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Washington va-t-il confier le monde arabe à Riyad...

Publié le par bernard felli

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Washington va-t-il confier le monde arabe à Riyad et Téhéran ?
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Washington va-t-il confier le monde arabe à Riyad et Téhéran ?

Publié le par Felli Bernard

Thierry Meyssan
Thierry Meyssan

Washington va-t-il confier le monde arabe à Riyad et Téhéran ?

par Thierry Meyssan

Alors que la date limite des négociations 5+1 arrive à échéance, Thierry Meyssan révèle leur enjeu : derrière la fausse accusation de fabrication de la bombe atomique, Washington espérait limiter l’influence de la Révolution iranienne. Cependant, compte tenu de ses défaites militaires depuis 2006, il se contenterait d’un gel des rapports de force actuels. Par conséquent, il diviserait le monde arabe entre pro-Saoudiens et pro-Iraniens avec l’assurance des deux camps de ne pas empiéter sur la zone d’influence de l’autre.

Réseau Voltaire International | Damas (Syrie) | 17 novembre 2014

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Tous les débats politiques dans le Golfe et au Levant sont suspendus à la possible signature, le 24 novembre, d’un accord entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, l’Allemagne et l’Iran. Depuis l’élection de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence, en 2005, les États-Unis, le Royaume-uni et la France tentent d’empêcher la République islamique d’exporter sa révolution et de remettre en cause le désordre mondial. Sachant que ses scientifiques poursuivent, entre autres, des recherches en vue d’inventer une nouvelle sorte de centrale nucléaire civile afin de libérer le tiers-monde de la domination « occidentale », ils accusent sans le moindre indice l’Iran de tenter de se doter de l’arme atomique. Les sanctions qui ont été prises ont gravement touché l’économie iranienne, mais aussi allemande. La Chine et la Russie modèrent les débats.

En mai 2013, des négociations bilatérales débutèrent secrètement à Oman entre Washington et Téhéran. Suite à quoi, la candidature à la présidence iranienne du chef de cabinet d’Ahmadinejad, Esfandiar Rahim Mashaei, fut interdite de sorte que cheikh Hassan Rohani puisse être élu.

Cheikh Hassan Rohani avait été le premier contact des Israéliens lors de l’affaire Iran-Contras.

Dès l’interdiction de la candidature de Mashaei et avant même l’élection de cheikh Hassan Rohani, Washington manifeste sa bonne volonté et les négociations 5+1 évoluent positivement. La délégation iranienne accepte bientôt l’idée d’ouvrir ses centres de recherche nucléaire aux experts « occidentaux ».

Cheikh Rohani négocie alors, en dehors du groupe 5+1, directement avec Washington, la vente du gaz iranien à l’Union européenne de sorte que celle-ci puisse se passer du gaz russe et que la gaz iranien manque aux Chinois. En marge de l’Assemblée générale de l’Onu, il rencontre son homologue autrichien et met au point un projet de financement du raccordement des champs gaziers iraniens au gazoduc Nabucco. Devant la réaction de Moscou, qui dénonce les négociations bilatérales secrètes irano-US, il donne un entretien à la première chaîne russe assurant que son pays n’a pas l’intention d’exclure la Russie du marché du gaz européen.

Cependant, les États-Unis font traîner les négociations 5+1 et discutent simultanément avec les factions saoudiennes.

En octobre, le Guide de la Révolution, l’ayatollah Ali Khamenei, publie une liste de 11 points que son pays ne peut négocier. Il n’est plus question de cesser les recherches nucléaires civiles, ni de renoncer à l’enrichissement civil de l’uranium quelles que soient les contreparties. En d’autres termes, l’Iran est prête à suspendre son expansion militaire, mais pas civile.

Le Guide aurait déjà fait obstacle au projet de détournement du gaz iranien, mais il doit lâcher du lest. Non seulement de manière à faire lever les sanctions internationales qui font gravement souffrir le pays, mais surtout parce que les États-Unis sont prêts à le déstabiliser en cas d’échec. Plus de 80 chaînes de télévision occidentales en langue farsi sont prêtes à agresser le pays, tandis que les terroristes des Moudjahidines du peuple alignent leurs kamikazes.

À une semaine de la date limite, il semble que Washington se contenterait de « geler » la situation dans la région et ne chercherait plus à changer l’équilibre des forces. Le monde arabe serait partagé entre l’Iran et l’Arabie saoudite, chacun de ces États étant respectivement responsable des chiites et des sunnites.

L’administration Obama aurait réglé la succession du roi Abdallah en garantissant à chaque clan des Séoud le maintien héréditaire de ses privilèges actuels. Elle accepterait identiquement le maintien de l’influence iranienne à condition que celle-ci renonce à s’étendre par les armes.

D’ores et déjà, en signe de bonne volonté, les Houthis (chiites) ont accepté de participer à un gouvernement d’union nationale au Yémen avec les partis sunnites. Surtout, après avoir pris la capitale, ils ont cessé leur progression laissant Aden aux mains de leurs rivaux. De la sorte, ils renoncent au détroit de Bab el-Mandeb et au contrôle de la Mer Rouge.

Si l’accord irano-US était avalisé et acté par les 5+1, toutes les factions régionales trouveraient le temps de souffler après des années de tumulte. Mais aucun problème de fond ne serait réglé. Les sunnites devraient toujours considérer les wahhabites comme des musulmans, tandis que les chiites devraient accepter l’autorité iranienne alors même que Téhéran aurait mis en veilleuse l’idéal de l’imam Khomeiny. Il n’y aurait ni camp vainqueur, ni camp vaincu, mais certains acteurs dans leur propre camp seraient vaincus. Notamment la Turquie qui perdrait son autorité parmi les sunnites, voyant ainsi sanctionnée son acharnement contre la Syrie.

Pour les États-Unis, le gel du monde arabe permettrait d’orienter leur puissance militaire contre la Russie et la Chine.

Thierry Meyssan

Thierry Meyssan

Consultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Dernier ouvrage en français : L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007). Compte Twitter officiel.


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Négociations à Oman

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Kurdistan irakien: Des dirigeants accusés de...

Publié le par bernard felli

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Kurdistan irakien: Des dirigeants accusés de commercer avec l’Etat islamique
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Kurdistan irakien: Des dirigeants accusés de commercer avec l’Etat islamique

Publié le par Felli Bernard

KURDISTAN IRAKIEN
KURDISTAN IRAKIEN

Kurdistan irakien: Des dirigeants accusés de commercer avec l’Etat islamique

Publié par Gilles Munier sur 15 Novembre 2014, 07:29am

Catégories : #Irak

Par Gilles Munier /

Depuis la création de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), on se doutait – sans preuve – qu’une partie de la production de pétrole des territoires conquis par les djihadistes transitait par le Kurdistan irakien au vu et au su des dirigeants de la région – et bien sûr des services secrets occidentaux - pour être vendue sur le marché européen (1).

Une enquête du site d’investigation kurde Cawigal (Les Yeux de la Nation) confirme qu’un certain nombre de personnalités kurdes haut-placées sont impliquées dans le trafic de pétrole, de gaz en provenance de la région de Ninive, et dans l’approvisionnement de l’EIIL en véhicules.

Au Kurdistan irakien, il est évidement interdit d’entretenir des relations commerciales avec l’Etat islamique. Selon le député Firsat Sofi (PDKI - Parti Démocratique du Kurdistan – barzaniste), c’est un délit qualifié d’association de malfaiteurs en liaison avec une entreprise terroriste ! Seulement voilà, à Erbil et Soulimaniya la loi ne s’applique ni aux familles des chefs de guerre Massoud Barzani et Jalal Talabani, ni à leurs protégés.

En tête de la liste publiée par Cawigal:

- Nehad et Hemdad Barzani, deux demi-frères de l’inamovible président de la région,

- Aras cheikh Changi, un cousin de Jalal Talabani,

- Mahmud Sangawi, chef de l’UPK (Union Populaire du Kurdistan – talabaniste) à Jalawla (ville de la province de Diyala qui vient d’être prise par l’EIIL !) (2),

- Sardar et Bakhtyar Yahya (vente de véhicules).

D’autres noms sont cités, comme Sarhad Kadir, chef de la police à Kirkouk et Rizgar Ali, dirigeant de l’UPK et parent de Najmadin Karim, maire de Kirkouk.

