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Mikhail Khazine: 2016, année de la Grande Rupture 4/5

Publié le par Felli Bernard

Mikhail Khazine: 2016, année de la Grande Rupture 4/5


Par Mikhail Khazine − 18 juin 2015

khazine

Mikhail Khazine termine la conférence en mixant une série de questions / réponses qui débordent quelque peu du sujet mais ses réponses méritent une réelle attention.

Qu’est-ce qui est le plus dangereux pour l’économie de la Transnistrie, l’inflation ou la déflation ?

J’y ai déjà répondu au tout début : il y a toutes sortes de scénarios possibles avec l’inflation ou la déflation mais, avant tout, il faut conceptualiser le type d’économie que vous voulez construire ici. Et avant toute chose, il faut bien décrire l’environnement économique dans lequel vous évoluez maintenant, et celui de demain. Quels sont vos relations avec l’Ukraine, la Russie, la Moldavie ? Ou encore, la Roumanie ? Vous imaginez ce que sera la Roumanie, une fois chassée de l’UE et privée des perfusions de l’UE qui la maintiennent à flot ? Ça va être sportif de ce côté là… La Roumanie est quand même un pays étrange depuis toujours, un peu comme la Pologne. Les Polonais sont forts sympathiques, ils nous ressemblent beaucoup en réalité, si on a compris que Dieu a créé la Pologne afin de détruire toutes les organisations internationales dont elle fait partie. À ce sujet, je rappelle qu’en 1939, le ministre des Affaires étrangères allemand Joachim Von Ribbentrop est venu à Moscou en proposant de «vendre» son allié d’alors, la Pologne.

https://veriteperdue.files.wordpress.com/2014/11/pologne.jpg

Je rappelle qu’un an avant, en 1938, l’Allemagne et la Pologne ont dépecé la Tchécoslovaquie ; la Pologne avait pas mal de choses à se reprocher aussi. Ribbentrop, à Moscou, a donc proposé de passer la frontière entre l’URSS et l’Allemagne suivant la même ligne qu’en 1914, c’est-à-dire d’inclure une partie de la Pologne en URSS. Ce à quoi le camarade Staline, ayant beaucoup côtoyé de Polonais dans sa vie, a répondu : «On fera comme ça, vous prendrez Varsovie, nous on prendra Lvov.»

 

On voit qu’il comprenait à qui il avait affaire. Tant qu’on a pas une vision globale et systémique des changements tectoniques en cours, si aujourd’hui vous adoptez un programme économique basé sur la distribution des cartes économiques d’aujourd’hui et que demain l’UE s’écroule, le programme devra être radicalement changé. Ou si par l’exemple l’Ukraine devait faire votre siège, cela vous ouvrirait un corridor direct vers la Russie. Donc je ne peux pas dire ce qui est mieux de l’inflation ou de la déflation. Tant qu’il n’y a pas un modèle stratégique de développement, cette question n’a pas de réponse. On ne peut à ce stade dire ce qui est mieux pour l’une ou l’autre des entreprises. Pour les retraités il vaut mieux ceci, pour les actifs cela. Ce n’est pas simple.

Avez vous changé d’avis ces 20 dernières années sur l’idée que la réduction de la masse monétaire n’implique pas nécessairement la réduction de l’inflation ?

Je peux vous dire que j’ai fait cette recherche en 1996. Je rappelle que la masse monétaire, c’est-à-dire la quantité d’argent dans l’économie, est caractérisée par deux indicateurs.

Le premier, c’est le rapport de l’agrégat monétaire au PIB, appelé monétisation. Le deuxième, c’est le rapport des liquidités sur l’argent de crédit, c’est le multiplicateur de crédit. Ce multiplicateur se situe normalement entre 4 et 6. Si le monétisation de l’économie dépasse ces 100%, cela peut générer de l’inflation due à l’excès d’actifs financiers qui exercent une pression sur l’économie réelle. Si la monétisation est en-dessous des 100%, alors cela augmente les coûts de l’activité économique. Pourquoi ? Car les entreprises n’ont alors plus accès à du crédit bon marché. Et elles commencent à utiliser d’autres outils (par exemple, le troc) à la place de l’outil monétaire, qui sont moins efficaces, entraînant plus de coûts.

En clair, si vous travaillez avec des lettres de change au lieu de l’argent, les coûts intermédiaires sont trop élevés. Tout cela plombe la rentabilité de votre activité. Aujourd’hui l’économie russe est insuffisamment monétisée, avec des taux bien trop élevés de la Banque centrale de Russie. Je répète, la réduction de la masse monétaire, augmente les coûts de l’activité. On ne peut rien faire contre cela. En ce qui vous concerne en Transnistrie, vous devez élaborer avec soin votre stratégie, surtout au niveau des flux transfrontaliers. Car par exemple en Russie, l’économie est essentiellement exportatrice. Nous vendons entre autres du pétrole que nous extrayons nous-mêmes. Alors que chez vous, vous achetez de la matière première que vous transformez en produits finis et revendez ensuite, les flux sont bidirectionnels, alors que chez nous ils sont unidirectionnels d’où une architecture économique différente.

Votre économie est plus aisée à piloter que la nôtre dans telle ou telle direction. Chez nous, c’est beaucoup plus complexe. Pour ma part, j’ai pratiquement terminé. Je souhaite dire que le but de la conférence était d’expliquer la chose suivante. Nous sommes là au point de la Grande Rupture. L’environnement dans lequel existait la Transnistrie depuis 1992, était un environnement où tant l’Ukraine que la Moldavie allaient tantôt plus vite, tantôt moins vite dans le sens du projet occidental, un projet fondamentalement et radicalement anti-russe. Cet environnement, touche à sa fin.

Les forces qui menaient ce projet anti-russe ont aujourd’hui des problèmes de fond et nous voyons des tendances objectives se manifester de manière de plus en plus nette qui nous disent que, du point de vue de ce modèle économique en place en Europe de l’Ouest et dans le monde occidental en général, l’Europe de l’Est ne peut qu’être contrôlée à perte par eux. Ni Berlin, ni Bruxelles, ni Paris, ni Rome, ni évidemment Londres ne vont continuer à payer pour les Polonais, les Tchèques, les Slovaques, les Hongrois, les Roumains ou les Bulgares. La fête est finie. Leur niveau de vie va de nouveau s’écrouler. Et ils vont changer leur vecteur de l’Ouest vers l’Est. On le voit déjà se dessiner avec Viktor Orban, Premier ministre hongrois, qui a posé un ultimatum à Bruxelles.

Souvenez-vous de ce qu’Orban a fait il y a quelques années ? Il a juridiquement subordonné la banque centrale du pays au gouvernement, provoquant un immense mécontentement des Occidentaux, et il a inclus dans la Constitution la chose suivante, impensable dans la logique libérale de l’Europe de Bruxelles : que le mariage, c’est l’union entre un homme et une femme. Ils étaient fous de rage à Bruxelles et ont exigé qu’il rende la banque centrale indépendante. Il a alors en réponse exigé de Bruxelles plus de fonds pour la Hongrie. Ils lui ont promis des fonds supplémentaires s’il changeait sa décision sur la banque centrale et amendait la Constitution. Finalement rien n’a beaucoup bougé. Orban exige toujours plus d’argent. Le mariage défini comme l’union d’un homme et d’une femme est resté. On observe une situation analogue en Pologne, d’autant plus que c’est un pays très catholique, les expériences d’ingénierie sociale occidentale auront fait beaucoup de mal. Quand j’étais à Varsovie, on m’a raconté comment l’arc en ciel du mouvement LGBT était régulièrement détruit, malgré la «loyauté» de la Pologne à l’UE. Malgré tous les efforts pour l’y laisser, les Polonais sont plus forts. Ils sont encore très catholiques et empreints de valeurs traditionnelles. Tout va changer très fort avec ce qui vient et c’est à prendre en compte pour tous les aspects de la vie, y compris économique.

Prenons le cas de l’Ukraine si on y adopte sous pression la loi de fédéralisation, et il est probable que ce soit le cas à terme, car cela arrange les Allemands à qui les Américains ont confié le dossier ukrainien. Les Allemands sont rigides juridiquement. Si c’est écrit, cela doit être. Très vite des barons locaux vont contrôler diverses régions dans une tradition typique d’Ukraine et l’espace sera fragmenté avec chaque chef «féodal» local qui constituera son propre fief et son trésor de guerre.

L’Ukraine va donc se disloquer en une multitude de petits morceaux. Ces morceaux vont donc chercher une protection auprès d’un acteur puissant. Qui est-ce que ce sera ? Toute la Novorossie entrera dans l’orbite de la Russie. Kiev et ses environs constitueront leur propre région. Et pour l’Ukraine de l’Ouest ? J’ai peine à imaginer qui en a besoin. Il n’y à rien là-bas, ni minerais, ni main d’œuvre. Celle qu’il y avait travaille à l’étranger depuis longtemps. La seule solution serait que la Pologne annexe ce territoire pour pouvoir enfin satisfaire son complexe impérial historique. Cela me dépasse.

C’est un spectacle assez grandiose qui s’annonce avec ce territoire curieux qu’est l’Ukraine de l’Ouest. Il ne reste plus qu’à prendre assez de popcorn et regarder ce qu’ils vont faire avec les problèmes qu’ils ont eux-même créés de toute pièce. Mais comme ils sont englués dans leurs problèmes, cela va radicalement changer votre voisinage, ainsi que le nôtre d’ailleurs. Et tous vos projets économiques à long terme doivent tenir compte de cette réalité.

Au sujet du système monétaire de la Transnistrie. J’ai parlé hier sur votre radio et lors d’une conférence de presse. Il existe des systèmes monétaires localisés dont l’essence même est l’accélération maximale de la circulation de la monnaie. Vous pouvez faire circuler votre monnaie même s’il est difficile de vraiment mesurer sa «vitesse», mais c’est une autre histoire. Mais il est possible de manière relative de détecter la variation de la circulation plus ou moins rapide de la monnaie. Il existe des moyens d’accélérer cette circulation. Et l’accélération de la circulation, c’est la stimulation de l’activité et l’augmentation des revenus budgétaires.

En Russie, il y a des gens qui essaient de mettre en circulation la monnaie franche (théorisé par Silvio Gesell au XIXe). C’est une monnaie qui mécaniquement perd de sa valeur. Cela ressemble à ce que l’on essaye de faire en Suisse ou au Japon où l’on incite vivement les gens à dépenser leur argent alors que les gens, sentant intuitivement que la situation se dégrade, ne veulent pas le faire. Ils voient que les prix chutent, alors pourquoi acheter aujourd’hui une voiture à $50000 alors que demain on l’achètera à 45 000 voire 40 000 ? Alors que fait-on ? Voyant que l’argent est déposé à la banque, au lieu de vous payer des intérêts, on vous fait payer le fait de laisser «dormir» votre argent. Vous déposez $50 000 à la banque, un an plus tard, il ne reste que $48 000. Voilà ce que sont les taux d’intérêts négatifs.

Il existe donc un modèle de monnaie fondante théorisée par Silvio Gesell. C’était un entrepreneur allemand du XIXe siècle qui a proposé l’idée d’émettre une monnaie qui au fil du temps perd de sa valeur. Ce billet qui aujourd’hui vaut 100 roubles dans une semaine vaudra 99 roubles, dans trois semaines 98 roubles, etc.

Comme le montre l’expérience, si vous avez des problèmes au niveau de votre circulation monétaire, comme par exemple les banques qui ne font pas crédit, alors l’emploi de la monnaie franche telle qu’elle est théorisée par Gesell permet de rapidement vivifier votre économie. En Russie, un certain Roustam Dovletbaev a lancé ce projet, qui est encore actif aujourd’hui. Dans son exploitation agricole près de Oufa au Bachkorkostan, il a appliqué ce système pendant la crise de 2008-2009 et cela a très nettement amélioré la situation. Les financiers locaux l’ont pressuré et ont essayé de lui nuire en étant de mèche avec la justice locale, mais il s’en est sorti. On lui a seulement interdit de payer les salaires avec cette monnaie alternative. Il a dit : «D’accord, je ne paierai pas les salaires avec.» On pourrait théoriquement l’inviter ici et voir quelles seraient ses propositions pour accélérer la circulation monétaire. C’est tout à fait réaliste. C’est sans doute bien plus efficace que de dévaluer ou de réévaluer une monnaie.

Parlons de la Turquie, un sujet clé.

Il faut comprendre qu’il existe des ensembles géo-économiques naturels qui, à travers les siècles, se reconstituent sous différentes formes. Si on regarde l’histoire longue de la Méditerranée orientale, on notera que se forment en permanence des espaces économiques avec pour cœur la presqu’île d’Asie mineure. Il m’est difficile de dire exactement pourquoi, mais c’est probablement parce que l’Asie mineure est le seul endroit de tout le bassin méditerranéen où il y a de l’eau en abondance. Même à la fin de l’été et au début de l’automne, même en août-septembre de puissants fleuves et des rivières y coulent. Pour celui qui a été en Grèce, en Italie, en Espagne et surtout en Afrique du Nord, à partir de juillet, le lit de la plupart des rivières est asséché. Ces régions manquent chroniquement d’eau. L’Asie mineure se prête mieux à l’agriculture. Il y a aussi le Delta du Nil et c’est tout, pour tout le Bassin méditerranéen. Mais la vallée du Nil est déjà tellement densément peuplée que même là, cela ne suffit plus. Aujourd’hui l’Égypte est le premier importateur de céréales de la planète malgré le potentiel agricole du Nil.

En Asie mineure le dernier grand empire était l’Empire ottoman et cet empire avait une particularité qu’ont utilisée les Britanniques pour le détruire à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Les Turcs sont un des nombreux peuples turcophones. Les Turcs ottomans ne sont qu’une des branches du peuplement par les Turkmènes, qui ont migré de la Caspienne orientale en étendant leur territoire. Les habitants originels de la presqu’île d’Asie mineure sont les Grecs byzantins qui ont seulement changé de religion. Plus au sud vivent les peuples arabes et les relations entre Turcs et Arabes sont historiquement tendues, idem avec les Perses, ces derniers se considérant «supérieurs» aux Arabes. Encore un élément important, la religion commune de ce territoire, c’est l’islam.

Le rôle de l’islam dans l’Empire ottoman était identique à celui de la religion orthodoxe dans l’Empire russe après Pierre le Grand. C’était un ministère pour une religion étatique. Peu importe qui était le ministre. Par exemple le Grand Procureur du Saint Synode au début du XXe siècle, après Constantin le Victorieux, sous le règne d’Alexandre III, s’appelait Sablèr et était un juif converti au christianisme, tout au plus formellement [une sorte de marrane, NdT]. Cela agaçait beaucoup de monde. Les Britanniques ont détruit l’Empire ottoman en s’appuyant sur des courants islamistes agressifs qu’ils ont eux-même construits de toute pièce. Aujourd’hui tous les ISIS et consorts sont les descendants directs de réseaux mis en place par les Britanniques à la fin du XIXe et au début du XXe siècles, par exemple par le colonel Lawrence, plus connu comme Lawrence d’Arabie, et d’autres.

Le monde islamique contemporain rejette catégoriquement toute idée de rétablissement néo-ottoman car il ne reconnaîtra pas une situation où l’islam, à la fois système spirituel et temporel, deviendrait une simple structure bureaucratique. De plus, maintenant, si on regarde l’économie turque, on remarque qu’il y a encore 30 ans, au début des années 1980, la Turquie était un pays pauvre, très pauvre, arriéré même, quasiment sans industrie. Vous le savez ou pas, mais la Bulgarie socialiste à la même époque avait un potentiel industriel qui dépassait le potentiel réuni de la Grèce et de la Turquie de ce temps là. Cet important potentiel de la Bulgarie a été établi avec l’aide soviétique.

Après avoir dépassé la Grèce et la Turquie réunies, aujourd’hui, après la chute du socialisme, il n’en reste presque plus rien. La Turquie a traversé une véritable révolution industrielle. Grâce à l’accès aux marchés extérieurs, en particulier le Marché commun européen, elle est un partenaire économique important de l’UE. Il y avait même un plan de faire entrer la Turquie dans l’UE. Mais le problème est que l’UE s’est lancée dans une vague de libéralisme sociétal sans précédent. Or les Turcs sont plutôt conservateurs et virils. Et deuxièmement, la Turquie a 80 millions d’habitants pour ce que j’en sais. C’est un pays aussi peuplé que l’Allemagne et les classes dirigeantes de l’UE ont compris qu’elles ne parviendraient pas à les digérer étant donnés les problèmes qu’a causés l’immigration turque en Allemagne dans les années 1970. Les Turcs se sont sentis profondément blessés dans leur orgueil par l’UE qui les a rejetés de facto. Et la Turquie se trouve devant la question suivante : que faire ?

Car le niveau de vie élevé que la Turquie a atteint ces dernières années ne peut être maintenu en aucune façon sans l’accès aux marchés internationaux. La première option, le rapprochement avec l’UE, a échoué et il est devenu clair que tôt ou tard l’UE fermera ses marchés à la Turquie. Par ailleurs dans le cadre du Grand Marché Transatlantique TTIP en préparation, il est prévu que pour la Turquie, comme pour la Russie et également la Chine, le marché de l’UE sera fermé et deviendra chasse gardée exclusive des États-Unis. Dans ce sens un plan a déjà été élaboré à l’automne 2015 dans le cadre de sommets onusiens (type COP21). Les réglementations écologiques se sont soudainement durcies. En conséquence de quoi, pour la Chine, la Turquie ou la Russie, les marchés de l’Union Européenne vont se fermer de plus en plus, sous prétexte que la production de ces pays ne satisfait pas aux normes écologiques.

Suite à cela, l’autre projet turc était de reconstruire un espace néo-ottoman, c’était le projet d’Erdogan. Mais il s’est heurté au fait que la Turquie ne peut s’étendre vers le Sud (Syrie) où commencent les territoires de peuplement arabes et partiellement kurdes, qui ne souhaitent pas de tutelle turque. Le seul axe qui reste ce sont les marchés de l’espace eurasien, ce qu’on appelle l’Union économique eurasienne. Ces marchés sont accessibles pour la Turquie et on voit que le commerce bilatéral russo-turc ne cessait de croître ces dernières années, tout cela accompagné d’un rapprochement politique certain. Et pile à ce moment là survient l’incident avec le bombardier russe abattu au-dessus de la Syrie. Cette opération a été ordonnée par le premier ministre Davutoglu et le chef d’état-major. Erdogan n’était pas informé. L’opération était faite en s’appuyant sur un trait de caractère particulier d’Erdogan qui, fort orgueilleux, n’admet jamais ses erreurs et ne peut admettre publiquement qu’il ne savait pas ce qui se passe dans son propre entourage.

Toute cette affaire de l’avion abattu était un plan téléguidé par les Américains. Pour moi, il est évident qu’ils ne parviendront pas à faire des ennemis de la Turquie et de la Russie, car des facteurs objectifs très puissants poussent à un rapprochement quasi tectonique entre les deux pays. Économiquement, aujourd’hui la Turquie reconstitue son pôle de puissance historique et prend le contrôle économique des Balkans. Comme me le disaient des hommes d’affaires Turcs : «Nous avons pris le contrôle économique de la Grèce, de la Serbie, de la Bulgarie, là nous digérons la Roumanie.» Mais on ne peut pas y être présent politiquement, seulement économiquement car tout le monde se souvient de la domination ottomane et vous les Russes serez notre couverture politique, d’où l’idée que l’on doit aller ensemble vers les Balkans. Vous pourrez les rassurer quant à notre présence économique.

Je suis donc certain que nous allons trouver un accord, avec ou sans Erdogan, car il n’y a pas d’alternative à ce rapprochement, ni pour la Turquie, ni pour la Russie. Je répète encore, la Turquie ne peut pas avancer vers le Sud. La différence par rapport à l’ère ottomane, c’est que les Arabes ont le pétrole. On peut théoriquement imaginer un mouvement vers le Sud, uniquement dans un contexte de guerre saoudo-iranienne ou tout simplement de l’éclatement de l’Arabie saoudite. Dans ce cas, l’Iran pourrait prendre le contrôle des champs pétrolifères majeurs. Bahreïn est une ancienne province de l’Empire perse arrachée par les Anglais au XIXe qui pourrait revenir sous contrôle iranien. En Arabie saoudite, les régions pétrolières sont peuplées de chiites.

