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Macron, joker d’un système à bout de souffle

Publié le par Felli Bernard

 

 

Macron, joker d’un système à bout de souffle

Du joker, le tout nouveau président français Emmanuel Macron paraît occuper la fonction : dernière carte à jouer du système, pendant les cinq années de son mandat il est condamné à réussir sous peine de la venue au pouvoir d’une alternative à l’Union européenne, à l’euro et au bloc euro-atlantique, déjà bien entamée avec le Brexit et la présidence Trump aux Etats-Unis. Mais c’est aussi sa méthode qui pourrait bien être représentée par le fou du jeu de carte, arborant le vêtement à grelots, symbole médiéval de la folie. Car si Macron, dans sa démarche, apporte un dépassement salutaire des oppositions figées du jeu politique tel que nous l’avons connu jusqu’à présent, et une ouverture à la complexité du réel bien oubliée en ces temps de propagande unipolaire, il n’en est pas moins, dans sa hâte parfois brouillonne et dans son manque de connaissance et de mûrissement de certains sujets, susceptible de conduire à l’illogisme dans la conduite de sa politique, et donc au désordre et au chaos.

Il est incontestable que la victoire électorale de Macron est le fruit d’une mobilisation sans précédent du système économico-médiatico-politique, une fois Juppé, qui en avait les faveurs, écarté au profit de Fillon par les primaires de la droite, lequel a à son tour été écarté dans les conditions que l’on sait, pour faute de déclaration de guerre totale au “totalitarisme islamique” et de volonté de rapprochement avec la Russie, non sans avoir lui même offert les armes de sa mise à mort politique. Mais l’on peut cependant se poser la question du degré d’autonomie du nouveau président par rapport au système qui l’a mis en place. Dans une contribution documentée à la connaissance du personnage, l’IGRP (1) relève que ses mentors n’ont pas été sans formuler des critiques inquiètes à son égard. Attali, juste après sa déclaration de candidature le 16 novembre, déclarait dans le reportage « La stratégie du météore » diffusé le 21 novembre sur France 3 : « L’ambition individuelle est une passion enfantine. […] Il est sur la mauvaise voie. C’est purement sur les apparences, et narcissique. Ce serait du gâchis ». Tout comme l’agent d’influence néo-conservateur depuis déjà Mitterrand, B.H. Lévy, qui a décidé de finalement soutenir Emmanuel Macron, non sans réserves sur « ce parfum d’aventure personnelle”.

Il est en tout cas peu remarqué que Macron a commencé sa carrière politique auprès de Jean-Pierre Chevènement lequel, qui n’en manque pas, lui reconnaît une intelligence hors du commun, et que s’il a été banquier d’affaire de la banque Rothschild, il souligne lui-même lors de l’intéressante interview qu’il a donnée à Mediapart le 5 mai dernier (2), qu’il en est sorti. Outre cela, l’on peut porter au crédit de ce nouveau président un pragmatisme et une aptitude à transgresser les conformismes qui pourraient créer la surprise après dix années d’une politique étrangère désastreuse, alignée sur Washington. Car si son conseiller diplomatique est le très néo-conservateur Gérard Araud, actuel ambassadeur aux Etats-Unis, Macron déclare vouloir mener une politique étrangère “gaullo-mitterrandienne ou chiraquienne”, condamnant notamment l’intervention libyenne, et désignant comme “pire ennemi après les terroristes et les djihadistes islamistes” les “Etats faillis”, précisant : “je ferai tout pour qu’on maintienne la stabilité des Etats, je pense au sujet syrien mais aussi à plusieurs autres” et confirmant que sur ce sujet-là, il est “totalement” sur les positions  de Villepin, qui souhaite “trouver des accommodements avec la Russie”. Et, s’il lui reste à découvrir que la “déviation” date du coup d’Etat de Kiev de février 2014, il n’en diagnostique pas moins que “la vraie difficulté du processus de Minsk, c’est que l’Ukraine elle-même est en train de dévier”.

Il n’en demeure pas moins que dans le même interview, il précise que s’il considère “extrêmement violente et cynique” la délocalisation de Whirlpool, il ne peut l’empêcher car “c’est le monde dans lequel nous vivons”, et que ce qu’il va s’efforcer de faire dans les cinq années qui viennent, c’est d’adapter la France à cette nouvelle donne par ce qu’il appelle la “flexisécurité”.  Car nous serions désormais contraints par une intégration économique et une interdépendance sont sans cesse croissantes, interdisant tout retour en arrière protectionniste et l’intervention d’un Etat stratège, comme le propose son adversaire du second tour. Avec laquelle il a justement commencé à s’affronter, indirectement, à l’usine d’Amiens, à un moment où l’on rentrait “dans le dur” de la campagne, une semaine avant le fameux débat du 3 mai, si injustement décrié (3). Car il aura eu au moins le mérite d’aborder le fond de nombre de sujets, où Marine Le Pen, avec courage et détermination, si elle a manqué d’esprit de décision stratégique sur le plan économique, aura pu révéler un certain nombre d’incohérences du candidat Macron, sur lesquelles les médias de l’oligarchie ont fait silence.

Il est vrai que ce débat a été très peu dans le ton de ceux opposants habituellement les candidats de second tour, au pire à “fleurets mouchetés” pour reprendre une expression bien française. On a eu par moments l’impression de deux ados se disputant dans une cour de récréation, Macron ne se privant pas d’accuser à maintes reprises son interlocutrice de “dire des bêtises” et même de “mentir”, laquelle aurait dû beaucoup plus tôt dans le débat souligner son arrogance. L’attaquant d’emblée sur le conflit d’intérêt en quoi a consisté la vente de SFR à l’oligarque Drahi alors que Macron était ministre de l’économie, celui-ci a beau jeu de prétexter que SFR appartenait à un groupe privé et que cette vente avait été décidée avant sa nomination. Ce qu’il oublie de dire, et que Le Pen ne rappelle pas, c’est que cette vente était subordonnée à la signature d’un accord de l’Etat, conformément à un décret “protectionniste” du ministre démissionnaire Montebourg, en date du 14 mai 2014 relatif aux ” investissements étrangers soumis à autorisation préalable” (4), que Montebourg avait refusé de signer, ce que Macron s’empresse de faire dès sa nomination, finalisant la vente à Drahi, par ailleurs patron de BFMTV, l’un des vecteurs médiatiques de sa promotion et de sa victoire finale.

Mais c’est sur la question de l’islam en France et sur celle de la sécurité que Le Pen a fait la démonstration de la légèreté de son adversaire, et même du danger de ses positions puisqu’il est désormais élu. Poussé dans ses retranchements, à aucun moment Macron n’a déclaré refuser l’appui de l’UOIF, l’Union des organisations islamiques de France, notoirement liée à l’organisation terroriste islamiste internationale des Frères musulmans, financée par le Qatar. Alliés des néoconservateurs américains, les Frères musulmans ont été le fer de lance du “printemps arabe”, et inspirent l’islam politique partout dans le monde, avec le succès que l’on sait notamment en Syrie. Si bien que lorsque Le Pen déclare “il faut éradiquer l’idéologie du fondamentalisme islamiste dans notre pays et vous ne le ferez pas parce que vous êtes soumis à eux”, elle touche juste et il y a matière à s’inquiéter. Macron prétend alors “ne pas connaître” les dirigeants de l’UOIF, ce qui est pour le moins rédhibitoire pour un candidat à la présidence, et s’engager à “la faire interdire”, si l’UOIF “prononce, invite, mène des activités contraires aux lois de la République”, sans tenir compte des propos tenus par l’UOIF lors de ses congrès rapportés par Le Pen. Elle poursuit l’offensive en demandant à Macron ce qu’il a voulu dire en déclarant que “la France a une part de responsabilité dans le terreau du djihadisme”, lequel finit par expliquer que selon lui les terroristes islamistes nés en France sont soit des malades psychiatriques soit des victimes de “notre République (qui) enclave, assigne à résidence des jeunes, par l’échec scolaire, par l’échec économique et social”. L’on se demande alors où se situe pour lui la part de responsabilité des intéressés, et de l’idéologie islamiste de ses soutiens de l’UOIF, qui conduit au passage à l’acte.

C’est alors que Macron utilise l’argument du piège de la guerre civile tendu par les terroristes, dans lequel tomberait Le Pen en proposant une politique de fermeté concernant la propagation de l’idéologie islamiste, avant le passage à l’acte. Et qu’il assène ce qu’il a concocté depuis quelques jours avec sa visite à Oradour, celle au Mémorial de la Shoah et enfin la veille celle à Daniel Cordier : la rafle du Vél d’Hiv, assimilant Le Pen à Pétain, voire à Hitler, dans une “reductio ad hitlerum” ressurgissant de l’abondante utilisation qui en avait été faite par la propagande néo-conservatrice au moment des guerres yougoslaves. Elle lui rétorque alors son aberrante déclaration lors d’une interview à Echourouk News en Algérie le 14 février (5), selon laquelle la colonisation constituerait un crime contre l’humanité, dont la France devrait s’excuser, alimentant la haine et le désir de vengeance des jeunes issus de familles venues d’Algérie. Il se défend en invoquant “les drames pendant cette guerre, qui ont touché nombre de nos concitoyens : les harkis, les rapatriés”, qu’au cours  de l’interview il avait qualifié “d’expatriés”, ce qui prouve qu’il sait compléter ses dossiers. Mais s’il le fait ainsi à contretemps alors qu’il est désormais aux affaires, il est à craindre le pire… Et de contre-attaquer à nouveau Le Pen en revenant sur le Vel d’Hiv, mais cette fois en rappelant sa réponse à Olivier Mazerolle le six avril dernier, au lendemain de sa visite mouvementée en Corse, lors d’une interview au Grand jury de RTL-Le Monde en compagnie d’Yves Thréard et de déjà Christophe Jakubyszyn quand, après avoir été soumise à un intense bombardement en stéréo sur les délais des négociations avec Bruxelles devant conduire à un referendum, il lui demande à brûle-pourpoint : “Est-ce que Chirac a eu tort de parler de la responsabilité de la France dans le Vel d’Hiv ?”, elle répond : “Je pense que la France n’est pas responsable du Vel d’Hiv”.

Le Pen a alors beau expliquer que la responsabilité incombe en fait à l’Etat français, c’est à dire au régime de Vichy, alors que la France était à Londres – ainsi que dans ces familles françaises qui ont sauvé nombre d’enfants juifs aurait-elle pu ajouter – et citer de Gaulle et Mitterrand, ainsi que Chevènement et Guaino, Macron a l’incroyable impudence de lui ordonner : “laissez le général de Gaulle tranquille, vraiment”, comme s’il en avait le copyright exclusif, avant d’asséner : “C’est faux sur le plan historique, c’est faux sur le plan politique”. Et là il est à nouveau pris en flagrant délit de méconnaissance historique et de travestissement des faits : si c’est évidemment vrai sur le plan politique, et la déclaration de Chirac en 1995 est éminemment politique, c’est faux sur le plan historique. Car cette rafle des 16 et 17 juillet 1942 à Paris et en banlieue a bien été perpétrée par l’Etat français, c’est à dire par le régime de Vichy, répondant à une demande de l’occupant nazi, et elle a été réalisée sur ordre par la police parisienne et la gendarmerie visant les Juifs étrangers. Mais revenons à Olivier Mazerolle, qui pose la question à Marine Le Pen. Il était déjà directeur de l’information à RTL lorsque le 13 septembre 1987 interrogé au même Grand Jury par le journaliste Jacques Esnous, Jean-Marie Le Pen déclare : “Je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont pas existé. Je n’ai pas pu, moi-même, en voir. Je n’ai pas spécialement étudié la question. Mais je crois que c’est un point de détail de la seconde guerre mondiale”.

Deux années après le remarquable travail de Claude Lanzmann recueillant les témoignages des kapos juifs survivants sur l’industrie de la mort nazie dans son film Shoah, ces propos font scandale. Travail qui cependant aurait mérité de se pencher plus sur la situation de la population polonaise, comme en général sur la situation des populations slaves dans le régime racialiste nazi, nécessaire travail de mémoire qui permettrait à tous les anti-russes patentés du moment de voir quelles étranges complicités sont les leurs. Et l’on trouvera l’ultime anneau de la chaîne de diabolisation de la candidature de Marine Le Pen en 2017 dans l’interview de Jean-Marie Le Pen par Jean-Jacques Bourdin le 2 avril 2014, au lendemain de cantonales qui ont vu une montée significative du Front national, où, citant sans sourciller le maire de Nîmes, un ancien publicitaire, selon lequel “cette progression est dangereuse, l’Allemagne nazie a commencé comme ça”, il demande à Le Pen : “Votre carrière politique est déjà longue, quand vous avez parlé de “point de détail”, est-ce que vous avez regretté à un moment ou à un autre ?” L’autre campant sur ses positions, il s’est trouvé exclu du Front national.

Apparemment cela n’a pas suffi aux directeurs de conscience dont Macron se fait le porte-voix et l’accusateur public. Rôle que son ignorance de l’histoire, nous l’avons vu, lui permet d’endosser sans difficulté. On peut cependant se poser la question de la liberté avec laquelle il se croit bénéficiaire d’un droit d’inventaire sur la mémoire de la France. Ou plutôt sur celle de IIIème république, celle de Jules Ferry, promoteur de la colonisation, ce que Macron rappelle en Algérie en invoquant que “la France a installé les droits de l’homme en Algérie, simplement elle a oublié de les lire”. La IIIème république, c’est aussi celle qui a voté les pleins pouvoirs à Pétain, et dont bon nombre de représentants ont participé à la collaboration politique et économique sous l’occupation. Lorsque Chirac fait son discours du 16 juillet 1995, une fois levée l’hypothèque Mitterrand, qui mourra quelques mois plus tard, ce petit-fils d’un vénérable d’une loge du Grand-Orient pose ainsi les bases d’un nouveau pacte, succédant à l’entente nouée au sortir de la guerre et de la collaboration par ceux qui, comme Mitterrand lui-même, les ont traversées de diverses manières. Remarquons qu’outre la camarilla socialiste, bon nombre de dignitaires de la chiraquie sont aux côtés de Macron, comme Jean-Paul Delevoye ou Frédéric Salat-Baroux. Et maintenant que la brèche est ouverte, il convient désormais que tous les points obscurs de la mémoire française soient ainsi mis en lumière, pour permettre un véritable avenir. Pas cette mémoire falsifiée enseignée par une école dont Macron est le produit type.

Car des maladresses et des erreurs, ce pur produit de la post-modernité en commet un certain nombre que, dans une surprenante indulgence, la presse aux ordres relève peu : “l’île de la Guyanne”, “Villeurbanne dans la région lilloise”, les “alcooliques” du bassin minier et les “illettrées” de Gad, sans parler de l’absence de culture et d’art français. A quoi il faut ajouter une erreur monumentale dans l’entretien à Mediapart : Macron y prétend en effet que l’armée française est “la deuxième armée du monde” (6), sans doute après celle des Etats-Unis, ignorant les armées russe, chinoise et britannique, ce qui pour un chef des armées dirigeant la politique extérieure de la France est plutôt inquiétant. Quant à la sécurité, sa proposition de permettre à la police de verbaliser les délinquants pour des délits pénaux ou d’interdire aux caïds les gares et les supermarchés, a tout simplement fait rigoler Le Pen, plus au courant des réalités de terrain. Reste donc son domaine de compétence privilégié, l’économie, qui lui a permis de la regarder de haut tout au long du débat.

