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La rencontre entre Trump et Xi Jinping.

Publié le par Felli Bernard

La rencontre entre Trump et Xi Jinping.


Donald charme Xi pour essayer de briser le partenariat Moscou-Pékin.


Par Sputiknews – Le 9 avril 2017

La semaine dernière, [au cours de leur rencontre à la résidence de Trump, Mar a Lago, NdT]  le président Donald Trump et le président chinois Xi Jinping, se sont accordés sur une série de points, y compris un nouveau plan commercial de 100 jours. Les observateurs disent que Washington travaille activement à tenter de briser le partenariat stratégique russo-chinois, mais ajoutent que la division internationale du travail rend ces plans voués à l’échec.

 

Vendredi, Trump a déclaré que les États-Unis avaient fait « des progrès considérables » dans ses relations avec Pékin après le sommet historique de jeudi et vendredi entre Xi Jinping et lui.

Les deux pays ont convenu d’établir un nouveau canal pour la communication militaire de haut rang afin d’éviter les incidents et de renforcer la coopération existante entre militaires, à tous les niveaux. Ils ont également conclu un plan de 100 jours de négociations commerciales visant à accroître les exportations des États-Unis et à réduire leur déficit commercial avec la Chine. Enfin, les responsables américains ont signalé que les deux parties avaient convenu de la nécessité de coopérer pour que Pyongyang abandonne ses ambitions nucléaires.

La réunion de Mar-a-Lago a coïncidé avec les frappes de missile de croisière américaines contre la Syrie, jeudi soir. Le président Trump a informé son homologue chinois de l’attaque lors de leur dîner ensemble. Dans cette ambiance, la petite-fille de Trump a chanté pour le dirigeant chinois et a récité un poème en chinois.

Des observateurs russes ont suggéré qu’une telle utilisation démonstrative de la « carotte et du bâton » dans les négociations démontre l’extrême importance que les États-Unis accordent à leurs relations avec la Chine. Cela contraste fortement avec la rhétorique du président lors de la campagne électorale, lorsqu’il affirmait que Pékin était un « manipulateur de devises », qu’il avait « violé » l’économie américaine et que l’argent et les emplois volés aux États-Unis par la Chine étaient « le plus grand vol de l’histoire du monde ». Maintenant, disent les analystes, le comportement de Trump témoigne du désir d’établir des liens plus étroits avec Pékin, aux dépens de Moscou.

Cependant, tout le monde n’est pas convaincu du succès de la tactique étasunienne, en particulier en ce qui concerne l’affaiblissement des liens russo-chinois. Sergei Sudakov, politologue et professeur à l’Académie des sciences militaires, estime que tout effort de Washington pour séparer Pékin de Moscou échouera.

« Le plus grand problème pour les États-Unis en ce moment est que Donald Trump n’a pas encore décidé de sa politique étrangère, a déclaré M. Sudakov. C’est pour cette raison que sa rencontre avec Xi Jinping a eu lieu dans le contexte d’événements dans la province de Homs (où les États-Unis ont lancé des missiles de croisière contre le gouvernement syrien). Bien sûr, Trump voulait impressionner le dirigeant chinois et montrer qu’il considère que sa tâche est de déchirer le lien entre la Chine et la Russie. »

Au cours des dernières années, rappelle l’expert, un triangle de grandes puissances s’est formé, dont les États-Unis, la Chine et la Russie constituent les trois angles. « Il vaut la peine de rappeler ce que Xi Jinping a déclaré lors du dernier forum de Davos. Il a déclaré que le monde change et que les États-Unis ne pouvaient plus dicter au monde la manière d’agir et qu’ils ne pouvaient plus être l’hégémonie mondiale unique. » Le système mondial, a-t-il dit, a besoin d’équilibre.

« En retour, suggère Sudakov l’objectif de Trump a été de montrer que les États-Unis restent le leader [mondial] […] Cependant, la question clé est celle du commerce entre les États-Unis et la Chine. Aujourd’hui, la Chine a un excédent commercial de 200 milliards de dollars. La tâche du président américain est d’accroître les échanges entre les deux pays d’environ mille milliards de dollars. »

Le président Xi, pour sa part, « n’a pas été inspiré par sa rencontre avec Trump, estime Sudakov. Il n’a pas entendu les propositions qu’il s’attendait à entendre du dirigeant de la puissance mondiale. Il y a eu beaucoup de platitudes et de bons vœux mutuels, mais la Russie reste plus proche de la Chine que les États-Unis », mis à part le coté commercial. « En d’autres termes, remarque l’expert, l’expansion des relations bilatérales entre Washington et Pékin peut être appelée une politique d’’amis assermentés’… »

Le politologue et expert de l’Eurasie, Leonid Krutakov, est d’accord avec son collègue. Selon lui, la Russie et la Chine sont destinées à une coopération stratégique, en raison des particularités de la division internationale du travail et de la répartition inégale des ressources à travers la planète.

Les États-Unis, dit-il, peuvent être classés comme une économie transactionnelle, la politique de la Réserve fédérale la transformant consciemment en prestataire de services institutionnels pour toutes les autres économies, d’où la concentration de banques, de compagnies d’assurance, de la R & D, etc. qu’on trouve aux États-Unis. Ceci, cependant, a entraîné des effets secondaires majeurs, y compris la mort de l’industrie américaine, qui a déménagé en masse en Chine, créant ainsi des problèmes de chômage généralisé et de dégradation régionale.

« L’Allemagne est également importante en tant que puissance de haute technologie, mais elle n’est pas perçue comme dangereuse pour les États-Unis, car il s’agit effectivement d’un territoire occupé. Le troisième secteur, en dehors des services et de la production, est celui des ressources. Cela inclut le Moyen-Orient et la Russie. »

Krutakov a souligné que « lorsque le groupe de pays constituant les BRICS est apparu, il devint clair que les pays du secteur des ressources, dont la Russie et le Brésil, essayaient de s’unir aux économies industrielles que sont l’Inde et la Chine d’une manière nouvelle. Pour les États-Unis, c’est une menace, car si une partie du marché mondial de cette taille devait abandonner la zone dollar, alors peu d’autres pays auraient encore besoin des services transactionnels américains. Washington ne servirait que l’Europe et les Amériques, alors que les principaux centres de production industrielle et de ressources, se situent à l’extérieur de cette zone. »

La Russie et la Chine, possédant des ressources d’une part et une base industrielle développée de l’autre, ont besoin l’une de l’autre, selon l’analyste. « D’où la politique de convergence. »

« L’orientation de la Russie vers l’Est n’a pas eu lieu soudainement – seulement en 2014. En 2008, toutes les revendications territoriales [entre Moscou et Pékin] ont été réglées. La base a été établie pour que les accords stratégiques puissent suivre. Nos initiatives dans l’Arctique, le renouvellement de la route Northen Sea comme elle est appelée, le développement de la région Caspienne – tout cela prépare un avenir commun », une stratégie économique et géopolitique commune.

Selon Krutakov, Washington a déjà calculé qu’en 2025-2030, la croissance économique de la Chine dépendra à 90% de l’accès du pays aux ressources énergétiques. En conséquence, si les États-Unis sont en mesure de mettre le Moyen-Orient et la Russie de leur coté, ils pourront continuer à assurer leur position hégémonique. « Dans ce cas, la Chine ne pourra pas tenir la compétition. Par conséquent, pour Pékin, l’alignement sur Moscou a un caractère stratégique. Le maintien de la parité avec les États-Unis contredit tout conflit futur éventuel dans l’espoir d’avoir suffisamment de temps pour devenir autosuffisant avec ses alliés. »

Par conséquent, note Krutakov, comme ils sont incapables de lutter à la fois pour les bases industrielles et énergétiques du monde, l’objectif stratégique des États-Unis est d’empêcher Moscou et Pékin de quitter la zone dollar et de créer leur propre système de règlement des paiements, ce qui les rapprocherait encore plus.

« D’où la politique de la carotte et du bâton. Trump utilisera toutes les méthodes possibles pour y parvenir : la menace, le tir de Tomahawks et courtiser la Chine. Mais tout rapprochement à grande échelle entre les États-Unis et la Chine est [en fin de compte] peu probable », a conclu l’analyste.

Sputniknews

Traduit par Wayan, relu par M pour le Saker francophone.

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Le texte officiel du gouvernement chinois sur la situation des droits de l’homme aux États-Unis 1/2

Publié le par Felli Bernard

Le texte officiel du gouvernement chinois sur la situation des droits de l’homme aux États-Unis 1/2


Un retour d’ascenseur bien documenté et qui remet les pendules à l’heure, dont vous n’entendrez jamais parler dans la presse occidentale.


Par Le Bureau d’information du Conseil d’État de la République populaire de Chine – Le 9 mars 2017 – Source Xinhua

Le 3 mars, le Département d’État des États-Unis a publié ses rapports nationaux sur les pratiques en matière de droits de l’homme, se présentant de nouveau comme « le juge des droits de l’homme ». En brandissant « le bâton des droits de l’homme », il pointait du doigt et jugeait de la situation des droits de l’homme dans de nombreux pays, sans tenir compte de ses propres problèmes concernant de graves entorses aux droits de l’homme à domicile. Les gens ne peuvent donc s’empêcher de se poser des questions sur la situation actuelle des droits de l’homme aux États-Unis en 2016. Des faits concrets montrent que, l’an dernier, la situation aux États-Unis a continué à se détériorer pour certains de leurs problèmes concernant les droits de la personne. Avec d’incessants tirs d’armes à feu résonnant jusque dans les oreilles de la Statue de la Liberté, l’aggravation de la discrimination raciale et la farce électorale dominée par des politiciens dirigés par l’argent, ces autoproclamés défenseurs des droits de l’homme ont exposé leur propre « mythe » des droits de l’homme et doivent maintenant répondre de leurs actes dans ce domaine.

 

– La fréquence des crimes liés aux armes à feu a entraîné de lourdes pertes humaines et le taux d’incarcération demeure élevé. Il y a eu au total 58 125 incidents de violence armée, dont 385 fusillades de masse aux États-Unis en 2016, faisant 15 039 morts et 30 589 blessés. Les États-Unis ont le deuxième taux d’incarcération pénitentiaire le plus élevé au monde, avec 693 prisonniers pour 100 000 habitants (www.statista.com, April 2016). En 2016, 70 millions d’Étasuniens sont passés par la case prison – c’est presque un adulte sur trois. (harvardlawreview.org, 5 janvier 2017) [2 millions y sont encore pour wikipedia, NdT]

– Les moyens de subsistance des classes moyennes et pauvres sont source d’inquiétude en raison de l’élargissement de l’écart entre les revenus. En 2016, la proportion d’adultes américains ayant un emploi à temps plein a atteint son niveau le plus bas depuis 1983. Au cours des trois dernières décennies, près de 70% des revenus se sont retrouvés dans les poches des 10% les plus riches. La population de la classe moyenne américaine a commencé à se réduire. En outre, un Américain sur sept vit dans la pauvreté, soit 45 millions de personnes vivant dans des circonstances difficiles. L’espérance de vie moyenne est passée de 78,9 ans à 78,8 ans, les États-Unis affichant une baisse de l’espérance de vie globale pour la première fois depuis plus de 20 ans.

– Le racisme continue d’exister et les relations raciales ont empiré. En 2016, le Groupe de travail des Nations Unies sur les personnes d’ascendance africaine a signalé au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies que les problèmes raciaux étaient sévères aux États-Unis. L’histoire coloniale, l’esclavage, la subordination raciale et la ségrégation, le terrorisme racial et l’inégalité raciale aux États-Unis continuent à poser de sérieux défis. Les meurtres commis par des policiers rappellent la terreur raciste de l’époque du lynchage. Les États-Unis sont confrontés à une « crise des droits de l’homme » (www.un.org, 18 août 2016).