Au Yémen habitent de nombreux chiites, reste le Qatar et les Émirats arabes unis qui, seuls, ne feront pas le poids face à l’Iran. Et dans une situation où dans 8, 10 ou 15 ans les Arabes du Golfe seront en faillite, la Turquie pourra étendre sa zone d’influence vers le Sud si elle-même n’est pas dépecée par des puissances extérieures (USA par exemple) où de tels plans existent. La Turquie est dans les petits papiers de l’oligarchie car les États-Unis commencent à soutenir divers mouvements proto-étatiques anti-turcs sur son périmètre (exemple Rojava Kurdistan syrien, Kurdistan irakien…). Il y a divers scénarios possibles, difficile de dire à ce stade lequel l’emportera à ce stade.

Je répète : du point de vue de la rationalité, notre rapprochement avec la Turquie va se poursuivre et s’accélérer

Après la chute de l’URSS le capital industriel de l’Union soviétique s’est effondré et l’espace économique ex-soviétique a commencé à être absorbé ou colonisé par le capital industriel européen et plus récemment chinois. Cela a construit un modèle où la Fédération de Russie est essentiellement réduite au rôle de fournisseur de matières premières pour l’Union européenne et peut-être la Chine. Y-a-t-il une probabilité de nouvelle industrialisation de la Russie comme par exemple dans l’URSS des années 1930, où elle rattrapait rapidement les pays les plus avancés de l’époque ? Quelles sont les mesures à entreprendre dans ce sens ?

Bien sûr, on parle beaucoup en ce moment de politique de substitution des importations en Russie. On parle en réalité de nouvelle industrialisation. Nous avons un exemple juste à côté, le Kazakhstan, qui a commencé une politique d’industrialisation, il y a cinq ans maintenant. Ils annoncent en ce moment même un deuxième quinquennat d’industrialisation et alors que chez nous l’économie faiblit. Au Kazakhstan, elle continue de monter, même s’ils ont dévalué leur monnaie, ce qui indique une décroissance en terme de dollars mais en monnaie nationale, le tenge, la croissance continue. Donc oui, une telle politique d’industrialisation est inévitable, cela sur fond de ralentissement économique chinois, dû à sa propre crise économique interne qui est très forte. Je vais expliquer pourquoi.

J’avais dit qu’aux États-Unis, la crise structurelle était due au fait que les ménages dépensent 3 000 milliards de dollars de plus par an que leurs revenus ne le leur permettent. Ils sont donc obligés de subventionner ces 3300 milliards et, de fait, ils le font par accroissement de leur dette, mais ce mécanisme touche à son terme également. En Chine, cette même crise structurelle se révèle en reflet, mais différemment. La Chine est un pays exportateur et, pour cette raison, elle est très dépendante de la demande externe. La Chine a essayé de se repositionner sur sa demande intérieure mais celle-ci est bien trop insuffisante, d’où une tentative de relance de la demande par le crédit ce qui n’a fait que générer des bulles et une chute sévère des marchés chinois.

Mais même si nous voulons aujourd’hui que les biens et services que la Chine vend sur les marchés extérieurs puissent s’écouler sur le marché intérieur, même en supposant une baisse brutale des revenus des producteurs chinois pour pouvoir vendre à l’interne, il faut subventionner le marché intérieur chinois à hauteur de 2 000 milliards de dollars par an. On voit que le déséquilibre est de 2 000 milliards en Chine, à quoi on ajoute 1 000 milliards pour l’UE ce qui nous donne les 3 000 milliards des États-Unis mentionnés plus tôt. La Chine n’a pas de telles ressources et en plus comme la demande interne ne monte plus et entraîne par là des problèmes au niveau de la génération de profit en Chine, ce pays connaît une fuite des capitaux qui s’élève en décembre 2015 à 300 milliards de dollars.

Si ça continue ainsi, il ne restera plus du tout en Chine de réserves de change, encore immenses hier, à brève échéance. Des 4 000 milliards qu’elle avait, il n’en reste plus que 3 000 et il y en aura de moins en moins. S’ils commencent à bloquer les opérations de change pour stopper cette hémorragie, cela entraînera des problèmes d’une autre nature et je ne suis donc pas certain quant à la possibilité pour la Chine de continuer son expansion avec pour conséquence que la Russie ne sera pas sa colonie de matières premières.

D’ailleurs la Chine n’a pas mené à terme ses achats de pétrole et de gaz chez nous, car elle n’en a tout simplement pas besoin. Tous les grands méga-contrats médiatisés des derniers temps ne sont pas mis en œuvre. Pour ce qui concerne l’industrialisation, c’est le modèle qui doit changer. Si nous appliquons le modèle que commence à appliquer le Kazakhstan en ce moment, il garantit à la Russie pour 10 à 15 ans des taux de croissance entre 5% et 7% par an, en particulier en développant notre infrastructure sur fond de dépression ailleurs dans le monde, une situation analogue à celle des années 1930.

Avec l’écroulement prévisible de l’UE, que penser des zones de libre-échange formée entre l’UE et les pays d’Europe de l’Est, l’Ukraine par exemple. Seront-ils les premiers à tomber ?

Oui, les perspectives de l’UE sont sombres sur la base de paramètres objectifs et non idéologiques. Une bonne image de la crise qui me vient est la suivante : vous êtes pilote d’un avion militaire supersonique, vous décollez et montez à la verticale vers le ciel, moteurs à plein régime, et vous approchez de la stratosphère et puis soudainement la pression dans la chambre de combustion du moteur se met à chuter, la poussée diminue et vous comprenez que vous ne pourrez plus maintenir cette altitude encore longtemps. Deux choix s’offrent à vous : perdre de l’altitude, tomber puis quitter l’avion en parachute en vous éjectant. Ou alors vous pouvez perdre de l’altitude et plus près du sol, à 2 km d’altitude, essayer de rallumer les moteurs et, avec le peu de carburant qui vous reste, essayer de faire un atterrissage en douceur.

Aujourd’hui les États-Unis comme l’Union européenne sont dans la stratosphère. Ils ont monté moteurs à plein régime et s’aperçoivent qu’ils n’ont presque plus de carburant. Ils vont donc chuter. Tous leurs projets d’élargissement de zone d’influence en rendant accessibles leurs marchés arrivent à leur terme aussi. Tous les «miracles économiques» d’après guerre, d’abord en Allemagne de l’Ouest et dans le reste de l’Europe occidentale, ensuite au Japon, à Taïwan et plus tard Singapour, puis le décollage de la Corée du Sud, puis de la Chine populaire avaient été rendus possible pour une seule raison : les États-Unis avaient ouvert leur marché à tous ces pays. Pourquoi pensez-vous qu’en 1945 l’économie américaine pesait plus de 50% de l’économie mondiale, et aujourd’hui seulement 16% à 18% ?

Car les États-Unis ont autorisé ces pays à (re)construire chez eux une industrie, mais orientée prioritairement sur la vente d’abord vers les États-Unis. Toute l’économie contemporaine, ce sont des chaînes de valeurs fermées et dollarisées. Les États-Unis émettent le dollar et les autres pays y écoulent leur production, obtiennent du dollar qu’ils réinvestissent ensuite dans les marchés financiers américains. Voilà le schéma de principe.

C’est ce schéma aujourd’hui qui ne fonctionne plus, car le retour de cet argent se fait à travers la demande aux États-Unis et personne ne sait comment faire pour transférer cet argent des marchés financiers (Wall Street) vers le citoyen américain (Main Street) pour stimuler sa demande solvable. Il ne peut plus s’endetter, car il est saturé au niveau de l’endettement et du crédit qu’il ne pourra jamais rembourser. Et s’il ne le rembourse pas, on ne peut plus lui prêter, et si on ne peut plus lui prêter alors sa demande chute car sa demande est aujourd’hui essentiellement formée par le crédit et non plus par ses revenus réels, voilà. Ce dispositif ne fonctionne plus.

D’où la mort programmée de tous ces projets expansionnistes économiques occidentaux avec la mort du système de l’économie dollar. C’est plus clair maintenant ?

Partie 3

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Corbyn alerte sur un retour de la Guerre froide à moins que les frontières ne soient démilitarisées, par Joe Watts

Publié le par Felli Bernard

8
Déc
2016

Corbyn alerte sur un retour de la Guerre froide à moins que les frontières ne soient démilitarisées, par Joe Watts

 

Source : Independent, le 13/11/2016

L’OTAN a annoncé récemment qu’elle allait positionner des milliers de soldats supplémentaires en Europe de l’Est

Joe Watts | Lundi 14 novembre 2016

Jeremy Corbyn lors du Andrew Marr show

Jeremy Corbyn lors du Andrew Marr show

Jeremy Corbyn a attiré l’attention des leaders occidentaux sur la nécessité de démilitariser la frontière entre la Russie et l’Europe de l’Est, pour éviter une nouvelle Guerre froide.

Le leader syndical a précisé qu’il avait des critiques à faire à Vladimir Poutine, mais que l’Ouest devait s’assurer de ne pas amasser des troupes à la frontière russe.

Ceci intervient après que l’OTAN, sur laquelle M. Corbyn a été longtemps critique, ait annoncé un nouveau déploiement en Europe de l’Est à la suite de la tension croissante avec Moscou.

S’adressant au présentateur de la BBC, Andrew Marr, M. Corbyn a affirmé : “J’ai beaucoup, beaucoup de critiques envers Poutine, sur le non-respect des droits de l’Homme en Russie, sur la militarisation de la société. Mais je pense réellement qu’il doit y avoir un processus que nous devons tenter – démilitariser la frontière entre ce que sont les États actuels de l’OTAN et la Russie, afin de séparer ces forces et de les écarter pour ramener une sorte d’apaisement.

“Nous ne pouvons accepter une nouvelle Guerre froide.”

Jeremy Corbyn réagit à la victoire de Trump

En octobre, l’OTAN a révélé qu’elle s’apprêtait à positionner 4000 soldats à la frontière russe en accord avec les États de la Baltique, la plus importante concentration militaire depuis la Guerre froide. Les troupes seront placées sous la responsabilité des nations membres de l’Alliance, notamment le Royaume Uni.

Un responsable de l’OTAN a déclaré : “L’OTAN renforce la dissuasion et la défense à tous les niveaux et ceci constitue un effort continu. Nous prenons des décisions pour renforcer notre présence dans la partie Est de l’Alliance, notamment avec le déploiement de quatre bataillons dans les pays de la Baltique et la Pologne. Et notre fer de lance d’environ 5000 soldats est en haut degré d’alerte, pouvant se déployer très rapidement au sein de toute l’Alliance. Ceci est renforcé par la Response Force de l’OTAN comptant 40 000 soldats, et le personnel militaire des alliés de l’OTAN. Nos forces à l’Est s’entraîneront et collaboreront avec les forces de défense des pays concernés.

M. Corbyn a suggéré dans son entretien que l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, qui comprend la Russie, pourrait remplacer l’OTAN comme un forum pour résoudre les problèmes dans la région.

Durant la campagne électorale, M. Corbyn a suscité la controverse après avoir refusé de reconnaître l’article 5 de l’OTAN, qui oblige les pays à défendre les autres s’ils sont attaqués.

Source : Independent, le 13/11/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

5 réponses à Corbyn alerte sur un retour de la Guerre froide à moins que les frontières ne soient démilitarisées, par Joe Watts

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Le boss de Wells Fargo’s mène le bal des faux-culs, par Dave Lindorff

Publié le par Felli Bernard

8
Déc
2016

Par Dave Lindorff – Le 22 septembre 2016 – Source CounterPunch

Hey, les Américains! Nous allons tous commencer à prendre la responsabilité de ce que nous faisons mal. Nous allons tous commencer à être responsables de nos actions ou de notre inaction.

John Stumpf, PDG de Wells Fargo Bank, l’une des plus grandes banques too big to faildu pays, nous montre le chemin dans ce nouveau monde radieux engagé.

Lorsque le gouvernement a découvert que Wells Fargo Bank avait, depuis 2011, trafiqué son bilan en ouvrant des millions de comptes de cartes de crédit au nom des clients de Wells Fargo, mais derrière leur dos, puis en prenant des frais sur ces comptes, et enfin en taxant, à leur insu, les titulaires des cartes, de frais et d’intérêts de retard pour non paiement des charges indues précédentes, il a infligé à la banque une amende de $185 millions. Mais il n’a pas inculpé les dirigeants de la banque cette fois-ci, alors qu’il l’avait fait précédemment pour le comportement criminel des plus grandes banques du pays – Citibank, Goldman Sachs, Morgan Stanley et JPMorgan Chase.

Mais bon, ce John Stumpf est un gars engagé. Il a dit aux médias et à la Commission sénatoriale permanente des banques qu’il prenait «l’entière responsabilité» pour la fraude gigantesque commise à l’encontre des clients de la troisième plus grosse banque du pays, et dit qu’il était «responsable» de la forte pression mise sur les commerciaux de bas niveau pour qu’ils vendent des produits bancaires – cette pression a conduit plus de 5 000 de ses employés à mettre en place les comptes frauduleux.

Mais voici le pompon : se lever  et dire : «Je prends l’entière responsabilité» et «Je suis responsable» est vraiment facile ! Vous ne devez pas réellement faire quoi que ce soit d’autre et rien ne vous arrive ! En fait, Stumpf, interrogé par une membre de la Commission sénatoriale des banques, Elizabeth Warren – sénatrice démocrate du Massachusetts – a admis qu’il avait gagné $19,3 millions l’an dernier, dont $4 millions de bonus pour avoir supervisé l’opération frauduleuse, cela dans une année où la banque et son conseil d’administration étaient bien conscients qu’une enquête était en cours pour la gigantesque escroquerie. «Prendre ses responsabilités» et être «responsable» n’a apparemment aucune implication réelle, comme, par exemple, démissionner de son poste lucratif de PDG, et encore moins quitter son entreprise. Cela ne semble même pas signifier une réduction de salaire. Joli travail, vraiment !

Mais ce n’est pas vrai pour les milliers d’employés qui ont ouvert les comptes frauduleux. Ils ont tous été virés par la banque, sans aucun doute à la demande de Stumpf. La fiche de paie a subi une ponction substantielle suite à leur comportement criminel, ce que l’on peut qualifier d’une sorte de «prise de responsabilité» pour ce qu’ils ont fait, même s’ils ne l’ont pas fait volontairement.

Mais Stumpf ? Alors qu’il avait clairement détourné les yeux de l’escroquerie pendant cinq ans, jusqu’à ce que les autorités fédérales aient eu vent de celle-ci, et une fois que la fraude fut devenue de notoriété publique, il se leva et dit qu’il «assumait la responsabilité»pour ce qui est arrivé. Non seulement cela. Il a aussi dit qu’il était «responsable» de la fraude. Quel homme !

Cela me fait penser que nous devrions tous commencer à faire ça. Le pays se porterait tellement mieux, si nous étions tous des gens engagés comme Stumpf.

Alors, la prochaine fois que vous êtes arrêté pour excès de vitesse, ne discutez pas avec le flic qui vous est tombé dessus. Il suffit de dire : «Monsieur l’agent, vous avez raison. J’ai commis un excès de vitesse, et je prends l’entière responsabilité. Je serai responsable de mon mauvais comportement sur la route.» Ensuite, remerciez-le et démarrez. Vous avez fait la bonne chose. Sans doute le flic va juste retourner dans sa voiture et chercher d’autres conducteurs imprudents, impressionné par votre volonté de prendre votre responsabilité.

Même chose si vous avez une vérification fiscale de l’IRS et qu’ils vous disent que vous avez sous-estimé votre revenu et réclamé des déductions indues, que vous devez donc au département du Trésor $20 000 en arriéré d’impôts, pénalités et intérêts. Remerciez-les d’avoir pris la peine de vous vérifier et de corriger vos erreurs, dites-leur que vous prenez l’entière responsabilité de celles-ci, assurez-les que vous êtes responsable, puis raccrochez le téléphone. Vous avez fait votre devoir civique. Vous vous êtes engagé et avez pris votre leçon. Vous êtes un citoyen responsable, et vous ne serez sûrement pas dérangé à nouveau par l’IRS.

Les criminels violents pourraient faire la même chose. Disons que vous avez tué un employé de magasin, lors d’une tentative ratée de voler la caisse. Lorsque vous êtes devant le tribunal, ne plaidez pas innocent, prenez tout de façon insouciante et exigez un procès devant un jury. Vous savez que vous l’avez fait. Je ne dis pas que vous devez plaider coupable. John Stumpf n’a pas fait cela, après tout. Juste comme Stumpf, dites au magistrat lors de votre mise en accusation : «Votre honneur, je prends toute la responsabilité pour cette assassinat. Je suis responsable.» Vous pouvez même dire que vous suivez l’exemple du célèbre banquier John Stumpf. Alors attendez-vous, comme Stumpf, à être autorisé à poursuivre votre chemin en continuant votre vie de criminel. Quel juge de bon sens pourrait être en désaccord ?

Si John Stumpf peut gérer une banque qui n’est rien d’autre qu’un syndicat criminel et ensuite se lever, prendre la responsabilité, et continuer ses escroqueries sans avoir à payer même une amende, pourquoi ne devrions-nous pas tous être en mesure de faire la même chose chose, quand nous sortons des clous et sommes pincés à faire quelque chose d’illégal ou de vil ?

D’autres banques ont fait à peu près la même chose, donc on ne peut pas dire que c’est une idée nouvelle. Rien que l’an dernier, le ministère de la Justice a chargé cinq autres grandes banques, Citibank, JPMorgan Chase, Barclays PLC, Royal Bank of Scotland et UBS, avec le crime de fraude pour avoir manipulé illégalement les marchés monétaires internationaux – apparemment, Wells Fargo était trop occupé à frauder ses propres clients pour participer à la fête. Les cinq banques ont plaidé coupable, et payé collectivement $2 milliards d’amendes. Mais, alors que les principaux dirigeants ont tous «pris leur responsabilité» pour les crimes de leurs institutions, ils n’ont personnellement pas payé d’amendes ou fait de la prison, ni même perdu leur emploi. En fait, après que sa banque, en mai 2015, a plaidé coupable pour alléger sa peine – rappelez-vous que les sociétés sont aussi des gens – le PDG de JPMorgan Chase et le président Jamie Dimon ont obtenu une augmentation de $7 millions pour l’année par le conseil d’administration qu’ils président, augmentant leur salaire de 35% jusqu’à $27 millions, par rapport à $20 millions en 2014. Oh, attendez ! Dimon n’a jamais pris de responsabilité pour le comportement criminel de la banque. Il a reporté tout cela sur un lampiste. Tant pis.

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Peut-être que ce dont nous avons vraiment besoin est l’ancien système traditionnel japonais, où la conséquence de la prise de responsabilitéd’une fraude d’entreprise consistait à enfoncer un poignard de samouraï dans son intestin en le tournant un peu. Ils pourraient même en distribuer aux nouveaux diplômés de MBA.

Dave Lindorff est membre fondateur de ThisCantBeHappening!, un journal en ligne collectif, il a contribué aussi à Hopeless: Barack Obama and the Politics of Illusion (AK Press).

