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Une alerte supplémentaire sur les banques européennes

Publié le par Felli Bernard

 

Une alerte supplémentaire sur les banques européennes

Publié par Philippe Herlin | 2 févr. 2017 | Articles

L'Autorité bancaire européenne (ABE) vient de lancer un appel à agir d’urgence pour faire face aux créances douteuses des banques européennes. Car il n’y a pas que l’Italie qui est aux prises avec ce problème; le président de l’autorité européenne de surveillance des banques, Andrea Enria, a en effet déploré que dix pays en Europe se distinguent par un taux de créances douteuses supérieur à 10%, ce qui indique une fragilité extrême de leur système bancaire. Ces créances douteuses sont, en anglais, les "NPL" (non performing loans), c’est-à-dire des prêts dont le retard de paiement atteint ou dépasse 90 jours. Voici les ratios de créances douteuses dans les banques de ces dix pays (source : Risk Dashboard de l’ABE, pages 10 et 27) :

 

Grèce 47,1%

Chypre 46,7%

Portugal 19,8 %

Italie 16,4%

Slovénie 16,3%

Irlande 14,4%

Bulgarie 13,2% *

Hongrie 12,8% *

Roumanie 10,7% *

Croatie 10,5% *

(* : non membre de la zone euro)

 

On constate d’emblée que les systèmes bancaires de la Grèce et de Chypre sont factuellement en faillite puisque quasiment la moitié de leurs prêts sont pourris, et qu’ils ne survivent donc qu’avec les perfusions d’argent de l’UE et du FMI. On découvre que plusieurs pays sont en mauvaise posture, les quatre derniers n’étant pas membres de la zone euro, ce qui rajoute le risque de change (un possible effondrement de leur devise). Avec un prêt défaillant sur cinq, le système bancaire portugais n’est pas loin du collapsus. Même l’Irlande, qui semble se relever économiquement, affiche un ratio inquiétant.

Mais le gros morceau, évidemment, c’est l’Italie avec 276 milliards de créances douteuses selon l’ABE, 360 milliards d’euros selon la BCE, nous en avons parlé. D’autant que la victoire du non au référendum constitutionnel le 4 décembre dernier a poussé Matteo Renzi à la démission, ce qui a inauguré une période d’incertitude politique à haut risque. Quand auront lieu les élections anticipées ? Le Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo, qui veut sortir de l’euro et est actuellement en tête dans les sondages, peut-il les remporter ? Voici de lourdes interrogations car, bien sûr, une crise bancaire suivie ou non d’une sortie de l’euro aurait des conséquences systémiques sur l’ensemble de la zone euro, la France étant le premier domino, nous l’avons vu.

Que propose l’ABE pour faire face à cette menace ? Créer une "bad bank" européenne qui récupérerait toutes ces créances douteuses, essaierait de les valoriser puis de les revendre dans un délai de trois ans. Il s’agit d’une initiative "urgente et réalisable" pour l’institution, une formule qui témoigne de la gravité de la situation. La perte finale serait à la charge des États d’origine des créances, il n’y aurait pas de mutualisation (l’Allemagne s’y oppose). Enfin, c’est sous cette forme qu’on nous le vend aujourd’hui, mais comment la Grèce pourrait s’en sortir sans recevoir, encore, de l’argent de l’Europe ? On a bien compris, c’est le contribuable européen qui paiera.

Prenons du recul : on le voit, les différentes institutions européennes ne savent pas comment se sortir d’une potentielle crise bancaire européenne qui menace. Car on n'a parlé ici que des créances douteuses, mais il faut aussi évoquer le faible niveau des fonds propres, le montant délirant des produits dérivés chez certaines banques, la situation critique de la Deutsche Bank, etc. Faut-il faire tourner la planche à billets comme le fait la BCE (80 milliards d’euros par mois, 60 à partir de mars) ? Faut-il faire payer les épargnants, malgré le risque de bank run et de crise politique, comme le prescrit la Commission avec la directive BRRD ? Faut-il créer une bad bank comme le recommande l’ABE ? Au fond, personne ne sait vraiment et l’Europe avance vers cette crise dans l’indécision et la confusion.

 

La reproduction, intégrale ou partielle, est autorisée dès lors qu'elle est accompagnée d'un lien vers la source originale.


Philippe Herlin  Chercheur en finance / Membre de l'équipe éditoriale de Goldbroker.com

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Le pape clarifie les rôles à l’Institut pour les œuvres de religion

Publié le par Felli Bernard

Le pape clarifie les rôles à l’Institut pour les œuvres de religion

 

Les cardinaux de la commission de vigilance ne siégeront plus en même temps que le conseil de surintendance qui dirige la banque.

Le siège de l’Institut pour des œuvres religieuses (IOR), la « banque du Vatican », à Rome. / OR/CPP/CIRIC/OR/CPP/CIRIC

Lors d’une récente réunion des responsables de l’Institut pour les œuvres de religion (IOR, la « banque du Vatican »), le cardinal Santos Abril y Castello, président de la commission cardinalice de vigilance, a lu une lettre signée de la main même du pape. Elle précise, selon le quotidien Il Messaggero, que les cardinaux ne se réuniront désormais plus en même temps que le conseil de surintendance qui dirige la banque.

Cette décision du pape a été qualifiée par le quotidien romain de « mise au pas » des cardinaux, estimant qu’ils étaient désormais « à l’écart » de la gestion de l’IOR.

Mais vendredi 3 février après-midi, le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, Greg Burke, a fermement démenti cette interprétation.

« Souligner la distinction des rôles »

« Le Saint-Père a voulu renforcer le rôle de la commission cardinalice comme organe distinct et séparé du conseil de surintendance, comme le disposent les statuts de l’Institut, a déclaré Greg Burke. Le pape François a voulu que, à partir de cette année, les réunions du conseil se déroulent séparément de celles de la commission, pour souligner la distinction des rôles. »

Il renvoie notamment aux statuts de l’IOR modifiés par Jean-Paul II en 1990 et qui prévoyaient bien deux organes distincts pour diriger l’Institut. Dans cette configuration plus classique, le fonctionnement de l’IOR se rapproche de celui d’une société avec un directoire (ici le conseil de surintendance) et un conseil de surveillance (la commission cardinalice de vigilance).

Le rôle du prélat de la banque, nommé au sein du conseil de surintendance par la commission cardinalice (dont il assure également le secrétariat), sort renforcé de cette évolution.

Nicolas Senèze, à Rome

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Les documents secrets du FMI sur la Grèce, par CADTM

Publié le par Felli Bernard

16
Jan
2017

Source : Le blog Mediapart, 13-01-2017

Nous mettons à la disposition du public francophone des documents tenus secrets par le FMI. Il s’agit de documents authentiques qui ont été mis à la disposition de la Commission pour la vérité sur la dette publique grecque par Zoe Konstantopoulou, présidente du Parlement grec du 6 février au 3 octobre 2015. Le contenu de ces 2 documents qui datent de mars et de mai 2010 est accablant pour le FMI.

Le compte-rendu officiel de la réunion du 9 mai 2010 au cours de laquelle la direction du FMI approuvé un crédit de 30 milliards € à la Grèce montre très clairement qu’un nombre élevé de membres de la direction ont exprimé de très fortes critiques à l’égard du programme que l’institution s’apprêtait à mettre en œuvre. Certains d’entre eux ont dénoncé le fait que le programme visait à sauver les banques privées européennes qui étaient créancières de la dette publique et privée grecque, principalement quelques grandes banques françaises et allemandes. Plusieurs d’entre eux ont dénoncé une politique qui reproduisait ce qui avait conduit à la crise argentine de 2001 et à la crise asiatique de 1996-1997 (voir encadré avec la citation du directeur exécutif argentin). Plusieurs dirigeants ont dénoncé le fait que le noyau dirigeant du FMI avait modifié à l’insu des autres membres du conseil d’administration une des règles fondamentales qui conditionnent les crédits alloués par le FMI à ses membres. En effet, pour qu’un crédit puisse être octroyé par le FMI, il faut démontrer que ce crédit et le programme qui l’accompagne rendront soutenable le remboursement de la dette. Vu que cette condition ne pouvait pas être satisfaite dans le cas de la Grèce étant donné que la direction du FMI et les autorités européennes refusaient de réduire la dette grecque et d’y faire participer les banques privées, la condition mentionnée plus haut a été supprimée en catimini. Elle a été remplacée par un nouveau critère : la nécessité d’éviter un risque élevé de déstabilisation financière systémique internationale.

La direction du FMI a justifié par l’urgence ce changement de critère non respectueux des règles de fonctionnement. Afin de convaincre ceux des dirigeants du FMI qui émettaient de très fortes réserves, les dirigeants français, allemand et hollandais ont menti en assurant que les banques de leur pays ne se débarrasseraient pas des titres grecs. Selon eux, les banques françaises, allemandes et hollandaises allaient conserver les titres grecs en leur possession afin de permettre la réussite du programme qui allait commencer. Or il est prouvé que les banques françaises, allemandes et hollandaises ont vendu massivement les titres qu’elles détenaient sur le marché secondaire en provoquant une aggravation de la crise grecque et en reportant sur le dos des contribuables européens, et en premier lieu sur le peuple de la Grèce, les risques qu’elles avaient pris et la crise qu’elles avaient très largement contribué à provoquer. Toujours pour lever les réticences de certains membres de la direction du FMI, les responsables du FMI en charge des relations avec la Grèce ont affirmé que des mesures sociales seraient prises pour éviter que les bas salaires et les petits retraités soient touchés par les mesures d’austérité. Ils ont menti. Pour emporter également l’accord des membres de la direction du FMI, ils ont affirmé que les banques grecques étaient saines et que leurs problèmes provenaient uniquement des risques que faisaient porter sur elles le poids d’une dette publique trop importante et d’un déficit public abyssal. C’était faux : les banques grecques se trouvaient dans un état désastreux. Toujours pour convaincre ceux des dirigeants qui doutaient, on leur a déclaré que le plan serait soumis pour approbation au Parlement grec. Or, en réalité, le programme a été imposé à la hussarde au parlement, sans possibilité d’amendement et en bafouant la constitution grecque, comme l’ont dénoncé à l’époque de nombreux juristes.

Pour convaincre les membres de la direction du FMI qui souhaitaient qu’on demande aux banques de participer « collectivement » à l’effort en acceptant une réduction de leurs créances, les responsables du dossier grec ont affirmé que les autorités grecques ne voulaient pas d’une réduction de la dette publique. Et le représentant grec, Panagiotis Rouméliotis, a confirmé cette version des faits. Plus tard, ce même représentant a affirmé que c’est sous la pression du président de la Banque centrale européenne (BCE) que la Grèce a déclaré qu’elle ne souhaitait pas une réduction de sa dette. Selon le représentant de la Grèce au FMI, Jean-Claude Trichet aurait menacé la Grèce de couper l’accès des banques grecques aux liquidités de la BCE. Il est certain que Jean-Claude Trichet a utilisé cette menace dans les mois au cours desquels le mémorandum a été négocié. Il est également avéré qu’il a utilisé la même menace à l’égard de l’Irlande quelques mois plus tard lors de la mise au point du mémorandum concernant ce pays. Il est également certain que les banquiers grecs, tout comme les banquiers français, allemands ou hollandais ne voulaient pas entendre parler d’une réduction de la dette grecque car ils n’acceptaient pas d’être mis à contribution pour assurer leur propre sauvetage. Les banquiers ont obtenu deux ans de répit afin de pouvoir se dégager et obtenir des compensations importantes.

