idée d’une révision de la Constitution sur des bases plus populaires est, en principe, bonne, mais implique un processus qui s’étend à moyen voir à long terme alors que les problèmes existants sont à court terme. Avant la fin du processus, les gens risquent de se fatiguer face aux difficultés de la vie quotidienne. Celles-ci proviennent évidement du boycott et de la spéculation de la part du capital local et de l’impérialisme, mais également de problèmes ordinaires en ces temps de pénuries : marché noir, accaparement de marchandises, changement dans la production en fonction de la loi du marché, des intermédiaires, mais également la corruption des agents de l’État.

Malgré tout, il y a un risque de “fétichisme” de la loi (ici de la Constitution) qui tend à confondre le texte juridique avec la réalité. C’est une tendance très latine dans le monde entier, depuis la Déclaration universelle des Droits Humains de la Révolution française. Karl Marx en parlait déjà dans son écrit sur la Question Juive. Sans compter qu’il ne sera pas facile de définir sur quelles bases vont se désigner les électeurs et cela également prendra du temps. Finalement, il y a un risque de non participation de l’opposition qui laissera alors le processus dans les seules mains des convaincus, sans parler d’un possible rejet de la part de la majorité de la population.

C’est pourquoi beaucoup d’autres mesures paraissent nécessaire :

  • Renégocier la dette extérieure qui extrait des milliers de millions de dollars du pays, alors qu’il existe des pénuries, en sachant qu’il y a évidemment le risque de faire monter l’inflation du pays déjà la plus haute du monde.
  • Revoir la dette interne qui pour le moment revient à être un financement de l’opposition.
  • Repenser la question de l’arc minier de l’Orénoque, qui, en voulant régler le problème des mines illégales, est également un retour au passé néolibéral, avec des concessions aux grandes multinationales et paiement de compensations pour les expulsions passées, du temps de Chavez.
  • Agir sur le système de distribution des denrées encore toujours aux mains du capital local (il y a une dizaine de grandes entreprises qui manipulent et génèrent la pénurie) alors que la production et les importations ce sont relativement améliorées.
  • Freiner la spéculation financière qui, avec l’hyperinflation, permettent à certains groupes d’engranger d’énormes fortunes sur le dos du bien public et d’augmenter la fuite des capitaux (qui est estimée à plus de 300.000 millions de dollars ).
  • lutter contre la corruption interne (y compris de l’armée) qui empêche la distribution des biens que le gouvernement achète à l’extérieur.
  • etc.

Un groupe se développe actuellement qui, bien qu’il soit contraire à l’opposition, critique certaines politiques du gouvernement. Il fait des propositions concrètes mais risque d’être identifié comme dangereux ou pour le moins utopiste dans ce climat de confrontations extrêmes, et non comme capable de proposer des alternatives dignes d’être prises en considération.

Évidemment, la chute du gouvernement de Maduro aurait comme résultat l’arrivée au pouvoir d’un Macri ou d’un Temer, c’est-à-dire d’un régime anti Populaire. C’est pourquoi il faut défendre sa légitimité jusqu’à la fin de son mandat. Il est important de rappeler ici que l’utilisation de la violence par l’opposition a pris des dimensions inédites, destruction d’édifices publics (un hôpital, un dépôt de l’aviation civile, entre autres), l’immolation d’un jeune homme, l’utilisation d’excréments humains, face à des forces de l’ordre qui ont reçu l’ordre de ne pas utiliser d’armes à feu.

Par essence même, les moyens de communication amplifient l’importance des actions violentes de la droite, ce qui donne l’impression d’un chaos généralisé alors que la vie quotidienne continue malgré les difficultés. Les services publics comme le transport, la collecte des déchets, le nettoyage des lieux publics, fonctionnent.

Il est certain que la pénurie dans un secteur comme la santé peut avoir des conséquences dramatiques et, à moyen terme, le manque de pièces détachées peut se répercuter sur la disponibilité de véhicules en état de rouler. Ce 21 mai, l’opposition a convoqué une grève générale et, à Caracas, la ville n’était pas paralysée et la vie a continué son cours.

Nonobstant, pour défendre sa légitimité, le gouvernement doit éviter des erreurs qui le mettent en doute et qui alimentent les campagnes de dénigrement menées par la majorité des médias nationaux et internationaux. On pourrait attendre de Nicolas Maduro qu’il adopte plus un discours de chef d’État que de militant de base, en se rappelant qu’il parle à toute la nation, à tout le continent latino-américain, ainsi qu’au reste du monde, et pas seulement aux membres de son parti.

