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Vengeance et pétrole : « La guerre en Irak était la solution pour éviter d’instaurer une démocratie »,

Publié le par Felli Bernard

Subhi Toma est spécialiste du Moyen-Orient. Ancien opposant au régime baasiste, il a milité au sein de nombreux comités anti-guerre en Irak, en France et en Europe.

Source : Subhi Toma, 30-12-2016

Un employé d'un site pétrolier essaie d'éteindre l'incendie lancé par des combattants de Daesh d'un champs pétrolier à Qayyara, au sud de Mossoul. © Goran Tomasevic Source: Reuters

Un employé d’un site pétrolier essaie d’éteindre l’incendie lancé par des combattants de Daesh d’un champs pétrolier à Qayyara, au sud de Mossoul.
© Goran Tomasevic Source: Reuters

Dix ans après l’exécution de Saddam Hussein, l’expert en géopolitique et ancien opposant au régime baas, Subhi Toma, revient sur l’invasion américaine motivée par le pétrole et le désir de revanche et dont les conséquences semblent interminables.

 Vous étiez militant irakien de gauche et un opposant à Saddam Hussein. Vous avez été emprisonné à ce titre. Plus tard, après votre arrivée en France, vous vous êtes néanmoins mis à militer contre les embargos et contre l’intervention américaine en Irak. Que représentait Saddam Hussein pour vous?

Subhi Toma (S. T.) : Je me suis engagé contre l’arrivée au pouvoir de Saddam Hussein et du parti Baas dès le premier jour. Je m’y opposais car Saddam Hussein s’appuyait sur les forces armées pour régler les problèmes politiques. Saddam Hussein était d’ailleurs assez connu en Irak pour être quelqu’un de violent qui n’hésitait pas à recourir à la force. Nous étions dans les années 1968 et ma génération avait d’autres aspirations pour l’Irak. On souhaitait sortir de l’infernal cycle de coups d’Etat qui propageait une violence aveugle dans le pays. Nous avons alors organisé des grèves dans le milieu universitaire et syndical pour nous opposer à lui. C’est dans ce contexte que j’ai été emprisonné un an dans la prison célèbre à l’époque qu’on appelait le «palais de la fin» et où beaucoup de militants sont morts. Après ma libération, j’ai quitté l’Irak où je ne pouvais plus étudier ou avoir d’activité professionnelle. Je suis alors arrivé à Paris et je me suis occupé de l’association des étudiants irakiens de l’opposition en France. J’ai failli être arrêté dans l’ambassade irakienne en France. Ils ont fini par m’enlever mon passeport. Je n’avais plus la possibilité d’aller en Irak. En 1991, lorsque l’Irak a envahi le Koweït, j’ai commencé à militer contre l’embargo total décidé par la résolution de l’ONU. Je me suis senti concerné car je savais que cette décision allait surtout toucher les catégories d’Irakiens les plus fragiles : les pauvres, les enfants, les vieillards… J’ai voulu essayer de sensibiliser le monde au sort de cette population avec l’association «La coordination pour la levée de l’embargo imposé à l’Irak».

Je considérais que ce choix de renverser Saddam Hussein ou non devait revenir aux Irakiens eux-mêmes.

Durant plusieurs années, cette association a joué un rôle important auprès de la communauté internationale et m’a permis de me rendre en Irak dans le cadre d’une délégation européenne pour l’évaluation des besoins de populations souffrant de l’embargo. Lors de cette visite, les autorités irakiennes se sont montrées plutôt intéressées par notre action, même s’il s’agissait de personnes de l’opposition comme moi. Mais, à mes yeux, tout cela n’avait rien à voir avec le destin de Saddam Hussein, ni avec sa survie ou sa chute. Ce qui comptait pour moi, c’était le peuple irakien. Or, il n’a plus eu de pouvoir sur le sort de Saddam Hussein à la seconde où la communauté internationale et les pays les plus puissants du monde ont déclenché la guerre. Saddam Hussein ne pouvait plus être renversé par quelqu’un d’autre que ces grandes puissances. En tant qu’Irakien, je considérais que ce choix devait revenir aux citoyens eux-mêmes.

Georges W. Bush avait une haine viscérale contre Saddam Hussein car il considérait qu’il était la raison qui avait empêché la réélection de son père

Etait-ce aussi pour vous une erreur que de renverser le régime de Saddam Hussein ? Quelle solution aurait-été préférable ? 

S. T. : Tous ceux qui ont participé à la guerre, en partant des responsables américains et britanniques, considèrent aujourd’hui qu’ils ont commis une erreur fatale en la déclenchant. Tony Blair a été contraint de présenter ses excuses au peuple irakien. Même s’il défend ce qu’il a fait, il a reconnu que cette guerre mal préparée a eu pour résultat de propager le terrorisme à l’échelle planétaire. L’ex-secrétaire de la Défense américain et l’ex-responsable de la CIA le reconnaissent aussi. De mon côté, je m’y suis opposé immédiatement par le biais de comités anti-guerre et du collectif d’intellectuels européens et américains «Pas en notre nom». Là aussi notre propos n’était pas de savoir s’il fallait faire avec ou sans Saddam Hussein, mais de dire que leur guerre entraînerait l’apparition d’un chaos généralisé. Pourquoi ont-ils été aussi pressés de faire cette guerre ? De renverser Saddam Hussein ? Ils étaient aveuglés par d’autres motivations. Georges W. Bush avait une haine viscérale contre Saddam Hussein car il considérait qu’il était la raison qui avait empêché la réélection de son père à la présidence. Il a donc tout fait pour aller punir l’Irak.

C’est une parfaite imbécillité que de s’imaginer qu’on peut par la violence, en tuant un peuple signer des contrats pétroliers

Il y avait aussi des considérations économiques et géostratégiques : la possibilité de maîtriser 80% de la production du pétrole du Moyen-Orient. Cette mainmise était vitale pour la communauté internationale. Le complexe militaro-industriel américain était intéressé par le résultat de la guerre et les perspectives de nouveaux contrats de construction et d’armement dans un pays totalement détruit. Cela s’est vu dès la première année de guerre lorsque le contrôle des concessions d’exploitation des gisements de pétrole a été placé sous la tutelle des grands groupes pétroliers américains, retirant au peuple irakien la maîtrise de cette richesse. Si la communauté internationale avait été sincère et fidèle à ses valeurs, elle aurait dû utiliser d’autres moyens. Elle aurait dû aider les véritables démocrates irakiens pour qu’ils soient eux-même capables de changer leur gouvernement. Mais ils ont choisi cette solution pour éviter d’instaurer une démocratie en Irak. Selon moi, le pétrole et la démocratie sont incompatibles. On ne peut pas gérer l’exploitation de pétrole de manière parfaitement démocratique et transparente. Leur objectif était motivé par de la pure vengeance contre Saddam Hussein et l’envie de s’accaparer la richesse du pays. Ils étaient convaincus que c’était la seule solution. Pour moi, c’est une parfaite imbécillité que de s’imaginer qu’on peut par la violence et en tuant un peuple signer des contrats pétroliers. En démantelant l’Etat irakien, ils ont menacé non seulement le peuple irakien, mais aussi le peuple européen, car de cette guerre a résulté une grande partie des tragédies que l’Europe a connues.

C’est donc un fonctionnaire de Georges W. Bush qui a décidé du sort des Irakiens

Treize ans après l’intervention américaine, dix ans après la mort de Saddam Hussein, l’Irak est toujours dans une situation chaotique. Vous qui êtes originaire de Mossoul, vous connaissez les dégâts de Daesh dans cette ville. Que faut-il faire pour sortir de cette crise à la fois politique et confessionnelle ? 

S. T. : Personne n’avait préparé la suite. Personne ne la prépare aujourd’hui. Après la guerre, lorsqu’on était amené à réfléchir sur le destin de l’Irak, je pensais que pour trouver une issue plus pacifiée à l’Irak, la communauté internationale allait prendre ses responsabilités. Il incombait au Conseil de sécurité et à l’ONU, avec des intentions sincères, d’organiser les discussions et pourparlers autour du processus démocratique de sortie de crise. Il fallait mettre en place un projet de reconstruction du pays en compagnie de l’ensemble des factions et communautés du pays. Les Américains n’ont pas voulu de cette solution et ont choisi de nommer une sorte de «proconsul de l’empire» Paul Bremer. C’est donc un fonctionnaire de Georges W. Bush qui a décidé du sort des Irakiens. Le résultat a donné cette guerre confessionnelle que l’on connait encore aujourd’hui.

Les Américains ne semblent pas très pressés de chasser Daesh

Mossoul est symptomatique de ce choix de ne rien préparer. Aujourd’hui, les responsables américains déclarent que la lutte contre Daesh à Mossoul prendra six mois, voire peut-être 24, parce qu’ils n’étaient pas assez préparés, n’avaient pas pris en compte l’après libération de Mossoul. Ils n’ont toujours rien prévu pour le destin de cette ville à la fin de l’offensive. Tout cela nous indique quand même que les Américains ne semblent pas très pressés de chasser Daesh. Daesh est devenu un instrument supplémentaire de manipulation et de domination de la région. On peut utiliser Daesh contre ses voisins. Les terroristes étaient indispensables à leur arrivée à Mossoul car les Etats-Unis négociaient fermement avec l’Iran leur accord sur le nucléaire. Daesh pouvait être une menace éventuelle contre Téhéran. C’est devenu un instrument comme un autre dans la guerre politique américaine. Il faudra voir maintenant ce que fera Donald Trump. Il a promis lors de sa campagne qu’il mettrait en place un plan de libération de Mossoul et Raqqa dès le premier mois de son mandat. Attendons de voir cela.

Le temps est encore long avant que nous ne connaissions une véritable paix

Etes-vous optimiste pour l’avenir de votre pays ?

S. T. : Malheureusement non. Ce qui est certain c’est que la coalition internationale arrivera à chasser Daesh. Mais depuis treize ans, le tissu social a été tellement abimé et l’Etat totalement démantelé. Je ne vois pas dans leur plan comment les problèmes des différentes communautés et minorités vont être réglés. Ce que le peuple yézidi a subi, ce que les petites communautés ont vécu ne sera pas oublié. Tous les groupes religieux ne pourront pas être appelés à revivre ensemble en un instant à la seconde où Daesh sera chassé. Il reste des questions importantes à régler : quel sera l’avenir des Kurdes ? Que deviendront les communautés qui ont été chassées de leurs terres ? Je ne suis pas très optimiste. Si leur projet s’avère être celui de la partition de l’Irak en trois ou quatre états – un Etat kurde, un sunnite, un chiite – la situation s’aggravera. Cela pourrait déclencher des conflits supplémentaires avec les pays voisins. Je pense que le temps est encore long avant que nous ne connaissions une véritable paix.

Source : Subhi Toma, 30-12-2016

12 réponses à Vengeance et pétrole : « La guerre en Irak était la solution pour éviter d’instaurer une démocratie », par Subhi Toma

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La réelle signification du rapport de la Direction du renseignement US sur « le choix de la Russie d’interférer dans l’élection »

Publié le par Felli Bernard

La réelle signification du rapport de la Direction du renseignement US sur « le choix de la Russie d’interférer dans l’élection »


Saker US
Saker US

Par Le Saker – Le 8 janvier 2017 – Source The Saker

Je dois avouer que ma première réaction a été d’ignorer tout simplement ce rapport comme étant une charge inutile d’absurdités. Puis j’ai remarqué un blogueur ukrainien, Anatoli Sharii, qui se moque de ce rapport pendant plus de 10 minutes. En l’écoutant, ma première réaction a été « ce n’est pas possible – Sharii exagère ». Mais ensuite, Sharii a commencé à citer le rapport en long et en large et je ne pouvais en croire mes yeux (j’ai lu le texte original en anglais que Sharii avait traduit en russe) : chaque mot que prononçait Sharii était vrai. C’est alors que j’ai décidé de télécharger ce document et de le lire. Il est incrusté ici pour que vous puissiez le lire aussi. Lisez le texte entier, s’il vous plaît. Il est absolument incroyable.

https://drive.google.com/file/d/0ByibNV3SiUooTlVMV2hnS0UzY2M/preview

 

Avant d’entrer dans les détails, je vous recommande aussi de parcourir les deux exemples ci-dessous sur la manière dont les médias dominants étasuniens ont fourni à leurs lecteurs un « guide » pour les aider à mieux comprendre/interpréter ce rapport :

CNN : 10 most damning findings from report on Russian election interference [Les 10 résultats les plus accablants du rapport sur l’interférence russe dans les élections].

VOX : The key findings from the US intelligence report on the Russia hack, decoded [Décodage des principales conclusions du rapport du Renseignement américain sur le piratage russe].

Là encore, même si c’est pénible, je vous recommande de lire en entier le texte des « guides » fournis par ces journaux.

Maintenant, passons au contenu.

Tout d’abord, rappelez-vous quel était le but déclaré de ce rapport : convaincre le président élu Donald Trump que les Russes avaient interféré activement dans les élections présidentielles américaines. Depuis que Trump a exprimé ouvertement et à maintes reprises son profond scepticisme sur toute cette question, ce rapport est ce que les néocons ont trouvé de mieux pour essayer de le faire changer d’avis.

Ensuite, il y a cette phrase essentielle sur la première page du rapport : « Alors que les conclusions du rapport sont toutes prises en compte dans l’évaluation classifiée, le rapport déclassifié n’inclut pas, et ne peut inclure, les informations qui les confirment, y compris le renseignement spécifique, ses sources et ses méthodes ». Traduit en clair, cela signifie ceci : « Comme nous ne pouvons pas vous dire exactement comment nous savons ce que nous savons, de peur que des sales types découvrent un super-secret sur les méthodes de collecte des renseignements, nous vous promettons que les conclusions rendues publiques aujourd’hui sont appuyées par notre enquête ». En d’autres termes, tandis que les « sources et les méthodes » sont gardées secrètes, les conclusions rendues publiques résument fidèlement nos constats. En termes encore plus simples, nous pourrions dire : « Nos conclusions sont complètes, il n’y a pas d’autres conclusions gardées secrètes, seuls nos méthodes et nos moyens ont été classifiés ». Fondamentalement, cela signifie que c’est tout ce que les néocons ont obtenu.

