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Mikhail Khazine : 2016, année de la Grande Rupture 1/5

Publié le par Felli Bernard

Mikhail Khazine : 2016, année de la Grande Rupture 1/5


Par Mikhail Khazine − 18 juin 2015

khazine

Mikhail Léonidovitch Khazine est un économiste russe, statisticien, publiciste, journaliste, contributeur médiatique TV et radio. Il est l’un des principaux animateurs des programmes Dialog sur RBK et Économie à la russe sur RSN. Il est aussi l’auteur de nombreux articles dans les revues Profil, Expert et Odnako. Il est aussi membre permanent du Club d’Izborg et du Conseil eurasien international et président du Conseil d’études économiques.

 

Ce texte est tiré d’une conférence de Mikhail Léonidovitch Khazine en Transnistrie, traduite par une chaîne Youtube Azimuth Azimuth. Le texte est ici remanié pour le rendre plus lisible et plus structuré.

J’ai fait mes études à la Faculté mécanico-mathématique de l’Université de Moscou, complétées en 1984. Je me suis spécialisé en théorie des probabilités et j’ai travaillé en statistique mathématique. Quand la crise a commencé en URSS en 1989, je démarrais un travail dans le domaine des statistiques à l’Institut d’études économiques du GosKomStat (Office national des statistiques de l’URSS), où j’ai travaillé jusqu’en 1993. En 1992, j’ai aussi eu l’occasion de travailler dans une banque commerciale, cette dernière expérience étant peu intéressante en réalité, vu le contexte de ce temps-là. Et à partir de 1993, j’ai travaillé comme haut fonctionnaire d’État, notamment au ministère de l’Économie à partir de 1994. Finalement, en 1997-1998, j’ai intégré l’Administration présidentielle, en tant que responsable de la Direction économique du Président de la Russie. À l’été 1998, avant la grande crise du défaut de la dette russe, suite à un sévère désaccord avec l’équipe du ministre Choubais, j’ai quitté mes fonctions.

Dès lors, j’ai exercé en tant que consultant et j’ai parallèlement mené des recherches sur les origines de la crise russe de 1998. Et ces recherches m’ont amené moi, ainsi que mes associés, au développement d’une théorie qui décrit la crise actuelle. J’expliquerai plus loin pourquoi nous pensons que notre théorie est bien meilleure que celle qui est en vogue en Occident aujourd’hui.

D’abord, venons-en au commencement logique, c’est-à-dire expliquons comment est construite l’économie contemporaine. Autrement il serait impossible d’expliquer ce qui est en train de se passer aujourd’hui, là, sous nos yeux. Encore quelque chose d’important. On me pose de nombreuses questions concernant le cas concret de votre région, la Transnistrie. Ces questions sont souvent purement techniques : faut-il dévaluer votre monnaie ou non, comment organiser les dépenses sociales etc. Mais aujourd’hui, le problème est qu’il n’existe pas de réponse unique à ces problèmes. Pour une raison fort simple : le modèle économique est en train de changer sous nos yeux, à l’échelle planétaire.

Si nous regardons le cas de la Russie, à partir de 1992 la Russie s’inscrivait dans une architecture économique bien précise. Dans les années 1990, elle n’a connu absolument aucun succès. Il a fallu attendre les années 2000 pour que cela change. Ce modèle avait pour pierre angulaire l’afflux d’investissements étrangers. Après le succès des années 2000, nous voyons aujourd’hui à nouveau un ralentissement. Et il est clair aujourd’hui que, suite aux changements majeurs des conditions extérieures à la Russie, et non internes, ce modèle ne peut plus continuer à fonctionner. Les gens qui ont misé sur ce modèle de développement refusent pour le moment de l’admettre. Nous le voyons clairement.

Mais quoi qu’il en soit, parler de la pertinence de telle ou telle mesure prise séparément n’a de sens aujourd’hui que dans le cadre d’un nouveau modèle.  Quels en seraient les objectifs ? Ceux-ci peuvent être différents : la protection sociale de la population, la croissance économique, l’innovation…

Quand vous vous fixez un tel objectif, vous développez un modèle sous-jacent et seulement à ce moment, il est possible de juger de la pertinence ou non de ces mesures. Pour la Russie, faut il continuer à dévaluer le rouble ou le renforcer ? Que faire avec les impôts ? Les augmenter ou les diminuer ? Malheureusement, sur ces questions systémiques, le développement d’une planification stratégique n’existe pas. Et ce n’est pas le cas uniquement chez nous, mais c’est le cas dans le monde entier.

Regardez par exemple vos voisins d’Ukraine. En 1991, ce pays avait tout le potentiel pour être l’un des pays les plus riches d’Europe continentale. Le climat est favorable toute l’année, la population était hautement éduquée, l’industrie hautement développée. Une situation idéale. Même en ce qui concerne l’approvisionnement pétro-gazier, tout était parfait, vu que les énergies transitaient par son territoire. Et aujourd’hui qu’en est-il ? La catastrophe actuelle est un exemple classique des conséquences de l’absence de planification stratégique. On peut aussi parler de la qualité des élites sur place, leur problème n’était pas la corruption, elle existe dans chaque système. Tout le monde le sait. Leur grande faute était l’absence d’un système de planification et de compréhension des tendances lourdes. À part piller le pays, ils ne faisaient rien d’autre et ne gouvernaient pas, ils n’avaient pas de projet, pas de plan et naviguaient à vue. Ce problème est un problème actuel aujourd’hui, pour tous les pays de la planète.

Un autre exemple est la crise migratoire en Europe de l’Ouest, il est évident qu’elle a été organisée à des fins purement tactiques. J’ai quelques idées à ce sujet. Mais le résultat de ce bricolage purement local, a été de déclencher une crise systémique d’ampleur stratégique aux conséquences potentiellement cataclysmiques. Ceci devrait être évident, du moins ça l’était pour moi. Mais l’expliquer aux gens là-bas est presque impossible. Ils répondent: «Nos dirigeants ont tout sous contrôle, ils ont tout prévu.» Eh bien nous voyons que non, ils n’ont rien vu venir et n’ont rien prévu. Pour cette raison, je ne puis répondre à ces questions de tactique et de technique économique que l’on me pose sans cesse. Élever le cours de la monnaie ou le baisser, élever les impôts ou les diminuer. Il n’y a pas de réponse à ces questions, sans une claire compréhension et formulation stratégique.

Théoriquement, une telle stratégie pourrait être développée, mais là nous ferons alors face à un autre problème. Un problème qui pend comme une épée de Damoclès au-dessus de nous tous. C’est de ce problème en particulier, que je souhaite vous parler aujourd’hui. Ce problème est en réalité assez simple à comprendre, mais impossible à formuler dans le paradigme actuel.

Le modèle économique global actuel est apparu il n’y a pas si longtemps, en réalité. Ses racines remontent au XVIe siècle. Et la cause première de son déploiement est ce que l’on appelle aujourd’hui le Petit âge glaciaire du XVIe siècle, appelé le minimum local de température. Il a duré un siècle et demi environ. C’était un temps où, pour la première fois de mémoire d’homme, la mer a gelé autour de Venise. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, et cela n’avait jamais été le cas.

En Russie c’est l’époque des Grands Troubles, Velikaya Smuta, plus près de la fin du XVIe siècle. L’œuvre de Boris Godounov, qui décrit cette époque, se déroule entre 1598 et 1605. Mais la genèse de ce modèle remonte au début du XVIe siècle. Pour le Nord de l’Europe, cela a été une question de vie ou de mort. Tout le système agricole, vital dans une société agraire, était basé sur un principe simple. Sur dix années de production, quatre années donnent de belles récoltes et elles permettent de constituer des stocks. Quatre années sont juste ordinaires, mais ne permettent pas de stocks et deux années sont mauvaises et il faut alors puiser dans les stocks pour vivre. Et d’un seul coup, tout cela change : sur dix années, seules deux années sont riches, trois sont moyennes et cinq sont franchement médiocres. Et comme personne ne compte mourir de faim sans rien faire, toute la population s’est trouvée face à ce défi. Que faire ?

Il faut résoudre deux problèmes :

Le premier : où trouver l’argent ici et maintenant, pour acheter de quoi se nourrir dans le Sud.

