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Publié le par Felli Bernard

 GAVE Charles
GAVE Charles

Marre de la Grèce, parlons Chine

Marre de la Grèce : Parlons du sujet dont personne ne parle, la Chine

Tout le monde sait que la Chine vient de connaitre un Krach boursier et les journaux se sont fait une joie de répercuter la nouvelle. Ceci étant acquis, je vais poser une question aux lecteurs : quelle est la performance du marché chinois (Shanghai -Shenzhen depuis un an, compte tenu de ce Krach ? -10 % ?, -20 % ?-30% ?
Réponse : +91 %
Des Krachs à + 91 %, on en redemande !
Plus sérieusement, l’indice des valeurs chinoises cotées à Hong-Kong, le China Enterprises Index, que le monde entier peut acheter librement est en hausse de 9 % sur les 12 derniers mois en dollars US et de 31 % en Euro, après ce Krach. Ce qui me parait bien.
Essayons de résumer ce qui s’est passé exactement pour mieux comprendre.

Pour être bref : en Avril 2015, les bourses chinoises se sont littéralement envolées, l’indice des valeurs chinoises cotées à Hong-Kong (le moins volatil de tous les indices chinois) passant de 12 000 à 15 000 en un mois, pour retomber à 12 000 en Juillet.
Donc nous avons eu un mois d’euphorie, corrigé dans les trois mois qui ont suivi et nous nous retrouvons là où nous étions au début de l’année.
Dans le fond, il ne s’est pas passé grand-chose…
Il n’en reste pas moins que la brutalité du mouvement et les commentaires que ce Krach a entrainé m’amènent à faire un certain nombre de remarques.
Question : Qu’est qui a amené cette hausse brutale ?
Réponse : La perspective que la monnaie chinoise, le yuan, devienne convertible et rentre comme composant dans les fameux DTS.
Je m’explique.
Les Droits de Tirages Spéciaux ou DTS sont une moyenne pondérée par leur utilisation dans le commerce international de quatre monnaies : dollar, euro, livre sterling et yen et sont gérés par le FMI. Pour faire bref, ces quatre monnaies sont celles qui sont autorisées par le FMI pour solder les transactions que les pays peuvent avoir et donc sont privilégiées dans la constitution des réserves de change par tous les autres pays.

Or le yuan chinois devrait rentrer dans ce club très fermé la fin de cette année ou au début de l’année prochaine et donc la demande pour le yuan va augmenter de façon significative.
Cette monnaie du coup pourrait monter et les taux d’intérêts en Chine baisser, ce qui serait très favorable au marché des obligations chinoises ou internationales cotées à Hong-Kong (les fameux Dim Sum bonds).
Mais il y a plus. Très rapidement la monnaie chinoise deviendrait convertible, ce qui permettrait au monde entier d’acheter des actions chinoises… Or la capitalisation boursière de la Chine doit être aujourd’hui la seconde du monde. A ce moment-là, tous les fonds indiciels seront obligés d’en acheter, ce qui créera une demande immense et donc ces actions vont monter très fortement.
C’est sur ce raisonnement, que j’ai tenu ici d’ailleurs, que les actions chinoises ont explosé à la hausse en avril et il reste valable bien entendu.
Mais les deux grandes sociétés qui calculent les grands indices internationaux, FT et MSCI ont fait savoir en mai que certes elles incluraient les valeurs chinoises dans les indices, mais avec une sage lenteur, doucement, doucement …
Et comme tous les opérateurs chinois avaient acheté sur marge (c’est-à-dire en empruntant l’argent nécessaire à ces achats), en espérant bien sûr revendre leurs titres à des fonds indiciels d’ici à la fin de l’année, ils se sont retrouvés sans les acheteurs qu’ils espéraient voir surgir et ont donc été obligés de revendre à … d’autres Chinois, qui ne se précipitaient pas pour acheter.
D’où le Krach en juin juillet, qui a été sévère…Mais il y a Krach et Krach

Dans ma carrière, j’ai connu deux sortes de Krach.
Ceux qui étaient parfaitement justifiés comme 1974 ou 2008. Dans ce cas, il est urgent de ne rien faire, sauf si l’on est investi bien sûr (auquel cas il faut vendre en prenant ses pertes) et d’attendre sagement que les événements se passent. Après la phase initiale d’un Krach justifié, il faut bien se garder d’acheter. Du Krach, on va passer à la lente dégringolade, ce qui est bien plus usant et peut prendre de 12 à 18 mois.
Ceux qui étaient la conséquence d’un phénomène technique interne au marché comme en 1987. Ce Krach fut déclenché par la croyance qu’il était devenu possible de s’assurer contre la baisse éventuelle des marchés grâce à un système informatique appelée assurance de portefeuille. Ce système non seulement ne marcha pas, mais surprise, surprise, il accentua les baisses et c’est simplement quand les ordinateurs furent débranchés que la baisse s’arrêta…

La baisse Chinoise actuelle fait partie clairement de la deuxième catégorie.
Il s’agit d’une baisse consécutive à un accroissement de l’endettement en vue d’acheter des actions, fondé sur la croyance que tout risque de baisse a disparu dans le marché. Dans ce second cas cependant, les niveaux atteints après le Krach sont en général des niveaux d’achat. Par exemple, après cette baisse, les grandes valeurs chinoises cotées à Hong-Kong (c’est-à-dire celles que les lecteurs de ‘IDL peuvent acheter) sont à moins de 10 fois les bénéfices tout en offrant des rendements et des taux de croissance de leurs bénéfices très satisfaisants. Dans ce cas de figure, il faut rapidement mettre en place des ordres "stupides" (parce que très inférieurs au cours actuels, dans l’espoir d’être exécuté lors d’une vente forcée), à l’achat bien entendu et sur les valeurs que l’on veut avoir sur le long terme et ne pas lire les journaux.

Quelques remarques supplémentaires.
Certes, la baisse en Chine a été sanglante, mais elle n’a eu un impact que sur ceux qui ont acheté en mai ou en juin en s’endettant pour le faire, c’est-à-dire pas grand monde. Elle ne devrait donc avoir aucun effet sur l’économie du pays.
Qui plus est, cette hausse et cette baisse n’ont touché que de petites valeurs spéculatives cotées à Shenzhen que pas un étranger ne possède et beaucoup moins les grosses valeurs qui elles peuvent être détenues par des non Chinois.
Enfin les autorités Chinoises ont immédiatement pris les mesures habituelles pour enrayer les ventes dites "forcées". Donc rien que de bien normal dans les événements du dernier mois en Chine.
Mais quelque chose m’a cependant surpris dans tout ce tohu-bohu.
Toute la presse occidentale a fait ses gros titres et ses premières pages sur la baisse des marchés en Chine, en expliquant que c’était le début de la fin et que l’économie de l’Empire du Milieu allait s’écrouler.
Et là je ne comprends pas très bien, ou si je comprends, je n’aime pas ce que je comprends.
Les lecteurs de l’IDL savent que je peste depuis des années contre la destruction de nos monnaies par nos banques centrales aidées par nos gouvernements. Or le seul pays qui est en train d’essayer de créer une monnaie de qualité pour lutter contre ces tentatives de destruction de sa monnaie est la Chine. Ce pays en effet est en train de se diriger à grand pas vers un régime ou les taux d’intérêts et les taux de change seront régis par le marché tout en développant des organismes internationaux pour concurrencer le FMI ou la banque Mondiale.
Clairement la Chine veut faire du yuan un concurrent au dollar, ce qui est pour une certaine partie des classes dirigeantes américaines une vraie déclaration de guerre.
Certes, je ne suis pas un grand partisan de la théorie des complots, mais il y a beaucoup de gens dans le monde qui espèrent de tout cœur que l’expérience chinoise va échouer.
Imaginons un instant qu’elle réussisse et la plus vieille loi mise à jour en économie se mettrait en branle, je veux parler de la loi de Gresham : "la mauvaise monnaie chasse la bonne", ce qui voudrait dire que de moins en moins de gens épargneraient en dollars et de plus en plus en yuan. Voilà qui serait un vrai mouvement des plaques sismiques, dont chacun sait qu’ils déclenchent de grands tremblements de terre.
Et donc je pense réellement que les forces considérables qui ont organisé chez nous les expériences monétaires dont nous souffrons actuellement espèrent de tout cœur que l’expérience chinoise de retour à une monnaie saine va échouer. Pour parler brutalement, si l’expérience Chinoise réussit, l’autre échouera. C’est aussi simple que cela.
Ce qui m’amène à la conclusion boursière (on ne se refait pas). A mon avis, l’expérience monétaire Chinoise va réussir et la nôtre échouer puisque la première est fondée sur la réalité de ce qu’est vraiment une monnaie et que la deuxième nie cette réalité
Et donc, épargnants de tous les pays, unissez-vous, vous n’avez que vos chaines à perdre et cap à l’Est.
Paru sur Institut des Libertés, juillet 2015

