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Donald Trump contre le jihadisme

Publié le par Felli Bernard

Donald Trump contre le jihadisme

Le discours de Donald Trump aux dirigeants du monde musulman marque un changement radical de la politique militaire US. Désormais l’ennemi n’est plus la République arabe syrienne, mais le jihadisme, c’est-à-dire l’outil stratégique du Royaume-Uni, de l’Arabie saoudite et de la Turquie.

| Damas (Syrie)
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Lors de sa campagne électorale, Donald Trump avait déclaré à la fois ne pas vouloir renverser de régimes et vouloir mettre un terme au terrorisme islamique. Depuis son élection, ses adversaires tentent de lui imposer de poursuivre leur politique : s’appuyer sur les Frères musulmans pour renverser la République arabe syrienne.

Tout a été utilisé pour détruire l’équipe qu’avait constitué le candidat Trump, notamment en provoquant la démission de son conseiller de Sécurité nationale, le général Michaël Flynn. Celui-ci s’était opposé en 2012 au projet de Barack Obama de créer Daesh et il ne cessait de désigner les Frères musulmans comme la matrice du terrorisme islamique.

Tout a été utilisé pour faire passer le nouveau président états-unien pour un islamophobe. Ainsi a-t-il été critiqué pour avoir promulgué un décret interdisant l’entrée dans son pays des ressortissants de six États musulmans. Des magistrats démocrates ont abusé de leurs fonctions pour étayer cette accusation. En réalité, Donald Trump a suspendu l’entrée de personnes dont ses consulats ne pouvaient vérifier l’identité parce qu’elles dépendent de six États troublés ou en guerre.

Le problème que rencontre Donald Trump n’est pas posé par la survie de la République arabe syrienne, mais par la perte que représenterait pour certains alliés de Washington la fin de la stratégie terroriste. C’est bien connu, dans toutes les conférences internationales, tous les États s’opposent publiquement au terrorisme islamique, mais en privé certains d’entre eux l’organisent depuis 66 ans.

C’est d’abord le cas du Royaume-Uni qui a créé en 1951 la confrérie des Frères musulmans sur les ruines de l’organisation homonyme, dissoute deux ans auparavant et dont presque tous les anciens dirigeants étaient emprisonnés. C’est ensuite celui de l’Arabie saoudite qui, à la demande de Londres et de Washington, a créé la Ligue islamique mondiale pour soutenir à la fois les Frères et l’Ordre des Naqshbandis. C’est cette Ligue, dont le budget est supérieur à celui du ministère saoudien de la Défense, qui alimente en argent et en armes l’ensemble du système jihadiste dans le monde. C’est enfin le cas de la Turquie qui assure aujourd’hui la direction des opérations militaires de ce système.

En consacrant son discours de Riyad à la levée des ambiguïtés sur son rapport à l’islam et à l’affirmation de sa volonté d’en finir avec l’outil des services secrets anglo-saxons, Donald Trump a imposé sa volonté à la cinquantaine d’États réunis pour l’écouter. Pour éviter les malentendus, son secrétaire à la Défense, James Mattis, avait deux jours auparavant explicité sa stratégie militaire : encercler les groupes jihadistes, puis les exterminer sans en laisser s’échapper.

On ignore pour le moment ce que sera la réaction de Londres. Pour ce qui est de Riyad, Donald Trump a pris bien soin de blanchir les Séoud de leurs crimes passés. L’Arabie saoudite n’a pas été mise en cause, mais l’Iran a été désigné comme bouc-émissaire. C’est évidemment absurde, les Frères musulmans et les Naqshbandis étant sunnites tandis que Téhéran est chiite.

Peu importe la charge anti-iranienne de son discours, Téhéran sait bien à quoi s’en tenir. Depuis 16 ans, Washington —qui ne cesse de lui cracher au visage— détruit un à un tous ses ennemis : les Talibans, Saddam Hussein et bientôt Daesh.

Ce qui se joue aujourd’hui, et que nous avons annoncé il y a huit mois, c’est la fin des printemps arabes et le retour de la paix régionale.


 “Donald Trump’s Speech to the Arab Islamic American Summit”, by Donald Trump, Voltaire Network, 21 May 2017.
 « À Riyad, Donald Trump parle du terrorisme, pas de l’islam », Réseau Voltaire, 22 mai 2017.

Source
Al-Watan (Syrie)

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Eurasia energetica

Publié le par Felli Bernard

Eurasia energetica

24 Mai 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Russie, #Chine, #Gaz, #Pétrole, #Sous-continent indien

L'intégration énergétique toujours plus poussée de l'Eurasie doit donner des sueurs froides à Washington...

Les importations de pétrole russe par l'Inde ont explosé en 2017. Alors que le chiffre habituel, modeste, ne dépassait jamais les 500 000 tonnes annuelles (c'est-à-dire 10 000 barils par jour), les cinq premiers mois de l'année ont déjà atteint le million de tonnes. En cause : les coupures de production de l'OPEP pour faire remonter le cours de l'or noir ainsi qu'une dispute à propos d'un gisement iranien. Les spécialistes ne voient aucune raison pour que la tendance s'inverse dans un proche avenir, d'autant que Rosneft s'apprête à acheter la compagnie indienne Essar Oil, spécialisée dans la raffinerie.

Certes, les fondamentaux géographiques - éloignement, Pamir (P) et Himalaya (H), Pakistan (Pak) - empêcheront durablement la Russie de devenir le principal fournisseur du pays de Krishna, du moins en pétrole (pour le gaz, c'est une autre affaire) :

Aucun problème de cet ordre entre Moscou et Pékin, dont la lune de miel énergétique ne connaît aucun nuage d'autant qu'elle se couple au méga-projet chinois de nouvelles Routes de la Soie.

Russes et Saoudiens se tirent toujours la bourre pour la place de fournisseur n°1 de l'insatiable dragon, avec en filigrane le futur du pétrodollar donc de la puissance américaine. Le voyage pharaonique du Seoud en mars n'a apparemment pas eu l'effet escompté ; pour le deuxième mois d'affilée, l'ours a surpassé le chameau comme premier pourvoyeur d'or noir dans l'empire du Milieu, avec 1 150 000 barils par jour contre 963 000.

Quant à l'oléoduc Skorovodino-Daqing (en vert sur la carte suivante) inauguré en 2011, il a vu passer depuis sa naissance 100 millions de tonnes, soit environ 400 000 barils par jour. Il fait partie de l'énorme complexe ESPO (East Siberia-Pacific Ocean) qui pourrait bientôt redessiner la carte énergétique de l'Asie orientale avec ses tentacules vers les Corées et le Japon, d'autant que la source a de beaux jours devant elle.

Au passage, relevons l'importance stratégique absolument majeure qu'est en train d'acquérir l'Asie du Nord-est, point sur lequel nous reviendrons prochainement.

Enfin, de l'autre côté de l'échiquier eurasiatique, les livraisons de Gazprom à la Turquie ont également bondi de 26% pour atteindre plus de 10 Mds de m3 sur les quatre premiers mois de l'année. Comme ses compères européens qu'il exècre pourtant, le sultan devient chaque jour plus dépendant de l'or bleu russe. Et dire que le Turk Stream, dont la construction vient de débuter, n'est même pas encore en service...

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Candidat à l’ambassade américaine à Bruxelles, Ted Malloch veut «dompter» l’UE

Publié le par Felli Bernard

Candidat à l’ambassade américaine à Bruxelles, Ted Malloch veut «dompter» l’UE

Ted Malloch veut être le prochain ambassadeur américain auprès de l’UE. Il estime  que tout pays quittant l’UE bénéficiera de meilleures relations avec les États-Unis.

Ted Malloch, professeur de sciences politiques, a indiqué vouloir être le prochain ambassadeur américain auprès de l’UE parce « qu’il pourrait y avoir de l’action » à Bruxelles. Le professeur avait déjà créé la polémique au début de l’année en estimant lors d’une interview à la télévision britannique que l’Union européenne devrait être « domptée », comme l’Union soviétique.

Donald Trump dans la capitale européenne doit faire sa première visite à la capitale européenne le 24 mai. Le président américain commencera par rencontrer le Premier ministre belge, Charles Michel, avant de s’entretenir avec des représentants de la Commission, Jean-Claude Juncker, président de la Commission, et Donald Tusk, président du Conseil, le lendemain. Également au programme, un déjeuner avec Emmanuel Macron et une réunion avec les chefs d’États des 27 autres membres de l’OTAN.

Les tensions entre l’administration Trump et l’UE se sont intensifiées ces derniers mois. Avant son élection, Donald Trump s’était déjà attiré les foudres de Bruxelles en encourageant le Brexit.

Les équipes de Trump ne croient pas à la survie de l'UE

Des proches du président élu Trump ont demandé à des représentants européens quels pays allaient quitter l’UE après le Royaume-Uni, révèle l’ambassadeur américain sortant auprès de l’UE.

Depuis janvier, plusieurs commissaires européens se sont rendus à Washington pour tenter d’adoucir la relation entre les deux partenaires. Trois responsables importants de l’administration Trump se sont également déplacés à Bruxelles, sans jamais mentionner que l’union devrait s’effondrer.