Le FMI affirme très clairement que, vu l’appartenance de la Grèce à la zone euro, il lui est impossible de retrouver de la compétitivité en dévaluant sa monnaie. Du coup, le FMI considère qu’il faut dévaluer les salaires et les allocations sociales : c’est ce qu’on appelle la dévaluation interne. Elle fait des ravages en Grèce et dans d’autres pays périphériques au sein de la zone euro. Le contenu de ces documents secrets conforte le jugement porté par la Commission pour la vérité sur la dette : les dettes réclamées par le FMI à la Grèce sont illégitimes, illégales, odieuses et insoutenables (voir le chapitre 8 du rapport de la commission)

En premier lieu, nous proposons à la lecture le compte-rendu de la réunion du conseil d’administration du FMI du 9 mai 2010 car il met en évidence les divergences internes et n’est pas rédigé dans la langue de bois habituelle du FMI. Ce compte-rendu officiel sort tout à fait de l’ordinaire. Il est certain qu’il n’a pas été apprécié par les principaux dirigeants de cette institution despotique et mortifère. À vous de lire et de vous faire une opinion.


 

10 mai 2010

STRICTEMENT CONFIDENTIEL

Sujet : Réunion du Conseil d’administration à propos de la demande d’un Accord de confirmation (Stand-By Arrangement, SBA) pour la Grèce – 9 mai 2010

Le Conseil d’administration a adopté à l’unanimité la demande formulée par la Grèce afin d’obtenir un Stand-By Arrangement (SBA) sur trois ans pour un total de 30 milliards d’euros (26,4 milliards DTS), soit 32 fois le quota grec, le plus important programme adopté par le Fonds à ce jour. Les partenaires de la zone euro participeront à une aide financière bilatérale à hauteur de 80 milliards d’euros. Le montant total de 110 milliards d’euros couvrira le manque attendu de financements publics durant la période d’application du programme. Pour chaque paiement qui aura lieu durant la période d’application du programme, la Grèce s’est engagée à utiliser les ressources du FMI et de la Commission européenne (CE) dans un ratio constant de 3 pour 8.

Les principaux objectifs du programme sont : (i) de réduire le déficit budgétaire en-dessous de 3 % du PIB d’ici à 2014, le ratio dette/PIB devant commencer à se stabiliser à partir de 2013, puis décliner progressivement ; (ii) de sauvegarder la stabilité du système financier à travers l’établissement d’un Fonds de stabilité financière (FSF) entièrement indépendant qui soutiendra les banques si nécessaire |2| ; et (iii) de restaurer la compétitivité de l’économie grecque à travers des réformes structurelles complètes.

En plus des mesures budgétaires déjà adoptées par les autorités au début de l’année 2010 (totalisant 5 % du PIB), le programme envisage un ajustement budgétaire de départ de 11 % du PIB entre 2010 et 2013. Toutes les mesures ont été identifiées, les principales étant : (i) une augmentation des recettes fiscales à hauteur de 4% du PIB, principalement par une TVA plus élevée ; (ii) une réduction significative des dépenses à hauteur de 5,2 % du PIB, principalement à travers l’abolition des 13e et 14e mois de salaire pour les fonctionnaires ainsi que des 13e et 14e mois de pension, tant dans le secteur public que dans le secteur privé, à l’exception de ceux qui ont de bas salaires ou de basses pensions ; et (iii) des mesures budgétaires structurelles à hauteur de 1,8 % du PIB.

Tout en soutenant le programme, plusieurs directeurs exécutifs non-européens ont soulevé de nombreuses critiques.
1. Une demande d’aide du Fonds arrivée trop tard

Selon certains directeurs exécutifs (Australie, Canada, Chine, Russie, Suisse), le caractère tardif de la demande d’aide révélait des défauts dans l’architecture de la zone euro, y compris dans sa stratégie de communication (portant plutôt à confusion), qui semblait « parcellaire » selon le directeur étatsunien. Le directeur exécutif allemand a clarifié le fait qu’en l’absence d’une disposition appropriée dans le Traité de Maastricht, l’Union européenne avait dû rapidement concevoir un mécanisme d’assistance financière, désormais entièrement opérationnel. Il a été largement remarqué que six directeurs exécutifs européens (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Pays-Bas et Danemark) avaient publié un communiqué commun soutenant l’accord du SBA à la Grèce.
2. Des hypothèses de croissance optimistes

Les directeurs exécutifs chinois et suisse ont mis l’accent sur le fait que la croissance déterminerait à terme la capacité de la Grèce à se débarrasser du fardeau de sa dette. Un seul écart au scénario de référence du programme suffirait à faire dérailler l’objectif de consolidation budgétaire, mettant en danger la soutenabilité de la dette. Le staff du FMI a répondu en mentionnant qu’il pouvait à l’inverse y avoir des risques à la hausse, en raison des incertitudes sur l’ampleur de l’économie informelle.
3. Risques liés au programme

En raison de l’ajustement budgétaire à deux chiffres face auquel se retrouve la Grèce, certains directeurs exécutifs (Argentine, Australie, Canada, Brésil et Russie) ont souligné les risques « immenses » que comporte le programme (ainsi que le risque de réputation qui s’en suivrait pour le Fonds). Certains ont comparé la situation grecque à celle de l’Argentine avant la crise de la fin 2001.

1er commentaire réalisé par le CADTM et inséré dans le texte du FMI afin de le rendre plus compréhensible.

Pablo Pereira, le représentant argentin, critique sans ambages l’orientation passée et présente du FMI : « Les dures leçons de nos propres crises passées sont difficiles à oublier. En 2001, des politiques similaires ont été proposées par le Fonds en Argentine. Ses conséquences catastrophiques sont bien connues (…) Il y a une réalité qui ne fait aucun doute et qui ne peut être contestée : une dette qui ne peut pas être payée ne sera pas payée sans une croissance soutenue (…) Nous savons trop bien quelles sont les effets des « réformes structurelles » ou des politiques d’ajustement qui finissent par déprimer la demande globale et, par conséquent, les perspectives de reprise économique (…) Il est très probable que la Grèce finisse plus mal en point après la mise en œuvre de ce programme. Les mesures d’ajustement recommandées par le Fonds vont réduire le bien-être de sa population et la capacité réelle de remboursement de la Grèce ». |3|

D’un autre côté, le directeur exécutif russe a fait remarquer que, par le passé, d’autres programmes du Fonds (par exemple au Brésil et en Turquie) que l’on estimait particulièrement risqués se sont finalement révélés être des succès.
Le staff du FMI a lui-même reconnu les risques exceptionnellement élevés du programme, notamment dans leur évaluation de la soutenabilité de la dette à propos de laquelle ils déclarent : « dans l’ensemble, le staff considère que la dette est soutenable sur le moyen terme, mais des incertitudes de taille sur ce sujet rendent difficile toute affirmation catégorique qui dirait qu’il y a une forte probabilité que la dette soit soutenable ».

Le staff du FMI a souligné que la crédibilité du programme repose en partie sur le fait qu’il permet à la Grèce de ne pas devoir retourner sur les marchés financiers avant longtemps (un à deux ans). La mise en place effective du programme conduirait à des excédents budgétaires considérables dont on estime qu’ils rassureront les marchés malgré le niveau élevé de la dette publique.

Le staff du FMI admet que le programme ne fonctionnera pas sans la mise en œuvre de réformes structurelles. À cet égard, les autorités auront pour plus grand défi de vaincre l’opposition féroce des intérêts particuliers. Le directeur exécutif australien a mis l’accent sur le fait qu’il existe un risque à répéter les erreurs commises durant la crise asiatique, en ce qui concerne le fait d’imposer trop de conditionnalité structurelle. Alors que la conditionnalité structurelle du Fonds est vitale au niveau « macro », celle imposée par la Commission européenne ressemble à une « liste de courses » (« shopping list ») – un inventaire à la Prévert ou un catalogue des Trois Suisses.

Le staff du FMI reconnait que le programme mettra certainement la société grecque au défi. Le staff du FMI a rencontré les principaux partis d’oppositions, organisations non-gouvernementales et syndicats. Selon le staff du FMI, la « chose frappante » est que le secteur privé soutient entièrement le programme, vu comme l’instrument qui permettra de mettre fin à de nombreux privilèges du secteur public.

Extrait du document - page 3 - version annotée

Extrait du document – page 3 – version annotée

Extrait du document – page 3 – version annotée
4. Restructuration de la dette.

Plusieurs directeurs exécutifs (Argentine, Brésil, Inde, Russie et Suisse) ont regretté l’absence d’un volet dans le programme : celui-ci devrait avoir inclus la restructuration de la dette et la « participation du secteur privé » (Private Sector Involvement, PSI), afin d’éviter, selon le directeur brésilien, « un bail-out des détenteurs privés de la dette grecque, principalement des institutions financières européennes ». Le directeur argentin a largement critiqué le programme en ce que celui-ci semble répéter les erreurs (c’est-à-dire un resserrement budgétaire insoutenable) qui ont préparé la crise argentine de 2001. À la surprise des autres directeurs exécutifs européens, le directeur suisse a répété énergiquement les inquiétudes mentionnées ci-dessus en ce qui concerne l’absence d’une mesure de restructuration de la dette dans le programme, et a pointé du doigt la nécessité de reprendre les discussions concernant un mécanisme de restructuration des dettes souveraines.

Le staff du FMI a fait remarquer que la restructuration de la dette avait été écartée par les autorités grecques elles-mêmes. Bien qu’il y ait eu des discussions sur le PSI, il était impossible de reproduire l’expérience de la Bank Coordination (« Vienna ») Initiative, en raison de la dispersion des titres publics grecs entre un nombre indéfini de porteurs. En outre, M. Lipsky a souligné le fait que 90% de ces titres ne comportent pas de clause d’action collective, ce qui rendrait une restructuration encore plus difficile.

Les directeurs exécutifs néerlandais, français et allemand ont fait part au conseil d’administration des engagements de leurs banques commerciales destinés à soutenir la Grèce et plus largement à maintenir leur exposition.