Donc voici ce que dit le rapport :

  1. Les Russes étaient critiques à l’égard du processus démocratique étasunien (page ii).
  2. Poutine & Co préféraient Trump à Clinton (page ii).
  3. Les médias russes (d’État et privés) étaient critiques à l’égard de Clinton (page ii).
  4. L’agence de renseignement militaire russe GRU est derrière des hackers bien connus (pages ii et iii).
  5. Les Russes ont eu accès aux conseils électoraux étasuniens, mais cela n’a pas affecté le décompte des votes (page iii).
  6. Les Russes utiliseront à l’avenir cette expérience contre les alliés des États-Unis (page iii).

Voilà. Sérieusement. C’est tout ce qu’ils ont obtenu. Le reste du rapport n’est qu’une sorte de discussion vague remplie de « nous évaluons », « nous croyons » et autres « expressions estimatives » (expliquées à la page 13 du rapport). Le plus surprenant est que, dans les 25 pages du rapport, il n’y ait PAS UN SEUL ÉLÉMENT DE PREUVE. ABSOLUMENT RIEN. Ce que nous avons est ce que je ne peux qu’appeler des « plaintes politiques » (points 1 à 3 ci-dessus) et des allégations totalement sans fondement de surveillance de divers serveurs/réseaux/ordinateurs américains. Et ça, mes amis, c’est absolument stupéfiant. Pourquoi ? Parce que dans le premier exemple, les agences de renseignement US se plaignent que les Russes ont fait usage de leur droit divin d’exprimer leurs opinions et leurs préférences tandis que dans le second, les États-Unis se plaignent que la Russie fassent exactement ce pourquoi la plus grande agence de renseignement américaine – la NSA – a été créée : surveiller les autres.

La moitié du rapport, à peu près, est fondamentalement une longue diatribe paranoïaque sur combien RT et Sputnik sont efficaces et combien ils sont devenus populaires en Occident. Sérieusement, ils essaient de convaincre Trump que les Russes sont méchants, méchants, méchants en disant que RT fait de bonnes émissions de débats ! Cela me dépasse, tout simplement.

Quant à savoir si le GRU est lié d’une manière ou d’une autre à Guccifer ou à DCLeaks.com – c’est totalement risible et ils pourraient aussi bien affirmer que les services de renseignement sur Mars sont liés à Wikileaks ou que les machines russes à voyager dans le temps étaient impliquées dans l’assassinat de JFK. Franchement, c’est aussi boiteux que pathétique.

Je ne sais pas ce que Trump a pensé lorsqu’il a écouté ce tas de fumier, mais je sais que si j’avais été à sa place, j’aurais littéralement éjecté les gens présentant ce rapport dans les escaliers de ma maison et j’aurais immédiatement licencié toutes les personnes et les bureaux liés à la rédaction de ce texte. Pourquoi ?

Parce qu’ayant rédigé moi-même des rapports analytiques, je sais que celui-ci est si mauvais et si vague qu’il aurait été inacceptable, même venant d’un analyste junior de première année, sans même parler de hauts responsables du renseignement. Ensuite, parce que ce rapport ne contient pas le moindre renseignement utile. Donc les Russes n’aiment pas Hillary et ils le disent. Quel est le problème ? Hillary était la secrétaire d’État américaine la plus incompétente et russophobe dans l’Histoire des États-Unis et si elle avait été élue, les risques d’une guerre thermonucléaire auraient été immenses. Est-il vraiment surprenant que la plupart des Russes (y compris votre serviteur) la haïssent, la méprisent et la craignent absolument ? Qu’est-ce que Trump est supposé faire maintenant ? Appeler Poutine et lui dire : « Vladimir, dites s’il vous plaît à RT de ne pas critiquer les personnalités publiques américaines ! » ? Et qu’est-ce que Trump serait supposé répondre si Poutine lui répondait : « Donald, les États-Unis ont profondément interféré en Russie, vous avez gouverné notre pays dans les années 1990, vous avez truqué nos élections, vos tireurs d’élite ont tiré sur notre peuple depuis le toit de votre ambassade en 1993 et vos médias m’ont diabolisé personnellement depuis des années maintenant – et vous voulez que je modère RT ? ».

La bonne nouvelle est que Trump a fait ce qu’il fallait : il s’est moqué de ce rapport totalement risible et a réitéré son désir d’entretenir de bonnes relations avec la Russie :

Ce ne devrait cependant pas être la fin de l’histoire. Non seulement ce rapport est une tentative bâclée et pathétique de servir les intérêts politiques étroits des néocons, mais c’est aussi une immense tache sur la réputation déjà délabrée de la communauté du renseignement étasunien. Nous avons déjà eu les armes chimiques de Saddam Hussein, nous avons déjà eu les absurdités erratiques sur le programme nucléaire militaire iranien, et maintenant nous avons cette interférence directe dans la politique intérieure américaine, d’un niveau de jardin d’enfants. Si les États-Unis étaient un genre de petit pays sans importance comme, disons, l’Estonie, ce ne serait pas grave. Mais lorsque les contribuables étasuniens dépensent des millions pour financer non pas une, non pas deux ou trois, mais 16 agences de renseignement et que tout ce que celles-ci peuvent produire est cette sorte de merde totale, il y a un problème. Un problème encore aggravé par le fait que ce genre de « renseignement » est ce que le président utilisera pour prendre des décisions importantes, y compris celle d’entrer en guerre et même d’utiliser des armes nucléaires.

Donc si amusant que ce soit, c’est aussi effrayant. Il semble que la communauté américaine du renseignement a été si complètement politisée qu’elle est incapable de remplir sa tâche la plus importante : informer les décideurs étasuniens.

J’arrive de nouveau à la même conclusion : Trump doit sévir durement, très durement, contre la communauté américaine du renseignement, en particulier la CIA. La communauté tout entière doit être réformée et radicalement réduite en taille. En matière de renseignement, plus n’est pas mieux, et une communauté du renseignement immense et gonflée de 16 organismes est quelque chose qu’aucun pays dans l’Histoire n’a jamais tenté. Ce n’est pas seulement un gaspillage de ressources total, c’est extrêmement dangereux.

Les Russes se sont plaints depuis des années de ce qu’ils appelaient poliment le « manque de professionnalisme » de leurs collègues américains. Ils commenceront sans doute à déplorer ouvertement le « manque de professionnalisme » des services de renseignement étasuniens. Pourquoi ? Parce que la sécurité russe dépend beaucoup des rapports fiables et compétents des services de renseignement américains sur la Russie présentés au président des États-Unis. Une communauté du renseignement compétente dirait au président que la Russie n’est en aucune manière une menace et que travailler avec elle sur la base d’intérêts sains, d’un bon sens de base et du respect mutuel serait à l’avantage des deux pays. Mais en ce moment, la communauté du renseignement US ne fait qu’aggraver la situation et cela nuit à la fois aux États-Unis et à la Russie.

Trump devrait nommer à la tête du FBI quelqu’un doté d’« une tête froide, un cœur brûlant et des mains propres » (pour reprendre l’expression de Félix Dzerjinski) et ordonner des mesures de répression massives sur le Congrès, les médias et la communauté du renseignement américains. Exactement comme Poutine l’a fait en Russie, et comme les États-Unis ont agi avec les liens d’Al Capone, il peut probablement avoir la majorité d’entre eux sur des accusations de corruption, d’obstruction à la justice, de fraude, d’abus de pouvoir, de conspiration criminelle pour frauder, etc. Le Congrès (qui s’est toujours senti au-dessus des lois) et la communauté du renseignement (qui utilise le secret pour dissimuler la corruption) devraient être particulièrement vulnérables à cette tactique.

Pour Trump et, dirais-je, pour les États-Unis en tant que pays, il est vital de purger les niveaux supérieurs du pouvoir de ces clowns incompétents et malhonnêtes. D’ailleurs, ils ne laisseront pas Trump seul ni ne lui donneront une chance honnête de faire ses preuves. Et les néocons ne peuvent pas être apaisés, ils veulent toujours plus. À moins que Trump n’agisse immédiatement contre eux dès qu’il entre à la Maison Blanche, sa présidence courra à l’échec, tout comme l’avenir des États-Unis.

The Saker

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« Mensonge, fausse bannière et vidéos », une politique américaine (B. Guigue)

Publié le par Felli Bernard

« Mensonge, fausse bannière et vidéos », une politique américaine (B. Guigue)

WAR & CONFLICT BOOK ERA: VIETNAM« Pour justifier l’ingérence dans les affaires des autres, Washington manifeste à la fois un véritable génie de l’affabulation et un manque évident d’imagination. Les dirigeants US n’oublient jamais d’inventer une histoire à dormir debout, mais elle a toujours un air de déjà-vu. Le plus étonnant n’est pas que Washington fasse preuve d’une telle répétition dans son répertoire, c’est plutôt qu’on semble le découvrir à chaque fois. En attendant, les faits parlent d’eux-mêmes. L’analyse des conflits du demi-siècle écoulé révèle le même modus operandi, elle fait apparaître les mêmes grosses ficelles.

Premier cas d’école, la guerre du Vietnam. En août 1964, le fameux incident du Golfe du Tonkin fait subitement basculer l’opinion américaine dans le camp belliciste. Des vedettes lance-torpilles nord-vietnamiennes, accuse Washington, ont attaqué le destroyer de la Navy « Maddox » au milieu des eaux internationales le 2 août. Dans un contexte de tensions entre Washington et Hanoï, la Maison-Blanche soutient que cette provocation communiste ne peut rester sans réponse. Mis sous pression, le Congrès des Etats-Unis autorise le président Johnson, le 7 août, à riposter militairement. Dans les mois qui suivent, des centaines de milliers de soldats volent au secours du régime sud-vietnamien et les bombardiers US pilonnent les positions nord-vietnamiennes.

A l’époque, la presse occidentale reprend mot pour mot la version officielle, accréditant la thèse d’une agression des forces communistes nord-vietnamiennes qui seraient donc responsables de l’escalade militaire. Pourtant, cette narration de l’incident est totalement fictive. Elle a été fabriquée de A à Z. En réalité, aucune attaque n’a eu lieu. Le « Maddox » était dans les eaux territoriales nord-vietnamiennes et non dans les eaux internationales. Il a bien tiré 350 obus, mais dans le vide, contre un ennemi parfaitement imaginaire, pour faire croire à une attaque. Mais peu importe. Il fallait démontrer l’agressivité criminelle du camp adverse, lui faire porter la responsabilité d’une guerre totale. Elle fera trois millions de morts, et les USA la perdront.

Deuxième cas d’école, la guerre contre l’Irak. Les attaques terroristes du 11 septembre 2001 fournissent à l’administration Bush un prétexte idéal pour lancer une vaste offensive au Moyen-Orient. Elle passe d’abord par la destruction du régime taliban en Afghanistan (pourtant installé avec la bénédiction de Washington), puis par l’attaque contre l’Irak de Saddam Hussein (mars 2003). Privée de toute légitimité internationale, cette agression militaire contre un Etat qui ne menace personne se prévaut, officiellement, d’un double « casus belli ». Bagdad détiendrait des armes de destruction massive représentant un danger mortel pour la sécurité collective, et le régime baasiste fournirait une aide logistique à l’organisation terroriste Al-Qaida.

Comme pour l’incident du Golfe du Tonkin, cette double accusation est une monstrueuse affabulation. On eut beau faire semblant de les chercher, on n’a trouvé aucune arme de destruction massive en Irak, ni aucune connivence entre le régime irakien et l’organisation terroriste fondée par Ben Laden. En revanche, l’implication des services secrets américains et saoudiens dans les attentats du 9/11 est un secret de polichinelle. La version officielle permet donc d’occulter cette responsabilité (qui reste obscure dans ses détails) en se livrant à une inversion accusatoire. Pour justifier la liquidation d’un Etat qui s’oppose à ses ambitions, Washington l’accuse de ses propres turpitudes. Habituée à avaler des couleuvres, la presse occidentale reproduira servilement l’argumentaire contre Bagdad.

Troisième cas d’école, la Syrie. A partir du printemps 2011, une contestation minoritaire et encouragée de l’extérieur, sur le modèle préfabriqué des « révolutions arabes », réclame la destitution du président syrien. Des provocations et des attentats créent un climat de guerre civile, aggravé par l’aide massive que fournissent à la rébellion armée les puissances occidentales et les pétromonarchies du Golfe. Refroidi par les fiascos afghan et irakien, Washington préfère intervenir contre Damas en utilisant des « proxys », des organisations de mercenaires. Mais une partie de l’establishment, acharnée, veut provoquer la chute de Bachar Al-Assad en persuadant Barack Obama d’infliger des frappes aériennes aux forces syriennes.

Pour justifier cette intervention, il faut évidemment un prétexte. On va vite le trouver ! Par l’horreur qu’il inspire, l’usage de l’arme chimique contre des populations civiles constitue le motif idéal. Le 21 août 2013, des images d’enfants gazés dans la banlieue de Damas font le tour du monde. Faute de preuves, les enquêteurs de l’ONU ne désignent aucun coupable. Une étude menée par le prestigieux MIT révélera que cette attaque ne pouvait provenir que des zones rebelles. Mais c’est trop tard. La machine à mensonges tourne à plein régime. Accréditée par Washington, avalisée par ses alliés, la version officielle est reprise par la presse et les ONG subventionnées. Elle devient « la vérité » sur le conflit syrien, le prétexte de l’ingérence étrangère et le faux-nez du néo-colonialisme.