– La protection des droits des femmes, des enfants et des personnes âgées ne s’est pas améliorée et les droits des groupes vulnérables ont été gravement violés. Les femmes sont beaucoup moins payées que leurs collègues masculins. Les femmes employées municipales de la ville à New York touchent 18% de moins de salaire que les hommes (www.nydailynews.com, 11 avril 2016). Les femmes représentaient environ 60% des travailleurs californiens gagnant un salaire minimum ou moins (www.sandiegouniontribune.com, 10 avril 2016). Des harcèlements et des agressions sexuelles ont fréquemment lieu. Environ une femme sur quatre a déclaré avoir été harcelée au travail (www.usatoday.com, 7 juillet 2016). Au total, 20% des jeunes femmes ayant fréquenté le collège pendant quatre ans ont déclaré avoir été agressées sexuellement (www.washingtonpost.com, 5 mars 2016). Le taux de pauvreté parmi les enfants demeure élevé et environ 6,8 millions de personnes âgées de 10 à 17 ans souffrent d’insécurité alimentaire (www.urban.org, 11 septembre 2016). Des cas de mauvais traitements envers les personnes âgées se produisent de temps à autre, et environ 5 millions d’entre elles sont victimes d’abus chaque année (www.csmonitor.com, 15 juin 2016).

– Les États-Unis ont, à maintes reprises, piétiné les droits de l’homme dans d’autres pays et ont sciemment abattu des victimes innocentes. Du 8 août 2014 au 19 décembre 2016, les États-Unis ont lancé 7 258 frappes aériennes sur Irak et 5 828 en Syrie, causant 733 incidents avec un nombre de morts civils estimé entre 4 588 et 6 127 (airwars.org, 19 décembre 2016). Depuis 2009, le nombre de civils tués par des drones américains atteint plus de 800 personnes au Pakistan, au Yémen et en Somalie. (www.theguardian.com, 1er juillet 2016) La question de la détention illégale et de la torture de prisonniers dans d’autres pays est restée sans issue.

– Les États-Unis refusent d’approuver les conventions internationales relatives aux droits de l’homme et n’ont pas accepté les projets de résolution des Nations Unies relatifs aux droits de l’homme. Ils n’ont toujours pas ratifié les principales conventions internationales relatives aux droits de l’homme, notamment le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ; la Convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard des femmes ; la Convention relative aux droits de l’enfant et la Convention relative aux droits des personnes handicapées. Lors de la 71e Assemblée générale de l’ONU, les États-Unis ont voté contre les projets de résolution relatifs aux droits de l’homme, notamment ceux concernant « le droit au développement », « les droits de l’homme et les mesures coercitives unilatérales », « la promotion d’un ordre international démocratique et équitable » et « la déclaration sur le droit à la paix » (www.un.org, 19 décembre 2016).

I. De graves infractions au droit à la vie et à la sécurité personnelle

En 2016, le gouvernement des États-Unis n’a exercé aucun contrôle effectif sur les armes à feu, les services de police ont abusé de leur pouvoir et les crimes n’ont pas été effectivement combattus. En conséquence, les droits civils, en particulier le droit à la vie, ont été sérieusement menacés et les droits des personnes ont été continuellement enfreints.

La fréquence des crimes liés aux armes à feu est élevée. Selon les données publiées par le FBI, le 26 septembre 2016, des armes à feu ont été utilisées dans 71,5% des meurtres du pays, 40,8% des vols et 24,2% des agressions aggravées, en 2015 (ucr.fbi.gov, 26 septembre 2016). Selon un sondage publié par Arm Gun Violence Archive, il y eu un total de 58 125 incidents de violence armée, dont 385 fusillades de masse aux États-Unis en 2016, faisant 15 039 morts et 30 589 blessés (www.gunviolencearchive.org, 31 décembre 2016 ). Le 12 juin 2016, un homme armé a tiré à bout portant dans une boîte de nuit surpeuplée d’Orlando, tuant 50 personnes et en blessant 53 autres, une des fusillades les plus meurtrières de l’histoire du pays (www.washingtonpost.com, 12 juin 2016).

Le taux de criminalité a explosé. Selon un rapport intitulé La criminalité aux États-Unis publié par le FBI en 2016, il y eut 1 197 704 crimes violents commis dans le pays en 2015, en hausse de 3,9% par rapport à l’année précédente. Le taux estimé de crimes violents était de 372,6 infractions pour 100 000 habitants, soit une augmentation de 3,1% par rapport au taux de 2014. Parmi le total des crimes violents de 2015, 63,8% étaient des agressions violentes, 27,3% des vols, 7,5% des viols et 1,3% des meurtres. À l’échelle nationale, on estimait à 7 993 631 les crimes contre les biens, les victimes de ces crimes subissant des pertes estimées à environ 14,3 milliards de dollars américains (ucr.fbi.gov). En 2015, environ 15 696 cas de meurtres et d’homicides non involontaires ont eu lieu dans tout le pays, selon des données publiées par Statista (www.statista.com). Le Daily Mail du Royaume-Uni a rapporté, le 26 juillet 2016, que les homicides dans 51 grandes villes américaines, au premier semestre par rapport à l’année précédente, ont grimpé de 15% et que le taux d’homicides à Chicago a augmenté de 48% sur un an (www.dailymail.com .co.uk, 26 juillet 2016). Josh Earnest, alors secrétaire de presse de la Maison Blanche, a souligné que c’était un vrai problème que certaines villes « subissent une vague inquiétante de crimes violents » (www.washingtonpost.com, 14 mai 2016). Le président américain a également admis que « la criminalité est hors de contrôle et s’aggrave rapidement » (www.dailymail.co.uk, 26 juillet 2016). Les crimes dus à la haine ont également augmenté. Selon Hate Crime Statistics 2015, publié par le FBI, les organismes d’application de la loi ont soumis des rapports d’incident impliquant 5 850 incidents criminels et 6 885 infractions connexes, comme motivés par des préjugés à l’égard de la race, l’origine ethnique, l’ascendance, la religion, l’orientation sexuelle, le handicap, le genre et l’identité de genre (www.fbi.gov, 14 novembre 2016).

La police a abusé de son pouvoir d’application de la loi. Selon les données du crime publiées par le FBI, l’application de la loi a entraîné environ 10 797 088 arrestations en 2015 à l’échelle nationale. Le taux d’arrestation estimé pour les États-Unis en 2015 était de 3 363 arrestations pour 100 000 habitants (ucr.fbi.gov). Au sein de la police des États-Unis, l’abus des armes à feu pendant les arrestations est préoccupant. Les médias ont recensé 1 348 décès liés aux arrestations entre le 1er juin 2015 et le 31 mars 2016, soit une moyenne de 135 personnes abattues par mois (www.bjs.gov, 22 décembre 2016). Au total, 963 personnes ont été abattues par la police en 2016 (github.com/washingtonpost/data-police-shootings). Selon un rapport du Washington Post datant du 8 juillet 2016, sur les 509 tués par des policiers américains sur l’année en cours, au moins 124 personnes souffraient de maladie mentale (www.statista.com, 8 juillet 2016). Les policiers qui tuent des civils sont rarement jugés. Environ 1 000 civils sont tués par la police chaque année, mais seulement 77 agents ont été jugés coupables d’homicide involontaire ou de meurtre pendant une arrestation entre 2005 et 2016 (www.washingtonpost.com, 19 octobre 2016).

Le taux d’incarcération demeure élevé. Selon les données publiées par une firme américaine d’études de marché en avril 2016, les États-Unis avaient le deuxième taux de détenus le plus élevé au monde, avec 693 prisonniers pour 100 000 habitants. Environ 2,2 millions de personnes ont été incarcérées aux États-Unis en 2014. (www.statista.com, avril 2016) Il y a 70 millions d’Américains qui ont déjà été incarcérés – c’est-à-dire près d’un adulte sur trois (harvardlawreview.org , 5 janvier 2017). Faites pour abriter environ 13 000 personnes par unité, les prisons états-uniennes hébergent désormais 28 000 prisonniers, soit plus du double de la capacité prévue. La santé des détenus ne peut être maintenue et les maladies infectieuses, dont la tuberculose et la dermatose, sont facilement transmises de l’un à l’autre (Apr.org, 16 décembre 2016). Le 28 novembre 2016, le site Web du Washington Post informait que deux policiers avaient été emprisonnés pour avoir battu un détenu mentalement malade et avoir falsifié des dossiers pour couvrir leurs abus (www.washingtonpost.com, novembre 28, 2016). Selon un article du site internet du Washington Post du 19 décembre 2016, des gardiens de prison du comté de Sherriff, Los Angeles, ont battu et maltraité des prisonniers. Son ancien chef a cherché à empêcher une enquête fédérale sur les coups et autres abus perpétués dans le système carcéral du comté de Los Angeles, qu’il gérait. L’enquête a entraîné la condamnation de 20 membres du département (www.washingtonpost.com, 19 décembre 2016). Le Washington Post a rapporté sur son site internet que le 2 décembre, un gardien du complexe carcéral de Rikers Island dans la ville de New York a « sauvagement » donné des coups de pied à un détenu malade, jusqu’à ce qu’il en meure (www.washingtonpost.com, 2 décembre 2016). Les décès dans les prisons ont continué à augmenter. Selon les données publiées par le Bureau of Justice Statistics en décembre 2016, entre 2001 et 2014, il y a eu 50 785 décès de détenus aux États-Unis. Pour la seule année 2014, il y a eu 3 927 décès de détenus dans les prisons étatiques et fédérales. Il s’agit du plus grand nombre de décès de détenus, depuis que le Programme de déclaration des décès en prison (DCRP) a commencé à recueillir des données en 2001. Le suicide est la principale cause de décès dans les prisons locales. Il y a eu 372 suicides en 2014, soit 13% de plus qu’en 2013. Le nombre de suicides dans les prisons d’État a augmenté de 30% entre 2013 et 2014 (www.bjs.gov, décembre 2016).

II. Les droits politiques compromis

En 2016, la politique menée pour de l’argent, ainsi que le pouvoir en échange d’argent, ont contrôlé une élection présidentielle pleine de mensonges et de farces. Il n’y avait aucune garantie des droits politiques, alors que le public réagissait par des vagues de boycott et de manifestations, afin de montrer au grand jour la nature hypocrite de la démocratie américaine.

La participation électorale et le taux de soutien tombent à des niveaux toujours plus bas. Seuls 55% des citoyens en âge de voter l’ont fait pour l’élection 2016, le plus bas taux de participation en 20 ans (edition.cnn.com, 30 novembre 2016). Un nombre croissant d’Américains ont été déçus ou même en colère à propos de l’élection. Les recherches effectuées avant la tenue de l’élection montrent que de nombreux électeurs qui avaient l’intention de venir voter étaient en colère. Ceux qui n’ont pas voté cette fois sont au-delà de l’antipathie – ils éprouvent une aversion totale pour la chose politique (www.huffingtonpost.com, 6 décembre 2016).

Ce fut l’élection la plus coûteuse jamais vue. Les Américains qui ont postulé à des postes électoraux fédéraux ont dépensé plus que jamais – environ 6,8 milliards de dollars américains. C’est plus que ce que les consommateurs consacrent aux céréales (6 milliards de dollars américains). Les candidats se présentant à la Chambre et au Sénat et les groupes indépendants qui les soutiennent ont dû débourser 410 millions de dollars américains de plus que lors de l’élection présidentielle de 2012 (www.cbsnews.com, 8 novembre 2016). Selon le site internet du Washington Post, la campagne de Clinton avait réuni 1,4 milliard de dollars américains à la fin de novembre 2016, alors que Trump avait recueilli 932 millions de dollars américains (www.washingtonpost.com, 9 décembre 2016). CNN a rapporté que 2016 était « l’année où l’argent n’a rien apporté à personne », et « l’âge d’or pour être l’homme des masses populaires » (us.cnn.com, 12 novembre 2016). L’argent dans la politique a déclenché des manifestations nationales, au cours desquelles de nombreux manifestants ont été arrêtés par la police.

Les médias n’ont pas été objectifs et impartiaux. Les médias des États-Unis ont publié un grand nombre de rapports et de commentaires biaisés durant les élections de 2016, démontrant pleinement leur incapacité à rester objectifs ou impartiaux. Les médias ont clairement choisi leur parti pour couvrir l’élection. Parmi les 100 meilleurs quotidiens, 57 ont soutenu le candidat démocrate tandis que 2 seulement soutenaient les Républicains, selon les données révélées par le nombre de mentions médiatiques menées par l’Université de Californie Santa Barbara. Un sondage effectué par l’Université Quinnipiac, le 19 octobre 2016, a également révélé que les médias étaient biaisés dans leur couverture de l’élection présidentielle, un sentiment partagé par 55% des potentiels électeurs américains, dont 90% des Républicains et 61% des électeurs indépendants (Poll.quedu, 19 octobre 2016).

