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L’Est syrien, enjeu véritable des quatrièmes négociations d’Astana pour la paix en Syrie

Publié le par Felli Bernard

Source : Caroline Galactéros, 11-05-2017

Signature du mémorandum établissant les zones de désescalade lors du quatrième cycle des négociations pour la paix en Syrie, à Astana, Kazakhstan, le 4 mai 2017. Aliia Raimbekova/Anadolu Agency/Getty Images.

Les 3 et 4 mai 2017 se sont tenues les quatrièmes rencontres internationales d’Astana sur la Syrieentre les délégations syrienne, russe, iranienne, turque et celle de « l’opposition armée », cette dernière étant représentée par le groupe salafiste Jaysh al-Islam. Etaient également présents l’envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie, Staffan da Mistura, et pour la première fois les États-Unis, en la personne de Stuart Jones, Secrétaire d’Etat pour les affaires proche-orientales. Dans le même temps, Vladimir Poutine recevait Recep Tayyip Erdogan à sa résidence estivale de Botcharov Routcheï à Sotchi.

Mise en place de zones de désescalade

Un memorandum mettant en place quatre « zones de désescalade » fut signé par les trois pays garants des parties en conflit : la Russie et l’Iran pour la Syrie, la Turquie pour les « rebelles ». Ce mémorandum instaure un cessez-le-feu, poursuit l’évacuation des enclaves rebelles assiégées (notamment ceux de Damas), et permet retour des réfugiés volontaires dans leur région d’origine. Il fut toutefois dénoncé par l’opposition elle-même, pourtant partie aux négociations, notamment en raison de la présence de l’Iran. Selon Le Monde, Yasser abd ar-Rahim, membre de la délégation rebelle, aurait interrompu la séance en invectivant violemment la délégation iranienne : « Les Iraniens tentent de se présenter et d’agir en tant que garants. C’est quelque chose que nous ne pouvons accepter. Depuis le premier jour, ils tuent des civils sur le terrain », avant de « spectaculairement claquer la porte des négociations devant les caméras. »

Outre le fait que Yasser abd ar-Rahim a été en fait invité à évacuer la salle plus qu’il n’en a « claqué la porte », Le Monde oublie de rapporter que ce personnage est surtout connu pour être l’ancien commandant du groupe islamiste Fatah Halab (« Conquête d’Alep »), actif à Alep lors de l’offensive gouvernementale en 2016, et qui fit, en août de la même année : « le serment que la coalition des groupes armés se “vengerait” des Kurdes à Cheik Maqsoud [quartier d’Alep tenu par les Kurdes], précisant que ces derniers ne “trouveraient plus de place où enterrer leurs morts à Alep” », comme le rapporte les Nations Unies dans le Rapport de la Commission d’enquête internationale indépendante sur la République arabe syrienne de février 2017 (pp. 17-18). Déclarations hélas suivies d’effets envers les populations civiles, exactions considérées comme des crimes de guerre par l’ONU. La persistance occidentale à vouloir voir des rebelles modérés là où se déchainent des combattants islamistes ou salafistes ultra-radicaux, notamment au seine de la « veine » de Jaysh al-Islam, est une cécité volontaire très lourde de conséquences humaines.

Ce texte prévoit donc d’établir quatre zones de désescalade. Il s’agit des quatre enclaves rebelles dans l’ouest du pays : région d’Idlib au Nord de la Syrie, poche de Homs-nord, poche de Damas-est (ou Ghouta orientale), et enfin zone au sud de la Syrie, le long de la frontière syro-jordanienne et du Golan syrien occupé par Israël.

En gris clair : les zones de désescalade du mémorandum contrôlées par les rebelles ; en violet : la zone contrôlée par les rebelles pro-turcs ; en bleu : les zones rebelles non concernées par le mémorandum d’Astana ; en noir : les zones contrôlées par l’Etat islamique ; en vert : les zones contrôlées par les FDS ; en rouge : les zones contrôlées par les forces gouvernementales ; en marron le Golan israélien occupé par Israël et les forces de l’ONU. Al-Masdar News, modifiée.

A noter que les zones tenues par les rebelles le long de la frontière syro-jordanienne et syro-irakienne (en bleu sur la carte), soutenus par les Etats-Unis, et récemment actifs dans ce secteur (nous y reviendrons), ne sont pas comprises dans cet accord que les Etats-Unis ont salué tout en exprimant naturellement des réserves à l’égard de son « patronage» par l’Iran. Enfin, les forces aériennes de la coalition internationale ont interdiction de pénétrer dans l’espace aérien de ces zones.

Situation militaire en Syrie au 11 mai 2017

Pour saisir les enjeux de cet accord, il convient d’effectuer un rapide tour d’horizon de la situation militaire en Syrie à jour (12/05/2017).

Les contres-offensives gouvernementales de mars-avril-mai 2017

A la veille de la signature du memorandum, les forces gouvernementales et pro-gouvernementales poursuivaient avec succès leur contre-offensive au nord de Hama, répondant à une offensive lancée le 21 mars dernier par le Hayat Tahrir al-Cham (HTS), alliance principalement constituée du Jabhat Fatah al-Cham (ex Jabhat al-Nosra, Al-Qaida en Syrie), Ahrar al-Cham, ainsi que de plusieurs autres groupes salafistes ou islamistes affiliés à l’Armée syrienne libre (ASL). C’est dans le cadre de cette contre-offensive que s’est inscrite l’attaque chimique de Khan Cheikhoun, le 4 avril dernier.

Situation militaire au nord de Hama le 23/03 et 02/05/2017. En rouge : les forces gouvernementales ; en vert : les rebelles (cliquez pour agrandir).

Parallèlement, une autre offensive était lancée le même jour depuis la Ghouta orientale, principalement dans le quartier de Jobar et la zone industrielle de Qaboun, menée par le Faylaq al-Rahman, HTS et Ahrar al-Cham. Cette offensive fut toutefois rapidement circonscrite par les forces gouvernementales, avant que ces dernières ne gagnent du terrain sur les rebelles.

Les quartiers rebelles de Qaboun, Jobar et Zamalka à l’est de Damas au 22/03 et 05/05/2017 (cliquez pour agrandir).

Depuis, l’alliance entre les groupes rebelles de la Ghouta orientale a volé en éclats et de violentes confrontations ont eu lieu entre le Faylaq al-Rahman et les salafistes du Jaysh al-Islam (ceux-là même qui représentent la « rebellion » à Astana), entraînant de nombreuses pertes des deux côtés.

Progression pour la reprise de Raqqa par les Forces démocratiques syriennes

Comme nous l’évoquions en mars dernier, la reprise de Raqqa par la coalition arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS) soutenues par les Etats-Unis s’est poursuivie par la reprise du « verrou stratégique » de Taqba à l’Etat Islamique (EI), mercredi 10 mai. Dans la nuit du 21 au 22 mars dernier – coïncidence ou calcul tactique victorieux permis par la « fixation » des forces syriennes pour répondre aux assauts rebelles à Hama et Damas -, des troupes des FDS et des forces spéciales américaines ont été héliportées 15 km à l’ouest de Taqba, depuis l’autre rive du Lac Assad. Celles-ci libérèrent plusieurs localités avant de reprendre l’aéroport au sud de Taqba et d’encercler la ville, tandis que les FDS sur l’autre rive de l’Euphrate encerclaient la ville par le nord.

Carte des opérations de la bataille de Taqba (2017) du 22/03 au 10/05/2017. En noir : l’EI ; en jaune : les FDS. Wikipedia.

C’est la première fois que la coalition arabo-kurde franchit l’Euphrate, signe que Washington compte désormais s’appuyer pleinement sur cette force. Le contrôle de Taqba est triplement stratégique pour les FDS et les Etats-Unis, car il permet de :

  • couper la route ouest de Raqqa, accentuant la pression sur l’EI pour la reprise de la ville.
  • tenir le barrage de Taqba, important pour le contrôle de l’eau dans le pays.
  • bloquer la route reliant Alep à Raqqa aux forces gouvernementales syriennes qui pouvaient progresser depuis Alep.

Reste à savoir si les FDS vont désormais couper la route reliant Ithriya à Raqqa, au sud de cette dernière, encerclant complètement la ville et empêchant toute participation de Damas à cette opération, ce qui aurait évidemment d’importantes incidences politiques quant aux partage des zones d’influence qui se dessine et au rapport de force plus global américano-russe.

Carte des mouvements bloqués des forces gouvernementales pour reprendre Raqqa après la capture de Taqba par les FDS. SouthFront, modifiée.

Fin de l’opération turque en Syrie

Le 29 mars dernier, Binali Yildrim, Premier ministre turc, annonçait la fin de l’intervention turque en Syrie (opération « Bouclier de l’Euphrate »). Nous étions revenus sur le fait qu’après la reprise d’al-Bab à l’EI par l’ASL pro-turque, la Turquie se retrouvait bloquée par les forces gouvernementales syriennes au sud, mais aussi, à l’ouest (Afrin) et à l’est (Manbij), par les FDS sous double et concurrente protection russe et américaine.

Au grand dam de R.T. Erdogan, la Turquie et l’ASL furent également exclues de la reprise de Raqqa par les Etats-Unis qui préférèrent s’appuyer sur les FDS arabo-kurdes, insupportable avanie aux yeux du président turc, puisqu’elles sont majoritairement composées des YPG kurdes, branche armée du PYD, organisation terroriste selon Ankara. Cela explique probablement les récentes frappes turques sur le territoire tenu par les FDS depuis deux semaines, et le rassemblement de troupes le long de la frontière turco-syrienne, menaçant d’une nouvelle intervention turque en Syrie, cette fois-ci dirigée directement contre les Kurdes. Tout comme ce fut le cas pour Manbij, qu’Erdogan menaça d’attaquer après la reprise d’al-Bab, les Etats-Unis déployèrent des patrouilles le long de la frontière syro-turque tenue par les FDS pour dissuader les velléités turques, tandis que Russes et forces gouvernementales se déployaient ostensiblement du côté d’Afrin.

Il s’agit une nouvelle fois pour Erdogan de faire pression sur ses alliés pour s’imposer à la table des négociations politiques. En forçant les YPG à se redéployer au nord pour anticiper la menace turque, les opérations pour la reprise de Raqqa ralentissent. Peine perdue puisque les Américains ont affirmé leur soutien au YPG en se rendant sur le lieu des frappes. Plus significatif encore, Jeff Davis, porte parole du Département de la Défense, a annoncé ce 9 mai que les Etats-Unis vont armer les FDS, « seule force capable de prendre Raqqa dans un futur proche » (lire l’article de Georges Malbrunot dans Le Figaro du 11 mai 2017), conformément à leur demande depuis des années. Washington prend toutefois la précaution de rappeler que ce soutien sera limité à « des mitraillettes, des armes légères, des munitions et des véhicules blindés ». Décidément sans aucun scrupule, R.T. Erdogan déclara que le combat contre l’EI « ne devait pas être mené en aidant une autre organisation terroriste ».

Il faut remarquer que la Russie, qui soutient aussi  les YPG plus ou moins directement selon les circonstances, trouve son intérêt dans ces bombardements turcs. Comme nous l’avons dit, ceux-ci ralentissent les opérations kurdo-américaines dans l’est syrien, ce qui permettra, nous allons le voir, aux forces gouvernementales et pro-gouvernementales syriennes de progresser dans la course pour l’Est syrien. Mais l’effet pourrait surtout être politique. Ces bombardements poussent en effet les Kurdes à revenir dans le giron de Damas et à renoncer à leur désir d’une possible autonomie territoriale que la Turquie n’accepterait de toute façon jamais et qui pourrait raidir en conséquence la relation russo-turque importante aux yeux de Moscou à plus d’un titre. C’est la tactique que perçoit et dénonce Riza Altrun, membre du conseil exécutif du KCK, émanation politique kurde du PKK turc.

La course pour l’Est syrien, entre entente et concurrence russo-américaine

Maintenant que le front occidental contre les rebelles se trouve stabilisé grâce au memorandum, Damas peut redéployer ses forces sur le front oriental contre l’EI et se consacrer à la reprise d’une autre partie du territoire national .

Une carte publiée le 5 mai sur le compte Twitter de Syrian Generation montre quels pourraient être les prochains mouvements du gouvernement syrien. Les faits ont depuis démontré la justesse de ces prédictions.

Mouvements potentiels des forces gouvernementales. En bleu : la première phase des opérations ; en rouge foncé : la deuxième ; en violet : la troisième potentielle. Syrian Generation.

L’enjeu prioritaire pour Damas est tout d’abord de consolider son flanc oriental, notamment la mince bande sous leur contrôle reliant Hama à Alep, ainsi que la route reliant Homs à Palmyre, sur laquelle se trouve la base aérienne T4 (stratégique pour le ravitaillement iranien). L’objectif principal serait à terme la reprise de la ville de Deir ez-Zoor.