Et le deuxième : comment rapidement adapter le mécanisme productif de cette époque, pour pouvoir échanger sa production contre les denrées nécessaires. Ces denrées venant toujours du Sud.

En 1517, Martin Luther, le fondateur de la Réforme protestante, un homme entré dans l’Histoire au même niveau que Jésus Christ, le Prophète Mohammed et Bouddha, et qui vivait à la fin du XVe et au début du XVIe siècles, a exposé ses thèses aux portes des églises. Le sens profond de ces thèses est le suivant : nous croyons en Dieu, mais nous n’avons pas besoin d’intermédiaire entre nous et Dieu.

Et maintenant, voici la cause profonde : la seule source de grande richesse au nord de l’Europe en ces temps, étaient les monastères catholiques. Seuls eux étaient riches, les féodaux eux n’avaient rien, ce qu’ils levaient en terme d’impôts sur leurs sujets, ils le dilapidaient bien vite. Les monastères, eux, étaient dans une dynamique d’accumulation. Et il était donc venu le moment de leur faire les poches pour trouver de quoi se nourrir. En Angleterre, au même moment, régnait le roi Henri VIII, qui a eu six épouses. Tour à tour, une catholique et une protestante. Et quand il avait une épouse protestante, il pillait les monastères catholiques. Le but premier de toute la manœuvre était de confisquer leurs avoirs.

Le deuxième but était de générer un nouveau modèle productif, qui pourrait garantir un surplus continu de produits à échanger contre de la nourriture. Auparavant, en Europe, régnait l’ordre des corporations, où tout était régulé : le choix des produits, le nombre d’artisans, les outils employés. Pourquoi? Car ils devaient produire exactement la quantité nécessaire à cette société en particulier. Et surtout pas plus. Dans le cas contraire, cela aurait détruit les bases mêmes du féodalisme. Et donc, vers la troisième décennie du XVIe siècle, pour la première fois dans l’Europe chrétienne, il est apparu une législation bancaire. C’était en Hollande. Ces banques ont été autorisées à avoir recours à ce que nous appelons aujourd’hui la réserve fractionnaire. Les banques ont été autorisées à délivrer des crédits sur les dépôts des épargnants. Et ce, légalement.

Avant, c’était formellement interdit, conformément à l’enseignement biblique. «Tu n’exigeras de ton frère aucun intérêt ni pour argent, ni pour les vivres.» L’activité bancaire, sous cette forme, n’existe en réalité en tout et pour tout, que depuis cinq siècles, plus exactement 480 années. Suite à cela, a commencé le développement exponentiel de l’activité économique. Car il s’est révélé que l’intérêt bancaire par la monnaie de crédit stimule très fortement ce que l’on appelle aujourd’hui l’«innovation».

Dès le début du XVIIe siècle, la compréhension du sens profond de ce nouveau modèle économique est avérée. En Italie notamment, Antonio Serra, dont nous savons peu de choses, mais qui a laissé une œuvre capitale où il écrit la chose suivante : pour savoir laquelle de deux cités est la plus riche, comptez le nombre de métiers que maîtrisent ses habitants. Plus il y a de métiers exercés, plus la cité est riche. Aujourd’hui, cela signifie que plus la division du travail est profonde dans le système productif, plus élevée est la valeur ajoutée qu’il génère. Plus élevés y sont les revenus. Vous verrez que plus un système économique intégré est volumineux, plus avancé y est le niveau technologique.

Voici un exemple simple : si nous avons un hameau de trois familles, il n’y a pas d’artisan forgeron spécialisé, car ces trois familles ne peuvent, à elles seules, produire suffisamment pour sa survie, si lui n’exerce que l’activité de forgeron. Il sera obligé de cultiver lui-même sa nourriture de subsistance, dispersant ainsi ses efforts. Par contre, s’il y a deux cents familles dans ce village, alors on y trouve très certainement un forgeron spécialisé. Car il aura assez de travail pour lui permettre de subvenir à ses besoins et ceux de sa famille, par sa seule activité de forgeron. S’il s’agit cette fois d’une petite ville, alors on y trouve un atelier de mécanique spécialisée, qui peut faire à la fois le travail d’un maréchal ferrant ou d’un réparateur de vélo, même si dans ce dernier cas, certaines des pièces de bicyclette devront être achetées à l’extérieur. Car le niveau de travail des métaux pour certains usages y restera insuffisant. Si maintenant, c’est une grande ville, il s’y trouvera alors une aciérie produisant diverses nuances d’acier. C’est un acier dont on peut produire toutes sortes de pièces de bicyclettes (rayons, fourches et maillons de chaîne) avec cette fois la qualité requise. En URSS, dans les années 1930, nous ne produisions pas les maillons de chaîne, car nos usines n’avaient pas encore le niveau requis pour le travail de l’acier. Après, évidemment, le problème a été résolu.

En clair, cette loi est comprise dès le XVIIe avec Antonio Serra. C’est une époque où le mousquetaire d’Artagnan n’était pas encore né, et où Richelieu était un jeune évêque. C’était il y a pas mal de temps déjà. Et comme disait Lomonossov (ou Lavoisier), tout ce qui est gagné quelque part, est perdu ailleurs. Pour cette raison, si nous voyons un effet positif, c’est-à-dire que l’accroissement de la profondeur de la division du travail amène à une efficacité croissante, il y aura aussi un effet négatif. Lequel ? Quel pourrait être l’effet négatif (au sens économique) du progrès technologique ?

Eh bien, il se trouve que les risques de chaque maillon de la chaîne, pris séparément, augmentent avec la complexité. Imaginons que nous ayons un produit final quelconque, produit en une série de dix opérations techniques. Les opérations sont exécutées par dix entreprises différentes. La première prépare le métal brut, le transmet à la seconde qui le travaille. Elle le transmet à son tour à la troisième, etc. Et à la sortie, nous obtenons un produit fini. Et imaginons que le profit sur la vente du produit soit de 100 unités. Suivant l’hypothèse dite de la «concurrence parfaite», celle-ci affirme que ces 100 unités suivant cette chaîne productive sont réparties uniformément au bout d’un moment. On ne va pas rentrer dans les détails si cela arrive vraiment en pratique, supposons que c’est le cas. Alors chaque maillon de la chaîne a un revenu de 10 unités.

Maintenant, imaginons que la division du travail ait augmenté et qu’il n’y ait non plus dix maillons dans la chaîne, mais vingt. La productivité à augmenté, on peut réduire le prix, mais le profit ne sera pas deux fois plus élevé (200), disons plutôt 140. Et donc, par hypothèse de la concurrence parfaite, nous divisons 140 (profit) par 20 (maillons de la chaîne). Nous obtenons sept. Autrement dit, par l’augmentation de la division technique du travail, le profit par entreprise de la chaîne de production prise individuellement a diminué, passant dans l’exemple de dix à sept. Voilà ce qui est appelé l’augmentation du risque, puisque la «concurrence parfaite» est rarement en application et agit lentement.

Il peut tout d’un coup se révéler que certains maillons ont conservé un profit de 10 unités, et tandis que d’autres accusent une perte nette de -1. Dans ce cas cette entreprise s’arrête, et toute la chaîne productive est menacée d’arrêt. Car la robustesse d’une chaîne est toujours déterminée par son maillon le plus faible. Si dans votre chaîne, vous avez vingt maillons d’acier et un en bois, c’est le maillon en bois, et non ceux en acier, qui conditionne toute la résistance de votre chaîne. Le problème est que les risques définis précédemment ne cessent de monter. Et toute l’histoire de l’économie depuis le XVIe siècle se résume à rechercher sans cesse de nouveaux moyens de réduire les risques.

Il existe deux moyens fort simples de réduire les risques pour un producteur. Ce sont les deux plus anciens, puis est apparu un troisième, dont je parlerai tout à l’heure. Ces deux mécanismes de réduction du risque sont la conquête de nouveaux marchés et l’élargissement de ceux existant déjà. Vous vous mettez à vendre votre production, non plus uniquement sur votre marché intérieur, mais également à l’export. Par exemple, imaginons qu’un généreux mécène de votre région, par exemple de Tiraspol, veuille investir ici et vous construise une superbe usine qui va fabriquer des smartphones haut de gamme. Il finance donc la construction de l’usine.