III. Les mauvaises conditions de vie des Américains à revenu faible ou moyen

En 2016, la polarisation sociale aux États-Unis s’est aggravée, la proportion d’adultes occupant un emploi à temps plein atteignant son point le plus bas depuis 1983 (www.gallup.com, 20 septembre 2016), les écarts de revenus se creusant, la classe moyenne atteignant un tournant, en commençant à diminuer (bigstory.ap.org, 12 mai 2016) et les conditions de vie de la classe pauvre se détériorant.

Les écarts de revenu ont continué à s’élargir. Le 17 mai 2016, le site internet du Guardian rapportait que les 500 principaux dirigeants des États-Unis gagnaient 340 fois le salaire moyen des travailleurs, en 2015. Indexés à l’inflation, les salaires des travailleurs ordinaires ont stagné depuis 50 ans (Www.theguardian.com, 17 mai 2016). Businessinsider.com a révélé que, tandis que les salaires des PDG des 350 plus grandes entreprises américaines ont augmenté d’environ 940% entre 1978 et 2015, après ajustement de l’inflation, la rémunération du travailleur typique n’a augmenté que de 10% (Www.businessinsider.com, 15 août 2016). Le site internet du Wall Street Journal indique qu’au cours des 30 dernières années, près de 70% des revenus sont allés aux 10% des Américains les plus riches, phénomène qui a été sarcastiquement nommé la plus étonnante « réussite économique » de ces dernières années par The Time (www.newser.com, 8 décembre 2016).

La classe moyenne se rétrécit. Le Wall Street Journal rapportait que 92% des personnes nées en 1940 ont gagné plus à 30 ans, que leurs parents quand ils avaient le même âge. Toutefois, pour les personnes nées en 1980, ce pourcentage est tombé à 51 (www.newser.com, 8 décembre 2016). Selon le cabinet de conseil Gallup, le pourcentage d’Américains qui disaient penser être dans la classe moyenne ou moyenne supérieure a chuté de 10 points de pourcentage, passant d’une moyenne de 61% entre 2000 et 2008 à 51% en 2016. Cette baisse signifie que 25 millions de personnes aux États-Unis ont vu leur situation empirer en termes économiques. (Www.gallup.com, 20 septembre 2016) Selon un rapport publié par Pew Research Center, le 11 mai 2016, la classe moyenne américaine ne formait plus la majorité de la population, dans près de 25% des grandes villes (bigstory.ap.org, May 12, 2016). De 2000 à 2014, la proportion d’adultes vivant dans des ménages de classe moyenne a chuté de 4 points de pourcentage à l’échelle nationale et a diminué de 6 points de pourcentage ou plus, dans 53 régions métropolitaines (www.pewsocialtrends.org, 11 mai 2016). Un sondage de Pew a révélé que 62% des 1 500 adultes interrogés ont déclaré que le gouvernement ne se souciait pas suffisamment de la classe moyenne (www.pewsocialtrends.org, 4 février 2016).

Les conditions de vie des populations pauvres et à faible revenu se sont détériorées. Un Américain sur sept, au moins 45 millions de personnes, vit dans la pauvreté (www.dailymail.co.uk, 10 septembre 2016). Une enquête Pew a montré que 49% des Américains ont dit qu’ils n’arrivaient pas à joindre les deux bouts; 42% réussissent à établir un équilibre entre les revenus et les dépenses (www.pewsocialtrends.org, 4 février 2016). À la fin de 2015, le nombre de sans-abri se situait à environ 500 000 personnes (www.theatlantic.com, 11 février 2016). Ce nombre a augmenté dans les grandes villes. On comptait plus de 60 000 sans-abri dans le Wisconsin (www.usatoday.com, le 16 octobre 2016). Des milliers de personnes à faible revenu dans des secteurs tels que la restauration rapide, les soins à domicile et les aéroports ont fait grève à maintes reprises, pour un salaire minimum à 15 dollars de l’heure (www.theguardian.com, 21 novembre 2016).

L’espérance de vie a baissé. L’espérance de vie aux États-Unis en 2015 a diminué pour la première fois en plus de deux décennies, selon les données publiées par le Centre national des statistiques de la santé, le 8 décembre 2016. L’espérance de vie des hommes est passée de 76,5 ans en 2014 à 76,3 en 2015, tandis que celui des femmes est passé de 81,3 à 81,2. L’espérance de vie globale est passée de 78,9 à 78,8 ans (www.bbc.co.uk, 8 décembre 2016). Dans le même temps, le taux de suicide a augmenté. Les centres pour le contrôle et la prévention des maladies ont signalé qu’il y a eu 41.149 cas de suicide aux États-Unis en 2013, soit environ 41% de plus qu’en 1999. Le suicide était la dixième cause de décès aux États-Unis en 2013, emportant deux fois plus de vies que l’homicide (www.bls.gov, décembre 2016). En 2015, le taux de suicide aux États-Unis a atteint son niveau le plus élevé en près de trois décennies (www.bbc.co.uk, 22 avril 2016).

Les conditions de santé ont baissé. Pour les résidents des États-Unis, l’état de santé auto-déclaré a diminué, dans tous les groupes d’âge entre 25 et 59 ans, depuis 1990, selon un rapport de Gallup. La part de la population active souffrant d’un handicap qui les a empêchés de travailler est passée de 4,4% en 1980 à 6,8% en 2015. Cette situation est liée aux coûts exorbitants et à la faible efficacité du système de santé des États-Unis (www.gallup.com, 15 décembre 2016). Le système de paiement complexe et opaque pour les médicaments sur ordonnance a permis aux cadres des compagnies pharmaceutiques d’imposer des prix extraordinaires pour des médicaments courants qui existent depuis des années, et certaines entreprises ont même utilisé des coupons gratuits pour les patients, afin d’augmenter par dix les prix des médicaments, comme le rapporte le Chicago Tribune du 6 décembre 2016 (www.chicagotribune.com, le 6 décembre 2016).

Le système de sécurité sociale est sérieusement vicié. Le Des Moines Register a signalé qu’il y avait 1 136 849 demandeurs de prestations d’invalidité fédérales en liste d’attente, ce qui signifiait qu’ils pouvaient attendre jusqu’à 26 mois pour obtenir une audience en droit administratif pour leur demande de prestations (www.desmoinesregister.com, 2016). Les statistiques publiées par singlemotherguide.com montrent que seules 22,4% des mères célibataires licenciées ou à la recherche d’un emploi recevaient des prestations de chômage (singlemotherguide.com, 17 septembre 2016). CNN a signalé que 16 systèmes pénitentiaires étatiques n’avaient pas de procédure formelle pour inscrire les prisonniers au Medicaid quand ils réintégraient la communauté. Selon l’article, neuf États n’avaient que de petits programmes dans certaines installations ou pour des groupes limités de prisonniers. Il continue en expliquant que ces 25 États libéraient à eux tous quelque 375 000 détenus par an. Le rapport de CNN indique également que les deux tiers des 9 000 prisonniers malades chroniques libérés chaque année par les prisons de Philadelphie n’étaient pas inscrits à un système de santé à leur sortie (edition.cnn.com, 12 décembre 2016).

Partie 2

Le Bureau d’information du Conseil d’État de la république populaire de Chine

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a Chine pourrait remplacer les forces de l’Amérique et de l’OTAN en Afghanistan

Publié le par Felli Bernard

a Chine pourrait remplacer les forces de l’Amérique et de l’OTAN en Afghanistan

La Chine pourrait remplacer les forces de l’Amérique et de l’OTAN en Afghanistan

De sérieux indices font penser qu’en cas de sortie des forces américaines et de l’OTAN de l’Afghanistan, les forces chinoises prendraient le relais.

En effet, selon l’agence de presse iranienne Tasnim citant le Military Times, il y a des indices qui montrent que ces derniers mois, le nombre des militaires chinois à la frontière afghane a augmenté.

Les médias chinois avaient déclaré aussi il y a peu que leur pays avait aidé en janvier les forces américaines dans un conflit. Il a par ailleurs été rapporté que ce conflit a eu lieu au nord-est de l’Afghanistan.

Les autorités chinoises et afghanes n’ont pour autant pas encore fait d’annonce sur la question.

Mais selon des témoignages, le Département américain à la Défense aurait reconnu implicitement cette présence militaire chinoise sur le sol afghan.

Les relations entre la Chine et l’Afghanistan sont en train de se développer davantage qu’avant. Il s’agit essentiellement des secteurs relatifs à l’investissement, à l’exportation et aux échanges politiques.

Les experts sont convaincus que compte tenu des politiques chinois proches des politiques pakistanaises et des frictions existant entre le Pakistan et l’Inde, la présence militaire chinoise en Afghanistan pourrait être source de nouvelles tensions dans la région.

Pour autant, la Chine aurait besoin d’avoir une présence influente en Afghanistan, pour assurer ses propres intérêts en Asie Mineure et en Afghanistan.

Il va sans dire que la crainte chinoise de voir les Ouïgours se faire embrigader par Daech n’est pas sans lien avec une présence militaire chinoise forte sur le sol afghan.

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Publié par le 7 mars 2017 dans général, International, Politique

 

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Une vidéo sanglante attribuée à l'EI menace la Chine

Publié le par Felli Bernard

Publié le 01 mars 2017 à 07h29 | Mis à jour le 01 mars 2017 à 07h29

Une vidéo sanglante attribuée à l'EI menace la Chine

La vidéo est la «première menace directe» de... (Photo AFP)

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La vidéo est la «première menace directe» de l'État islamique contre la Chine et la première fois que des militants s'exprimant en ouïghour font allégeance à l'organisation.

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Le groupe État islamique

International

Le groupe État islamique

Consultez notre dossier sur le groupe djihadiste État islamique. »

Agence France-Presse
PÉKIN

Des combattants de l'organisation État islamique (EI) issus de la minorité chinoise ouïghoure ont menacé depuis l'Irak de «verser des rivières de sang» en Chine, un avertissement adressé à Pékin qui est inédit, relève un expert.

La menace est formulée dans une vidéo de 28 minutes publiée lundi par une branche de l'EI basée dans l'ouest de l'Irak, d'après un organisme spécialisé dans la surveillance sur internet des sites islamiques, SITE Intelligence Group.

Les Ouïghours sont une minorité ethnique majoritairement musulmane originaire du Xinjiang (nord-ouest de la Chine). Cette région est un immense territoire semi-désertique, frontalier notamment avec l'Afghanistan. Des Ouïghours disent subir des discriminations religieuses et sur le marché de l'emploi face aux Hans (l'ethnie majoritaire en Chine).

Une frange radicalisée s'est vu imputer ces dernières années des attentats dans la région et au-delà, qui ont fait des centaines de morts. Pékin accuse des «séparatistes» ouïghours d'être à l'origine des attaques, et s'alarme des liens entre ces militants et les groupes djihadistes internationaux.

Dans la vidéo, un militant barbu menace la Chine couteau en main, avant d'égorger un homme désigné comme un informateur.

«Vous les Chinois qui ne comprenez pas ce que les gens disent! Nous sommes les soldats du Califat, et nous viendrons à vous pour clarifier les choses en faisant parler nos armes, pour verser des rivières de sang afin de venger les opprimés», hurle-t-il, selon une traduction du SITE Intelligence Group.

 

Cette vidéo constituerait la «première menace directe» de l'État islamique contre la Chine, a déclaré à l'AFP Michael Clarke, expert du Xinjiang à l'Université nationale australienne à Canberra.

C'est également «la première fois que des militants s'exprimant en ouïghour font allégeance à l'EI», ajoute-t-il.

Pékin est désormais selon lui «une cible de la rhétorique djihadiste», alors que la Chine était jusqu'alors rarement mentionnée par les organisations islamistes internationales.