Comme nous le rappelions dans notre billet de mars dernier, la reprise des villes de Raqqa et Deir ez-Zor, et plus largement de tout l’est syrien sous domination de l’Etat islamique, est l’enjeu actuel de l’entente russo-américaine en Syrie. Il s’agit à la fois d’une entente et d’une concurrence dans la mesure où Russes comme Américains entendent, via leurs « proxies » respectifs, avancer leurs pions qui vont déterminer le sort de la future Syrie mais aussi celui de l’équilibre des rapports de force au Moyen-Orient dans son ensemble, avec les incidences énergétiques, sécuritaires et économiques considérables. Cette entente-concurrence a été comparée avec justesse par Elijah J. Magnier pour le journal koweïtien Al Rai (“The US-Russia race in Syria: towards a military confrontation?” disponible en anglais sur son blog) avec la course pour Berlin en 1945 entre les Alliés et l’URSS, course qui allait délimiter les zones d’influence future une fois l’Allemagne nazie anéantie. C’est également la première fois depuis 1945 que des troupes russes et américaines affrontent le même ennemi au sol.

La course pour l’Est syrien entre les forces gouvernementales et pro-gouvernementales (soutenues par la Russie et l’Iran) et les FDS et groupes « rebelles » (soutenus par les Etats-Unis et la Coalition) est en réalité le véritable enjeu de ces accords de cessez-le feu. Ainsi, les zones urbaines de Raqqa et Deir ez-Zor, ainsi que les passages d’Al-Tanf et Al Boukamal (respectivement Al Walid et Al Qaim pour les Irakiens) – situés le long de la frontière syro-irakienne – sont les quatre points que vont se disputer toutes les forces en présences dans un futur proche.

Situation militaire en Syrie au 11/05/2017. En rouge : les forces gouvernementales ; en vert : les rebelles ; en jaune : les FDS ; en noir : l’EI. Les cercles bleus indiquent les zones stratégiques disputées pour le contrôle de l’Est syrien. SouthFront, modifiée.

Nous l’avons vu la reprise de Raqqa est en bonne voie par les FDS, malgré les bombardements turcs.

Concernant Deir ez Zor, la ville est contrôlée majoritairement par l’EI qui en  a chassé le Front al-Nosra (ex Al-Qaida en Syrie) à l’été 2014, mais n’a pu reprendre deux zones restées aux forces gouvernementales et qui demeurent assiégées depuis, résistant grâce aux ravitaillements aériens en hommes et en matériels. Ces deux poches aux mains de Damas sont situées d’une part à l’ouest de la ville, autour d’une base de l’Armée syrienne, et d’autre part à l’est, autour de l’aéroport de la ville.

Situation militaire à Deir ez-Zor le 05/05/2017. En noir : l’Etat islamique ; en rouge : les forces gouvernementales ; en bleu : les avancées des forces gouvernementales ; en violet : les zones de combat. Les deux poches ont depuis fait jonction.

Ces derniers jours, Russes et Syriens concentrent leurs frappes sur la ville tenue par l’EI. La Garde républicaine syrienne a été déployée dans les zones assiégées, tandis que les Tiger Forces ont été redéployées depuis Hama et Alep vers l’ouest de Palmyre. Le déploiement de ces deux unités d’élites de l’armée syrienne indique qu’une large offensive pourrait être en préparation prochainement depuis Palmyre via la route « Homs – Deir ez-Zor » reliant les deux villes à travers le désert syrien. La ville pourrait donc retourner dans le giron de l’Etat Syrien, lui permettant de couper en deux le territoire encore sous contrôle de l’EI et de l’encercler au nord .

Lutte pour le contrôle de la frontière syro-irakienne et l’avenir de l’arc chiite

Mais, au delà de ces manoeuvres tactiques d’ampleur, le véritable enjeu de cette course à l’est est celui du contrôle des frontières syro-jordanienne et syro-irakienne, et à terme, celui de la continuité ou non du fameux « arc chiite ».

Au début de cet article nous mentionnons le fait qu’une importante zone rebelle au sud-est de la Syrie est exclue du mémorandum signé à Astana. Longeant la frontière syro-iakienne, cette zone est sous le contrôle de la seule frange de l’ASL qui soit à dominante séculière dans toute la Syrie. Les rebelles de cette zone sont soutenus par la Jordanie et les Etats-Unis. Le principal point stratégique est le passage d’Al-Tanf à la frontière syro-irakienne, une des trois routes officielles reliant la Syrie à l’Irak servant de base aux rebelles entraînés par les Etats-Unis. Les forces spéciales US n’avaient d’ailleurs pas hésité à apporter leur soutien au Jaysh Ossoud al-Charkiya pour contrer plusieurs offensives de l’EI visant à reprendre ce lieu. Une avancée significative a été faite fin-avril début-mai dans cette région par les rebelles.

Situations militaires en Syrie au 27/04 et 11/05/2017. On voit distinctement l’important gain territorial rebelle le long de la frontière syro-irakienne (cliquez pour agrandir).

Outre le fait de s’implanter dans le sud-est syrien en lieu et place de l’EI, l’objectif de cette avancée est de prendre le contrôle du passage d’Al Boukamal situé le long de l’Euphrate, au sud de Deir ez-Zor.

Ce regain d’activité expliquerait le renforcement de la présence militaire américaine en Jordanie. La branche média du Hezbollah présent en Syrie aurait géolocalisé, grâce à des drones, une base américaine utilisée par la Jordanie et les Etats-unis pour leurs opérations en Syrie, et constaté un renforcement significatif de leur nombre.

Carte de la base américaine supposée en Jordanie. En bleu : les zones contrôlées par les rebelles ; en rouge : les zones contrôlées par les forces gouvernementales (cliquez pour faire défiler).

Ces deux points pour le contrôle de la frontière syro-irakienne pourraient être le lieu d’affrontements futurs entre les forces gouvernementales et pro-gouvernementales et les « rebelles », une confrontation par proxies interposés pour Moscou et Washington. Il faudra également compter avec l’EI qui, avec la perte prochaine de Raqqa et Mossoul, joue désormais sa survie territoriale. De nombreux renforts ont d’ailleurs été récemment observés le long de l’Euphrate entre Al Boukamal et Deir ez-Zor.

Cartes des mouvements potentiels à venir pour le contrôle de l’Est syrien. En rouge : les forces gouvernementales ; en vert : les rebelles ; en orange : les FDS ; en noir : l’EI ; en violet : les forces gouvernementales irakiennes. SouthFront, modifiée.

Selon Elijah J. Magnier (article cité), la récente activité « rebelle » sous supervision américaine dans le sud Syrien expliquerait également pourquoi Bagdad aurait également multiplié ses forts le long de la frontière irako-syrienne.

Toujours de même source, ce serait Faleh al-Fayad, Conseiller à la Sécurité nationale du gouvernement irakien, chef des Unités de mobilisation populaires, milices chiites irakiennes formées en 2014 pour combattre l’EI, qui aurait informé Damas et le Hezbollah des plans « suggérés » avec insistance par les Américains à Bagdad. C’est pourquoi la reprise rapide de Deir ez-Zor est un enjeu crucial pour l’avenir de la Syrie et de la région.

Au-delà de l’intégrité territoriale de la Syrie, c’est donc la continuité territoriale de « l’arc chiite » qui se joue actuellement. Si l’est syrien devait tomber aux mains des FDS et des groupuscules « rebelles » sunnites salafistes soutenus par les Américains, l’arc s’en trouverait brisé.

Conclusion

Les prochaines semaines vont être riches en rebondissements. Au-delà de certaines postures ou déclarations et en dépit de la persistance d’un courant idéologique radicalement opposé à toute amélioration de leur relation, Moscou et Washington font montre d’une volonté de s’entendre sur le terrain pour mettre un terme à cette guerre. C’est ce qu’atteste la visite de Sergueï Lavrov à Washington mercredi 10 mai, une première depuis 2013 pour le ministre russe des Affaires étrangères, au cours de laquelle ce dernier a pu s’entretenir avec son homologue Rex Tillerson et le président Donald Trump. Une telle rencontre montre bien que les frappes américaines du 7 avril dernier en Syrie n’ont pas constitué de rupture, s’agissant peut-être même d’un moyen pour le président américain de desserrer l’étreinte politique interne qui l’empêche toujours d’enclencher le reset voulu originellement dans la relation américano-russe. Ces frappes n’ont pas vraiment affecté le rapprochement tactique observé précédemment, même si la rivalité globale demeure évidemment vive ; rivalité dont les enjeux sont lourds et touchent l’équilibre des puissances et des influences sur un monde de plus en plus difficile à contrôler ou à inspirer.

Sur le théâtre syrien, ce sont néanmoins les puissances régionales qui risquent de faire déraper cette fragile entente. L’Iran voudra à coup sûr préserver cet  « axe chiite », tandis que les monarchies du Golfe feront tout pour qu’il soit brisé. Si Israël peut trouver son compte dans les zones de désescalade dans au sud de la Syrie et le redéploiement du Hezbollah sur un autre front, elle voit aussi d’un bon oeil l’avancé des rebelles dans le sud-est syrien pour briser l’arc chiite et l’influence iranienne dans la région. Quant à la Turquie d’Erdogan, vexée que ses intérêts soient parfois négligés au plan militaire ou politique, elle pourrait exercer, ici ou là la capacité de nuisance ou de paralysie de certains mouvements militaires. C’est ce qu’atteste la récente création du First Corps dans la zone rebelle pro-turc au nord de la Syrie. Il s’agit d’une coalition rebelle en vue de combattre le YPG, PKK. Tout cela risque de retarder d’autant la maturation d’une consensus politique viable qui puisse augurer pour le malheureux peuple syrien de la fin d’un trop long martyr.

Source : Caroline Galactéros, 11-05-2017

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Afghanistan : Le siège de la télévision publique attaqué à Jalalabad

Publié le par Felli Bernard

nternational

Afghanistan : Le siège de la télévision publique attaqué à Jalalabad

le 17 mai 2017

 

 

 

Des assaillants armés ont attaqué mercredi le siège de la Radio-Télévision afghane (RTA) en plein centre de Jalalabad, capitale de la province instable du Nangarhar où sont basés de nombreux combattants insurgés, un premier bilan faisant état d’au moins deux tués.

Les échanges de tirs se poursuivaient plus de deux heures après le début de l’assaut contre le siège de la RTA, proche du quartier général de la police.

Le porte-parole du gouverneur, Attaullah Khogyani, a évoqué un groupe de quatre assaillants, mais leur nombre est encore confus et l’opération n’a pas été revendiquée dans un premier temps.

« Au moins deux civils ont été tués et six blessés jusqu’à présent. Les combats se poursuivent », a déclaré M. Khogyani à l’AFP, précisant qu’il entendait toujours distinctement les tirs. « Quatre assaillants sont entrés à l’intérieur du bâtiment dont deux se sont fait exploser et deux résistent toujours », a-t-il précisé.

Le patron des services de santé, le Dr Najibullah Kamawala, a pour sa part cité « 14 blessés acheminés vers les hôpitaux » de Jalalabad.

Le siège de la Radio-Télévision Afghane (RTA) est situé face aux bureaux du gouverneur provincial et du quartier général de la police à Jalalabad. Toutes les routes menant vers cette zone ont été fermées.

Des témoins, dont un correspondant de l’AFP, ont indiqué avoir entendu deux fortes explosions, probablement lorsque les kamikazes ont déclenché leur charge.

– Daech et Talibans –

« Dès que j’ai entendu des tirs, j’ai pris la fuite mais mes collègues sont toujours coincés à l’intérieur, » a rapporté un photographe de la RTA sous couvert de l’anonymat.

Le porte-parole de la police, Hazarat Hussain Mashreqiwal, dont les locaux sont situés à moins de 300 mètres du site attaqué, a confirmé l’irruption des attaquants. « Nous ne savons pas quelle est leur cible exacte, mais nous sommes en train de riposter » a-t-il dit.

Les organisations de presse et les journalistes, en particulier afghans, ont payé un lourd tribut ces dernières années au conflit: treize d’entre eux ont été tués en 2016 selon leur Comité de protection (AJSF).

 

 

 

La province du Nangarhar, frontalière du Pakistan, abrite de nombreux combattants insurgés talibans, qui ont lancé fin avril leur offensive de printemps, ainsi que des membres du groupe Etat Islamique qui a fait de cette zone sa base-arrière en Afghanistan.

Plusieurs opérations destinées à déloger l’EI y ont été conduites ces dernières semaines par les troupes afghanes, épaulées par les forces américaines qui ont perdu trois de leurs hommes dans ces combats.

Le Pentagone a juré de chasser l’EI du pays d’ici la fin de l’année.

L’armée américaine a largué début avril la plus puissante de ses bombes conventionnelles sur le district d’Achin, dans le sud du Nangarhar, visant un réseau de grottes et tunnels utilisé par l’EI.

La méga-bombe a tué 96 combattants jihadistes de sources officielles. Mais cette opération a été critiquée par de nombreux observateurs pour qui les talibans, et non l’EI, constituent la principale menace à la stabilité et à la paix en Afghanistan.