Cependant, si l’exécutif européen croit Ted Malloch, qui assure être l’un des principaux candidats pour le poste d’ambassadeur auprès de l’UE, ses déclarations ont de quoi inquiéter.

Le professeur de sciences politiques a assuré aux journalistes à Bruxelles le 22 mai, qu’il partageait certaines des opinions les plus controversées de Donald Trump. Il connait le nouveau président depuis 20 ans et a travaillé pour lui lors de la campagne électorale. Après la victoire de son candidat, Ted Malloch s’est vanté d’avoir donné à la Maison-Blanche une longue liste des postes qu’il voulait occuper. Ambassadeur auprès de l’UE figurait en bonne place dans cette liste.

Pourtant, il n’a pas rencontré le président en tête-à-tête et celui-ci n’a pas commenté publiquement le projet de sa nomination en tant qu’ambassadeur. Le poste est vacant depuis le 20 janvier, date à laquelle Anthony Gardner, l’ambassadeur nommé par Barack Obama, a quitté son poste.

Si Donald Trump le choisit, il devra se soumettre à de longues vérifications administratives. Or, selon le Financial Times, le candidat aurait dissimulé des millions de dollars aux autorités fiscales, afin de se déclarer en banqueroute. Une accusation récusée par le principal intéressé, qui dit envisager des poursuites judiciaires.

Quand il est apparu que Ted Malloch était candidat pour reprendre l’ambassade bruxelloise, plusieurs eurodéputés ont écrit à Jean-Claude Juncker pour lui demander de lutter contre cette nomination.

Le Parlement boude le potentiel ambassadeur américain

Les trois plus grands groupes « pro-européens » au Parlement européen, le PPE, le S&D et l’ALDE ne veulent pas de l’ambassadeur proposé par les États-Unis.

Selon le candidat, ces plaintes ont eu l’effet opposé, parce que le Département d’État et le président ne veulent pas s’entendre dicter leur conduite par les Européens. Il se targue d’avoir à présent encore plus de chances d’être choisi.

Pourtant, Jean-Claude Juncker et Donald Tusk pourraient drastiquement limiter le rôle d’un ambassadeur auquel ils sont opposés, en lui bloquant notamment l’accès aux institutions européennes.

Propos polémiques

Lors de son discours du 23 mai, Ted Malloch a estimé que le Brexit était une bonne chose pour le Royaume-Uni, que l’accord du TTIP ne serait probablement jamais finalisé et que l’UE a tort de tenter de coopérer davantage sur la défense.

Selon lui, il serait bénéfique que des référendums sur l’Europe soient organisés dans d’autres États membres et que les électeurs choisissent « leur propre Brexit ». L’équipe de transition de Donald Trump avait demandé à son prédécesseur, Anthony Gardner, quels pays européens seraient les prochains à suivre l’exemple britannique.

Juncker menace Trump de soutenir l'indépendance du Texas

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avertit Donald Trump qu’il soutiendra le « Texit », l’indépendance du Texas, si le président américain continue d’afficher son soutien pour le Brexit.

Ted Malloch maintient quant à lui que les pays qui quittent l’union s’assureraient « immédiatement » de meilleures relations commerciales avec les États-Unis. Il assure pouvoir « presque garantir » que les États-Unis mettraient en place un accord bilatéral avec le Royaume-Uni dès sa sortie de l’UE.

Il qualifie par ailleurs le TTIP d’accord multilatéral, faisant écho aux déclarations de Donald Trump selon lesquelles il préfèrerait traiter avec chaque État européen de manière individuelle qu’avec l’UE dans son ensemble.

« Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas d’engagement au niveau européen, mais il y en aura plus vis-à-vis des États membres », a-t-il précisé.

Lorsque les journalistes lui ont demandé si l’administration Trump se différencierait surtout de l’ère Obama par un style irréfléchi, Ted Malloch a martelé que la différence de style n’était rien comparé aux autres différences à venir.

« Le président Obama était un mondialiste, il croyait en la préférence des institutions multilatérales. Je ne pense pas que [l’administration Trump] continuera dans la même voie. En réalité, les choses ont drastiquement changé », a-t-il assuré à Euractiv.

Le candidat à l’ambassade a ensuite décrié les « journalistes de gauche » qui ont selon lui complètement inventé toutes ces histoires liant le camp Trump à la Russie, notamment lors de la campagne électorale. Il n’a que brièvement répondu aux questions sur la Russie, indiquant que les sanctions en place devraient continuer à être appliquées.

Mogherini tend la main à Washington

La chef de la diplomatie européenne se rendra à Washington à la fin de la semaine pour « identifier des terrains d’entente » avec la nouvelle administration, suite à une série de désaccords entre le président américain, Donald Trump, et l’Europe.

 

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Zone euro : qui doit réformer d’abord, la France ou l’Allemagne ?

Publié le par Felli Bernard

Source : Le Mouvement Réel, Romaric Godin, 19-04-2017

Emmanuel Macron propose de réformer d’abord la France pour pouvoir obtenir de l’Allemagne un cadre plus coopératif en zone euro. Mais l’urgence ne serait-elle pas plutôt de réformer l’Allemagne ?

Dans cette « super année électorale », deux chemins se dressent devant la zone euro : la poursuite de la situation actuelle fondée sur des ajustements unilatéraux et la compétition de tous contre tous au sein de l’union monétaire ou la réforme de son fonctionnement dans un cadre plus coopératif. L’issue de l’élection présidentielle française sera une étape déterminante pour l’issue de ce choix qui, par ailleurs, peut se résumer simplement ainsi : qui doit « réformer » en premier, la France ou l’Allemagne ?

La France devrait réformer d’abord

La plupart des observateurs français et la quasi-totalité des observateurs allemands estiment que c’est à la France de réformer d’abord. C’est, d’ailleurs, le choix qui est fait par Emmanuel Macron, le candidat d’En Marche ! Dans un entretien à Ouest-France paru le 12 avril, ce dernier place la priorité dans les « réformes » françaises. Selon lui, tant que la France ne sera pas réformée, « on ne pourra pas retrouver la confiance des Allemands ». Et tant qu’on n’aura pas retrouvé cette confiance, pas question d’aller plus loin dans l’intégration. Grâce à la magie des réformes françaises, Emmanuel Macron espère ensuite arracher à Berlin un « budget de la zone euro contrôlé par un parlement de la zone euro » et lançant des investissements communs. Bref, le programme de Benoît Hamon, mais seulement après les réformes françaises.

Les mots utilisés par Emmanuel Macron dans son interview sont sans équivoque. C’est seulement une fois la « confiance » en la France revenue que l’Allemagne devra se réformer : « ensuite, il faut que l’Allemagne considère que sa situation elle-même n’est pas durablement tenable », explique l’ancien secrétaire générale de l’Elysée (je souligne). Bref, la clé réside donc dans la réforme française.

Les réformes françaises, prélude à une Europe plus coopérative ?

Cette priorité n’est pas anodine. Emmanuel Macron adhère ainsi à l’idée que l’essentiel des difficultés de la France vient de son manque de compétitivité, et que ce manque de compétitivité s’explique principalement par des effets « structurels » qui, pour être simple, se résument à une question de coût du travail. Ce qu’on appelle souvent « flexibilité » n’est qu’une façon d’évoquer le coût des licenciements, car il est en réalité, assez aisé à un employeur de licencier en France pour peu qu’il accepte d’en payer le prix. C’est donc un élément de coût du travail. De même, la consolidation budgétaire n’a d’autre fonction que de permettre des baisses d’impôts et de cotisations. Les « réformes » ne visent donc qu’à réduire ce coût du travail, perçu comme l’alpha et l’omega de la politique économique.

Une fois redevenue compétitive, la France ne présentera plus de « risque » pour le contribuable allemand qui, dès lors, pourra accepter de mettre en commun une partie de ses recettes fiscales. C’est ce qu’Emmanuel Macron et son soutien allemand, le ministre fédéral des Finances Wolfgang Schäuble, appellent la « confiance ». Faire en sorte que le besoin de solidarité disparaisse pour mettre en place la solidarité. C’est l’Europe au moindre coût pour les Allemands.

Double langage et leurre

Cette stratégie pose plusieurs problèmes. Le premier, et non des moindres, c’est qu’il est étrange de reconnaître que la position de l’Allemagne n’est pas tenable dès à présent, et ne rien proposer pour changer la donne immédiatement. Il n’est pas moins étonnant d’entendre Jean Pisani-Ferry, le principal conseiller économique du candidat, reconnaître que la politique européenne de 2010 à 2014 a été une « erreur » qui a conduit à une seconde récession parfaitement évitable, et proposer en même temps de se conformer à une architecture institutionnelle de la zone euro qui est le fruit de ces erreurs et qui les a même inscrites dans le marbre des traités : surveillance budgétaire renforcée, sanctions facilitées, pacte budgétaire et solidarité sous conditions d’austérité dans le traité du Mécanisme européen de Stabilité.