2e commentaire réalisé par le CADTM et inséré dans le texte du FMI afin de le rendre plus compréhensible :

Une socialisation des pertes des banques privées et une thérapie de choc qui rappelle ce qui s’est passé en Amérique latine et en Asie

Voici un extrait de la déclaration du directeur exécutif brésilien concernant l’absence de processus de restructuration dans le programme :
« En l’état, le programme risque de remplacer un financement privé par un financement public. Pour le dire en des mots plus forts, il pourrait être vu non pas comme un plan de sauvetage de la Grèce, qui aurait à subir un violent ajustement, mais comme un bail-out des détenteurs privés de la dette grecque, principalement des institutions financières européennes. »

Le directeur exécutif argentin a quant à lui déclaré :
« Dans la mesure où nous traversons encore une crise systémique mondiale, la stratégie de resserrement budgétaire et d’isolation du pays en le blâmant pour son indiscipline budgétaire passée ou son manque de compétitivité, sera très probablement un échec. […] Un partage intelligent et équitable du fardeau que représentent les coûts de la crise aurait été souhaitable pour la réputation du Fonds (en l’état, il risque d’être accusé de simplement faire gagner du temps, ou de garantir aux banques qu’elles seront entièrement remboursées dans l’année qui arrive, avant que l’inévitable se produise), et cela aurait été encore plus souhaitable pour la population grecque et pour les prévisions de croissance du pays. »

Le directeur allemand a ensuite répondu la chose suivante :
« Je peux informer les directeurs exécutifs que les banques allemandes envisagent de soutenir la Grèce, mais je dois également souligner que cela se fera notamment, ou uniquement, sur une base volontaire. Il ne s’agit pas d’une restructuration de dette, il s’agit d’actions volontaires. Je n’ai pas d’information définitive pour le moment, mais je sais que ces banques veulent maintenir une certaine exposition aux banques grecques, ce qui signifie qu’elles ne vendront pas de titres grecs et qu’elles maintiendront leurs lignes de crédit à la Grèce. »

Le directeur français a fait une déclaration dans le même sens :
« Plus tôt cette semaine, une réunion s’est tenue entre nos principales banques et ma ministre, Mme Lagarde |4|. J’aimerais souligner ce qui a été publié à l’issue de cette réunion, à savoir un communiqué dans lequel ces banques françaises s’engagent à maintenir leur exposition en Grèce pendant toute la durée du programme […]. Il est donc clair que les banques françaises, qui figurent parmi les banques les plus exposées en Grèce, vont faire leur travail. »

Enfin, le directeur néerlandais a déclaré :
« Les banques néerlandaises, après avoir consulté notre ministre des Finances, ont annoncé publiquement qu’elles joueraient leur rôle et soutiendraient le gouvernement grec et les banques grecques.  » |5|

En réalité, comme le suspectaient plusieurs directeurs exécutifs du FMI, et comme l’a montré le rapport de la Commission pour la vérité sur la dette grecque, la finalité réelle de l’accord était de donner le temps aux banques des pays les plus forts de la zone euro de se débarrasser des titres grecs.

Le graphique ci-dessous montre très bien que les banques françaises, allemandes, hollandaises, belges, autrichiennes, italiennes, … se sont délestées des titres grecs au cours des années 2010 et 2011.

Exposition des banques étrangères en Grèce (en Mds d’euros)

Source : BRI, Consolidated Ultimate Risk Basis.

Source : BRI, Consolidated Ultimate Risk Basis.

Nous montrerons dans un autre article que c’est la BCE qui les a aidées directement à se débarrasser des titres grecs en les protégeant contre les pertes qu’elles auraient dû affronter.

Le refus des créanciers d’accepter une décote sur leurs titres grecs eut pour conséquence un accroissement de la dette souveraine grecque qui passa de 299 à 355 Mds d’euros entre la fin de l’année 2009 et la fin de l’année 2011, ce qui représente une augmentation de 18,78 %. Au cours des années 2010-2013, une récession sans précédent fut provoquée par les politiques dictées par le Fmi et le reste de la Troïka. Aucun des pronostics du FMI concernant l’amélioration des finances de la Grèce ne s’est concrétisé. Les résultats du mémorandum de 2010 constituent un démenti complet aux prévisions optimistes du FMI.

5. Modalités des évaluations communes FMI/CE/BCE du programme.

Certains directeurs exécutifs (Chine, Égypte et Suisse) ont souligné le risque que des évaluations communes révèlent des différences de jugement entre les trois institutions impliquées (FMI/CE/BCE). Le staff du FMI a spécifié que des représentants de ces trois institutions seraient « assis à la même table au même moment ». Le Fonds est une institution indépendante et mènera les évaluations en conséquence. En principe, si la CE n’acceptait pas de verser sa part de financement en raison de conditionnalités non respectées par les autorités grecques, le Fonds pourrait bloquer sa part de financement en raison d’un manque d’assurances financières. Mais cela ne semble être qu’une possibilité théorique. En réalité, le chef de mission en Grèce (M. Thomsen) a insisté sur le fait que « la coopération a bien débuté », puisque lors des discussions à Athènes, la BCE a entrepris de s’occuper des problèmes du secteur financier, la Commission européenne des problèmes structurels, et le Fonds des problèmes budgétaires. La coopération est une force du programme, et s’exerce dans un système d’équilibre des pouvoirs.
6. Le statut de « créancier privilégié » du FMI.

Le directeur exécutif étatsunien (soutenu par le Brésil et la Suisse) a souligné qu’en raison du statut de créancier privilégié du FMI, le prêt de ce dernier serait considéré supérieur aux prêts bilatéraux de pays membres de l’UE sous supervision de la Commission européenne. Le staff du FMI a confirmé cette supériorité en raison de la nature de bien public que revêt le financement du Fonds, supériorité qui ne va pas à l’encontre des règles du Club de Paris.
7. Critère n°2 pour un accès exceptionnel aux ressources du Fonds.

Le directeur exécutif suisse (soutenu par l’Australie, le Brésil, l’Iran) a fait remarquer que le staff du FMI avait « silencieusement » modifié les documents officiels (c’est-à-dire sans autorisation préalable du conseil d’administration) afin d’en changer le critère n°2 pour l’accès exceptionnel aux ressources du Fonds, en étendant cet accès aux cas dans lesquels il existe un risque élevé de déstabilisation financière systémique internationale (« a high risk of international systemic spillover effects »). Le directeur du département juridique (The General Counsel) a clarifié le fait que cette décision était justifiée par la nécessité d’agir de manière expéditive, en se basant sur l’hypothèse que le conseil d’administration donnerait son approbation lors du compte-rendu suivant. Ce changement dans la politique d’accès aux ressources était nécessaire car la Grèce ne pouvait pas représenter une exception, en raison du fait que les politiques du Fonds doivent être applicables uniformément à tous les Etats membres.

Contributeur : F. Spadafora

Fin du compte-rendu officiel réalisé par le FMI.

docs-secret-fmi-3-47e4e

Deuxième document du FMI, il date du 25 mars 2010 Fonds Monétaire International (FMI)

SECRET

Grèce – Questions clés
[25 mars 2010]
La Grèce a besoin d’un programme d’ajustement sur plusieurs années incluant un large filet de sécurité financier. Elle a besoin de plus de temps que ce qui lui est actuellement imparti en vertu du pacte de stabilité et de croissance (PSC) afin d’ajuster son équilibre budgétaire, de contrôler sa dette et de mettre en œuvre les réformes structurelles permettant de restaurer sa compétitivité. Durant cette période de transition, les besoins de financement seront importants, l’économie sera très sensible aux chocs négatifs, et la tension sera élevée pour l’ensemble de la société également. Les marchés des capitaux ont besoin de signaux d’assurance forts pour permettre à ces efforts de s’inscrire dans la durée, ou bien les taux d’intérêt des titres grecs ne redescendront pas et rendront insoutenables les dynamiques d’endettement. Le défi va bien au-delà de la résolution des problèmes à court terme qui résulteront des quelques paiements d’amortissement des mois d’avril et de mai de cette année.

L’économie n’est pas compétitive. Peu de réformes ont été mises en œuvre, l’économie reste relativement fermée, et la compétitivité a chuté d’environ 25% depuis l’adoption de l’euro, tandis que les prix domestiques ont toujours dépassé la moyenne des pays de la zone euro. Le solde des comptes actuel, même en période de récession, reste à un niveau de 11% du PIB.

La politique budgétaire a été peu ambitieuse. Tandis que les dépenses en salaires et en allocations, comme les réductions d’impôts, ont été importantes, les dépenses hors paiement des intérêts de la dette ont bondi à hauteur de 8% du PIB entre 2000 et 2009, et les recettes ont diminué de 3%, fragilisant l’équilibre budgétaire de 11% du PIB depuis 2000. La dette publique a augmenté pour atteindre 115% du PIB.

La déflation et la croissance faible rendront ce fardeau d’endettement plus difficile à gérer. Sans recours à des modifications du taux de change, la Grèce doit faire face au double défi de restaurer sa compétitivité à travers la dévaluation interne – ce qui est toujours long et laborieux – tout en mettant en œuvre un ajustement budgétaire ambitieux. Cela forcera la Grèce à entreprendre des coupes dans les salaires nominaux et dans les allocations sociales – un scénario de désinflation selon lequel le PIB nominal diminuera certainement durant plusieurs années. Les dépenses domestiques, qui sont à la base des rentrées fiscales, seront forcément faibles. Ainsi, par rapport au PIB, le déficit budgétaire et la dette resteront sous une pression à la hausse, même si un ajustement budgétaire significatif était mis en œuvre : malgré des mesures ambitieuses à hauteur de 4% du PIB cette année, il est attendu que le déficit atteigne 11,5% du PIB l’année prochaine. Un ajustement budgétaire fort et prolongé est nécessaire afin de renverser la tendance à la hausse du ratio d’endettement à laquelle la Grèce est confrontée dans les conditions actuelles.

Mais l’ajustement budgétaire doit aussi être réaliste. Même avec des mesures budgétaires additionnelles s’élevant à 2-2,25% du PIB chaque année durant les cinq prochaines années, le ratio de la dette par rapport au PIB s’élèverait à environ 150% du PIB d’ici à 2013, avant de se stabiliser puis de diminuer lentement. Un ajustement plus rapide – tel qu’impliqué par l’objectif d’un déficit de 3% du PIB d’ici à 2012 fixé par le PSC – sera très risqué : la Grèce est une économie relativement fermée, et la contraction budgétaire qu’impliquerait cet ajustement provoquerait une contraction brutale de la demande domestique et une profonde récession qui lui serait liée, détruisant sévèrement le tissu social. De plus, cela semble difficilement faisable puisque des coupes durables dans les dépenses nécessitent des réformes et des changements dans les programmes de prestations sociales qui demanderont du temps afin de les mettre en œuvre et d’en tirer des résultats.

Le système bancaire pose un autre risque important. Avec la dégradation de la situation économique de l’État, les banques ont été mises sous pression pour trouver des financements, mises à l’écart des lignes de crédit interbancaires comme du financement en gros, et, récemment, ont perdu des dépôts. Les banques ont recours à la BCE pour rester à flot, mais ceci n’est pas une solution durable. De plus, le lent déclin économique qui nous attend va faire augmenter le nombre de crédits non recouvrables de manière significative, et il est possible, et même probable, que le gouvernement devra injecter du capital afin de stabiliser le système bancaire et de sauvegarder les dépôts. Ces sommes s’ajouteraient aux besoins de financement du gouvernement, qui sont déjà importants.

Le financement doit rester important. En raison du fait que la réduction du déficit prend du temps tandis qu’il faut rembourser et refinancer le capital emprunté, les besoins d’emprunts du secteur public atteindront en moyenne autour de 50 milliards d’euros en 2010-2012, même avec des mesures budgétaires à hauteur de 2 à 2,5% du PIB chaque année, telles que cela a été présenté plus haut. Et cela ne tient pas compte du besoin potentiel d’un sauvetage public du système bancaire.

C’est pourquoi les marchés de capitaux sont inquiets. Les marchés financiers anticipent et perçoivent que la période qui s’ouvre va être difficile. L’augmentation continue du ratio de la dette menace la notation de l’État et accroît les rendements exigés par les acheteurs de titres grecs. Les marchés ont besoin d’être assurés qu’un défaut de paiement n’est pas à l’ordre du jour avant d’engager plus de fonds.