Les talibans contrôlent ou disputent désormais près de la moitié du territoire aux forces gouvernementales, poussant la Maison Blanche et l’Otan à envisager de renforcer les forces occidentales présentes – 13.200 actuellement, dont 8.400 Américains.

Selon le coordonnateur national du renseignement américain Dan Coats, « la situation politique et sécuritaire de l’Afghanistan va presque certainement se détériorer (jusqu’en) 2018 ».

« Les talibans continueront probablement à enregistrer des gains, spécialement dans les zones rurales », estimait-il récemment.

LNT avec Afp

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Les Néerlandais et Allemands en mission « touristique » au Mali ?

Publié le par Felli Bernard

Les Néerlandais et Allemands en mission « touristique » au Mali ?

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Deux hélicoptères allemands engagés dans la Minusma (crédit : Bundeswehr/Marc Tessensohn)

(B2) Les Allemands et Néerlandais sont assez engagés au Mali au sein de la force des Nations unies (MINUSMA) (1). La présence des Européens dans la MINUSMA a un côté rassurant mais en matière de stabilisation réelle et de lutte anti-terroriste, l’engagement parait plutôt limité si on en croit certains témoignages.

Une force de présence plutôt qu’une force stabilisatrice

Cet engagement ressemble davantage à de la force de présence qu’à une réelle action stabilisatrice. Les militaires européens ne sortent que très peu du camp pour patrouiller…. Trop dangereux. L’essentiel de l’action semble être de briquer les locaux impeccables pour recevoir leurs visiteurs, et de faire des selfies dans une posture guerrière, qui n’effraient personne, à part les destinataires de ces selfies et sont, sans risque aucun, puisqu’ils sont pris… à l’intérieur de la base, ironise un spécialiste des questions militaires.

Surprotégés

Le haut fait d’arme de ces casques bleus est d’avoir, avec les bulldozers du génie, travailler à renforcer la protection du campement pour éviter toute incursion des rebelles ou toute action par explosif improvisé (IED). Une super-protection très efficace … mais qui coûte cher à leurs voisins. Les troupes bangalis (par exemple) ou maliennes, bien moins protégées, sont régulièrement attaquées par les rebelles, qui trouvent ainsi des proies plus faciles.

Du renseignement sans vecteurs de renseignement

Du côté néerlandais, la présence ne semble pas avoir été beaucoup plus efficace. Officiellement, les Bataves venaient pour faire du renseignement pour le compte des Nations unies. Seul hic, ils comptent très peu de francophones dans leurs rangs. Donc pour faire du renseignement humain, autant dire que c’est plutôt difficile… Du côté électronique, on ne peut pas dire que la ville de Gao soit un haut lieu de la connexion globale. Alors pour s’occuper, ils dressent la cartographie des lieux …

Dresser des cartes déjà connues

Il s’agit – comme le précise le ministère néerlandais de la Défense de « rassembler des informations » pour les unités de soutien néerlandaises au sol. Objectif : notamment dresser la carte des lieux, des lieux stratégiques (puits, etc.). C’est-à-dire en fait refaire le travail, déjà accompli par les « gars » de la Coloniale qui ont arpenté ces différents lieux à de multiples reprises depuis quelques dizaines d’années. Mais, apparemment, les Néerlandais ne semblaient pas au courant de l’existence de ces cartes.

Des hélicoptères de combat… pour la gloire

Quant aux quatre hélicoptères Apache, aujourd’hui rentrés au pays, ils étaient sensés faire du renseignement et de la dissuasion, notamment en assurant une posture combative. Selon nos informations, ils sont sortis une fois en un an sur une réelle action ! Un peu cher pour un piètre résultat.

(Nicolas Gros-Verheyde)


L’engagement germano-néerlandais

Berlin l’avait promis à Paris après les attentats de novembre 2015. Ils ont tenu parole, renforçant au fur et à mesure, leur engagement. L’autorisation, renouvelée en janvier 2017, du Bundestag permet d’engager 1000 soldats, ainsi que des hélicoptères de transport de type NH-90 – pour notamment faire les évacuations médicales – et des hélicoptères d’attaque Tigre pour remplacer les Néerlandais. Le contingent allemand comprend également une compagnie de reconnaissance mixte renforcée, équipée de drones et des véhicules de reconnaissance Fennek.

Pour les Pays-Bas, il s’agit plutôt d’un engagement international, entrant dans le cadre de la campagne pour s’assurer d’une place au Conseil de sécurité, et d’un engagement personnel du ministre des Affaires étrangères, Bert Koenders, qui a été le chef de la MINUSMA. L’engagement néerlandais a d’ailleurs baissé de façon importante en 2017. L’effectif a été ramené à 300 militaires et 25 policiers. Les 4 hélicoptères d’attaque Apache (chargés de la reconnaissance) sont, eux, rentrés au pays en 2016, ainsi que les trois hélicoptères de transport Chinook, remplacés par des hélicoptères allemands.

 

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- Les Bootcamps, facilitateurs d’innovation du secteur nucléaire américain

Publié le par Felli Bernard

DOSSIER « L’industrie nucléaire se réinvente »

1/9 - Les Bootcamps, facilitateurs d’innovation du secteur nucléaire américain

 

Le modèle actuel utilisé par l'industrie nucléaire pour innover n'est plus adapté à l'amplitude des changements nécessaires pour rendre les technologies nucléaires attractives. Et s'il était possible de réinventer les méthodes d'innovation ? Zoom sur le Nuclear Innovation Bootcamp de l’Université de Berkeley.

 

  EN DIRECT

Etats-Unis : l’industrie demande un soutien fédéral pour les nouveaux réacteurs nucléaires

 

Les développeurs de nouvelles technologies de réacteurs demandent à l'administration fédérale un soutien financier renforcé et un accès à du combustible enrichi.

 

 
  DOSSIER « L’industrie nucléaire se réinvente »

2/9 - Panorama mondial des systèmes de Génération IV

 

Dix-sept ans après la création du Forum international Génération IV : quelles sont les avancées réalisées dans le développement des réacteurs du futur ? 

 

 
  DOSSIER « L’industrie nucléaire se réinvente »

3/9 - NuScale, l’avant-garde des SMR américains

 

En déposant sa demande de certification auprès du régulateur, NuScale confirme sa position à l’avant-garde du développement des Small Modular Reactors aux États-Unis.

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La composition du nouveau gouvernement officiellement annoncée, Gerard Collomb à l'Intérieur

Publié le par Felli Bernard

La composition du nouveau gouvernement officiellement annoncée, Gerard Collomb à l'Intérieur

La composition du nouveau gouvernement officiellement annoncée, Gerard Collomb à l'Intérieur© Stéphane de Sakutin / AFP
Le porte-parole du gouvernement a annoncé le nom des 22 ministres

L'identité des 22 membres du gouvernement d'Edouard Philippe a été annoncée le 17 mai au palais de l'Elysée, avec un jour de retard. Si deux ministres de François Hollande restent, des personnalités de droite comme Bruno Le Maire font leur entrée.

Les noms des ministres du président Emmanuel Macron et de son Premier ministre Edouard Philippe ont été annoncés par le porte-parole du gouvernement le 17 mai. La composition est la suivante : 

  • Gerard Collomb : ministre de l'Intérieur
  • François Bayrou : ministre de la Justice
  • Bruno Le Maire : ministre de l'Economie
  • Jean-Yves Le Drian : ministre de l'Europe et Affaires étrangères
  • Nicolas Hulot : ministre de la Transition écologique et solidaire
  • Sylvie Goulard : ministre des Armées
  • Richard Ferrand : ministre de la Cohésion des territoires
  • Agnès Buzyn : ministre de la Santé
  • Françoise Nyssen : ministre de la Culture
  • Muriel Pénicaud : ministre du Travail
  • Laura Flessel : ministre des Sports
  • Jean-Michel Blanquer : ministre de l'Education nationale
  • Jacques Mézard : ministre de l'Agriculture
  • Annick Girardin : ministre des Outre-mer
  • Marielle de Sarnez : ministre des Affaires européennes
  • Gérald Darmanin : ministre de l'Action et des Comptes publics
  • Frédérique Vidal : ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation

  • Elisabeth Borne : ministre chargée des Transports auprès de Nicolas Hulot

Le gouvernement dirigé par Edouard Philippe compte également quatre secrétaires d'Etat rattachés à Matignon, parmi lesquels Christophe Castaner (secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement), Marlène Schiappa (secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité hommes-femmes), Sophie Cluzel (secrétaire d'Etat chargée du handicap) et Mounir Mahjoubi (secrétaire d'Etat chargé du numérique).

Parmi les noms annoncés, deux ministres étaient déjà membres du gouvernement de François Hollande : Jean-Yves Le Drian et Annick Girardin.

Le gouvernement compte 11 hommes et autant de femmes.

Auteur: RT France

La composition du nouveau gouvernement devait initialement être dévoilée le 16 mai, mais elle avait été repoussée de 24 heures, le président et son Premier ministre expliquant vouloir disposer d'un «temps de vérification» des situations fiscales des candidats aux postes et d'éventuels conflits d'intérêt.

Lire aussi : Après l'annonce de la composition du gouvernement d'Edouard Philippe, les politiques réagissent

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[Médias] “Trump a révélé des informations classifiées au chef de la diplomatie russe”

Publié le par Felli Bernard

17
Mai
2017

Petite revue du “scandale du jour”, ici présenté par l’Obs

Trump a révélé des informations classifiées au chef de la diplomatie russe

Le président américain Donald Trump a révélé des informations hautement classifiées au chef de la diplomatie russe et à l’ambassadeur de Russie aux Etats-Unis lors d’une récente rencontre à la Maison Blanche, affirme lundi le “Washington Post”.

Les informations partagées par le président américain concernaient le groupe Etat islamique et avaient été communiquées par un partenaire des Etats-Unis qui n’avait pas donné l’autorisation à Washington de les partager avec Moscou, précise le quotidien.

Le président américain “a révélé plus d’informations à l’ambassadeur russe que nous n’en avons partagé avec nos propres alliés”, a indiqué, sous couvert d’anonymat, un responsable américain cité par le “Washington Post”. Selon la même source, il s’agissait d’informations ayant l’un des degrés de classification les plus élevés utilisé par les agences de renseignement américaines.

Selon le quotidien de Washington, Donald Trump “a commencé à décrire les détails d’une menace terroriste posée par le groupe EI et liée à l’utilisation d’ordinateurs portables dans des avions“.

Donald Trump a reçu mercredi dans le Bureau ovale le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov et l’ambassadeur russe à Washington Sergueï Kisliak.

Cette rencontre est intervenue au lendemain du limogeage surprise par le président américain du patron du FBI James Comey, dont les services sont chargés d’enquêter sur l’éventuelle collusion entre la campagne Trump et la Russie.

(Avec AFP)

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Trump divulgue des infos secret-défense sur Daech à la diplomatie russe

Le président américain a suscité la stupeur outre-Atlantique en confiant des informations classifiées sur Daech au ministre des Affaires étrangères russe.

par Timothée Vilars Publié le 16 mai 2017 à 07h26 L’Obs

Maison-Blanche tente d’éteindre l’incendie, mais reste pour le moins évasive sur le fond. Accusé d’avoir divulgué des informations classifiées au chef de la diplomatie russe, le président américain Donald Trump est de nouveau dans la tourmente depuis lundi soir et la parution d’un article du “Washington Post” révélant l’affaire.

Donald Trump, qui a reçu le 10 mai l’indéboulonnable ministre des Affaires étrangères russes Sergueï Lavrov, aurait dérapé au cours de la conversation. Alors que le président américain se vantait de son haut degré d’information sur Daech, il aurait dévoilé, selon le quotidien de la capitale, des éléments concernant des opérations du groupe Etat islamique. Or ces informations, hautement classifiées, avaient été communiquées par un partenaire secret des Etats-Unis qui n’avait pas donné l’autorisation à Washington de les partager.

J’ai des super infos. Des gens me donnent des super infos tous les jours”, aurait affirmé Donald Trump, selon un responsable cité par le “WaPo”, avant de commencer à décrire les détails d’une menace terroriste spécifique portée par Daech, liée à l’utilisation d’ordinateurs portables dans des avions.

La Maison-Blanche mal à l’aise

Le patron du Conseil de sécurité nationale (NSC) H.R. McMaster a fait une très brève déclaration à l’extérieur de la Maison-Blanche lundi soir, avant de s’éclipser sans répondre aux questions des nombreux journalistes présents

Selon le général, qui avait assisté à l’entrevue, Donald Trump et Sergueï Lavrov n’ont fait que passer en revue “les menaces posées par des organisations terroristes à nos deux pays, y compris les menaces pesant sur l’aviation civile”. “A aucun moment, des méthodes de renseignement ou des sources n’ont été évoquées”, a-t-il martelé, sans cependant explicitement contester que des informations classifiées aient été divulguées par le président américain.