La question est : combien de temps cette usine pourra-t-elle fonctionner, si sa productivité est d’un demi million (population de la Transnistrie) de smartphones par an ? Avant la saturation complète du marché ? Assez rapidement, tout le monde aura un smartphone. Et après ? On en fait quoi ? Il faut bien les écouler quelque part. À l’export, par l’élargissement du marché. Si vous n’élargissez pas votre marché, vous êtes condamné à terme à l’échec.

Maintenant la deuxième approche pour réduire les risques : c’est le crédit. Vous faites la chose suivante : vous allez à la banque et lui demandez de l’argent. Vous annoncez que vous allez encore produire de nombreux smartphones. Et puis on verra. Résumons : à ce stade, il y a deux manières seulement de réduire les risques. L’élargissement du marché et le crédit. Les banques jouent un rôle fonctionnel important. Elles prennent sur elles les risques dans l’économie, plus précisément elles les redistribuent. C’est-à-dire qu’elles font crédit à des taux plus élevés à ceux qui font un sur-profit.

À ceux qui ont moins de profit, elles font crédit à taux plus bas. Les banques jouent un peu le même rôle que celui du GOSPLAN (système de planification économique central des pays du bloc socialiste). Et évidemment, les banques n’oublient pas leurs propres intérêts. Mais il reste un problème. Comme les banques in fine ne font que redistribuer les risques, elles ne peuvent que contenir la montée du risque, mais pas l’empêcher. Sans élargissement du marché, l’économie tôt ou tard se retrouve en stagnation. C’est-à-dire qu’elle arrête de se développer.

Le premier à l’avoir compris est Adam Smith, à la fin du XVIIIe siècle. Il a écrit que pour tout système économique fermé, l’augmentation de la division du travail, c’est-à-dire le développement économique, ne peut avoir lieu que pendant une durée limitée, avant de buter sur les limites du système et s’arrêter. Il écrivait que plus un système économique est grand, plus longue sera la durée de son développement. Mais il finira quand même par s’arrêter à un moment donné. On en conclut que, dans tout système économique à un moment survient une crise, une crise qui ne se termine pas d’elle même. Cette crise est due à un marché qui n’est plus suffisant en taille ou qui ne s’élargit pas, ou pas assez vite.

La conclusion suivante dans la théorie économique vient de Karl Marx. N’oublions pas qu’il n’était pas un économiste de formation, mais un juriste et un philosophe. Il a compris la chose essentielle suivante, et là, nous nous rapprochons de notre époque. Puisque la planète Terre est finie, tôt ou tard, le mode de production capitaliste, dans son essence, mû par l’augmentation de la division du travail, touchera à sa fin. Car le système économique capitaliste aura pris tout le Globe.

À l’époque de Marx, c’était une abstraction. Aujourd’hui, ça ne l’est plus du tout. Et là, Marx en conclut que puisque le mode de production capitaliste est destiné à se terminer, de par les limites mêmes de la planète Terre, il faut élaborer une théorie qui décrit l’ère post-capitaliste, du dépassement de ce mode de production. Et toute la pensée de Marx, c’est la conceptualisation d’un mode de production post-capitaliste. Les capitalistes ne l’ont pas bien pris.

Pour cette raison, à la fin du XIXe siècle, la théorie économique remontant à Adam Smith, appelée plus tard «économie politique», où la fin du capitalisme est admise, a été remplacée par une autre école où la fin du capitalisme n’existe plus. Cette théorie a reçu le nom de «sciences économiques». Elle «démontre» que le mode de production capitaliste n’a «pas de fin». En effet, dans la macroéconomie d’Adam Smith, la fin du capitalisme est évidente. Pour cette raison, l’économie présentée depuis la macro vers la micro, comme en économie politique, a été remplacée de la micro vers la macro, comme aujourd’hui en «sciences économiques».

La «science économique» est la théorie de l’entreprise, celle qui prétend décrire le comportement de l’agent économique. Dans le meilleur cas, elle tente de décrire un domaine d’activité et le commerce international, pas plus. La «science économique» accorde une attention toute secondaire à la macroéconomie. Elle l’évite même, car ses contradictions seraient rapidement exposées alors par le raisonnement d’Adam Smith. Dans tous les cas, la logique d’Adam Smith est ici implacable.

On note que durant tout le XIXe siècle, et même la fin du XVIIIe, les systèmes économiques locaux sur la planète, qui apparaissaient sur les ruines du mode de production féodal, ont été entraînés par le développement du mode de production capitaliste, en s’agrégeant, s’agglutinant et se rapprochant sans cesse. Vers le début du XXe siècle, il existait sur le globe quatre grandes zones économiques. Ces systèmes économiques avaient absorbé tous les autres. Dans notre théorie [Théorie russe postsoviétique de la néo-économie, NdT], nous appelons ces zones «zones technologiques». La zone technologique britannique est apparue à la fin du XVIIIe siècle. La zone technologique française devait s’établir, mais la défaite napoléonienne l’a empêchée. La deuxième zone technologique est la zone germanique (Allemagne, Autriche-Hongrie), avec son cœur en Allemagne. La troisième a été la zone technologique des États-Unis et enfin la quatrième est la zone technologique japonaise. Cette dernière est apparue au tout début du XXe siècle. L’Empire russe faisait partie de la zone technologique allemande. Même si, dans ce dernier cas, la situation était plus complexe, avec la pénétration d’autres acteurs sur cet espace. Mais le sujet serait trop complexe à traiter ici.

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Le départ de Matteo Renzi place l’Italie dans l’incertitude

Publié le par Felli Bernard

Le départ de Matteo Renzi place l’Italie dans l’incertitude

La démission du Premier ministre italien, Matteo Renzi, suite au rejet massif de la réforme constitutionnelle lors du référendum plonge le pays dans une crise politique et l’UE dans une nouvelle période d’incertitude.

Environ 60 % des Italiens ont rejeté les changements à la Constitution et au système parlementaire proposés par le gouvernement Renzi lors d’un vote marqué par un taux de participation élevé (69 %).

Menée par le mouvement populiste 5 Étoiles, le plus grand rival du parti démocratique de Matteo Renzi, la campagne pour le « non » a tiré profit de la popularité en berne du Premier ministre, d’une économie chancelante et des problèmes liés à l’arrivée de dizaines de milliers de migrants.

« L’expérience de mon gouvernement s’arrête ici… J’ai fait tout ce que j’ai pu pour la victoire [de cette réforme] », a déclaré le président du Conseil, visiblement ému, lors d’un discours à la télévision suite aux premiers résultats qui montraient qu’il avait perdu d’au moins 20 %. « Si vous vous battez pour une idée, vous ne pouvez pas perdre », a-t-il ajouté.

>> Lire : Juncker met en garde contre une victoire du « non » en Italie

Sa réforme, conçue en même temps qu’une nouvelle loi électorale, cherchait à remettre en question le « bicamérisme parfait » en changeant la structure et le rôle du Sénat italien. L’objectif était aussi de changer la répartition des compétences entre l’État et les régions.

Selon Matteo Renzi, ces réformes permettaient de mettre fin à la bureaucratie italienne et de rendre le pays plus compétitif. Nombreux sont ceux qui craignaient que ce nouveau système fasse l’impasse sur les validations parlementaires et n’amène aucun changement positif sur le fonctionnement de l’administration publique italienne et sur son économie.

Arrivé au pouvoir en 2014 après un coup d’État interne à son parti pour évincer Enrico Letta, Matteo Renzi a assuré qu’il convoquerait son cabinet une dernière fois lundi après-midi (5 novembre) avant de rendre sa démission au président, Sergio Mattarella.

Ce dernier sera chargé de nommer un nouveau gouvernement, ou s’il n’y parvient pas, d’organiser des élections anticipées, certainement au début de l’année.

La plupart des analystes estiment que l’issue la plus probable est que l’administration de Matteo Renzi soit remplacée par un gouvernement intérimaire du Parti démocratique jusqu’aux prochaines élections, qui auront lieu au printemps 2018.

Plusieurs gagnants

Le résultat du référendum est une victoire majeure pour le Mouvement 5 Étoiles, qui a mené la campagne pour le « non », et pour la Ligue du Nord, parti xénophobe. Les deux partis se sont serrés les coudes pour faire partir Matteo Renzi.

