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Revoilà le duo de la mer Noire

Publié le par Felli Bernard

Revoilà le duo de la mer Noire

Revoilà le duo de la mer Noire

12 Octobre 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Gaz, #Moyen-Orient, #Russie, #Caucase

Il est revenu d'entre les morts, alléluia ! Tel un phénix renaissant de ses cendres, le Turk Stream est de nouveau sur le devant de la scène et semble, cette fois, prêt à ouvrir les vannes. Si la presse française s'est comme d'habitude vautrée dans l'écume des choses - le report de la visite de Poutine en France pour cause d'atermoiements du Flamby élyséen -, elle a malheureusement omis de signaler qu'en ce moment même, Vladimirovitch assiste à une réunion bien plus importante : le Congrès mondial de l'énergie à Istanbul.

Tous les yeux étaient évidemment braqués sur la rencontre entre les présidents turc et russe. Et le moins que l'on puisse dire est qu'elle n'a pas déçu ; quoi que l'on pense, la réconciliation est actée et les conséquences en sont multiples.

Sur le plan économique et industriel : négociations en vue d'un accord de libre-échange entre les deux pays prévu pour l'année prochaine et plans afin de porter le commerce bilatéral à hauteur de 100 milliards d'équivalents $ (car la dédollarisation est en marche entre Ankara et Moscou). Reprise également du projet de construction de la centrale nucléaire d'Akkuyu par Rosatom.

Plus intéressant, dans le domaine militaire : la Turquie soupèse la possibilité d'acquérir un système anti-aérien russe. Si le titre de l'article est trompeur et qu'il ne s'agit pour l'instant que d'une éventualité, le fait même que cette éventualité existe doit faire s'arracher les cheveux aux fonctionnaires du QG otanien à Bruxelles... Que l'alliance entre le sultan et l'Occident ait du plomb dans l'aile, c'est une évidence, surtout depuis la tentative de putsch de l'été. La porte ouverte à l'armement russe est-elle un message subliminal d'Erdogan en direction de ses petits copains atlantiques, voire un chantage déguisé, ou est-ce du sérieux et assiste-t-on aux prémices d'un départ définitif de la Turquie de l'OTAN ? Le futur nous le dira...

En attendant, c'est évidemment l'or bleu qui est l'objet de toutes les attentions. Turk Stream II, le retour. Ca y est, l'accord est enfin signé et les travaux débuteront bientôt. Par rapport au défunt South Stream ou au projet Turk Stream initial de 2014, il est divisé par deux : deux tubes (au lieu de quatre) et 31,5 Mds de m3 à l'année (au lieu de 63 Mds). L'un des tuyaux fournira la Turquie exclusivement tandis que l'autre courra jusqu'à la frontière grecque afin d'alimenter le sud de l'Europe.

Ce qui pourrait paraître comme un verre à moitié plein est en fait une excellente opération pour Moscou qui garde plusieurs atouts dans sa manche et économise ses ressources. Les discussions pour le doublement du Nord Stream sont en cours et ses 126 Mds de m3 de gaz rendraient un Turk Stream à 63 Mds inutile. En cas de problème sur la route nord (c'est-à-dire, soyons clairs, en cas de nouvelle crise masochiste eurocratique aiguë), le Kremlin garde en réserve la possibilité de doubler le Turk Stream (la route étant déjà défrayée par les deux premiers tubes).

Si certains journaux allemands exagèrent quelque peu en parlant de "fusion énergétique russo-turco-européenne", il est clair que l'empire a échoué dans ses tentatives de sabotage. Pour comprendre cette guerre du gaz, un petit rappel contextuel est nécessaire :

Craignant l'intégration de l'Eurasie comme la peste, les Américains travaillent depuis la fin officielle de la Guerre froide (1991) à séparer l'Europe de la Russie, tout spécialement dans le domaine énergétique. Alors que la Russie regorge d'hydrocarbures et que l'Europe ne demande qu'à les consommer, les Etats-Unis et les institutions européennes qu'ils ont phagocytées ont tout fait depuis une vingtaine d'années pour contrarier le flot énergétique Est-Ouest : prêches sur le "danger russe" et diabolisation intense de son gouvernement, crises gazières ukrainiennes encouragées par Washington, expansion de l'OTAN vers l'est, flatteries aux pays de la "Nouvelle Europe" (Pologne, pays baltes etc.), coup d'Etat à Kiev l'année dernière... Par ailleurs, pressions et "encouragements" sont donnés à profusion aux pays pour qu'ils se fournissent ailleurs, même si cela doit aller contre leurs propres intérêts économiques ou si les nouvelles routes énergétiques proposées (en vert sur la carte) sont illusoires, comme l'amusant Nabucco qui a fait long feu, ou sa resucée, le Corridor sud. Ici, la désinformation économique tourne à plein par le biais de think tanks et autres officines pas tout à fait neutres, nous en avions déjà parlé.

