Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Le changement de régime par Takfiris interposés a échoué

Publié le par Felli Bernard

Le changement de régime par Takfiris interposés a échoué


… Les lobbyistes appellent à l’occupation américaine de la Mésopotamie supérieure


Moon of Alabama

Le 7 décembre 2016 – Source Moon of Alabama

La bataille d’Alep se termine. La Syrie va remporter la guerre contre les Takfiris soutenus par l’étranger, tout comme l’Irak. Il faut donc que les instigateurs et les commanditaires de la guerre trouvent autre chose pour atteindre leurs objectifs.

Voilà une carte du chaudron Alep-Est il y a deux jours :

Carte par @MapNefForAgrandir

Voilà la carte de ce matin :

Carte par @MapDefForAgrandir

Depuis ce matin, une autre partie de la zone tenue par les «rebelles» au sud-est du chaudron, le quartier du Sheik Sa’ed, a été libérée par les forces gouvernementales syriennes.

On pense que toute la zone tenue par les «rebelles» d’al-Qaïda sera libérée et nettoyée des Takfiris ce week-end. Les miliciens qui y sont encore ont le choix entre partir ou être – inévitablement – tués.

Comparez ces cartes à la (grande) carte que nous avons postée dans notre dernier article sur Alep. Au total, les quelque 90% de la superficie détenue par les «rebelles» il y a deux semaines sont maintenant revenus dans les mains du gouvernement. Toutes les zones tenues par les «rebelles» au nord et au nord-est de la Citadelle d’Alep, qui hier encore étaient détenues par les Takfiris alignés sur al-Qaïda, sont maintenant aux mains du gouvernement syrien. La dernière avancée résulte de la reddition d’un groupe de «rebelles» locaux aux forces gouvernementales syriennes. Pour la première fois depuis 5 ans, l’entrée principale de la Citadelle est accessible depuis Alep-Ouest qui est tenue par le gouvernement.

Au total, il y avait là 28 700 civils qui ont quitté les zones précédemment «rebelles». C’est un chiffre un peu plus élevé que notre estimation d’un maximum de 25 000 civils dans Alep-Est, mais beaucoup moins que les 250 000, 300 000, 500 000 ou 1 000 000 de civils brandis par les Nations Unies et les médias de l’opposition.

Après avoir remporté la bataille d’Alep, le gouvernement syrien disposera de quelque 35 000 soldats, prêts à libérer les autres régions de la Syrie encore détenues par des Takfiris payés par l’étranger. C’est une force assez importante et expérimentée et on peut s’attendre à ce que les opérations nécessaires pour libérer toute la Syrie soit terminées dans quelques mois.

En Irak, les forces gouvernementales combattent les derniers restes d’État islamique qui détiennent la ville de Mossoul, dans un siège comparable à celui d’Alep. Mais la lutte à Mossoul est plus difficile, parce qu’il y a encore au moins un million de civils dans la ville et que les combattants ISIS là-bas sont des fanatiques, qui n’hésitent pas à envoyer des centaines d’écoliers en kamikazes contre les forces irakiennes qui approchent. Si la résistance se maintient à ce niveau, il faudra sans doute des mois pour reprendre toute la ville.

Heureusement pour la Syrie, la ville de Mossoul est maintenant complètement encerclée. Le plan original des États-Unis était de laisser ouverte la zone occidentale de Mossoul, afin que les combattants d’ISIS puissent s’échapper vers la Syrie. Le Premier ministre irakien Abadi a empêché cela, en envoyant des Forces de mobilisation populaires fermer la zone occidentale.

Les États-Unis avaient déjà préparé le terrain pour que les troupes d’ISIS en retraite prennent la ville de Deir Ezzor, dans l’est de la Syrie, où les combattants d’ISIS sont assiégés par des troupes gouvernementales syriennes. Ils auraient ainsi instauré la «principauté salafiste» qu’ils veulent créer depuis au moins 2012. Le mouvement irakien pour fermer Mossoul, soutenu par l’Iran et la Russie, a réussi à empêcher cela.

Le projet de remettre des zones de l’est de la Syrie et de l’ouest de l’Irak à un «ISIS modéré» a échoué, mais les habituels «experts» encadrés, comme Michael Weiss et Hassan Hassan, plaident maintenant pour que les États-Unis occupent toute la zone et y installent des bases militaires américaines permanentes, pour contrôler l’est de la Syrie et l’ouest de l’Irak, riches en pétrole. Les forces spéciales américaines, qui travaillent avec des unités de YPG kurdes dans le nord-est de la Syrie, ont déjà construit plusieurs petits aérodromes.

Voilà ce qu’écrivent ces impénitents suppôts de guerre :

Transformer ces territoires en solides ancrages dans la région donnera aux États-Unis une capacité de collecte de renseignements absolument nécessaire dans la Jazira ou la Haute Mésopotamie, qui englobera la plaine aride qui s’étend au nord-ouest de l’Irak, au nord-est de la Syrie et au sud-est de la Turquie.

[…]

Garder les contingents des forces américaines dans la région constituera un moyen de dissuasion efficace, qui permettra de défendre des combattants anti-ISIS fiables et compétents et de dissuader le régime Assad de toute velléité de reconquête.

 

Haute Mésopotamie, al Jazera, env. 80 avant JC – Carte via Wikimedia

 

Une telle entité américaine d’occupation dans la Jazira :

  • Empêcherait tout trafic de l’Iran chiite et de l’Irak avec les zones syriennes et libanaises de la côte méditerranéenne. Le soi-disant croissant chiite serait coupé par une entité contrôlée par les États-Unis, composée majoritairement de peuples sunnites.
  • Créerait un espace pour le pipeline de gaz naturel que veut l’entité Qatar-Turquie-Europe, tout en empêchant la construction d’un éventuel pipeline de gaz naturel Iran-Méditerranée-Europe à travers la même zone.
  • Réaliserait une autre étape du plan Yinon, qui appelle au morcellement de tous les États arabes en entités plus petites, pour sécuriser le royaume d’Israël.

Attendez-vous à entendre les «experts» de think tanks, achetés au prix fort, bientôt affirmer qu’il faut confier cette nouvelle «mission» complètement démente aux forces américaines.

Le président élu, Donald Trump, a répété hier qu’il ne ferait rien de la sorte :

Trump a promis de rendre l’armée plus forte qu’elle l’a jamais été, mais il a dit que, sous son commandement, le pays «cesserait de courir renverser des régimes étrangers dont nous ne savons rien».

«Il faut mettre fin à ce cycle destructeur d’interventions et de chaos», a-t-il dit.

On peut espérer que Trump s’en tiendra à cette position raisonnable et renoncera à toute ingérence dans les affaires des peuples du Moyen-Orient et d’ailleurs.

Voir les commentaires

Que cachent les 50 milliards que Softbank veut investir aux États-Unis ?

Publié le par Felli Bernard

 
Après une rencontre avec Donald Trump, Masayoshi Son, le milliardaire et patron de l’opérateur nippon, a déclaré qu’il investirait massivement au pays de l’Oncle Sam. Une initiative qui pourrait en cacher une autre : la reprise des discussions pour un mariage entre l’opérateur Sprint, détenu par Softbank, et son homologue T-Mobile US.

L'initiative ne manque pas de sel. Alors que Donald Trump a beaucoup critiqué la tech américaine pendant la présidentielle, suscitant au passage la peur d'une grande partie du secteur, le prochain locataire de la Maison-Blanche a fait, ce mardi, ami-ami avec Masayoshi Son. Milliardaire à la tête de Softbank, un des cadors nippons des télécoms, ce dernier a rencontré Donald Trump à New York. Pourquoi ? D'abord, a-t-il dit selon l'AFP, pour « fêter son nouveau travail ».

« Je lui ai dit : 'c'est super, les États-Unis vont retrouver leur grandeur' », a fayoté l'ambitieux patron, en référence au slogan de campagne « Make America great again » (« Rendre l'Amérique à nouveau grande ») du nouveau président.

Mais le « Xavier Niel japonais » n'en est pas resté là. Il a annoncé que son groupe allait investir la bagatelle de 50 milliards de dollars (47 milliards d'euros) au pays de l'Oncle Sam, et y créer 50.000 emplois. Saluant l'initiative, Donald Trump s'en est d'emblée attribué tout le mérite. « Masa », comme il l'a familièrement présenté à la presse, « n'aurait jamais fait [cet investissement] si nous n'avions pas gagné l'élection », a-t-il jugé sur Twitter. L'occasion était trop belle pour celui qui s'est juré de booster l'économie domestique et de créer des emplois à la pelle aux États-Unis.

Bientôt une forte « déréglementation » ?

Seulement, cette annonce faramineuse est à tempérer. Cet investissement, qui vise principalement les jeunes pousses aux États-Unis selon Masayoshi Son, sera mené par le fonds technologique Softbank Vision Fund. Or celui-ci a été créé mi-octobre. Rien ne dit donc que les 50 milliards d'investissements annoncés mardi n'ont pas été prévus bien avant l'élection de Donald Trump. On imagine mal, en outre, un fonds spécialisé dans la high-tech snober la Silicon Valley... Doté d'une enveloppe qui pourra atteindre 100 milliards de dollars (93 milliards d'euros), Softbank Vision Fund a au passage vu le jour avec le soutien financier de l'Arabie Saoudite. Un pays qui, pourtant, a été très vivement critiqué par Donald Trump pendant sa campagne.

Si « Masa » a pris la peine de combler le prochain homme fort des États-Unis, c'est peut-être aussi, qui sait, pour profiter d'éventuelles largesses à venir. En dégainant sa promesse d'investissements, le patron de Sofbank a précisé qu'il s'attendait à une nette « déréglementation » avec la nouvelle administration, note l'agence Reuters. Des propos qui relancent les spéculations sur un retour des discussions pour un mariage entre Sprint, le troisième opérateur mobile des États-Unis - détenu par Softbank - et T-Mobile US, le numéro quatre du secteur, propriété de Deutsche Telekom. Il y a deux ans, Masayoshi Son avait renoncé à mettre la main sur son rival face aux réticences des autorités de régulation américaines. Mais peut-être compte-t-il sur Donald Trump pour avoir davantage le champ libre.

Masayoshi Son et Donald Trump, ce mardi à New York. (Crédits : Reuters)

Masayoshi Son et Donald Trump, ce mardi à New York. (Crédits : Reuters)

Voir les commentaires

Non ! Erdogan n’a pas fait d’entourloupe à Poutine, ni à l’ayatollah

Publié le par Felli Bernard

Non !
Erdogan n’a pas fait d’entourloupe à Poutine, ni à l’ayatollah


andrew-korybkoPar Andrew Korybko – Le 30 novembre 2016 – Source Katehon

Une vidéo vient d’apparaître où Erdogan se vante de la façon dont l’opération militaire de la Turquie dans le nord de la Syrie a toujours été dans le but de faire avancer le changement de régime, provoquant une panique sur les médias alternatifs et les réseaux sociaux, à l’idée que le président Poutine et le chef suprême iranien ont été diaboliquement trompés par le rusé Erdogan dans sa politique de cheval de Troie lors du rapprochement avec leurs pays.

 

On peut prévoir que le récit, en réaction, sera : «Je vous l’avais bien dit !», avec des avocats de la cause sur le point de célébrer ce que le Sultan vient de proclamer. En dépit du fait que ce serait une prétendue preuve que Moscou et Téhéran sont si désespérément incompétents, qu’ils n’auraient même pas pu voir cette menace pour leur allié de Damas, alors qu’ils avaient, pendant tout ce temps, la situation sous les yeux.

Les intentions de ceux qui vendent ce récit varient grandement, et ce n’est pas le but de l’auteur de spéculer sur ce qui est derrière leur joyeuse allégresse, maintenant que leur terrible prédiction anti-syrienne est prétendument actée.

Au lieu de cela, il est beaucoup plus constructif d’examiner ce qui ne colle pas avec ce récit et de prouver combien il est catégoriquement faux, avec, en conséquence, l’espoir que cette réfutation solide permettra aux observateurs honnêtes d’identifier les personnalités alternatives et les médias sociaux qui ont «dégainé l’artillerie» à l’occasion de cet épisode et peuvent avoir, en conséquence et par inadvertance, révélé leurs véritables intentions.