Le leader de l’opposition, Matteo Salvini, du parti anti-immigration la Ligue du Nord, a déclaré que si les sondages étaient confirmés, le référendum serait « une victoire du peuple contre les grands pouvoirs des trois quarts du monde ». D’autres voient le référendum comme la preuve de l’essor du sentiment anti-establishment et populiste en Europe et ailleurs.

>> Lire : L’Italie, talon d’Achille de l’Europe

Par ailleurs, un autre vainqueur du référendum pourrait bel et bien être Silvio Berlusconi. L’ancien Premier ministre italien a été destitué en 2011 au faîte de la crise de la zone euro, et a vu sa fortune dégringoler après une série de scandales.

Pourtant, si des nouvelles élections sont organisées, certains observateurs en Italie le considèrent comme un éventuel faiseur de rois qui conduirait une nouvelle coalition gouvernementale. Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi, a inspiré environ 12 % des votes, selon les derniers résultats.

Risques pour la zone euro

La délégation des socialistes français au Parlement européen a mis en garde contre une période d’incertitude économique et politique suite à la démission de Matteo Renzi.

Selon eux, la question de la sûreté du système bancaire italien va être rouverte. « Cette incertitude prolongée pourrait, encore une fois, mettre en péril la stabilité de la zone euro. Étant donné le poids de son économie et de sa dette, l’instabilité de l’Italie est plus inquiétante que celle de la Grèce », ont commenté les socialistes français. Ils craignent aussi que la victoire du « non » ouvre la voie à ceux qui croient que l’Italie se porterait mieux en dehors de l’Union européenne. Cependant, étant en première ligne de la crise des réfugiés, l’Italie a besoin de l’Europe, ont-ils souligné.

Des turbulences sur les marchés semblent inévitables alors que l’euro est tombé à  un plus bas depuis 20 mois face au dollar, suite à la démission de Matteo Renzi. La monnaie unique a décroché de 1,4 %, touchant 1,0505 $ avant de remonter légèrement à 1,0555 $. L’euro n’avait pas été aussi bas depuis juin, ce qui fait craindre un retour en mars 2015 où la monnaie s’était retrouvée à 1,0457 $.

Certains observateurs s’inquiètent qu’une crise plus profonde de la confiance des investisseurs ne fasse dérailler le programme de sauvetage des banques les plus endettées d’Italie et ne déclenche une grave crise financière à travers la zone euro. Le vote ne concernait aucun sujet financier ou économique, mais le timing et le risque potentiel pour la stabilité politique font que le « non » pourrait avoir des conséquences sur la stabilité financière.

>> Lire : Bruxelles concède un timide geste budgétaire pour contrer le populisme

La banque italienne la plus vieille et la plus en crise, Monte dei Paschi di Siena, devrait bientôt considérablement augmenter son capital. Les banques italiennes portent toujours le fardeau de nombreuses créances douteuses. En septembre 2016, la Banque d’Italie a rapporté que le total de créances douteuses dans le système s’élevait à 198,9 milliards d’euros, contre 200 milliards en août.

Les marchés se tournent désormais vers une réunion de la Banque centrale européenne à la fin de la semaine et aux commentaires de Mario Draghi sur le référendum italien.

Pier Carlo Padoan, ministre italien de l’Économie et des Finances a quant à lui annulé sa participation à une réunion de l’Eurogroupe le 5 décembre suite aux résultats du référendum et à la démission du Premier ministre.


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Donald Trump arrêtera probablement l’aide aux rebelles combattant le gouvernement syrien

Publié le par Felli Bernard

5
Déc
2016

Pour s’ouvrir l’esprit, aujourd’hui une série d’avis sur des points positifs de Trump qui ont été peu mis en avant ; et demain une analyse négative sur lui…

Source : The New York Times, le 12/11/2016

Un membre des forces démocratiques syriennes, une alliance arabo-kurde soutenue par les États-Unis. Credit Delil Souleiman/Agence France-Presse — Getty Images

Un membre des forces démocratiques syriennes, une alliance arabo-kurde soutenue par les États-Unis. Credit Delil Souleiman/Agence France-Presse — Getty Images

Par DAVID E. SANGER – 11 Novembre 2016

WASHINGTON – Le président élu Donal J. Trump a dit vendredi qu’il allait probablement abandonner les efforts américains de soutien des groupes d’opposition “modérés” en Syrie qui combattent le gouvernement du président Bachar el-Assad, indiquant que “nous n’avons aucune idée de qui sont ces gens.”

Dans une interview au Wall Street journal couvrant essentiellement des questions économiques, y compris sa volonté de conserver certaines parties de l’Affordable Care Act [Loi sur la protection des malades et des soins abordables, ou Obamacare, NdT], il a répété la position exprimée durant sa campagne : que les États-Unis devraient se concentrer sur la défaite de l’EI et trouver des points communs avec les Syriens et leurs soutiens russes.

“J’ai une vue contraire à celle de beaucoup de gens en ce qui concerne la Syrie,” a dit M. Trump au journal. “Ma position est que nous combattons la Syrie, la Syrie combat l’EI et nous devons nous débarrasser de l’EI. La Russie est maintenant totalement alignée avec la Syrie et maintenant vous avez l’Iran, qui devient puissant à cause de nous, qui est aligné avec la Syrie.

Ses commentaires suggèrent que lorsque que M. Trump supervisera à la fois le soutien public pour les groupes d’opposition et un bien plus grand effort secret géré par la Central Intelligence Agency, il pourrait réduire ou abandonner l’effort. Mais il y a en fait deux guerres qui font rage simultanément en Syrie.

L’une est contre l’État islamique, dans laquelle les États-Unis aident 30 000 combattants kurdes syriens et arabes syriens qui ont annoncé la semaine dernière qu’ils lançaient une nouvelle phase de la bataille, commençant à encercler la capitale de Daesh a Raqqa. Il y a environ 300 hommes des opérations spéciales US au sol qui assistent ces milices.

Le second effort est l’aide aux rebelles combattant M. Assad. Le programme secret de la CIA est de loin la plus grande activité de soutien, fournissant des missiles anti-char aux rebelles combattant le gouvernement. C’est ce programme que M. Trump semble le plus enclin à arrêter. Si les États-Unis continuent sur cette lancée, “nous finirons par combattre la Russie en combattant la Syrie,” a dit M. Trump au journal.

L’argument en faveur de l’arrêt du soutien pourrait être renforcé par le fait que, pour des questions de survie, les groupes d’opposition ont signé des alliances de champ de bataille avec la filiale d’al-Qaïda en Syrie, initialement connue sous le nom d’al-Nosra. Cela a eu pour effet de permettre à M. Assad et à la Russie d’argumenter qu’ils attaquaient al-Qaïda et que les États-Unis devraient les aider dans cet effort. Le secrétaire d’État John Kerry a reconnu cet argument lors de son effort finalement infructueux d’arriver à un accord de cessez-le-feu et à un règlement final.

La logique de M. Trump de “l’ennemi de mon ennemi est mon ami” est cohérente avec ce qu’il a dit durant sa campagne. “Je ne dis pas qu’Assad est un homme bon, parce qu’il ne l’est pas,” a-t-il indiqué au New York Times dans une interview en mars, “mais notre bien plus grand problème n’est pas Assad, c’est l’EI.”

Mais il prend aussi une position qui fera plaisir au président Vladimir Poutine puisqu’il suggère que, plutôt que de faire pression sur la Russie pour qu’elle arrête son soutien à M. Assad, l’administration de M. Trump n’entravera plus l’action de M. Poutine.

Dans une autre indication d’un changement majeur de politique, l’un des principaux conseillers de M. Trump en matière de sécurité nationale, le général Michael T. Flynn, ancien patron de la Defense Intelligence Agency, a écrit dans le Hill cette semaine que les États-Unis devraient extrader Fethullah Gulen dont la Turquie a demandé qu’il soit renvoyé de son exil en Pennsylvanie. Le gouvernement turc de Recep Tayip Erdogan l’a mis en cause pour la tentative de coup d’État de cet été.

