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Syrie. Trump relancerait la guerre du pétrole et du gaz

Publié le par Felli Bernard

lundi 6 mars 2017

Syrie. Trump relancerait la guerre du pétrole et du gaz

 
 
Contrairement aux espoirs générés par les déclarations du candidat Trump, le site anti Trump Veterans ToDay croit que l'administration Trump a un plan pour étendre la guerre en Syrie, car ce pays dispose de réserves considérables de pétrole et de gaz. Ce sont les plus grandes réserves de gaz livrables à la Turquie et à l'Europe. Elles pourraient remplacer les approvisionnements venant de Russie et d'Iran. C'est la raison pour laquelle la Turquie a occupé, dès le début de la guerre, Alep, qu'elle menace de reprendre à nouveau. En somme, les "zones de protection des civils" voulues par Trump, seraient en réalité, les zones de protection des puits de pétrole et de gaz, pour "faire l'Amérique encore plus grande".
 
 
 
Carte secrète du partage des zones de pétrole de la Syrie
 
 
Les réserves de pétrole et de gaz de la Syrie n'ont jamais été développées et la relation que Trump avait promis d’établir avec la Syrie, au cours de sa campagne, tarde à se matérialiser. Du côté syrien, elle est désormais perçue de plus en plus improbable, et serait oubliée. Les réserves de pétrole et de gaz de la Méditerranée orientale exploitées par Israël seraient oubliées, car à terre en Syrie et au nord du Liban, il y a des réserves beaucoup plus importantes.
Les approvisionnements en gaz dureront en Europe jusqu'en 2300
Nafeez Ahmed écrit :
Les intérêts des groupes pétroliers et gaziers américains, britanniques, français, israéliens et autres pourraient être les principaux bénéficiaires des opérations militaires en Irak et en Syrie visant à renverser le pouvoir de l’État islamique (ISIS) et éventuellement du régime de Bashar al-Assad.
Une étude pour une société mondiale de services pétroliers soutenue par le gouvernement français et liée à l'administration Tory dirigée par la Grande-Bretagne, publiée au plus fort du Printemps arabe, a salué le potentiel hydrocarbure des ressources offshore de la Syrie.
L'étude 2011 a été imprimée dans GeoArabia, une revue de l'industrie pétrolière publiée par un cabinet de conseil basé à Bahrein, GulfPetroLink, qui est parrainé par certaines des plus grandes compagnies pétrolières mondiales, y compris Chevron, ExxonMobil, Saudi Aramco, Shell, Total et BP.
Le contenu de GeoArabia n'a pas de système d'abonnement ouvert et est distribué exclusivement aux sociétés transnationales de l'énergie, aux sociétés commanditaires et aux organisations connexes, ainsi qu'à certaines universités.
L'étude a identifié «trois bassins sédimentaires, Levantine, Chypre et Latakia, situés en offshore syrien» et a souligné «des preuves significatives d'un système pétrolier en exploitation au large de la Syrie», a déclaré Steven A. Bowman, géoscientifique principal de la société française d'énergie CGGVeritas. Elle a mis en évidence de nombreux champs pétroliers et gaziers en mer, des DHI (indicateurs directs d'hydrocarbures) observés sur les séismes et des suintements d'hydrocarbures identifiés à partir d'images satellitaires.
 
L'affaire secrète de la France avec la Syrie d'Assad
À l'époque, alors que les troubles civils se répandaient dans toute la Syrie, CGGVeritas a été engagé par le ministère du Pétrole et des Sources minérales du président syrien Bashar al-Assad.
La société française est l'un des plus grands opérateurs sismiques du monde. Avec l'appui du gouvernement français qui détient 18% des droits de vote dans l'entreprise, CGGVeritas elle avait acquis des données sismiques sur les ressources syriennes en mer en 2005 et était depuis lors le principal point de contact pour les données géophysiques et géologiques au nom du régime syrien.
En 2011, la société française a signé un contrat exclusif avec le gouvernement syrien pour fournir un soutien technique à la Syrian International Offshore Bid Round pour explorer, développer et produire du pétrole et du gaz à partir de trois blocs offshore en mer Méditerranée par la côte syrienne.
"L'activité d'exploration s'est accrue dans la Méditerranée orientale au cours des dernières années suite à une série de découvertes majeures de gaz multi-TCF (billion cubic feet , billions de pieds cubes) réalisées dans le bassin levantin sud-est", a écrit Bowman. "Des cycles de licences devaient être annoncés en 2011 pour les zones situées au large de la Syrie, du Liban et de Chypre, qui semblent partager de fortes similitudes géologiques avec ces découvertes".
En décrivant la Syrie offshore comme «une zone d'exploration véritablement frontalière», Bowman - qui était également impliqué dans les évaluations CGGVeritas des ensembles de données sismiques des ressources énergétiques en Libye - a noté la découverte de plusieurs «spots» qui contiendraient des multi billions billion de pieds cubes, étant donné l'échelle et la volumétrie des structures dans lesquelles elles se produisent.
L'armée turque, fortement renforcée, est à seulement 20 miles d'Alep à l'Est et est maintenant en mouvement pour l’encercler du Nord.
Alors que la Turquie prétend être un allié des Américains contre ISIS et qui a un accord de nouveau avec la Russie et l'Iran, il a été maintes et maintes fois démontré qu’elle coordonne sur le terrain, ses mouvements militaires avec ISIS et al-Nosra, et qu’une partie de ces « djihadistes » sont, en réalité, des soldats turcs déguisés.
 
 
Là où l'administration Obama avait prévu de donner le pouvoir à leurs alliés kurdes pour le contrôle de Raqqah en Syrie et de Mossoul en Irak, la main de la Turquie a contré les États-Unis, en fournissant des armes et des munitions à ISIS.
Or, en ce moment, à l'intérieur de la Syrie, ce sont la Russie et l'armée syrienne qui protègent non seulement les Kurdes, mais aussi les forces américaines contre les Daéchiens dans et autour de Manbij. Les Kurdes qui combattent ISIS au nord d'Alep, font maintenant face à l'armée turque, de trois côtés, alors que cette armée avance pour une éventuelle poussée rapide vers la ville d'Alep. Cette nouvelle invasion provoquera des représailles russes, mais la Turquie croit que l'OTAN peut contrer.
 
 
traduit par Hannibal GENSERIC
 
Note de l’éditeur. [Légalement l’OTAN ne pourrait pas s'impliquer en réponse à une attaque contre les forces turques attaquant l'armée syrienne en Syrie. La Turquie a déclaré publiquement, en tant que membre du groupe tripartite (Russie, Turquie, Iran), qu'elle reconnaissait la souveraineté territoriale syrienne, mais, tout comme la coalition américaine, elle affirme que c'est seulement en Syrie que l'on parle de «lutte contre le terrorisme». L'Iran et la Russie devraient s'occuper de cette question d'abord ... Jim W. Dean]
 
Des sources de haut niveau ont informé Veterans ToDay que l'Administration Trump est plus que jamais inquiète de s'assurer une part du gâteau énergétique en Syrie, après que l'armée syrienne et ses alliés ont arraché Alep et Palmyre des mains terroristes. L'objectif final de Trump est d'investir dans la crise syrienne, sur le plan politique ou économique, en jouant au jeu de la carotte et du bâton avec les Kurdes et les Turcs, qui sont des alliés fidèles des États-Unis.
 
 
 
VT a des infos disant que Erdogan a perdu la foi dans Trump, dont le principal objectif est de conclure un accord au détriment de ses alliés. Erdogan se rapprochera de Poutine simplement parce qu'il pense qu’il aura la possibilité de reprendre Alep si Raqqa devient un territoire détenu par la Syrie et la Russie. Certaines factions belligérantes se joignent maintenant au Bouclier d'Euphrate soutenu par la Turquie pour figurer sur sa liste de paye. Ces factions, qui sont minuscules en taille et en influence, veulent avoir un effet de levier et de l'argent via une coalition ferme enracinée qui est principalement l'armée turque. Le Bouclier de l’Euphrate est composé d'environ 15 mille combattants de l'armée syrienne libre, Al Shamieh Front et Nour Al Dein Al Zinki. La coalition recrute plus de mercenaires des factions renégates situées dans les zones d'Edlib contrôlées par Al Nosra et ISIS. Il est prévu que de nouveaux réalignements apparaîtront après la chute prochaine d'ISIS en Syrie et en Irak. Al Nosra fera partie intégrante du nouveau bloc qui sera formé à grande échelle. Al Nosra a changé son nom en Fath al Sham pour éviter les sanctions américaines, mais il est toujours actif et opérant à Damas et sa banlieue, en plus des environs de Daraa, Hama, Homs et Lattakia. La politique américaine est encore vague, mais Trump a déclaré qu'il a l'intention de saisir Raqqa et de mettre en place des « zones sûres pour protéger les civils ».
 
La coopération russo-américaine est encore en gestation et peut-être gagnera plus d'élan quand Trump et Poutine se réuniront pour démarquer la nouvelle carte du monde. Cette année sera cruciale pour trouver une solution à la crise syrienne par la paix ou la guerre. Les deux puissances géantes qui contrôlent le jeu sont pleinement conscientes des risques qu'entraîne tout échec à Astana ou à Genève. L'administration de Trump joue avec le feu et joue avec le temps en faisant traîner la guerre pour épuiser l'armée syrienne et ses alliés, croyant que cette stratégie finira par porter des fruits et rendra le projet américain facilement applicable.
 
Le leadership syrien qui combat une guerre militaire, politique et diplomatique sur tous les fronts est au courant des intentions de Trump. L'organisation militaire en coordination avec les Russes et les Iraniens a déjà élaboré un plan pour contrer les États-Unis, en particulier dans le nord-est de la Syrie pétrolifère et des régions riches en gaz.
 
 
Le jeu d'attente est ennuyeux, mais la Syrie et ses alliés ne seront pas impatients, alors que les roitelets fainéants et corrompus du Golfe se préparent à envoyer des troupes à l'appui d'un mystérieux «plan secret du Pentagone» de Trump, plus probablement conçu par Netanyahu que par n'importe quel Américain.
 
Hannibal GENSERIC
 

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Emmanuel Todd : « C’est un pays en cours de stabilisation morale qui vient d’élire Trump »

Publié le par Felli Bernard

6
Mar
2017

Source : Le Comptoir, Emmanuel Todd, 01-03-2017

Jeudi 9 février, Emmanuel Todd nous reçoit dans son appartement parisien pour un entretien fleuve sur l’élection de Donald Trump, les États-Unis et la situation politique mondiale, que nous vous proposons en deux parties. Si notre ligne politique peut diverger de celle du chercheur Todd et de sa promotion d’un capitalisme régulé, il demeure pour nous une référence intellectuelle contemporaine majeure. Anthropologue, historien, démographe, sociologue et essayiste, Todd est ingénieur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (Ined). Il est principalement connu pour ses travaux sur les systèmes familiaux et leur rôle politique. En quatre décennies, le chercheur s’est notamment illustré en prophétisant l’effondrement de l’URSS (« La chute finale », 1976) et les printemps arabes (« Le rendez-vous des civilisations », avec Youssef Courbage, 2007). Il a également mis en lumière les faiblesses de la construction européenne et de la mondialisation. 