Avant de poursuivre, il faut rappeler au lecteur que la relation trilatérale entre la Russie, la Turquie et l’Iran a été fragile dès le départ, en raison surtout du fait qu’elle n’a jamais eu de précédent historique jusqu’à ce que les premiers efforts aient été faits pour former la Tripartite cet été – au sujet de laquelle l’auteur a écrit une longue série d’articles pour Katehon. Il y a toujours une possibilité que Erdogan soit vraiment aussi néfaste que ses détracteurs les plus virulents prétendent qu’il est, et qu’une trahison de la Russie et de l’Iran puisse être imminente, mais pour le moment, ce n’est pas arrivé et voici pourquoi.

Malgré leurs divergences politiques sur le sort du président démocratiquement élu et légitime Assad, la Russie et l’Iran ont été sur la même longueur d’onde que la Turquie sur tout le reste, depuis l’échec de la tentative de coup d’État pro-américain contre Erdogan. Le président Poutine et ce dernier ont déjà eu deux réunions face à face et plusieurs appels téléphoniques, le projet Turkish Stream est de nouveau sur les rails et la décision a été prise de normaliser les relations commerciales, une fois de plus. À bien des égards, c’est presque comme si la tragédie de novembre 2015, qui a vu la Turquie abattre un avion de chasse russe au-dessus de la Syrie, n’avait pas eu lieu, ou, à tout le moins, que la relation entre les deux parties est maintenant plus forte d’avoir pu surmonter cette période – historiquement difficile – de tensions bilatérales à haut niveau. Le martyr du pilote russe traîtreusement assassiné ne sera jamais oublié, mais il apparaît que le sacrifice ultime du lieutenant-colonel Oleg Peshkov sert positivement de pierre angulaire pour une tentative sincère des deux parties d’engager une nouvelle ère de relations entre grandes puissances.

Quant à l’Iran, la République islamique n’a jamais été aussi proche de la Turquie qu’aujourd’hui. Le ministre des Affaires étrangères, Mohammad Zarif, a rappelé à plusieurs reprises au monde que son gouvernement était le premier à se tenir debout aux côtés d’Erdogan lors de la maladroite tentative de coup d’État, un fait que Téhéran est évidemment très fier de répéter. Les exclamations publiques de soutien de l’Iran à ce que Zarif a déjà qualifié de «démocratie turque» sont formulées en dépit des centaines de combattants iraniens qui ont perdu la vie à cause des terroristes soutenus par les Turcs en Syrie, démontrant ainsi à quel point l’Iran doit être sérieux vis-à-vis d’Ankara s’il est disposé à passer outre aux sacrifices de son peuple, qui sont littéralement des centaines de fois plus nombreux que ceux des Russes. Une des raisons qui motivent l’Iran est qu’il envisage de relier, à terme, son gisement de gaz de North Pars à l’UE, au moyen d’une extension du pipeline TAP qui traversera un jour la Turquie. Une autre raison qui pousse dans le sens du rapprochement stratégique avec la Turquie réside, pour les deux grandes puissances, dans la volonté de coordonner leurs campagnes contre les terroristes kurdes transfrontaliers – le PKK anti-Ankara et anti-Téhéran et le Parti démocratique kurde d’Iran (KDPI), respectivement.

La plus forte imbrication des stratégies communes entre les deux pays est que Moscou et Téhéran ont été très réceptifs aux signaux d’Ankara, avant le coup d’État, de se distancer des États-Unis suite au soutien de Washington pour les Kurdes du YPG, et en conséquence de recalibrer complètement la politique turque en Syrie.

De tous les bienfaits que la Russie et l’Iran attendent de leur nouvelle politique à l’égard de la Turquie, le plus important est de voir Ankara s’éloigner des États-Unis unipolaires pour se tourner vers l’Ordre mondial eurasien multipolaire, notamment parce que cela peut faciliter le salut de leur bien-aimé allié syrien.

Il faut répéter maintes et maintes fois que le soutien de la Russie et de l’Iran à la Syrie est inébranlable et non négociable, et qu’aucun accord sur les gazoducs ou la coopération antiterroriste ne peut être utilisé pour les acheter, car leurs politiques complémentaires à Damas sont conduites par des principes géostratégiques concrets qui travaillent pour leurs intérêts suprêmes. Rien ne saurait supplanter les faits géopolitiques immuables qui sous-tendent leurs engagements envers la Syrie, c’est pourquoi ceux qui allèguent publiquement que l’un de ces pays s’est vendu, ou comprend mal la situation, ont des arrière-pensées masquées en fonction de leurs positions statutaires.

Les partisans de la théorie du vendu ou du couillonné prétendent que l’opération militaire de la Turquie dans le nord de la Syrie est soit un signe de l’incompétence naïve de la Russie et de l’Iran dans les affaires étrangères, pour s’être laissés duper par Erdogan, soit la preuve évidente qu’ils ont scandaleusement trahi Damas. Aucune de ces affirmations n’est vraie, comme je l’ai soutenu dans mes deux précédents articles publiés sur Katehon (Turkey Crosses Into Syria : Unipolar Conspiracy Or Multipolar Coordination ? et Turkey In Syria, The FSA, And The Upcoming Quarrel Over Syria’s Constitution), qui devraient être consultés, si le lecteur ne l’a pas déjà fait, pour obtenir l’essentiel des arguments à propos de cette opération complexe. Le point principal exposé est que la Russie et l’Iran – en tant que loyaux protecteurs de la Syrie – ne permettraient pas à la Turquie d’envahir la Syrie si c’était bien l’intention d’Erdogan et que toutes les parties concernées avaient probablement déjà conclu un accord à ce sujet, même si elles ont officiellement dit le contraire, forcées par l’opinion publique nationale. Il y a cependant toujours la possibilité que la Turquie dépasse délibérément les limites prédéterminées ou trahisse purement et simplement ses nouveaux partenaires – et cela a été abordé dans l’un des articles.

Les observateurs devraient évaluer la situation entourant l’opération militaire de la Turquie dans le nord de la Syrie, d’une manière aussi émotionnellement détachée que possible. Le spectacle de l’opération évoque des sentiments très forts, parmi ceux qui croient vraiment que la Turquie est fourbe et fait tout son possible pour profiter de la naïveté de la Russie et de l’Iran, soulignant les déclarations répétées de la Syrie condamnant les actions d’Erdogan. Cependant, en examinant plus attentivement ce qui se passe, il commence à être clair que les forces conventionnelles de la Turquie sont principalement engagées dans une campagne Lead From Behind [soutien à l’arrière] pour aider ses alliés des FSA [Armée syrienne libre], dans la poursuite d’un arrangement politique multilatéral compliqué post-Daesh. Une telle analyse peut être trouvée dans l’article de Katehon cité plus haut, sur la Constitution de la Syrie. Erdogan hésite évidemment à consacrer trop de forces au nord de la Syrie et préférerait que les acteurs alliés non étatiques de son gouvernement assument sur le terrain la majeure partie des combats s’il le peuvent – en dehors des photos de propagande et autres stratagèmes de relations publiques.

S’il voulait vraiment envahir la Syrie dans le but de renverser Assad, il devrait être évident, pour tous les observateurs objectifs, que la deuxième armée la plus importante de l’OTAN aurait probablement envoyé beaucoup plus de forces qu’elle ne l’a fait pour l’instant. Pour une «invasion de changement de régime» – si l’on veut reprendre les mots d’Erdogan – l’opération turque dans le nord de la Syrie est misérablement sous-performante et a seulement réussi à capturer [pratiquement sans combats, NdT] une poignée de villes tenues par le YPG kurde et Daesh. Ce dernier s’est simplement fondu dans la population civile et / ou a rejoint la FSA.

Un trimestre après son lancement, la Turquie n’a rien de substantiel à montrer de ses efforts visant à «renverser Assad» et ne serait même pas capable de l’avoir véritablement essayé parce que la Russie et l’Iran se seraient mobilisés pour l’arrêter avec l’Armée arabe syrienne, et le feraient toujours s’ils y étaient obligés.

Cela remet en cause le but de la récente vantardise d’Erdogan voulant un «changement de régime» en Syrie, car il est prouvé qu’il n’était manifestement pas sérieux au sujet de la réalisation de cet objectif nouveau. En outre, lorsqu’il a envoyé des troupes dans le nord de la Syrie, Erdogan a déclaré que c’était pour des raisons antiterroristes en empêchant le YPJ kurde de créer un État voyou le long de la frontière sud de la Turquie, et le gouvernement turc a maintenu cette position jusqu’ici. Erdogan a toutefois changé publiquement d’avis à ce sujet, afin de promouvoir quelques autres objectifs, dont aucun ne vise réellement à «renverser» le président Assad.

Dans un ordre quelconque, le premier objectif qui peut être discuté est qu’il veut renforcer l’opinion publique avant le prochain référendum constitutionnel, que son gouvernement planifie afin de centraliser davantage le contrôle du président sur le pays. À en juger par les dernières élections, Erdogan sait qu’il a besoin de l’appui des nationalistes du MHP pour faire passer sa proposition, d’où la drague de cet électorat en changeant sa rhétorique sur l’invasion du nord de la Syrie. La raison suivante est étroitement liée à la première et se rapporte aux progrès étonnants que l’Armée arabe syrienne et ses milices patriotiques alliées ont faits dans la libération de la plus grande partie de l’Alep-Est. Erdogan est forcé de réagir à ce développement qui change la donne. Sachant par ailleurs que toute action substantielle dans le sens d’un changement de régime pourrait conduire à une réaction dévastatrice de la coalition Syrie, Russie, Iran, il ne lui reste plus qu’une rhétorique vide pour tenter de sauver la face. Enfin, la dernière raison principale pour laquelle Erdogan transforme maintenant l’opération turque dans le nord de la Syrie de mission anti-terroriste en mission de changement de régime, est parce qu’il veut se faire bien voir du président élu Trump, en montrant qu’il n’a pas complètement abandonné l’Occident – et ne le fera jamais, pour ce cas –, tout en révélant récemment qu’il a parlé avec la Russie et le Kazakhstan d’une adhésion potentielle de la Turquie à l’OCS.

Pour terminer, les paroles incendiaires d’Erdogan sur l’envoi des troupes turques en Syrie pour «renverser» le président Assad devraient – comme la plupart de ce qu’il dit – ne pas nécessairement être prises au pied de la lettre, mais être estimées pour ce qu’elles sont, c’est à dire seulement le dernier exemple d’une longue série de déclarations qu’il trouve momentanément opportunes de faire en fonction de son agenda politique – habituellement caché.

Plutôt que d’être obsédés par chaque mot qu’il prononce et de se réjouir de «la preuve que j’avais raison» comme beaucoup de gens le font, les observateurs devraient être réalistes et regarder les actions de la Turquie, à la fois en Syrie et en rapport avec ses partenaires, la Russie et l’Iran, afin d’obtenir une image plus précise de ce qui se passe réellement. En fin de compte, beaucoup de gens ont besoin de trouver des preuves dans tout et n’importe quoi, soit de l’incompétence criminelle des dirigeants russes et iraniens, soit de la trahison de leurs alliés de confiance.

Si ces personnes restent cohérentes avec leurs insinuations, on serait amené à croire que la Russie et l’Iran ont permis à la Turquie d’envahir la Syrie du nord en vue d’un changement de régime en échange d’accords de gazoducs et de coopération antiterroriste. Et qu’ils ont conspiré avec la Turquie depuis plus d’un trimestre, depuis que l’opération d’Erdogan a commencé. Ce n’est pas pour dire que l’homme fort turc ne trahira jamais ses nouveaux partenaires, mais seulement qu’il ne l’a pas encore fait – la seule chose qui compte –, et ce n’est pas parce qu’il a trompé quelques Facebookers et commentateurs de médias alternatifs, que cela signifie qu’il a couillonné les dirigeants beaucoup plus expérimentés que sont Poutine et les Ayatollahs.

Andrew Korybko

Voir les commentaires

Mikhail Khazine: 2016, année de la Grande Rupture 4/5

Publié le par Felli Bernard

Mikhail Khazine: 2016, année de la Grande Rupture 4/5


Par Mikhail Khazine − 18 juin 2015

khazine

Mikhail Khazine termine la conférence en mixant une série de questions / réponses qui débordent quelque peu du sujet mais ses réponses méritent une réelle attention.