Le Département de la Justice n’a pas encore conclu qu’il y ait des preuves convaincantes que M. Gulen devrait être renvoyé vers un emprisonnement quasi-certain ou extradé dans le cadre d’un accord d’extradition avec les États-Unis. Ils voient la requête comme une partie de l’effort de M. Erdogan pour éliminer toute opposition.

M. Flynn a retenu de nombreux arguments de la Turquie au sujet de M. Gulen, indiquant que les contribuables américains aident à financer les 160 écoles de Gulen aux États-Unis et qu’il est plus important de soutenir la Turquie que d’être “trompé par cette source de terreur masquée et d’instabilité confortablement installée dans notre propre jardin.”

Source : The New York Times, le 12/11/2016

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Trump montre les signes d’une détente historique avec la Russie

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Trump montre les signes d’une détente historique avec la Russie


Alors qu’entretemps Obama s’exprime de plus en plus comme John McCain


Bhadrakumar

Par M K Bhadrakumar – Le 24 novembre 2016 – Source Russia Insider

Les premiers signaux définitifs semblent indiquer que les politiques étrangères américaines sont destinées à subir un changement historique sous la présidence de Donald Trump. Russia Today l’a confirmé vendredi en citant une «source proche» (sans mentionner la nationalité). Le média spécule que Trump a nommé le Lt. gen. à la retraite Michael Flynn comme conseiller de sécurité nationale dans l’administration entrante. Fait intéressant, le premier rapport faisant autorité est originaire de Moscou.

 

Le rapport de Russia Today a rendu compte de Flynn d’une façon plutôt amicale, notant sa forte défense d’une détente avec la Russie. Fait intéressant, parmi ceux qui ont appelé Trump hier à son Quartier général de transition, il y a Henry Kissinger.

Pourquoi la nomination de Flynn est-elle si importante ? Tout d’abord, Trump a confiance en lui et Flynn dans son nouveau poste supervisera l’ensemble des services de renseignement américains, le Pentagone et assurera la coordination de la sécurité nationale et des politiques étrangères. C’est une position extrêmement influente, en plus et au-delà du contrôle parlementaire.

Il est donc important de noter que les contacts passés de Flynn avec les responsables du Kremlin – il existe une photo de lui à table lors d’un dîner, assis à côté du président Vladimir Poutine –, ses liens avec Gazprom, le Léviathan du gaz russe, et sa conviction que les États-Unis et la Russie devraient collaborer au lieu de rivaliser, etc., prennent une grande importance.

Trump déstabilise l’establishment de politique étrangère et de sécurité des États-Unis. Il est concevable qu’il utilisera le général dur du Pentagone pour amener les gens de l’establishment à se soumettre à la nouvelle trajectoire de la politique étrangère. Si quelqu’un peut le faire, c’est Flynn.

L’inquiétude croissante est évidente, même au niveau du président Barack Obama. Jeudi, dans un acte audacieux, Obama a donné quelques conseils publics à Trump, à partir d’un podium à l’étranger, en Allemagne, Angela Merkel l’écoutant avec des signes d’approbation, sur l’opportunité du président élu suite à ses rodomontades. Certains extraits sont présentés ici, ne serait-ce que pour mettre en évidence la bataille épique qui se profile sur les politiques étrangères américaines. Obama a déclaré :

«En ce qui concerne la Russie, ma principale approche a été constante depuis mon arrivée au pouvoir. La Russie est un pays important. C’est une superpuissance militaire. Elle a une influence dans la région et dans le monde entier. Et pour que nous puissions résoudre les nombreux problèmes importants dans le monde, il est dans notre intérêt de travailler avec la Russie et d’obtenir sa coopération […] J’ai donc cherché une relation constructive avec la Russie, mais j’ai également été réaliste en reconnaissant qu’il y a des différences significatives dans la façon dont la Russie voit le monde et la nôtre, les Occidentaux.

Et ainsi de suite, sur des questions comme l’Ukraine, la Syrie, nous avons eu des différences très importantes. Et j’espère que le président nouvellement élu adoptera une approche aussi constructive, en trouvant des domaines où nous pourrons coopérer avec la Russie, où nos valeurs et nos intérêts s’alignent, mais j’espère aussi que le président élu sera également prêt à affronter la Russie si elle s’écarte de nos valeurs et des normes internationales.

Je ne m’attends pas à ce que le président élu suive exactement notre plan ou notre approche, mais j’espère qu’il ne prendra pas simplement une approche de realpolitik en suggérant que, si nous nous accordons avec la Russie sur certaines affaires, même si cela fait du mal aux gens, même si cela viole les normes internationales, ou même si cela rend des pays plus petits vulnérables ou crée des problèmes à long terme dans des régions comme la Syrie – nous ne ferions que ce qui est opportun dans le contexte à ce moment-là. Et c’est une chose sur laquelle je pense que nous apprendrons plus lorsque le président élu aura constitué son équipe.»

Obama s’est ensuite lancé dans une tirade contre Poutine, disant qu’il y avait une preuve très claire de son engagement dans une cyberattaque contre les États-Unis et qu’il avait personnellement «livré un message très clair et puissant» au dirigeant russe l’informant que «nous le surveillons attentivement et nous répondrons de façon appropriée si et quand nous verrons cela se produire».

De retour à Washington, ironiquement, le plus fort allié d’Obama, en s’opposant à la détente avec la Russie, n’est autre que le sénateur républicain John McCain. L’aversion viscérale vis-à-vis de la Russie – et de Poutine en particulier – au sein de l’establishment de Washington se dégage de la propre déclaration de McCain au début de la semaine.

Pourquoi une telle crainte morbide ? McCain, bien sûr, est le principal porte-parole du complexe militaro-industriel en Amérique. Beaucoup d’entreprises de fabrication d’armes haut de gamme sont basées en Arizona, l’état que McCain représente au sénat. Le Saker, l’analyste militaire basé aux États-Unis, donne une explication satisfaisante de pourquoi il y a une telle panique à Washington :

«Flynn a des connexions avec Gazprom, il est bien aimé à Moscou, et sera un lien pour les sociétés américaines d’énergie et peut-être quelques co-entreprises dans le développement du gaz et dans l’industrie du pipeline. Plusieurs amis de Trump viennent de l’industrie du gaz et du pétrole […] L’Arctique, la Méditerranée orientale, la mer de Chine méridionale et d’autres grandes zones de développement ont d’énormes nouveaux champs à forer et exploiter.»

L’intérêt principal de la politique étrangère de Trump sera de rendre l’Amérique riche à nouveau. Le développement eurasien a déjà attiré Trump vers le projet chinois de Route de la soie (OBOR) – Une Ceinture, une Route – et vers la banque chinoise d’investissement dans les infrastructures (AIIB). Il est probable que la Nouvelle Route de la Soie dans l’Union économique eurasienne ne se fera pas sans une importante participation américaine.

M.K. Bhadrakumar

Article original paru sur Indian Punchline

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Michel Drac : La stratégie de tension au service des élites mondialisées

Publié le par Felli Bernard

Michel Drac : La stratégie de tension au service des élites mondialisées

 

Michel Drac est éditeur et essayiste. Fondateur du site scriptoblog, il est spécialiste de la géopolitique. Dans son ouvrage Triangulation, aux éditions Le Retour aux Sources, il revient au fil de trois conférences sur le concept de mondialisme. A travers une discussion autour du terme d’ « empire », Michel Drac précise le rôle des élites mondialisées -qu’elles agissent dans le monde économique, médiatique ou politique – dans la perte systémique de la souveraineté des états. Face à une époque complexe, l’auteur fait un parallèle avec l’époque italienne des années 70 et 80, en commentant une stratégie de tension diffusée en Europe et particulièrement en France, notamment face à l’islamisme radical.

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Réseaux Gladio : le documentaire de la BBC de 1992 (3/3 : The Foot Soldiers)

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4
Déc
2016

Réseaux Gladio : le documentaire de la BBC de 1992 (3/3 : The Foot Soldiers)

 

TimeWatch Réseaux Gladio – BBC 1992 :

Partie 1 : The Ring Masters

Partie 2 : The Puppeteers

Partie 3 : The Foot Soldiers

Suite du deuxième épisode du très intéressant documentaire de l’excellente série TimeWatch de la BBC de 1992.