GAVE Charles

Né le 14 septembre 1943
4 enfants


Economiste et financier
Président Fondateur de l'Institut des Libertés (www.institutdeslibertes.org)


Diplômé de l'université de Toulouse (DECSS d'économie)
et de l’université de Binghamton (MBA),

Président Fondateur de Gavekal research (www.gavekal.com) et de Gavekal securities (Hong Kong)
Membre du conseil d'administration de SCOR
Co-fondateur de Cursitor-Eaton Asset Management (Londres) (1986)
Créateur de l'entreprise Cegogest (recherche économique) (1973)

Ouvrages
Charles Gave s'est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire :
Des Lions menés par des ânes (Editions Robert Laffont) (2003)
où il dénonçait l'Euro et ses fonctionnements monétaires.
Ouvrage préfacé par Milton Friedman
Un libéral nommé Jésus, Bourin, 2005
C'est une révolte ? Non, Sire, c'est une révolution. L'intelligence prend le pouvoir, Bourin, 2006
Libéral, mais non coupable, Bourin Éditeur, 2009
'Etat est mort, vive l'état - Editions François Bourin 2009
Dernier ouvrage qui prévoyait la chute de la Grèce et de l'Espagne.

Dernier de GAVE Charles

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Le fiasco absolu de la diplomatie française au Proche-Orient

Publié le par Felli Bernard / François Belliot

François Belliot
François Belliot

Aujourd'hui

Le fiasco absolu de la diplomatie française au Proche-Orient

Non seulement Laurent Fabius & Cie se sont trompés sur toute la ligne, mais ils ont gravement décrédibilisé notre diplomatie en humiliant inutilement des interlocuteurs majeurs.

François Belliot

477

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Depuis quatre ans, la France est à la pointe des pays qui appellent à un « changement de régime » en Syrie et se refusent à tout compromis avec le régime des mollahs iraniens, suspect de vouloir se doter de l’arme atomique afin de « rayer Israël de la carte ». Cela s’est traduit par une série de positions intraitables contre ces deux pays, dont il est temps d’évaluer aujourd’hui la pertinence, à la lumière des évolutions régionales et internationales les plus récentes.

Retour sur quelques dates clés : le 23 novembre 2011, le gouvernement français est le second État à reconnaître les rebelles du Conseil national syrien comme seule instance représentative du peuple syrien ; le 28 mai 2012, il est le premier à expulser l’ambassadeur de Syrie en France, en réponse au massacre de Houla. Le 17 août 2012, à l’occasion d’une visite dans un camp de réfugiés à la frontière syro-turque, Laurent Fabius déclare qu’« el-Assad ne mériterait pas d’être sur la terre » ; le 25 août 2013, suite à une attaque chimique de grande ampleur dans la banlieue de Damas, le même Fabius déclare : « Les indications sont totalement convergentes sur l’étendue du massacre et la responsabilité écrasante du régime » ; le 10 novembre 2013, le gouvernement français fait capoter un premier accord sur le nucléaire iranien, en posant à l’Iran des conditions inacceptables ; le 20 janvier 2014, le gouvernement français pèse encore de tout son poids pour s’opposer à la participation de l’Iran à la conférence de paix sur la Syrie dite de Genève 2.

Or, à l’été 2015, nous sommes obligés de prendre acte de ce que la fameuse phrase de Mahmoud Ahmadinejad appelant à « rayer Israël de la carte » n’a jamais été prononcée, le Premier ministre iranien ayant évoqué tout au plus la nécessité d’un changement de régime. À ce jour, seuls sept pays ont reconnu le Conseil national syrien, et surtout pas les insurgés. Il est avéré que le massacre de Houla, le 25 mai 2012, était une opération sous faux drapeau perpétrée par des djihadistes ; que la frontière turque sert depuis mars 2011 de zone de transit d’armes pour les rebelles ; et de nombreux rapports pointent du doigt la responsabilité de la dissidence wahhabite dans l’attaque à l’arme chimique de la Ghouta le 21 août 2013.

L’accord conclu le 14 juillet 2015 sur le programme nucléaire iranien permet la levée progressive des sanctions et la reprise des relations commerciales avec la France… contrainte à un piteux rétropédalage dans l’espoir de recueillir, pour ses entreprises, quelques bribes d’un marché hier perdu. En conséquence, l’exclusion de l’Iran de pourparlers pour un règlement politique de la crise syrienne apparaît aujourd’hui comme impensable, surtout avec l’expansion de l’État islamique en Syrie et en Irak. Au demeurant, l’intransigeance de la France envers la Syrie et l’Iran contraste de façon choquante avec sa mansuétude envers les crimes contre l’humanité perpétrés périodiquement par l’armée israélienne dans la bande de Gaza.

Force est donc de constater que la diplomatie française au Proche-Orient, ces quatre dernières années, mérite un zéro pointé. Non seulement Laurent Fabius & Cie se sont trompés sur toute la ligne, mais ils ont gravement décrédibilisé notre diplomatie en humiliant inutilement des interlocuteurs majeurs tels que l’Iran et en se faisant les promoteurs d’expéditions punitives en Libye puis en Syrie sur la base d’informations et de massacres manipulés.

De telles « erreurs d’appréciation » dans un véritable État de droit eussent dû être sanctionnées par une Haute Cour de justice. Pourtant M. Fabius ne craint pas d’affronter le courroux de l’opinion publique en se rendant à Téhéran où il s’est rendu tristement célèbre par le scandale du sang contaminé (300 Iraniens en ont été victimes et jamais indemnisés), à l’époque où il était Premier ministre. Si, en France, tout le monde semble avoir oublié ce douloureux épisode, en Iran, la mémoire à ce sujet reste vive. Un passif qui, en principe, eût dû écarter définitivement Laurent Fabius de toute responsabilité de premier plan. Un bilan accablant largement confirmé par ses fonctions à la tête de la diplomatie française depuis mai 2012, quelles que soient les flatteries médiatiques dont on l’entoure assidûment.

François Belliot

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Jacques SAPIR / Pierre Laurent, la Grèce et les mensonges

Publié le par Felli Bernard

Pierre Laurent
Pierre Laurent

2

août

2015

Pierre Laurent, la Grèce et les mensonges

PAR JACQUES SAPIR · 25 JUILLET 2015

Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, vient de donner le samedi 25 juillet une interview à Marianne[1]. Il justifie sa position au sujet de la Grèce et son soutien à la capitulation consentie par Alexis Tsipras. C’est son droit. Mais, pour se faire, il prend un certain nombre de libertés avec les faits. Et cela est beaucoup plus condamnable. Cette interview est une excellente illustration des illusions d’une partie de la « Gauche Radicale », illusions sur l’Euro et sur l’Europe, dont il semble désormais que le Parti de Gauche commence à se dégager[2].

Un petit florilège des citations de Pierre Laurent permet de voir qu’il entretient de sérieuses illusions, et même qu’il adopte un point de vue « européiste » qui n’est pas éloigné de celui du Parti dit « socialiste ». Mais, il faut aussi savoir que les prises de position de Pierre Laurent sont aujourd’hui fortement critiquées dans de larges fractions de la base comme de l’appareil du PCF. Ces prises de position reflètent bien plus les errances d’un homme et d’un groupe de direction du PCF qu’une position largement défendue au sein du Parti.

Une analyse tendancieuse du 13 juillet

Tout d’abord, quand il entend justifier la capitulation de Tsipras, Pierre Laurent dit au journaliste la chose suivante :

« Ils ont enfermé la Grèce et ses dirigeants dans une alternative qui était soit le Grexit — souhaité par les Allemands de manière ouverte, Wolfgang Schaüble, le ministre des Finances allemand, a plaidé jusqu’au dernier moment auprès des Grecs pour une sortie ordonnée —, soit le plan d’austérité qui a finalement été imposé. Le choix qu’a fait Tsipras est un choix qui évite la banqueroute bancaire de son pays, une situation qui aurait été terrible pour les Grecs. Je crois qu’il n’avait pas d’autres alternatives »[3].