Qu’est-ce qui est le plus dangereux pour l’économie de la Transnistrie, l’inflation ou la déflation ?

J’y ai déjà répondu au tout début : il y a toutes sortes de scénarios possibles avec l’inflation ou la déflation mais, avant tout, il faut conceptualiser le type d’économie que vous voulez construire ici. Et avant toute chose, il faut bien décrire l’environnement économique dans lequel vous évoluez maintenant, et celui de demain. Quels sont vos relations avec l’Ukraine, la Russie, la Moldavie ? Ou encore, la Roumanie ? Vous imaginez ce que sera la Roumanie, une fois chassée de l’UE et privée des perfusions de l’UE qui la maintiennent à flot ? Ça va être sportif de ce côté là… La Roumanie est quand même un pays étrange depuis toujours, un peu comme la Pologne. Les Polonais sont forts sympathiques, ils nous ressemblent beaucoup en réalité, si on a compris que Dieu a créé la Pologne afin de détruire toutes les organisations internationales dont elle fait partie. À ce sujet, je rappelle qu’en 1939, le ministre des Affaires étrangères allemand Joachim Von Ribbentrop est venu à Moscou en proposant de «vendre» son allié d’alors, la Pologne.

https://veriteperdue.files.wordpress.com/2014/11/pologne.jpg

Je rappelle qu’un an avant, en 1938, l’Allemagne et la Pologne ont dépecé la Tchécoslovaquie ; la Pologne avait pas mal de choses à se reprocher aussi. Ribbentrop, à Moscou, a donc proposé de passer la frontière entre l’URSS et l’Allemagne suivant la même ligne qu’en 1914, c’est-à-dire d’inclure une partie de la Pologne en URSS. Ce à quoi le camarade Staline, ayant beaucoup côtoyé de Polonais dans sa vie, a répondu : «On fera comme ça, vous prendrez Varsovie, nous on prendra Lvov.»

 

On voit qu’il comprenait à qui il avait affaire. Tant qu’on a pas une vision globale et systémique des changements tectoniques en cours, si aujourd’hui vous adoptez un programme économique basé sur la distribution des cartes économiques d’aujourd’hui et que demain l’UE s’écroule, le programme devra être radicalement changé. Ou si par l’exemple l’Ukraine devait faire votre siège, cela vous ouvrirait un corridor direct vers la Russie. Donc je ne peux pas dire ce qui est mieux de l’inflation ou de la déflation. Tant qu’il n’y a pas un modèle stratégique de développement, cette question n’a pas de réponse. On ne peut à ce stade dire ce qui est mieux pour l’une ou l’autre des entreprises. Pour les retraités il vaut mieux ceci, pour les actifs cela. Ce n’est pas simple.

Avez vous changé d’avis ces 20 dernières années sur l’idée que la réduction de la masse monétaire n’implique pas nécessairement la réduction de l’inflation ?

Je peux vous dire que j’ai fait cette recherche en 1996. Je rappelle que la masse monétaire, c’est-à-dire la quantité d’argent dans l’économie, est caractérisée par deux indicateurs.

Le premier, c’est le rapport de l’agrégat monétaire au PIB, appelé monétisation. Le deuxième, c’est le rapport des liquidités sur l’argent de crédit, c’est le multiplicateur de crédit. Ce multiplicateur se situe normalement entre 4 et 6. Si le monétisation de l’économie dépasse ces 100%, cela peut générer de l’inflation due à l’excès d’actifs financiers qui exercent une pression sur l’économie réelle. Si la monétisation est en-dessous des 100%, alors cela augmente les coûts de l’activité économique. Pourquoi ? Car les entreprises n’ont alors plus accès à du crédit bon marché. Et elles commencent à utiliser d’autres outils (par exemple, le troc) à la place de l’outil monétaire, qui sont moins efficaces, entraînant plus de coûts.

En clair, si vous travaillez avec des lettres de change au lieu de l’argent, les coûts intermédiaires sont trop élevés. Tout cela plombe la rentabilité de votre activité. Aujourd’hui l’économie russe est insuffisamment monétisée, avec des taux bien trop élevés de la Banque centrale de Russie. Je répète, la réduction de la masse monétaire, augmente les coûts de l’activité. On ne peut rien faire contre cela. En ce qui vous concerne en Transnistrie, vous devez élaborer avec soin votre stratégie, surtout au niveau des flux transfrontaliers. Car par exemple en Russie, l’économie est essentiellement exportatrice. Nous vendons entre autres du pétrole que nous extrayons nous-mêmes. Alors que chez vous, vous achetez de la matière première que vous transformez en produits finis et revendez ensuite, les flux sont bidirectionnels, alors que chez nous ils sont unidirectionnels d’où une architecture économique différente.

Votre économie est plus aisée à piloter que la nôtre dans telle ou telle direction. Chez nous, c’est beaucoup plus complexe. Pour ma part, j’ai pratiquement terminé. Je souhaite dire que le but de la conférence était d’expliquer la chose suivante. Nous sommes là au point de la Grande Rupture. L’environnement dans lequel existait la Transnistrie depuis 1992, était un environnement où tant l’Ukraine que la Moldavie allaient tantôt plus vite, tantôt moins vite dans le sens du projet occidental, un projet fondamentalement et radicalement anti-russe. Cet environnement, touche à sa fin.

Les forces qui menaient ce projet anti-russe ont aujourd’hui des problèmes de fond et nous voyons des tendances objectives se manifester de manière de plus en plus nette qui nous disent que, du point de vue de ce modèle économique en place en Europe de l’Ouest et dans le monde occidental en général, l’Europe de l’Est ne peut qu’être contrôlée à perte par eux. Ni Berlin, ni Bruxelles, ni Paris, ni Rome, ni évidemment Londres ne vont continuer à payer pour les Polonais, les Tchèques, les Slovaques, les Hongrois, les Roumains ou les Bulgares. La fête est finie. Leur niveau de vie va de nouveau s’écrouler. Et ils vont changer leur vecteur de l’Ouest vers l’Est. On le voit déjà se dessiner avec Viktor Orban, Premier ministre hongrois, qui a posé un ultimatum à Bruxelles.

Souvenez-vous de ce qu’Orban a fait il y a quelques années ? Il a juridiquement subordonné la banque centrale du pays au gouvernement, provoquant un immense mécontentement des Occidentaux, et il a inclus dans la Constitution la chose suivante, impensable dans la logique libérale de l’Europe de Bruxelles : que le mariage, c’est l’union entre un homme et une femme. Ils étaient fous de rage à Bruxelles et ont exigé qu’il rende la banque centrale indépendante. Il a alors en réponse exigé de Bruxelles plus de fonds pour la Hongrie. Ils lui ont promis des fonds supplémentaires s’il changeait sa décision sur la banque centrale et amendait la Constitution. Finalement rien n’a beaucoup bougé. Orban exige toujours plus d’argent. Le mariage défini comme l’union d’un homme et d’une femme est resté. On observe une situation analogue en Pologne, d’autant plus que c’est un pays très catholique, les expériences d’ingénierie sociale occidentale auront fait beaucoup de mal. Quand j’étais à Varsovie, on m’a raconté comment l’arc en ciel du mouvement LGBT était régulièrement détruit, malgré la «loyauté» de la Pologne à l’UE. Malgré tous les efforts pour l’y laisser, les Polonais sont plus forts. Ils sont encore très catholiques et empreints de valeurs traditionnelles. Tout va changer très fort avec ce qui vient et c’est à prendre en compte pour tous les aspects de la vie, y compris économique.

Prenons le cas de l’Ukraine si on y adopte sous pression la loi de fédéralisation, et il est probable que ce soit le cas à terme, car cela arrange les Allemands à qui les Américains ont confié le dossier ukrainien. Les Allemands sont rigides juridiquement. Si c’est écrit, cela doit être. Très vite des barons locaux vont contrôler diverses régions dans une tradition typique d’Ukraine et l’espace sera fragmenté avec chaque chef «féodal» local qui constituera son propre fief et son trésor de guerre.

L’Ukraine va donc se disloquer en une multitude de petits morceaux. Ces morceaux vont donc chercher une protection auprès d’un acteur puissant. Qui est-ce que ce sera ? Toute la Novorossie entrera dans l’orbite de la Russie. Kiev et ses environs constitueront leur propre région. Et pour l’Ukraine de l’Ouest ? J’ai peine à imaginer qui en a besoin. Il n’y à rien là-bas, ni minerais, ni main d’œuvre. Celle qu’il y avait travaille à l’étranger depuis longtemps. La seule solution serait que la Pologne annexe ce territoire pour pouvoir enfin satisfaire son complexe impérial historique. Cela me dépasse.

C’est un spectacle assez grandiose qui s’annonce avec ce territoire curieux qu’est l’Ukraine de l’Ouest. Il ne reste plus qu’à prendre assez de popcorn et regarder ce qu’ils vont faire avec les problèmes qu’ils ont eux-même créés de toute pièce. Mais comme ils sont englués dans leurs problèmes, cela va radicalement changer votre voisinage, ainsi que le nôtre d’ailleurs. Et tous vos projets économiques à long terme doivent tenir compte de cette réalité.

Au sujet du système monétaire de la Transnistrie. J’ai parlé hier sur votre radio et lors d’une conférence de presse. Il existe des systèmes monétaires localisés dont l’essence même est l’accélération maximale de la circulation de la monnaie. Vous pouvez faire circuler votre monnaie même s’il est difficile de vraiment mesurer sa «vitesse», mais c’est une autre histoire. Mais il est possible de manière relative de détecter la variation de la circulation plus ou moins rapide de la monnaie. Il existe des moyens d’accélérer cette circulation. Et l’accélération de la circulation, c’est la stimulation de l’activité et l’augmentation des revenus budgétaires.

En Russie, il y a des gens qui essaient de mettre en circulation la monnaie franche (théorisé par Silvio Gesell au XIXe). C’est une monnaie qui mécaniquement perd de sa valeur. Cela ressemble à ce que l’on essaye de faire en Suisse ou au Japon où l’on incite vivement les gens à dépenser leur argent alors que les gens, sentant intuitivement que la situation se dégrade, ne veulent pas le faire. Ils voient que les prix chutent, alors pourquoi acheter aujourd’hui une voiture à $50000 alors que demain on l’achètera à 45 000 voire 40 000 ? Alors que fait-on ? Voyant que l’argent est déposé à la banque, au lieu de vous payer des intérêts, on vous fait payer le fait de laisser «dormir» votre argent. Vous déposez $50 000 à la banque, un an plus tard, il ne reste que $48 000. Voilà ce que sont les taux d’intérêts négatifs.

Il existe donc un modèle de monnaie fondante théorisée par Silvio Gesell. C’était un entrepreneur allemand du XIXe siècle qui a proposé l’idée d’émettre une monnaie qui au fil du temps perd de sa valeur. Ce billet qui aujourd’hui vaut 100 roubles dans une semaine vaudra 99 roubles, dans trois semaines 98 roubles, etc.

Comme le montre l’expérience, si vous avez des problèmes au niveau de votre circulation monétaire, comme par exemple les banques qui ne font pas crédit, alors l’emploi de la monnaie franche telle qu’elle est théorisée par Gesell permet de rapidement vivifier votre économie. En Russie, un certain Roustam Dovletbaev a lancé ce projet, qui est encore actif aujourd’hui. Dans son exploitation agricole près de Oufa au Bachkorkostan, il a appliqué ce système pendant la crise de 2008-2009 et cela a très nettement amélioré la situation. Les financiers locaux l’ont pressuré et ont essayé de lui nuire en étant de mèche avec la justice locale, mais il s’en est sorti. On lui a seulement interdit de payer les salaires avec cette monnaie alternative. Il a dit : «D’accord, je ne paierai pas les salaires avec.» On pourrait théoriquement l’inviter ici et voir quelles seraient ses propositions pour accélérer la circulation monétaire. C’est tout à fait réaliste. C’est sans doute bien plus efficace que de dévaluer ou de réévaluer une monnaie.

Parlons de la Turquie, un sujet clé.