Cette dernière partie est hélas toujours de qualité très médiocre (désolé, mais il n’y a que ça et ce documentaire est exceptionnel, très peu ont été réalisés…) ; nous l’avons sous-titrée pour vous :

(Un grand merci aux traducteurs et sous-titreur)

 

2 réponses à Réseaux Gladio : le documentaire de la BBC de 1992 (3/3 : The Foot Soldiers)

Renaud 2 Le 04 décembre 2016 à 00h56
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Je n’ai pas vu ce documentaire mais en voyant celui de France 5, il est difficile de ne pas remarquer la présence d’anciens nazis ou soutiens des nazis dans ces réseaux. En y réfléchissant ce n’est pas en fait pas étonnant. C’est le grand Capital qui a financé Hitler, et comme dans tout investissement, on cherche à en récolter quelque chose. Les meilleurs éléments nazis ont intégré la CIA et ces réseaux stay-behind. La haine du Capital envers tout mouvement social s’était déjà illustré lors de la Première Guerre Mondiale (voir Pauwels).

Jean Le 04 décembre 2016 à 05h14
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Et derrière ce Capital il y a ceux qui le détiennent, des hommes comme vous et moi que le pouvoir et l’avidité ont rendus fous, d’où la nécessité d’élaborer une société qui limite l’enrichissement et le pouvoir que peut détenir un seul individu. Car cette concentration excessive de la richesse et du pouvoir menace aujourd’hui l’existence de notre espèce.

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Exclusif : Eric Zemmour évoque Fillon, Le Pen, Hollande et les autres

Publié le par Felli Bernard

Exclusif : Eric Zemmour évoque Fillon, Le Pen, Hollande et les autres

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Un entretien d’une très bonne qualité. Pour préserver la paix civile, la France acceptera -t-elle une partition ? L’idée d’une partition programmée pour la France ? En cela Philippe de Villier et Eric Zemmour se rejoignent.

By Philippe Ehua

 

 

Eric Zemmour a accepté de donner un long entretien à TV Libertés. Interrogé par Martial Bild, le journaliste et écrivain évoque 3 thèmes essentiels : le grand défi de l’Islam, la liberté d’expression et le débat politique actuel.

Après avoir rappelé que l’Islam est incompatible avec la démocratie et la France, Eric Zemmour revient sur sa condamnation pour “provocation à la haine raciale” et dénonce une accélération de la restriction des libertés publiques et tout particulièrement de la liberté d’expression. très librement, il juge les actions et les propositions des différents dirigeants politiques de Le Pen à Mélenchon en passant par Hollande et Fillon.

Pour la première fois, il évoque le travail de la réinformation en France. Un entretien exclusif de haute tenue.

Source : Youtube

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Alep libérée ? La « bonne nouvelle » épouvantable pour les dirigeants français.

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Alep libérée ? La « bonne nouvelle » épouvantable pour les dirigeants français.

1ère partie

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Alep libérée

Ce 29 novembre, la joie, certes mêlée de tristesse, de sang et de larmes, avait envahi le cœur des Syriens. Toutes les sources fiables leur apprenaient que 14 quartiers de l’est d’Alep étaient libérés des terroristes, que des milliers de leurs habitants séquestrés depuis l’été 2012 avaient pu -malgré les tirs des snipers qui tiraient sur ceux qui les fuyaient- rejoindre les positions de l’Armée syrienne, que la centrale hydraulique de Souleiman al-Halabi située dans ces quartiers avait été récupérée et en cours de réparation, que le croissant rouge et les hôpitaux privés et publics s’étaient préparés à les accueillir, que la Russie allait dépêcher des hôpitaux mobiles pour parer aux manques de lits et de moyens, que les parents et amis encore en vie les attendaient à tous les couloirs de sortie…

Les Français qui auraient tendance à mettre en doute la parole des Syriens, pourraient peut-être se donner la peine d’écouter l’un des leurs raconter « cette vraie bonne nouvelle » [1].

ICI, cette vidéo de Pierre le Corf

https://www.youtube.com/watch?v=idBCO5ZqCQg   merci

Ceci, car les médias français excellents désormais en matière de désinformation sur la Syrie, donnant une vision caricaturale d’un régime qui massacre des « rebelles » quand ce n’est pas la « population », sans que l’on puisse comprendre qui est qui et qui fait quoi.

Un exemple frappant est ce que donne à entendre BFM TV qui invite, ce 29 novembre, l’aiguiseur du fer de lance de l’agression contre la Syrie, M. Laurent Fabius, lors d’une émission présentée comme suit :

« Dénoncer les fautes politiques, décrypter les déclarations et réduire le fossé creusé entre la classe politique et les français, telles sont les ambitions de l’émission signée Ruth Elkrief » [2].

Invitation à l’occasion de la parution de son dernier ouvrage, mise à profit pour stimuler l’imagination des Français sur la prétendue horreur de cette « vraie bonne nouvelle » :

« R. Elkrief : Évoquant le dossier syrien, vous rappelez la fameuse conférence de Genève de Juin 2012 qui a été suivie par des déclarations… les vôtres ; en juillet 2012 : « Assad va tomber, c’est une question de temps » ; décembre 2012 : « La fin se rapproche pour Bachar al-Assad ». Depuis 24h, la ville symbole d’Alep est sur le point d’être prise aux rebelles. Bachar al-Assad est entrain de l’emporter !

L. Fabius : C’est un drame épouvantable, épouvantable parce qu’en ce moment même, au moment où nous parlons, il y a des milliers de jeunes et de moins jeunes, de familles, qui sont massacrés. Imaginez ce que c’est d’être à Alep dans le froid, sans nourriture, sans eau… et c’est un échec pour ce qu’on appelle la Communauté internationale, un échec terrible. Alors, je rappelle dans mon livre, puisqu’il porte sur les quatre ans que j’ai passés à la tête de la diplomatie, comment il aurait été possible, finalement, de trouver une autre solution et pourquoi ça n’a pas eu lieu.

R. Elkrief : Et vous dîtes que à Genève, il y a un certain nombre de personnes, vous n’êtes pas les seuls, la France, à dire et à penser que Bachar al-Assad va tomber. 

L. Fabius : Tout le monde… Tout le monde… À Genève, c’était la première réunion internationale à laquelle je participais. C’était en juin 2012 et je tenais la plume du communiqué final. Et, je me rappelle très bien que dans les couloirs, quand nous bavardions entre nous, Hilary Clinton, Sergueï Lavrov… la seule question c’était : « où va-t-on envoyer Bachar ? ». Bon… nous aurions pu nous mettre d’accord puisqu’il y a eu un communiqué qui a été accepté par tout le monde, mais les Russes, disons les choses telles qu’elles sont, finalement, n’ont pas voulu. Et c’est la première occasion, si je puis dire, ratée. Et la deuxième occasion ratée, qui elle est en août 2013… à l’époque en 2012, il n’y avait pas de terroristes, hein !

R. Elkrief : Il n’y avait pas encore Daech en août 2013…

L. Fabius : Bien sûr ! Et en août 2013, vous vous rappelez peut-être que le président Obama a dit que : « Si il y a l’utilisation d’armement chimique contre la Syrie, à ce moment là j’interviendrai ». Nous avions prévu d’intervenir avec les Anglais, nous-mêmes et les Américains, et puis, au dernier moment, le président Obama a fait volte-face. Et du coup…

R. Elkrief : Et vous rapportez comment il a téléphoné à François Hollande, comment…

L. Fabius : Et du coup, les Russes ont retourné la situation. Le terrorisme s’est développé, Al-Qaïda d’une part, Daech d’autre part, et on en arrive à 300 000 morts et même plus de 300 000 morts, la moitié de la population de Syrie déplacée. Voyez ce que ça veut dire. Et puis, tous les jours des gens qui sont tués et qui sont massacrés… » [3].

Extrait qui en dit long sur le matraquage incessant de l’inconscient collectif des auditeurs par celui-là même qui se dédouane par un « tout le monde pensait que », suggérant que si le terrorisme s’est développé, ce n’est pas du fait du soutien de son gouvernement [4] et de ses alliés, mais de la faute des Russes et, en passant, de la faute d’Obama qui s’est dégonflé ce fameux 31 août 2013, alors que les moteurs de l’aviation de guerre française vrombissaient d’impatience en attendant son feu vert pour se lancer à l’attaque de Damas en pleine nuit.