Depuis une sanglante émeute ayant frappé la capitale du Xinjiang Urumqi en 2009 (environ 200 morts, principalement des Hans), Pékin impose des mesures de sécurité draconiennes dans la région: patrouilles, checkpoints, arrestations.

Plus de 10 000 membres des forces de sécurité (armée, police) ont été rassemblées lundi à Urumqi - la quatrième démonstration de force de ce type depuis début 2017.

Mais les attaques restent régulières, et cinq personnes ont encore été tuées à l'arme blanche dans le Xinjiang en février.

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Chine : pourquoi n'y a-t-il pas eu d’autorisation de nouveaux réacteurs en 2016 ?

Publié le par Felli Bernard

Chine : pourquoi n'y a-t-il pas eu d’autorisation de nouveaux réacteurs en 2016 ?

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Par la Rédaction et l'Ambassade de France en Chine
Aucun nouveau projet nucléaire n’a été lancé en 2016, alors que les objectifs du plan quinquennal nécessitent le lancement de 6 à 7 nouvelles tranches chaque année. Parmi ces raisons, on retiendra, dans un contexte de stagnation de la demande électrique, la sous-utilisation des tranches existantes, les régions préférant souvent utiliser à plein les centrales thermiques au charbon, pour des raisons principalement de préservation de l’emploi.

1. Grand défi pour la consommation d’électricité

Selon une statistique officielle, la capacité de production électrique sur le plan national au cours des trois premiers trimestres 2016 s’est avérée suffisante dans l’ensemble du pays, dont une partie est caractérisée par une production excédentaire.

Les centrales thermiques à flamme fonctionnaient en moyenne 4 150 heures par an en 2016 selon une estimation établie. La plupart des électriciens au charbon sont déficitaires en raison de la baisse des tarifs de vente de l’électricité d’une part, et de la hausse du prix d’achat du charbon d’autre part.

Durant les trois premiers trimestres 2016, les nouvelles capacités installées du parc électrique national a atteint 72 700 MW, dont 44 080 MW pour les centrales alimentées aux combustibles non fossiles, soit une diminution de 1 590 MW par rapport à la même période de l’année précédente. Le rythme de croissance des nouvelles capacités installées dépasse celui de la consommation d’électricité avec un écart de 6,3 %.

Le parc nucléaire chinois a enregistré une croissance rapide en 2016, tant pour la capacité installée supplémentaire que pour la production d’électricité, mais la durée de fonctionnement effectif des réacteurs a continué à baisser.
 

2. Les réacteurs de génération III restent à éprouver

Dans le cadre de la décision prise par le gouvernement, désormais seuls les réacteurs de génération III pourront être construits en Chine.

La tranche 1 de Sanmen, tête de série des réacteurs AP1000 en construction dans le monde, tarde à entrer en opération. Aujourd’hui, elle est au stade d’essai à chaud et prévoit une date de connexion au réseau, mais une période séparant le début de mise en service et sa première recharge de combustible paraît judicieuse avant de lancer de nouveaux réacteurs du même type. En effet, il faut prévoir également, sous certaines réserves, les difficultés imprévues liées au montage d’installation, à la fabrication d’équipements ou rencontrées au cours des essais de démarrage. Par conséquent, de nouveaux projets AP1000 seraient lancés plus tard que prévu.

Puisque les projets de démonstrateurs du Hualong 1, qui se dépêchent de combler leur retard, n’ont été mis en chantier qu’en 2015, les conditions nécessaires pour engager la construction en série de ce type de réacteur n’ont pu être réunies.

3. Existe-t-il des risques pour le secteur nucléaire ?

Par « risques », il ne s’agit pas d’erreurs fatales techniques au niveau de la conception d’un réacteur, mais de risques en matière de gestion, d’équipements ou de ressources humaines.

La NNSA a récemment diffusé aux exploitants nucléaires deux circulaires, l’une concerne les incidents provoqués par des erreurs humaines et l’autre les retraits de licence à cause de non-respect de la réglementation.

La filière nucléaire chinoise est confrontée à une fuite des talents dans différents métiers.

Ces événements font preuve de vigilance auprès des régulateurs et exploitants. Par conséquent, le parc nucléaire chinois en expansion pourrait connaître davantage de risques et les améliorations de sûreté devront se renforcer de façon cohérente.

Le développement du secteur nucléaire en Chine doit valoriser en priorité la dimension humaine. Mais la filière du nucléaire attire moins bien les professionnels de haut niveau et le problème de fuites des talents existe aussi dans différents métiers du nucléaire chinois.

4. Les activités du secteur nucléaire nécessitent des efforts de perfectionnement

La soumission à la législature du projet de « Règlement relatif à la gestion des centrales nucléaires » et du projet de « Loi sur la sûreté nucléaire » a enregistré des progrès importants. Maintenant, il faut attendre un certain temps avant leur approbation finale.

Ces deux textes légaux portent de nombreux volets importants, parmi lesquels figurent l’habilitation de nouveaux exploitants de centrales nucléaires, l’administration des acteurs du secteur nucléaire et la communication avec le public.

Aujourd’hui, le nucléaire est devenu un sujet sensible en Chine. La protestation a été présente où il y a eu un projet lié au nucléaire. Ainsi, les gouvernements locaux ont répondu aux préoccupations de l’opinion publique par la suspension ou l’annulation des projets afférents.
 

Comment mettre en place la participation du public aux divers projets et améliorer la communication pour permettre au public d’avoir le droit de choisir ? En la matière, nous avons de gros efforts à déployer pour rattraper le retard accumulé.

Concernant l’optimisation des activités du secteur, ce sujet consiste à définir le choix technologique des réacteurs et à concilier concurrence et compétition entre tous les électriciens nucléaires chinois. Aujourd’hui, c’est une obligation impérative pour les acteurs chinois de s’engager rapidement dans une voie d’autonomie pour mettre en œuvre le programme de développement de l’énergie nucléaire.

En raison des 4 éléments ci-dessus, l’absence d’autorisation de nouveaux réacteurs en 2016 nous paraît plus logique.

Peut-on miser sur 2017 et les années d’après ? La réponse dépendra de l’évolution de l’ensemble ou d’une partie des éléments évoqués. L’évolution est toujours progressive, la patience et les efforts sont nécessaires.

Cet article est une traduction de l'article publié dans Chinapower. Il n'engage en aucun cas ni la responsabilité de l’Ambassade de France en Chine, ni celle de son Service nucléaire.

Crédit photo : Philippe Eranian / EDF 

 

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La Russie et la Chine défendent l’Iran contre Trump

Publié le par Felli Bernard

La Russie et la Chine défendent l’Iran contre Trump


Elles ne se joindront certainement pas à de nouvelles sanctions, au contraire



Bhadrakumar

Par M. K. Bhadrakumar – Le 8 février 2017 – Source Russia Insider

Les propos tenus lundi par le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, ainsi que ceux du ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, ont souligné que Moscou a une perspective sur l’Iran diamétralement opposée au président Donald Trump ou à ses hauts fonctionnaires.

 

Se référant à la qualification donnée par Trump à l’Iran d’« État terroriste numéro un », Peskov a souligné que toute amélioration des relations entre la Russie et les États-Unis sera enracinée dans la réalité que les deux pays ont des positions opposées sur de nombreuses questions, et l’Iran est l’une d’entre-elles :

« Nous ne sommes pas d’accord avec la définition (de Trump). Vous savez tous que la Russie entretient des relations chaleureuses avec l’Iran, nous coopérons sur un certain nombre de questions et nous apprécions nos liens économiques qui, nous l’espérons, vont aller plus loin. Ce n’est un secret pour personne que Moscou et Washington ont des opinions diamétralement opposées sur de nombreuses questions de politique internationale et régionale. En attendant, cela ne peut et ne doit pas être un obstacle lorsqu’il s’agit d’établir une communication normale et des relations pragmatiques mutuellement bénéfiques entre la Russie et les États-Unis. »

Lavrov a salué le rôle de l’Iran dans la lutte contre les groupes terroristes :

L’Iran n’a jamais été complice de liens avec le Front al-Nusra ou Daesh. En outre, l’Iran contribue à la lutte contre Daesh. Nous avons longtemps préconisé l’idée de créer un front antiterroriste unifié. Je suis convaincu que l’Iran doit faire partie de notre effort commun si nous évaluons objectivement les contributeurs potentiels à une telle alliance.

En effet, Moscou suivra également de près le programme de politique étrangère de Trump, dans son ensemble. Après une forte condamnation de la Russie par l’ambassadeur des États-Unis à l’ONU, Nikki Haley, au sujet de la dernière vague de violence dans l’est de l’Ukraine, Trump a téléphoné au président Petro Porochenko à Kiev samedi, et a également discuté de l’Ukraine avec le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg dimanche. Les commentaires de la Maison Blanche (ici et ) étaient soigneusement rédigés, mais le texte de l’OTAN (ici) mentionnait que les relations avec la Russie figuraient dans la conversation avec Stoltenberg.

Fait intéressant, lors d’une conférence de presse à Moscou dimanche, Lavrov a également précisé que les attentes de la Russie concernant l’administration Trump sont enracinées dans le réalisme :

« Nous sommes prêts à faire notre chemin vers l’amélioration des relations avec les États-Unis […] En même temps, nous comprenons qu’il faudra des efforts sérieux des deux parties pour réparer les graves dommages causés à nos relations bilatérales […] Il serait prématuré de parler du type de relations que nous pourrions avoir avec l’administration républicaine. Nous devons attendre […] pour tirer des conclusions à long terme […] une coopération efficace entre la Russie et les États-Unis est possible, mais uniquement dans le respect mutuel des intérêts des uns et des autres. »

De toute évidence, ce n’est pas comme si les sentinelles du Kremlin ne se souciaient plus de verrouiller les portes principales des tours de Spasskaya, Borovitskaya, Troitskaya et Nikolskaya.

Tour Spasskaya – Kremlin

Pendant ce temps, le ministère chinois des Affaires étrangères a exprimé son opposition aux sanctions de Trump contre l’Iran. Un commentaire de Xinhua a également noté que « l’aventure diplomatique et l’antagonisme inconscient » de l’administration Trump concernant l’Iran prônent « une ère d’agressivité de la part du nouveau chef suprême des politiques étrangères des États-Unis ». L’évaluation de Moscou ne peut pas être très différente de celle de la Chine concernant le comportement erratique de l’administration Trump.

Dans l’ensemble, même un bon ami d’Israël comme David Ignatius du Washington Post admet que « Il (Trump) a commencé cette confrontation sans beaucoup de préparation ou de planification stratégique […] L’Iran est un ennemi commode pour Trump. Israël et les États arabes du Golfe partagent l’antipathie de l’administration envers l’Iran. » 

Ignatius met en garde contre les dangers :

« Le Commandement central des États-Unis a des milliers de troupes en Irak et dans le Golfe qui pourraient être vulnérables aux représailles iraniennes […] L’Iran est un adversaire endurci […] Toute confrontation doit tenir compte de la position forte de l’Iran en Syrie et en Irak et de sa capacité à contrecarrer l’engagement de Trump à éradiquer État islamique […] L’Iran tient quelques goulots d’étranglement. Son plus fort effet de levier est en Irak […] Les Iraniens peuvent mobiliser des milliers de miliciens chiites irakiens à travers le pays. Les conseillers américains sont vulnérables aux attaques de ces milices soutenues par l’Iran, comme il y a dix ans.

L’Iran est l’un des défis de politique étrangère les plus difficiles auquel Trump devra faire face, et il devrait faire attention à éviter les actions précipitées mal planifiées qui en feraient sa Baie des cochons. »

C’est un avertissement assez sévère, mais éminemment raisonnable. Dans un discours prononcé lundi à Téhéran, le président iranien, Hassan Rouhani, a vraisemblablement laissé entendre à peu près la même chose, dans un contexte persan, en disant que le «paradigme des négociations » sur l’accord nucléaire iranien constituait un « modèle pour les pourparlers de paix syriens au Kazakhstan ».