Le Comptoir : Le 8 novembre 2016, Donald Trump remportait à la surprise générale l’élection présidentielle américaine. Comme lors du référendum sur le Brexit en juin de la même année, ou du rejet français du Traité établissant une Constitution pour l’Europe (TCE) en mai 2005, les élites politico-médiatiques n’avaient rien vu venir. Pourquoi, à chaque scrutin, les élites semblent-elles de plus en plus déconnectées des électeurs ?

Emmanuel Todd : Je crois que la séparation fondamentale entre peuple et élites – c’est une image, car c’est toujours plus compliqué – a pour point de départ la différenciation éducative produite par le développement du supérieur. Au lendemain de la guerre, dans les démocraties occidentales, tout le monde avait fait l’école primaire – aux États-Unis, ils avaient également fait l’école secondaire –, les sociétés étaient assez homogènes et très peu de gens pouvaient se vanter d’avoir fait des études supérieures. Nous sommes passés, ensuite, à des taux de 40 % de gens qui font des études supérieures par génération. Ils forment une masse sociale qui peut vivre dans un entre-soi. Il y a eu un phénomène d’implosion sur soi de ce groupe qui peut se raconter qu’il est supérieur, tout en prétendant qu’il est en démocratie. C’est un phénomène universel et pour moi, c’est la vraie raison. Il y a des décalages. L’arrivée à maturité de ce groupe social se réalise dès 1965 aux États-Unis. En France, nous avons trente ans de retard et ça s’effectue en 1995. Les gens des diverses strates éducatives ne se connaissent plus. Ceux d’en haut vivent sans le savoir dans un ghetto culturel. Dans le cas d’un pays comme la France, nous avons par exemple l’apparition d’un cinéma intimiste, avec des préoccupations bourgeoises déconnectées des cruautés de la globalisation économique. Il y a des choses très bien dans cette culture d’en haut. L’écologie, les festivals de musique classique ou branchée, les expositions de peinture impressionniste ou expressionniste, le mariage pour tous : toutes ces choses sont bonnes. Mais il y a des personnes avec des préoccupations autres, qui souhaitent juste survivre économiquement et qui n’ont pas fait d’études supérieures. C’est en tout cas ce que j’écris dans mes livres, je ne vais pas changer d’avis soudainement.

Une analyse qui rejoint en partie celle de Christopher Lasch en 1994, dans La révolte des élites et la trahison de la démocratie (The Revolt of the Elites and the Betrayal of Democracy)…

Ben écoutez, La révolte des élites, je l’ai là [il attrape un exemplaire de The Revolt of the Elites posé sur sa table]. Oui, peut-être. Honnêtement, j’avais publié le bouquin de Lasch sur le narcissisme [La culture du narcissisme, NDLR] quand j’étais jeune éditeur chez Laffont. J’avais été très attentif à ce livre, dont j’avais revu la traduction. Mais je ne suis même plus sûr d’avoir lu La révolte des élites. C’est ça, l’âge. [Rires] Mais je sais de quoi il s’agit, c’est vrai que c’est à peu près ça. Par contre, je diverge de Lasch et de gens qui dénoncent les élites pour supposer des qualités spéciales au peuple. Je l’ai cru à une époque, mais je n’en suis plus là. Les élites trahissent le peuple, c’est certain. J’estime même de plus en plus qu’il y a au sein des élites des phénomènes de stupidité induits par le conformisme interne du groupe, une autodestruction intellectuelle collective. Mais je ne pense plus que le peuple soit intrinsèquement meilleur. L’idée selon laquelle, parce qu’il est moins éduqué ou moins bien loti, le peuple serait moralement supérieur est idiote, c’est une entorse subtile au principe d’égalité. Adhérer pleinement au principe d’égalité, c’est être capable de critiquer simultanément élites et peuple. Et c’est très important dans le contexte actuel. Cela permet d’échapper au piège d’une opposition facile entre un populo xénophobe qui vote Le Pen et les crétins diplômés qui nous ont fabriqué l’euro. C’est toute la société française qu’on doit condamner dans sa médiocrité intellectuelle et morale.

En 2008, alors que presque toute la gauche se félicitait de l’élection d’un Noir à la Maison-Blanche, vous étiez l’un des rares à émettre des doutes sur ce symbole. Selon vous, Barack Obama n’avait pas de programme économique. La percée inattendue de Bernie Sanders à la primaire démocrate et la victoire de Trump sont-elles les symptômes de l’échec d’Obama ?

Je crois que c’est le symptôme d’un changement d’humeur de la société américaine dans son cœur, qui est un cœur blanc puisque la démocratie américaine est à l’origine blanche. Depuis longtemps, je suis convaincu que parce que les Anglo-Saxons ne sont au départ pas très à l’aise avec la notion d’égalité, le sentiment démocratique aux États-Unis est très associé à l’exclusion des Indiens et des Noirs. Il y a quand même 72 % du corps électoral qui est blanc. Obama a mené une politique de sauvetage de l’économie américaine tout à fait estimable dans la grande crise de 2007-2008, mais il n’a pas remis en question les fondamentaux du consensus de Washington : le libre-échange, la liberté de circulation du capital et donc les mécanismes qui ont assuré la dégradation des conditions de vie et la sécurité des classes moyennes et des milieux populaires américains. Dans les années 1950, la classe moyenne comprenait la classe ouvrière aux États-Unis. Les ouvriers ont été  “reprolétarisés” par la globalisation et les classes moyennes ont été mises en danger. Il y a eu, en 2016, une sorte de révolte.

Le premier élément qui m’a intéressé – et c’était normal puisque dans L’illusion économique (1997) je dénonçais le libre-échange –, c’est la remise en question du libre-échange, qui était commune à Trump et Sanders. C’est parce que le protectionnisme est commun aux deux que nous pouvons affirmer être face à une évolution de fond de la société américaine. C’est vrai que le phénomène Trump est incroyable : le type fout en l’air le Parti républicain pendant la primaire et fout en l’air les Démocrates ensuite. Mais jusqu’au bout, et des vidéos le prouvent, j’ai cru que c’était possible, parce que j’étais tombé sur des études démographiques largement diffusées. Je ne sais plus si je les avais vues mentionnées dans le New York Times, dans le Washington Post, ou dans les deux. Elles révèlent que la mortalité des Blancs de 45-54 ans a augmenté aux États-Unis entre 1999 et 2013. Pour les Américains, le débat sur les merveilles du libre-échange est clos. Ils ont compris. Il faut partir de l’électorat et pas de Trump. L’électorat est en révolte et les États-Unis ont une tradition démocratique plus solide que la nôtre, à la réserve près qu’il s’agit d’une démocratie blanche.

« Trump a donc foutu en l’air le Parti républicain racial avec ses thématiques économiques, pendant que le Parti démocrate est resté sur ses positions raciales banales. »

Beaucoup de commentateurs ont vu dans l’élection du milliardaire Trump une victoire des classes populaires. Or, encore une fois, celles-ci se sont majoritairement abstenues. En outre, 58 % des Blancs ont voté Trump, contre 37 % pour Clinton. Réciproquement, 74 % des non-Blancs ont préféré la candidate démocrate. L’élection de Trump ne reflète-t-elle pas le retour de la question ethnique dans une Amérique qui s’est crue post-raciale après l’élection d’Obama ?

Non, je ne le pense pas. Bien entendu, la question raciale reste lancinante. D’abord, il faut savoir que la situation des Noirs, toujours ghettoïsés, et celle des Hispaniques, pauvres mais en voie d’assimilation, n’est pas du tout la même, même si le Parti démocrate a un discours de ciblage général des minorités. Comme aux précédentes élections, les Noirs ont voté très majoritairement pour la candidate démocrate (89%), mais avec un taux d’abstention plus élevé, parce que les Clinton sont assez ambivalents dans leurs rapports à la question, contrairement à Obama. Toute la politique américaine, depuis Nixon – et ça a culminé avec Reagan –, a été marquée par un Parti républicain qui a fait fortune en devenant un parti blanc, résistant aux mesures de déségrégation et à l’affirmative action (discrimination positive). Les Républicains ont inventé la technique du dog-whistle, c’est-à-dire du “sifflet à chien”, qui agit sans qu’on l’entende. Un langage codé permet de bien faire comprendre à l’électorat blanc qu’il faut détruire le welfare (les aides sociales), censé n’aller qu’aux Noirs. C’est ce qui a permis au Parti républicain de mener une politique économique absolument défavorable à son propre électorat, c’est-à-dire de diminuer les impôts des riches et de continuer à foutre en l’air la classe ouvrière blanche par le libre-échange. Trump est à l’opposé du dog-whistle. Il avait un double discours : d’un côté, un discours xénophobe tourné contre le Mexique – et pas contre les Noirs, qui sont sur le territoire américain – et de l’autre, des thématiques économiques quasi-marxistes. Pour moi, Trump est le contraire du racialisme républicain traditionnel. Il a mené le débat sur le terrain économique, face à des Démocrates qui activaient inlassablement, sur le mode de la bien-pensance, la question raciale, en se présentant comme les défenseurs des Noirs et en expliquant que si on appartenait à tel groupe, on devait voter de telle manière. Trump a donc foutu en l’air le Parti républicain racial avec ses thématiques économiques, pendant que le Parti démocrate est resté sur ses positions raciales banales.

Justement, vous semblez voir, dans l’élection de Donald Trump, l’amorce d’une sortie de la séquence néolibérale qui avait été marquée par l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher et Ronald Reagan au début des années 1980. La dénonciation du libre-échange ou la volonté de rétablir le Glass-Steagall Act– aboli par l’administration Clinton – qui séparait les banques de dépôt des banques d’affaires sont effectivement en rupture avec le discours tenu à la fois par les Républicains et les Démocrates. Les premières mesures de dérégulation financière annoncées dès le lendemain de son élection, comme l’abolition de la loi Dodd-Frank – régulation timide des marchés financiers introduite sous Obama – ne sont-elles pas plutôt le signe que ce discours protectionniste et régulateur n’était qu’une façade et que le consensus de Washington continue de faire loi ?

Le problème, c’est qu’en France, nous sommes confrontés à une méconnaissance de ce qu’est le protectionnisme. C’est un certain type de régulation par l’État, mais ce n’est surtout pas une technique de régulation hostile au marché. C’est la fixation d’une limite autour d’un marché, qui doit rester capitaliste et libéral. Dans la théorie classique du protectionnisme, il n’y a pas de contradiction entre le fait de prendre des mesures de libéralisation en interne et le fait de protéger en externe. En formalisant, nous pourrions dire qu’il y a deux forces qui s’opposent aux États-Unis : un parti national et un parti globaliste. Nous pourrions dire que le parti national se caractérise par une protection aux frontières – des biens, de la circulation des personnes, le tout avec une bonne base xénophobe – mais qui n’est pas hostile au marché et qui a pour seul but de relancer un capitalisme interne qui fabrique des biens. En gros, il explique que les entreprises peuvent se faire de l’argent autrement. En face, il y a le parti globaliste qui va laisser les frontières ouvertes, en expliquant que cela va fonctionner même si la théorie économique explique que cela va générer des dégâts et des inégalités, le tout devant être compensé par de la redistribution et du welfare. J’ai obtenu la réédition de l’ouvrage classique de l’économiste Friedrich List sur le protectionnisme [Système national d’économie politique, Gallimard, 1998, NDLR], que j’ai préfacée en expliquant bien que le protectionnisme n’était qu’une branche du libéralisme. Marx détestait List. Je me suis retrouvé dans des émissions de radio face à des incultes qui me répliquaient : « Vous voulez transformer la France en Corée du Nord ? » Ce sont des ignorants qui pensent qu’en économie, le protectionnisme est une branche de l’étatisme. Évidemment, ici, je fais comme si Trump et son équipe avaient une conscience parfaite de ce qu’ils font, ce qui n’est pas le cas. J’évoque l’idéal-type wébérien du libéralisme protectionniste.