Pourquoi et comment ? Ce n’est pas le sujet. Il suffit de répéter que la « ligne rouge » imaginée par Obama est une réalité : des armes chimiques ont bien été utilisées « contre la Syrie » alors que Daech, fille d’Al-Qaïda, sœur jumelle d’Al-Nosra et mère adoptive de l’ASL sous le parrainage d’Erdogan et les bons auspices des alliés régionaux de la France [à l’époque, c’était essentiellement, le Qatar qui avait fait mains basse sur la Ligue arabe, la Turquie, la Jordanie et la Turquie ; l’Arabie saoudite a pris la main plus tard], ne faisait pas encore partie du paysage, comme le précise Mme Elkrief. Il ne faut quand même pas tout mélanger : les terroristes, c’est Daech, tous les autres sont des « rebelles armés démocrates », même s’ils ont décapité, violé, rôti, torturé leurs victimes syriennes avant ou après sa naissance !

Mais ici, M. Fabius ne réitère pas ses accusations contre « Bachar qui ne mériterait pas de vivre ». Ce serait trop gros. Désormais, nombreux sont ceux qui ont entendu dire que ce sont les terroristes qui ont utilisé les armes chimiques contre des soldats et des civils syriens et qui continuent. Et puis, des bruits ont couru à propos d’une note falsifiée du gouvernement français de l’époque [5]. Peut-être vaut-il mieux ne pas insister.

Quant au fameux communiqué de Genève accepté par « tout le monde en 2012 », le seul hic est que la Syrie n’était même pas présente. « Tout le monde » pour M. Fabius, ce sont les cinq membres permanents du Conseil de sécurité et les représentants de l’Union européenne, de la Turquie, du Qatar et de la Ligue arabe. C’est dire, vu tout ce que le monde ne peut plus ignorer aujourd’hui ! D’autant plus qu’Erdogan, profitant de l’escalade médiatique menée par la France, vient d’annoncer que la Turquie a envahi la Syrie pour mettre fin au mandat de Bachar al-Assad [6], précédé par le Qatar qui a déclaré qu’il maintiendra son soutien aux rebelles syriens même si les Etats-Unis cessent le leur [7]. Pure coïncidence !

De toute façon, la libération d’Alep, ce drame épouvantable aux yeux de Fabius, est tout aussi épouvantable pour son successeur émérite, M. Ayrault, qui demande ce même jour une réunion immédiate du Conseil de sécurité de l’ONU pour examiner la situation de la « ville martyre », reçoit au Quai d’Orsay un certain Brita Hagi Hasan [8] bombardé président du conseil local des terroristes d’Alep « démocratiquement élu » par on ne sait qui  -conseil auquel le Gouvernement syrien devrait accorder le privilège d’une « administration autonome » pour faciliter la paix, selon l’idée sortie de la seule imagination de l’envoyé spécial onusien, Staffan de Mistura [9]- puis, annonce qu’une réunion des pays européens, arabes et des USA qui « refusent la logique de guerre totale » en Syrie, se tiendrait le 10 décembre à Paris [10].

Des pays qui refusent la « logique de la guerre totale » contre qui ? Contre les terroristes évidemment, puisque l’épouvante est motivée par la libération de plus de 80 000 civils qu’ils avaient pris en otage dans les quartiers est d’Alep, sous la pression militaire de l’Armée arabe syrienne et de ses alliés.

Preuve supplémentaire, s’il en fallait, que ladite Coalition internationale menée par les USA n’a pas pour objectif d’éradiquer le terrorisme, mais de le contenir, afin de l’exploiter à la table des négociations, sans cesse desservie, dans le but d’obtenir par une prétendue solution politique ce qu’elle n’a pu obtenir sur le terrain militaire au bout de plus de cinq années d’une agression internationale, sans précédent, sur un petit pays comme la Syrie et particulièrement à Alep, devenue l’arène de combats, par procuration, des grandes, moyennes et petites puissances de ce monde.

Et Bachar al-Assad n’est pas tombé, soutenu par le peuple syrien et par l’Armée syrienne, parce que c’est à lui que les coalisés ont fait des propositions mirobolantes qu’il a refusées, car il les a jugées inacceptables pour son pays et pour la région. Le peuple syrien l’a compris et ses alliés aussi. D’où l’hystérie et l’acharnement médiatique, comme s’il n’y avait plus que la Syrie pour régler les problèmes économiques, remplir les caisses vides, nourrir l’avidité ou le besoin d’hégémonie des coalisés.

Le Conseil de sécurité s’est donc réuni ce 30 novembre, à la demande de la France et de la Grande Bretagne, les coalisés épouvantés accusant en chœur la Russie et le Gouvernement syrien d’être les responsables criminels de cette « vraie bonne nouvelle » venue d’Alep. Une séance retransmise en direct par RT France. Tout transcrire serait exhaustif, mais il n’est peut-être pas inutile de résumer les prises de position des autres membres du Conseil de sécurité après avoir entendu les exposés de MM O’Brien, De Mistura et le représentant de l’UNICEF :

1. Le délégué de la Grande Bretagne déclare que ce qui se passe à l’est d’Alep est le « conflit le plus horrible » de notre vie. Depuis 70 ans, plus de 2000 résolutions ont assuré la paix dans le monde, mais c’est l’échec total face au conflit syrien. Pourquoi ? Parce que la Russie pose son veto ! Aucune allusion aux vetos de la Chine. La Russie et la Syrie refusent son plan d’aide et mènent une guerre de type médiéval…

2. Le délégué de la France constate que le Conseil n’est toujours pas en mesure de trouver un accord pour sauver la population d’Alep-Est, toutes les initiatives, dont celle des plumes « humanitaires », s’étant heurtées à la même fin de non-recevoir de la Russie ! La politique de guerre totale menée actuellement est donc une erreur stratégique, « car le drame d’Alep n’est pas le chemin douloureux par lequel il faudrait passer pour obtenir la stabilisation de la Syrie, autour d’une Syrie dite utile reconstituée ».

Après vérification, nous avons bien entendu : une Syrie dite « utile » reconstituée !? C’est quoi une Syrie « utile » ? C’est quelle partie de la Syrie ? Qui dit cela ? Une Syrie « reconstituée » comment ? Une Syrie amputée au nord, au sud, à l’est, ou dans ces trois directions à la fois ? Quelle serait une France « utile » pour M. Delattre ? Quel département serait-il prêt à abandonner pour stabiliser la France si, par malheur, elle était déstabilisée comme il le craint : « Alep est au cœur d’un enjeu qui touche si profondément à nos valeurs mais aussi à nos intérêts, y compris à nos intérêts de sécurité ».

Et que comprendre lorsqu’il annonce que la réunion ministérielle du 10 décembre, organisée par M Ayrault, avec ceux qui refusent la stratégie actuelle de guerre totale, pourrait « relancer d’urgence une solution négociée » ? Une solution négociée avec qui et sur quoi ? À partir du moment où certains des pays invités sont des soutiens connus et reconnus du terrorisme international qu’il ne s’agit pas de combattre pour le moment, puisque son éradication de l’est d’Alep les rend fous,  la logique veut qu’il s’agit de s’entendre, entre coalisés, sur les moyens d’atteindre quand même les objectifs des uns et des autres en matières d’intérêts ou de zones d’influence respectives, avec ou sans l’accord du Conseil de sécurité.

Dès lors, Alep est non seulement, « l’épicentre du pire drame humanitaire depuis le début du XXIème siècle » comme il le dit, mais aussi, l’épicentre de la guerre internationale qui commence à dire son nom et à dévoiler ses vrais objectifs.

3. La déléguée des États-Unis a répondu à la question posée par le Secrétaire général adjoint ; à savoir, pourquoi le Conseil de sécurité n’a pas pu résoudre la crise syrienne : « La Russie ne le veut pas, c’est très clair ! ». Elle a anticipé les réponses de la Russie et de la Syrie prêtes à lui servir, selon elle, leur propagande en assurant que 20 000 personnes étaient heureuses de leur libération, alors qu’il s’agissait plutôt d’un « voyage mortel » et que leurs forces mentent et tuent, surtout les enfants, en comptant sur l’absence d’arbitres sur le terrain, alors que les représentants de l’ONU, MM. O’brien et de Mistura plus le représentant de l’UNICEF, qui venaient de s’exprimer, « sont nos arbitres… ». À pleurer !