Le Pen commence par présenter son projet d’Alliance des nations libres et souveraines, qu’elle oppose à l’Europe fédérale que, dit-elle, Macron voudrait instaurer sauf à ce que l’euro meurt dans les dix années qui viennent. Lequel la regarde ironiquement s’enferrer dans ses explications embarrassées sur les moyens d’y parvenir, soumis à referendum, ne paraissant pas y croire elle-même, allant jusqu’à marchander le délai de réalisation de ce referendum, qu’elle fixe d’abord à six mois puis, quand Nathalie Saint-Cricq lui suggère dix-huit mois, qu’elle concéde à dix mois, après en avoir annoncé un premier sur la réforme de la constitution dès septembre. Comment croire un instant en la faisabilité d’un tel agenda ? Et elle nous fait grâce d’un des arguments qu’elle avait utilisé jusque-là : son départ en cas de refus des résultats auxquels elle serait parvenue dans la négociation, alors qu’il serait plus simple de proposer aux électeurs un engagement clair dès le scrutin présidentiel. Mais il est vrai que les Français, s’ils ont majoritairement voté non au referendum constitutionnel de 2005, ont voté Maastricht en 1992, et restent majoritairement favorable au maintien de l’euro. Sans doute par absence de débats dans un pays souffrant d’un verrouillage idéologique de type totalitaire, ainsi que par peur du saut dans l’inconnu, raison supplémentaire pour elle d’être claire et pédagogique sur cet élément essentiel du débat. Mais il est évident qu’à ce moment-là de sa campagne, Marine Le Pen sait qu’elle va perdre, que la dynamique qu’elle a réussi à lui insuffler a été brisée.

En effet trois jours auparavant, Nicolas Dupont-Aignan, dirigeant de la petite formation souverainiste Debout la France qui, profitant de la disgrâce de Fillon, a fait près de cinq pour cents des voix au premier tour, s’allie à Marine Le Pen. Ce gaulliste social, tel qu’il se définit, qui a quitté l’UMP voici dix ans, précisément après que Sarkozy ait fait voter par le parlement une constitution européenne majoritairement rejetée par les Français deux ans auparavant, permet au Front national de sortir du désert. Marine Le Pen le désigne comme son futur premier ministre et le lendemain, un meeting bondé à Villepinte consacre l’alliance qui se trouve créditée de plus de quarante pour cent des voix. Sur quoi cette alliance repose-t-elle précisément ? Le fait est que lors du débat trois jours après, Marine Le Pen se définit alors comme européenne et, pour la période transitoire qui devrait conduite à la fin de la monnaie unique, elle propose une double monnaie : le franc pour les particuliers et une monnaie commune, l’euro ou l’ecu, pour les entreprises et les transactions internationales. C’est là que l’économiste Macron révèle ses talents, l’interrogeant minutieusement, exemples à l’appui, sur le fonctionnement concret de ces deux monnaies, ce dont elle s’avère incapable. Lui alors de se gausser du “bidouillage que vous avez fait dans le week-end avec Monsieur Dupont-Aignan (qui) n’a aucun sens et (qui) d’ailleurs manifeste une impréparation crasse”, à quoi il oppose sa “vision de construire un euro fort”.

L’économiste Jacques Sapir, qui a participé au meeting de lancement de la campagne de Dupont-Aignan (7), dans un article publié sur son blog dès le 5 mai, fait alors porter la responsabilité de la défaite annoncée en grande partie à Le Pen, qui “s’est révélée incapable de porter son programme”, bien qu’elle ait “dit avoir écouté les économistes sur de nombreuses questions, de l’euro à la mondialisation, mais à l’évidence elle ne les a pas entendus ni compris” (8). Le coup de grâce avait cependant sans doute déjà été donné l’avant-veille du débat par la très populaire Marion Maréchal-Le-Pen, la déjà ancienne députée du Vaucluse qui, par deux fois le 1er mai, avait déclaré que les négociations sur la sortie de l’euro ne débuteraient pas avant 2018, après les élections italiennes, et qu’elles dureraient plusieurs années, court-circuitant ainsi la candidate de son parti qui elle avait martelé vouloir entreprendre les négociations dès le lendemain de son élection, sanctionnées par un référendum dans les six mois.

Marine Le Pen marque cependant un dernier point contre Emmanuel Macron lorsque celui-ci prétend que le chômage était plus important avant l’euro et qu'”il y a beaucoup de pays qui s’en sortent très bien dans l’euro” et “des pays qui vont mal hors de l’euro”, alors qu’il suffit de regarder une courbe du chômage, comme en montre une Sapir dans l’article cité, pour constater que c’est faux. Ce qui atteste en fait l’engagement idéologique de Macron, bien qu’il se présente comme un pragmatique. Et l’on peut craindre le pire à partir du lundi 15 mai, où il va rencontrer la chancelière Merkell, pour négocier “avec elle” et non pas “face à elle” comme il l’a souligné dans la campagne, à commencer par la directive des travailleurs détachés, qui impose une concurrence déloyale et un dumping social à l’intérieur de l’Union européenne. Laquelle, conformément aux voeux d’Attali, qui a de la suite dans les idées, devrait marcher à grands pas vers une fédéralisation “que nous ont proposée déjà par deux fois les Allemands”, s’est-il désolé auprès de Claire Chazal sur France Infos le 13 mai, plaçant tous ses espoirs dans le nouveau gouvernement, “qui a l’air de vouloir agir, j’espère qu’il va agir”.

Il devrait en effet agir, et vite. Après avoir explosé le parti socialiste peut-être le tour des Républicains va-t-il venir pour la création d’un Grand Parti Unique, rejetant aux deux extrêmes le repreneur d’usines en faillite Mélenchon et un Front national divisé entre libéraux euro-compatibles et colbertistes. Parti unique qu’a dénoncé Bayrou, l’éternel cocu de l’histoire, non sans une lucidité peu relayée par une presse courtisane, lui qui avait pourtant apporté une dynamique essentielle à la campagne de Macron, qui le paye maintenant d’ingratitude en ne lui laissant qu’une portion congrue dans les investitures aux législatives. Le Joker Macron, une fois les coudées franches avec un parti unique à sa botte lui donnant une majorité absolue à l’assemblée, et sacré “monarque républicain” dans une cérémonie au Louvre frisant le ridicule, va-t-il donc être le Trump, le dernier atout d’un système qui sait bien que sa vie est comptée ? Ou va-t-il être amené à jouer un jeu imprévu dans un monde où, à Pékin, le jour même de son investiture, se tient un Forum consacré au projet chinois “Une ceinture – Une voie” ? Y participent en effet une trentaine de chefs d’Etat et une centaine de pays, pour décider le projet de six corridors de transport maritimes et terrestres unifiant le continent eurasiatique. Un projet qui concerne trois milliards d’habitants pour un investissement de 21 trillons de dollars. Le Joker du système ferait en effet bien de réfléchir à l’avertissement donné par le président russe Vladimir Poutine à cette occasion : “Les risques de fragmentation de l’économie globale et de l’espace technologique sont toujours plus évidents. Le protectionnisme devient la norme, et les tentatives de le limiter par des méthodes camouflées s’avèrent unilatérales et illégitimes” (9).

Frédéric Saillot, le 14 mai 2017.

(1) Intérêt Général, Résistance et Prospective, “groupe informel de recherches et d’information d’intérêt citoyen”.
(2) https://m.youtube.com/watch?v=MeOq-gUG_BA
(3) https://www.youtube.com/watch?v=pNC4LoTN_qg
(4) https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000028933611
(5) https://m.youtube.com/watch?v=JZXILHcryOE
(6) à 3 h 00′ 10″ de la video : https://m.youtube.com/watch?v=MeOq-gUG_BA
(7) https://www.youtube.com/playlist?list=PL9Fa29olRAo00BqttSyByMI-jIjIiaymk
(8) http://russeurope.hypotheses.org/5980
(9) https://ria.ru/economy/20170514/1494251633.html

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USA vs Chine. Le « piège de Thucydide »

Publié le par Felli Bernard

 
 
 
 
 
 
 
 
 

dimanche 14 mai 2017

USA vs Chine. Le « piège de Thucydide »

 

L’émergence de la puissance chinoise depuis trente ans n’a pas de précédent dans l’histoire. Après trente ans de croissance à deux chiffres, cette économie, qui était plus petite que celle de l’Espagne en 1980, est aujourd’hui la deuxième économie mondiale. Avec ses 1,3 milliard d’habitants, la Chine deviendra la plus grande économie mondiale dans les dix prochaines années. Rien de similaire ne s’est jamais produit dans l’histoire du monde et cela affecte déjà l’équilibre des forces dans la région Asie-Pacifique. Les États-Unis, première puissance mondiale, ne l'acceptent pas.

Sous-marins : la France vient d’en vendre douze à l’Australie, qui se soucie de ses côtes et de son cher voisin chinois !
États-Unis : Trump et Sanders parlent de plus en plus du danger chinois, de la manipulation du yuan et de la destruction d’emplois américains. Il faut les taxer !
Chine : le Président Xi Jinping va visiter les îlots, gros rochers déserts devenus bases militaires, à proximité de zones maritimes revendiquées par la Chine et ses voisins.
Thucydide : il y a quelques semaines à Pékin, deux diplomates, Henry Kissinger et Dai Bingguo, débattent du "Piège de Thucydide".
L'Europe sur la pente glissante du piège de Thucydide : saurons-nous éviter que la concurrence avec la Chine ne se transforme en nouvelle guerre du Péloponnèse ?
 