« Quand j’ai pensé que Trump pouvait être élu, j’étais au fond en train d’admettre que mon modèle anthropologique était insuffisant. »

Vous expliquez donc que Trump est le promoteur d’un capitalisme national qui va relancer la production de biens. Mais pour le moment, il a surtout annoncé des mesures de dérégulation de la finance et a manifesté son envie de revenir sur les maigres mesures de régulation de l’administration Obama !

Mais ce n’est pas cela qui est important.

La financiarisation de l’économie a généralement nui au capitalisme productif que vous défendez…

Mais l’important, c’est la protection contre l’arrivée de marchandises fabriquées par des gens sous-payés. Une économie qui se protège avec des barrières tarifaires à 30-40 % – c’est une tradition américaine, c’était ainsi avant la guerre de 1914, si mes souvenirs sont exacts –, c’est une économie qui, même si toutes les règles internes deviennent plus libérales, est soumise à des contraintes différentes. C’est une économie où les ouvriers et les ingénieurs vont redevenir nécessaires ! Alors il y aura toujours des gens – c’est le principe du capitalisme – qui voudront se faire de l’argent. Il faudra seulement qu’ils le fassent autrement. Si nous nous en tenons à une approche marxiste, et souhaitons combattre les puissances d’argent, éventuellement abolir le Capital, nous restons à côté du problème. La question, c’est de savoir s’il existe une technique qui permet que des gens s’enrichissent et que cela profite à tout le monde dans l’espace national.

Vous avez longtemps soutenu que l’acceptation par le monde anglo-saxon de la globalisation et de la montée des inégalités qui en découle renvoyait à la structure familiale de type nucléaire et individualiste, indifférente à la valeur d’égalité. Le Brexit et l’élection de Trump ne sont-ils pas, au contraire, la preuve que l’action des peuples peut échapper, du moins dans certaines limites, aux déterminations anthropologiques ?

Je suis dans un manuscrit où je suis en train de traiter justement cette question. Pour moi, c’est la vraie question. Jusqu’à présent, j’étais résigné à l’enfermement de “l’anglosphère” dans son néo-libéralisme par son indifférence à l’égalité. Dans l’ensemble, mon modèle anthropologique ne fonctionne pas mal. L’idée d’un communisme fabriqué par une famille communautaire, égalitaire et autoritaire explique très bien l’histoire russe. La famille nucléaire absolue explique très bien le modèle libéral anglo-saxon, ainsi que le développement du capitalisme. Le fait que les gens ne sont pas très sensibles aux États-Unis ou en Angleterre à l’idéal d’égalité explique pourquoi le capitalisme y fonctionne de manière bien huilée et pourquoi les individus ne sont pas choqués quand certains font du profit. Mais entre 2000 et 2015, nous avons atteint la limite du modèle. Et bien sûr, les peuples peuvent transcender leur détermination anthropologique, mais à un certain niveau de souffrance seulement. C’est pour cela que la hausse de la mortalité a été un avertisseur qui m’a permis d’échapper à mon propre modèle. Quand j’ai pensé que Trump pouvait être élu, j’étais au fond en train d’admettre que mon modèle anthropologique était insuffisant. Mais c’est finalement la même chose qui s’est passée avec la chute du communisme.

Ce que vous écriviez dans La chute finale (1976)…

Mon modèle anthropologique dit que les traditions communautaires russes expliquent très bien l’invention du communisme. Mais de même que le libéralisme a emmené la société américaine à un niveau de souffrance exagéré, qui a provoqué la révolte de 2016, le communisme avait atteint vers 1975 un niveau d’absurdité tel, avec une hausse de la mortalité infantile, qu’il s’est effondré en 1990. Par contre, ce que nous dit déjà l’existence ultérieure de la Russie, c’est que l’atteinte de ce point de rupture peut amener une modification du système économique, mais ne fait pas sortir définitivement la population de sa culture. Je pense qu’il y a une démocratie en Russie. Les Russes votent à 80 % pour Poutine. C’est une forme de démocratie autoritaire. Mais le fonctionnement de la société garde beaucoup des traditions communautaires d’autrefois. Le système américain tente de se réformer, mais il va garder ses traits libéraux et non égalitaires fondamentaux. D’ailleurs, quand je décrivais un protectionnisme qui laisse fonctionner le capitalisme en interne, c’est exactement cela que j’évoquais.

« Le retour au national promu par Trump devrait s’accompagner d’une “désuniversalisation” des problèmes. »

En 1981, vous introduisiez Christopher Lasch en France, en faisant traduire La culture du narcissisme (sous le titre Le Complexe de Narcisse). L’intellectuel américain y analysait la destruction de la structure familiale américaine et ses conséquences néfastes. Les élections que nous venons de vivre s’inscrivent-elles dans la séquence décrite par Lasch ?

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La machine à « éliminer Fillon rappelle les procès staliniens »

Publié le par Felli Bernard

/ La machine à « éliminer Fillon rappelle les procès staliniens »

Affiche Staline

La machine à « éliminer Fillon rappelle les procès staliniens »

 
 
 

Le Monde du 2 mars 2017.

♦ Jean-Eric Schoettl, ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel, estime que le candidat François Fillon est plus malmené que le justiciable ordinaire. Pour lui, l’électeur est devenu l’otage de la procédure.

[Dans sa déclaration mercredi 1er mars, François Fillon a fait référence à une analyse de Jean-Eric Schoettl publiée dans la revue Les Petites Affiches, mardi 14 février. Consacré aux assistants parlementaires du candidat LR dans le cadre de l’enquête préliminaire, ce texte insistait notamment sur la séparation des pouvoirs. M. Schoettl livre ici une tribune en défense de M. Fillon.]


La reconnaissance empressée par le juge judiciaire de sa compétence – pourtant contestable – dans ce qui est devenu l’affaire Fillon pose d’autant plus problème qu’elle accompagne un pilonnage médiatique ayant pour effet, sinon pour objet, de fausser le jeu du suffrage universel à la veille d’une élection déterminante pour l’avenir de la nation. Elle est préoccupante pour l’équilibre des institutions parce que, au-delà de la notion juridique de séparation des pouvoirs, elle fait objectivement interférer la justice avec une échéance électorale majeure.

La tradition de « retenue » du juge à la veille d’une élection a toujours été scrupuleusement respectée par le juge administratif. Elle le conduit, à l’approche d’une élection, à reporter certaines décisions – découpage des circonscriptions, affaire mettant en cause un candidat, etc. – et à en suspendre l’instruction – pour éviter de perturber les opérations électorales ou d’altérer la sincérité du scrutin. C’est aussi une question de dignité de la justice qui ne doit ni se laisser instrumentaliser par les joutes politiques ni donner le sentiment qu’elle cède à un biais partisan. C’est enfin une question de déontologie et d’éthique de la responsabilité.

Le juge du siège, a fortiori le parquet – dont la mission est d’apprécier l’opportunité des poursuites – ne peuvent se désintéresser des conséquences de leurs actes. Ainsi, la considération de l’impact d’une décision sur l’ordre public ou la prise en compte de l’état d’encombrement carcéral influent fréquemment sur la nature et les modalités d’exécution des mesures d’instruction ou de la peine prononcée.

L’anticipation, par le juge, des incidences de ses actes sur l’environnement social se justifie plus encore pour le calendrier de la procédure, dès lors, d’une part, que les poursuites peuvent avoir lieu ultérieurement et que, d’autre part, les faits ne sont pas si graves et avérés que la célérité s’impose nonobstant le contexte. En l’espèce, l’empressement à poursuivre, souligné par la promptitude de la mise en examen – dont les répercussions sur l’opinion publique sont considérables, celle-ci y voyant une confirmation de la culpabilité –, fait fi des réalités du temps électoral.

S’il n’y a pas volonté de faire échec à une candidature, ce qui constituerait un cas gravissime de « partialité subjective », il y a du moins froissement de « l’impartialité objective » : un magistrat ne doit pas seulement être impartial, il doit aussi donner à voir qu’il l’est. En la matière, comme nous le répète avec insistance la Cour européenne des droits de l’homme, les apparences comptent. L’indépendance du juge doit s’affirmer « à la cantonade » non seulement à l’égard des autres pouvoirs, mais encore à l’endroit de ses propres inclinations, préjugés et passions.

Un feuilleton judiciaire

Comment, dans ces conditions, ne pas ressentir un profond malaise devant un feuilleton judiciaire devenu le carburant essentiel du bûcher médiatique, alimentant régulièrement celui-ci, à coups de communiqués et de fuites, aux dépens de la présomption d’innocence, des droits de la défense et du secret de l’enquête et de l’instruction ? Pourquoi cette mise en examen décidée quelques jours après l’ouverture de l’instruction, en plein recueil des parrainages, alors que, dans les cas ordinaires, sauf évidence accablante ou demande du justiciable, la mise en examen n’intervient qu’après des semaines ou des mois ?

L’impression produite est que le contexte est bien, en effet, pris en compte, mais à l’inverse de ce à quoi invite le respect des échéances démocratiques. Le candidat est plus malmené que le justiciable ordinaire. L’électeur devient l’otage de la procédure.

Comment ne pas s’inquiéter de la santé de notre vie démocratique en voyant une personnalité politique éminente, porteuse d’un projet qui, quoi qu’on en pense sur le fond, a rallié des millions de suffrages lors d’une primaire impeccablement conduite, déstabilisée en plein compte à rebours de l’élection présidentielle – y compris après que le décret de convocation a été publié au Journal officiel – par des imputations diffusées en boucle, portant sur des faits anciens, non avérés et d’importance subalterne au regard des perspectives collectives ?

Comment ne pas se désoler, en tant que citoyen, en voyant les questions programmatiques évincées par un battage que l’intéressé ne peut combattre qu’en se faisant accuser de conspirer contre l’indépendance de la justice et la liberté de la presse, s’enferrant ainsi dans un piège qui rappelle les procès staliniens – peloton d’exécution en moins, mais avec un même enjeu d’élimination d’un acteur politique ?

Quels lendemains ce charivari aux conséquences imprévisibles prépare-t-il aux rapports entre élus et justice ? et, plus généralement, à une collectivité nationale qui, remontée contre les partis de gouvernement, habitée par la petite musique du « tous pourris », troublée par ce qu’elle comprend d’autant moins qu’on le lui ressasse de façon brouillonne, se tourne de plus en plus vers des aventuriers ?

