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Brexit et discorde : urgence de l'Europe des patries

Publié le par Felli Bernard

Brexit et discorde : urgence de l'Europe des patries

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Brexit et discorde : urgence de l'Europe des patries

La négociation sur la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne qui va bientôt commencer promet d'opposer âprement les intérêts des deux parties, et surtout de conduire à une aggravation de la discorde entre Londres et le Continent. C'est en réalité une opposition structurelle qui menace très fortement de s'installer.

Malgré la disproportion des forces en présence, l'Union européenne est en réalité la partie la plus vulnérable. Le Brexit est à la fois un signe et un facteur d'échec supplémentaire de la tentative d'unification supranationale de l'Europe. Surtout, les discordes que provoquent cette tentative, et qui menacent de s'aggraver de tous côtés, risquent à terme de ruiner la bienveillance réciproque que les peuples européens ont observé l'un envers l'autre depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Le modèle alternatif est connu, une "Europe des patries" regroupant de manière légère par des coopérations l'ensemble des pays entre l'Atlantique et l'Oural. Mais est-il encore possible ?

La notification officielle le 29 mars de la décision britannique d'utiliser l'article 50 pour se retirer de l'Union européenne ouvre une phase de deux ans de négociation sur les modalités de la sortie et l'avenir des relations entre le Royaume-Uni indépendant et l'UE. Le président du Conseil européen Donald Tusk a publié les grandes lignes de la "feuille de route" de l'équipe chargée de négocier le Brexit pour le compte de l'UE.

Il s'agit d'un bouleversement, et pour bien comprendre ses conséquences il est indispensable de prendre un peu de distance et de hauteur par rapport aux détails et aux mécanismes de la négociation et des accords "intérimaire" puis "définitif" qu'il s'agira de définir. Or c'est une image pour le moins troublante qui apparaît lorsqu'on prend cette hauteur...

• D'une part, à détailler les grandes lignes de la stratégie de négociation UE vis-à-vis de la Grande-Bretagne, il est assez clair que l'essentiel si ce n'est la totalité est à la fois dur du point de vue de ses conséquences sur le RU, et justifié, c'est-à-dire correspondant à la protection d'intérêts réels des pays qui restent membres de l'UE. Avoir une position significativement plus favorable aux intérêts britanniques serait nuire aux intérêts des pays continentaux, cela ne serait pas raisonnable et ce n'est très probablement pas ce qui se passera

• D'autre part, il faut être conscient de la situation créée par cette opposition des intérêts. Donc l'apprécier sur le très long terme, et à l'échelle de l'Europe toute entière. Et là les conclusions ne peuvent qu'être dérangeantes.

L'entente européenne : un nouveau coup très grave...

L'Europe en tant que continent, qu'ensemble humain et que civilisation - je ne parle pas de la structure UE qui n'est pas l'Europe à proprement parler - a été déchirée par plusieurs guerres et guerres froides à partir de 1914. La très sérieuse accalmie résultant du retrait soviétique d'Europe centrale et de la dissociation de l'URSS en 1989 -1991 a été la dernière étape en date vers une pacification complète du continent, mais n'a cependant pas abouti à une entente pan-européenne globale, étant donné que pour diverses raisons l'un des principaux pays européens - et le plus peuplé - restait à l'écart de l'entente qui s'était établie. Il s'agit bien sûr de la Russie.(1)

La situation à ce jour est donc une large entente européenne, cependant partielle et à vrai dire en quelque sorte viciée par l'exclusion de l'un des pays les plus importants - c'est que lorsque une entente exclut l'un des principaux membres potentiels, elle ne peut pas manquer de prendre au moins en filigrane le caractère de groupe rassemblé par la désignation d'un bouc émissaire, mécanisme social dont un anthropologue comme René Girard a pu montrer à quel point il est profondément ancré dans l'esprit humain. Ceci indépendamment de la culpabilité, ou non, du dit bouc émissaire, les analyses sont très diverses concernant les responsabilités respectives de l'Ouest de l'Europe et de son Est - c'est-à-dire de Moscou - dans la situation, mais quoi qu'il en soit le fait de la séparation - qui est une mise à l'écart - demeure.

A partir de là, on aurait pu imaginer une stabilité de la situation stratégique, voire dans le meilleur des cas une accalmie progressive et ultérieurement d'une manière ou d'une autre une entente pan-européenne réellement globale donc intégrant la Russie. Mais. Mais le Brexit.

Le fait est que dès aujourd'hui, alors même que le Royaume-Uni restera encore deux ans en UE, un second grand pays européen est placé hors de l'entente européenne.

Ce sont bientôt deux des cinq plus grandes économies européennes qui seront à l'écart de l'Union européenne, Allemagne, France et Italie seules restant membres. Ce sont bientôt deux des trois pays européens disposant d'une dissuasion nucléaire et d'un siège au Conseil de Sécurité qui seront séparés des autres, seule la France demeurant.

Certes à la différence de la Russie, l'opposition UE - RU n'a pas de dimension militaire. Au contraire, Londres se fait fort de rester pleinement impliqué dans la sécurité européenne, par le biais de l'OTAN. Différence essentielle, mais qui peut croire que la politique militaire résume tout ? L'économie, les intérêts économiques, sont absolument primordiaux pour comprendre la politique internationale d'un pays, ils suffisent largement à motiver appui ou opposition déterminée - voire forcenée.

Ce n'est pas que les pays membres de l'UE soient coupables de cette opposition. Qu'ont-ils fait de mal ? Et les Britanniques non plus. N'ont-ils pas le droit de récupérer leur souveraineté s'ils le souhaitent ? Mais le fait que personne ne soit coupable... n'empêche pas que l'opposition des intérêts existe, et qu'elle pourrait fort bien devenir aussi structurelle voire peut-être aussi profonde que l'opposition des intérêts de la Russie et de l'UE.

Le propre de la tragédie, c'est que les événements sont en quelque sorte en dehors de tout contrôle humain. L'issue négative de l'histoire est fatale, c'est-à-dire littéralement qu'elle est causée par le destin (fatum, qui a donné "fatal"), on pourrait dire aussi causée par la situation, non par les actions ni les fautes des hommes. L'Histoire de l'Union européenne et plus généralement de l'entente entre les peuples européens... va-t-elle devenir tragique ?

... qui pourrait être désastreux à terme pour l'UE

Les chances que la situation évolue dans le sens d'une meilleure entente pan-européenne ? Elles ne sont pas si convaincantes.

• Un grand pays qui tente par tous les moyens de desserrer la cohésion d'une entente dont il est exclu - ou s'est exclu - cela peut être inconfortable. Que dire de deux ?

• Un seul pays placé dans la position du bouc émissaire, c'est parfois quelque peu pratique pour resserrer les rangs de ceux qui restent. Deux, serait-ce toujours aussi pratique ?

Les comparaisons historiques doivent être maniées avec prudence, il est évident que la situation présente ne s'est jamais présentée dans ces mêmes termes exactement. Mais si l'Histoire ne se répète jamais, souvent elle rime. Londres et Moscou mis à l'écart du reste de l'Europe, poussés peut-être ensuite ensemble par les circonstances... oui il y a une rime.

Les quelques nationalistes anglais et russes qui prétendent voir un parallèle exact entre l'époque présente et celles de Napoléon, de la première guerre mondiale ou de Hitler ne font que se ridiculiser. Tout est évidemment différent... sauf une chose tout de même, que ce sont précisément ces deux pays-là qui se retrouvent - se retrouveront peut-être - ensemble. Et ils seront ensemble pour l'action : pour desserrer ce grand ensemble cohérent qui leur est gêne, grave inconvénient voire menace par le simple fait qu'il existe.

Pour éviter le désastre ? La voie à suivre est évidente

Bien sûr, la solution, ou du moins la direction dans laquelle il faudrait aller est assez claire. C'est l'excessive cohésion de l'entente pan-européenne existante - une cohésion forcée par des traités fixés dans le marbre - qui a motivé Londres à s'éloigner, et elle n'est clairement pas non plus sans rapport avec l'opposition progressivement aggravée de l'Union européenne et de la Russie depuis plusieurs années, la crise ukrainienne commencée en 2014 par exemple étant en dernière analyse une lutte d'influence entre UE et Russie qui a - très - mal tourné. Une entente européenne beaucoup plus souple, beaucoup plus lâche quant aux empiétements sur la souveraineté de chaque pays, aurait pu garder le Royaume-Uni en son sein, elle aurait pu établir un partenariat étroit avec la Russie - préservant au passage l'Ukraine qui n'aurait jamais été sommée de choisir entre l'un et l'autre - allant peut-être au final jusqu'à un regroupement pur et simple.