Vietnam, Irak, Syrie, trois exemples parmi tant d’autres ! La liste des pays qui ont subi l’ingérence fomentée grâce à la manipulation de l’opinion est interminable (Cuba, Cambodge, Soudan, Nicaragua, Somalie, Serbie, Libye, Yémen, Chili, Venezuela, Honduras, la liste est non exhaustive ..). A chaque fois, cette manipulation repose sur un mensonge inaugural, énorme de préférence, qui fabrique le casus belli requis par l’ingérence en tétanisant l’opinion internationale. Spécialité US, cette production de la guerre par l’invention pure et simple de son motif est la marque de fabrique de la maison-mère. Lyndon Johnson invente des vedettes-lance-torpilles, Colin Powell brandit sa fiole de jus de pomme à l’ONU, Barack Obama désigne le coupable d’une attaque chimique organisée par ses protégés. Tout est bon pour édifier le bon peuple.

La formule-clé de cette politique, c’est « mensonge, fausse bannière et vidéos ». Le mensonge est l’élément générateur de la guerre impérialiste, sa matière première, son carburant. La fausse bannière (« false flag ») est son mode opératoire préféré, car il autorise l’inversion accusatoire, l’imputation de ses propres crimes à l’adversaire qu’on veut abattre. Les vidéos, enfin, sont l’instrument de communication qui donne corps à la fable fondatrice. Avec la force persuasive de l’image, avec ses effets de réel, cette mise en scène permet de substituer une post-vérité construite à la simple véracité des faits. Ce n’est pas un hasard si le Pentagone a dépensé 500 millions de dollars pour fabriquer de fausses vidéos djihadistes, et si les Casques Blancs, en Syrie, montaient leurs vidéos dans des décors de cinéma ».

Bruno Guigue, Agoravox, le 11 janvier 2017

Quelques rappels :

11 septembre, Journée officielle des “merdias” et du mensonge d’Etat

Fausses bannières flottant sur les foutaises de l’Empire

Pour l’Empire le but est le chaos, pas la victoire (P. Koenig)

Georges Corm : la fabrique de djihadistes

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L’eau sale dans les « guerres propres » occidentales

Publié le par Felli Bernard

L’eau sale dans les « guerres propres » occidentales

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De l’Irak à la Yougoslavie, de l’Afghanistan à la Libye, du Yémen à la Syrie, les guerres ouvertes ou secrètes de l’Occident ont impliqué le ciblage militaire systématique des infrastructures fournissant l’eau potable aux populations. Des millions de personnes en ont été durement affectées. Une plongée dérangeante dans les méandres des « guerres propres » des puissances occidentales.

L’instrumentalisation de l’eau dans les conflits armés est une tactique plurimillénaire. Selon le géographe Philippe Boulanger, dès l’Antiquité, « le détournement des eaux [est] recommandé par le stratège chinois Sun Tse dans L’Art de la guerre (Ve siècle av. J.-C.), ou par le stratège romain Frontin dans Les stratagèmes (Ier siècle apr. J.-C.) ». D’après l’historien Jean-Nicolas Corvisier, il existe dans la Grèce antique « une certaine conscience de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas durant les conflits (…) : ne pas utiliser des armes interdites ; ne pas empoisonner les eaux ; ne pas priver d’eau une Cité (…) Toutefois, si ces pratiques sont réprouvées, elles sont loin d’être inconnues. Certaines ont même fini par se banaliser avec le temps. (…) En revanche, l’interdit sur l’empoisonnement des eaux est beaucoup plus respecté ». 2 500 ans plus tard, et malgré le développement du Droit international humanitaire depuis un siècle et demi, le recours à des tactiques illégales qui transforment l’eau en arme est une constante dans les guerres occidentales, qu’elles soient ouvertes (Irak, Kosovo, Libye…) ou clandestines (Yémen, Syrie…).

En septembre 2016, le Huffington Post rapporta qu’une « une station de pompage fournissant de l’eau aux quartiers d’Alep-Est tenus par les rebelles [avait] été détruite par des bombardements », ajoutant que les adversaires de Bachar el-Assad avaient « répondu en fermant une station approvisionnant le reste de la ville, laissant deux millions de personnes sans accès à l’eau potable. » Un an auparavant, dans un texte cosigné par cinq parlementaires français, le député syrien Boutros Merjaneh et le journaliste franco-libanais Nader Allouche dénoncèrent le fait que « les groupes armés à Alep, qui ont pris possession de la station de pompage et d’épuration de l’eau, [avaient] décidé de couper l’accès à [cette ressource vitale], dont ils [privaient] intentionnellement la population d’Alep, qui compte encore 2,5 millions d’habitants. » Rappelant les « relations privilégiées de la France avec les belligérants et leurs parrains » du Golfe, ils incitèrent en vain les autorités françaises à s’opposer à cette manœuvre des milices anti-Assad.

Depuis la fin décembre, le même processus d’instrumentalisation militaire de l’eau est à l’œuvre dans la région de Damas, chaque camp se renvoyant la responsabilité de cette situation tragique qui affecte près de 5 millions de civils. Comme l’a rapporté le site israélien YNetNews.com, en se basant sur des informations de Reuters, « la source d’Aïn el-Fijé, qui fournit 65 % des réserves d’eau de Damas, a été bloquée par les rebelles ; ces derniers auraient également contaminé l’eau avec du carburant », tandis que les opposants à Bachar el-Assad accusent l’armée syrienne d’avoir bombardé la station de pompage de cette ville. Durant ce conflit, les milices rebelles autant que les forces loyalistes ont utilisé l’eau potable pour déstabiliser l’ennemi, ce qui a durement touché la population. Sachant que l’État français et ses alliés soutiennent l’opposition anti-Assad, ils se sont abstenus de protester lorsque la rébellion a empêché des millions de personnes d’accéder à l’eau potable, tout en dénonçant les crimes de l’armée syrienne et de ses soutiens. À l’aune de l’Histoire récente, cette complaisance occidentale face à de telles méthodes n’est pas surprenante, puisque les systèmes nationaux de distribution d’eau ont été systématiquement visés durant les « guerres propres » des puissances de l’OTAN (Golfe, Yougoslavie, Afghanistan, Libye), et dans les « guerres inavouables » où elles sont clandestinement impliquées (Yémen, Syrie).

Yougoslavie, Afghanistan : des guerres « propres » et « humanitaires » ?

Lancée en 1999, la guerre du Kosovo est la première application moderne du concept de « guerre humanitaire », autrement qualifiée d’« intervention d’humanité ». Or, comme l’a souligné l’universitaire Jean-Baptiste Jeangène Vilmer – qui est pourtant un défenseur de la doctrine de « Responsabilité de Protéger » (R2P) appliquée en Libye –, « la campagne aérienne de l’OTAN au Kosovo a été une catastrophe humanitaire. Elle constitue encore aujourd’hui l’un des cas les plus exemplaires de violation du principe de proportionnalité. La majorité des purges a eu lieu après le début des bombardements, et on a des raisons de croire qu’ils les ont accélérées. Lord Carrington lui-même, ancien ministre des Affaires étrangères britannique, Secrétaire général de l’OTAN et président de la Conférence Européenne sur la Yougoslavie, pense que ce sont les bombardements qui ont causé le nettoyage ethnique. » Moins connues de l’opinion publique, d’autres conséquences négatives de cette intervention militaire sont à déplorer, et elles discréditent la notion orwellienne de « guerre propre » popularisée en 1991, durant l’opération Tempête du désert.

En janvier 2001, un rapport de l’Assemblé parlementaire du Conseil de l’Europe critiqua l’impact écologique de cette campagne de l’OTAN en Serbie et au Kosovo. D’après ce document, « entre le 24 mars et le 5 juin 1999, 78 sites industriels et 42 installations énergétiques en Yougoslavie ont été endommagés par les bombardements et les frappes de missiles [, ce qui a] entraîné une grave contamination de l’air, de l’eau et du sol par des substances dangereuses. » Cet impact environnemental ne s’est pas limité à la Yougoslavie, « qui possède des nappes phréatiques d’importance européenne ; leur contamination peut avoir des incidences négatives à de grandes distances du territoire yougoslave. La situation est d’autant plus grave que les capacités d’auto-épuration des eaux souterraines sont nettement inférieures à celles des cours d’eau », selon les auteurs de ce rapport – qui soulignèrent également l’impact nocif des munitions à l’uranium appauvri. En outre, la destruction des infrastructures fournissant l’électricité ou l’eau potable – telles que les stations d’épuration –, ont massivement affecté les civils, ces frappes visant à encourager un rejet populaire de Slobodan Milosevic, alors Président de la République fédérale de Yougoslavie. Titrant que ces opérations réduisaient les Serbes à des « hommes des cavernes », le New York Times rapporta qu’« après deux mois de bombardements, qui commencèrent le 24 mars [1999], une OTAN désireuse de paralyser l’effort de guerre serbe s’[attaqua] intensivement au réseau électrique de ce pays, et les réserves d’eau dépendant des pompes électriques en [souffrirent] considérablement. Les bombes hautement explosives [causèrent] des dommages permanents à ces deux systèmes. »

Deux ans plus tard, à la suite du 11-Septembre, « Tony Blair et Georges W. Bush [appelèrent] de leurs vœux la formation d’une coalition militaro-humanitaire avant d’attaquer l’Afghanistan ». Les opérations furent lancées quelques semaines après ces attentats. À l’époque, les infrastructures garantissant l’accès à l’eau potable dans ce pays furent également visées par les avions de la coalition occidentale, qui frappèrent notamment les réseaux et les installations électriques permettant aux civils d’extraire l’eau de leur sol. Durant cet automne 2001, le peuple afghan venait de subir trois années consécutives de sécheresse. De ce fait, le cabinet de recherches énergétiques Frost & Sullivan souligna que ces frappes de l’OTAN suscitaient « de vives préoccupations en termes de santé publique et d’hygiène, puisque les villes [et les villages afghans avaient] besoin d’électricité pour pomper l’eau ». Ce pays entrait alors dans sa troisième décennie de guerre ininterrompue, ce qui avait délabré le système national d’assainissement des eaux et d’irrigation. S’ils n’en sont pas à l’origine, les bombardements occidentaux en Afghanistan ont aggravé une situation déjà critique, alors que ce pays traversait une crise de l’eau qui a persisté jusqu’à présent.

Comme s’en est récemment alarmé le médecin humanitaire Teck Young Wee, « partout sur cette planète, les enfants devraient pouvoir accéder à l’eau [potable]. Mais dans un Afghanistan “démocratique”, qui est soutenu par la communauté internationale et qui est le pays “le plus frappé par des drones”, Zuhair n’est qu’une personne parmi les 73 % de citoyens afghans qui n’ont pas accès à de l’eau potable et propre. Quelque chose me contrariait alors : puisque l’État afghan et les gouvernements alliés ne semblent pas vraiment préoccupés par la résolution des causes premières de cette crise de l’eau, de celle de l’environnement et de bien d’autres [fléaux], que pouvions-nous faire, [mon ONG] et moi-même ? » Ainsi, malgré les dizaines de milliards de dollars investis par la communauté internationale dans la reconstruction de ce pays – dont une part substantielle a été détournée à des fins de corruption –, l’accès à l’eau potable reste un problème majeur pour les trois quarts des Afghans.

Sur le long terme, les tactiques ciblant les infrastructures d’assainissement et de distribution de l’eau peuvent avoir des conséquences désastreuses sur les populations (maladies infectieuses, pandémies, cancers, pénuries…). Or, considérant le manque d’études épidémiologiques sur cette question, il est impossible de mesurer l’impact de ces politiques, qui échappent souvent à l’attention médiatique. Il est donc difficile de sensibiliser l’opinion sur ces méthodes mortifères et illégales. En effet, selon l’article 54 du Protocole I additionnel aux Conventions de Genève de 1949, de tels actes constituent des crimes de guerre. Dans certains cas, ils peuvent même être considérés comme des tactiques génocidaires s’ils engendrent la « soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle », en vertu de l’article 2 de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, qui fut adopté par les Nations-Unies en 1948. Puisqu’elles ont induit le recours prémédité à des tactiques de privation d’eau potable ayant gravement affecté plusieurs millions de civils, nous allons expliquer dans quelle mesure les guerres du Golfe, de Libye et du Yémen pourraient entrer dans ce dernier cas de figure.

En Irak, l’eau est une « arme de destruction massive » depuis 1991

Au début de l’année 1991, les États-Unis, la France et leurs alliés lancèrent en Irak ce qui était présenté par CNN et d’autres médias occidentaux comme une « guerre propre », mais qui s’est avérée bien plus sale qu’on ne la décrivait. À l’époque, les images des puits de pétrole en feu ont marqué l’opinion, et l’on se rappelle donc qu’en janvier 1991, « Saddam Hussein [ordonna] la destruction des sites d’exploitation pétrolière dans le but de créer une pollution marine, le dysfonctionnement des usines de traitement de l’eau salée et des obstacles à un possible débarquement de la coalition. Les forces irakiennes [mirent] le feu à 60 puits de pétrole le 21 janvier, puis jusqu’à 613 (sur 732 dynamités) à la fin de février, produisant une catastrophe écologique équivalant à 12 fois (…) le désastre de l’Exxon Valdez en Alaska en 1989 [, selon le Pentagone] ». Peu évoqué dans les médias grand public – contrairement à ces sabotages de l’armée irakienne –, un fait historique encore plus dérangeant échappe à la mémoire collective, et discrédite totalement cette notion de « guerre propre ».