Traduction de l’anglais vers le français par Nathan Legrand
en collaboration avec Éric Toussaint.

Le document original est disponible sur cette page

NOTES :

|1| Michel Husson, Grèce : les « erreurs » du FMI, 2 septembre 2016

|2| Note du CADTM : il s’agit du Fonds hellénique de stabilité financière créé en juillet 2010. Voir le site officiel

|3| Source : http://adlib.imf.org/digital_assets…, p. 51

|4| Christine Lagarde était, à l’époque, ministre dans le gouvernement du président N. Sarkozy. En 2011, elle est devenue directrice générale du Fonds monétaire international (FMI).

|5| Source : http://adlib.imf.org/digital_assets…

Source : Le blog Mediapart, 13-01-2017

14 réponses à Les documents secrets du FMI sur la Grèce, par CADTM

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Un secret de polichinelle bien gardé

Publié le par Felli Bernard

Un secret de polichinelle bien gardé


Washington est derrière la brutale expérience indienne d’abolition de l’argent liquide.


Par Norbert Häring – Le 1er janvier 2017 – Source norberthaering.de

Des Indiens faisant la queue devant une banque

Début novembre, sans préavis, le gouvernement indien a déclaré invalides les deux billets de banque de plus grande valeur, abolissant plus de 80 % de la valeur d’argent en circulation. Malgré toute l’agitation et l’indignation qui en ont résulté, personne ne semble avoir pris conscience du rôle décisif qu’a joué Washington dans cette décision. C’est surprenant, car ce rôle a été à peine dissimulé.

 

Le président américain Barack Obama a déclaré que le partenariat stratégique avec l’Inde était une priorité de sa politique étrangère. La Chine doit être maîtrisée. Dans le cadre de ce partenariat, l’agence américaine de développement USAID a négocié des accords de coopération avec le ministère indien des Finances. L’un d’eux a pour objectif déclaré de repousser l’utilisation de l’argent liquide en faveur des paiements numériques, en Inde mais aussi dans le monde entier.

Le 8 novembre, le Premier ministre indien Narendra Modi a annoncé que les deux plus grandes coupures, en valeur, de billets de banque ne pouvaient plus être utilisées, avec un effet presque immédiat. Les propriétaires ne pouvaient récupérer leur valeur qu’en les déposant sur un compte bancaire avant la fin de la période de grâce qui expirait à la fin de l’année [2016], ce que beaucoup de gens et d’entreprises n’ont pas réussi à faire, en raison des longues files d’attente devant les banques. Le montant d’argent liquide que les banques ont été autorisées à payer aux clients individuels a été sévèrement restreint. Près de la moitié des Indiens n’ont pas de compte bancaire et beaucoup n’ont même pas de banque à proximité. L’économie est largement basée sur l’argent liquide. Du coup, une grave pénurie de liquidités s’en est suivie. Ceux qui ont souffert le plus sont les plus pauvres et les plus vulnérables. Ils ont éprouvé des difficultés supplémentaires à gagner leur maigre vie dans le secteur informel ou à payer des biens et des services essentiels comme la nourriture, la médecine ou les hôpitaux. Le chaos et la fraude ont régné en décembre.

Quatre semaines plus tôt

Moins de quatre semaines avant cette attaque contre les Indiens, l’USAID avait annoncé la création de « Catalyst : Inclusive Cashless Payment Partnership » [partenariat pour un paiement non liquide inclusif, NdT], dans le but d’effectuer un saut quantique en Inde. La déclaration de presse du 14 octobre indique que Catalyst « marque la prochaine phase du partenariat entre l’USAID et le ministère des Finances pour faciliter l’intégration financière universelle ». La déclaration ne figure pas (ou plus) dans la liste des déclarations de presse sur le site internet de l’USAID. Même une recherche avec le mot « Inde » n’a pas permis de la retrouver. Pour la trouver, vous devez déjà savoir qu’elle existe, ou tomber sur elle par hasard au cours d’une recherche internet. En effet, cette déclaration et d’autres qui semblaient plutôt ennuyeuses auparavant, sont devenues beaucoup plus intéressantes et révélatrices après le 8 novembre.

En lisant attentivement cette déclaration, il est évident que Catalyst et le partenariat de l’USAID et du ministère indien des Finances − d’où est né le projet Catalyst − ne sont que des façades qui ont servi à préparer l’assaut contre tous les Indiens utilisant de l’argent liquide sans soulever de soupçons indus. Même le nom Catalyst semble beaucoup plus sinistre une fois que vous savez ce qui s’est passé le 9 novembre.

Le directeur de projets de Catalyst est Alok Gupta, qui occupait le poste de chef d’exploitation du World Resources Institute à Washington, dont l’USAID est l’un des principaux commanditaires. Il était également un membre original de l’équipe qui a développé Aadhaar, le système d’identification biométrique à la Big Brother.

Selon un rapport de l’Indian Economic Times, l’USAID s’est engagée à financer Catalyst pendant trois ans. Les montants sont gardés secrets.

Badal Malick était vice-président du plus important marché en ligne indien, Snapdeal, avant d’être nommé directeur général de Catalyst. Il a fait ce commentaire :

 « La mission de Catalyst est de résoudre les multiples problèmes de coordination qui ont bloqué la pénétration des paiements numériques chez les commerçants et les consommateurs à faible revenu. Nous sommes impatients de créer un modèle durable et reproductible. (…) S’il y a eu (…) une pression concertée pour les paiements numériques exercé par le gouvernement, il existe encore un dernier effort à faire au niveau de son acceptation par les marchands, et des questions de coordination. Nous voulons approcher le problème de façon écosystémique et holistique. »

Dix mois plus tôt

Les multiples problèmes de coordination et la question des écosystèmes en espèces mentionnée par Malick ont été analysés dans un rapport que l’USAID a commandé en 2015 et présenté en janvier 2016 dans le cadre du partenariat anti-espèces avec le ministère indien des Finances. Le communiqué de presse sur cette présentation n’est pas (plus ?) non plus dans la liste des déclarations de presse de l’USAID. Le titre de l’étude était Beyond Cash [Au delà du liquide].

« Les commerçants, comme les consommateurs, sont pris au piège dans des écosystèmes d’argent en espèces qui empêche leur intérêt » pour les paiements numériques dit le rapport. Étant donné que peu de commerçants acceptent les paiements numériques, peu de consommateurs s’intéressent à eux, et comme peu de consommateurs utilisent les paiements numériques, peu de commerçants y ont un intérêt. Étant donné que les banques et les fournisseurs de systèmes de paiement facturent des frais pour l’équipement à utiliser ou même pour un simple essai de paiement numérique, une forte impulsion externe est nécessaire pour atteindre un niveau de pénétration des cartes de crédit qui créerait un intérêt des deux côtés pour ce genre de paiement.

Il s’est avéré en novembre que l’approche nommée « écosystème holistique » pour créer cette impulsion consistait à détruire l’écosystème de l’argent en espèces pour un temps limité et à le sécher lentement plus tard, en limitant la disponibilité de liquidités auprès des banques pour les clients individuels. Puisque que l’assaut devait être une surprise pour atteindre son plein résultat catalyseur, l’étude Beyond-Cash publiée et les protagonistes de Catalyst ne pouvaient pas décrire ouvertement leurs plans. Ils ont utilisé un moyen astucieux pour les déguiser tout en étant en mesure de faire ouvertement les préparatifs nécessaires, y compris les auditions d’experts. Ils ont beaucoup parlé d’une expérience de terrain régionale qu’ils planifiaient ostensiblement.

« L’objectif est de s’attaquer à une ville et de multiplier les paiements numériques par 10 en six à douze mois », a déclaré Malick moins de quatre semaines avant que la plupart des espèces ait été abolies dans l’ensemble de l’Inde. Pour ne pas être limités dans leur préparation sur une seule ville, le rapport Beyond-Cash et Catalyst ne cessaient de parler d’une gamme de régions qu’ils examinaient, apparemment afin de décider plus tard quelle était la meilleure ville ou région pour l’expérience de terrain. C’est seulement en novembre qu’il est devenu clair que l’ensemble de l’Inde devrait être la région cobaye dans l’effort global pour mettre fin à la dépendance à l’argent liquide. En lisant avec recul une déclaration de l’ambassadeur Jonathan Addleton, directeur de la mission de l’USAID en Inde, il est clair qu’il a annoncé cela furtivement quand il disait, quatre semaines plus tôt :

 « L’Inde est à l’avant-garde des efforts mondiaux pour numériser les économies et créer de nouvelles opportunités économiques qui s’étendent à des populations difficiles à atteindre. Catalyst soutiendra ces efforts en se concentrant sur le défi de rendre les achats quotidiens non liquides. »

Les vétérans de la guerre contre les espèces en action

Qui sont les institutions derrière cette attaque décisive contre les espèces ? À la suite de la présentation du rapport Beyond-Cash, l’USAID a déclaré : « Plus de 35 organisations indiennes, américaines et internationales importantes se sont associées au ministère des Finances et à l’USAID pour cette initiative. » Sur le site internet de Catalyst, on peut voir que ces organisations sont pour la plupart des fournisseurs de services informatiques et de paiement qui veulent gagner de l’argent à partir de paiements numériques ou de la vente de données associées aux utilisateurs. Beaucoup sont des anciens combattants de ce qu’un haut fonctionnaire de la Deutsche Bundesbank a appelé la « guerre des institutions financières contre les espèces » (en allemand). Ils sont l’Alliance Better Than Cash, la Fondation Gates (Microsoft), Omidyar Network (eBay), la Fondation Dell Mastercard, Visa, la Fondation Metlife.

L’alliance Better than cash – Mieux que le liquide

L’alliance Better Than Cash, dont l’USAID est membre, est mentionnée pour une bonne raison. Elle a été fondée en 2012 pour faire diminuer l’utilisation des espèces à l’échelle mondiale. Le secrétariat est logé au Fonds de développement des Nations Unies (UNCDP) à New York, ce qui pourrait expliquer pourquoi cette petite organisation assez pauvre de l’ONU était si heureuse, il y a deux ans, que la Fondation Gates, la première année, et la Master-Card-Foundation, l’année suivante, comptent parmi ses plus généreux donateurs.

Les membres de l’Alliance sont les grandes institutions américaines qui auraient le plus grand avantage à faire disparaître les espèces, c’est-à-dire les sociétés de cartes de crédit Mastercard et Visa, ainsi que certaines institutions américaines dont les noms sont souvent mentionnés dans les livres sur l’histoire des services de renseignements américains, à savoir la Fondation Ford et l’USAID. La Fondation Gates en est un autre membre éminent. Omidyar Network, appartenant au fondateur d’eBay, Pierre Omidyar, et Citibank sont des contributeurs importants. Presque tous ces partenaires sont aussi individuellement partenaires de l’actuelle initiative USAID-Inde pour mettre fin à la dépendance à l’argent liquide en Inde et au-delà. L’initiative et le programme Catalyst ne semblent guère plus qu’une extension de l’alliance Better Than Cash, renforcée par des organisations indiennes et asiatiques qui ont un fort intérêt commercial à une utilisation réduite de l’argent liquide.

