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Pyongyang rate un essai de missile après un défilé militaire géant

Publié le par Felli Bernard

Pyongyang rate un essai de missile après un défilé militaire géant

Parade militaire à Pyongyang, le 15 avril 2017, à l'occasion du 105e anniversaire de Kim Il-Sung, fondateur de la République populaire démocratique de Corée / © AFP / ED JONES

Pyongyang a essuyé un échec dimanche lors d'un essai de missile, a annoncé l'armée américaine, au lendemain d'une démonstration de force du régime nord-coréen avec une gigantesque parade militaire.

Ce tir de missile raté est un revers pour la Corée du Nord, au moment où les tensions sur la péninsule sont attisées par des déclarations belliqueuses de Pyongyang et Washington.

Le président américain Donald Trump, qui a dépêché dans la zone un groupe aéronaval, avait affirmé jeudi sa volonté de "traiter" le "problème" des programmes balistique et nucléaire nord-coréen interdits. La Corée du Nord a répondu samedi en se déclarant prête à riposter par la force nucléaire à toute attaque atomique.

Les Etats-Unis ont confirmé dimanche que le régime nord-coréen avait procédé dans la matinée à un essai de missile, comme venait de l'annoncer Séoul: "Le missile a presque immédiatement explosé", a déclaré Dave Benham, porte-parole du Pentagone.

Ni Séoul ni Washington n'ont été en mesure de déterminer dans l'immédiat la nature du missile en question, mais le timing de ce tir semble avoir été soigneusement choisi.
 

Le leader nord-coréen Kim Jong-Un (c) assiste, le 15 avril 2017 à Pyongyang, à une grande parade militaire à l'occasion du 105e anniversaire de Kim Il-Sung, fondateur de la République populaire démocratique de Corée / © AFP / ED JONES

Il est en effet intervenu au lendemain du défilé militaire géant organisé par le régime de Pyongyang pour le 105e anniversaire de la naissance du fondateur de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), Kim Il-Sung.

Une parade au cours de laquelle ont été exhibés une soixantaine de missiles et notamment ce qui semblait être un nouveau type de missile balistique intercontinental.

Ce tir a en outre été effectué quelques heures seulement avant l'arrivée en Corée du Sud du vice-président américain Mike Pence pour des discussions qui se concentreront sur la menace nord-coréenne.

- Message à l'ennemi américain -
 

Parade militaire à Pyongyang, le 15 avril 2017, à l'occasion du 105e anniversaire de Kim Il-Sung, fondateur de la République populaire démocratique de Corée / © AFP / ED JONES

Pyongyang a considérablement accéléré ses programmes balistiques et nucléaires, pourtant interdits par la communauté internationale. Depuis le début 2016, le régime nord-coréen, l'un des plus isolés au monde, a ainsi réalisé deux essais nucléaires -les quatrième et cinquième de son histoire- et des dizaines de tirs de missiles.

La Corée du Nord a pour habitude de marquer les grandes dates du régime par des tirs de projectiles, dont certains se sont récemment abîmés dangereusement près du Japon. Ces essais sont aussi souvent des messages adressés à l'ennemi américain.

Certains redoutaient cependant que Kim Jong-Un ne prenne prétexte de l'anniversaire de samedi pour réaliser un sixième essai nucléaire.

Selon les analystes de "38 North", un site internet qui fait autorité sur le régime communiste et qui s'appuie sur plusieurs images satellites récentes, le site d'essais nucléaires de Punggye-ri est ainsi "amorcé et prêt" à servir.
 

Le site d'essais nucléaires nord-coréen / © AFP / Laurence CHU, John SAEKI

Le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, a indiqué que M. Trump et son équipe de conseillers militaires étaient "au courant" de ce tir, mais n'avaient "pas plus de commentaire à faire".

Selon le Pentagone et les Sud-Coréens, ce tir raté a été effectué depuis le site de Sinpo, sur la côte est.

"Il est probable que ce tir était un essai d'un nouveau type de missile, ou d'un missile amélioré, ce qui fait qu'il est fort possible qu'il y ait prochainement une nouvelle provocation", a déclaré Kim Dong-Yub, expert à l'Institut des études d'extrême-Orient de l'Université Kyungnam de Séoul.

Guerre totale
 

Pyongyang : Kim Jong-Un préside un défilé militaire / © KCNA/AFP / -, Farid Addala

C'est au large de Sinpo que se trouvait en août le sous-marin nord-coréen auteur du tir d'un missile balistique qui avait parcouru 500 km en direction du Japon.

A l'époque, Kim Jong-Un avait parlé du "plus grand succès" du régime dans l'optique de placer le territoire américain à portée des missiles nord-coréens.

Pyongyang, qui affirme que ses programmes nucléaire et balistique sont une réponse à la menace américaine, ne cache pas que leur objectif est justement d'être en mesure de porter le feu nucléaire sur le sol américain.

Signe de l'aggravation des tensions, les Etats-Unis ont décidé d'envoyer vers la péninsule coréenne le porte-avions Carl Vinson et son groupe aéronaval.

Et reprenant la rhétorique bien connue de Pyongyang, le numéro 2 du régime nord-coréen Choe Ryong-Hae a promis samedi que son pays était "prêt à répondre à une guerre totale par une guerre totale".

Certains experts estiment que Pyongyang est à deux ans d'être en mesure d'avoir une véritable capacité de missiles intercontinentaux.

Une véritable force de frappe balistique depuis ses sous-marins renforcerait nettement la dissuasion nucléaire nord-coréenne.


(©AFP / 16 avril 2017 07h12)

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« Trump a donné 1000 raisons à Daech de lancer des attaques chimiques »

Publié le par Felli Bernard

« Trump a donné 1000 raisons à Daech de lancer des attaques chimiques »


Une interview de Peter Ford, ancien ambassadeur britannique en Syrie – Le 7 avril 20127 – You Tube

Journaliste : – L’ancien ambassadeur britannique en Syrie Peter Ford est maintenant avec moi. Bonjour à vous !

Peter Ford : – Bonjour.

Journaliste : – Puis-je d’abord seulement attirer votre attention. Voici le début de ce discours du Président Trump : « Mes chers concitoyens. Mardi, le dictateur syrien Bachar al-Assad a lancé une horrible attaque chimique contre des civils innocents. » C’est un fait (n’est-ce pas) ?

 

Peter Ford : – C’est une déclaration… Une fausse déclaration sur un fait non avéré. Nous ne savons pas. Ce qui est nécessaire, c’est une enquête, car il y a deux possibilités pour ce qui s’est passé. L’une est la version américaine, qu’Assad a lancé des armes chimiques sur cette ville. L’autre version est qu’une bombe ordinaire a été lâchée et qu’elle a frappé un dépôt de munitions où les djihadistes entreposaient des armes chimiques. Nous ne savons pas laquelle de ces deux possibilités est la bonne.

Souvenez-vous des événements qui ont précédé (la guerre en) Irak : les experts, les services de renseignement, les politiciens étaient convaincus que Saddam avait des armes de destruction massive.

Ils ont présenté des tombereaux de preuves : des photographies, des diagrammes, etc. Tout était faux.

Tout était faux. Il est possible qu’ils se trompent (encore) cette fois-ci également, mais ils ne recherchent qu’un prétexte pour attaquer la Syrie.

Et ne nous racontons pas d’histoires. Ce qui s’est passé rend l’usage des armes chimiques plus probable, et non pas moins.

– Eh bien, l’impression que vous évoquez se rapproche surtout, parmi la réaction internationale aux attaques chimiques, de la position de la Russie. Vous vous accordez largement avec eux. Nous avons entendu Michael Fallon, le Secrétaire d’État à la Défense [britannique], qu’il est convaincu par les preuves et soutient les frappes. Pourquoi êtes-vous donc, en quelque sorte, une voix assez isolée ?

– Je ne laisse pas mon cerveau à la porte lorsque j’examine une situation de manière analytique. J’essaie d’être objectif et je me base sur les expériences précédentes, notamment l’Irak. Nous voyons que nous ne pouvons pas prendre pour argent comptant ce que les soi-disant « experts du renseignement » nous disent, [surtout] pas lorsqu’ils ont un agenda.

Mais je reviens au point principal : ça ne va pas s’arrêter ici, et nous sommes probablement destinés à y être entraînés, car Trump vient de donner aux djihadistes 1000 raisons d’organiser des opérations sous faux drapeau, voyant à quel point il est efficace et facile, avec des médias crédules, de pousser l’Occident à des réactions outrancières. En toute probabilité, ils vont mettre en scène une opération semblable à celle qu’ils ont montée, et cela a été prouvé par l’ONU en août dernier ; ils ont monté une attaque au gaz de chlorine contre des civils et ont essayé de faire en sorte qu’elle ait l’air d’une opération du régime.

Souvenez-vous bien de ce que je vous dis ici, car cela se produira (infailliblement), et on aura tous les va-t-en guerre qui viendront nous dire qu’Assad nous défie et que nous devons intervenir encore plus lourdement en Syrie. Ce sera des attaques sous faux drapeau.

– Si je peux juste vous demander d’après votre expertise, vous êtes l’ancien ambassadeur britannique en Syrie, avec votre connaissance de Bachar al-Assad et de son régime, de ce pays, comment pensez-vous qu’il réagira à cela ?

Il est peut-être cruel et brutal, mais il n’est pas fou. La perspective qu’il s’expose à une confrontation directe [par une riposte contre les USA] sans objectif militaire dépasse l’entendement. Le site qui a été frappé n’avait pas d’importance militaire [majeure]. Cette frappe n’avait absolument aucun sens [d’un point de vue militaire]. Et il aurait fâché les Russes [en ripostant]. Sans aucune raison, c’est tout simplement invraisemblable. Mais en quoi son attitude va-t-elle changer ? Maintenant, il sait que Trump est prêt à lancer des attaques avec des missiles de croisière. Mais il est probablement innocent [de l’attaque chimique] de toute façon. Ça ne peut donc pas changer son attitude s’il n’a pas commis [cette attaque chimique] avant les frappes. Mais nous en paierons tous les conséquences.

La situation [le prix à payer] va se corser. En toute probabilité, il y aura plus de recours, et non pas moins, aux armes chimiques en conséquence. Et, ce qui est également important, les Russes et les Syriens vont moins coopérer [avec les USA] dans la lutte contre Daech.

– Ok. Peter Ford, merci beaucoup d’être venu pour nous ce matin.

Merci à vous.

Transcrit et traduit par Sayed Hasan.

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Poudre aux yeux, fermeté, trahisons, surprises...

Publié le par Felli Bernard

Poudre aux yeux, fermeté, trahisons, surprises...

14 Avril 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Russie, #Etats-Unis, #Europe, #Chine, #Asie centrale, #Extrême-Orient

Aujourd'hui, petit florilège de nouvelles internationales qui se rattachent de près ou de loin au Grand jeu et à ses composantes.

  • Syrie

Si les Américains comptaient jouer les gros bras après leur démonstration de force (ou de faiblesse, c'est selon) tomahawkienne, c'est raté. Tillerson n'a rien retiré de son voyage à Moscou et a même dû baisser d'un ton. Il est vrai qu'il y allait les mains vides, s'étant fait désavouer quelques heures auparavant par le G7 qui refusait toute nouvelle sanction contre la Russie voulue par la bande anglo-américaine.

Pire pour l'empire, Moscou est resté très ferme, Lavrov moquant littéralement les "demandes absurdes" de l'administration US, et semble avoir obtenu l'assurance qu'il n'y aurait plus d'autre frappe. Contrepartie : la reprise de l'accord sur la prévention des incidents dans le ciel syrien. C'est intéressant car sa suspension par Poutine, ouvrant la voie à une possible confrontation américano-russe en Syrie, a apparemment beaucoup troublé le Pentagone. Cela pourrait indiquer que les Américains ne se sentent absolument pas en position de force et que les systèmes anti-aérien et électroniques (brouillage des 36 missiles ?) de l'ours ont fait leur petit effet.

Moscou a reçu le soutien des BRICS (dont le Brésil de Temer, tiens tiens) qui condamnent toute intervention militaire illégale en Syrie en dehors du cadre de l'ONU. La réunion tripartite irano-syro-russe de ce jour, quant à elle, a mis les points sur les i de manière très sèche : le bombardement US était "un acte d'agression contraire à la charte de l'ONU" visant "à miner le processus de paix et pousser un changement de régime. Les tentatives de bloquer la proposition russe et iranienne d'établir une commission d'enquête indépendante et impartiale montrent que certains n'ont pas la conscience tranquille".