2 réponses à Le boss de Wells Fargo’s mène le bal des faux-culs, par Dave Lindorff

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Le président-élu tweete, Boeing s’enrhume

Publié le par Felli Bernard

Le président-élu tweete, Boeing s’enrhume

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Le président-élu tweete, Boeing s’enrhume

06 décembre 2016 – ... J’exagérais peut-être, mais à peine ... Bon, je me suis dit, pour le titre : “ne parlons pas d’effondrement mais certainement une poussée d’un bon rhume d’une trouille galopante, si vous voulez une rhinite allergique, comme on dirait ‘allergique au Tweet-Trump’ comme d’autres disent qu’ils sont allergiques au pollen”... Les valeurs de Boeing Aerospace ont donc brusquement chuté à la réouverture de Wall Street, selon la nouvelle donnée par ZeroHedge.com le 6 décembre à 09.06 PM, après que Trump ait tweeté, le 6 décembre à 02.52 PM :

« Boeing est en train de fabriquer un nouveau 747 Air Force One pour les futurs présidents , mais les coûts sont hors de contrôle, plus de 4 $milliards... Qu’on annule la commande ! » (« Boeing is building a brand new 747 Air Force One for future presidents, but costs are out of control, more than $4 billion. Cancel order! »)

Cette auguste publication (dedefensa.org) avait déjà signalé, avec le cas Farage/ambassade UK à Washington D.C., quels effets & conséquences pouvaient avoir les tweets du président-élu, annonçant, ou souhaitant, ou menaçant, ou évoquant telle ou telle décision, – qui le sait, justement ?, – et là justement se trouve l’enjeu très particulier de cette pratique inédite dans l’expression du président-élu. Parce que, enfin, nul ne sait s’il s’agit d’une annonce, d’un souhait, d’une menace ou d’une simple évocation ; et Boeing, lui, le malheureux, ne sait pas s’il ne doit pas s’attendre, après le 20 janvier 2017, à l’annulation de la commande prestigieuse et infiniment coûteuse du nouvel avion si nécessaire au POTUS pour maintenir la présence hégémonique et exceptionnaliste des USA... Qui irait si bien au teint du président Trump, mais vraiment infiniment coûteuse

(Bien, le nouveau Air Force One coûtant le prix d’un porte-avions il y à peu près deux décennies, – tant il est vrai qu’entretemps, bien entendu, les porte-avions ont de leur côté grimpé de $4-$5milliards à $15-$20 milliards, sinon $25 milliards, out-of-control également… Et encore, par pudeur je me force à ne pas évoquer le JSF, comme je ne le fais pas à l’instant en écrivant ce que j'écris, comme si l’on ne pouvait pas s’attendre à ce que The-Donald tombe par hasard sur une note ou un article à ce propos et proclame-tweete “qu’on abandonne illico ce programme pourri et qui pue !”...)

Trump va-t-il poursuivre cette pratique, surtout lorsqu’il sera devenu président si cela se fait effectivement ? (Avec une hypocrisie consommée et sans doute un éclat de rire rentré, il a déjà tweeté [le 5 décembre] “c’est de votre faute si je tweete, pas de la mienne” : « If the press would cover me accurately & honorably, I would have far less reason to "tweet." Sadly, I don't know if that will ever happen! ») Comme on l’observe, le résultat de ce comportement absolument inédit, qui s’apparente à une sorte de simulacre d’irresponsabilité tout en gardant en réserve les pouvoirs présidentiels qui constituent l’extrême de la responsabilité, c’est le fameux “la discorde chez l’ennemi” qui est semé ; cela, par le désordre et l’incertitude injectés par petites doses habiles et peu amènes, du type torture chinoise, dans le Système qui est selon moi l’ennemi en question ; désordre & incertitude pour son propre chef, qui sont les deux choses les plus horribles qui puissent exister pour le Système qui n’aime rien tant, lui, que semer désordre & incertitude chez ceux qu’il attaque.

Bien entendu, les actions Boeing vont remonter si ce n'est déjà fait, on va préparer un dossier épais et d’un poids considérable pour démontrer 1) que le nouveau Air Force One est absolument nécessaire, et 2) que les coûts ne sont pas du tout hors de contrôle, qu’ils ont simplement quadruplé, ou quintuplé ou l’on ne sait quoi, parce que c’était raisonnablement inévitable du fait du coût des technologies, des délais de livraison, des maladresses des sous-traitants, du prix du caoutchouc, de l’âge du capitaine... Tout s’apaisera jusqu’à ce qu’un jour très-proche, à nouveau, Trump tombe sur le prix et tweete à nouveau, et peut-être sans effet de sa part, ou bien peut-être suivi effectivement d’une décision d’annulation.

Je disais à l’instant à un interlocuteur bien à propos, justement à propos de ce tweet : “Trump, c’est le fou du roi !”, et il me rétorque aussi sec “Oui, mais qui est à la fois le fou du roi et le roi”, ce qui me conduit à compléter pour essayer d’avoir le dernier mot : “Et en plus, le roi n’est pas fou”... Tout cela est on ne peut plus juste et vrai. Le Système déteste ces choses-là, il est capable de nous faire une nervous breakdown.

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Notre Siècle est Celui de l’Eurasie, et ça ne peut plus être Évité

Publié le par Felli Bernard

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Notre Siècle est Celui de l’Eurasie, et ça ne peut plus être Évité

Le siècle eurasien est maintenant imparable. William Engdahl qui rentre d’un long voyage dans cette zone du monde rend compte ici des progrès gigantesque réalisés. Nous connaissons le projet pharaonique de la route de la soie, dont le nom a changé, vous le verrez ci-dessous. Cet article donne des indications détaillées sur l’avancement des progrès de l’OBOR, nouveau nom de la route de la soie, pour ceux qui s’y intéressent.

Nous devrions tous en fait nous y intéresser, et en tous cas nous en réjouir, car cela porte un coup majeur fatal à l’hégémonie américaine, et c’est un atout capital pour le monde multipolaire qui nous libère du joug étasunien. Nous savons qu’un impérialisme mondial dirigé par les intérêts bancaires internationaux existe toujours, mais la puissance américaine est maintenant comme un vieux lion décharné qui a perdu les trois quarts de ses dents même s’il veut encore mordre.

Il est évident que pour nous, Français, ne pouvons que nous réjouir de la perte rapide de pouvoir de domination sur l’Europe, qui fera assurément réfléchir à deux fois les atlantistes complices, tant des médias déférents que les politiciens traîtres à nos Nations malmenées.

En Syrie, en Ukraine, en Libye, en Irak et maintenant avec les provocations de la mer de Chine méridionale contre la Chine, les guerres idiotes des faucons de guerre de Washington et de leur industrie militaire ne vont pas arrêter ce qui est maintenant clairement le projet le plus impressionnant et le plus économiquement en évolution.

Le terme « American Century », le siècle américain, a été triomphalement proclamé dans un éditorial célèbre du magazine Life en 1941 dans la première phase de la Seconde Guerre mondiale, avant même que les États-Unis ne soient entrés en guerre, pour décrire la domination du monde d’après guerre avec la chute de l’Empire britannique rival.

Le siècle américain n’a pas duré cent ans, mais a duré seulement sept décennies si nous datons à partir de la fin de la guerre. Son bilan a été celui d’un échec lamentable. La base industrielle des États-Unis, principale nation industrielle dominante et premier innovateur scientifique, est aujourd’hui une coquille crevassée et pourrie avec des villes en plein essor comme Detroit ou Philadelphie ou Los Angeles qui sont maintenant des ghettos brûlés squattés de chômeurs et de sans-abri.

La dette fédérale des États-Unis, en raison des guerres sans fin que ses présidents s’engagent, ainsi que les sauvetages infructueux des banques de Wall Street et des entreprises parrainées par le gouvernement comme Fannie Mae, est bien plus de 103% du PIB avec un montant de 19,5 billions de dollars, Plus de 163 000 $ par contribuable américain, et Washington ajoute à la dette cette année près de 600 milliards de dollars. Des pays comme la Chine et la Russie s’éloignent et refusent de subventionner cette dette qui se développe à un rythme record.

Les infrastructures économiques de base américaines – ponts, égouts, usines de traitement de l’eau, réseaux électriques, chemins de fer, autoroutes – ont été négligées pendant plus de quatre décennies pour diverses raisons. La société américaine d’ingénieurs civils a récemment estimé que le produit intérieur brut sera réduit de 4000 milliards de dollars entre 2016 et 2025 en raison de la perte de ventes des entreprises, la hausse des coûts et la baisse des revenus si le pays continue à sous-investir dans son infrastructure. C’est en plus du fait qu’ils estiment que le pays a besoin d’urgence d’un nouvel investissement en infrastructures de 3,300 milliards de dollars d’ici la prochaine décennie pour le renouveler.

Pourtant, les États américains et les villes ne sont pas en mesure de financer un tel investissement dans la situation actuelle de la dette, ni le gouvernement fédéral endetté par la dette, tant qu’un cartel de banques et de fonds financiers corrompus de Wall Street collecte une rançon. C’est le crépuscule pour le siècle américain, une expérience impériale mal dissimulée dans l’hubris et l’arrogance par une troupe de vieux patriarches ennuyeux comme David Rockefeller et ses amis à Wall Street et dans l’industrie militaire. C’est le contraste le plus flagrant de ce qui se passe à l’Est, à travers toute l’Eurasie d’aujourd’hui.

La pensée à transformer

Le siècle eurasien est le nom de l’émergence économique des pays contigus de la Chine à travers l’Asie centrale, la Russie, la Biélorussie, l’Iran et potentiellement la Turquie. Ils sont intégralement liés à travers les plus grands projets d’infrastructure publique de l’histoire moderne, en fait les plus ambitieux jamais, en grande partie concentrés sur l’initiative 2013 par le président chinois Xi Jinping appelé l’initiative One Belt, One Road ou OBOR.

Le projet et ses implications pour l’Europe et le reste de l’économie mondiale ont été si bien accueillis à l’ouest avec un silence de pierre qui défie l’explication. Il est clair en voyant cela que nos pays, Europe en tête, n’ont rien compris des changements majeurs géopolitiques qui reforment l’économie mondiale.

Cela fait maintenant trois ans que le nouveau président chinois Xi Jinping a fait une de ses premières visites étrangères au Kazakhstan où il a discuté de l’idée de construire un réseau vaste et moderne de trains à grande vitesse. Ce réseau traverse le vaste espace terrestre eurasien de La côte du Pacifique de la Chine et la Russie à travers l’Asie centrale en Iran, dans les états de l’Union économique eurasienne, principalement la Russie et potentiellement sur les États sélectionnés de l’Union européenne. Cette proposition initiale a été dévoilée en détail l’an dernier par la Commission nationale pour le développement et la réforme (NDRC), l’organisation chinoise de planification économique et les ministères des Affaires étrangères et du Commerce.

Il est utile de regarder de plus près ce qui s’est passé à ce jour. Il révèle les développements les plus impressionnants, plus parce que le processus de développement est créatif et organique. Le grand projet n’est pas un plan simple fait par le Comité central du Parti communiste de la Chine et puis simplement imposé, par le haut, aux 60 pays de l’Eurasie et l’Asie du Sud-Est. Un tiers des pays de la planète !

Une conférence internationale a récemment eu lieu à Xi’an, origine de la version ancienne de One Belt, One Road, à savoir la Route de la Soie qui était le nom donné jusqu’ici. Le but du rassemblement international était de passer en revue ce qui a été fait jusqu’ici.

Le 26 septembre, le séminaire intitulé Belt and Road Initiative : Mémoire partagée et développement commun a réuni plus de 400 participants de plus de 30 pays, y compris des représentants du gouvernement, des universités, des entreprises, des groupes de réflexion et des médias.

Un rôle clé est joué par Renmin University de l’Institut Chongyang Chinois pour les études financières pour identifier les progrès et les problèmes du projet OBOR. Leur rapport dans Xi’an a présenté les principes qui sous-tendent le projet international OBOR: Il adhère aux principes de la Charte des Nations Unies; Il est tout à fait ouvert aux nouvelles nations participantes pour coopérer; Il suivra les règles du marché et cherchera à bénéficier mutuellement aux pays participants.

Ce sont de nobles paroles. Ce qui est plus intéressant est le processus en cours pour réaliser de tels mots et pour construire l’infrastructure gigantesque.

Notamment, la Chine avec Xi Jinping a décidé d’encourager l’apport de sources autres que l’agence de planification centrale de l’Etat ou le Parti communiste pour l’OBOR. Il a encouragé la création de groupes de réflexion privés et indépendants pour devenir une source de nouvelles idées et approches créatives. Aujourd’hui, il y a un groupe de coopération chinoise « Cooperation Alliance » qui coordonne les efforts autour de l’OBOR dirigé par le doyen de l’Université Renmin. À leur tour, ils collaborent avec des think tanks le long de la route OBOR, y compris des groupes de réflexion en Iran, en Turquie, en Inde, au Népal, au Kazakhstan et dans d’autres pays.

Il y aura deux routes principales de l’OBOR. Sur la terre il y a plusieurs itinéraires ou corridors dans le travail. L’Initiative mettra l’accent sur la construction conjointe de ce qu’on appelle un nouveau pont terrestre eurasien de la Chine via le Kazakhstan à Rotterdam. D’autres corridors ferroviaires terrestres OBOR comprennent les corridors économiques Chine-Mongolie-Russie, Chine-Asie centrale-Asie occidentale, Chine-Pakistan, Bangladesh-Chine-Inde-Myanmar et Chine-péninsule Indochine.

Elle s’appuiera sur les axes routiers internationaux, en s’appuyant sur les villes centrales le long de la route OBOR et en utilisant les principaux parcs industriels économiques comme « plates-formes de coopération ». En mer, l’Initiative se concentrera sur la construction conjointe de liaisons de transport lisses, Le port de Kuala Lumpur en Malaisie au passage du détroit de Malacca, Calcutta en Inde, Nairobi au Kenya et via le canal de Suez à Athènes et au-delà . Il est crucial que les parties terrestres et maritimes de l’OBOR soient considérées comme un système circulatoire entier ou comme un flux de commerce.

L’Initiative OBOR reliera les principaux ports eurasiatiques à l’infrastructure ferroviaire et pipelinière intérieure d’une manière qui n’a pas été vue auparavant

À ce jour, la Chine a signé des protocoles d’accord avec 56 pays et organisations régionales concernant OBOR. Depuis sa proposition initiale en 2013, le Président Xi Jinping a personnellement visité 37 pays pour discuter de la mise en œuvre de l’OBOR. Le China Railway Group et la China Communications Construction Company ont signé des contrats pour des routes clés et des ports dans 26 pays. Des centrales électriques, des installations de transport d’électricité et des oléoducs et gazoducs, couvrant 19 pays le long de la « Ceinture et Route » dans quelque 40 projets énergétiques ont commencé. China Unicom, China Telecom et China Mobile accélèrent les projets de transmission transfrontalière dans les pays du « Belt and Road » pour développer l’infrastructure internationale de télécommunication.

Déjà, en prenant toutes les routes maritimes et terrestres de l’OBOR, quelque 3000 milliards de dollars du commerce de la Chine depuis juin 2013 ont parcouru la route, soit plus d’un quart du volume commercial total de la Chine. À ce jour, la Chine a également investi plus de 51 milliards de dollars dans les pays le long de la route OBOR actuelle. Les nouvelles routes terrestres réduiront considérablement les coûts de transport en Eurasie, permettront aux régions anciennement isolées de se connecter efficacement aux marchés maritimes et terrestres et déclencheront une croissance économique extraordinaire dans toute l’Eurasie.

Les effets de l’OBOR commencent déjà à apparaître. Plus tôt cette année, un navire porte-conteneurs iranien est arrivé au port de Qinzhou en Chine avec 978 conteneurs de plusieurs pays le long de la route de la soie maritime du XXIe siècle ouvrant la première route maritime reliant le Moyen-Orient et le golfe de Beibu ou le golfe du Tonkin en vietnamien. En février 2016, un train de conteneurs avec des marchandises chinoises n’a pris que 14 jours pour achever le parcours de 5 900 km (9 500 km) depuis la province orientale du Zhejiang en passant par le Kazakhstan et le Turkménistan. Cela a été 30 jours plus court que le voyage en mer de Shanghai vers le port iranien de Bandar Abbas, selon le chef de la compagnie ferroviaire iranienne.

La Chine et l’Iran, maintenant formellement partie de l’OBOR, ont ciblé le commerce bilatéral, excluant les dollars américains, pour dépasser 600 milliards de dollars dans la décennie à venir.

La Chine est actuellement en pourparlers avec 28 pays

La Chine est en pourparlers avec 28 pays dont la Russie, sur des projets ferroviaires à grande vitesse avec le constructeur chinois de trains.

Il comprend un important joint venture Chine-Russie de 15 milliards de dollars Kazan à grande vitesse à la ligne de Moscou. Les 770 kilomètres de voie entre Moscou et Kazan, la capitale du Tatarstan russe, réduiront le temps de passage de 12 heures à seulement 3,5 heures. La Chine a accepté d’investir 6 milliards de dollars dans le projet qui deviendrait une partie d’un train à grande vitesse de 100 milliards de dollars entre Moscou et Pékin.

Notamment, pour la nouvelle voie à grande vitesse, la Chine développe une nouvelle génération de trains capables d’atteindre des vitesses de 400 kilomètres à l’heure. Et les nouveaux trains vont résoudre le coûteux problème de commutation de jauge ferroviaire entre les rails de la Chine et le russe. Les trains en Russie circulent sur une piste de 1520 mm, par rapport à la piste plus étroite de 1435 mm utilisée en Europe et en Chine. Jia Limin, responsable du programme chinois d’innovation ferroviaire à grande vitesse, a déclaré à China Daily: « Le train … aura des roues qui peuvent être ajustées pour s’adapter à différentes jauges sur les voies d’autres pays, par rapport aux trains qui doivent maintenant changer de roues Avant d’entrer dans les systèmes étrangers ». Étant donné sa stratégie de construction de milliers de kilomètres de chemins de fer à grande vitesse et le développement de sa fabrication de chaussettes chinoises nationales ainsi que d’autres technologies ferroviaires, la Chine est aujourd’hui le premier producteur mondial de technologie ferroviaire.

Financement

La Banque chinoise de développement, la Banque d’exportation et d’importation de Chine, la Banque asiatique d’investissement pour l’infrastructure en Asie, la BRICS New Development Bank et d’autres sources, dont le Silk Road Fund vont financer l’énorme entreprise. Le Fonds de la Route de la Soie a débloqué 40 milliards de dollars pour financer les projets OBOR. Jusqu’à près d’un quart de billion de dollars américains d’argent prêt et un autre demi milliard de capital de roulement institutionnel supranational est raisonnablement à portée de main.

Transformation géopolitique

L’initiative One Belt, One Road de Xi Jinping et les partenaires eurasiens, en particulier la Russie, a également des dimensions stratégiques d’importance majeure. La construction de nouveaux couloirs d’infrastructure s’étendant à travers la masse continentale eurasienne sous la forme d’autoroutes, de chemins de fer, de parcs industriels et de pipelines de pétrole et de gaz, OBOR relie pour la première fois dans l’ère moderne des régions enclavées de l’arrière- Avec les ports de mer. Relier les principaux pôles industriels eurasiatiques aux ports avec un transport efficace révolutionnera la connectivité des produits industriels de l’arrière-pays et des matières premières de toutes sortes. Les terres russe et eurasienne, y compris la Chine, contiennent peut-être la plus riche concentration inexploitée de toutes les matières premières connues.

Le projet de pipeline, d’une longueur de 2400 km, a été achevé, reliant le port d’eau profonde du Myanmar à Kyaukphyu, sur l’île Maday, dans la baie du Bengale, à Kunming, dans la province du Yunnan, au sud-est de la Chine, près de la frontière du Myanmar. Il s’agit d’un projet conjoint de la Banque chinoise de développement et de la Banque d’investissement étranger du Myanmar. Le nouveau pipeline permet à la Chine d’importer jusqu’à 400 000 barils par jour de pétrole au Moyen-Orient sur une route 1100 km plus courte que la précédente route maritime du détroit de Malacca, ce qui réduit le temps nécessaire pour atteindre la grande ville industrielle de Kunming de 30% Et en évitant le point stratégique d’étouffement du détroit de Malacca où la sixième flotte de la Marine américaine domine.

Auparavant, 80% des importations chinoises de pétrole et de gaz traversaient le détroit de Malacca et étaient soumises aux contrôles américains.

Si les tensions croissantes entre Washington et la Chine par rapport à la mer de Chine méridionale ou d’autres problèmes s’intensifiaient, la Chine serait mise à genoux comme le Japon avant de déclarer la guerre en 1941, lorsque les États-Unis ont imposé un embargo sur son pétrole. Une deuxième canalisation apporte du gaz naturel des champs gaziers du Qatar et du Myanmar à la Chine.

L’OBOR comprend des oléoducs et des gazoducs qui réduisent le temps et la distance aux importations de pétrole et de gaz au Moyen-Orient

La Chine versera 53 milliards de dollars au Myanmar en redevances pipelinières sur 30 ans. Ils investiront également 25 millions de dollars dans la scolarisation et d’autres projets de développement social le long du pipeline et 10% du gaz resteront en Birmanie.

Mackinder débordé ?