Il faut comprendre qu’il existe des ensembles géo-économiques naturels qui, à travers les siècles, se reconstituent sous différentes formes. Si on regarde l’histoire longue de la Méditerranée orientale, on notera que se forment en permanence des espaces économiques avec pour cœur la presqu’île d’Asie mineure. Il m’est difficile de dire exactement pourquoi, mais c’est probablement parce que l’Asie mineure est le seul endroit de tout le bassin méditerranéen où il y a de l’eau en abondance. Même à la fin de l’été et au début de l’automne, même en août-septembre de puissants fleuves et des rivières y coulent. Pour celui qui a été en Grèce, en Italie, en Espagne et surtout en Afrique du Nord, à partir de juillet, le lit de la plupart des rivières est asséché. Ces régions manquent chroniquement d’eau. L’Asie mineure se prête mieux à l’agriculture. Il y a aussi le Delta du Nil et c’est tout, pour tout le Bassin méditerranéen. Mais la vallée du Nil est déjà tellement densément peuplée que même là, cela ne suffit plus. Aujourd’hui l’Égypte est le premier importateur de céréales de la planète malgré le potentiel agricole du Nil.

En Asie mineure le dernier grand empire était l’Empire ottoman et cet empire avait une particularité qu’ont utilisée les Britanniques pour le détruire à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Les Turcs sont un des nombreux peuples turcophones. Les Turcs ottomans ne sont qu’une des branches du peuplement par les Turkmènes, qui ont migré de la Caspienne orientale en étendant leur territoire. Les habitants originels de la presqu’île d’Asie mineure sont les Grecs byzantins qui ont seulement changé de religion. Plus au sud vivent les peuples arabes et les relations entre Turcs et Arabes sont historiquement tendues, idem avec les Perses, ces derniers se considérant «supérieurs» aux Arabes. Encore un élément important, la religion commune de ce territoire, c’est l’islam.

Le rôle de l’islam dans l’Empire ottoman était identique à celui de la religion orthodoxe dans l’Empire russe après Pierre le Grand. C’était un ministère pour une religion étatique. Peu importe qui était le ministre. Par exemple le Grand Procureur du Saint Synode au début du XXe siècle, après Constantin le Victorieux, sous le règne d’Alexandre III, s’appelait Sablèr et était un juif converti au christianisme, tout au plus formellement [une sorte de marrane, NdT]. Cela agaçait beaucoup de monde. Les Britanniques ont détruit l’Empire ottoman en s’appuyant sur des courants islamistes agressifs qu’ils ont eux-même construits de toute pièce. Aujourd’hui tous les ISIS et consorts sont les descendants directs de réseaux mis en place par les Britanniques à la fin du XIXe et au début du XXe siècles, par exemple par le colonel Lawrence, plus connu comme Lawrence d’Arabie, et d’autres.

Le monde islamique contemporain rejette catégoriquement toute idée de rétablissement néo-ottoman car il ne reconnaîtra pas une situation où l’islam, à la fois système spirituel et temporel, deviendrait une simple structure bureaucratique. De plus, maintenant, si on regarde l’économie turque, on remarque qu’il y a encore 30 ans, au début des années 1980, la Turquie était un pays pauvre, très pauvre, arriéré même, quasiment sans industrie. Vous le savez ou pas, mais la Bulgarie socialiste à la même époque avait un potentiel industriel qui dépassait le potentiel réuni de la Grèce et de la Turquie de ce temps là. Cet important potentiel de la Bulgarie a été établi avec l’aide soviétique.

Après avoir dépassé la Grèce et la Turquie réunies, aujourd’hui, après la chute du socialisme, il n’en reste presque plus rien. La Turquie a traversé une véritable révolution industrielle. Grâce à l’accès aux marchés extérieurs, en particulier le Marché commun européen, elle est un partenaire économique important de l’UE. Il y avait même un plan de faire entrer la Turquie dans l’UE. Mais le problème est que l’UE s’est lancée dans une vague de libéralisme sociétal sans précédent. Or les Turcs sont plutôt conservateurs et virils. Et deuxièmement, la Turquie a 80 millions d’habitants pour ce que j’en sais. C’est un pays aussi peuplé que l’Allemagne et les classes dirigeantes de l’UE ont compris qu’elles ne parviendraient pas à les digérer étant donnés les problèmes qu’a causés l’immigration turque en Allemagne dans les années 1970. Les Turcs se sont sentis profondément blessés dans leur orgueil par l’UE qui les a rejetés de facto. Et la Turquie se trouve devant la question suivante : que faire ?

Car le niveau de vie élevé que la Turquie a atteint ces dernières années ne peut être maintenu en aucune façon sans l’accès aux marchés internationaux. La première option, le rapprochement avec l’UE, a échoué et il est devenu clair que tôt ou tard l’UE fermera ses marchés à la Turquie. Par ailleurs dans le cadre du Grand Marché Transatlantique TTIP en préparation, il est prévu que pour la Turquie, comme pour la Russie et également la Chine, le marché de l’UE sera fermé et deviendra chasse gardée exclusive des États-Unis. Dans ce sens un plan a déjà été élaboré à l’automne 2015 dans le cadre de sommets onusiens (type COP21). Les réglementations écologiques se sont soudainement durcies. En conséquence de quoi, pour la Chine, la Turquie ou la Russie, les marchés de l’Union Européenne vont se fermer de plus en plus, sous prétexte que la production de ces pays ne satisfait pas aux normes écologiques.

Suite à cela, l’autre projet turc était de reconstruire un espace néo-ottoman, c’était le projet d’Erdogan. Mais il s’est heurté au fait que la Turquie ne peut s’étendre vers le Sud (Syrie) où commencent les territoires de peuplement arabes et partiellement kurdes, qui ne souhaitent pas de tutelle turque. Le seul axe qui reste ce sont les marchés de l’espace eurasien, ce qu’on appelle l’Union économique eurasienne. Ces marchés sont accessibles pour la Turquie et on voit que le commerce bilatéral russo-turc ne cessait de croître ces dernières années, tout cela accompagné d’un rapprochement politique certain. Et pile à ce moment là survient l’incident avec le bombardier russe abattu au-dessus de la Syrie. Cette opération a été ordonnée par le premier ministre Davutoglu et le chef d’état-major. Erdogan n’était pas informé. L’opération était faite en s’appuyant sur un trait de caractère particulier d’Erdogan qui, fort orgueilleux, n’admet jamais ses erreurs et ne peut admettre publiquement qu’il ne savait pas ce qui se passe dans son propre entourage.

Toute cette affaire de l’avion abattu était un plan téléguidé par les Américains. Pour moi, il est évident qu’ils ne parviendront pas à faire des ennemis de la Turquie et de la Russie, car des facteurs objectifs très puissants poussent à un rapprochement quasi tectonique entre les deux pays. Économiquement, aujourd’hui la Turquie reconstitue son pôle de puissance historique et prend le contrôle économique des Balkans. Comme me le disaient des hommes d’affaires Turcs : «Nous avons pris le contrôle économique de la Grèce, de la Serbie, de la Bulgarie, là nous digérons la Roumanie.» Mais on ne peut pas y être présent politiquement, seulement économiquement car tout le monde se souvient de la domination ottomane et vous les Russes serez notre couverture politique, d’où l’idée que l’on doit aller ensemble vers les Balkans. Vous pourrez les rassurer quant à notre présence économique.

Je suis donc certain que nous allons trouver un accord, avec ou sans Erdogan, car il n’y a pas d’alternative à ce rapprochement, ni pour la Turquie, ni pour la Russie. Je répète encore, la Turquie ne peut pas avancer vers le Sud. La différence par rapport à l’ère ottomane, c’est que les Arabes ont le pétrole. On peut théoriquement imaginer un mouvement vers le Sud, uniquement dans un contexte de guerre saoudo-iranienne ou tout simplement de l’éclatement de l’Arabie saoudite. Dans ce cas, l’Iran pourrait prendre le contrôle des champs pétrolifères majeurs. Bahreïn est une ancienne province de l’Empire perse arrachée par les Anglais au XIXe qui pourrait revenir sous contrôle iranien. En Arabie saoudite, les régions pétrolières sont peuplées de chiites.

Au Yémen habitent de nombreux chiites, reste le Qatar et les Émirats arabes unis qui, seuls, ne feront pas le poids face à l’Iran. Et dans une situation où dans 8, 10 ou 15 ans les Arabes du Golfe seront en faillite, la Turquie pourra étendre sa zone d’influence vers le Sud si elle-même n’est pas dépecée par des puissances extérieures (USA par exemple) où de tels plans existent. La Turquie est dans les petits papiers de l’oligarchie car les États-Unis commencent à soutenir divers mouvements proto-étatiques anti-turcs sur son périmètre (exemple Rojava Kurdistan syrien, Kurdistan irakien…). Il y a divers scénarios possibles, difficile de dire à ce stade lequel l’emportera à ce stade.

Je répète : du point de vue de la rationalité, notre rapprochement avec la Turquie va se poursuivre et s’accélérer

Après la chute de l’URSS le capital industriel de l’Union soviétique s’est effondré et l’espace économique ex-soviétique a commencé à être absorbé ou colonisé par le capital industriel européen et plus récemment chinois. Cela a construit un modèle où la Fédération de Russie est essentiellement réduite au rôle de fournisseur de matières premières pour l’Union européenne et peut-être la Chine. Y-a-t-il une probabilité de nouvelle industrialisation de la Russie comme par exemple dans l’URSS des années 1930, où elle rattrapait rapidement les pays les plus avancés de l’époque ? Quelles sont les mesures à entreprendre dans ce sens ?

Bien sûr, on parle beaucoup en ce moment de politique de substitution des importations en Russie. On parle en réalité de nouvelle industrialisation. Nous avons un exemple juste à côté, le Kazakhstan, qui a commencé une politique d’industrialisation, il y a cinq ans maintenant. Ils annoncent en ce moment même un deuxième quinquennat d’industrialisation et alors que chez nous l’économie faiblit. Au Kazakhstan, elle continue de monter, même s’ils ont dévalué leur monnaie, ce qui indique une décroissance en terme de dollars mais en monnaie nationale, le tenge, la croissance continue. Donc oui, une telle politique d’industrialisation est inévitable, cela sur fond de ralentissement économique chinois, dû à sa propre crise économique interne qui est très forte. Je vais expliquer pourquoi.

J’avais dit qu’aux États-Unis, la crise structurelle était due au fait que les ménages dépensent 3 000 milliards de dollars de plus par an que leurs revenus ne le leur permettent. Ils sont donc obligés de subventionner ces 3300 milliards et, de fait, ils le font par accroissement de leur dette, mais ce mécanisme touche à son terme également. En Chine, cette même crise structurelle se révèle en reflet, mais différemment. La Chine est un pays exportateur et, pour cette raison, elle est très dépendante de la demande externe. La Chine a essayé de se repositionner sur sa demande intérieure mais celle-ci est bien trop insuffisante, d’où une tentative de relance de la demande par le crédit ce qui n’a fait que générer des bulles et une chute sévère des marchés chinois.

Mais même si nous voulons aujourd’hui que les biens et services que la Chine vend sur les marchés extérieurs puissent s’écouler sur le marché intérieur, même en supposant une baisse brutale des revenus des producteurs chinois pour pouvoir vendre à l’interne, il faut subventionner le marché intérieur chinois à hauteur de 2 000 milliards de dollars par an. On voit que le déséquilibre est de 2 000 milliards en Chine, à quoi on ajoute 1 000 milliards pour l’UE ce qui nous donne les 3 000 milliards des États-Unis mentionnés plus tôt. La Chine n’a pas de telles ressources et en plus comme la demande interne ne monte plus et entraîne par là des problèmes au niveau de la génération de profit en Chine, ce pays connaît une fuite des capitaux qui s’élève en décembre 2015 à 300 milliards de dollars.

Si ça continue ainsi, il ne restera plus du tout en Chine de réserves de change, encore immenses hier, à brève échéance. Des 4 000 milliards qu’elle avait, il n’en reste plus que 3 000 et il y en aura de moins en moins. S’ils commencent à bloquer les opérations de change pour stopper cette hémorragie, cela entraînera des problèmes d’une autre nature et je ne suis donc pas certain quant à la possibilité pour la Chine de continuer son expansion avec pour conséquence que la Russie ne sera pas sa colonie de matières premières.