Ce double langage laisse inévitablement penser que la stratégie de réformes de la zone euro relève davantage du leurre que de la vraie volonté. En s’engageant d’abord dans les réformes françaises, sans exiger de réformes allemandes, le candidat d’En Marche ! accepte l’ordre établi de l’union monétaire. Il accepte sa logique d’ajustement unilatéral. Or c’est cette logique qui a échoué à partir de 2010 et qui a donné à beaucoup – non sans raison – le sentiment que l’euro n’était plus une monnaie protectrice.

Rétablir la confiance ? Mission impossible !

Car l’Allemagne sait parfaitement jouer sur le registre de la confiance que l’on perd aisément, mais que l’on retrouve difficilement. Il faudra faire preuve non seulement de volonté, mais aussi prouver des résultats. Et quand bien même ces résultats seront obtenus, alors il faudra encore sans doute en faire davantage. Si l’on observe les attitudes face à l’Espagne, au Portugal ou à la Grèce, on remarque que ces pays ne vont jamais assez loin dans les réformes. La Grèce en est l’exemple caricatural puisqu’on en est encore à réclamer des gages de confiance sous la forme de nouveaux plans d’austérité après sept ans d’ajustements. Mais l’Espagne, dont on loue tant les « réformes », qu’a-t-elle obtenu ? Deux ans pour réduire son déficit public au lieu d’une sanction immédiate. Et pas même la présidence de l’Eurogroupe qui semble devoir encore échapper à son ministre des Finances Luis de Guindos, alors que le pays n’a plus de représentants au directoire de la BCE et n’obtient aucun poste à responsabilité en Europe… L’Italie de Matteo Renzi a tenté d’obtenir des concessions en retour de ses « réformes » : elles lui ont été refusées. Pourquoi diable la France d’Emmanuel Macron obtiendrait davantage ?

Déni allemand

La réalité est plus cruelle : l’Allemagne n’accepte pas de se remettre en cause. Elle voit dans son succès économique le fruit de sa « vertu » et cette vision morale ne peut donc déboucher que sur l’exigence de se dresser en modèle. Il n’est qu’à voir les articles indignés de la presse conservatrice allemande sur les critiques d’Emmanuel Macron, pourtant modérées. Le directeur adjoint de la rédaction du Handelsblatt, le quotidien officiel du monde des affaires outre-Rhin, Hans-Jürgen Jakob, parle de « communication patriotique » du candidat pour contrer le FN « sous la forme d’un bashing de Teutons ». On peut voir ici un vrai refus de toute remise en cause de l’excédent courant allemand, qui s’élève à 8,6 % du PIB, soit 270 milliards d’euros, un record. Ce refus est également illustré par le dernier rapport du conseil des experts économiques allemands qui s’échine à prouver le caractère bénin de cet excédent.

Un poids pour la demande

Pourtant, cet excédent pose clairement plusieurs problèmes majeurs. D’abord, il est le symptôme d’une économie allemande qui vit en dessous de ses moyens. Le sous-investissement a été estimé par Marcel Fratzscher, le président de l’institut DIW de Berlin, à 100 milliards d’euros annuels. Cet investissement trop faible touche autant le secteur privé que le secteur public. En donnant la priorité à son désendettement, le gouvernement fédéral est allé très loin, refusant même d’utiliser la très faible marge de manœuvre que lui offre le « frein à l’endettement » inscrit en 2009 dans la Constitution. L’investissement public en a pâtit.

Dans le secteur privé, les entreprises allemandes investissent également trop peu. L’investissement productif a été ralenti par la position de quasi-monopole obtenue sur certains secteurs comme les biens d’équipements ou sur certains niveaux de gamme dans les biens de consommation. Dans ces secteurs, l’investissement nécessaire est minimal. Ailleurs, la modération salariale et les effets des « réformes » du marché du travail ont réduit l’incitation à augmenter la productivité et à investir. Car les salaires sont clairement encore sous-évalués outre-Rhin, et c’est aussi ce que dit l’excédent allemand. Certes, les rémunérations réelles se sont accélérées depuis 2014, avec trois ans de hausse à 1,9 %, 2,4 % et 1,8 %. Mais ces hausses sont encore trop faibles au regard de la quasi stabilité des salaires pendant la décennie précédente. Surtout que, en 2016, le rattrapage s’est singulièrement ralenti.

Un ajustement unilatéral plus difficile

Pas assez d’investissements, pas assez de salaires, c’est autant de moins pour la demande mondiale et celle de la zone euro. Globalement, cet excédent allemand est donc un frein à la croissance des partenaires commerciaux de l’Allemagne. Mais il y a pire : cet excédent rend quasiment impossible l’ajustement unilatéral au sein de la zone euro. Si l’Allemagne disposait encore de sa propre monnaie, son excédent conduirait à une forte appréciation de sa monnaie. Parallèlement, ce phénomène contribuerait à faciliter l’ajustement des pays en déficit. Dans une union monétaire, ce phénomène n’existe pas et seuls les pays en déficit doivent s’ajuster. Mais si l’excédent allemand continue de progresser, l’ajustement devient de plus en plus difficile, voire quasiment impossible. Rééquilibrer cette balance à coup de « réformes » est un leurre. Et lorsque que l’on observe l’évolution des soldes allemands avec les pays de la zone euro qui ont mené des politiques de « réformes », on constate que l’excédent allemand ne se réduit guère suite à ces politiques. C’est pour cette raison que réformer la France seule est une gageure.

Le refus de Bruxelles de sanctionner Berlin

Il conviendrait donc de mettre en place un système permettant de réduire les excédents excessifs en zone euro. En théorie, ce système existe puisque la Commission européenne peut demander des politiques correctrices depuis 2013 lorsque l’excédent courant dépasse 6 % du PIB. Mais si Bruxelles blâme régulièrement Berlin, elle n’engage pas une politique du même ordre dans ce domaine que dans celui des déficits. Rien n’oblige donc Berlin à investir et à dépenser plus, pas davantage qu’à favoriser un meilleur ajustement des salaires. La politique européenne est donc clairement déséquilibrée : elle instaure des plans de consolidation des déficits, sans en faire autant pour les excédents. Elle renonce à « réformer » ceux qu’elle juge « bons élèves », faisant porter le fardeau aux seuls « mauvais élèves ». La morale reste la règle.

Les maux de la France se règleront-elles par des « réformes » ?

Globalement, l’excédent allemand est bel et bien un problème plus urgent que les « réformes » françaises. En octobre dernier, une enquête réalisée auprès de 67 économistes européen par l’institut étasunien Center for Economic and Policy Research (CEPR) montrait que près des deux tiers d’entre eux jugeait inquiétant cet excédent. A l’inverse, les maux de la France pourraient ne pas être où on le croit. Le CEPR publie ce mardi 18 avril une note de recherche qui conclut qu’il existe « de nombreuses preuves qui soutiennent l’idée que le chômage de masse et la stagnation en France sont le résultat d’une demande inadéquate plutôt que de problèmes structurels sur le marché du travail ou d’une dette publique trop élevée. » La question de la « demande inadéquate » souligne à la fois la difficulté de la France à trouver un bon niveau de gamme et la faiblesse structurelle de la demande où l’Allemagne a sa part, comme on l’a vu. On voit mal alors comment une politique de baisse des dépenses publiques pourrait relancer cette demande, quand bien même seraient-elles compensées par des baisses d’impôts qui, souvent, viennent alimenter l’épargne.

La question du niveau de gamme de l’industrie est centrale. Monter en gamme suppose des investissements, notamment dans la recherche. La France dispose d’un outil assez performant dans ce domaine, le Crédit Impôt Recherche qui, cependant, ne se traduit pas par une montée de gamme de l’industrie. Il est vrai que l’Allemagne occupe une place prépondérante sur les marchés de cette gamme. Baisser le coût du travail serait-il alors la solution ? On ne saurait réussir une montée de gamme par ce biais qui, au contraire, à tendance à maintenir la France dans son point faible : un niveau de gamme moyen qui subit la concurrence directe des pays à bas coût. La solution réside sans doute plutôt dans le soutien public à des industries nouvelles et innovantes. C’est, en tout cas, dans cette voie que le Royaume-Uni, après le Brexit vient de se lancer avec un ambitieux plan industriel centré sur les industries nouvelles. Mais ceci, comme la relance de la demande, exige d’oublier la priorité donnée au désendettement par l’architecture de la zone euro mise en place après 2011. On pourrait aussi envisager un vaste plan au niveau européen, porté par la Banque européenne d’Investissement (BEI) pur porter ce type d’évolution dans l’ensemble de la zone euro.

Un choix erroné

Le choix de réformer la France sans réformer l’Allemagne ressemble donc à une erreur comme celle qui a été commise après 2010. C’est le signe, en réalité, de l’acceptation du statu quo actuel. Derrière les dénonciations de l’excédent allemand, rien de concret n’est engagé pour mettre en place une politique plus coopérative. Se contenter d’un « plus tard » ou d’une volonté de « rétablir la confiance » revient à donner à Berlin le pouvoir de décider à quel moment son excédent est trop élevé et à quel moment la France aura bien fait ses « devoirs ». Or, l’expérience prouve que l’Allemagne n’est pas décidée à changer de logique. La politique de réformes promise risque donc d’affaiblir la France sans permettre de renforcer la zone euro. C’est un scénario bien inquiétant.