L’ensemble de la stratégie derrière la réalisation de Xi Jinping d’Eurasian One Belt, un chemin de fer, initiatives en mer et pipeline, qui se déplace tranquillement et d’une façon impressionnante vers son but, est en train de transformer la carte géopolitique mondiale. En 1904, un géographe britannique, sir Halford Mackinder, un fervent champion de l’Empire britannique, a dévoilé un concept brillant dans un discours à la London Royal Geographical Society intitulé le pivot géographique de l’histoire.

Cet essai a façonné à la fois la stratégie globale britannique et américaine de l’hégémonie et de la domination au présent. Elle a été complétée par le travail de l’Amiral Alfred Thayer Mahan en 1890, intitulé The Influence of Sea Power on History, qui préconisait la « puissance maritime », affirmant que les nations dominées par les mers, comme l’Empire britannique ou plus tard aux États-Unis, domineraient le monde.

Conclusion

Le One Belt, One Road, en reliant toutes les régions continentales contiguës de l’Eurasie au réseau connexe de ports stratégiques nouveaux ou agrandis de la Route Maritime de la Soie d’OBOR, a porté à la stratégie géopolitique américaine un coup dévastateur à un moment où l’hégémonie de l’Amérique Échoue comme jamais dans son histoire courte.

Le siècle eurasien aujourd’hui est inévitable et imparable. Construit sur des principes différents de la coopération plutôt que la domination, il pourrait juste offrir un modèle pour les États-Unis en faillite et l’Union européenne bientôt en faillite, pour construire la vraie prospérité non basée sur le pillage et l’esclavage de la dette.

William Engdahl-Algarath

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Mikhail Khazine : 2016, année de la Grande Rupture 3/5

Publié le par Felli Bernard

Mikhail Khazine : 2016, année de la Grande Rupture 3/5


Par Mikhail Khazine − 18 juin 2015

khazine

Je rappelle que dans la crise qui a précédé la Grande Dépression, le système financier américain s’était effondré. Ce sont les mêmes logiques aujourd’hui, mais cette fois à l’échelle mondiale. Voilà un premier problème fondamental. Les premiers à l’avoir compris sont les «financiers» car évidemment ils connaissent l’état RÉEL de leurs bilans. Ce n’est que dans leurs rapports publics et pour la presse économique qu’ils nous disent être tous en bénéfice net. Mais dans leur état réel, ils savent bien qu’ils subissent de lourdes pertes et les «financiers» ont donc essayé d’achever la réforme de Bretton-Woods en 2011, c’est à dire de faire ce qui n’avait pas été fait en 1944. Ils ont décidé d’établir une monnaie mondiale DISTINCTE du dollar et un régulateur, lui aussi DISTINCT du système de la FED américaine, une institution qui aurait été transnationale. La décision avait été prise d’établir une Banque centrale des banques centrales, sur base du FMI. Fondamentalement il s’agit d’une réédition du schéma appliqué en 1913 quand a été établi le système de la Réserve Fédérale à l’échelle des États-Unis. Les «financiers» ont voulu refaire cela, mais à l’échelle mondiale.

Mais il y avait un gros problème. Cela aurait en pratique empêché les États-Unis d’émettre du dollar américain de manière autonome, car ils auraient alors été mis sous la tutelle d’un régulateur monétaire transnational : la Banque centrale des banques centrales.

À ce moment absolument critique, l’administration américaine a organisé l’affaire Strauss-Kahn. C’était au début de l’été 2011. La raison de l’affaire Strauss-Kahn est toute simple. Il fallait expliquer au FMI que les États-Unis ne permettraient pas la réalisation d’un tel projet. Il ne s’agit pas de Strauss-Kahn en tant que personne, c’était seulement un exécutant sacrifié. À ce moment a eu lieu, et c’est absolument capital, la fragmentation de l’élite occidentale et donc mondiale, unifiée depuis 1945 car il est devenu clair qu’il n’y a que DEUX scénarios possibles. Je rappelle : sauver la finance globalisée en détruisant au passage l’économie américaine ou sauver l’économie américaine en démantelant la finance globalisée.

Je ne vais pas entrer ici sur la question de savoir si la réalisation même de ces plans est possible. Est-il possible de sauver l’économie américaine, et que signifie exactement «sauver» ? Idem sur la question de la possibilité de sauver la finance globalisée. Il est important de comprendre qu’il s’agit des deux grandes factions de l’élite occidentale et qu’elles ne peuvent pas se mettre d’accord, comme avec l’URSS et les États-Unis vers la fin de la Guerre froide. Un seul restera et éliminera l’autre.

Et ce que nous voyons aujourd’hui, c’est une opposition frontale entre ces deux factions qui, à son tour, induit des fractionnements à travers toutes les classes dirigeantes de la planète. Si la faction qui veut le sauvetage de l’économie américaine aux frais de la finance, qu’on pourrait surnommer les «isolationnistes», gagne les élections américaines de novembre 2016, les États-Unis devront alors faire leur retraite de toutes les régions du monde et ne plus consacrer leurs ressources à leur contrôle. Rappelez-vous de ce qui se disait en URSS avant la chute : «On en a assez d’entretenir les parasites de la périphérie.» C’est la même logique qui est à l’œuvre aujourd’hui aux États-Unis. Que doivent-ils faire pour leur retrait ? Permettre la création de grands pôles de puissance régionaux et/ou continentaux avec qui ils négocieront leur retrait et qui seront responsables de leurs zones d’influence. Et nous voyons que le Secrétaire d’État John Kerry est très favorable à la Chine, et est aimable même avec l’Iran. Ce sont certains des pôles de puissance à venir.

L’autre faction majeure de l’élite occidentale, avec à sa tête le prédécesseur de Kerry, Hillary Clinton, est plutôt favorable à l’Arabie saoudite et à Israël, ennemis de l’Iran. Qu’est-ce qui différencie l’Iran de l’Arabie saoudite ? On penserait que leurs fondamentaux sont proches. Eh bien, l’Iran a été sous sanction pendant 35 ans mais il a procédé à une accumulation de puissance et a une économie autosuffisante. C’est un pays qui peut exister indépendamment des États-Unis. Israël et l’Arabie saoudite, sans soutien américain permanent, ne survivront pas longtemps. Ils ont besoin d’argent, de technologies, de soutien politique ou alors tous seuls, ils s’effondreront. Ce sont de grandes différences. En ce qui concerne la Chine, une partie de l’élite occidentale considère qu’il faut lui donner sa zone d’influence et ne pas l’ennuyer. L’autre partie considère qu’il faut l’affaiblir au maximum car elle est devenue bien trop puissante. Nous voyons qu’aux États-Unis se renforce considérablement la faction qui essaye de rompre le cordon ombilical qui lie économiquement la Chine et les États-Unis.

Dans les années 1980, pour stimuler la «révolution» des technologies de l’information, on n’a pas seulement prêté massivement aux gens. On leur a aussi donné des biens de consommation bon marché. De manière simplifiée : au lieu qu’un Américain achète des jeans made in USA à $100, on lui a vendu des jeans chinois à $20. Les $80 ainsi gagnés sont allés au remboursement des emprunts avec lesquels ils s’étaient acheté les gadgets des technologies de l’information. En conséquence, si les USA venaient à casser aujourd’hui leurs liens avec la Chine, ils seraient obligés de produire de nouveau eux-même des quantité de biens courants, et alors les gens n’auraient plus d’argent pour acheter les gadgets technologiques.

Que faire ? Il faut remplacer la production chinoise bon marché par de la production bon marché venant d’ailleurs en Asie. C’est l’origine du Marché Trans-Pacifique (TPP) excluant la Chine que les Américains essaient d’imposer. Parallèlement, il ne faut pas permettre à la Chine d’être autosuffisante. Aujourd’hui la Chine n’est pas autosuffisante, car si elle ne vend pas aux États-Unis, elle s’effondrera rapidement. La crise actuelle en Chine est due au fait qu’elle vend beaucoup aux États-Unis, or cette demande chute constamment. Donc il ne faut pas permettre à la Chine d’atteindre de nouveaux marchés. Le seul marché majeur non encore partagé du point de vue des États-Unis et de la Chine, c’est l’Europe. La Chine, elle, avance vers l’Europe par son projet de Nouvelle Route de la Soie. Que font les États-Unis ? Ils amènent le chaos et des cataclysmes sur le chemin de la Nouvelle Route de la Soie.

La crise et la guerre en Ukraine s’inscrit dans ce cadre. Après, le Turkménistan et les autres pays d’Asie centrale pourraient suivre. Dans ces pays sont apparues des organisations ayant prêté allégeance à État Islamique. D’un autre côté, les États-Unis comprennent qu’une partie des industries délocalisées devra tout de même être rapatriée de Chine. Pour qu’il soit possible de vendre aux gens moins cher, il est indispensable d’avoir des marchés supplémentaires.

Quel serait dans le cas des États-Unis le marché optimal ? C’est l’Europe, d’où la poussée des États-Unis avec le Grand Marché Transatlantique. Beaucoup en Europe y sont opposés. Nous voyons que dans l’Union européenne, une partie de ses classes dirigeantes s’y oppose. Elles sont mêmes prêtes, si nécessaire, à lancer la désintégration de l’Union européenne. La Grande-Bretagne, par exemple, pose un véritable ultimatum, qui dit : si l’Accord du Grand Marché Transatlantique passe, alors le Royaume-Uni sort de l’UE [‘Brexit’ en juin 2016, NdT].

La réponse américaine n’a pas tardé. Dès que David Cameron a lancé le débat sur le Brexit, la presse-système a immédiatement révélé qu’il serait drogué et amateur de pratiques sexuelles déviantes, mais tout le monde comprend que Cameron n’agit pas de sa propre initiative personnelle. Ceux qui décident réellement des orientations stratégiques sont la Reine et son entourage. Et là, la même presse aux ordres a publié un vieux cliché de la Reine Elizabeth à 4 ans, quand son oncle était Roi, pas son père, mais bien son oncle. Je rappelle qu’en 1936, le partisan d’un rapprochement avec Hitler, Edouard VII, a été écarté de la Couronne d’Angleterre. Il a abdiqué en faveur de son frère, le père d’Élisabeth II, et voici comment elle est devenue Reine. Elle était d’une branche secondaire de la famille régnante. Donc, la presse a publié une photo de la petite Élisabeth de 4 ans faisant le salut fasciste. Nous voyons donc une violente bataille au niveau des élites.

Revenons plus proche de nous. Je ne sais pas si quelqu’un a remarqué qu’un nombre sans cesse croissant de publications occidentales majeures ont commencé à attaquer violemment Poutine. À la Maison Blanche, ils ont commencé à dire que Poutine est un corrompu. À Londres, ils ont ressorti la vieille affaire du meurtre de Litvinenko en 2006 ; sans doute qu’ici, vous avez même oublié qui est Litvinenko, mais je peux vous raconter les détails de l’affaire. Vous savez sans doute par contre qui est Berezovsky [oligarque vedette des années 1990 proche de Boris Eltsine, mort en exil à Londres, NdT]. Lorsque l’on m’a demandé ce que je pensais au sujet de l’affaire Litvinenko, j’ai répondu avec l’image suivante : lorsque des gens prennent chez eux un chien pouilleux, il ne faut point s’étonner que tous ceux qui sont dans la maison se mettent à se gratter. De deux choses l’une : soit vous (les Anglais) réglez le problème des poux, soit vous ne prenez pas le chien de Berezovsky et ses «casseroles». Quand la Grande-Bretagne a admis Berezovsky sur son territoire, un escroc notoire, un voleur et le commanditaire de meurtres – tout cela est prouvé – elle a alors accepté de fermer les yeux sur toutes les bêtises et autres affaires liées à Berezovksy et à ses amis proches ou lointains. Litvinenko était un homme de Berezovsky, les Anglais ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes.

Revenons-en à Poutine. Pourquoi donc cette violente et systématique campagne médiatique ? Eh bien, contrairement à la situation des années 1990, où la Russie de Eltsine entrait dans le moule de l’ordre occidental, sans conditions, «vos désirs sont des ordres» aurait dit Eltsine à ses patrons occidentaux, la situation a changé dans les années 2000. La première fois, c’était lors du discours de Poutine à la Conférence sur la sécurité de Munich en 2007, la deuxième fois en 2008 quand la Russie a repoussé la Géorgie qui avait attaqué les casques bleus russes. Ce durcissement est allé crescendo et la tension a atteint son paroxysme avec la crise en Ukraine de 2014. À ce moment, la fraction oligarchique occidentale dominante à l’échelle planétaire, qui est la finance transnationale et qui cherche à contrôler directement l’entièreté du globe et de ses ressources, ces forces ont décidé qu’il fallait se débarrasser de Poutine.

En 2012, en Russie, il y a eu les manifestations de la place Bolotnaya, où on a tenté, sans succès, de faire sortir les gens dans la rue. Le niveau de détestation de Poutine par ces élites est très élevé, ensuite sont entrées en jeu les sanctions et autres futilités analogues. Mais une chose très importante est absolument décisive ; c’est que Poutine, jusqu’en 2013, était presque entièrement isolé. La Chine lui a proposé un rapprochement mais en Russie, dans les classes dirigeantes, il y a peu de gens qui savent dialoguer avec la Chine. Nous ne les comprenons pas bien, et nous les craignons d’une certaine façon et ce n’est pas seulement notre cas. Il est possible de travailler avec eux, mais pour cela, une autre conception de la vie est nécessaire.

Dans cette situation, l’élite financière mondiale, les «financiers» ont cru que Poutine ne tiendrait pas longtemps, que sa chute n’était plus qu’une question de temps, vu qu’il ne pouvait pas rester isolé longtemps. Il a été par exemple chassé du G8. Au G20, on a feint de l’ignorer, pas toujours de manière convaincante d’ailleurs. Et ainsi de suite. Et à ce moment, contre toute attente, on s’est aperçu que Poutine avait commencé a établir des passerelles avec les forces qui représentent le courant «isolationniste» [anti-globaliste dans la terminologie russe, NdT]. Nous voyons comment le candidat à la présidence des États-Unis, Trump, dit qu’il est indispensable d’avoir des bonnes relations avec la Russie de Poutine. Nous voyons comment le Premier ministre de la Hongrie, Orban, dit qu’il faut être amis avec Poutine. Nous voyons comment Marine le Pen, candidate majeure à la présidentielle en France, dit qu’il faut être amis avec Poutine [ainsi que Fillon, NdT]. Au niveau des classes dirigeantes occidentales, on comprend que le monde change. Poutine commence à gagner des alliés de premier plan.

Et pour contrer ces évolutions, cette campagne de diabolisation de Poutine a été lancée. Si vous observez qui, parmi des dignitaires de haut rang, s’est rendu en visite chez Poutine après cette campagne médiatique, il y a au le Premier ministre de la Bavière qui est le numéro deux dans le parti CDU de Merkel, le dirigeant de l’Autriche, l’éminence grise de tant d’administrations américaines, Henry Kissinger [et même Sarkozy, NdT]. Nous voyons que l’attaque contre Poutine a été provoquée par l’apparition de cette fraction dissidente des classes dirigeantes occidentales seulement en 2011, il y a à peine 5 ans. Cette faction se renforce très activement. Et si elle réussit à prendre le pouvoir aux États-Unis en novembre de cette année, nous verrons que cette force occidentale derrière les révolutions oranges chez vos voisins en Ukraine, derrière les tentatives de rattacher la Moldavie à la Roumanie, va commencer à reculer très rapidement et perdre son pouvoir.

Il faut comprendre que l’année 2016 est, comme on disait en URSS de l’année 1934, que 2016, c’est l’année de la Grande Rupture. Il est probable que cette année là, le monopole mondial de cette oligarchie occidentale à prétention hégémonique s’est cru autorisé à écraser n’importe quel récalcitrant, par n’importe quel moyen et, en termes de récalcitrant, comprenez-bien que votre république de Transnistrie, c’est le Donbass de 1992. Le mécanisme du soulèvement du Donbass en 2014 est le même que celui qui a eu lieu en 1992 ici en Moldavie. Sous pression extérieure occidentale, un changement de politique a été imposé et il s’est trouvé un groupe de gens qui ont dit non. Il s’est passé la même chose en Crimée et dans le Donbass, à la différence près qu’en Crimée 96% des gens étaient pour. C’est pour cela que tout est allé rapidement alors que dans le Donbass, on parle de 55% clairement pour, beaucoup d’autres étant indécis en 2014. Et aujourd’hui nous voyons qu’à Kharkov, en Ukraine de l’Est, et cela rend Kiev fou de rage, après tout ce qui s’est passé, la fraction de la population voulant quitter l’Ukraine a augmenté à 80% voire 90%. Chez vos voisins d’Odessa, je pense que vous savez mieux que moi l’avis de la population.

Il y avait une époque où rien ne semblait pouvoir stopper l’Occident et sa prétention hégémonique. Personne ne comprenait comment enfin la contrecarrer. Aujourd’hui on comprend, à l’échelle stratégique, que l’Occident a perdu. Il est en train de craquer car, économiquement, le maintien de la finance globalisée et de tout ce qui vient avec, n’est structurellement pas possible. Elle est en crise profonde, elle est condamnée. Est-ce que Trump et les «isolationnistes» gagneront aux États-Unis ? Difficile à dire, je pense que c’est probable. Même tableau pour l’Union européenne. L’Union européenne est aujourd’hui dans la même situation que l’URSS en 1990. Il est clair aujourd’hui que l’Espace Schengen, c’est bientôt fini. Après, sans doute ce sera le tour de l’UE elle-même. Pourquoi ?

Il faut comprendre que l’UE se concevait et s’élargissait dans les conditions de la croissance économique rapide des années 1990. D’où est venue cette croissance rapide ? En s’emparant des marchés que contrôlait auparavant l’URSS. Comme je le disais auparavant, Airbus et Boeing ont augmenté d’une fois et demie leur marché d’un seul coup au détriment de l’URSS, et cela a été observé dans tous les domaines. En digérant cette zone, ils ont obtenu énormément de ressources excédentaires d’un seul coup et ils ont ainsi pu acheter la loyauté de leurs populations et celle des pays absorbés par l’expansion de l’UE. Ils leurs disaient en substance : «Les gars, nous allons vous donner plein d’argent», par le biais de divers programmes d’infrastructures, de la BERD (Banque européenne de reconstruction et du développement) notamment, par la construction de routes, par le crédit à la consommation accessible, etc.

Même si, en réalité, le niveau de vie des populations des anciens pays socialistes s’est effondré, le nombre de sans-abri dans les pays d’Europe de l’Est par rapport à ce qu’il était à l’époque des démocraties populaires a littéralement explosé. Mais, malgré tout, une classe de nouveaux riches est apparue, à fond pour l’occidentalisation dont elle profitait directement. Parallèlement, une propagande de masse s’est déchaînée contre l’ancien «ordre socialiste» et son «oppression» souvent fantasmée. Dans notre cas russe, je vois la différence entre maintenant et avant, et j’en conclus que globalement, en URSS, on vivait mieux qu’aujourd’hui en Russie. Du moins, sous de très nombreux aspects. La vie était plus calme, elle était plus prévisible. On savait que les enfants pourraient accéder aux études supérieures. On pouvait se faire soigner gratuitement à la polyclinique. En Russie, il n’y a plus de politique de santé. Si quelqu’un est vraiment malade, il lui sera presque impossible de se soigner.

Voici l’exemple d’une amie, chez qui on a décelé un cancer. On lui a dit : «Vous devez vous faire opérer. Si c’est dans le courant du mois, vous allez sûrement vous en remettre, par contre si vous tardez, deux, trois mois là ce sera fini.» On l’a donc mise en priorité sur la liste des soins gratuits dans les deux semaines. Peu après, on l’a appelé pour dire : vous savez la situation ici a changé. Nos financements ont été réduits. On a décalé d’un mois la date de votre opération. Prise d’horreur, elle a dit : vous plaisantez, si on ne fait pas l’opération avant, je vais mourir. Les bureaucrates n’ont rien voulu savoir. Nous avons reçu de telles instructions d’en haut, point. Des gens comme vous on en a 200. Les financements couvrent les frais de 50 personnes, donc ce mois-ci, c’est absolument impossible en ce qui vous concerne. Mais venez tout de même chez nous, on trouvera peut-être une solution. Elle est allée au cabinet, une dame anonyme lui a chuchoté discrètement : «Ce sera trois cents mille. Vous mettez sur la table trois cents mille roubles [2000 euros, NdT] et l’opération se fera demain.» Voici, un exemple de notre système de santé actuel.