D’ailleurs la Chine n’a pas mené à terme ses achats de pétrole et de gaz chez nous, car elle n’en a tout simplement pas besoin. Tous les grands méga-contrats médiatisés des derniers temps ne sont pas mis en œuvre. Pour ce qui concerne l’industrialisation, c’est le modèle qui doit changer. Si nous appliquons le modèle que commence à appliquer le Kazakhstan en ce moment, il garantit à la Russie pour 10 à 15 ans des taux de croissance entre 5% et 7% par an, en particulier en développant notre infrastructure sur fond de dépression ailleurs dans le monde, une situation analogue à celle des années 1930.

Avec l’écroulement prévisible de l’UE, que penser des zones de libre-échange formée entre l’UE et les pays d’Europe de l’Est, l’Ukraine par exemple. Seront-ils les premiers à tomber ?

Oui, les perspectives de l’UE sont sombres sur la base de paramètres objectifs et non idéologiques. Une bonne image de la crise qui me vient est la suivante : vous êtes pilote d’un avion militaire supersonique, vous décollez et montez à la verticale vers le ciel, moteurs à plein régime, et vous approchez de la stratosphère et puis soudainement la pression dans la chambre de combustion du moteur se met à chuter, la poussée diminue et vous comprenez que vous ne pourrez plus maintenir cette altitude encore longtemps. Deux choix s’offrent à vous : perdre de l’altitude, tomber puis quitter l’avion en parachute en vous éjectant. Ou alors vous pouvez perdre de l’altitude et plus près du sol, à 2 km d’altitude, essayer de rallumer les moteurs et, avec le peu de carburant qui vous reste, essayer de faire un atterrissage en douceur.

Aujourd’hui les États-Unis comme l’Union européenne sont dans la stratosphère. Ils ont monté moteurs à plein régime et s’aperçoivent qu’ils n’ont presque plus de carburant. Ils vont donc chuter. Tous leurs projets d’élargissement de zone d’influence en rendant accessibles leurs marchés arrivent à leur terme aussi. Tous les «miracles économiques» d’après guerre, d’abord en Allemagne de l’Ouest et dans le reste de l’Europe occidentale, ensuite au Japon, à Taïwan et plus tard Singapour, puis le décollage de la Corée du Sud, puis de la Chine populaire avaient été rendus possible pour une seule raison : les États-Unis avaient ouvert leur marché à tous ces pays. Pourquoi pensez-vous qu’en 1945 l’économie américaine pesait plus de 50% de l’économie mondiale, et aujourd’hui seulement 16% à 18% ?

Car les États-Unis ont autorisé ces pays à (re)construire chez eux une industrie, mais orientée prioritairement sur la vente d’abord vers les États-Unis. Toute l’économie contemporaine, ce sont des chaînes de valeurs fermées et dollarisées. Les États-Unis émettent le dollar et les autres pays y écoulent leur production, obtiennent du dollar qu’ils réinvestissent ensuite dans les marchés financiers américains. Voilà le schéma de principe.

C’est ce schéma aujourd’hui qui ne fonctionne plus, car le retour de cet argent se fait à travers la demande aux États-Unis et personne ne sait comment faire pour transférer cet argent des marchés financiers (Wall Street) vers le citoyen américain (Main Street) pour stimuler sa demande solvable. Il ne peut plus s’endetter, car il est saturé au niveau de l’endettement et du crédit qu’il ne pourra jamais rembourser. Et s’il ne le rembourse pas, on ne peut plus lui prêter, et si on ne peut plus lui prêter alors sa demande chute car sa demande est aujourd’hui essentiellement formée par le crédit et non plus par ses revenus réels, voilà. Ce dispositif ne fonctionne plus.

D’où la mort programmée de tous ces projets expansionnistes économiques occidentaux avec la mort du système de l’économie dollar. C’est plus clair maintenant ?

Partie 3

Voir les commentaires

Corbyn alerte sur un retour de la Guerre froide à moins que les frontières ne soient démilitarisées, par Joe Watts

Publié le par Felli Bernard

8
Déc
2016

Corbyn alerte sur un retour de la Guerre froide à moins que les frontières ne soient démilitarisées, par Joe Watts

 

Source : Independent, le 13/11/2016

L’OTAN a annoncé récemment qu’elle allait positionner des milliers de soldats supplémentaires en Europe de l’Est

Joe Watts | Lundi 14 novembre 2016

Jeremy Corbyn lors du Andrew Marr show

Jeremy Corbyn lors du Andrew Marr show

Jeremy Corbyn a attiré l’attention des leaders occidentaux sur la nécessité de démilitariser la frontière entre la Russie et l’Europe de l’Est, pour éviter une nouvelle Guerre froide.

Le leader syndical a précisé qu’il avait des critiques à faire à Vladimir Poutine, mais que l’Ouest devait s’assurer de ne pas amasser des troupes à la frontière russe.

Ceci intervient après que l’OTAN, sur laquelle M. Corbyn a été longtemps critique, ait annoncé un nouveau déploiement en Europe de l’Est à la suite de la tension croissante avec Moscou.

S’adressant au présentateur de la BBC, Andrew Marr, M. Corbyn a affirmé : “J’ai beaucoup, beaucoup de critiques envers Poutine, sur le non-respect des droits de l’Homme en Russie, sur la militarisation de la société. Mais je pense réellement qu’il doit y avoir un processus que nous devons tenter – démilitariser la frontière entre ce que sont les États actuels de l’OTAN et la Russie, afin de séparer ces forces et de les écarter pour ramener une sorte d’apaisement.

“Nous ne pouvons accepter une nouvelle Guerre froide.”

Jeremy Corbyn réagit à la victoire de Trump

En octobre, l’OTAN a révélé qu’elle s’apprêtait à positionner 4000 soldats à la frontière russe en accord avec les États de la Baltique, la plus importante concentration militaire depuis la Guerre froide. Les troupes seront placées sous la responsabilité des nations membres de l’Alliance, notamment le Royaume Uni.

Un responsable de l’OTAN a déclaré : “L’OTAN renforce la dissuasion et la défense à tous les niveaux et ceci constitue un effort continu. Nous prenons des décisions pour renforcer notre présence dans la partie Est de l’Alliance, notamment avec le déploiement de quatre bataillons dans les pays de la Baltique et la Pologne. Et notre fer de lance d’environ 5000 soldats est en haut degré d’alerte, pouvant se déployer très rapidement au sein de toute l’Alliance. Ceci est renforcé par la Response Force de l’OTAN comptant 40 000 soldats, et le personnel militaire des alliés de l’OTAN. Nos forces à l’Est s’entraîneront et collaboreront avec les forces de défense des pays concernés.

M. Corbyn a suggéré dans son entretien que l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, qui comprend la Russie, pourrait remplacer l’OTAN comme un forum pour résoudre les problèmes dans la région.

Durant la campagne électorale, M. Corbyn a suscité la controverse après avoir refusé de reconnaître l’article 5 de l’OTAN, qui oblige les pays à défendre les autres s’ils sont attaqués.

Source : Independent, le 13/11/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

5 réponses à Corbyn alerte sur un retour de la Guerre froide à moins que les frontières ne soient démilitarisées, par Joe Watts

Pour lire les 5 réponses , cliquez sur le lien !!

Voir les commentaires

Paul Magnette à propos du CETA : “Il ne faut pas jouer avec les pieds des Wallons”

Publié le par Felli Bernard

8
Déc
2016

Paul Magnette à propos du CETA : “Il ne faut pas jouer avec les pieds des Wallons”

 

Source : RTBF, 02-12-2016

capture-decran-2016-12-05-a-14-08-57

Voir la vidéo

Le ministre-président wallon menace d’enterrer le traité commercial CETA si âprement négocié entre l’Union européenne et le Canada. La région wallonne s’était entendue avec le gouvernement fédéral pour qu’il consulte la Cour de Justice européenne sur la validité des tribunaux privés qui devraient régler les éventuels conflits, selon les termes même du CETA. Mais, manifestement, le fédéral n’est pas pressé.

Redoutant une manœuvre, Paul Magnette menace d’activer la clause de suspension du traité. ” Je ne cherche pas l’escalade. Je ne cherche pas à ce que l’on ravive le conflit sur le CETA. Nous avons trouvé un accord de bonne fois entre la Région et le gouvernement fédéral. Mais si ce dernier ne respecte pas les engagements qu’il a lui-même signés, alors- je suis désolé- mais on ne peut pas jouer avec les pieds des Wallons. 

Les Wallons n’ont fait aucune bourde

Devant les membres du Cercle de Wallonie ce jeudi midi, le ministre-Président est apparu très remonté, menaçant même. Dans ses propos, il a donc expressément demandé au gouvernement fédéral de demander l’avis de la Cour de Justice européenne.  “C’est hallucinant, on a négocié de bonne foi, tout était écrit noir sur blanc, y compris la demande d’avis à la Cour de Justice et le gouvernement fédéral le sait.

Sur l’idée selon laquelle les wallons auraient laissé passer une close lourde de conséquence, Paul Magnette est catégorique: “Les Wallons n’ont fait aucune bourde. Tout a été relu virgule par virgule, et la démarche devant la Cour de Justice devait être entreprise tout de suite, c’était parfaitement clair. Et aujourd’hui, il y a une volonté du Premier ministre de réveiller des querelles, de remettre de l’huile sur le feu.

La menace d’une suspension définitive du CETA

Paul Magnette ne laisse planer aucun doute sur sa détermination en cas de tergiversation: “Dans ce cas-là, nous activerons la clause de suspension. Je demanderai au parlement wallon de décréter une non-ratification définitive et permanente du CETA. Ce qui aura pour effet une suspension du traité pour les 28 Etats-membres. Quand je négocie de bonne foi, j’espère que les autres font de même. Je suis donc indigné de voir qu’aujourd’hui, on cherche à tordre les textes pour leur faire dire ce qu’ils ne disent pas. Il faut une lecture honnête des textes que chacun a signés et, comme le ministre Reynders s’y est engagé par écrit, et encore oralement hier avec moi, il faut entamer immédiatement la demande d’avis auprès de la Cours de Justice européenne”. 

Source : RTBF, 02-12-2016

8 réponses à Paul Magnette à propos du CETA : “Il ne faut pas jouer avec les pieds des Wallons”

Pour lire les 8 réponses , cliquez sur le lien !!

Voir les commentaires

Le boss de Wells Fargo’s mène le bal des faux-culs, par Dave Lindorff

Publié le par Felli Bernard

8
Déc
2016

Par Dave Lindorff – Le 22 septembre 2016 – Source CounterPunch

Hey, les Américains! Nous allons tous commencer à prendre la responsabilité de ce que nous faisons mal. Nous allons tous commencer à être responsables de nos actions ou de notre inaction.

John Stumpf, PDG de Wells Fargo Bank, l’une des plus grandes banques too big to faildu pays, nous montre le chemin dans ce nouveau monde radieux engagé.

Lorsque le gouvernement a découvert que Wells Fargo Bank avait, depuis 2011, trafiqué son bilan en ouvrant des millions de comptes de cartes de crédit au nom des clients de Wells Fargo, mais derrière leur dos, puis en prenant des frais sur ces comptes, et enfin en taxant, à leur insu, les titulaires des cartes, de frais et d’intérêts de retard pour non paiement des charges indues précédentes, il a infligé à la banque une amende de $185 millions. Mais il n’a pas inculpé les dirigeants de la banque cette fois-ci, alors qu’il l’avait fait précédemment pour le comportement criminel des plus grandes banques du pays – Citibank, Goldman Sachs, Morgan Stanley et JPMorgan Chase.

Mais bon, ce John Stumpf est un gars engagé. Il a dit aux médias et à la Commission sénatoriale permanente des banques qu’il prenait «l’entière responsabilité» pour la fraude gigantesque commise à l’encontre des clients de la troisième plus grosse banque du pays, et dit qu’il était «responsable» de la forte pression mise sur les commerciaux de bas niveau pour qu’ils vendent des produits bancaires – cette pression a conduit plus de 5 000 de ses employés à mettre en place les comptes frauduleux.