Dans la majorité républicaine, le malaise est palpable : “Si c’est vrai, c’est évidemment troublant”, a réagi le sénateur républicain John McCain sur CNN. “Nous n’avons aucun moyen de savoir ce qui a été dit mais la protection des secrets de notre nation est cruciale”, a déclaré Doug Andres, porte-parole de Paul Ryan, président républicain de la Chambre des représentants, qui “espère une explication complète des faits de la part de l’administration”.

Ces révélations interviennent au moment où le rôle joué par Moscou dans la campagne présidentielle américaine fait l’objet d’une attention renouvelée après le limogeage surprise du patron du FBI James Comey, dont les services enquêtent sur l’éventuelle collusion entre l’équipe Trump et la Russie. Elles surviennent aussi à quelques jours du départ de Donald Trump pour son premier déplacement à l’étranger qui le mènera en Arabie saoudite, en Israël, au Vatican, à Bruxelles (sommet de l’Otan) et en Sicile (G7).

Renseignements mis en péril

A priori, Donald Trump n’a pas enfreint la loi : un président dispose en effet d’une grande marge de manœuvre pour déclassifier les informations dont il dispose. Son initiative pourrait, en revanche, fragiliser le partage de renseignement avec des alliés proches. La divulgation de ces informations sensibles pourrait également donner des indications sur la façon dont elles ont été collectées, et mettre en difficulté des sources, précise le “Washington Post” qui ne souhaite pas donner plus de détails à la demande express de responsables américains.

Selon un responsable américain cité par le “Washington Post”, les informations communiquées par Donald Trump à Sergueï Lavrov avaient l’un des degrés de classification les plus élevés utilisé par les agences de renseignement américaines. Sous couvert d’anonymat, il déclare :

Trump “a révélé plus d’informations à l’ambassadeur russe que nous n’en avons partagé avec nos propres alliés”.

Autant dire que les relations entre la Maison-Blanche et les renseignements américains ne sont pas près de s’arranger… La rencontre Trump-Lavrov du 10 mai avait déjà été perçue comme un coup diplomatique du Kremlin, au lendemain du limogeage de James Comey et une poignée de mois après la mise en place de sanctions américaines contre la Russie pour son ingérence dans l’élection présidentielle de 2016. Les clichés montrant un Donald Trump souriant en train de serrer la main des dignitaires russes avaient été rapidement diffusés par Moscou.

Timothée Vilars – Journaliste

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Trump divulgue des infos classifiées : une affaire à prendre au sérieux

Selon la presse américaine, Donald Trump a évoqué avec Sergueï Lavrov des renseignements concernant une opération du groupe Etat islamique en préparation.

Par Sarah Diffalah 

“Ca ne s’arrêtera jamais. C’est le chaos tout le temps.” C’est le message envoyé par SMS lundi soir par un officiel de la Maison Blanche au site Politico. C’était quelques minutes après que le “Washington Post” a révélé que Donald Trump avait divulgué des informations classifiées (au niveau le plus élevé) au chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, notamment sur un projet terroriste préparé par l’Etat islamique (EI), lors d’une rencontre à la Maison Blanche.

Pour le constitutionnaliste Alan Dershowitz interrogé sur CNN, il s’agit “de l’accusation la plus grave jamais avancée contre un président des Etats-Unis en exercice“, alors que l’administration Trump est plombée par des scandales à répétition et qu’une enquête du FBI sur une éventuelle coordination entre l’équipe de campagne de Trump et la Russie lors de l’élection présidentielle est en cours.

Le président américain et son équipe ont tenté, encore une fois, d’éteindre l’incendie. Sur Twitter, au petit matin, Donald Trump s’est justifié :

En tant que président je voulais partager avec la Russie, comme j’en ai absolument le droit, des faits concernant (…) le terrorisme et la sécurité aérienne. Pour des raisons humanitaires, et je veux en plus que la Russie accélère nettement sa lutte contre l’EI et le terrorisme”

 

Sur le papier, le président américain a en effet le pouvoir de déclassifier des documents estampillés secret-défense de son propre chef et de divulguer son contenu à qui il veut, contrairement aux fonctionnaires qui sont passibles de 10 ans de prison pour divulgation d’information à une personne non autorisée. La désignation d’une information comme un secret de sécurité nationale fait partie des pouvoirs constitutionnels du “Commander in Chief”. “C’est une expression de l’autorité présidentielle. Cela signifie que le président et ses délégués décident de ce qui est classé, et ils ont une autorité illimitée sur ce qu’ils souhaitent déclassifier”, explique un spécialiste au “New York Times”.

“Le président peut décider qu’une information qui a été classée secret-défense soit mise sur la place publique parce qu’il pense que c’est bon pour telle ou telle raison, mais le préalable c’est que cela ne pose pas problème à la sécurité nationale des Etats-Unis”, souligne à “L’Obs”  la spécialiste des institutions américaines, Anne Deysine. Une diffusion qui se fait généralement en étroite collaboration avec la communauté du renseignement.

Si Donald Trump n’a pas enfreint la loi, son initiative pose toutefois plusieurs problèmes tant les données communiquées étaient si sensibles que seuls une poignée d’Américains en avaient connaissance.

Compromettre la source 

Comme l’explique le “Washington Post”, les services de renseignement protègent plus que tout leurs sources et les méthodes utilisées pour obtenir une information, et ce pour des raisons évidentes : si l’identité de la source était découverte, sa vie serait en danger. De même, si les méthodes étaient connues, “l’ennemi” serait en mesure de se protéger à l’avenir. Or les révélations du “Washington Post” semblent indiquer “que des informations classifiées révélées pourraient être utilisées pour déduire des sources et méthodes qui n’ont pas directement été révélées“. Donald Trump aurait même révélé le nom de la ville syrienne, contrôlée par l’EI, d’où la menace aurait été fomentée.

“L’impact le plus direct est de compromettre une source sur l’EI, rendant plus difficile la détection et la lutte contre des projets d’attentats”, estime le quotidien américain.

Dans cette affaire, cependant, on ne sait pas si la source était une personne ou si elle provenait d’un outil électronique. 

Le conseiller à la sécurité nationale, le général H.R McMaster, qui a assisté à la rencontre entre le président américain et le chef de la diplomatie russe, a démenti que des sources ou des méthodes de renseignement aient été évoquées lors de cette conversation.

Mise en danger de la coopération avec les alliés

Plus grave encore, le président américain met en danger la coopération entre services de renseignement américains et de pays partenaires. Selon le “Washington Post”, les informations divulguées par Donald Trump proviennent d’un pays allié –qui n’a pas été révélé– des Etats-Unis qui avait demandé… à ce qu’elles ne soient pas divulguées. En rompant la confiance, indispensable dans le partage de renseignements, le pays allié concerné, mais d’autres encore, pourraient devenir méfiants et être tentés de ne plus communiquer d’informations sensibles.

Or, la prévention et la neutralisation des menaces terroristes reposent essentiellement sur l’échange d’informations entre pays ayant un intérêt commun, ici la lutte contre l’EI. Le “Washington Post” rappelle que si les Etats-Unis s’appuient sur d’importants moyens techniques pour obtenir des informations (des satellites notamment), ils ont besoin de renseignement humain (une personne qui parle la langue locale ou le dialecte, qui connait la culture et le terrain des zones infiltrées) que seuls des pays partenaires peuvent fournir. Par ailleurs, et ce n’est pas négligeable, les pays amis permettent de surveiller les combattants étrangers, de cibler les réseaux-clés, d’interroger et d’incarcérer des suspects. La majorité des échanges d’informations se déroulent de manière bilatérale, pour limiter les risques d’exposer la source et les méthodes de recueil de l’information.

C’est pourquoi la décision de Donald Trump pourrait être préjudiciable à long terme sur la sécurité nationale. Pire, si l’on estime que le président américain a agi de manière impulsive (selon le “Washington Post”, le président a probablement révélé ces informations pour impressionner ses invités) l’échange d’information avec les Etats-Unis peut devenir un vrai problème, même si “les deux pays accordent à la même menace une priorité élevée”, écrit un spécialiste au “Washington Post”. Déjà en janvier dernier, certains pays alliés avaient fait part de leur crainte. Le quotidien israélien “Haaretz”, expliquait que les services de renseignement israéliens étaient préoccupés par la possible exposition de certaines informations classifiées à la Russie, allié de circonstance de l’Iran, ennemi d’Israël.

Pressions russes

En révélant ces informations aux Russes, eux aussi présents sur le terrain syrien mais alliés de Bachar al-Assad, les Etats-Unis prennent le risque que Moscou utilise ses informations à leurs dépens et contre leurs alliés.

Si la Russie arrive à mettre la main sur la source qui a transmis ces informations, elle peut, selon le “Washington Post”, chercher à perturber son travail si elle estime que cette personne renseigne également les Etats-Unis et ses alliés sur la présence russe en Syrie. “Dans le cas d’espèce, compte tenu des précisions données par Donald Trump, les Russes peuvent remonter jusqu’à la source qui n’aura plus aucune possibilité d’agir”, confirme Anne Deysine.

Crédibilité et confiance

Enfin, c’est l’image, déjà passablement égratignée, et la confiance dans le président américain qui sont en jeu.

“Son image est déjà déplorable mais parmi les républicains, les critiques se font plus sévères sur son absence de discipline par exemple et certains commencent à exprimer de réelles craintes. Cela augmente les chances des démocrates d’obtenir la création d’une commission indépendante ou la nomination d’un procureur spécial sur la question” des relations entre l’équipe de Trump et la Russie, juge Anne Deysine.

Alors que la côte d’impopularité de Donald Trump bat des records, les démocrates se sont engouffrés dans ce nouveau scandale : “Le Président doit au monde du renseignement, aux Américains et au Congrès une explication détaillée”, a ainsi lancé le chef de file des démocrates au Sénat, Chuck Schumer.

Après la révélation de presse du “Washington Post”, quelques personnalités ont appelé le 45e président desEtats-Unis à démissionner, notamment le présentateur et humoriste Stephen Colbert (CBS) et l’éditorialiste conservateur David Frum (The Atlantic). Une option dont on est encore loin, même s’il devient chaque jour de plus en plus difficile pour Donald Trump de gouverner.

Sarah Diffalah

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Le renseignement divulgué par Trump aux Russes vient d’Israël, selon le “New York Times”

Publié le 16/05/17 à 20:15 L’Obs

Les informations classées secret défense que Donald Trump a divulguées, sans autorisation préalable du pays allié source, au ministre des Affaires étrangères russe viennent d’Israël, affirme le “New York Times”.

Le quotidien cite deux sources anonymes, des hauts fonctionnaires connaissant le processus de transmission de cette information. Il souligne que cela pourrait ajouter un embarras diplomatique à cette affaire, Israël étant un des plus importants alliés des Etats-Unis et un collecteur majeur de renseignements au Moyen-Orient.

Le “New York Times” estime que cela crée la possibilité que l’information soit transmise à l’Iran, proche allié de la Russie et principal adversaire d’Israël dans la région.

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Dossier intéressant. On voit qu’on a donc seulement comme source du Washington Post : “according to current and former U.S. officials

“former officials”, ce sont donc d’anciens responsables sous Obama, donc anti-Trump. “Current officials”, certes, mais étaient-ils à la réunion, et est-ce un témoignage de seconde main ?

Ensuite, on note que tout est légal – une paille…

Après, le sujet principal semble être l’information d’une menace terroriste sur les vols aériens.

Mais le sujet est donc que Trump aurait trahi Daech au bénéfice de la Russie, c’est ça ? 🙂

Info qui était déjà sortie en mars, et qui a forcément été répercutée entre services de renseignements :

On apprend même qu’on ne sait pas s’il y a une source sur place ou s’il s’agit d’écoutes.

Bref, on ne sait à peu près rien de rien de façon un peu solide.

On parle surtout de coopération anti-terroriste, sachant que les Russes ont déjà alerté les Américains de graves menaces… Peut-être même qu’ils l’ont encore fait durant la réunion, qui sait ?

De plus, on ne sait pas à si Trump n’a pas déjà passé ces informations à l’Angleterre ou la France…

Enfin, à la lecture, il est évident que le seul traître qui compromet la sécurité est la personne qui a tout balancé au Washington Post…

Je ne résume pas plus, j’ai attiré votre attention en fluo sur les passages les plus étonnants.

Ce qu’on sait, en revanche, c’est que la presse a ici tout révélé sans vergogne, ce qui pour le coup peut vraiment compromettre la vie de la source, et donc notre sécurité.

Et il oblige la présidence américaine à se justifier publiquement sur des sujets très sensibles de sécurité…

Bref, le grand n’importe quoi continue…

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Bonus du jour :

“J’espère que vous pourrez laisser tomber” : ordre, demande, souhait, voeu pieux (=”J’espère qu’il sera blanchi”) ? Allez savoir – mais pas grave, ça fera toujours le bad buzz du jour…

 

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Seth Rich, du parti Démocrate, était-il une des sources de Wikileaks ?

Publié le par Felli Bernard

Information de FoxNews qui a beaucoup buzzé hier aux États-Unis – et a été peu reprise.

Il convient, bien entendu, d’être très prudent, et de prendre ceci avec recul.