Si je suis d’accord qu’un effondrement des banques est une catastrophe, je signale à Pierre Laurent que ce que Tsipras a refusé c’est la proposition de Varoufakis de (1) réquisitionner les banques et (2) de réquisitionner la Banque de Grèce. Ce faisant, le gouvernement aurait eu accès aux réserves (sous contrôle de la BCE avant la réquisition) déposées à la Banque de Grèce mais aussi dans les banques commerciales. La réquisition est un mécanisme qui permet à tout gouvernement de la zone Euro de s’affranchir de la tutelle de la BCE. Dire, dans ces conditions, que le choix de Tsipras était entre la banqueroute et la capitulation est faux. La décision de Tsipras a été politique, et non économique. C’était un choix entre s’engager sur une voie, celle que proposait son Ministre des finances Yanis Varoufakis, voie pouvant le conduire à sortir de l’Euro, ou bien d’accepter l’austérité. Présenter cela comme une décision économique est un mensonge éhonté[4]. Les choses sont désormais publiques, et il est triste de voir Pierre Laurent s’enferrer dans le mensonge.

Pierre Laurent révolutionne la science économique

Commentant un possible Grexit, Pierre Laurent ajoute alors :

« Et une sortie de la zone euro laisserait n’importe quel pays qui la pratiquerait devant la même pression des marchés financiers, voire une pression décuplée et une dévaluation nationale plus grave encore ».

Il semble ici que Pierre Laurent, qui a pourtant fait des études d’économie à Paris 1, ignore qu’il existe des moyens réglementaires permettant à un pays de faire fortement baisser la pression exercée par les marchés financiers. Cela s’appelle le contrôle des capitaux. Non pas le « contrôle des capitaux » imposé par la BCE à la Grèce, et qui aboutit à empêcher les entreprises grecques de faire des opérations sur l’étranger via les comptes Target2 (et qui s’apparente en réalité à un contrôle des changes), mais les contrôles sur les mouvements de capitaux à court terme non liés à des opérations matérielles. Ces mouvements représentent entre 90% et 95% des flux de capitaux, et sont essentiellement des mouvements spéculatifs. Bien entendu, pour les mettre en œuvre, il faut recouvrer le contrôle sur la Banque Centrale. Ici, soit Pierre Laurent fait la preuve de sa méconnaissance des mécanismes économiques de base, soit il les connaît, et en ce cas il ment en toute connaissance de cause. Je laisse le lecteur libre de son choix.

Pierre Laurent est un grand logicien

Pierre Laurent assène alors un argument qui lui apparaît imparable pour écarter une sortie de l’Euro. Cet argument, le voici :

« Il y a d’ailleurs des pays aujourd’hui qui, en dehors de la zone euro, sont également frappés par des politiques d’austérité. Car la pression des marchés s’exerce partout et sur tous les pays ».

On reste sidéré par ce que ce paragraphe implique comme méconnaissance des liens logiques qui relient plusieurs éléments. Bien sûr, il existe des pays qui ont des politiques d’austérité sans appartenir à l’Euro. Nul ne l’a nié. Mais, connaît-on un pays de la zone Euro qui n’applique pas une politique d’austérité ? En fait, on peut montrer que la zone Euro induit un cadre dépressif pour les économies qui y participent[5]. Donc, cet argument ignore ce qu’en logique on appelle des conditions nécessaires et des conditions suffisantes. La sortie de l’Euro est une condition nécessaire à une rupture avec une politique d’austérité, mais ne constitue nullement une condition suffisante. Par contre, par sa méconnaissance de la logique la plus élémentaire, Pierre Laurent nous montre qu’il est suffisant mais pas nécessaire.

Pierre Laurent révolutionne la science économique (bis)

On revient à un argument en apparence plus économique avec la citation suivante, qui se révèle, à nouveau, tout à fait catastrophique :

« Oui, mais aujourd’hui, la différence est que tous les avoirs détenus par les Grecs sont en euros. Et le transfert de ces avoirs dans une monnaie nationale qui serait dévaluée par les marchés financiers conduirait, dans un premier temps, à un affaiblissement considérable du potentiel de ressources des Grecs. Alors que pour reconstruire leur pays, ils ont besoin d’un niveau d’investissement important ».

Notons tout d’abord que ce ne sont pas les « marchés financiers » qui transfèrent les avoirs qui sont détenus par les grecs. C’est en réalité le système bancaire, s’il s’agit d’avoirs détenus en Grèce. Pierre Laurent, à l’évidence soit ne connaît pas les règles de fonctionnement de l’économie, soit cherche à nous mener en bateau. Ces avoirs en Euros seront automatiquement re-dénominés en Drachmes. Mais cette redénomination touchera toutes les valeurs de l’économie grecque. Donc, le potentiel d’investissement sur la base de l’épargne (oui, cette chose que l’on apprend en fin de première année d’économie, l’égalité entre l’épargne et l’investissement) sera inchangé par rapport aux valeurs de l’économie grecque. Mais, une partie de ces avoirs ne sont pas détenus en Grèce. Donc, ils resteront en Euros (ou dans une autre monnaie, que ce soit le Dollar ou, peut être, le Mark allemand…). Si la Drachme est dévalué, disons de 25%, cela signifie que ces avoirs seront réévalués de 33%. Donc, le potentiel d’investissement, sur la base des avoirs grecs détenus à l’étranger, sera largement augmenté. Ce qui veut dire que les grecs ayant mis leurs avoirs à l’étranger pourraient les rapatrier avec un effet bien plus positif sur les investissements que si la Drachme n’avait pas été dévaluée. Notons encore que ceci s’applique aussi à l’ensemble des investisseurs étrangers. En fait, une sortie de l’Euro et une dévaluation de 25% de la Drachme constituent la condition pour qu’un flux d’investissement important en drachmes se reconstitue en Grèce.

Mais, il est peu probable que Pierre Laurent ignore à ce point les mécanismes de base de l’économie, ou alors il faut s’interroger sur les conséquences délétères sur le cerveau humain d’années de travail au journal l’Humanité. Il est bien plus probable que Pierre Laurent, ici encore, mente, et qu’il mente avec l’aplomb d’un arracheur de dents.

Quand Pierre Laurent joue au prestidigitateur

Reprenons le cours du raisonnement. Pierre Laurent nous offre une magnifique perle avec la citation suivante :

« Puisque les solutions apportées par Tsipras étaient totalement viables et elles restent praticables dans la zone euro. Ce n’est pas la zone euro qui les empêche mais la décision politique prise par les dirigeants allemands et un certain nombre d’autres dirigeants européens de rendre impossible l’expérience politique de Syriza ».

Ici, Pierre Laurent fait mine de croire que les dirigeants allemands et européens ont été conduits uniquement par leur haine politique de Syriza. Que ces dirigeants n’aient pas apprécié Syriza est certain. Mais, quand bien même l’auraient-ils apprécié, accepter les solutions proposées par Tsipras impliquait, à relativement court terme, faire basculer la zone Euro vers ce que l’on appelle une « union de transfert ». Or, les montants nécessaires pour faire fonctionner la zone Euro sans les politiques d’austérité ont été évalués, et on trouvera l’une de ces évaluations d’ailleurs dans ce carnet. Pour faire court, il faudrait que l’Allemagne consacre entre 8% et 10% de son PIB tous les ans pendant environ dix ans à ces transferts. Il est clair que cela n’est pas possible, sauf à vouloir détruire l’économie allemande. La véritable cause du rejet des options de Syriza se trouve là. Affirmer que « les solutions apportées par Tsipras étaient totalement viables et elles restent praticables dans la zone euro » est un nouveau mensonge. Les solutions proposées par Tsipras impliquaient une refonte totale de la zone Euro, et cette refonte aboutissait à faire peser un poids excessif sur l’Allemagne. Telle est la vérité. Mais, cette vérité gêne Pierre Laurent, qui préfère la faire passer sous le tapis pour sauver l’illusion de la possibilité d’une zone Euro qui ne soit pas austéritaire. Pierre Laurent doit donc mentir quant aux conditions de viabilité de la zone Euro, mais, nous l’avons vu, il n’est pas à un mensonge près.

Le dernier mensonge

Il ne reste donc à Pierre Laurent qu’un argument : le point Godwin ou la réduction du dilemme grec à un affrontement avec le Front National. Il suffit de regarder le paragraphe suivant pour s’en convaincre :

« Il y a aujourd’hui trois options en débat. L’option d’une Europe de l’ordre libérale, celle qui existe aujourd’hui. Il y a l’option d’une destruction de l’Europe et d’un retour à la compétition, voire au choc des nations dans la crise que traverse l’Europe, c’est l’option du Front national et des forces qui l’appuient. Et il y a l’option qui est la nôtre, celle de Tsipras, la mienne, celle que nous défendons, qui est l’option de la reconstruction d’une Europe de coopération, de solidarité, d’une Europe de souveraineté qui doit laisser plus de place aux pouvoirs de chaque nation de négocier démocratiquement son insertion dans cette Europe de solidarité. Nous parlons d’une Europe à géométrie choisie… ».