Le « piège de Thucydide »
Le « piège de Thucydide » est l’antagonisme qui oppose la puissance établie et la puissance ascendante, à tel ou tel moment de l’histoire, la montée en puissance de la seconde, la crainte qu’elle suscite chez la première, et le risque de guerre qui en résulte. Sparte et Athènes s’affrontent au cours de la guerre du Péloponnèse (431-404 av. J.-C.), le Royaume-Uni et l’Allemagne au cours de la Première Guerre mondiale (1914-1918) ; les États-Unis et la Chine se trouvent dans une situation comparable au début du XXIe siècle.
La montée en puissance de la Chine, tant sur le plan économique que militaire, génère désormais une crainte grandissante chez la puissance établie, les USA. Les relations sino-américaines trouvent ainsi progressivement une certaine analogie avec celles d’Athènes et de Sparte.
C’est sans doute la raison pour laquelle le général Martin Dempsey, ex chef d’État Major des armées américaines, a insisté lors d’une conférence au Carnegie Endowment for International Peace sur le fait que les États Unis ne menaient pas une « stratégie d’endiguement » de la Chine mais de transparence avec celle-ci dans le Pacifique. « Je crois que l’une de mes tâches, en tant que chef de l’état-major et conseiller auprès de nos dirigeants du plus haut niveau, est de nous aider à éviter le piège de Thucydide. Nous ne voulons pas que la crainte de l’émergence de la Chine rende la guerre inévitable » déclara-t-il lors de cette conférence.
Les diplomates Henry Kissinger et Dai Bingguo, ont eux même débattu du « Piège de Thucydide » en mars 2016, lors du Forum du Development Research Center, la grande réunion politico-économique chinoise.
Chacun d’entre nous sait bien que la dénégation du risque, ce que pratiquent activement les États Unis et la Chine, signifie le plus souvent que ce risque est bien présent.
Le « Gambit de Mao »
Au jeu d'échecs, le gambit est un sacrifice volontaire d'une pièce (pion, ou autre) dans la phase d'ouverture dans le but d'obtenir un avantage stratégique non matériel : attaque, gain d'espace, ouverture de lignes, dislocation de la structure de pions adverse, gain de temps, etc. Le gambit est parfois risqué, car si l'avantage stratégique n'est pas bien exploité, le déséquilibre matériel offrira de meilleures chances de gain à l'adversaire.
Est-ce qu'on peut imaginer qu’un dirigeant chinois, qui vient à peine de prendre le contrôle de son pays après une longue guerre civile, prend le risque d’attaquer une superpuissance qui vient d’écraser le Japon afin de mettre fin à la deuxième en larguant des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki?
Alors que les troupes américaines ont repoussé les forces nord-coréennes vers la frontière chinoise en 1950, le général Douglas MacArthur, ne pouvait pas l’imaginer.
Mais Máo Zédōng ou (Mao Tse-tung) la fait. MacArthur était sidéré.
Les forces chinoises ont rapidement battu les troupes américaines pour les repousser jusqu’à la ligne qui divisait la Corée du Nord et du Sud quand la guerre a commencé. Ce trente-huitième parallèle continue de marquer la frontière entre les deux Corées aujourd'hui. On estime que ce conflit a engendré la mort d'au moins trois millions de personnes. Parmi les morts militaires, il y a eu 36.000 Américains, 150.000 sud coréens, entre 215.000 et 400.000 nord-coréens, et entre 180.000 et 400.000 Chinois.
De même, en 1969, les dirigeants soviétiques ne pouvaient pas imaginer que la Chine réagirait à un différend frontalier local en lançant une attaque préventive contre une puissance nucléaire ayant une supériorité écrasante. Mais c'est précisément ce que le président Mao a fait quand il a commencé la guerre à la frontière sino-soviétique.
Dans les deux exemples ci-dessus, nous assistons à ce qu’on pourrait appeler le « gambit de Mao ». Le « gambit de Mao » a envoyé un message sans équivoque de « défense active »:
La Chine ne se laissera jamais intimider, même par des adversaires qui pourraient l’effacer de la carte.
Les Américains face à la Chine
Comme la renaissance de la Russie post-soviétique, la montée de la Chine comme puissance économique est qualifiée de « menace existentielle » au droit divin des États-Unis de réguler et de dominer les affaires humaines.
Pour contrer cela, en 2011, le président Obama a annoncé un « pivot vers l’Asie », ce qui signifie que près des deux tiers des forces navales américaines seraient transférées en Asie et dans le Pacifique d’ici 2020. Aujourd’hui, plus de 400 bases militaires américaines encerclent la Chine avec des missiles, des bombardiers, des navires de guerre et, surtout, des armes nucléaires. De l’Australie au Japon et à la Corée, à travers le Pacifique, et à travers l’Eurasie de l’Inde à l’Afghanistan, les bases forment, dit un stratège américain « le nœud coulant parfait ».
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Les États-Unis traitent encore l’ouest du Pacifique comme s’il s’agissait d’un lac américain.
Pour la classe politique américaine, la tentation existe de faire de la Chine le bouc émissaire des problèmes de l’Amérique. Pour éviter des erreurs, Donald Trump ne devrait pas se contenter d’entretiens avec le président chinois Xi Jinping autour d’un gâteau au chocolat, pendant que des missiles Tomahawk sont envoyés sur un pays qui n’a jamais agressé les États-Unis. Trump raconte fièrement, comme un gamin qui s’extasie devant un jouet :
"J'étais assis à table […], nous étions au dessert et nous avions le plus beau gâteau au chocolat que vous ayez jamais vu, et le président Xi s'en régalait. Et j'ai reçu le message des généraux que nos navires étaient armés et prêts …, donc les missiles étaient en route. Et j'ai dit :'Monsieur le Président, laissez-moi vous expliquer quelque chose. C'était au moment du dessert. Nous venions juste de lancer 59 missiles, qui ont tous frappé, au fait, c'est incroyable, à plusieurs centaines de kilomètres, ils ont tous frappé [leur cible], stupéfiant…C'est si incroyable. C'est brillant, du génie. Notre technologie, nos équipements, sont cinq fois meilleurs que n'importe qui. Je veux dire regardez, ce que nous avons, en termes de technologie, personne ne peut les concurrencer."
On voit que Trump n’est pas très au fait des technologies militaires russes, chinoises et même nord-coréennes.
La guerre nucléaire est une menace réelle
La guerre nucléaire contre la Chine n’est plus une ombre, mais une éventualité. La plus grande accumulation de forces armées américaines depuis la Deuxième Guerre mondiale est bien avancée et bien là : elles sont dans l’hémisphère nord, sur les frontières occidentales de la Russie, en Asie et dans le Pacifique, face à la Chine.
Une étude de la RAND Corporation – qui, depuis le Vietnam, a planifié les guerres de l’Amérique – est intitulée, « Guerre avec la Chine : Penser l’impensable ». Commandités par l’armée américaine, les auteurs évoquent la guerre froide, lorsque RAND a rendu fameux le slogan de son principal stratège, Herman Kahn – « Penser l’impensable ». Le livre de Kahn, Sur la Guerre thermonucléaire, a élaboré un plan pour une guerre nucléaire « gagnable » contre l’Union soviétique.
Aujourd’hui, son point de vue apocalyptique est partagé par ceux qui détiennent un véritable pouvoir aux États-Unis : les sionistes et les néocons au gouvernement, au Pentagone, dans l’establishment des services de renseignement de la sécurité nationale et au Congrès.
« Les États-Unis, écrit Amitai Etzioni, professeur d’affaires internationales à l’Université George Washington, se préparent à une guerre avec la Chine, la décision n’a pas encore été examinée par les élus, à savoir la Maison Blanche et le Congrès. » Cette guerre commencerait par une « attaque aveugle contre les installations chinoises de défense territoriale, y compris les lanceurs de missiles terrestres et maritimes […] les satellites et les anti-satellites ».
Le risque incalculable est que « les attaques profondes à l’intérieur des terres pourraient être perçues, à tort [ben voyons ! NdT], par les Chinois comme des tentatives préventives pour détruire leurs armes nucléaires, les faisant ainsi tomber dans le terrible dilemme du « rien à perdre » conduisant à une guerre nucléaire. »
En 2015, le Pentagone a publié son manuel sur la Loi de la guerre qui dit : « Les États-Unis, n’ont pas accepté de traité qui interdit l’utilisation des armes nucléaires en soi, et ainsi les armes nucléaires sont des armes légales pour les États-Unis. »
L’armée et l’arsenal chinois sont petits par rapport aux États-Unis. « Pour la première fois, écrit Gregory Kulacki de l’Union of Concerned Scientists, la Chine envisage de mettre ses missiles nucléaires en état d’alerte afin qu’ils puissent être lancés rapidement en prévision d’une attaque […] Ce serait un danger important et un changement dangereux dans la politique chinoise […] En effet, les politiques nucléaires des États-Unis sont le facteur externe le plus important qui influence les décisions chinoises de relever le niveau d’alerte de leurs forces nucléaires. »
En 2015, dans le plus grand secret, les États-Unis ont organisé leur plus important exercice militaire depuis la Guerre froide. C’était Talisman Sabre : une armada de navires et de bombardiers à longue portée simulant un « concept de bataille aérienne et navale contre la Chine » – bloquant les voies maritimes dans le détroit de Malacca et coupant l’accès de la Chine au pétrole, au gaz et à d’autres matières premières en provenance du Moyen-Orient et d’Afrique.
C’est une telle provocation et la crainte d’un blocus par la marine américaine qui ont convaincu la Chine de construire fiévreusement des pistes d’atterrissage stratégiques sur les récifs contestés et les îlots dans les îles Spratleys en mer de Chine méridionale.
En 2014, sous l’égide de la « domination par l’information » – le jargon du Pentagone pour désigner la manipulation des médias, et la propagation de fausses nouvelles, pour lesquelles celui-ci dépense plus de 4 milliards de dollars par an – l’administration Obama a lancé une campagne de propagande visant la Chine comme menace pour la « liberté de navigation ».
Le propagandiste en chef désigné est l’amiral Harry Harris, le commandant militaire américain en Asie et dans le Pacifique. « Mes responsabilités, dit-il au New York Times, couvrent un territoire allant de Bollywood [en Inde] à Hollywood, des ours polaires aux pingouins. » Jamais la domination impériale n’a été décrite aussi misérablement.
Harris est l’un des nombreux amiraux et généraux du Pentagone qui a réuni des journalistes sélectionnés et malléables afin de justifier une menace aussi spécieuse que celle avec laquelle George W. Bush et Tony Blair ont justifié la destruction de l’Irak et de la majeure partie du Moyen-Orient.
À Los Angeles en septembre, Harris a déclaré qu’il était « prêt à affronter une Russie revancharde et une Chine sûre d’elle-même […] Si nous devions lutter maintenant, ce soir, je ne veux pas que ce soit un combat loyal. Si c’est un combat au couteau, je sortirai un pistolet. Si c’est une bagarre au pistolet, j’appellerai l’artillerie […] et tous nos partenaires avec leur artillerie. »
Ces partenaires incluent la Corée du Sud, qui héberge la base de lancement du système de défense aérienne à haute altitude du Pentagone, connu sous le nom de THAAD, qui est censé viser la Corée du Nord. Comme l’indique le professeur Postol, il vise la Chine.
L’ascendant du Pentagone à Washington – que Daniel Ellsberg a qualifié de coup d’État silencieux – se reflète dans le montant record de 5.000 milliards de dollars que l’Amérique a consacré à ses guerres agressives depuis le 11 septembre, selon une étude de l’Université Brown. Le million de morts en Irak et la fuite de 12 millions de réfugiés d’au moins quatre pays en sont la conséquence.
En septembre, le Conseil atlantique, un groupe de réflexion géopolitique américain, a publié un rapport qui prédisait un monde hobbesien « marqué par la rupture de l’ordre, l’extrémisme violent et une ère de guerre perpétuelle »:
Les nouveaux ennemis sont une Russie « résurgente » et une Chine « de plus en plus agressive ».
Seule l’Amérique "héroïque" peut nous sauver.
Cette propagande de guerre a une qualité démentielle. C’est comme si le « siècle américain », proclamé en 1941 par l’impérialiste américain Henry Luce, propriétaire du magazine Time, se terminait sans préavis et que personne n’ait eu le courage de dire à l’empereur de ranger ses armes et de rentrer chez lui.
Conclusion
Le monde se déplace inexorablement vers l’Est. Mais la vision étonnante de l’Eurasie par la Chine est à peine comprise en Occident. La Nouvelle Route de la Soie est un ruban destiné au commerce : ports, pipelines et trains à grande vitesse jusqu’en l’Europe. Le leader mondial de la technologie ferroviaire, la Chine négocie, avec 28 pays, des itinéraires sur lesquels les trains atteindront jusqu’à 400 km/h. Cette ouverture au monde a l’approbation d’une grande partie de l’humanité et, en même temps, unit la Chine et la Russie.
Les dirigeants chinois pensent qu’ils reviendront à leur position naturelle d’«empire du Milieu», autrement dit de centre du monde, et que les autres devront s’adapter à cette réalité. La Chine veut être acceptée comme la Chine, et non comme un membre d’honneur de l’Occident.
Pékin n’hésite pas à utiliser sa puissance économique pour envoyer le message. C’est le cas pour le Japon et les Philippines, deux pays avec lesquels elle a des différends territoriaux. Ce n’est pas un hasard si, l’année dernière, les exportations du Japon et des Philippines vers la Chine ont diminué, respectivement de 16 et 20 %.
La question des prochaines décennies est donc de savoir comment la Chine et les États-Unis pourront échapper au «piège de Thucydide», autrement dit au conflit résultant de la rivalité entre une puissance émergente et une puissance régnante, comme entre Athènes et Sparte au Ve siècle av. J.-C., ou entre l’Allemagne et ses voisins, à la fin du XIXe siècle. L’émergence rapide de toute nouvelle puissance perturbe le statu quo. Historiquement, dans 11 cas sur 15, depuis 1500, cela s’est terminé par une guerre.
Les États-Unis ne peuvent pas arrêter l’émergence de la Chine, mais ils doivent trouver le moyen de partager le leadership du XXIe siècle avec une Chine plus puissante et une Russie mieux armée, une situation totalement nouvelle pour eux. Aujourd’hui encore, Washington a tendance à vouloir faire la leçon à Pékin et à Moscou, en leur demandant de ressembler à Paris et à Berlin (qui ne peuvent bouger le petit doigt sans l’agrément de l’Oncle Sam), en devenant plus « démocratique ». La Chine se modernisera en évoluant vers plus d’État de droit et une justice indépendante, mais ne deviendra pas pour autant une « démocratie libérale » au sens occidental, car cela signifierait son effondrement.
Le conflit entre les deux puissances n’est donc pas inéluctable, car les deux pays ont tout intérêt à trouver des compromis.
La Chine a besoin du marché américain pour vendre ses produits, les États-Unis ont besoin de la Chine pour acheter leurs bons du Trésor. Les deux pays ont un intérêt commun à la liberté de navigation et à la sécurité des voies maritimes. À court terme, les dirigeants chinois sont conscients de la supériorité technologique et militaire américaine et ils préféreront la diplomatie à la force pour s’imposer progressivement comme la première puissance économique.
 
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Hannibal GENSERIC

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Le plan du Pentagone pour l’Europe

Publié le par Felli Bernard

Le plan du Pentagone pour l’Europe

| Rome (Italie)
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En préparation de la visite du président Donald Trump en Europe —le 24 mai à Rome, le 25 au Sommet de l’Otan de Bruxelles, les 26-27 au G7 de Taormina— le Pentagone a présenté son plan stratégique pour le « théâtre européen ». Il l’a fait par la voix du général Curtis Scaparrotti qui, étant à la tête du Commandement européen des États-Unis, est automatiquement à la tête de l’Otan avec la charge de Commandant suprême allié en Europe. Au Sénat des États-Unis, le 2 mai, le général rappelle que « le théâtre européen reste d’une importance cruciale pour nos intérêts nationaux » et que « l’Otan nous donne un avantage unique sur nos adversaires ». Cet avantage se trouve cependant à présent mis en danger par « une Russie résurgente, qui essaie de miner l’ordre international sous conduite occidentale et de se réaffirmer comme puissance mondiale ».

Le Commandant suprême appelle les alliés européens à serrer les rangs autour des États-Unis pour défendre par tous les moyens l’ « ordre international » —celui qui est fondé sur la suprématie économique, politique et militaire de l’Occident— mis en péril par l’émergence de nouveaux sujets étatiques et sociaux.

Il concentre le feu sur la Russie, en l’accusant d’ « activités malignes et actions militaires contre l’Ukraine » (juste au troisième anniversaire du massacre de dizaines de Russes perpétré à Odessa le 2 mai 2014 par des néo-nazis ukrainiens sous direction des USA et de l’Otan). Mais la « menace » ne provient pas que de la Russie : les États-Unis —déclare l’amiral Harris, chef du Commandement Pacifique— sont défiés dans cette région simultanément par « une Chine agressive et une Russie revancharde ».

En réponse à ces défis, annonce Scaparrotti, le Commandement européen des États-Unis « est en train de revenir à son rôle historique de combat, en adaptant ses plans aux menaces que nous avons face à nous ». Il demande donc au Congrès d’augmenter les fonds pour la « European Reassurance Initiative », l’opération lancée par les USA en 2014 officiellement pour « rassurer » les alliés Otan et partenaires européens, pour laquelle 3,4 milliards de dollars ont été attribués en 2017. « De significatifs investissements sont nécessaires —souligne le général— pour augmenter dans toute l’Europe notre présence avancée, le pré-positionnement de matériels militaires, les exercices pour la préparation aux conflits ».

Le plan est clair et il est déjà en acte : transformer l’Europe en première ligne de la confrontation avec la Russie. C’est ce que confirme l’annonce, faite le 4 mai, que l’Armée US en Europe a constitué un nouveau quartier général à Poznan, en Pologne, pour commander les plus de 6 000 GI’s basés en Pologne, Estonie, Lettonie, Lituanie, Allemagne, Slovaquie, Hongrie, Roumanie et Bulgarie, dans le but de « renforcer le flanc oriental de l’Otan comme dissuasion envers la Russie ».

Au déploiement sur le flanc oriental —comprenant forces blindées, chasseurs-bombardiers, navires de guerre et unités de missiles y compris nucléaires— participent les puissances européennes de l’Otan, comme le démontre l’envoi de troupes françaises et de chars d’assaut britanniques en Estonie.

Et l’armée européenne ? Lors de la rencontre avec les ministres de la Défense de l’Union européenne, le 27 avril à Malte, le secrétaire général de l’Otan Stoltenberg n’a laissé aucun doute : « Il a été clairement convenu par l’Union européenne que son objectif n’est pas de constituer une nouvelle armée européenne ou des structures de commandement en compétition avec celles de l’Otan, mais quelque chose qui soit complémentaire à ce que fait l’Otan ».

Le bâton de commandement reste donc solidement dans les mains du Commandant suprême allié en Europe, un général états-unien nommé par le président des États-Unis.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

Manlio Dinucci

Manlio Dinucci Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Laboratorio di geografia, Zanichelli 2014 ; Diario di viaggio (en trois tomes), Zanichelli 2017 ; L’arte della guerra / Annali della strategia Usa/Nato 1990-2016, Zambon 2016.

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Vers un « printemps latino » ?

Publié le par Felli Bernard

Vers un « printemps latino » ?

L’inquiétude grandit en Amérique latine : les États-Unis et le Royaume-Uni y préparent un « printemps », sur le modèle des « printemps arabes ». Bien sûr, il ne s’agira pas cette foi-ci de répandre la guerre en divisant les populations sur une ligne religieuse —les Latinos sont presque tous chrétiens—, mais d’utiliser des éléments d’identités locales. L’objectif serait pourtant le même : non pas remplacer des gouvernements par d’autres, mais détruire les États pour éradiquer toute possibilité de résistance à l’impérialisme.

| Caracas (Venezuela)
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Avec le temps, de nombreux leaders politiques dans le monde ont réinterprété les « printemps arabes ». Ce qui apparaissait comme des révolutions spontanées contre des gouvernements autoritaires est aujourd’hui perçu pour ce qu’il est : un plan anglo-saxon de déstabilisation de toute une région du monde pour y placer au pouvoir les Frères musulmans. Le souvenir de la « révolte arabe de 1916 », au cours de laquelle Lawrence d’Arabie souleva la région contre l’empire ottoman en faisant rêver les peuples de liberté pour finalement les asservir dans l’empire britannique, atteste que Londres en a le savoir-faire.

Il semble que les Anglo-Saxons préparent une nouvelle vague de pseudo-révolutions en Amérique latine. Tout a commencé avec un décret de Barack Obama, le 9 mars 2015, déclarant un état d’urgence au vu de la menace extraordinaire que la situation au Venezuela ferait peser sur les États-Unis. Ce document suscita une vague d’indignation dans le continent contraignant le président US a présenter des excuses lors d’un sommet international. Mais le décret ne fut pas annulé et les préparatifs d’une nouvelle guerre se poursuivirent.

À la différence du Syrian Accountabilty Act de George W. Bush (2003), le texte d’Obama sur le Venezuela est un décret présidentiel et non pas une loi. Par conséquent l’Executif n’a pas à rendre compte des préparations au Législatif. S’il a fallu huit ans aux Anglo-Saxons pour passer à l’acte dans le monde arabe en général et en Syrie en particulier, de nombreux éléments laissent à penser qu’il leur faudra moins de temps pour lancer un programme de destruction de l’Amérique latine.