Massoud Barzani, président de la Région autonome, ordonnera-t-il à ses services secrets – dirigés par un de ses fils ! - d’arrêter les trafiquants et les trafics ? On en doute, ou ce sera pour la galerie.

Photo: La Région autonome du Kurdistan irakien

Source: KDP and PUK leaders accused of oil and gas trading with the ISIS enemy

(1) Du pétrole de l’Etat Islamique acheté par des pays européens

(2) ISIS defeats Kurds in flashpoint Iraq town of Jalawla

Lire aussi :

L’image flétrie de Massoud Barzani

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Des indices dans un jeu d’échecs monétaire...

Publié le par bernard felli

Des indices dans un jeu d’échecs monétaire...

Des indices dans un jeu d’échecs monétaire planétaire: Jacques Sapir décortique
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Des indices dans un jeu d’échecs monétaire planétaire: Jacques Sapir décortique

Publié le par Felli Bernard

Des indices dans un jeu d’échecs monétaire planétaire: Jacques Sapir décortique
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Des indices dans un jeu d’échecs monétaire planétaire: Jacques Sapir décortique

dans Etats-Unis, International, Russie / Par Emilie Defresne / le 16 novembre 2014 à 20 h 05 min /

Un peu technique cet article, mais très intéressant pour ceux qui s’intéressent à la guerre économique qui est déclarée entre le monde occidental soumis sans partage au règne du dollar et le monde des BRICS qui sont en train de mettre sur pied une alternative à cette domination, avec peut-être un retour à l’étalon or.

Cette étude démontrerait, (avec les réserves de l’auteur), que la Russie aurait anticipé les attaques des USA sur son économie. De telle sorte que les USA, dans cette analyse des fluctuations boursières, semblent davantage être sur la défensive qu’à l’offensive, ainsi qu’on peut l’observer par ailleurs.

La Russie ayant monté une alliance pour faire concurrence à la suprématie du dollar, il était normal qu’elle ait anticipé la réaction américaine. Mais cette volonté de secouer le joug du dollar n’est-il pas la conséquence du non respect de l’engagement de l’OTAN, en compensation de la réunification de l’Allemagne, de ne pas s’étendre vers l’Est ? Et notamment une réponse aux manœuvres de déstabilisation qui ont commencé en 2004 en Ukraine ?

Tout cela n’est-il pas en filigrane dans les dernières interventions de Valdimir Poutine (Valdaï & Interview Tass) ?

De même, la bronca de l’Occident au G20, hier samedi, face à Vladimir Poutine, n’est-elle pas une mesure défensive de celui-ci face à l’éclatante démonstration d’union entre la Russie et la Chine au sommet de l’APEC, -qui venait de s’achever juste avant à Pékin-, face à un Barack Obama assez isolé ?

Il est peu probable que la guerre économique mondiale actuelle n’en vienne à provoquer une guerre globale, encore que ce soit toujours possible. Mais les USA poussés dans leur retranchements, pourraient multiplier les conflits du genre de celui d’Ukraine sur divers fronts, notamment le front du Pacifique, et pas seulement face à la Russie. Sur ces questions la minutieuse enquête ci-dessous apporte quelques réponses.

Bonne lecture!

E.D.

______________________________

Le trouble du Rouble

12 novembre 2014

Par Jacques Sapir

Le rouble s’est considérablement affaibli ces derniers dix jours, depuis la fin du mois d’octobre avant de se reprendre quelque peu. Il est clair que des perturbations très fortes sont à l’œuvre sur le marché des changes. Les autorités russes mettent en cause une spéculation, d’origine politique, pour expliquer les mouvements de ces derniers jours. Mais, il faut remarquer que des facteurs « objectifs » existent aussi. Il convient donc de chercher à comprendre la nature des événements qui se déroulent sur le marché des changes russes et leur possible conséquences sur l’économie réelle, à court et moyen terme.

I. Une baisse du Rouble généralisée.

La baisse du rouble a été très sensible depuis le début du mois de septembre et s’est accélérée durant octobre et les premiers jours de novembre. Mais, cette baisse du Rouble traduit aussi la force relative de certaines monnaies. La mesure des évolutions des taux de change depuis le début de l’année 2014 permet de le mesurer.

Graphique 1

Evolution du taux de change en pourcentage de celui du 31/12/2013

(Echelle inversée)

<img class="aligncenter size-large wp-image-3019" src="http://f-origin.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/981/files/2014/11/A-Tx-deChge-500x305.jpg" alt="A - Tx deChge" width="500" height="305" />

On constate que le mouvement de baisse du rouble se déroule de manière très différente suivant 5 périodes que l’on peut clairement discerner sur le graphique n°1.

  1. La première période couvre le mois de janvier 2014. La baisse du Rouble correspond ici au changement de politique de la Banque Centrale de Russie qui cesse de faire du niveau du taux de change un objectif de politique économique. Le Rouble se déprécie alors de 5% à 9% suivant les monnaies.
  2. La seconde période va du début du mois de février jusqu’au 15 mars, et correspond aux tensions qui surviennent en Ukraine, et à la déclaration d’indépendance de la Crimée, qui demande – et obtient – son rattachement à la Russie. La dépréciation se poursuit, combinant alors des causes économiques et des causes politiques.
  3. A partir du 15 mars, et jusqu’au 9 juillet, le mouvement s’inverse. Mais il s’inverse plus rapidement pour le taux de change contre le Dollar ou l’Euro ou encore le France suisse que pour le Yen, la Livre Sterling et le Won coréen. Pour les trois premières monnaies, le taux de change du Rouble revient à son niveau du 22 janvier. Mais, il existe alors un écart de 3% à 5% entre les valeurs des trois premières et des trois dernières monnaies. Cela montre que des phénomènes de différenciation sont à l’œuvre entre les monnaies et que les mouvements du Rouble sont, de fait, redevenus normaux.
  4. Une quatrième période correspond aux événements du début de l’été, comme la destruction du Boeing de la Korean Air Line du vol MH17, destruction qui donne toujours lieu à controverse, mais aussi l’échec de l’offensive des troupes de Kiev, et la déroute de ces dernières à la fin du mois d’Août et au début de septembre. Cette période va donc du 10 juillet au 1er octobre. Le Rouble recommence à se déprécier, mais il tend à se déprécier bien plus vite contre le Dollar que contre les autres monnaies, et en particulier l’Euro et le Franc suisse mais aussi le Yen japonais.
  5. Enfin, nous avons la dernière période, qui va du 1er octobre aux jours actuels, et qui est marquée par une dépréciation accélérée du Rouble, mais aussi un fort mouvement de différenciation entre le Dollar et la Livre Sterling d’une part, et l’Euro, le Franc suisse ou le Yen.

Tableau 1

Evolution des parités par rapport à celle du 31 décembre 2013

Roubles pour 1 Dollar

Roubles pour 1 Euro

Roubles pour 100JPY

Roubles pour 1000 KRW

Roubles pour 1 Fr Suisse

Roubles pour 1 BPD

106,0%

105,1%

108,3%

103,7%

105,0%

106,8%

112,2%

112,7%

115,7%

110,4%

113,8%

113,0%

105,4%

103,9%

108,7%

110,0%

104,8%

109,5%

120,6%

110,9%

115,6%

120,7%

112,6%

118,9%

140,7%

126,6%

127,4%

135,6%

129,0%

135,2%

Source : Banque Centrale de Russie

On constate donc que l’essentiel de la dépréciation du Rouble s’est jouée à partir du mois de septembre, mais que cette dépréciation reflète AUSSI les différences d’appréciation entre chaque monnaie. La perte a été très forte face au Dollar depuis le début du mois de septembre, mais elle est nettement plus faible par rapport à la Livre, au Franc suisse et à l’Euro tandis qu’elle est encore plus mesurée pour le Yen.