C'est le moins qu'on puisse dire, puisque le "rapport du renseignement" publié par la Maison blanche sur l'attaque chimique a été grossièrement caviardé et contredit par des experts et des pontes du renseignement. La CIA s'en est apparemment désolidarisée au vu de l'absence de son directeur, Mike Pompeo, lors de la retransmission tomahawkienne (notez que dans cet article, Robert Parry, se basant sur une source, évoque une nouvelle hypothèse : un drone israélien ou saoudien ayant décollé de Jordanie).

  • Etats-Unis

Selon la bonne vieille politique de l'autruche, le Pompée de la CIA, sans doute un peu honteux, préfère regarder ailleurs : l'ennemi est... Wikileaks, qualifié de "service de renseignement hostile" ! Ah d'accord. Pourtant, lui-même citait Wikileaks l'année dernière tandis que son commandant en chef adorait le lanceur d'alertes il y a six mois encore :

Enième retournement de veste de celui qui, hier, a trahi pas moins de cinq (!) promesses de campagne en 24 heures ? Quelque chose ne tourne clairement plus rond sous la tignasse blonde du Donald et son imprévisibilité inquiète ses adversaires mais aussi ses alliés. D'ailleurs, bien malin qui pourrait dire aujourd'hui qui sont les uns et les autres... Plus grand monde ne sait sur quel pied danser, y compris les Démocrates pleurnichards qui commencent peut-être à regretter leur intense campagne de dénigrement sur les liens Trump-Poutine.

Trump dit qu'il n'enverra pas de troupes américaines en Syrie, mais peut-être que si finalement ; Trump dit que les relations américano-russes sont à un plus bas historique mais, quelques heures après, déclare que tout devrait se régler pour le bien de tous et qu'il faut avoir confiance ; Trump dit que l'OTAN est "obsolète" mais qu'elle ne l'est plus. La toupie Erdogan a trouvé son maître...

Ce flot de contradictions et de retournements laisse sans voix sa base, qui garde néanmoins une dernière flammèche d'espérance. Au moment où le président américain se lâche en imprécations contre le "boucher de Damas", notons la retranscription très honnête, favorable même, de l'interview d'Assad donnée à l'AFP par Breitbart, le site de la droite dure qui a été le principal soutien du Donald durant sa campagne. Intelligemment, Bachar (et Bannon derrière) affirme que la frappe US a été décidée par le Deep State et non Trump. Relevez également les nombreux commentaires extrêmement favorables au "Président Assad".

L'océan d'incohérences trumpiennes se voit dans l'auberge espagnole que constitue son administration, où les pro-Israël côtoient les anti-sionistes, les pro-Iran (oui, oui, il y en a) discutent le bout de gras avec les anti-Téhéran, et où l'islamic-lover McMaster, pillier des néocons, a remplacé l'islamosceptique Michael Flynn qui faisait pourtant du lobbying en faveur de la Turquie.

Dans ce panier de crabes, un pôle de stabilité tout de même : la nomination en mars de Fiona Hill au poste stratégique d'assistante du Président pour les affaires européennes et russes. D'abord, c'est une spécialiste de la Russie, y ayant étudié et vécu, et non une illuminée idéaliste et fanatique capable de réduire la terre en cendres pour sauver les "droits de l'homme". Si elle est généralement (très) critique envers Poutine, s'attirant par là les compliments de l'establishment impérial, elle est néanmoins suffisamment honnête pour reconnaître ses qualités, le comparant même à Roosevelt ou De Gaulle.

  • Turquie

Nous avons mentionné Erdogan plus haut. Le sultan est tout émoustillé à la perspective de son référendum du 16 avril, visant à élargir les pouvoirs présidentiels. C'est pour ce vote qu'il est parti dans son délire sur les "nazis" européens et s'est sans doute définitivement mis à dos les euronouilles bien malgré eux. Malgré la mainmise sultanesque sur les médias, les moyens du gouvernement et l'intimidation de l'opposition, le "oui" et le "non" sont au coude à coude dans les sondages. Un "non" constituerait une gifle retentissante pour Erdogollum et personne ne s'est demandé ce qu'il ferait en cas de défaite. Les Turcs semblent lassés de ses crises rhétoriques dont il a d'ailleurs à peu près épuisé la portée.

Son saut de cabri après Al Chayrat fut sans lendemain. S'il croyait à une croisade américano-turco-saoudo-israélienne contre Assad, il s'est une nouvelle fois fourvoyé :

Un autre qui doit se demander pourquoi il s'est tiré une balle dans le pied est le sultan. Euphorique après le bombardement à 100 millions de $ qui a détruit trois canettes et deux poubelles, il se voyait déjà partageant un cheval avec le Donald, entrant résolument dans l'Idlibistan et menant la charge sunnite sur Damas. Depuis, on l'entend moins, lendemain de gueule de bois sans doute. Aux dernières nouvelles, il en est réduit à couper les routes avec la zone kurde de Manbij pour éviter la contrebande. De la haute stratégie, assurément...

Comme nous l'avions averti, la trahison sultanesque n'est pas passée inaperçue à Moscou et un premier tir de semonce vient d'être envoyé : les compagnies aériennes russes ont reçu un avis sur une possible suspension des vols charter à destination de la Turquie. En décrypté : le Kremlin menace au minimum d'assécher à nouveau le flux de touristes russes dont est accro l'économie turque. Et plus si affinité. A suivre...

Ankara est soudain - et pour la 3 427ème fois - tout miel et cherche, selon son ministre des Affaires étrangères, "à coopérer avec la Russie et les Etats-Unis pour regarder vers le futur et trouver une solution au problème syrien". Audiard n'aurait pas mieux dit : les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît...

A Moscou, on s'en amuse presque. Interrogée sur les "échantillons de sarin" qui seraient (conditionnel au carré) collectés par les Turcs à Khan Cheikhoun, la belle Maria a répondu qu'ils feraient mieux d'étudier la toxicité de la nourriture qui empoisonne les touristes en Turquie !

  • Vieux continent

Une semaine après le référendum ottoman, les Français sont appelés aux urnes dans un vote crucial pour le futur du système impérial. La possibilité d'une victoire de Le Pen affole la finance comme en son temps, la crise grecque, le Brexit ou l'élection du Donald :

Et depuis que Mélenchon s'invite dans la partie et qu'un second tour Marine-Jean-Luc n'est plus une vue de l'esprit, c'est la peur panique... Est-ce un hasard si, soudain, fleurissent dans la presstituée les soupçons judiciaires assez bancals sur l'une, les articles hystériques sur l'autre ?

                                                                            ***

Merci dans les commentaires de réduire au maximum les échanges politiques. Comme vous le savez, ce blog est apolitique et je ne mentionne les élections françaises que dans l'optique de leurs conséquences internationales.

                                                                            ***

Ailleurs en Europe, le delirium tremens de la grande lutte contre le "populisme" atteint des niveaux record. Le 5 avril, le conseil des ministres allemand a approuvé un projet de loi introduisant des amendes pouvant aller jusqu'à 50 millions d'euros pour les réseaux sociaux refusant de supprimer les « publications haineuses » et « les fausses informations délictueuses ».

Comme on ne sait pas ce qu'est exactement un "message haineux" ou une "fake news", le Ministère de la Vérité pourra sans doute faire son choix. Une chose est sûre : la volaille médiatique, elle, ne sera pas concernée et pourra continuer à débiter ses craques en toute impunité.

D'aucuns diront que Berlin a peut-être mieux à faire en ce moment, notamment avec le scandale de l'espionnage turc sur des opposants en Allemagne, mais Frau Milka ne l'a-t-elle pas asséné elle-même à plusieurs reprises :

Nous voulons des marchés libres et ouverts, l'ouverture des frontières, les valeurs démocratiques, nous ne voulons construire aucune barrière. C'est ça le libre-échange.

On a du mal à voir le rapport entre la démocratie, les frontières ouvertes et le marché, m'enfin... Quiconque ne sera pas d'accord avec le mantra officiel sera-t-il considéré comme un suppôt de la "haine", un produit malsain des "fausses informations". Subira-t-il la foudre d'Angela Soros ?

En Suède, on n'en est plus là. Pour lutter contre le terrorisme après l'attaque au camion-bélier de la semaine dernière, le plus grand journal du pays propose sans rire de... bannir les voitures ! Oh les historiens du futur se pencheront avec effarement sur ces sociétés européennes kafkaïennes, incapables de désigner leur bourreau de peur d'être taxées de "racistes" et prêtes à toutes les circonvolutions pour ne pas avoir à le faire...

Mais rassurons-nous, le gouvernement suédois va éduquer les petites têtes blondes à partir de l'année prochaine : dès l'école primaire, les enfants apprendront à reconnaître les "fake news" et à repérer les sources douteuses.

Gageons que nos Chroniques seront mises sur la liste rouge de Stockholm, ce qui attristera profondément votre serviteur...

  • Irak

Laissons l'Europe à ses mots/maux et retournons au Moyen-Orient où Moqtada Sadr fait encore des siennes. Nous avions parlé de ce personnage sulfureux :

En Irak, le fameux Moqtada Sadr, influent prêcheur chiite, a appelé à attaquer les troupes US. Quand on sait que les brigades "sadristes" comptent plusieurs dizaines de milliers de combattants et qu'elles ne jettent pas leur part au chien dans la guerre contre Daech, cela complique quelque peu la situation. Cette déclaration incendiaire est sans doute à relier aux grandes manoeuvres préparant l'après-guerre. (...)

Pour qui roule Moqtada ? Sans doute pour personne. On aurait tort de le considérer comme l'homme des Iraniens ; depuis treize ans, plusieurs points de tension ont éclaté entre Téhéran et cet électron libre. Le gouvernement irakien, chiite comme lui, en a une peur bleue : on se souvient de l'invasion du parlement en avril, en pleine zone verte, pour réclamer la fin du népotisme, de la corruption et mettre en place un "gouvernement de technocrates" sans affiliation politique ou religieuse (nouvelle preuve de la complexité du personnage, religieux à la politique laïque).

Nos pressentiments ne pouvaient pas être mieux illustrés, car l'ami Motqada vient encore de mettre les pieds dans le plat en appelant Assad à démissionner :

«Il serait juste que le président Bachar al-Assad démissionne (…) et évite au cher peuple de Syrie le fléau de la guerre et l’oppression des terroristes», a-t-il déclaré, dans un communiqué rendu public le samedi 8 avril 2017.
 
Trois jours plus tard, depuis la ville sainte de Najaf où il est basé, à 200 km au sud de Bagdad, il persiste et signe. «J’ai exhorté Assad à partir pour préserver l’axe de la résistance et afin de lui éviter le sort de Kadhafi», a-t-il prédit dans un nouveau communiqué.
 
Même s’il prend ses précautions en défendant «l’axe de la résistance» contre Israël, qui comprend l’Iran, la Syrie et le Hezbollah libanais, Moqtada al-Sadr est le premier haut responsable chiite à contester ainsi la légitimité du président syrien.
 
Une surprenante offensive frontale contre un des piliers de la stratégie iranienne d’exportation de la révolution islamique. Bien que formé en Iran, Moqtada al-Sadr, dont les miliciens ont combattu les forces américaines en Irak, joue en effet de plus en plus la carte nationaliste.

Il en a même profité pour condamner les représailles américaines contre Bachar al-Assad et exhorter les Etats-Unis et la Russie à se retirer du théâtre syrien.
 
Engagé à la tête d’un vaste mouvement populaire contre la corruption et en faveur de réformes dans le pays, il organise régulièrement des manifestations dans la Zone verte ultra-sécurisée de Bagdad, siège du pouvoir et du parlement irakien dominés par Téhéran.
 
Moqtada al-Sadr mobilise également ses partisans contre les milices chiites du Hachd al-Chaabi (les Forces populaires de mobilisation), alliées de l’Iran. Il s’en démarque tant en raison de leur engagement auprès d’Assad en Syrie que pour leurs exactions contre les populations sunnites en Irak, sous couvert de lutte contre les djihadistes de l’Etat islamique.
 