Parfaitement conscients des manigances américaines dans ce Grand jeu énergétique ô combien passionnant, les Russes ont contourné le nouveau "rideau de fer" US par deux gazoducs devant passer au nord par la Baltique et au sud par la Mer noire : Nord Stream et South Stream. Le premier a pu être construit (2010-2011), s'appuyant sur les derniers dirigeants européens un tant soit peu indépendants (Schroeder), mais le second, un peu plus tardif, est resté dans les cartons après son annulation l'année dernière. Les Américains et leurs affidés de la Commission de Bruxelles ont réussi à torpiller le projet grâce à des arguties juridico-institutionnelles (le Troisième paquet énergétique européen, pourtant apparu après le projet du gazoduc) ainsi qu'une intense pression sur la Bulgarie (visite de McCain...)

Jamais à court de bottes secrètes, Poutine a, à la surprise générale, proposé en décembre dernier [2014, ndlr] un nouveau pipeline aboutissant à la frontière gréco-turque, donc en dehors de la juridiction de l'UE, quitte pour ses pays membres à venir se servir eux-mêmes. C'est le fameux Turk Stream ou Turkish Stream, qui risque fort de couper définitivement l'herbe sous le pied aux projets américains tout en contournant lui aussi le rideau de fer de la "Nouvelle Europe", notamment l'Ukraine putschiste post-Maidan. Avec ce tube, enterrées les chimères du gaz azéri à peu près inexistant, du gaz turkmène qui ne pourra jamais passer sous la Caspienne, du gaz qatari bloqué par la Syrie d'Assad ou du gaz iranien (le seul vrai danger pour Moscou même si Téhéran est, par ailleurs, un allié). Ensuite, le gazoduc devait passer par la Grèce de Tsipras (alors aux prises avec la Troïka) avant de gentiment remonter vers la Hongrie et l'Autriche.

Les Américains ont immédiatement tenté de réagir en faisant ce qu'ils savent faire de mieux, c'est-à-dire en semant le chaos en Macédoine (événements du printemps), en exerçant une intense pression sur la Serbie, tous deux pays de passage du tube, et en tentant de déstabiliser Orban en Hongrie. Deux "révolutions" de couleur pour le prix d'une ! Mais les petits stratèges de Washington en ont été pour leurs frais : mise à part la Serbie qui a vacillé, les autres sont restés droit dans leurs bottes.

On en était là et Gazprom se léchait déjà les babines quand les complications sont venues de Turquie même. Et là, les Etats-Unis n'y sont pour rien... Erdogan s'est lancé depuis un certain temps déjà dans une fuite en avant dont on ne sait pas où elle mènera son pays. Peut-être lui-même ne le sait-il pas non plus d'ailleurs. En guerre contre la Syrie d'Assad, contre le PKK kurde, en bisbilles avec son enfant daéchique après l'avoir bichonné, se sentant trahi par son allié américain sur le dossier syrien mais le trahissant aussi en dédollarisant le commerce turco-russe, voulant entrer dans l'OCS mais jamais avare de critiques envers Pékin à propos du Xinjiang, en guerre froide contre son ancien allié israélien, déçu par l'Arabie saoudite qui a participé à la chute de Morsi en Egypte... Mais où va-t-il ?

C'est avec cet électron de plus en plus libre que Moscou doit négocier le passage du Turk Stream alors que beaucoup de choses les séparent par ailleurs, notamment le conflit syrien.

Et c'était avant l'incident du Sukhoï de novembre 2015 qui a provoqué la quasi rupture des relations entre Ankara et Moscou ! On mesure le chemin parcouru depuis et comment Poutine a ramené le sultan à la raison... et à son point de vue : Erdogan a présenté ses excuses, stoppé son soutien aux djihadistes syriens et le Turk Stream est maintenant sur les rails. L'ours sait se montrer patient et attendre que toutes les pommes tombent dans sa besace.

Pour finir, notons que, fait non négligeable, les présidents russe et turc se sont réunis avec le leader azéri Aliyev. Que mijotent donc ces trois-là ? Nous avions déjà vu qu'un projet de corridor Russie-Azerbaïdjan-Iran était dans les tuyaux, prenant lui-même place dans le grand maillage eurasiatique en combinaison avec les Routes de la Soie chinoises. Une coopération Moscou-Bakou-Ankara serait, elle, plutôt d'ordre énergétique.

Rappelons que l'Azerbaïdjan est au centre du Grand jeu gazier et surtout, en l'occurrence, de la désinformation qui l'accompagne :

Qu'avons-nous répété à de nombreuses reprises à propos de la chimère du gaz azéri ? Selon le merveilleux monde de l'île aux enfants médiatique influencé par on sait qui, il est censé permettre à la ménagère européenne de moins de 50 ans d'échapper à l'invasion gazière de l'horrible ours russe.

Seul hic, l'Azerbaïdjan en a tellement peu que sa compagnie nationale, la SOCAR, a officiellement demandé à Gazprom de lui en fournir pour 5 Mds de m3 par an. Pendant ce temps, les europloucs continuent de prétendre croire, contraints et forcés, aux promesses américaines d'un corridor caspien vide de sens... et de gaz.