Tableau 2

Ecart des parités suivant les périodes

Roubles pour 1 Dollar

Roubles pour 1 Euro

Roubles pour 100JPY

Roubles pour 1000 KRW

Roubles pour 1 Fr Suisse

Roubles pour 1 BPD

31/12/ 2013 – 29/01/2014

6,00%

5,10%

8,30%

3,70%

5,00%

6,80%

29/01/2014 – 15/03/2014

6,20%

7,60%

7,40%

6,70%

8,80%

6,20%

15/03/2014 – 09/07/2014

6,80%

-8,80%

-7,00%

-0,40%

-9,00%

-3,50%

09/07/2014 – 01/10/2014

15,20%

7,00%

6,90%

10,70%

7,80%

9,40%

01/10/2014 – 12/11/2014

20,10%

15,70%

11,80%

14,90%

16,40%

16,30%

09/07/2014 – 12/11/2014

35,30%

22,70%

18,70%

25,60%

24,20%

25,70%

Ceci accrédite la thèse qu’il y a bien une « particularité » du taux de change du Rouble face au Dollar, que l’on considère cette particularité comme économique ou politique. Bien sûr, le Dollar s’est apprécié face à l’Euro dans la même période. L’Euro s’est déprécié de -8,3% par rapport à la devise américaine dans la période du 9 juillet 2014 au 12 novembre 2014. Si la parité était restée constante, l’Euro se serait apprécié de 31% par rapport au Rouble, ce qui laisse une marge de 4% inexpliquée par rapport au Dollar. Cette marge, en apparence faible, est en réalité importante quand on connaît les pratiques des arbitragistes sur le marché des changes. Il y a donc bien une « anomalie ». Cette dernière semble s’être concentrée sur les évolutions depuis le mois de septembre, voire de juillet. On peut alors faire plusieurs hypothèses, qui ne sont pas nécessairement contradictoires :

(a) Une véritable problème lié au Dollar, qui est le produit des sanctions américaines, et particulier des menaces implicites qui pèsent depuis l’affaire BNP-Paribas sur des non-résidents faisant des opérations en Dollar avec la Russie. Ceci pourrait expliquer des mouvements de sortie des capitaux, liés à des opérateurs étrangers (essentiellement américains) qui ont liquidé leurs positions à la Bourse de Moscou dans la crainte d’éventuelles pénalités.

(b) Mais il faut aussi tenir compte du fait que le Dollar est bien plus utilisé dans les mouvements de spéculation internationale. On peut donc penser que des spéculateurs anglais et américains attaquent plus particulièrement la parité Rouble-Dollar. C’est l’hypothèse implicitement faite par les autorités russes. Les accusations répétées contre des banques pour des manipulations du marché des changes donnent un certain crédit à cette explication[1].

(c) On peut aussi penser que des banques russes privées ont spéculé CONTRE leur propre monnaie, trouvant ici un moyen facile de faire de l’argent. La décision prise par la BCR de laisser « flotter » le Rouble, et d’intervenir sans crier gare vise aussi cette forme de spéculation.

On avance souvent l’hypothèse d’une sortie massive des capitaux. Mais, des mouvements de sortie peuvent aussi être parfaitement normaux, quand par exemple les entreprises russes acquièrent des entreprises étrangères. En fait les « fuites » au sens propre (illégales) ont été réduites et les sorties, par désinvestissement semblent s’être arrêtée à l’été 2014. En fait, on ne dispose pas de données précises, distinguant les opérations menées par des russes qui achètent des actifs hors de Russie et des non-résidents, qui vendent des actifs russes. Mais, en comparant le montant des opérations d’achat et de vente et la variation de l’endettement externe on peut néanmoins tirer quelques conclusions.

Graphique 2

On voit un mouvement de sortie très important au début de l’année 2013. Mais, il correspond à un accroissement tout aussi important de l’endettement. Il est clair, là, que ce sont des achats d’entreprises à l’étranger qui expliquent ces fortes sorties de capitaux. Les entreprises russes ont fait de la « croissance externe ». Par contre, d’octobre 2013 à mai 2014, on a des sorties de capitaux (certes, moins importantes) mais des fluctuations très faibles de l’endettement extérieur. Il est clair que ce sont ici les non-résidents qui ont liquidé leurs positions en Russie, et l’on constate que ce mouvement a commencé avant les tensions explicites entre la Russie et les Etats-Unis sur l’Ukraine. Autrement dit, on peut se demander si les Etats-Unis n’ont pas cherché à déstabiliser le pouvoir russe avant même février 2014. Le point est important, et il pourrait expliquer la brutalité des réactions ultérieures de la Russie.

Graphique 3

Sortie des capitaux de Russie

On constate donc bien des sorties importantes de capitaux, mais ces dernières semblent avoir connu leur maximum au printemps dernier, et elles ne semblent pas pouvoir expliquer les mouvements sur le taux de change du rouble que l’on a constaté depuis le mois de d’octobre 2014. Ces mouvements sont donc bien produits, comme le laisse entendre le gouvernement russe, par une spéculation forte, probablement à but politique.

II. Les causes des évolutions récentes.

Cependant, les évolutions récentes ont aussi des causes « réelles » comme la baisse des prix du pétrole et du gaz. Il faut ici savoir que si la production de gaz et de pétrole ne représente que 11% du PIB de la Russie, elle représente entre 45% et 55% des revenus fiscaux de l’Etat. Une baisse des cours du pétrole et du gaz aurait donc des répercussions importantes sur l’équilibre budgétaires du gouvernement. Les autorités russes accusent désormais assez ouvertement l’Arabie Saoudite de faire plonger les cours est de mener, sur « ordre des Etats-Unis » une « guerre économique » contre la Russie. Il est vrai que l’on a constaté, ces derniers mois une baisse de 110 USD à 84 USD pour un baril de pétrole. Cette accusation de la part du gouvernement russe semble en partie fondée, mais en partie seulement car il est clair que la situation économique mondiale ne se prête pas à des prix élevés.

Pourtant, cette baisse des prix peut être compensée par la dépréciation du rouble. En effet, les impôts sur les exportations de pétrole et de gaz sont calculés en Dollar. Si le prix baisse en Dollar, le revenu de ces impôts baisse aussi. Mais, si le Rouble se déprécie par rapport au Dollar, les revenus vont monter en Rouble. Or, le calcul du budget de la Russie se fait en Rouble et non en Dollar. Notons aussi qu’une dépréciation du Rouble garantit les revenus (en roubles) et les profits des compagnies russes. Si la dépréciation est importante, les coûts d’exploitation en roubles vont baisser plus vite que le chiffre d’affaires en Dollar, et la marge d’exploitation des entreprises va augmenter. En fait, on peut se demander si le gouvernement russe n’a pas anticipé une crise potentielle avec les Etats-Unis dès la fin de l’année 2013, ce qui pourrait expliquer le revirement de politique de la part de la Banque Centrale qui a cessé progressivement de soutenir le cours du Rouble dès le début de janvier 2014. En fait, le changement de politique de la Banque Centrale, officiellement expliqué par la volonté de mieux combattre l’inflation, n’a pas été lié à ce que l’on a remarqué plus haut, soit un désinvestissement des opérateurs financiers américains de Russie. Si cela devait être vérifié, cela voudrait dire que les relations entre la Russie et les Etats-Unis ont commencé à se dégrader de manière silencieuse, mais irrémédiable dès la fin de l’année 2013.

Enfin, il faut considérer que une forte dépréciation du Rouble joue le rôle d’une mesure de protection pour les industries russes, et rend leurs produits plus compétitifs, tant sur le marché intérieur que sur les marchés extérieurs. De ce point de vue, on peut penser que le gouvernement russe n’a pas été attristé de la dépréciation du Rouble, en cela qu’elle allait dans le sens de sa volonté de réindustrialiser la Russie.

III. Les effets sur l’économie réelle.

La dépréciation du Rouble agit aussi comme une mesure protectionniste, protégeant le marché intérieur et favorisant aussi les exportations. Le solde commercial reste égal à 10 milliards de dollars par mois, et il semble qu’il ait eut tendance à augmenter depuis septembre en raison de la dépréciation encore plus forte du rouble. En fait, les importations se sont contractées par rapport à 2013.

Graphique 4

Importations et exportations en milliards de dollars (données mensuelles)

<img class="aligncenter size-large wp-image-3022" src="http://f-origin.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/981/files/2014/11/A-ComExt-500x310.jpg" alt="A - ComExt" width="500" height="310" />

De ce point de vue, la situation de la Russie apparaît comme extrêmement saine. Les réserves de change de la BCR, qui sont actuellement de 450 milliards de dollars représentent plus de 12 mois d’importations de biens et services. La Russie est pour l’instant à l’abri d’une détérioration de sa situation financière internationale.