Pour en revenir à l’UE, son problème principal est que, du fait de son hyper légalisme typiquement libéral, toutes les relations sont codifiées juridiquement et le droit européen qui prime sur le droit national est obligatoire dans toute interaction entre États. En URSS, il n’y avait que quinze républiques et tous les accords étaient passés avec le centre, c’est-à-dire Moscou. C’était bien plus clair. Dans l’UE, avec ses 28 pays, il y a des accords entre chaque paire de pays, portant sur les échanges par exemple, sur des marchés dans différents domaines d’activités. Il y a des accords bien plus complexes entre des groupes de trois, quatre, cinq pays, dans différentes configurations. Il est extrêmement difficile de gérer et de faire fonctionner tout cela. Il y a énormément d’accords allant dans tous les sens et le plus important, c’est qu’il est en pratique impossible de les appliquer car les ressources manquent pour forcer leur application.

On parle d’une Union européenne où, si tu ne remplis pas tes obligations, tu subis tout de suite des pénalités. En URSS, c’était bien plus simple. Les Premiers secrétaires du Parti dans les républiques disaient à Moscou : «Si vous ne remplissez pas vos obligations, nous ne remplirons pas les nôtres, point.» Et l’URSS s’est écroulée. Dans le cas de l’UE, c’est une agonie bien pire qui est en perspective. Le seul moyen d’y échapper, c’est d’éliminer purement et simplement l’appareil bureaucratique monstrueux de l’UE, c’est-à-dire in fine l’UE elle-même. Nous voyons que l’Accord Schengen est partiellement supprimé. Nous sommes dans une situation où l’UE n’a aucune issue en réalité. Ils réfléchissent en réalité déjà à comment divorcer, mais à l’amiable.

D’après ce que je crois comprendre, l’UE sera de facto divisée en deux, entre une «zone blanche» et une «zone noire». La «zone blanche» sera celle des «pays riches» pouvant placer beaucoup d’argent dans la lutte contre la crise, principalement l’Allemagne, la France, etc. Pour eux, les accords s’appliqueront toujours. Les autres serons sommés de mettre des sommes vertigineuse dans ce fonds, faute de quoi ils se verront exclus et sanctionnés. Les accords de l’UE ne s’appliqueront plus à eux, jusqu’à ce qu’ils acceptent de contribuer et, s’ils sont récalcitrants, ils seront exclus définitivement. La construction de l’UE va commencer à se fragmenter petit à petit [comme avec le Brexit en juin 2016, NdT].

Que vont faire les crétins qui sont allés sur le Maidan à Kiev, je ne puis rien dire à ce stade, ce sont leur problème. Je pense que certains commencent à comprendre toute la bêtise de ce qu’ils ont fait. L’ultranationaliste ukrainien Oleg Lyashko a récemment dit : «Pourquoi on attaque Poutine ? Est-ce lui qui vole tout à Kiev en ce moment ?» Qui aurait cru entendre cela d’un ultranationaliste ukrainien il y a peu ? Ce Lyashko est quand même un drôle de type, j’ai pu le voir de près une fois, d’ailleurs. Il m’a vraiment surpris. Il y a deux ou trois ans, il était sur un talk-show télévisé à Moscou. C’était étonnant de voir une personne parlant sans arrêt pendant deux longues heures sans laisser personne en placer une, une logorrhée mémorable.

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Les attentats « djihadistes » : un management de la terreur justifiant la militarisation de l’Europe pour le contrôle de la Russie et l’advenir du TAFTA/TTIP

Publié le par Felli Bernard

Les attentats « djihadistes » : un management de la terreur justifiant la militarisation de l’Europe pour le contrôle de la Russie et l’advenir du TAFTA/TTIP

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Le sens des attentats en Europe

A la suite des «11 septembre français» à répétition, nous découvrions très vite, comment la nomenklatura de la bien-pensance politique et en son sein les apparatchiks de service, instrumentalisaient instantanément ces événements. Nous découvrions, quasi en temps réel, la désignation des coupables, les déclarations de guerre, et surtout la mise en œuvre d’un arsenal de mesures liberticides accompagnant l’état d’urgence décrété dans la foulée et l’Etat policier que ces mesures allaient installer durablement en France, avec tous les abus qui n’ont pas manqué d’être au rendez-vous de cette aberration politique, consciencieusement pratiquée pour notre « bien » et notre «sécurité »!

Tout était clair pour le Pouvoir en place : nous étions en guerre contre la barbarie de fanatiques religieux qui s’en prenaient à « nos idéaux républicains », à « nos valeurs » et à « notre liberté d’expression » !

Après les 7, 8 et 9 janvier 2015, comme pour couronner une année dédiée au «terrorisme», on allait vivre le sommet de ce « management de la terreur » dans les événements en cascades du 13 novembre 2015 à Paris et des jours suivants à Saint Denis, puis le 22 mars 2016 à Bruxelles, le centre névralgique de l’UE et de l’OTAN et maintenant le 14 juillet à Nice, puis le 26 juillet à Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen en Normandie, sans oublier les épisodes terroristes survenus en Allemagne !

A la suite de ces attentats, notre pays a été sévèrement prié de s’abstenir de manifester, ou de s’en tenir qu’à des manifestations « statiques », prié de se terrer dans la peur, prié de fermer sa gueule de frondeur habituel, prié de se soumettre à la loi du silence et prié de ne rien chercher à comprendre ! Valls disait : « Chercher à comprendre c’est déjà excuser ! » Il n’y a donc jamais eu autant de manifestations dans les villes de France, depuis que ce Pouvoir a déclaré «l’état d’urgence », comme il n’y a jamais eu autant de violences policières concomitantes dans une France transformée à l’occasion de cet «état d’urgence » en dictature policière…

Tout est lié. Il y a bien évidemment un lien entre l’agitation sociale des deux pays, (la France et l’Allemagne), qui donnent le ton dans l’Union Européenne, et ce « terrorisme ».

Voilà donc où on en est à la suite de ces attentats plurifactoriels contre la démocratie, loi El Khomri inclue! Le but du « djihadisme » de façade avec son « terrorisme » inhérent, était celui de nous faire peur, de nous dresser, de nous empêcher de protester, de nous maintenir dans le morcellement de la sidération, de nous obliger à rester dociles, de nous parquer dans l’espace de la « croyance » en un Pouvoir « innocent » sacralisé qui sait mieux que nous où est notre véritable bien, de détourner notre attention en pratiquant cette technique de diversion efficace !

Bref, le but était tout à fait « traditionnel » pour le Pouvoir, pas du tout une nouveauté sur le fond, mais une adaptation du terrorisme classique de l’Etat qui utilise désormais la supercherie de cette « nouveauté » d’importation que les praticiens de la terreur inhérente au pouvoir, ont appelé le « djihad », dans le but lui aussi « traditionnel » de nous leurrer, en organisant selon les circonstances du moment, un « management de la terreur » qui serait efficace. Cette « trouvaille » à la mode, venue encore des Etats-Unis, devenait pour l’Etat français, le nouveau moyen de dressage du peuple ajouter aux autres, dans la boîte à outils de la Monarchie républicaine absolue! Le pacte «sécuritaire» allait supplanter le « pacte de stabilité » et le budget à la défense allait faire un bond considérable en avant, au service de l’OTAN qui nous « protège » en veillant scrupuleusement sur « nos intérêts », comme chacun le sait et au détriment du « pacte de stabilité »!

Le dimanche 11 janvier 2015, au moment de la marche solidaire dans Paris, s’est forcément produite une récupération politique de la tragédie que nous venons d’évoquer. Ces événements «terroristes» étaient déjà en eux-mêmes l’objet d’une manipulation, qui n’a pas manqué de faire entendre aux citoyens que leur « embryon de démocratie » était en danger, que la liberté de pensée et la liberté d’expression, liberté de la presse, et notre liberté tout court, étaient menacées dans leur ensemble! Et en effet, aujourd’hui nous sommes dans un « état d’urgence » qui se prolonge à perpétuité avec ses cascades de mesures répressives qui enterrent littéralement toutes nos libertés chèrement acquises. L’Etat s’est ouvertement et enfin simplement révélé comme étant une réelle menace à notre liberté!

Il ne manquera pas, bien entendu, de nous affirmer que grâce à « l’état d’urgence » et donc à la perte de nos libertés, l’Etat policier aura pu «déjouer une multitude d’attentats» qui nous menaçaient directement! A partir du moment où il est évident, pour celui qui pense et qui observe attentivement, que c’est l’Etat lui-même qui manipule les vrais terroristes en les mettant au service de sa cause perverse, il est en effet facile pour lui de dire que ses services de polices ont « déjoué des quantités d’attentats potentiels » ! A la suite de l’attentat du 9 décembre 1893 à l’Assemblée Nationale, la police ayant en 1926 avoué la manipulation du terroriste Auguste Vaillant, celui-ci avait été guillotiné à la suite d’une enquête naturellement sabordée par le Pouvoir! Le commissaire chargé de l’affaire révélait dans son ouvrage que le laboratoire de la Préfecture de Police de Paris avait fourni les explosifs à Auguste Vaillant, manipulé par les agents de l’Etat pour l’exécution de cet acte terroriste, car l’objectif était de limoger les agitateurs et d’avorter l’insurrection des luttes sociales par une série de lois qui suivaient comme conséquence de cet attentat! L’Etat procède exactement de la même manière aujourd’hui…

L’Etat n’est pas « innocent », pas plus aujourd’hui qu’hier, comme l’histoire le révèle ! Il serait bien naïf de penser que nos Institutions seraient devenues, au 21ème siècle, des modèles de vertu ! Ce qui a été tout à fait possible en 1893 l’est encore en 2016…

Pourquoi ces attentats frappent-ils toujours le petit peuple qui n’a aucun pouvoir de décision ? Pourquoi les terroristes n’organisent-ils jamais leurs massacres en visant les donneurs d’ordres, les Pouvoirs, les hommes de l’oligarchie politique désapprouvés par les peuples ? La réponse cohérente est sans ambiguïté : parce que c’est le Pouvoir qui les suggère, les inspire, les encourage, les facilite, voire les organise ; même le Juge Trévidic en personne a confirmer cette réalité dérangeante; parce que le seul but évident de ces attentats est celui de faire peur au peuple ; parce que ces attentats entrent dans le «management de la terreur», ils servent les Pouvoirs qui veillent sur leur hégémonie et leur pérennité menacées. A qui profitent ces crimes ? Aux Pouvoirs et seulement aux

Pouvoirs.

Ce ne sont pas du tout des fondamentalistes salafistes, wahabites, takfiristes ou d’autres factions du radicalisme islamiste qui pourraient mettre en péril la liberté de la presse française ainsi que d’autres valeurs essentielles de la République. Mais, en revanche, c’est plutôt le Pouvoir politique, (celui-là même qui récupère, ces événements bouleversants, pour nous faire « croire » avec insistance que notre liberté d’expression est «réellement» menacée), qui pourrait être un danger pour notre embryon de démocratie. Car ce qu’il nous fait subtilement entendre, c’est qu’il serait le seul à se porter garant de nos libertés en demeurant l’unique rempart pour notre protection, le sacrifice des policiers froidement exécutés à Paris étant un atout majeur dans la trame cachée de son discours implicite.

Le Pouvoir politique, « récupérateur » de l’événement, en a profité pour proclamer à travers cette mobilisation à l’union nationale et internationale, jouant au pupitre des grandes orgues émotionnelles, que sa démocratie à l’occidentale était le seul credo possible du système établi. Son modèle était donc logiquement « l’axe du bien » qui se dressait contre « l’axe du mal ».

Depuis la seconde guerre mondiale et durant la guerre froide, cet « axe du mal » était le «communisme ». Le communisme ayant disparu en même temps que la guerre froide, (bien que le régime politique de la Chine, la plus grande puissance économique actuelle du monde, soit communiste) le « fanatisme du fondamentalisme islamique » devenait le nouvel « axe du mal », nécessaire à l’existence de « l’axe du bien » !

Cette « récupération politique » de la tragédie de Charlie Hebdo, (pour ne pas dire cette mise en scène) du meurtre de Montrouge et de la tuerie de la porte de Vincennes nous détournait clairement du regard lucide que nous devions porter sur les véritables causes de ce qui était appelé « barbarie », par le Pouvoir toujours plus désireux de renforcer ses moyens de contrôle en limitant ainsi les libertés citoyennes sous prétexte de protection et de surveillance nécessaire accrue! Cette stratégie voulait enrayer les possibilités, qui sont réunies, de passer à un nouveau stade de l’histoire de l’hominisation, celui qui pourrait enfin permettre une humanisation participative et émancipatrice de notre société humaine!

La répression s’organise depuis janvier dernier en France et toutes les mesures annoncées vont dans ce sens évident : il ne faut pas entendre de voix discordantes ! Des sites web qui publient des analyses parfaitement honnêtes, rationnelles, sur la situation, seront persécutés et bloqués. L’Etat se prépare à un « terrorisme intellectuel » en faisant mourir la liberté d’expression tout en prétendant qu’il ne fait que la défendre ! Tous les ultra libéraux (le Front National, le PR et le PS), forment une « sainte alliance » qui approuve ces mesures liberticides démultipliées.

Déjà des professeurs d’Universités font l’objet d’intimidations de la part de l’Etat. Des enseignants ont déjà été licenciés pour avoir simplement suggéré qu’il y aurait un lien (ce qui est parfaitement juste) entre l’impérialisme et le terrorisme ! Ce fut le cas de licenciement très concret pour un enseignant qui avait fait le lien direct entre la politique étrangère de la France et le terrorisme, ce qui est pourtant la vérité incontestable !

Les journalistes des chaînes de télévisions officielles redoutent les plateaux en direct et interviennent vigoureusement pour interdire la parole de toute personne qui se permettrait de faire le lien entre politique étrangère de la France et le terrorisme !

L’état d’urgence a été prolongé. Il devait cesser le 26 juillet 2016 et voilà qu’il est soudainement reconduit pour trois mois depuis les événements de Nice. Le droit s’est rétréci. Les bavures policières sont devenues courantes : on les compte par milliers ! Dans cette situation, l’utilisation du « management de la terreur » se fera chaque fois que le Pouvoir sentira le contrôle de la population lui échapper ou lorsque les prochaines élections annonceront sa disqualification… Le choc des attentats a la vertu de détourner l’attention et installe la confusion dans les esprits. Les gens fragiles ne savent plus : Hollande passait du jour au lendemain d’une popularité de 13% à une popularité de 29% après le 13 novembre!

Déjà en 1996, le Gouvernement de l’époque avait considéré les agissements du Groupe de Roubaix comme des « actes criminels de droit commun », dit le Juge Trévidic dans son livre « Terroristes », page 277. Il ajoutait : « Quelque temps plus tard, des connexions entre ce groupe et celui de Fateh Kamel, à la fois proche du GIA algérien et d’Al Qaïda, furent mises en lumière. Il s’agit d’un bon exemple de dossier dans lequel le pouvoir politique est venu mettre son nez et a sensiblement compliqué le fonctionnement de la Justice », (idem. p.277) pour ne pas dire falsifier carrément le dossier et détourner à son profit des événements qui faisaient partie d’un management de la terreur ayant pour but de le conforter dans son pouvoir plus que fragilisé par des politiques inefficaces et des promesses fallacieuses.

Le juge anti terroriste, Marc Trévidic, a démissionné de son poste en déclarant dans les medias son écoeurement pour « une justice se moquant éperdument de la vérité » ! Que ce soit les medias dans leur ensemble ou les experts en criminologie, tous, sans exception, ont été pleinement satisfaits de savoir ces terroristes abattus, même si, très vraisemblablement, les véritables assassins courent encore tranquillement parmi nous et se préparent à refaire le même genre d’opération, en utilisant les réserves de terroristes qui seront sacrifiés ensuite, dès que le Pouvoir aura besoin de leurs services pour recréer la sidération des citoyens pétrifiés devant la toute puissance de la répression policière. L’affaire Charlie Hebdo, Montrouge et Porte de Vincennes est en effet arrivée après l’affaire Mérah, (malgré l’avalanche des lois répressives qui surviennent après chaque attentat), comme cela était logiquement prévisible! L’affaire du massacre du Bataclan et toute la suite est encore arrivée, comme cela était logiquement prévisible ! Il est donc tout naturel de penser que ce type d’événements se reproduira encore au moment opportun pour le Pouvoir; car on peut remarquer la permanence de l’opportunisme dans ces événements « terroristes »… Il s’agit bien d’un «management de la terreur » !

Pourquoi le Pouvoir devrait-il créer et recréer régulièrement ce choc chez les citoyens? Pour légitimer une régression spectaculaire des libertés. Et, en effet, nous avons eu le droit à de nouvelles mesures à travers la Loi « Terrorisme » qui a été adoptée après Charlie! Je renvoie le lecteur au texte et aux aménagements de textes qui ont été globalement adoptés par le Parlement, en se reportant directement au site.

Il faut «croire» et «consentir»: voilà l’injonction qui nous est faite à tous. Nous sommes «normaux », si nous « croyons » ! Nous sommes « anormaux », si nous affichons notre «incroyance », si nous osons douter de la Foi inconditionnelle qu’il faut avoir dans le Pouvoir. C’est la résurrection de l’Inquisition : l’État et les Lois Valls anti terroristes, tout comme le Patriot Act aux États-unis, font rigoureusement la même chose que ce que faisait autrefois l’Inquisition. Cette nouvelle inquisition dispose exactement des mêmes moyens qu’autrefois: la Loi qui condamne les intentions, le comportement jugé arbitrairement déviant, hérétique, libertaire, incroyant, « non conventionnel » ; la police qui a carte blanche pour surveiller, accuser et arrêter les personnes ; la justice qui incarcère à tour de bras et le droit particulier anti-terroriste qui autorise à martyriser «abusivement » l’individu comme cela a été le cas en France pour Julien Coupat aux mains du juge Bruguer, comme cela est tous les jours le cas pour les nombreux détenus de Guantanamo et d’ailleurs…

La militarisation de l’Europe

Tout cela entre dans une stratégie globale destinée à provoquer la militarisation de l’Europe. Les Etats-Unis pouvaient envisager ce qu’ils ont planifié à condition d’avoir le contrôle sur l’Europe. Ils ont le contrôle sur l’Europe par l’OTAN. Il était donc nécessaire de renforcer la présence et les moyens de l’OTAN comme le nombre des pays placés sous le commandement unifié de l’OTAN !

Les USA veulent neutraliser la Chine et la Russie à l’Est. L’OTAN contrôle désormais tout l’Est de l’Europe. Le financement des Talibans était lié au gazoduc transafghan. En Tchétchénie et en Ukraine aujourd’hui, les USA ont pratiqué la cooptation de militants Tchétchènes…

Les lieux en guerres civiles, les pays les plus troublés de la planète, sont aussi les régions du monde où se trouvent les énergies fossiles et où se trouvent les plus nombreuses bases militaires US. Les régions où le « terrorisme » s’est développé le plus, sont aussi les régions qui sont stratégiques pour le contrôle de l’énergie. Ces régions sont militairement, économiquement et politiquement sous la domination des USA. Aujourd’hui, les Etats-Unis à travers l’OTAN et avec le soutien inconditionnel de l’UE, ont financé, armé et porté au pouvoir à Kiev, des gens peu recommandables mais qui ont l’avantage d’autoriser les multinationales américaines à s’installer en Ukraine et à ceinturer la Russie en agitant le chantage de sanctions basées sur des accusations arbitraires et sur l’idéologie du PNAC pour la domination incontestée de l’impérialisme des Etats-Unis déclarés «Axe du bien» et seuls garants de la sécurité en Europe. Le 11 septembre américain n’était plus suffisant pour légitimer le plan PNAC mis en application à partir de l’Irak. Il fallait un nouveau « 11 septembre », cette fois-ci français, pour relancer la « légitimité » en envoyant ainsi nos plus grands bâtiments de la flotte de guerre dans la mer Noire et au large de la Syrie dont la chute est déterminante pour l’aboutissement de ce projet pour le nouveau siècle américain (PNAC).