Obstination à poursuivre

C’est à ces lendemains qui déchantent que risque de mener, quoi qu’on en dise, l’empressement à poursuivre. Pense-t-on vraiment que la justice n’a pas à s’en soucier ? L’indépendance du juge est-elle synonyme d’autisme ? Doit-elle se payer au prix fort d’une issue électorale chaotique ?

En l’espèce, la retenue judiciaire n’aurait pourtant pas eu d’effet exonérateur et n’aurait pas rompu l’égalité devant la justice, puisque des poursuites sont possibles au lendemain de la défaite du candidat ou, s’il est élu président de la République, à l’expiration de son mandat. Les délais de prescription sont, en effet, suspendus en vertu de l’article 67 de la Constitution dans sa rédaction issue de la loi constitutionnelle du 23 février 2007.

Bien sûr, comme le souligne le garde des Sceaux, la justice n’a pas à suspendre son cours à la veille d’une élection. Mais il ne s’agit, ici, ni de la justice en général ni de la généralité des instances. Il s’agit d’une affaire singulière, intéressant un événement crucial pour notre vie démocratique. Il était loisible au parquet, en l’absence de toute plainte d’un tiers, d’ouvrir son enquête – ou du moins l’instruction – après le scrutin, s’il estimait que les faits le méritaient et qu’il était compétent pour en connaître.

L’obstination à poursuivre se manifeste, en outre, de façon significative, par la saisine du juge d’instruction la veille, ou presque, de la publication de la loi du 27 février 2017 portant réforme de la prescription en matière pénale, qui aurait provoqué la prescription de la plus grande partie des faits incriminés. La mission du parquet est d’apprécier l’opportunité des poursuites et, dans ce cadre, de tenir compte du retentissement que peut avoir une collision entre temps judiciaire et temps électoral.

Quant à l’instruction, la simple observation du temps judiciaire ordinaire aurait évité de perturber gravement le temps électoral. Les surprises électorales enregistrées depuis un an dans de grandes démocraties occidentales ne devaient-elles pas conduire chacun à plus de circonspection dans le choix du moment ?

Jean-Eric Schoettl
2/03/2017

Source : Le Monde du 02/03/2017

Correspondance Polémia – 4/03/2017

Image : Affiche de propagande soviétique (Marx, Engels, Lénine, Staline)

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Un trou dans la tête

Publié le par Felli Bernard

Un trou dans la tête


Par James Howard Kunstler – Le 24 février 2017 – Source kunstler.com

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Nous avons besoin d’une nouvelle guerre civile comme nous avons besoin d’un trou dans la tête. Mais c’est justement cela : l’Amérique a un trou dans la tête. C’est l’endroit anciennement connu sous le nom de Centre. Il n’est plus tenu. C’était l’endroit où les gens avec des points de vue différents pouvaient s’appuyer les uns sur les autres, pour se comporter raisonnablement autour d’un socle commun appelé l’intérêt national. Cet endroit abandonné est maintenant isolé, un Tchernobyl de l’esprit, où les acteurs de chaque côté de la scène politique craignent même de séjourner, et encore moins d’occuper, de peur qu’il ne soit radioactif.


Quoi qu’il en soit, les vieux partis de chaque côté du transept politique se consument dans des fugues d’illusion, de rage et d’impuissance – comme je l’ai prédit ici depuis l’année électorale de 2016. Ils ne peuvent rien faire de bon dans l’intérêt national. Ils ne peuvent pas contrôler les rackets fugitifs qu’ils ont conçus par la législation, la politique et les pratiques sous la domination de chaque parti, tour à tour, jusqu’à revenir à Lyndon B. Johnson. C’est ainsi qu’ils nous ont conduits eux-mêmes jusqu’à cette situation insensée.

Trump et Hillary incarnent parfaitement la phase culminante de chaque parti, avant leur sprint final mutuel vers l’effondrement. Les deux avaient plus qu’une tendance à la psychopathie. Trump est le bluff que les Républicains se sont infligés à eux-mêmes, ayant jeté tout ce qui aurait pu être identifié à des principes cohérents traduisibles en une action utile. Hillary était une Lady Macbeth américaine, essayant de faire un « inside job » ultime par tous les moyens nécessaires, sa méchanceté étant si visible que même les électeurs l’ont reconnue. Ces deux sont la vengeance des anciens partis l’un envers l’autre et sur eux-mêmes, après des décennies de mauvais choix et de mauvaise foi.

Le Trump anti-intellectuel est, pour la Droite, la réponse aux Intellectuels-Carrément-Idiots (ICIs) que Nassim Taleb a si bien identifié comme infestant la Gauche. On peut imaginer que le président Trump n’a pas lu un livre depuis le lycée, et peut-être même aucun de toute sa vie. Mais n’êtes-vous pas étonnés de voir comment les ICIs de la Gauche ont effacé toute liberté d’esprit sur les campus et dans les autres enceintes de la culture, où le libre questionnement autrefois fleurissait? Depuis les présidents de lycée devenus fous, qui prétendent que les « espaces de sécurité » ségrégués par la race représentent l’« inclusivité », jusqu’aux éditeurs du New York Times qui prétendent dans les journaux que les immigrants illégaux n’ont rien d’illégaux, cette fausse pensée est impressionnante.

Une situation analogue s’est déjà produite avant dans l’histoire des États-Unis et elle est peut être cyclique. L’ancien professeur de l’Université de Princeton et président Woodrow Wilson a entraîné l’Amérique dans la Première Guerre mondiale, qui a tué plus de 200 000 Américains (près de quatre fois plus que durant la guerre du Vietnam) en seulement dix-huit mois. Il a promulgué la Peur du Rouge, une forme d’hystérie, qui n’est pas sans rappeler la Fête de la Race et l’accusation de Phobie du Genre de la Gauche aujourd’hui. Le professeur Wilson a également été responsable de la création de la Réserve fédérale et de tous les méfaits qu’elle a entraînés, en particulier la perte de plus de 90% de la valeur du dollar depuis 1913. Wilson, l’ICI parfait de ces temps là.

La réaction à Wilson s’est incarnée dans Warren Gamaliel Harding, l’imbécile de l’Ohio, gros buveur, joueur de cartes, choisi dans la fameuse « salle remplie de fumée » de la convention du GOP de 1920. Il a invoqué un retour à la « normalcy », qui n’est même pas un mot (essayez avec « normalité« ), et a ri comme Trump, qui rit de ses élucubrations idiotes comme « gagner gros ». Harding est également connu pour avoir avoué dans une lettre : « Je ne suis pas apte à ce poste et je n’aurais jamais dû être ici. » Pourtant, dans son court mandat (il est décédé en poste en 1923), Harding a conduit le pays avec succès à travers la dépression après la Première Guerre mondiale, simplement en n’abusant pas de l’interventionnisme du gouvernement.

Quelque chose de la même dynamique s’est mis en place en 1952, quand le général Eisenhower a succédé à Harry Truman et que le candidat démocrate nominé Adlai Stevenson a plaisanté, « les nouveaux Dealers » [jeu de mots avec le New Deal, NdT] ont été remplacés par des vendeurs d’automobiles. S’il avait su! Après tout, qui était le vice-président d’Eisenhower? Personne d’autre que le roublard Nixon, qui, comparativement à la suite, fera prendre ces vendeurs de voitures d’occasion pour l’excellence de l’Amérique.

Eh bien, c’étaient les jours d’antan, et ces jours sont passés. Tant de choses ont mal tourné ici, au cours des trente dernières années et le jeu de Salugi ou Toro joué par les démocrates et le GOP ne les aident pas. Et c’est pourquoi les deux partis se dirigent vers leur disparition. Nous sommes à l’heure actuelle dans une phase de conflits intra-partis. Chaque partie a sa propre guerre civile préliminaire en cours. L’élection ou même le piratage, par le ministre du travail de l’époque Obama, Tom Perez, en tant que président du DNC a mis le feu hier aux troupes de Bernie Sanders. Ils appellent tous via Twitter à tout renverser pour créer un nouveau parti. Trump fait face à ses propres mutineries sur sa droite, et pas seulement des deux meneurs de revues pour la troisième guerre mondiale, John McCain et Lindsey Graham. À la sortie de la réunion du CPAC conservateur de la semaine dernière, presque tout son programme a été déclaré politiquement irréaliste par les caciques présents : la réforme et le remplacement de la Loi sur les soins de santé, la réforme fiscale, l’orgie de stimulation dans le bâtiment, le mur à la frontière, les blocages commerciaux.

De plus, l’expiration du plafond de la dette actuelle, à environ 20 000 milliards de dollars, arrive à la mi-mars. Pensez-vous que les deux partis qui se battent entre eux au Congrès seront en mesure de trouver une solution à ce sujet? On peut rêver. Les démocrates ont tout intérêt à laisser le président Trump se noyer dans cette saumure fatale. Ce que cela signifie, bien sûr, c’est que le Trésor américain sera à court de trésorerie à la mi-été et que certaines factures ne seront tout simplement pas payées, peut-être même les chèques de sécurité sociale et les factures d’assurance-maladie. N’est-ce pas un beau spectacle? C’est là que Trump va devenir un politicien paraplégique et que les électeurs vont commencer à quitter le navire comme des puces fuyant ces deux chiens morts.

D’ici là, beaucoup d’autres polissonneries auront lieu dans le monde, y compris le résultat fracassant des élections en France et aux Pays-Bas, avec l’Union européenne au tournant de sa propre histoire et une instabilité monétaire comme le monde n’en a jamais vue auparavant. Profitez des semaines restantes de normalité.

James Howard Kunstler

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Le «fake World» se rebiffe

Publié le par Felli Bernard

Le «fake World» se rebiffe


2016-07-19_11h15_59Le 23 février 2017 – Source entrefilets

C’est la tendance lourde du moment ! La traque aux fake news, ces fausses nouvelles qui inonderaient les réseaux sociaux et tromperaient des citoyens trop crétins pour faire le tri; qui auraient déjà permis l’élection de Trump et menaceraient désormais les bonnes et vertueuses démocraties de la Vieille Europe, la plupart du temps sous l’impulsion coupable de hackeurs ricanant sur des claviers forcément cyrilliques.

 

Toute la volaille médiatique, les géants du web et l’establishment politique ont donc sonné une charge transatlantique de manière parfaitement synchrone (je dis ça je ne dis rien) pour tenter de conserver le monopole de la Vérité. Tout le sel de la chose vient du fait que, globalement, ceux qui jouent ici les vierges outragées sont justement les principaux fournisseurs officiels de fake news planétaires. Le fake World se rebiffe.

Du bottom-up au top-down

En décembre 2012 nous écrivions : « Face à la montée en puissance prévisible de la contestation, la réaction du Système sera sans surprises : guerres pour les ressources à l’extérieur, criminalisation de la contestation à l’intérieur avec développement de technologies sécuritaires et répressives, contrôle accru des individus ; offensive contre la Toile dissidente par la multiplication de lois restrictives ; bunkerisation des élites prédatrices et, bien sûr, offensive généralisée de la machine à enfumer du Système pour reprendre le contrôle de l’information globale. » 

C’est peu dire que de constater aujourd’hui que l’offensive du Système pour reprendre le contrôle de l’information globale bat son plein.