Graphique 5

<img class="aligncenter size-large wp-image-3023" src="http://f-origin.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/981/files/2014/11/A-AR%C3%A9serves-500x308.jpg" alt="A - ARéserves" width="500" height="308" />

Par contre, deux points sont clairement problématiques aujourd’hui et nécessiteront d’être spécifiquement traités par les autorités russes.

  1. 1. L’inflation. Cette dernière s’accroit naturellement avec la dépréciation du Rouble. Elle devrait atteindre en raison de la dépréciation du Rouble environ 8,2% – 8,5% en 2014. Cela signe une forte augmentation par rapport au taux pour 2013 (6,3%), même si un taux de 8,2% n’est nullement incontrôlable et ne pose pas de problème macroéconomique à long terme pour le gouvernement.
  2. 2. Les investissements. Les investissements sont, pour l’instant, directement pénalisés par la politique des taux d’intérêts de la Banque Centrale, qui a remonté le loyer de l’argent au jour le jour à 9,5% par an, politique qui est cohérente avec la décision de laisser flotter le Rouble. Dès lors, trois solutions sont possibles : (a) La mise en place de circuits séparés pour l’investissement, financés largement par la puissance publique. (b) La mise en place d’un système de contrôle des capitaux, qui permettrait de baisser les taux d’intérêts en interne. (c ) La mise en place d’un circuit financier adossé au Yuan, qui impliquerait des investissements importants de la Chine en Russie et qui poserait un problème politique quand aux relations entre ces deux pays, en rendant la Russie dépendante de son partenaire pour de longues années.

A l’heure actuelle, la première solution est de loin la plus probable, peut-être articulée avec le développement d’un marché du Yuan d’investissement, mais ce dernier restant relativement limité. Mais, si les problèmes demeurent d’ici la fin de l’année, on ne peut exclure la seconde solution, soit un régime de contrôle des capitaux.

SOURCE: Jacques Sapir

[1] http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/11/12/scandale-du-forex-cinq-banques-ecopent-d-une-amende_4522118_3234.html

Jacques Sapir

Ses travaux de chercheur se sont orientés dans trois dimensions, l’étude de l’économie russe et de la transition, l’analyse des crises financières et des recherches théoriques sur les institutions économiques et les interactions entre les comportements individuels. Il a poursuivi ses recherches à partir de 2000 sur les interactions entre les régimes de change, la structuration des systèmes financiers et les instabilités macroéconomiques. Depuis 2007 il s’est impliqué dans l’analyse de la crise financière actuelle, et en particulier dans la crise de la zone Euro.

VOIR LES NOMBREUX GRAPHIQUES EN CLIQUANT SUR LE LIEN /http://www.medias-presse.info/les-indices-dun-jeu-dechecs-monetaire-planetaire-jacques-sapir-decortique/18349?utm_source=wysija&utm_medium=email&utm_campaign=Mailing+quotidien

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Débat Todd / Gaino sur l’Europe : “L’Europe...

Publié le par Bernard Felli

Débat Todd / Gaino sur l’Europe : “L’Europe...

Débat Todd / Gaino sur l’Europe : “L’Europe avance, vers le mal…”
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Débat Todd / Gaino sur l’Europe : “L’Europe avance, vers le mal…”

Publié le par Felli Bernard

OLIVIER BERRUYER
OLIVIER BERRUYER

17

nov

2014

Débat Todd / Gaino sur l’Europe : “L’Europe avance, vers le mal…”

Extraits de l’excellentissime débat Emmanuel Todd / Henri Gaino chez Atlantico (version intégrale sur le site), survenu le 10 octobre.

Atlantico : Dans son dernier Livre “Sauvons l’Europe !”, Valéry Giscard D’Estaing déclare “L’Europe, notre Europe, dispose encore de 20 ou 30 ans pour s’unir comme ont su le faire les américains et rééquilibrer de ce fait le jeu des grandes puissances”. Partagez-vous ce constat ? Les raisons qui ont poussé les états européens à s’unir après la seconde guerre mondiales sont-elles encore valables aujourd’hui ?

Emmanuel Todd : Cette idée que l’union fait la force, “les Etats Unis sont gros, la Chine encore plus, l’Inde arrive, tout le monde est gros sauf nous”, c’est le paralogisme fondamental de l’européisme. Cette idée est très puissante, elle semble de bon sens. J’y étais moi-même assez sensible. Puis, je me suis aperçu que la politique de contrôle salarial allemand était dirigée contre ses partenaires et consciente. Si l’Allemagne fait baisser son coût du travail de 20%, cela ne produira aucun effet sur la Chine qui, à l’époque, avait un cout du travail vingt fois moins élevé.

Par contre, vis-à-vis de la France, de l’Italie etc….cela va faire un gros effet.

Même jeu pour la politique de change de Pékin, avec un maintien de la monnaie chinoise au plancher: est-elle vraiment dirigé contre les Etats Unis? Evidemment non. Mais contre les Vietnamiens, les Thaïs, les Indonésiens et autres pays à bas coût du travail. Dans la globalisation, nous voulons toujours voir seulement une compétition entre les pays à haut et bas cout du travail. Mais dans les ajustements des nations à la globalisation, ce que nous observons d’abord, c’est que chacun des acteurs essaye de s’en sortir, non pas en luttant contre les plus lointains, mais contre les plus proches, par la géographie et le niveau de développement.

Dans la globalisation, l’Allemagne ne cherche pas son équilibre par une coopération économique avec ses partenaires mais par leur destruction industrielle. De même, la Chine affronte ses voisins du sud. Les gens vivent avec une idée fausse, inversée de l’Europe: elle n’est plus du tout une zone pour se protéger, pour survivre, c’est au contraire une zone de guerre économique maximale. La baisse du coût du travail, c’est une stratégie anti-voisin: on essaye d’être le dernier à survivre dans un processus d’abaissement des niveaux de vie, d’anéantissement du futur. Dans ce contexte de compétition féroce entre voisins sociaux, économiques, géographiques, les effets économiques des différences de force liées à l’anthropologie et à l’histoire sont maximisées.

La vérité est que pour les plus petits ou les plus faibles, l’enfermement dans l’euro rend toute défense par le change impossible. On assiste à une implacable mécanique de mise en hiérarchie, d’abord économique mais très vite politique. La Grèce est déjà un genre de protectorat interne. Voilà ce qui se passe réellement en Europe. C’est la métamorphose de Kafka, version économico-politique. Hier, nous vivions dans un monde de nations libres et égales, d’esprit français, mais aujourd’hui, nous nous réveillons comme le petit fonctionnaire de Kafka, à l’état de cafard rampant sur un mur. L’Europe est devenue un monstre hiérarchique.

Henri Guaino : [...] Que les pays d’Europe aient beaucoup d’intérêts à défendre ensemble, cela est vrai. Mais ce que propose Valéry Giscard d’Estaing est d’une autre nature : copier les Etats-Unis d’Amérique, c’est à dire faire de l’Europe une seule Nation. Mais une Nation, c’est bien autre chose qu’une liste d’intérêts communs, même si la liste est longue. Une Nation, cela ne se décrète pas.

Même aux Etats-Unis cela a été un peu compliqué. Il a fallu, quand même, la guerre de sécession et ses 600 000 morts, et les guerres indiennes. Et c’était un pays neuf, un pays de pionniers transformé, non sans une certaine cruauté, presque en page blanche par les nouveaux venus qui voulaient écrire leur propre histoire sur une terre vierge.

L’Europe est un vieux continent avec de vieux pays et une très vieille histoire. Croire que l’on va simplement, parce qu’on le veut, effacer toutes ces singularités, toutes ces histoires qui font l’Europe, est le péché originel d’une construction qui ne veut tenir aucun compte ni de la géographie, ni des héritages. Est-ce que chercher à s’unir sur le plus petit dénominateur commun, tellement petit qu’il ne représente rien, rend plus fort ou plus faible ? Est-ce que priver tous les peuples d’Europe de leur capacité à décider pour eux-mêmes, fait automatiquement une capacité européenne à décider pour tous ? Est-ce que le broyage des peuples dans l’immense machine bureaucratique de Bruxelles a fait naître une volonté commune plus grande que la volonté de chacun ? Est-ce que l’Europe y a gagné en puissance dans le monde et en prospérité ? La réponse est non. L’Europe des politiques communes, de la préférence communautaire, du marché commun avait peut-être un sens : il s’agissait d’accomplir ensemble ce qui pouvait l’être. Mais tout change avec l’acte unique au milieu des années 80, lorsque l’on a décidé de faire de la concurrence l’alpha et l’oméga de toutes les politiques européennes. Pourquoi ce basculement ? On peut l’imputer à l’idéologie libérale qui triomphait à l’époque. Mais, me semble-t-il, la raison était l’élargissement de l’Union et dans le dessein fédéraliste, plus ou moins avoué.