Ceci étant, la comparaison avec le traitement médiatique de l’information sur Trump et les Russes (également basée sur peu de choses) est intéressante.

Source : FoxNews, 16 mai 2017

La famille de Seth Rich, un salarié de l’état-major du Parti démocrate (DNC) abattu le 10 juillet à Washington, rejette les conclusions des rapports qui l’incriminent en tant que source de milliers de courriels « fuités » à Wikileaks

C’est Rod Wheeler, un ancien enquêteur en homicide à la retraite et intervenant sur Fox News, enquêtant à la demande la famille Rich, qui a sorti l’information sur Wikileaks, qui a été corroborée par un enquêteur du FBI sur Fox News.

Mais un porte-parole de la famille Rich a déclaré mardi que Wheeler n’était autorisé à parler au nom de la famille Rich et a qualifié les assertions de Wheeler comme étant « sans fondements ». Brad Bauman a déclaré que même si de prétendus courriels avaient fait surface, cela ne prouvait pas nécessairement que Rich aurait fourni une aide à Wikileaks.

« Même si demain, un courriel était mis au jour, cela ne constituerait pas une preuve d’un niveau suffisant pour démontrer la véracité d’échanges (avec Wikileaks) puisque les courriels peuvent être trafiqués et que nous avons vu que ceux qui promeuvent des théories conspiratrices n’ont aucune limite pour atteindre leurs objectifs », a déclaré Bauman. Nous sommes une famille attaché aux faits et non aux intoxications qui apparaissent tous les mois pour remplir les vides et qui détournent les forces de l’ordre et le public de la recherche des assassins de Seth Rich. »

Bien que Bauman ait déclaré que Wheeler avait été payé par un tiers, la famille Rich est expressément désignée comme client dans un contrat avec Wheeler’s Capitol Investigations, signé par le père de Rich, Joel Rich.

La famille a été très sensible aux spéculations sur l’implication de Rich dans la fuite de courriels dommageables au DNC depuis son assassinat lors du paroxysme de la campagne présidentielle, qui reste non résolu. Wheeler et l’enquêteur fédéral insistent sur le fait que leurs déclarations s’appuient sur des preuves directes.

Une analyse scientifique judiciaire de l’ordinateur de Rich, réalisée par le FBI dans un délai de 96 heures après le meurtre de Rich, a montré qu’il avait eu des contacts avec Wikileaks par l’intermédiaire de Gavin MacFadyen, un journaliste d’investigations aujourd’hui décédé, réalisateur de documentaires et membre du directoire de Wikileaks, vivant à Londres au moment des faits, comme l’a déclaré la source fédérale de Fox News.

L’enquêteur fédéral a déclaré à Fox News « J’ai vu et lu les courriels entre Seth Rich et Wikileaks », confirmant la connexion via Gavin MacFadyen. Il a déclaré que les courriels étaient en possession du FBI, tandis que l’enquête en suspend était entre les mains de la police de Washington.

Cette révélation est cohérente avec les découvertes de Wheeler, dont l’entreprise d’investigations privées a été sollicitée par une tierce-partie au nom de la famille Rich pour enquêter sur l’affaire.

« Au point où en sont mes investigations, il apparaît qu’il y a eu nombre substantiel d’échanges de courriels entre Wikileaks et Seth Rich » a déclaré Wheeler. « Je crois vraiment que les réponses aux questions sur l’identité de l’assassin de Seth Rich est dans son ordinateur, sur une étagère de la police de Washington ou des bureaux du FBI ».

L’enquêteur fédéral, qui a demandé à conserver son anonymat, a déclaré que 44 053 courriels et 17 761 pièces jointes échangés par les dirigeants du DNC, sur une période allant de janvier 2015 à la fin mai 2016, furent transférés par Rich à MacFadyen avant le 21 mai.

Le 22 juillet, soit 12 jours après le meurtre de Rich, Wikileaks publia les courriels internes du DNC qui montrent une conspiration au plus haut niveau des responsables du parti pour empêcher le sénateur Bernie Sanders de représenter le parti démocrate aux élections. De cette controverse a résulté la démission de Debbie Wasserman Schultz de la présidence du DNC.

Le leader de Wikileaks Julian Assange a coupé court aux allégations prétendant que Rich était la source, mais a montré un vif intérêt pour cette affaire, et n’a pas démenti avoir travaillé avec Rich.

« Wikileaks a décidé d’offrir une prime 20 000 $ pour toute information menant à l’arrestation du meurtrier du membre du DNC Seth Rich », a déclaré l’organisation.

Assange n’a pas donné suite à une série de courriels récents de Fox News au sujet de Rich. MacFadyen, qui était considéré comme un mentor par Assange, est décédé d’un cancer du poumon le 22 octobre à l’âge de 76 ans.

Le département de la police métropolitaine de Washington n’a aucun suspect ni aucune piste tangible sur l’identité du ou des tueurs, ont déclaré des sources proches de l’enquête. La police métropolitaine, ainsi que son chef, a refusé de communiquer sur l’affaire, malgré les requêtes présentées par Fox News depuis 10 mois.

Le département de la police a publié un communiqué au sujet de l’affaire, indiquant que le dossier restait actif et que les enquêteurs travaillent avec la famille de Rich.

Cette déclaration précise que « toute personne qui aurait le sentiment de détenir une information est priée instamment de prendre contact avec nous. Le département offre une récompense pouvant s’élever à 25 000 $ pour toute information sur cette affaire qui conduirait à l’arrestation et à la démonstration de la culpabilité de la ou des personnes responsables ».

Le bureau national du FBI a refusé de commenter, mais des sources ont déclaré que le bureau avait demandé une expertise informatique de l’ordinateur de Rich.

Malia Zimmerman est une journaliste d’investigations récompensée qui se concentre sur les crimes, la sécurité intérieure,les crimes liés à l’immigration illégale, le terrorisme et la corruption dans le milieu politique. Vous pouvez la suivre sur Twitter à @MaliaMZimmerman

Source : FoxNews, 16 mai 2017

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Précision : j’en avais peu parlé à l’époque, mais Wikileaks avait, pour une foi, donné quelques minuscules informations sur sa source – qui n’était pas russe…

Lire ici par exemple :

ou surtout ici :

ou ici le 10 aout 2016 :

Mais cela n’a pas beaucoup intéressé les médias mainstream…

9 réponses à Seth Rich, du parti Démocrate, était-il une des sources de Wikileaks ?  Pour lire les 9 réponses , cliquez sur le lien  !

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Les 69 ans de la Nakba - La lutte continue !

Publié le par Felli Bernard

Les 69 ans de la Nakba - La lutte continue !

Par

C'est dans une conjoncture très particulière, mais avec beaucoup d'espérance et de détermination, que le soixante-neuvième anniversaire de la Nakba -la catastrophe- est commémoré par tous les Palestiniens, où qu'ils résident.
15 mai 1948 - 15 mai 2017, soixante-neuf ans déjà, soixante-neuf ans depuis le début du drame des Palestiniens, soixante-neuf ans de souffrances, de malheurs et de massacres pour un peuple digne, soixante-neuf ans depuis le début de cette injustice imposée à un peuple sur sa terre, soixante-neuf ans de déportation d'un peuple pour le remplacer par un autre peuple.

Les 69 ans de la Nakba - La lutte continue !

Mais, soixante-neuf ans de résistance, de patience, de détermination, de courage, et de persévérance pour un peuple toujours debout, un peuple toujours attaché à sa terre, à ses racines et à sa Palestine en dépit de toutes les mesures de cette occupation illégale, une occupation aveugle, une occupation qui dure, qui dure !

Les Palestiniens commémorent les soixante-neuf ans de la catastrophe dans un contexte national et régional particulier marqué, notamment par la poursuite de l'occupation et de la colonisation dans les territoires palestiniens, par un soulèvement populaire spontané en Cisjordanie , par la grève de la faim collective et illimitée de plus de 1.700 prisonniers palestiniens depuis plus d'un mois dans les prisons israéliennes, par les agressions israéliennes permanentes dans la bande de Gaza qui subit un blocus inhumain, et l'absence de perspectives pour l'avenir.

Soixante-neuf ans et les forces de l'occupation violent les droits les plus fondamentaux d'un peuple, soixante-neuf ans de politique d'apartheid, de discrimination et du terrorisme d'un état hors la loi.

En 69 ans, Israël a appliqué toutes les mesures inhumaines illégales à l'encontre des Palestiniens, il en a emprisonné plus d'un million, il en a massacré et assassiné des milliers, il a occupé tous leurs territoires.

L'Etat d'occupation a créé le problème des réfugiés palestiniens qui vivent dans des conditions humanitaires épouvantables dans les pays voisins et à l'étranger, et qui souffrent en permanence.

Cet Etat d'apartheid est le seul Etat qui, encouragé par les grandes puissances internationales, n'a jamais appliqué aucune résolution des Nations-Unies, pas plus que les accords de paix signés.

En 69 ans, Israël a toujours été un Etat illégal, un Etat hors la loi, un Etat d'apartheid, un Etat colonial, un Etat qui considère les citoyens arabes des territoires de 1948 comme des citoyens de seconde zone, un Etat qui a construit le mur de la honte en Cisjordanie , un Etat qui impose un blocus inhumain à la population civile de Gaza, un Etat qui érige tous les jours de nouvelles colonies dans les Territoires, un Etat qui vole tous les jours les ressources naturelles appartenant aux Palestiniens.

Un Etat qui n'a toujours pas de frontières, un Etat qui refuse toutes les initiatives de paix régionales et internationales.

On peut citer maints exemples de l'histoire noire de cette occupation contre les Palestiniens : agressions quotidiennes, mesures atroces, massacres, déportations, crimes contre l'humanité, crimes de guerre, la liste est longue, très longue, trop longue.

69 ans de résistance remarquable de toute une population qui poursuit son combat pour retrouver la liberté et vivre dignement sur sa terre.

Soixante-neuf ans après, les Palestiniens s'interrogent : 69 ans de violation de nos droits ne suffisent-ils pas ? Le temps n'est-il pas venu de réagir et d'imposer à cet Etat d'apartheid l'application du droit international ? Le temps n'est-il pas venu d'instaurer la justice en Palestine ? Les Palestiniens n'ont-ils pas le droit de vivre, après tant d'années de souffrances, dans un état libre et indépendant ?

69 ans après cette catastrophe, nous, Palestiniens, et quelles que soient les mesures d'apartheid et de terrorisme d'Etat pratiquées, poursuivons le combat et les sacrifices pour notre liberté. Nous sommes plus que jamais déterminés et avons un message à délivrer au monde entier, un message clair et précis.

Nous sommes toujours attachés aux principes suivants :

- Non, nous n'oublierons jamais l'histoire noire de cette occupation illégale et ses différents crimes contre notre population civile.
- Non, nous ne partirons pas d'ici, nous resterons attachés à notre terre. Nous ne partirons pas. Ici, notre terre, ici notre vie et ici notre Palestine !
- Oui, le droit au retour est sacré et tous les réfugiés palestiniens doivent pouvoir retrouver leurs villes et leurs villages d'origine.
- Oui, nous poursuivrons notre résistance sous toutes ses formes afin de vivre en liberté sur notre terre, cette terre appelée Palestine, et qui s'appellera toujours Palestine.
- Oui, nous avons le droit de créer notre Etat libre et indépendant, avec Jérusalem comme capitale.
- Oui, nous sommes prêts à vivre en paix, une paix durable, mais une paix qui passera avant tout par la justice, par l'application du droit international, par la fin de l'occupation illégale, et par la réalisation de toutes les revendications légitimes du peuple palestinien.

La lutte continue ! Pour une Palestine libre et pour une Palestine indépendante ! Nous sommes tous convaincus que notre liberté approche, et que la justice triomphera.

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Macron, joker d’un système à bout de souffle

Publié le par Felli Bernard

 

 

Macron, joker d’un système à bout de souffle

Du joker, le tout nouveau président français Emmanuel Macron paraît occuper la fonction : dernière carte à jouer du système, pendant les cinq années de son mandat il est condamné à réussir sous peine de la venue au pouvoir d’une alternative à l’Union européenne, à l’euro et au bloc euro-atlantique, déjà bien entamée avec le Brexit et la présidence Trump aux Etats-Unis. Mais c’est aussi sa méthode qui pourrait bien être représentée par le fou du jeu de carte, arborant le vêtement à grelots, symbole médiéval de la folie. Car si Macron, dans sa démarche, apporte un dépassement salutaire des oppositions figées du jeu politique tel que nous l’avons connu jusqu’à présent, et une ouverture à la complexité du réel bien oubliée en ces temps de propagande unipolaire, il n’en est pas moins, dans sa hâte parfois brouillonne et dans son manque de connaissance et de mûrissement de certains sujets, susceptible de conduire à l’illogisme dans la conduite de sa politique, et donc au désordre et au chaos.