Des troubles ont éclaté au Brésil, à l’occasion des Jeux olympiques, contre la présidente Dilma Rousseff. Celle-ci a été destituée à l’issue d’une procédure parlementaire, certes légale, mais totalement contraire à l’esprit de la Constitution. Ce coup d’Etat a été conduit sous le contrôle de la Banque centrale —dont le n°2 était un brésilo-israélien— par des députés dont beaucoup sont aujourd’hui convaincus de corruption. Les services de sécurité de l’État sont restés étrangement passifs pendant ce coup. C’est que, durant les Jeux olympiques, ils avaient été placés sous la coordination… d’experts israéliens. Actuellement, le nouveau président, le brésilo-libanais Michel Temer, est à son tour largement contesté.

La situation n’est guère meilleure au Mexique. Le pays est de facto déjà divisé en quatre. Le Nord connaît une forte croissance, tandis que le Sud est en pleine récession. Les dirigeants politiques ont vendu la société pétrolière nationale et toutes ses réserves, Pemex, aux États-Unis (qui n’ont donc plus besoin du pétrole moyen-oriental). Seule l’armée semble encore croire en la patrie.

Exploitant des erreurs économiques du gouvernement, l’opposition vénézuélienne a réussi à rassembler quelques grandes manifestations pacifiques. Simultanément, elle a organisé de minuscules rassemblements extrêmement violents au cours desquels des policiers et des manifestants ont été tués. Créant la confusion, les agences de presse internationales donnent l’impression qu’une révolution a débuté contre les chavistes, ce qui n’est pas du tout le cas.

Ainsi, les trois principaux États latino-américains sont déstabilisés au même moment. Il semble que les néoconservateurs états-uniens anticipent une possible paix en Syrie et hâtent leur projet latino-américain.

Vendredi, dans une allocution télévisée, le président vénézuélien Nicolás Maduro a mis en garde son peuple contre le projet anglo-saxon de « printemps latino ». Il a répétitivement et longuement cité les précédents libyens et syriens, devant un parterre d’intellectuels de la région, auquel, Syrien de cœur, j’étais associé.

Source
Al-Watan (Syrie)

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Cap à l'est

Publié le par Felli Bernard

Chroniques du Grand jeu

Cap à l'est

16 Mai 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

En Syrie, 2016 fut marquée du sceau septentrional (Alep, Al Bab). Désormais, les regards se tournent vers l'Orient où la grande explication devrait avoir lieu cette année.

Comme prévu, la poche rebelle de Qaboun a été résorbée près de Damas, ne laissant comme dernier point d'abcès dans la région que l'enclave de la Ghouta orientale, où la guerre civile inter-barbue a comme de bien entendu repris. Les combats pour la capitale ou le condensé des évolutions de la longue guerre syrienne. Deux cartes qui disent tout :

A l'est d'Alep et au sud d'Al Bab, la base de Jirah a été définitivement prise à Daech. Les opérations devraient continuer sur Maskaneh avant la jonction - amicale ou inamicale ? - avec les forces kurdes à Taqba.

Mais surtout, l'accord sur les zones dites de désescalade est tombé à point nommé - et connaissant Poutine, ce n'est sans doute pas un hasard - pour faire redescendre la tension en Syrie occidentale et profiter du cessez-le-feu provisoire afin de lancer les cohortes loyalistes vers l'est du pays. De gros renforts affluent depuis plusieurs jours à Palmyre et les Russes mettent un point d'honneur à contrôler le ciel jusqu'à Deir ez-Zoor et au-delà. 

Car l'objectif (flèches rouges) est Deir ez-Zoor, assiégée par l'EI depuis trois ans, et la frontière syro-irakienne. En filigrane, il s'agit évidemment de maintenir un continuum est-ouest (arc chiite, quand tu nous tiens) et empêcher sa coupure nord-sud par l'avancée de groupes rebelles soutenus par Washington (flèches noires).

A noter que l'armée syrienne concentre des forces et a commencé les opérations sur le chemin d'Al Tanaf, plus au sud, pour couper en deux le vaste mais désertique territoire des rebelles "américano-jordaniens".

Là, nous entrons dans le maelstrom géopolitique et il est bien difficile d'y voir clair, d'autant que les intox abondent. Il y a quelques jours, la nouvelle d'une grosse concentration de blindés US, massés en Jordanie et prêts à entrer en Syrie, a fait l'effet d'une bombe et a été reprise un peu partout. En réalité, c'est la base militaire jordanienne d'Az-Zarqa et les blindés y stationnaient déjà en 2015...

L'administration Trump a-t-elle l'intention de recréer la fameuse principauté salafiste sunnite en Syrie orientale, coupant l'arc chiite ? C'était, on s'en rappelle, l'objectif de Barack à frites et de ses amis turco-pétromonarchiques dès 2013. Les signaux sont une fois de plus contradictoires.

Le Donald a apparemment ôté le bâton de la politique syrienne des mains de ses généraux néo-cons pour le passer à Tillerson, plus russo-compatible. Moon of Alabama, pourtant généralement pessimiste, parfois exagérément, suggère également que les Américains travaillent de facto pour Assad. D'un autre côté, les Follamour du système impérial viennent d'accuser il y a quelques heures Damas de tuer et brûler des milliers de prisonniers. Notez le "crématorium", toujours susceptible de frapper les imaginations et de rappeler les z'heures les plus sombres...

Un Donald adepte du double jeu ou dépassé, incapable de contrôler son administration ? A moins que nous ne soyons ici encore dans un false flag au carré : donner des gages de fermeté aux néo-cons tout en s'entendant avec les Russes par derrière (il n'aura échappé à personne que Lavrov vient de faire une petite visite apparemment fructueuse à Washington).

Se dirige-t-on vers un choc entre forces spéciales russes et américaines vers Al Tanaf ou, au contraire, une entente secrète sur le dos de tout le monde ? Mystère, mystère... D'autant qu'entre en compte l'inconnue irakienne.

Que se passe-t-il de l'autre côté de la ligne Sykes-Picot ? L'étau se resserre autour de Mossoul, ou plutôt désormais de son centre-ville, mais ce front n'a pas d'incidence sur notre problème. On voit que la zone qui nous occupe, entre Al Tanaf et Deir-ez-Zoor, est toujours contrôlée du côté irakien par les petits hommes en noir de Daech.

Après la libération de Mossul et de la poche à l'ouest de Kirkouk, l'armée irakienne et les milices chiites  (les Unités de Mobilisation Populaire ou UMP) se dirigeront vers la frontière. La franchiront-elles ? C'est LA grande question qui risque de redéfinir la situation générale du Proche-Orient.

Si l'on répond par l'affirmative, alors la partie est finie. L'EI syrien et les djihadistes modérément modérés seront broyés, l'arc chiite totalement reconstitué et renforcé. On peut d'ailleurs se demander quelle sera la réaction des pétromonarchies et de la Turquie devant ce fait accompli cauchemardesque pour eux...

Cependant, l'affaire n'est pas encore pliée. Nous avons vu le mois dernier que Moqtadra Sadr avait apporté une note pour le moins discordante dans la symphonie chiite :

Moqtada Sadr fait encore des siennes. Nous avions parlé de ce personnage sulfureux :

En Irak, le fameux Moqtada Sadr, influent prêcheur chiite, a appelé à attaquer les troupes US. Quand on sait que les brigades "sadristes" comptent plusieurs dizaines de milliers de combattants et qu'elles ne jettent pas leur part au chien dans la guerre contre Daech, cela complique quelque peu la situation. Cette déclaration incendiaire est sans doute à relier aux grandes manoeuvres préparant l'après-guerre. (...)

Pour qui roule Moqtada ? Sans doute pour personne. On aurait tort de le considérer comme l'homme des Iraniens ; depuis treize ans, plusieurs points de tension ont éclaté entre Téhéran et cet électron libre. Le gouvernement irakien, chiite comme lui, en a une peur bleue : on se souvient de l'invasion du parlement en avril, en pleine zone verte, pour réclamer la fin du népotisme, de la corruption et mettre en place un "gouvernement de technocrates" sans affiliation politique ou religieuse (nouvelle preuve de la complexité du personnage, religieux à la politique laïque).

Nos pressentiments ne pouvaient pas être mieux illustrés, car l'ami Motqada vient encore de mettre les pieds dans le plat en appelant Assad à démissionner :

«Il serait juste que le président Bachar al-Assad démissionne (…) et évite au cher peuple de Syrie le fléau de la guerre et l’oppression des terroristes», a-t-il déclaré, dans un communiqué rendu public le samedi 8 avril 2017.
 
Trois jours plus tard, depuis la ville sainte de Najaf où il est basé, à 200 km au sud de Bagdad, il persiste et signe. «J’ai exhorté Assad à partir pour préserver l’axe de la résistance et afin de lui éviter le sort de Kadhafi», a-t-il prédit dans un nouveau communiqué.
 
Même s’il prend ses précautions en défendant «l’axe de la résistance» contre Israël, qui comprend l’Iran, la Syrie et le Hezbollah libanais, Moqtada al-Sadr est le premier haut responsable chiite à contester ainsi la légitimité du président syrien.
 
Une surprenante offensive frontale contre un des piliers de la stratégie iranienne d’exportation de la révolution islamique. Bien que formé en Iran, Moqtada al-Sadr, dont les miliciens ont combattu les forces américaines en Irak, joue en effet de plus en plus la carte nationaliste.

Il en a même profité pour condamner les représailles américaines contre Bachar al-Assad et exhorter les Etats-Unis et la Russie à se retirer du théâtre syrien.
 
Engagé à la tête d’un vaste mouvement populaire contre la corruption et en faveur de réformes dans le pays, il organise régulièrement des manifestations dans la Zone verte ultra-sécurisée de Bagdad, siège du pouvoir et du parlement irakien dominés par Téhéran.
 
Moqtada al-Sadr mobilise également ses partisans contre les milices chiites du Hachd al-Chaabi (les Forces populaires de mobilisation), alliées de l’Iran. Il s’en démarque tant en raison de leur engagement auprès d’Assad en Syrie que pour leurs exactions contre les populations sunnites en Irak, sous couvert de lutte contre les djihadistes de l’Etat islamique.
 
Selon le site libanais AlKalima Online, de jeunes Irakiens ont même repris à l’université Al-Diwaniya dans le sud du pays le slogan "Iran, dehors, dehors !" contre Kaïs al-Khazaali, le chef de Aasaeb ahl al-Hak (la ligue des vertueux), venu mobiliser en faveur des milices pro-iraniennes. Un slogan que les partisans de Moqtada scandaient lors des occupations de la Zone verte.

Il ne peut pas ignorer qu'Assad n'est très certainement pour rien dans l'événement de Khan Cheikhoun. Aussi, l'explication est ailleurs et corrobore ce que nous disions de lui l'année dernière. Sa sortie a tout à voir avec des considérations intérieures :

Moqtada al-Sadr cherche à se démarquer du gouvernement irakien et des autres partis chiites au pouvoir depuis 2003. Il  est engagé depuis plus de deux ans dans une campagne anti-corruption et pro-réforme. A coup de déclarations tonitruantes ou de manifestations monstres, il critique la politique irakienne, très alignée sur Téhéran. Le chef chiite se veut Irakien. Et avec cette déclaration, il veut montrer que l'Irak peut être allié de Téhéran mais ne doit pas être son vassal. Un discours nationaliste, son fond de commerce.

Si on compare, le gouvernement irakien a appelé à une enquête internationale sur les évènements de Khan Cheikhoun... sans critiquer Bachar el-Assad. Al-Sadr va même plus loin, il cherche à incarner la voix de la réconciliation chiite-sunnite en osant critiquer un allié de l'Iran, un dirigeant soutenu par Bagdad. C'est un leitmotiv chez lui ces dernières années.

Le mois dernier, il osait déclarer que les milices sectaires n'ont pas leur place en Irak. Du miel aux oreilles des sunnites et une provocation pour les milices chiites qui participent à la lutte contre l'organisation de l'EI mais qui ont été accusées de crimes de guerre, comme des kidnappings, des exécutions sommaires et des tortures.

Moqtada al-Sadr ajoutait même qu'il craignait des tensions entre communautés après que l'organisation de l'EI a été vaincue. Car le problème politique irakien reste entier. Il y a un fossé entre les communautés. Moqtada al-Sadr suggère qu'il pourrait faire partie de la solution.

Ainsi, s'il venait à arriver au pouvoir, l'ennemi historique des Américains pourrait paradoxalement compliquer sérieusement l'après-conflit syrien et la reconstitution de l'arc chiite. Quand nous vous disons et répétons que les facétieux Dieux de la géopolitique s'amusent...

Or la position de Moqtada, faisant primer le nationalisme sur le religieux (solidarité chiite), n'est pas isolée en Irak, très divisé sur la question. D'un côté, l'ex-Premier ministre Maliki, qui a passé quinze ans en exil à Damas du temps de Saddam, déclarait en octobre : "Nous arrivons, Raqqa, nous arrivons, Alep, nous arrivons, Yémen !" Il est rejoint en cela par plusieurs puissantes milices pro-iraniennes prêtes à en découdre pour aider Assad : Asaib Ahl al-Haq, Saraya al-Kharasani, al-Nojaba et Kataib Hezbollah. De l'autre côté, outre Sadr, l'actuel Premier ministre Abadi et de grands clercs chiites dont la plus haute autorité spirituelle d'Irak, l'ayatollah al-Sistani. Quant aux commandants des UMP, comprenant l'un et l'autre courant, ils sont obligés de ménager la chèvre et le chou.

Parmi les facteurs de cette profonde fracture, il y a évidemment la position ambivalente vis-à-vis de Téhéran. Chez certains, le bon vieil antagonisme entre Arabes et Perses prend le pas sur l'appartenance religieuse et un excellent article du Monde Diplomatique l'évoquait déjà en 2006 :

Une autre école dénonce cette thèse [la tentation de concevoir les chiites comme une entité homogène, ndlr], à laquelle elle oppose celle d’un «nationalisme irakien» à toute épreuve. Tel cet observateur iranien avisé qui nous confie par exemple : «Les solidarités intrachiites ne transcenderont pas la ligne de fracture fondamentale qui sépare les Arabes des Perses. Tout le monde semble avoir oublié que les chiites irakiens ont combattu les chiites iraniens pendant les huit longues années de la guerre Iran-Irak, l’une des guerres les plus sanglantes de la seconde moitié du XXe siècle. Des informations qui nous viennent d’Irak indiquent que les Irakiens, même ceux qui ont vécu en exil en Iran, n’apprécient pas l’influence iranienne dans leur pays.» (...)

Cette situation ne transforme pas pour autant l’Iran en nation «par défaut» ou «par adoption» pour les chiites irakiens. Dans le sud du pays, on conserve des sentiments partagés à l’égard du voisin perse. M. Al-Sadr joue par exemple sur les origines iraniennes de l’ayatollah Ali Al-Sistani pour le dénigrer. Les résidents de la ville d’Al-Amara se plaisent à qualifier ceux d’Al-Kout de « Perses », un terme très péjoratif à leurs yeux. Si les portraits de l’ayatollah Ruhollah Khomeiny et de son successeur Ali Khamenei foisonnent, seuls de rares acteurs de la scène politique chiite reconnaissent la conception iranienne de velayat-e-faqih («gouvernement du docte»), pilier de la République islamique. Les positions de l’ayatollah Al-Sistani vis-à-vis de ses pairs iraniens ont toujours été à la fois diplomatiques – évitant de franchir certaines lignes rouges – et farouchement indépendantes. Il semblerait du reste que, en tant que source d’interprétation des écritures, il soit davantage considéré en Iran que le «guide», l’ayatollah Khamenei lui-même.