Bref, ce qui s'appelle en français "l'Europe des patries", "l'Europe de l'Atlantique à l'Oural" suivant l'expression de De Gaulle, à la fois plus large en étant véritablement continentale, et plus légère basée seulement sur alliance militaire, échanges culturels, coopération techno-scientifique et tarif extérieur commun, sans empiétement sur la souveraineté de ses membres, c'est-à-dire leur capacité à décider pour ce qui les concerne de leurs lois, de leur budget, de leurs frontières.

Alors, ne pourrait-on réorienter tout cela, faisant la paix avec la Russie tout en gardant la Grande-Bretagne dans la famille, et apaisant par la même occasion toutes les tensions internes en train de s'intensifier - Pologne et Hongrie auraient après tout le droit de se gouverner comme elles l'entendent même si leurs dirigeants déplaisent à Bruxelles, la Grèce de faire défaut sur sa dette si elle s'y voit réduite, Italie et France de relancer leur économie, tandis que l'Allemagne pourrait conserver une monnaie aussi solide que le deutschemark, etc. ? Finalement, à regarder les devoirs que nous imposent et le passé de l'Europe, et son avenir, ne vaudrait-il pas mieux être tous ensemble dans une équipe plus ou moins lâche et un "village gaulois" où chacun fait un peu ce qu'il entend, plutôt qu'un groupe très cohérent... mais de plus en plus intérieurement tendu, et de plus en plus réduit ?

Une jolie histoire... mais les obstacles sont sévères. C'est qu'il y a un traité, le traité de Lisbonne, qui fut signé et ratifié (2). Et ce traité est pratiquement impossible à modifier de manière un tant soit peu souple et réactive, car il y faudrait l'unanimité de tous les pays, fort douteuse en tous les cas et de toutes façons impossible dans un délai moindre que de nombreuses années, vu la lourdeur effroyable que prendrait toute renégociation. C'est qu'il y a une monnaie, et qu'en sortir par une autre voie que la négociation de bonne foi pourrait risquer pas mal de bruit et de fureur - tandis que ne pas en sortir signifie la nécessité de faire marcher toutes les économies diverses des pays membres à la schlague, ce qui plait de moins en moins - voir les conséquences de tout cela par exemple en Italie ou en Espagne, extension démesurée du chômage notamment des jeunes, alourdissement de la dette etc. - et contribue plus qu'un peu aux tensions internes croissantes.

On peut imaginer tenter de forcer à la fois la sortie de la logique actuelle et son remplacement par une logique "Europe des patries". Une opération visant non à modifier le traité existant puisque c'est pratiquement exclu, mais à le remplacer purement et simplement. C'est même la seule voie possible.

Et sans doute une tentative est-elle envisageable, certes sans garantie de succès, puisque c'est ce que proposent plusieurs candidats à la présidentielle notamment Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan, tandis que Jean-Luc Mélenchon propose plutôt de conserver l'Union européenne mais d'y imposer la volonté de la France, en somme de se saisir du fouet et de mettre Paris du bon côté du manche - ce qui n'est pas forcément très réaliste.

Mais il pourrait fort bien aussi n'y avoir aucune tentative, si aucun de ces candidats n'est élu... et l'Histoire, qui n'attend pas, pourrait très bien accélérer.

Si l'UE succombe à une logique supranationale aveugle

C'est qu'à reculer devant la nécessité d'une restructuration, à renoncer à forcer le destin, on s'y soumet.

Le destin, encore ? Il est depuis longtemps déjà écrit sur le mur que l'Europe en version fédérale est condamnée, car trop contraire aux réalités de la diversité des peuples européens, de leurs Histoires, de leurs manières de faire et de leurs intérêts.

Mais l'inscription... concernera-t-elle toute tentative d'entente pan-européenne ... même la voie "Europe des patries" ?

Dit autrement, lorsque l'Europe version fédérale aura échoué pour de bon, la bonne entente et les sentiments mutuellement positifs au niveau des peuples eux-mêmes auront-ils été tellement abîmés que même la version lâche, débonnaire et légère d'une entente pan-européenne sera encore trop proche pour être acceptée ?

Sans être encore à un niveau véritablement dangereux, les sentiments négatifs entre Européens sont clairement en phase ascendante depuis en gros une décennie :

• Il y a dix ans, insulter les Latins et autres Européens du sud en les traitant de paresseux et de voleurs, ce que même des eurocrates se permettent maintenant, quand ce n'est pas de "cochons" ("PIGS" sigle anglais pour Portugal, Italie, Grèce et Espagne... les intéressés apprécieront) aurait été impensable

• On n'insultait pas non plus les Allemands en les traitant de "nazis", ce que des journaux en Grèce, en Italie et en Pologne ne se privent pas de faire à chaque tour de chauffe et moment d'irritation

• On ne reprochait pas aux Européens du Centre les gouvernements qu'ils se choisissent

• Ne parlons pas des sentiments anti-Russes à l'ouest, de la propagande anti-européenne dans les médias d'Etat en Russie

• Quant à la direction que menacent de prendre les sentiments réciproques entre Britanniques et Continentaux, elle est suffisamment claire

François Heisbourg, écrivant en 2013 dans "la Fin du Rêve européen", exprimait la crainte qu'une dislocation de l'euro désordonnée - c'est là le point crucial - et ses gigantesques pertes financières potentielles ne fasse naître des Dolchstoßlegende ("légende du coup de poignard dans le dos", en référence au mythe post-première guerre mondiale en Allemagne, utilisé par la suite de manière dévastatrice par Hitler) c'est-à-dire des fausses croyances dans tel et tel pays que ce serait le voisin qui serait responsable - c'est un complot ! - des souffrances subies. Processus qui a clairement déjà commencé, qui n'en est sans doute pas encore arrivé à un stade irréparable, mais pourrait accélérer gravement si justement la dislocation de la zone euro n'est pas négociée mais forcée par les événements, d'où des pertes et des dégâts multipliés.

La solution de Heisbourg était d'imaginer Merkel et Hollande convenant en secret puis annonçant par surprise le démantèlement express de l'euro, un sacrifice du point de vue des convictions européistes de l'auteur, mais un sacrifice indispensable pour du moins sauver quelque chose de l'UE et de la bonne entente entre Européens.

Naturellement, cette "solution" était et reste très peu réaliste politiquement parlant. La foi européiste du plus clair des élites gouvernementales européennes atteint presque le degré d'une religion, et en tout cas celui d'une idéologie. Comme l'écrivait Dupont-Aignan en 2004 "l'Europe va dans le mur, elle accélère et elle klaxonne !"

Si aucune tentative déterminée n'est faite pour infléchir le destin et restructurer l'UE comme une "Europe des patries" ce qui supposerait d'abord de réécrire complètement le traité existant, la question de la survie des sentiments positifs de bonne volonté entre Européens qui nous semblent aujourd'hui si naturels - ou du moins qui l'étaient tout à fait il y a encore dix ans - sera posée.

L'enjeu de l'élection présidentielle française est véritablement historique.

Alexis Toulet

 

Notes

(1) Rappelons :

• que la Russie, dont le territoire s'étend certes jusqu'au Pacifique, rassemble environ 80% de sa population en Europe géographique, c'est-à-dire à l'ouest des montagnes de l'Oural,

• que son Histoire est au plus tard depuis le XVIIème siècle indissolublement liée à celle de l'Europe, dont malgré ses fortes originalités elle partage les principaux paramètres civilisationnels,

• qu'elle est depuis plusieurs siècles une puissance européenne, reconnue tout naturellement comme telle, ce qui ne fut mis sous le boisseau que pour raison politique durant la Guerre Froide laquelle, faut-il le rappeler, est terminée,

• qu'elle a participé de manière active à l'Histoire européenne, que ce soit par les arts, par la science, par le mouvement des idées ou par la guerre

• que plus de la moitié du commerce extérieur de la Russie est avec l'Union européenne, et au total environ les deux tiers avec les pays d'Europe géographique - proportions similaires à celles du Royaume-Uni.

(2) Traité certes qui fut ratifié par le parlement français en 2008 en contravention frontale au refus du peuple français clairement exprimé lors du référendum de 2005 sur la Constitution européenne... dont le Traité de Lisbonne reprend l'essentiel des dispositions. Mais cela ne change rien à l'état de fait.

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Les colombes armées de l’Europe

Publié le par Felli Bernard

Les colombes armées de l’Europe

L'art de la guerre

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De nouveaux pas dans le « renforcement de l’Alliance » ont été décidés par les ministres de la Défense de l’Otan, réunis à Bruxelles dans la Conseil Atlantique Nord. Avant tout sur le front oriental, avec le déploiement de nouvelles « forces de dissuasion » en Estonie, Lettonie, Lituanie et Pologne, conjoint à une présence Otan accrue dans toute l’Europe orientale avec exercices terrestres et navals. En juin seront pleinement opérationnels quatre bataillons multinationaux à déployer dans la région.