Suite du Dallas énergétique au prochain épisode...

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Pourquoi les nouvelles routes de la soie effraient Washington

Publié le par Felli Bernard

Pourquoi les nouvelles routes de la soie effraient Washington

Pourquoi les nouvelles routes de la soie effraient Washington

Publié le 12 octobre 2016 par Olivier Demeulenaere

« Comment contenir ces fichues routes de la soie, quand les « menaces existentielles » du Pentagone, la Russie et la Chine, sont au cœur de l’action ? » L’analyste indépendant Pepe Escobar nous emmène dans les labyrinthes de la géopolitique.

Il y a presque six ans, le président Poutine a proposé à l’Allemagne de «créer une harmonieuse communauté économique qui s’étend de Lisbonne jusqu’à Vladivostok».

Cette idée peut être représentée par un immense grand magasin unissant la Russie et l’UE, ou, dans les termes de Poutine, «un marché unique continental dont la capacité s’élève à des billions de dollars».

Bref, l’intégration eurasienne.

Washington paniqua. L’histoire a montré, comment la vision de Poutine, malgré le fait qu’elle ait pu être extrêmement séduisante pour les industriels allemands, a déraillé à cause de la démolition contrôlée de l’Ukraine par Washington.

Il y a trois ans, au Kazakhstan, puis en Indonésie, le président Xi Jinping est allé dans le sens de l’idée de Poutine, en proposant le concept «Une ceinture, une route», appelé également la nouvelle route de la soie, améliorant l’intégration géo-économique de la zone Asie-Pacifique par un vaste réseau d’autoroutes, de voies ferrées à grande vitesse, de pipelines, de ports et et de câbles à fibres optiques.

En bref : une version encore plus ambitieuse de l’intégration eurasienne, qui profitera à plus de deux tiers de la population, à l’économie et au commerce mondiaux. La différence est que, désormais, le projet dispose d’un immense soutien financier via le Fonds de la Route de la soie (The Silk Road Fund), la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII), la Nouvelle banque du développement du BRICS et une stratégie commerciale offensive globale dans toute l’Eurasie, et l’entrée officielle de yuan dans les droits de tirage spéciaux du FMI ; ce qui est le baptême de yuan en tant que devise clé méritant d’être dans le panier de chaque banque centrale de pays émergent.

Lors du récent sommet du G20 à Huangzhou, le président Xi a clairement démontré que la conception «Une ceinture, une route» occupait une place centrale dans la vision de la Chine quant au déroulement du processus de mondialisation. Pékin fait le pari que la majorité écrasante des nations en Eurasie investiraient et bénéficieraient du projet «gagnant-gagnant» de développement économique, plutôt que d’être paralysée dans un jeu stratégique «perdant» entre les Etats-Unis et la Chine.

Pour l’Empire du Chaos, c’est un anathème absolu. Comment pourrait-on accepter que la Chine gagne le nouveau grand jeu du XXIe siècle en Eurasie, par la construction d’une nouvelle route de la soie ?

Et n’oubliez pas la Route de la soie en Syrie

Selon RT, très peu de gens, en Occident, ont remarqué que la réunion du G20 avait été précédée par le Forum économique oriental à Vladivostok. Essentiellement, il s’agissait là d’une autre célébration de facto de l’intégration eurasienne avec la participation de la Russie, la Chine, du Japon, et de la Corée du Sud. Et cette planche d’intégration va bientôt fusionner avec l’Union économique de l’Eurasie, dirigée par la Russie – qui est en soi une sorte de nouvelle route russe de la soie.

Toutes ces routes mènent à une connectivité totale. Prenez, par exemple, les trains de marchandises qui relient Guangzhou, pôle clé au sud-est de la Chine, au centre logistique dans le parc industriel à Vorsino, non loin de Kaluga. Le voyage ne prend désormais que quinze jours –un mois entier de moins que les transports maritimes, et 80% de frais par comparaison avec le fret aérien.

C’est une autre connexion entre la Russie et la Chine dans le style de la nouvelle route de la soie. Il y en aura une autre, encore plus ambitieuse – la Route de la soie en Sibérie, qui sera un développement ferroviaire à grande vitesse du Transsibérien.

« Le programme pratiquement invisible des Etats-Unis en Syrie a pour but de ruiner un autre centre d’une nouvelle route de la soie »

Prenez ensuite une intégration approfondie entre la Chine et le Kazakhstan, qui est aussi membre de l’EEU. La ligne ferroviaire hors taxe Trans-Eurasia est déjà lancée, de Chongqing, dans le Sichuan, à travers le Kazakhstan, la Russie, la Biélorussie et la Pologne directement jusqu’à Duisburg en Allemagne.

Pékin et Astana développent une zone de libre-échange à Horgos. Et parallèlement, on a engagé, il y a un mois, la création d’une zone de coopération transnationale de 135 millions de dollars entre la Chine et la Mongolie.