Pour justifier un Ordre Mondial, il était indispensable de créer d’abord un Désordre Mondial. Pour cela il fallait organiser et promotionner le terrorisme islamiste dans tous les pays musulmans, ceinturant le noyau dur de la Russie et de la Chine, en résonnance  avec la théorie du « choc des civilisations », et de même ressusciter et promotionner le néo nazisme en Ukraine, afin de créer le désordre en Europe sur la frontière du colosse Eurasiatique… La crise de l’ex Yougoslavie avait été un premier essai pour tester les effets de la déstabilisation de l’Europe, grâce à la même méthode d’un djihadisme importé artificiellement dans les pays ciblés, comme nous le savons tous désormais…

Pour bon nombre de pays de l’Union Européenne, trop indociles aux poncifs ultra libéraux et néo conservateurs du «Califat américano-israélien», ce sera le TAFTA ou TTIP et autres «accords» unilatéraux dignes de la dictature, qui seront destinés à enlever toute souveraineté aux Nations européennes en les soumettant à sa loi de Nouvel Ordre Mondial. Cette programmation meurtrière de l’Europe sera-t-elle mise en échec elle aussi ?

Il n’y a donc pas de guerre contre le terrorisme. Cette guerre se fait par procuration, par « proxys » dit Gearóid ó Colmáin sur Méta TV International le 18/11/2015. Un « proxy » est un outil informatique qui sert d’intermédiaire. Cette guerre utilise donc les terroristes comme un proxy (de simples intermédiaires) afin de lutter sur le terrain contre les Etats Nations qui résistent, pour de multiples raisons, au projet PNAC américano israélien.

Nous avons actuellement à faire à une forme « d’engineering migratoire coercitif » qui va aggraver la situation en Europe. Tout cela prépare le terrain d’une guerre civile inévitable et voulue et donc la militarisation de toute l’Union Européenne.

Des troubles sociaux vont éclater entre les travailleurs montés les uns contre les autres. Les profiteurs d’en haut, les vrais Pouvoirs, tireront leur épingle du jeu ainsi que toutes les entreprises à leur service, comme l’industrie de l’armement, les renseignements, le contrôle, les medias de masse, la finance… La liberté annoncée par Internet sera réduite à néant, en théorie. Mais cette idéologie est dans l’aléatoire complet. Pour ma part, je ne crois absolument pas que le terrorisme frappant la France, aurait comme cible les «valeurs de la République », notre « manière de vivre » « d’être », de « penser » la vie ! En revanche, je crois que l’Etat veut installer un contrôle sur les citoyens qui sont des ennemis a priori, menaçant le système ultra libéral tel qu’il a été volontairement installé chez nous et qui est l’unique cause de la crise faisant des millions de chômeurs et de «laissés pour compte». Le Pouvoir et ses élites oligarchiques veulent bâillonner le peuple en pratiquant les « perquisitions administratives » dans une dérive totale de dictature au nom de « l’état d’urgence » et la militarisation progressive de l’espace européen. Toute contestation du Pouvoir est jugée «terroriste» en ce moment et les manifestations dans la rue sont, en principe, interdites : tous les militants sont sous haute surveillance. On est à nouveau dans l’ambiance politique de Vichy et la mort annoncée de la Constitution.

Mais cette volonté actuelle du Pouvoir reste théorique, car nous constatons que plusieurs manifestations importantes ont déjà eu lieu, mobilisant les jeunes, notamment, dans la rue. Aujourd’hui le mouvement citoyen « Nuit Debout » s’affirme durablement non seulement sur la Place emblématique de la République à Paris mais aussi dans les grandes villes de France. Hollande a reculé sur tous les plans depuis le discours devant le Congrès à la suite des attentats de novembre à Paris et la France entière refuse de se faire bâillonner : elle proteste et se mobilise en annonçant déjà qu’elle n’en restera pas là…

En Europe, c’est surtout la déstabilisation de l’Allemagne qui est visée à travers le flux énorme migratoire organisé par les USA et la Turquie. Le but c’est d’empêcher à tout prix un rapprochement entre l’Allemagne et la Russie. Cette association et bonne entente entre ces deux pays sont jugées incompatibles avec le projet du Nouvel Ordre Mondial. L’Allemagne a été intentionnellement débordée par l’arrivée massive de réfugiés et aujourd’hui la France a « fermé ses frontières » !

L’Europe de Schengen est mise à mal et les Anglais ont voté massivement pour la sortie de l’Union Européenne: l’objectif ne serait-il pas la dislocation de l’Union Européenne en même temps que la pression placée sur la France pour qu’elle aide à la précipitation de la chute de Bachar El Assad ?

Pourquoi les réfugiés sont-ils poussés en masse vers l’Allemagne ? Ce qui est évident, c’est qu’il n’y a aucune politique européenne contrôlant cette immigration massive destinée à couper l’Europe de la Russie. De toute évidence, on suggère aux peuples européens d’avoir peur ! Tous les Gouvernements faisant partie de l’OTAN mentent : ils ne pratiquent pas un combat contre le terrorisme mais ils pratiquent, dit un expert Allemand sur le terrorisme, Christoph Hörstel, interrogé sur RT Deutsch : « un management de la terreur ». Il poursuit son commentaire en disant que les pays européens sont à la veille d’une nouvelle crise financière d’envergure, que les Gouvernements ont d’énormes problèmes de politique intérieure qui pourraient pousser les peuples à des révolutions radicales. Les oligarchies politiques sont menacées par la situation de crise majeure dans laquelle elles nous ont acculés. Un attentat ou une menace de guerre mobilise toute l’attention des peuples, surtout lorsqu’ils sont directement touchés comme cela a été le cas à Paris et à Bruxelles et maintenant à Nice. La stratégie a été exactement la même avec le WTC. La crise des «Subprimes» n’allait pas tarder après ces événements du 11 septembre 2001. Le Gouvernement Merkel a demandé aux Allemands de faire des réserves de nourriture, d’eau et d’argent liquide pour résister 10 jours, prévenant ainsi la menace d’une attaque russe sur l’Europe de l’Ouest ! (Cf., http://www.faz.net/…/f-a-s-exklusiv-so-will-die-bundesregie…)

Le bouc émissaire

Avec le « djihad », le bouc émissaire, l’ennemi extérieur était tout trouvé. Les amertumes et les mécontentements étaient dirigés sur les fauteurs de troubles, et c’était l’occasion rêver pour éliminer toutes les libertés et ainsi contrôler le peuple de manière radicale avec son consentement que la propagande se dépêchait de diffuser sur les ondes annonçant, en ce qui nous concerne, que « 92% des Français acceptaient » béatement toutes les mesures liberticides actuelles et les perquisitions administratives musclées en cascades, bref, la dictature de Vichy avec une police aux ordres de cette oligarchie politique, sous le noble prétexte de la « sécurité » des Français ! « Qui veut tuer son chien l’accuse de la rage ! »

Le Pouvoir ne peut pas laisser des gens vouloir s’attaquer à la mafia financière gérée par la Banque Centrale Européenne… C’est pour ces raisons que les oligarchies politiques ont besoin du « terrorisme » et du « management de la terreur ».

Qu’est-ce que le 11 septembre a permis objectivement ? – L’invasion illégale de l’Irak – Une fabrication mensongère de la justification illégale (les armes de destruction massive) – Les assassinats extrajudiciaires – La torture légale (Guantanamo et autres centres) – Le kidnapping organisé – La détention illimitée des soi-disant « terroristes » – La surveillance de masse – La normalisation du profilage racial – La criminalisation de la dissidence – les « Kill-List » et exécutions arbitraires par drones…

Quand on entend des Wauquiez ou des Sarkozy demander des « camps d’internement pour les gens radicalisés », ce que disait également à sa manière, la journaliste Nathalie Saint-Cricq sur France 2, brillant par son exceptionnelle intolérance, on sait déjà que voter une telle loi serait impossible puisque tout à fait anticonstitutionnelle ! En second lieu, qui et comment pourrait-on décider que quelqu’un est « radicalisé » ? Qui va juger le degré de radicalisation d’une personne ? « Qui va dire qu’un individu sur une sorte d’échelle de Richter est à 4, 5, 6 voire 7 ou plus de la radicalisation », demandait le Juge Trévidic sur un plateau de TV ?

Il y a des milices de volontaires, à l’instar de ce qui s’est passé dans la France de Vichy, qui comme Nathalie Saint-Cricq, sont tout à fait disposés à restaurer l’Inquisition en imposant par la loi ce que les citoyens sont autorisés à penser… Mr Trévidic ajoutait que des idées pareilles exprimées par un SARKOZY comme par WAUQUIEZ, « sont des tests d’irresponsabilité absolue et d’un saugrenu consternant » ! Si les Français en grand nombre approuvaient de telles aberrations il y aurait alors vraiment de quoi désespérer de la France. Tout cela signifierait vouloir préparer sciemment la guerre civile en France… Le syndicat de la Magistrature a déclaré que « la France a tout à perdre à cette suspension, même temporaire, de l’Etat de Droit ». Lutter contre le terrorisme, c’est d’abord protéger nos libertés sans céder à la spirale guerrière qui, on le sait, n’a jamais rien résolu dans ce genre de situation, mais c’est pourtant la « déclaration de guerre » que nos « gouvernants » ont choisi de faire, puisqu’il ne s’agit pas de lutter contre le terrorisme mais d’utiliser le « djihad » come bouc émissaire.

La bataille qui vient de faire des centaines de blessés et de morts à Paris et à Bruxelles, puis à Nice, puis à Saint-Etienne-du-Rouvray, puis en Allemagne, fait partie d’une guerre qui va continuer jusqu’au moment où elle se sera transformée en guerre civile, les Français musulmans et toute la communauté musulmane qui vit en Europe étant la cible qui viendra peu à peu focaliser les ressentiments des masses, comme les Juifs furent la cible peu à peu visée par le parti nazi d’Hitler élu « démocratiquement » par le peuple Allemand !

Depuis les attentats du 13 novembre 2015, le CFCM a recensé 25 actes islamophobes extrêmement violents sur le territoire national. Des lieux de culte ont été vandalisés ; un homme a tiré au fusil de chasse sur un musulman à Cambrai. Sept musulmans ont été directement agressés…etc. Il est évident que toutes ces actions répétées partout en

Europe, comme celle même plus anodine de la nuit du 1er au 2 août 2016 à Venise, ont pour effet direct de semer le soupçon d’une partie de la population européenne sur les musulmans et de la pousser aux mécanismes de rejet, voire de violence : la guerre civile dans l’Union Européenne, justifiant à son tour la militarisation de l’Union Européenne c’est-à-dire le cautionnement de l’OTAN et un renforcement de ses moyens… Déjà, actuellement nos militaires s’entraînent au scénario de la guerre civile dans le cadre des cités de chez nous! En effet, à qui profitent ces actions violentes sur notre territoire? Aux intérêts américains qui sont essentiellement garantis par l’OTAN ? Face à la vague de contestation actuelle de l’OTAN par plusieurs pays de l’UE, notamment des pays de l’ex- URSS, les Etats-Unis devaient organiser le chaos qui rende nécessaire leur présence et leur « protection » renforcée!

La toute première impression ressentie en notre for interne, c’est que quelqu’un veut impérativement provoquer la guerre civile en France et dans toute l’Europe, se traduisant par une chasse aux sorcières du bouc émissaire musulman partout où il se trouve, comme Vichy faisait la chasse aux Juifs pour plaire aux Nazis ! Après l’affaire du «burkini », on trouvait «comme par hasard» trois femmes voilées terroristes ayant comploté dans la préparation d’une voiture piégée, remplie de bombonnes de gaz, mais non encore reliées à un système de mise à feu, à côté de la cathédrale Notre Dame à Paris! Là aussi « l’invraisemblable » est spectaculaire, mais nous ne sommes plus à une invraisemblance près ! Combien de Français seront tombés dans le piège de la manipulation par cette désignation sournoise d’un bouc émissaire découvert à point nommé?!

Qu’est-ce que les lois liberticides peuvent changer concernant le terrorisme ? Quelle est donc la crédibilité que l’on peut accorder au « dispositif d’état d’urgence » et du plan «sentinelle »? Qu’apportent avec elles toutes ces mesures extraordinaires qui ne changent absolument rien à l’efficacité du terrorisme à part de nous conduire tambour battant vers une militarisation de toute l’Europe ? A quoi sert-il d’aller massacrer des centaines d’innocents en Syrie par des bombardements insensés sur les populations qui sont déjà les victimes de ces sauvageries rendues possibles et entretenues par l’Occident et ses alliés des pétromonarchies? Qui retire le plus d’avantages de tout cela ? Je ne vois qu’un seul bénéficiaire : les USA qui préparent un nouveau plan « Marshal » en Europe appelé TAFTA/TTIP et L’OTAN qui peut espérer voir l’augmentation substantielle de ses budgets et le complexe militaro-industriel Yankee celui de ses bénéfices !

Le « terrorisme » utilisant le « djihadisme », avait pour but de provoquer peu à peu les réformes liberticides des peuples bien trop émancipés pour le projet prédateur des USA en Europe. Il avait aussi pour but de rendre « légitime » la militarisation progressive et accélérée de l’Europe. Il avait pour but de provoquer une peur de la déflagration de l’Union Européenne dans une troisième guerre mondiale. Le projet américain du TAFTA/TTIP a pour but de verrouiller les magistratures nationales ainsi que les autorités civiles, militaires et policières des pays de l’UE. C’est ce projet qui nécessitait l’organisation d’un « management de la terreur » !

Les USA voient le grand marché européen « libéralisé », venir soutenir avantageusement leur système monétaire sur le point de rendre l’âme avec la faillite économique qui menace l’empire capitaliste depuis que la dette de l’Amérique du nord a depuis longtemps dépassé les mille milliards de dollars! Notre ennemi n’est pas le « djihad », ni les djihadistes, mais le plan PNAC au service de l’idéologie ultra libérale, le système monétaire mondialisé qui ne veut pas être débouté par les BRICS ni recadré dans une position qui le remettrait à sa place réformée à l’occasion, au service de l’économie réelle. Notre ennemi c’est l’Empire monétaire des banques et de la haute finance dont le credo incantatoire répète rituellement la « domination du monde » et la soumission des peuples ! C’est la raison pour laquelle il lui faut la guerre coûte que coûte… et notre anéantissement !

Jean-Yves Jézéquel

 


 
 
 
Articles Par : Jean-Yves Jézéquel

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La campagne de l’Otan contre la liberté d’expression

Publié le par Felli Bernard

La campagne de l’Otan contre la liberté d’expression

Ceci est une longue histoire qui s’étend sur quinze ans. L’Otan a d’abord tenté de réduire au silence les citoyens qui cherchaient à connaître la vérité sur les attentats du 11-Septembre. Puis, elle s’en est prise à ceux qui contestaient la version officielle des « printemps arabes » et de la guerre contre la Syrie. De fil en aiguille, elle a attaqué ceux qui dénonçaient le coup d’État en Ukraine. Désormais l’Otan fait accuser par une pseudo-ONG ceux qui ont fait campagne pour Donald Trump d’être des agents russes.

| Damas (Syrie)
 
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Logo du Centre de communication stratégique de l’Otan

Les attentats du 11 septembre 2001 ont été suivis à la fois d’un état d’urgence permanent et d’une série de guerres. Comme je l’écrivais à l’époque, la théorie selon laquelle ils auraient été commandités par des jihadistes depuis une grotte afghane ne résiste pas à l’analyse. Tout laisse à penser qu’ils ont au contraire été organisés par une faction du complexe militaro-industriel.

Si cette analyse est exacte, la suite des événements ne pouvait que conduire à une répression aux États-Unis et dans les États alliés.

Quinze ans plus tard, la blessure que j’ai ouverte ne s’est toujours pas refermée, bien au contraire du fait des événements qui ont suivi. Au Patriot Act et aux guerres du pétrole viennent de s’ajouter les « printemps arabes ». Non seulement la majorité de la population états-unienne ne croit plus ce que dit son gouvernement depuis le 11/9 mais, en votant pour Donald Trump, elle vient d’exprimer son rejet du Système post 11-Septembre.

Il se trouve que j’ai ouvert mondialement le débat sur le 11/9, que j’ai appartenu au dernier gouvernement de Jamahiriya arabe libyenne et que je relate sur place la guerre contre la Syrie. Au départ, l’administration US a cru pouvoir stopper l’incendie en m’accusant d’écrire n’importe quoi pour faire de l’argent et en me touchant là où selon elle cela fait mal, c’est-à-dire au portefeuille. Pourtant mes idées n’ont cessé de se répandre. En octobre 2004, lorsque 100 personnalités US signaient une pétition réclamant la réouverture de l’enquête sur les attentats du 11/9, Washington commençait à prendre peur [1]. En 2005, j’ai réuni à Bruxelles plus de 150 personnalités du monde entier —dont des invités syriens et russes comme l’ancien chef d’état-major des armées de la Fédération, le général Leonid Ivashov— pour dénoncer les néo-conservateurs, montrant que le problème devenait global [2].

Si durant le mandat de Jacques Chirac, l’Élysée s’inquiétait de ma sécurité, l’administration Bush demanda en 2007 au président nouvellement élu Nicolas Sarkozy de m’éliminer physiquement. Lorsque je fus averti par un ami officier à l’état-major de sa réponse positive, je n’avais qu’un seul chemin : l’exil. Mes autres amis —j’étais depuis 13 ans secrétaire national du Parti radical de gauche— me regardèrent incrédules, tandis que la presse m’accusait de sombrer dans la paranoïa. Nul ne vint publiquement à mon secours. Je trouvais refuge en Syrie et sillonnais le monde hors de l’espace Otan, échappant à de nombreuses tentatives d’assassinat ou d’enlèvement. Depuis quinze ans, j’ai ouvert des débats qui se sont généralisés. J’ai toujours été attaqué lorsque j’étais seul, mais lorsque mes idées ont été partagées, ce sont des milliers de gens qui ont été persécutés pour les avoir reprises et développées.

C’est à la même époque que Cass Sunstein (l’époux de l’ambassadrice des États-Unis à l’Onu Samantha Power [3]) rédigea avec Adrian Vermeule pour les universités de Chicago et d’Harvard un mémoire pour lutter contre les « théories de la conspiration » —c’est ainsi qu’ils appellent le mouvement que j’avais initié—. Au nom de la défense de la « Liberté » face à l’extrémisme, les auteurs y définissent un programme pour annihiler cette opposition :
« Nous pouvons facilement imaginer une série de réponses possibles.
 1. Le gouvernement peut interdire les théories de la conspiration.
 2. Le gouvernement pourrait imposer une sorte de taxe, financière ou autre, sur ceux qui diffusent de telles théories.
 3. Le gouvernement pourrait s’engager dans un contre discours pour discréditer les théories du complot.
 4. Le gouvernement pourrait engager des parties privées crédibles à s’engager dans un contre-discours.
 5. Le gouvernement pourrait s’engager dans la communication informelle avec les parties tierces et les encourager » [4].

L’administration Obama hésita à choisir publiquement cette voie. Mais, en avril 2009, elle proposa au sommet de l’Otan à Strasbourg-Kehl de créer un service de « Communication stratégique ». De même renvoya-t-elle Anthony Jones de la Maison-Blanche en 2009 parce que le célèbre avocat s’était exprimé sans ambages sur le sujet [5].

Le projet du service de communication stratégique de l’Otan resta dans les cartons jusqu’à ce que le gouvernement letton ne se manifeste. Il fut finalement installé à Riga sous la direction de Janis Karklinš —par ailleurs responsable à l’Onu du Sommet mondial sur la société de l’information et du Forum sur la gouvernance d’Internet—. Conçu par les Britanniques, il inclut des participations de l’Allemagne, de l’Estonie, de l’Italie, du Luxembourg, de la Pologne et du Royaume-Uni. Au début, il se contenta de multiplier les études.

Tout changea en 2014 lorsque le think tank de la famille Khodorkovsky, l’Institute of Modern Russia (Institut sur la Russie moderne) à New York, publia une analyse des journalistes Peter Pomerantsev et Michael Weiss [6]. Selon leur rapport, la Russie aurait déployé un vaste système de propagande à l’étranger. Cependant, plutôt que de se présenter sous un jour favorable comme pendant la Guerre froide, Moscou aurait décidé d’inonder l’Occident en « théories de la conspiration » de manière à créer la confusion générale. Et les auteurs de préciser que ces « théories » ne portent plus uniquement sur le 11-Septembre, mais aussi sur la couverture de la guerre contre la Syrie.