Le fédéralisme pousse à une extension continue du champ des compétences communautaires au mépris du principe de subsidiarité. Résultat, il est de plus en plus difficile, alors que le nombre des Etats membres augmente, de prendre ensemble des décisions sur un nombre de plus en plus important de sujets. C’est cette double dérive de l’élargissement des compétences et des frontières extérieures qui a poussé l’Union à s’en remettre à la commission pour tout régler. Ainsi, à partir du milieu des années 80, on a commencé à mettre l’Europe en pilotage automatique, c’est-à-dire d’une certaine manière à la dépolitiser. Cette entreprise de dépolitisation totale de la société et de l’économie européennes est une entreprise sans précédent dans l’Histoire.

Elle est en contradiction avec tous les principes de la civilisation européenne. Et elle est sans issue : les peuples qui veulent écrire leur propre histoire ne peuvent supporter d’être dépossédés, peu à peu, de leur souveraineté. La politique, c’est la volonté humaine dans l’histoire, opposée, pour le meilleur et pour le pire, à tous les déterminismes. Imagine-t-on le continent qui a inventé le libre arbitre s’unir en se reniant à ce point ?

Imagine-t-on l’Europe qui a inventé ce que nous appelons la politique se construire impunément sur un projet d’effacement de la politique, de la volonté et de la responsabilité politiques, pour remettre tout son destin à des règles automatiques et des autorités indépendantes n’ayant de comptes à rendre à personne ?

Quand je dis l’Europe, il faut s’entendre. Il y a l’Europe de la culture et de la civilisation et l’Europe comme construction institutionnelle. On peut se sentir profondément européen, appartenant à une civilisation européenne et mal à l’aise dans cette union artificielle, fondée non sur des réalités qui s’imposent à nous, mais sur des textes d’inspiration bureaucratique qui prétendent, depuis 30 ans, régenter de plus en plus notre vie quotidienne. La civilisation, la culture, la géographie sont des faits qui s’imposent à nous.

L’Union européenne est une construction que nous ne sommes pas obligés d’accepter telle quelle est, que nous pouvons critiquer et changer si nous estimons qu’elle ne fonctionne pas. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle ne fonctionne pas et qu’elle nourrit des ressentiments et des crispations auxquels on pensait que l’histoire avait fait un sort définitif. En confondant l’idée d’Europe avec la construction européenne actuelle, on tue le débat, comme on le tue lorsque l’on proclame que c’est l’Union européenne qui a fait la Paix et non l’inverse, car on ne critique pas la Paix.

La construction européenne, c’est le nouveau débat interdit. Vous connaissez la formule : l’Europe où le chaos ! Mais, c’est en faisant l’union de l’Europe de cette façon que l’on va droit au chaos.

Emmanuel Todd : J’en ai vraiment marre de l’Europe. Affirmer une identité européenne devient une obligation de bien-pensance, étouffante, totalitaire. Personnellement, cela ne me gêne pas d’être en Europe, j’ai toujours plaisir à voyager sur ce continent, mais je n’ai aucune identité européenne. Je me définis comme français, ça c’est sûr, et heureux de l’être, éventuellement breton, juif, ayant des liens avec le monde anglo-saxon, mais pour rien au monde européen. J’aime spécialement l’Italie, le Japon, la Hongrie. J’éprouve toujours une immense reconnaissance envers la Russie qui nous a débarrassé de la Wehrmacht. J’en ai assez de l’obligation rhétorique de se dire européen. L’Europe est un désastre, et ça va comme ça. En tant qu’historien de la longue durée, ma révulsion est d’intensité égale: la réalité de la France n’est pas qu’elle est en train de fusionner avec la Finlande, la Tchéquie, l’Espagne, l’Irlande et l’Allemagne, mais que des populations d’origines européenne, africaine, arabe et asiatique sont en train d’y fusionner, notamment en région parisienne, et que face à la grandeur historique de ces retrouvailles planétaires, l’idée européenne est par nature étroite, mesquine même.

Henri Guaino : L’Europe qui a inventé aussi l’universalisme ne doit pas être un enfermement, ou même un renfermement. Mais l’Europe existe dans la pensée, dans les idées, dans la civilisation, dans l’héritage de la chrétienté, et de la Méditerranée : si la philosophie allemande me parle, c’est aussi parce qu’elle est l’héritière de la philosophie grecque. Le constat est quand même que l’homme européen qui porte cet immense héritage de culture, le poids si lourd de tant de souvenirs, la marque d’une spiritualité si profonde, n’a jamais été aussi affaibli dans le monde, aussi fragile, aussi vulnérable que depuis que la construction européenne s’est métamorphosée en processus de dépolitisation, inspiré par une idéologie de la table rase qui se représente l’Europe comme une terre vierge de tout héritage et qui récuse même la géographie, puisque cette Europe n’a plus de limite et semble extensible à l’infini. Cette construction a d’autant plus affaibli l’Europe et les Européens que cette métamorphose s’est produite en même temps que ce changement décisif que l’on appelle la mondialisation qui a ouvert la porte à tous les dumpings et à toutes les concurrences déloyales, remplaçant un monde où chacun se développait en contribuant au développement des autres par un monde où chacun est conduit à se développer au détriment des autres. [...]

Emmanuel Todd : Je trouve que l’on est un peu en retard dans le vocabulaire. On emploie des mots sans se rendre compte qu’ils ont changé de sens. On continue à parler d’Europe, ou de fédéralisme, comme si l’on avait toujours affaire à la même “chose”. Mais ce n’est plus la même Europe. C’est une Europe où les nations sont inégales. Il y a un chef qui est l’Allemagne et ses satellites d’Europe du nord et des pays baltes. On vit dans une Europe ou les Polonais sont à prendre au sérieux alors qu’ils veulent faire la guerre aux Russes.

On met Moscovici sous contrôle letton. Ce n’est plus l’Europe de papa, l’Europe sympa de la politique agricole commune, d’Airbus, d’Ariane et du projet Erasmus. C’est un autre monde, austéritaire, inégal, sado-masochiste, qu’il faut peut-être l’appeler par son nom allemand, Europa.

(Nous dévoilons le titre du livre de Valéry Giscard D’Estaing : EUROPA- Sauvons L’Europe !)

C’est caractéristique, je n’avais pas vu ce titre du livre de Valéry Giscard d’Estaing. Quel talent! Il est vrai que le privilège des vieillards est de ne plus avoir à faire semblant. Un autre exemple de retard conceptuel: lorsque des benêts, pas toujours socialistes, nous disent que, pour résoudre les problèmes économiques, « il faut aller vers plus de fédéralisme », ils ont un train intellectuel de retard. Il y a déjà un centre de décision unique en Europe qui est l’Allemagne. Et l’Allemagne est centralisée, à Berlin, dans son processus décisionnel. Les ministres français vont à Berlin demander des autorisations à leurs superviseurs allemands. Bon, c’est un fédéralisme hiérarchique un peu complexe. On se tord les mains en se lamentant de ce que l’Europe française n’avance plus. Mais une autre Europe avance, ensemble d’Européens inégaux habitant des nations inégales placées sous l’autorité d’une nation hégémonique, l’Allemagne, dont la démocratie particulière continue de fonctionner. Merkel, au contraire de Hollande est populaire et légitime dans son pays. Je l’ai dit dans le journal allemand “Die Zeit”, l’Allemagne est, selon le concept politologique classique, une Herrenvolk Democracy : un peuple dominant y délibère démocratiquement et décide pour les autres. Je crois cependant que cette structure n’est qu’une étape.