Le Kazakhstan flirte même avec une idée ambitieuse de Canal eurasien reliant la mer Caspienne avec la mer Noire et allant ensuite jusqu’à la Méditerranée. Tôt ou tard, les entreprises de construction chinoises auront l’idée de faire une étude de faisabilité.

Le programme pratiquement invisible des Etats-Unis en Syrie – mêlé à l’obsession du Pentagone de faire échouer tout cessez-le-feu, ou d’éviter la défaite des ses «rebelles modérés» à Alep – a pour but de ruiner un autre centre d’une nouvelle route de la soie. La Chine avait des relations commerciales avec la Syrie dès le temps de la Route de la soie originale, qui franchissait Palmyre et Damas. Avant le Printemps arabe en Syrie, les entrepreneurs syriens maintenaient une présence vitale à Yiwu, au sud de Shanghai, le plus grand centre de vente en gros de petits biens de consommation au monde, ou ils achetaient toute sorte de produits en vrac pour les revendre au Levant.

«Le lac américain»

Le néoconservateur Washington est totalement paralysé en termes de formulation d’une réponse, ou au moins d’une contre-proposition au moins, à la l’intégration de l’Eurasie. Peu d’esprits lucides peuvent comprendre au moins que «la menace» de la Chine pour les Etats-Unis provient de sa puissance économique. Prenez l’hostilité profonde des Etats-Unis face à la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII) dirigée par la Chine. Jusqu’à présent, aucun lobbying inconditionnel américain n’avait empêché les alliés, tels que l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Australie et la Corée du Sud de la joindre.

« La marine américaine veut employer une stratégie où tous les coups sont permis pour empêcher la domination stratégique de la Chine »

Ensuite, on a fait une course effrénée pour approuver le TPP – excluant la Chine, un bras du marché de l’OTAN, pivotant vers l’Asie, censé être la cerise sur le gâteau de la politique globale économique d’Obama. Et pourtant, le TPP, dans son état actuel, est pratiquement mort.

Ce que la jonction géopolitique actuelle explique, c’est que la marine américaine veut employer une stratégie où tous les coups sont permis pour empêcher la domination stratégique de la Chine dans cette région du Pacifique, alors que le TPP est déployé comme une arme destinée à limiter la domination économique de la Chine dans la zone Asie-Pacifique.

Le pivot vers l’Asie s’est construit comme un instrument pour «décourager l’agression de la Chine». Les exceptionnalistes ont clairement démontré qu’ils étaient incapables de reconnaître que tout ce jeu est tout autour de la géopolitique post-idéologique de la chaîne logistique. Les Etats-Unis n’ont pas besoin de contenir la Chine ; ils ont besoin d’une connexion clé industrielle, financière et commerciale à des nœuds d’importance cruciale en Asie, pour (re-)construire leur économie.

« Le cœur du problème est que la Chine a fait un pari remarquable dans la construction d’infrastructures, donnant un accès de première classe au reste du monde »

A l’époque, en mars 1949, MacArthur pouvait se vanter que «le Pacifique est maintenant un lac Anglo-Saxon». Même après la fin de la guerre froide, le Pacifique était de facto un lac américain ; les Etats-Unis violaient l’espace aérien et la frontière maritime de la Chine à volonté.

Aujourd’hui, au lieu de cela, nous avons un US Army War College (le Collège de l’armée de guerre américaine) et un monde de think tanks qui ont perdu le sommeil à cause de missiles chinois sophistiqués capables de fermer aux Etats-Unis l’accès à la mer de Chine du Sud. Un lac américain ? Plus maintenant.

Le cœur du problème est que la Chine a fait un pari remarquable dans la construction d’infrastructures, donnant un accès de première classe au reste du monde : le patrimoine mondial du XXIe siècle, beaucoup plus important que «la sécurité». Après tout, une grande partie de l’infrastructure mondiale est à reconstruire. Tandis que la Chine renforce son rôle d’exportateur d’infrastructures – des lignes ferroviaires à haute vitesse aux télécommunications à faible coût, la nation «indispensable» est coincée avec son «pivot», avec son armée perplexe et bouchée obsédée par l’endiguement.

Diviser pour régner ces rivaux «hostiles»

Bon, les choses n’ont pas beaucoup changé depuis les rêves du Docteur Zbig-Grand Echiquier-Brzezinski de fragmenter la Chine de l’intérieur à la fin des années 1990, jusqu’à la stratégie d’Obama en matière de sécurité nationale, qui n’est rien d’autre qu’une nostalgie rhétorique futile de contenir la Russie, la Chine et l’Iran.

« L’hégémonie mondiale des Etats-Unis doit toujours être perçue comme une force naturelle inamovible, comme la mort et les impôts »

Ainsi, le fatras des mythes qui l’entourent, tels que «la liberté de navigation» – l’euphémisme de Washington pour contrôler éternellement les voies maritimes qui constituent les chaînes logistiques de la Chine, aussi bien que l’apothéose de «l’agression chinoise» fusionnant sans cesse avec «l’agression russe». L’association stratégique Pékin-Moscou motivée par l’intégration eurasienne doit être supprimée a tout prix.