Selon le site libanais AlKalima Online, de jeunes Irakiens ont même repris à l’université Al-Diwaniya dans le sud du pays le slogan "Iran, dehors, dehors !" contre Kaïs al-Khazaali, le chef de Aasaeb ahl al-Hak (la ligue des vertueux), venu mobiliser en faveur des milices pro-iraniennes. Un slogan que les partisans de Moqtada scandaient lors des occupations de la Zone verte.

Il ne peut pas ignorer qu'Assad n'est très certainement pour rien dans l'événement de Khan Cheikhoun. Aussi, l'explication est ailleurs et corrobore ce que nous disions de lui l'année dernière. Sa sortie a tout à voir avec des considérations intérieures :

Moqtada al-Sadr cherche à se démarquer du gouvernement irakien et des autres partis chiites au pouvoir depuis 2003. Il  est engagé depuis plus de deux ans dans une campagne anti-corruption et pro-réforme. A coup de déclarations tonitruantes ou de manifestations monstres, il critique la politique irakienne, très alignée sur Téhéran. Le chef chiite se veut Irakien. Et avec cette déclaration, il veut montrer que l'Irak peut être allié de Téhéran mais ne doit pas être son vassal. Un discours nationaliste, son fond de commerce.

Si on compare, le gouvernement irakien a appelé à une enquête internationale sur les évènements de Khan Cheikhoun... sans critiquer Bachar el-Assad. Al-Sadr va même plus loin, il cherche à incarner la voix de la réconciliation chiite-sunnite en osant critiquer un allié de l'Iran, un dirigeant soutenu par Bagdad. C'est un leitmotiv chez lui ces dernières années.

Le mois dernier, il osait déclarer que les milices sectaires n'ont pas leur place en Irak. Du miel aux oreilles des sunnites et une provocation pour les milices chiites qui participent à la lutte contre l'organisation de l'EI mais qui ont été accusées de crimes de guerre, comme des kidnappings, des exécutions sommaires et des tortures.

Moqtada al-Sadr ajoutait même qu'il craignait des tensions entre communautés après que l'organisation de l'EI a été vaincue. Car le problème politique irakien reste entier. Il y a un fossé entre les communautés. Moqtada al-Sadr suggère qu'il pourrait faire partie de la solution.

Ainsi, s'il venait à arriver au pouvoir, l'ennemi historique des Américains pourrait paradoxalement compliquer sérieusement l'après-conflit syrien et la reconstitution de l'arc chiite. Quand nous vous disons et répétons que les facétieux Dieux de la géopolitique s'amusent...

  • Afghanistan

Pendant que Vladimirovitch est au Kirghizstan et se félicite des avancées de l'Union Economique Eurasienne (que la Moldavie désormais pro-russe rejoint en tant que membre observateur), Washington a, sous les caméras et flash du monde entier, largué sa "mère de toutes les bombes" sur quelques types en pyjama dans les montagnes afghanes. De manière amusante, ont été vraisemblablement détruit les tunnels construits par ces mêmes Américains dans les années 80 pour aider leurs alliés moudjahidin contre l'URSS. On n'est jamais mieux servi que par soi-même...

Est-ce que cet exercice de com' changera quoi que ce soit au conflit ? Strictement rien. Tonton Sam a perdu la guerre depuis longtemps au royaume de l'insolence où les Talibans occupent peu ou prou la moitié du pays :

D'ailleurs, chose intéressante, cette bombe était destinée, non aux Talibans, mais à l'EI. Les observateurs n'ont évidemment pas manqué d'y voir un avertissement caché à Kim III.

  • Corée

Ca chauffe au Pays du matin calme, même s'il faut se méfier de plusieurs fausses informations qui ont fleuri ces derniers jours (par exemple celle où la Chine menaçait de bombarder des sites nord-coréens).

Ce qui est sûr, c'est que la guerre des mots entre Donald et Kim inquiète Pékin et Moscou qui voient un possible dérapage incontrôlable et sermonnent les deux garnements pour qu'ils retrouvent leur calme. Devant la détérioration de la situation, Air China suspend ses vols en direction de Pyongyang tandis que Kim menace les Etats-Unis d'une "réponse sans merci" en cas de frappe préventive des navires de guerre US stationnés en mer du Japon. A Séoul et Tokyo, on ne doit pas en mener bien large...

Dans l'absolu, la disparition du régime nord-coréen serait une bénédiction pour la Chine et la Russie car cela ôterait le prétexte dont use et abuse l'empire pour conserver ses bases dans la zone. Il y a deux ans, nous expliquions :

Nous sommes évidemment en plein Grand jeu, qui voit la tentative de containment du Heartland eurasien par la puissance maritime américaine. Les disputes territoriales autour des Spratleys, des Paracels ou des Senkaku/Dyaoshu ne concernent pas une quelconque volonté de mettre la main sur d'éventuelles ressources énergétiques ou routes stratégiques, ou alors seulement en deuxième instance. Il s'agit avant tout pour le Heartland, la Chine en l'occurrence, de briser l'encerclement US et de s'ouvrir des routes vers le Rimland et vers l'océan, exactement comme la Russie le fait sur la partie ouest de l'échiquier avec ses pipelines et ses alliances de revers.

La présence américaine en Extrême-Orient est l'héritage de l'immédiat après-guerre (tiens, tiens, justement la période des père fondateurs de la pensée stratégique états-unienne, MacKinder et Spykman). Japon (1945), Taïwan (1949), Corée (1950) : la boucle était bouclée et l'Eurasie cernée à l'est, comme elle l'était à l'ouest par l'OTAN, au Moyen-Orient par le CENTO et en Asie du sud et sud-est par l'OTASE. La guerre froide entre les deux Corées ou entre Pékin et Taïwan sont évidemment du pain béni pour Washington, prétexte au maintien des bases américaines dans la région.

Le double plan de la puissance maritime - diviser le continent-monde à l'intérieur, l'encercler à l'extérieur - a atteint son acmé avec la rupture sino-soviétique de 1960. Un demi-siècle plus tard, que d'eau a coulé sous les ponts... Même s'il reste bien entendu de nombreuses pierres d'achoppement, l'Eurasie n'a jamais été aussi unie (symbiose russo-chinoise, Organisation de Coopération de Shanghai...), rendant caduque la première partie du plan. Quant au deuxième axiome, il fuit de partout.

Pour les Etats-Unis, le sud du Rimland semble définitivement perdu (entrée de l'Inde et du Pakistan dans l'OCS, fiasco afghan), le Moyen-Orient tangue sérieusement (Syrie, Iran, Irak maintenant, voire Yémen). Restent les deux extrémités occidentale (Europe) et orientale (mers de Chine) de l'échiquier où l'empire maritime s'arc-boute afin de ne pas lâcher. La bataille pour l'Europe (noyautage des institutions européennes, putsch ukrainien, manigances balkaniques vs pipelines russes, routes de la Soie chinoises, soutien moscovite à l'anti-système) est en cours. A des milliers de kilomètres de là, en Orient, un conflit jumeau s'annonce dont nous assistons actuellement aux prémices...

Washington utilise donc habilement un conflit ancien et réel (crise coréenne : 1er niveau) pour placer ses pions sur l'échiquier (Grand jeu : 2nd niveau). Contrairement à ce que serinent souvent les bisounours de l'info, il ne s'agit évidemment pas pour les Américains de faire pression sur la Chine pour qu'elle ramène à la raison son encombrant allié nord-coréen ; il s'agit au contraire d'utiliser la déraison nord-coréenne pour contenir la Chine, donc l'Eurasie.

Le but de l'empire est de maintenir un conflit de basse intensité en Asie orientale, suffisamment sérieux toutefois pour conserver les bases US. Mais par son impulsivité, le Donald pourrait bien mettre à mal cette fine stratégie. Qu'un conflit à grande échelle éclate, que le régime nord-coréen tombe et il entraînera dans sa chute le prétexte à la présence militaire américaine qui endigue l'est du Heartland.

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Corée du Nord – la Chine craint qu’un conflit n’éclate « à tout moment » : Une guerre thermonucléaire « pourrait éclater à tout moment »

Publié le par Felli Bernard

Corée du Nord – la Chine craint qu’un conflit n’éclate « à tout moment » : Une guerre thermonucléaire « pourrait éclater à tout moment »

Un soldat nord-coréen utilise ses jumelles pour observer de l'autre côté de la rivière Yalu, près de Sinuiju, en face de la ville frontalière chinoise de Dandong.

Le ministre des affaires étrangères chinois a prévenu les Etats-Unis, vendredi, des conséquences d’une guerre avec son allié coréen. La Russie, « très inquiète » du regain de tensions, appelle à la « retenue ».

 Konstantin Kosachev, le chef de la commission des affaires étrangères à la Chambre haute du parlement russe, a annoncé vendredi « la chose la plus alarmante au sujet de l’actuelle administration américaine est que vous ne pouvez pas savoir avec certitude si elle est en train de bluffer ou si elle va vraiment mettre en œuvre ses menaces. « 

« L’ Amérique pose objectivement une plus grande menace pour la paix que la Corée du Nord … le monde entier a peur et ne sais pas si elle va frapper ou non ...« 

Comme Bloomberg le rapporte, la Chine a averti qu’une guerre sur la péninsule coréenne aurait des conséquences dévastatrices : « on a le sentiment qu’une guerre pourrait éclater à tout moment. »

Corée du Nord – la Chine craint qu’un conflit n’éclate « à tout moment » : Une guerre thermonucléaire « pourrait éclater à tout moment »

L’armée de Pyongyang a durci le ton vendredi face à Washington, promettant une « réponse sans pitié » à toute provocation, alors qu’un porte-avions américain faisait route vers la péninsule coréenne.

Dans une déclaration publiée par KCNA, l’agence de presse officielle de la Corée du Nord, soupçonnée de vouloir mener ce week-end un essai nucléaire, l’armée assure que les bases américaines en Corée du Sud, « tout comme les quartiers généraux du Mal » tels que la présidence sud-coréenne à Séoul seraient « pulvérisés en quelques minutes » en cas de guerre.

Le vice-président américain Mike Pence doit justement se rendre ce week-end en visite officielle en Corée du Sud.

La Chine a averti de son côté qu’un « conflit peut éclater à tout moment ». « Le dialogue est la seule issue », a martelé le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi lors d’un point de presse à Pékin en compagnie de son homologue français Jean-Marc Ayrault.

Se disant « très inquiète », la Russie a appelé toutes les parties à la « retenue » et mis en garde contre « toute action qui pourrait être interprétée comme une provocation ».

Donald Trump a promis jeudi que le « problème » nord-coréen serait « traité ». Il avait annoncé auparavant l’envoi vers la péninsule coréenne du porte-avions Carl Vinson, escorté par trois navires lance-missiles, puis évoqué une « armada » comprenant des sous-marins.

Un tel porte-avions transporte en général 70 à 80 avions ou hélicoptères, dont une cinquantaine d’avions de combat.

La Corée du Nord a promis de répondre à l’envoi « insensé » de ce groupe aéronaval, se disant prête pour la « guerre ».

Selon de nombreux observateurs, la Corée du Nord pourrait, à l’occasion du 105e anniversaire de la naissance de Kim Il-Sung, premier dirigeant du pays, procéder samedi à un nouveau tir de missile balistique ou même à son sixième essai nucléaire, tous deux interdits par la communauté internationale.

« Pas de vainqueur »

Une semaine après avoir frappé la Syrie, les États-Unis ont utilisé jeudi en Afghanistan la plus puissante bombe américaine non-nucléaire jamais larguée. Cet engin, d’une puissance comparable à 11 tonnes de TNT, a tué au moins 36 membres du groupe djihadiste État islamique (EI), selon le gouvernement afghan.

Le largage de cette bombe, qui intervient au moment où les tensions sont exacerbées avec Pyongyang, est largement interprété comme un signal adressé à la Corée du Nord.

Malgré les menaces, le régime stalinien reste déterminé à ne pas abandonner son programme nucléaire.

Une guerre thermonucléaire « pourrait éclater à tout moment » et « menacer la paix et la sécurité mondiales », avait averti jeudi un porte-parole du ministère nord-coréen des Affaires étrangères, cité par l’agence de presse officielle KCNA.

« Le vainqueur ne sera pas celui qui tient les propos les plus durs ou qui montre le plus ses muscles », a réagi vendredi Wang Yi, sans citer explicitement les initiatives américaines. « Si une guerre a lieu, le résultat sera une situation dont personne ne sortira vainqueur ».