Il est incontestable que la victoire électorale de Macron est le fruit d’une mobilisation sans précédent du système économico-médiatico-politique, une fois Juppé, qui en avait les faveurs, écarté au profit de Fillon par les primaires de la droite, lequel a à son tour été écarté dans les conditions que l’on sait, pour faute de déclaration de guerre totale au “totalitarisme islamique” et de volonté de rapprochement avec la Russie, non sans avoir lui même offert les armes de sa mise à mort politique. Mais l’on peut cependant se poser la question du degré d’autonomie du nouveau président par rapport au système qui l’a mis en place. Dans une contribution documentée à la connaissance du personnage, l’IGRP (1) relève que ses mentors n’ont pas été sans formuler des critiques inquiètes à son égard. Attali, juste après sa déclaration de candidature le 16 novembre, déclarait dans le reportage « La stratégie du météore » diffusé le 21 novembre sur France 3 : « L’ambition individuelle est une passion enfantine. […] Il est sur la mauvaise voie. C’est purement sur les apparences, et narcissique. Ce serait du gâchis ». Tout comme l’agent d’influence néo-conservateur depuis déjà Mitterrand, B.H. Lévy, qui a décidé de finalement soutenir Emmanuel Macron, non sans réserves sur « ce parfum d’aventure personnelle”.

Il est en tout cas peu remarqué que Macron a commencé sa carrière politique auprès de Jean-Pierre Chevènement lequel, qui n’en manque pas, lui reconnaît une intelligence hors du commun, et que s’il a été banquier d’affaire de la banque Rothschild, il souligne lui-même lors de l’intéressante interview qu’il a donnée à Mediapart le 5 mai dernier (2), qu’il en est sorti. Outre cela, l’on peut porter au crédit de ce nouveau président un pragmatisme et une aptitude à transgresser les conformismes qui pourraient créer la surprise après dix années d’une politique étrangère désastreuse, alignée sur Washington. Car si son conseiller diplomatique est le très néo-conservateur Gérard Araud, actuel ambassadeur aux Etats-Unis, Macron déclare vouloir mener une politique étrangère “gaullo-mitterrandienne ou chiraquienne”, condamnant notamment l’intervention libyenne, et désignant comme “pire ennemi après les terroristes et les djihadistes islamistes” les “Etats faillis”, précisant : “je ferai tout pour qu’on maintienne la stabilité des Etats, je pense au sujet syrien mais aussi à plusieurs autres” et confirmant que sur ce sujet-là, il est “totalement” sur les positions  de Villepin, qui souhaite “trouver des accommodements avec la Russie”. Et, s’il lui reste à découvrir que la “déviation” date du coup d’Etat de Kiev de février 2014, il n’en diagnostique pas moins que “la vraie difficulté du processus de Minsk, c’est que l’Ukraine elle-même est en train de dévier”.

Il n’en demeure pas moins que dans le même interview, il précise que s’il considère “extrêmement violente et cynique” la délocalisation de Whirlpool, il ne peut l’empêcher car “c’est le monde dans lequel nous vivons”, et que ce qu’il va s’efforcer de faire dans les cinq années qui viennent, c’est d’adapter la France à cette nouvelle donne par ce qu’il appelle la “flexisécurité”.  Car nous serions désormais contraints par une intégration économique et une interdépendance sont sans cesse croissantes, interdisant tout retour en arrière protectionniste et l’intervention d’un Etat stratège, comme le propose son adversaire du second tour. Avec laquelle il a justement commencé à s’affronter, indirectement, à l’usine d’Amiens, à un moment où l’on rentrait “dans le dur” de la campagne, une semaine avant le fameux débat du 3 mai, si injustement décrié (3). Car il aura eu au moins le mérite d’aborder le fond de nombre de sujets, où Marine Le Pen, avec courage et détermination, si elle a manqué d’esprit de décision stratégique sur le plan économique, aura pu révéler un certain nombre d’incohérences du candidat Macron, sur lesquelles les médias de l’oligarchie ont fait silence.

Il est vrai que ce débat a été très peu dans le ton de ceux opposants habituellement les candidats de second tour, au pire à “fleurets mouchetés” pour reprendre une expression bien française. On a eu par moments l’impression de deux ados se disputant dans une cour de récréation, Macron ne se privant pas d’accuser à maintes reprises son interlocutrice de “dire des bêtises” et même de “mentir”, laquelle aurait dû beaucoup plus tôt dans le débat souligner son arrogance. L’attaquant d’emblée sur le conflit d’intérêt en quoi a consisté la vente de SFR à l’oligarque Drahi alors que Macron était ministre de l’économie, celui-ci a beau jeu de prétexter que SFR appartenait à un groupe privé et que cette vente avait été décidée avant sa nomination. Ce qu’il oublie de dire, et que Le Pen ne rappelle pas, c’est que cette vente était subordonnée à la signature d’un accord de l’Etat, conformément à un décret “protectionniste” du ministre démissionnaire Montebourg, en date du 14 mai 2014 relatif aux ” investissements étrangers soumis à autorisation préalable” (4), que Montebourg avait refusé de signer, ce que Macron s’empresse de faire dès sa nomination, finalisant la vente à Drahi, par ailleurs patron de BFMTV, l’un des vecteurs médiatiques de sa promotion et de sa victoire finale.

Mais c’est sur la question de l’islam en France et sur celle de la sécurité que Le Pen a fait la démonstration de la légèreté de son adversaire, et même du danger de ses positions puisqu’il est désormais élu. Poussé dans ses retranchements, à aucun moment Macron n’a déclaré refuser l’appui de l’UOIF, l’Union des organisations islamiques de France, notoirement liée à l’organisation terroriste islamiste internationale des Frères musulmans, financée par le Qatar. Alliés des néoconservateurs américains, les Frères musulmans ont été le fer de lance du “printemps arabe”, et inspirent l’islam politique partout dans le monde, avec le succès que l’on sait notamment en Syrie. Si bien que lorsque Le Pen déclare “il faut éradiquer l’idéologie du fondamentalisme islamiste dans notre pays et vous ne le ferez pas parce que vous êtes soumis à eux”, elle touche juste et il y a matière à s’inquiéter. Macron prétend alors “ne pas connaître” les dirigeants de l’UOIF, ce qui est pour le moins rédhibitoire pour un candidat à la présidence, et s’engager à “la faire interdire”, si l’UOIF “prononce, invite, mène des activités contraires aux lois de la République”, sans tenir compte des propos tenus par l’UOIF lors de ses congrès rapportés par Le Pen. Elle poursuit l’offensive en demandant à Macron ce qu’il a voulu dire en déclarant que “la France a une part de responsabilité dans le terreau du djihadisme”, lequel finit par expliquer que selon lui les terroristes islamistes nés en France sont soit des malades psychiatriques soit des victimes de “notre République (qui) enclave, assigne à résidence des jeunes, par l’échec scolaire, par l’échec économique et social”. L’on se demande alors où se situe pour lui la part de responsabilité des intéressés, et de l’idéologie islamiste de ses soutiens de l’UOIF, qui conduit au passage à l’acte.

C’est alors que Macron utilise l’argument du piège de la guerre civile tendu par les terroristes, dans lequel tomberait Le Pen en proposant une politique de fermeté concernant la propagation de l’idéologie islamiste, avant le passage à l’acte. Et qu’il assène ce qu’il a concocté depuis quelques jours avec sa visite à Oradour, celle au Mémorial de la Shoah et enfin la veille celle à Daniel Cordier : la rafle du Vél d’Hiv, assimilant Le Pen à Pétain, voire à Hitler, dans une “reductio ad hitlerum” ressurgissant de l’abondante utilisation qui en avait été faite par la propagande néo-conservatrice au moment des guerres yougoslaves. Elle lui rétorque alors son aberrante déclaration lors d’une interview à Echourouk News en Algérie le 14 février (5), selon laquelle la colonisation constituerait un crime contre l’humanité, dont la France devrait s’excuser, alimentant la haine et le désir de vengeance des jeunes issus de familles venues d’Algérie. Il se défend en invoquant “les drames pendant cette guerre, qui ont touché nombre de nos concitoyens : les harkis, les rapatriés”, qu’au cours  de l’interview il avait qualifié “d’expatriés”, ce qui prouve qu’il sait compléter ses dossiers. Mais s’il le fait ainsi à contretemps alors qu’il est désormais aux affaires, il est à craindre le pire… Et de contre-attaquer à nouveau Le Pen en revenant sur le Vel d’Hiv, mais cette fois en rappelant sa réponse à Olivier Mazerolle le six avril dernier, au lendemain de sa visite mouvementée en Corse, lors d’une interview au Grand jury de RTL-Le Monde en compagnie d’Yves Thréard et de déjà Christophe Jakubyszyn quand, après avoir été soumise à un intense bombardement en stéréo sur les délais des négociations avec Bruxelles devant conduire à un referendum, il lui demande à brûle-pourpoint : “Est-ce que Chirac a eu tort de parler de la responsabilité de la France dans le Vel d’Hiv ?”, elle répond : “Je pense que la France n’est pas responsable du Vel d’Hiv”.

Le Pen a alors beau expliquer que la responsabilité incombe en fait à l’Etat français, c’est à dire au régime de Vichy, alors que la France était à Londres – ainsi que dans ces familles françaises qui ont sauvé nombre d’enfants juifs aurait-elle pu ajouter – et citer de Gaulle et Mitterrand, ainsi que Chevènement et Guaino, Macron a l’incroyable impudence de lui ordonner : “laissez le général de Gaulle tranquille, vraiment”, comme s’il en avait le copyright exclusif, avant d’asséner : “C’est faux sur le plan historique, c’est faux sur le plan politique”. Et là il est à nouveau pris en flagrant délit de méconnaissance historique et de travestissement des faits : si c’est évidemment vrai sur le plan politique, et la déclaration de Chirac en 1995 est éminemment politique, c’est faux sur le plan historique. Car cette rafle des 16 et 17 juillet 1942 à Paris et en banlieue a bien été perpétrée par l’Etat français, c’est à dire par le régime de Vichy, répondant à une demande de l’occupant nazi, et elle a été réalisée sur ordre par la police parisienne et la gendarmerie visant les Juifs étrangers. Mais revenons à Olivier Mazerolle, qui pose la question à Marine Le Pen. Il était déjà directeur de l’information à RTL lorsque le 13 septembre 1987 interrogé au même Grand Jury par le journaliste Jacques Esnous, Jean-Marie Le Pen déclare : “Je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont pas existé. Je n’ai pas pu, moi-même, en voir. Je n’ai pas spécialement étudié la question. Mais je crois que c’est un point de détail de la seconde guerre mondiale”.

Deux années après le remarquable travail de Claude Lanzmann recueillant les témoignages des kapos juifs survivants sur l’industrie de la mort nazie dans son film Shoah, ces propos font scandale. Travail qui cependant aurait mérité de se pencher plus sur la situation de la population polonaise, comme en général sur la situation des populations slaves dans le régime racialiste nazi, nécessaire travail de mémoire qui permettrait à tous les anti-russes patentés du moment de voir quelles étranges complicités sont les leurs. Et l’on trouvera l’ultime anneau de la chaîne de diabolisation de la candidature de Marine Le Pen en 2017 dans l’interview de Jean-Marie Le Pen par Jean-Jacques Bourdin le 2 avril 2014, au lendemain de cantonales qui ont vu une montée significative du Front national, où, citant sans sourciller le maire de Nîmes, un ancien publicitaire, selon lequel “cette progression est dangereuse, l’Allemagne nazie a commencé comme ça”, il demande à Le Pen : “Votre carrière politique est déjà longue, quand vous avez parlé de “point de détail”, est-ce que vous avez regretté à un moment ou à un autre ?” L’autre campant sur ses positions, il s’est trouvé exclu du Front national.

Apparemment cela n’a pas suffi aux directeurs de conscience dont Macron se fait le porte-voix et l’accusateur public. Rôle que son ignorance de l’histoire, nous l’avons vu, lui permet d’endosser sans difficulté. On peut cependant se poser la question de la liberté avec laquelle il se croit bénéficiaire d’un droit d’inventaire sur la mémoire de la France. Ou plutôt sur celle de IIIème république, celle de Jules Ferry, promoteur de la colonisation, ce que Macron rappelle en Algérie en invoquant que “la France a installé les droits de l’homme en Algérie, simplement elle a oublié de les lire”. La IIIème république, c’est aussi celle qui a voté les pleins pouvoirs à Pétain, et dont bon nombre de représentants ont participé à la collaboration politique et économique sous l’occupation. Lorsque Chirac fait son discours du 16 juillet 1995, une fois levée l’hypothèque Mitterrand, qui mourra quelques mois plus tard, ce petit-fils d’un vénérable d’une loge du Grand-Orient pose ainsi les bases d’un nouveau pacte, succédant à l’entente nouée au sortir de la guerre et de la collaboration par ceux qui, comme Mitterrand lui-même, les ont traversées de diverses manières. Remarquons qu’outre la camarilla socialiste, bon nombre de dignitaires de la chiraquie sont aux côtés de Macron, comme Jean-Paul Delevoye ou Frédéric Salat-Baroux. Et maintenant que la brèche est ouverte, il convient désormais que tous les points obscurs de la mémoire française soient ainsi mis en lumière, pour permettre un véritable avenir. Pas cette mémoire falsifiée enseignée par une école dont Macron est le produit type.