Pourquoi ? Parce que l’hégémonie mondiale des Etats-Unis doit toujours être perçue comme une force naturelle inamovible, comme la mort et les impôts (à l’exclusion d’Apple en Irlande).

Vingt-quatre ans après le guide pratique de défense du Pentagone, la même conception du monde prédomine ; «Notre objectif principal est de prévenir la réapparition d’un nouveau rival… d’empêcher toute puissance hostile de dominer dans la région, dont les ressources, sous contrôle consolidé, suffiront pour générer un pouvoir mondial. Ces régions incluent l’Europe de l’Ouest, l’Asie de l’Est, le territoire de l’ancienne Union soviétique et l’Asie de Sud-Ouest.»

Oops. Maintenant, même Dr Zbig-Grand Echiquier-Brzezinski est terrifié. Comment contenir ces sacrées routes de la soie, quand les «menaces existentielles» du Pentagone, la Russie et la Chine, sont au cœur de l’action ? Diviser pour régner – quoi d’autre ?

Pour Brzezinski, troublé, les Etats-Unis doivent «façonner une politique dans laquelle au moins un ou deux Etats présentant une menace potentielle devienne un partenaire pour assurer la stabilité régionale et ensuite la stabilité mondiale, et afin d’éviter que des rivaux moins prévisibles, mais potentiellement plus probables, les circonviennent. Pour le moment, le pays le plus probable à circonvenir est la Russie, mais, à long terme, cela pourrait être la Chine.»

Faites un agréable cauchemar ».

Pepe Escobar, RT en français, le 11 octobre 2016

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Fiche signalétique des Casques blancs

Publié le par Felli Bernard

Fiche signalétique des Casques blancs

Fiche signalétique des Casques blancs

Par Simon Wood – Le 5 octobre 2016 – Source Off Guardian

À propos des Casques blancs, voici quelques faits que vous devez connaître. Partagez-les avec votre famille et vos amis qui croient encore en les médias commerciaux occidentaux.

* Les Casques blancs, aussi appelés Défense civile syrienne, ne sont pas ce qu’ils prétendent être. Le groupe n’est pas syrien ; il a été créé avec des fonds étasuniens et britanniques, sous la supervision d’un entrepreneur d’armes britannique en 2013, en Turquie.

* Le nom «Défense civile syrienne» a été volé à l’organisation syrienne légitime du même nom. L’authentique Défense civile syrienne avait été fondée en 1953 et est un membre fondateur de l’Organisation internationale de défense civile (1958).

* Le nom de «Casques blancs» a été improprement repris de l’organisation de secours argentine légitime Cascos Blancos / White Helmets. En 2014, Cascos Blancos / White Helmets a été honoré par les Nations unies pour 20 ans d’aide humanitaire internationale.

* Les Casques blancs de l’OTAN sont d’abord une campagne médiatique pour soutenir les objectifs de changement de régime des États-Unis et de leurs alliés. Après avoir été fondé par l’entrepreneur en sécurité James LeMesurier, la «marque» Casques blancs lui a été attribuée en 2014 par une société de marketing nommée «La campagne syrienne», gérée depuis New York par des non-Syriens comme Anna Nolan. «La Campagne syrienne» avait elle-même été «incubée» par une autre société de marketing nommée «Purpose» .

* L’affirmation des Casques blancs qu’ils sont «neutres, impartiaux et humanitaires» et «au service de tous les habitants de Syrie» est fausse. En réalité, ils ne travaillent que dans des zones contrôlées par l’opposition violente, principalement des terroristes associés avec Nusra/al-Qaïda (récemment renommé Jabhat Fath al Sham).

* Les Casques blancs affirment être sans armes, mais c’est faux. Il y a des photos montrant leurs membres portant des armes et célébrant des victoires militaires de Nusra/al-Qaïda.

* Les Casques blancs affirment être apolitiques et non alignés, mais c’est faux. En réalité, ils promeuvent activement et font pression en faveur de l’intervention des États-Unis et de l’OTAN, violant ainsi les règles du travail humanitaire authentique.

* La description de Right Livelihood [dit «prix Nobel alternatif» en français, NdT] selon laquelle la «Défense civile syrienne» a sauvé 60 000 personnes et «soutient la fourniture de services médicaux à près de 7 millions de personnes» est fausse. En réalité, il reste peu de civils dans les zones contrôlées par les terroristes en Syrie. C’est pourquoi nous voyons ces vidéos choquantes représentant les Casques blancs.

* Les Casques blancs de l’OTAN sapent et détournent d’elles le travail d’authentiques organisations comme la VRAIE Défense civile syrienne et le Croissant-Rouge arabe syrien.