La Chine est considérée comme le plus proche allié de la Corée du Nord, mais s’oppose fermement au programme nucléaire à visée militaire du régime de Kim Jong-Un. Elle plaide pour une solution négociée et appelle régulièrement les États-Unis à la retenue dans ce dossier.

Quelle solution ?

« Les options militaires sont déjà en train d’être étudiées » sur la Corée du Nord, a cependant déclaré vendredi un conseiller en politique étrangère de la Maison-Blanche, sous couvert d’anonymat, ajoutant s’attendre à ce que Pyongyang procède à un nouveau test, soit de missile balistique soit nucléaire.

« Avec ce régime, la question n’est pas de savoir si [cela va arriver] mais juste de savoir quand », a-t-il ajouté.

En cas d’essai ou de tir, « Pékin réagira fermement », a averti cette semaine le journal chinois Global Times, réputé proche du pouvoir. Le quotidien estime que la Chine pourrait soutenir de nouvelles sanctions de l’ONU allant jusqu’à des restrictions aux importations pétrolières de Pyongyang.

Pékin plaide depuis plusieurs semaines pour une solution dite « suspension contre suspension » : Pyongyang doit interrompre ses activités nucléaires et balistiques, et Washington ses exercices militaires conjoints avec la Corée du Sud, des manœuvres annuelles considérées par le Nord comme une provocation.

Les États-Unis rejettent le plan chinois. Mais la Chine juge qu’il s’agit de « la seule option réalisable » et met Washington au défi d’avancer « une meilleure proposition ».

Un éditorial du Global Times a laissé entrevoir jeudi une solution inédite, en appelant Pyongyang à « abandonner son programme nucléaire » en échange de la protection de Pékin.

« La Chine a la capacité de lui apporter une garantie sécuritaire » si elle renonçait à ses armes atomiques, assure le quotidien. Une suggestion faite aussi par une source diplomatique française.

Quoi qu’il en soit, les vols de la compagnie aérienne publique Air China entre Pékin et Pyongyang seront suspendus à partir de lundi, a annoncé vendredi la chaîne d’État chinoise CCTV.

 

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Cinq raisons pour lesquelles les frappes de Donald Trump sont une erreur monumentale

Publié le par Felli Bernard

Cinq raisons pour lesquelles les frappes de Donald Trump sont une erreur monumentale


Par Alexander Mercouris – Le 10 avril 2017 – Source The Duran


Après l’assassinat du duc d’Enghien par Napoléon en mars 1804, le ministre de la police de Napoléon, Joseph Fouché, a déclaré à ce sujet : « C’est pire qu’un crime, c’est une faute. » Les missiles du Président Trump lancés sur la base aérienne de Charyat en Syrie étaient comme le meurtre du duc d’Enghien, pas seulement un crime mais une faute.

 

Les raisons invoquées pour lesquelles le Président Trump a ordonné le lancement des missiles varient.

Le Président Trump lui-même affirme que c’est en raison de sa révulsion face à l’horreur de l’attaque chimique contre Khan Sheikhoun, qu’il affirme – mais sans qu’aucune enquête indépendante ne l’ait confirmé – avoir été effectuée par l’armée de l’air du Président Assad.

Le secrétaire d’État américain Tillerson et le conseiller général à la sécurité nationale de Trump, H. R. McMaster, disent la même chose, mais ils disent aussi que la frappe constituait un signal de la fermeté du Président et de son refus de tolérer que ses lignes rouges soient franchies.

D’autres encore, plus cyniquement, disent qu’elles visaient à distraire l’attention du Russiagate et à assurer la position du Président à Washington.

Il y a probablement du vrai dans toutes ces allégations. Cependant, aucune d’entre elles ne change le fait que ces frappes constituaient une grossière erreur. Voilà pourquoi :

(1) Toutes les données suggèrent que les frappes étaient une simple démonstration de force et que le Président n’a pas l’intention de provoquer une escalade avec son intervention l’amenant à une campagne de changement de régime en Syrie.

Non seulement ce que Tillerson et McMaster ont déclaré lors de leur conférence de presse commune, mais les frappes elles-mêmes – les Russes et les Syriens étant informés par les États-Unis des heures avant qu’elles ne se produisent, et avec des frappes elles-mêmes limitées et menées à une échelle beaucoup plus petite que celle que le Président Obama semblait envisager en 2013 – semblent indiquer la même chose.

Cela suggère que le Président ne veut toujours pas être entrainé dans une guerre pour un changement de régime en Syrie.

Si c’est le cas, il se rendra bientôt compte qu’il s’est engagé sur une pente très dangereuse.

De même que le renvoi du général Flynn a encouragé les critiques du Président dans l’affaire du Russiagate, amenant le scandale à des proportions qui dépassaient largement son ampleur originale, l’attaque de missiles contre la base aérienne de Charyat a donné le gout du sang aux tenants de la ligne dure de changement de régime à Washington et ailleurs. Ils reviendront certainement à la charge pour obtenir davantage, et leur ayant jeté de la viande rouge une première fois, le Président est maintenant dans une position beaucoup plus faible pour leur en refuser.

En outre, indépendamment de ce qui s’est passé exactement à Khan Cheikhoun, les djihadistes en Syrie savent maintenant que tout ce qu’ils ont à faire est d’organiser une attaque chimique, et que le Président américain les obligera en lançant des missiles sur les forces du Président Assad, sans enquête et sans chercher à obtenir l’accord du Congrès ou du Conseil de sécurité de l’ONU. Cela ne fait que garantir que la mise en scène de davantage d’attaques chimiques est précisément ce que les djihadistes vont maintenant faire.

Nul besoin d’être prophète pour voir comment cette situation pourrait escalader dorénavant, même si ce n’est pas le souhait du Président, et comment il est maintenant dans une position beaucoup plus faible pour empêcher que cela se produise.

(2) Trump a commencé sa présidence en disant vouloir améliorer les relations avec la Russie. Non seulement il a causé la fureur des Russes, rendant les relations avec la Russie encore pires qu’elles ne l’étaient déjà, mais les Russes vont certainement percevoir les frappes comme un défi et répondront en conséquence. Ils parlent déjà de renforcer les défenses aériennes de la Syrie et ont fermé la ligne directe entre leurs militaires en Syrie et ceux des États-Unis.

Cela va non seulement compliquer les opérations anti-Daech des États-Unis en Syrie, mais cela augmente le risque d’une confrontation dangereuse avec les Russes en Syrie, ce qui est précisément ce que le Président et son équipe – comme en témoigne leur notification aux Russes avant les tirs de missiles – veulent évidemment éviter.

(3) Ensuite, il y a la question clé de la confiance.

En seulement une semaine, après des rapports évoquant une seule attaque, le Président a fait marche arrière, passant d’une position où il semblait accepter la réalité que le Président Assad resterait le dirigeant de la Syrie à une position où il l’attaque et où les membres de son gouvernement parlent à nouveau de l’importance de le renverser.

Non seulement les Russes concluront que ce Président est quelqu’un à qui on ne peut pas faire confiance, mais les gouvernements du monde entier – y compris plusieurs des principaux alliés européens des États-Unis – seront choqués par la facilité avec laquelle ce Président fait volte-face et fait le contraire de ce qu’il avait dit, et le fait en outre sans discussion ou consultation appropriée, et sans même prétendre observer les formes du droit international et des lois américaines.

Dans la cohérence des relations internationales, la cohérence est la qualité la plus prisée de toutes. Les gouvernements doivent être sûrs qu’une grande puissance comme les États-Unis suit des politiques cohérentes. De cette façon, d’autres gouvernements peuvent ajuster leurs propres politiques pour prendre en compte celles des États-Unis.

C’est pour cette raison, parce que le lancement de l’attaque a totalement détruit la réputation de cohérence du Président dans sa conduite de la politique, qu’avant l’attaque de missiles, je doutais qu’une telle chose se produise.

Les gouvernements du monde entier – y compris le gouvernement de la Chine, que le Président des États-Unis vient d’accueillir – savent maintenant qu’avec cette administration, les États-Unis peuvent inverser leur politique en un instant. Non seulement cela va les inquiéter, mais ils savent maintenant que quoi que dise ce Président, on ne peut pas y prêter foi car il peut s’en dédire si rapidement.

Cela va inévitablement rendre les affaires internationales plus instables, puisque les gouvernements savent maintenant qu’on ne peut pas faire pleinement confiance à ce Président, ce qui lui rendra plus difficile la négociation des accords qu’il souhaite conclure.

(4) Si le Président croyait, quand il a lancé ses missiles, que cela mettrait fin aux critiques portées contre lui et à l’obstruction de son administration par ses adversaires, il découvrira rapidement qu’il n’a rien obtenu de tel. Les adversaires du Président ont beaucoup trop investi dans le récit de « Donald Trump, le nouveau Mussolini ou Caligula » pour faire marche arrière maintenant. Je doute même qu’ils délaissent les allégations de Russiagate, si absurdes qu’elles soient.

Dans quelques jours, une fois que les applaudissements pour les frappes se seront évanouis, le Président verra rapidement qu’il est resté le même qu’il a toujours été aux yeux de ses opposants à Washington, et qu’en lançant ses frappes sans avoir préalablement consulté le Congrès, il n’a fait que leur donner un autre bâton avec lequel se faire battre. Je note que Nancy Pelosi, l’une des critiques les plus véhémentes du Président, demande déjà un débat approfondi à la Chambre pour discuter de la question de l’autorisation de l’action du Président.

(5) En revanche, si le Président n’a pas gagné ses critiques, il a sans aucun doute fâché et démoralisé la partie la plus intelligente et la plus expressive de sa propre base politique.

L’un des faits les plus intéressants quant aux événements des derniers jours est que bien que les partisans libéraux de Barack Obama ont continué à le soutenir alors même qu’il revenait entièrement sur la position anti-guerre qu’il défendait avant sa nomination, les partisans de Donald Trump prennent leur position anti-guerre et anti-interventionniste extrêmement au sérieux et ne sont pas disposés à faire des compromis sur ce point. Le résultat est que loin de défendre le Président pour ce qu’il a fait, ils se sont retournés contre lui et se sont sentis trahis.

Donald Trump lui-même le sent. Cela s’explique par le fait que depuis l’attaque de missiles, loin de prendre un ton triomphaliste, il n’a mentionné l’attaque que deux fois dans ses tweets, un tweet symbolique félicitant les militaires pour le succès de l’opération, et un tweet hautement défensif dans lequel il a essayé d’expliquer et d’écarter l’absence de dommages infligés à la piste aérienne. Sinon, sauf dans des déclarations formelles telles que sa lettre au Congrès, il a évité d’en parler.

En effet, il n’est pas impossible que le résultat de l’attaque de missiles – surtout si elle est suivie par d’autres – sera de relancer un mouvement anti-guerre moribond qui a presque disparu au cours de la présidence d’Obama. Il est aisé de voir comment les ailes droite et gauche de ce mouvement pourraient maintenant se conjuguer, comme cela s’est produit pendant la présidence de George W. Bush. Dans le cas de l’aile droite du mouvement anti-guerre parce qu’elle s’oppose véritablement aux guerres interventionnistes, et dans le cas de l’aile gauche du mouvement anti-guerre parce que certains de ses membres s’opposent sincèrement aux guerres interventionnistes, mais surtout parce qu’elle exècre un Président républicain de droite.

Il va sans dire que si une telle chose se produit, les problèmes politiques du Président se multiplieront par mille.

La première loi de la politique – aux États-Unis comme partout ailleurs – est de prendre soin de sa propre base. Tous les politiciens qui ont réussi comprennent cela. Vendredi, Donald Trump a choqué et fâché sa base, et une fois que l’éclat temporaire du lancement de missiles se dissipera (ce qui se produira rapidement), il en paiera le prix politique.

Ce que montrent les événements de la semaine dernière, c’est que presque cent jours après son inauguration, Donald Trump reste un amateur qui continue de perdre pied. Au lieu de prendre des décisions soigneusement pondérées, il prend ses décisions de manière impulsive, pressée et à la volée.

Parfois, à court terme, certaines de ces décisions l’aident. Plus souvent, elles lui causent des problèmes. Au fil du temps, en raison de la manière mal avisée et pressée dont il prend ses décisions, elles lui causeront de plus en plus de problèmes. En outre, jusqu’à présent, il ne semble pas y avoir de preuve qu’il apprenne de ses erreurs. Les frappes sur la Syrie ont été de loin la plus importante d’entre elles, mais il est fort probable que d’autres pires encore suivront.