En effet, selon l’expert britannique Nafeez Ahmed, « des chiffres de l’ONU jamais remis en question démontrent qu’environ 1,7 million de civils irakiens sont morts à cause [du] régime de sanctions (…) imposé par l’Occident [à la fin de la guerre du Golfe], dont près de la moitié étaient des enfants. Il semblerait que cette abondance de morts ait été intentionnelle. Parmi les biens interdits par les sanctions de l’ONU, l’on peut recenser des produits chimiques et des équipements essentiels au fonctionnement du système national de traitement des eaux de l’Irak. Un document secret de l’Agence de Renseignement militaire du Pentagone (DIA) (…) a été découvert par le Professeur Thomas Nagy, qui enseigne à l’École de Commerce de l’Université George Washington. Selon lui, ce document constitue “un plan de génocide contre le peuple irakien”. » Toujours selon Nafeez Ahmed, « dans son article scientifique (…), le Professeur Nagy expliqua que ce document de la DIA révélait, dans “les moindres détails, une méthode parfaitement opérationnelle pour ‘délabrer complètement le système de traitement des eaux’ d’une nation entière” pendant une décennie. Par conséquent, la politique de sanctions créerait “les conditions favorables à une vaste propagation de maladies, dont des épidémies de grande ampleur (…) liquidant ainsi une vaste portion du peuple irakien”. »

D’autres sources confirment cette politique génocidaire et son caractère intentionnel, dont la lettre adressée en mai 2000 par le parlementaire américain Tony Hall à la secrétaire d’État Madeleine Albright. Comme s’en alarmait alors ce représentant au Congrès, « je partage les inquiétudes de l’UNICEF face à la détérioration permanente des systèmes d’assainissement et d’approvisionnement de l’eau sur la santé des enfants [irakiens]. Première cause de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans, les maladies diarrhéiques ont dorénavant atteint des proportions épidémiques, et elles touchent quatre fois plus de personnes qu’en 1990. Les restrictions frappant les contrats dans le secteur de l’eau et de l’assainissement sont la première raison de la hausse des maladies et des décès. Sur les 18 contrats concernés, 17 interdictions ont été imposées par le gouvernement des États-Unis. (…) [Madame Albright,] je vous implore de reconsidérer votre décision [d’interdire ces contrats], car les maladies et les décès sont la conséquence inévitable de ne pouvoir ni consommer de l’eau potable, ni s’assurer une hygiène minimale. »

Quatre ans plus tôt, en mai 1996, une journaliste de l’émission télévisée 60 Minutes rappela à la secrétaire d’État Madeleine Albright que cette politique de sanctions imposée par les puissances occidentales avait tué « un demi-million » d’enfants irakiens en 5 ans, selon des estimations de l’UNICEF. Visiblement choquée par ces chiffres, elle lui demanda si cela « en valait la peine ». Sans hésiter, la secrétaire d’État lui répondit par l’affirmative, ce qu’elle regrettera des années plus tard, mais sans démentir ce lourd bilan. En d’autres termes, Madeleine Albright reconnut puis confirma la responsabilité centrale du gouvernement des États-Unis dans ce qui constitue un génocide au regard du Droit pénal international. Depuis ces aveux, aucun dirigeant occidental n’a été inquiété pour ce crime de grande ampleur, et l’Irak continue de s’enfoncer dans le chaos depuis l’invasion illégale de cette nation en 2003. À l’époque, selon le New Yorker, les soldats américains « découvrirent un pays brisé par les sanctions. Les centrales électriques vacillaient, les canaux d’irrigation étaient bouchés, les ponts et les routes tombaient en ruine ; dans leur majorité, les infrastructures semblaient avoir été improvisées. Le gouvernement des États-Unis dépensa ensuite des milliards de dollars pour les reconstruire. »

Malgré les sommes colossales investies dans la reconstruction de ce pays, les conditions de vie de la majorité des Irakiens restent catastrophiques, notamment en termes d’accès à l’eau potable. Selon le dernier rapport annuel du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) relatif à l’Irak – qui a été publié un an avant l’offensive de Mossoul –, « les besoins humanitaires [dans ce pays] sont énormes, et ils sont en croissance permanente. L’accès aux services de santé essentiels représente un besoin immédiat pour 8,5 millions de personnes. À travers le pays, 6,6 millions de personnes ont un besoin urgent d’accéder à l’eau, à des installations sanitaires et à de l’aide en termes d’hygiène. (…) Les systèmes de distribution hydrique et d’assainissement des eaux usées sont délabrés, ce qui amplifie le risque de crises majeures de santé publique. » Depuis lors, selon les dernières estimations de l’OCHA, les conditions de vie de la population se sont encore dégradées, ce qui n’a pas empêché l’Irak de redevenir un producteur et un exportateur majeur de pétrole. « Mission accomplished ».

En Libye, quand la « guerre humanitaire » assoiffe la population

En 2011, vingt ans après le lancement de l’opération Tempête du désert, l’OTAN est intervenue en Libye au nom de la « Responsabilité de Protéger ». Quatre ans plus tard, pour citer à nouveau Nafeez Ahmed, « de nombreux commentateurs parlent de la crise de l’eau qui s’aggrave à travers [ce pays], sachant que les besoins dépassent la production. Certains ont souligné le contexte environnemental de raréfaction de l’eau due aux changements climatiques. Or, ils ont ignoré le fait que [la Grande Rivière Artificielle (GRA),] le complexe système national d’irrigation patiemment construit et développé depuis des décennies afin de régler ce problème, fut délibérément ciblé et dégradé par l’OTAN. (…) En septembre [2011], (…) l’UNICEF rapporta que la destruction partielle de la GRA avait laissé 4 millions de Libyens sans eau potable. [En 2016,] la GRA est toujours en mauvais état, et la crise de l’eau en Libye continue de s’aggraver. »

Ces dernières années, d’autres experts ont confirmé une probable intensification de cette crise. Les raisons qu’ils invoquent pour l’expliquer sont principalement d’ordre naturel, telles que la rareté de l’eau dans cette région désertique. Or, les frappes de l’OTAN ont fortement détérioré le système national de distribution de l’eau en Libye, tout en retardant le développement de la GRA. En 2016, si l’on se base sur les estimations de l’OCHA, « environ 680 000 personnes [dans ce pays avaient] besoin d’une aide humanitaire pour satisfaire leurs besoins basiques en consommation d’eau et en hygiène (…) Le traitement des eaux usées [était] aussi de plus en plus préoccupant, en particulier pour les demandeurs d’asile et les migrants. » Selon le spécialiste des questions environnementales Kieran Cooke, le système de la GRA « pourrait s’effondrer si le chaos en Libye perdure – aboutissant à une pénurie chronique d’eau potable qui affecterait des millions de personnes ».

Comme l’avait rapporté Bloomberg.com en mai 2015, les problèmes d’accès à l’eau en Libye sont également dus aux coupures d’électricité engendrées par le délabrement du système électrique national et les affrontements continuels entre milices rivales. La campagne de l’OTAN ayant engendré ce chaos sécuritaire et la destruction partielle des infrastructures libyennes, elle fut donc un facteur central d’aggravation de cette crise de l’eau qui menace l’avenir de ce pays. De toute évidence, le recours à cette tactique fut intentionnel, puisque les frappes contre ces équipements ne constituèrent en aucun cas des bavures, mais des attaques planifiées et assumées par l’état-major de l’OTAN. Au Yémen, des méthodes similaires de destruction délibérée des infrastructures d’assainissement et de distribution de l’eau sont employées par la « coalition arabe ». Bien qu’étant central, le rôle des États occidentaux dans ces opérations n’est toutefois pas assumé, sachant que cette guerre ne peut être justifiée par les motifs humanitaires attrayants qui ont légitimé l’intervention en Libye.

Au Yémen, un désastre humanitaire aggravé par les puissances de l’OTAN

Avant le conflit qui oppose depuis mars 2015 la coalition dirigée par l’Arabie saoudite aux rebelles houthis, le Yémen était déjà répertorié parmi les nations devant affronter les pénuries d’eau les plus graves. D’après certains experts, les nappes phréatiques de ce pays pourraient d’ailleurs être épuisées dès cette année. Dans un tel contexte, la guerre de la « coalition arabe » contre les Houthis a exacerbé une crise humanitaire qui préexistait, avec l’appui décisif mais confidentiel d’au moins trois États occidentaux. En effet, comme l’a souligné Régis Soubrouillard en avril 2015, le Pentagone, la Direction du Renseignement Militaire (DRM) et la DGSE aident l’armée saoudienne à planifier ses bombardements et à sélectionner ses cibles, notamment au moyen de renseignements satellitaires. En mai 2016, dans Le Figaro, le grand reporter George Malbrunot confirma l’implication clandestine de militaires français dans cette guerre, un haut gradé anonyme lui ayant affirmé que la France était « très discrètement cobelligérante », fournissant des « dossiers d’objectifs » ou effectuant des « missions de reconnaissance (…) non seulement par satellite, mais aussi avec des avions ». Ce rôle opérationnel décisif des forces françaises est méconnu, car seule une poignée de journalistes l’a rapporté. En revanche, l’engagement direct des États-Unis et de la Grande-Bretagne dans ce conflit est mieux couvert par la presse anglo-saxonne, et il ne se limite pas à des ventes d’armements. En effet, des officiers militaires de ces deux pays aident notamment leurs alliés locaux à planifier leurs opérations. La « coalition arabe » est donc une expression qui masque, intentionnellement ou non, le rôle majeur des gouvernements américain, français et britannique dans cette offensive aux conséquences humanitaires désastreuses – notamment en termes d’accès à l’eau potable.

Comme l’a rapporté Amnesty International en février dernier, « j’ai été témoin de ce que les Yéménites endurent – voir des corps tirés des décombres à Sanaa ou des restes humains parmi les gravats jonchant le site d’une station d’épuration visée par une frappe aérienne à Hajja ». En janvier 2016, l’UNICEF expliquait que « les enfants représentent au moins la moitié des 2,3 millions de personnes déplacées de leur foyer, et au moins la moitié des 19 millions de personnes qui s’efforcent chaque jour de trouver de l’eau potable ; (…) Les services publics de santé, d’eau et d’assainissement ont été décimés et ne peuvent pas répondre aux besoins toujours croissants d’une population désespérée. » Ainsi, des millions de civils yéménites subissent les conséquences des bombardements massifs d’infrastructures civiles par la « coalition arabe ». Ces opérations aggravent le manque chronique d’eau potable, ce qui favorise l’émergence ou la propagation d’épidémies de maladies diarrhéiques et de choléra. En d’autres termes, les dirigeants occidentaux ayant décidé d’appuyer secrètement cette offensive sont juridiquement coresponsables de l’aggravation d’un désastre humanitaire dans la nation la plus pauvre du Moyen-Orient. En effet, ces opérations limitent considérablement l’accès à l’eau potable dans un pays qui connaissait déjà des difficultés structurelles dans ce domaine, sans parler des pénuries de nourriture suscitée par les bombardements d’infrastructures agroalimentaires et le blocus imposé par la « coalition arabe ».

Dans les « guerres propres », des millions de malades et d’assoiffés

Dans les pays de l’OTAN, la guerre au Yémen passe au second plan. En revanche, l’indignation politico-médiatique s’est massivement concentrée sur Alep-Est, ce qui est paradoxal puisque la reprise de ces quartiers par les forces syriennes et leurs alliés représente une défaite militaire majeure pour al-Qaïda. À Mossoul, le même objectif est recherché par la coalition dirigée par les États-Unis, mais l’offensive contre Daech « a longuement piétiné » et les civils paient un lourd tribut dans cette opération, qui pourrait encore durer plusieurs mois. Dans ce contexte orwellien – où les jihadistes sont décrits comme « modérés » ou « extrémistes » en dépit de leur idéologie commune –, les opinions occidentales s’indignent des exactions de Bachar el-Assad et de ses soutiens, mais n’ont majoritairement pas conscience de l’implication de leurs gouvernements respectifs dans ce qui pourrait constituer des crimes de guerre, voire de génocide, au Yémen et dans les autres conflits étudiés à travers cet article.

Secrètement engagées dans des guerres inavouables au Levant et dans la Péninsule arabique, les puissances de l’OTAN y ont soutenu une coalition arabe et des mercenaires salafistes notoirement insensibles aux Conventions de Genève et aux droits de l’Homme. Entre autres actes de barbarie, ces forces sunnites ont empêché des millions de personnes d’accéder à l’eau potable. Plus globalement, depuis 1991, les États occidentaux ont affirmé conduire des « guerres propres » en Irak, en Yougoslavie, en Afghanistan et en Libye. Or, durant ces opérations, les infrastructures fournissant l’eau à la population ont été massivement et intentionnellement dégradées, engendrant ou aggravant des crises humanitaires ayant affecté des millions de civils. Et comme nous l’avons souligné, les pénuries d’eau courante ne sont que l’un des innombrables fardeaux imposés aux peuples « libérés » par ces offensives. De ce fait, et malgré les risques majeurs induits par sa présidence, il est plutôt rassurant que Donald Trump rejette les politiques de « changement de régime », qui sont hors de contrôle depuis le 11-Septembre, et qui ont provoqué la plupart des catastrophes humanitaires décrites dans cet article. Néanmoins, au vu de son hostilité ouverte à l’égard de la Chine, des ex-généraux bellicistes qui domineront son équipe de sécurité nationale, et de sa volonté de durcir la guerre contre Daech en assouplissant les règles d’engagement au détriment des civils, tempérons notre optimisme et gardons à l’esprit que les promesses n’engagent que celles et ceux qui les reçoivent.

Son site                            

Biographie :

Diplômé d’un Master 2 « Théorie et pratique des droits de l’Homme » à la Faculté de Droit de Grenoble, Maxime Chaix est traducteur et journaliste indépendant, spécialisé dans les domaines du renseignement, des opérations clandestines, des questions stratégiques, de la criminalité financière et du terrorisme global. En 2015, il a lancé son propre site afin de regrouper ses différents articles et traductions. Depuis 2014, il a notamment écrit pour dedefensa.org, Paris Match, et le Club de Mediapart.

Déplorant le soutien irréfléchi de la majorité des médias français pour les interventions militaires des puissances de l’OTAN – ce qu’il considère comme préjudiciable au débat démocratique et à la sécurité collective –, il défend un journalisme à l’anglo-saxonne, résolument critique envers les excès militaires occidentaux à l’étranger. Il s’inspire donc de Glenn Greenwald, Trevor Timm, John Pilger, Nafeez Ahmed, Gareth Porter, Mehdi Hasan, Jeremy Scahill ou encore Peter Dale Scott, un auteur et ancien diplomate canadien dont il est le principal traducteur francophone.