En cherchant à réactiver l’anti-soviétisme de la Guerre froide, ce rapport marquait un basculement des valeurs. Jusque-là, la classe dirigeante US cherchait uniquement à masquer le crime du 11-Septembre en accusant quelques barbus sans importance. Désormais, il s’agissait d’accuser un État étranger d’être responsable des nouveaux crimes que Washington avait commis en Syrie.

En septembre 2014, le gouvernement britannique créa la 77th Brigade ; une unité chargée de contrer la propagande étrangère. Elle comprend 440 militaires et plus d’un milliers de civils venant du Foreign Office incluant le MI6, de la Coopération et de la Stabilisation Unit. On ignore quelles sont ses cibles. Cette brigade travaille avec la 361st Civil Affairs Brigade de l’armée de Terre états-unienne (basée en Allemagne et en Italie). Ces unités militaires étaient utilisées à perturber les sites internet occidentaux tentant de rétablir la vérité aussi bien sur le 11-Septembre que sur la guerre contre la Syrie.

Début 2015, Anne Applebaum (l’épouse de l’ancien ministre de la Défense polonais Radosław Sikorski) créa au sein du Center for European Policy Analysis (Centre d’analyse de la politique européenne) de Washington une unité dénommée Information Warfare Initiative (Initiative sur la guerre de l’Information) [7]. Il s’agissait originellement de contrer l’information russe en Europe centrale et orientale. Elle confia cette initiative à Peter Pomerantsev (déjà nommé) et à Edward Lucas, un des rédacteurs en chef de The Economist.

Même si Pomerantsev est à la fois le co-rapporteur de l’Institute of Modern Russia et le co-responsable de l’Information Warfare Initiative, il ne fait plus référence au 11-Septembre, et ne considère plus la guerre contre la Syrie comme centrale, mais uniquement comme un thème récurrent permettant de supputer l’action du Kremlin. Il concentre ses flèches sur la chaîne de télévision Russia Today et sur l’agence de presse Sputnik ; deux organes publics russes.

En février 2015, le think tank du Parti socialiste français et contact de la National Endowment for Democracy (NED), la Fondation Jean-Jaurès, publie à son tour une Note, Conspirationnisme, un état des lieux [8]. Elle ignore les développements à propos de la Russie et reprend le débat là où Cass Sunstein l’avait laissé. Elle préconise d’interdire purement et simplement aux « conspirationnistes » de s’exprimer. De son côté, la ministre de l’Éducation organisa des ateliers dans les écoles pour mettre en garde les élèves contre les « conspirationnistes ».

Les 19 et 20 mars 2015, le Conseil européen demandait à la Haute-Représentante Federica Mogherini de préparer un plan de « communication stratégique » pour dénoncer les campagnes de désinformation de la Russie à propos de l’Ukraine. Le Conseil ne mentionnait ni le 11-Septembre, ni la guerre contre la Syrie et changeait de cible pour en venir aux seuls événements en Ukraine.

En avril 2015, Madame Mogherini créa au sein du Service européen pour l’action extérieure (EEAS) une unité de Communication stratégique [9]. Elle est dirigée par un agent du MI6 britannique, Giles Portman. Elle distribue à de très nombreux journalistes européens, deux fois par semaine, des argumentaires censés démontrer la mauvaise foi de Moscou ; des argumentaires qui nourrissent abondamment les médias européens.

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Le 20 août 2015, le Centre de communication stratégique de l’Otan est inauguré à Riga sous la direction de Jānis Sārts et en présence du directeur d’une branche de la National Endowment for Democracy, John McCain (ici en conversation avec la présidente lituanienne Dalia Grybauskaitė).
Photo : Gatis Dieziņš

Dès sa création, le Centre de communication stratégique de l’Otan s’adjoignit un service de l’Atlantic Council, le Digital Forensics Research Lab. Un Manuel de communication stratégique fut rédigé par l’Otan. Il vise à coordonner et remplacer tout le dispositif antérieur en matière de Diplomatie publique, de Relations publiques (Public Affairs), de Relations publiques militaires, d’Opérations sur les systèmes électroniques de communication (Information Operations) et d’Opérations psychologiques.

Inspirée par l’Otan, l’ancienne ministre des Affaires étrangères polonaise devenue députée européenne, Anna Fotyga, fit adopter par le Parlement européen le 23 novembre 2016 une résolution sur « la communication stratégique de l’Union visant à contrer la propagande dirigée contre elle par des tiers » [10]. À nouveau, la cible se déplace : il ne s’agit plus de contrer le discours sur le 11/9 (vieux de 15 ans) ni celui sur la guerre contre la Syrie, mais de créer un amalgame entre le discours de contestation des événements ukrainiens et celui de Daesh. On en revient au départ : ceux qui contestaient le 11/9 visaient selon l’Otan à réhabiliter Al-Qaïda, ceux qui font le jeu de la Russie visent à détruire l’Occident comme Daesh. Et peu importe que l’Otan soutienne Al-Qaïda à Alep-Est.

Lancé par un retentissant article du Washington Post, le 24 novembre 2016 [11], un mystérieux groupe Propaganda or Not ? a établi une liste de 200 sites internet —dont Voltairenet.org— prétendument chargés par le Kremlin de relayer la propagande russe et d’intoxiquer l’opinion publique états-unienne au point de l’avoir poussée à voter Trump.

Bien que Propaganda or Not ? ne publie pas les noms de ses responsables, il indique réunir quatre organisations : Polygraph, The Interpreter, le Center for European Policy Analysis et le Digital Forensic Research Lab.

 Polygraph est un site de Voice of America, la radio et télévision publique états-unienne contrôlée par le Broadcasting Board of Governors.
 

The Interpreter est la revue de l’Institute of Modern Russia, désormais diffusée par Voice of America.

 Le Center for European Policy Analysis est un pseudopode de la National Endowment for

Democracy (NED) dirigé par Zbigniew Brzeziński et Madeleine Albright.
 Enfin le Digital Forensic Research Lab est un programme de l’Atlantic Council.

Dans un document diffusé par Propaganda or Not ?, cette pseudo-ONG issue d’associations financées par l’administration Obama nomme l’ennemi : la Russie. Elle l’accuse d’être à l’origine du mouvement pour la vérité sur le 11/9 et des sites internet de soutien à la Syrie et à la Crimée.

Le Congrès des États-Unis a voté le 2 décembre 2016 une loi interdisant toute coopération militaire entre Washington et Moscou. En quelques années, l’Otan a réactivé le maccarthysme.

Documents joints

 
Complaint "Voltaire Network International" vs "Prop or Not ?"

Plainte déposée devant l’Inspecteur général du département d’Etat. Réseau Voltaire International, 2 décembre 2016.


(PDF - 43.4 ko)
 

[1] « 100 personnalités contestent la version officielle du 11 septembre », Réseau Voltaire, 26 octobre 2004.

[2] « Axis for Peace », Réseau Voltaire.

[3] « La face cachée de l’Administration Obama », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 10 novembre 2015.

[4] « Conspiracy Theories », Cass R. Sunstein & Adrian Vermeule, Harvard Law School, January 15, 2008.

[5] « 11-Septembre : Obama congédie un de ses conseillers », Réseau Voltaire, 8 septembre 2009.

[6] « The Menace of Unreality : How the Kremlin Weaponizes Information, Culture and Money », Peter Pomerantsev & Michael Weiss, The Interpreter/ Institute of Modern Russia, 2014.

[7] Information Warfare Initiative, site officiel.

[8] « L’État contre la République », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 9 mars 2015.

[9] « La propagande de l’UE contre la Russie », Réseau Voltaire, 5 juillet 2016.

[10] « Résolution du Parlement européen sur la communication stratégique de l’Union visant à contrer la propagande dirigée contre elle par des tiers », Réseau Voltaire, 23 novembre 2016.

[11] “Russian Propaganda Effort Helped Spread ’Fake News’ During the Election, Experts Say”, Craig Timberg, The Washington Post, November 24, 2016.

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Les temps changent…

Publié le par Felli Bernard

Les temps changent…


Voici pourquoi la Russie peut espérer de meilleurs moments dans ses relations avec l’Europe


Bhadrakumar

Par M. K. Bhadrakumar – Le 29 novembre 2016 – Source Indian Punchline

La politique européenne est à un point d’inflexion. La marche des événements semble favoriser la Russie, annonçant de bons moments dans un avenir pas trop lointain, pour les liens de la Russie avec l’Europe. Certes, Moscou peut voir avec satisfaction l’issue de la primaire du parti républicain en France de dimanche dernier, qui a vu la nomination de François Fillon comme candidat des conservateurs à l’élection présidentielle de mai.

 

Fillon a un rapport exceptionnellement bon avec le président Vladimir Poutine. Les médias occidentaux le considèrent même comme pro-Poutine. Quand Fillon était premier ministre sous Nicolas Sarkozy de 2007 à 2012, Poutine était son homologue. A part cela, Fillon plaide pour une alliance avec la Russie dans la lutte contre État islamique. Il est aussi enclin à travailler avec le président Bachar al-Assad. Plus important encore, Fillon rejette catégoriquement l’idée que la Russie représente une menace pour l’Europe et il appelle à la levée des sanctions occidentales contre la Russie.

Lors des élections de mai prochain en France, avec les socialistes dans les stands, Fillon sera probablement confronté au second tour avec le chef du Front national d’extrême-droite Marine Le Pen. Alors que Fillon est dans le moule de feu Margaret Thatcher, Le Pen représente la voie de la sécurité anti-immigration et anti-establishment, qui peut être puissante si la tendance populiste, qui balaie l’Europe aujourd’hui, atteint la politique française. Mais, même dans ce cas, Moscou jouit également de bonnes relations avec Le Pen. Elle n’est pas non plus en faveur des sanctions contre la Russie.

Si la France choisit Fillon au moment où Donald Trump s’installe en tant que président américain, les perspectives s’améliorent nettement pour la levée des sanctions occidentales contre la Russie. Cela permettrait un assouplissement global des tensions et la relance des relations bloquées de la Russie avec les pays européens.

De même, les relations germano-américaines entrent dans une période chaotique. Angela Merkel se présente comme le porte-étendard des valeurs démocratiques libérales occidentales. Elle a écrit une lettre extraordinaire à Trump le 9 novembre, au sujet de sa victoire électorale, où elle a noté :

«L’Allemagne et l’Amérique sont unies par des valeurs partagées : la démocratie, la liberté, le respect du droit et de la dignité de chaque individu, sans distinction d’origine, de couleur, de religion, de sexe, d’orientation sexuelle ou d’attitude politique. Sur la base de ces valeurs, je voudrais vous apporter une étroite coopération entre les gouvernements de nos pays.»

Pour la première fois, sans doute, dans les annales des relations germano-américaines d’après-guerre, un chancelier allemand a précisé les termes de son engagement avec un président américain. Merkel est outrée par les remarques scandaleuses de Trump sur sa politique catastrophique et s’attaque aux menaces proférées par ce dernier de réduire l’engagement américain envers l’OTAN, de s’entendre avec la Russie et d’annuler les accords de libre-échange.

Cependant, il reste dix mois jusqu’aux élections en Allemagne et cela fait beaucoup en politique. Pendant ce temps, d’autres tempêtes se préparent aussi dans la politique européenne – en particulier le référendum constitutionnel en Italie début décembre, où l’on pourrait voir une résurgence du syndrome Brexit anti-establishment, entraînant une paralysie politique chez un autre membre important de l’UE et de l’OTAN. En effet, la politique allemande est aussi sensible au phénomène du populisme.

Compte tenu de ces courants croisés et du désordre croissant dans l’UE, tout renforcement supplémentaire des forces de l’OTAN sur les frontières de la Russie semble très improbable. Cela ouvre une chance de voir disparaître un élément majeur de la méfiance stratégique entre les États-Unis et la Russie. De nouveau, Trump place les intérêts nationaux des États-Unis au-dessus de l’exceptionnalisme américain et montre de l’aversion à prêcher des valeurs démocratiques à d’autres pays, ce qui relève aussitôt le niveau de confort des relations russo-américaines, alors que la Russie se prépare à une élection présidentielle cruciale en mars 2018.

Dans l’ensemble, les nouvelles perspectives politiques de la France, ouvertes dimanche dernier, suggèrent que la Russie peut espérer des temps meilleurs dans ses rapports avec l’Occident. Les barricades séparant la Russie de l’Europe qui ont été érigées au cours des deux dernières années de l’administration Obama seront démantelées – progressivement, mais sûrement.

Fondamentalement, ce qui favorise la Russie est la transformation qui se produit dans l’axe germano-américain.

Merkel a joué un rôle central dans la stratégie de Barack Obama envers la Russie. Cet axe s’efface maintenant avec la présidence Trump. Trump symbolise dans la perception allemande «un nouveau mouvement international autoritaire et chauviniste», pour citer le chef du Parti social-démocrate, Sigmar Gabriel, vice-chancelier dans la coalition de Merkel.

Un sondage récent a montré que 86% des Allemands pensent que l’élection de Trump est une mauvaise chose. Un chroniqueur du quotidien allemand Bild a écrit la semaine dernière : «Je ne peux pas imaginer comment Angela Merkel parlera avec Donald Trump […] Elle sait ce qu’il pense des femmes. Elle sait qu’il les attrape par l’entrejambe.»

M.K. Bhadrakumar

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Mikhail Khazine: 2016, année de la Grande Rupture 2/5

Publié le par Felli Bernard

Mikhail Khazine: 2016, année de la Grande Rupture 2/5


Par Mikhail Khazine − 18 juin 2015

khazine

Au début du XXe siècle, donc, a eu lieu la première crise majeure dite de «chute de l’efficacité marginale du capital» due aux limites de l’élargissement du marché dans les conditions d’alors. La crise s’est déroulée en deux temps, d’abord 1907-1908. Peu nombreux sont ceux qui connaissent cette crise parmi le grand public, même si la littérature spécialisée en parle. L’écrivain Jack London par exemple ainsi que d’autres l’évoquent et la décrivent.

 

En revanche, on connaît mieux ses conséquences. En 1913, a été établie une organisation radicalement nouvelle tant du point de vue de son fonctionnement que de sa finalité. Elle s’est appelée Système de la Réserve fédérale des États-Unis d’Amérique [FED ou Federal Reserve, NdT]. Elle a commencé à faire à peu près ce que le système bancaire faisait avec les producteurs. Elle s’est mise à refinancer le système bancaire pour prendre sur elle une partie des risques que portait ce dernier car il n’arrivait plus à couvrir seul les risques par le prêt.

On peut reprendre l’explication précédente au sujet de la chaîne de production qui se complexifie par la division du travail. Initialement le profit est de 10. On peut donc leur accorder un prêt. Puis le profit tombe à 7. On peut continuer à leur prêter, même si maintenant certains font défaut et ne remboursent pas. Et quand le profit finit par tomber à 2, il ne sera plus possible de leur faire crédit car la grande majorité des éléments de la chaîne de production ne remboursera pas. Cela a pour conséquence de bloquer complètement le système bancaire. C’est exactement ce qui s’est passé lors de la crise de 1907-1908, une crise de liquidité bancaire.

Et là est apparue la banque centrale américaine, la FED. Elle a annoncé aux banques que c’était désormais elle qui allait émettre la monnaie pour que les banques puissent continuer leur fonction de refinancement et de redistribution du risque. Et puis rapidement, des banques centrales travaillant sur ce modèle sont apparues un peu partout. Mais l’évènement majeur de ce temps a été la Première Guerre mondiale. C’était une guerre menée pour le repartage des marchés. Tous avaient un besoin vital d’élargir coûte que coûte leurs marchés ou de périr.

La Première Guerre mondiale s’est terminée par la défaite de l’Allemagne et de ses alliés des Empires centraux. L’Allemagne a vu saisir ses marchés européens par les vainqueurs. Et l’espace russe s’en est trouvé détaché. Vers les années 1930 sous le nom cette fois d’URSS, il a commencé à bâtir sa propre zone technologique autonome.

Le nombre maximal de zones technologiques ayant existé a un moment donné est cinq. C’était dans les années 1930. Puis le second conflit mondial a éclaté. Une fois de plus, il s’est agi d’une guerre pour le repartage des marchés. Cette guerre a été à l’initiative de l’Allemagne qui avait vu saisir ses marchés à l’issue de la Première Guerre mondiale. L’Allemagne a encore perdu. Et là où nous avions cinq zones technologiques, il n’en est resté que deux.

Les zones allemande et japonaise ont été dépecées par les vainqueurs. Et l’URSS a obtenu dans sa zone d’influence ce qui, en théorie, était le morceau le plus intéressant, la Chine, au moins du point de vue du nombre de consommateurs. Mais nous n’avons pas réussi à bien tirer profit d’une telle situation. Peut-être à cause de l’extrême médiocrité de Nikita Khrouchtchev et de son entourage, surtout à côté d’un Staline. Les restes de la zone technologique allemande ont été dépecés également. Concernant la zone britannique, elle a fusionné avec la zone américaine, mais elle a cédé une partie des territoires de ses colonies à la zone soviétique

Jusqu’en 1960, les zones technologiques tant américaine que soviétique se sont développées très rapidement. Les taux de croissance étaient colossaux. Quand Khrouchtchev, en 1960, promettait l’abondance communiste pour 1980, il était tout à fait sérieux sur la base des taux de croissance des années 1950 si ceux-ci avaient continué à ce rythme jusqu’en 1980. Je me rappelle que le taux de croissance économique en URSS atteignaient 15% par an ! C’est bien plus que la Chine à son maximum récemment. On aurait atteint l’abondance communiste. Mais il n’est malheureusement économiquement pas possible de conserver de tels taux de croissance. Dans les années 1960 une crise a démarré en URSS. L’économie étant une économie planifiée, la crise s’est déployée très lentement.  L’URSS n’est tombée à des taux de croissance nuls qu’au milieu des années 1980.
Avant, le taux de croissance était positif.

En 1971, les États-Unis ont abandonné le standard or. J’abrège considérablement l’exposé, tellement il y a à dire à ce sujet. Mais suite à cela, une violente crise à démarré aux États-Unis. Pendant toutes les années 1970, les États-Unis ont été en déclin économique. À ce moment, de nombreux experts occidentaux envisageaient sérieusement la possibilité d’une défaite stratégique dans la compétition entre les deux systèmes rivaux (soviétique et américain). Ils réfléchissaient sérieusement aux alternatives, une fois la victoire de l’URSS avérée. Mais l’URSS a refusé de gagner. Les classes dirigeantes soviétiques en sont arrivées à la conclusion que mieux valait préserver le statu quo, la détente. Il ne fallait pas forcer la défaite des États-Unis.

Comme résultat, l’URSS a même commencé à aider indirectement les États-Unis, en signant l’accord de limitation des armements stratégiques (SALT I & II). Elle a même signé les Accords d’Helsinki où nous avons reconnu leur conception des «Droits de l’homme». Nous sommes allés sur le marché pétrolier mondial à l’époque des chocs pétroliers. Cela a donné un répit aux États-Unis et ils ont trouvé comment adapter leur modèle économique pour résoudre cette crise, même si cela n’a été que temporaire et l’a repoussé à plus tard.

À partir de 1981, ce nouveau modèle a été lancé et il a pris le nom de Reaganomics.

L’idée principale est la suivante. Comme il n’est pas possible d’étendre la marché où écouler notre production car les marchés sont départagés entre l’URSS et les États-Unis, on comprend qu’il y a une crise dans chaque camp et il faut d’une façon ou d’une autre débloquer la situation. Pour cela, on va stimuler la demande dans la population, mais comment faire ? Comment stimuler la demande ? Il faut donner de l’argent aux gens. Mais on ne peut pas leur donner de l’argent comme ça, pas dans un système capitaliste. On va le leur donner, mais à crédit. Mais si vous donnez aux gens de l’argent à crédit, cela implique qu’il a vocation a être remboursé. La première année, la consommation augmente fortement, la machine tourne. Mais par exemple après trois ans, sur un crédit à trois ans, la demande va immanquablement diminuer car il faut rembourser l’emprunt et les intérêts. Alors face à cela, les architectes des Reaganomics ont changé tout le modèle de crédit, de manière radicale.