Au-delà de la pierre d'achoppement iranienne, il y a aussi, il faut le dire, le comportement très ambigu de Damas dans les années 2000, après l'invasion de son voisin irakien. Pour une fois, les accusations américaines étaient fondées - confirmées par des officiels irakiens mais aussi par des sources bien placées à votre serviteur : Assad a, dans un dangereux coup de poker-boomerang, délibérément laissé passer (en les libérant des prisons syriennes ?) des centaines de djihadistes pour rejoindre l'insurrection sunnite en Irak. Le but : "occuper" les troupes américaines et surtout dissuader Washington d'envahir la Syrie.

Si certains - dont Maliki, le Premier ministre de l'époque et la victime directe des agissements de Damas - ont passé l'éponge et sont maintenant prêts à mettre sur pied une coalition chiite pour aider le gouvernement syrien, d'autres à Bagdad ont la mémoire plus rancunière...

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La Nation, la République et la question sociale au cœur du problème européen.

Publié le par Felli Bernard

La Nation, la République et la question sociale au cœur du problème européen.
Claude Beaulieu

mercredi 10 mai 2017, par Comité Valmy

Nous publions ici un texte datant de 2004 qui présente l’intérêt d’illustrer le processus de réflexion au sein du Comité Valmy.

 

Voir en ligne : Vers une insurrection populaire, républicaine, pacifique et démocratique ? Claude Beaulieu

La Nation, la République et la question sociale
au cœur du problème européen.

La construction européenne supranationale que les peuples subissent depuis des décennies a été, pour l’essentiel, conçue par une oligarchie financière internationale et atlantiste, manifestement peu sensible aux exigences sociales. Depuis son origine elle entend, de façon masquée pendant une longue période, ouvertement depuis Maastricht, supprimer pour chaque peuple et nation concernés, le droit pourtant inaliénable à disposer d’eux-mêmes et à maîtriser leurs destins. Ce déni de la souveraineté populaire et nationale est global et concerne tous les domaines, économique et social, culturel et idéologique, militaire et politique. Il implique même, cela est devenu évident aujourd’hui, la déconstruction de la République et la disparition de la France en tant que nation indépendante.

Il n’est pas inutile de rappeler que la création, le 4 avril 1949, de l’Alliance atlantique coïncide chronologiquement avec la création du Conseil de l’Europe, le 5 mai 1949. En avril 1948 la création de l’OECE (Organisation européenne de coopération économique), qui avait pour but de répartir les fonds du plan Marshall d‘aide américaine à la reconstruction de l’Europe, a d’une façon que l’on peut certes discuter, contribué à celle-ci. Mais ce fut aussi, historiquement, un véritable cheval de Troie du renforcement économique, politique, culturel et idéologique de l’hégémonie US sur notre continent ainsi que de la promotion de l’ « american way of life ».

On ne peut ignorer non plus que dès l’institution de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier), toute la construction européenne s’est élaborée sans l’aval des peuples, autour d’une logique supranationale et dans une perspective fédérale. Ses initiateurs et principaux soutiens furent recrutés parmi les milieux atlantistes et pro-américains les plus affirmés de la démocratie chrétienne, rapidement rejoints par les dirigeants du Parti socialiste.

Blum, Byrnes et Jean Monnet 1er janvier 1946

 

En fait, dès janvier 1946, Léon Blum, qui négociait à Washington les accords Blum-Byrnes, y prononça un discours modéré sur la forme mais dont le sens profond ne fait aucun doute. « Je sais bien que la France ne vous laisse pas indifférents. Je crois qu’aujourd’hui encore elle conserve un pouvoir d’influence spirituelle et d’orientation politique pour l’ensemble du continent européen, et je ne crois pas me montrer trop présomptueux si j’affirme qu’en Europe, la France est encore aujourd’hui, comme elle l’était jadis, la position stratégique dominante de la démocratie et que sur le plan mondial, sa coopération active est et restera un élément indispensable pour cette organisation pacifique du monde où votre pays a pris l’initiative principale et dont il a assuré la principale responsabilité. » (« La Revue socialiste », janvier 1951).

A aucun moment, en dehors de la parenthèse gaulliste malheureusement trop courte pour les défenseurs de l’indépendance nationale, ce caractère, à la fois très libéral et antisocial d’une part, antinational et atlantiste de l’autre, n’a cessé d’être le contenu essentiel de la démarche d’intégration européenne.

Certes, un premier obstacle sérieux fut dressé par notre pays contre cette politique supranationale et atlantiste avec l’échec de la CED, première tentative d’abandon du caractère national de la défense (et de la politique étrangère) de la France. A l’Assemblée nationale, une majorité de députés, unissant pour l’essentiel gaullistes et communistes, mirent en échec le 30 août 1954 le projet de Communauté européenne de défense concocté par le parti de l’étranger qui rassemblait, là encore, la social-démocratie et une partie notable de la droite, inconditionnellement atlantistes.

De même, de mai 1958 à avril 1969, sous la présidence du général de Gaulle, la France s’employa cette fois résolument à mener une politique d’indépendance nationale et donna un coup de frein provisoire à cette fuite en avant dans la supranationalité. Dans ce contexte, le « Compromis de Luxembourg » (janvier 1966) imposa l’unanimité dans le processus de décision européen, permettant à un Etat, au nom de ses intérêts nationaux essentiels, de s’opposer efficacement à tel ou tel projet ou décision communautaire contraire à ses intérêts. Cette politique a permis à notre pays un essor économique et un progrès industriel et agricole remarquables, mais dont les retombées sociales ne furent pas à la hauteur des possibilités existantes. On sait même que la présence pesante, dans les gouvernements et l’appareil d’Etat, de forces hostiles au progrès social empêcha le général de Gaulle de mettre en pratique l’élément emblématique de sa politique sociale : la Participation. Celle-ci resta pour l’essentiel lettre morte, ce qui ne fut probablement pas sans conséquences, notamment sur les événements de mai 68.

1973, loi Pompidou Giscard et Cie

Quoi qu’il en soit, à partir des années 1970, la fuite en avant dans la voie de la supranationalité reprend son cours et devient un objectif primordial. Il s’agit de prendre de vitesse la progression dans la conscience populaire du caractère délétère de cette construction européenne et de ses conséquences économiques et sociales. Dans cette même logique, l’un des objectifs est de rendre irréversible l’engrenage supranational. Pourtant, pendant des décennies les partisans du fédéralisme avanceront masqués, afin de mettre les nations et les peuples, à chaque étape, devant le fait accompli.

D’autre part et parallèlement, la préoccupation purement économique, aux dépens des problèmes sociaux, devient au cours de cette même période largement dominante. Elle était certes déjà présente dès le Traité de Rome, qui s’assignait pour objectif de jeter les bases, par la libéralisation des échanges, d’un Marché Commun (ou unique) des six pays fondateurs, mais elle était alors encore assortie d’un certain nombre de considérations contraires à la notion du libéralisme intégral, dues notamment au rapport des forces à l’intérieur de la France ainsi qu’au niveau international.
En revanche, la vision purement économiste sera plus que jamais affirmée à partir de 1977, passant du libéralisme à l’ultra-libéralisme et amenant la construction européenne à intégrer pour l’essentiel la « mondialisation », dont l’épicentre se situe, chacun le sait, aux Etats-Unis. Soumise aux impératifs des grandes entreprises et de la finance mondialisée, qu’ils soient exprimés dans le cadre de l’OMC, du FMI ou de la Banque mondiale, cette construction européenne en est devenue, en dépit des apparences et des professions de foi, un outil sur notre continent.

Le traité de Maastricht (février 1992) prétend même rendre cet état de fait irréversible, puisqu’il stipule que « les Etats membres de l’Union agissent dans le respect d’une économie ouverte où la concurrence est libre ». La France et son peuple seraient ainsi condamnés à l’ultra-libéralisme à perpétuité. Le projet de Constitution qui résulte de la « convention » présidée par Giscard d’Estaing confirme cette prétention, réaffirme la règle de la concurrence libre et non faussée et prévoit d’interdire tout choix éventuel d’une politique contraire à ces pratiques.

L’obligation du passage à l’euro, effectué sans aucun référendum en dépit des promesses faites expressément par le Président de la République, le pacte de stabilité et l’installation totalement anti-démocratique d’une Banque centrale européenne indépendante de tout pouvoir politique, traduisent la même philosophie, en même temps qu’elles instituent un jalon décisif vers l’instauration d’un pouvoir supranational très centralisé.

Il convient de mesurer les conséquences sociales de ce voyage, que les néo-libéraux voudraient sans retour, dans le capitalisme sauvage. Comment ne pas voir, pour commencer, son impact sur le chômage, plaie de notre société, la casse des entreprises, les délocalisations devenues quasi systématiques, entraînées par la liberté totale des échanges, le souci de la compétition et la politique de dérégulation de la Commission européenne.

Cette progression du chômage est impressionnante, + 6% en 2003, plus de 7,2% pour les jeunes ; il frôle la barre des 10% et peut-être davantage, les statistiques officielles étant sujettes à caution tandis que le travail précaire devrait être aussi pris en compte. Certes, une telle tragédie pour les victimes de la déstructuration du tissu social ne peut être mise exclusivement au débit des institutions de Bruxelles, mais celles-ci ne font que renforcer, à l’échelle nationale, cette conséquence du néo-libéralisme mondialisé.

Selon l’Insee le chiffre de l’inflation est de 2,2 % pour 2003. Toujours selon cette statistique, il est de 5,8 % pour les trois dernières années. Mais le mode de calcul de l’Insee est loin d’être crédible et il est même contesté par un dossier daté du 31 janvier 2003 du Figaro Magazine, qui n’a pas la réputation d’être un bulletin de la CGT : « En 2002, juste après la mise en circulation de l’Euro, les associations de consommateurs s’étaient d’ailleurs emparées du sujet. Plusieurs enquêtes, menées durant deux ans dans les grandes surfaces, toujours sur les mêmes produits, avaient alors été publiées. Avec des conclusions sans appel : + 118 % en deux ans sur les produits frais, + 38 % sur les rayons « hygiène et beauté », + 42 % sur l’épicerie … Encore plus frappant : la comparaison entre les relevés de prix réalisés par les inspecteurs de l’Insee et ceux opérés par les gérants de grandes surfaces au cours de l’été 2001, juste avant le « pacte de stabilité des prix », une période cruciale au cours de laquelle beaucoup de marques s’étaient empressées d’augmenter leurs prix. L’enquête des distributeurs menée sur 150 000 produits vendus dans 1 500 hypers et supermarchés de France, concluait à la plus forte hausse des prix depuis cinq ans, dont + 5,2 % rien qu’entre juillet et août 2001 sur les 1500 produits les plus vendus. Tandis que pour la même période, au poste « alimentation », l’Insee trouvait un minuscule 0,2 % ».

Pendant ce temps, du côté des salaires, la règle générale est la régression des rémunérations, en tout cas en terme de pouvoir d’achat. Selon la CGT pour prendre un exemple chiffré, la baisse cumulée de celui–ci serait à la SNCF de 22 % depuis 1982 (alors que, dans cette entreprise nationale et de service public, la productivité a fortement augmenté tandis que de nombreux emplois sont méthodiquement supprimés). Le ministre délégué au budget Alain Lamassoure s’était même fixé, pour la période 2005-2007, de faire baisser la masse salariale et les crédits des administrations de 9,5 milliards d’euros…

Par contre, il n’est pas question d’austérité du côté du patronat et des actionnaires. La part des dividendes reversée aux actionnaires des entreprises du CAC 40 représente la moitié de leurs bénéfices…
Quant au montant des retraites par rapport à celui du coût de la vie, il recule aussi, année après année. La durée de cotisation permettant le départ à la retraite s’allonge de façon continue, et ce, en raison de décisions supranationales. Lors du Conseil européen de Barcelone (15 et 16 mars 2002), il a été décidé – en présence et avec l’accord du Président de la République et de son Premier Ministre socialiste – entre autres mesures antisociales, de repousser de 5 ans l’âge de la retraite. Cette décision, cyniquement contraire à la souveraineté populaire, ignorait les citoyens à quelques semaines de l’élection présidentielle. Durant la campagne de cette élection, le peuple français a été manipulé, au nom du débat droite-gauche, sur des questions déjà tranchées à Barcelone ou à Bruxelles. Il est probable que ce mépris du peuple exprimé par le sommet de Barcelone explique pour une part les résultats du 21 avril.

L’Europe des ethnies déjà prévue par les Waffen SS en 1944

Globalement immergée dans la logique néo-libérale de la mondialisation, l’édification d’une Europe fédérale des « Länder » (régions) a dans notre pays un autre ennemi prioritaire : les entreprises nationalisées et tous les services publics. Son attaque systématique contre le secteur public et nationalisé français est à la fois antinationale et antisociale.

Les privatisations sont en effet d’abord une attaque contre l’une des principales bases économiques de l’indépendance nationale. Cet aspect est souvent ignoré, incompris, voire nié par certains amis qui se qualifient de « souverainistes ». « L’Etat n’a pas à vendre des voitures » répète souvent l’un d’eux, en approuvant la privatisation de Renault. Cette question, au delà des réflexes idéologiques, semble pourtant mériter une réflexion urgente. Et l’on peut ici paraphraser Marx en soulignant qu’aujourd’hui : le Capital financier n’a pas de patrie.

La politique d’indépendance nationale du général de Gaulle avait pu s’appuyer sur la partie « nationale » du capitalisme en France, laquelle est considérablement affaiblie de nos jours. Il est hautement souhaitable en conséquence, de reconstituer les bases économiques et sociales de l’indépendance de la France. De ce point de vue, la défense et la reconquête stratégique d’un secteur public et nationalisé, certes limité mais suffisamment solide, est nécessaires, ainsi que le maintien et la promotion d’entreprises contrôlées par des capitaux nationaux.

Une économie comportant une part de mixité combinant public et privé, dynamisme, efficacité économique et progrès social, correspond cependant aux nécessités et possibilités actuelles de la France. Ce serait une alternative crédible au néo-libéralisme maastrichtien et une réponse à la mondialisation. Les méfaits de celle-ci, les guerres dites préventives qu’elle génère, rendent perceptible par le plus grand nombre le fait que les destructions de ce capitalisme sauvage ont dépassé le seuil du socialement tolérable et conduisent le monde au chaos. Les Nations, les Etats et les peuples devront, au minimum, se donner les moyens de placer le marché en liberté conditionnelle et de mettre l’économie au service de la société.

Le service public a la confiance du peuple qui lui est très attaché. Il favorise la solidarité nationale et l’égalité. Il est efficace même s’il peut être amélioré, y compris de manière paritaire dans sa gestion. Souvent il a démontré sa capacité à être un facteur de progrès social. Ainsi que le rappelle un responsable de la CGT de la fédération des Postes et télécommunications, « En France, le service public est lié à l’histoire de la Nation. Depuis plusieurs siècles, une volonté politique s’est manifestée pour que l’Etat soit partie prenante de l ‘organisation de la réponse aux besoins collectifs, et ce, avant même la Révolution française (qu’on songe à Colbert, par exemple). Mais le contenu le plus fort du service public a été promu lorsque c’est le peuple qui est intervenu : l’exemple le plus marquant, c’est la période de la Libération » (A.Gautheron, « Bastille République Nations », décembre 2003).