Finalement, c’est surtout et premièrement une question de confrontation de Classes. Les manifestations de l’opposition le prouvent clairement, par le type de quartier où elles sont organisées et le public qui y participe. Une partie de la classe moyenne urbaine, dont le pouvoir d’achat a été très affecté par la chute de la rente pétrolière (aujourd’hui une importante pièce détachée de voiture coûte le même prix que 5 voitures il y a 4 ans), joue un rôle majeur de soutien aux classes les plus aisées qui veulent récupérer le pouvoir politique. Ces dernières s’unissent à des groupes violents (la majorité des victimes sont Chavistes). Mais il existe également un fort mécontentement dans les classes subalternes de la base du processus Bolivarien, en ce qui concerne la détérioration des “missions” par manque de financement et par la corruption (dans le secteur de la santé, de l’éducation, des marchés populaires, qui existent toujours structurellement mais avec moins de contenu réel).

La mortalité maternelle et infantile en augmentation est le résultat de différents facteurs combinés : la logique capitaliste de monopole mondial qui manipule les prix des produits de premières nécessités, le boycott interne par ceux qui ont toujours entre leurs mains le pouvoir économique et la grande distribution et finalement la corruption interne, il n’est pas certain que la meilleure réponse était de destituer la ministre de la Santé qui a révélé ces chiffres.

La grande difficulté est de combiner la vision à long terme avec celle à court terme. Álvaro García Linera a écrit qu’une révolution qui n’assure pas (pour quelle que raison que ce soit) la base matérielle de la vie de la population, n’a pas beaucoup de futur devant elle et ses adversaires le savent bien.

La Conférence épiscopale a choisi son camp (celui de l’opposition) et produit des textes d’une grande pauvreté intellectuelle, alors que le Pape n’a pas hésité à critiquer l’opposition pour son manque de volonté au dialogue.

Au Venezuela, comme dans tous les pays Post-néolibéraux d’Amérique Latine, la question est de refonder un projet de Gauche et non de l’adapter. C’est la seule manière d’être fidèle au postulat de base d’émancipation du peuple et de réorganisation de la société qui a généré tant d’espérances et d’admiration dans le monde entier et qui, au Venezuela, a toujours de bonnes bases au sein des initiatives Communales. C’est également le chemin pour sortir progressivement de la rente pétrolière ou minière, fruit d’une production hautement destructive de l’environnement et en contradiction totale avec un projet post capitaliste.

L’adoption d’une vision holistique de la réalité pour définir un nouveau paradigme de l’existence collective de l’humanité sur la planète, qui soit de vie et non de mort, comme l’est le capitalisme (mort de la Madre Tierra, la Terre Mère, et une économie qui sacrifie des Millions d’êtres humains) est une base nécessaire. Cela implique une autre relation avec la nature, une relation qui n’est pas basée sur l’exploitation mais sur le respect, la possibilité de régénération de celle-ci, qui ne s’appuie pas sur l’extractivisme, forme capitaliste de l’extraction et qui n’est pas construite sur la rente de produits hautement nocifs pour l’environnement et qui altèrent au final le climat de la planète.

Cette vision implique de privilégier la valeur utile sur la valeur monétaire (unique valeur existante pour le capital) avec toutes les conséquences que cela implique pour la propriété des moyens de production. Cela demande aussi une généralisation des processus démocratiques, pour construire le nouveau Sujet Historique, qui n’est plus seulement le prolétariat industriel du 19e siècle mais intègre également l’inter-culturalité et la fin d’une domination de la culture appelée occidentale, fruit du développement capitaliste, domination instrumental, morcelant le réel, individualiste, et qui exclut d’autres lectures et d’autres savoirs.

C’est ce que l’on pourrait appeler le Bien Commun de l’Humanité ou l’Écosocialisme ou n’importe quel autre nom qui permette de synthétiser ce contenu. La conquête de ces objectifs exige des moments de transition qui prendront du temps et qu’ en particulier les gouvernements du changement doivent définir, chacun à l’intérieur de ses frontières.