M.K. Bhadrakumar

Article original paru sur Indian Punchline

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La Chine continue à s’armer plus vite que les autres

Publié le par Felli Bernard

La Chine continue à s’armer plus vite que les autres

La Chine continue à s’armer plus vite que les autres

Le président américain Donald Trump a rassemblé une équipe éclectique. Mais savoir qui, parmi ses coéquipiers, représente sa voix authentique au sujet de la politique étrangère reste à voir. La récente visite du secrétaire américain à la Défense James Mattis en Corée du Sud et au Japon n’a probablement fait qu’ajouter à la confusion.

Le choix de Séoul et de Tokyo par Mattis pour son premier voyage d’affaires à l’étranger a suscité des interprétations. Certains ont dit que l’administration Trump manifestait son engagement pour le « pivot vers l’Asie ». Une telle opinion laborieuse peut éventuellement être entendue car le Partenariat transpacifique (TPP, qui a été abandonné, ce qui est probablement un signal indiquant qu’ils vont chercher à obtenir de meilleurs accords commerciaux plutôt que de baisser de rideau pour son implication en Asie) est moribond et la stratégie du pivot patauge. Les optimistes espèrent que le pivot restera une priorité de la politique étrangère américaine dans un avenir prévisible.

Les États-Unis doivent créer des synergies pour créer des emplois et stimuler la croissance économique par le biais des liens commerciaux et de l’investissement, tandis que l’Asie peut être un pilier pour consolider le leadership américain dans la gouvernance mondiale.

Durant l’événement, la visite de Mattis a laissé l’impression que les États-Unis avaient l’intention de continuer la politique de l’administration de Barack Obama dans la région, ce qui contredit l’approche plus musclée envers la Chine, dont le secrétaire d’État Rex Tillerson – ou Trump lui-même – se sont faits les avocats. En particulier, la remarque de Mattis selon laquelle la solution au problème de la mer de Chine méridionale doit être trouvée par la voie diplomatique, et qu’il n’y avait pas besoin de « mouvements militaires dramatiques » de la part des États-Unis, reprend la feuille de route d’Obama.

Il n’en reste pas moins que La Chine (qui défend ses intérêts vitaux) continue à s’armer plus vite que les autres  :

La Chine continue à s’armer plus vite que les autres pays au point de s’orienter dans certains domaines militaires « vers une quasi parité avec l’Ouest » (c’est une lutte pour l’hégémonie mondiale, ndlr) , selon le rapport annuel de l’Institut international pour les études stratégiques (IISS).

« La supériorité technologique militaire de l’Occident, qui était considérée comme acquise, est de plus en plus contestée », a souligné John Chipman, le directeur de l’IISS, en présentant mardi à Londres ce rapport annuel faisant référence sur l’équilibre des forces armées dans le monde.

Depuis que l’Asie à doublé l’Europe en 2012, les dépenses consacrées à la défense ont continué à y croître de 5 à 6% par an. En comparaison, elles ont diminué, à l’échelle mondiale, de 0,4% en 2016, essentiellement en raison d’une réduction de voilure au Moyen-Orient, plombé par la chute des prix du pétrole.

A l’origine de plus d’un tiers des dépenses de tout le continent asiatique, la Chine se taille la part du lion avec un budget de la défense de 145 milliards de dollars en 2016.

C’est toujours très loin de celui des Etats-Unis (604,5 milliards). Mais nettement devant la Russie (troisième budget mondial avec 58,9 milliards), l’Arabie Saoudite (56,9), le Royaume-Uni (52,5) ou encore la France (47,2).

« Dans certains domaines, notamment dans les airs, la Chine semble s’orienter vers une quasi parité avec l’Ouest », a relevé John Chipman. Le pays investit également massivement dans les bateaux et les sous-marins.

Signe de ces progrès, la Chine, après avoir longtemps répliqué les programmes de l’ancienne Union soviétique ou de la Russie, « possède aujourd’hui ses propres circuits de recherche, de développement et de construction ». « Elle commence aussi à vendre ses armements à l’étranger », a insisté John Chipman.

Via AFP

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Chine / US et complémentarité économique…

Publié le par Felli Bernard

Chine / US et complémentarité économique…


… la première puissance face à la première impuissance


Par Stratediplo – Le 31 janvier 2017 – Source stratediplo

Un éléphant, ça schtroumpfe énormément. À une trumpophobie hystérique succède une trumpomanie déraisonnée, comme si une alternance politique à la présidence fédérale de la deuxième plus grande démocratie au monde était susceptible de produire un changement tangible, positif ou négatif, dans la politique de ce pays. Pour susciter des sentiments de crainte ou d’espérance, on évoque des perspectives fatales.

 

On spécule, en premier lieu, sur une guerre commerciale que les États-Unis d’Amérique déclareraient à la Chine. Toutefois, ce qu’on appelle habituellement une guerre commerciale est une compétition commerciale entre deux pays concurrents, pas une discussion entre un client et son fournisseur ou entre un débiteur et son créancier, schémas dont relèvent les relations entre les États-Unis et la Chine. En la matière ces deux pays ne sont pas rivaux, ils sont complémentaires, même si la Chine fait de son mieux pour réduire cette interdépendance. Les États-Unis ont besoin de la Chine car ils sont incapables de produire tout ce qu’ils consomment (ils ne sont d’ailleurs capables de payer que 20% de ce qu’ils consomment). Par contre, en dépit de ce que les États-Unis veulent faire croire, la Chine n’a pas besoin d’eux. Depuis 2008, année où la Chine a compris que les États-Unis n’avaient aucune intention de tenter d’assainir leurs finances, dans tous les domaines, l’industrie chinoise produit désormais plus pour le marché intérieur que pour l’exportation. Non seulement en matière de biens d’équipement, pour lesquels la Chine avait un retard à rattraper par rapport aux autres puissances économiques, mais également en matière de biens de consommation, que le gouvernement chinois a finalement accepté de laisser développer pour désamorcer toute velléité de changement politique, la satisfaction des besoins de la Chine et des aspirations des Chinois est maintenant une priorité nationale. Contrairement à ce que voudraient faire croire certains économistes étasuniens la Chine a depuis longtemps dépassé le stade du pays émergent prêt à exporter n’importe quoi à n’importe quelles conditions pour obtenir des devises étrangères. Et, surtout, elle ne veut plus de dollars car elle connaît leur véritable valeur.

Les économistes européens ont admirablement fait le jeu des États-Unis en diffusant le mythe de la guerre monétaire, qui consiste en un dogme fallacieux et une assertion inexacte. Le dogme involontairement erroné ou volontairement mensonger est celui selon lequel la dévaluation facilite l’exportation, théorie largement professée dans toutes les facultés de macro-économie et de politique, et gentiment moquée dans les écoles de commerce et de gestion, où l’on enseigne que la compétitivité se construit sur la qualité, la confiance, la régularité et la réputation plutôt que sur un avantage de prix momentanément et involontairement obtenu à l’occasion d’une dévaluation inattendue, ou par une politique de rabais systématique par la sous-évaluation de change, d’ailleurs déloyale et à ce titre prohibée par les accords commerciaux internationaux. L’assertion fausse est celle selon laquelle, en raison de l’avantage structurel que cela procurerait – selon le dogme fallacieux –, de nombreux pays sont activement engagés dans la sous-évaluation de leur monnaie. C’est certes vrai pour la zone euro, gouvernée par des intérêts étasuniens plutôt qu’européens, mais ce n’est pas vrai pour les États-Unis qui, eux, font tout ce qui est en leur pouvoir pour retarder l’effondrement du dollar à sa véritable valeur économique et arithmétique, ceci étant d’ailleurs la mission essentielle du gouvernement fédéral depuis au moins 1971. On imagine d’ailleurs difficilement un gouvernement tourner le dos à cette politique et laisser s’écrouler irrémédiablement sa monnaie au nom de la transparence ou de l’orthodoxie. En politique la seule morale légitime est la recherche du bien-être ou du salut – selon le niveau de matérialisme ou de transcendance de l’État – des peuples confiés, pas la satisfaction de principes étrangers ou inutiles à la cité.

La Chine n’a aucun intérêt à une sous-évaluation du yuan renminbi, dont seules la stabilité et la juste évaluation permettent d’une part, qu’il soit de plus en plus utilisé dans les échanges mondiaux et d’autre part, que les pays tiers veuillent en thésauriser. Deux facteurs qui contribuent à l’indépendance, la souveraineté et la puissance économiques de la Chine. Elle a intérêt à ce que les produits qu’elle exporte, au lieu de les utiliser en interne, lui soient compensés correctement afin de lui permettre d’importer ce qui fait défaut à sa population (nourriture notamment) ou à son économie (matières premières). Mais elle n’a pas intérêt à ce que le dollar s’effondre trop tôt et trop rapidement, avant que d’une part elle ait réussi à ne plus être payée du tout dans cette monnaie, et que d’autre part elle ait terminé de liquider sa montagne d’avoirs libellés dans cette monnaie, comme les obligations étasuniennes.

De leur côté les États-Unis, quoi qu’en dise leur nouveau président, ne peuvent pas se passer d’importations, et notamment, comme le reste du monde, des importations chinoises. Les savoir-faire que les pays avancés ont volontairement partagés par des contrats de transfert de technologie ou involontairement laissé piller par l’espionnage sont désormais maîtrisés par tous les pays industriels. Le jour où des entreprises chinoises délocalisent leur production en Inde pour des raisons de coût de main d’œuvre, il faudrait réduire drastiquement – voire éliminer – les coûts et donc les prestations d’éducation, de couverture sociale et de retraite pour tenter d’aligner le salaire d’un ouvrier ou d’un ingénieur étasuniens avec celui de son homologue indien ou indonésien. C’est impossible. Ce qui est certes théoriquement possible, c’est ce que les libre-échangistes appellent « protectionnisme », à savoir l’établissement de barrières douanières. Il s’agit d’appliquer aux produits importés une taxe qui, répercutée par l’importateur sur le client final, amène le prix de vente du produit importé au même niveau que le prix de vente du produit local. Contrairement aux dires de certains détracteurs ces taxes ne sont donc pas imposées aux producteurs du pays exportateur, mais aux consommateurs du pays importateur, puisque ce sont bien eux qui, au final, paient le produit taxé et distribué, dont une part du prix de vente rembourse certes le coût de production et de transport et une autre part rembourse les taxes qu’a payées l’importateur. Quant à penser que l’impossibilité d’importer à bas prix encourage à produire dans le pays de vente, c’est un raccourci d’économiste ou de politicien plus praticien du débat d’idées que de la construction de lignes de production. D’abord il faut un marché certain et suffisant pour développer une production locale, ensuite il faut un sentiment de stabilité juridique à moyen voire long terme – que l’industriel ne croie pas qu’à la prochaine alternance politique les taxes seront levées –, enfin il faut la disponibilité des matières premières, du savoir-faire et le cas échéant d’un réseau de sous-traitance ou de production semi-finie. Certains pays ex-industriels ont perdu durablement la capacité de produire tel ou tel chef-d’œuvre de technologie (ordinateur, armement de pointe…) parce qu’en démantelant le dernier fleuron industriel ils ont laissé disparaître tout un secteur de petites entreprises sous-traitantes et toute une filière d’enseignement technologique. La politique argentine des années 2011 à 2015 a fait disparaître des dizaines de milliers de boutiques d’ordinateurs et périphériques (personne n’a produit de souris), et entraîné le retour au gaz et à l’électricité de dizaines de milliers de foyers dont les tubes de chauffe-eau solaire n’ont jamais été produits ailleurs qu’en Chine ; chaque secteur de production a certes intrigué pour tenter d’obtenir l’autorisation d’importer ses composants irremplaçables, puis l’alternance politique a fait perdre tous les investissements en vue d’une production alternative. En ce qui concerne les États-Unis −  ce pays dont l’impôt est globalement négatif depuis des décennies − ils n’ont pas la capacité économique de lever des impôts sur leurs citoyens. Les dollars qu’ils impriment sans retenue seraient plus utiles si on les distribuait directement aux chômeurs plutôt que de subventionner des emplois non rentables. Dès lors que pour augmenter le Produit intérieur brut d’un dollar, il faut endetter l’État de six dollars, selon l’augmentation proportionnelle du PIB et de la dette depuis vingt ans, l’oisiveté économique même subventionnée est moins dispendieuse que la fausse activité à perte, ou en d’autres termes la construction à crédit de coûteux villages Potemkine. Le seul moyen de ressusciter l’économie – qui est là synonyme de consommation –, serait de faire un grand marché totalement ouvert avec le Mexique, où quatre cent millions de consommateurs jouiraient d’un niveau de vie mexicain et d’un niveau d’endettement étasuniens.