Romaric Godin

Source : Le Mouvement Réel, Romaric Godin, 19-04-2017

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32 réponses à Zone euro : qui doit réformer d’abord, la France ou l’Allemagne ? Par Romaric Godin

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Merkel veut un sommet sur l’Ukraine pour relancer les efforts de paix

Publié le par Felli Bernard

Merkel veut un sommet sur l’Ukraine pour relancer les efforts de paix

La chancelière allemande Angela Merkel veut relancer le processus de paix à l’est de l’Ukraine grâce à un sommet avec les présidents français, ukrainien et russe. Un article de notre partenaire le Tagesspiegel.

Aucun autre conflit n’a rempli l’agenda d’Angela Merkel comme l’a fait la guerre en Ukraine. L’armée ukrainienne se bat contre les séparatistes soutenus par la Russie dans l’est de l’Ukraine depuis près de trois ans.

Très rapidement, l’Allemagne et la France ont joué le rôle de médiateurs. Mais les accords conclus à Minsk en 2014 et en 2015, qui ont jeté les bases du processus de paix, n’ont toujours pas été mis en œuvre.

Angela Merkel a déjà abordé la question avec le nouveau président français, Emmanuel Macron, qui compte poursuivre le travail commencé par son prédécesseur, François Hollande.

Le 20 mai, Angela Merkel a rencontré le président ukrainien, Petro Porochenko au nord de Berlin, après avoir rencontré Vladimir Poutine à Sotchi au début du mois.

Même si les accords de Minsk n’ont pas été respectés et que les délais convenus ont expiré depuis longtemps déjà, Angela Merkel et les trois présidents veulent continuer à suivre la feuille de route pour la paix.

Petro Porochenko a déclaré lors de sa rencontre avec la chancelière que la concrétisation des accords de Minsk était « inévitable » et qu’il n’existait pour l’instant aucune autre alternative.

Les accords impliquent un armistice et le retrait des armes lourdes de la zone tampon, ainsi que l’organisation d’élections municipales dans les régions séparatistes et plus d’autonomie pour l’est de l’Ukraine.

Ukraine : le nouveau cessez-le-feu « illimité » peut-il tenir ?

Dix jours après sa signature, la nouvelle trêve « illimitée » mise en place entre l’armée ukrainienne et les rebelles prorusses dans l’est de l’Ukraine est globalement respectée, mais les accrochages sont encore réguliers et les sceptiques nombreux.

Sur fond d’un processus de paix encore flou, d’autres faits ont enlisé la situation, comme la reconnaissance par Moscou des passeports délivrés par les autorités rebelles des régions séparatistes, l’adoption du rouble comme monnaie et l’expropriation d’entreprises ukrainiennes.

Berlin craint que ces mesures ne fassent qu’accroître le conflit et la violence dans la région. Après sa rencontre avec Vladimir Poutine, Angela Merkel a en effet exprimé ses craintes quant aux « tendances séparatistes ».

Selon l’ONU, plus de 9 900 personnes ont été tuées entre avril 2014 et février 2017 dans l’est de l’Ukraine, dont 2 000 civils. Par ailleurs, plus de 23 000 personnes ont été blessées. Ces chiffres sont considérés comme des estimations prudentes. Un très grand nombre d’Ukrainiens ont en outre été forcé de quitter leur foyer pour s’installer dans des régions plus sûres.

Vive dégradation de la situation militaire dans l’est de l’Ukraine

Le ministère ukrainien des Affaires étrangères s’est dit très inquiet lundi 30 janvier de « l’intensification des forces terroristes russes dans le Donbass ». D’autres rapports parlent quant à eux d’une escalade du côté des forces ukrainiennes, qui cherchent à « changer la donne sur le terrain ».

Le nombre élevé de victimes parmi les civils est dû non seulement au pilonnage de zones densément peuplées, mais aussi aux mines terrestres et aux munitions non explosées. En mars et en avril de cette année, 22 personnes ont été tuées pars des mines dans le Donbass. Quelque 3,8 millions d’Ukrainiens dépendent maintenant de l’aide humanitaire.

Les chances d’un cessez-le-feu dans le Donbass sont minces. L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a reporté 421 explosions dans la région en seulement 24 heures. La plupart ayant été déclenchées par de l’artillerie lourde, ou des coups de feu.

Les forces séparatistes ont considérablement restreint l’accès à cette région et en avril, un responsable de l’OSCE a été tué alors que la voiture de patrouille dans laquelle il se trouvait a roulé sur une mine dans la zone séparatiste.

Quelques heures avant de rencontrer la chancelière allemande, Petro Porochenko a annoncé qu’il enverrait davantage de tanks sur le front. « Nous continuons de travailler pour renforcer notre capacité à nous défendre », a écrit le président sur sa page Facebook, où il a également publié une vidéo promotionnelle sur l’entreprise d’armements fabriquant les tanks T-80.

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Forces spéciales russes pour contrecarrer le mouvement de Trump en Syrie du Sud

Publié le par Felli Bernard

lundi 22 mai 2017

Forces spéciales russes pour contrecarrer le mouvement de Trump en Syrie du Sud

 


 

Une source militaire a confirmé qu'un groupe de parachutistes russes et des forces spéciales spetsnaz sont arrivés dans la province méridionale de Sweida, après que les avions de combat la coalition sous commandement américain aient lourdement ciblés un convoi militaire des forces pro-gouvernementales syriennes près de la ville d'al-Tanf à la frontière avec l'Irak.

La source dit que les militaires russes sont dans la région pour conseiller les troupes du gouvernement syrien en Syrie du sud, tout en contribuant à dissuader toute réaction éventuelle des forces américaines et jordaniennes qui ont taillé une niche dans les provinces Sweida et Homs.
Selon certains activistes des médias, les forces russes projettent de construire une base le long de la frontière de la province de Sweida avec la Jordanie.
Russian Special Forces Arrive in Southern Syria after Recent US Air Raid on Army Convoy
D'autres médias ont laissé entendre qu'ils seraient destinés à s’engager contre les forces ennemies envahissant la Syrie (dont celles des États-Unis qui veulent contrôler l'autostrade Damas-Bagdad) et aider les troupes gouvernementales à capturer le passage frontalier avec l'Irak.
Le général d'armée libanais, John Abi Nader, expert en stratégie militaire au Moyen-Orient, a déclaré samedi à l’agence TASS que les États-Unis ont effectué une intervention militaire directe en Syrie pour empêcher la mise en place du contrôle de l'armée syrienne sur la frontière avec l'Irak.
« Il n'y a pas d'autre explication aux frappes de l'US Air Force contre les forces syriennes et les unités qui les soutiennent », dit le général.
Il a ajouté que la zone frontalière en Syrie orientale, où les unités de l'armée mènent l'offensive aujourd'hui, ont une plus grande importance stratégique.
« C’est le seul poste frontalier, à travers lequel on peut se rendre à Bagdad maintenant, en prenant en considération le fait que la route Rutbah-Ramadi a été débarrassée des terroristes daé-chiens, » dit l'expert.
« L'objectif des États-Unis est évident : empêcher la restauration des liaisons de transport entre la Syrie et l'Irak, ainsi qu’avec l'Iran, qui est l'allié de Damas, » a-t-il souligné.
L'expert a noté qu'une intervention similaire de la Force aérienne des États-Unis a eu lieu en Septembre 2016 à la périphérie de Deir Ezzour. Ce qui a permis aux terroristes islamistes d’utiliser ce raid aérien de l'aviation américaine pour saisir une position défensive sur le mont Jebel-Sarda, à proximité d'un aérodrome militaire, qui sert de base principale aux forces gouvernementales.
Le quartier général de la coalition dirigée par les Américains a déclaré, le 18 mai, que son aviation a frappé les forces gouvernementales pro-syriennes opérant dans la zone de non conflit, établie par la Russie, au Nord-Ouest d'al-Tanf. La déclaration a affirmé que ces unités constituaient une menace pour les forces des États-Unis et ses partenaires (les « terroristes modérés). Plusieurs militaires syriens ont été tués dans la frappe.