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Yeah men ou le surplace du Seoud

Publié le par Felli Bernard

 

Yeah men ou le surplace du Seoud

10 Janvier 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Il ne fallait pas être grand clerc pour prévoir l'enlisement saoudien au Yémen et ce blog l'a annoncé à plusieurs reprises (ici, ici ou ici). Si l'on y ajoute le fiasco syrien depuis l'intervention russe, le gambit pétrolier perdu et la crise de revenus subséquente, le chameau wahhabite se retrouve chamélisé. Avec un bourbier chiite à sa frontière... Deux cartes qui valent tous les discours.

Mai 2016 :

Janvier 2017 :

Malgré ses crimes de guerre, soigneusement passés sous silence par les chancelleries et la presse occidentales saoudolâtres, Riyad n'a pas avancé d'un pouce en huit mois... Les Houthis résistent comme jamais, luttant pour chaque roc, et abattent régulièrement leur lot de wahhabites. Combien de couleuvres la maison des Seoud pourra-t-elle encore avaler ?

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La Folie de fin de règne à Washington

Publié le par Felli Bernard

La Folie de fin de règne à Washington

La Folie de fin de règne à Washington© Yuri Gripas Source: Reuters
Barack Obama

«Jamais à Washington n’a-t-on vu un parti au pouvoir si incapable d’accepter l’alternance, si vindicatif, si avide de trouver des boucs émissaires» - la journaliste Diana Johnstone fait le point sur les derniers jours des démocrates au pouvoir.

En 2016, le Parti de guerre étatsunien était sûr de pouvoir poursuivre sa politique habituelle d’hégémonie mondiale avec l’élection à la Présidence de sa candidate, Hillary Clinton. Face à sa défaite inattendue, déchirante, inacceptable, le Parti de guerre dans son désarroi s’est mis à mimer sa propre caricature de «l’ennemi», la Russie – grande nation qu’Obama qualifie bizarrement de «petite». Son dépit est sans limites.

Pour Hillary Clinton, l’élimination du «dictateur» Khadafi fut son plus grand succès et devait la qualifier pour la présidence grâce au succès de sa «stratégie de changement de régime». Ses emails révélés par le FBI sont la preuve de cette attente. Hillary avait adopté avec enthousiasme la politique des néoconservateurs et des interventionnistes libéraux prônant le renversement de gouvernements qui manquaient de respect pour la seule superpuissance, nation exceptionnelle, indispensable et unique leader du monde. L’impertinence de Vladimir Poutine, ouvertement en faveur d’un «monde multipolaire», l’a hissé à la première place dans la liste des méchants. Il est promu «dictateur» et «menace existentielle» aux yeux de la nation exceptionnelle, cible numéro un du changement de régime.

Mais dans un drôle de renversement, Hillary Clinton et ses partisans politiques et médiatiques s’accordent pour attribuer sa défaite à un complot mené par Vladimir Poutine visant à changer le régime aux Etats-Unis. On dirait un cas classique de projection psychologique, poursuivie au niveau institutionnel. Ce que Hillary rêvait de faire à Poutine, Poutine l'aurait fait à Hillary.

On n’a ni les preuves convaincantes de l’implication russe dans ce supposé espionnage, ni les preuves que c’est cela qui a causé la défaite de Mme Clinton

En conformité avec cette projection, l'essentiel de ce qui s’appelle «la gauche» aux Etats-Unis se comporte comme Hillary espérait voir se comporter les Russes, en allant dans les rues pour montrer leur «résistance au dictateur» - sauf que le dictateur est le président élu des Etats-Unis, Donald Trump.

Cette prétendue gauche est trop absorbée à proclamer sa résistance héroïque à la prochaine dictature pour remarquer les mesures dictatoriales en train d’être mises en place par le régime sortant. A commencer par la stigmatisation des opinions contraires, accusées d’être propagande de l’ennemi.

Les multiples efforts, souvent réussis, du gouvernement américain pour renverser les gouvernements d’autres pays sont notoires et bien documentés. Les moyens des Etats-Unis sont connus et visibles, contrairement aux moyens que Poutine aurait employés pour faire élire Trump. Ceux-ci seraient invisibles, flottant quelque part dans le cyberspace. Il s’agirait du piratage de communications électroniques, pratiqué à grande échelle par les agences du gouvernement américain, ainsi que révéla Edward Snowden. 

On accuse le perfide Poutine d’avoir fait pirater les conversations internes du comité national du parti démocrate montrant que les dirigeants du parti avaient trompé l’opinion afin de faire perdre la nomination à Bernie Sanders, grand rival de Hillary Clinton. En tant que «secret d’état», ce bavardage politicien n’est pas exactement l’équivalent des plans du prochain supermissile du Pentagone. Et l’on n’a ni les preuves convaincantes de l’implication russe dans ce supposé espionnage, ni les preuves que c’est cela qui aurait causé la défaite de Mme Clinton. Mais le soupçon répété en continu par les grands médias et les autorités de l’Etat suffit pour motiver Obama à imposer de nouvelles sanctions contre la Russie et à expulser une trentaine de diplomates et leurs familles.

Pour divertir l’attention du contenu des emails incriminés, les organes de presse du régime, The Washington Post et The New York Times, ont diffusé avec zèle l’accusation selon laquelle la débâcle électorale fût causée par des «fausses nouvelles» répandues par Internet, le grand rival montant de la presse écrite, en déclin accéléré. Ainsi on annonça la chasse aux «fausses nouvelles», les sorcières de l’âge informatique.

Dans ce but, le 23 décembre, le Président Obama a signé une loi de programmation qui inclut une provision stipulant la création d’un véritable ministère de la Vérité, appelé «Global Engagement Center» — nom légèrement totalitaire par ses connotations. Attribuant ainsi au Pentagone l’autorité de décider entre le «vrai» et le «faux», la loi précise que le but du nouveau Centre serait de «synchroniser les efforts gouvernementaux pour reconnaître, comprendre, exposer et agir contre les efforts de propagande et de désinformation, menés par des Etats étrangers ou des entités non-étatiques, visant à saper les intérêts de la sécurité nationale des Etats-Unis.»

L’origine de cette mesure se trouve dans l’affirmation largement diffusée sans preuve que Vladimir Poutine aurait réussi à détourner le fonctionnement de l’élection présidentielle américaine en employant des «fausses nouvelles» non-identifiées.

On a toute raison de souhaiter que la folie de l’année 2016 cédera la place à un peu de bon sens en 2017

Ayant bombardé, envahi et ruiné l’Irak dans le but d’éliminer des «armes de destruction massive» inexistantes, le Pentagone est particulièrement qualifié pour ce rôle de traquer les inexactitudes. La loi autorise des subventions destinées aux «médias locaux indépendants» qui «réfutent la désinformation et la manipulation étrangère». Il s’agit là d’une invitation ouverte à qui veut se faire rémunérer en propageant la ligne officielle de créer un «media local indépendant» suffisamment orthodoxe pour mériter une subvention. Evidemment, avec cette pratique, le mot «indépendant» rejoindra le vocabulaire orwellien des contresens.

C’est un drôle d’aveu d’impuissance que de considérer que la libre circulation de l’information, qui forcément comporte des erreurs et des mensonges, soit une menace pour la «sécurité nationale» du pays le plus armé de toute l’histoire.

C’est étrange aussi d’introduire une telle loi à la veille de la prise du pouvoir par le candidat accusé d’avoir été élu précisément grâce aux «fausses informations» d’origine russe que la loi est censée combattre. C’est donc une loi adoptée par le Président sortant contre son successeur, surtout si celui-ci travaille pour améliorer les relations avec la Russie. Mais le nouveau Président, une fois au pouvoir, qu’en fera-t-il ?

Jamais à Washington n’a-t-on vu un parti au pouvoir si incapable d’accepter l’alternance, si vindicatif, si avide de trouver des boucs émissaires, si prêt à violer toutes les bienséances démocratiques et diplomatiques, si prêt à pratiquer la politique de la terre brûlée, même aux dépens de ces «valeurs» dont il se proclame le défenseur indispensable, à commencer par la liberté d’expression ?

On a toute raison de souhaiter que la folie de l’année 2016 céde la place à un peu de bon sens en 2017.

Lire aussi : Ancien membre de la CIA : «La Russie fait un parfait méchant de Hollywood»

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La Turquie peut-elle basculer dans le camp russe ?

Publié le par Felli Bernard

La Turquie peut-elle basculer dans le camp russe ?

Même si la Russie a historiquement un lourd passé avec la Turquie, et même si elle se souvient du rôle personnel de l’actuel président Erdoğan contre elle, lors de la première guerre de Tchétchénie, elle ne peut qu’être intéressée par une éventuelle sortie d’Ankara de l’Otan. À l’inverse, l’État profond US, qui poursuit son ambition impériale malgré l’élection de Donald Trump, est prêt à tout pour maintenir la Turquie dans l’Alliance atlantique.

| Damas (Syrie)
 
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Ce que John Kerry fait le jour, Victoria Nuland le défait la nuit.

Pour garantir sa survie personnelle, le président Recep Tayyip Erdoğan a lancé une vaste purge de tous les éléments pro-US de son pays ; une purge qui s’ajoute au combat qu’il mène déjà contre la Syrie, contre le PKK, et désormais contre ses anciens mercenaires de Daesh.

La destruction de l’influence états-unienne est d’abord passée par l’éradication du Hizmet de Fethullah Gülen, le prédicateur islamiste qui travaille pour la CIA depuis la Pennsylvanie. Elle se poursuit aujourd’hui avec le limogeage et souvent l’arrestation non seulement de tous les militaires liés aux États-Unis, mais des militaires laïques en général. On n’est jamais trop prudent.

450 des 600 officiers supérieurs turcs en poste à l’Otan ont été rappelés en Turquie. Plus de 100 d’entre eux et leurs familles ont demandé l’asile politique à la Belgique, siège de l’Alliance atlantique.

Première conséquence de cette purge anti-laïque, l’armée turque est décapitée pour longtemps. En cinq mois 44 % des généraux ont été remerciés. Et ceci alors que, lors du scandale Ergenekon 70 % des officiers supérieurs de l’époque avaient été limogés, arrêtés et emprisonnés. Privée de son commandement, l’opération « Bouclier de l’Euphrate » piétine.

Erdoğan est donc contraint de revoir à la baisse ses ambitions militaires pour les prochaines années ; que ce soit en Syrie, en Irak ou à Chypre —trois États qu’il occupe partiellement—. Il a donc laissé tomber Alep-Est (Syrie) —mais pas Idleb— et s’apprête à se retirer de Bachiqa (Irak).

Vu de Washington, une possible sortie de la Turquie hors de l’Otan, ou tout au moins hors du Commandement intégré de l’Alliance atlantique, provoque des sueurs froides à la faction impérialiste du pouvoir. En nombre d’hommes, l’armée turque est en effet la seconde de l’Otan après celle des États-Unis. Au contraire, une possible sortie de l’Alliance suscite plutôt du soulagement à la faction de Donald Trump pour qui la Turquie est un pays à la dérive.

D’où le forcing des néo-conservateurs pour ramener la Turquie dans le « sens de l’Histoire » (celui du « Nouveau siècle américain »). Ainsi, l’assistante du secrétaire d’État, Victoria Nuland, tente d’offrir Chypre à Recep Tayyip Erdoğan ; un projet qu’elle avait conçu suite aux élections de novembre 2015, lorsque le président Barack Obama a ordonné d’éliminer le président turc.

Exerçant un chantage sur le président chypriote Níkos Anastasiádis, Madame Nuland l’a prié d’accepter son « plan de paix » pour Chypre : l’île serait réunifiée et démilitarisée —c’est-à-dire privée de son armée— tandis que l’Otan —concrètement les troupes turques— s’y déploierait. Ainsi, l’armée turque pourrait achever sa conquête de l’île sans combattre. Dans le cas où il refuserait ce marché de dupes, le président Anastasiádis pourrait être poursuivi en justice à New York au motif de son implication en tant qu’avocat dans les affaires de la société Imperium de son ami russe Leonid Lebedev ; une affaire à 2 milliards de dollars.

Ainsi, la rupture avec l’Otan coûterait à la Turquie le Nord-Est de Chypre qu’elle occupe, tandis que son maintien dans l’Alliance atlantique lui offrirait la totalité de l’île.

Certes, dans quelques semaines Victoria Nuland devrait être remerciée par le nouveau secrétaire d’État, Rex Tillerson, mais le groupe qu’elle représente ne devrait pas perdre pour autant tout pouvoir. Madame Nuland est membre de la famille des fondateurs du « Projet pour un nouveau siècle américain », qui participa à la planification des événements du 11-Septembre. Son beau-père, Donald Kagan du Hudson Institute, a formé les néo-conservateurs et les disciples de Leo Strauss à l’histoire militaire de Sparte. Son beau-frère, Frederick Kagan de l’American Entreprise Institute, a assuré les relations publiques des généraux David Petraeus et John R. Allen. Sa belle-sœur, Kimberly Kagan, a créé l’Institute for the Study of War. Son époux, Robert Kagan est aujourd’hui rémunéré par l’ancien émir du Qatar à la Brookings Institution. Quatre figures, cinq think tanks, mais une seule idéologie.

Victoria, quant à elle, fut successivement ambassadrice à l’Otan, porte-parole d’Hillary Clinton, et organisatrice du coup d’État de Kiev, en février 2014. Elle a aidé les présidents Petro Porochenko et Erdoğan a créer officiellement la « Brigade internationale islamique » qui a organisé de vastes sabotages en Russie. Son action sera poursuivie par l’État profond US contre l’administration Trump.

C’est le groupe qui se tient derrière les Kagan qui poursuit la guerre en Syrie, sans autre objectif que de se maintenir au Pouvoir. Non seulement le président Barack Obama n’a pas été en mesure de les chasser de son administration, mais une personnalité comme Victoria Nuland qui était considérée comme une figure de proue de l’administration Bush n’a pas eu de difficulté à monter en grade dans l’administration démocrate et à organiser une vague de russophobie. Si elle travaillait en bonne intelligence avec Hillary Clinton, elle n’a pas cessé, avec son ami Jeffrey Feltman, le véritable patron de l’Onu, de saboter la diplomatie du secrétaire d’État, John Kerry.