Les États-Unis sont insolvables et la Chine le sait. Ils ne peuvent pas rembourser leur dette en autre chose qu’en dollars puisqu’ils produisent moins que ce qu’ils consomment (épargne très négative), n’ont pas de réserve et que même leur masse monétaire nominale n’est rien en regard de leur dette colossale. Les trumpomanes qui s’imaginent que la restauration du sérieux des États-Unis passe par le rétablissement de l’étalon-or n’ont pas calculé qu’il faudrait d’abord diviser la valeur faciale du dollar par 55 puisqu’il est passé de 1/35° d’once à 1/1921° – encore très surévalué – entre août 1971 et septembre 2011 (fin de la cotation libre de l’or), puis peut-être encore par 90 puisque depuis lors le dollar est passé de 1/10° de bitcoin à 1/920°. Le seul avoir étasunien qui pourrait intéresser la Chine est, comme en Afrique, en Asie du Nord et en Amérique du Sud, la terre, mais elle ne sera pas aliénée avant l’effondrement institutionnel et militaire total des États-Unis.

Les intérêts de la Chine et des États-Unis étant donc complémentaires, une hypothétique confrontation économique ne correspond pas à la réalité et une confrontation militaire serait déraisonnable. La Chine ne prendra pas l’initiative, la première puissance économique et premier producteur mondial ne fera rien contre la première impuissance économique et premier débiteur mondial.

Stratediplo

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L’agenda mondialiste de la Chine

Publié le par Felli Bernard

L’agenda mondialiste de la Chine


Par Kerry Bolton – Le 16 janvier 2016 – Source katehon

La Chine moderne, une création de Wall Street

La Chine s’apprête enfin à faire une déclaration sans équivoque en faveur de la mondialisation. Le président Xi Jinping fera justement cette déclaration mondialiste au Forum économique mondial de Davos, entre le 17 et le 20 janvier. Il est dit que cette rencontre de Davos sera axée sur la montée de la réaction antimondialiste incarnée par l’élection de Trump. Elle abordera probablement aussi la question de la montée du « populisme », de l’expression politique conservatrice d’un anti-mondialisme qui n’est pas aussi facile à récupérer que l’éventail « de gauche », comme l’a montré – une nouvelle fois – l’opposition gauchiste bouffonne à l’encontre de Trump.

 

Cette réunion de Davos fournira un jubilé aux ploutocrates états-uniens et à leurs hommes de paille, les USA étant représentés par le vice-président Biden et son secrétaire d’État John Kerry, à travers ce qui constituera probablement leurs dernières actions à ces postes.

Il semble que le président Xi se fera le chantre d’une « mondialisation inclusive », tout en dénonçant le populisme comme facteur de « guerre et de pauvreté ». Son agenda mondialiste pour Davos a été esquissé par Jiang Jianguo, à la tête du Bureau d’Information du Conseil d’État, qui a déclaré devant un symposium hébergé par l’Organisation mondiale du commerce à Genève, que le président Xi se rendrait à Davos afin de prôner le développement, la coopération et la mondialisation économique, dans le but de bâtir « une communauté humaine partageant une destinée commune ». 1 Jiang s’est expliqué :

« Avec la montée du populisme, du protectionnisme et du nativisme, le monde arrive à un tournant historique où une route mène à la guerre, la pauvreté, l’affrontement et la domination tandis que l’autre mène à la paix, au développement, à la coopération et aux solutions bénéfiques à tous. »

Le vice-ministre des affaires étrangères Li Baodong, au cours d’un point presse à Davos, a déclaré que « la Chine répondrait aux inquiétudes de la communauté internationale quant à la mondialisation, en avançant les dispositions de Pékin sur la façon d’aiguiller la mondialisation économique vers une plus grande inclusion ».  Li a affirmé que les critiques à l’encontre du protectionnisme commercial formulées à destination de la Chine étaient injustes. « Le protectionnisme commercial n’est dans l’intérêt de personne et mènera à l’isolement », a-t-il ajouté.

Nous avons ici la rhétorique élémentaire que les mondialistes emploient depuis longtemps. Les demandes supposées et les attentes d’une « communauté internationale » constituent un euphémisme pour désigner la « communauté internationale » des oligarques ainsi que « l’opinion publique » produite par leurs médias de masse. Procéder de la sorte au nom de « la paix, du développement et de la coopération » est révélateur de la manière dont la Chine reprend à son compte les éléments de langage que les politiciens occidentaux ont utilisés depuis que les Quatorze Points de Woodrow Wilson ont assuré la promotion du « libre-échange » conçu comme un objectif de guerre au nom d’un « nouvel ordre mondial », ainsi qu’on l’appelle aujourd’hui. Les expériences impériales depuis Alexandre Le Grand ont été justifiées au nom de la paix et de la coopération, et souvent en se référant aux « droits de l’homme » de nos jours. Les États-Unis ont participé à la Seconde Guerre mondiale dans les intérêts – une fois de plus – du libre-échange mondial (la mondialisation), comme la Charte de l’Atlantique de Roosevelt l’a ouvertement établi. La destruction de la Serbie dans le but de faire main basse sur les richesses minières du Kosovo via la mondialisation fut entreprise au nom de « la paix et de la coopération ». Il existe désormais un département kosovar de la privatisation. Ainsi donc, à travers l’histoire et ce jusqu’à nos jours, les expériences impériales, les guerres et les révolutions qui ont été menées à bien au nom de « la paix » devraient se poursuivre. La Chine rejoint le cercle des mondialistes et dévoile son véritable visage, maintenant qu’il se trouve un président élu des États-Unis d’Amérique qui a fait des déclarations indiquant que le commerce et les politiques étrangères mondialistes des USA pourraient être réorientés.

A présent que les intérêts sont définis selon des axes aux contours plus nettement tracés, la Chine est obligée de jouer franc jeu en tant que partisan majeur de la mondialisation. En effet, si Trump infléchit bel et bien le mondialisme, en dépit du poids considérable de sommités de la Goldman Sachs parmi ses conseillers économiques, la Chine apparaîtra comme le principal État promouvant la mondialisation, avec Soros, Goldman Sachs et Rockefeller pour lui tenir la traîne.

Derrière des slogans théoriques, la Chine est comme toujours mue par son propre intérêt. Tout en appliquant les principes d’une économie planifiée, elle exige que les autres États maintiennent leurs frontières ouvertes à l’écoulement de ses produits au rabais. En Nouvelle-Zélande par exemple, de l’acier chinois de piètre qualité a été récemment importé. Une enquête est actuellement menée sur le dumping de l’acier mais lorsque des questions sont soulevées, il en résulte toujours des craintes pour le commerce avec la Chine, par peur des représailles de cette dernière. C’est du « partenariat » et de la « coopération » tels que définis par la Chine ; l’autre « partenaire » doit toujours être subordonné. Cette exigence de subordination fait partie de la mentalité pluri-millénaire de la Chine, lorsque l’empereur était tenu pour le dirigeant du monde mandaté par les cieux. Cette mentalité impériale a substitué l’état à l’empereur. Le dumping de l’acier constitue un exemple concret de ce que la Chine entend par « mondialisation ». 2

L’omnipotent Henry Kissinger

Le vice-ministre des affaires étrangères Li a assuré dans le cadre du forum, que “les canaux de communication sont ouverts” entre la Chine et l’équipe de transition de Trump, mais a averti que programmer une rencontre pourrait s’avérer difficile. Une fois de plus, l’attitude se révèle dominatrice et méprisante en dépit des sourires, des poignées de mains et des costumes à l’occidentale. Quoi qu’il en soit, indépendamment de la politique de Trump, l’oligarchie états-unienne a toujours la garantie d’un contact influent auprès de la Chine par l’entremise de l’indéboulonnable Henry Kissinger. L’ancien secrétaire d’État, qui a été proche des intérêts oligarchiques et particulièrement de ceux de Rockefeller pendant la plus grande part de sa longue vie, n’a pas gaspillé son temps en assurant cette garantie indépendamment de Trump ; les relations de la Chine avec les mondialistes seront maintenues. Pourquoi la Chine aurait-elle besoin d’entretenir des relations diplomatiques formelles avec un gouvernement Trump, alors que les affaires continueront de suivre leur cours habituel via les escapades de Kissinger entre les plus hautes sphères des milieux d’affaires états-uniens et chinois ?

Kissinger, dont la soi-disant « diplomatie ping-pong » a introduit la Chine dans le système du commerce mondial au cours des années 1970, remplissait un objectif majeur des mondialistes, et en particulier des intérêts de Rockefeller, centrés autour de la commission trilatérale et du Council on Foreign Relations. Bloomberg News rapporte que Kissinger était à Pékin peu après l’élection de Trump, après avoir eu des discussions secrètes avec Trump le 18 Novembre. Kissinger a confié à CNN que « les gens ne devraient pas bourrer le mou à Trump sur des positions qu’il a prises pendant la campagne et sur lesquelles il n’insiste pas ». 3

Si préserver des emplois du mouvement de mondialisation, que Trump a clairement identifiée avec la Chine, n’est pas un but ultime pour le président élu, alors rien ne l’est. Il serait préoccupant que Trump ait indiqué à Kissinger que ses remarques sur la Chine et la mondialisation n’étaient que de la rhétorique électorale. Les nominations au cabinet en provenance de la Goldman Sachs n’incitent certainement pas à la confiance.

Kissinger a rencontré le président Xi, le remerciant pour « la nature de [sa] pensée et les objectifs de [sa] politique à long terme » ; Xi a pour sa part répondu qu’il était « tout ouïe » concernant ce que Kissinger a « à dire sur la situation mondiale actuelle et le développement futur des relations sino-étasuniennes ». « Personne ne pourrait le remplacer » a affirmé Gao. « Aucun autre États-unien ne pourrait susciter le même respect chez les dirigeants chinois ni avoir des échanges aussi honnêtes avec eux ».

Le reportage de Bloomberg établit que Kissinger a visité la Chine 80 fois depuis son voyage secret en 1971 (selon l’agence de presse officielle Xinhua) dans le but de restaurer les relations diplomatiques, et il a rencontré chaque dirigeant chinois depuis Mao. « La presse d’État le couvre de louanges à chacune de ses visites, le décrivant comme un vieil ami du peuple chinois ».