Mais voici le pompon : se lever  et dire : «Je prends l’entière responsabilité» et «Je suis responsable» est vraiment facile ! Vous ne devez pas réellement faire quoi que ce soit d’autre et rien ne vous arrive ! En fait, Stumpf, interrogé par une membre de la Commission sénatoriale des banques, Elizabeth Warren – sénatrice démocrate du Massachusetts – a admis qu’il avait gagné $19,3 millions l’an dernier, dont $4 millions de bonus pour avoir supervisé l’opération frauduleuse, cela dans une année où la banque et son conseil d’administration étaient bien conscients qu’une enquête était en cours pour la gigantesque escroquerie. «Prendre ses responsabilités» et être «responsable» n’a apparemment aucune implication réelle, comme, par exemple, démissionner de son poste lucratif de PDG, et encore moins quitter son entreprise. Cela ne semble même pas signifier une réduction de salaire. Joli travail, vraiment !

Mais ce n’est pas vrai pour les milliers d’employés qui ont ouvert les comptes frauduleux. Ils ont tous été virés par la banque, sans aucun doute à la demande de Stumpf. La fiche de paie a subi une ponction substantielle suite à leur comportement criminel, ce que l’on peut qualifier d’une sorte de «prise de responsabilité» pour ce qu’ils ont fait, même s’ils ne l’ont pas fait volontairement.

Mais Stumpf ? Alors qu’il avait clairement détourné les yeux de l’escroquerie pendant cinq ans, jusqu’à ce que les autorités fédérales aient eu vent de celle-ci, et une fois que la fraude fut devenue de notoriété publique, il se leva et dit qu’il «assumait la responsabilité»pour ce qui est arrivé. Non seulement cela. Il a aussi dit qu’il était «responsable» de la fraude. Quel homme !

Cela me fait penser que nous devrions tous commencer à faire ça. Le pays se porterait tellement mieux, si nous étions tous des gens engagés comme Stumpf.

Alors, la prochaine fois que vous êtes arrêté pour excès de vitesse, ne discutez pas avec le flic qui vous est tombé dessus. Il suffit de dire : «Monsieur l’agent, vous avez raison. J’ai commis un excès de vitesse, et je prends l’entière responsabilité. Je serai responsable de mon mauvais comportement sur la route.» Ensuite, remerciez-le et démarrez. Vous avez fait la bonne chose. Sans doute le flic va juste retourner dans sa voiture et chercher d’autres conducteurs imprudents, impressionné par votre volonté de prendre votre responsabilité.

Même chose si vous avez une vérification fiscale de l’IRS et qu’ils vous disent que vous avez sous-estimé votre revenu et réclamé des déductions indues, que vous devez donc au département du Trésor $20 000 en arriéré d’impôts, pénalités et intérêts. Remerciez-les d’avoir pris la peine de vous vérifier et de corriger vos erreurs, dites-leur que vous prenez l’entière responsabilité de celles-ci, assurez-les que vous êtes responsable, puis raccrochez le téléphone. Vous avez fait votre devoir civique. Vous vous êtes engagé et avez pris votre leçon. Vous êtes un citoyen responsable, et vous ne serez sûrement pas dérangé à nouveau par l’IRS.

Les criminels violents pourraient faire la même chose. Disons que vous avez tué un employé de magasin, lors d’une tentative ratée de voler la caisse. Lorsque vous êtes devant le tribunal, ne plaidez pas innocent, prenez tout de façon insouciante et exigez un procès devant un jury. Vous savez que vous l’avez fait. Je ne dis pas que vous devez plaider coupable. John Stumpf n’a pas fait cela, après tout. Juste comme Stumpf, dites au magistrat lors de votre mise en accusation : «Votre honneur, je prends toute la responsabilité pour cette assassinat. Je suis responsable.» Vous pouvez même dire que vous suivez l’exemple du célèbre banquier John Stumpf. Alors attendez-vous, comme Stumpf, à être autorisé à poursuivre votre chemin en continuant votre vie de criminel. Quel juge de bon sens pourrait être en désaccord ?

Si John Stumpf peut gérer une banque qui n’est rien d’autre qu’un syndicat criminel et ensuite se lever, prendre la responsabilité, et continuer ses escroqueries sans avoir à payer même une amende, pourquoi ne devrions-nous pas tous être en mesure de faire la même chose chose, quand nous sortons des clous et sommes pincés à faire quelque chose d’illégal ou de vil ?

D’autres banques ont fait à peu près la même chose, donc on ne peut pas dire que c’est une idée nouvelle. Rien que l’an dernier, le ministère de la Justice a chargé cinq autres grandes banques, Citibank, JPMorgan Chase, Barclays PLC, Royal Bank of Scotland et UBS, avec le crime de fraude pour avoir manipulé illégalement les marchés monétaires internationaux – apparemment, Wells Fargo était trop occupé à frauder ses propres clients pour participer à la fête. Les cinq banques ont plaidé coupable, et payé collectivement $2 milliards d’amendes. Mais, alors que les principaux dirigeants ont tous «pris leur responsabilité» pour les crimes de leurs institutions, ils n’ont personnellement pas payé d’amendes ou fait de la prison, ni même perdu leur emploi. En fait, après que sa banque, en mai 2015, a plaidé coupable pour alléger sa peine – rappelez-vous que les sociétés sont aussi des gens – le PDG de JPMorgan Chase et le président Jamie Dimon ont obtenu une augmentation de $7 millions pour l’année par le conseil d’administration qu’ils président, augmentant leur salaire de 35% jusqu’à $27 millions, par rapport à $20 millions en 2014. Oh, attendez ! Dimon n’a jamais pris de responsabilité pour le comportement criminel de la banque. Il a reporté tout cela sur un lampiste. Tant pis.

uchisori_81copy_zpsa91b3dfe

Peut-être que ce dont nous avons vraiment besoin est l’ancien système traditionnel japonais, où la conséquence de la prise de responsabilitéd’une fraude d’entreprise consistait à enfoncer un poignard de samouraï dans son intestin en le tournant un peu. Ils pourraient même en distribuer aux nouveaux diplômés de MBA.

Dave Lindorff est membre fondateur de ThisCantBeHappening!, un journal en ligne collectif, il a contribué aussi à Hopeless: Barack Obama and the Politics of Illusion (AK Press).

2 réponses à Le boss de Wells Fargo’s mène le bal des faux-culs, par Dave Lindorff

Pour lire les 2 réponses ,cliquez sur le lien !!

Voir les commentaires

Le président-élu tweete, Boeing s’enrhume

Publié le par Felli Bernard

Le président-élu tweete, Boeing s’enrhume

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   Forum

Il y a 3 commentaires associés à cet article. Vous pouvez les consulter et réagir à votre tour.

   Imprimer

Le président-élu tweete, Boeing s’enrhume

06 décembre 2016 – ... J’exagérais peut-être, mais à peine ... Bon, je me suis dit, pour le titre : “ne parlons pas d’effondrement mais certainement une poussée d’un bon rhume d’une trouille galopante, si vous voulez une rhinite allergique, comme on dirait ‘allergique au Tweet-Trump’ comme d’autres disent qu’ils sont allergiques au pollen”... Les valeurs de Boeing Aerospace ont donc brusquement chuté à la réouverture de Wall Street, selon la nouvelle donnée par ZeroHedge.com le 6 décembre à 09.06 PM, après que Trump ait tweeté, le 6 décembre à 02.52 PM :

« Boeing est en train de fabriquer un nouveau 747 Air Force One pour les futurs présidents , mais les coûts sont hors de contrôle, plus de 4 $milliards... Qu’on annule la commande ! » (« Boeing is building a brand new 747 Air Force One for future presidents, but costs are out of control, more than $4 billion. Cancel order! »)

Cette auguste publication (dedefensa.org) avait déjà signalé, avec le cas Farage/ambassade UK à Washington D.C., quels effets & conséquences pouvaient avoir les tweets du président-élu, annonçant, ou souhaitant, ou menaçant, ou évoquant telle ou telle décision, – qui le sait, justement ?, – et là justement se trouve l’enjeu très particulier de cette pratique inédite dans l’expression du président-élu. Parce que, enfin, nul ne sait s’il s’agit d’une annonce, d’un souhait, d’une menace ou d’une simple évocation ; et Boeing, lui, le malheureux, ne sait pas s’il ne doit pas s’attendre, après le 20 janvier 2017, à l’annulation de la commande prestigieuse et infiniment coûteuse du nouvel avion si nécessaire au POTUS pour maintenir la présence hégémonique et exceptionnaliste des USA... Qui irait si bien au teint du président Trump, mais vraiment infiniment coûteuse

(Bien, le nouveau Air Force One coûtant le prix d’un porte-avions il y à peu près deux décennies, – tant il est vrai qu’entretemps, bien entendu, les porte-avions ont de leur côté grimpé de $4-$5milliards à $15-$20 milliards, sinon $25 milliards, out-of-control également… Et encore, par pudeur je me force à ne pas évoquer le JSF, comme je ne le fais pas à l’instant en écrivant ce que j'écris, comme si l’on ne pouvait pas s’attendre à ce que The-Donald tombe par hasard sur une note ou un article à ce propos et proclame-tweete “qu’on abandonne illico ce programme pourri et qui pue !”...)

Trump va-t-il poursuivre cette pratique, surtout lorsqu’il sera devenu président si cela se fait effectivement ? (Avec une hypocrisie consommée et sans doute un éclat de rire rentré, il a déjà tweeté [le 5 décembre] “c’est de votre faute si je tweete, pas de la mienne” : « If the press would cover me accurately & honorably, I would have far less reason to "tweet." Sadly, I don't know if that will ever happen! ») Comme on l’observe, le résultat de ce comportement absolument inédit, qui s’apparente à une sorte de simulacre d’irresponsabilité tout en gardant en réserve les pouvoirs présidentiels qui constituent l’extrême de la responsabilité, c’est le fameux “la discorde chez l’ennemi” qui est semé ; cela, par le désordre et l’incertitude injectés par petites doses habiles et peu amènes, du type torture chinoise, dans le Système qui est selon moi l’ennemi en question ; désordre & incertitude pour son propre chef, qui sont les deux choses les plus horribles qui puissent exister pour le Système qui n’aime rien tant, lui, que semer désordre & incertitude chez ceux qu’il attaque.

Bien entendu, les actions Boeing vont remonter si ce n'est déjà fait, on va préparer un dossier épais et d’un poids considérable pour démontrer 1) que le nouveau Air Force One est absolument nécessaire, et 2) que les coûts ne sont pas du tout hors de contrôle, qu’ils ont simplement quadruplé, ou quintuplé ou l’on ne sait quoi, parce que c’était raisonnablement inévitable du fait du coût des technologies, des délais de livraison, des maladresses des sous-traitants, du prix du caoutchouc, de l’âge du capitaine... Tout s’apaisera jusqu’à ce qu’un jour très-proche, à nouveau, Trump tombe sur le prix et tweete à nouveau, et peut-être sans effet de sa part, ou bien peut-être suivi effectivement d’une décision d’annulation.

Je disais à l’instant à un interlocuteur bien à propos, justement à propos de ce tweet : “Trump, c’est le fou du roi !”, et il me rétorque aussi sec “Oui, mais qui est à la fois le fou du roi et le roi”, ce qui me conduit à compléter pour essayer d’avoir le dernier mot : “Et en plus, le roi n’est pas fou”... Tout cela est on ne peut plus juste et vrai. Le Système déteste ces choses-là, il est capable de nous faire une nervous breakdown.

Voir les commentaires

Notre Siècle est Celui de l’Eurasie, et ça ne peut plus être Évité

Publié le par Felli Bernard

silk-road1-1024x528

Notre Siècle est Celui de l’Eurasie, et ça ne peut plus être Évité

Le siècle eurasien est maintenant imparable. William Engdahl qui rentre d’un long voyage dans cette zone du monde rend compte ici des progrès gigantesque réalisés. Nous connaissons le projet pharaonique de la route de la soie, dont le nom a changé, vous le verrez ci-dessous. Cet article donne des indications détaillées sur l’avancement des progrès de l’OBOR, nouveau nom de la route de la soie, pour ceux qui s’y intéressent.

Nous devrions tous en fait nous y intéresser, et en tous cas nous en réjouir, car cela porte un coup majeur fatal à l’hégémonie américaine, et c’est un atout capital pour le monde multipolaire qui nous libère du joug étasunien. Nous savons qu’un impérialisme mondial dirigé par les intérêts bancaires internationaux existe toujours, mais la puissance américaine est maintenant comme un vieux lion décharné qui a perdu les trois quarts de ses dents même s’il veut encore mordre.