La Banque centrale indienne comme Chicago boy du FMI

Le partenariat pour préparer l’interdiction temporaire de la plupart des liquidités en Inde coïncide approximativement avec le mandat de Raghuram Rajan à la tête de la Banque centrale indienne, de septembre 2013 à septembre 2016. Rajan a été, et est à nouveau, professeur d’économie à l’université de Chicago. De 2003 à 2006, il a été économiste en chef du Fonds monétaire international à Washington. (Il s’agit d’un point de son CV qu’il partage avec un autre guerrier contre l’argent comptant, Ken Rogoff.) Il est membre du Groupe des trente, une organisation assez nébuleuse, où les représentants de haut rang des grandes institutions financières commerciales mondiales partagent leurs pensées et plans avec les présidents des banques centrales les plus importantes, derrière des portes closes et sans compte rendu. Il devient de plus en plus évident que le Groupe des trente est l’un des principaux centres de coordination de la guerre mondiale contre les espèces. Il compte parmi ses membres d’autres belligérants comme Rogoff, Larry Summers et autres.

Raghuram Rajan a de nombreuses raisons de s’attendre à grimper aux échelons les plus élevés de la finance internationale et donc de bonnes raisons de jouer le jeu de Washington. Il était déjà président de l’American Finance Association et récipiendaire inaugural du prix Fisher-Black en recherche financière. Il a remporté les prix généreusement dotés d’Infosys pour la recherche économique et de la Deutsche Bank pour l’économie financière ainsi que le prix Financial Times / Goldman Sachs pour le meilleur livre d’économie. Il a été déclaré Indien de l’année par NASSCOM et banquier central de l’année par Euromoney et par The Banker. Il est considéré comme un successeur possible de Christine Lagarde à la barre du FMI, mais peut certainement aussi s’attendre à être considéré pour d’autres emplois de premier plan dans la finance internationale.

En tant que gouverneur de la Banque centrale, Rajan était apprécié et bien respecté par le secteur financier, mais il était très peu apprécié par les entrepreneurs du secteur réel (productif), à cause de son penchant pour la déréglementation et la réforme économique. La raison principale a été la politique monétaire restrictive qu’il a introduite et défendue avec fermeté. Après avoir été violemment critiqué par les rangs du parti au pouvoir, il a déclaré en juin qu’il ne chercherait pas un second mandat en septembre. Plus tard, il a dit au New York Times qu’il avait voulu rester, mais pas pour un mandat entier, et que le Premier ministre Modi ne le voulait pas. Un ancien ministre du Commerce et de la Justice, M. Swamy, a déclaré que le départ de Rajan rendrait heureux les industriels indiens :

« Je voulais qu’il dégage, et je l’ai expliqué au Premier ministre, aussi clairement que possible. (…) Son public était essentiellement occidental, et son auditoire en Inde a été la société occidentalisée de la diaspora. Les gens venaient chez moi par délégations entières pour m’inviter à faire quelque chose. »

Un désastre à venir

Si Rajan était impliqué dans la préparation de cet assaut pour déclarer la plupart des billets de banque des Indiens illégaux – et il devrait y avoir peu de doute à ce sujet, étant donné ses liens personnels et institutionnels et l’importance de la Banque centrale indienne dans la fourniture d’argent – il avait une raison suffisante de rester en arrière-plan. Après tout, cela ne devrait surprendre personne impliqué dans la question, que cette action entraînerait chaos et extrêmes difficultés, en particulier pour la majorité des pauvres et des indiens ruraux qui étaient pourtant désignés comme les bénéficiaires supposés de cette si mal nommée « intégration financière ». L’USAID et ses partenaires ont analysé la situation de manière approfondie et constaté dans le rapport Beyond-Cash que 97% des transactions étaient effectuées en espèces et que seulement 55% des Indiens avaient un compte bancaire. Et de tous ces comptes bancaires, « seuls 29% ont été utilisés au cours des trois derniers mois ».

Tout cela était bien connu et rendait certain que l’abolition soudaine de la plupart des liquidités causerait des problèmes graves et même existentiels à de nombreux petits commerçants et producteurs et à beaucoup de gens dans des régions éloignées, sans banques. Quand l’acte fut posé, il est devenu évident que la promesse d’inclusion financière par la numérisation des paiements et le refus de l’argent liquide a toujours été une fausse promesse. Il n’existe tout simplement aucun autre moyen de paiement qui puisse rivaliser avec les espèces pour permettre à tout le monde, avec de si lourds handicaps, de participer à l’économie de marché.

Cependant, pour Visa, Mastercard et les autres prestataires de services de paiement, qui ne sont pas affectés par ces problèmes existentiels, l’assaut sur le liquide sera très probablement considéré comme un grand succès, entraînant une « montée en gamme » des paiements numériques dans la « région d’essai ». Après ce chaos et avec toutes les pertes qu’ils ont dû subir, tous les hommes d’affaires qui peuvent se le permettre vont s’assurer de pouvoir accepter les paiements numériques à l’avenir. Et les consommateurs, qui sont limités dans le montant d’argent qu’ils peuvent maintenant obtenir des banques, vont plus souvent payer avec des cartes, au bénéfice de Visa, Mastercard et les autres membres de l’alliance Better Than Cash.

Pourquoi Washington lance une guerre mondiale contre les espèces

Les intérêts commerciaux des sociétés américaines qui dominent les systèmes d’affaires et de paiements numériques sont une raison importante pour le zèle du gouvernement américain dans sa tentative de réduire l’utilisation des espèces dans le monde entier, mais ce n’est pas la seule ni la plus importante. Un autre motif est la puissance de surveillance qui va avec l’utilisation accrue du paiement numérique. Les organisations de renseignement américaines et les entreprises informatiques peuvent examiner tous les paiements internationaux effectués par l’entremise des banques et surveiller la plupart des flux de données numériques. Les données financières tendent à être les plus importantes et les plus précieuses.

Plus important encore, le statut du dollar comme monnaie mondiale de référence et la domination des sociétés américaines dans le financement international fournissent au gouvernement américain un énorme pouvoir sur tous les participants au système financier non monétaire en place. Cela oblige tout le monde à se conformer au droit américain plutôt qu’aux règles locales ou internationales. Le journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung a récemment publié une histoire glaçante décrivant comment cela fonctionne (en allemand). Les employés d’une entreprise d’affacturage, Geran, qui faisaient des affaires complètement légales avec l’Iran, ont été mis sur la liste terroriste américaine, ce qui signifie qu’ils ont été coupés du système financier et même certaines entreprises de logistique ne transporteraient plus leurs meubles. Une grande banque allemande a été obligée de licencier plusieurs employés, à la demande des États-Unis, alors qu’ils n’avaient rien fait d’irrégulier ou d’illégal.

Il y a bien d’autres exemples. Chaque banque internationalement active peut être soumise au chantage par le gouvernement des États-Unis afin qu’elle suive leurs ordres, puisque la révocation de sa licence pour faire des affaires aux États-Unis ou en dollar équivaut essentiellement à les mettre en faillite. Il suffit de penser à la Deutsche Bank, qui a dû négocier avec le Trésor américain pendant des mois entre payer une amende de 14 milliards de dollars et très probablement faire faillite, ou s’en tirer avec sept milliards et survivre. Si vous avez le pouvoir de mettre en faillite les plus grandes banques même des grands pays, vous avez aussi le pouvoir sur leurs gouvernements. Ce pouvoir par la domination sur le système financier et les données associées est déjà là. Moins il y a de liquide, plus ce pouvoir est important et sécurisé, car l’utilisation d’espèces est un moyen important de se soustraire à ce pouvoir.

Norbert Haering est un journaliste financier.

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Que cachent les 50 milliards que Softbank veut investir aux États-Unis ?

Publié le par Felli Bernard

 
Après une rencontre avec Donald Trump, Masayoshi Son, le milliardaire et patron de l’opérateur nippon, a déclaré qu’il investirait massivement au pays de l’Oncle Sam. Une initiative qui pourrait en cacher une autre : la reprise des discussions pour un mariage entre l’opérateur Sprint, détenu par Softbank, et son homologue T-Mobile US.

L'initiative ne manque pas de sel. Alors que Donald Trump a beaucoup critiqué la tech américaine pendant la présidentielle, suscitant au passage la peur d'une grande partie du secteur, le prochain locataire de la Maison-Blanche a fait, ce mardi, ami-ami avec Masayoshi Son. Milliardaire à la tête de Softbank, un des cadors nippons des télécoms, ce dernier a rencontré Donald Trump à New York. Pourquoi ? D'abord, a-t-il dit selon l'AFP, pour « fêter son nouveau travail ».

« Je lui ai dit : 'c'est super, les États-Unis vont retrouver leur grandeur' », a fayoté l'ambitieux patron, en référence au slogan de campagne « Make America great again » (« Rendre l'Amérique à nouveau grande ») du nouveau président.

Mais le « Xavier Niel japonais » n'en est pas resté là. Il a annoncé que son groupe allait investir la bagatelle de 50 milliards de dollars (47 milliards d'euros) au pays de l'Oncle Sam, et y créer 50.000 emplois. Saluant l'initiative, Donald Trump s'en est d'emblée attribué tout le mérite. « Masa », comme il l'a familièrement présenté à la presse, « n'aurait jamais fait [cet investissement] si nous n'avions pas gagné l'élection », a-t-il jugé sur Twitter. L'occasion était trop belle pour celui qui s'est juré de booster l'économie domestique et de créer des emplois à la pelle aux États-Unis.

Bientôt une forte « déréglementation » ?

Seulement, cette annonce faramineuse est à tempérer. Cet investissement, qui vise principalement les jeunes pousses aux États-Unis selon Masayoshi Son, sera mené par le fonds technologique Softbank Vision Fund. Or celui-ci a été créé mi-octobre. Rien ne dit donc que les 50 milliards d'investissements annoncés mardi n'ont pas été prévus bien avant l'élection de Donald Trump. On imagine mal, en outre, un fonds spécialisé dans la high-tech snober la Silicon Valley... Doté d'une enveloppe qui pourra atteindre 100 milliards de dollars (93 milliards d'euros), Softbank Vision Fund a au passage vu le jour avec le soutien financier de l'Arabie Saoudite. Un pays qui, pourtant, a été très vivement critiqué par Donald Trump pendant sa campagne.

Si « Masa » a pris la peine de combler le prochain homme fort des États-Unis, c'est peut-être aussi, qui sait, pour profiter d'éventuelles largesses à venir. En dégainant sa promesse d'investissements, le patron de Sofbank a précisé qu'il s'attendait à une nette « déréglementation » avec la nouvelle administration, note l'agence Reuters. Des propos qui relancent les spéculations sur un retour des discussions pour un mariage entre Sprint, le troisième opérateur mobile des États-Unis - détenu par Softbank - et T-Mobile US, le numéro quatre du secteur, propriété de Deutsche Telekom. Il y a deux ans, Masayoshi Son avait renoncé à mettre la main sur son rival face aux réticences des autorités de régulation américaines. Mais peut-être compte-t-il sur Donald Trump pour avoir davantage le champ libre.

Masayoshi Son et Donald Trump, ce mardi à New York. (Crédits : Reuters)

Masayoshi Son et Donald Trump, ce mardi à New York. (Crédits : Reuters)

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Trump va augmenter la dette américaine de façon exponentielle

Publié le par Felli Bernard

 
 
 

Trump va augmenter la dette américaine de façon exponentielle

Publié par Egon Von Greyerz | 19 nov. 2016 | Articles

Il y a une incompréhension totale du rôle de l’or et de la nécessité de détenir de l’or physique. Il ne faut pas acheter ou vendre de l’or en se basant sur des rumeurs ou des événements. Par exemple, après l’élection américaine, l’or a bougé pour de mauvaises raisons.