« Kissinger figurait au sein d’un panel d’experts états-uniens – comprenant l’ancien secrétaire du trésor Hank Paulson et Elaine Chao, désignée par Trump pour être la secrétaire d’État aux transports –  que Xi a rencontrés en février 2012 avant de prendre le pouvoir. Le groupe a fait savoir à Xi qu’une communication fréquente avec ses homologues US était plus importante que des visites formelles répétées, selon les dires d’une personne au fait de la visite, qui a demandé à demeurer anonyme en raison du caractère secret des discussions. »

Cela montre la façon dont la diplomatie mondiale fonctionne : au-delà du niveau gouvernemental formel, entre les oligarques et leurs ambassadeurs tels que Kissinger. On pourrait ajouter que le mondialiste républicain Paulson, soutien d’Hillary Clinton, a condamné le « populisme » de Trump, mais a récemment salué le choix de celui-ci en faveur de Steven Mnuchin pour le poste de secrétaire du Trésor, après avoir occupé le poste de PDG de la Goldman Sachs. 4

Brzezinski

Russophobe de longue date, Zbigniew Brzezinski, conseiller à la sécurité nationale de Jimmy Carter et, à la manière de Kissinger, proche, durant la plus grande partie de sa vie, des intérêts de Rockefeller, est également une figure majeure pour ce qui est de l’établissement de relations entre les USA et la Chine. Brzezinski a œuvré en tant que directeur fondateur de la commission trilatérale, mise en place par David Rockefeller dans le but de promouvoir les relations entre la Chine et les oligarques mondialistes. Dans une récente interview donnée au Huffington Post, Brzezinski a rappelé l’agenda mondialiste, ne manquant pas au passage de sonner l’alerte contre la propagation du « populisme » et la victoire de Trump. Tout comme Kissinger, Brzezinski demeure un acteur de premier plan dans la diplomatie internationale. Ses positions révèlent que les oligarques du monde occidental et la Chine sont en phase les uns avec les autres. Brzezinski s’avère aussi anti-russe qu’il est pro-chinois, lorsqu’il exprime la ligne qui a été abondamment relayée auprès des médias de masse, selon laquelle la Russie s’ingère dans les politiques intérieures, alors que cela fait longtemps que le National Endowment for Democracy est financé par les États-Unis dans ce but précis. Du fait de son rôle de négociateur de la politique états-unienne dite de la « Chine unique », Brzezinski fut invité à faire part de sa réaction quant au toupet dont Trump a fait preuve, lorsqu’il a accepté par téléphone les félicitations adressées par le président de Taïwan, suscitant ainsi l’indignation de la Chine. Comme à l’époque de la Guerre froide, les stratèges états-uniens continuent de voir la Chine comme un élément important pour endiguer la Russie :

« Le danger que je perçois est celui d’instiller de l’animosité dans cette relation primordiale pour la politique étrangère US, sans qu’il en résulte la moindre réalisation stratégique significative. Il n’est pas dans notre intérêt de nous mettre Pékin à dos. Il est nettement préférable pour les intérêts états-uniens que les Chinois travaillent étroitement avec nous, forçant ainsi les Russes à leur emboîter le pas s’ils ne veulent pas être laissés pour compte. Cette connexion confère aux États-Unis la capacité exceptionnelle de toucher le monde entier à travers une influence politique collective. (…) Un monde dans lequel l’Amérique et la Chine coopèrent est un monde dans lequel l’influence états-unienne est optimisée. Si nous mettons cela en péril par des agaceries stupides, qu’aurons-nous accompli ? 5

Brzezinski conçoit l’entente sino-étasunienne comme une « optimisation » du pouvoir des USA. Il lui a été demandé si les signes envoyés par Trump à la Russie seraient utiles pour endiguer la Chine, en tant que rival des États-Unis. Sa réponse est un « non » sans ambiguïté. Il considère les véritables pôles de puissance comme étant les USA et la Chine travaillant en tandem et constituant un « ensemble prédominant », tandis que la Russie s’en tiendrait à un rôle subalterne.

« La Russie ne constitue pas un rival pour les États-Unis, si l’on se base sur ce qu’elle peut offrir dans le cadre d’une relation avec la Chine. Les Chinois savent très bien que, quand bien même nous serions affaiblis, appauvris et déboussolés, l’Amérique est fondamentalement toujours la première puissance dans le monde et les Chinois sont eux aussi presque la première puissance. En conséquence, la Chine doit faire un choix. Si elle choisit d’être contre les États-Unis, elle finira par se trouver perdante. Il est plus que dans leur intérêt d’appartenir à l’ensemble prédominant. L’inverse est également vrai pour les États-Unis s’ils rejettent la Chine. »

Brzezinski recourt à la même logique pour justifier l’hégémonie mondiale des partisans de la mondialisation, telle qu’elle est désormais vantée par le président Xi à Davos ; seule cette suprématie sino-étasunienne est censée pouvoir garantir la stabilité du monde. La Russie compte pour du beurre. Elle peut être tenue en respect par les deux superpuissances hégémoniques. La Chine reprend à son compte le scénario rédigé par Kissinger et Brzezinski. Ce dernier poursuit :

« Pour insister sur la réalité stratégique que j’ai déjà soulignée, les USA et la Chine sont les puissances prédominantes dans le monde. Tout au long des années qui ont suivi la normalisation de nos relations et durant lesquelles nous avons travaillé conjointement, nous n’avons jamais œuvré à des fins malveillantes de guerre ou de conquête, mais dans le but de renforcer la sécurité et la stabilité nécessaires à chacun pour la poursuite de ses intérêts propres. Dans le monde d’aujourd’hui, la Chine ne peut dominer seule. Pas plus que ne le peuvent les USA. Pour le dire de façon plus précise, bien qu’en des termes pouvant sembler paradoxaux, si les États-Unis essaient de faire cavalier seul dans le monde en laissant de côté la Chine, ils ne seront pas à même de se maintenir. Si nous gardons cela à l’esprit, nous pouvons commencer à façonner, de façon progressive, un monde plus équilibré que le monde actuel, qui est très instable et imprévisible. Les intérêts à long-terme des États-Unis reposent fondamentalement sur le renforcement des liens que nous avons avec la Chine, et non sur la rupture brutale de ceux-ci pour d’éventuels gains à court-terme. »

Comment les mondialistes ont créé la Chine moderne

La « révolution populaire » en Chine était aussi bidon que les « révoltes spontanées » financées par Soros et la NED en Europe de l’Est et en Afrique du Nord. Bien qu’il ne soit pas question ici d’analyser de quelle manière les USA ont sabordé Chiang Kaï-Shek, ni de quelle façon Taïwan a entretenu pendant des décennies un système économique authentiquement autarcique sous le règne de Chiang, nous allons brièvement examiner par quel moyen les oligarques ont verrouillé la participation de la Chine à un système économique mondial. Dans un récit historique officiel du Council on Foreign Relations (CFR), Peter Grose explique :

« Le Council s’est sérieusement penché sur le problème de la Chine communiste dans les années 1960. Diverses publications du Council avaient commencé à développer l’idée d’une politique « des deux Chine » – la reconnaissance à la fois du gouvernement nationaliste de Taïwan et le gouvernement communiste sur le continent. Les auteurs du Council ont suggéré que cela pouvait pour le moins constituer une mauvaise orientation politique. Le professeur A.Doak Barnett a publié un livre précurseur pour le Council en 1960, La Chine communiste et l’Asie. Une étude majeure du Council portant sur les relations entre les États-Unis et la Chine débuta en 1964, l’année où la Chine fit exploser sa première bombe nucléaire ; le groupe se réunit de manière systématique au cours des quatre années suivantes. “Se satisfaire des relations actuellement au point mort avec les Chinois n’est pas faire preuve de sens politique”, déclara Robert Blum de l’Asia Society, le premier directeur du projet. “L’impatience états-unienne et le bouillonnement d’émotion politique empêchent souvent de planifier en amont pour gérer notre politique d’une manière persévérante mais souple.” 6

Robert Blum, l’analyste pour la Chine du CFR, est mentionné plus haut comme une éminence de l’Asia Society. Celle-ci fut fondée en 1956 par John D. Rockefeller III et demeure un acteur d’envergure pour ce qui est de l’entretien de relations économiques et diplomatiques avec la Chine au profit des grandes entreprises.

Taïwan représentait un problème pour les mondialistes, dans la mesure où les USA avaient garanti la sécurité de la République.

Par conséquent le CFR élabora une solution dialectique, soutenant vraisemblablement une « politique des deux Chine » qui dans la pratique signifierait que Taïwan pourrait être abandonnée sans que cela soit trop flagrant.  C’est ce qui se produisit dès lors que les USA appliquèrent cette « politique des deux Chine », conçue des années auparavant au sein du CFR, dans le but de verrouiller l’admission de la Chine rouge parmi les Nations Unies et de mettre Taïwan sur la touche. L’approche du CFR consistait en une promotion graduelle du régime de Mao, allant de pair avec un dénigrement du « bouillonnement d’émotions » qui regimbait face à la liaison mondialiste avec la Chine. Quoi qu’il en soit, Grose est explicite en ce qui concerne l’attitude du CFR à l’égard de la Chine :

« Cela semblait être tout-à-fait le genre d’impasse politique dont le Council on Foreign Relations, libre de toute contrainte électorale ou partisane, était habilité à assurer la sortie. A mi-chemin du projet, le Council publia une étude de l’opinion publique intitulée Le peuple Américain et la Chine d’A.T. Stelle, qui parvenait à la conclusion inattendue selon laquelle les États-uniens étaient plus enclins que nombre de leurs représentants à forger de nouvelles relations avec la Chine. Cette étude soutenait que c’était à la seule faveur d’un flot continu de déclarations publiques hostiles, que les États-uniens étaient « disposés à croire le pire concernant la Chine communiste et eux [les Chinois] le pire nous concernant. »

Le CFR a remodelé la soi-disant « opinion publique » en « communauté internationale ». Le compte-rendu du CFR indique qu’ils étaient convaincus que le public serait réceptif à une politique prochinoise et à l’abandon de Taïwan. Grose poursuit :

« En 1969 le Council fit un résumé du projet sous le titre Les États-Unis et la Chine dans les affaires du monde, la publication survint juste au moment où Richard Nixon, un ennemi de longue date ouvertement déclaré, devint président des USA. (Quelques mois plus tôt, Nixon lui-même avait choisi Foreign Affairs pour en faire son forum dédié à l’étude approfondie via un regard neuf de l’Asie en général et de la Chine en particulier.) Se heurtant à un blocage ayant longtemps prévalu, le projet du Council traça les contours d’une politique des deux Chine fondée sur des analyses prudentes. Cette politique préconisait le consentement à l’appartenance de la Chine continentale aux Nations Unies et arguait que les États-Unis devaient “renoncer à la chimère d’un régime nationaliste qui serait le gouvernement officiel de la Chine.” »

Grose conclut en citant Kissinger et Cyrus Vance pour leur rôle charnière dans l’ouverture de la Chine rouge, qui a amorcé le processus qui fit de la Chine une puissance mondiale :

« Kissinger, agissant en tant que conseiller en matière de sécurité nationale de Nixon, partit pour une mission secrète en direction de Pékin en 1971, afin d’établir un contact officiel de nature exploratoire avec le régime communiste. Nixon en personne prit le même chemin en 1972. Le délicat processus de normalisation des relations diplomatiques entre les États-Unis et la Chine aboutit en 1978, par l’entremise du successeur de Kissinger au poste de secrétaire d’état Cyrus R.Vance, un responsable de premier plan du Council avant et après son passage aux affaires d’État. »

A présent, le temps est venu pour les mondialistes de payer l’addition. Monsieur Xi se rend à Davos avec son boniment mondialiste, mais une ligne de démarcation a été tracée par les allusions de Trump à l’encontre de la Chine et de la mondialisation. Monsieur Xi confirme charitablement son consentement à ce que la Chine prenne sa place à la tête du processus de mondialisation. C’est la situation que les Rockefeller, Soros, Goldman Sachs et les coteries trilatérales ont longtemps appelée de leurs vœux en Amérique, en Asie et en Europe.

La Chine a adopté le modèle libéral de développement économique de l’Occident. Il n’y a aucune contradiction entre le libéralisme et l’autoritarisme politique. On l’a vu avec l’avènement de la France jacobine de 1789, ainsi qu’avec l’empressement dont font preuve les démocraties libérales pour recourir aux bombes et aux armes au nom des « droits de l’homme ». Ce qui importe pour les mondialistes occidentaux, c’est que la Chine se « réforme ». Cette réforme a été menée bon train pendant des décennies, jusqu’à ce que la Chine rejoigne les USA au rang d’hégémon mondialiste ; la voilà alignée en paroles et en actes. D’un autre côté, ce que veut l’oligarchie concernant la Russie est très différent : un « changement de régime ». Il est hors de question de laisser la Russie tranquille, tant qu’elle n’est pas domestiquée dans le cadre d’un système économique international. La Chine constitue une porte dérobée vers la mondialisation pour la Russie. La relation russo-chinoise semble avoir tout apporté à la Chine, aux dépens de la Russie. Il convient de garder à l’esprit que le modèle des BRICS était une idée lancée par Goldman Sachs. 7

Tout aussi significatif bien que moins reconnu, le modèle libéral de développement économique du monde occidental adopté par la Chine est le produit d’une civilisation ayant atteint le stade terminal de la décadence. La Chine a recouru à une transfusion en provenance d’un organisme malade.