Passons sur le fait que proclamer que l’on vivrait mieux dans le monde des bisounours, la troisième option, na jamais fait avancer le débat. Mais, une sortie de la Grèce de l’Euro, et à terme, une dissolution de l’Euro, entraineraient-ils ce cataclysme que prévoit Pierre Laurent ? En fait, de nombreux économistes soutiennent aujourd’hui qu’une sortie de l’Euro était préférable, certains conservateurs comme Henkel[6], d’autres progressistes comme Kevin O’Rourke[7] ou Stefano Fassina[8], ancien ministre du PD en Italie, et parmi eux des assistants de Varoufakis[9]. C’est donc un nouveau mensonge de Pierre Laurent que de prétendre que l’option d’une sortie de l’Euro serait le fait du seul Front National. Un mensonge de plus dira-t-on. Espérons, en tous les cas, qu’il soit le dernier.

[3] Pierre Laurent : “Une sortie de la zone euro n’empêche pas la pression des marchés”, op.cit..

[4] Je renvoie à l’article de Jamie Galbraith, qui a travaillé avec Varoufakis publié dans Harper’s, http://harpers.org/blog/2015/07/greece-europe-and-the-united-states/ ainsi qu’aux explications données par Yannis Varoufakis lui-même sur son blog : http://yanisvaroufakis.eu/2015/07/14/on-the-euro-summits-statement-on-greece-first-thoughts/

[5] Voir Bibow, J., et A. Terzi (eds.), Euroland and the World Economy—Global Player or Global Drag? Londres, Palgrave, 2007.

[6] http://www.conservativehome.com/platform/2015/07/hans-olaf-henkel-mep-greece-must-leave-the-eurozone-for-the-good-of-us-all.html

[7] http://www.socialeurope.eu/2015/07/moving-on-from-the-euro/

[8] http://www.stefanofassina.it/lavoroeliberta/2015/07/19/sono-daccordo-con-schouble-una-grexit-assistita-unica-soluzione/

[9] Munevar D., « Why I’ve Changed My Mind About Grexit », in SocialEurope, 23 juillet 2015, http://www.socialeurope.eu/2015/07/why-ive-changed-my-mind-about-grexit/

Source : http://russeurope.hypotheses.org

19 réponses à Pierre Laurent, la Grèce et les mensonges

pour lire les 19 réponses ,cliquez sur le lien : http://www.les-crises.fr/pierre-laurent-la-grece-et-les-mensonges/

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Le jeu compliqué de la Turquie

Publié le par Felli Bernard

Jean-Michel Vernochet
Jean-Michel Vernochet

Le jeu compliqué de la Turquie

La question des livraisons d’armes aux wahhabites étant revenue sur le tapis à l’approche des élections législatives du 7 juin, le président Erdoğan menaçait, avec violence, les organes de presse qui avaient eu l’outrecuidance de publier des preuves quant à ces trafics.

Jean-Michel Vernochet

Écrivain

Ancien grand reporter au Figaro Magazine

81

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La duplicité des occidentalistes n’a pas de limites. Les discours contredisent les actes mais le Niagara de la propagande par voie de presse fait le reste. D’ailleurs, l’information entre par une oreille et ressort par l’autre. Ne surnage d’un flot de mots que quelques bribes structurantes du type « La Turquie d’Erdoğan vient enfin d’entrer dans la danse contre l’État islamique ».

Autrement dit, Ankara appuierait désormais la coalition américaine anti-Daech (opérationnelle depuis août 2014) de toute la puissance de son aviation de combat ! Au demeurant, on se demandera en vain pourquoi la Turquie – cette grande amie de l’Occident, pilier oriental de l’OTAN, contrainte en principe par la solidarité atlantique, qui en outre prétend rejoindre l’Union européenne – est resté inactive jusqu’à ce jour ?

En fait, Ankara n’est jamais resté hors du débat, ni passif ni neutre 1. Nul n’ignore que le territoire turc sert depuis 2013 de couloir de transit des candidats djihadistes vers la Syrie et l’Irak. Ni que des blessés de Daech sont soignés sur son territoire, tout comme ceux d’al-Nosra dans les hôpitaux israéliens. Tel Aviv a récemment reconnu avoir accueilli quelque 1.600 « Syriens » dans ses services de soins après qu’une ambulance israélienne eut été caillassée et son occupant tué par des Druzes, le 22 juin dernier sur le plateau du Golan. Bref, la Turquie est une base arrière des terroristes wahhabites de Daech, acheteuse du pétrole extrait du sol du califat, abritant des camps d’entraînement et des ateliers de fabrication d’armes chimiques dont quelques-uns furent démantelés à grand tapage médiatique.

Dans un article 2 du 6 avril 2014, l’Américain Seymour Hersh accusait la Turquie d’avoir « inspiré, poussé et aidé » les rebelles syriens à perpétrer l’attaque chimique du 21 août 2013 dans la ghouta de Damas. Forfait qui fit un nombre indéterminé de victimes, plusieurs centaines au bas mot, et qui eut un énorme retentissement international. Acte qui justifia les préparatifs d’offensive de la part de Washington et de Paris contre le régime baasiste de Damas. Opération qui avorta lamentablement le 31 août suivant, pour la plus grande confusion du président Hollande que son homologue américain avait omis de prévenir.

Alors pourquoi Ankara se décide-t-il enfin à rejoindre les 22 pays censés œuvrer à la destruction de cet État islamique que soutiennent, en sous-main, les pétromonarchies wahhabites, Qatar et Arabie, tout en faisant mine de le combattre ? L’histoire est trop longue pour être contée ici en son entier. Toujours est-il que les succès kurdes en Irak, notamment la prise de Kobané le 25 janvier dernier, ont en partie coupé les lignes de ravitaillement turques à destination de Daech. Un soutien logistique qui commençait à faire scandale depuis que, le 19 janvier 2014, la gendarmerie du gouvernorat d’Adana avait intercepté un transport d’armes des services spéciaux (MIT) à destination des groupes combattants salafo-wahhabites de Syrie. Le convoi bloqué achèvera finalement sa mission quand il fut établi qu’il était placé directement sous les ordres du Premier ministre turc 3.

La question des livraisons d’armes aux wahhabites étant revenue sur le tapis à l’approche des élections législatives du 7 juin, le président Erdoğan menaçait, avec violence, les organes de presse qui avaient eu l’outrecuidance de publier des preuves quant à ces trafics. Las, le Parti démocratique des peuples (HPD), qui regroupe sept partis politiques, obtenait aux élections 13 % des suffrages exprimés, portant ainsi un coup sévère au monopole du pouvoir exercé par l’AKP. Devant l’affaiblissement des islamo-kémalistes d’Erdoğan, les irrédentistes kurdes du PKK reprirent du poil de la bête. La réponse ne s’est pas fait attendre, et après une vague d’arrestations (dont celle du co-président due HDP, le Kurde Selahattin Demirtas), le 24 juillet, Ankara rompt la trêve de 2013 et ouvre les hostilités le 26 en bombardant des positions du PKK en Irak. Cela avec l’aval, au moins implicite, de Washington et sous couvert de frapper Daech. Un vilain prétexte qui ne trompe personne. Une guerre contre la nation kurde tout entière à laquelle les troupes de Barzani, pourtant allié des États-Unis et d’Israël, n’ont pas l’heur d’échapper.

Notes:

  1. France24.com (31 juillet 2015) précise : « Le mouvement Ahrar al-Sham [composante de “l’Armée de la conquête”] qui regroupe des salafistes proches des Frères musulmans soutenus par la Turquie et le Qatar, ne défend pas un djihad global et limite ses actions au territoire national, contrairement aux djihadistes du Front al-Nosra, qui est la branche syrienne d’Al-Qaïda. »
  2. London Review of Books.
  3. Le quotidien turc Cumhuriyet publiait le 29 mai 2015 un ensemble de photos et une vidéo, témoignant de cette livraison.

Jean-Michel Vernochet

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Exposer le racisme au cœur de Maidan

Publié le par Felli Bernard

Alexander Mercouris
Alexander Mercouris

Exposer le racisme au cœur de Maidan

Par Alexander Mercouris – Le 29 juillet 2015 – Source Russia Insider

La Révolution Maidan n’est finalement pas une question de démocratie ou de droits humains, ni d’intégration européenne de l’Ukraine. Comme l’article ci-joint le montre, elle est plutôt l’expression de la haine paranoïaque de certains Ukrainiens envers la Russie.

Toute tentative visant à comprendre le conflit ukrainien et pourquoi il est si intraitable doit affronter l’idéologie de la révolution de Maidan.

Une fois que cette tentative est faite, il devient clair très rapidement que le facteur déterminant unique qui est le moteur du conflit n’est pas le désir ukrainien d’établir une démocratie libérale européenne, mais la peur et la haine – au point de l’obsession pathologique – qu’une petite minorité d’ Ukrainiens voue à la Russie et aux Russes.