En même temps sera accrue la présence navale Otan en Mer Noire. En outre est lancée la création d’un commandement multinational des forces spéciales, formé au départ de forces belges, danoises et hollandaises. Enfin, le Conseil Atlantique Nord félicite la Georgie pour ses progrès dans le parcours qui la fera entrer dans l’Alliance, devenant le troisième pays Otan (avec l’Estonie et la Lettonie) directement frontalier avec la Russie.
Sur le front méridional, directement lié à l’oriental en particulier à travers la confrontation Russie-Otan en Syrie, le Conseil Atlantique Nord annonce une série de mesures pour « contrecarrer les menaces provenant du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord et pour projeter une stabilité au-delà de nos frontières ».

Auprès du Commandement de la force conjointe alliée à Naples, est constitué le Hub pour le Sud, avec un personnel d’environ 100 militaires. Il aura la mission d’ « évaluer les menaces provenant de la région et de les affronter ensemble avec des nations et organisations partenaires ». Il disposera d’avions-espions Awacs et de drones qui deviendront rapidement opérationnels à Sigonella (Sicile).

Pour les opérations militaires est déjà prête la « Force de riposte » Otan de 40 mille soldats, en particulier sa « Force de pointe à très haute rapidité opérationnelle ».

Le Hub pour le Sud -explique le secrétaire général Stoltenberg- accroîtra la capacité de l’Otan à « prévoir et prévenir les crises ». En d’autres termes, dès que le Hub aura « prévu » une crise au Moyen-Orient, en Afrique du Nord ou ailleurs, l’Otan pourra effectuer une intervention militaire « préventive ». L’Alliance Atlantique au complet adopte, de cette façon, la doctrine du « faucon » Bush sur la guerre préventive.

Les premiers à vouloir un renforcement de l’Otan, avant tout en fonction anti-russe, sont en ce moment les gouvernements européens de l’Alliance, ceux qui en général se présentent en habit de « colombes ». Ils redoutent en fait d’être dépassés ou marginalisés si l’administration Trump ouvrait des négociations directes avec Moscou.

Les gouvernements de l’Est sont particulièrement actifs. Varsovie, ne se contentant pas de la 3ème Brigade blindée envoyée en Pologne par l’administration Obama, demande maintenant à Washington, par la bouche de l’influent Kaczynski, d’être couverte par le « parapluie nucléaire » étasunien, c’est-à-dire d’avoir sur son sol des armes nucléaires étasuniennes pointées sur la Russie.

Kiev a relancé l’offensive dans le Donbass contre les Russes d’Ukraine, soit à travers de lourds bombardements, soit à travers l’assassinat systématique de chefs de la résistance dans des attentats derrière lesquels se trouvent aussi des services secrets occidentaux. En même temps, le président Porochenko a annoncé un référendum pour l’adhésion de l’Ukraine à l’Otan.

Et c’est le premier ministre grec Alexis Tsipras qui est allé lui prêter main forte : en visite officielle à Kiev les 8-9 février, il a exprimé au président Porochenko « le ferme appui de la Grèce à la souveraineté, intégrité territoriale et indépendance de l’Ukraine » et, en consé
quence, la non-reconnaissance de ce que Kiev appelle « l’illégale annexion russe de la Crimée ». La rencontre, a déclaré Tsipras, jetant les bases pour « des années d’étroite collaboration entre Grèce et Ukraine », contribuera à « atteindre la paix dans la région ».

Manlio Dinucci 

 

Article original en italien :

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Le colombe armate dell’Europa

Edition de mardi 21 février 2017 de il manifesto

https://ilmanifesto.it/le-colombe-armate-delleuropa/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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La Commission veut faire assumer leurs choix aux Etats

Publié le par Felli Bernard

La Commission veut faire assumer leurs choix aux Etats

La Commission européenne a présenté une proposition de réforme très attendue sur les prises de décisions en « comitologie ». Les Etats membres risquent de ne pas apprécier.

L’exécutif européen a annoncé le lancement d’une réforme de la comitologie, cette cuisine typiquement bruxelloise qui permet l’adoption de lois.

Selon la procédure actuelle, un comité composé de représentants de chaque État membre vote sur un projet de proposition de la Commission. Si une majorité qualifiée est atteinte à l’issue du vote, l’exécutif doit s’y conformer, que le résultat soit positif ou négatif.

En revanche, si aucune des deux options ne remportent la majorité qualifiée et qu’« aucun avis » n’est au final exprimé, la Commission est obligée, dans certains domaines d’action, tels que le recours aux OGM, de référer ses propositions de loi à un comité d’appel. Si le résultat ne change pas, il revient alors à l’exécutif de prendre la décision finale.

>> Lire : Les États membres boudent les OGM autorisés par Bruxelles

Même si la grande majorité des projets de proposition obtiennent un avis positif (98 % d’après les chiffres de la Commission), il est arrivé que des décisions concernant certains sujets notoires et délicats soient tombées entre les mains de la Commission. En 2015 et 2016, elle a ainsi été forcée d’adopter 17 textes de loi de cette façon.

Ainsi, on a souvent accusé la procédure non seulement de permettre aux États membres de remettre à Bruxelles la charge de traiter certains dossiers politiques embarrassants, mais aussi d’alimenter un déficit démocratique présumé étant donné que les décisions sont prises sans le soutien des États membres.

Dans son discours sur l’état de l’Union de 2016, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a déclaré: « Il n’est pas juste que le Parlement et le Conseil obligent la Commission à prendre une décision lorsque les États membres ne parviennent pas à se mettre d’accord, par exemple sur l’interdiction d’utiliser des herbicides à base de glyphosate. Nous changerons donc ces réglementations. »

>> Lire : L’interdiction du glyphosate, une décision légitime, mais non scientifique ?

La réforme proposée le 14 février préconise de changer la procédure de vote du comité d’appel de façon à ce que seuls les votes contre ou en faveur soient pris en considération. Ainsi, la Commission ne sera plus contrainte d’exécuter des décisions qui ne sont pas soutenues du point de vue politique. La nouvelle procédure permettra également de réduire le nombre d’abstentions.

Elle suggère en outre de créer un deuxième comité d’appel au niveau ministériel et de rendre les votes publics. L’exécutif pourra de cette manière demander un avis au Conseil des ministres si le comité d’appel ne parvient toujours pas à formuler une décision.

Toutefois, certains détails de la réforme ont déjà fait l’objet de critiques. Le deuxième niveau d’appel, par exemple, serait présidé par un représentant de la Commission, voire par un commissaire. Par ailleurs, les avis demandés au Conseil en dernier recours ne seraient pas contraignants.

Le porte-parole de l’eurodéputé Benedek Jávor, du groupe les Verts/Alliance Libre Européenne, a dénoncé un véritable « bricolage » alors que « le système a profondément besoin d’une refonte ». Pour lui, la procédure de prise de décisions doit devenir plus transparente et responsabiliser davantage les décideurs politiques.

>> Lire : Des eurodéputés coulent une initiative sur la transparence des lobby

La question la plus urgente reste celle des mesures qui seront prises pour mettre en place la réforme. Les changements de réglementation de la comitologie devront être approuvés conjointement par le Parlement européen et le Conseil, un objectif qui s’annonce difficile à atteindre au vu de la nature des réformes en question, qui coupe l’herbe sous le pied au Conseil.

La proposition de nommer et montrer du doigt les États membres qui auront voté d’une manière ou d’une autre constituerait une avancée considérable en faveur d’une plus grande transparence. Il est cependant difficile d’imaginer que ces mêmes États membres l’acceptent.

Daniel Guéguen, responsable de la stratégie et du lobbyisme au sein de l’agence de consultance PACT European Affairs, a confié à Euractiv qu’il trouvait « ridicule » la proposition de la Commission de créer un deuxième comité d’appel et de demander un avis non contraignant au Conseil. Il s’est exprimé sur Twitter quant à la probabilité de la réforme de voir le jour, en déclarant que « pour les États membres, cela reviendrait à scier la branche sur laquelle ils sont assis ! »

La procédure de comitologie a déjà subi d’importantes modifications après la signature du traité de Lisbonne. Le rôle de la Commission a été renforcé et la mise en place de « trilogues », des réunions composées de représentants des trois institutions principales de l’UE, s’est généralisée. Leur manque de transparence est toutefois souvent dénoncé.