L’Armée syrienne de contrôle la région stratégique près de la frontière avec la Jordanie

Syrian Army Retakes Control of Strategic Region near Border with JordanTéhéran (FNA) - Les troupes de l'armée syrienne ont poursuivi leur opération antiterroriste vers la région frontalière près de passage al-Tanf et ont réussi à recontrôler une région clé dans la province de Sweida près de la frontière avec la Jordanie.
Les hommes de l'armée engagés dans une rude bataille avec les terroristes islamistes pro américains, « Jeish al-Hor » dans l'est Sweida et ont réussi à reprendre le contrôle sur la région stratégique du barrage d'al-Zalaf à la frontière Sweida-Jordanie.
Les hommes de l'armée ont également chassé les terroristes Al-Zahra Oum-Salasel et d’al-Eiseh.
Des sources bien informées ont dit, entre-temps, que les unités de l'armée ont également pris le contrôle de plus de 50 km² de Sweida Badiyeh (désert) qui était sous le contrôle des terroristes de Jeish al-Abra al-Achayer et Jeish al-Aswad al-Sharqiyeh .
Les rapports pertinents ont déclaré samedi que l'armée et les forces populaires ont repris une grande partie des territoires contrôlés par le terrorisme de la province Sweida dans les régions du sud du pays.
« L'armée syrienne et ses alliés ont saisi plus de 60 kilomètres carrés de terres dans la région dans la province al-Zalfa Sweida, » les médias de langue arabe, citant une source militaire, samedi.
La source militaire a noté que après avoir obtenu plancher al-Zalfa, les troupes de l'armée syrienne pousserait plus à l'Est afin de sécuriser la frontière provinciale et le siège de l'armée syrienne libre (FSA) près de l'al-Tanf passage de la frontière en Irak. Vidéo
 
Hannibal GENSERIC

Source : http://www.veteranstoday.com/

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La Côte d'Ivoire face à ses démons

Publié le par Felli Bernard

La Côte d'Ivoire face à ses démons

 
 
 
 
 
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19 mai, 2017
Note d'analyse
Leslie Varenne

 

Pour la quatrième fois en six ans, des mutins ont tenu la Côte d’Ivoire au bout de leurs kalachnikovs. Pendant quatre jours, une grande partie d’Abidjan et presque toutes les villes de l’intérieur ont été sous leur contrôle. Ce dernier accès de fièvre, n’est en réalité rien d’autre que le énième soubresaut de la guerre de 2011 qui n’en finit pas de livrer ses spasmes. Si cette guerre n’a pas produit des effets aussi visibles et délétères que celle qui a eu lieu en Libye, elle a néanmoins engendré une crise systémique qui secoue le pays à intervalles réguliers. Le Président Alassane Ouattara est un des premiers responsables de cette situation, mais il en est aussi le prisonnier. Comme en Irak en 2003, l’armée républicaine de Côte d’Ivoire a été totalement déstructurée par cette guerre. Depuis son accession au pouvoir, il est un chef sans armée, dépendant des commandants de l’ex-rébellion qui l’ont aidé à s’installer. En six ans d’exercice, il n’a pas su, pas pu ou pas voulu remédier à cette situation. Il n’a donc pas eu d’autre solution que de plier, de satisfaire les exigences des soldats insoumis et de payer les 7 millions de CFA réclamés par chacun des 8400 insurgés, quitte à sortir de cette séquence très affaibli (1). De toute évidence, il n’y avait pas d’alternative, puisque l’armée « loyaliste » ne montrait aucune velléité d’aller mater les mutins.

 

Les supplétifs de 2011 au coeur de la crise

Qui sont les hommes qui se sont soulevés ? Pendant la crise postélectorale, une époque où les deux Présidents se disputaient le pouvoir, le clan d’Alassane Ouattara a multiplié les appels envers les militaires pour que ces derniers rejoignent son camp. Mais, il y a eu très peu de désertions. Lorsqu’en janvier 2011, il a été décidé par les US, la France, l’ONU et Alassane Ouattara de déloger Laurent Gbagbo de la présidence par la force, Il a fallu créer une armée de toutes pièces pour combattre l’armée républicaine. Le camp Ouattara disposait déjà des soldats rebelles des Forces Nouvelles (FAFN) qui occupaient le Nord du pays depuis 2002 mais le compte n’y était pas, à peine 9000 hommes en intégrant tous les corps, armée, police, gendarmerie. Ils ont alors recruté environ 30 000 jeunes désœuvrés, quelques-uns étaient des Ivoiriens du Nord du pays mais la majorité était composée de ressortissants des Etats de la sous-région, tous musulmans. Ces recrues ont bénéficié d’une formation très sommaire de deux mois, de la fin janvier à la fin mars 2011. Cet entraînement a eu lieu à Bouaké deuxième ville du pays contrôlée, à l’époque, par les Forces Nouvelles dirigées par Guillaume Soro. Le 17 mars 2011, Alassane Ouattara signait une ordonnance et créait les FRCI (Forces Armées de Côte d’Ivoire) pour officialiser cette armée de bric et de broc composée des anciens rebelles, des nouvelles recrues et des quelques déserteurs de l’armée de Laurent Gbagbo. Pour participer à ce conflit des promesses de dons, 12 millions de CFA plus une maison, ont été faites à ces jeunes gens. A la fin de la guerre, certains ont bénéficié du programme Désarmement, Démobilisation, Réinsertion (DDR). D’autres ont été intégrés dans l’armée. Ce sont ces derniers qui ont manifesté, kalachnikov à la main. Lors de leur dernière mutinerie en janvier 2017, ils avaient obtenu un premier versement de 5 millions de CFA, le solde devant être mensualisé sur sept mois. Mais aucun argent n’était arrivé sur leur compte. Maintenant que le paiement a été effectué, il serait logique de penser que la guerre de 2011 est enfin soldée. Il n’en est rien. D’une part, il reste la maison promise ; d’autre part, tous les démobilisés à qui Alassane Ouattara avait également promis monts et merveilles pourraient également réclamer ce qu’ils pensent être leur dû. A ce groupe, il faut ajouter également les anciens rebelles des FAFN qui n’ont pas eu le privilège d’être intégrés dans l’armée. En tout, combien sont-ils exactement ? Lors d’une table ronde sur le DDR à l’Institut Français de Relations Internationales (IFRI), où intervenait le général Bruno Clément-Bollée, le nombre de 69 506 ex-combattants a été avancé (2). Ce chiffre paraît très élevé, s’il s’avérait réel, compte tenu, en prime, des quantités d’armes en circulation dans ce pays, la Côte d’Ivoire n’est pas au bout de ses peines (3)… 

Le Far-West

D’autant que ce ne sont pas les seuls à pouvoir demander des primes. Après la mutinerie de janvier, les Forces spéciales avaient, elles aussi, revendiqué bruyamment et elles avaient obtenu un bonus de 17 millions CFA (4). Puis les doléances s’étaient étendues aux gendarmes, à la pénitentiaire etc. Les ex-FDS, ceux qui étaient en poste sous Laurent Gbagbo, avaient également fait valoir leur cause, mais il leur avait été répondu qu’aucune prime ne leur avait été promise, et que par conséquent, aucun montant ne leur serait versé ! Les Dozos, chasseurs traditionnels qui ont également participé au conflit dans le camp Ouattara pourraient revendiquer à leur tour...

Avant-guerre, l’armée ivoirienne, restructurée sous le Général Gueï, (1999-2000), composée d’environ 60 000 hommes, gendarmerie comprise, était républicaine, bien formée et intégrait toutes les ethnies qui composent ce pays. A la fin de la guerre, de nombreux soldats loyaux à Laurent Gbagbo ont déserté par crainte de représailles. Ceux qui sont restés ont été souvent méprisés, ils ont été placés sous les ordres des anciens commandants de zone de la rébellion qui avaient des méthodes peu orthodoxes et assez éloignées de la rigueur militaire. Ils se sont retrouvés dans des situations où des analphabètes donnaient des ordres aux Saint-Cyriens. En outre, pour ces soldats comme pour la majorité de la population, il est difficile d’admettre que ces recrues de 2011 soient récompensées sur le budget de l’Etat alors qu’ils se sont livrés à des massacres, notamment dans l’Ouest du pays, à des pillages et à de multiples exactions. Pour autant ces ex-FDS n’ont pas envie d’aller risquer leur vie pour éviter au Président Alassane Ouattara de payer une promesse qu’ils considèrent comme une dette privée. Les ex-soldats des FAFN reversés dans l’armée ne se montrent pas plus enthousiastes pour aller frapper « leurs frères du Nord ». Les ex- commandants de zone de la rébellion, devenus milliardaires, aspirent à profiter de leur vie luxueuse et n’ont pas plus envie de retourner au charbon. Quant à Guillaume Soro, l’ex-chef rebelle devenu honorable Président de l’Assemblée Nationale, il joue ses propres cartes et son avenir politique. Le camp Ouattara le surveille et le soupçonne d’avoir été plus pyromane que pompier dans l’affaire de la mutinerie. Des armes auraient été retrouvées dans la maison de la mère de son porte-parole à Bouaké. Vrai ou faux ? Que Guillaume Soro détienne des armes n’est pas un scoop. En avril 2016, le groupe d’experts de l’ONU l’avait accusé de disposer d’un arsenal impressionnant acquis en violation de l’embargo sur les armes (5). Au passage, avec cette déclaration les Nations Unies s’étaient ridiculisées, puisque ce sont elles qui étaient chargées de faire respecter cet embargo en place depuis 2002. Par ailleurs, personne ne sait ce qu’est devenu cet arsenal.

Le roi est nu 

Que pourra faire le Président ivoirien si d’autres soulèvements enflamment le pays ? La poignée de fidèles sur laquelle il peut encore s’appuyer n’y suffira pas. Depuis fin 2015, il a embauché un bataillon de mercenaires, 400 à 500 Centrafricains appartenant au groupe des rebelles musulmans de la Séléka. Cantonnés à Séguéla dans le Nord du pays, ces hommes ont été rapatriés sur Abidjan dernièrement, mais là encore le compte n’y est pas. D’autant qu’un malheur n’arrivant jamais seul, la force de maintien de la paix des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) présente dans ce pays depuis 2002 a retiré ses soldats cette année (6). Son sous-secrétaire général, El Ghassim Wane a déclaré, sans rire, en octobre 2016 « Nous sommes aujourd’hui dans un pays en paix et réconcilié avec lui-même ». Reste l’armée française, avec les 900 hommes des Forces Françaises de Côte d’Ivoire (FFCI) qui pourront seulement sécuriser les entreprises et les ressortissants français et européens, sauf à demander, bien entendu, une résolution des Nations Unies et des renforts extérieurs.