Il n’y pas d’argumentation sérieuse, même économique, en faveur du démantèlement du secteur nationalisé et du service public. Son origine est essentiellement idéologique, c’est la sacralisation dogmatique, au nom d’intérêts de classe, de la propriété privée. Les exemples foisonnent qui démontrent qu’en termes de sécurité ou même d’efficacité le dogme de la privatisation n’est en rien une panacée ni une garantie d’efficacité. Les chemins de fer britanniques ou encore le secteur de l’électricité aux USA, en sont des cas d’école. En Belgique, l’explosion catastrophique d’Ath (juillet 2004), due à une fuite de gaz et qui a fait 140 victimes dont au moins 18 morts, nous rappelle, que dans ce pays la gestion du réseau de gaz est réalisée par une société privée : la société Fluxys du Groupe Suez. En France, la privatisation de GDF, qui est à l’ordre du jour, apparaît plus que jamais inopportune.

Pour cette même raison, l’ensemble des républicains et des défenseurs de la souveraineté nationale et populaire ne peut accepter la mise en place de ces soi-disant « services d’intérêt collectif » voulus par Bruxelles, qui conduiraient en fait à la destruction de tous les secteurs et services publics.

Un autre des objectifs majeurs des dirigeants européistes néo-libéraux (de droite comme de gauche) et du MEDEF confondus, est de mettre le feu au Code du travail. Sous prétexte de permettre l’émergence d’un « droit du travail plus efficace », ainsi préparent-ils un retour à des conditions de travail dignes du 19ème siècle. Une nouvelle illustration de cette dérégulation brutale vient d’apparaître : les affaires Bosch en France et Daimler-Chrysler en Allemagne indiquent que le patronat européen entend maintenant utiliser plus systématiquement, plus cyniquement encore le chantage aux délocalisations, pour casser la législation relative au temps de travail et diminuer les salaires.

Il ne peut être question ici d’établir un catalogue de la régression sociale qu’apporte la nature ultra-libérale de cette Europe, qui n’est pas réformable et dont les fondations même devront être éliminées. De nombreux autres exemples pourraient être abordés : quasi-abandon de la recherche fondamentale publique, dont le budget diminue de manière drastique, mise en cause du droit de grève, dégradation inexorable dans le domaine de la santé et de la Sécurité sociale, misère chronique des hôpitaux, etc…

Conséquence de cette véritable situation d’insécurité sociale, le mécontentement s’approfondit dans la Nation. La classe ouvrière, le peuple, font de plus en plus la liaison de cause à effet entre cette Europe et la généralisation des difficultés sur le plan économique et social.
Manifestement, certains dirigeants syndicalistes freinent le mouvement social. C’est le cas à la CFDT qui porte une lourde responsabilité par rapport au monde du travail. Mais elle n’est pas la seule à avoir des dirigeants défaillants ou capitulards. Il est devenu urgent que la base syndicale et populaire ne se laisse plus désorienter par des responsables qui ne veulent pas lutter car ils se sont placés dans une perspective stratégique totalement illusoire, celle de la quête incantatoire d’une « Europe sociale » qui constitue l’objectif démagogique et de façade de la social-démocratie fédéraliste et de ses satellites.

Nous devons faire confiance au peuple et en particulier au peuple laborieux. Car c’est bien le peuple de France, et lui seul, qui a la capacité de rétablir sa souveraineté, de réaffirmer la République une et indivisible, l’indépendance de notre pays et de reprendre en main la définition d’une politique économique et sociale conforme aux intérêts de la Nation. Cette politique doit être décidée à Paris et non à Washington, Berlin, Bruxelles ou ailleurs.

Le mouvement social, le combat des patriotes, qui dans leur masse sont des républicains véritables, riches de leurs sensibilités diverses, celui de tous les citoyens attachés à l’indépendance, sont convergents sur l’essentiel. Dans des limites évidentes, leurs acteurs sont des alliés objectifs, même si la conscience de cette réalité concrète est bien loin d’être générale chez les uns ou les autres.

Cette question des alliances est plus que jamais fondamentale.
On entend parfois dire que la sensibilité de nos concitoyens attachés à la France serait le plus souvent de droite, que celle-ci serait davantage porteuse des valeurs nationales (notion très contestable actuellement et qui fut totalement fausse pendant la Résistance), et qu’une alliance entre la droite « souverainiste » et l’extrême-droite nationaliste (mais en réalité souvent pétainiste) pourrait permettre de rétablir la souveraineté nationale. Nous avons affaire ici à un mirage et cette démarche est totalement contre-productive. Elle est contraire à une politique nécessaire de rassemblement du peuple de France. Celui-ci est maintenant une perspective crédible et serait la voie la plus sérieuse, la plus efficace et la moins coûteuse selon le Comité Valmy, car elle correspond aux intérêts directs de l’immense majorité des citoyens de notre pays qui, l’avenir le démontrera, est viscéralement patriote.

La patrie est en danger. La République aussi qui, dans la perspective d’Europe fédérale des « Länder », doit être démantelée ; son unité est déjà mise en cause sous prétexte de régionalisation et de décentralisation. La vie économique et sociale se détériore rapidement en raison de l’ultra-libéralisme mondialiste de cette Europe. Par exemple, les Restaurants du cœur, ces soupes populaires du 21ème siècle, ont distribué 61,5 millions de repas à 610 000 personnes en 2003, enregistrant, ainsi que les autres organisations de solidarité, une hausse de 10 % de leur fréquentation. Le peuple de France est gravement pénalisé. Il voit ses conditions d’existence régresser brutalement et la pauvreté exploser.

A partir de ces réalités, il s’agit maintenant de trouver le chemin le meilleur pour une contre-offensive populaire convergente que l’on peut estimer dès maintenant potentiellement majoritaire. Pour conduire à la victoire, ce chemin passe par l’union de notre peuple et la recherche d’un compromis historique qui pourrait prendre la forme d’un front uni républicain, patriotique et de progrès social. Ce rassemblement sera opposé à un autre front, celui des fédéralistes, que ceux-ci se réclament de la droite ou se prétendent de gauche et qui sont, en pratique, hostiles à la nation ainsi qu’à la République une, indivisible, laïque et sociale.
Ainsi, en cette période historique décisive pour l’avenir de la France, notre peuple doit travailler à s’ unir sur ces trois axes solidaires et essentiels que sont la souveraineté populaire et nationale, la République et la question sociale.

Notre référence est le rassemblement de la Résistance en France, pendant la deuxième guerre mondiale, ainsi que le programme national, républicain et de progrès social du Conseil National de la Résistance. Aujourd’hui, il apparaît comme nécessaire et urgent, dans son esprit et de manière pluraliste, d’élaborer une Charte Nationale et Républicaine et de convoquer des Assises de la République. Nous en sommes persuadés : cette démarche de convergence, d’alliance et de front uni peut permettre d’ouvrir une perspective nouvelle et crédible, pour assurer la pérennité du destin de la France.

L’actuelle construction européenne supranationale n’est pas amendable car elle nie les peuples, les nations et même la démocratie. Une autre Europe reste-t-elle possible, qui ne déboucherait pas inéluctablement sur la supranationalité et le fédéralisme ? Certains le souhaitent et la question reste ouverte, mais elle ne pourrait certainement pas se réaliser sur des fondations telles que posées à Maastricht.

La seule voie réaliste nous semble devoir passer par des alliances stratégiques entre Etats dans le respect des souverainetés et des peuples.

Dans cette logique, le Comité Valmy estime qu’une alliance européenne stratégique, non atlantiste et exempte de volonté hégémonique ou de création d’un nouvel empire concurrent, est souhaitable probablement pour une longue période historique. Elle s’enracinerait sur le développement de la solidarité ainsi que sur la souveraineté des peuples et des nations ; sur la conjugaison de leurs intérêts réciproques et sur la définition méthodique de leurs objectifs communs, économiques, sociaux et politiques. En tout premier lieu, cette Europe des nations serait au service de la défense de la paix dans le monde, menacée d’abord par la volonté hégémonique et par la stratégie de guerres préventives de l’Empire américain, et également par divers fanatismes religieux et politiques qui se stimulent réciproquement.

Cette alliance contraire à la logique mondialiste, constituée autour de ces réalités objectives que sont les nations et les peuples, permettrait de créer un puissant pôle anti-impérialiste, favorisant le nouvel équilibre mondial aujourd’hui nécessaire. Une ligne Paris- Moscou- Berlin pourrait en être l’épine dorsale naturelle. Cela impliquerait que l’Allemagne ait abandonné son actuelle volonté d’hégémonie plus ou moins « douce » sur l’Europe.

Cette alliance rechercherait des relations d’entente et de coopération avec des pays tels que la Chine, l’Inde, le Brésil et les autres peuples du monde, notamment ceux d’Afrique et de l’arc méditerranéen. Naturellement, les pays de la Francophonie pourraient, dans la mesure où ils le souhaiteraient, être associés en priorité à cette démarche de paix, de solidarité et de progrès pour un monde multipolaire.

Claude Beaulieu, président du Comité Valmy.

Contribution à l’ouvrage collectif La Tragédie européenne et la France, sous la direction du Général Pierre-Marie Gallois et de Pierre Maillard, Ambassadeur de France - Editions François-Xavier de Guibert, Paris, 2004

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Une vague mondiale de cyber-attaques frappe des hôpitaux, des entreprises et des administrations

Publié le par Felli Bernard

Une vague mondiale de cyber-attaques frappe des hôpitaux, des entreprises et des administrations

Une attaque mondiale reposant sur un virus qui infecte des fichiers puis réclame une rançon à l'utilisateur pour les débloquer, frappe des milliers d'utilisateurs, des hôpitaux et de grandes entreprises principalement.

L'entreprise de cyber-sécurité Avast rapporte que plus de 75 000 attaques informatiques ont été détectées à travers le monde, dans la journée du 12 mai, selon un communiqué de l'un de ses dirigeants, Jakub Kroustek.

Cette vague d'attaques est le fait d'un ransomware, ou rançonlogiciel, un type de virus qui infecte des documents informatiques et réclame ensuite de l'argent à leur utilisateur pour les débloquer. Répondant au nom de WannaCry, le logiciel est également connu sous d'autres appellations, comme WCry, WanaCrypt0r, WannaCrypt ou Wana Decrypt0r.

Des experts en sécurité informatique ont expliqué, dans le journal américain New York Times, que le virus exploitait «une vulnérabilité découverte et développée par la NSA» afin de hacker des systèmes d'exploitation Windows.

Selon Kaspersky Lab, société russe spécialisée dans la sécurité informatique, le logiciel malveillant a été publié en avril par le groupe de pirates Shadow Brokers, qui affirmait avoir découvert cette faille.

74 pays à travers le monde ont été affectés par cette attaque informatique internationale, a rapporté la même source.

La Russie, l'Ukraine et Taiwan comptent parmi les pays les plus touchés, selon Avast, même si des organisations en Australie, en Belgique, en France, en Allemagne, en Italie et au Mexique ont également été affectées, selon des analystes.

Dans la matinée du 13 mai, l'AFP a rapporté que le constructeur automobile français Renault avait été touché par la vague de cyberattaques. «Une action est en place depuis hier soir. On fait le nécessaire pour contrer cette attaque», a précisé un porte-parole du groupe.


La Grande-Bretagne et l'Espagne particulièrement touchées

Les autorités espagnoles ont annoncé que le géant des télécoms Telefonica, ainsi que plusieurs autres entreprises, avaient subi des attaques similaires le 12 mai. Le ministère espagnol de l'Energie, cité par l'AFP, a fait savoir que des sociétés de ce domaine avaient elles aussi été atteintes, précisant : «L'attaque a touché ponctuellement des équipements informatiques de travailleurs de différentes sociétés. Elle n'affecte donc pas la prestation de services [et] ne compromet pas la sécurité des données.»

Le même jour, le service public de santé britannique (NHS) avait déclaré dans un communiqué que de nombreux hôpitaux du Royaume-Uni avaient fait l'objet d'attaques via un logiciel baptisé Wanna Decryptor, fonctionnant de la même façon que WCry.

«A ce stade, nous n'avons pas d'élément permettant de penser qu'il y ait eu accès à des données de patients», a précisé le NHS.

Le lanceur d'alerte Edward Snowden, ancien employé du renseignement américain, a réagi sur Twitter, écrivant : «A la lumière des attaques d'aujourd'hui [12 mai], le Congrès doit demander à la NSA si elle connaît d'autres vulnérabilités dans les logiciels utilisés dans nos hôpitaux.»

Dans un communiqué cité par l'AFP, le ministère de la Sécurité intérieure des Etats-Unis, où le géant de la livraison FedEx a également affirmé avoir été touché, a encouragé les victimes de l'attaque à ne pas payer la rançon demandée car cela ne garantissait pas que l'accès aux données serait restauré.

La police russe enregistre des attaques

«Environ 1 000 ordinateurs du ministère russe de l'Intérieur ont été affectés par une cyber-attaque massive», a également déclaré dans la soirée du 12 mai un porte-parole du ministère à l'agence de presse Interfax. L'institution n'aurait toutefois perdu aucune information, a précisé une source interne.

Par ailleurs, l'une des plus grandes banques russes, la banque publique Sberbank, a déclaré avoir détecté des tentatives d'attaques sur ses ordinateurs, qui ont néanmoins échoué.

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MARIONNETTES US ET L’ERRANCE (..

Publié le par Felli Bernard

MARIONNETTES US ET L’ERRANCE (...)

République, Souveraineté populaire, Indépendance nationale, Démocratie et Progrès social sont indissociables

LA LONGUE MARCHE DE TRAHISON NATIONALE DES MARIONNETTES US
ET L’ERRANCE STRATEGIQUE DES PARTISANS D’UNE FRANCE LIBRE, REPUBLICAINE ET SOCIALE
Claude Beaulieu

jeudi 11 mai 2017, par Comité Valmy

Pendant la guerre patriotique et antinazie de notre peuple, les dirigeants étasuniens se sont ingérés en permanence, dans la politique de la France résistante. Ils ont souhaité écarter De Gaulle, empécher l’alliance des gaullistes et des communistes, notamment à travers le Conseil National de la Résistance, dont ils ne voulaient pas. -Ils ont d’ailleurs pu obtenir que le CNR et son programme ne survivent pas à la Libération. En effet, même si des réformes importantes inspirées de son programme furent appliquées, le CNR, l’élan politique, l’esprit de Résistance et le chemin qu’ils traçaient, furent écartés- L’hostilité stratégique américaine envers Jean Moulin et sa mission unificatrice était telle, que l’on peut envisager sans extravagance, l’hypothèse que les dirigeants des USA aient joué un rôle décisif, dans la trahison qui a conduit à la mort de celui-ci. Ce qui est certain, c’est que les dirigeants étasuniens ont organisé en France pendant les années de guerre, une cinquième colonne de politiciens à leur service : les futurs fédéralistes euro-atlantistes. Ceux-ci, depuis la Libération et en dehors des parenthèses gaullistes, depuis plus de 60 ans, ont accaparé l’essentiel du pouvoir politique dans notre pays. Aujourd’hui encore, cette réalité de trahison nationale perdure.

 

Voir en ligne : Comment l’Ouest fut conquis - Frances Stonor Saunders — Who Paid the Piper ?

Comment en est-on arrivé là ? A Sarkozy et à son culte de la personnalité omniprésent, à un pouvoir personnel en apparence tout puissant mais en réalité, à un Président de la République disposant certes contre la France et son peuple d’une immense capacité de nuire, tout en étant cependant vassalisé et sous contrôle, enserré dans le carcan euro-atlantiste.

Contribuer au décryptage de l’engrenage politique qui, depuis la Résistance, a conduit à l’actuelle situation d’échec du peuple laborieux, des forces réellement progressistes et anti-impérialistes, attachées à la souveraineté populaire et nationale, à la République et à la démocratie , impose quelques rappels historiques, nécessairement limités.