Traduit par Sayed Hasan

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De la téléréalité à la trahison et retour

Publié le par Felli Bernard

De la téléréalité à la trahison et retour

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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De la téléréalité à la trahison et retour

12 avril 2017 – C’est sans doute un événement politique unique qu’a accompli Donald Trump, le président inattendu et qui ne cesse de prendre notre attente à contrepied, avec sa décision d’intervention contre la Syrie. Il faut lire le très long article, extrêmement fouillé, du Saker US, ce 11 avril 2017. Pour lui, Trump a trahi ceux qui l’avaient porté à la présidence, et dans un acte absurde puisqu’il n’écarte nullement la haine profonde de ses adversaires pendant de nombreux mois qui brusquement l’applaudissent pour la séquence sans céder en rien sur leur sentiment profond, tout en perdant brutalement la confiance de sa base populiste et anti-interventionniste. « Le pire de son soudain revirement est qu’en trahissant les gens à droite et à gauche, Trump a montré que vous ne pouvez plus lui faire confiance et qu’il vous laissera tomber sans hésitation quelles que soient les circonstances [s’il le juge intéressant et avantageux]... »

A aucun moment, le Saker ne met en cause sa sincérité durant la campagne présidentielle. Simplement, observe-t-il, quand il jugea, Trump, que la pression exercée sur lui par son “opposition” (neocons & Deep State, les usual suspects), avec tous les effets induits, devenait un prix trop élevé pour lui, il changea brusquement d’orientation... Voilà “la trahison de Trump”. Peut-on dire pour autant qu’il a changé de camp ? Justement non, et c’est bien là que sont le fait le plus remarquable et, pour certains dont je serais tenté d'être, le danger le plus grave, – car en fait, ce que nous apprend principalement l’épisode, c’est que Trump n’a pas de “camp”, pas d’engagement, pas d’orientation. (Le Saker dit, selon une autre approche plus crue et abrupte, qu’il est « totalement sans caractère,... avec l’éthique et la morale d’une prostituée de parking pour poids lourd »)

Il y a aussi un élément personnel dans sa décision d’intervenir, sur lequel on a déjà dit quelques mots et qui se confirme, notamment au travers de ce qui a été dit de l’influence de la fille de Trump, Ivanka, sur la décision de son père (confidences du frère d'Ivanka, Marc). C’est ce côté de l'exclamation, après avoir vu quelques photos des victimes, de ces “beautiful babies of God” sauvagement meurtris et assassinés par les gaz, cet espèce d’affectivisme mou, complètement émotionnel, qui se traduit pourtant par une impulsivité incontrôlable et qui elle-même ne contrôle rien des causes de cette émotion, et qui aussitôt ordonne l’action... Cette attitude qui, si l’on y réfléchit, existait déjà et était remarquable et remarquablement efficace lorsqu’il s’agissait de tweets semblant être mis au service d’une cause rencontrant la démarche antiSystème, mais qui provoque l’effet inverse (toujours d’un point de vue antiSystème) lorsqu’on se trouve dans la crise syrienne et qu’on se précipite pour tirer des missiles de croisière Tomahawk dans les circonstances qu’on sait, – tweets pour Tomahawk, si l’on veut : « On se trouve alors devant la perspective d’un caractère incapable de résister à la sensiblerie la plus primaire, versant dans un affectivisme totalement inconscient et, à la différence de l’affectivisme (le postmoderne) que nous définissons avec une orientation idéologique affirmée (postmoderne justement), complètement soumis à des changements d’orientation complètement imprévisibles)… » Trump a d’ailleurs confirmé cette attitude hier, dans une interview au New York Post, lorsqu’il dit « Mais lorsque vous voyez ces gosses choqués jusqu’à en mourir, vous voyez leurs poumons en train de brûler, vous savez que vous devez le frapper pour le punir, et le frapper fort... ».

(Dans “le frapper”, bien sûr, “le” désigne Assad puisque c’est Assad le coupable, – “who else ?”, qui d’autre puisque c’est lui nécessairement le coupable avant que quoi que ce soit n’ait été apprécié ? Qui d’autre puisque personne d’autre, c’est connu, personne hormis Assad n’utilise des gaz, tout cela est archi-prouvé... “Assad est pire que Hitler puisque Hitler lui-même n’utilisait pas de gaz” a dit le porte-parole Sean Spicer, avant de réaliser son horrible horreur et, revenant sur CNN pour s’excuser auprès de toutes les victimes de l’Holocauste, a affirmé que son président n’avait qu’un but, qui était de “déstabiliser le Moyen-Orient”, – curieuse façon de réparer une gaffe par une autre... L’administration Trump suit la voie tracée par son président, ou les zigzags de l’émotion primaire côtoient les flips-flops de l’absence d’instruction sérieuse et de coordination, – ou bien, plus simplement, d’avis différents [Tillerson et Nikki Halley]...)

Cet “affectivisme mou”, cette sensibilité émotionnelle incontrôlée, me conduisent pour mon compte à décrire, en la personne de Trump, un personnage typique de l’entertainment, de la communication-fun, de la téléréalité. C’est ce personnage dont Michael Moore nous disait, et j’avoue que j’aurais plus que jamais tendance à le croire comme on le comprendrait aisément, qu’il s’était engagé dans cette course à la présidence d’abord pour une querelle à propos d’une émission de télévision qu’il produisait, pour s’apercevoir à sa grande surprise qu’il enflammait le pays. Ce détail de “Trump à l’origine” nous ramène à la téléréalité, et à Trump comme étant une créature puissante et admirable du monde de la téléréalité. Je trouve que ce rappel, et de la personnalité de Trump qui vient à l’esprit à cette lumière, correspondent assez bien au comportement général de Trump. Ce n’est pas qu’il n’est pas sérieux, qu’ils ne prennent pas au sérieux les affaires du monde (voyez l’émotion), c’est bien qu’il est d’un autre monde... Dans ce cas, la “trahison” n’en est pas une, parce que c’est un événement, ou un choix, de la sorte qui n’a pas cours dans le monde de la téléréalité ; on n’y connaît rien de cette sorte justement, ni l’honneur, ni l’infamie, ni la parole donnée, ni la trahison par conséquent, mais simplement les agitations de l’émotion et les attitudes individualistes, et puis bien sûr les obligations de l’apparence du scénario d’une part, les nécessités de l’audience et du prime time d’autre part.

Eh bien, il faut le reconnaître en revenant à ce qui fut suggéré plus haut, tout cela nous allait fort bien durant la campagne USA-2016, dès lors que l’audience était de son côté (du côté de Trump), qu’il faisait du prime time formidablement avec ses positions populistes et antiSystème. A ce moment, certes, il était effectivement et réellement antiSystème, et il allait dans ce sens. Aujourd’hui les paramètres du spectacle ont changé, et l’émotion, l’individualisme font le reste. Le personnage, lui, reste toujours le même : sans doute sommes-nous dans le temps de la tragédie qui vient, mais sans doute Trump s’en fiche-t-il comme de son premier direct, car pour lui c’est la “tragédie-bouffe. Bref, comme on dit fort vulgairement, il ne va pas se pomper l’air à se faire bombarder par le Système et tous ses relais durant sa présidence, alors en avant pour un bombardement de la Syrie.

Là-dessus, c’est vrai qu’il n’est nullement assuré qu’il veuille continuer (je veux dire, pour la Syrie). Au contraire, il dit sans rire au New York Post : “Mais nous n’avons pas changé de politique” [par rapport à... Par rapport à quoi et à quand ? A ses discours de la campagne USA-2016 ? Mystère and boule de gomme...] D’ailleurs, ajoute-t-il, “nous n’avons nullement l’intention d’aller en Syrie” (sous-entendu : de conquérir la Syrie), “We’re not going into Syria, OK ?”. Non, actuellement, ce serait plutôt la Corée du Nord, on pourrait y faire un assez joli prime time après tout, et ces connards du WashPo et du Times applaudiraient sûrement, non ? OK ?

Voilà où nous en sommes. La “trahison de Trump” est consommée, mais on ne va pas en faire tout un foin, et d’ailleurs ce n’est pas vraiment une “trahison”, et d’ailleurs on pourrait bien revenir dessus, par exemple aider à réparer les hangars cassés... Ou bien, taper à nouveau si un nouveau false flag (Poutine en annonce plusieurs) nous en donne l’occasion, l’émotion et la mission...

Mais il y a les autres ... Les Syriens, vous, nous, les Russes, etc. L’avis des Russes sur les USA aujourd’hui, après l’automne de l’espoir où ils crurent, comme nous tous, qu’ils tenaient avec Trump une occasion de sortir du labyrinthe parcouru d’impasses que constituaient le dialogue avec Obama, cet avis est que décidément il est impossible d’avoir quelque accord que ce soit avec les USA. Ce pays est not-agreement-capable”, c’est-à-dire incapables de passer et de tenir un accord, ce qui correspond finalement à la définition d’un “failed state” (un État en faillite).

« For example, the Russians have often said that the Kiev regime is “not-agreement-capable”, and that makes sense considering that the Nazi occupied Ukraine is essentially a failed state.  But to say that a nuclear world superpower is “not-agreement-capable” is a terrible and extreme diagnostic.  It basically means that the Americans have gone crazy and lost the very ability to make any kind of deal.  Again, a government which breaks its promises or tries to deceive but who, at least in theory, remains capable of sticking to an agreement would not be described as “not-agreement-capable”.  That expression is only used to describe an entity which does not even have the skillset needed to negotiate and stick to an agreement in its political toolkit.  This is an absolutely devastating diagnostic. »

Un “diagnostic dévastateur” est-il dit et nous allons devoir vivre pendant cinq ans avec ce qui paraît bien être une pathologie de la postmodernité, allant dans tous les sens, lançant ses bras et ses jambes dans tous les sens. La “trahison de Trump” n’est pas vraiment méchante, ni volontaire, ni calculée ; ni même (j’en suis presque sûr, de simple conviction par rapport à toutes ces conditions) exécutée essentiellement sur les ordres décisifs des diverses forces de l’ombre que l’on convoque régulièrement pour cette sorte de procès, même s’il y a eu bien entendu cette intervention. Non, c’est comme ça, il faut faire avec, et l’on verra bien ce que demain nous réserve... A chaque jour suffit son émission de téléréalité.

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Dérives du journalisme, naufrage d’une « journaliste » du Monde

Publié le par Felli Bernard

Créé par Olivier Berruyer

Ah le Monde, un poème… En fait le temps où les journalistes interrogeaient les gens sur qui ils écrivaient est révolu…

Source : Russeurope, Jacques Sapir, 13-04-2017

Le Monde me consacre un article dans son numéro du 12 avril 2017, sous la plume de Raphaëlle Bacqué. Je ne discute pas ici le fond de cet article. Chacun a le droit d’avoir son opinion et de juger, en bien comme en mal, ma trajectoire.