Comme exemple de la nature fanatique de ces points de vue, nous reproduisons un article censé fournir un aperçu de l’histoire russe publié par Euro Maidan Press – une agence qui n’est en aucun cas considérée comme extrême en Ukraine, mais qui au contraire représente ce qui pourrait être appelé l’opinion moyenne de Maidan.

Réfuter en détail le tissu de bêtises paranoïaques qui compose cet article serait trop long. Nous voudrions simplement relever trois points :

1. L’article est profondément raciste. Mettant de côté le fait que rien ne soutient l’affirmation selon laquelle les Russes ne sont pas des vrais Slaves (alors que les tests ADN montrent une relation génétique étroite entre Russes, Biélorusses, Ukrainiens et Polonais suggérant qu’il s’agit de membres d’un seul groupe de parenté ancestrale), les caractérisations répugnantes que l’article propose à propos des Finno-ougriens et des Tatars-Mongols, dont il prétend qu’ils sont les véritables ancêtres des Russes modernes, sont profondément désagréables et rébarbatives.

Qui sont-ils pour s’autoriser des passages comme celui-ci ?

«La psychologie grand-russe a absorbé de nombreuses caractéristiques des instincts Tatar-Mongols, conquérants et despotiques, dans le but ultime de dominer le monde.
Ainsi, au XVIe siècle est né le prototype du conquérant horrible sans aucune d’éducation, enragé et cruel.
Ces personnes ne connaissaient rien de la culture et de la littérature européenne. Toutes ces choses comme la morale, l’honnêteté, la honte, la justice, la dignité humaine et la conscience historique leur étaient absolument étrangères.
Une quantité importante de Tatar-Mongols se trouvaient dans la population des Grands-Russes du XIIIe au XVIe siècle et ils composaient la généalogie de plus du quart de la noblesse russe.
Voici quelques noms tatars qui ont fait la renommée de l’Empire russe : Arakcheev, Bounine, Derzhavin, Dostoïevski, Kouprine, Plekhanov, Saltykov-Shchedrin, Tourgueniev, Sheremetiev, Chadaev et bien d’au
tres.»

La suggestion que des géants culturels comme Bounine, Derzhavin, Dostoïevski, Saltykov-Shchedrin et Tourgueniev appartenaient à un peuple qui «n’avait aucune culture littéraire européenne. Toutes ces choses comme la morale, l’honnêteté, la honte, la justice, la dignité humaine et la conscience historique leur étaient absolument étrangères» serait offensant pour la plupart des gens. Ces commentaires sont, de toute façon, profondément racistes.

2. L’article échoue complètement à expliquer que si les Russes n’ont aucun lien avec les Rus de Kiev, pourquoi prétendent-ils en avoir et vont-ils jusqu’à dire que l’histoire de la Rus de Kiev est aussi la leur. À l’époque où l’article prétend que les dirigeants russes ont inventé une histoire volée à celle de la Rus de Kiev, ses gloires remonteraient loin dans le passé. On ne voit pas pourquoi les Russes, descendants présumés des Finno-ougriens et des conquérants Tatars, auraient fondé leur histoire sur la Rus de Kiev s’ils n’avaient vraiment aucun lien avec elle.

3. L’affirmation selon laquelle la Russie ne vint à être connue comme l’empire russe qu’à l’époque de Pierre le Grand et que le tsar de Russie (ou de Moscovie, comme l’article insiste à qualifier la Russie) n’était mentionné ni en Russie ni en Europe comme empereur de Russie jusqu’à l’époque de Pierre le Grand est tout simplement fausse. Les Européens ont couramment appelé le pays Russie et régulièrement évoqué le tsar russe comme l’empereur de la Russie bien avant l’époque de Pierre le Grand. Un exemple peut même être trouvé dans Shakespeare : les mots d’Hermione dans l’acte 3, scène 2 du Conte d’hiver (1623, publié d’abord en 1611)

L’empereur de Russie était mon père ;
Ah ! s’il vivait encore,
Et qu’il vît ici le procès de sa fille !
Je voudrais qu’il pût voir seulement la profondeur de ma misère ;
mais avec les yeux de la pitié et non ceux de la ven
geance !

Tant que ces croyances fanatiques régneront en Ukraine, la paix entre ce pays et la Russie, et au sein de l’Ukraine elle-même est impossible.

Pendant ce temps pourquoi l’Occident soutient-il des personnes qui profèrent de telles opinions racistes?

Alexander Mercouris

Traduit par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

Note du Saker Francophone 

Ne serait-ce pas plutôt lui, l'Occident, qui aurait perdu ... «toutes ces choses comme la morale, l'honnêteté, la honte, la justice, la dignité humaine et la conscience historique leur étaient absolument étrangères».
Stepan Bandera – icône d’une idéologie fasciste russophobe

Stepan Bandera – icône d’une idéologie fasciste russophobe

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25 vérités de l’économiste Thomas Piketty sur la dette grecque

Publié le par Felli Bernard

Salim Lamrani est Docteur de l’Université Paris-Sorbonne et maître de conférences à l’Université de La Réunion et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les États-Unis
Salim Lamrani est Docteur de l’Université Paris-Sorbonne et maître de conférences à l’Université de La Réunion et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les États-Unis

25 vérités de l’économiste Thomas Piketty sur la dette grecque

Publié le 31 juillet 2015 par Salim Lamrani

L’auteur de l’ouvrage Le capital au XXIe siècle dénonce l’hypocrisie de la troïka et du Fonds monétaire international au sujet de la question de la dette (1).

1. Par le passé, les dettes publiques ont été bien plus importantes que la dette actuelle de la Grèce. Celle-ci s’élève à 312 milliards d’euros et représente 170% de la production annuelle du pays. La dette de la Grèce est en réalité dérisoire car l’économie du pays ne représente que 2% du PIB de la zone Euro. La dette de la Grèce ne représente donc qu’à peine 3% du PIB de la zone Euro et ne constitue pas un danger pour l’équilibre économique de l’Europe.

2. Les grandes puissances européennes telles que la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont déjà eu par le passé, notamment au XIXe et au XXe siècle, une dette supérieure à 200% de leur PIB. A chaque fois, une solution a été trouvée.

3. « Au XXe siècle, la France et l’Allemagne sont les deux pays par excellence qui n’ont jamais remboursé leur dette publique ».

4. « Il y a quelque chose d’ironique » à exiger de la Grèce un remboursement impératif de sa dette en oubliant que « l’Europe s’est construite après la Seconde Guerre mondiale sur un certain nombre de principes, et notamment sur l’oubli des dettes du passé pour investir dans l’avenir ».

5. Ainsi, en 1953, l’Europe a décidé collectivement d’annuler toute la dette extérieure de l’Allemagne parce qu’elle avait « fait le choix de l’avenir ».

6. Il existe plusieurs méthodes face au problème de la dette. La méthode lente et inefficace, qui est actuellement appliquée à la Grèce, consiste à demander à la nation d’accumuler des excédents budgétaires (recettes tributaires supérieures aux dépenses publiques) et de les allouer au remboursement des créances. Elle a le défaut de s’étaler sur la durée, plus d’un siècle, d’inhiber la croissance économique et d’avoir un coût social très élevé.

7. « Quand on dépasse une certaine ampleur de dette publique, il faut utiliser des méthodes plus rapides ». Il en existe trois qui ont été utilisées par le passé : l’inflation modérée, les impôts exceptionnels sur les patrimoines privés et surtout les annulations de dettes.

8. « Il y a eu des annulations de dettes dans le passé et il y en aura dans l’avenir ».

9. « Les gouvernements n’ont pas le courage de mettre [le sujet de l’annulation de la dette] sur la table », qui est pourtant une chose inévitable si l’on veut sortir de la crise et « le plus tôt serait le mieux ».

10. On présente le peuple grec comme vivant au-dessus de ses moyens. Pourtant, actuellement, sous le gouvernement d’Alexis Tsipras, le budget de la Grèce est à l’équilibre, sans le service de la dette. Il y a même « un léger excédent primaire » équivalant à 1% du PIB en 2015, ce qui représente 1,83 milliards d’euros. Le remboursement de la dette devient insoutenable, surtout si l’on prend en compte le fait que les banques privées ont octroyé des prêts à la Grèce à des taux usuraires pouvant atteindre les 18%, rendant ainsi la créance mathématiquement impayable.