La réforme de la comitologie s’inscrit dans le programme de travail de la Commission, qui comprend également un certain nombre d’autres initiatives telles que les stratégies de la plateforme REFIT et le pilier droits sociaux.

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Sondage. Une majorité d’Européens veut stopper l’immigration musulmane

Publié le par Felli Bernard

Sondage. Une majorité d’Européens veut stopper l’immigration musulmane

 

10/02/2017 – 05h00 Londres (Breizh-Info.com) – C’est un sondage mené auprès de plus de 10 000 Européens qui a révélé l’ampleur du rejet de l’immigration – au moins musulmane – par ceux-ci. Une affirmation simple avait été présentée aux personnes interrogées : « Toute immigration supplémentaire en provenance de pays majoritairement musulmans devrait être arrêtée. »

Selon les conclusions de ce sondage, 55 % des Européens sont favorables à cet arrêt de l’immigration. 25 % restent neutres et seuls 20 % sont opposés à la fin de cette immigration.

Un sondage sérieux

Aung San Suu Kyi, sortant du bâtiment Chatham House en 2012

Ce n’est pas une officine peu fiable qui a commandé et réalisé ce sondage publié mardi 7 février 2017. Chatam House est une appellation alternative du « Royal Institute of International Affairs », un prestigieux « think tank » britannique indépendant, créé en 1920. De nombreuses personnalités politiques de toutes tendances ont été membres et présidents de cette organisation.
Les auteurs de cette études sont par ailleurs des universitaires reconnus.

 

Immigration musulmane : un rejet massif

Les résultats sont clairs. 55 % des Européens s’opposent à l’immigration provenant de pays musulmans quand seulement 25 % d’entre eux s’opposent à un arrêt total.

En France, le résultat est encore plus net. 61 % des Français souhaitent que l’immigration musulmane soit arrêtée et seulement 16 % s’opposent à cet arrêt. Enfin, 23 % des Français seraient neutres sur la question.
Il s’agit d’un consensus écrasant qui fait écho à la volonté continuelle des Français de limiter ou stopper l’immigration. Le dernier exemple en date de cette volonté populaire, un sondage Ipsos paru en juin-juillet 2016 qui démontrait que 57 % des Français considéraient qu’il y avait trop d’immigrés en France.

Une surdité totale des responsables politiques sur l’immigration

Si la voix du peuple résonne clairement depuis des décennies sur la question migratoire, les responsables politiques semblent sourds à cette réalité. Tous, gauche ou droite confondus, ont en effet refusé de limiter significativement l’immigration depuis des années.

Federica Mogherini

Comme un pied de nez à ce sondage paru mardi 7 février 2017, Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne, déclarait d’ailleurs mercredi 8 février que l’Europe avait « besoin de l’immigration ».
« Je pense que les Européens devraient comprendre que nous avons besoin de l’immigration pour nos économies », compte tenu du vieillissement de la population européenne, a-t-elle notamment déclaré lors de l’ouverture d’une réunion Europe-Afrique sur la crise migratoire.

« Il y a des forces à travers le monde qui font pression pour une approche différente, […] basée […] sur la construction de murs plutôt que de partenariats. […] Ce n’est pas la voie européenne », a-t-elle également déclaré. « L’Europe ne ferme pas ses portes et ne va pas le faire [mais] nous devons mettre fin à la tragédie en mer et dans le désert. Chaque jour des gens meurent encore », a-t-elle conclu.

Si les responsables politiques n’écoutent pas leur peuple, celui-ci finira peut-être par se tourner vers ceux qu’on lui avait longtemps interdit d’écouter.

Nicolas Serrand
Crédit Photo : Chatham House, London [CC BY 2.0] / EU – Shimera – Jennifer Jacquemart
[cc] Breizh-info.com, 2017 Dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

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Mogherini tend la main à Washington

Publié le par Felli Bernard

Mogherini tend la main à Washington

La chef de la diplomatie européenne se rendra à Washington à la fin de la semaine pour « identifier des terrains d’entente » avec la nouvelle administration, suite à une série de désaccords entre le président américain, Donald Trump, et l’Europe.

Federica Mogherini a annoncé le 6 février qu’elle entamerait un déplacement de deux semaines de réunions aux États-Unis et en Europe avec les membres de l’équipe de Donald Trump.

Son programme était en train d’être finalisé et inclurait des visites à la Maison-Blanche et au Congrès jeudi et vendredi (9 et 10 février).

Le commissaire à l’Immigration et aux Affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos, se rendra aussi à Washington le 8 février pour rencontrer le secrétaire d’État à la sécurité intérieure, John Kelly.

La Haute-représentante de l’UE a confirmé qu’elle rencontrerait le cercle rapproché de Donald Trump. Son programme à la Maison-Blanche comprend une rencontre avec Michael Flynn, le conseiller sur la sécurité nationale, et avec Jared Kusher, le gendre de Donald Trump et l’un de ses plus proches assistants.

Elle devrait également s’entretenir avec son homologue américain, le secrétaire d’État Rex Tillerson, ainsi qu’avec le ministre de la Défense, le général retraité James Mattis, soit à Washington, soit en Europe puisqu’ils se rendront sur le Vieux continent à la fin du mois.

>> Lire : Joseph Muscat : le rejet de Trump ne doit pas se transformer en antiaméricanisme

Le vice-président américain, Mike Pence, passera aussi par les institutions européennes après sa participation à la conférence de Munich sur la sécurité (du 17 au 19 février). Une visite sur laquelle Federica Mogherini a particulièrement mis l’accent, puisqu’elle représente « un signal politique très important » de la part du gouvernement américain.

Des signaux accueillis par les Européens, étant donné le déclin dans l’amitié transatlantique depuis que Donald Trump a remporté les élections en novembre dernier.

Dans le contexte de la désunion de l’Europe face aux défis actuels (migration, politique économique…), Donald Trump tente d’exploiter ces différences pour affaiblir l’influence de l’UE dans les affaires internationales au profit des Etats-Unis, expliquent des observateurs.

Les États-Unis, la Russie et la Chine cherchent à affaiblir l’Europe car « une Europe unie, sur le long terme, deviendra la plus grande puissance mondiale », a déclaré l’écrivain et économiste français Jacques Attali.

>> Lire : Attali : l’Europe est une première puissance mondiale qui s’ignore

Durant sa visite, Federica Mogherini devrait passer en revue « la vieille liste de dossiers », dont la lutte contre le changement climatique, la Syrie, la Libye, l’Ukraine ou le Moyen-Orient, pour découvrir où les opinions peuvent converger.

Or, la liste des doléances et des plaintes est longue et nécessitera de redoubler d’efforts pour assainir l’air et réparer les liens transatlantiques.

Sorties de l’UE

Donald Trump était un fervent partisan de la sortie du Royaume-Uni de l’UE et est devenu le « frère d’armes » du défenseur du Brexit, Nigel Farage. Dans une interview avant son investiture, le président a déclaré que le Royaume-Uni faisait très bien de quitter l’UE.

Par ailleurs, lors d’un entretien téléphonique, les assistants de Donald Trump ont demandé à des responsables européens qui serait le prochain État membre à sortir de l’UE, comme l’a rapporté l’ambassadeur américain auprès de l’UE, Anthony Gardner.

>> Lire : Les équipes de Trump ne croient pas à la survie de l’UE

Le professeur Ted Malloch, favori de Donald Trump pour devenir le prochain ambassadeur auprès de l’UE et pro-Brexit, a par ailleurs déclaré que l’euro était une monnaie « en voie de disparition et très problématique », et pourrait donc s’effondre en 18 mois, si ce n’est moins.

>> Lire : Le Parlement boude le potentiel ambassadeur américain

Guerre commerciale

L’aversion de Donald Trump pour les accords commerciaux a forcé les Européens à mettre le partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement (TTIP) en suspens, a confessé la commissaire au commerce, Cecilia Malmström.

La rhétorique de ses conseillers est néanmoins montée en puissance quand le chef du nouveau Conseil national du commerce, Peter Navarro, a accusé l’Allemagne d’avoir « grossièrement sous-évalué » la monnaie pour gagner un excédent commercial par rapport aux États-Unis.

« Nous ne sommes pas des manipulateurs de devise », a déclaré le président de la BCE, Mario Draghi, au Parlement européen le 6 février. Il a rappelé que dans son dernier rapport au Congrès en octobre dernier, le Trésor américain avait conclu que l’Allemagne ne manipulait pas sa devise.

>> Lire : Paris compte sur l’effet Trump pour faire bouger la politique commerciale de l’UE

Cheval de Troie

Alors que le programme de sauvetage grec menace à nouveau de déborder, l’équipe de Trump voit le talon d’Achille de la zone euro comme une occasion de déstabiliser les économies européennes.