Il est évident que pour nous, Français, ne pouvons que nous réjouir de la perte rapide de pouvoir de domination sur l’Europe, qui fera assurément réfléchir à deux fois les atlantistes complices, tant des médias déférents que les politiciens traîtres à nos Nations malmenées.

En Syrie, en Ukraine, en Libye, en Irak et maintenant avec les provocations de la mer de Chine méridionale contre la Chine, les guerres idiotes des faucons de guerre de Washington et de leur industrie militaire ne vont pas arrêter ce qui est maintenant clairement le projet le plus impressionnant et le plus économiquement en évolution.

Le terme « American Century », le siècle américain, a été triomphalement proclamé dans un éditorial célèbre du magazine Life en 1941 dans la première phase de la Seconde Guerre mondiale, avant même que les États-Unis ne soient entrés en guerre, pour décrire la domination du monde d’après guerre avec la chute de l’Empire britannique rival.

Le siècle américain n’a pas duré cent ans, mais a duré seulement sept décennies si nous datons à partir de la fin de la guerre. Son bilan a été celui d’un échec lamentable. La base industrielle des États-Unis, principale nation industrielle dominante et premier innovateur scientifique, est aujourd’hui une coquille crevassée et pourrie avec des villes en plein essor comme Detroit ou Philadelphie ou Los Angeles qui sont maintenant des ghettos brûlés squattés de chômeurs et de sans-abri.

La dette fédérale des États-Unis, en raison des guerres sans fin que ses présidents s’engagent, ainsi que les sauvetages infructueux des banques de Wall Street et des entreprises parrainées par le gouvernement comme Fannie Mae, est bien plus de 103% du PIB avec un montant de 19,5 billions de dollars, Plus de 163 000 $ par contribuable américain, et Washington ajoute à la dette cette année près de 600 milliards de dollars. Des pays comme la Chine et la Russie s’éloignent et refusent de subventionner cette dette qui se développe à un rythme record.

Les infrastructures économiques de base américaines – ponts, égouts, usines de traitement de l’eau, réseaux électriques, chemins de fer, autoroutes – ont été négligées pendant plus de quatre décennies pour diverses raisons. La société américaine d’ingénieurs civils a récemment estimé que le produit intérieur brut sera réduit de 4000 milliards de dollars entre 2016 et 2025 en raison de la perte de ventes des entreprises, la hausse des coûts et la baisse des revenus si le pays continue à sous-investir dans son infrastructure. C’est en plus du fait qu’ils estiment que le pays a besoin d’urgence d’un nouvel investissement en infrastructures de 3,300 milliards de dollars d’ici la prochaine décennie pour le renouveler.

Pourtant, les États américains et les villes ne sont pas en mesure de financer un tel investissement dans la situation actuelle de la dette, ni le gouvernement fédéral endetté par la dette, tant qu’un cartel de banques et de fonds financiers corrompus de Wall Street collecte une rançon. C’est le crépuscule pour le siècle américain, une expérience impériale mal dissimulée dans l’hubris et l’arrogance par une troupe de vieux patriarches ennuyeux comme David Rockefeller et ses amis à Wall Street et dans l’industrie militaire. C’est le contraste le plus flagrant de ce qui se passe à l’Est, à travers toute l’Eurasie d’aujourd’hui.

La pensée à transformer

Le siècle eurasien est le nom de l’émergence économique des pays contigus de la Chine à travers l’Asie centrale, la Russie, la Biélorussie, l’Iran et potentiellement la Turquie. Ils sont intégralement liés à travers les plus grands projets d’infrastructure publique de l’histoire moderne, en fait les plus ambitieux jamais, en grande partie concentrés sur l’initiative 2013 par le président chinois Xi Jinping appelé l’initiative One Belt, One Road ou OBOR.

Le projet et ses implications pour l’Europe et le reste de l’économie mondiale ont été si bien accueillis à l’ouest avec un silence de pierre qui défie l’explication. Il est clair en voyant cela que nos pays, Europe en tête, n’ont rien compris des changements majeurs géopolitiques qui reforment l’économie mondiale.

Cela fait maintenant trois ans que le nouveau président chinois Xi Jinping a fait une de ses premières visites étrangères au Kazakhstan où il a discuté de l’idée de construire un réseau vaste et moderne de trains à grande vitesse. Ce réseau traverse le vaste espace terrestre eurasien de La côte du Pacifique de la Chine et la Russie à travers l’Asie centrale en Iran, dans les états de l’Union économique eurasienne, principalement la Russie et potentiellement sur les États sélectionnés de l’Union européenne. Cette proposition initiale a été dévoilée en détail l’an dernier par la Commission nationale pour le développement et la réforme (NDRC), l’organisation chinoise de planification économique et les ministères des Affaires étrangères et du Commerce.

Il est utile de regarder de plus près ce qui s’est passé à ce jour. Il révèle les développements les plus impressionnants, plus parce que le processus de développement est créatif et organique. Le grand projet n’est pas un plan simple fait par le Comité central du Parti communiste de la Chine et puis simplement imposé, par le haut, aux 60 pays de l’Eurasie et l’Asie du Sud-Est. Un tiers des pays de la planète !

Une conférence internationale a récemment eu lieu à Xi’an, origine de la version ancienne de One Belt, One Road, à savoir la Route de la Soie qui était le nom donné jusqu’ici. Le but du rassemblement international était de passer en revue ce qui a été fait jusqu’ici.

Le 26 septembre, le séminaire intitulé Belt and Road Initiative : Mémoire partagée et développement commun a réuni plus de 400 participants de plus de 30 pays, y compris des représentants du gouvernement, des universités, des entreprises, des groupes de réflexion et des médias.

Un rôle clé est joué par Renmin University de l’Institut Chongyang Chinois pour les études financières pour identifier les progrès et les problèmes du projet OBOR. Leur rapport dans Xi’an a présenté les principes qui sous-tendent le projet international OBOR: Il adhère aux principes de la Charte des Nations Unies; Il est tout à fait ouvert aux nouvelles nations participantes pour coopérer; Il suivra les règles du marché et cherchera à bénéficier mutuellement aux pays participants.

Ce sont de nobles paroles. Ce qui est plus intéressant est le processus en cours pour réaliser de tels mots et pour construire l’infrastructure gigantesque.

Notamment, la Chine avec Xi Jinping a décidé d’encourager l’apport de sources autres que l’agence de planification centrale de l’Etat ou le Parti communiste pour l’OBOR. Il a encouragé la création de groupes de réflexion privés et indépendants pour devenir une source de nouvelles idées et approches créatives. Aujourd’hui, il y a un groupe de coopération chinoise « Cooperation Alliance » qui coordonne les efforts autour de l’OBOR dirigé par le doyen de l’Université Renmin. À leur tour, ils collaborent avec des think tanks le long de la route OBOR, y compris des groupes de réflexion en Iran, en Turquie, en Inde, au Népal, au Kazakhstan et dans d’autres pays.

Il y aura deux routes principales de l’OBOR. Sur la terre il y a plusieurs itinéraires ou corridors dans le travail. L’Initiative mettra l’accent sur la construction conjointe de ce qu’on appelle un nouveau pont terrestre eurasien de la Chine via le Kazakhstan à Rotterdam. D’autres corridors ferroviaires terrestres OBOR comprennent les corridors économiques Chine-Mongolie-Russie, Chine-Asie centrale-Asie occidentale, Chine-Pakistan, Bangladesh-Chine-Inde-Myanmar et Chine-péninsule Indochine.

Elle s’appuiera sur les axes routiers internationaux, en s’appuyant sur les villes centrales le long de la route OBOR et en utilisant les principaux parcs industriels économiques comme « plates-formes de coopération ». En mer, l’Initiative se concentrera sur la construction conjointe de liaisons de transport lisses, Le port de Kuala Lumpur en Malaisie au passage du détroit de Malacca, Calcutta en Inde, Nairobi au Kenya et via le canal de Suez à Athènes et au-delà . Il est crucial que les parties terrestres et maritimes de l’OBOR soient considérées comme un système circulatoire entier ou comme un flux de commerce.

L’Initiative OBOR reliera les principaux ports eurasiatiques à l’infrastructure ferroviaire et pipelinière intérieure d’une manière qui n’a pas été vue auparavant

À ce jour, la Chine a signé des protocoles d’accord avec 56 pays et organisations régionales concernant OBOR. Depuis sa proposition initiale en 2013, le Président Xi Jinping a personnellement visité 37 pays pour discuter de la mise en œuvre de l’OBOR. Le China Railway Group et la China Communications Construction Company ont signé des contrats pour des routes clés et des ports dans 26 pays. Des centrales électriques, des installations de transport d’électricité et des oléoducs et gazoducs, couvrant 19 pays le long de la « Ceinture et Route » dans quelque 40 projets énergétiques ont commencé. China Unicom, China Telecom et China Mobile accélèrent les projets de transmission transfrontalière dans les pays du « Belt and Road » pour développer l’infrastructure internationale de télécommunication.

Déjà, en prenant toutes les routes maritimes et terrestres de l’OBOR, quelque 3000 milliards de dollars du commerce de la Chine depuis juin 2013 ont parcouru la route, soit plus d’un quart du volume commercial total de la Chine. À ce jour, la Chine a également investi plus de 51 milliards de dollars dans les pays le long de la route OBOR actuelle. Les nouvelles routes terrestres réduiront considérablement les coûts de transport en Eurasie, permettront aux régions anciennement isolées de se connecter efficacement aux marchés maritimes et terrestres et déclencheront une croissance économique extraordinaire dans toute l’Eurasie.

Les effets de l’OBOR commencent déjà à apparaître. Plus tôt cette année, un navire porte-conteneurs iranien est arrivé au port de Qinzhou en Chine avec 978 conteneurs de plusieurs pays le long de la route de la soie maritime du XXIe siècle ouvrant la première route maritime reliant le Moyen-Orient et le golfe de Beibu ou le golfe du Tonkin en vietnamien. En février 2016, un train de conteneurs avec des marchandises chinoises n’a pris que 14 jours pour achever le parcours de 5 900 km (9 500 km) depuis la province orientale du Zhejiang en passant par le Kazakhstan et le Turkménistan. Cela a été 30 jours plus court que le voyage en mer de Shanghai vers le port iranien de Bandar Abbas, selon le chef de la compagnie ferroviaire iranienne.

La Chine et l’Iran, maintenant formellement partie de l’OBOR, ont ciblé le commerce bilatéral, excluant les dollars américains, pour dépasser 600 milliards de dollars dans la décennie à venir.

La Chine est actuellement en pourparlers avec 28 pays

La Chine est en pourparlers avec 28 pays dont la Russie, sur des projets ferroviaires à grande vitesse avec le constructeur chinois de trains.

Il comprend un important joint venture Chine-Russie de 15 milliards de dollars Kazan à grande vitesse à la ligne de Moscou. Les 770 kilomètres de voie entre Moscou et Kazan, la capitale du Tatarstan russe, réduiront le temps de passage de 12 heures à seulement 3,5 heures. La Chine a accepté d’investir 6 milliards de dollars dans le projet qui deviendrait une partie d’un train à grande vitesse de 100 milliards de dollars entre Moscou et Pékin.

Notamment, pour la nouvelle voie à grande vitesse, la Chine développe une nouvelle génération de trains capables d’atteindre des vitesses de 400 kilomètres à l’heure. Et les nouveaux trains vont résoudre le coûteux problème de commutation de jauge ferroviaire entre les rails de la Chine et le russe. Les trains en Russie circulent sur une piste de 1520 mm, par rapport à la piste plus étroite de 1435 mm utilisée en Europe et en Chine. Jia Limin, responsable du programme chinois d’innovation ferroviaire à grande vitesse, a déclaré à China Daily: « Le train … aura des roues qui peuvent être ajustées pour s’adapter à différentes jauges sur les voies d’autres pays, par rapport aux trains qui doivent maintenant changer de roues Avant d’entrer dans les systèmes étrangers ». Étant donné sa stratégie de construction de milliers de kilomètres de chemins de fer à grande vitesse et le développement de sa fabrication de chaussettes chinoises nationales ainsi que d’autres technologies ferroviaires, la Chine est aujourd’hui le premier producteur mondial de technologie ferroviaire.