Car des maladresses et des erreurs, ce pur produit de la post-modernité en commet un certain nombre que, dans une surprenante indulgence, la presse aux ordres relève peu : “l’île de la Guyanne”, “Villeurbanne dans la région lilloise”, les “alcooliques” du bassin minier et les “illettrées” de Gad, sans parler de l’absence de culture et d’art français. A quoi il faut ajouter une erreur monumentale dans l’entretien à Mediapart : Macron y prétend en effet que l’armée française est “la deuxième armée du monde” (6), sans doute après celle des Etats-Unis, ignorant les armées russe, chinoise et britannique, ce qui pour un chef des armées dirigeant la politique extérieure de la France est plutôt inquiétant. Quant à la sécurité, sa proposition de permettre à la police de verbaliser les délinquants pour des délits pénaux ou d’interdire aux caïds les gares et les supermarchés, a tout simplement fait rigoler Le Pen, plus au courant des réalités de terrain. Reste donc son domaine de compétence privilégié, l’économie, qui lui a permis de la regarder de haut tout au long du débat.

Le Pen commence par présenter son projet d’Alliance des nations libres et souveraines, qu’elle oppose à l’Europe fédérale que, dit-elle, Macron voudrait instaurer sauf à ce que l’euro meurt dans les dix années qui viennent. Lequel la regarde ironiquement s’enferrer dans ses explications embarrassées sur les moyens d’y parvenir, soumis à referendum, ne paraissant pas y croire elle-même, allant jusqu’à marchander le délai de réalisation de ce referendum, qu’elle fixe d’abord à six mois puis, quand Nathalie Saint-Cricq lui suggère dix-huit mois, qu’elle concéde à dix mois, après en avoir annoncé un premier sur la réforme de la constitution dès septembre. Comment croire un instant en la faisabilité d’un tel agenda ? Et elle nous fait grâce d’un des arguments qu’elle avait utilisé jusque-là : son départ en cas de refus des résultats auxquels elle serait parvenue dans la négociation, alors qu’il serait plus simple de proposer aux électeurs un engagement clair dès le scrutin présidentiel. Mais il est vrai que les Français, s’ils ont majoritairement voté non au referendum constitutionnel de 2005, ont voté Maastricht en 1992, et restent majoritairement favorable au maintien de l’euro. Sans doute par absence de débats dans un pays souffrant d’un verrouillage idéologique de type totalitaire, ainsi que par peur du saut dans l’inconnu, raison supplémentaire pour elle d’être claire et pédagogique sur cet élément essentiel du débat. Mais il est évident qu’à ce moment-là de sa campagne, Marine Le Pen sait qu’elle va perdre, que la dynamique qu’elle a réussi à lui insuffler a été brisée.

En effet trois jours auparavant, Nicolas Dupont-Aignan, dirigeant de la petite formation souverainiste Debout la France qui, profitant de la disgrâce de Fillon, a fait près de cinq pour cents des voix au premier tour, s’allie à Marine Le Pen. Ce gaulliste social, tel qu’il se définit, qui a quitté l’UMP voici dix ans, précisément après que Sarkozy ait fait voter par le parlement une constitution européenne majoritairement rejetée par les Français deux ans auparavant, permet au Front national de sortir du désert. Marine Le Pen le désigne comme son futur premier ministre et le lendemain, un meeting bondé à Villepinte consacre l’alliance qui se trouve créditée de plus de quarante pour cent des voix. Sur quoi cette alliance repose-t-elle précisément ? Le fait est que lors du débat trois jours après, Marine Le Pen se définit alors comme européenne et, pour la période transitoire qui devrait conduite à la fin de la monnaie unique, elle propose une double monnaie : le franc pour les particuliers et une monnaie commune, l’euro ou l’ecu, pour les entreprises et les transactions internationales. C’est là que l’économiste Macron révèle ses talents, l’interrogeant minutieusement, exemples à l’appui, sur le fonctionnement concret de ces deux monnaies, ce dont elle s’avère incapable. Lui alors de se gausser du “bidouillage que vous avez fait dans le week-end avec Monsieur Dupont-Aignan (qui) n’a aucun sens et (qui) d’ailleurs manifeste une impréparation crasse”, à quoi il oppose sa “vision de construire un euro fort”.

L’économiste Jacques Sapir, qui a participé au meeting de lancement de la campagne de Dupont-Aignan (7), dans un article publié sur son blog dès le 5 mai, fait alors porter la responsabilité de la défaite annoncée en grande partie à Le Pen, qui “s’est révélée incapable de porter son programme”, bien qu’elle ait “dit avoir écouté les économistes sur de nombreuses questions, de l’euro à la mondialisation, mais à l’évidence elle ne les a pas entendus ni compris” (8). Le coup de grâce avait cependant sans doute déjà été donné l’avant-veille du débat par la très populaire Marion Maréchal-Le-Pen, la déjà ancienne députée du Vaucluse qui, par deux fois le 1er mai, avait déclaré que les négociations sur la sortie de l’euro ne débuteraient pas avant 2018, après les élections italiennes, et qu’elles dureraient plusieurs années, court-circuitant ainsi la candidate de son parti qui elle avait martelé vouloir entreprendre les négociations dès le lendemain de son élection, sanctionnées par un référendum dans les six mois.

Marine Le Pen marque cependant un dernier point contre Emmanuel Macron lorsque celui-ci prétend que le chômage était plus important avant l’euro et qu'”il y a beaucoup de pays qui s’en sortent très bien dans l’euro” et “des pays qui vont mal hors de l’euro”, alors qu’il suffit de regarder une courbe du chômage, comme en montre une Sapir dans l’article cité, pour constater que c’est faux. Ce qui atteste en fait l’engagement idéologique de Macron, bien qu’il se présente comme un pragmatique. Et l’on peut craindre le pire à partir du lundi 15 mai, où il va rencontrer la chancelière Merkell, pour négocier “avec elle” et non pas “face à elle” comme il l’a souligné dans la campagne, à commencer par la directive des travailleurs détachés, qui impose une concurrence déloyale et un dumping social à l’intérieur de l’Union européenne. Laquelle, conformément aux voeux d’Attali, qui a de la suite dans les idées, devrait marcher à grands pas vers une fédéralisation “que nous ont proposée déjà par deux fois les Allemands”, s’est-il désolé auprès de Claire Chazal sur France Infos le 13 mai, plaçant tous ses espoirs dans le nouveau gouvernement, “qui a l’air de vouloir agir, j’espère qu’il va agir”.

Il devrait en effet agir, et vite. Après avoir explosé le parti socialiste peut-être le tour des Républicains va-t-il venir pour la création d’un Grand Parti Unique, rejetant aux deux extrêmes le repreneur d’usines en faillite Mélenchon et un Front national divisé entre libéraux euro-compatibles et colbertistes. Parti unique qu’a dénoncé Bayrou, l’éternel cocu de l’histoire, non sans une lucidité peu relayée par une presse courtisane, lui qui avait pourtant apporté une dynamique essentielle à la campagne de Macron, qui le paye maintenant d’ingratitude en ne lui laissant qu’une portion congrue dans les investitures aux législatives. Le Joker Macron, une fois les coudées franches avec un parti unique à sa botte lui donnant une majorité absolue à l’assemblée, et sacré “monarque républicain” dans une cérémonie au Louvre frisant le ridicule, va-t-il donc être le Trump, le dernier atout d’un système qui sait bien que sa vie est comptée ? Ou va-t-il être amené à jouer un jeu imprévu dans un monde où, à Pékin, le jour même de son investiture, se tient un Forum consacré au projet chinois “Une ceinture – Une voie” ? Y participent en effet une trentaine de chefs d’Etat et une centaine de pays, pour décider le projet de six corridors de transport maritimes et terrestres unifiant le continent eurasiatique. Un projet qui concerne trois milliards d’habitants pour un investissement de 21 trillons de dollars. Le Joker du système ferait en effet bien de réfléchir à l’avertissement donné par le président russe Vladimir Poutine à cette occasion : “Les risques de fragmentation de l’économie globale et de l’espace technologique sont toujours plus évidents. Le protectionnisme devient la norme, et les tentatives de le limiter par des méthodes camouflées s’avèrent unilatérales et illégitimes” (9).

Frédéric Saillot, le 14 mai 2017.

(1) Intérêt Général, Résistance et Prospective, “groupe informel de recherches et d’information d’intérêt citoyen”.
(2) https://m.youtube.com/watch?v=MeOq-gUG_BA
(3) https://www.youtube.com/watch?v=pNC4LoTN_qg
(4) https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000028933611
(5) https://m.youtube.com/watch?v=JZXILHcryOE
(6) à 3 h 00′ 10″ de la video : https://m.youtube.com/watch?v=MeOq-gUG_BA
(7) https://www.youtube.com/playlist?list=PL9Fa29olRAo00BqttSyByMI-jIjIiaymk
(8) http://russeurope.hypotheses.org/5980
(9) https://ria.ru/economy/20170514/1494251633.html

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USA vs Chine. Le « piège de Thucydide »

Publié le par Felli Bernard

 
 
 
 
 
 
 
 
 

dimanche 14 mai 2017

USA vs Chine. Le « piège de Thucydide »

 

L’émergence de la puissance chinoise depuis trente ans n’a pas de précédent dans l’histoire. Après trente ans de croissance à deux chiffres, cette économie, qui était plus petite que celle de l’Espagne en 1980, est aujourd’hui la deuxième économie mondiale. Avec ses 1,3 milliard d’habitants, la Chine deviendra la plus grande économie mondiale dans les dix prochaines années. Rien de similaire ne s’est jamais produit dans l’histoire du monde et cela affecte déjà l’équilibre des forces dans la région Asie-Pacifique. Les États-Unis, première puissance mondiale, ne l'acceptent pas.

Sous-marins : la France vient d’en vendre douze à l’Australie, qui se soucie de ses côtes et de son cher voisin chinois !
États-Unis : Trump et Sanders parlent de plus en plus du danger chinois, de la manipulation du yuan et de la destruction d’emplois américains. Il faut les taxer !
Chine : le Président Xi Jinping va visiter les îlots, gros rochers déserts devenus bases militaires, à proximité de zones maritimes revendiquées par la Chine et ses voisins.
Thucydide : il y a quelques semaines à Pékin, deux diplomates, Henry Kissinger et Dai Bingguo, débattent du "Piège de Thucydide".
L'Europe sur la pente glissante du piège de Thucydide : saurons-nous éviter que la concurrence avec la Chine ne se transforme en nouvelle guerre du Péloponnèse ?
 