« Je pense que c’est probablement une très bonne raison pour la Grèce de s’éloigner de l’euro », a déclaré Ted Malloch dans une interview avec Bloomberg. Une opinion partagée par son chef, puisque Donald Trump avait tweeté en octobre 2012 : « la Grèce devrait sortir de l’euro et récupérer leur propre devise. Ils perdent du temps ».

Plus récemment, son chef de cabinet Reince Priebus, dont la mère est originaire de Lesbos (Grèce) a déclaré que la nouvelle administration allait d’abord s’atteler à rendre aux États-Unis sa grandeur, « et ensuite nous irons là-bas et aideront la Grèce ».

Des points de vue qui pourraient davantage compliquer le troisième examen du programme de sauvetage de la Grèce.

La direction du FMI était divisée cette semaine sur sa participation au programme, puisque l’institution insiste sur le soulagement de la dette pour ramener l’économie grecque sur une voie durable.

Les États-Unis sont le plus gros actionnaire du Fonds et détiennent un pouvoir de véto pour bloquer toute participation dans le programme de sauvetage.

Les responsables allemands ont insisté sur le fait que la participation du FMI était indispensable pour ne pas que le programme déraille et que la Grèce ne soit forcée de quitter l’euro.

Les États-Unis d’abord

Dans le cadre de son paquet sur la déréglementation financière, présenté le 3 février dernier, Donald Trump a inclus un décret visant à « mettre les intérêts des Américains en avant dans les négociations internationales sur les règlementations financières ». Cette approche nationaliste risque de freiner les efforts internationaux, menés par les Européens, pour adopter une nouvelle série de règles mondiales afin de renforcer la surveillance financière (Bâle IV).

Par ailleurs, Donald Trump souhaite démanteler le cadre règlementaire mis en place après l’effondrement financier de 2007-2008 pour contrôler Wall Street.

Mario Draghi a mis en garde contre toute tentative de dérèglementation. Après avoir rappelé que l’argent facile et des règlementations légères étaient la cause de la crise, il a affirmé que la dernière chose donc le système international avait besoin était de la dérèglementation.

Selon « Wally » Adeyemo, ancien conseiller de Barack Obama, les changements promis par Donald Trump seront beaucoup plus lents et beaucoup moins graves que ce à quoi les gens s’attendent.

Durant un débat à Bruxelles le 7 février, il a souligné les obstacles que rencontrerait toute réforme au Congrès. Tout amendement à la législation financière nécessiterait huit voix des démocrates au Sénat.

Plus difficile encore serait de découdre la règle Volcker qui interdit aux banques de mener certaines activités d’investissement. Pour Wally Adeyemo, cela prendrait des années puisqu’il faudrait l’accord de cinq agences de réglementation.

Prochaines étapes

  • 8-10 février: Federica Mogherini et Dimitris Avramopoulos se rendent aux États-Unis.

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Hollande, président de l’Europe. Possible ? Faisable ? Souhaité ?

Publié le par Felli Bernard

Hollande, président de l’Europe. Possible ? Faisable ? Souhaité ?

François Hollande au sommet (© NGV / B2)

(B2) Le rêve d’avenir de Hollande a parcouru comme un frisson la presse française. Le Parisien, après une conversation au château, avec un des nombreux conseillers, officiels ou de l’ombre, révèle une intention sur l’après présidentielle « En digne héritier de Delors », François Hollande se verrait bien occuper le poste de président du Conseil européen. Est-ce sérieux ? Est-ce possible ? Est-ce probable ? J’ai regardé, vérifié, calculé. Contrairement à ce qui a été dit partout, ce n’est pas aussi « improbable » qu’indiqué.

Est-ce sérieux ?

Est-ce une simple rumeur d’un conseiller qui pense tout haut… ou un peu plus. Il n’y a sans doute qu’une seule personne qui puisse vraiment répondre à cette question : son auteur. Et encore… Cette information fait partie des innombrables ballons d’essais qu’on lance… dans l’entourage d’un président, pour voir, quitte à dire ensuite que c’est totalement bidon (la faute à la presse 🙂 C’est tout l’art d’un dirigeant (et de François Hollande en particulier) d’ailleurs de prêcher le vrai, avec des pistes parfois contradictoires. Et tout l’art de la diplomatie de le démentir fermement car, dans cette affaire, il faut être très prudent. Inutile de sortir du bois trop tôt… Mais inutile de sortir trop tard non plus…

Est-ce possible dans l’agenda européen ?

Oui. Parfaitement. Le premier mandat de Donald Tusk le président du Conseil européen, de deux ans et demi se termine le 31 mai 2017. Et il peut être renouvelé pour un nouveau terme de deux ans et demi. Un seul renouvellement est autorisé. Et contrairement à ce qui a été dit, dans la presse, ce n’est pas quand le nouveau président français de la République sera en poste que tout va se décider mais bel et bien maintenant. Il n’est pas habituel au niveau européen d’attendre le dernier moment pour commencer à examiner qui pourrait être candidat. Et la course à la candidature n’est pas encore vraiment commencée (voir plus loin). Concrètement, si Hollande veut y aller, il est plus que temps pour lui de se déclarer. C’est maintenant ou jamais…

Y-a-t-il une procédure inscrite dans le marbre ?

Pas tout à fait. La fonction de président permanent du Conseil européen n’existe que depuis 2009 (et l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne). Il n’y a donc qu’un précédent — celui de Herman Van Rompuy dont le mandat avait été renouvelé. Et seules deux conditions figurent expressément dans le Traité : décision à la majorité qualifiée, ne pas avoir de fonction dirigeante. Aucune autre autre règle n’existe, du moins de façon écrite, selon ce qu’a pu vérifié B2. Le reste est affaire de politesse diplomatique et de rouerie politique. La plupart des règles sont « non écrites », voire improvisées au cas par cas, selon l’ambiance politique du moment.

Qui peut être candidat ?

Dans l’absolu, tout le monde. On peut nommer un responsable politique à la retraite, un ancien ministre, un savant, un chercheur, un chanteur… La seule condition officielle est celle de ne plus exercer de mandat national. Mais il y a une règle non écrite : celle de prendre un ancien Chef d’État ou de Gouvernement. Une règle gouvernée par une certaine logique. Le Conseil européen est un « club ». Son président doit bien connaitre ses membres, ses 28 interlocuteurs. Le rôle du président n’est pas, en effet, de diriger mais de concilier, d’orienter, d’impulser, de pousser au consensus ou de repousser une décision qui peut fracturer une assemblée. Il doit en être à moitié l’arbitre, à moitié un prêtre de confessionnal.

Comment se passe la sélection ?

C’est la présidence tournante (Malte aujourd’hui) qui assure le rôle de dénicher le candidat idoine. Selon nos informations, ce travail vient à peine de commencer. Et encore très discrètement ! En clair, c’est le Premier ministre lui-même, Joseph Muscat (un socialiste), ou un de ses très proches conseillers (son sherpa, voire son représentant permanent à Bruxelles) qui va aller sonder discrètement chacun de ses 27 autres collègues.

Ces conversations sont généralement très ouvertes, et très secrètes. Il s’agit essentiellement de répondre à quelques questions : 1° Avez-vous un candidat (ce candidat peut être de l’État membre concerné mais aussi un autre), 2° Quelle personne verriez-vous à ce poste (ce peut être un ou deux noms) ? 3° Quel candidat, ne voulez-vous pas ? 4° Quel candidat pourrait convenir si le premier choix n’est pas accepté.

Bien souvent, la présidence teste un ou deux noms pour voir l’avis que cela recueille et le niveau de soutien ou d’opposition pour cerner là où se porte le maximum de consensus. Parfois il peut y avoir deux ou trois tours de piste, d’abord pour établir une sorte de « play list« , ensuite pour voir quel nom se dégage.

Qui présente la candidature ?

Le traité est aussi disert sur ce point. Ce peut être l’État membre qui présente de façon plus ou moins officielle un candidat (ou plusieurs au cas où). Mais on peut tout aussi bien dénicher un candidat, de haut niveau, sans que celui-ci ait été formellement présenté par son gouvernement. Et rien n’empêche celui qui espère le poste de faire une campagne, discrète au besoin. Dans tous les cas, chacun reste très secret sur ses intentions. Histoire de ne pas apparaître en situation d’échec en cas de refus… ou de garder toute ses chances au cas où…

Le Parlement doit-il se prononcer ou donner un avis ?