Depuis une bonne décennie, l’accusation de complotisme ou de conspirationnisme de la part de la caste politico-médiatique en place a déjà servi d’anathème ultime pour discréditer tout contradicteur et empêcher toute remise en question des narratives officielles les plus farfelues. De la fable du 11 septembre – dans laquelle deux avions abattent… trois tours – aux fables qui ont justifié l’écrasement de la Libye ou le soutien aux coupeurs de têtes modérés syriens, les fake news sont ainsi devenues une norme absolue dans le paysage audiovisuel atlantiste.

Mais avec l’élection de Trump et le merveilleux conte de l’ingérence russe, cette immense machinerie à écraser toutes les voix discordantes a trouvé un nouveau ressort à même de faire sauter les derniers tabous.

Depuis des mois maintenant, les médias-Système saturent ainsi le paysage de centaines d’articles et d’émissions dédiés aux dangers des fake news, propulsant ce qu’ils estiment être de la désinformation, du complotisme ou du conspirationnisme bien au-dessus de Daesh et Kim Jong-un sur l’échelle Richter des grands périls menaçant l’humanité. C’est que derrière tout cela, il y a la main de Moscou désormais, qui comme chacun le sait a déjà commencé à envahir l’Europe.

Alors bien sûr, les géants du Net, forcément de bons Américains du monde libre, eux, ont répondu présents pour participer à la curée.

Déjà, Google a décrété le blocage de quelque 200 sites accusés de désinformation et, de son côté, Facebook planche sur des algorithmes censés trier le bon grain de l’ivraie. Quant à Apple, son patron s’est immédiatement joint à la meute en annonçant également des mesures pour réaffirmer le caractère indiscutable de la Vérité venue d’en-haut. Une approche top-down assez curieuse pour des entreprises qui font habituellement l’éloge du bottom-up. Mais passons, à la guerre comme à la guerre…

Certains États comme la France profitent même de l’hystérie ambiante pour agir au niveau législatif afin de banaliser la criminalisation des opinions divergentes. 1

L’im-Monde ose le Ministère de la Vérité

Dans ce néo-maccarthysme ambiant, c’est une fois encore l’im-Monde qui aura battu tous les records d’indécence avec son fumeux Décodex, un véritable Ministère de la Vérité censé vous dire désormais qui (et donc quoi) croire.
Le procédé est tellement ahurissant qu’on a, naïfs que nous sommes, encore du mal à y croire. Pensez-donc, un titre-Système connu pour son alignement sans faille aux plus grossières opérations de désinformations atlantistes de ces deux dernières décennies qui ressuscite l’imprimatur ! Il fallait oser. C’est Jacques Sapir qui taille probablement le plus joli costard à cette grossière entreprise dans son billet « Déconnant Décodex ».

Certes, on pensait bien que dans cette grande offensive pour empêcher les peuples de penser en dehors des clous, les merdias d’État se verraient accorder toutes les licences et tous les budgets nécessaires.

On imaginait pourtant que la campagne d’intoxication serait menée avec un peu plus de subtilité, un peu plus de finesse. Mais encore une fois à la guerre comme à la guerre, car le temps presse. Partout dans un vieux monde occidental laminé par l’hystérie d’un capitalisme terminal aux accents de plus en plus totalitaires, la grogne monte et le fossé s’élargit à vue d’œil entre les peuples et l’internationale globaliste-progressiste qui fait semblant de les représenter.

« Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres », disait Antonio Gramsci.

entrefilets.com

  1.  Le cas le plus récent est celui qui touche à l’IVG si chère aux progressistes-sociétaux de notre contre-civilisation. Les députés français viennent en effet d’accepter un projet de loi qui vise à permettre la fermeture de sites Internet qui porteraient « des allégations ou une présentation faussées » pour en réalité dissuader des femmes enceintes de recourir à une IVG. « Une présentation faussée » donc… Fameux critère s’il en est.

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Le véritable but du rapport du gouvernement U.S. sur le prétendu piratage par la Russie

Publié le par Felli Bernard

Source : Truthdig, le 08/01/2017

Publié le 8 janvier 2017

Par Chris Hedges

Détail d’une page du rapport déclassifié (Job Elswick / AP)

Quelques réflexions sur “La campagne d’influence de la Russie visant l’élection présentielle US en 2016”, le rapport récemment déclassifié par le bureau du directeur du renseignement national.

1. L’objectif principal du rapport déclassifié, qui n’apporte aucune preuve pour appuyer ses affirmations selon lesquelles la Russie aurait piraté la campagne présidentielle U.S., est de discréditer Donald Trump. Je ne dis pas qu’il n’y a pas eu de piratage russe des emails de John Podesta. Je dis que nous attendons encore les preuves appuyant cette accusation. Celle-ci — le Sénateur John McCain a assimilé les actions supposées de la Russie à un acte de guerre — est la première salve de ce que sera la campagne infatigable de l’Establishment Républicain et Démocrate, avec leurs alliés des grandes entreprises et les médias de masse, pour détruire la crédibilité du président-élu et ouvrir la voie à une procédure de destitution.

Les allégations contenues dans le rapport, amplifiées dans des déclarations à couper le souffle par les medias soumis aux grandes entreprises qui travaillent dans un monde non basé sur des faits et en tout point aussi pernicieux que celui de Trump, ont pour dessein de faire croire que Trump est un “idiot utile” de Poutine. Une campagne orchestrée et soutenue d’insinuations et de dénigrement systématique sera dirigée contre Trump. Quand “l’impeachment”  sera finalement proposé, Trump aura bien peu de soutien du public et bien peu d’alliés, et deviendra une figure ouvertement ridicule dans les medias soumis aux grandes entreprises.

2. La seconde tâche de ce rapport est d’appuyer la campagne de dénigrement maccarthyste contre les medias indépendants, y compris Truthdig, présentés comme des agents conscients ou inconscients du gouvernement russe. La disparition de la programmation anglaise d’Al-Jazeera et de TeleSur, avec l’effondrement des diffusions publiques nationales destinées à donner une voix à ceux qui ne doivent rien aux entreprises ni aux partis, laisse RT America et Democracy Now! de Amy Goodman comme les seuls medias électroniques de portée nationale acceptant de donner un espace à ceux qui critiquent le pouvoir du monde des affaires et de l’impérialisme comme Julian Assange, Edward Snowden, Chelsea Manning, Ralph Nader, Medea Benjamin, Cornel West, Kshama Sawant, moi-même et d’autres.

Sept pages du rapport sont consacrées à RT America, où j’ai un show appelé “On Contact”. Le rapport gonfle énormément la portée et l’influence de cette chaîne câblée. Il comprend aussi quelques erreurs flagrantes, y compris l’affirmation que “RT a introduit deux nouveaux shows (“Breaking the set” le 4 septembre, et “Truthseeker” le 2  novembre) les deux massivement concentrés sur la critique des USA et des gouvernements occidentaux, et aussi sur la promotion d’un mécontentement radical. “Breaking the set”, avec Abby Martin, a été retiré de la diffusion il y a deux ans. On ne peut vraiment pas l’incriminer dans la défaite d’Hillary Clinton. [Truthseeker a aussi été retiré des ondes en 2014, NdT]

La rage à peine contenue du directeur du renseignement national James Clapper au Comité du Sénat sur les Services Armés était évidente durant la séance sur les cyber-menaces étrangères, quand il éructa que RT “promouvait un point de vue particulier, éreintant notre système, notre soi-disant hypocrisie sur les Droits de l’Homme et cetera.” Sa colère donnait un aperçu sur la façon dont l’Establishment bouillonne de haine contre les dissidents. Clapper a menti dans le passé. Il s’est parjuré en mars 2013, trois mois avant les révélations sur la surveillance d’état massive fuitées par Snowden, quand il a assuré au Congrès que la NSA ne collectait “aucun type de données” sur le public américain. Quand le “corporate state” (l’état associé aux grandes entreprises) aura fermé RT, il attaquera Democracy Now! et la poignée de sites progressistes (y compris celui-ci) qui donnent un espace aux dissidents. Le but, c’est la censure.

3. La troisième tâche du rapport est de justifier l’expansion de l’Organisation du Traité Atlantique-Nord au-delà de l’Allemagne, en violation avec la promesse que Ronald Reagan avait faite à Mikhaïl Gorbatchev de l’Union soviétique après la chute du mur de Berlin. L’expansion de l’OTAN en Europe de l’Est a ouvert un marché des armes pour l’industrie de guerre. Ce business a généré des milliards de dollars. Les nouveaux membres de l’OTAN doivent acheter des armes occidentales qui peuvent être intégrées à l’arsenal de l’OTAN. Ces ventes, qui saignent à mort les budgets serrés de pays comme la Pologne, sont dédiées à de potentielles hostilités avec la Russie. Si la Russie n’est pas une menace, la vente des armes s’effondre. La guerre est un racket.

4. La dernière tâche du rapport est de donner au Parti Démocrate une explication plausible à la défaite catastrophique dont il a souffert  aux élections. Clinton a initialement blâmé le directeur du FBI James Comey pour sa défaite avant de changer pour Poutine, plus facile à diaboliser. L’accusation d’interférence russe se résume essentiellement à l’absurde présomption que, peut-être, des centaines de milliers de supporters de Clinton décidèrent subitement de reporter leurs votes sur Trump quand ils ont lu les emails fuités de Podesta. Soit ça, soit ils ont regardé RT America et décidé de voter pour le parti écologiste.

La direction du Parti Démocrate ne peut pas reconnaitre, et certainement ne peut pas admettre publiquement, que sa trahison impitoyable de la classe moyenne et de la classe ouvrière a déclenché une révolte nationale qui a provoqué l’élection de Trump. Ce parti a été battu de façon répétée depuis que le Président Obama a pris ses fonctions, perdant 68 sièges à l’Assemblée, 12 sièges au Sénat et 10 postes de gouverneur. Il a perdu plus de 1000 élus entre 2008 et 2012 au niveau national. Depuis 2010, les Républicains ont remplacé 900 législateurs Démocrates. Si cela était un vrai parti, le directoire en entier aurait été viré. Mais ce n’est pas un vrai parti, c’est une coquille vide soutenue par l’argent du business et par des medias surexcités.

Le parti Démocrate doit maintenir la fiction du libéralisme exactement comme le parti Républicain doit maintenir la fiction du conservatisme. Ces deux partis, cependant, appartiennent à un seul parti : le parti des grandes entreprises. Ils travailleront de concert, comme on le voit déjà avec l’alliance entre des leaders républicains comme McCain et des leaders Démocrates comme le sénateur Chuck Shumer, pour se débarrasser de Trump, pour faire taire toute dissidence, pour enrichir l’industrie de guerre et promouvoir la farce qu’ils appellent démocratie.

Bienvenue dans notre “annus horribilis” [année horrible, citant la reine Elizabeth II, NdT].