Financement

La Banque chinoise de développement, la Banque d’exportation et d’importation de Chine, la Banque asiatique d’investissement pour l’infrastructure en Asie, la BRICS New Development Bank et d’autres sources, dont le Silk Road Fund vont financer l’énorme entreprise. Le Fonds de la Route de la Soie a débloqué 40 milliards de dollars pour financer les projets OBOR. Jusqu’à près d’un quart de billion de dollars américains d’argent prêt et un autre demi milliard de capital de roulement institutionnel supranational est raisonnablement à portée de main.

Transformation géopolitique

L’initiative One Belt, One Road de Xi Jinping et les partenaires eurasiens, en particulier la Russie, a également des dimensions stratégiques d’importance majeure. La construction de nouveaux couloirs d’infrastructure s’étendant à travers la masse continentale eurasienne sous la forme d’autoroutes, de chemins de fer, de parcs industriels et de pipelines de pétrole et de gaz, OBOR relie pour la première fois dans l’ère moderne des régions enclavées de l’arrière- Avec les ports de mer. Relier les principaux pôles industriels eurasiatiques aux ports avec un transport efficace révolutionnera la connectivité des produits industriels de l’arrière-pays et des matières premières de toutes sortes. Les terres russe et eurasienne, y compris la Chine, contiennent peut-être la plus riche concentration inexploitée de toutes les matières premières connues.

Le projet de pipeline, d’une longueur de 2400 km, a été achevé, reliant le port d’eau profonde du Myanmar à Kyaukphyu, sur l’île Maday, dans la baie du Bengale, à Kunming, dans la province du Yunnan, au sud-est de la Chine, près de la frontière du Myanmar. Il s’agit d’un projet conjoint de la Banque chinoise de développement et de la Banque d’investissement étranger du Myanmar. Le nouveau pipeline permet à la Chine d’importer jusqu’à 400 000 barils par jour de pétrole au Moyen-Orient sur une route 1100 km plus courte que la précédente route maritime du détroit de Malacca, ce qui réduit le temps nécessaire pour atteindre la grande ville industrielle de Kunming de 30% Et en évitant le point stratégique d’étouffement du détroit de Malacca où la sixième flotte de la Marine américaine domine.

Auparavant, 80% des importations chinoises de pétrole et de gaz traversaient le détroit de Malacca et étaient soumises aux contrôles américains.

Si les tensions croissantes entre Washington et la Chine par rapport à la mer de Chine méridionale ou d’autres problèmes s’intensifiaient, la Chine serait mise à genoux comme le Japon avant de déclarer la guerre en 1941, lorsque les États-Unis ont imposé un embargo sur son pétrole. Une deuxième canalisation apporte du gaz naturel des champs gaziers du Qatar et du Myanmar à la Chine.

L’OBOR comprend des oléoducs et des gazoducs qui réduisent le temps et la distance aux importations de pétrole et de gaz au Moyen-Orient

La Chine versera 53 milliards de dollars au Myanmar en redevances pipelinières sur 30 ans. Ils investiront également 25 millions de dollars dans la scolarisation et d’autres projets de développement social le long du pipeline et 10% du gaz resteront en Birmanie.

Mackinder débordé ?

L’ensemble de la stratégie derrière la réalisation de Xi Jinping d’Eurasian One Belt, un chemin de fer, initiatives en mer et pipeline, qui se déplace tranquillement et d’une façon impressionnante vers son but, est en train de transformer la carte géopolitique mondiale. En 1904, un géographe britannique, sir Halford Mackinder, un fervent champion de l’Empire britannique, a dévoilé un concept brillant dans un discours à la London Royal Geographical Society intitulé le pivot géographique de l’histoire.

Cet essai a façonné à la fois la stratégie globale britannique et américaine de l’hégémonie et de la domination au présent. Elle a été complétée par le travail de l’Amiral Alfred Thayer Mahan en 1890, intitulé The Influence of Sea Power on History, qui préconisait la « puissance maritime », affirmant que les nations dominées par les mers, comme l’Empire britannique ou plus tard aux États-Unis, domineraient le monde.

Conclusion

Le One Belt, One Road, en reliant toutes les régions continentales contiguës de l’Eurasie au réseau connexe de ports stratégiques nouveaux ou agrandis de la Route Maritime de la Soie d’OBOR, a porté à la stratégie géopolitique américaine un coup dévastateur à un moment où l’hégémonie de l’Amérique Échoue comme jamais dans son histoire courte.

Le siècle eurasien aujourd’hui est inévitable et imparable. Construit sur des principes différents de la coopération plutôt que la domination, il pourrait juste offrir un modèle pour les États-Unis en faillite et l’Union européenne bientôt en faillite, pour construire la vraie prospérité non basée sur le pillage et l’esclavage de la dette.

William Engdahl-Algarath

Voir les commentaires

Chine : conflit dans le domaine de l’approvisionnement en combustible nucléaire

Publié le par Felli Bernard

Chine : conflit dans le domaine de l’approvisionnement en combustible nucléaire

229751.jpg
Par la rédaction et l'Ambassade de France en Chine

La Chine se positionne incontestablement parmi les pays les plus importants du nucléaire civil à l’échelle internationale : elle figure au premier rang en termes de nombre de réacteurs en construction et au troisième rang en nombre de réacteurs en exploitation et en construction.

Toutefois, il est important de constater que les réacteurs chinois actuellement en exploitation, sauf la tranche Qinshan I, ont recours aux assemblages de combustible sous licence de fabricants étrangers.

Les acteurs chinois ont importé des lignes de fabrication et en ont réalisé la sinisation sur le plan technologique, mais ils ne sont autorisés à fournir leurs produits qu’aux centrales nucléaires situées sur le territoire chinois. Leur exportation n’est pas admise.

Dans ce contexte, le développement d’assemblages de combustible nucléaire dotés de droits de propriété intellectuelle chinoise a été engagé, mais n’a pas encore donné lieu à une application industrielle.

Les activités de fabrication du combustible sont fort rentables : 100 millions de dollars américains pour le premier chargement du combustible pour un nouveau réacteur, et 30 millions de dollars américains en moyenne pour son rechargement chaque année.

Dans le cadre du programme chinois de l’électronucléaire en 2020, le montant d’achat des assemblages de combustible serait considérable : une estimation de 6 milliards de dollars américains pour le premier chargement du combustible et de 11,2 milliards de dollars américains dédiés au rechargement pour le parc nucléaire chinois chaque année.

La CNNC est la seule entité chinoise disposant de l’habilitation à exercer l’ensemble des activités du cycle du combustible. Sa filiale « China Nuclear Fuel Corporation » est l’acteur unique assurant le rôle intégré de fabricant, de fournisseur et de prestataire de services dans le domaine du combustible nucléaire en Chine. Ses activités couvrent la fabrication, le transport, la commercialisation, la réalisation de projets, la R&D et le transfert de technologie.

Selon une personne de la CGN, bien que celle-ci soit le plus important électricien nucléaire chinois, comme elle n’est pas habilitée ni à exploiter des mines d’uranium ni à fabriquer des assemblages de combustible, des frictions avec la CNNC sont assez fréquentes notamment sur le prix et les services dans un contexte où le prix de l’uranium est en baisse sur le marché international.

Cette situation a conduit la CGN à préparer son entrée sur le marché du combustible nucléaire. En 2008, sa filiale « Uranium Resources Co., Ltd » a été autorisée à importer et à exploiter des combustibles nucléaires, ouvrant ainsi la première piste d’approvisionnement en combustible par la voie internationale.

La CGN a engagé depuis 2006 une coopération avec Kazatomprom dans le domaine de l’exploitation de gisements d’uranium et de la livraison de l’uranium naturel. Elle a également effectué des investissements dans le domaine de l’extraction de l’uranium en Afrique et en Australie.

En matière de fabrication d’assemblages de combustible, la CGN a signé en décembre 2015 avec Kazatomprom un accord portant sur la construction d’une usine au Kazakhstan.

En parallèle, elle a déposé auprès de l’autorité compétente une demande d’habilitation pour exercer les activités de l’amont du cycle sur le territoire chinois.

 

La CNNC est dotée de deux usines de fabrication d’assemblages de combustible : l’usine de Yibin, qui alimente les réacteurs de Daya Bay, de Ling Ao, de Qinshan, de Tianwan, de Hongyanhe, de Yangjiang et de Chashma au Pakistan et l’usine de Baotou, qui est le fournisseur des réacteurs du Candu et du HTR ainsi que des AP1000.

Selon une source proche du dossier, la CAEA a proposé en 2012 la prise de participation par la CNNC et la CGN dans les deux usines afin d’atténuer la concurrence entre elles.

Finalement, la CNNC et la CGN ont trouvé un compromis consistant à financer ensemble la mise en place d’un nouveau parc de combustible nucléaire en amont.

Pour des raisons historiques, les activités de la CNNC de combustible nucléaire en amont sont dispersées et réparties sur 5 provinces reculées. Cette situation a amené la CNNC à envisager la construction d’un nouveau parc situé dans les régions côtières orientales afin de réduire les coûts de revient.

Un site à Jiangmen dans le Guangdong a été sélectionné pour réaliser le projet. Ce dernier a été annulé en juillet 2013 suite à des protestations du public, ce qui a causé la suspension de la collaboration entre la CNNC et la CGN.

Dans cette optique, le site de Cangzhou dans le Hebei a été envisagé par la CNNC mais n’intéresse pas la CGN, probablement pour des raisons géographiques.

La CNNC a insisté pour réaliser avec la CGN une usine de combustible dans le Guangdong mais la CGN a préféré être indépendante.

Selon un expert chinois en géologie d’uranium, les autorités de tutelle sont divisées sur le maintien de l’exclusivité par la CNNC des activités en amont.

En effet, les activités de combustible nucléaire font partie d’un système à usage civilo-militaire sous la tutelle de la CAEA/SASTIND, mais la construction intensifiée de centrales nucléaires a permis à la NEA d’intervenir dans le domaine de l’électronucléaire et de renforcer davantage son rôle.

La CAEA/SASTIND estime que les activités de combustible nucléaire font partie des domaines stratégiques et qu’ils doivent être gérés par la CNNC dans une perspective d’intégration civilo-militaire.

Quant à la NEA, elle accorde son soutien à la CGN pour l’ouverture d’un marché d’approvisionnement en combustible.

Le projet de mise en place d’un parc de combustible nucléaire n’a pas beaucoup avancé, mais la CNNC et la CGN ont enregistré des progrès importants sur le plan technologique dans le domaine du développement autonome d’assemblages de nucléaire, motivant la CGN à se mettre en compétition avec la CNNC.

A l’issue de l’irradiation, les assemblages CF2 et CF3 développés par la CNNC seront prêts à être utilisés dans le Hualong 1 en Chine et à l’étranger.

Quatre assemblages « STEP-12 » et quatre échantillons « CZ » en alliage de zirconium développés par la CGN seront irradiés dans la tranche 1 de Ling Ao II et pourront être dédiés aux réacteurs CPR1000 et au Hualong 1.

Pour le Hualong convergé, il serait possible d’avoir recours à deux types d’assemblages de combustible différents.

La SPIC, le 3ème électricien nucléaire chinois, collabore avec la CNNC pour siniser la fabrication d’assemblages de combustible dédiés au réacteur AP1000.

Les assemblages de prototype pour le CAP1400 ont été mis au point par le SNERDI et fabriqués à l’usine de Baotou de la CNNC.

Dans le cadre de la réforme des entreprises publiques, la CNNC a invité les électriciens nucléaires chinois à envisager la mise en place d’une société par actions de combustible. La CGN n’a pas répondu positivement à cet appel.

Dans cette perspective, le monopole du marché chinois d’approvisionnement en combustible nucléaire risquerait d’être brisé dans un très proche avenir grâce aux efforts de lobbying de la CGN.


Cet article est un résumé d'articles parus dans la presse chinoise. Il n'engage en aucun cas ni la responsabilité de l’Ambassade de France en Chine, ni celle de son Service nucléaire.

Crédit photo : METAYER MARC 

Voir les commentaires