Je vais maintenant vous illustrer cela avec une petite histoire pour expliquer de quoi il retourne en pratique. Imaginons, un bon monsieur qui revient à la maison le soir après une journée de travail. Son chez lui peut être un château, une villa, un simple appartement voire un minuscule studio, cela ne change rien sur le principe. Il ouvre donc la porte et sa compagne ou son épouse vient l’accueillir en lui disant la chose suivante : «Mon chéri, il s’est passé une catastrophe.» Pris d’horreur, il demande s’il n’est rien arrivé aux enfants. Non, non elle répond, tout va bien avec les enfants. Maintenant, ici c’est au choix, la très riche dira : un sombre abruti en Zhigouli est rentré dans ma Ferrari ou alors, notre machine à laver vient de tomber en panne. Et le mari de répondre, heureusement rien de grave alors, on va d’abord dîner, et après une bonne nuit de sommeil, je vais commencer à chercher une solution à ce problème.

L’épouse lui dit : non, non, non tu comprends pas. Je vois mes copines demain, tout doit être parfait. Donc va d’abord résoudre le problème et puis après nous allons dîner. Et lui exaspéré lui dit : mais je suis fatigué, je viens de rentrer du bureau, tu le vois bien non. Et de plus, là je n’ai pas d’argent sur moi, les banques ferment dans un quart d’heure. Elle ne veut rien savoir : tu es le chef de famille non ? Alors tu dois trouver une solution. Notre héros, perplexe ressort dans la rue et se demande, mais que faire ? Et là, il voit une affiche : BANQUE. Il se dirige donc vers la banque. On lui demande : en quoi pouvons-nous vous aider ? Dépité, il répond : J’ai absolument besoin d’une machine à laver. L’agent de banque dit : aucun problème ! Nous allons vous accorder un crédit tout de suite. Nous sommes justement partenaires d’un magasin de domotique. Dans dix minutes ils seront chez vous et installeront une nouvelle machine à laver. Aucun problème !

Et ici on pose une question que vous n’entendrez jamais dans aucune banque. Combien seriez-vous capable de payer sans que cela ne déséquilibre votre budget familial ? Imaginons que ce soit par exemple 1000 roubles par an. Excellent !, répond l’agent bancaire. La machine à laver coûte 5000 roubles Nos actionnaires demandent que pour chaque rouble investi dans un client, le retour soit de 20%. Nous vous accordons donc un crédit de 5000 roubles sur six ans. La première année, vous nous rendez 1000 roubles, ce sont les intérêts. Et les années suivantes, 1000 roubles annuellement, le corps du prêt. Vous êtes d’accord ? Il répond : Oui. Il signe le contrat de prêt, et dans les dix minutes le camion livreur avec la nouvelle machine est à sa porte.

La paix dans la famille revient. Et un an après, il revient à la banque avec 1000 roubles. À la banque on lui dit : Dans le monde, il y a un boom du crédit, un boom économique. Nos actionnaires ont donc changé de politique. Ils ne demandent plus désormais 20% de chaque rouble investi par client mais seulement 10%. Nous sommes donc prêts sous les mêmes conditions à vous accorder non plus 1000 roubles par an mais 10 000 roubles. La première année vous nous rembourserez 1000 roubles en intérêts, puis annuellement 1000 roubles par an pendant 10 ans. Avec 5000, nous remboursons le prêt précédent et avec les autres 5000 roubles, nous vous suggérons d’acheter un lave-vaisselle. Tout content, il souscrit à un nouveau prêt de 10 000 roubles.

Il revient encore une fois un an plus tard avec 1000 roubles, les intérêts sur le prêt à 10 000 roubles. À la banque, on le félicite pour sa solvabilité exemplaire. Vous payez toujours et à temps. Pour cela, on vous fait une faveur, le taux va être baissé à 5%. Nous sommes prêts à vous accorder sur le champ un prêt de 20 000 cette fois, toujours sous les mêmes conditions : 1000 roubles par an, 1000 roubles la première année pour couvrir les intérêts puis 1000 roubles par an. Avec 10 000 roubles, vous remboursez le prêt précédent et avec les 10 000 restants, vous faites ce qu’il vous plaît ! Notre héros, comblé, s’écrie: «Excellent !» Il prend un donc un prêt à 20 000.

Une année plus tard, il revient à la banque avec 1000 roubles pour couvrir les intérêts de ce nouveau prêt. On lui annonce qu’il a gagné une loterie interbancaire. Rien que pour vous : un prêt de 40 000 roubles à 2,5%, vous êtes preneur ? Et maintenant, on note la chose suivante : le confort matériel de notre homme ne cesse de monter, il paye toujours la même somme 1000 roubles. C’est une situation qui a l’air idéale n’est-ce pas ?

MAIS, il y a deux problèmes. Le premier est que sa dette ne cesse d’augmenter. Le second est qu’il faut que le taux sur le prêt diminue chaque fois. Maintenant, voici quelques chiffres, tiré des statistiques officielles. Vous comprendrez tout de suite pourquoi la crise a commencé exactement en 2008. Juste un détail, le héros de notre histoire précédente n’achetait pas que de la domotique mais plutôt des gadgets des nouvelles technologies de l’information. La «révolution» des TIC (technologie de l’information et de la communication), c’est un achat massif de nouveaux gadgets. C’est avec ces prêts que sont in fine achetés ces gadgets.

Revenons donc aux chiffres. En 1981, quand cette orgie de crédit à commencé les taux directeurs, c’est à dire le taux auquel l’argent est prêté aux banques se montait à 19% aux États-Unis. En décembre 2008, le taux est tombé à 0%. Et jusqu’à tout récemment, il était à ce niveau. Récemment, ils ont relevé les taux, purement symboliquement. Relever davantage les taux d’intérêt n’est pas possible, vu le niveau de dette. L’endettement moyen d’un ménage américain qui en 1980 ne dépassait pas 60% à 65% du revenu annuel, a atteint 132% du revenu annuel en 2008. C’est sans compter la dette sur le crédit hypothécaire. Nous parlons uniquement de la dette sur la consommation. Nous voyons un doublement de cette dette (65% à 130%).

Je rappelle que tout le sketch de la dette grecque a commencé lorsque la dette a atteint 100% du PIB. Ici elle est de 132%. Elle est légèrement retombée depuis 2008, à 120% mais cela reste sans précédent. Cette dette est remboursée à un taux extrêmement bas. Si on élève ce taux, les ménages américains vont faire faillite massivement, et stopper net toute leur consommation. Aujourd’hui les ménages américains dépensent trois mille milliards de dollars de plus que leurs revenus. Cette différence est couverte par l’augmentation de l’endettement privé, de l’État fédéral et par la diminution de l’épargne. Trois mille milliards de dollars par an, telle est la brèche béante dans la structure de l’économie américaine. Et, enfin, le revenu moyen américain en terme de parité de pouvoir d’achat, c’est-à-dire en termes de revenu et non de ce qui est dépensé, est au niveau de l’année 1958, et ce, AVANT le crash à venir. Après le crash, le niveau de revenu tombera à celui des années 1920.

Lors de la chute de l’URSS dans les années 1990, quand la demande s’est effondrée brutalement, l’économie s’est disloquée. Il s’en est suivi la destruction de l’appareil productif, l’absence d’investissement et le glissement de la population dans la misère. Ce qui s’est passé sur le territoire de l’URSS dans les années 1990 se répète aujourd’hui aux États-Unis et dans l’Union européenne pour des raisons économiques absolument objectives.

Ils ont établi un modèle de stimulation artificielle de l’économie par augmentation constante de la dette et aujourd’hui ce modèle ne fonctionne plus. Voilà la racine de la crise actuelle et de celle qui vient. Par ailleurs, les bilans des banques sont désastreux, elles sont elles-mêmes surendettées. Il ne sert à rien de leur donner plus d’argent, car les gens ne prennent plus de crédit, ne pouvant plus les rembourser. L’économie mondiale est à l’aube d’un effondrement complet. Évidemment, le système a une inertie colossale, la crise se développe lentement. Nous avons esquissé pour la première fois la mécanique de crise en 2001. Quinze ans sont déjà passés et le processus continue de se développer, très lentement, mais il avance et se renforce inexorablement. Voilà, la situation dans laquelle nous nous trouvons.

Et il faudra un nouveau modèle économique, qui pour l’heure n’existe pas, d’où ce que je disais précédemment sur la futilité de la tactique, de dévaluer ou non la monnaie. Ces questions tactiques n’ont pas de réponse tant que vous ne comprenez pas les réalités du monde qui vient. Ici en Transnistrie, vous êtes un petit pays, vous avez une petite économie. Maintenir votre niveau de vie n’est possible que par l’accès aux marchés extérieurs. Une fois de plus, par l’approfondissement de la division du travail avec quelqu’un d’autre. Vous achetez de la matière première chez quelqu’un, vous la transformez puis revendez à un tiers. La question pour vous en Transnistrie est : chez qui vous achetez, à qui vous vendez. Le problème n’est même pas que l’on pourrait vous bloquer l’accès à certains marchés. On essayera de vous bloquer car les marchés solvables se réduisent pour tout le monde. La grande question aujourd’hui c’est à qui vendre ? Car les gens ne sont plus solvables, ils ne peuvent plus s’endetter davantage.

Revenons à notre héros de tout à l’heure. Quand il fait son dernier emprunt supposons qu’il ait trente-cinq ans. Il est endetté pour quarante mille roubles, c’est-à-dire pour les quarante ans à venir. Et si maintenant on lui dit : regarde la nouvelle voiture, là. Achètes-la toi ! Il vous répondra : Là,  je n’ai plus d’argent. Je dois rembourser mes crédits d’avant. Et voilà la situation dans laquelle nous sommes. Je répète encore, c’est la situation objective que je décris là.

À cause du tabou sur la fin du capitalisme de la «science économique» depuis la fin du XIXe siècle, la crise ne peut même pas être décrite car en «sciences économiques», il est interdit de parler de la fin du capitalisme. Or, cette crise est la crise de la fin du capitalisme, justement. L’économie politique, en revanche, reconnait cette fin du capitalisme. Le problème c’est que depuis la chute du socialisme, il ne reste quasiment plus d’écoles d’économie politique dans le monde, même chez nous en Russie. Il y a eu une élimination progressive, même chez nous, de cette école économique. Bien sûr, avec la banqueroute de la «science économique», cette élimination va cesser. Mais pour le moment, l’économie politique poursuit son déclin. Autrement dit, le principal problème aujourd’hui est la stratégie et non la tactique.

Comment pourra fonctionner un nouveau système productif ? C’est la question la plus complexe que nous devrons résoudre pour les temps qui viennent. Elle est d’autant plus complexe que l’immense majorité des économistes ne sont pas capables de poser le problème. J’ai eu de nombreuses discussions à ce sujet. Voici un exemple, le Kazakhstan. À un forum international, un professeur américain émérite faisait un discours. Il explique des choses fort savantes. Et dans la salle se trouve une bonne partie de l’élite kazakhe qui vient écouter ce que les «experts» internationaux ont à dire. Et voilà que se lève un monsieur au visage avec des pommettes prononcées et éprouvé par le vent. Il s’adresse à l’expert américain : Si l’année précédente j’avais mille moutons et que cette année, j’en ai mille deux cents, je suis devenu plus riche ou non ? L’Américain estampillé «expert» interprète tout de manière simpliste, c’est-à-dire à l’américaine. Il lui répond : cela dépend du prix des moutons. Si le prix du mouton est tombé, il se peut que 1200 aujourd’hui valent moins que 1000 hier. En revanche, si les prix ont monté, tout va pour le mieux.

Le monsieur kazakh répond : vous savez 1000 moutons, c’est très peu. En réalité, je suis directeur d’une grande exploitation, j’en ai près de 200 000. Ma logique est la suivante : si cette année j’ai 1200 moutons, je pourrais en vendre 200. Et je reviendrai à l’état initial et j’aurai en plus de l’argent gagné sur les 200 moutons. Donc je vivrai mieux ! L’«expert» américain reste perplexe. On vient de lui montrer qu’il ne comprenait rien à l’économie réelle, celle des gens ordinaires. C’est très illustrateur. La théorie économique moderne prétend répondre à votre place si vous vivez mieux ou moins bien en fonction du prix des moutons (dans l’exemple). Et le grand-père fermier dit que non, cela ne dépend pas du prix des moutons. Si je peux revendre une partie de mon stock, toute chose étant restée égale par ailleurs, j’ai gagné. Si vous êtes en état d’assurer un accroissement réel de votre système productif alors vous gagnez, indépendamment de ce que peut valoir le prix à un moment donné. Aujourd’hui, nous nous trouvons sur un point de rupture, à un tournant de l’économie financiarisée, abstraite, détachée de la réalité. Nous revenons à une économie concrète, réelle comme c’était le cas au XIXe siècle. C’est le moment clé de l’évolution de la vie économique. Il est indispensable de comprendre cela.

Bientôt, à nouveau, seuls les actifs réels auront du sens et seront à prendre en compte car les actifs fictifs perdront de plus en plus de leur «sens».

Maintenant, je vais vous parler un peu de l’aspect politique de tout cela, on rentre dans le vif du sujet. Jusqu’en 1988, il existait sur la planète deux zones technologiques. La zone soviétique et la zone américaine. Chacune avait son modèle distinct. Chacune proposait son offre au citoyen. Avec ses avantages et ses inconvénients. Par exemple, aux États-Unis, il est facile de faire son business et il y a un large choix de produits de consommation. En URSS, il n’existait que deux, peut-être trois types de saucisse en vitrine. En revanche, les soins médicaux et l’enseignement supérieur étaient gratuits ainsi que le logement. Choisissez ce que vous préférez.

Si vous avez beaucoup d’argent, vous préférez probablement le système américain. Si vous en avez peu, vous préférez sans doute le système soviétique. Car il n’y a rien de pire que d’être devant une vitrine où sont exposés 200 types de saucisses que vous ne pouvez pas vous payer. Qu’est-ce qui est mieux ou moins bon ? Quels sont les critères ? Les uns préfèrent le premier système, où tout le monde se doit d’être solidaire. Les autres préfèrent le système où tout le monde est mis en concurrence. Si on est en «libre concurrence», le «renard devient libre dans le poulailler». À l’humble, on dit : oui il a beaucoup d’argent, et tu ne pourras pas en avoir ta part, tant pis pour toi. L’important à retenir, c’est qu’il existait deux modèles.

Après 1988, et surtout 1991, le modèle soviétique s’est effondré. On ne va pas revenir ici sur les raisons de cet effondrement. J’avais déjà dit que dans les années 1970, c’est le modèle occidental qui était à deux doigts de s’effondrer. En réalité, d’un point de vue économique, la question n’est pas de savoir quel modèle est le «meilleur» mais que, pour des raisons objectives d’expansion des systèmes économiques, le monde était devenu trop petit pour deux modèles, il n’y avait plus de place. Ils ne pouvaient plus s’élargir tous les deux. C’était soit l’un, soit l’autre. Je répète, c’était une situation économique objective. Ce n’était pas le résultat d’un bras de fer entre des groupes de personnes identifiables ou des classes dirigeantes spécifiques.

C’était une situation objective qui ne dépendait pas de la volonté des hommes. À ce moment-là, seul un modèle pouvait se développer, aux dépens de l’autre, soit l’URSS aux dépens des États-Unis, soit les États-Unis aux dépens de l’URSS. Par exemple, pour mieux illustrer cela, l’URSS contrôlait à ce moment là 40% du marché mondial de l’aéronautique civile, à elle toute seule. Quand l’URSS s’est effondrée, la première chose qu’on faite les États-Unis a été de fermer la production d’avions civils en Russie, sous la pression de leur lobby. Par conséquent, Airbus et Boeing ont chacun augmenté une fois et demie le volume de leur production !

J’attire votre attention sur le fait qu’ils ont privé la Russie non pas de finances ou d’actifs, non, ils ont pris des marchés. Et ça a été un choc colossal pour la Russie. Aujourd’hui, en y mettant énormément d’effort et en dépensant énormément d’argent, la Russie se bat pour récupérer ces marchés au moins en partie, et ses concurrents font tout pour la gêner. Quoiqu’il en soit, à cette époque, la Russie a commencé à s’adapter à ce nouvel ordre international occidentalo-centré car il n’y avait à ce moment pas d’autre modèle économique.

Et l’Occident lui, vivait conformément à des règles dont les bases avaient été jetées en 1944 à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Il y a eu deux grandes conférences : une a décidé de la future architecture politique de la planète et l’autre de la future architecture financière du monde. L’URSS a pris part à la conférence de Bretton-Woods celle qui décida de l’architecture financière. Celle traitant de la politique, nous la connaissons tous, c’est la Conférence de Londres où fut décidée la fondation de l’ONU. Puis ont suivi les conférences de Téhéran, Yalta et Potsdam. L’URSS, comme je le disais, a pris part à la conférence sur l’économie, appelée conférence de Bretton-Woods, car elle se déroulait dans la petite ville américaine de Bretton-Woods. Elle a signé tous les accords, mais au final n’a pas ratifié le traité.

Cette conférence de Bretton-Woods a donc établi un dispositif d’élargissement de la zone dollar et, pour coordonner ce processus, trois institutions internationales en particulier ont été établies : le FMI (Fonds monétaire international), la Banque mondiale, le GATT (General Agreement on Tariffs and Trade) aujourd’hui OMC (Organisation mondiale du commerce). Théoriquement, il aurait fallu établir une institution de plus qui aurait créé et régulé une nouvelle monnaie mondiale mais à ce moment là, l’économie des États-Unis pesait plus de la moitié de l’économie mondiale et la décision a été prise de faire du dollar américain la monnaie de change mondiale. Tout le modèle Bretton-Woods n’est au fond que le dispositif de l’élargissement du dollar.

En pleine cohérence avec la logique décrite au début de la conférence, celle de l’élargissement des marchés, les États-Unis ont élargi les leurs. Aucun autre pays après la Deuxième Guerre mondiale ne pouvait prétendre à établir une devise mondiale. Il n’aurait simplement pas eu les ressources économiques nécessaires. La Grande-Bretagne a essayé et dans le cadre de Bretton-Woods, il y avait théoriquement deux devises mondiales, le Dollar américain et la Livre Sterling. Mais rapidement, après un an, la Grande-Bretagne comprenant qu’elle n’avait pas les moyens de soutenir une monnaie de change mondiale, la Livre Sterling est devenue une monnaie comme les autres. Mais, comme vous vous en doutez, une erreur juridique et économique s’est glissée dans Bretton-Woods, erreur qui, au moment où l’économie américaine constituait plus de la moitié de l’économie mondiale, semblait secondaire.

La fonction du dollar US et la régulation par une institution américaine, la Réserve fédérale, ont amené dès le départ une contradiction fondamentale, car il y a le Dollar comme monnaie mondiale et il y a le dollar comme devise nationale. Que faire si la régulation du dollar dans un rôle rentre en contradiction frontale avec l’autre fonction ? À l’époque cela semblait impossible. Aujourd’hui, la part des USA dans l’économie mondiale est comprise entre seulement 16% et 18%, nous sommes très loin des plus de 50% de l’époque de Bretton Woods. C’est moins que l’URSS au début des années 1980 quand sa part dans la production mondiale s’élevait à 22% ou 23% et l’on s’est aperçu récemment que les ressources économiques des États-Unis sont insuffisantes pour maintenir à flot cette dualité du système dollar comme monnaie mondiale et comme devise nationale.

Soit on sauve le système de la finance globalisée aux dépens de l’économie américaine qui en fera les frais, soit on sauve l’économie américaine en puisant dans les ressources du système financier globalisé. La compréhension définitive de ce dilemme est venue après la crise mondiale de 2008 Cette crise rappelle sous bien des aspects la crise des années 1930 qui a mené à la Grande Dépression. Elle rappelle aussi à celle de 1907-1908. C’est une fois de plus une crise de chute de l’efficacité marginale du capital mais cette fois ce n’est plus à l’échelle locale des États-Unis du début du XXe siècle, mais à échelle globale. Et le principe reste inchangé.

Le système dollar, aujourd’hui mondial, à lui tout seul n’est maintenant plus rentable et le moment est venu de décider de favoriser le système financier globalisé aux dépens de l’économie américaine ou de faire le contraire, en simplifiant. Pour sauver l’économie américaine il faut absolument monter les taux d’intérêt pour que les Américains n’empruntent que pour ce qui est pertinent. En revanche, pour sauver la finance globalisée, il faut encore plus baisser les taux et émettre du dollar pour sauver les institutions financières car elles sont déficitaires et absolument non rentables.

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