L'ensemble du monde occidental avait prédit une victoire d’Hillary Clinton. Les médias occidentaux, qui ne font aucun travail d’analyse mais qui rapportent ce qu’on leur dit, n’ont pas pris le temps d’essayer de comprendre le sentiment des gens. C'était exactement la même chose après le "Brexit". Les élites de Londres, New York et des grandes villes ont des objectifs bien différents de ceux des gens ordinaires.

Changements dans le sentiment des gens

Ce changement de tendance dans la réaction du public, que nous voyons en ce moment, n’est pas qu’un phénomène temporaire. Les gens ordinaires n’en peuvent plus de la petite élite de banquiers, d’industriels et de politiciens qui se partagent le pouvoir et s'enrichissent, alors que les gens normaux s’appauvrissent avec des revenus plus faibles et plus de dette. Au final, les masses sont responsables du remboursement de la dette, qui augmente de façon exponentielle dans la plupart des pays. Bien sûr, ces pays ne rembourseront jamais cette dette, parce qu’ils n’en ont pas la capacité. Ils souffriront terriblement lorsque la dette mondiale, qui approche les 250 000 milliards $, implosera et engendrera une sévère dépression. L’écart entre les riches et les pauvres en Occident est plus grand que jamais. Aux États-Unis, 0,1% des gens possèdent 22% de la richesse totale. Les salaires réels des professions les mieux payés aux États-Unis ont augmenté de 51% depuis 1973, tandis que les employés moyens ont vu leurs salaires baisser de 4,6%. Il s’agit d’une tendance très dangereuse, et lorsque la récession économique frappera, cela pourrait déclencher des protestations violentes et des troubles sociaux.

La victoire de Donald Trump était complètement inattendue. La plupart des politiciens européens et du monde entier n'ont cessé de ridiculiser Trump et de répeter qu’il ne serait jamais élu. Ils devront ravaler leurs mots.

Les investisseurs doivent ignorer la volatilité de l’or-papier

Pour revenir à l’or, nous avons observé une volatilité incroyable, la semaine dernière. Quand la victoire de Trump est devenue une certitude, l’or est passé de 1 270 $ à 1 335 $ en moins de quatre heures. Puis des ventes massives de contrats à terme sur l’or ont fait redescendre le prix à 1 270 $, là où il se situait avant l’élection. Vendredi 11 novembre, l’or est tombé jusqu’à 1 225 $, soit 110 $ sous le pic euphorique de l’élection. Dans un premier temps, il y avait eu de gros achats spéculatifs d’or papier, mais très peu d’achats d’or physique. Certains experts anticipaient une hausse de l'or d’au moins 100 $ si Trump gagnait. Il grimpa de 65 $ mais déclina ensuite de plus de 100 $. À Londres, un vendeur manqua d’or physique car c’était la panique pour s'en procurer au détail. Mais lorsque les marchés boursiers reprirent le dessus, après avoir perdu 4-5%, les positions longues sur l’or-papier ont été liquidées, et les fonds spéculatifs ont afflué sur les marchés boursiers. Il s’est échangé l’équivalent de deux années de production mondiale d’or juste après l’élection – uniquement sur le marché de l’or papier.

Comme d’habitude, lorsque de nombreux contrats à terme sont liquidés, il se vend peu d’or physique. Ainsi le prix papier de l’or est entièrement faux et ne reflète aucunement la réalité du marché physique. Les acheteurs commerciaux, qui ont déjà des positions longues, vont augmenter leurs positions en profitant des prix déprimés. Il y a maintenant une centaine de réclamations papier pour chaque once d’or physique. Lors que ces commerciaux ajouteront des positions à ces prix artificiellement bas, cela pourrait causer un short squeeze majeur.

Les investisseurs devraient ignorer ces mouvements à court terme, ainsi que ces nouvelles ou événements qui font temporairement bouger le prix de l’or. Malheureusement, plusieurs investisseurs achètent de l’or lorsqu’il grimpe et le vendent lorsqu’il baisse. Ce comportement démontre une ignorance totale du rôle de l’or et de la raison pour laquelle il est si important de détenir de l’or physique. L’or n’est pas un investissement et ne devrait définitivement pas être considéré comme une matière première sur laquelle spéculer. Mais les traders de contrats à terme et les banques de négoce d’or n’ont aucun intérêt à voir l’or comme un outil de protection de richesse… pour eux, il ne s’agit que d’une matière première échangée sur le marché papier dont ils n’ont pas l’intention d’exiger la livraison.

Obama a réussi en huit ans ce qui avait pris plus de 200 ans aux États-Unis

Lorsque le prix de l’or varie brusquement en fonction d’un événement, ce mouvement ne dure souvent pas. Ces mouvements sont surtout spéculatifs et ont lieu sur le marché papier. Les mouvements soutenus de l’or sont dus à la dévaluation de la monnaie papier, et rien d’autre. Depuis la création de la Fed, en 1913, toutes les devises majeures ont perdu 97-99% par rapport à l’or. Les États-Unis n’ont pas enregistré d'excédent budgétaire depuis 1960. La tendance est claire et ne se renversera probablement pas de sitôt. Depuis 1971, lorsque Nixon abandonna l’adossement du dollar à l’or, la dette publique américaine a augmenté de 9% par an en moyenne. Cela signifie que la dette fédérale a doublé tous les huit ans. Obama n'a pas dérogé à la règle. Il s’est conformé à la tendance et a doublé la dette des États-Unis, de 10 000 milliards $ à 20 000 milliards $. Il a fallu 232 ans aux États-Unis pour partir d’une dette nulle et arriver à 10 000 milliards $, et Obama a réussi à la doubler en seulement huit courtes années. Un exploit !

Ni Hillary Clinton, ni Donald Trump n’avaient l’intention de renverser cette tendance d’expansion massive de la dette. Les réductions d’impôt et les investissements majeurs dans les infrastructures vont ajouter plus de 5 000 milliards $ à la dette. Mais avec cette politique expansionniste, il n’y a aucune raison de croire que la dette, dans les quatre ans à venir, croîtra sous la moyenne annuelle de 9%. Cela propulsera la dette américaine à plus de 28 000 milliards $ en 2021.

 

 

Mais cela risque d’être bien pire. La hausse des taux d’intérêt, du chômage, des tensions sur le marchés des dettes souveraines ainsi que des problèmes majeurs au sein du système financier mondial sont susceptibles d’accroître significativement le niveau de la dette publique américaine.

Le cycle DES TAUX D’INTÉRÊT à 35 ans s’est inversé

Les taux américains à long terme ont commencé à remonter cette année avec le rendement des bons du Trésor à dix ans en hausse de 63%, de 1,4% à 2,28%. Le cycle à 35 ans a désormais changé de direction et les taux devraient revenir à au moins 16%, mais ils pourraient atteindre des niveaux bien plus élevés lorsque la plus grosse bulle obligataire de l’histoire explosera. En raison de la taille massive de cette bulle à l’échelle mondiale, l’augmentation des taux pourrait se produire très rapidement. Cela ne fera pas qu’affecter le marché de la dette et la capacité des gouvernements à payer les intérêts, mais aussi le marché des produits dérivés. Ces produits dérivés, d'un montant de 1 500 000 milliards $, sont extrêmement sensibles aux hausses de taux d’intérêt, et ce marché ne survivra pas avec des taux élevés.

 

 

Si nous regardons le monde, nous voyons que les risques sont sans précédent. Le Japon est totalement en faillite, la Chine a un problème d'endettement majeur, et le système bancaire européen ne survivra probablement pas dans sa forme actuelle. Ce qui a été déclenché avec le "Brexit" risque d'avoir lieu dans plusieurs pays européens. Tout comme aux États-Unis, les Européens en ont assez de cette élite non élue de Bruxelles qui dirige 500 millions de personnes sans comprendre le ressentiment qu’elle provoque, et qui n'a pas de comptes à rendre. La prochaine élection aura lieu en Italie, en décembre, et ce sera ensuite au tour de la France et de l’Allemagne en 2017. Le démantèlement de l’Union européenne et la fin de l’euro ne sont qu’une question de temps, et cela pourrait arriver bien plus rapidement que prévu.

Trump n'inversera pas la tendance CHRONIQUE de déficits et de dettes

Trump aura beaucoup de difficulté à inverser l’expansion de l’endettement, la hausse des déficits et à relancer une économie américaine qui stagne. Les échanges commerciaux sont en baisse et ils risquent de décliner substantiellement dans les années à venir. Avec tous ces problèmes, dans le monde et aux États-Unis, d’une ampleur sans précédent, ce n’est pas le meilleur moment pour devenir président de la plus grande et plus endettée économie au monde. De toute évidence, Trump est déterminé à réussir, mais diriger une économie insolvable dans un monde virtuellement en faillite s’avérera bien plus difficile que de construire un empire immobilier. Mais il a été très clair sur le fait qu’il fera tout pour stimuler l’économie américaine, et ce à n'importe quel prix. Le problème est qu’il dépensera sans doute plus d’argent que quiconque ne peut l’imaginer. Mais, malheureusement, emprunter et imprimer de la monnaie ne peut pas sauver une économie à l’agonie.

La nécéssité de détenir de l’or est plus grande que jamais

Alors que le monde entre dans une époque où les risques sont plus élevés qu’en 2006, il est plus impératif que jamais de détenir de l’or physique pour s’assurer et protéger son patrimoine. La dévaluation des devises, qui se poursuivra, garantira un prix de l’or plus élevé. Durant les huit années de présidence de Barack Obama, l’or a grimpé de 36% seulement, tandis que la dette a doublé, et Trump va sans doute augmenter cette dette de façon exponentielle. De plus, un défaut du marché papier de l’or pourrait avoir lieu à tout moment. Lorsque cela arrivera, il n’y aura pas d’or disponible, à n'importe quel prix, jusqu’à ce que le marché physique finisse par s’équilibrer. À quel prix cela se fera est impossible à prédire, mais il est certain que ce prix se situera à des multiples du prix actuel.

 

Source: Goldswitzerland

 

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Egon Von Greyerz  Membre du conseil d'administration de Goldbroker.com - Fondateur MAM

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Janet Yellen veut rester à la Fed malgré les critiques de Trump

Publié le par Felli Bernard

JJanet Yellen veut rester à la Fed malgré les critiques de Trumpanet Yellen veut rester à la Fed malgré les critiques de Trump

La guerre a commencé entre Trump et ce qu’il nomme « l’establishment ». La guerre a commencé avec la presse et le système médiatique qui s’est opposé frontalement à lui pendant la campagne.

« La présidente de la banque centrale des États-Unis (Réserve fédérale, Fed) Janet Yellen, vivement critiquée par Donald Trump durant la campagne, a assuré qu’elle comptait rester jusqu’à la fin de son mandat en 2018 et redit qu’une hausse des taux était pour bientôt.

S’exprimant publiquement pour la première fois depuis l’élection présidentielle, Mme Yellen a répété devant une commission du Congrès qu’un resserrement du crédit « pourrait bien être approprié relativement rapidement si les données économiques continuaient de montrer des progrès ».