Connaissant la capacité d’Erdoğan à changer brusquement de stratégie, Moscou va devoir soit calmer les angoisses d’Anastasiádis, soit proposer quelque chose de plus alléchant à Ankara pour le garder au milieu du gué, entre les États-Unis et la Russie.

Source
Al-Watan (Syrie)

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Choisir une guerre avec la Chine, par John Pilger

Publié le par Felli Bernard

Source : Consortium News, le 04/12/2016

Le 4 décembre 2016

Comme Washington est obsédé par la Russie, l’administration Obama monte une stratégie similaire contre la Chine, l’encerclant et puis l’accusant ensuite d’agression, comme l’explique John Pilger.

Par John Pilger

Quand je suis arrivé pour la première fois à Hiroshima, en 1967, l’ombre sur les marches était toujours là. C’était une impression presque parfaite d’une personne humaine décontractée : jambes allongées, penchée en arrière, une main sur le côté alors qu’elle attendait assise l’ouverture de la banque. A 8h15 au matin du 6 août 1945, elle et sa silhouette furent calcinées dans le granit. J’ai observé l’ombre pendant une heure ou plus, inoubliable. Quand je suis revenu de nombreuses années plus tard, elle était partie, emportée, “disparue”, politiquement embarrassante.

J’ai passé deux ans à réaliser un documentaire, “La Prochaine Guerre avec la Chine”, dans lequel l’évidence et des témoignages avertissent qu’une guerre nucléaire n’est plus une hypothèse, mais une possibilité. L’accumulation la plus importante des forces militaires américaines est en cours. Elles sont dans l’hémisphère nord, aux frontières ouest de la Russie, en Asie et dans le Pacifique, face à la Chine.

Le nuage en forme de champignon après le largage de la bombe atomique sur Hiroshima, au Japon, le 6 août 1945.

Le nuage en forme de champignon après le largage de la bombe atomique sur Hiroshima, au Japon, le 6 août 1945.

Le grand danger que tout ceci représente n’est pas nouveau, ou il est enterré ou déformé : la batterie de fausses informations grand public qui fait écho à la peur psychopathique ancrée dans la conscience du public durant le 20e siècle.

Comme le renouveau de la Russie post-soviétique, l’avènement de la Chine en tant que puissance économique est déclaré comme une “menace existentielle” pour le droit divin des États-Unis à diriger et dominer les affaires humaines.

Pour contrer cela, en 2011, le président Obama a annoncé un “basculement vers l’Asie”, ce qui veut dire que près des deux-tiers des forces navales américaines seraient transférées en Asie et dans le Pacifique en 2020. Aujourd’hui, plus de 400 bases militaires américaines encerclent la Chine, avec des missiles, des bombardiers, des bateaux de guerre et, par-dessus tout, des armes nucléaires. Depuis le nord de l’Australie jusqu’au Pacifique et le Japon, de la Corée à l’Eurasie via l’Afghanistan et l’Inde, les bases forment – comme le dit un stratège américain”, “le parfait nœud coulant”.

Plus de pensées impensables

Une étude de la Rand Corporation – qui, depuis le Vietnam, a planifié les guerres de l’Amérique – est titrée, La guerre avec la Chine : penser l’impensable. Mandatés par l’US Army, les auteurs évoquent la Guerre froide quand la Rand a rendu officiel le cri du stratège en chef, Herman Kahn – “penser l’impensable”. Le livre de Kahn, De la guerre thermonucléaire, élaborait un plan pour gagner une guerre nucléaire face à l’Union soviétique.

Les iles au centre d'un territoire disputé par la Chine et le Japon. (Crédit: Jackopoid)

Les iles au centre d’un territoire disputé par la Chine et le Japon. (Crédit: Jackopoid)

De nos jours, cette vision apocalyptique est partagée par ceux détenant la vraie puissance aux États-Unis : les militaristes et les néoconservateurs de la branche exécutive, le Pentagone, les services de renseignement et l’establishment de la sécurité nationale et le Congrès.

L’actuel secrétaire à la Défense, Ashley Carter, un provocateur verbeux, affirme que la politique US est de se confronter à ceux qui “voient la domination américaine et veulent nous la retirer.”

De toutes les tentatives pour détecter une évolution de la politique étrangère, c’est certainement la position de Donald Trump, dont les propos abusifs sur la Chine durant la campagne électorale sont allés jusqu’à parler de “viol” de l’économie américaine. Le 2 décembre, dans une provocation directe face à la Chine, le nouveau président élu Trump a dialogué avec la présidente de Taiwan, que la Chine considère comme une province renégate de la patrie. Equipée de missiles américains, Taiwan demeure un dossier brûlant entre Washington et Pékin.

“Les États-Unis,” a écrit Amitai Etzioni, professeur en politique étrangère à l’université George Washington, “sont en train de préparer une guerre avec la Chine, une décision capitale qui n’a pas réussi à être analysée en détail par les élus, c’est-à-dire la Maison-Blanche et le Congrès.” Cette guerre pourrait débuter par “une attaque aveuglante contre des installations de défense chinoises, y compris des lanceurs de missiles basés au sol ou en mer… des satellites et des armes anti-satellite.”

Le risque incalculable est que “des frappes dans l’intérieur du pays pourraient être perçues par erreur par les Chinois comme des tentatives préventives de détruire ses armes nucléaires, les acculant dans un terrible dilemme de les utiliser ou les perdre, ce qui entraînerait une guerre nucléaire.”

En 2015, le Pentagone a diffusé son Manuel sur la Loi de la Guerre. “Les États-Unis,” y est-il-dit, “n’ont pas accepté de signer un traité interdisant les armes nucléaires en soit, aussi les armes nucléaires sont des armes légales pour les États-Unis.”

A la recherche d’un ennemi

En Chine, un stratège m’a précisé : “Nous ne sommes pas votre ennemi, mais si vous (à l’Ouest) décidez que nous les sommes, nous devrons nous préparer sans délai.”

Le président chinois Xi Jinping accueille le président Barack Obama lors de son arrivée au sommet du G20 au centre international de Hangzhou, à Hangzhou, en Chine, le 4 septembre 2016. (Photo de Pete Souza, photographe officiel de la Maison Blanche)

Le président chinois Xi Jinping accueille le président Barack Obama lors de son arrivée au sommet du G20 au centre international de Hangzhou, à Hangzhou, en Chine, le 4 septembre 2016. (Photo de Pete Souza, photographe officiel de la Maison Blanche)

L’arsenal et les forces militaires chinoises sont petits comparés à ceux de l’Amérique. Cependant, “pour la première fois,” a noté Gregory Kulacky de l’Union des Scientifiques Concernés, “la Chine discute de mettre ses missiles nucléaires en alerte maximale de telle sorte qu’ils puissent être lancés rapidement en cas d’une alerte d’attaque… Ceci sera une évolution significative et dangereuse de la politique chinoise. En fait, les politiques en termes d’armement nucléaire des États-Unis sont le principal facteur extérieur influençant la Chine à augmenter son niveau d’alerte de ses forces nucléaires.”

Le professeur Ted Postol a été conseiller scientifique de la direction des opérations navales US. Une autorité sur les armes nucléaires, il m’a dit : “Tout le monde ici veut montrer sa force. Regardez comment je suis fort… Je n’ai pas peur de me lancer dans des opérations militaires, je n’ai pas peur de menacer, je suis un gorille à la poitrine velue. Et nous sommes arrivés dans un état, les États-Unis se sont mis dans une situation où il y a beaucoup d’esbroufe, et ceci est réellement orchestré depuis le sommet.”

J’ai dit : “Tout cela semble incroyablement dangereux.”

“C’est un euphémisme,” a répondu Postol.

En 2015, dans le secret le plus total, les US mirent en scène le plus important exercice militaire américain depuis la Guerre froide. Ce fut Talisman Sabre, une armada de vaisseaux et de bombardiers à long rayon d’action répétant un scénario type “Concept de Bataille Air-Mer pour la Chine” (ASB pour Air-Sea Battle), avec blocage des routes maritimes du détroit de Malacca et coupure de l’accès de la Chine au pétrole, au gaz et à d’autres matières premières en provenance du Moyen-Orient et d’Afrique.

C’est une telle provocation, et la crainte d’un blocus par l’US Navy, que la Chine a en toute urgence mis en place une stratégie de construction d’aéroports sur des îlots disputés et des îles de l’archipel Spratly en mer de Chine du Sud. En juillet dernier, la cour permanente d’arbitrage des Nations Unies a condamné la souveraineté affirmée de la Chine sur ces îles. Même si la dénonciation est venue des Philippes, elle a été présentée par les avocats américains et anglais, et sa source se retrouve du côté de la secrétaire d’État US Hilary Clinton.

En 2010, Clinton s’est rendue à Manille. Elle a demandé que l’ancienne colonie américaine ré-ouvre les bases militaires US fermées dans les années 1990 après une campagne populaire face à la violence qu’elles généraient, notamment face aux femmes philippines. Elle a déclaré que la revendication chinoise sur les îles Spratly – qui se trouvent à plus de 7500 miles des États-Unis – constituait une menace pour la “sécurité nationale américaine” et la “liberté de navigation”.

Après avoir reçu des millions de dollars d’armes et d’équipement militaire, le président d’alors Benigno Aguino a rompu des négociations bilatérales avec la Chine et signé un Accord de Coopération Militaire Renforcée avec les USA. Ce dernier établit le retour de cinq bases US et remit au goût du jour une décision coloniale haïe que les forces américaines et leurs contractants ne sont pas concernés par les lois des Philippines.

L’élection de Rodrigo Duterte, en avril, a énervé Washington.

Se définissant lui-même comme socialiste, Duterte a déclaré : “Dans nos relations avec le monde, les Philippines poursuivront une politique étrangère indépendante” et a noté que les États-Unis ne se sont pas excusés pour leurs atrocités coloniales. “Je vais rompre avec l’Amérique,” a-t-il dit, et il a promis d’expulser les troupes US. Mais les US restent aux Philippines, et les exercices militaires conjoints se poursuivent.

“La domination de l’information”

En 2014, sous la rubrique “La domination de l’information” – le jargon pour dire “manipulation médiatique”, ou fausses informations, pour lesquelles le Pentagone dépense plus de quatre milliards de dollars – l’administration Obama lançait une campagne de propagande qui faisait de la chine, la plus grande nation commerciale du monde, une menace pour la “liberté de navigation”.

Le Pentagone, quartier général du Département de la Défense américain, vue de la rivière Potomac, et Washington D.C. en arrière-plan. (Photo du Département de la Défense)

Le Pentagone, quartier général du Département de la Défense américain, vue de la rivière Potomac, et Washington D.C. en arrière-plan. (Photo du Département de la Défense)

CNN a montré la voie avec son “journaliste de la sécurité nationale” qui fait un reportage enthousiaste à bord de l’avion de surveillance de la Navy survolant les îles Spratly. La BBC persuada des pilotes Philippins apeurés de faire un vol dans un Cessna mono-moteur au-dessus des îles disputées “pour voir comment la Chine réagirait.” Aucun de ces journalistes ne se demanda pourquoi les chinois étaient en train de mettre en place des couloirs aériens en dehors de leur ligne côtière, ou pourquoi les forces militaires américaines se massaient alors aux portes de la Chine.

Le chef assigné à la propagande est l’amiral Harry Harris, commandant militaire américain en Asie et dans le Pacifique. “Mes fonctions,” déclara-t-il au New York Times, “allaient de Bollywood à Hollywood, des ours polaires aux pingouins.” Jamais la domination impériale n’avait été décrite de manière plus concise.

Harris est un des nombreux amiraux et généraux du Pentagone à faire des comptes-rendus à une poignée de journalistes et de présentateurs malléables, avec l’objectif de justifier une menace aussi spécieuse que celle utilisée par George W. Bush et Tony Blair pour détruire l’Irak et la plupart du Moyen-Orient.

A Los Angeles en septembre, l’amiral Harris a déclaré qu’il était “prêt à se confronter à une Russie revancharde et à une Chine assertive… Si nous devons combattre ce soir, je ne veux pas que ce soit un combat équitable. Si c’est un combat au couteau, je veux ramener un pistolet. Si c’est un combat au pistolet, je veux ramener l’artillerie…et tous nos alliés avec leur artillerie.”

Ces “alliés” incluent la Corée du Sud, le site de lancement pour le dispositif “THAAD” du Pentagone (Terminal de Système de Défense Aérienne en Haute Altitude), ostensiblement tourné vers la Corée du Nord. Comme le souligne le professeur Postol, ce dispositif vise la Chine.

A Sydney, en Australie, l’amiral Harris a appelé la Chine à “démanteler sa grande muraille en mer de Chine du sud.” L’image a fait la une de la presse. L’Australie est le “partenaire” le plus obséquieux de l’Amérique ; son élite politique, militaire, ses agences de renseignement et ses médias sont intégrés dans ce qu’on connait sous le nom d'”alliance”. Fermer l’accès au pont du port de Sydney pour le défilé d’un “dignitaire” américain en visite n’est pas rare. Le criminel de guerre Dick Cheney a eu droit à cet honneur.

Bien que la Chine soit le premier partenaire commercial de l’Australie, dont la plupart de l’économie dépend, “affronter” la Chine est le diktat de Washington. Les quelques dissidents politiques à Canberra risquent un marquage maccarthyste dans la presse de Murdoch.

“Vous les Australiens êtes avec nous quoiqu’il advienne,” a dit un des architectes de la guerre du Vietnam, McGeorge Bundy. Une des plus importantes bases militaires américaines se situe à Pine Gap, près d’Alice Springs. Créée par la CIA, elle espionne la Chine et toute l’Asie, et contribue de manière irremplaçable à la meurtrière guerre par drone au Moyen-Orient.

En octobre, Richard Marles, le porte-parole de la défense du principal parti d’opposition australien, le Parti travailliste, a demandé que les “décisions opérationnelles” de lancer des opérations de provocation contre la Chine devraient être laissées au commandement militaire en mer de Chine du Sud. En d’autres termes, une décision qui pourrait mener à une guerre avec une nation dotée de la puissance nucléaire ne serait pas prise par des personnes élues ou par un parlement, mais par un amiral ou un général.