Source : Truthdig, le 08/01/2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

3 réponses à Le véritable but du rapport du gouvernement U.S. sur le prétendu piratage par la Russie, par Chris Hedges

  1. Eric10 Le 05 mars 2017 à 07h12
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    “quand il éructa que RT “promouvait un point de vue particulier, éreintant notre système, notre soi-disant hypocrisie sur les Droits de l’Homme et cetera.” Sa colère donnait un aperçu sur la façon dont l’Establishment bouillonne de haine contre les dissidents.”
    y a que la vérité qui fâche !!!
    votre hypocrisie concernant les droits de l’homme n’est pas “soi-disant”, elle est constatée par tout le monde, vous êtes allés tués par milliers contre le droit international que vous ne respectez jamais, vos actes d’agression ressemblent à s’y méprendre à du terrorisme.

  2. LBSSO Le 05 mars 2017 à 07h13
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    C Hedges écrit:
    “….la campagne infatigable de l’Establishment Républicain et Démocrate, avec leurs alliés des grandes entreprises et les médias de masse, pour détruire la crédibilité du président-élu…”
    Illustration:
    E Chevrillon sur BFM Business reçoit le startuper L Le Meur qui a réussit dans la Net Economie.
    Le début de l’émission concerne D Trump.

    La journaliste: “et ce sont les stars de la Silicon Valley qui financent les avocats qui essaient de contrecarrer notamment le décret anti immigration etc.”

    L L M: “Oui,à chaque fois que..ben sur l’immigration il a été bloqué immédiatement. Ce sont…Ce sont les mêmes ,qui beaucoup sont milliardaires qui financent des armées d’avocats contre ça”

    http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/loic-le-meur-leade-rs-1602-22-915075.html
    à 2mn35

    Au début , vous pourrez également apprendre qu’ils ont eu la tentation de bloquer le compte Tweeter de D Trump .
    ( interview intéressante quant aux relations Etats / Géants de la Net Economie)

  3. Reality Le 05 mars 2017 à 08h19
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    Sans faux cynisme, j’attends la première tentative de destitution de Trump.
    Surarmés comme le sont les “ricains”, il ne sera pas bon d’arpenter les rues des grandes villes US …

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Réflexions inspirées par la Conférence internationale de Téhéran sur la Palestine des 21 et 22 février 2017.

Publié le par Felli Bernard

Réflexions inspirées par la Conférence internationale de Téhéran sur la Palestine des 21 et 22 février 2017.
par Alain Corvez,

jeudi 2 mars 2017, par Comité Valmy

 

Réflexions inspirées par la Conférence internationale de Téhéran sur la Palestine des 21 et 22 février 2017.

Quel état stable, cohérent, paisible et viable
peut s’établir de la Méditerranée au Jourdain ?

Introduction

L’état d’Israël : un état de fait

Nul n’est besoin d’être grand exégète du général de Gaulle pour savoir qu’il considérait comme une erreur la création en 1948 de l’état d’Israël, décidée à New-York après bien des difficultés et des hésitations par les grandes puissantes gagnantes de la guerre mondiale toute récente, fin 1947, création résultant des abominables persécutions que la barbarie nazie avait déployée contre les Juifs- et d’autres minorités considérées elles aussi comme inférieures et nuisibles. Mais cet état de fait regrettable à ses yeux devait être respecté puisque résultant d’une décision de l’ONU, seule instance internationale justifiée, même s’il l’appelait « le machin ».

 

« On pouvait se demander, en effet, et on se demandait même chez beaucoup de Juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui étaient foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner d’incessants, d’interminables, frictions et conflits. Certains mêmes redoutaient que les Juifs, jusqu’alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent, une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis dix-neuf siècles. »

Lors de cette conférence de presse à l’Elysée du 27 novembre 1967, il dira plus loin qu’il avait dit aux amis arabes de la France qu’ils ne devaient pas remettre en question cet état de fait en attaquant les premiers Israël. Il l’avait dit également aux dirigeants israéliens. «  La France considèrerait comme agresseur celui qui tirerait le premier.  »

Et la guerre est venue par l’attaque israélienne de juin 1967 ; le Général a alors des mots implacables pour dénoncer Israël :

« Israël ayant attaqué, s’est emparé, en six jours de combat, des objectifs qu’il voulait atteindre. Maintenant, il organise, sur les territoires qu’il a pris, l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions, et il s’y manifeste contre lui une résistance, qu’à son tour, il qualifie de terrorisme. »

Rappelons que la résolution 181 de l’ONU décidant la création de l’état d’Israël n’a été acceptée que le 29 novembre 1947 après plusieurs tentatives infructueuses dont la première datait de septembre 1947, les votes favorables des états étant insuffisants. Sous les pressions des Etats-Unis, huit états, dont la France, ont changé leur vote en quatre jours du 25 au 29 novembre.

Une imposante conférence qui fera date

Les 21 et 22 février 2017, 700 responsables politiques et spécialistes de 80 pays d’Amérique du Sud, d’Europe, d’Afrique, d’Inde, de Chine, de Russie, parmi lesquels 22 présidents de parlements ont débattu dans l’immense Centre de conférences internationales de Téhéran du présent et de l’avenir de la lutte pour les droits des Palestiniens à avoir un état sur la terre de leurs ancêtres.

De façon lancinante me revenait la confidence que m’avait faite le général Pierre-Marie Gallois, un des plus grands stratèges d’après-guerre, dans les années 90. Me prenant à part lors d’une réunion sur la question yougoslave, sachant que je revenais d’un voyage au Moyen-Orient, il me dit en substance : «  Il n’y a pas de solution durable à deux états au conflit israélo-arabe, car ils seraient en permanence en belligérance, larvée ou pas ; et pour des raisons démographiques, historiques, géographiques, politiques, cet état ne peut être que l’état palestinien, avec des garanties de sécurité pour les populations juives historiques. »

Introduits par un discours magistral du Guide Suprême de la Révolution Islamique, Ali Khamenei, dirigés par le Président du Parlement iranien, Ali Larijani, conclus par le Président Rouhani accompagné de plusieurs ministres dont le Ministre des AE, M. Zarif, les débats ont été intenses et riches.

Unifier la Résistance et refuser la compromission

Si les différents orateurs ont apporté chacun leur sensibilité sur le sujet, et des propositions pour l’avenir, le sentiment général qui émane des interventions est la nécessité impérieuse d’unifier la Résistance en oubliant les rivalités internes pour s’entendre sur l’essentiel de la stratégie de lutte contre l’ennemi, excluant tout essai d’entente avec l’occupant. L’essai de négociation avec la puissance occupante a montré son inanité depuis les accords d’Oslo qui n’ont fait que faciliter la négation des droits les plus élémentaires des Palestiniens et l’annexion renforcée de terres.

Le discours introductif du Guide a fait ressortir avec une logique implacable les fondements du sujet et comment «  la question de Palestine peut et doit être le pivot de l’unité de tous les pays islamiques. » Il a affirmé que la troisième intifada était fortement réprimée mais remportait des succès en laissant augurer la victoire finale, car l’ennemi devait affronter la réprobation de pays de plus en plus nombreux. Il a stigmatisé la politique de compromis avec l’occupant qui a eu des effets destructeurs sur la Résistance en la divisant. Seule l’intifada est légitime face à l’injustice car le compromis tend à justifier la présence de l’occupant. La Résistance, depuis le début a remporté des victoires grâce à ses alliés comme le Hezbollah libanais, l’Iran et tous les groupes impliqués comme le Jihad Islamique, le Hamas, le Fatah ou le FPLP. La Résistance doit dépasser les divergences entre pays arabes et islamiques, ou les divergences nationales, ethniques ou confessionnelles qui existent dans certains pays. «  Notre position sur la Résistance », a-t-il dit, «  est une position doctrinale qui n’a rien à voir avec un groupe particulier. »

Il indiquait par-là que les divisions instillées par l’ennemi entre chiisme et sunnisme, ou entre tendances religieuses ou culturelles devaient s’effacer devant le but ultime de libération de la Palestine. L’Unité nationale sur la base d’un plan djihadiste est une nécessité nationale pour la Palestine a-t-il martelé.

«  Cette conférence peut-être un modèle pour tous les musulmans et toutes les nations de la région et les aider à contrôler leurs divergences en s’appuyant sur leurs points communs. »

Il serait trop long de rapporter les nombreuses interventions pourtant souvent très enrichissantes car apportant une sensibilité différente venue d’Asie, d’Afrique, des Amériques ou d’Europe, le sentiment général étant pour dénoncer le refus d’Israël de respecter les résolutions internationales et les droits des Palestiniens et d’appeler à l’unité de la Résistance en oubliant les divergences culturelles ou confessionnelles.

Aucun parlementaire français n’avait fait le déplacement.

Le Président du Parlement libanais, Nabih Berri a eu un franc succès du fait de son habituelle aisance oratoire pour convaincre son auditoire, énonçant des propositions concrètes pour donner une suite à ces deux jours de rencontres :


 1. Si les Etats-Unis mettent à exécution leur intention de transférer à Jérusalem leur capitale, que tous les pays qui soutiennent la Résistance ferment leur ambassade à Washington.


 2.Insistant, lui aussi, sur l’impérieuse nécessité de l’unité du front de résistance, il suggère que cette conférence assure le suivi de cette résolution.

Le Président du Parlement iranien, Ali Larijani, le remerciera pour ces suggestions et lui demandera de bien vouloir assurer ce suivi : un centre de coordination pourrait s’installer à Damas ou Beyrouth.

Le président du Parlement irakien, Salim Al Jabouri, insistera sur les crimes commis par Israël contre les Palestiniens et sur le fait que la résistance en Palestine est une cause commune.

Un représentant du Front Démocratique de Libération de la Palestine FDLP insiste à son tour sur la nécessité de l’unité des différents mouvements de résistance et propose d’établir un comité de suivi logistique des prises de décisions de la conférence, dont le secrétariat pourrait être à Téhéran.

Abou Ahmad Fouad, Directeur Général du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine), dénoncera particulièrement les accords d’Oslo qui reconnaissaient le gouvernement sioniste.

Ahmed Jibril, du FPLP (CG), Front Populaire de Libération de la Palestine, Commandement Général, remarque qu’un nouveau Front de Résistance réclamé par certains est inutile puisqu’il existe depuis 30 ans, constitué par le Hezbollah et l’Iran et que ceci indique qu’il y a union de destins entre chiites et sunnites. Il propose la création d’un fonds islamique pour empêcher l’achat des terres palestiniennes.

L’Ayatollah Amoli Larijani (frère du Président Ali Larijani), président du pouvoir judiciaire iranien, insiste aussi sur l’universalité de la cause palestinienne, qui concerne en tout cas tout l’islam, et sur l’arrogance de l’Occident qui met partout en avant les droits de l’homme mais soutient Israël qui y contrevient journellement. La Palestine est une cause qui comporte une surface – les territoires occupés- et une profondeur-la confrontation des idéologies, sionisme contre l’islam monothéiste- s’appuyant sur la force des Etats-Unis ; il cite Fukuyama et sa théorie de la fin de l’Histoire avec la fin de l’URSS, qui fait adopter à l’Occident les thèses sionistes contre l’islam. L’Islam appelle à la paix mais en restant vigilant face aux menaces. La République Islamique d’Iran est un exemple de fermeté face à l’outrecuidance de l’Occident qui l’accuse de vouloir fabriquer des armes atomiques alors qu’il soutient les exactions d’Israël qui a l’arme atomique.