Le premier souci des élites dirigeantes allemandes n’est pas le bien-être du peuple. En relisant “Les Etapes de la croissance économique” de Rostow, j’ai redécouvert cette idée que les sociétés qui ont atteint un certain niveau de développement ont le choix entre une politique de bien-être des populations et une recherche de la puissance. L’Allemagne fait une politique de puissance. A Berlin, le bien-être des populations n’est pas prioritaire, y compris celui de la population allemande. [...]

Atlantico – Le projet européen est-il une impossibilité en lui-même ou un échec découlant de cette construction ?

Emmanuel Todd : On m’accuse toujours d’être germanophobe. Quelle erreur! Je connais mieux l’histoire allemande que la plupart des gens qui peuplent l’Elysée, l’Assemblée et les rédactions en chef des journaux traditionnels. Mon attitude est fondamentalement une acceptation d’historien: j’accepte de voir la spécificité de la puissance allemande, l’évidence d’un rôle particulier de l’Allemagne dans l’histoire. J’accepte de voir que la modernité éducative européenne a commencé avec la réforme protestante, que l’Allemagne était alphabétisée longtemps avant la France et je connais par ailleurs les structures familiales allemandes. J’accepte de façon empirique cette évidence de la capacité de l’Allemagne à dégager une énergie particulière à certains moments. J’accepte de voir que la France a fait ce qu’elle a pu, qu’elle a fait son devoir, au-delà même de ses forces en 14-18. Et j’ai tiré la leçon de la deuxième guerre mondiale: la France ne peut seule contrôler l’Allemagne dans l’espace européen. La France a d’autres qualités; cela n’a aucun sens de justifier pourquoi on préfère être français. L’idée française que l’on peut faire comme l’Allemagne – je n’ai même pas dit aussi bien- est une aberration. La leçon de l’histoire c’est que nous n’en finissons pas d’avoir un problème allemand, c’est une régularité qui dérive de la constitution anthropologique et religieuse de l’Allemagne. Mais il y a d’autres pays comme cela ; si la Suède avait 80 millions d’habitants, je vous garantis qu’on dégusterait une version ultra féministe de la même chose.

Les élites françaises ont un rapport névrotique à l’Allemagne. Elles aimeraient gérer un peuple aussi obéissant et efficace. Mais nous, Français, sommes autre chose, et notamment peu enclins à accepter sans discussion l’autorité. Nos énarques ne peuvent l’admettre. Il est vrai que les énarques de la botte, Inspecteurs des Finances, Auditeurs à la Cour des Comptes ou au Conseil d’Etat ont le plus souvent réussit en fayotant et sont donc très mal armés intellectuellement pour penser la désobéissance. Mais l’Allemagne est l’Allemagne, disciplinée, efficace, obstinée dans la poursuite d’objectifs spécifiques. Nous ne sommes pas à la bonne échelle de puissance pour la contrôler, c’est le boulot des autres: Américains, Anglais, Russes. [...]

Atlantico – Quel sens prend la construction européenne aujourd’hui ?

Henri Guaino : [...] Mais la politique de la démographie allemande ne peut pas être la nôtre. A fortiori celle de tout le continent. Elle conduit dans beaucoup de pays à un rejet de l’Allemagne et de l’Europe.

Emmanuel Todd : Le système européen dysfonctionne, c’est une évidence massive, un nez au milieu d’une figure. La question n’est donc plus de savoir si l’Europe fonctionne, l’Europe est un désastre. Le problème est désormais de pouvoir répondre à la question « Pourquoi ne se passe-t-il rien ? ». Il y certes a un problème de conscience et de responsabilité des élites dirigeantes. Mais dénoncer les élites ne suffit pas. Que se passe-t-il dans le corps électoral ? Il faut quand même admettre qu’il y a encore des élections en France et que le corps électoral n’est pas dans un état d’esprit révolutionnaire. Les gens sont capables de voter non à la constitution de 2005 mais lorsque les manœuvres politiques aboutissent au traité de Lisbonne, il ne se passe rien. Il y a toute une partie de la France qui s’accommode des politiques de l’Allemagne: la France reste riche et elle est de plus en plus vieille. Passive.

Henri Guaino : Cela ne préjuge en rien du caractère révolutionnaire du peuple français. L’histoire nous apprend que les ressentiments, les colères peuvent rester longtemps souterrains jusqu’au jour où, de façon toujours surprenante et inattendue, ils éclatent au grand jour.

Emmanuel Todd : Vous avez raison, mais ce que je dis, en tant que démographe, est que le genre de structure d’âge qu’a actuellement le monde occidental n’a jamais existé dans l’histoire. Compte tenu de la structure politique représentative et de la place des vieux dans le corps électoral on a un peu de mal à imaginer une sortie du blocage actuel dans le cadre de procédures démocratiques. L’âge médian des électeurs doit être proche de 50 ans.

Henri Guaino : Cela ne veut pas dire qu’il ne se passera rien éternellement. Personne, en janvier 1789, ne croyait que la révolution allait tout emporter. Je crois qu’il existe toujours un degré de souffrance à partir duquel tout peut arriver. Et c’est le problème auquel se trouve confrontée l’Europe, une fois de plus, comme elle y a été confrontée dans les années 30. Il y a un moment où à force de faire souffrir les gens, la colère devient irrépressible.

[...]

Emmanuel Todd : Ce qui est caractéristique de l’Europe c’est de ne plus être dans la réalité du monde, de plus avoir de vision globale du monde, comme il en existe aux Etats-Unis, en Russie, en Chine ou au Japon. Cela dit, l’Allemagne développe une vision et si elle reste longtemps le centre de l’Europe, alors l’Europe finira par acquérir une vision allemande du monde.

Ce que montre l’Histoire c’est qu’en général les politiques sont en retard sur les crises économiques. On en arrive en général à une crise politique avant d’avoir résolu la question économique. Et ce que montre l’histoire des crises politiques, c’est que les tempéraments politiques nationaux sont très différents. En vérité, l’entrée en crise maximise la diversité culturelle et les antagonismes. En 1929, les deux pays les plus avancés dans la crise sont l’Allemagne et les Etats Unis. Pour produire Roosevelt d’un côté et Hitler de l’autre. En France cela donne le Front Populaire. Ce sont des réactions fort diverses. Je sens monter une tension générale s’incarnant en Europe dans une divergence des comportements politiques. En France, on est pris dans une farandole totalement démente associant une droite classique pulvérisée, un PS qui est devenu un vrai parti de droite, aile gauche comprise, et un Front National prônant simultanément la solidarité nationale et la division de la nation entre Français anciens et récents. En Allemagne, ils ont comme en Suisse l’union de la gauche et de la droite, effet d’une organisation verticale de la société. Lorsqu’on dit que l’Europe est désormais le continent de “la” démocratie, (après avoir inventé le fascisme, le communisme et le nazisme soit dit en passant), on fait comme s’il n’y avait chez les 27 qu’un seul système politique. C’est faux. D’ailleurs, si les gens de l’UMP ou du PS étaient sérieux dans leur idée de faire comme l’Allemagne, ils gouverneraient ensemble.

La crise approche, la pensée unique évolue. La pensée unique des années 90 (pour moi pensée «zéro »), c’était l’infinie beauté du libre-échange, de l’euro, de la démocratie, l’amitié entre les peuples, un pacifisme de principe. Sur ce dernier point nous pouvons identifier une mutation récente, effet de l’anxiété d’élites, politiques ou journalistiques impuissantes devant le détraquage du monde. Ce que l’on sent venir, ici c’est un besoin de boucs-émissaires et une préférence pour la guerre: avec Bachar El-Assad, avec Poutine. La pensée zéro n’est plus pacifiste. L’Europe avance, vers le mal. On dénonce depuis un quart de siècle la xénophobie des couches populaires, mais vraiment, m’acharnant à essayer de comprendre la russophobie des élites, je suis arrivé à la conclusion que la russophobie, c’est tout simplement la xénophobie des élites.

Henri Guaino : [...] La pensée unique ou vide est celle de la bonne conscience. Aujourd’hui, comme dans les années 30, elle ne pense pas la crise de civilisation européenne et mondiale.