Le poison lent…

Mais si la situation de l’armée est par la force des choses et des armes, la plus visible, un venin insidieux se diffuse souterrainement : celui de la division ethnique. Le procès de la Cour Pénale Internationale (CPI) qui ne juge qu’un seul camp, la justice des vainqueurs en Côte d’Ivoire, la politique de « rattrapage ethnique » mise en place par Alassane Ouattara commencent à produire leurs effets délétères. De part et d’autre, les positions se radicalisent, cela se sent dans les échanges avec les Ivoiriens et sur les réseaux sociaux. Les appels aux mutins ont été fait en Malinké ce qui est tout de même fort curieux pour une armée qui devrait être républicaine. Le ministre, Amadou Soumahoro, s’est lui aussi adressé à des militants du RDR, parti d’Alassane Ouattara, dans cette langue et les a harangués sur le thème « il y a dix ans, tu n’avais pas le droit de porter un boubou ou d’afficher tes convictions religieuses » (7). Plus grave encore, dans l’Ouest du pays, on assiste à un remplacement de populations. Les autochtones catholiques et animistes voient leurs plantations séquestrées par des ressortissants musulmans de la sous-région. Sans moyen de survie, les expulsés de force sont dans l’obligation de quitter leurs villages et viennent grossir les banlieues populaires surpeuplées d'Abidjan. Par ailleurs, depuis six longues années, des milliers de réfugiés croupissent toujours dans des camps au Ghana, au Libéria et au Togo. Ils ne peuvent toujours pas rentrer chez eux, leurs maisons étant le plus souvent occupées par les Maliens et les Burkinabés qui se sont dès la rebellion de 2002 lancés à la conquête des terres fertiles de l'Ouest.  

Les stratégies aveugle et inconséquente des US, de la France, des Nations unies et d’Alassane Ouattara qui ont conduit à cette guerre de 2011, n’en finissent pas de produire leurs effets toxiques. Mais pour éviter d’avoir à assumer un nouvel échec retentissant après une intervention militaire désastreuse, ils continuent de soutenir un pouvoir moribond et honni par la majorité de la population. L’histoire est réécrite, les problèmes du pays sont cachés sous le tapis et masqués par un taux de croissance à deux chiffres qui, au passage, ne bénéficie qu’à un très faible pourcentage de la population. Pour autant, les maux ne disparaissent pas, au contraire ils s’aggravent au fil des années et mettent le pays en péril alors que le risque djihadiste est aux portes de la Côte d’Ivoire… C'est un stratégie de très courte vue, à court et moyen terme le soutien extérieur apporté à Alassane Ouattara s'avère parfaitement contreproductif. En prime, il nuit à l'image de la France en Afrique qui est rendue responsable de tous les malheurs ivoiriens puisque c'est son armée qui a installé le Président ivoirien au pouvoir.  

Leslie Varenne

 

(1) Le budget de la Côte d’Ivoire est dans le rouge, suite à la gestion désastreuse de la filière café-cacao et à la chute des cours. La Lettre du Continent affirme que le Maroc aurait aidé à résoudre cette crise en apportant son aide financière. Le porte-parole du gouvernement Bruno Koné, dément et déclare « l’Etat avait la capacité de payer » https://www.eventnewstv.tv/c-i-le-gouvernement-a-propos-du-paiement-des-mutins-on-sait-trouve-les-moyens

(2) https://www.ifri.org/fr/debats/securite-cote-divoire-un-bilan-ddr 

(3) https://www.facebook.com/yenewsvideo/videos/689303857937948/ 

(4) http://www.afrique-sur7.fr/40694/cote-divoire-mutinerie-les-forces-speciales-obtiennent-17-millions-chacun/

(5) http://www.afrique-sur7.fr/22194/cote-divoire-lonu-accuse-guillaume-soro-de-disposer-de-300-tonnes-darmes/  

(6) http://www.bbc.com/afrique/region-37683306 et http://www.rfi.fr/afrique/20170217-casques-bleus-onuci-ont-quitte-cote-ivoire 

(7) http://www.rfi.fr/afrique/20170217-casques-bleus-onuci-ont-quitte-cote-ivoire

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afrique, afrique de l'ouest;, côte d'ivoire

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Pourquoi les entreprises françaises sont les préférées de nos étudiants ?

Publié le par Felli Bernard



 

Pourquoi les entreprises françaises sont les préférées de nos étudiants ?

 

 

Publié par Jean-Côme TIHY le 24 Avril 2017

 

Les Palmarès Trendence et Universum soulignent une tendance qui s’accentue depuis quelques années : les entreprises françaises ont la cote chez les étudiants. Quête de sens, dimension éthique, considérations sociales, autant de caractéristiques de la RSE qui font mouches chez les futurs cadres tricolores.


 

Les entreprises préférées des étudiants sont françaises

Depuis quelques années, les entreprises françaises sont à l’honneur. Le baromètre de l’institut allemand Trendence ou encore celui de Universum répertoriant les grands groupes préférés des jeunes diplômés français indiquent que, pour les jeunes ingénieurs, 18 des 20 premières entreprises sont françaises contre 14 pour les futurs managers.

Pour les scientifiques, l’aéronautique fait rêver. Les firmes convoitées sont Airbus (1er), Safran (3ème), Thalès (4ème) ou encore Dassault Aviation (5ème). Tandis que chez les étudiants en business, le luxe attire toujours : LVMH, l’Oréal, Chanel occupent encore cette année, les premières places.

Ce classement n’est pas un hasard. Comme le souligne Diego de Brisoult, fondateur de Geojobs.fr, « ces entreprises sont le fleuron de l’économie française et, qui plus est, investissent à tour de bras dans la marque employeur. Elles tissent des liens étroits avec les grandes écoles et déploient des trésors d’ingéniosité pour attirer les futurs talents (1) ». Emilie Duquenne, Directrice Recrutement France chez L’Oréal Group le reconnait : « Plus que l’employeur idéal, nous cherchons avant tout à être l’entreprise que les candidats choisiront en priorité pour postuler. […] Notre véritable enjeu est de transformer cet intérêt en acte de candidature afin d’élargir notre vivier de candidats car nous recrutons plus de 200 jeunes diplômés en CDI chaque année (2). »

Pourquoi les entreprises françaises sont-elles autant prisées ?

Certains « coups » marketing favorisent parfois la bonne réputation d’un groupe et l’envie d’intégrer ses bureaux. Certaines enseignes en passent par exemple, par le changement de nom et la refonte de l'identité corporate. GDF Suez ayant choisi de s’appeler ENGIE, l’entreprise a gagné en visibilité. C’est « un nom simple et fort qui évoque l’énergie pour tous et dans toutes les cultures, un nom qui incarne l’ensemble de nos valeurs et activités et qui porte une vision optimiste et nouvelle de la transition énergétique. C’est ce que nous voulons véhiculer à travers ENGIE », décrit Karine Rachmann, Directeur de l’image externe ENGIE.

Pour autant, l’efficacité réputationnelle s’appuie sur une démarche structurelle et une réflexion de long terme. Aussi, la sélection des entreprises faite par les étudiants semble assez largement liée à l’investissement RSE de celles-ci. En effet, les étudiants saluent en particulier les dimensions sociales et éthiques des entreprises : deux composantes clés de la politique RSE.

Les réussites de La RSE des entreprises françaises

Le 29 mars 2017, l’étude EcoVadis mettait en lumière, les performances des entreprises françaises en matière de RSE. Plus largement, elle démontrait « que la responsabilité sociale des entreprises a progressé dans le monde depuis 2015 [et que] les performances des entreprises françaises progressent de 10 %. [Soit] une amélioration plus importante que la moyenne des pays de l’OCDE (7 %) et des BRICS (4 %) (3) ».

La recherche de la dimension éthique sociale

Liée à un corpus de valeurs et de principes fondamentaux, l’éthique des affaires s’articule principalement autour de trois thèmes : la corruption, les pratiques concurrentielles et la gestion responsable de l’information. En deux ans, « le pourcentage des entreprises ayant une démarche adaptée ou exemplaire est passé de 29% à 43% (5) ».

En ce qui concerne la dimension sociale, les entreprises françaises sont à la pointe. Toujours selon le sondage publié par EcoVadis, « avec un score de 50,7 sur 100, elles sont en 3ème position derrière la Grande-Bretagne et la Suède. Là encore, la progression est importante : en deux ans, le nombre d’entreprises dont la politique sociale satisfait les critères du cabinet d’évaluation sociale a augmenté de 15 points (6) ».