Dès le 6 juin 1942, dans une note accompagnant des documents et envoyée à Molotov par l’intermédiaire de l’Ambassadeur d’URSS à Londres, de Gaulle démontre que la priorité du combat antinazi ne l’empêche pas de percevoir très tôt, le danger que la politique concurrente d’hégémonie mondiale des Etats Unis, représente déjà pour l’indépendance, la souveraineté de la France et pour la paix dans le monde :

« L’impérialisme américain se manifeste sous des formes multiples et diverses. Certains de ses représentants raisonnent en terme de domination des USA sur le monde occidental… D’autres représentants, tenant de l’impérialisme économique, désirent que les USA instaurent un mode de vie pour le monde entier, qu’ils contrôlent et gèrent partout les ressources et le commerce ».

En mai 1942, en réaction à l’occupation britannique de Madagascar qui s’est faite à son insu, de Gaulle reçoit Bogomolov puis rencontre Molotov à Londres. Celui-ci l’assure du soutien de l’URSS dans cette épreuve. Le Général renforce, en accord avec Molotov, le partenariat stratégique franco-soviétique. La constitution de l’escadrille Normandie Niémen, élément symbolique de cette coopération, est accélérée à cette occasion.

En 1942 encore, le Front National est créé par les communistes et les FTP qui, par leur patriotisme et leur osmose avec la classe ouvrière, « restée seule dans son ensemble, fidèle à la France profanée » ( François Mauriac), ont conquis une position forte parmi les forces essentielles de la Résistance intérieure.

Fernand Grenier, ex-député communiste démobilisé en août 1940, a immédiatement repris ses activités militantes. Il est arrêté dés le 5 octobre et parviendra à s’évader du camp de Châteaubriant en juin 1941. Jacques Duclos le charge courant 1942, pour le Comité Cental clandestin du PCF, d’établir des relations avec les formations de la Résistance non communiste, et notamment avec les gaullistes. Fernand Grenier et Rémy arrivent à Londres, le 11 janvier 1943 où Grenier va rencontrer le Général de Gaulle. Il est porteur d’une lettre du Comité Central donnant « l’adhésion du PCF à la France Combattante pour la libération de la France » et, d’une seconde lettre signée Charles Tillon au nom des FTP. L’objectif du Parti Communiste, souligne Fernand Grenier, est de contribuer à l’unification de la Résistance. Le PCF et la CGT participeront à la création sous l’impulsion de Jean Moulin, du Conseil National de la Résistance, le 27 mai 1943.

Le 10 décembre 1944, après que De Gaulle et Staline aient eu à Moscou, des entretiens politiques, un traité franco-soviétique d’alliance et d’assistance mutuelle est signé par Molotov et Georges Bidault « dans le but d’éliminer toute menace de l’Allemagne et de faire obstacle à toute initiative de nature à rendre possible une nouvelle tentative d’agression de sa part ». Il est prévu que l’Allemagne de l’Ouest aurait la capacité de reconstituer rapidement ses forces et sa capacité de nuisance, le traité devra donc être reconduit 20 ans plus tard. Si ce traité est clairement orienté contre la traditionnelle volonté d’hégémonie allemande, il est probable que de Gaulle y ait également vu un élément d’équilibre par rapport à l’impérialisme américain, sorti seul renforcé de la guerre.

L’alliance franco-soviétique, qui s’était déjà exprimée à travers l’envoi sur le front de l’Est de l’escadrille Normandie- Niémen, ne résistera pas à la promotion de la guerre froide symbolisée, avant la lettre, par les bombardements atomiques américains d’Hiroshima et de Nagasaki.

Les vainqueurs des nazis refusent aux Allemands de l’Ouest un Etat unitaire et lui imposent un système fédéral. Les américains jouent un rôle moteur dans cette décision qui renforcera les partisans d’un fédéralisme mondialisé, contre les Etats Nations. Depuis, l’Allemagne utilise ce fédéralisme, qui était censé l’affaiblir, pour construire méthodiquement sa domination sur l’Europe fédérale des Länder, atlantiste et néo-libérale, qu’elle entend imposer aux peuples de notre continent. Dans cette démarche historique, liée à la mondialisation, elle est aussi secondairement, rivale des Etats-Unis.

Formé le 13 novembre 1945, le deuxième gouvernement de Gaulle comprend quatre ministres communistes. Deux participaient déjà au GPRF à Alger. Celui-ci avait dû imposer aux américains sa souveraineté sur les territoires à libérer. En effet, Roosevelt et Churchill craignaient l’union du peuple de France. Les Américains, comme de Gaulle l’avait vu dès 1942, entendaient tout comme aujourd’hui gouverner la planète. Ils redoutaient que l’alliance patriotique, républicaine et progressiste que représentait le Conseil National de la Résistance perdure après la libération et se traduise politiquement par une sorte de compromis historique. Ils tentèrent d’installer le Général Giraud, leur allié, à la tête du CFLN et préparèrent la mise en place en France de L’AMGOT, un gouvernement militaire américain d’occupation. La souveraineté et l’indépendance de la France ne devaient pas être rétablies, tandis qu’une monnaie supranationale, précurseur de l’Euro, serait imposée aux Français, dans une perspective euro- atlantique en gestation.

Le CNR adopte le 15 mars 1944 son Programme, plateforme politique clairvoyante et réaliste, pour la France libérée. Ce texte affirme que la « mission de combat (de la Résistance) ne doit pas prendre fin à la Libération ». C’est un programme républicain, d’indépendance nationale, de rénovation et de démocratie sociales, prévoyant une planification économique, des nationalisations, (celle des banques en particulier), la Sécurité Sociale, une presse libérée du pouvoir de la finance …

Photographie : 1945, avec Charles de Gaulle sur les Champs Elysées, le résistant communiste Georges Marrane.

Les acquis sociaux importants de la libération découlent pour l’essentiel de l’application de ce programme qui aurait dû servir de fondation à un vaste front uni majoritaire. Les bases objectives pour ce rassemblement existaient, en contradiction avec la politique des blocs que tramaient les dirigeants américains et leurs alliés ou agents, et qui allait se traduire par l’application du Plan Marshall, la création de l’OTAN en 1949 et la stratégie de construction à marche forcée de l’Europe fédérale.

Ces acquis de la Libération ainsi que d’autres conquêtes populaires, seront systématiquement remis en cause par le pouvoir de la finance lié aux grandes banques américaines. La construction par étapes de l’Europe du capitalisme à perpétuité et de la concurrence libre et non faussée, accéléra cette régression économique, sociale et démocratique, qui fut d’abord masquée. Elle devint cynique et massive à partir de l’Acte unique, de Maastricht, d’Amsterdam et de Nice.

Elle fut menée à travers une forme de compétition -émulation ou dans une collusion sans fard, entre les gouvernements fédéralistes de droite et ceux qui se prétendaient de gauche. (cette collusion politique, cette complicité de classe des artisans de la politique du « pareil au même » s’afficha en particulier lors du sommet de Barcelone qui parmi d’autres décisions antisociales, vit le couple Chirac- Jospin voter la privatisation rampante d’ EDF – GDF).

Le CNR a été constitué à l’initiative de Jean Moulin, malgré l’opposition affirmée d’Henri Frenay ( membre du 2ème Bureau de Pétain) dont les relations avec Vichy ne cessèrent qu’en fin 1942 et qui fut en relation politique et stratégique dès le 4 avril 1943, avec le centre américain de l’OSS (future CIA ) à Berne, en Suisse, notamment pour le financement du réseau Combat. ( "Un coup de poignard dans le dos du Général" estima Jean Moulin qui accusa Frenay d’être un agent des américains. )

Photographie : inauguration le 18 avril 1942, de l’exposition "la vie nouvelle" au Grand Palais à Paris à la gloire de l’Europe et de la collaboration franco-allemande.

Après la Libération, Henri Frenay combattra les idées du CNR et en particulier, sa politique d’indépendance et de souveraineté. Il deviendra Président d’une organisation hostile à la souveraineté populaire et nationale, l’Union Européenne des Fédéralistes dont il reconnaîtra en 1988 qu’avec de nombreuses autres officines elle fut, elle aussi, largement financée par les services américains à l’origine de la "construction" européenne et atlantiste.

Par anticommunisme, le CNR a très rapidement été sabordé, en particulier par son Président démocrate chrétien Georges Bidault créateur, du MRP, qui allait participer à la démarche supranationale européiste dont il fut l’un des promoteurs. Il devait d’ailleurs soutenir ensuite la tentative de coup d’Etat d’Alger en 1961.

Après la démission de Bidault, Louis Saillant lui succèdera le 15 septembre 1944 à la tête du CNR. En réalité, cet outil exceptionnel d’unité nationale et républicaine, de progrès social et démocratique, est volontairement écarté de la réalité politique, alors que l’esprit de la Résistance s’estompe chez certains anciens résistants. La responsabilité historique de ceux qui adoptèrent ce choix, soit pour des objectifs de classe et la mise en pratique d’une politique de trahison nationale, soit par cécité politique et crainte du peuple, s’avère aujourd’hui considérable.

Le Général de Gaulle démissionne de la Présidence du Conseil le 20 janvier 1946. Il désapprouve les institutions en préparation qui établiront un régime d’Assemblée alors qu’il souhaite, non sans raison face aux manigances des Américains et de leurs agents, un exécutif fort. Malgré son grand prestige populaire, de Gaulle est à ce moment isolé face aux partis politiques. Aucun d’eux ne le soutient.

Lui qui, à Londres avait demandé à Fernand Grenier si le PCF allait prendre le pouvoir, semble obsédé par l’influence et la puissance des communistes en effet considérables à cette époque. Le Général de Gaulle probablement influencé un temps, par la stratégie de la tension déjà développée par les Américains, s’est fourvoyé quand il n’a voulu voir dans les communistes que des « séparatistes », des agents de Moscou prêts à livrer la France à une Union soviétique souhaitant occuper notre pays. L’URSS exsangue n’était manifestement pas capable d’envahir la France et Maurice Thorez , en faisant déposer les armes aux milices patriotiques, avait démontré avec l’appui de Staline, que la direction du PCF n’avait aucune intention de sortir du légalisme.

Les communistes resteront au gouvernement jusqu’à leur exclusion en mai 1947 (par le socialiste Ramadier). Cette posture de Charles de Gaulle était aussi manifestement erronée et subjective que celle de Maurice Thorez l’accusant lui-même plus tard, devant le CC du PCF, d’être un fasciste aux ordres de la CIA. Des responsables communistes lucides, et qui avaient eu un rôle éminent dans la Résistance, tels que Laurent Casanova, Marcel Servin, Maurice Kriegel-Valrimont et d’autres, furent écartés de leurs responsabilités pour avoir notamment, contesté cette analyse non fondée de Maurice Thorez affaibli par la maladie. Kriegel-Valrimont, au cours d’un entretien avec la direction du Parti, s’est élevé contre l’idée que le gaullisme entrainerait la France dans une dépendance toujours plus grande à l’égard des Etats-Unis...

Dans les faits, cette vision non fondée allait entraîner le PCF dans l’engrenage d’une stratégie contre nature d’alliance privilégiée avec des dirigeants socialistes euro-atlantistes forcenés et, ultérieurement, à la promotion politique de François Mitterrand dont l’un des buts avoués était de marginaliser les communistes.

Ami de Frenay, Mitterrand qui a participé en mai 48, au congrès de La Haye qui allait consacrer la naissance sous direction américaine du Mouvement européen, allait, fidèle à son atlantisme sans rivage, être le promoteur du traité de Maastricht. Dans les derniers mois de son existence, il déclarait pourtant, dans un entretien accordé au journaliste Georges Marc Benamou : « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans morts. Apparemment [...] Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. »

Cette lucidité étrangement tardive, n’enlève rien au fait que ses choix politiques concrets en ont fait, par anticommunisme, l’un des principaux agents de l’euro-atlantisme supranational en France.

L’interminable persévérance des dirigeants communistes, dans leur erreur stratégique, en le privant de son rôle d’avant-garde liant les questions sociale et nationale, conduira le PCF pas à pas, à devenir un supplétif d’un PS de plus en plus investi par les trotskystes, dont l’idéologie antinationale accentuera le dogmatisme fédéraliste.

Elle l’amènera inéluctablement à son état de déliquescence actuel, malgré le dévouement souvent admirable de ses militants. Sans qu’il n’y ait eu le moindre débat sur cette question dans les organisations de base du parti, et pour l’essentiel à l’insu des militants, les dirigeants du PCF se sont progressivement, dans les années qui suivirent le traité de Maastricht, alignés sur le fédéralisme sans nuance et dogmatique de la social-démocratie.

Pourtant, depuis la guerre et l’alliance dans la Résistance des gaullistes, des communistes et des autres républicains authentiques, les conditions existent -malgré la complexité des situations qui se sont succédées- qui permettraient une autre politique conforme aux réalités géo- politiques et aux conditions de la lutte en France comme dans le domaine international : celles du rassemblement autour du programme du CNR actualisé. Elles ne sont pas obsolètes.

Ainsi, un moment important de la politique du PCF tend à être occulté. Il confirme que cette question cruciale s’est bien posée pour les dirigeants communistes. Le 3 septembre 1952, lors de la réunion du Comité Central à Montreuil, pendant la guerre de Corée, et devant le risque d’extension du conflit, Jacques Duclos lance un appel à constituer « un puissant front national uni ». Il affirme très justement alors, dans les « Cahiers du communisme » : « C’est seulement l’existence d’un puissant Front national développant son action de masse à travers le pays, qui peut imposer les changements correspondants aux exigences de la situation et faire triompher une politique nouvelle ».

Cette démarche sera abandonnée, à ma connaissance sans explications critiques ou autocritiques, quelques mois plus tard. Ce renoncement semble correspondre chronologiquement au retour, en avril 1953, de Maurice Thorez d’URSS où il était soigné. Cette coïncidence pose la question du rôle éventuel du PCUS.

Le 29 octobre 1953, Maurice Thorez estime pourtant dans une interview :"...la question de l’indépendance nationale est maintenant posée avec force et se trouve placée au centre de toute la vie politique de la France... C’est pourquoi le front de lutte tend à englober toutes les classes laborieuses et en même temps d’autres milieux, c’est à dire tous les Français qui veulent reconquérir l’indépendance et la souveraineté nationales... L’union et l’action de toutes les énergies nationales et démocratiques constituent le problème décisif de l’heure, l’unité de la classe ouvrière étant la condition d’un tel rassemblement." (histoire du PCF page 551 - Editions Sociales- 1964).

Photographie : Maurice Thorez et Jacques Duclos le 1er mai 1945

En réalité, les conséquences de la démission de Charles de Gaulle en 1946, de son obsession anticommuniste, celles également de l’incapacité du PCF à promouvoir une stratégie durable, fondée sur le programme du CNR actualisé, et construit dans l’alliance des forces patriotiques, progressistes et républicaines, seront totalement délétères.

Elles conduiront à un quasi monopole du pouvoir, sur une très longue période historique, de l’ennemi de classe principal, le parti américain. Celui-ci, représenté par les organisations et les personnalités politiques les plus dangereuses, celles qui appliquent en France depuis la guerre et sous hégémonie germano-américaine, la politique stratégique de domination euro- atlantique et d’intégration européenne, tout en imposant un capitalisme de plus en plus barbare. Les mêmes atlantistes ou leurs continuateurs disposent aujourd’hui en France d’un pouvoir au totalitarisme grandissant.