Le « piège de Thucydide »
Le « piège de Thucydide » est l’antagonisme qui oppose la puissance établie et la puissance ascendante, à tel ou tel moment de l’histoire, la montée en puissance de la seconde, la crainte qu’elle suscite chez la première, et le risque de guerre qui en résulte. Sparte et Athènes s’affrontent au cours de la guerre du Péloponnèse (431-404 av. J.-C.), le Royaume-Uni et l’Allemagne au cours de la Première Guerre mondiale (1914-1918) ; les États-Unis et la Chine se trouvent dans une situation comparable au début du XXIe siècle.
La montée en puissance de la Chine, tant sur le plan économique que militaire, génère désormais une crainte grandissante chez la puissance établie, les USA. Les relations sino-américaines trouvent ainsi progressivement une certaine analogie avec celles d’Athènes et de Sparte.
C’est sans doute la raison pour laquelle le général Martin Dempsey, ex chef d’État Major des armées américaines, a insisté lors d’une conférence au Carnegie Endowment for International Peace sur le fait que les États Unis ne menaient pas une « stratégie d’endiguement » de la Chine mais de transparence avec celle-ci dans le Pacifique. « Je crois que l’une de mes tâches, en tant que chef de l’état-major et conseiller auprès de nos dirigeants du plus haut niveau, est de nous aider à éviter le piège de Thucydide. Nous ne voulons pas que la crainte de l’émergence de la Chine rende la guerre inévitable » déclara-t-il lors de cette conférence.
Les diplomates Henry Kissinger et Dai Bingguo, ont eux même débattu du « Piège de Thucydide » en mars 2016, lors du Forum du Development Research Center, la grande réunion politico-économique chinoise.
Chacun d’entre nous sait bien que la dénégation du risque, ce que pratiquent activement les États Unis et la Chine, signifie le plus souvent que ce risque est bien présent.
Le « Gambit de Mao »
Au jeu d'échecs, le gambit est un sacrifice volontaire d'une pièce (pion, ou autre) dans la phase d'ouverture dans le but d'obtenir un avantage stratégique non matériel : attaque, gain d'espace, ouverture de lignes, dislocation de la structure de pions adverse, gain de temps, etc. Le gambit est parfois risqué, car si l'avantage stratégique n'est pas bien exploité, le déséquilibre matériel offrira de meilleures chances de gain à l'adversaire.
Est-ce qu'on peut imaginer qu’un dirigeant chinois, qui vient à peine de prendre le contrôle de son pays après une longue guerre civile, prend le risque d’attaquer une superpuissance qui vient d’écraser le Japon afin de mettre fin à la deuxième en larguant des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki?
Alors que les troupes américaines ont repoussé les forces nord-coréennes vers la frontière chinoise en 1950, le général Douglas MacArthur, ne pouvait pas l’imaginer.
Mais Máo Zédōng ou (Mao Tse-tung) la fait. MacArthur était sidéré.
Les forces chinoises ont rapidement battu les troupes américaines pour les repousser jusqu’à la ligne qui divisait la Corée du Nord et du Sud quand la guerre a commencé. Ce trente-huitième parallèle continue de marquer la frontière entre les deux Corées aujourd'hui. On estime que ce conflit a engendré la mort d'au moins trois millions de personnes. Parmi les morts militaires, il y a eu 36.000 Américains, 150.000 sud coréens, entre 215.000 et 400.000 nord-coréens, et entre 180.000 et 400.000 Chinois.
De même, en 1969, les dirigeants soviétiques ne pouvaient pas imaginer que la Chine réagirait à un différend frontalier local en lançant une attaque préventive contre une puissance nucléaire ayant une supériorité écrasante. Mais c'est précisément ce que le président Mao a fait quand il a commencé la guerre à la frontière sino-soviétique.
Dans les deux exemples ci-dessus, nous assistons à ce qu’on pourrait appeler le « gambit de Mao ». Le « gambit de Mao » a envoyé un message sans équivoque de « défense active »:
La Chine ne se laissera jamais intimider, même par des adversaires qui pourraient l’effacer de la carte.
Les Américains face à la Chine
Comme la renaissance de la Russie post-soviétique, la montée de la Chine comme puissance économique est qualifiée de « menace existentielle » au droit divin des États-Unis de réguler et de dominer les affaires humaines.
Pour contrer cela, en 2011, le président Obama a annoncé un « pivot vers l’Asie », ce qui signifie que près des deux tiers des forces navales américaines seraient transférées en Asie et dans le Pacifique d’ici 2020. Aujourd’hui, plus de 400 bases militaires américaines encerclent la Chine avec des missiles, des bombardiers, des navires de guerre et, surtout, des armes nucléaires. De l’Australie au Japon et à la Corée, à travers le Pacifique, et à travers l’Eurasie de l’Inde à l’Afghanistan, les bases forment, dit un stratège américain « le nœud coulant parfait ».
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Les États-Unis traitent encore l’ouest du Pacifique comme s’il s’agissait d’un lac américain.
Pour la classe politique américaine, la tentation existe de faire de la Chine le bouc émissaire des problèmes de l’Amérique. Pour éviter des erreurs, Donald Trump ne devrait pas se contenter d’entretiens avec le président chinois Xi Jinping autour d’un gâteau au chocolat, pendant que des missiles Tomahawk sont envoyés sur un pays qui n’a jamais agressé les États-Unis. Trump raconte fièrement, comme un gamin qui s’extasie devant un jouet :
"J'étais assis à table […], nous étions au dessert et nous avions le plus beau gâteau au chocolat que vous ayez jamais vu, et le président Xi s'en régalait. Et j'ai reçu le message des généraux que nos navires étaient armés et prêts …, donc les missiles étaient en route. Et j'ai dit :'Monsieur le Président, laissez-moi vous expliquer quelque chose. C'était au moment du dessert. Nous venions juste de lancer 59 missiles, qui ont tous frappé, au fait, c'est incroyable, à plusieurs centaines de kilomètres, ils ont tous frappé [leur cible], stupéfiant…C'est si incroyable. C'est brillant, du génie. Notre technologie, nos équipements, sont cinq fois meilleurs que n'importe qui. Je veux dire regardez, ce que nous avons, en termes de technologie, personne ne peut les concurrencer."
On voit que Trump n’est pas très au fait des technologies militaires russes, chinoises et même nord-coréennes.
La guerre nucléaire est une menace réelle
La guerre nucléaire contre la Chine n’est plus une ombre, mais une éventualité. La plus grande accumulation de forces armées américaines depuis la Deuxième Guerre mondiale est bien avancée et bien là : elles sont dans l’hémisphère nord, sur les frontières occidentales de la Russie, en Asie et dans le Pacifique, face à la Chine.
Une étude de la RAND Corporation – qui, depuis le Vietnam, a planifié les guerres de l’Amérique – est intitulée, « Guerre avec la Chine : Penser l’impensable ». Commandités par l’armée américaine, les auteurs évoquent la guerre froide, lorsque RAND a rendu fameux le slogan de son principal stratège, Herman Kahn – « Penser l’impensable ». Le livre de Kahn, Sur la Guerre thermonucléaire, a élaboré un plan pour une guerre nucléaire « gagnable » contre l’Union soviétique.
Aujourd’hui, son point de vue apocalyptique est partagé par ceux qui détiennent un véritable pouvoir aux États-Unis : les sionistes et les néocons au gouvernement, au Pentagone, dans l’establishment des services de renseignement de la sécurité nationale et au Congrès.
« Les États-Unis, écrit Amitai Etzioni, professeur d’affaires internationales à l’Université George Washington, se préparent à une guerre avec la Chine, la décision n’a pas encore été examinée par les élus, à savoir la Maison Blanche et le Congrès. » Cette guerre commencerait par une « attaque aveugle contre les installations chinoises de défense territoriale, y compris les lanceurs de missiles terrestres et maritimes […] les satellites et les anti-satellites ».
Le risque incalculable est que « les attaques profondes à l’intérieur des terres pourraient être perçues, à tort [ben voyons ! NdT], par les Chinois comme des tentatives préventives pour détruire leurs armes nucléaires, les faisant ainsi tomber dans le terrible dilemme du « rien à perdre » conduisant à une guerre nucléaire. »
En 2015, le Pentagone a publié son manuel sur la Loi de la guerre qui dit : « Les États-Unis, n’ont pas accepté de traité qui interdit l’utilisation des armes nucléaires en soi, et ainsi les armes nucléaires sont des armes légales pour les États-Unis. »
L’armée et l’arsenal chinois sont petits par rapport aux États-Unis. « Pour la première fois, écrit Gregory Kulacki de l’Union of Concerned Scientists, la Chine envisage de mettre ses missiles nucléaires en état d’alerte afin qu’ils puissent être lancés rapidement en prévision d’une attaque […] Ce serait un danger important et un changement dangereux dans la politique chinoise […] En effet, les politiques nucléaires des États-Unis sont le facteur externe le plus important qui influence les décisions chinoises de relever le niveau d’alerte de leurs forces nucléaires. »
En 2015, dans le plus grand secret, les États-Unis ont organisé leur plus important exercice militaire depuis la Guerre froide. C’était Talisman Sabre : une armada de navires et de bombardiers à longue portée simulant un « concept de bataille aérienne et navale contre la Chine » – bloquant les voies maritimes dans le détroit de Malacca et coupant l’accès de la Chine au pétrole, au gaz et à d’autres matières premières en provenance du Moyen-Orient et d’Afrique.
C’est une telle provocation et la crainte d’un blocus par la marine américaine qui ont convaincu la Chine de construire fiévreusement des pistes d’atterrissage stratégiques sur les récifs contestés et les îlots dans les îles Spratleys en mer de Chine méridionale.
En 2014, sous l’égide de la « domination par l’information » – le jargon du Pentagone pour désigner la manipulation des médias, et la propagation de fausses nouvelles, pour lesquelles celui-ci dépense plus de 4 milliards de dollars par an – l’administration Obama a lancé une campagne de propagande visant la Chine comme menace pour la « liberté de navigation ».
Le propagandiste en chef désigné est l’amiral Harry Harris, le commandant militaire américain en Asie et dans le Pacifique. « Mes responsabilités, dit-il au New York Times, couvrent un territoire allant de Bollywood [en Inde] à Hollywood, des ours polaires aux pingouins. » Jamais la domination impériale n’a été décrite aussi misérablement.
Harris est l’un des nombreux amiraux et généraux du Pentagone qui a réuni des journalistes sélectionnés et malléables afin de justifier une menace aussi spécieuse que celle avec laquelle George W. Bush et Tony Blair ont justifié la destruction de l’Irak et de la majeure partie du Moyen-Orient.
À Los Angeles en septembre, Harris a déclaré qu’il était « prêt à affronter une Russie revancharde et une Chine sûre d’elle-même […] Si nous devions lutter maintenant, ce soir, je ne veux pas que ce soit un combat loyal. Si c’est un combat au couteau, je sortirai un pistolet. Si c’est une bagarre au pistolet, j’appellerai l’artillerie […] et tous nos partenaires avec leur artillerie. »
Ces partenaires incluent la Corée du Sud, qui héberge la base de lancement du système de défense aérienne à haute altitude du Pentagone, connu sous le nom de THAAD, qui est censé viser la Corée du Nord. Comme l’indique le professeur Postol, il vise la Chine.
L’ascendant du Pentagone à Washington – que Daniel Ellsberg a qualifié de coup d’État silencieux – se reflète dans le montant record de 5.000 milliards de dollars que l’Amérique a consacré à ses guerres agressives depuis le 11 septembre, selon une étude de l’Université Brown. Le million de morts en Irak et la fuite de 12 millions de réfugiés d’au moins quatre pays en sont la conséquence.
En septembre, le Conseil atlantique, un groupe de réflexion géopolitique américain, a publié un rapport qui prédisait un monde hobbesien « marqué par la rupture de l’ordre, l’extrémisme violent et une ère de guerre perpétuelle »:
Les nouveaux ennemis sont une Russie « résurgente » et une Chine « de plus en plus agressive ».
Seule l’Amérique "héroïque" peut nous sauver.
Cette propagande de guerre a une qualité démentielle. C’est comme si le « siècle américain », proclamé en 1941 par l’impérialiste américain Henry Luce, propriétaire du magazine Time, se terminait sans préavis et que personne n’ait eu le courage de dire à l’empereur de ranger ses armes et de rentrer chez lui.
Conclusion
Le monde se déplace inexorablement vers l’Est. Mais la vision étonnante de l’Eurasie par la Chine est à peine comprise en Occident. La Nouvelle Route de la Soie est un ruban destiné au commerce : ports, pipelines et trains à grande vitesse jusqu’en l’Europe. Le leader mondial de la technologie ferroviaire, la Chine négocie, avec 28 pays, des itinéraires sur lesquels les trains atteindront jusqu’à 400 km/h. Cette ouverture au monde a l’approbation d’une grande partie de l’humanité et, en même temps, unit la Chine et la Russie.
Les dirigeants chinois pensent qu’ils reviendront à leur position naturelle d’«empire du Milieu», autrement dit de centre du monde, et que les autres devront s’adapter à cette réalité. La Chine veut être acceptée comme la Chine, et non comme un membre d’honneur de l’Occident.
Pékin n’hésite pas à utiliser sa puissance économique pour envoyer le message. C’est le cas pour le Japon et les Philippines, deux pays avec lesquels elle a des différends territoriaux. Ce n’est pas un hasard si, l’année dernière, les exportations du Japon et des Philippines vers la Chine ont diminué, respectivement de 16 et 20 %.
La question des prochaines décennies est donc de savoir comment la Chine et les États-Unis pourront échapper au «piège de Thucydide», autrement dit au conflit résultant de la rivalité entre une puissance émergente et une puissance régnante, comme entre Athènes et Sparte au Ve siècle av. J.-C., ou entre l’Allemagne et ses voisins, à la fin du XIXe siècle. L’émergence rapide de toute nouvelle puissance perturbe le statu quo. Historiquement, dans 11 cas sur 15, depuis 1500, cela s’est terminé par une guerre.
Les États-Unis ne peuvent pas arrêter l’émergence de la Chine, mais ils doivent trouver le moyen de partager le leadership du XXIe siècle avec une Chine plus puissante et une Russie mieux armée, une situation totalement nouvelle pour eux. Aujourd’hui encore, Washington a tendance à vouloir faire la leçon à Pékin et à Moscou, en leur demandant de ressembler à Paris et à Berlin (qui ne peuvent bouger le petit doigt sans l’agrément de l’Oncle Sam), en devenant plus « démocratique ». La Chine se modernisera en évoluant vers plus d’État de droit et une justice indépendante, mais ne deviendra pas pour autant une « démocratie libérale » au sens occidental, car cela signifierait son effondrement.
Le conflit entre les deux puissances n’est donc pas inéluctable, car les deux pays ont tout intérêt à trouver des compromis.
La Chine a besoin du marché américain pour vendre ses produits, les États-Unis ont besoin de la Chine pour acheter leurs bons du Trésor. Les deux pays ont un intérêt commun à la liberté de navigation et à la sécurité des voies maritimes. À court terme, les dirigeants chinois sont conscients de la supériorité technologique et militaire américaine et ils préféreront la diplomatie à la force pour s’imposer progressivement comme la première puissance économique.
 
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Hannibal GENSERIC

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