Je reprends ici les erreurs factuelles de cet article, et elles sont (trop) nombreuses. Il est regrettable que l’auteure ne m’ait pas consulté sur son texte, car je les lui aurais signalé et elle aurait pu les corriger. Certaines de ses erreurs sont mineures par rapport à l’économie de l’article, mais d’autres non et déforment de manière grave la réalité. Il y a aussi des approximations qui sont gênantes par ce qu’elles pourraient induire. Mme Bacqué procède au mieux par approximations, au pire par insinuations détestables. Ce sont de telles pratiques qui ont contribué au discrédit dont souffre le journalisme, et en France tout particulièrement[1]. Je laisse donc ici le lecteur se faire une opinion et, par ordre de lecture, nous avons donc :

    • Le chapeau de l’article donne le ton de ce dernier et annonce les inexactitudes. Je ne « côtoie » pas la nomenklatura russe car cette dernière n’existe pas. On peut parler de « l’élite » ou des oligarques mais le terme de nomenklatura, qui est employé à la fois dans le « chapeau » comme dans le corps du texte est largement inexact car il ne s’applique qu’au système soviétique. Pour qu’il y ait une « nomenklatura » il faut un parti unique à la soviétique. Je ne côtoie donc pas cette « nomenklatura » ni même « l’élite » à la Moskovskaya Shkola Ekonomiki. Cette formule est en réalité injurieuse pour cette institution qui n’est pas un club d’oligarques ou de l’élite russe mais une institution universitaire d’excellence. La MSE est un département de l’Université de Moscou (MGU) avec 350 étudiants en licence, une centaine en Master et une vingtaine dans l’aspirantura autrement dit préparant l’équivalent de l’ancienne thèse de 3ème cycle en France. Les collègues que je côtoie sont des économistes et des mathématiciens réputés, certains sont membres (à titre plein ou comme « membres-correspondants ») de l’Académie des Sciences de Russie. Je suis un ami personnel de certains comme Alexandre Nékipelov (le directeur de la MSE) ou Sergey Shakin, son numéro deux. L’auteure aurait pu se donner la peine d’aller sur le site de la MSE-MGU (en russe et en anglais), et elle aurait vu que j’y côtoie aussi des collègues américains comme les professeurs Jamie Galbraith, Mike Intriligator, ou néerlandais comme le professeur Mike Ellman.
    • Par ailleurs je n’enseigne pas « plusieurs semaines par an » à la MSE-MGU mais une semaine par an en tout et pour tout. L’auteur semble avoir confondu, en dépit de ce que je lui ai dit, le travail de recherche que je conduis avec des chercheurs de l’Académie des Sciences (et en particulier de l’INP-RAN du professeur Viktor Ivanter) et mon travail à la MSE-MGU.
    • Puisque l’auteure de ce texte parle de ma famille, elle devrait le faire avec exactitude. Je ne suis pas « ce fils d’une famille de la bourgeoisie juive », formule qui a des relents d’antisémitisme des années 1930. Ma famille se définissait comme une famille française. Par ailleurs, je signale à l’auteure qu’un enfant (moi, en l’occurrence) a une mère et un père. Il aurait été au minimum courtois de la mentionner. Et ma mère est née à Nice (Alpes-Maritimes) d’une famille établie à Vence où son père (mon grand-père maternel) était pharmacien. Mon père, quant à lui, n’était pas de Riga mais de Moscou. Sa mère (ma grand-mère paternelle) était née à Moscou, mais ses grands parents maternels venaient de Riga. C’est une vieille technique stalinienne que d’induire le comportement de quelqu’un par ses « origines ». Mais quitte à user de cette méthode, assez déshonorante de surcroit, il faut le faire avec précision. Ici encore, une simple vérification aurait évité ces erreurs, dont on peut penser qu’elles ont été faites à dessein.
    • Je ne suis pas un « habitué » du Club Valdaï mais j’y suis allé certaines fois (4) alors que ce Club se tient depuis 2004, en fonction de mes disponibilités. Je signale que parmi les personnes qui assistent aux réunions il y a Mme Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l’Académie Française et qui fut mon professeur à Sciences-Pô, MM. Thomas Gomart de l’IFRI et Pascal Boniface de l’IRIS. On y trouve le professeur Timothy Colton de Harvard, M. Yves Daccord, directeur général de la Croix Rouge, Raül Delgado, qui occupe la chaire de l’Unesco sur les migrations, Lord Robert Skidelsky, membre de l’académie de Grande-Bretagne et biographe de Keynes, etc…En fait, il y a plus d’une centaine de personnes qui sont invitées de manière générale. Les sessions auxquelles j’ai assistées ont eu lieu à Valdaï, à Saint-Pétersbourg et Moscou, enfin à Krasnaya Polyana (Sotchi). Cela fait 4 sessions alors que le Club Valdaï existe depuis 13 ans. J’avais par ailleurs donné une liste des personnes invitées mais, à l’évidence, elle a été « oubliée » par l’auteure. On peut très facilement vérifier ces informations sur le site internet du Club Valdaï. Visiblement l’auteure de l’article ne sait pas faire une recherche sur internet, à moins qu’elle ne l’ait pas voulu… Les « grands hôtels » où nous sommes censés faire des banquets se réduisent en réalité à un grand-hôtel de Moscou, mais l’imagination de l’auteure les multiplie à loisir.
    • L’auteure de l’article mentionne que je suis retourné en URSS en 1988, mais c’était au titre du Quai d’Orsay uniquement (article 14 de la convention scientifique franco-soviétique). Elle semble s’étonner que je sois retourné très régulièrement en URSS puis en Russie (il y a d’ailleurs comme un flou sur ce point dans l’article) depuis cette date. La raison en est simple, c’est parce que mes travaux portaient sur l’URSS et sur la transition en Russie. Certes, on peut prétendre que la Guyane était une île, mais Raphaëlle Bacqué aurait-elle voulu que pour étudier l’URSS, puis la Russie, j’aille au Mexique, au Sénégal ou au Philippines ? La liste de mes publications témoigne de mon travail et, comme tout chercheur sérieux, j’ai fait du « terrain ». J’y rencontre aussi des gens, et certains ont fait carrière par la suite. Qu’y a-t-il d’étrange à cela ?
    • Mes idées étaient ce qu’elles étaient sur l’Euro bien avant que je ne participe au Club Valdaï (et il suffit de lire l’article que j’ai écrit pour la revue PerspectivesRépublicaines en 2006 pour s’en convaincre[2]). Cela, aussi, je l’avais dit à l’auteure, mais elle a préféré partir dans des hypothèses hasardeuses, et pour tout dire fort alambiquées, que de s’en tenir aux faits. L’imagination est, encore une fois, ici une bien mauvaise conseillère. Quant à savoir si, comme elle fait dire à Jacques Généreux, j’en ai « …persuadé les responsables russes », c’est m’attribuer une influence que je n’ai pas.
    • Je signale que RT et Sputnik ne sont pas des « médias francophones prorusses» mais des médias dépendants du gouvernement russe, émettant en plusieurs langues, comme le furent il n’y a pas si longtemps la BBC en Grande-Bretagne, France-24 en France, ou Radio Free Europe pour les Etats-Unis. Ces médias ont pignons sur rue et travaillent dans la plus totale transparence.
    • Je défends toujours le principe du « droit du sol », et je l’ai dit de manière répétée à l’auteure (même si on peut discuter de sa réforme).
    • Je ne déjeune pas « tous les quinze jours » avec mon ami Philippe Murer, mais j’ai dit que l’on se parlait de temps en temps au téléphone (à peu près toutes les 3 semaines ou tous les mois).
    • Je n’ai jamais dit qu’il y avait « un tiers de mes étudiants » au FN pour la simple et bonne raison que je ne leur demande pas quelles sont leurs opinions politiques. Cela n’a rien à voir avec l’enseignement. C’est d’ailleurs un principe bien établi dans l’université française (au même titre que l’on ne demande pas sa religion ou ses préférences sexuelles) que sa neutralité totale. Mais j’ai pu constater qu’un certain nombre d’entre eux pouvaient défendre des idées proches de celles du FN (et d’autres du PG ou du FdG). Par ailleurs, et l’auteure en a été témoin puisqu’elle a participé à l’un de mes séminaires (avec l’autorisation du Président de l’EHESS et après un vote de mes étudiants), mon séminaire est un séminaire scientifique et pas une tribune politique.
    • J’en profite pour relever que Hayek est classé comme « postkeynésien ». A vos souhaits ! Nul doute qu’il se soit retourné, le pauvre, à plusieurs reprises dans sa tombe. Qu’une journaliste du service politique ne soit pas familière des divers courants de la science économique est parfaitement compréhensible. Mais, alors, elle ne doit pas chercher à donner l’illusion d’une connaissance qu’elle ne maîtrise pas.
    • Le traité de Maastricht avait bien « capté mon attention » et j’avais voté non. Mais, mes engagements en Russie étaient tels à l’époque que je n’avais pas fait de campagne active. Je me suis plus engagé, il est vrai, dans la campagne pour le référendum de 2004-2005.
    • Le déjeuner dont est supposé parler Paul-Marie Couteaux n’a jamais existé, si ce n’est dans l’imagination (décidément fertile) de l’auteure de cet article. Je connais Paul-Marie Couteaux depuis la fin des années 1980, quand il était secrétaire de la défunte Fondation des Etudes de Défense Nationale et que j’y étais chercheur, et c’est quelqu’un que j’estime. Il n’a jamais joué le rôle d’un intermédiaire. Il m’a même mis en garde, en 2009, contre le FN.
    • Je ne me rappelle pas avoir traité Jean-Luc Mélenchon d’ « européiste », mais j’ai écrit à partir de la fin 2015 qu’il avait clairement rompu avec certains des illusions qu’il avait pu entretenir sur l’UE. Je le pense, je l’ai dit à l’auteure de l’article et – bizarre, bizarre – cela ne figure pas dans son texte, que Jean-Luc Mélenchon avait tiré les leçons de la trahison de Tsipras. Mais il est parfaitement exact qu’avant 2015, je considérais qu’il faisait une grave erreur en laissant la question de l’Euro au seul FN, – je l’ai d’ailleurs dit et écrit à de multiples reprises – et je pense que sur ce point, il a perdu deux ans avant d’affronter cette question.

    Le lecteur pourra donc ainsi constater les écarts avec la réalité, les approximations, les demi-vérités qui sont souvent des mensonges en entier, enfin les affabulations que contient cet article. Il a été écrit avec l’évidente intention de nuire. Mais, il s’avère surtout relever bien plus de l’écriture romanesque que journalistique. Que certains veuillent écrire un roman est une chose ; et après tout pourquoi pas ? Il est, parfois, des vérités qui se transmettent à travers le « mensonge romanesque ». Mais, faire passer un « mensonge romanesque » pour la réalité, cela porte un nom…

[1] http://www.atlantico.fr/pepites/en-quel-metier-avez-plus-confiance-pompier-en-tete-politiques-et-journalistes-traine-1068038.html

[2] Sapir J. « La Crise de l’Euro : erreurs et impasses de l’Européisme » in Perspectives Républicaines, n°2, Juin 2006, pp. 69-84.

Source : Russeurope, Jacques Sapir, 13-04-2017

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Jacques Sapir, premier du « non »

Source : Le Monde, Raphaëlle Bacqué, 11-04-2017

La sortie de l’euro ? Cet économiste familier de la nomenklatura russe en a fait son combat. Longtemps référence de la gauche antieuropéenne, et notamment de Jean-Luc Mélenchon, il est aussi devenu celle de Marine Le Pen.

Les séminaires de Jacques Sapir à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) ont toujours fait le plein. Dans quelques mois, l’économiste prendra sa retraite. Il refuse désormais les thésards, mais dans les salles de l’école du boulevard Raspail, à Paris, des dizaines de jeunes gens continuent de se presser à ses cours, avec l’assurance qu’ils entendront là une pensée différente de celle des cercles du pouvoir. Sapir y enseigne l’économie selon sa vision « hétérodoxe et minoritaire, dit-il, à la frontière de Marx, Keynes, mais aussi de ceux qui s’opposèrent à ce dernier, les postkeynésiens Shackle et Hayek ».

Il y donne aussi un cours sur « la transition des systèmes économiques ex-soviétiques », dont l’une des curiosités est de l’entendre rapporter ses conversations avec cette nomenklatura russe qu’il côtoie à la Moskovskaïa Chkola Ekonomiki, l’école d’économie de Moscou, où il enseigne aussi plusieurs semaines par an. En 1988, le ministère de la défense français et le Quai d’Orsay avaient envoyé ce fils d’une famille de la bourgeoisie juive de Riga, immigrée dans les années 1920, examiner la perestroïka de Gorbatchev. Il n’a, depuis, cessé de retourner en Russie et d’y nouer des contacts « avec beaucoup de gens qui sont aujourd’hui au pouvoir ».

« Vladimir Poutine vient chaque fois clore nos travaux et nous dînons ensuite dans un grand hôtel ou dans sa résidence de la banlieue de Moscou »

A Paris, Sapir écrit régulièrement des chroniques pour les médias francophones prorusses RT et Sputnik. Dans la capitale russe, il est devenu un habitué du club Valdaï, un think tank pro-Kremlin où il est l’un des rares chercheurs français invités. « Vladimir Poutine vient chaque fois clore nos travaux et nous dînons ensuite dans un grand hôtel, raconte-t-il volontiers, ou dans sa résidence de la banlieue de Moscou, où je l’ai vu jouer un jour dans la neige avec ses chiens. » […]

Lire la suite ici : Le Monde, Raphaëlle Bacqué, 11-04-2017

Nomenklatura + russe + Antieuropéen + Mélenchon + Le Pen + Juif : BINGO !!!!!!!!!
(il manquait cependant pour le SUPER BINGO : “A parfois été vu marcher près d’écoles”)

 

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49 réponses à Dérives du journalisme, naufrage d’une « journaliste » du Monde, par Jacques Sapir

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Ignorant les cruelles leçons de la guerre en Irak, Trump lance une attaque contre la Syrie

Publié le par Felli Bernard

Ignorant les cruelles leçons de la guerre en Irak, Trump lance une attaque contre la Syrie


 

Par Robert Bridge – Le 10 avril 2017 – Source Chronique de Palestine

Attaque de la résistance irakienne contre l’occupant américain. Photo: Archive.