François Houtart, 25 mai 2017.
source en ESP : ALAI
Traduit par Alessandra Moonens
Illustrations : comando creativo

Source : Le Blog mediapart, Jean-Marc B, 07-06-2017

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2 réponses à Le Venezuela d’aujourd’hui et de demain, par François Houtart

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TRIBUNE. Œufs contaminés : "Chers consommateurs, vous devez vous informer sur ce que vous mangez !"

Publié le par Felli Bernard

TRIBUNE. Œufs contaminés : "Chers consommateurs, vous devez vous informer sur ce que vous mangez !"

Dans une tribune publiée par franceinfo, le restaurateur militant Xavier Denamur tape du poing sur la table après le (nouveau) scandale sanitaire, lié cette fois aux oeufs contaminés à l'insecticide fipronil.

Plusieurs centaines de milliers d\'œufs contaminés au fipronil, provenant d\'élevages des Pays-Bas et de Belgique, ont été vendus dans toute l\'Europe.
Plusieurs centaines de milliers d'œufs contaminés au fipronil, provenant d'élevages des Pays-Bas et de Belgique, ont été vendus dans toute l'Europ
minés au fipronil, provenant d'élevages des Pays-Bas et de Belgique, ont été vendus dans toute l'Europe. (SVEN HOPPE / DPA / AFP)
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Xavier Denamur, chef-cuisinierfranceinfoFrance Télévisions

Mis à jour le
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C’est un scandale alimentaire qui grossit de jour en jour. Comme la Suisse, l’Allemagne, la Suède et le Royaume-Uni, la France est elle aussi touchée par l'affaire des œufs contaminés au fipronil : près de 250 000 œufs ont été mis sur le marché national depuis avril. Une illustration supplémentaire, pour Xavier Denamur, restaurateur et militant contre la malbouffe, de la nécessité de faire le ménage dans l'agroalimentaire. L'auteur du livre Et si on se mettait enfin à table ? (éd. Calmann-Lévy, 2015) s'exprime ici librement.

On connaît déjà l'histoire. Comme pour l'affaire des lasagnes à la viande de cheval, le nouveau scandale sanitaire des œufs contaminés au fipronil devrait pousser les autorités européennes et les acteurs des filières concernées à chercher des solutions pour éviter que d'autres accidents industriels du même type ne se reproduisent. Et chacun pourra alors se gausser d'avoir mis en place de nouveaux dispositifs de contrôle qui redonneront confiance aux consommateurs dans l'industrie agroalimentaire.

Reste que les scandales sanitaires se suivent et se ressemblent... Et les consommateurs n'ont jamais vraiment boycotté les produits low-cost transformés. Au mieux, ils ont délaissé un rayon de plats préparés à base de viande pour un autre à base de poissons ou d'œufs. 

Depuis des années, j'essaie d'alerter mes concitoyens sur les risques liés à l'hyper-transformation des produits de base. Disons-le, c'est parfois de la merde.

Xavier Denamur

 

Notre corps n'est pas fait pour ingurgiter tous ces colorants, tous ces additifs... Il y a des choses insoupçonnées dans ce genre de produits, moi-même j'en découvre tous les jours ! Alors oui, c'est sûrement très pratique pour les industriels. Mais bizarrement, c'est beaucoup moins drôle pour la santé. 

La transparence, une urgence absolue

Il faut davantage de transparence, c'est une urgence absolue. On ne peut plus continuer à proposer des produits à l'aveugle. Il faut en finir avec l'opacité des circuits de production, en finir avec les lobbies de l'agroalimentaire qui refusent de fournir des informations claires sur les emballages.

Certains d'entre vous me rétorqueront que, dans le cas des œufs contaminés au fipronil, les produits étaient bien codés, et donc traçables. C'est vrai que la législation sur le marquage des œufs coquilles est bien respectée, que le dispositif mis en place en Europe a permis de développer la vente directe des œufs bio (code 0) et plein air (code 1) en coquille. Mais dans le cas qui nous intéresse, l'immense majorité des œufs concernés était destinée aux usines de transformation, bien loin des zones d'élevages de poules pondeuses en cage.

Il y a quand même un problème : aucun dispositif n'oblige les industriels à indiquer sur les emballages le type d'œufs utilisés dans leurs recettes.