L’Europe a tout faux. Elle a tourné le dos à la Russie. Elle a tourné aussi le dos à la méditerranée et elle s’est coupée de sa source culturelle, spirituelle, géographique, avec une terrible désinvolture que nous payons aujourd’hui. Le mépris de beaucoup de nos partenaires du Nord et de l’Est pour l’Europe du Sud s’inscrit dans cette logique suicidaire. [...]

Ne refaisons pas l’histoire. Mais observons où peuvent conduire le pacifisme bêlant, l’opportunisme et le conformisme politiciens qui assurent les carrières, le confort d’une bonne conscience à toute épreuve qui conduit à la perte de tout sens moral, une intelligence uniquement préoccupée par les petits calculs, les petites combinaisons, incapable d’appréhender la nature des crises et la dimension tragique de l’histoire. A vrai dire, Laval représente un type de personnage que l’on rencontre tous les jours. Il a vécu juin 40 comme une opportunité pour revenir au centre du jeu politique. Rien de plus. Les circonstances l’ont entrainé dans l’infamie. [...]

A vrai dire, lorsque la politique ne peut pas s’élever au-dessus du marchandage, des petites combinaisons partisanes, du clientélisme qui sont le lot des régimes d’Assemblée finissants, lorsque le système politique ne génère que des politiques à courtes vues et que surviennent des crises profondes, le désastre est presque toujours assuré.

Au-delà de ce constat, je me pose une autre question. Dans l’histoire des élites françaises, une partie d’entre elles au moins, a souvent trahi la France pour tirer au mieux son épingle du jeu sans se soucier du destin collectif, alors que, par exemple, les élites anglaises n’ont jamais trahi l’Angleterre…

Les élites européennes ne sont-elles pas en train de trahir l’Europe ? Que dire d’une Europe qui prend le visage de Monsieur Junker, un homme qui, à la tête du gouvernement luxembourgeois, a organisé le pillage fiscal méthodique de tous les autres pays européens ? C’est cela l’élite européenne ? C’est cela son idéal européen ? C’est d’encourager l’évasion fiscale, d’ouvrir l’Europe à tous les vents, de la laisser économiquement désarmée, d’en faire la victime expiatoire de toutes les guerres économiques, de tous les prédateurs, de tous les démagogues. Plus grave encore, le désarmement militaire de l’Europe dans un monde où les tensions, les conflits, les menaces se multiplient. On nous raconte une histoire de Nation européenne. A-t-on jamais vu une Nation qui n’a pas la volonté de se défendre ? L’Europe, si belliciste vis-à-vis de la Russie, de la Syrie, de l’Iran, de l’Etat islamique, des organisations terroristes ne veut pas de défense européenne. Elle ne veut que le parapluie américain. A part la France et l’Angleterre, l’Europe ne s’engage jamais militairement et elle renâcle à payer pour partager le coût des interventions. Etrange Europe pacifiste en diable et tout autant belliciste vis-à-vis de tous ceux qui ne partagent pas sa conception de la Démocratie ou qui pourraient mettre en danger la Paix dans n’importe quelle région du monde, mais Europe incapable de s’armer pour défendre la Paix et pour se défendre elle-même, pour défendre sa tranquillité, sa liberté, sa conception de la civilisation. Cette Europe qui encense la Paix à tout bout de champ, pousse à la guerre par procuration. Emmanuel Todd parlait tout à l’heure de boucs émissaires. L’Europe s’est fait une spécialité, au nom de la bonne conscience européenne, ou de vieilles rancœurs, de désigner des boucs émissaires dont elle demande la tête aux autres, sans accepter de se salir les mains elle-même. C’est moins dangereux et moins coûteux. En apparence et à court terme. Car, à long terme ce genre de renoncement se paye toujours très cher.

Emmanuel Todd : Il y a partout des fantasmes bellicistes de compensation, de fuite, et une recherche de boucs émissaires. On réactive de vieux et absurdes souvenirs. Mais comme l’Europe qui est en train de ré-émerger, c’est celle des nations, et de nations avec des passions et des mémoires divergentes, nous assistons à la naissance d’un bellicisme européen général qui n’est que la somme de bellicismes nationaux. La Suède russophobe nous révèle qu’en ce début de troisième millénaire elle n’a toujours pas pardonné à la Russie la liquidation de son empire baltique au XVIIIème siècle.

Les Polonais n’en finissent pas de vouloir faire payer leur propre échec historique aux Russes, capables eux de construire un Etat puissant pendant que la Pologne se dissolvait dans l’anarchie du veto noble universel, le Liberum Veto. Toujours le XVIIIème siècle. Oui, l’Europe avance, vers le passé…

La génération au pouvoir n’a rien connu d’important ou de tragique. Elle ne connaît ni ne comprend l’histoire. Mais on peut faire l’hypothèse d’une histoire qui redevient dure, dramatique, avec une irruption d’irrationnels nationaux. Vos voyez, je ne parle pas que de l’Allemagne. Il y a l’absurdité polonaise, le bellicisme suédois. Le nouveau mépris des pays du Nord pour ceux du Club Med. Tenez, plus exotique encore, le cas de la Lettonie, aujourd’hui vierge effarouchée par l’ogre russe, donneuse de leçons budgétaires à la France, mais participante particulièrement enthousiaste au bolchévisme en 1917. Vous vous souvenez ? Le régiment letton de Lénine, la remarquable contribution lettone à la fondation de la police politique bolchévique….

Il faut s’intéresser aux nations parce que l’universalisme bêlant est le fait de gens qui sous estiment les nations, les absolvent souvent mais parfois les diffament. Je suis hors de moi lorsque je vois les critiques sans nuances concernant la Hongrie, ce pays qui a affronté l’armée soviétique en 1956, ce pays qui a ouvert le rideau de fer en 1989. Ces Hongrois que l’Europe est en train d’attaquer comme anti-libéraux sont le peuple qui amorcé la chute du communisme. L’Européisme n’est plus qu’un immense révisionnisme: l’Allemagne n’a pas déclenché la guerre de 14, la Hongrie n’a jamais été l’incarnation de la liberté à l’Est.

Atlantico – Comment sort-on de l’impasse actuelle ?

Emmanuel Todd : Tout apparaît impossible aujourd’hui. L’euro ne marchera jamais. Nos politiques n’auront jamais le courage de l’admettre et d’agir pour nous en sortir. Comme l’euro vide le pouvoir exécutif présidentiel de son contenu, notre vie politique n’est plus désormais qu’une comédie: les politiques veulent atteindre a l’Elysée pour n’y rien faire. Ils prétendent devenir président mais n’aspirent au fond qu’au poste de vice chancelier.

L’arrêt de l’histoire étant inconcevable, il s’agit d’identifier la crise susceptible d’enclencher une mécanique de désagrégation politique et économique de la zone euro.

Deux scénarii sont possibles. Le premier est un emballement des problèmes internationaux, militaires et économiques. L’ Union européenne, voulant continuer de s’étendre, finit par s’écrouler en son coeur. L’affaire ukrainienne pourrait déboucher sur ce genre d’effondrement. Les sanctions économiques anti-russes pourraient achever économiquement le continent de la déflation. L’aventurisme polonais en Ukraine ou à Kaliningrad pourrait contraindre la France à se désolidariser in extremis d’un soutien allemand à la Pologne. Mais mille catastrophes sont envisageables…Les violences de l’Ukraine pourraient se répandre en Europe centrale.

L’autre possibilité est que nous arrivions tous seuls en France, comme des grands, à une implosion complète de notre système politique. Nous avons déjà l’impression d’être en lévitation. On doit certes désormais envisager une vraie percée du Front National, mais son arrivée au pouvoir me paraît toujours inconcevable. Ce que l’on peut imaginer est une volatilisation d’’ensemble du système des partis et que quelque chose émerge autour de quelques personnes, dans un contexte de désordre assez accentué.