Et si une partie « majestueuse » de l’est d’Alep risque de disparaître, c’est parce que le régime syrien et la Russie ont opté pour une stratégie militaire : « Quittez ou vous mourrez ! ». De toute façon, la Russie peut, encore une fois, poser son veto et poursuivre sa solution militaire, il y aura toujours moyen d’agir par le truchement de l’Assemblée générale.

Les arbitres de Mme Power n’ont pas dû l’informer de l’appel du Grand Mufti Hassoun, transmis par « haut parleur » aux terroristes barricadés à Bani Zeid à l’est d’Alep. Il leur a dit en substance : « Déposez vos armes et rendez vous. Dieu m’est témoin que nous ne voulons pas vous tuer. Si vous n’avez plus où aller, si vous n’avez plus de patrie, la Syrie vous ouvre les bras… ». Ils ont préféré continuer à massacrer les habitants de l’ouest de la ville et c’est peut-être mieux pour la Syrie et les Syriens que certains aient refusé ce pardon. Vu les atrocités qu’ils continuent de commettre, tout porte à croire qu’ils sont irrécupérables, sauf pour leurs sponsors épouvantés à l’idée qu’ils puissent disparaître.

4. Le délégué de la Russie a répondu à cette même question posée par le Secrétaire général adjoint, M. O’Brien, que  « l’inertie de l’ONU est compensée par la compétition sur le plan humanitaire », alors que Samantha Power avait quitté la salle. Il a rappelé à ceux qu’il a qualifiés de « troïka » que, depuis 13 ans, l’échec de leur aventure géopolitique en Irak, en Libye et en Syrie, avait été masqué par des discussions sur la situation humanitaire, que les USA [Brennan : le Directeur de la CIA ?] n’avaient pas tenu leurs promesses de séparation entre belligérants modérés et terroristes, que la Russie avait été menée par le bout du nez afin qu’ils puissent utiliser les terroristes pour un changement de régime en Syrie, et que la désinformation, était leur méthode habituelle.

Il a poursuivi en constatant que tous se fichent de la situation à Mossoul et au Yémen, pour ne s’intéresser qu’à Alep ; cette réunion étant une tentative désespérée de la France et de la Grande Bretagne pour sauver les terroristes qui y sont retranchés. Il a aussi rappelé la mise en scène des « Casques blancs » proposés pour le prix Nobel de la paix, et a assuré que la Russie fournissait et fournirait toute l’aide humanitaire promise à la Syrie.

5. Le délégué de l’Ukraine a considéré que le gouvernement syrien était encouragé par la dynamique militaire et prêt à tous les crimes, comparant la situation d’Alep à celle vécue par Grozny, alors que M. Delattre avait opté pour Guernica.

6. Le délégué du Japon a félicité tous les humanitaires onusiens, tout en constatant que l’exposé de Staffan de Mistura démontre que la logique militaire l’emporte, alors que le terrorisme ne peut être résolu que par des moyens politiques, d’où la nécessité de l’union de tous.

7. 8. Les délégués du Sénégal, et de la Malaisie ont très vivement remercié MM. O’brien et de Mistura plus le représentant de l’UNICEF, pour leurs exposés très clairs et très instructifs sur la situation en Syrie et notamment à Alep, plaidant pour un cessez-le-feu ; le délégué du Sénégal, président de la séance, ayant insisté sur l’idée d’une « solution négociée ».

9. 10. 11. Les délégués de L’Espagne, de l’Égypte et de la Nouvelle-Zélande ont plaidé pour leur propre projet de résolution qui vise à l’instauration d’une trêve de 10 jours à Alep et au rétablissement de la cessation des hostilités dans tout le pays, projet fondé sur les résolutions 2254 et 2258 ; le délégué de l’Égypte ayant tenu à préciser que son pays n’avait appuyé ni l’une, ni l’autre partie, malgré certains intérêts, et qu’il n’a pas l’intention de contribuer à la destruction d’un pays frère.

12. Le délégué de la Chine a rappelé que la situation à Alep était une sorte d’illustration de l’ensemble de la situation en Syrie, plaidant pour un cessez-le-feu, un règlement politique, une assistance humanitaire, et une lutte contre tous les groupes terroristes désignés par le Conseil de sécurité.

13. Le délégué de l’Angola a regretté l’acrimonie du débat, considérant que toutes les parties avaient opté pour la solution militaire et continuaient à recevoir de l’armement de toutes les autres parties, même des membres du Conseil de sécurité. Il a rejeté l’appui financier et logistique fourni aux groupes armés non étatiques qui prennent les civils en otage.

14. Le délégué du Venezuela a trouvé paradoxal que l’on néglige la nature déstabilisatrice du terrorisme, le droit du gouvernement syrien à se défendre contre des terroristes et les trêves humanitaires rejetées pas les terroristes. Quant à l’aide humanitaire, un consensus minimum devrait être trouvé sans recourir à une politique interventionniste, le croissant rouge syrien et le gouvernement syrien y contribuant.

15. Le délégué de l’Uruguay a fait remarquer que Staffan de Mistura avait omis de dire qu’il s’agit d’une guerre barbare qui ne respecte aucune règle et qu’oubliant Madaya, Al-Foua et Kefraya, le Conseil de sécurité s’était concentré sur le carnage d’Alep. Pour lui, la situation passe par une solution toute simple : un cessez-le-feu immédiat et sans conditions.

Puis est venu le tour du délégué de la Syrie, le Dr Bachar al-Jaafari : À suivre dans une 2ème partie.

 

Mouna Alno-Nakhal

1/12/2016

Source : Russia Today

Le Conseil de sécurité de l’ONU se met autour de la table pour discuter de la situation à Alep 30 nov. 2016, 17:34

https://francais.rt.com/international/29918-conseil-securite-onu-reunion-situation-alep

 

Notes : 

[1] Pierre Le Corf sur la libération d’une partie d’Alep-Est : Une vraie bonne nouvelle !

https://www.youtube.com/watch?v=idBCO5ZqCQg

[2] BFM TV 19h Ruth Elkrief

http://www.bfmtv.com/mediaplayer/replay/19h-ruth-elkrief/

[3] Laurent Fabius: “Il ne faut pas être naïf dans les relations internationales et discuter avec tout le monde”

http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/laurent-fabius-il-ne-faut-pas-etre-naif-dans-les-relations-internationales-et-discuter-avec-tout-le-monde-889973.html

[4] François Hollande confirme avoir livré des armes aux rebelles en Syrie
http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/08/20/la-france-a-bien-livre-des-armes-aux-rebelles-en-syrie_4473715_823448.html

[5] Crise syrienne : la note falsifiée du gouvernement français par Frédéric Saillot

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article4021

[6] Erdogan : Les forces turques sont en Syrie pour mettre fin au règne de Bachar el-Assad

https://francais.rt.com/international/29873-erdogan-forces-turques-sont-syrie

[7] Le Qatar maintiendra son soutien aux rebelles syriens même si les Etats-Unis cessent le leur

https://francais.rt.com/international/29676-qatar-maintiendra-son-soutien-rebelles-meme-si-etats-unis-cessent-le-leur-donald-trump

[8] Situation à Alep – Déclaration de Jean-Marc Ayrault (29 novembre 2016)

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/syrie/evenements/actualites-2016/article/situation-a-alep-declaration-de-jean-marc-ayrault-29-11-16

[9] Alep : Réponse de la Syrie à de Mistura qui propose une administration

autonome confiée à un comité local de terroristes !

http://www.mondialisation.ca/alep-reponse-de-la-syrie-a-de-mistura-qui-propose-une-administration-autonome-confiee-a-un-comite-local-de-terroristes/5558391

[10] Syrie: Ayrault va réunir la communauté internationale le 10 décembre

http://www.20minutes.fr/monde/syrie/1971539-20161130-syrie-ayrault-va-reunir-communaute-internationale-10-decembre

 

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