Xavier Denamur

à franceinfo

Du coup, beaucoup d'industriels ne se gênent pas pour utiliser des œufs de type 3. C'est-à-dire ceux qui proviennent de poules enfermées dans des cages, sans lumière naturelle, gavées de soja OGM et d'antibiotiques pour survivre. Elles sont souvent entassées sur plusieurs étages. Les conditions sanitaires dans ces élevages sont tellement pitoyables que certains distributeurs refusent carrément de les commercialiser ! Pour les plats à base de viande, les industriels ont rétorqué aux autorités qu'il était compliqué d'indiquer la provenance des matières premières carnées. Mais avec les œufs, ils ne peuvent pas nous raconter les mêmes sornettes ! Ils savent parfaitement ce qu'ils achètent, c'est inscrit sur les coquilles ! 

Sous la pression des associations de consommateurs, l'Union européenne a dernièrement mis en place une directive qui oblige tous les acteurs de l'alimentation, restauration incluse, à indiquer les allergènes. C'est une bonne chose, mais ça ne suffit pas.  

Le consommateur peut trouver intéressant de savoir qu'il y a des œufs dans son flan. Mais ne lui serait-il pas plus utile de savoir précisément le type d'œufs utilisés ?

Xavier Denamur

à franceinfo

Aux restaurants, à la cantine... Informez-vous !

Il y a quelques années, j'ai découvert dans la cantine de mon fils, dans un petit village du Sud-Ouest, que les enfants dégustaient (en plus de paupiettes de lapin de Chine) sans broncher du flan en poudre Unilever blindé d'additifs en tout genre... J'imagine qu'une directive allant dans ce sens devrait être rapidement prise, il est juste regrettable qu'il faille toujours attendre un nouveau scandale sanitaire pour secouer nos représentants politiques.

Dernièrement, une mère de trois jeunes enfants au restaurant m'a dit qu'elle préférait voir ses enfants manger à la cantine des produits industriels propres plutôt que des plats cuisinés sur place à base de produits frais. Cette nouvelle histoire d'œufs contaminés devrait l'amener à revoir sa croyance aveugle dans l'industrialisation de l'alimentation. A moins qu'elle préfère attendre qu'un de ses enfants tombe gravement malade après avoir ingurgité un steak haché surgelé mal cuit. Ou un œuf en saumure trop traité. 

Alors chers consommateurs, vous devez vous informer sur ce que vous mangez ! Aux restaurants, à la cantine... Demandez ! Et puis, essayez de limiter l'achat de produits transformés, remettez-vous aux fourneaux et faites vous-mêmes. C'est bon pour le portefeuille, c'est bon pour la santé et c'est pour le moral.

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Les nouvelles sanctions américaines contre la Russie – Une erreur stratégique

Publié le par Felli Bernard

Les nouvelles sanctions américaines contre la Russie – Une erreur stratégique


Moon of Alabama
Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 6 août 2017

Récemment, le Congrès américain a voté des sanctions contre la Fédération de Russie au motif de son ingérence présumée, mais absolument pas prouvée, dans les élections présidentielles américaines. Le vote a été quasi unanime.
 
Le président Trump a signé le décret. C’est une grossière erreur. Il aurait dû opposer son veto, même si cela n’aurait probablement rien changé. En signant la loi, Trump a renoncé à sa position de relative neutralité envers la Russie. Sans aucun bénéfice.

 

 
Les sanctions du Congrès sont presque toujours éternelles. L’amendement de Jackson-Vanik de 1974 a limité le commerce avec le « bloc communiste ». Il était censé favoriser l’émigration des juifs d’Union soviétique vers Israël. Mais la loi et ses sanctions économiques ont été maintenues après l’effondrement de l’Union soviétique début 1990, après la disparition du « bloc communiste », et longtemps après la levée de toutes les limitations à l’émigration. L’amendement n’a été abrogé qu’en 2012 et seulement pour être immédiatement remplacé par la ridicule loi Magnitsky  qui a immédiatement établi une nouvelle série de sanctions contre la Fédération de Russie et ses intérêts.
 
C’est pour des raisons de politique intérieure que des sanctions comme l’amendement Jackson-Vanik et la loi Magnitsky ont été votées. La Russie n’aurait rien pu faire pour les éviter, ni pour les faire lever.
 