Donald Trump s’était engagé à adopter une approche différente de sa concurrente, Hillary Clinton, sur la Syrie. Pourtant, suite à une attaque chimique dans une ville syrienne, le commandant en chef des États-Unis n’a pas attendu qu’une enquête soit diligentée et a décidé de bombarder les forces armées syriennes.

Vendredi, le monde s’est réveillé au son fracassant de la nouvelle que les États-Unis avaient lancé une attaque de missiles de croisière sur une base de l’armée syrienne à Homs, attaque qui a tué au moins cinq soldats syriens. Ce qui rend cette nouvelle si troublante, c’est que Washington a, une fois de plus, ignoré le Congrès et s’est proclamé juge, jury et exécuteur des hautes œuvres dans une crise internationale. Le fait de l’Empereur.

 

De plus, dans un incident où  les responsabilités ne sont pas établies, l’administration Trump a accordé le bénéfice du doute aux individus dont on sait qu’ils sont affiliés à al-Qaïda et à État islamique. Peut-être que Trump devrait envisager d’écrire un nouveau livre et de l’appeler « L’Art du chaos impérial » ?

Un Empire a-t-il besoin de preuves?

Avant même le début d’une enquête sur l’attaque chimique de mardi dans la province d’Idlib, Nikki Haley, l’ambassadrice des États-Unis aux Nations Unies, a fait quelque chose de vraiment remarquable. Elle a montré des photographies des enfants syriens tués lors de l’attaque chimique, et elle a dit – sans apporter de preuve à ses affirmations – qui en était responsable.

« Regardez ces photos, a demandé Haley aux personnes présentes. Nous ne pouvons pas ignorer ces images. Nous ne pouvons pas refuser de prendre nos responsabilités. Nous ne savons pas encore tout sur l’attaque d’hier. Mais il y a beaucoup de choses que nous savons déjà.

Nous savons que l’attaque d’hier présente toutes les caractéristiques d’une utilisation d’armes chimiques par le régime d’Assad. Nous savons qu’Assad a déjà utilisé de telles armes contre le peuple syrien auparavant […] Nous savons que l’attaque d’hier montre que le régime d’Assad s’enfonce de plus en plus dans la barbarie ».

Si Haley était procureur et qu’elle présentait ce genre de preuve basée uniquement sur l’émotion dans une Cour de justice, on se moquerait d’elle.

De plus, comme on parle ici de rebelles liés au terrorisme qui ont la réputation de couper des têtes et de détruire des œuvres d’art inestimables juste pour le plaisir, cela défie l’entendement que l’administration Trump exclue ces fous furieux de la liste des suspects et accuse Assad. À moins, bien sûr, qu’elle ne veuille que le monde croie sur parole qu’Assad est coupable et qu’il renonce à se poser des questions.

Washington ne s’est pas contenté de ces accusations insultantes portées sur la foi de simples ouï-dire, il a bombardé le principal aéroport de l’armée syrienne à Homs, apportant une aide précieuse aux terroristes. Mais n’espérez pas que qui que ce soit, et encore moins les médias dominants, souligne ces incohérences flagrantes. Nous avons déjà descendu cette pente  dangereuse et le scénario nous est familier, mais cela ne le rend pas moins inquiétant.

Quelqu’un a-t-il un sentiment de déjà vu?

L’intervention de Haley rappelait étrangement celle de l’ex-secrétaire d’État américain, Colin Powell, pour promouvoir une action militaire contre Saddam Hussein, il y a presque 15 ans.

Le 5 février 2003, Colin Powell a adressé un plaidoyer passionné en faveur d’une opération militaire contre l’Irak, accusé – à tort, évidemment – par l’administration Bush d’abriter sur son sol des armes de destruction massive. Tout le monde se souvient de Powell brandissant un faux flacon d’anthrax devant l’Assemblée, et invitant ses auditeurs à imaginer ce qui se passerait si Hussein déclenchait une pareille épidémie en Occident.

Tout comme Nikki Haley, Powell a fait jouer l’émotion et encore l’émotion – la sauce nécessaire à tout discours porteur –, mais on ne devrait jamais accepter que l’émotion prenne le pas sur les preuves matérielles.

Au même moment, de l’autre côté de la mare, Tony Blair, l’ancien Premier ministre britannique dont l’héritage politique a été réduit à néant pour n’avoir jamais cessé d’être le « caniche de Bush », soutenait activement les conclusions d’un dossier de renseignement « amélioré »,  qui accusait Hussein d’avoir des ogives chimiques, biologiques ou nucléaires.

« Nous devons veiller à ce qu’il [Saddam] ne parvienne pas à utiliser les armes qu’il a déjà, ni à se procurer les armes qu’il veut », a déclaré Blair à ses compatriotes.

Au même moment encore, Hans Blix et son équipe d’inspecteurs des armes de l’ONU étaient sur le terrain en Irak et ne trouvaient absolument aucun élément de nature à soutenir les descriptions apocalyptiques de Londres et de Washington. Trump s’est montré un peu plus intelligent qu’eux dans l’affaire. Il n’a pas donné aux inspecteurs de l’ONU la moindre chance d’examiner la scène du crime avant de déclencher la foudre du ciel, comme le puissant Thor.

En fin de compte, en dépit de l’opposition féroce des gouvernements russe, français et allemand, ainsi que de certains des plus grands mouvements de protestation des derniers temps, Washington a obtenu sa guerre et le peuple irakien a vécu l’enfer sans aucune raison valable.

Colin Powell, de son côté a exprimé ses regrets pour sa communication devant l’ONU, dans une interview, en disant que cela « entacherait pour toujours sa réputation ».

On procède à une avance rapide de 15 ans, et on s’aperçoit qu’il y a toujours autant de monde prêt à se laisser convaincre par des paroles théâtrales plutôt que par des preuves solides. Certes, seuls des gens totalement insensibles pourraient regarder des photographies d’enfants assassinés sans ressentir une émotion et un chagrin profonds. Mais des photographies ne suffisent pas à démontrer la responsabilité, et je pense que Nikki Haley et l’administration Trump en sont pleinement conscients.

Le refus arrogant de Washington – une fois de plus – d’attendre calmement les résultats d’une enquête internationale avant de prendre des mesures, montre qu’ils attachent plus d’importance à la poursuite de leur projet essentiel qu’à la découverte de la vérité. Et ce projet essentiel, malgré les affirmations récentes du contraire, semble être de chasser Bachar al-Assad du pouvoir.

Il faut mentionner un dernier élément – la clé de voûte, en quelque sorte – d’une situation qui explique que de tels crimes de guerre puissent se produire. Ce sont les médias traditionnels occidentaux, qui sont devenus plus bellicistes que n’importe quel porte-parole du Pentagone.

La folie belliciste des médias

Pendant que se préparait la guerre en Irak, le New York Times a publié une série d’articles de Judith Miller, alors une journaliste respectée, lauréate du prix Pulitzer, qui affirmaient que l’Irak était en train d’accumuler un stock inouï d’armes de destruction massive. Ces informations basées sur des « preuves » fournies par un personnage très peu fiable, Ahmad Chalabi, se sont révélées erronées mais seulement après que les États-Unis eurent joyeusement ramené l’Irak à l’âge de pierre à coups de bombardements.

Voilà un échantillon de ce que les journalistes étasuniens sont capables de faire, aujourd’hui, quand leurs dirigeants se lancent sur le sentier de la guerre :

« Le président Donald J. Trump a eu raison de frapper le régime du président syrien Bashar al-Assad pour avoir utilisé une arme de destruction massive, le gaz sarin, contre son propre peuple », écrit Anthony J. Blinken, très satisfait, dans un article d’opinion du New York Times. « M. Trump peut ne pas vouloir être le ‘président du monde entier’, mais quand un tyran viole directement une norme fondamentale de conduite internationale […] le monde compte sur l’Amérique pour faire quelque chose. M. Trump l’a fait, et pour cela il mérite d’être félicité. »

Je trouve incroyable que le premier article positif sur Trump que je lis dans les médias depuis qu’il a été élu président nous arrive après une aventure militaire extrêmement mal avisée, basée sur zéro preuve.

Mais le New York Times n’est certainement pas le seul média à mettre tout son poids dans le camp de la guerre.

Aujourd’hui, après des années de mea culpa sur ses errements passés, tout l’appareil médiatique occidental, extrêmement content de lui-même, encourage les escapades militaires, cravachant les leaders comme des chevaux de course, ce qui est évidemment le contraire de ce qu’il est censé faire au départ. Cette tendance dangereuse remonte à l’époque de l’administration Bush, et désormais, les médias semblent œuvrer main dans la main avec l’armée et le gouvernement.

En 2014, Dan Froomkin, de l’Intercept, a donné un bon aperçu de la façon dont les médias poussaient Barack Obama à l’action militaire. « Les experts et les journalistes semblent rivaliser de mépris envers le président Obama […] passant au crible avec délectation les paroles d’Obama pour y déceler la moindre faiblesse et réclamant essentiellement une attaque militaire majeure – tout en se gardant bien de poser la question délicate de l’utilité qu’une telle attaque pourrait bien avoir. » « Dans une nation qui se considère comme pacifique et civilisée, on ne devrait pas décider d’une action militaire quand les arguments en sa faveur ne sont pas infiniment plus solides que le contraire, a déclaré à juste titre Froomkin. Les arguments en faveur de la guerre doivent pouvoir résister à une remise en cause sans concession. »

Il est de plus en plus évident que la tragédie de la politique américaine c’est que cette course insensée vers la guerre n’est plus contrôlée par le peuple ni remise en question par les médias, mais quel est l’effet d’une décision – unilatérale – du président qui ressemble plus à un César romain qu’à un fonctionnaire démocratiquement élu ?

Il faut mettre fin à ces jeux de guerre américains présidés par les médias de propagande et très mal connus d’un public marginalisé et mal informé, avant que la guerre ne déferle sur le monde entier avec son cortège d’horreur et sans qu’on puisse rien y faire.

Robert Bridge, est un écrivain et un journaliste américain basé à Moscou, en Russie. Il est l’auteur du livre Midnight in the American Empire, sur le pouvoir de l’entreprise, publié en 2013.

L’article original est paru dans RT

Traduction : Dominique Muselet

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/ La Guerre de l’information

Publié le par Felli Bernard

Faux Charnier De Timisoara

La Guerre de l’information

 
 
 

Général (2S) Dominique Delawarde – Ancien chef «Situation-Renseignement-Guerre électronique» à l’État-major interarmées de planification opérationnelle

♦ Information et désinformation sont largement utilisées en temps de crise, de guerres ou d’élections présidentielles pour façonner les opinions publiques et les amener à accepter plus facilement les décisions lourdes qui pourraient être prises, pour maintenir leur moral et leur adhésion à la cause nationale en temps de guerre ou de crise, pour orienter le vote des électeurs, fabriquer ou détruire un candidat lors d’élections nationales.

Le sujet a été particulièrement bien traité par Anne Morelli, professeur à l’Université libre de Bruxelles et spécialiste de la critique historique appliquée aux médias modernes, dans un livre de 2001: Principes élémentaires de propagande de guerre (utilisables en cas de guerre froide, chaude ou tiède…).

Le présent article a pour but de rappeler, pour le lecteur pressé, les principes énoncés par Anne Morelli et de les appuyer de quelques anecdotes qui ont pu, hier, et peuvent encore, aujourd’hui, échapper au citoyen lambda. Tout ceci est d’une actualité brûlante.


Les dix principes utilisables par les médias (et les politiques) «en cas de guerre froide, chaude, tiède, ou de crise», mais qui sont tous applicables en «campagne» électorale, sont les suivants :

1.-Nous ne voulons pas la guerre.

2.-Le camp adverse est le seul responsable de la guerre.