Mais elle s’est montrée prudente, insistant plusieurs fois sur le fait que l’économie américaine avait encore une marge d’appréciation. La Fed tiendra une réunion monétaire les 13 et 14 décembre et les analystes s’attendent à un relèvement des taux d’intérêt, pour la première fois depuis un an. »

 

Vers la menace de la nationalisation de la FED par le président élu des États-Unis d’Amérique !

« Elle a aussi insisté sur « l’importance cruciale » de l’indépendance de la banque centrale qui doit garder « une vue d’ensemble » et ne pas réagir aux pressions à court terme pour fixer la politique monétaire, alors que plusieurs projets de loi républicains au Congrès veulent réformer la structure, voire les mandats de la Réserve fédérale.

Sur l’état de l’activité économique, Mme Yellen a affirmé que la première économie mondiale faisait « de très bons progrès » vers les deux cibles de la Fed, qui sont le plein emploi et une inflation de 2 %. Mais elle estime qu’il y a encore une marge d’amélioration, notamment sur le front de l’emploi. »

Ce combat va être terrible, et la FED a elle aussi des marges de manœuvres réduites. Pousser les taux pour provoquer un effondrement en rendant coupable Trump inciterait ce dernier par « executive order » (décret présidentiel) à nationaliser la FED et reprendre en main la souveraineté monétaire.

D’ailleurs, il l’a certainement en tête. La seule question qui vaille est : aura-t-il le courage de la faire et suffisamment de soutien et d’appuis politiques pour le réussir ?

Depuis plus d’un siècle, tous les présidents qui se sont attaqués à ce sujet ont échoué.

Charles SANNAT

Source Boursorama ici

Janet Yellen veut rester à la Fed malgré les critiques de Trump

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La dette est un danger pour l’économie mondiale

Publié le par Felli Bernard

La dette est un danger pour l’économie mondiale

Bien que plus de huit années soient passées depuis l’effondrement de la banque Lehman Brothers, l’économie mondiale continue de souffrir de graves problèmes structurels. Non seulement le monde ne parvient pas à surmonter une faible croissance, mais pire encore, la dette a connu une augmentation explosive au cours des dernières années. Les pays industrialisés comme les États-Unis, l’Allemagne et la France ont vu une augmentation exponentielle de leur dette ; de même pour les pays émergents tels que le Brésil et la Chine. Sans aucun doute, si le niveau de la dette continue de croître, plus tôt que tard, nous assisterons à l’apparition d’une nouvelle crise financière.

| Mexico (Mexique)
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Au cours des dernières années, la dette a augmenté de façon explosive. Selon les estimations effectuées par le Fonds monétaire international (FMI), la dette globale du secteur non financier — incluant les gouvernements, les ménages et les entreprises financières — est de plus de 152 000 milliards de dollars. Un volume qui représente 225 % du PIB mondial [1]. De ce total général, environ 100 000 milliards de dollars correspondent à des dettes acquises par les entreprises privées et les ménages. Le reste est la dette publique.

Les économies des pays industrialisés se trouvent, selon moi, dans la situation la plus critique. En plus d’avoir des taux de croissance trop bas, le niveau d’endettement, tant public que privé, augmente à un rythme sans précédent. Le principal problème de tout cela c’est que, face à ce haut niveau d’endettement, les entreprises et les ménages sont obligés d’employer une proportion croissante de leurs revenus à la liquidation de leurs dettes, réduisant ainsi dramatiquement les ressources qui pourraient être canalisées vers les investissements et la consommation.

Une fois arrivé à ce point, on court le risque que l’acquisition de grandes dettes rende difficile le processus de désendettement (deleveraging) et finisse donc par saper l’expansion de l’économie productive et de l’emploi. Il s’agit d’un cercle vicieux qui pourrait bien générer de nouvelles bulles financières et, d’un moment à l’autre, provoquer un résultat violent. D’autre part, si l’on tient compte du fait que les taux d’inflation sont actuellement en dessous de 2 % (en termes annuels) dans presque tous les pays industrialisés, ce n’est pas une idée saugrenue de penser qu’une spirale combinée de la dette et de la déflation (la baisse des prix) est aujourd’hui une menace latente.

L’autre problème majeur, comme je l’ai déjà fait remarquer à plusieurs reprises, est que l’artillerie de la banque centrale pour lutter soit contre une récession, soit contre une crise financière, est presque épuisée [2]. En ce moment, les taux d’intérêts de référence sont très proches de zéro dans la plupart des pays industrialisés. Par conséquent, la marge de manœuvre pour diminuer encore plus le coût du crédit interbancaire au jour le jour est presque nulle. Selon les calculs de la banque états-unienne Merrill Lynch, depuis le déclenchement de la crise financière de 2008, les Banques centrales du monde entier ont réduit plus de six cent fois leur taux de référence. En outre, elles ont injecté, conjointement, pour plus de 15 mille milliards de liquidités [3], selon Bloomberg [4].

À mon avis, si la débâcle de l’économie mondiale s’approfondit, les banques centrales des pays industrialisés prendront des mesures beaucoup plus risquées. Par exemple à travers l’utilisation d’outils déjà familiers. La Réserve fédérale (Fed) US pourrait bien relancer son programme d’achat de bons du Trésor, et même commencer à acquérir d’autres types de titres financiers, et pas seulement ceux qui sont adossés à des hypothèques (mortgage-backed securities), alors que la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque du Japon (BOJ) pourraient augmenter à nouveau le volume de leurs achats d’actifs.

Il convient également de noter que plusieurs pays ont déjà lancé d’autres mesures de politique monétaire : la réduction des taux de dépôt en territoire négatif. L’objectif est de dissuader les banques commerciales de déposer leur trésorerie dans les banques centrales et les encourager ainsi à fournir des crédits à des activités productives. Cependant, jusqu’à présent, les résultats de cette mesure sont décevants.

L’imposition de taux de dépôt négatifs n’a pas fonctionné comme prévu [5]. De plus, il semble que cela n’a fait qu’aggraver la crise de rentabilité des banques. Actuellement, plus de 10 milliards de dette sont négociés avec des rendements négatifs, selon les données de la Banque des règlements internationaux (BRI), une situation qui rend difficile le dégagement de bénéfices pour les banques, les caisses d’épargne et les fonds d’assurance et de retraite [6].

De leur côté, les économies émergentes ne sont pas exemptes de risques. Bien que la dette publique soit à un niveau gérable — à la différence des économies industrialisées — le volume de la dette privée répertoriée est colossal : les sociétés qui exercent leurs activités dans des pays comme le Brésil ont émis d’importantes dettes libellées en dollars.

Dans le cas de la Chine, considérée comme une économie émergente d’importance systémique, de nombreuses entreprises ont été financées par des centres financiers off-shore (OFC) au cours des dernières années. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la dette privée en Chine représente plus de 150 % du PIB [7]. À cela s’ajoute le problème, qui est loin d’être facile pour le gouvernement chinois, des surcapacités dans plusieurs secteurs de l’économie, en particulier ceux qui restent fortement endettés.

Sans aucun doute, la dette excessive est devenue un frein dangereux pour l’économie mondiale. Cependant, au-delà du fait que l’endettement élevé constitue un obstacle à l’expansion durable d’une économie, la plus grande menace est que, à un moment donné, ce nouveau cycle de surendettement ne finisse par faire exploser une autre crise financière mondiale.

 
Ariel Noyola Rodríguez

Ariel Noyola Rodríguez Économiste diplômé de l’Université Nationale Autonome du Mexique (UNAM). Il est membre du Centre de Recherche sur la Mondialisation, Global Research, basé au Canada. Ses reportages sur l’économie mondiale sont publiés dans l’hebdomadaire Contralínea et ses billets d’humeur sur la chaîne d’information internationale Russia Today. Le Club des Journalistes du Mexique lui a décerné le Prix national du Journalisme dans la catégorie de la Meilleure analyse économique et financière pour ses articles publiés sur le Réseau Voltaire en 2015.

Traduction
JJ
site : Le Saker Francophone

Source
Russia Today (Russie)

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Les oligarques et les dirigeants

Publié le par Felli Bernard


Les oligarques et les dirigeants

 

Le 31 octobre 2016 – Source The Next Wave Futures

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Les gouverneurs de la guilde des marchands de vin, par Ferdinand Bol. Image: Wikimedia Commons

J’ai lu un certain nombre de choses récentes qui sont liées, mais peut-être pas de la manière prévue par leurs auteurs. La première vient de Sally Goerner, sur la montée de l’oligarchie américaine. La seconde est un article de McKinsey sur le problème du court-termisme du capitalisme. L’article de Sally Goerner s’appuie sur une vision longue – environ 250 ans – et positionne la crise politique actuelle de l’Amérique comme la dernière d’une série de cycles de 70 à 90 ans, où l’oligarchie accumule des richesses.

 

Ce phénomène suit un modèle familier, dit Goerner :

  • Les «royalistes» économiques s’infiltrent dans des institutions critiques et manipulent les systèmes politiques et économiques pour favoriser les élites.
  • Les systèmes «piratés» érodent la santé de la société attaquée, et les signes de crise prolifèrent.
  • La crise atteint un point de rupture ; apparemment, de petits événements déclenchent la frustration populaire pour un changement radical.
  • Si la société promulgue des réformes efficaces, elle entre dans un nouveau stade de développement. Si elle ne parvient pas à promulguer des réformes, la crise conduit à la régression et peut-être à l’effondrement.
  • Au fil du temps, les sociétés transformées oublient pourquoi elles ont mis en œuvre des réformes ; les «royalistes» économiques reviennent dans l’ombre et le cycle commence à nouveau.

Je soupçonne que nous pourrions cartographier des cycles similaires dans d’autres pays.

Le modèle systémique qui se trouve derrière est le suivant:

Scientifiquement parlant, les oligarchies s’effondrent toujours, parce qu’elles sont conçues pour extraire la richesse des couches inférieures de la société, la concentrer au sommet et bloquer l’adaptation en concentrant aussi le pouvoir oligarchique. Bien que cela puisse prendre un certain temps, cette extraction de richesse éviscère à la longue les niveaux productifs de la société, et le système devient de plus en plus fragile. […] Dans les derniers stades, un groupe de leaders arrivistes émerge, certains honnêtes et certains fascistes, tous cherchant à canaliser la frustration contenue vers leurs fins choisies.

Cycles de changement

Dans ce récit plane l’ombre du modèle des cycles séculaires de Peter Turchin, dans lequel les oligarchies émergent quand les coûts des ressources augmentent (bon pour les détenteurs d’actifs, mauvais pour les travailleurs) et utilisent cet argent pour se préserver de la concurrence, mais cela ne mène à la transition politique que rarement.

Les cycles de 80 ans m’intéressent toujours, parce qu’ils semblent se reproduire en politique. Ils sont la colonne vertébrale du modèle de quatrième tournant, qui peut être lu comme une description des schémas systémiques de changement, même si vous n’achetez pas l’analyse psycho-sociale générationnelle qui va avec elle. Il apparaît aussi dans l’heuristique de David Runciman sur les 40 crises dans l’Histoire britannique moderne (la crise financière entraîne une crise politique, qui conduit à une réforme institutionnelle).