Le modèle économique libéral s’accompagne d’éléments de dégénérescence morale et culturelle concomitants. Le caractère politiquement autoritaire de la Chine a tenté de minimiser cette répercussion sur la Chine. Les empereurs, à travers les millénaires, ont aspiré à accommoder des influences étrangères modérées tout en préservant l’organisme culturel chinois de la décadence. Ils s’en sont montrés capables, en entretenant le nœud de la tradition chinoise, et en dépit des ascensions et des chutes cycliques de bien des dynasties, la civilisation chinoise s’est perpétuée. Mao a déployé les Gardes rouges au cours de la Révolution Culturelle, dans une tentative enfiévrée d’anéantir cette tradition. Récemment, le régime chinois a cherché à raviver quelque chose des traditions confucéennes et taoïstes de la Chine. Reste à savoir s’il s’agit d’autre chose que d’une tentative d’instrumentaliser la tradition afin d’asseoir l’autorité du régime.  La Chine fait d’ores et déjà face à des problèmes considérables liés à l’augmentation croissante du nombre de ruptures de mariages, alors que ce phénomène n’existait guère auparavant ; à ces problèmes s’ajoutent l’étalement urbain, une population vieillissante et d’autres complications caractéristiques d’une civilisation traversant un cycle de décadence. En outre, il faut ajouter les problèmes d’une économie de marché tels que la pollution et l’épuisement des sols. La Chine est, pour reprendre l’expression que les maoïstes se complaisaient à utiliser pour qualifier les États-Unis, « un tigre de papier ».

Kerry Bolton

Traduit par François, relu par nadine pour le Saker Francophone

  1. China; Xi to promote globalization at Davos, not war and poverty’, Reuters, 11 January 2017; http://www.cnbc.com/2017/01/11/chinas-xi-to-promote-globalization-at-davos-not-war-and-poverty.html.
  2. MBIE launches investigation into Chinese steel dumping’, Stuff Business Day, 23 December 20156; http://www.stuff.co.nz/business/87920079/MBIE-launches-investigation-into-Chinese-steel-dumping.
  3. China, Grappling With Trump, Turns to “Old Friend” Kissinger’, Bloomberg News, 2 December 2016, https://www.bloomberg.com/news/articles/2016-12-02/china-grappling-with-trump-turns-to-old-friend-kissinger
  4. Former Hillary backer Henry Paulson hails Trump’s choice for treasury’, Newsmax, 30 November 2016; http://www.newsmax.com/John-Gizzi/john-gizzi-paulson-supports-steven-mnuchin/2016/11/30/id/761489/
  5. Nathan Gardels, ‘Brzezinski: America’s Global Influence Depends On Cooperation With China’, The World Post, Huffpost, 23 December 2016; http://www.huffingtonpost.com/entry/zbigniew-brzezinski-america-influence-china_us_585d8545e4b0d9a594584a37
  6. Peter Grose, Continuing The Inquiry: The Council on Foreign Relations from 1921 to 1996, New York, Council on Foreign Relations, 2006; ‘ ‘X’ Leads the Way’; http://www.cfr.org/about/history/cfr/index.html)
  7. K. R. Bolton ‘BRICS development bank an instrument for globalization’, Foreign Policy Journal, http://www.foreignpolicyjournal.com/wp-content/uploads/2015/07/150714-BRICS-Development-Bank-KR-Bolton.pdf
 
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Tensions Chine-Etats-Unis : «L'année 2017 pourrait être décrite comme à très grand risque politique»

Publié le par Felli Bernard

Tensions Chine-Etats-Unis : «L'année 2017 pourrait être décrite comme à très grand risque politique»

Tensions Chine-Etats-Unis : «L'année 2017 pourrait être décrite comme à très grand risque politique»© Edgar Su / Mike Segar
Xi-Jinping et Donald Trump.

Les menaces de Donald Trump contre Pékin pourraient aboutir à un conflit économique pour l'expert en géopolitique David Gosset. Selon lui, il se fourvoie en voulant imposer une politique unipolaire et anti-Route de la Soie dans un monde multipolaire.

 

RT France : Depuis plusieurs semaines, Donald Trump menace de rétablir les droits de douane sur les produits chinois mais parle aussi de revenir sur le principe de la Chine unique. La peur d'une guerre commerciale plane chez de nombreux spécialistes et dans les médias chinois. Ce risque est-il réellement envisageable ?

David Gosset (D. G.) : Malheureusement, Donald Trump a une attitude très dure à l'égard de la Chine. Cela dépasse les paroles et la rhétorique : il y a aussi les personnalités qui l'entourent. Peter Navarro est un anti-chinois. Son conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn a écrit le livre The Field of fight dans lequel il décrit la Chine comme un ennemi des Etats-Unis. Son secrétaire d'Etat parle de refuser tout accès à la Chine en mer de Chine méridionale... Cela va bien plus loin qu'une rhétorique anti-chinoise. En ce sens, le risque est grand qu'on rentre dans une guerre commerciale entre les deux pays. C'est très malheureux car un tel conflit ne pourra pas faire de gagnants. Il n'y aura que des perdants des deux côtés.

Ce que Donald Trump ne veut pas voir, c'est que nous sommes rentrés dans un monde véritablement multipolaire. Dans le cas de tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis, les entreprises américaines seront durement touchées car la plupart des entreprises technologiques du pays produisent beaucoup en Chine. Il ne faut pas oublier non plus que Pékin a d'autres grandes régions du monde avec qui échanger. L'ASEAN fête ses 50 ans cette année. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard que Xi-Jinping ait choisi la Suisse, l'Europe et le forum de Davos pour son premier voyage de 2017.

Enfin, la force de la Chine a été, reste et restera l'immensité de son marché intérieur. Je pense, et j'espère, que la Chine va rester patiente, elle l'a été jusque là. Il va falloir maintenant observer les prochaines semaines. Voir comment la situation évolue avec la prise de pouvoir réelle de l'administration Trump. Malheureusement, on risque de rentrer dans une période de tensions sino-américaines. Il faut espérer que la rationalité va l'emporter mais cela prendra du temps. Il y a un vrai changement d'attitude américaine vis-a-vis de la Chine qui se traduit par un véritable durcissement. Donald Trump le sait. Quand il prend le téléphone pour parler directement à Tsai Ing-wen la responsable de Taiwan - une première depuis 1979 - il sait très bien que c'est une provocation majeure. Il a continué après dans les médias comme la FOX ou le Wall Street Journal à déclarer que le principe de reconnaissance de la Chine unique était négociable. Sauf que pour les Chinois, ce n'est absolument pas le cas. C’est une position nouvelle et très dure. Cela ne peut pas ne pas provoquer des tensions. Jusqu'à présent la Chine a fait preuve de, ce que j'appelle, patience stratégique. La réponse à toutes ces provocations a été le discours de Xi-Jinping à Davos.

Donald Trump me donne l'impression qu'il veut agir comme si nous vivions toujours dans un monde unipolaire organisé autour de la puissance américaine

Donald Trump est en train de développer de nouvelles formes d'unilatéralisme. Une ambition qui a mon sens est fantaisiste dans un monde multipolaire. La Chine, quant à elle, est dans une attitude internationaliste et soucieuse de l'universel. Avec les Nations unies, elle réfléchit à améliorer la gouvernance mondiale, ce qui n'intéresse pas Donald Trump qui ne pense qu'aux Etats-Unis. Au regard des échanges commerciaux, l'unilatéralisme ne peut pas être envisagé comme le président américain le désire. Les Etats-Unis font partie de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et ne peuvent pas aller contre ses règles. Selon les accords qu'ils ont signés avec l'OMC, les Etats-Unis ne peuvent pas imposer des taxes et instaurer des barrières douanières. Donald Trump me donne l'impression qu'il veut agir comme si nous vivions toujours dans un monde unipolaire organisé autour de la puissance américaine alors que la réalité est à la multipolarité. Nous vivons un moment important, peut-être même historique. Soit la Chine et les Etats-Unis arriveront à s'entendre et pourront alors régler tous les grands problèmes du monde d'aujourd'hui. Soit ils rentreront dans une sorte de bipolarité et d'opposition qui ressemblera à une nouvelle guerre froide. Dans ce cas, le monde entier en souffrira. Il est un peu tôt pour se prononcer sur la tournure que prendront ces relations mais on est en droit d'être inquiet.

Le cauchemar d'une partie des stratèges américains serait la réussite du projet de la nouvelle Route de la Soie

RT France : Dans ce bras de fer qui s'annonce entre les deux puissances, quelle place pourra avoir l'Europe, elle qui est un partenaire privilégié de la Chine et des Etats-Unis ?

D. G. : C'est un point important. Une guerre commerciale entre les deux pays affecterait évidemment aussi l'Europe. Je pense que s'il devait y avoir une dégradation des rapports sino-américains, la Chine cherchera à intensifier ses relations économiques et politiques avec l'Europe. Dans un premier temps, l'Europe ne souffrira pas de la détérioration des liens entre Pékin et Washington. Mais si ce conflit était amené à durer, nous serions tous perdants. 

Je suis convaincu que Donald Trump n'aime pas vraiment l'idée d'une Union européenne. J'ai l'impression que lui et ses conseillers sont en train d'essayer de diviser l'Eurasie, ou du moins les groupements qui fonctionnent au sein de l'Eurasie. Le cauchemar d'une partie des stratèges américains serait la réussite du projet de la nouvelle Route de la Soie. Ce projet signifierait une coopération plus grande entre l'Europe et la Chine en incluant l'Afrique. Si ce projet d'axe Afrique-Eurasie devait véritablement marcher, les Etats-Unis se retrouveraient de facto marginalisés. On en revient à la théorie de Brzezinski et du grand échiquier. Or, qu'est-ce que Donald Trump est en train de faire ? Il essaie de créer des problèmes en Extrême-Orient. Il a soutenu des gens comme Nigel Farage en faveur du Brexit. La désunion au cœur de l'Europe ne peut que servir aux Etats-Unis pour garder un poids en Europe. Donald Trump est l'anti-nouvelle Route de la Soie : pas de coopération internationale, tout doit tourner autour des intérêts américains et surtout pas de cohésion au sein du grand continent eurasiatique.

L'idée que Donald Trump va réussir à utiliser Poutine pour qu'il contienne Xi-Jinping ne peut pas être suivie d'effets. La Chine est devenue absolument vitale pour la Russie

RT France : Le rapprochement que veut mettre en place Donald Trump avec Moscou pourrait-il remettre en cause le partenariat entre la Russie et la Chine ?

D. G. : Je ne crois pas que son rapprochement avec la Russie contredise cette idée d'un Donald Trump «anti nouvelle Route de la Soie». Le président américain sait que la Russie est plus faible économiquement que ce que Vladimir Poutine veut le montrer. Certains analystes pensent que Donald Trump veut utiliser la Russie pour contenir la Chine, comme Kissinger a utilisé Pékin pour contenir l'URSS au moment de la guerre froide. Mais là aussi, c'est irréaliste ! La grande différence c'est que l'Union soviétique et la Chine au moment de la guerre froide n'avaient pas d'interdépendances économiques. Ils échangeaient très peu. Or aujourd'hui, le premier partenaire commercial de la Russie, c'est la Chine. L'idée que Donald Trump va réussir à utiliser Poutine pour qu'il contienne Xi-Jinping ne peut pas être suivie d'effets. La Chine est devenue absolument vitale pour la Russie. Donald Trump va essayer mais il n'y arrivera pas.

Je pense que son projet un peu fou d'anti-nouvelle Route de la Soie, va se traduire par l'imposition par la Chine de son modèle de sagesse d'une route de coopération, de développement et de paix. Un modèle, je pense, que nous Européens, Russes et Africains devons co-construire. Idéalement, cette Route de la Soie est ouverte aux Américains. Mais l'Amérique de Donald Trump ne semble pas vouloir la co-construire. Ce qui m'étonne, c'est que la presse francophone ne semble pas prendre la mesure de la gravité de ce sujet et des conséquences de la détérioration des relations sino-américaines. L'année 2017 pourrait être décrite comme une année à très grand risque politique du fait de ce durcissement. C'est une situation assez unique depuis la fin de la guerre du Vietnam. La grande question de ces prochaines semaines sera de voir si Donald Trump sera finalement prêt à revenir à la raison et à travailler avec la Chine pour un monde plus inclusif et juste.

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