11. Les institutions financières internationales exigent de la Grèce, en vertu des accords imposés en 2012, qu’elle alloue 4% de son PIB au remboursement de la dette pendant les 30 prochaines années. « Le budget total de tout le système de l’enseignement supérieur grec représente moins de 1% du PIB. Cela revient donc à demander au contribuable grec d’allouer, pendant les 30 années qui viennent, quatre fois plus d’argent pour rembourser la dette du passé que tout ce qui est investi dans l’appareil de formation supérieure du pays. Est-ce la bonne façon de préparer l’avenir. Evidemment, non ! Donc, c’est absurde ».

12. « On n’a jamais demandé, et fort heureusement, à l’Allemagne, à la France et aux pays européens au lendemain de la Seconde guerre mondiale de faire cela. On a procédé à des annulations de dettes et c’est cela qui a permis la reconstruction de l’Europe dans les années 1950. On a pu se libérer du fardeau de la dette et investir les ressources publiques dans les infrastructures, l’éducation et la croissance ».

13. « L’Europe, par le traité budgétaire de 2012, fait le choix britannique du XIXe siècle, de la pénitence pendant des décennies et des décennies, plutôt que le choix européen de l’après-guerre qui a consisté à se projeter dans l’avenir ».

14. « Il y a une amnésie historique qui est extrêmement grave. L’ignorance historique de la part de nos dirigeants est absolument consternante ».

15. « Le gouvernement français a une très grosse responsabilité » dans cette situation en refusant de s’opposer à l’intransigeance de l’Allemagne. « Hollande doit prendre ses responsabilités et dire que la restructuration de la dette, c’est maintenant ».

16. Sans geste fort, il y a un risque de « prolonger la période d’incertitude », qui a un gros impact sur la croissance, et de « replonger la Grèce dans la récession, ce qui est extrêmement grave ».

17. « Il n’y a pas plus de problème de la dette en Europe, qu’au Japon ou qu’aux Etats-Unis ».

18. « Il y a beaucoup d’hypocrisie dans tout cela car les banques françaises et allemandes sont très contentes de retrouver les actifs financiers des riches Grecs qui sont transférés dans ces mêmes banques, et évidemment on ne transmet pas l’information au fisc grec », privant ainsi l’Etat hellénique de sources de revenus fondamentales, et se faisant complice de la fraude fiscale à grande échelle.

19. Depuis 2010, les institutions financières internationales ont commis « d’énormes erreurs en Grèce ». « Même le FMI a reconnu avoir sous-estimé les conséquences des mesures d’austérité en termes de récession ».

20. Ces mesures d’austérité « ont conduit au gonflement démesuré de la dette » grecque car le PIB a chuté de 25% entre 2010 et 2015. « C’est cela qui a fait monter la dette à 170% du PIB alors qu’elle n’était que de 110% ».

21. « Je me place du point de vue des jeunes générations grecques. Sont-ils responsables des actes d[u Premier Ministre] Papandreou en 2000 et 2002 ? Elles ne sont pas plus responsables de ces erreurs que les jeunes Allemands des années 1950 ou 1960 n’étaient responsables des erreurs précédentes. Dieu sait pourtant que les gouvernements allemands avaient fait des bêtises bien plus graves que celles des gouvernements grecs ».

22. « L’ensemble des dettes de la zone euro doit être restructuré. Il faut en effacer une partie comme cela s’est toujours passé dans l’histoire ».

23. « Cela fait six mois que le gouvernement grec demande une restructuration de la dette », se heurtant à chaque fois à un refus obstiné de la part de l’Euro-groupe.

24. Pourtant, en 2012, l’Europe avait « promis aux Grecs que lorsque le pays serait en situation d’excédent léger, on renégocierait le montant de la totalité de la dette ». Aujourd’hui, l’Europe refuse de tenir sa promesse.

25. « Les apprentis-sorciers qui prétendent que l’on va expulser un membre de l’Union européenne pour discipliner les autres sont extrêmement dangereux. L’idéal européen est en passe d’être détruit par ces décisions d’apprentis-sorciers ».

(1) Thomas Piketty, « C’est à vous », France 5, 23 juin 2015. https://www.youtube.com/watch?v=VIzv3peNLFk (site consulté le 9 juillet 2015) ; Thomas Piketty, « Il faudra parler de la restructuration de la dette grecque », Europe 1, 29 juin 2015. https://www.youtube.com/watch?v=e6SUVZmCxgM (site consulté le 9 juillet 2015).

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Mistral russes, la fin

Publié le par Felli Bernard

François Jourdier
François Jourdier

Mistral russes, la fin

Ainsi c’est décidé : la France ne livrera pas les deux Mistral à la Russie. Que vont devenir ces deux bateaux dont la France n’a pas besoin, disposant déjà de trois bâtiments similaires ?

François Jourdier

Essayiste

21

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Ainsi c’est décidé : la France ne livrera pas les deux Mistral à la Russie. Que vont devenir ces deux bateaux dont la France n’a pas besoin, disposant déjà de trois bâtiments similaires ?

Nous aurons grand mal à les vendre : ils ont été construits aux normes russes pour ce qui est des lubrifiants et de l’alimentation électrique, et conçus pour opérer dans les mers froides. Nous opérons rarement en mer de Barents et, à moins de les envoyer en Terre-Adélie, nous affrontons rarement les mers polaires. La moitié de la coque de l’un d’eux a même été construite en Russie.

Il est vrai qu’au train où vont les choses, on est capable de suivre les Américains et l’OTAN dans une nouvelle guerre froide.

De toute façon, il va falloir payer des pénalités : la presse russe parle de 1,16 milliard d’euros, qui vont encore aggraver notre déficit.

Lire aussi : Mistral perdants !

On peut estimer que Poutine a été accommodant dans cette affaire et que sa réaction a été plutôt discrète.

Quoi qu’il en soit, la France a perdu de la crédibilité pour la vente d’armements et certains pays vont hésiter à se fier à nous. Contrairement aux Américains, nous n’imposions aucune limitation d’emploi pour les armes que nous vendions et cela nous servait, en particulier pour la vente des Rafale ; voilà notre crédit entamé.

Notre politique extérieure est vraiment étonnante : nous avons choisi les pays sunnites, Arabie saoudite et Qatar – démocraties exemplaires -, peut-être dans l’espoir de contrats d’armement, pendant que nous combattons contre les mouvements terroristes qu’ils soutiennent financièrement. Nous combattons Bachar el-Assad, alliés de fait au Front al-Nosra, émanation locale d’al-Qaïda, et après avoir joué la mouche du coche dans la négociation du traité nucléaire iranien, sans changer grand-chose à un accord entre les États-Unis et l’Iran, nous nous précipitons à Téhéran pour recoller les morceaux dans l’espoir que nos entreprises ne se fassent pas claquer la porte au nez.

L’affaire des Mistral était une excellente occasion d’affirmer notre indépendance vis à vis des États-Unis et de nous rapprocher de la Russie dont nous aurons besoin ainsi que de l’Iran pour combattre l’État islamique et stabiliser le Proche et le Moyen-Orient. La Russie et l’Europe ont intérêts liés et, par les sanctions, nous nous tirons une balle dans le pied. L’actuelle crise agricole est en partie due à l’embargo russe sur les exportations européennes.

Remarquons, pour finir, que la Russie aurait pu s’opposer à l’accord nucléaire iranien et qu’elle ne l’a pas fait, et que la coopération spatiale entre la Russie et les États-Unis n’a jamais été interrompue. Alors, pourquoi ne pas faire preuve, nous aussi, d’indépendance ?

François Jourdier

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«Le TAFTA, c’est un OTAN économique qui se met en place»

Publié le par Felli Bernard

Traité transatlantique
Traité transatlantique

Jacques Nikonoff : «Le TAFTA, c’est un OTAN économique qui se met en place»

28 juil. 2015 14:28

Source: Reuters

Un graffiti dans les rues de Bruxelles

Professeur associé à l’Institut d’études européennes de l’Université Paris 8, Jacques Nikonoff évoque les dangers que le TAFTA représente pour l’économie européenne.

C’est lors de la réunion du G8 qui s’est tenue à Lough Erne, en Irlande du Nord, les 17 et 18 juin 2013, que les négociations ont été lancées officiellement pour aboutir à un Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (PTCI), Transatlantic Trade & Investment Partnership (TTIP) en anglais, ou encore Trans-Atlantic Free Trade Agreement (TAFTA). Quelques jours avant, à Luxembourg, dans une opacité totale, les ministres du Commerce des Vingt-Sept avaient adopté le mandat à confier à la Commission européenne pour conduire les négociations au nom de l’Union européenne. Il n’y aurait rien à redire si ces négociations entre les États-Unis d’Amérique et l’Union européenne avaient pour objectif de rapprocher les peuples des deux côtés de l’océan. Un tel partenariat, s’il avait pour ambition de construire la paix, d’améliorer la prospérité générale, de s’attaquer radicalement aux désastres environnementaux, d’établir des normes de haut niveau en matière de protection sociale, d’éradiquer définitivement le chômage et la précarité, et donc la pauvreté, susciterait un enthousiasme universel. Il serait un exemple pour le reste du monde.