* Le récent film Neflix sur les Casques blancs n’est pas un documentaire ; c’est une auto-publicité promotionnelle. Les réalisateurs n’ont jamais mis un pied en Syrie. La vidéo syrienne, réelle ou mise en scène, a été fournie par les Casques blancs eux-mêmes. Depuis le début, avec les scènes montrant un acteur Casque blanc disant à son petit garçon de ne pas faire la vie dure à sa maman et jusqu’à la fin, la vidéo est artificielle et manipulatrice. La vidéo a été produite par une société de marketing commerciale, Violet Films/Ultra Violet Consulting, qui fait de la publicité pour ses services dans la «gestion de médias sociaux», la «gestion de foules» et la «mise en œuvre de campagnes médiatiques».

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker francophone

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La Nation, la République et la question sociale au cœur du problème européen.

Publié le par Felli Bernard

i need Europe
i need Europe

La Nation, la République et la question sociale au cœur du problème européen.
Claude Beaulieu

dimanche 9 octobre 2016, par Comité Valmy

Nous publions ici un texte datant de 2004 qui présente l’intérêt d’illustrer le processus de réflexion au sein du Comité Valmy.

Voir en ligne : Vers une insurrection populaire, républicaine, pacifique et démocratique ? Claude Beaulieu

La Nation, la République et la question sociale
au cœur du problème europée
n.

La construction européenne supranationale que les peuples subissent depuis des décennies a été, pour l’essentiel, conçue par une oligarchie financière internationale et atlantiste, manifestement peu sensible aux exigences sociales. Depuis son origine elle entend, de façon masquée pendant une longue période, ouvertement depuis Maastricht, supprimer pour chaque peuple et nation concernés, le droit pourtant inaliénable à disposer d’eux-mêmes et à maîtriser leurs destins. Ce déni de la souveraineté populaire et nationale est global et concerne tous les domaines, économique et social, culturel et idéologique, militaire et politique. Il implique même, cela est devenu évident aujourd’hui, la déconstruction de la République et la disparition de la France en tant que nation indépendante.

Il n’est pas inutile de rappeler que la création, le 4 avril 1949, de l’Alliance atlantique coïncide chronologiquement avec la création du Conseil de l’Europe, le 5 mai 1949. En avril 1948 la création de l’OECE (Organisation européenne de coopération économique), qui avait pour but de répartir les fonds du plan Marshall d‘aide américaine à la reconstruction de l’Europe, a d’une façon que l’on peut certes discuter, contribué à celle-ci. Mais ce fut aussi, historiquement, un véritable cheval de Troie du renforcement économique, politique, culturel et idéologique de l’hégémonie US sur notre continent ainsi que de la promotion de l’ « american way of life ».

On ne peut ignorer non plus que dès l’institution de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier), toute la construction européenne s’est élaborée sans l’aval des peuples, autour d’une logique supranationale et dans une perspective fédérale. Ses initiateurs et principaux soutiens furent recrutés parmi les milieux atlantistes et pro-américains les plus affirmés de la démocratie chrétienne, rapidement rejoints par les dirigeants du Parti socialiste.

Blum, Byrnes et Jean Monnet 1er janvier 1946

En fait, dès janvier 1946, Léon Blum, qui négociait à Washington les accords Blum-Byrnes, y prononça un discours modéré sur la forme mais dont le sens profond ne fait aucun doute. « Je sais bien que la France ne vous laisse pas indifférents. Je crois qu’aujourd’hui encore elle conserve un pouvoir d’influence spirituelle et d’orientation politique pour l’ensemble du continent européen, et je ne crois pas me montrer trop présomptueux si j’affirme qu’en Europe, la France est encore aujourd’hui, comme elle l’était jadis, la position stratégique dominante de la démocratie et que sur le plan mondial, sa coopération active est et restera un élément indispensable pour cette organisation pacifique du monde où votre pays a pris l’initiative principale et dont il a assuré la principale responsabilité. » (« La Revue socialiste », janvier 1951).

A aucun moment, en dehors de la parenthèse gaulliste malheureusement trop courte pour les défenseurs de l’indépendance nationale, ce caractère, à la fois très libéral et antisocial d’une part, antinational et atlantiste de l’autre, n’a cessé d’être le contenu essentiel de la démarche d’intégration européenne.

Certes, un premier obstacle sérieux fut dressé par notre pays contre cette politique supranationale et atlantiste avec l’échec de la CED, première tentative d’abandon du caractère national de la défense (et de la politique étrangère) de la France. A l’Assemblée nationale, une majorité de députés, unissant pour l’essentiel gaullistes et communistes, mirent en échec le 30 août 1954 le projet de Communauté européenne de défense concocté par le parti de l’étranger qui rassemblait, là encore, la social-démocratie et une partie notable de la droite, inconditionnellement atlantistes.