L’autorité du Pentagone

C’est la ligne officielle du Pentagone, le point de départ historique de tout pays qui se considèrerait comme démocrate. L’ascendant du Pentagone sur Washington – que Daniel Ellsberg appelle coup d’État silencieux – se voit clairement dans le montant record de 5000 milliards de dollars que l’Amérique a dépensé dans des guerres d’agression depuis le 11 septembre 2001, selon une étude de l’université Brown. La conséquence : un million de morts en Irak, et le flux massif de 12 millions de réfugiés en provenance d’au moins 4 pays.

Le lanceur d'alerte Daniel Ellsberg, qui a révélé les dossiers du Pentagone.

Le lanceur d’alerte Daniel Ellsberg, qui a révélé les dossiers du Pentagone.

L’ile japonaise d’Okinawa possède 32 installations militaires, desquelles la Corée, le Vietnam, le Cambodge, l’Afghanistan et l’Irak ont étés attaqués par les États-Unis. Aujourd’hui, la cible principale est la Chine, avec laquelle Okinawa a des liens très forts tant commerciaux que culturels.

Les avions militaires sillonnent le ciel d’Okinawa constamment, ils se crashent parfois sur des maisons ou des écoles. Les gens de peuvent pas dormir, les enseignants ne peuvent pas enseigner. Où qu’ils aillent dans leur propre pays, ils sont enfermés et interdits de sortir.

Un mouvement populaire anti-bases américaines formé par les habitants d’Okinawa grossit depuis qu’une fillette de 12 ans a subi un viol en réunion par des soldats américains en 1995. C’était un crime parmi des centaines, dont de nombreux n’ont jamais fait l’objet d’une enquête. A peine connu en dehors de l’île, la résistance a permis l’élection du premier gouverneur anti-bases, Takeshi Onaga, et présenté un obstacle inhabituel au gouvernement de Tokyo et au plan du premier ministre ultra-nationaliste Shinzo Abe pour révoquer la “constitution de paix” japonaise.

Ce mouvement de résistance comprend Fumiko Shimabukuro, agée de 87 ans, une survivante de la Seconde Guerre mondiale alors qu’un quart des habitants d’Okinawa périrent lors de la l’invasion américaine. Fumiko et des centaines d’autres trouvèrent refuge dans la magnifique baie d’Henoko, qu’elle se bat pour défendre désormais. Les États-Unis veulent raser la baie pour étendre les pistes de décollage pour leurs bombardiers.

“Nous devons faire un choix,” a-t-elle déclaré, “le silence, ou la vie.” Alors que nous nous rassemblions pacifiquement en dehors de la base américaine de Camp Schwab, d’énormes hélicoptères Sea Stallion faisaient des cercles au-dessus de nos têtes sans aucun autre but que de nous intimider.

L’île coréenne de Jeju se trouve en mer de Chine de l’Est, c’est un sanctuaire semi-tropical et un héritage du patrimoine mondial déclaré “île de la paix mondiale”. Sur cette île de la paix a été bâtie une des bases militaires les plus provocantes du monde, à moins de 650 kilomètres de Shanghai. Le village de pêcheurs de Gangjeong est dominé par une base navale sud-coréenne bâtie pour les porte-avions américains, sous-marins nucléaires et destroyers équipés de missiles Aegis, pointant vers la Chine.

Un mouvement de résistance populaire contre ces préparatifs de guerre existe sur Jeju depuis presque 10 ans. Chaque jour, souvent deux fois par jour, des villageois, des prêtres catholiques et des militants venant de partout dans le monde forment une masse fervente qui bloque l’entrée de la base. Dans un pays dans lequel les manifestations sont souvent interdites, mais pas les religions influentes, cette tactique a produit un résultat digne d’inspiration.

Un des leaders, le père Mun Jeong-hyeon, m’a dit : “Je chante chaque jour 4 chansons à côté de la base, quelle que soit la météo. Je chante même pendant les typhons – aucune exception. Pour construire cette base, ils ont détruit l’environnement, et la vie des villageois, et nous devons témoigner de cela. Ils veulent contrôler le pacifique. Ils veulent isoler la Chine sur le plan international. Ils veulent faire du monde leur empire.”

Une Chine très moderne

La dernière fois que j’ai décollé de Jeju pour Shanghai remonte à plus d’une génération. La dernière fois que je suis allé en Chine, je me souviens que le bruit le plus fort que j’ai entendu provenait du tintement des sonnettes de bicyclettes ; Mao Zedong était mort depuis peu, et les villes semblaient sombres, faites d’un mélange d’attente et de crainte. En quelques années, Deng Xiopeng, “l’homme qui a changé la Chine”, était le “leader suprême”. Rien ne m’avait préparé aux changements stupéfiants de la Chine actuelle.

La Chine a lourdement investi dans des infrastructures de transport modernes, dont des lignes de train à grande vitesse.

La Chine a lourdement investi dans des infrastructures de transport modernes, dont des lignes de train à grande vitesse.

La Chine est faite d’une délicieuse ironie, notamment la maison de Shanghai dans laquelle Mao et ses camarades ont fondé secrètement le parti communiste de Chine en 1921. Aujourd’hui, elle se tient au milieu d’un quartier commercial très capitaliste ; vous sortez de ce temple du communisme avec votre petit livre rouge et votre statuette de Mao et rentrez directement dans l’univers de Starbucks, Apple, Cartier, Prada.

Mao en serait-il choqué ? J’en doute. Cinq ans avant sa grande révolution de 1949, il a envoyé ce message secret à Washington. “La Chine doit s’industrialiser,” a-t-il écrit. “Cela ne peut être réalisé que par la libre entreprise. Les intérêts chinois et américains vont ensemble, économiques comme politiques. L’Amérique n’a pas besoin de craindre que la Chine ne coopère pas. Nous ne pouvons nous permettre aucun conflit.”

Mao a proposé de rencontrer Franklin Roosevelt à la Maison-Blanche, et son successeur Harry Truman, et son successeur Dwight Eisenhower. Ses invitations ont été déclinées, ou volontairement ignorées. L’opportunité de changer l’histoire contemporaine, d’empêcher des guerres en Asie et de sauver d’innombrables vies a été perdue car l’authenticité de cette ouverture a été niée par Washington quand “la transe catatonique de la guerre froide,” écrit le critique James Naremore, “a maintenu notre pays dans une position figée.”

Les fausses informations des média grand public qui présentent une fois de plus la Chine comme une menace procèdent de la même mentalité.

“La Nouvelle Route de la soie”

Le centre de gravité du monde bascule inexorablement vers l’Est ; mais la stupéfiante vision qu’a la Chine de l’Eurasie est mal comprise par l’Ouest. La “Nouvelle Route de la soie” est une voie d’échanges commerciaux, de ports, de pipelines et de trains à grande vitesse rejoignant l’Europe. En tant que leader mondial de la technologie ferroviaire, la Chine est en train de négocier avec 28 pays pour installer des lignes sur lesquelles les trains pourront transiter jusqu’à 400km/h. Cette ouverture au monde a le soutien de la plupart de l’humanité, et permet en plus d’unifier la Chine et la Russie.

“Je crois en l’exception américaine au plus profond de moi,” a affirmé Barack Obama, évoquant le fétichisme des années 30. Ce culte moderne de la supériorité c’est l’américanisme, le prédateur dominant du monde. Durant le mandat du libéral Obama, qui a remporté le prix Nobel de la paix, les dépenses de fabrication de nouvelles têtes nucléaires ont été plus élevées que sous n’importe lequel des mandats des présidents américains depuis la fin de la Guerre froide. Une mini arme nucléaire est prévue. Connue sous l’appellation B61 modèle 12, elle signifiera, selon le général James Cartwright, ex vice-président du Staff des Chefs des Armées, que “la rendre plus petite [rendra son usage] plus imaginable.”

En septembre, le “Atlantic council”, un think-tank géopolitique américain grand public, a publié un rapport qui prédit un monde Hobbesien [https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Hobbes, NdT], “marqué par le désordre, un violent extrémisme [et] une ère de guerre perpétuelle.” Les nouveaux ennemis étaient une “Russie” renaissante et une Chine “de plus en plus agressive”. Seule l’Amérique héroïque peut nous sauver.

Cette belligérance est de la pure démence. C’est comme si le “siècle américain” – proclamé en 1941 par l’impérialiste américain Henry Luce, propriétaire du magazine Times – s’était terminé sans préavis et que personne n’ait le courage de dire à l’empereur de ramasser ses armes et de retourner chez lui.

Source : Consortium News, le 04/12/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Trump est exactement là où les élites le veulent

Publié le par Felli Bernard

Trump est exactement là où les élites le veulent


Par Brandon Smith – Le 31 décembre 2016 – Source alt-market.com


La dissonance cognitive est une drogue puissante. Cela rend des gens très intelligents dans un autre contexte, maladroits et incohérents dans leur pensée et aveugles à certaines réalités qu’ils devraient normalement voir juste sous leur nez. Je suis tout le temps témoin de ce phénomène dans le domaine de l’économie, devant un élément clé de la logique, un fait majeur que certaines personnes refusent absolument de prendre en compte, simplement parce qu’elles ont une idée particulière de la façon dont le monde fonctionne et qu’elles ne peuvent pas permettre à cette idée de venir remettre ce dogme en question. Elles préfèrent se lancer dans une gymnastique mentale digne d’une médaille d’or olympique, plutôt que d’examiner la vérité. Et si vous les confrontez à cette idée, elles vous accusent VOUS d’être dans le déni.

 

C’est ainsi que nous avons fini par avoir la crise du crédit et l’effondrement des marchés en 2008/2009. C’est ainsi que très peu de gens ont vu le message de fond au sujet de la Syrie et d’ISIS et le fait que le financement et la formation des extrémistes islamiques par les gouvernements occidentaux dans le but d’une insurrection par procuration ne soit pas un concept génial. C’est la raison pour laquelle les médias dominants ont mis des années pour reconnaître l’avènement du paradigme Est / Ouest, le même paradigme contre lequel les analystes alternatifs avaient mis en garde des années à l’avance. C’est pourquoi la plupart des médias dominants ET des analystes alternatifs ont totalement écarté l’idée d’une réussite du référendum sur le Brexit. Et c’est pourquoi la grande majorité des experts ne pouvait même pas concevoir une victoire de Trump en 2016. Je pourrais écrire une liste de 20 pages sur tous les événements géopolitiques et financiers que la plupart des gens ont manqué, parce qu’ils s’accrochent à des hypothèses plutôt qu’à des preuves.

Malheureusement, le mouvement de la Liberté est aussi parfois vulnérable à de telles hypothèses. Les plus dangereuses tournent autour de la montée au firmament du président élu Donald Trump.

J’ai vu des théories sans fin au cours des derniers mois, sur toutes les façons dont les élites mondiales allaient saboter la campagne de Trump. Je crois que l’expression « ils ne lui permettront jamais de gagner » a été répétée dans presque toutes les discussions [anti-Système, NdT] sur l’élection. L’hypothèse en l’espèce était que Trump est « anti-establishment » et, par conséquent, une menace pour les globalistes. Ce sont les mêmes globalistes dont les gens ont également prétendu qu’ils allaient « voler l’élection », ou provoquer un « coup d’État » au niveau du collège électoral pour arrêter une présidence Trump.

Bien sûr, cela ne s’est jamais produit. Donc, un pourcentage important du mouvement doit se demander : pourquoi cela ne s’est-il pas produit ? Comment Trump a-t-il gagné, dans un système que nous savons truqué depuis des décennies ?

Vous entendrez des centaines de théories et de rationalisations sur la victoire miraculeuse de Trump, mais une raison que vous n’entendrez presque jamais est aussi la plus probable : Trump a gagné l’élection parce qu’il sert les intérêts de l’establishment. Trump a gagné parce qu’il est un faux nez.

Ce n’est pas une idée que de nombreux militants de la liberté veulent entendre. Ils ont été si repoussés par la proposition de voir Hillary Clinton prendre la barre de la Maison Blanche, qu’ils auraient investi dans presque N’IMPORTE QUI concourant contre elle, même s’ils pensaient que le candidat pourrait n’être qu’une opposition contrôlée. Cependant, ce n’est pas n’importe qui, qui a été mis sur le terrain en tant que candidat ; Trump a été mis sur le terrain et pour une bonne raison. J’ai prédit, avant les primaires républicaines et démocrates, que la dernière élection serait entre Trump et Clinton, dans mon article Est-ce qu’une présidence Trump va vraiment changer quelque chose en mieux ?, publié en mars, et voici une citation sur le pourquoi:

L’autre aspect ingénieux de la campagne Trump est vraiment contre qui il court – Hillary Clinton, une candidate libérale enragée, encore plus haïe que Barack Obama. Une candidate avec un casier judiciaire potentiellement sérieux et un penchant pour une vision du monde purement communiste, bien au-delà de celle de Bernie Sanders […] Ceux d’entre nous qui sommes dans le domaine de la littérature depuis longtemps et qui ont donné dans la fiction savent que pour créer un héros fantastique, vous devez d’abord mettre encore plus de travail dans la création d’un méchant fantastique. Rien n’est possible sans le méchant.

L’horreur absolue inhérente à la perspective d’une présidence de Hillary Clinton est comme d’ajouter du carburéacteur à la campagne Trump. (Et oui, je suppose, selon les résultats des primaires à ce jour, que la dernière élection sera entre Trump et Clinton.)

Mon point de vue à l’époque, ainsi que maintenant, est que sans Clinton comme contrepartie, Trump n’aurait pas recueilli l’adhésion politique suivie qui a été la sienne. Tout autre candidat démocrate n’aurait pas galvanisé les conservateurs avec tant de ferveur. Comme j’ai poursuivi dans mon article avant les primaires :

Donald Trump semble être l’antithèse parfaite d’Hillary Clinton. […] la vraie question est donc : est-ce que Trump est un reflet de la frustration et le défi de la population conservatrice, ou, est-il une ruse intelligente de l’establishment pour coopter et apaiser la population conservatrice avant que nous nous rebellions ?