Hélas, non seulement il ne s’agit pas du tout de cela, mais de l’inverse. La décision prise en Irlande les 17 et 18 juin 2013 est monstrueuse à tous égards. Il s’agit ni plus ni moins de mettre en place un empire euro-atlantique pour restaurer le leadership mondial des États-Unis, de privatiser le droit et la justice en les remettant dans les mains des firmes multinationales, anéantissant ainsi la démocratie, de parachever le libre-dumping qui met en concurrence les travailleurs des différents pays et n’est profitable qu’aux très grandes entreprises. Les grands médias occidentaux évoquent un accord de «libre-échange». Bien sûr, la composante libre-échangiste est présente (parlons plutôt de «libre-dumping» pour ne pas salir les jolis mots de «libre» et d’ «échange»), mais elle est loin d’être l’essentiel. Derrière la perspective impérialiste des États-Unis il y a, pour la consolider, la volonté de s’attaquer principalement aux «barrières non-tarifaires» que sont les normes sociales, environnementales, alimentaires, techniques, etc. Car en matière de droits de douane, il n’y a plus grand-chose à gratter.

C’est un tournant de la géopolitique mondiale qui est train de s’amorcer sous nos yeux, c’est un «OTAN économique» qui se met en place. Ce projet ne date pas d’hier et résulte d’une série d’étapes aisément traçables depuis la création de l’OTAN en 1949 et du Marché commun en 1957. Le PTCI (TAFTA) est le résultat direct d’un intense travail mené par les lobbies américains et européens, financés par les grands groupes industriels, de services ou financiers. Les plus actifs ont été les chambres américaines de commerce, le Transatlantic Business Council (TBC) et le Transatlantic Policy Network (TPN). Ce dernier est composé pour moitié de représentants des firmes multinationales surtout américaines comme AT&T, BASF, Bayer, Dow Chemical, Hewlett Packard, Nestlé, Time Warner, Walt Disney Company, etc. L’autre moitié est composée de 60 députés européens et d’élus du congrès des États-Unis. Une partie du monde politique, manifestement, n’a pas été insensible aux «arguments» de ces lobbies. Ainsi 8% des parlementaires européens sont membres du Transatlantic Policy Network

Il est vrai que les intérêts en jeu sont considérables. Les États-Unis et l’Union européenne comptent pour presque la moitié du PIB mondial et 30% du commerce international. Selon le «mémo» 13/95 du 13 février 2013 de la Commission européenne, «les relations commerciales transatlantiques constituent l’épine dorsale de l’économie mondiale».

Le PTCI aborde trois sujets : d’abord «les règles, les principes et les nouveaux modes de coopération permettant de répondre aux défis partagés et aux opportunités communes du commerce mondial» ; ensuite «les questions de réglementation et les obstacles non tarifaires» ; et enfin «l’accès au marché».

Au total le PTCI vise à redonner le leadership mondial aux États-Unis en faisant de l’Union européenne son arrière-cour. Si par malheur cet accord était conclu, une nouvelle vague de libéralisation destructrice s’abattrait sur la planète. La lutte contre cet accord ne doit pas se limiter à la revendication de l’ «exception culturelle». Elle doit se fixer pour perspective d’empêcher la conclusion de cet accord, dans son intégralité, et de construire un ordre mondial fondé sur la coopération entre les peuples dans le respect de leur souveraineté nationale.

Malheureusement, à l’issue du 10e cycle de négociations qui vient de se terminer, le Parlement européen, sans surprise, a donné son feu vert. Ce qui fait dire à Madame Malmström, commissaire européen au Commerce, que l’accord pourrait être signé à l’été 2016. Cela laisse encore un an pour le faire capoter…

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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Publié le par Felli Bernard

Dmitry Orlov
Dmitry Orlov

Dmitry Orlov : c’est vraiment trivial

Par Dmitry Orlov – Le 26 juillet 2015 – Source cluborlov

[Note: Je publie cet article deux jours plus tôt parce Zerohedge a réussi à mettre la main dessus et l’a publié avant moi. Inutile de dire que je n’aime pas ça du tout.]

[Merci à Dmitry Leikin, dont le bref post à d3.ru m’a servi de source et d’inspiration ici.]

Il y a des moments où le grand cri de Le roi est nu ! ne peut être plus pertinent. Et donc, permettez-moi de souligner quelque chose de très simple, mais très important.

L’ordre du vieux monde, auquel nous nous sommes habitués au cours des années 1990-2000, ses crises et ses problèmes, décrits dans de nombreuses publications faisant autorité des deux côtés de l’Atlantique, n’est plus. Il n’est pas malade, il n’est pas en vacances, il est mort. Il a fait son temps, il est retourné à son créateur, a cassé sa pipe et rejoint la foule invisible des civilisations mortes.

Si nous rembobinons l’histoire jusqu’au début des années 1980, nous pouvons facilement nous rappeler comment l’URSS régissait encore la moitié de l’Europe et exerçait une influence majeure sur une partie importante du monde. La révolution socialiste mondiale toussotait en chemin, avec des régimes pro-soviétiques prenant le pouvoir ici et là dans différentes parties du globe, le chœur des déclarations officielles de leurs dirigeants sonnant plus ou moins à l’unisson. Les dirigeants faisaient leurs pèlerinages à Moscou comme s’ils allaient à la Mecque, et ils envoyaient leurs jeunes talents prometteurs là-bas, pour apprendre à faire les choses à la soviétique. La technologie soviétique continuait à faire des progrès impressionnants : au milieu des années 1980, les soviétiques ont mis en orbite un miracle de la technologie, la station spatiale Mir, tandis que les sondes spatiales Vega étaient envoyées étudier Vénus.

Mais à côté de tout ce business-as-usual, les règles et les principes selon lesquels fonctionnait la moitié rouge du globe étaient déjà dans un état de délabrement avancé, et un système complètement différent commençait à émerger à la fois au centre et à la périphérie. Sept ans plus tard, l’URSS s’effondrait et l’ordre du monde était bouleversé, mais beaucoup de gens ne pouvaient tout simplement pas croire à la réalité de ce changement. Au début des années 1990, de nombreux politologues affirmaient avec assurance que ce qui se passait était la réalisation d’un plan astucieux du Kremlin pour moderniser le système soviétique et que, après un ravalement rapide, il sera capable de reprendre sa place dans le monde. Les gens aiment parler de ce qu’ils pensent comprendre, peu importe si ça existe encore.

Et que voyons-nous aujourd’hui? L’empire qui s’ auto-identifie comme l’Occident continue à prétendre être le leader économique, technologique, et militaire, mais il a subi une défaite morale, et, strictement comme conséquence de cette défaite morale, une profonde défaite idéologique aussi.

L’Occident et ses valeurs? C’est très simple.

1. Comment peut-il parler de l’inviolabilité de la propriété privée tout en confisquant les économies des déposants dans les banques chypriotes ?

2. Comment peut-il parler de la sauvegarde de l’intégrité territoriale des pays, tout en détruisant, chacun à son tour, la Yougoslavie, l’Irak, la Libye, la Syrie et l’Ukraine?

3. Comment peut-il parler de la libre entreprise, signer des contrats pour construire des navires, mais refuser de les livrer en raison de la pression de Washington, comme cela est arrivé avec les navires Mistral que la Russie a payés à la France?

4. Comment peut-il parler de démocratie et utiliser des menaces directes contre le Premier ministre de la Grèce, berceau de la démocratie européenne, le forçant à ignorer les résultats non satisfaisants du référendum national grec?

5. Comment peut-il parler de la lutte contre le racisme alors qu’aux États-Unis, il assassine constamment des Negros non armés, tout en interdisant aux gens de les appeler Negros?

6. Comment peut-il accuser les Serbes de génocide, tout en refusant de reconnaître ce qu’il a fait au soi-disant Kosovo indépendant, qui est devenu une enclave criminelle européenne spécialisée dans la production et la distribution de stupéfiants?

7. Comment peut-il prétendre s’opposer à l’extrémisme et au terrorisme alors qu’il finance la formation et l’armement de État islamique et des néo-nazis ukrainiens ?

8. Comment peut-il parler de justice alors que les États-Unis entretiennent la plus grande population carcérale dans l’histoire du monde et exécutent de nombreuses personnes innocentées par la suite?

9. Comment peut-il parler de la liberté de religion après que le gouvernement fédéral américain a exterminé une grande partie des Davidiens à Waco, au Texas, puis emprisonné les survivants, même si les allégations du gouvernement contre la secte ont été par la suite reconnues fausses?