De même, de mai 1958 à avril 1969, sous la présidence du général de Gaulle, la France s’employa cette fois résolument à mener une politique d’indépendance nationale et donna un coup de frein provisoire à cette fuite en avant dans la supranationalité. Dans ce contexte, le « Compromis de Luxembourg » (janvier 1966) imposa l’unanimité dans le processus de décision européen, permettant à un Etat, au nom de ses intérêts nationaux essentiels, de s’opposer efficacement à tel ou tel projet ou décision communautaire contraire à ses intérêts. Cette politique a permis à notre pays un essor économique et un progrès industriel et agricole remarquables, mais dont les retombées sociales ne furent pas à la hauteur des possibilités existantes. On sait même que la présence pesante, dans les gouvernements et l’appareil d’Etat, de forces hostiles au progrès social empêcha le général de Gaulle de mettre en pratique l’élément emblématique de sa politique sociale : la Participation. Celle-ci resta pour l’essentiel lettre morte, ce qui ne fut probablement pas sans conséquences, notamment sur les événements de mai 68.

1973, loi Pompidou Giscard et Cie

Quoi qu’il en soit, à partir des années 1970, la fuite en avant dans la voie de la supranationalité reprend son cours et devient un objectif primordial. Il s’agit de prendre de vitesse la progression dans la conscience populaire du caractère délétère de cette construction européenne et de ses conséquences économiques et sociales. Dans cette même logique, l’un des objectifs est de rendre irréversible l’engrenage supranational. Pourtant, pendant des décennies les partisans du fédéralisme avanceront masqués, afin de mettre les nations et les peuples, à chaque étape, devant le fait accompli.

D’autre part et parallèlement, la préoccupation purement économique, aux dépens des problèmes sociaux, devient au cours de cette même période largement dominante. Elle était certes déjà présente dès le Traité de Rome, qui s’assignait pour objectif de jeter les bases, par la libéralisation des échanges, d’un Marché Commun (ou unique) des six pays fondateurs, mais elle était alors encore assortie d’un certain nombre de considérations contraires à la notion du libéralisme intégral, dues notamment au rapport des forces à l’intérieur de la France ainsi qu’au niveau international.
En revanche, la vision purement économiste sera plus que jamais affirmée à partir de 1977, passant du libéralisme à l’ultra-libéralisme et amenant la construction européenne à intégrer pour l’essentiel la « mondialisation », dont l’épicentre se situe, chacun le sait, aux Etats-Unis. Soumise aux impératifs des grandes entreprises et de la finance mondialisée, qu’ils soient exprimés dans le cadre de l’OMC, du FMI ou de la Banque mondiale, cette construction européenne en est devenue, en dépit des apparences et des professions de foi, un outil sur notre continent.

Le traité de Maastricht (février 1992) prétend même rendre cet état de fait irréversible, puisqu’il stipule que « les Etats membres de l’Union agissent dans le respect d’une économie ouverte où la concurrence est libre ». La France et son peuple seraient ainsi condamnés à l’ultra-libéralisme à perpétuité. Le projet de Constitution qui résulte de la « convention » présidée par Giscard d’Estaing confirme cette prétention, réaffirme la règle de la concurrence libre et non faussée et prévoit d’interdire tout choix éventuel d’une politique contraire à ces pratiques.

L’obligation du passage à l’euro, effectué sans aucun référendum en dépit des promesses faites expressément par le Président de la République, le pacte de stabilité et l’installation totalement anti-démocratique d’une Banque centrale européenne indépendante de tout pouvoir politique, traduisent la même philosophie, en même temps qu’elles instituent un jalon décisif vers l’instauration d’un pouvoir supranational très centralisé.

Il convient de mesurer les conséquences sociales de ce voyage, que les néo-libéraux voudraient sans retour, dans le capitalisme sauvage. Comment ne pas voir, pour commencer, son impact sur le chômage, plaie de notre société, la casse des entreprises, les délocalisations devenues quasi systématiques, entraînées par la liberté totale des échanges, le souci de la compétition et la politique de dérégulation de la Commission européenne.

Cette progression du chômage est impressionnante, + 6% en 2003, plus de 7,2% pour les jeunes ; il frôle la barre des 10% et peut-être davantage, les statistiques officielles étant sujettes à caution tandis que le travail précaire devrait être aussi pris en compte. Certes, une telle tragédie pour les victimes de la déstructuration du tissu social ne peut être mise exclusivement au débit des institutions de Bruxelles, mais celles-ci ne font que renforcer, à l’échelle nationale, cette conséquence du néo-libéralisme mondialisé.

Selon l’Insee le chiffre de l’inflation est de 2,2 % pour 2003. Toujours selon cette statistique, il est de 5,8 % pour les trois dernières années. Mais le mode de calcul de l’Insee est loin d’être crédible et il est même contesté par un dossier daté du 31 janvier 2003 du Figaro Magazine, qui n’a pas la réputation d’être un bulletin de la CGT : « En 2002, juste après la mise en circulation de l’Euro, les associations de consommateurs s’étaient d’ailleurs emparées du sujet. Plusieurs enquêtes, menées durant deux ans dans les grandes surfaces, toujours sur les mêmes produits, avaient alors été publiées. Avec des conclusions sans appel : + 118 % en deux ans sur les produits frais, + 38 % sur les rayons « hygiène et beauté », + 42 % sur l’épicerie … Encore plus frappant : la comparaison entre les relevés de prix réalisés par les inspecteurs de l’Insee et ceux opérés par les gérants de grandes surfaces au cours de l’été 2001, juste avant le « pacte de stabilité des prix », une période cruciale au cours de laquelle beaucoup de marques s’étaient empressées d’augmenter leurs prix. L’enquête des distributeurs menée sur 150 000 produits vendus dans 1 500 hypers et supermarchés de France, concluait à la plus forte hausse des prix depuis cinq ans, dont + 5,2 % rien qu’entre juillet et août 2001 sur les 1500 produits les plus vendus. Tandis que pour la même période, au poste « alimentation », l’Insee trouvait un minuscule 0,2 % ».