Les nouvelles sanctions américaines ne sont pas seulement dirigées contre la Russie, mais contre toutes les entreprises et les nations qui coopèrent avec la Russie en matière d’énergie. C’est une tentative cousue de fil blanc pour obliger les pays européens à acheter le gaz naturel liquéfié américain, qui coûte cher, à la place du gaz russe bon marché livré par pipelines. L’objectif immédiat est le pipeline Nord Stream 2, entre la Russie et l’Allemagne, qui traverse la mer Baltique pour éviter les points de potentiels conflits en Europe de l’Est. Les sanctions constituent une menace pour l’indépendance de la politique énergétique allemande. (Les autres partenaires du pipeline sont l’Autriche, la France et les Pays-Bas.) En conséquence, pour 35% des Allemands, les États-Unis sont devenus la « principale menace pour le pays ». La Russie est considérée comme telle par seulement 33% des Allemands. Cette vision correspond à la perception générale dans le monde.
 
Ces sanctions façonneront la relation entre les États-Unis et la Russie pour les 30 prochaines  années et plus. Le 2 août, le Premier ministre russe Medvedev a dit que la faiblesse du président Trump était la principale cause de ces sanctions :
 
« Le fait que le Président des États-Unis ait signé cette série de nouvelles sanctions contre la Russie ne sera pas sans conséquences. D’abord, il met fin à l’espoir d’améliorer nos relations avec la nouvelle administration américaine. Deuxièmement, c’est une déclaration de guerre économique totale contre la Russie. Troisièmement, l’administration Trump a montré sa grande faiblesse en remettant le pouvoir exécutif au Congrès de cette manière très humiliante. Cela modifie l’équilibre du pouvoir dans les milieux politiques américains.
 
Qu’est-ce que tout cela signifie pour eux ? L’établissement américain a complètement triomphé de Trump ; le président ne voulait pas des nouvelles sanctions, mais il a été obligé de signer la loi. Les nouvelles sanctions ont pour objet principal de fragiliser Trump. Ce n’est qu’une étape, le but est de l’éliminer du pouvoir. Tout acteur qui ne joue pas le jeu du système doit être supprimé. Les intérêts du monde des affaires américain sont passés à la trappe, la politique prend le pas sur le pragmatisme. L’hystérie anti-russe est devenue un élément clé de la politique étrangère des États-Unis (ce n’est pas nouveau) et de la politique intérieure (ça, c’est nouveau). »
 
Rappelez-vous que Medvedev, en tant que leader russe, était depuis longtemps l’espoir de l’élite américaine qui le croyait plus influençable que le président russe Poutine. Medvedev pourrait bien redevenir  à nouveau président. Mais aucun média américain, sauf le New York Post, n’a fait attention à sa déclaration. Cela est en soi étonnant et inquiétant. Personne aux États-Unis n’est-il capable de voir où tout cela mène ? Voilà les prédictions de Medvedev :
 
« Le régime des sanctions a été codifié et restera en vigueur pendant des décennies, à moins d’un miracle. […] [Les relations entre la Russie et les États-Unis seront extrêmement tendues, indépendamment de la couleur politique du Congrès et quel que soit le président. Il va y avoir d’interminables arguties dans les organes et tribunaux internationaux, ainsi qu’une augmentation des tensions internationales et un refus de régler de graves problèmes internationaux. »
 
Sur le plan économique et politique, la Russie a les capacités de faire face à ces sanctions, a dit Medvedev. Mais les États-Unis les ont-ils ?
 
Pour maintenir leur suprématie sur la planète, les États-Unis doivent empêcher une alliance euro-asiatique, notamment entre la Russie et la Chine. Dans sa dernière contribution au « grand échiquier », Vers un réalignement mondial, le stratège américain Zbigniew Brzezinski – impitoyable, amoral et talentueux – affirme :
 
 
« Il appartient aux États-Unis de mettre en place une politique dans laquelle au moins l’un des deux États potentiellement menaçants deviendrait un partenaire dans la quête d’une stabilité mondiale d’abord régionale puis plus large ; cela permettrait de contenir le rival le moins prévisible mais sans doute aussi le plus important à maîtriser. Actuellement le rival le plus important à contenir est la Russie, mais à plus long terme, ce pourrait être la Chine. »
 
L’élite de la politique étrangère des États-Unis a déclaré la guerre à la Russie. La position de confrontation envers la Chine, qui était en vogue sous Obama, a clairement évolué. On ne parle plus du « pivot vers l’Asie » de Hillary Clinton / Barack Obama. L’accord anti-chinois de partenariat transpacifique a été annulé. Les provocations militaires contre la Chine au sud de la mer de la Chine ont été réduites et remplacées par des provocations continuelles contre la Russie en Europe de l’Est. Ces mesures sont conformes à la stratégie élaborée par Brzezinski.
 