Ces évolutions positives des entreprises peuvent être mises en relation avec l’attraction qu’elles suscitent chez les jeunes. En effet, selon Gontran Lejeune, directeur associé du cabinet de recrutement Bienfait et Associés, les nouveaux modes de gouvernance provoquent un fort engouement auprès des jeunes diplômés. Les entreprises « impliquent davantage leurs collaborateurs dans le fonctionnement de l’entreprise, quand les sociétés anglo-saxonnes sont, elles, restées figées à l’heure du reporting et de la division nette du travail (7) ».

La quête de sens est également devenue, pour les étudiants, un critère essentiel dans la sélection d’entreprises. Aussi, selon Aurélie Roberter, directrice d’Universum France et Benelux, « depuis trois ans, on observe que les profils « idéalistes » sont de plus en plus nombreux. Pour eux, l’objectif principal est d’être utile à la société. Ils représentent désormais 32% des étudiants en business, 40% des futurs ingénieurs (8) ».

Il y a une recherche de stabilité face à une modernité trop souvent inconstante et parfois déraisonnable. Une quête de finalités et de significations plutôt que la soif de bénéfices, au sens large, à court terme. Une envie d’idéal face l’urgence étouffante d’objectifs conjoncturels. Comme le rappelle l’express.fr, en reprenant Saint Exupéry, il y a la nécessité « que le temps qui s'écoule ne nous paraisse pas nous user et nous perdre, mais nous accomplir. Il est bon que le temps soit une construction (9) ».
 

  1. http://www.letudiant.fr/educpros/enquetes/palmares-trendence-2016-les-entreprises-preferees-des-etudiants-sont-francaises.html
  2. http://www.mondedesgrandesecoles.fr/classementuniversum16/
  3. http://www.la-croix.com/Economie/Social/Responsabilite-sociale-entreprises-francaises-progressent-vite-2017-03-31-1200836251
  4. http://www.la-croix.com/Economie/Social/Responsabilite-sociale-entreprises-francaises-progressent-vite-2017-03-31-1200836251
  5. http://www.la-croix.com/Economie/Social/Responsabilite-sociale-entreprises-francaises-progressent-vite-2017-03-31-1200836251
  6. http://www.la-croix.com/Economie/Social/Responsabilite-sociale-entreprises-francaises-progressent-vite-2017-03-31-1200836251
  7. http://www.letudiant.fr/educpros/enquetes/palmares-trendence-2016-les-entreprises-preferees-des-etudiants-sont-francaises.html
  8. https://www.lesechos.fr/politique-societe/societe/0211941768946-les-employeurs-tricolores-attirent-de-plus-en-plus-les-etudiants-2077292.php
  9. http://lentreprise.lexpress.fr/rh-management/management/management-d-equipe-six-lecons-de-saint-exupery_1540878.html

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Trump et la parallèle Nixon

Publié le par Felli Bernard

Trump et la parallèle Nixon

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Trump et la parallèle Nixon

Nous avons pu voir hier une émission de CNN parmi d’autres sur le discours annoncé comme très important de Trump en Arabie Saoudite, concernant le terrorisme (et éventuellement l’Islam), sur un écran dont le titre général était « Crisis at the White House ». La meneuse de jeu avait deux interlocuteurs en ligne, l’un à Ankara, l’autre à New York. On s’intéressa un peu, vraiment du bout des lèvres, au contenu du discours et à son retentissement éventuel, et beaucoup, énormément, aux effets attendus sur la situation intérieure de Trump. Julian Zelizer, analyste de CNN parlant de New York, jugea que les effets du discours à Washington D.C. seraient négligeables « à cause de la gravité du scandale [Russiagate] » qui est l’unique réoccupation de Washington D.C. ; puis on passa au sujet suivant, beaucoup plus long, sur la poursuite des auditions, à la Chambre, de la commission sur le renseignement qui enquête sur Russiagate. Autre exemple, cette fois d’un média qui n’est pas hostile à Trump, cela pour signifier que nous n’exposons pas une critique d’une orientation mais que nous énonçons le constat d’un état de fait sur l’orientation de la communication... Hier 21 mai 2017, ZeroHedge.com consacrait deux nouvelles au discours de Trump en Arabie et neuf sur la situation intérieure de Trump par rapport au Russiagate et aux attaques lancées en faveur de sa destitution. On voit où se situe l’importance des affaires...

Parmi ces neuf nouvelles de ZeroHedge.com, l’une d’elles était la reprise d’un court texte de Gary Evans de Global Macro Monitor faisant un parallèle entre la situation de Trump dans l’actuelle crise et celle de Nixon dans le Watergate du point de vue des répercussions sur la situation extérieure et la politique US en fonction de l’état du président à conduire cette politique.

« We just found this tidbit of history from Politico of how during the Watergate scandal the Nixon administration was melting down and the President retreated to self-medication:

» “The Nixon administration began disintegrating—the president unable to play his role as the leader of the nation and the free world—at 7:55 p.m. on October 11, 1973. The newly appointed secretary of state, Henry Kissinger, picked up his telephone. His trusted aide at the National Security Council, Brent Scowcroft, was on the line from the White House. The Arab-Israeli war of 1973 was in its fifth day, escalating toward a global crisis and a potential nuclear conflict.

 » Scowcroft: ‘The switchboard just got a call from 10 Downing Street to inquire whether the president would be available for a call within 30 minutes from the prime minister. The subject would be the Middle East.’

» Kissinger: ‘Can we tell them no? When I talked to the president he was loaded.’

» President Richard Nixon—ravaged by more than four years of war in Vietnam, 15 months of Watergate investigations and countless nights of intense insomnia—was incapacitated...” »

Ce compte-rendu est encore extrêmement vague et optimiste quant à la réalité du pouvoir de Nixon durant le Watergate. On trouve beaucoup plus de précisions dans les mémoires (On Watch, 1976) de l’amiral Elmo R. Zumwalt, qui fut de 1970 à 1974 Chief of Naval Operations (CNO, équivalent du chef d’état-major pour l’U.S. Navy). Zumwalt fut l’un des esprits les plus vifs et les plus intéressés par la politique (quoique s’abstenant complètement de s’y impliquer) de la période. Il était tenu comme une belle intelligence, donc un homme très dangereux, par Kissinger qui ne souffrait aucune concurrence éventuelle. Son livre est certainement la meilleure source interne objective pour la conduite du pouvoir US dans ces années, parce qu’il mêle la précision des réunions, des concertations de la sécurité nationale au niveau le plus haut auxquelles Zumwalt participait en tant que CNO (avec ses notes personnelles prises en temps réel), et la connaissance des intrigues du pouvoir pendant cette période sans implication partisane.

Pour Zumwalt, Nixon contrôla la politique US jusqu’aux démissions de Ehrlichman et Haldeman, ses deux conseillers les plus proches, à cause du Watergate, début mai 1973. Encore, ce contrôle était-il déjà erratique, et Zumwalt décrit un homme plus affecté encore par une tension nerveuse permanente et incroyablement forte que par sa tendance à boire qui en était devenue le symptôme le plus popularisé. C’est lors d'une réunion de juin 1973 du Conseil National de Sécurité (NSC) que Zumwalt note pour la première fois le décrochage complet du président ... Alors que l’on discute de l’état des négociations stratégiques (SALT), sujet d'une importnce fondamentale :

« ... [L]’accord SALT sera réalisé avant que les chefs d’état-major et le secrétaire à la défense puissent [réellement être impliqués dans la négociation] ... le président n’est pas vraiment intéressé [par ces problèmes], toutes ses pensées vont au Watergate... personne ne parvient plus à le voir [à avoir une audience] ... quelques-uns de ses plus vieux conseillers politiques ont tenté de le rencontrer mais il refuse de les recevoir... à l’intérieur de la Maison-Blanche, il y a cinq tentatives de “coup d’État” par jour parce que les différents centres de pouvoir tentent d’acquérir la prééminence... »

Durant la crise du 25 octobre 1973 (l’URSS envisageant une intervention en Égypte suite à une rupture israélienne du cessez-le feu au terme de la “guerre d’Octobre”, les USA mirent leurs forces armées en DefCon-3 [préparation à l’état de guerre] pendant 18 heures), Zumwalt détaille sur quatre pages la nuée de rencontres, de réunions, de messages, de décisions, etc. Pas une fois n’apparaît le nom de Nixon (la décision de mise en alerte avait été prise par Kissinger, puis ensuite contestée par le secrétaire à la défense Schlesinger, – les deux hommes s’opposant constamment). Les seules fois où Nixon eut quelque répit et parut reprendre conscience des grands enjeux fut dans certaines occasions de politique étrangère, notamment lors de son voyage en URSS de la fin du printemps 1974, lorsque Brejnev l’invita à passer deux jours dans sa résidence de Crimée. Les Soviétiques soutinrent Nixon jusqu’au bout, se gardant bien de tenter de profiter de cette vacance du pouvoir à Washington, – circonstance où l’on retrouve le goût russe permanent pour la stabilité. Le 4 février 2013, nous écrivions :