Deux rabbins antisionistes étaient parmi les délégués et ont participé aux travaux des commissions de cette conférence.

En conclusion de ces deux jours, Ali Larijani dénoncera les crimes contre l’humanité commis par Israël et affirmera que les débats ont montré que la Palestine est une cause commune à tous les pays musulmans et au-delà, à tous les hommes épris de justice et de liberté.

Conclusion

Les arguties diplomatiques concernant la solution du conflit israélo-palestinien sur un ou deux états me paraissent depuis longtemps hors de propos ; cette conférence internationale m’a convaincu qu’un front puissant se constitue pour orienter les diplomates raisonnables vers la seule création d’un état palestinien sur l’ensemble des territoires concernés qui assurerait des garanties aux populations juives ayant des droits justifiés pour vivre dans cet état.

Il est clair, comme me le disait le général Gallois que la coexistence pacifique de deux états est devenue impossible après 70 ans d’accumulations de haines qui alimentent d’ailleurs l’antisémitisme dans le monde, au grand dam de nombreux de mes amis juifs. Il semble que les extrémistes qui sont au pouvoir à Tel Aviv se permettent depuis l’origine toutes les atteintes aux droits fondamentaux des Palestiniens parce qu’ils ont eu jusqu’ici le soutien de la plus grande puissance du monde, où l’influence de leur diaspora est déterminante.

Mais le monde a changé, les Etats-Unis sont affaiblis pour diverses raisons et de nouvelles puissances mondiales rivalisent avec eux. Ils doivent s’adapter à ce nouveau monde et, bien que le nouveau Président américain reste parfois énigmatique dans ses projets, il a clairement l’idée de sortir du système figé qui dirige les EUA, comme il l’a annoncé dans sa campagne, ce qui l’a fait élire, et veut adapter son pays aux nouvelles donnes internationales. Car c’est un entrepreneur qui n’est pas prisonnier des idéologies mais raisonne sur les réalités : les liens avec Israël que nous lui connaissons, liés à son pragmatisme, peuvent l’aider à prendre des décisions radicalement différentes de ses prédécesseurs, ne serait-ce que pour mettre un terme à l’hostilité récurrente de nombreuses populations du monde qui reprochent aux Etats-Unis de soutenir des tyrans ou des injustices. Les liens de ses services avec DAESH sont désormais de notoriété publique et il arrivera à comprendre que l’Iran qu’il invective n’est pas à confondre avec les terroristes islamistes mais qu’il est au contraire un pays essentiel et au premier rang dans la lutte contre cette plaie mondiale.

Il est possible enfin que de nombreux juifs américains qui ne partagent pas les vues de l’influent AIPAC (American Israëli Public Affairs Committee), qui sont très nombreux et lassés de soutenir une cause qui dessert autant Israël que les Etats-Unis, amènent le Président Trump à comprendre que les intérêts des Etats-Unis ne se confondent pas avec ceux d’un Israël « sûr le lui-même et dominateur » qui développe l’exécration contre eux.

Février 2017

Alain Corvez
Conseiller en stratégie internationale

PS. 1. On peut accéder au texte intégral de la conférence de presse du 27 novembre 1967 à l’Elysée du général de Gaulle sur le site de la Fondation Charles de Gaulle :www.charles-de-gaulle.org/

2. On pourra lire sur Google une analyse de la vision du général de Gaulle sur le sujet telle qu’elle apparaît dans sa conférence de presse du 27 novembre 1967, que j’ai écrite en 2006 :
De Gaulle et sa vision du Proche-Orient IMPERIALISME-TERRORISME-ISLAMISME, Analyse par Alain Corvez

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OTAN: coup de semonce des États-Unis

Publié le par Felli Bernard

 
 

OTAN: coup de semonce des États-Unis

Quand Trump accule les dirigeants européens

Jean-Claude Allard
est Général de division (2° S).

Publié le 02 mars 2017 / Monde

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Trump ne veut plus participer au traitement de toutes les crises. A l’inverse, pour les pays européens, la dimension militaire de l'OTAN importe de plus en plus, car elle est garante de l’existence d’une capacité de défense, à moindre coût, grâce à la puissance américaine. Analyse d'intérêts divergents.

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D’invitation à faire quelque chose, le mot semonce a changé de sens, jusqu’à désigner une mise en garde ferme. Un glissement sémantique qui se retrouve dans les rapports États-Unis – Europe au sein de l’OTAN.

Alors qu’il était seulement candidat, le président américain a tout au long de l’année 2016, multiplié les déclarations sur sa volonté de faire payer ses alliés, notamment européens, pour la contribution que les États-Unis apportent à leur défense. Il estime que les Européens ne font pas les efforts suffisants pour équilibrer la contribution américaine au sein de l’OTAN, allant même jusqu’à menacer de ne pas remplir ses obligations si les Européens ne remplissait pas les leurs.

Trump accuse le laxisme européen

Ce message a été retransmis le  15 février 2017 aux ministres de la défense européens, lors d’une réunion à Bruxelles, par Jim Mattis, le ministre de la Défense américain. Une intervention vue comme un « ultimatum » par la presse américaine et comme « rassurante » par la presse européenne. Une différence d’analyse qui reflète bien les positions politiques de chaque côté de l’Atlantique. Les Européens estiment avoir besoin de la puissance militaire américaine alors que les États-Unis, qui sont fortement investis militairement depuis 2001 au Proche Orient, veulent, et cela depuis la chute de l’URSS et la montée en puissance de la Chine reporter leurs efforts militaires sur le Pacifique. Les accusations portées par le président Trump contre le laxisme européen en matière de défense ne sont donc pas nouveaux mais la critique contre l’OTAN en tant que telle est un fait nouveau plus surprenant.

Il faut mettre en évidence les lignes de forces structurant la relation transatlantique pour comprendre la portée des multiples déclarations sur la question de la défense de l’Europe et de l’OTAN.

Le traité de Washington (4 avril 1949) scellait, dans son article 5, un pacte de défense entre 12 pays1 pour faire face collectivement à toute attaque contre le territoire de l’un des signataires. Afin de parfaire la capacité à répondre à la menace militaire de l’URSS implicitement désignée comme l’ennemi potentiel, une organisation civilo-militaire fut mise en place.

Une OTAN en plusieurs strates

L’organisation civile, avec notamment le Conseil de l’Atlantique nord (CAN), régule les processus de la décision politique alors que l’organisation militaire intégrée, sous les ordres du SACEUR (Supreme Allied Command in Europe ou Commandant suprême des forces alliées en Europe) constitue une architecture d’états-majors et de troupes prêts à réagir. Cette structure permanente combinée et ses efforts d’harmonisation des procédures et des matériels (interopérabilité) en ont fait une remarquable mécanique d’intégration pour des forces multinationales. C’est pourquoi, après la disparition de l’ennemi soviétique, elle a pu perdurer pour remplir des missions en liens de plus en plus lâches avec son objectif initial de défense du territoire européen des pays membres, qu’il s’agisse d’opérations coercitives (Bosnie Herzégovine – 1992/ ; Kosovo-depuis 1999/ ; Afghanistan-2003/2014, …), de lutte contre le terrorisme islamiste, la piraterie ou de secours aux populations. Elle a été, dans plusieurs de ces opérations, le bras armé du Conseil de sécurité.

Il faut donc d’abord comprendre que « l’organisation » n’est qu’un outil bifide (politique/militaire) de « l’Alliance ». L’administration américaine prend bien en compte cette distinction pour porter ses critiques sur un rééquilibrage entre États membres pour la création et l’entretien de la caisse à outils militaires et non les chantiers sur lesquels les employer (décision politique).

En effet, l’organisation politique (CAN) est la seule instance dans laquelle États-Unis et autres pays occidentaux peuvent se retrouver pour parler de sujets politiques. Et les États-Unis ne veulent pas céder sur cet avantage : les nouvelles autorités américaines se sont rendues au siège de l’OTAN, le président Trump doit rencontrer les dirigeants des pays de l’OTAN en mai 2017. Dans les autres instances internationales sont présents des pays tiers. Quant à l’Union européenne, aucun contact n’a été pris à ce stade. De leurs côtés, les pays membres ont intérêt à conserver cette organisation politique qui leur permet d’avoir un droit de regard sur toute opération de l’OTAN même s’ils n’y participent pas (raisons pour lesquelles, par exemple, les pays membres avaient insisté pour faire conduire les opérations en Libye par l’OTAN).

Pour la Maison blanche, le volet militaire de l’Alliance importait lorsqu’il était vu comme un outil pour renforcer (Afghanistan), voire remplacer (Libye) un engagement direct américain. Mais le nouveau président ne veut plus participer au traitement de toutes les crises, donc l’outil devient moins utile pour lui. A l’inverse, pour les pays européens, la dimension militaire importe de plus en plus, car elle est garante de l’existence d’une capacité de défense, à moindre coût, grâce à la puissance américaine. Ainsi, le budget de défense des États-Unis représente 70% du total des budgets militaires des pays membres. Ils sont quasiment les seuls à appliquer la règle d’affectation de 2 % du PIB à la défense2. C’est bien ce que les États-Unis reprochent depuis la fin de la guerre froide à leurs partenaires européens qui ont glissé vers la facilité de « toucher les dividendes de la paix ». Après les supplications, puis les injonctions, voici maintenant venu le temps des mises en garde, dans le style direct du nouveau président, sur l’idée de « pas d’engagement militaire américain, s’il n’y a pas un meilleur partage du fardeau financier ».

Des Européens conscients mais coincés

Certes, l’on peut supposer que les dirigeants européens sont conscients de la vulnérabilité de leur défense face aux menaces grandissantes. Qu’elles soient sur leurs frontières Est ou résultent du développement d’une idéologie islamiste fortement anti-occidentale en voie de s’installer solidement, si elle n’est pas contrecarrée à temps, sur ses frontières sud, de l’Atlantique jusqu’en Asie centrale. Mais ils sont bloqués par la situation de fait créée par leurs politiques d’augmentation des dépenses publiques corrélées à une diminution des dépenses de défense. Ils savent qu’inverser la tendance pour répondre à l’attente du président Trump, c’est brusquer des opinions publiques bercées par les doux chants de la paix. Comme il s’y ajoute des affinités modérées pour la nouvelle Administration américaine, des incertitudes sur l’avenir politique dans chaque pays européen, une propension à édulcorer les menaces, l’Europe semble saisie d’une lassitude identique à celle qui a saisi la France dans les années 1930.

Il ne s’agit donc pas d’un bras de fer entre un président « imprévisible » et des dirigeants plus enclins aux formes diplomatiques classiques mais de répondre à une question de fond : les Etats-Unis reviendront-ils en Europe, en cas de besoin, au cri de « Lafayette, nous voici » ?

La réponse est dans une appréciation de situation géopolitique partagée sur deux sujets majeurs : la Russie, et les dossiers conflictuels ouverts par la précédente Administration rejointe par de nombreux pays européens ; l’islamisme, comme idéologie conquérante. Sur tous les autres dossiers, et notamment la Chine ou les principes du commerce international, l’administration Trump semblerait avoir fait le choix de ne plus y associer l’Europe. Et elle est ensuite sur la nature de la stratégie à mettre en place face à ces différents sujets.