La Russie a prouvé au cours de l’histoire qu’elle savait faire preuve d’imagination dans sa politique. Elle est extrêmement résistante à la pression. Avec les États-Unis dans une position moins hostile envers la Chine, Béhémoth va poursuivre sans relâche ses propres objectifs. La Russie sera bientôt l’une des principales sources chinoises d’énergie fossile et d’autres produits de base. Dans un tel contexte, il n’y a aucune raison majeure pour que la Chine et la Russie ne s’accordent pas. Il n’y aura pas de rupture russo-chinoise. Les principaux pays européens résisteront aux pressions qui mettent en danger leurs économies.
 
Brzezinski est aveuglé par sa haine de la Russie. (Il vient d’une famille galicio-polonaise de la petite noblesse). Sa stratégie est erronée car elle permet à la Chine d’établir sa suprématie. Même dans le cadre de la stratégie de Brzezinski, une alliance russo-européo-étasunienne contre la poursuite chinoise de l’hégémonie aurait été ce qu’il y a de plus logique.
 
La stratégie d’Hillary Clinton d’accuser la Russie du fait qu’elle n’était pas populaire et qu’elle a échoué aux élections, aboutit maintenant à un échec majeur de la stratégie globale américaine. Si la Maison Blanche avait eu une vision et un projet politique, cela ne se serait pas passé comme ça, mais ce n’est pas le cas (pour l’instant) sous l’ère Trump.
 
Je ne vois pas comment cette stratégie, maintenant gravée dans le marbre par les sanctions du Congrès, pourrait jamais apporter le moindre bénéfice aux États-Unis, au niveau mondial.

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Dix ans à peine après la dernière crise financière, les banques remettent le couvert

Publié le par Felli Bernard

Dix ans à peine après la dernière crise financière, les banques remettent le couvert


Tyler Durden's picturePar Tyler Durden – Le 5 août 2017 – Source ZeroHedge via Jesse’s Cafe Americain blog

Apparemment, les banques ont exercé un lobbying pesant et dépensé beaucoup d’argent, s’appuyant sur les membres du Congrès et pressant les régulateurs, en disant que leurs normes de fonds propres doivent être assouplies afin de pouvoir accorder plus de prêts pour stimuler la croissance économique.

 

Mais, selon le vice-président de la FDIC, c’est totalement absurde.

Hoenig, qui était un fonctionnaire de haut rang à la Réserve fédérale  pendant la crise [de 2008], a mis en garde le président de la Commission bancaire sénatoriale, Mike Crapo, et le Démocrate éminent de la même Commission, Sherrod Brown, « contre l’affaiblissement des exigences actuelles de fonds propres en permettant aux plus grandes banques d'augmenter l'effet de levier sur leurs positions déjà fortement endettées. »

En utilisant les données publiques pour analyser les dix plus grandes holding bancaires, Hoenig a constaté qu'elles allaient distribuer plus de 100 % des bénéfices de l'année en cours aux investisseurs, ce qui aurait pu soutenir des prêts nouveaux à hauteur de $537 milliards.
Sur une base annualisée, ils répartiront 99% du revenu net, a-t-il ajouté.

Il a aussi noté  que si les banques s'abstenaient de racheter leurs actions, pour un montant total de $83 milliards, alors, selon les règles actuelles en matière de fonds propres, elles pourraient stimuler les crédits au commerce et à la consommation jusqu'à $741,5 milliards.

« Bien que la distribution de tous les revenus d'aujourd'hui aux actionnaires puisse être bien accueillie à court terme, elle peut miner leurs rendements futurs et affaiblir les perspectives de croissance pour l'ensemble de l'économie », a-t-il écrit.

- Reuters,Payouts, not capital requirements, to blame for fewer bank loans: FDIC vice chairman

Les banques dépensent un montant substantiel de leur revenu actuel dans la distribution de dividendes aux actionnaires et dans les grands programmes de rachat d’actions [en savoir plus] visant à faire monter les cours.

Le tableau ci-dessus montre, dans la troisième colonne, les ratios quasiment choquants de bénéfices distribués ou utilisés pour le rachat d’actions [par rapport au bénéfice total] pratiqués par certaines banques.

Dans la cinquième colonne, on trouve une estimation du montant de prêts supplémentaires que les banques auraient pu octroyer en respectant les exigences de fonds propres actuelles, si elles n’avaient pas dépensé leurs bénéfices dans le rachat de leurs propres actions.