Henri Guaino : D’accord avec Emmanuel Todd, l’arrêt de l’histoire est inconcevable, mille catastrophes sont possibles dans le contexte actuel et l’effondrement de notre système politique n’est pas à exclure. Je rajouterai que la Démocratie n’est pas indestructible et qu’un trop grand désordre dans l’économie et la société, comme dans les esprits, peut toujours déboucher sur un moment autoritaire. Le piège dans lequel nous nous sommes mis est bien refermé. La question de l’Euro, par exemple, est redoutable. Sortir de ce piège monétaire ne se résume pas à un problème de courage. Quels que soient les défauts de la monnaie unique, préparer à froid la sortie de l’Euro serait prendre le risque de se jeter dans le vide. Personne ne sait ce qui arriverait. On peut faire des hypothèses, mais personne n’en sait rien, personne ne peut dire si les souffrances provoquées par la sortie de la France de l’Euro, au risque d’un cataclysme mondial, ne seraient pas plus grandes que les souffrances provoquées par le maintien de l’Euro. Je ne prendrai donc pas le risque moral de prôner la sortie de l’Euro. Mais l’Euro ne pourra pas continuer d’exister, et l’Europe non plus, si nos partenaires considèrent qu’ils n’ont aucun devoir les uns vis-à-vis des autres. L’Euro est la mesure de la volonté de chacun de poursuivre l’aventure européenne. Si chacun n’y met pas du sien et c’est le plus fort, le plus prospère qui doit y mettre le plus du sien, alors tout explosera. Si le plus fort attend que tous les autres s’ajustent à lui quel qu’en soit le coût, l’Euro ne survivra pas. Disons les choses : si chacun doit faire un pas vers les autres, l’Allemagne doit en faire un plus grand. L’Euro peut être mis au service du développement européen, mais si nous le gérons de façon suicidaire, nous en subirons les conséquences. Pour l’instant, nous sommes plus proches du suicide que du salut.

Emmanuel Todd : Vous partez du principe, qu’au final, l’Allemagne devra être raisonnable. Mais si l’histoire nous apprend une chose, c’est que l’Allemagne n’est que rarement raisonnable.

Henri Guaino : L’espérance est une vertu héroïque. Mais, c’est l’intérêt de l’Allemagne d’être raisonnable.

Emmanuel Todd : Etre raisonnable, pour moi, c’est me soumettre aux faits observables. Et si l’on a perception empirique de l’histoire, la probabilité que l’Allemagne ne soit pas au final raisonnable est très élevée.

Henri Guaino : Si l’Allemagne est déraisonnable, elle sera celle qui en paiera le prix le plus élevé.

Au-delà du constat que vous dressez, concrètement et politiquement, comment est-il possible d’avancer ?

Henri Guaino : On parle toujours de courage politique mais la grande défaillance aujourd’hui est celle du courage intellectuel. La grande dépression des années 30 qui s’est muée en profonde crise de civilisation a suscité partout dans le monde une grande effervescence intellectuelle qui a donné le New Deal, le nouvel ordre mondial de l’après-guerre, la protection sociale, Keynes, Beveridge, le programme du Conseil National de la Résistance, les 30 Glorieuses… Cette effervescence intellectuelle qui a transformé en profondeur le capitalisme et le droit international n’est pas au rendez-vous des crises actuelles. Je l’ai constaté lors de la crise financière. Du coup, il n’y a pas eu de réforme de la finance à la hauteur des enjeux révélés par les évènements. Depuis, il n’y a eu aucun progrès. On reste à la surface des choses tandis que, souterrainement, les crises avancent. Les politiciens se demandent comment gagner les élections. Ils ne se posent pas la question de savoir comment ils pourront gouverner au lendemain des élections. C’est ce qui frappe le plus et qui me paraît le plus inquiétant pour l’avenir.

Emmanuel Todd : La crise avance désormais plus vite que la politique consciente et organisée. Je m’abstiendrai donc de toute recommandation concrète. Mais je vous garantis que ça va être intéressant et surprenant.

Lisez ce fantastique débat dans son intégralité chez Atlantico

3 réponses à Débat Todd / Gaino sur l’Europe : “L’Europe avance, vers le mal…”

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    skio Le 17 novembre 2014 à 06h18

    ” La crise avance désormais plus vite que la politique consciente et organisée. Je m’abstiendrai donc de toute recommandation concrète. Mais je vous garantis que ça va être intéressant et surprenant.”
    tellement intéressant que l’allemagne avec les USA , semblent préparer un conflit avec la russie,
    solution traditionnelle face a une crise économique de l’ue ,de leuro , et de l’otan sans issue.
    link to lesmoutonsenrages.fr

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  2. Afficher/Masquer Alerter

    coinfinger Le 17 novembre 2014 à 06h28

    Ce débat est fort éclairant . A la fois par les recoupements qu’on peut y faire et les différences . Il fait , presque , le tour de la question .
    Les différences me semblent assez claires , d’un coté le politique qui compte sur un miraculeux soulévement , d’origine culturelle .
    De l’autre un scientifique qui ( ce n’est pas dans le débat) perçoit une différence entre l’Allemagne et la France signifiée par la natalité et les différences familiales . Ce qui est plus consistant .
    Ce qui manque pour faire le tour , à mon avis c’est de remarquer que cette opposition Allemagne/France n’est pas nouvelle . La France est une anomalie en Europe et l’Allemagne la norme , depuis au moins 1000 ans , d’un coté l’innovation (sociale, culturelle, politique ) , de l’autre l’Empire ( qui succéde à Rome) .
    Le cours normal des choses est la domination de la norme , les oligarques sont les faibles , et se regroupent pour se défendre , ils ont toujours trouvé appui chez nous avec les établis .
    Comment s’effectue le renversement ? De maniére innatendue , non ‘prévisible’ . L’exemple le plus éclatant est je pense la bataille de Bouvines dont l’issue ne pouvait faire de doutes ( 1 contre 3) , avec le félon Ferrand du coté d’Otton , et ses complices Anglais .
    Il y a eu la géniale tactique de Philippe , mais aussi l’innovation l’introduction des milices communales (elles mémes innovantes ) dans l’armée . 100 ans de répit aprés la leçon !
    Ce dynamisme Français s’estompe , il semble , mais existe encore ( vue cette question démographique) , par ailleurs les Français sont à l’affut de toutes les innovations malgré le conformisme ambiant . Le moment venu on aura un autre Bouvines , en plus des multiples apparus depuis l’original .

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  3. Afficher/Masquer Alerter

    Spipou Le 17 novembre 2014 à 06h34

    Pourquoi n’avons-nous jamais (quelles soient leurs opinions, pourvu qu’elles soient basées sur les faits et une aptitude à les analyser de façon logique) de candidats ayant les mêmes capacités intellectuelles ?

    L’électeur n’est pas par définition un con fini !

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Europe

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Que d'efforts pour nous rendre idiots !

Publié le par Bernard Felli

Que d'efforts pour nous rendre idiots !

Que d'efforts pour nous rendre idiots !
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Que d'efforts pour nous rendre idiots !

Publié le par Felli Bernard

 l'horrible chemise sexiste !
l'horrible chemise sexiste !

Que d'efforts pour nous rendre idiots !

Philae : un scientifique de la mission Rosetta s'excuse après avoir porté une chemise jugée sexiste

Lors de l'arrivée du robot sur la comète Tchouri, le scientifique portait une chemise ultracolorée qui affichait des femmes nues.

Face à l'ampleur de la polémique, Matt Taylor s'est excusé le lendemain lors d'un dialogue avec les internautes. "Je voudrais dire que je suis vraiment désolé, j’ai fait une grosse erreur (...) Cela a offensé beaucoup de gens", a-t-il dit, ému. Le t-shirt en question est un modèle unique créé par "la femme de [son] tatoueur", a indiqué le scientifique qui s'est fait tatouer Philae sur la cuisse.

http://www.francetvinfo.fr/sciences/espace/sonde-rosetta/philae-un-scientifique-de-la-mission-rosetta-s-excuse-apres-avoir-porte-une-chemise-sexiste_745615.html

Alors là ! Excusez moi mais quand on voit la photo ci- dessous on peut se demander où le sexisme va se nicher ! À l'ONU, ils pratiquent quoi comme sexisme ? Parce que je trouve que cette petite robe bleu marine très stricte ne représente pas les femmes en pantalons taille basse qui met le ventre sur les genoux et la ficelle du string sur le dos !!!!

L'ONU est sexiste ? Passons...

Le type il fait 15 ans d'études, il se décarcasse pour faire atterrir un robot chez le Petit Prince et tout ce qu'on trouve à commenter c'est sa chemise !

Publié par wendy

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le Secretaire Général de l'ONU et le(la) représentant(e) d'une minorité.

le Secretaire Général de l'ONU et le(la) représentant(e) d'une minorité.

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