Non. Le Parlement européen n’a aucun rôle dans cette procédure qui ne concerne que le Conseil européen. Contrairement au choix du président de la Commission européenne, il ne doit ni voter sur ce choix, ni même entendre les candidats ou donner un avis. Certes le PPE et l’ALDE dans leur accord de coalition pour la majorité au Parlement ont indiqué vouloir soutenir Donald Tusk. Mais il s’agit plutôt d’une indication que d’une réelle volonté.

Qui décide au final ?

Normalement le principe du Conseil européen est d’aboutir à un consensus. C’est-à-dire d’obtenir un accord unanime, ou presque, ou du moins une absence de désaccord exprimé. D’un point de vue juridique, il suffit d’un vote à la majorité qualifiée pour désigner le président du Conseil européen. Du moins en théorie. En fait, si le veto est cantonné à un ou deux pays, il peut être surmonté. S’il émane d’une grosse minorité, hostile, cela parait plus difficile. La règle mathématique s’effacerait alors devant la règle politique.

Un Français a-t-il déjà concouru au poste ?

Non… de façon officielle. La France, récemment, a cherché à avoir des postes de gestion décisionnelle — commissaire au marché intérieur (Barnier sous Sarkozy) et commissaire à l’Économie (Moscovici sous Hollande) — plutôt que des postes très visibles mais moins prégnants au quotidien. Mais un certain François Fillon n’a pas caché un moment être intéressée par le poste.

Y-a-t-il déjà un candidat ?

Officiellement non. Mais Donald Tusk verrait bien son mandat reconduit pour un second terme. Ce n’est un secret pour personne. Il peut s’appuyer pour cela sur un précédent (et le seul), celui de son prédécesseur, Herman Van Rompuy.

Est-il soutenu par son État membre ?

C’est justement cela son problème. Jusqu’à présent, Varsovie l’avait toujours soutenu même si le gouvernement (du PiS, plutôt conservateur-social, souverainiste) n’était vraiment pas du même bord que Tusk (plutôt libéral chrétien-démocrate, proeuropéen). Le coup est venu de la Première ministre en exercice, Beata Szydło. « L’Union européenne est atteinte par plusieurs crises. Vous avez besoin d’un leader fort qui puisse conduire à la réforme; Je ne pense pas que Donald Tusk ait voulu relever le défi. » Ce qui a fait trembler jusque dans son entourage… Parole ou réalité. On verra. Généralement, à Bruxelles, quand il s’agit de défendre un compatriote, les divergences s’effacent au profit de la solidarité nationale. Mais ce n’est pas une règle intangible. Dans l’absolu rien n’interdit d’ailleurs au Conseil européen de choisir un candidat qui n’est pas présenté par son État national.

Hollande a-t-il ses chances ?

En sa faveur pèse certainement le fait d’être un chef d’État encore en poste, qui n’a pas démérité au plan européen, plutôt consensuel, roué à la négociation et au compromis, socialiste mais pas trop, plus rad-soc en fait que socialiste. Ce qui plait bien au niveau européen. Son entente avec Angela Merkel sans être exceptionnelle est bonne. Ils ont mené tous les deux des négociations globales sur l’Ukraine (format Normandie), comme sur la Grèce, comme sur d’autres sujets. Enfin, il parait libre de toute attache politique. Ce qui plait aussi bien au niveau européen. Et, face à une situation difficile au plan international, l’Europe pourrait vouloir se doter d’une posture plus forte face aux USA, à la Russie… Un argument qui peut se retourner contre François Hollande. L’Europe n’aime pas les « poids lourds »… à supposer que le président français soit considéré comme cela.

Tusk peut-il être renouvelé ?

Oui. S’il a été très critiqué au début, ses critiques se sont tues un peu. « Il a appris en deux ans » a confié un diplomate européen à B2. Son tropisme polonais, irritant au bout d’un moment par son insistance à vouloir inviter à tout bout de champ, le président ukrainien Porochenko s’est arrondi. Sa faible connaissance des dossiers économiques a été, en partie compensée, par son entremise, aux côtés du couple franco-allemand, dans la crise grecque à l’été 2015, qui a été reconnue comme un succès. Sa façon de gérer le Brexit a aussi été saluée. Ses avis un peu tranchés, faits parfois en solitaire, suscitent encore parfois quelques crises d’urticaire. Mais il faut reconnaitre un élément : les dirigeants sont un tantinet conservateurs. Ils préfèrent (quasi toujours) reconduire une personne qu’ils connaissent déjà plutôt que franchir le pas dans l’inconnu. Cela aurait l’avantage de la continuité. Et il a l’avantage de représenter une partie de l’Europe (l’Est) peu représenté aujourd’hui au niveau des têtes européennes.

Hollande aurait-il une majorité politique au Conseil ?

L’équilibre géopolitique et géographique ne pèse pas en sa saveur. Au Conseil européen, la majorité penche moins à droite qu’auparavant, mais celle-ci conserve une nette majorité de 2/3. Selon un comptage de B2, on retrouve un ratio de 18 (droite) contre 10 (gauche) : sept Chrétiens-démocrates (PPE), sept Libéraux et démocrates (ALDE), deux Conservateurs (ECR) et deux Indépendants (plutôt à droite) contre neuf Sociaux-démocrates et Socialistes (S&D) et un à Gauche (GUE). Six de ces dirigeants fonctionnent en (grande) coalition, donc doivent (un peu) tenir compte de leur partenaire de coalition. Mais l’appartenance à un parti d’un dirigeant a souvent moins d’importance que son positionnement géopolitique (géographique, historique, économique…). Un libéral luxembourgeois sera plus proche d’un socialiste français. Et vice-versa, un social démocrate slovaque peut avoir des sympathies pour Donald Tusk. Et Hollande n’est pas considéré comme un homme « trop tranché » (en tout cas moins que son prédécesseur Nicolas Sarkozy). Il apparait plutôt comme un social-démocrate bon teint.

Qu’est-ce qui bloque vraiment Hollande et pèse en faveur de Tusk ?

Si Hollande est choisi, il n’y aura à la tête de l’Europe que des représentants des pays fondateurs mais surtout du sud ou de l’ouest de l’Europe : Un Luxembourgeois à la Commission (Juncker)*,  une Italienne comme Haut représentant (Mogherini)* et un compatriote à la tête du Parlement (Tajani). A ceux-là, on peut ajouter un Danois comme secrétaire général du Conseil (Tranholm-Mikkelsen)*, un Italien (encore) à la tête de la Banque centrale européenne (Draghi) et un Néerlandais à la tête de l’Eurogroupe (Dijsselbloem) et comme premier vice-président de la Commission (Timmermans). Concrètement, il y a donc un clair déséquilibre pour les pays de l’Est. Déséquilibre que comblait jusqu’ici Donald Tusk. Cet argument pourrait être très pesant dans le débat, beaucoup plus que le critère précédent (politique).

NB : seuls ces trois noms avec celui du président du Conseil européen entrent en ligne dans l’équilibre au sein de l’exécutif.

Qui sera le faiseur de roi ?

Il y a toujours dans le Conseil une ou plusieurs personnalités plus marquantes ou dont l’avis est le plus écouté. En l’espèce, c’est Angela Merkel, la Chancelière allemande, de par le poids de son pays, sa réussite économique ou politique… et son ancienneté. C’est une des plus anciennes dirigeantes présentes au Conseil européen, avec le Premier ministre Hongrois (Viktor Orban) et son alter ego slovaque (Robert Fico). Angela y siège plus de 11 ans bientôt, Viktor totalise 10 ans en deux périodes, et Robert presque 9 ans en deux périodes. L’autre personnalité qui pourrait être écoutée par sa sagesse et sa capacité est le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker. C’est celui qui bat tout le monde par son expérience, à plate couture. Il totalise plus de 21 années au Conseil européen (quasi 19 années comme Premier ministre et bientôt 2 ans et demi comme président de la Commission européenne). Bref celui qui aura l’oreille de Merkel et de Juncker a, sinon, la partie gagnée, du moins largement franchi un cap.

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Rutte et Schulz, deux visions opposées de l’avenir de l’Europe

Publié le par Felli Bernard

Rutte et Schulz, deux visions opposées de l’avenir de l’Europe

Le Premier ministre néerlandais et l’ancien président du Parlement européen se sont affrontés sur la stratégie de relance de l’Europe au Forum de Davos, illustrant les divisions profondes au sein de l’UE.

Le 19 janvier, des centaines de personnalités politiques et des affaires assistant au forum de Davos ont été témoins de la fracture profonde qui divise les dirigeants européens .