10. Comment peut-il accuser les autres de corruption après le fiasco financier colossal de 2008, suite au gonflement de bulles évidentes, prêtes à éclater, mais auxquelles étaient attribuées les meilleures notes financières?

Note du Saker Fr

Et enfin, la contradiction qui tue, hors du domaine psychiatrique.

11. Comment peut-il magnifier la concurrence libre et non faussée et justifier :

     - que le dollar ne peut avoir de concurrent, n'en aura jamais, sous peine de mort pour qui s'y risquerait,

     - que le système économique n'a pas d'alternative?

Ce qui est arrivé est la pire chose qui pouvait finalement arriver. À la vue du monde entier, les valeurs occidentales, preuves à l’appui, sont nulles et non avenues.

Si vous pensez que ce ne sont que quelques exemples spécifiques des difficultés ou des erreurs qui pourraient être éventuellement surmontées dans un avenir sombre et brumeux, alors vous avez tort : il s’agit là de toutes les valeurs occidentales qui méritent d’être mentionnées, et elles ont toutes été invalidées par l’observation des faits. Notez bien qu’il s’agit du passé : elles ont déjà été invalidées. Y a-t-il des valeurs occidentales restées intactes? Oh oui, une seule : les droits des minorités sexuelles. Mais il est impossible de maintenir la civilisation occidentale sur le seul pilier du mariage homosexuel.

Est-il étonnant alors que le reste du monde essaie de mettre autant de distance que possible entre lui et la faillite morale de l’Ouest, aussi rapidement que possible ? La Chine travaille sur le développement de son propre modèle, la Russie se bat pour son autonomie et son indépendance des importations et des finances occidentales, et même l’Amérique latine, autrefois considérée comme l’arrière-cour des États-Unis, suit de plus en plus sa propre voie séparée.

Les rangs des imbéciles qui gobent encore l’histoire de l’Occident sont en diminution, tandis que les rangs des rebelles augmentent. C’est le proclamateur de vérité, Edward Snowden, qui a été forcé de fuir à Moscou pour éviter la persécution à son retour chez lui. Il y a des parlementaires européens qui ont récemment rompu les rangs et visité la Crimée. Il y a des militaires français et allemands qui se portent volontaires pour défendre l’Ukraine orientale contre les attaques de l’Ouest. Il y a les nombreux hommes d’affaires européens qui sont venus au Forum économique de Saint-Pétersbourg signer des accords commerciaux avec la Russie, sans s’occuper de l’opinion de leurs politiciens.

D’un autre côté, un nouvel ordre mondial en plein essor était récemment à l’affiche à Oufa, capitale de la République, à majorité musulmane, du Bachkortostan, en Oural du Sud, dans la Fédération de Russie. Les dirigeants de plus de la moitié de la population mondiale sont venus là pour signer des accords, intégrer leurs économies, et coordonner des arrangements de sécurité. L’Inde et le Pakistan ont mis de côté leurs différends et ont passé la porte en même temps ; l’Iran est le suivant. L’Ouest n’était pas représenté là-bas.

Maintenant que toutes les valeurs occidentales (autres que les droits des minorités sexuelles) ont été démasquées pour n’être que des exercices cyniques d’hypocrisie, il n’y a pas de chemin de retour. Vous voyez, c’est une question de réputation, et une réputation on n’en a qu’une, on ne peut la perdre qu’une seule fois. On sait où on va, mais c’est très effrayant. On va vers la perte de contrôle : les institutions occidentales ne peuvent plus contrôler la situation dans aucune partie du monde, y compris, le moment venu, sur leur propre territoire. On va vers l’abandon du récit occidental : celui des pontifiants Occidentaux, des experts et des leaders d’opinion qui comprendront tous que leurs éléments de langage ont été démasqués, ils en seront réduits à bafouiller en s’excusant ou à sombrer dans un silence embarrassé. Pour finir, il y a la perte d’identité : il est impossible, pour un non-délirant, de s’identifier avec quelque chose qui n’existe plus : l’Occident et ses valeurs.

Mais la chose la plus effrayante de toutes est celle-ci : derrière une civilisation moralement en faillite, il y a des peuples moralement en faillite, beaucoup. Leurs propres enfants, qui seront obligés de faire leur chemin dans le monde, quelle que soit la façon dont celui-ci tournera, jugeront leurs maîtres aux fruits qu’ils leur ont laissés, aussi irrespectueux d’eux que ceux-ci l’étaient de leurs propres valeurs civilisationnelles tant vantées.

Dmitry Orlov

Traduit par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

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Fabius en Iran : peut-on encore croire en la parole de la France ?

Publié le par Felli Bernard

Fabius en Iran : peut-on encore croire en la parole de la France ?
Fabius en Iran : peut-on encore croire en la parole de la France ?

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Fabius en Iran : peut-on encore croire en la parole de la France ?

Finalement, Laurent Fabius s’est rendu à Téhéran.

Nicolas Gauthier

Journaliste, écrivain

Nicolas Gauthier est auteur avec Philippe Randa des Acteurs de la comédie politique. 29 € À commander en ligne sur francephi.com.

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Finalement, Laurent Fabius s’est rendu à Téhéran, ou à Canossa, c’est selon. Précédé par une campagne de presse des plus défavorables dans une partie des médias locaux, qui ont même réactivé un vieux fantôme : celui de l’affaire du sang contaminé, entre autres cadavres extirpés du placard.

Pour le reste, la traditionnelle vulgate du Quai d’Orsay et de son actuel locataire : « Objectivement, oui. En Irak, l’Iran chiite lutte contre Daech avec des troupes. […] Il n’y a pas de coalition. Ils veulent lutter contre le terrorisme de Daech mais une coordination des forces, une coordination commune, non. »

Sur place, et une fois ces propos décryptés, l’intelligence et le pragmatisme de Laurent Fabius sont aussi salués en Perse. Et si Fabius ne veut pas de « coalition », c’est aussi parce qu’il préfère une « collaboration » de terrain. En effet, lutter contre Daech avec le « soutien » de l’Arabie saoudite, très peu pour lui ; et pour l’Élysée, soit dit en passant, malgré d’autres alliances plus discrètes.

Laurent Fabius est venu seul, cette fois, mais une centaine de chefs d’entreprise français iront en Iran en septembre ; c’est bien le moins, histoire de rattraper le temps perdu et les occasions gâchées. Et là, douche froide, écossaise ou… iranienne ? Dans la dernière édition du Journal du dimanche, ce très instructif entretien avec Ali Ahani, ambassadeur iranien en France. L’homme, francophone et francophile, déjà interrogé en ces colonnes, prévient : « Les entreprises françaises vont devoir faire plus d’efforts que les autres… » Ce titre, choisi par cet hebdomadaire dominical, donne une vision trop abrupte de la réalité, et c’est plutôt ceci qu’il faut lire avec attention : « Regardez la relation entre l’Iran et la France mais aussi avec les autres pays occidentaux : elle a été influencée depuis des années par ce dossier du nucléaire. Cela a bloqué toute coopération. Par exemple, notre opinion publique a été surprise de l’attitude de PSA Peugeot Citroën. Sous la pression de General Motors, ce groupe a arrêté de façon très inattendue une coopération vieille de vingt-cinq ans. Cette attitude va obliger les partenaires iraniens à réfléchir à deux fois avant de signer un nouveau contrat avec les entreprises françaises. »

Défiance ? Non. Mais légitime méfiance, peut-être… Car en la matière, notre pays n’est pas l’un des plus fiables au monde. Déjà, l’affaire Eurodif a donné le ton. Eurodif ? Une joint-venture, signée à la fin des années 70 du siècle dernier, entre Paris et Téhéran visant, déjà, à une coopération franco-iranienne sur le nucléaire civil, coopération alors rompue unilatéralement par Valéry Giscard d’Estaing. La France aurait été à l’époque reçue sur tapis rouge ; mais, coincée par son ancienne alliance conclue avec les pays du golfe Persique, VGE fit capoter l’affaire, avec les conséquences qu’on sait.

Puis, nos démêlés avec la Russie… C’est-à-dire nos deux navires censés être vendus à Moscou, et aujourd’hui en cale sèche en Normandie, alors que les Anglais n’en finissent plus de vendre des armes à Vladimir Poutine…

Quand il y a un petit quelque chose de pourri au royaume du Danemark et que Rome n’est plus dans Rome, cela peut aussi signifier qu’ici, chez nous, un truc ne tourne pas rond. Et qu’il est légitime de se poser cette simple question : peut-on encore faire confiance à la parole de la France ? Vaste question.

Nicolas Gauthier

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