Une explication, basée sur le modèle du quatrième tournant, est que la génération qui a été frappée par la crise reconstruit. Celle qui suit bénéficie des bienfaits, deux générations passent et le système qui a été créé montre des signes de tension (tous les systèmes décroissent avec le temps) et les gens ont oublié pourquoi il a été créé ou sont en désaccord avec les valeurs qui le sous-tendent. (Ce n’est pas une coïncidence que la Grande-Bretagne ait vécu la crise du Brexit 40 ans après son adhésion à l’UE.) Et vous obtenez ainsi une génération qui doit tout démêler, avant que le système entier ne se retrouve finalement avec une autre crise sur les bras. Les contradictions apparaissent finalement, comme diront les écrivains marxistes.

Penser à long terme

Goerner, cependant, n’est pas complètement déprimée à propos de tout cela. Comme elle le fait remarquer, les oligarchies se sont effondrées dans le passé. L’avenir n’est pas inévitable, quelle que soit la sombre apparence des perspectives.

C’est là que le rapport McKinsey, Relevons le défi du court-termisme entre en jeu. C’est sur la nécessité d’une réflexion à long terme dans les affaires, et il est coécrit par le directeur général de McKinsey, Dominic Barton. Bien sûr, il est facile de conclure que McKinsey fait partie du problème oligarchique. Ses personnes âgées se déplacent dans les mêmes cercles et se rendent dans les mêmes soirées. Cette firme a certainement participé à une grande partie de la financiarisation du secteur des entreprises qui a créé l’oligarchie actuelle, comme par exemple leur soutien à Enron dans les années 1990.

Mais pour le moment, prenons-le à sa valeur nominale.

Des horizons plus courts

Dominic Barton a été personnellement préoccupé par le problème du court-termisme d’entreprise pendant un certain temps. McKinsey a maintenant créé une organisation, FCLT Global (FCLT = Focusing Capital on the Long Term) et s’est associée à Blackrock, Tata, Dow Chemicals et à l’Office d’investissement du régime de pensions du Canada (CPPIB). Son rapport tente de mettre quelques chiffres sur le problème du court-termisme, en utilisant son panel mondial de cadres supérieurs.

Bien que la preuve suggère que les entreprises avec des cultures sur une longue durée offrent de meilleurs résultats, à la fois sur le long terme et à court terme,  selon les cadres de McKinsey qui partage cet avis, ce n’est pas comme cela que la plupart des entreprises se comportent.

Soixante-cinq pourcent des réponses faites à McKinsey disent que la pression sur les cadres supérieurs pour obtenir des résultats à court terme a augmenté au cours des cinq dernières années. Les données indiquent également que les horizons de planification sont de plus en plus courts.

Lutter avec les contradictions

Les conseils d’administration semblent également jouer un rôle disproportionné dans les décisions de distribuer de l’argent aux actionnaires ou de racheter des actions. Mais la plus grande pression pour le court-termisme est perçue comme une «plus grande concurrence de l’industrie», qui peut être liée au ralentissement de la croissance, sujet sur lequel j’ai récemment écrit. Ce ne sont pas seulement les conseils d’administration qui sont à blâmer : les cadres pointent aussi le doigt sur eux-mêmes pour l’augmentation du court-termisme.

Le papier de McKinsey lutte avec ces contradictions, mais ne réussit pas complètement :

Les facteurs les plus cités dans l’augmentation du court-termisme, la concurrence accrue et l’incertitude économique, sont des tendances qui ne conduisent pas inévitablement à un excès de court-termisme incontrôlable. Ce sont plutôt des catalyseurs qui touchent presque toutes les entreprises et qui créent un élan d’action. […] La réponse consistant à se concentrer sur le court terme devrait nous faire faire une pause, surtout étant donné que les cadres admettent que cette réponse peut sacrifier la valeur.

Faire briller la lumière de la raison

La vision du monde de McKinsey, en général, est que les gens raisonnables entendront finalement raison si vous l’amenez avec des preuves et l’éclairez dans leurs yeux. Donc sa solution est de créer sa Coalition pour le long terme pour promouvoir des choix de ce genre de durée. Avec les mots de Donella Meadows sur les lieux d’intervention dans un système, c’est une intervention basée sur la structure des flux d’information.

Il est possible que cette vue du problème soit erronée. Quand les cadres disent croire une chose (le long-termisme est bon) et ensuite qu’ils agissent différemment (le court-termisme est bon), vous devez conclure que quelque chose d’autre se passe ici. En fait, cela ressemble beaucoup plus à la célèbre citation de Upton Sinclair :

Il est difficile d’amener un homme à comprendre quelque chose quand son travail dépend du fait qu’il ne le comprend pas.

Les systèmes doivent toujours être jugés sur ce qu’ils font, sur les résultats qu’ils produisent, et non sur ce qu’ils disent faire ou ce qu’ils disent vouloir faire. La modification des flux d’information, qui est le modèle McKinsey, est beaucoup moins efficace que les interventions qui changent la façon dont le système fonctionne.

Le résultat net

En fait, l’article McKinsey raconte une histoire différente. Cette histoire est celle des élites – membres de conseils d’administration et cadres, qui sont, bien sûr, les mêmes personnes – protégeant leurs intérêts financiers en finançant leurs entreprises. Parce que c’est ce qu’est le court-termisme : une orientation très précise sur les résultats financiers et les retours sur investissement, profitant aux investisseurs et aux cadres, au détriment des autres groupes impliqués dans la construction des entreprises.

Cela s’accompagne généralement d’une certaine quantité de polish et de platitude de la part des entreprises sur la façon regrettable dont tout cela fonctionne, ce qui, selon son interprétation la plus judicieuse, peut être considéré comme impliquant un manque de réflexivité de la part des cadres. Pour citer David Graeber, ils ressemblent à des «bureaucrates d’entreprise qui utilisent le prétexte d’une pensée à court terme et concurrentielle, pour étouffer tout ce qui pourrait avoir des répercussions révolutionnaires de quelque nature que ce soit».

Bien sûr, le comportement de toutes les entreprises n’est pas le même. Certaines entreprises, comme Unilever, ont cessé de produire des résultats trimestriels, pour décourager les investisseurs à court terme (et n’ont pas été punies par les marchés, malgré des prédictions pessimistes). D’autres se sont transformées en business machines donnant leur priorité sociale aux retours sur investissement. Des universitaires travaillant sur le commerce comme Michael Porter se sont concentrés sur la «valeur partagée». Ils peuvent être un signe précoce de changement, mais ils peuvent ne pas être assez substantiels pour changer le comportement dominant.

Modification des règles

Ce qui nous ramène de nouveau à l’article de Sally Goerner. Lorsque les groupes d’intérêt produisent des résultats médiocres, il faut un autre type d’intervention pour modifier les règles. Dans le récit de Sally Goerner, c’est la rébellion contre l’impôt sur le thé en 1776 ou le New Deal de Roosevelt en 1933, quand il a pris des mesures très volontaristes pour restreindre le pouvoir des entreprises. Ce sont des interventions fondées sur différents ensembles de valeurs.

Lorsque les oligarchies s’effondrent, elles s’effondrent de deux manières. La première est qu’elles manquent d’argent à extraire de la société qu’elles président, l’ayant éviscérée d’abord puis l’entraînant dans leur chute. Ou elles se divisent, parce qu’une partie suffisamment importante de l’élite choisit un intérêt personnel à long terme sur le court terme. Elles changent pour un nouvel ensemble de valeurs et, ce faisant, s’alignent sur les intérêts de la majorité et non sur ceux de quelques uns. Notre crise actuelle ? Elle peut toujours aller dans les deux sens.

Note du Saker Francophone

Le dernier chapitre est intéressant, car il peut être appliqué à l'élection qui vient d'avoir lieu aux USA. On peut considérer que Trump est l'option long terme de l'oligarchie américaine, pour reconstituer le potentiel à piller de développement ; contre Clinton, trop instable et trop portée par des velléités guerrières risquant de finir de vider le bas de laine ou, comme le pense Brandon Smith, une volonté court-termiste d'effondrer ce qui reste de l'Amérique, pour mieux forcer un transfert vers d'autres centres de pouvoir mondialisés. Dans ce cas, l'option Clinton consisterait pour les élites US à continuer le pillage du monde un peu plus longtemps, tant que cela reste encore possible par la grâce des armées US.

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Trump élu ! Qu’en penser ?

Publié le par Felli Bernard

Trump élu ! Qu’en penser ?

Publié par Philippe Herlin | 10 nov. 2016 | Articles

Le tremblement de terre a eu lieu : Donald Trump est élu président des États-Unis d’Amérique. Voilà un énorme "Cygne noir" ! Que faut-il en attendre ?

D’un côté, la victoire de Trump apparaît comme un formidable démenti aux mensonges économiques que nous subissons depuis la crise de 2008 : non le chômage n’est pas à 5%, mais plutôt à 15% ; l’emploi industriel n’est pas reparti ; il n’y a jamais eu de véritable reprise et la croissance demeure faiblarde ; la politique laxiste de la Fed ne sert à rien. La classe moyenne s’atrophie, la pauvreté progresse. Les Américains ont clairement signifié qu’ils n’adhèrent pas au discours optimiste sur l’état de l’économie que leur vendent les médias et les autorités. Voilà qui suscite un espoir que la donne change, que la nouvelle administration deviennent plus lucide et arrête de se reposer sur les dépenses budgétaires et le laxisme monétaire pour aller vers une économie plus saine.

Signalons d’ailleurs que Trump a multiplié les attaques contre la présidente de la banque centrale, Janet Yellen. Un changement de politique monétaire est-il à prévoir ? Le retour à la normale concernant les taux d’intérêt et la fin des taux zéro va-t-elle advenir ? Ce serait, à n’en pas douter, un autre tremblement de terre, lourd de risques pour le système financier.

D’un autre côté, Trump n’a jamais indiqué faire de la réduction de la dette fédérale un objectif prioritaire et son programme contient d’importantes baisses d’impôts, pour les particuliers et les entreprises. Il s’est engagé à réduire les dépenses publiques, toutefois à l'exception des programmes sociaux et militaires, les postes les plus importants ; la tâche s’annonce donc ardue…

Il faudra voir aussi comment il va réorienter le pays dans le commerce international. Nombre d’experts l’accusent d’être protectionniste, mais, à la vérité, il s’attache surtout à dénoncer les entorses à la libre concurrence quand, par exemple, il accuse la Chine de manipuler sa monnaie afin de favoriser ses exportations ou de subventionner son acier pour écouler ses capacités excédentaires (qui pourrait le contredire ?). Il ne veut plus une ouverture inconditionnelle des frontières, il ne veut plus que des entreprises soient poussées à la faillite par des importations qui bénéficient de subventions du pays d’origine.

Surtout, il a violemment critiqué le "capitalisme de connivence", ces liaisons incestueuses entre les grandes entreprises (notamment les banques) et l’État, cette perversion du vrai capitalisme. Là encore, le retour à un vrai libéralisme constituerait un formidable progrès.

Quoi qu’il en soit, il va y avoir du changement par rapport à la politique actuelle, d’autant plus que les Républicains sont majoritaires à la Chambre des représentants et au Sénat. L’incertitude domine aujourd’hui, et d’ailleurs l’or monte fortement, mais l’espoir d’une économie fonctionnant sur des règles plus saines se fait jour… Donald Trump deviendra officiellement président le 20 janvier : l’année 2017 s’annonce très excitante.

Philippe Herlin  Chercheur en finance / Membre de l'équipe éditoriale de Goldbroker.com

 

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