Lors d’un débat, Martin Schulz, qui vient de démissionner de son poste de président (S&D) du Parlement européen, s’est félicité des efforts accomplis par le passé et a souligné la nécessité d’avancer sur le chemin de l’intégration. Des déclarations qui ont irrité Mark Rutte, Premier ministre néerlandais (conservateur libéral), qui lui a intimé d’« abandonner ces idées romantiques », qui sont pour lui « le moyen le plus rapide de désintégrer l’Europe ».

L’Europe a besoin « d’une approche pragmatique et de [moins de] discours poétiques », a-t-il martelé, avant d’assurer que le principe d’une « Union toujours plus étroite » était « mort et enterré ».

>> Lire : L’UE met sa stratégie d’union toujours plus étroite en suspens

Ce principe est pourtant considéré comme l’un des moteurs du projet européen et a été inclus au traité de Rome, qui a instauré l’Europe telle qu’elle existe aujourd’hui, il y a 60 ans. Or, pour le Néerlandais, les expériences des pères fondateurs, comme Helmut Kohl ou François MItterand, ne peuvent être « un modèle pour l’avenir ».

Martin Schulz s’est défendu en assurant ne pas être un « romantique », mais un « Allemand ». Il a ensuite été applaudi quand il a rappelé les liens émotionnels qui ont uni le continent dans la paix et la prospérité après la Deuxième Guerre mondiale.

L’affrontement entre les deux Européens a commencé dès le début de leur intervention, quand Mark Rutte a affirmé que la France et l’Italie devaient faire plus d’efforts en termes de réformes économiques pour sauver l’Europe. Si certains pays ne respectent pas leurs promesses, a-t-il insisté, il sera de plus en plus difficile pour les dirigeants du nord de l’UE, comme lui-même, de convaincre leurs citoyens de la nécessité de se serrer la ceinture. « Au final, cela aura un impact dévastateur sur l’intégration européenne », a-t-il prédit.

Martin Schulz est pour sa part d’avis qu’il faut être « très prudent » et que dicter une ligne de conduite à un autre pays pouvait aussi mener à la fragmentation du bloc européen. Pour lui, la responsabilité des échecs est plutôt à chercher du côté de la Commission et du Conseil, qui font des recommandations fiscales et macroéconomiques aux gouvernements nationaux.

Au fur et à mesure de l’intensification de la joute verbale, Ana Botín, PDG de Santander et médiatrice du débat, a tenté de concilier la vision pragmatique de Mark Rutte à l’appel émotionnel de Martin Schulz. Elle a notamment appelé l’UE à trouver « une culture commune, un objectif commun et une vision partagée », afin de faire face aux difficultés actuelles et de combler le fossé Nord/Sud.

« Nous avons besoin de changement, et maintenant », a-t-elle assuré, ajoutant que l’Europe se trouve à un tournant, après le référendum britannique et étant donnée la situation mondiale instable.

L’affrontement entre le conservateur libéral et le socialiste illustre bien les difficultés rencontrées par les décideurs européens dans leurs efforts pour maintenir l’UE dans sa position de force alors qu’ils ont des visions différentes de sa raison d‘être.

Pour Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne, la priorité est aujourd’hui de restaurer la confiance et de couper court à la division Nord/Sud. Il a ainsi prévenu que la « bataille idéologique » en cours se jouait entre ceux qui entendaient se protéger en fermant leur société et les défenseurs d’une société ouverte comme réponse aux problèmes actuels.

D’une manière générale, Frans Timmermans, qui a été ministre des Affaires étrangères sous le gouvernement Rutte, a fait profil bas durant l’accrochage entre le Néerlandais et l’Allemand. Il a cependant souligné qu’il ne croyait pas en « une Europe purement utilitaire » et fondée uniquement sur ses résultats.

>> Lire : Timmermans : « Le projet européen peut échouer ! »

Pour lui, les libéraux « ont tort » quand ils disent que les marchés pourraient tout réguler sans intervention des gouvernements, et « même Davos est de cet avis ». Au contraire, insiste-t-il, « les gouvernements sont plus importants qu’avant », parce que « ce monde ne profiterait à personne sans gouvernance ».

Prochaines étapes

  • 17-20 January: World Economic Forum, Davos (Switzerland).

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Pas d’Europe sans la Russie

Publié le par Felli Bernard

Pas d’Europe sans la Russie

 

Tribune de Grégory Gennaro

Il est inconcevable de parler d’Europe si l’on exclut la Russie de l’espace européen. La Russie de par sa culture, son histoire, son peuple, sa géographie, fait partie intégrante de la civilisation européenne. Elle incarne, avec ses spécificités et ses traditions, une forme de Rome antique, et assume ce rôle dans le monde slave.

Les patriotes sociaux, progressistes et républicains sont russophiles. Nous sommes convaincus que l’avenir et l’indépendance de notre continent européen passe par une alliance politique et un partenariat économique solide et privilégié avec la Russie.

Nous considérons que la force de l’Europe est liée à son unité d’une part, mais aussi à l’étendue de son territoire, à sa démographie et à ses ressources d’autre part. L’élargissement de l’Europe vers les étendues de l’Est dans un cadre « eurasiatique », c’est-à-dire une Europe puissance qui s’étend de Reykjavik à Vladivostok, composée d’une population globale d’un milliard de personnes, est seule capable de garantir à notre continent une indépendance énergétique, politique et économique.

Le général De Gaulle exposait déjà à son époque cette nécessité vitale pour l’Europe de se rapprocher de la Russie, car cette voie de l’unité continentale permet à coup sûr de garantir l’indépendance des nations européennes de la sphère d’influence politique et économique de Washington, mais nous permet d’être aussi indépendant militairement du bras armé des Etats-Unis, l’OTAN. Une telle déclaration en plein milieu de la guerre froide était un grave coup porté contre l’hégémonie des Etats-Unis mais aussi et surtout, car c’est bien là l’essentiel, la volonté historique d’affirmer que la Russie était pleinement une nation européenne, et de la sortir ainsi de l’isolement intellectuel et diplomatique orchestré par les Etats-Unis, l’Otan et leurs vassaux.

C’est aussi Jacques Chirac, ancien Président de la République française, qui a exprimé son souhait de voir se former une véritable alliance politique de l’Europe avec la Russie. Une volonté qu’il a exprimée publiquement lors de la venue de Vladimir Poutine à Paris en septembre 2006. Indiscutablement, Jacques Chirac a posé les premières bases, ou du moins l’idée, d’un axe Paris-Berlin-Moscou, projet vite abandonné avec Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, tous les deux alliés inconditionnels des Etats-Unis.

Les Etats-Unis n’ont pas peur de la France, de l’Allemagne et de la Russie, tant que celles-ci sont désunies. En revanchent, ils redoutent cet axe européen et ils savent qu’une véritable unité européenne représente une grave menace pour leurs intérêts. Faut-il se souvenir que juste après l’intervention en Irak, les Américains ont fait de leur mieux pour démanteler l’axe Paris-Berlin-Moscou ? Il faut dire que la résistance russe et française avait été tellement imposante et fédératrice, qu’au sein de l’Assemblée générale des Nations-Unis les Etats-Unis ont été isolés diplomatiquement. Partout dans le monde les voix de la France et de la Russie retentissaient. Les manifestations contre la guerre en Irak étaient mondiales. C’est dire que le géant impérialiste tremblait sur les positions.

Lorsque l’Europe est unie et parle d’une seule et même voix en faveur des grandes causes planétaires, et qu’elle ne s’aligne pas sur la diplomatie Etats-unienne, elle incarne une force imposante face à l’impérialisme américain, et est capable au-delà de ses propres frontières de faire adhérer à sa vision de l’humanité les peuples et les nations du monde.

Mais au-delà des questions géopolitiques et géostratégiques de l’Europe, la Russie et la France sont par l’histoire et par les liens deux grandes nations sœurs. Elles sont également et avant tout deux alliées naturelles dont les liens ont été scellés par le destin et par la richesse d’un passé historique commun. Le caractère singulier, sacré et spirituel de nos deux pays leur confère un esprit d’universalité capable d’impulser une nouvelle voie pour l’humanité. A nous, peuple français et peuple russe, de construire la véritable Europe !

Grégory Gennaro

Patriote social. Militant politique engagé pour la patrie sociale.