Étant donné que les gestionnaires de la banque sont personnellement récompensés sur le prix de l’action de leur établissement par des primes et des stock-options, la cause est entendue.

La réforme des banques a été insuffisante. Les prêts et les services bancaires de base fonctionneraient mieux en tant que fourniture de service [au consommateur], avec des niveaux de risques beaucoup plus réduits.

Les services de base de la banque, y compris les prêts et les dépôts, ne devraient pas être un sous-produit, ou une couverture, pour la spéculation et les paris avec l’argent des déposants, ce qui avait conduit à la dernière crise financière qui a mis l’économie mondiale à genoux.

Ce problème avait été réglé par le Glass-Steagall Act [loi de 1933], qui a très bien fonctionné, en gardant le système bancaire en bonne santé, pour l’essentiel,  pendant près de soixante-dix ans, jusqu’à ce qu’il soit abrogé sous l’administration Clinton en collaboration avec un Congrès trop disposé à sacrifier les intérêts de ses électeurs à la haute finance.

« Si, parfois, le dévouement passionné de Andrew Jackson à la cause du citoyen moyen apportait un zèle étonnant à ses pensées, à son discours et à ses actions, les gens ne l'aimaient que davantage. Ils se sont rendu compte de l'intensité des attaques de ses ennemis, ceux qui, poussés par leur pouvoir et leur position, le poursuivaient d'une haine implacable. Les bénéficiaires des abus auxquels il a mis fin l'ont poursuivi avec toute la violence que les passions politiques peuvent engendrer. Mais les gens de son temps ne s'y sont pas trompés. Ils l'ont aimé pour les ennemis qu'il s'était faits.

Soutenu non seulement par son parti, mais par des milliers de gens qui appartenaient à d'autres partis ou sans aucun parti, Andrew Jackson était obligé de lutter pas à pas sur le chemin des idéaux et des politiques de la République démocratique, ce qui était son but.

Une proportion écrasante du pouvoir économique de la Nation lui était hostile. Les grands médias de diffusion de l'information et de formatage de l'opinion publique l'ont combattu. L'intellectualisme dangereux et stérile s'est opposé à lui. La réaction moisie l'a désapprouvé. Le traditionalisme creux et dépassé pointait vers lui un doigt tremblant. Il semblait parfois que tous étaient contre lui, sauf le peuple des États-Unis.

Parce que l'histoire se répète si souvent, permettez-moi d'analyser davantage. Andrew Jackson se distingue dans le siècle et demi de notre histoire indépendante, non seulement parce qu'il était un dur à cuire, non seulement parce qu'il a lutté pour les droits du peuple, mais parce que, grâce à sa carrière, il a fait plus que n'importe quel homme de notre histoire pour augmenter, chez les électeurs, la connaissance des problèmes publics et l'intérêt pour leur solution. Conformément aux principes fondamentaux de Jefferson, il a adhéré à la large philosophie selon laquelle les décisions prises par la moyenne des électeurs seraient plus durables et utiles à la Nation que les décisions prises par de petits segments de l'électorat représentant des classes minoritaires ou spécialisées dotées des grands avantages du pouvoir social ou économique.

Jackson, comme Jefferson, face à la grave difficulté de révéler les faits à l'électorat, aux électeurs dans leur ensemble, a été contraint de combattre les épithètes, les généralités, la fausse représentation et la négation des faits en demandant à ses partisans et même à tous les citoyens de constituer eux-mêmes des comités informels dans le but de récolter les faits et de les diffuser auprès de leurs amis, leurs associés et leurs collègues. »

Franklin D. Roosevelt, Jackson Day Dinner Address, Washington, DC, 8 janvier 1936.

Entre parenthèses, je trouve significatif que l’actuelle élite des ploutocrates du Parti démocrate ne veuille rien entendre des politiques de Jackson ou de Roosevelt.

Je pense que les raisons en sont évidentes. Je voudrais croire qu’ils sont simplement dans l’erreur. Mais il est clair qu’ils servent les maîtres qu’ils aiment le plus. En ce qui concerne les républicains, ils trahissent depuis longtemps leurs origines et sont devenus les serviteurs du Big Business et semblent décourager tous les espoirs de réformes.

Jesse's Café Américain

Traduit par jj, relu par Catherine pour le Saker Francophone.

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