En 1954, l’alliance de fait entre les députés gaullistes et communistes, qui voteront ensemble et unanimes, a permis à l’Assemblée Nationale de rejeter la CED le 30 août, et confirmé alors leurs convergences sur cette question essentielle de la souveraineté... Guy Mollet secrétaire général de la SFIO et son parti (en tant que tel) de même que François Mitterrand, sont naturellement lors de ce choix crucial, dans le camp atlantique du renoncement national.

Le retour du Général de Gaulle à la tête de l’Etat en juin 1958, ouvrit une parenthèse qui réinstalla l’intérêt national et pour l’essentiel, l’esprit républicain, au poste de commandement. La politique d’indépendance et de souveraineté réaffirmée, fut notamment traduite par le rejet des bases militaires américaines de notre pays, le retrait de la France du commandement militaire intégré de l’Otan en 1966, l’établissement de relations diplomatiques avec la République Populaire de Chine, la politique de détente, d’entente et de coopération avec l’URSS et les pays socialistes. Autres mesures clés : la condamnation de la guerre américaine contre le Vietnam, le discours de Pnom-Penh, la conversion en 1964, en leur valeur or, des réserves en dollars détenues par la Banque de France ainsi que la dénonciation du système monétaire américain qui lui permettait de faire financer par d’autres son déficit…

Les gaullistes, les communistes et d’autres républicains convergeront à nouveau en 1961 pour mettre en échec le putsch, à Alger, de généraux soutenus par la CIA, qui entendait favoriser l’éloignement du Général de Gaulle du pouvoir. Le parti communiste lança un appel à la grève générale qui fut suivi par 12 millions de Français. Lors de la crise de mai 1968, le PCF ne souhaita pas voir les atlantistes dits de gauche, toujours soutenus par les services américains et déjà conduits par Mitterrand, profiter des circonstances pour accéder au pouvoir.

Plus tard, face aux contradictions de la politique de programme commun, Georges Marchais dès l’automne 1974, et le 21 ème congrès du PCF, revint à plusieurs reprises, mais de manière velléitaire, sur l’hypothèse d’un rassemblement populaire liant la question sociale et la question nationale. Il lança le mot d’ordre d’union du peuple de France qui s’adressait aussi aux gaullistes, et aurait pu ouvrir une perspective et une alternative crédibles à la politique suicidaire d’union de la gauche, qui à toujours consisté à mener au pouvoir la fraction social- libérale des représentants de la bourgeoisie financière pro américaine et atlantiste.

Parmi les dirigeants politiques qui refusèrent la démarche de renoncement national et républicain, il faut citer Pierre Mendès France qui , s’abstint lors du vote sur la CED puis s’opposa au Marché Commun, avec une argumentation lumineuse, le 18 janvier 1957 à l’Assemblée Nationale :

« Le projet de Marché Commun tel qu’il nous est présenté est basé sur le libéralisme classique du XXème siècle selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes. L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit elle recourt à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit à la délégation de ses pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une politique au sens le plus large du mot nationale et internationale. »

Aujourd’hui, les ralliements des Kouchner et autres Strauss-Kahn à Sarkozy, confirment qu’il n’y a rien à attendre de nouvelles variantes d’une politique dite d’union de la gauche autour des sociaux libéraux, ou d’alter- mondialistes souvent hostiles à l’Etat, à la Nation et à la République.

La majorité populaire, patriotique et de progrès social, du non à la constitution européenne, n’indique-t-elle pas la direction à prendre, celle du rassemblement et du renouveau de l’esprit de la Résistance, de l’exemple du CNR et de son programme aux principes si actuels ? C’est le chemin de l’union du peuple de France !


Post scriptum

Monde : Pour une stratégie populaire internationale solidaire, un front uni d’endiguement de la menace étasunienne et occidentaliste. Refus et rejet du nouvel ordre mondial impérialiste, dictatorial, et manipulateur des peuples. Pour le retrait de la France de l’OTAN.

Europe : Sortir de l’euro.| Retrait de la France de l’UE intrinsèquement perverse, néolibérale, antisociale et atlantiste. Dénonciation et mise en échec de toute démarche nécessairement belliciste, de construction transatlantique, c’est à dire de fusion des Etats-Unis et de l’Union Européenne en un seul bloc impérialiste et occidentaliste intégré.

Etablir en Europe et à travers le monde, des alliances et coopérations mutuellement avantageuses entre peuples libres et nations souveraines.

France : Pour un retour à l’Union et à l’Esprit de la Résistance. Actualisation du programme du CNR.

Construire un rassemblement républicain, anti oligarchique et de progrès économique et social : l’union du peuple de France, afin de rétablir la souveraineté populaire et l’indépendance de notre pays, solidaire du front uni anti-impérialiste en construction à l’échelle du monde !

Claude Beaulieu - juillet 2007

Pour aller plus loin, lire également :

LE FACTEUR DE TRAHISON - Alexandre Zinoviev

Comment l’Ouest fut conquis - Frances Stonor Saunders — Who Paid the Piper ?

L’esprit de la Résistance - Serge Ravanel


De Gaulle prédit la crise du Dollar en 1965 et préconise l’étalon Or


De Gaulle Prédit la Crise du Dollar en 1965 et... par Darwin_Kayser

 

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Raphaël Enthoven, ou l’éditocratie à coups de marteau

Publié le par Felli Bernard

14
Mai
2017

Source : ACRIMED, Olivier Poche,

Raphaël Enthoven est un professeur de philosophie médiatique. Titulaire d’une chronique dans la matinale d’Europe 1 intitulée « La morale de l’info », il y «  décrypte une info sous un angle philo. Il fait le lien entre un événement de l’actualité et un auteur, un livre ou une pensée [1] ». En réalité, il se contente le plus souvent de nous confier sa « pensée », c’est-à-dire son opinion, au besoin relevée de quelque référence culturelle et d’un ou deux mots savants, sur la polémique du jour. Nous essaierons de revenir prochainement sur la figure de cette créature médiatique, mi-enseignant mi-chroniqueur, ayant longtemps animé une émission de vulgarisation philosophique sur France Culture, devenu le prototype du fast-thinker, tirant prestige d’une stature (ou d’une posture) de « philosophe » pour distribuer bons et mauvais points avec une outrance digne des plus décomplexés des éditocrates.

En attendant, nous nous devions de saluer sa dernière et originale sortie, contre… les « mélenchonistes abstentionnistes ». Ceux qui auraient attendu du philosophe une démonstration subtile et contre-intuitive reposant sur des raisonnements audacieux en seront pour leurs frais : défendant un point de vue rigoureusement conforme au sens commun éditocratique, martelé partout et à toute heure depuis le lendemain du premier tour, Enthoven y délaisse les concepts philosophiques pour l’expression triviale de ses humeurs et de ses détestations.

Le 7 décembre 2015, dans une chronique d’anthologie, Raphaël Enthoven avait déjà illustré la façon dont la philosophie peut nous aider à comprendre un phénomène social et à en analyser la complexité et les ressorts cachés. Le sujet du jour : l’abstention, ou plutôt les abstentionnistes. Enthoven commence par déplorer la coupable bienveillance dont on fait généralement preuve à leur égard. Grave erreur, nous dit le philosophe, car ce sont en réalité des «  fainéants et des ingrats », « des gagne-petit  » et « des malhonnêtes », qui « brandissent la nullité des politiques opportunément pour justifier leur flemme », des « irresponsables », des « enfants gâtés » et des «  snobs » qui ont « une tellement haute opinion de [leur] propre opinion » qu’ils auraient « l’impression de la souiller en la mêlant à la tourbe des autres ». En clair, « leur comportement ne renseigne pas sur la nullité des élus, mais sur celle des électeurs ». Conclusion : « Abstention, piège à cons ».

Une telle hauteur de vue donne le vertige. Et l’on ne sera guère surpris de le voir remettre le couvert en ce 26 avril 2017. Lui-même se charge d’ailleurs de rappeler ses précédentes « analyses » – que cette élection présidentielle va lui permettre d’affiner encore :

« Quand je dénonçais à cette même antenne la paresse des abstentionnistes et leur ingratitude envers les gens qui sont morts pour qu’ils aient le droit de voter, je ne parlais que des abstentionnistes permanents, et non de cette catégorie très particulière qu’on appelle l’abstentionniste de second tour […] le premier ne voterait pour rien au monde, tandis que le second ne vote que pour son candidat : son snobisme au fond s’arrête à ses convictions. »

La seconde catégorie – qui, on le comprend très vite, ne comprend que les « abstentionnistes mélenchonistes » [2] – se caractérise par sa fierté : « Nous les Insoumis, nous sommes le peuple, nous sommes grands, nous sommes libres, nous sommes des autruches indomptables que personne n’empêchera de plonger la tête dans le sable.  » Car le philosophe a le pouvoir de faire parler les autres pour leur faire dire à peu près n’importe quoi, et d’abord ce qui l’arrange.

Et d’où vient cette fierté ? «  D’une indécision profonde, ce qui, à mon sens, rend très agressif », répond le doux Raphaël, qui, plein de sagesse, ne saurait faire preuve de la moindre « agressivité » envers quiconque, comme on l’a vu, et comme on le verra.

Car si « les Insoumis » refusent de voter au second tour (puisqu’ainsi en a décidé le philosophe), ce n’est pas qu’ils hésitent : « Un dilemme, ce serait trop simple. Avec Emmanuel Macron, les Insoumis ne partagent rien ou presque rien, de lui ils détestent tout. En revanche, ne leur en déplaise, les Insoumis partagent avec le Front national des positions cousines sur l’OTAN, la Syrie, la Russie, l’Europe, la retraite à 60 ans, le protectionnisme, le dégagisme, la haine des médiacrates et des oligarques, la confusion de Macron et de Hollande, l’ambition d’être les candidats du peuple, le rejet des traités de libre-échange. Seulement c’est le FN, et aux yeux d’une majorité d’Insoumis, le FN c’est le diable c’est le mal absolu, c’est le grand méchant parti raciste. De sorte que ce qu’on présente comme une alternative entre le Charybde libéral et la Scylla xénophobe est en réalité l’impossible aveu d’une convergence réelle avec les idées de la seconde. »

N’allez pas voir là un quelconque jugement politique : c’est un pur esprit qui parle. Et quand bien même ce pur esprit entonne la même rengaine de la « convergence des populismes de droite et de gauche », répétée de médias en médias, on avouera qu’elle prend une autre allure dans la bouche d’un homme de haute culture. En 2002, Mélenchon avait voté Chirac, rappelle Enthoven, avant de dévoiler la vérité du personnage et de son projet, dans une ultime fulgurance psycho-synergolo-philosophique : « Si le même homme, 15 ans plus tard, alors que Marine Le Pen est en finale, ajourne les résultats comme un condamné fuit son couperet, attend pour s’exprimer que les militants débattent et rentre sous terre à la façon d’un enfant qui s’enfonce dans sa chaise dans la crainte que son prof ne l’interroge, c’est qu’en lui-même l’ombre portée d’une haine antique pour le diable frontiste recouvre encore un peu l’inavouable constat d’une parenté profonde avec l’essentiel de son projet. »

La « morale de l’info », selon Enthoven ? « Qui se ressemble s’abstient ». Et la morale de l’histoire ? Il n’est pire éditocrate que celui qu’on déguise en philosophe.
Olivier Poche

Source : ACRIMED, Olivier Poche,

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THAAD, TAPI et tempête

Publié le par Felli Bernard

THAAD, TAPI et tempête

12 Mai 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Asie centrale, #Chine, #Gaz, #Russie, #Etats-Unis, #Extrême-Orient

Ca s'agite sur l'échiquier planétaire...

Rien ne va plus au pays des Turkmènes. Le limogeage, le mois dernier, du puissant chef du secteur de l'énergie n'est que le reflet des tensions gazières qui secouent Achgabat. Pièce absolument centrale du Grand jeu énergétique entre 1991 et 2005 - on retrouve dans cette histoire Bush, Ben Laden, les Saoudiens, Brzezinski, les Taliban ou encore Kissinger -, le Turkménistan fait maintenant face aux répercussions de l'échec de l'empire américain à s'immiscer en Asie centrale et à contrôler ses pipelines. Par contrecoup, l'inquiétude et l'intérêt de Moscou et Pékin pour le gaz turkmène ont baissé de plusieurs crans.

Les trois tubes du CAC (Central Asie-China) transportent vers la Chine 55 Mds de m3 via l'Ouzbékistan et le Kazakhstan. Une ligne D était prévue, passant par l'Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Kirghizstan (en bleu sur la carte), devant acheminer 30 Mds de m3 supplémentaires.

Cette route Sud est maintenant reportée indéfiniment. Dès la fin 2014, des problèmes apparurent pour constituer des joint-ventures sino-kirghizes et sino-tadjikes avant que la Chine et l'Ouzbékistan n'enterrent officiellement le projet.

Coïncidence ? C'est justement en 2014 que Gazprom et Pékin ont signé le deal du siècle - le plus gros contrat de l'histoire - pour la fourniture de 38 Mds de m3 de gaz russe pendant 30 ans. Notons en passant que ce projet pharaonique suit son cours avec l'ouverture un check-point frontalier sur le fleuve Amour visant à faciliter la construction de part et d'autre.

Bloqué à l'ouest par la Caspienne, délaissé au nord-est par la Chine, le Turkménistan n'a plus d'espoir que dans l'impossible TAPI au sud-est. Celui-ci aussi, nous l'avons longuement et plusieurs fois évoqué. En anglais, pipedream signifie "chimère". Jamais un gazoduc n'a aussi bien porté ce nom...

A 6 000 kilomètres de là, les Américains installent leur THAAD en Corée du sud, officiellement contre les nordistes de Kim, officieusement contre la Chine, ce que votre serviteur et nombre d'analystes répètent inlassablement. Cela a lieu dans un contexte un peu particulier avec l'élection d'un président sino-compatible moins soumis aux desiderata impériaux.

Nous nous étions arrêtés au refus coréen de payer et à l'offre américaine de prendre en charge tous les coûts. En réalité, ce cadeau de McMaster, le Conseiller à la sécurité nationale issu de l'establishment washingtonien, a été très mal pris par Trump qui l'aurait littéralement engueulé au téléphone.

Dernier épisode d'une suite d'accrocs qui commence à se rallonger sérieusement et qui débuta dès le mois de février quand, avant un discours présidentiel devant le Congrès, le général néo-con avait fortement conseillé de ne pas utiliser l'expression "terrorisme islamique radical", sans doute pour éviter de braquer la Saoudie et autres alliés. Non seulement le Donald avait employé les mots fatidiques, mais il avait pris bien soin d'en détacher chaque syllabe.

Donald 2.0 redeviendrait-il Donald 1.0 ? L'ambiance générale parmi l'Etat profond est à la désillusion et, après la vraie-fausse frappe sur la Syrie grâce à laquelle le président américain a connu un répit, la MSN, fidèle porte-voix du système impérial, retombe dans l'habituelle hystérie.

Il est vrai que Trump tend parfois le bâton pour se faire battre, en virant le directeur du FBI - "bonne décision, mauvais timing" comme le disent certains - alors même qu'il accueille avec égard Lavrov à la Maison blanche. Il n'en fallait pas plus à la presstituée pour reprendre du service.

Sur le fond, les deux hommes ont discuté extensivement de la Syrie. Si l'on ne connaît évidemment pas le contenu des échanges, cela s'est apparemment très bien passé au vu des réactions des uns et des autres : "Pragmatisme", "très bonne rencontre"... De quoi faire enrager un peu plus le Deep State.

 

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