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Les forces spéciales interviennent à Florennes (exercice)

Publié le par Felli Bernard

Les forces spéciales interviennent à Florennes (exercice)

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Des soldats déposés par des hélicoptères (Crédit: EDA)

Des soldats déposés par des hélicoptères (Crédit: EDA)

(BRUXELLES2) C’est dans un froid glaçant que 400 membres des forces spéciales et 13 hélicoptères venus de quatre pays (Belgique, Slovénie, Autriche, Italie) ont clôturé, ce mercredi (30 novembre), un exercice « grandeur nature » sur la base aérienne de Florennes (près de Charleroi). Intitulé Black Blade, cet exercice organisé (comme chaque année) par l’Agence européenne de défense avait pour objectif d’intégrer unités terrestres et aériennes de plusieurs États membres pour les entraîner à travailler ensemble autour de scénarios aussi proches que possible de certaines réalités troublés : missions de reconnaissance, de protection de convois (au sol comme dans l’air), attaque d’objectifs menaçants, arrivée de forces spéciales pour libérer des otages, évacuation de ressortissants ou de blessés…

(Leonor Hubaut)

 

Leonor Hubaut

Journaliste. Diplômée en relations internationales de l'Université Libre de Bruxelles (mention mondialisation). Mémoire sur les politiques européennes au Sahel. Je suis pour B2 de près le travail du Parlement européen, les missions de la PSDC et les questions africaines

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Europe de la défense, ou défense sans Europe (Vincent Desportes)

Publié le par Felli Bernard

Europe de la défense, ou défense sans Europe (Vincent Desportes)

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generalvincentdesportes(BRUXELLES2) Le processus de construction de la défense européenne, « cela ne fonctionne pas ». Faisant le constat d’une nouvelle réalité, tout est à reprendre depuis zéro, en commençant par le bas, c’est-à-dire par un renforcement des capacités nationales. C’est le message d’alerte lancé par le général Vincent Desportes, dans le cadre des Journées européennes de Strasbourg… Fidèle à lui-même l’ancien officier de la cavalerie blindée, qui a dirigé le Centre de doctrine et d’emploi des forces puis le Collège interarmées de défense (l’école de guerre) ne mâche pas ses mots.

Déciller les yeux

Même aux plus aveugles, la réalité doit déciller les yeux : le monde a pris feu autour de nous et la guerre y est revenue en force. Au nord-est, avec l’Ukraine, à l’est avec l’incendie qui ravage le Moyen-Orient, au sud, en Libye, au Nigeria puis au Sahel jusqu’au Mali.

Une seule évidence : contrairement à nos schémas parfois « simplistes » d’occidentaux chrétiens, le monde ne progresse pas de manière linaire du mal vers le bien. Le monde post-moderne est une utopie de nantis et notre perception du monde, née des rêves de San Francisco en octobre 1945, était une illusion du monde.

Le retour de la guerre et de la force brute

Il y a, et il y aura toujours des retours en arrière brutaux et nos manières de guerre devront pouvoir retrouver leurs caractéristiques les plus brutales lorsqu’aucun compromis n’est possible. Monsieur Poutine nous a rappelé que la force brute est un atout autant stratégique que tactique pour celui qui la possède et ne craint pas de s’en servir. Il nous a montré, en creux, que notre force, sans volonté, sans vision, n’avait rien à voir avec la puissance.

A cela, s’ajoutent deux coups de semonce récents : le Brexit et l’élection de Donald Trump. Prenons-les pour ce qu’ils sont : de véritables opportunités à saisir mais, également, de nouvelles exigences, à court terme.

Le fait est que : le monde a pris feu autour de l’Europe. L’Europe, et la France d’ailleurs, n’en tirent que des conclusions trop lentes et trop modestes quant au nécessaire renforcement de leur défense.

L’Europe doit reconstruire l’esprit de défense

Le problème de l’Europe est qu’elle a tué l’esprit de défense en même temps qu’elle a tué la guerre. Elle a retiré de l’esprit des jeunes générations d’Européens toute légitimité à la guerre comme outil de consolidation ou de défense d’un projet politique ; donc aussi, une grande part de légitimité aux dépenses de défense.

Une Europe trop lente, trop modeste…

Le grand problème de la défense européenne c’est qu’elle s’est fondée sur l’idée que la guerre était illégitime. Les processus européens freinent les progrès et empêchent, dans les faits, les interventions. L’Europe intervient moins vite que l’ONU ! Belle performance.

Personne n’est venu aider la France dans sa phase offensive lorsqu’elle s’est engagée au Mali défendre la sécurité des Européens. La mission européenne de formation de l’armée malienne a été difficile à mettre sur pied. La constitution de l’EUFOR RCA (en Centrafrique) a relevé du feuilleton. Et la force n’a été constituée qu’avec un apport massif de la France d’une part et d’États non membres d’autre part.

… et peu visible

Dans la lutte contre l’État islamique — qui concerne pourtant tous les Européens —, l’Europe, en tant que telle, est absente et les Européens presque autant … de la même manière qu’en Afghanistan, l’Europe a conduit sa plus longue et sa plus massive opération sans jamais y exister. Plus que beaucoup d’autres, les Français ont été Européens, en matière militaire en particulier.

Urgence à re-investir dans la défense

La succession des désillusions nous contraint au réalisme. La première conclusion relève du principe de précaution. Allons vers l’Europe ! Mais arrêtons de nous départir des moyens nécessaires à l’exercice de nos responsabilités et à la protection de nos intérêts. L’Europe elle-même en a besoin pour que soient remplies les missions dont seules les armées françaises sont capables. Les réinvestissements rapides et massifs de l’État français et des États européens dans leur défense sont aujourd’hui d’une cruciale urgence.

Construire une vision et des intérêts communs 

Cependant, la défense ne peut être que la défense d’une vision partagée et d’intérêts stratégiques communs. Force est de constater que l’un et l’autre font défaut. Tant qu’il n’y aura pas de vision stratégique commune, d’intérêt stratégique commun, il n’y aura pas de défense commune car, dans chaque État membre, le sentiment de solidarité européen n’est pas assez fort pour imposer le risque politique national. Plus même, tant qu’il n’y aura pas de vision opérationnelle partagée, il n’y aura pas de forces mutualisées.

Prenons l’exemple des équipements blindés. Quand l’Allemagne parle de blindés légers, elle pense à la classe 30 tonnes alors que la France rêve à des véhicules inférieurs à 10 tonnes

Les interventions au sol : une prérogative qui reste nationale

Pour longtemps encore, ne pourront être partagées que les capacités, aériennes et navales, dont l’engagement ne constitue justement pas un risque politique. Le « pooling and sharing » ne fonctionne que quand il n’y a pas de risque politique.

[Pour les forces terrestres, c’est une autre question] L’intervention de troupes au sol est trop dangereuse pour dépasser les égoïsmes nationaux. Si nous voulons maîtriser notre action extérieure, nous devons augmenter les nôtres.

On peut mutualiser des capacités mais pas des forces. Le temps n’est plus aux chimères dangereuses, au rêve longtemps caressé mais visiblement vain. Le temps est d’abord celui du retour à la dure réalité du monde et donc à celui de la restauration de nos capacités nationales de défense.

Être réaliste : tout recommencer depuis le bas

Aujourd’hui, il faut juste être réaliste. La démarche « bottom up » ne fonctionne pas : en soixante ans, l’accumulation de petits morceaux de défense européenne n’a jamais permis de créer la vision espérée. Il faut donc reprendre totalement la démarche, en repartant du bas, en exigeant la communauté de vues. Il faut cesser d’ériger l’argument de l’Europe de la défense comme excuse recevable pour la stagnation des budgets de défense.

Le temps est ensuite au sacrifice de nos vaches sacrées, à la prise de conscience du paradoxe de la Reine Rouge de Lewis Carol. Cela fait soixante ans que le processus de construction de la défense européenne ne fonctionne pas, que dans un monde qui va très vite la politique des petits pas nous fait reculer. Cela fait soixante ans que nous touillons l’Europe de la défense, et il ne se passe rien.

Ma grand-mère me disait : si au bout d’une demi-heure ta mayonnaise n’a pas pris, jette l’ensemble, reprend un nouvel œuf et de la moutarde nouvelle et mets toi sérieusement au travail. Cela relève désormais de l’urgence vitale

Général de division Vincent Desportes

Ingénieur, docteur en histoire, diplômé d’études supérieures en administration d’entreprise et en sociologie, Vincent Desportes cumule une carrière opérationnelle qui l’a conduit à exercer des commandements multiples. Depuis 2008, il commande l’Ecole supérieure de guerre. Il est aujourd’hui conseiller spécial du président de Panhard General Defense. Il publie en octobre 2015, un « cri d’alarme » chez Gallimard, avec un essai intitulé « La dernière bataille de France. Lettre aux Français qui croient encore être défendus« . 

 

Leonor Hubaut

Journaliste. Diplômée en relations internationales de l'Université Libre de Bruxelles (mention mondialisation). Mémoire sur les politiques européennes au Sahel. Je suis pour B2 de près le travail du Parlement européen, les missions de la PSDC et les questions africaines

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