3.-Le chef du camp adverse a le visage du diable (ou «l’affreux de service»).

4.-C’est une cause noble que nous défendons et non des intérêts particuliers.

5.-L’ennemi provoque sciemment des atrocités, et si nous commettons des bavures c’est involontairement.

6.-L’ennemi utilise des armes non autorisées.

7.-Nous subissons très peu de pertes, les pertes de l’ennemi sont énormes.

8.-Les artistes et intellectuels soutiennent notre cause.

9.-Notre cause a un caractère sacré.

10.-Ceux (et celles) qui mettent en doute notre propagande sont des traîtres.

Inutile de commenter très longuement ces principes dont chacun peut entrevoir l’application dans l’actualité récente.

La charte d’éthique du journalisme signée à Munich en 1971 est régulièrement bafouée dans tous les pays du monde. Les médias se défendent en disant qu’ils citent leurs sources et ne commentent que des informations qui leur ont été rapportées. Dans le pire des cas, ils peuvent dire qu’ils n’ont pas menti mais qu’ils ont été «abusés» par leurs sources. Leur faute n’est donc pas de mentir. Leur faute réside dans la sélection des sources qu’ils choisissent de relayer, dans l’évaluation de leur fiabilité et dans les commentaires péremptoires qu’ils font sur des informations d’origines extrêmement douteuses.

Examinons quatre exemples concrets, passés et/ou d’actualité qui confirment mon propos et les principes de la propagande de guerre.

1/ – L’affaire de Timisoara (Roumanie) en décembre 1989

C’est l’exemple type des médias pris la main dans le sac à colporter des fausses nouvelles.

Les médias du monde entier ont repris pendant près de six semaines la fausse information d’un prétendu «massacre» de 4 600 personnes pour aider à faire tomber Nicolae Ceaușescu. En fait, les opposants avaient déterré quelques cadavres des cimetières de la ville, les avaient entourés de fils de fer barbelés et avaient tourné des images horribles visant à faire pleurer les téléspectateurs occidentaux. Ils ont ensuite, sur la foi de ces images manipulées, avancé le chiffre énorme de 4.632 victimes qui n’existaient pas, mais que personne n’a osé mettre en doute. Le «montage audiovisuel», la manipulation étaient bien joués et gagnés puisqu’ils ont entraîné la chute de Ceaușescu.

Après coup, les médias et les politiques occidentaux ont eu le bon goût de s’excuser pour leur erreur et ont reconnu avoir été abusés par leurs sources. Aujourd’hui, ils ne s’excusent même plus, ils passent à autre chose.

Quid des manipulations aujourd’hui en Syrie par les deux sources: OSDH (Office syrien des «droit de l’homme»: un individu et son ordinateur, basé à Londres), financé et instrumentalisé par les Occidentaux et les Casques blancs, également financés par les Occidentaux, qui combattent à leurs heures perdues dans les rangs d’Al-Nosra, experts en création de documents audiovisuels bidons, crédibilisés par M. Fabius: «Al-Nosra fait du bon boulot»… Ces deux sources combattent résolument Bachar el-Assad et sont donc partisanes. Sont-elles crédibles ? Je laisse à chacun le soin de répondre à cette intéressante question.

Les agences de presse, les journalistes et politiques qui relaient ce type de sources pourries sont-ils, eux-mêmes, bien crédibles ?…

2/ – L’affaire irakienne

Chacun se souvient du général états-unien Colin Powell présentant aux Nations unies, avec un aplomb incroyable, ses «fausses preuves indubitables» fabriquées par la CIA sur l’existence d’armes de destruction massive en Irak, pour justifier l’intervention militaire qui a suivi. Les médias US unanimes ont été complices du mensonge pendant plusieurs mois. Ils avaient (délibérément ?) mal évalué la crédibilité de la source sur cette affaire particulière. Ils ne se sont jamais excusés, bien sûr. Voir l’excellente émission du 29 mars 2013 sur la chaîne parlementaire: «Mensonges, guerre et vidéo» (51 mn) https://www.youtube.com/watch?v=x8sg0Dqc3_I

3/ – Les communiqués sur les bombardements du Kosovo par Mr Jamie Shea, porte-parole de l’OTAN qualifié de «super menteur» par certains responsables du renseignement

En 1999, dans les premiers jours des bombardements, la vingtaine d’avions MIG 21 serbes affectés à la base de Pristina sont déclarés détruits. La nouvelle est relayée avec jubilation par les médias occidentaux. Le jour suivant la cessation des combats, tous les appareils MIG 21 annoncés détruits sortent des hangars souterrains dans lesquels ils étaient entreposés et décollent pour Belgrade… Cherchez l’erreur…

Au 77e jour de bombardement, M. Jamie Shea déclare aux médias, qui relayent l’information, un cumulé de 800 matériels majeurs détruits (ce qui, pour les gens avertis, représentait la quasi-totalité des matériels majeurs serbes déployés au Kosovo).

Dans le comptage qui a été effectué au moment du retrait des forces serbes du Kosovo, moins de 30 matériels majeurs manquaient à l’appel. Les forces armées serbes étaient donc quasiment intactes après 78 jours de bombardement… La Serbie n’avait cédé que parce que son infrastructure civile était détruite (usines, installations électriques, routes, ponts…).

Les états-majors et les politiques pouvaient difficilement vendre à l’opinion de leur pays qu’ils s’attaquaient principalement à l’infrastructure civile. L’OTAN devait inventer des communiqués de victoires militaires, armée contre armée, qui n’existaient pas vraiment.

Un communiqué militaire, de quelque camp qu’il vienne, est très rarement crédible. Le principe 7 d’Anne Morelli est toujours appliqué: « 7.-Nous subissons très peu de pertes, les pertes de l’ennemi sont énormes. »

Personne ne peut croire un seul instant, aujourd’hui, les communiqués du Pentagone, relayés avec servilité par les médias occidentaux, affirmant que la frappe US du 7 avril aurait détruit 20% de l’armée de l’air syrienne. En tout cas pas moi, après les pieux mensonges des communiqués otaniens observés dans l’affaire du Kosovo (ceci n’était pas un secret militaire mais relevait de l’information ouverte dans les jours qui ont suivi l’arrêt des combats).

4/ – Bombardement de l’Irak par Clinton le 16 décembre 1998

La veille de l’examen de sa destitution par la chambre des représentants pour ses mensonges dans l’affaire Lewinski, le président américain Clinton déclenche des frappes sur l’Irak (pour des raisons de politique intérieure évidentes). C’est l’opération Desert Fox. 415 missiles Tomahawks sont tirés sur l’Irak, faisant de 600 à 2000 tués en 3 jours. Les Irakiens ont payé cher, très cher, l’affaire Lewinski…

L’état-major US publie un BDA (Battle Damage Assessment ou estimation des résultats de ses tirs), avec des images satellites falsifiées. Les Français, de leur côté, font passer leur satellite militaire, extrêmement précis, sur les sites frappés par les forces US et s’aperçoivent que les résultats sont, de beaucoup, moins bons que ce que l’état-major US annonçait… Les images ont été communiquées à nos amis américains qui ne s’imaginaient pas qu’un pays ait la capacité de vérifier la qualité de leur travail et la fiabilité de leur communiqués de victoire…

Doit-on croire, aujourd’hui le BDA états-uniens sur la Syrie ? Personnellement je n’y crois pas.

***

En conclusion, appliquons les principes de la propagande de guerre occidentale au cas syrien et aux élections présidentielles US 2016 et française 2017.

A – Syrie

1.-Nous ne voulons pas la guerre. (Nous: la «coalition occidentale», c’est-à-dire USA-France-GB).

2.-Le camp adverse est le seul responsable de la guerre. (Syrie, Russie, Iran, Hezbollah).

3.-Le chef du camp adverse a le visage du diable (ou «l’affreux de service»): Poutine, Bachar.

4.-C’est une cause noble que nous défendons et non des intérêts particuliers: droits de l’homme, démocratie.

5.-L’ennemi provoque sciemment des atrocités (Alep, utilisation présumée de gaz) et, si nous commettons des bavures, c’est involontairement (Mossoul, Rakka, Deir ez zor).

6.-L’ennemi utilise des armes non autorisées (arme chimique présumée).

7.-Nous subissons très peu de pertes, les pertes de l’ennemi sont énormes. (20% de l’aviation syrienne détruite le 7 avril ????).

8.-Les artistes et intellectuels soutiennent notre cause (multiples réactions à la télévision).

9.-Notre cause a un caractère sacré (droit de l’homme et démocratie sont sacrés).

10.-Ceux (et celles) qui mettent en doute notre propagande sont des traîtres (moi, par exemple).

 Le mensonge est évidemment omni-présent dans chacune des dix rubriques ci-dessus et ci-dessous. Pour ceux qui n’en seraient pas encore convaincus je leur demande de relire l’histoire du faux témoignage du 14 cctobre 1990, dans l’affaire dite «des couveuses», faux témoignage monté par la CIA et le Pentagone pour précipiter l’entrée en guerre des USA contre Saddam Hussein.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_des_couveuses_au_Kowe%C3%AFt
De là à en déduire que les administrations US sont devenues expertes en création de faux prétextes pour intervenir partout dans le monde lorsqu’elles le souhaitent, il n’y a qu’un pas que je n’hésite pas à franchir.

B – Application des principes d’Anne Morelli aux campagnes électorales

Elections présidentielles US 2016 et française 2017 :

1.-Nous ne voulons pas la guerre. Nous voulons le rassemblement (des Français/Américains).

2.Le camp adverse est le seul responsable de la guerre. C’est le parti adverse le seul responsable de la division des Français/Américains).

3.-Le chef du camp adverse a le visage du diable (ou «l’affreux de service»): Fillon, MLP mis en examen, Trump violeur en série, homophobe, raciste…

4.-C’est une cause noble que nous défendons et non des intérêts particuliers: ni gauche, ni droite, mais «En marche»…

5.-L’ennemi provoque sciemment des atrocités (Casse sociale, réduction du nombre des fonctionnaires, Sécurité sociale, anti-Europe pour MLP) (Le mur, l’expulsion des illégaux, l’abandon de l’ObamaCare pour Trump) et si nous commettons des bavures c’est involontairement (augmentation des impôts).

6.-L’ennemi utilise des armes non autorisées. Mon adversaire vous ment, il bénéficie de l’appui des banques et des lobbies, des instituts de sondage et des médias.

7.-Nous subissons très peu de pertes, les pertes de l’ennemi sont énormes: nous sommes en tête, nous avons d’excellents sondages, l’adversaire en a de moins bons ou de mauvais…

8.-Les artistes et intellectuels soutiennent notre cause: Annonce des ralliements, au compte-goutte, et à grand fracas médiatique…

9.-Notre cause a un caractère sacré. Mon programme est dans l’intérêt de la France (ou de l’Amérique: Make America great again) et de tous les Français/Américains.

10.-Ceux (et celles) qui mettent en doute notre propagande sont des traîtres: moi par exemple.

Comme pour une «campagne militaire», la manipulation et la désinformation constituent la base d’un éventuel succès en «campagne électorale».

Sans autres commentaires…

Dominique Delawarde
12/04/2017

Correspondance Polémia – 13/04/2017

Image : décembre 1989, le faux charnier de Timisoara

 

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L'invité de 8h45 du 13 avril 2017 : François Asselineau, candidat UPR à l'élection présidentielle

Publié le par Felli Bernard

L'invité de 8h45 du 13 avril 2017 : François Asselineau, candidat UPR à l'élection présidentielle

 

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REPLAY - Retrouvez l'invité de 8h45 du 13 avril 2017 : François Asselineau, candidat UPR à l'élection présidentielle.

L'invité de 8h45 du 13 avril 2017 : François Asselineau.  Cette vidéo est issue de l’interview de LCI Matin de 8h45 réalisée par Amandine Bégot.  Au programme : invités, analyses, reportages, décryptages sur l'actualité politique, sociale et culturelle…

Le candidat UPR à l'élection présidentielle aborde plusieurs thèmes de sa campagne, à commencer par l’Europe, puisqu’il dit être le seul à proposer "une vraie sortie de l’Europe", contrairement à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

Ensuite, il dénonce les sondages qui ne le créditent que de 0,5 % et se sent "sous-estimé". Enfin il aborde l’actualité internationale et qualifie Donald Trump notamment de "personnage fantasque" tout en dénonçant ses dernières décisions.

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