La mise en scène de l’élection de 2016 aurait pu paraître à certains un chaos absolu, mais pour moi, elle n’aurait pas pu être plus parfaitement scénarisée. Dans les articles suivants couvrant l’élection, j’ai continué à donner une chance à Trump. J’ai déclaré que je ne doutais pas qu’il gagnerait les élections et que cela serait suivi d’une crise économique, probablement déclenchée au début de son premier mandat. Les mouvements conservateurs seraient utilisés comme boucs émissaires pour un crash que les globalistes auront créé. Cependant, je croyais (marginalement) possible que Trump n’ait pas conscience de cette stratégie de la part des élites. Aujourd’hui, je ne partage plus cette opinion.

Le premier et pire signe que Trump n’est pas si « anti-establishment » a été son renversement total au sujet de sa rhétorique originelle « sur le drainage du marais ». Non seulement Trump n’est pas parti pour drainer le marais de Washington D.C. et la corporation élitiste abonnée aux portes tournantes, mais il est en train d’y ajouter d’autres types de goules non moins ragoûtantes. Comme Newt Gingrich, qui se décrit comme un conseiller de Trump pour les affaires extérieures, l’a récemment déclaré :

« On m’a dit qu’il désavouait maintenant […] [Il draine le marais] Il dit maintenant que c’était pour rire et qu’il ne va finalement rien faire […] »

Il y a une bonne raison pour laquelle Trump ne veut plus utiliser ce slogan particulier – son cabinet est maintenant rempli avec les mêmes élites qu’il accusait d’être l’establishment de Washington.

Trump a d’abord placé un ancien de Goldman Sachs, Steven Mnuchin, comme secrétaire du Trésor. Goldman Sachs a une longue histoire de placement de ses anciens employés dans des positions vitales au sein des organismes gouvernementaux traitant directement de l’économie. Le cas de Mnuchin est particulièrement troublant, en raison de ses liens avec George Soros ; Mnuchin travaillait directement pour George Soros chez Soros Fund Management, jusqu’en 2004.

Alors, pour ceux qui pensaient que Mnuchin n’était qu’une anomalie, Trump a ajouté Gary Cohn, président de Goldman Sachs, en tant que directeur du Conseil économique national.

Le stratège principal de Trump et dirigeant de Breitbart, Steve Bannon, est également un ancien banquier d’investissement de Goldman Sachs.

Il est intéressant de noter que plus d’un quart des gains dans la hausse du Dow Jones après l’élection de Trump était lié à une hausse de la valeur des actions de Goldman Sachs. Tiens donc…

Trump est également désormais « conseillé » sur des questions économiques, par un copain du président de JP Morgan, Jamie Dimon. On commence à bien voir l’image d’ensemble, là.

Si cela ne suffit pas, que diriez-vous du fait que Trump est étroitement conseillé par le mondialiste de longue date Henry Kissinger (tout comme Vladimir Poutine est conseillé par Kissinger) ? Je ne sais pas pourquoi tant de gens sont surpris par cet arrangement ; Trump a rencontré Kissinger quelques mois avant les élections. Peu importe l’administration, il y a TOUJOURS un mondialiste de haut niveau derrière le rideau. Barack Obama avait Zbigniew Brzezinski, et Trump et Poutine ont Kissinger.

Je ne vais pas entrer dans le détails des nombreux républicains de l’establishment que Trump a pris dans son administration, je garde ça pour un autre article, mais n’importe qui dans le mouvement de la Liberté qui n’est pas au moins méfiant au sujet de Trump sur ce point est probablement un plaisantin. L’essentiel est que Trump a déjà menti à sa base électorale. Il s’est entouré de globalistes et de gardiens du sérail financier, alors qu’il avait tant critiqué Clinton pour le même comportement. À ce stade, tant qu’il travaillera en étroite collaboration avec de tels parasites, il n’y a aucun moyen pour nous de savoir s’il décide par lui même ou si ces gestionnaires prennent des décisions pour lui.

J’ai entendu dire que Trump « n’a pas de choix » en dehors des initiés de Washington, ce qui explique que son cabinet soit chargé de requins de Goldman Sachs. Je trouve cet argument plutôt naïf. Je dirais qu’il y a des milliers de brillants professionnels et de gens beaucoup plus dignes de confiance, à l’extérieur du Beltway, qui pourraient peupler le cabinet de Trump et « make America great again ». Je dirais même que TOUTE personne ayant peu d’expérience des magouilles du marais serait mieux adaptée pour le poste.

Il me semble qu’il y a des activistes qui ne peuvent tout simplement pas accepter l’idée que Trump était le candidat que les élites voulaient depuis le début. Après tout, les puissances n’ont-elles pas fait tout ce qui était en leur pouvoir pour essayer de l’empêcher de gagner l’élection ?

Eh bien, pas vraiment. La tempête de feu médiatique qui entoure Trump, bien que très négative sur le ton, a seulement stimulé l’exposition de Trump tout au long de l’élection. En fait, Trump a reçu plus de couverture de médias comme CNN, que tous les autres candidats réunis.

C’était exactement la tactique opposée que les médias contrôlés par les élitistes ont utilisé contre le vrai candidat libertarien Ron Paul en 2012. Avec Paul, les médias n’ont pas dérogé au silence absolu le concernant. Ils ont même refusé de montrer un seul signe de campagne de Ron Paul dans la foule, sauf s’ils ne pouvaient l’éviter. Il s’agissait d’un effort concerté, systématique de la part des médias de gauche et de droite pour s’assurer que personne, hors d’Internet, n’entende parler de Ron Paul.

Alors qu’est-ce qui s’est passé avec Trump ? Pourquoi les médias traditionnels ont-ils abandonné une stratégie qui a été si efficace contre Ron Paul et pourquoi ont-ils donné à Trump une couverture illimitée ?

Les élites n’ont pas pris de mesures très strictes pour perturber la candidature de Trump au début de la course. La Convention nationale républicaine a entrepris une campagne de désinformation et de changements de règle, afin de s’assurer que Ron Paul n’aurait aucune chance d’organiser un renversement contre le choix de Mitt Romney par l’establishment. Le même type de trahison a été utilisé par la DNC en 2016 pour saboter Bernie Sanders – sans doute un candidat beaucoup plus populaire et efficace que Hillary Clinton. Les élites du parti ont de nombreux outils à leur disposition pour tuer les chances d’un candidat avant qu’il ou elle ne soit vraiment exposé sur la scène nationale, mais nous sommes censés croire que Trump s’est juste glissé dans les failles, ou qu’il les a battus à leur propre jeu ? Je ne pense pas.

L’élection elle-même a été criblée de fuites, au sujet de courriers électroniques et de cargaisons de données montrant la corruption de la campagne Clinton, qui ont contribué à assurer une victoire Trump. Les accusations de « piratage russe » sont clairement un détournement d’attention, mais la question reste entière, qui a alimenté cette information pour Wikileaks ? Certains pensent que des « employés mécontents » au sein de l’appareil de renseignement américain ont peut-être divulgué les données. Je pense qu’ils n’étaient pas mécontents. Je pense que la plupart des fuites faisaient partie du théâtre électoral dès le début. À la lumière de l’objectif clair de Trump de s’accoquiner avec des vampires bancaires au sein de son administration, je pense que les élites ont toujours voulu qu’il « gagne » l’élection.

Bien sûr, pour certains dans le mouvement de la Liberté, cette revendication est sacrilège. Ils ne veulent pas l’entendre, ils vont me haïr pour avoir osé le dire, et c’est très bien ainsi. J’ai commencé mon travail en 2006 pendant les années Bush, et je me souviens très bien de ce que c’était. J’ai peu de doute que certaines personnes m’accuseront d’être un « libéral » avant même de terminer cet article, tout comme les gens me traitaient de « néocon » pendant l’administration Obama. Les gens qui se sont fermement attachés aux « théories du complot » entourant l’élection et à la façon dont Clinton était « l’élue » me traitent hypocritement de « théoricien du complot » pour oser prétendre que PERSONNE ne pénètre à la Maison Blanche sans être contrôlé par les élites, même Trump.

Travailler dans des médias alternatifs signifie aussi ne pas se soucier si les gens vous aiment ou pas. J’ai pu faire de nombreuses prédictions correctes, parce que je ne me préoccupe pas des pressions pour me conformer à la pensée de groupe. Mon seul espoir est que beaucoup, dans le mouvement, réalisent plus tôt que plus tard que leur foi en Trump a été mal investie. Le grand danger, c’est que le mouvement de la Liberté, la meilleure chance pour sauver cette nation, se repose sur ses lauriers, en rassemblant tous ses espoirs et ses œufs dans le panier Trump, en attendant qu’il galope sur son cheval blanc et nous sauve tous de l’oubli. Et quand ce moment viendra, je soupçonne qu’il ne fera rien, et que le mouvement sera neutralisé par son désir désespéré d’un héros et d’une idole.

Brandon Smith

Note du Saker Francophone

Cet article est particulièrement intéressant à plus d'un titre. Il est probablement le début d'une vague anti-Trump venant de l'aile conservatrice et des sites réellement anti-système aux États-Unis et ailleurs dans le monde, en plus de l'agitation actuelle de la gauche radicale. On va quand même attendre le 20 janvier, mais si les premières mesures ne sont pas alignées avec les thèmes de sa campagne, il ne profitera sans doute pas des 100 jours et il va se trouver très exposé, lui et ses soutiens, qui avaient sans doute prévu de passer des trains de mesures discrètement dans l'élan de l'élection.

La qualité croissante des analystes anti-système va sans doute permettre de décrypter chacun de ses pas en temps réel, dans tous les domaines et sur tous les fronts, la gestion des taux d'intérêt par la FED, le niveau des marchés, la politique d'expansion du crédit, la réalité "dévoilée" du taux de chômage, les manipulations du cours de l'or, la communication du FMI et de la Chine autour des DTS et donc les phénomènes de dédollarisation, la réalité de la fin annoncée du TPP et du TIPP, les tensions sécessionnistes en Californie, etc… Comment vont évoluer les narratives préfabriquées et leurs perceptions ? Tout cela sera très instructif et nous risquons aussi de voir certains sites anti-système déclarés, comme Breibart notamment, devenir beaucoup moins agressifs et dévoiler ce qu'ils sont peut-être, une certaine forme d'opposition contrôlée.

Il reste cependant qu'en politique extérieure, cela devrait mieux se passer si la nouvelle administration calme effectivement le jeu et accepte par exemple le règlement de la situation en Syrie par la Tripartite. Certains pays comme l'Arabie saoudite devraient se trouver en très mauvaise posture, avec une quasi-obligation de pivoter géostratégiquement, à tout vitesse. À contrario, la Chine et la Russie ont un boulevard devant elles, que Trump fasse ce qu'il a promis ou qu'il soit simplement englué dans son propre marécage.

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Le rapport du Renseignement sur l’influence russe sur les élections est un flop

Publié le par Felli Bernard

Le rapport du Renseignement sur l’influence russe sur les élections est un flop


Moon of Alabama
Moon of Alabama

Le 7 janvier 2017 – Source Moon of Alabama

Hier, le directeur américain du Renseignement national, la CIA, la NSA et le FBI ont publié un rapport sur le piratage présumé du Conseil national démocratique par les Russes et sur les manœuvres des Russes pour influencer les élections présidentielles américaines. Le rapport n’a convaincu personne. C’est un désastre pour la communauté du renseignement, au niveau de la communication.

John Harwood couvre « l’économie et la politique nationale pour CNBC et le New York Times ». Plus de 100 000 personnes le suivent sur Twitter. Il est connu comme un supporter d’Hillary Clinton et c’est un copain de John Podesta qui a dirigé la campagne électorale de Clinton.

Harwood a fait un petit sondage. Il n’est pas représentatif statistiquement mais il donne un aperçu du sentiment général.

Ce résultat montre bien les limites de pouvoir de la soi-disant Communauté du Renseignement. Mais il y pire : les allégations de « hacking russe » d’hier n’ont même pas réussi à convaincre ses partisans anti-russes les plus ardents.

The Daily Beast : Le rapport américain sur l’espionnage accuse Poutine de piratage, mais ne fournit aucune preuve.

Kevin Rothrock (Moscow Times) :

« Je n‘en crois pas mes yeux. Est-ce là le dossier du Renseignement du gouvernement américain sur cette affaire ?

Il faut bien le dire : le rapport déclassifié du gouvernement des USA intitulé Évaluation des activités et intentions russes lors des dernières élections aux États-Unis embarrasse tout le monde. »

Susan Hennessey (Lawfare, Brookings) :

« Le rapport non classifié est pour le moins décevant. Il n’y a pas de nouvelles informations pour ceux qui ont suivi l’affaire. »

Bill Neely (NBCNews) :

« Beaucoup de jugements de valeur, mais peu de faits et aucune preuve tangible dans le rapport du renseignement étasunien sur le prétendu piratage russe. »

Stephen Hayes (Weekly Standard) :

« Le rapport des Renseignements sur la Russie n’est guère plus qu’une suite d’affirmations. Je comprends qu’on protège les sources/procédures, mais le rapport est faible. »

Julia Ioffe (The Atlantic) :

« Il est difficile de dire si la minceur du rapport sur le #hacking vient de ce que la preuve est classifiée ou qu’elle n’existe pas. »

@JeffreyGoldberg :

  « Je dois dire, cependant, que beaucoup d’observateurs russes que je connais sont très sceptiques à propos du rapport. Aucun d’eux n’aime Poutine/Trump. »

Lorsque vous avez perdu jusqu’à Julia Ioffe dans votre guéguerre contre les Russes…

Clapper, le directeur du Renseignement national, et Brennan, celui de la CIA, auraient dû être licenciés il y a des années. Ils seront tous les deux partis le 20 janvier. La communauté du Renseignement se souviendra d’eux comme les principaux responsables de cet échec ravageur.

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