Et, qu’il s’agisse d’analyse géopolitique ou de stratégie, le président Trump ouvre clairement de nouvelles perspectives, qu’il s’agit désormais d’explorer.

  1. Belgique, Canada, Danemark, États-Unis, France, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal et Royaume-Uni.
  2. Une règle fixée pour tenter d’enrayer la décroissance des budgets de défense au sein de l’Alliance. Outre les États-Unis avec un taux de 3,6 % représentant 664 058 millions de $, seuls le Royaume uni, la Grèce, l’Estonie et la Pologne dépassent ce seuil pour un total cumulé de 77 656 millions de $.
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Maestria dans le nord syrien

Publié le par Felli Bernard

Maestria dans le nord syrien

3 Mars 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Russie, #Etats-Unis

Si le conflit syrien n'est pas avare de surprises, les rebondissements de ces deux derniers jours laissent franchement rêveur...

Dans le nord, nous en étions restés aux prémices du conflit entre Kurdes et Turcs, ces derniers étant bloqués dans leur marche vers le sud par l'armée syrienne et les YPG kurdes de Manbij. Affronter ouvertement Damas (donc Moscou) n'étant pas du tout dans les plans du sultan, la solution Manbij s'imposait (flèche verte), faisant d'une pierre deux coups : expulser les Kurdes de l'ouest de l'Euphrate et s'ouvrir une porte vers Raqqa.

Sauf que... Les Kurdes ne l'entendent évidemment pas du tout de cette oreille et, nous avions commencé à en parler, les Américains non plus, qui avaient fait savoir qu'ils continueraient à soutenir le Conseil militaire de Manbij. Nous en étions là quand a débuté une cascade d'événements aux implications extrêmement importantes.

Hier, des vidéos ont commencé à circuler, montrant l'établissement d'une petite base des forces spéciales US à Manbij. Message subliminal : si vous attaquez les Kurdes, vous nous attaquez. Avouez que voir les Américains assaillis par leur allié de l'OTAN et les rebelles "modérés" de l'ASL, pourtant armés et financés par Washington pendant des années, ne manquerait pas de sel...

Quelques heures plus tard, une nouvelle encore plus incroyable tombait : via les bons offices de Moscou, les Kurdes de Manbij ont passé un accord avec Damas, rétrocédant à l'armée syrienne une partie de leur gains territoriaux à l'ouest de l'Euphrate afin de constituer une zone tampon les séparant des Turcs et de leurs proxies.

On le voit, la partie hachurée sur la carte mettrait définitivement les Kurdes à l'abri des menées turques. Erdogan a dû frôler l'attaque cardiaque quand il a appris la nouvelle... Car à moins d'attaquer l'armée syrienne, donc d'entrer ouvertement en guerre contre Damas (et, derrière, Moscou et Téhéran), l'aventure néo-ottomane du sultan est terminée.

Pour Assad, c'est le deal parfait : les loyalistes récupèrent gratuitement et sans combattre une zone sur laquelle il n'auraient pu mettre la main militairement, zone qui les amène haut dans le nord, vers la frontière turque et le Rojava desquels ils avaient été expulsés depuis des années. C'est aussi une reconnaissance tacite par les Kurdes qu'une fois les combats terminés, ils ne demanderont pas l'indépendance mais se contenteront d'une autonomie.

Quant aux Kurdes eux-mêmes, s'ils laissent quelques villages sans importance à l'armée syrienne, leur présence à Manbij est actée et sanctuarisée. Un accord gagnant-gagnant sur le dos d'Erdogan qui doit l'avoir très mauvaise.

L'épisode porte la marque Poutine et ce n'est peut-être pas un hasard si le communiqué du PYD kurde est le suivant : "Pour protéger Manbij, nous avons transféré, après avoir mis sur pied une nouvelle alliance avec la Russie, aux forces armées syriennes toute la zone entre nous et les gangs affiliés à la Turquie [les fameux modérés si chers au système impérial]".

Vlad le judoka a encore frappé. Nous expliquions il y a deux ans :

Plusieurs biographes de Poutine ont montré à quel point le judo est, pour lui, bien plus qu'un sport : une philosophie de vie, qu'il applique dans de nombreux domaines, particulièrement en géopolitique. Utiliser la force et la précipitation de l'adversaire pour mieux le retourner et le mettre à terre. Le maître du Kremlin n'est jamais aussi redoutable que lorsqu'il fait d'abord un pas en arrière ; attendez-vous à vous retrouver assez vite le nez sur le tatami. Ippon.

Le nord syrien est un cas d'école. Utiliser le sultan pour expulser Daech, puis utiliser à nouveau son inévitable agressivité envers les Kurdes pour apparaître comme le sauveur, faisant remettre d'un trait de plume à son protégé de Damas des zones qu'il ne pouvait même pas rêver de reprendre un jour... Comment dit-on maestria en russe ?

Cerise sur le gâteau, ce rebondissement est également le signe évident d'une entente américano-russe, au moins ponctuelle. Le jour où l'on apprend que des forces spéciales US s'établissent à Manbij (voir plus haut) pour soutenir les Kurdes, ceux-ci appellent l'armée syrienne à l'aide. Comme l'écrit le Figaro, seul journal de la MSN à avoir succinctement rapporté l'info :

Cette annonce est une surprise totale car ce serait la première fois que des combattants soutenus par Washington sont d'accord pour rétrocéder des territoires aux forces du président Bachar al-Assad.

Allons plus loin : les troupes syriennes protégeront maintenant de facto les troupes américaines ! Si l'on nous avait dit ça il y a six mois... Evidemment, rien de tout cela n'eut été possible sans le tremblement de terre provoqué par l'élection de Trump et la redirection de la politique extérieure états-unienne subséquente.

Ces incroyables développements nous feraient presque oublier que l'armée syrienne a repris Palmyre...

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Tête chercheuse

Publié le par Felli Bernard

Tête chercheuse

2 Mars 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Etats-Unis, #Russie

La tête du système impérial continue d'envoyer des signaux contradictoires. A l'ONU, l'ambassadrice US pousse à l'adoption de sanctions à l'égard de la Syrie du fait de l'éventuel usage d'armes chimiques. Quand on connaît la fragilité de ce genre d'accusations occidentales, on ne sera pas surpris que la motion ait été rejetée par un double veto russe et chinois. Signe que Pékin, qui d'habitude préfère s'abstenir, s'engage plus résolument aux côtés de Moscou, Téhéran et Damas. L'Eurasie en marche...

Les pessimistes verront dans la position américaine la preuve que Trump s'est couché devant le parti de la guerre. Tout est perdu, fors l'honneur ! Sauf que... Le Donald ne varie pas d'un iota et continue par exemple à démolir la mafia médiatique à chacune de ses apparitions. Lors de son discours inaugural au Congrès, il a poursuivi sur la même ligne internationale - mais en plus courtois, circonstances obligent. "Je ne suis pas le président du monde, seulement celui des Etats-Unis (...) Nous dépensons des fortunes pour défendre les frontières de nombreux autres pays mais ne le faisons même pas pour nous-mêmes..." De quoi donner une crise d'urticaire aux interventionnistes néo-cons, libtards et autres joyeux drilles.

Le Congrès était divisé comme jamais entre Républicains se levant toutes les trente secondes pour l'applaudir et Démocrates à la mine déconfite. Mais globalement, chacun, y compris la MSN, s'accorde à reconnaître que le Donald a réussi son examen de passage. CNN a avalé sa parabole de travers en admettant que 78% des Américains ont approuvé son discours.

Ainsi va l'empire, dont la démarche sinusoïdale laisse perplexe. Beaucoup d'analystes voient Trump finir par se ranger tout à fait derrière le Deep State et reprendre à son compte sa politique belliciste dans quelques mois. Et si c'était l'inverse ?

Car les choses évoluent également en profondeur, loin des projecteurs et pas dans le sens souhaité par les faucons. Ainsi, une enquête montre que la popularité de Poutine aux Etats-Unis a doublé en un peu plus d'un an, passant de 13% à 22% (32% chez les électeurs Républicains). Certes, tout cela reste encore relativement bas, mais c'est la tendance qui importe et celle-ci est claire.

Le grand avantage de la campagne présidentielle de l'automne est que, pour la première fois, l'Américain de base a entendu parler du monde et de ce qui s'y passe. C'est un frémissement qui avait d'ailleurs déjà commencé quelques années auparavant avec la crise syrienne (rappelons-nous la mini-fronde de certains militaires en 2013) :

Depuis, le récit hollywoodisé du système impérial a volé en éclats, constamment remis en cause par des voix chaque fois plus nombreuses. On ne sera pas surpris de retrouver la délicieuse Tulsi qui, lors de sa dernière interview sur CNN (datant de fin janvier), a plaqué le journaliste sur le thème des "rebelles modérés". Regardez l'air atterré du plumitif de service, ça vaut le détour :

Ceci, de plus en plus d'Américains le voient, l'entendent, le lisent, le ressentent. Et l'idée, qui vient des deux bords du spectre politique, fait son chemin dans les têtes. Dans les plaines de l'Ohio ou les downtown de Chicago, on commence confusément à sentir que ça ne colle pas, que le discours impérial a du plomb dans l'aile, que la presse raconte des cracks.

Nous avions déjà vu il y a quelques mois que la confiance envers les médias US était à son plus bas historique. Et ce n'est pas l'infantile et grossière campagne de diabolisation et même de psychiatrisation de Trump, Poutine ou Trump+Poutine - ce qu'un malicieux observateur appelle le Syndrome de dérangement Poutine - qui arrangera la crédibilité de la MSN. Il est d'ailleurs amusant de constater le peu d'imagination de ses promoteurs : 

Quand on sait que, en Occident plus qu'ailleurs, l'hystérie communicative du système va de pair avec son déclin...

Résumons : population excédée par le terrorisme islamique et même l'islamisme en général, chaque jour plus consciente des évolutions du monde (dans des proportions qu'il ne faut toutefois pas exagérer), chez laquelle la popularité du djihadist's killer Poutine ne peut qu'aller grandissant, surtout chez les électeurs Républicains ; méfiance généralisée envers les médias et l'Etat fédéral (donc, en creux, envers l'Etat profond) ; raz de marée électoral Républicain...

Les prédictions de ce blog se sont si souvent réalisées (Brexit, élection de Trump, libération d'Alep, coup d'Etat en Turquie, désastre saoudien, conflit gelé en Ukraine etc.) que votre serviteur se permet d'en faire une autre.

Pendant quelques mois encore, peut-être un an, le Donald devra louvoyer, donnant du grain à moudre au parti de la guerre, alternant les signaux contradictoires. Concomitamment, le pragmatisme gagnera du terrain. Pragmatisme des élus Républicains au pouvoir, ne souhaitant pas se couper totalement de l'opinion publique ni de leur président ; pragmatisme des militaires sachant bien, eux, qui est leur véritable ennemi. Le système impérial, de bien mauvaise grâce, ira de recul en recul, non sans donner quelques coups de griffe. Il aura suffisamment reflué en 2018 pour que le rapprochement russo-américain s'engage concrètement.

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