« En plein Watergate (1973-1974), suite directe d’un “coup d’État” bureaucratique des chefs militaires camouflé, dans son issue, en monument à la gloire libérale et médiatique de la Grande Amérique, Nixon se tourna vers Brejnev, qui le soutenait de toutes ses forces de l’extérieur. (Cette interprétation de l’affaire du Watergate lumineuse par son enchaînement, et par conséquent systématiquement ignorée, est signalée dans un texte du 3 février 2010 et analysée dans dde.crisis du 25 janvier 2010.) L’ambassadeur de l’URSS à Washington Dobrynine a témoigné dans ses mémoires que les deux hommes ont travaillé conjointement pour tenter de trouver une solution commune décisive à l’affrontement de la guerre froide ; il fait lui-même allusion à l’action du président du Joint Chiefs of Staff (l’amiral Moorer) contre Nixon, que le KGB avait suivi de près. Dobrynine signale justement qu’une entente entre les deux hommes aurait pu déboucher sur une opération type-glasnost liquidant la puissance de leurs CMI respectifs. »

Bien entendu, les situations structurelles respectives de Nixon et de Trump sont fondamentalement différentes. Il est vrai que le Watergate introduisit un élément d’affaiblissement de la politique extérieure US, mais dans le sens qu’on a vu dans l’extrait ci-dessus, en coupant court à des initiatives révolutionnaires qui auraient pu être lancées par Nixon et Brejnev. D’un point de vue structurel, l’exécutif autour de Nixon était puissamment constitué et fonctionnait de lui-même en suivant une ligne de sécurité nationale assez bien définie selon les normes de la bureaucratie de la Guerre Froide (mais absolument contre les intuitions nixoniennes, certes), avec quelques manipulateurs remarquables, dont Kissinger en premier. Cela évitait tout désordre significatif du fonctionnement de la machine même si cela entravait décisivement une certaine forme de politique envisagée par le président.

L’environnement washingtonien était également plus apaisé et plus cohérent, là aussi loin du désordre et des excès actuels. La presse était en général et sans aucun doute anti-Nixon (avec bien entendu le Washington Post, tout de même dans un rôle plus honorable que l’actuelle démarche complètement FakeNews), mais dans cette affaire du Watergate elle s’appuyait sur des faits précis (une vérité-de-situation, même si l’on peut en discuter et l’origine et l’importance) et non sur un simulacre comme l’est le Russiagate. Le Congrès fit son travail, et même d’une façon déterminante, mais sans la hargne et la haine dépassant en intensité le McCarthysme, dans la situation qu’on voit aujourd’hui. Là aussi, le point fondamental était qu’il y avait une vérité juridique du Watergate (le cambriolage initial au siège du parti démocrate, dans l’immeuble dit-Watergate, acté par la justice), alors que le Russiagate n’est que simulacre.

D'un point de vue conjoncturel et les conditions étant ce qu’elles sont, on peut discuter avec bien des arguments que le Russiagate, que d’autres nomment déjà Trumpgate, ait une influence déterminante sur la position d’influence des USA à l’extérieur. La cause en est complètement paradoxale : il s’agit simplement du constat que cette position d’influence est au plus bas, depuis au moins deux années déjà, essentiellement depuis l’intervention soviétique en Syrie (septembre 2015), et qu’elle s’est encore abaissée avec la campagne présidentielle et la victoire de Trump, puis les conditions de l’installation de Trump à la Maison-Blanche et les attaques dont il fait l’objet. Le Russiagate/Trumpgate ne fait que confirmer et éventuellement accélérer cette tendance à l’effacement, sinon à l’influence des USA en mettant à nu et en plein jour la crise profonde où sont plongés le pouvoir et les élites-Système de Washington D.C. depuis plusieurs années, autour de 2010-2011 pour la phase actuelle. Nous sommes beaucoup plus bas, et sans un régime complètement affirmé d’une surpuissance négative qu’au temps du Watergate.

Surtout, nous sommes dans une logique complètement différente, sinon tout simplement invertie. Le Watergate est venu interrompre brutalement une dynamique de sécurité nationale prometteuse, dans le chef d’une grande politique étrangère de Nixon et, surtout, de la réalisation par ce président de la nécessité de tenter de briser l’emprise du complexe militaro-industrielle sur la politique US. Ce point, bien souvent ignoré parce que Nixon est classé définitivement dans le camp du Diable par la pensée progressiste-sociétale dominante, se trouvait symboliquement résumé par ceci, que nous observions le 28 décembre 2009 :

« Nous rappellerons cette phrase étonnante, que nous citons souvent, du metteur en scène Oliver Stone dans son film ‘Nixon’; la scène montrant Nixon allant rencontrer, impromptu, avec son chef de cabinet Haldeman et deux gardes du corps, des étudiants contestataires au Mémorial Lincoln, lors d’une soirée en 1971, à Washington D.C.; un cercle d’étudiants incrédules se formant autour du président, le pressant, l’interpellant, et soudain une jeune fille de 19 ans (l’âge est précisé) lui demandant pourquoi il ne fait pas tout de suite la paix au Vietnam, lui qui est président, qui a tous les pouvoirs et qui affirme vouloir faire la paix; Nixon répondant par des généralités qui laissent pourtant entendre une expression de sincérité, disant qu’il essaie, que c’est difficile, parlant d’une voix presque oppressée… La jeune fille s’exclame soudain : “Mais on dirait que vous parlez d’une bête que vous n’arrivez pas à dompter!” Nixon repart, s’installe dans la voiture officielle, reste songeur puis, soudain, à l’intention d’Haldeman: “Bob, c’est incroyable, cette gamine de 19 ans, bon Dieu, elle a tout compris !” »

... Au contraire du Watergate, le Russiagate/Trumpgate n’est pas une rupture, ni dans la situation interne de Washington D.C., ni dans la politique intérieure et la situation d’influence des USA. Notamment et paradoxalement, Trump n’est pas venu au pouvoir pour liquider le CMI (voir sa tournée de marchand de tapis à Ryad) mais pour éventuellement (et notamment) tenter, si l’on parle symboliquement, de réconcilier la classe moyenne massacrée des USA et le CMI. Le Watergate est un accident monstrueux (qui et quelle qu’en soient la cause), le Russiagate/Trumpgate est le fruit pourri d’une monstrueuse logique.

 

Mis en ligne le 22 mai 2017 à 10H15

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À Riyad, Donald Trump parle du terrorisme, pas de l’islam

Publié le par Felli Bernard

À Riyad, Donald Trump parle du terrorisme, pas de l’islam

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Contrairement à ce que rapportent les agences de presse occidentales et à ce qu’avait fait le président Obama en Égypte il y a huit ans, le président Donald Trump n’a pas prononcé de discours sur l’islam lors de son voyage en Arabie saoudite.

Rappelant que son voyage qui débutait en Arabie saoudite, terre des lieux saints de l’islam, se poursuivrait à Jérusalem, Bethléem et au Vatican, il a appelé à la pratique de la tolérance et du respect entre les trois religions abrahamiques.

Centrant son discours sur la lutte contre le terrorisme, il a fait appel aux sentiments religieux et humanistes des responsables musulmans présents pour les enjoindre à ne plus coopérer avec ceux qui sèment la mort. Il les a invités à participer au Global Center for Combating Extremist Ideology (Centre global pour combattre l’idéologie extrémiste). En voici les principaux extraits :

« Nous ne sommes pas ici pour donner des conférences, nous ne sommes pas ici pour dire aux autres comment ils doivent vivre, agir, apprendre ou adorer. Au lieu de cela, nous sommes ici pour offrir un partenariat - basé sur des intérêts et des valeurs partagés - afin de poursuivre un avenir meilleur pour nous tous.

(…) C’est un choix entre deux futurs - et c’est un choix que l’Amérique ne peut pas faire pour vous. Un meilleur avenir n’est possible que si vos nations rejettent les terroristes et les extrémistes. Mettez les dehors. Mettez les hors de vos lieux de culte. Mettez les hors de vos communautés. Mettez les hors de votre terre sainte. Mettez les hors de notre terre.

Pour notre part, l’Amérique s’est engagée à ajuster ses stratégies pour faire face à l’évolution des menaces et aux faits nouveaux. Nous éliminerons les stratégies qui n’ont pas fonctionné et nous appliquerons de nouvelles approches éclairées par l’expérience et le jugement. Nous adoptons un réalisme de principe, ancré dans des valeurs communes et des intérêts partagés.

(…) Les responsables religieux doivent rendre cela absolument clair : la barbarie ne vous délivrera aucune gloire - la dévotion envers le mal ne vous apportera aucune dignité. Si vous choisissez le chemin de la terreur, votre vie sera vide, votre vie sera brève, et votre âme sera condamnée.

(…) Avec l’aide de Dieu, ce sommet marquera le début de la fin pour ceux qui pratiquent la terreur et répandent leur vil credo. Dans le même temps, nous prions pour qu’on puisse se souvenir un jour de ce rassemblement comme le début de la paix au Moyen-Orient - et peut-être même dans le monde entier.

(…) Je vous demande de vous joindre à moi, de vous joindre à moi, de travailler ensemble, et de lutter ensemble - Unis, nous ne faillirons pas. Je vous remercie. Dieu vous bénisse. Dieu bénisse vos pays. Et Dieu bénisse les États-Unis d’Amérique ».

Donald Trump’s Speech to the Arab Islamic American Summit”, by Donald Trump, Voltaire Network, 21 May 2017.

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