Pendant ce temps, du côté des salaires, la règle générale est la régression des rémunérations, en tout cas en terme de pouvoir d’achat. Selon la CGT pour prendre un exemple chiffré, la baisse cumulée de celui–ci serait à la SNCF de 22 % depuis 1982 (alors que, dans cette entreprise nationale et de service public, la productivité a fortement augmenté tandis que de nombreux emplois sont méthodiquement supprimés). Le ministre délégué au budget Alain Lamassoure s’était même fixé, pour la période 2005-2007, de faire baisser la masse salariale et les crédits des administrations de 9,5 milliards d’euros…

Par contre, il n’est pas question d’austérité du côté du patronat et des actionnaires. La part des dividendes reversée aux actionnaires des entreprises du CAC 40 représente la moitié de leurs bénéfices…
Quant au montant des retraites par rapport à celui du coût de la vie, il recule aussi, année après année. La durée de cotisation permettant le départ à la retraite s’allonge de façon continue, et ce, en raison de décisions supranationales. Lors du Conseil européen de Barcelone (15 et 16 mars 2002), il a été décidé – en présence et avec l’accord du Président de la République et de son Premier Ministre socialiste – entre autres mesures antisociales, de repousser de 5 ans l’âge de la retraite. Cette décision, cyniquement contraire à la souveraineté populaire, ignorait les citoyens à quelques semaines de l’élection présidentielle. Durant la campagne de cette élection, le peuple français a été manipulé, au nom du débat droite-gauche, sur des questions déjà tranchées à Barcelone ou à Bruxelles. Il est probable que ce mépris du peuple exprimé par le sommet de Barcelone explique pour une part les résultats du 21 avril.

L’Europe des ethnies déjà prévue par les Waffen SS en 1944

Globalement immergée dans la logique néo-libérale de la mondialisation, l’édification d’une Europe fédérale des « Länder » (régions) a dans notre pays un autre ennemi prioritaire : les entreprises nationalisées et tous les services publics. Son attaque systématique contre le secteur public et nationalisé français est à la fois antinationale et antisociale.

Les privatisations sont en effet d’abord une attaque contre l’une des principales bases économiques de l’indépendance nationale. Cet aspect est souvent ignoré, incompris, voire nié par certains amis qui se qualifient de « souverainistes ». « L’Etat n’a pas à vendre des voitures » répète souvent l’un d’eux, en approuvant la privatisation de Renault. Cette question, au delà des réflexes idéologiques, semble pourtant mériter une réflexion urgente. Et l’on peut ici paraphraser Marx en soulignant qu’aujourd’hui : le Capital financier n’a pas de patrie.

La politique d’indépendance nationale du général de Gaulle avait pu s’appuyer sur la partie « nationale » du capitalisme en France, laquelle est considérablement affaiblie de nos jours. Il est hautement souhaitable en conséquence, de reconstituer les bases économiques et sociales de l’indépendance de la France. De ce point de vue, la défense et la reconquête stratégique d’un secteur public et nationalisé, certes limité mais suffisamment solide, est nécessaires, ainsi que le maintien et la promotion d’entreprises contrôlées par des capitaux nationaux.

Une économie comportant une part de mixité combinant public et privé, dynamisme, efficacité économique et progrès social, correspond cependant aux nécessités et possibilités actuelles de la France. Ce serait une alternative crédible au néo-libéralisme maastrichtien et une réponse à la mondialisation. Les méfaits de celle-ci, les guerres dites préventives qu’elle génère, rendent perceptible par le plus grand nombre le fait que les destructions de ce capitalisme sauvage ont dépassé le seuil du socialement tolérable et conduisent le monde au chaos. Les Nations, les Etats et les peuples devront, au minimum, se donner les moyens de placer le marché en liberté conditionnelle et de mettre l’économie au service de la société.

Le service public a la confiance du peuple qui lui est très attaché. Il favorise la solidarité nationale et l’égalité. Il est efficace même s’il peut être amélioré, y compris de manière paritaire dans sa gestion. Souvent il a démontré sa capacité à être un facteur de progrès social. Ainsi que le rappelle un responsable de la CGT de la fédération des Postes et télécommunications, « En France, le service public est lié à l’histoire de la Nation. Depuis plusieurs siècles, une volonté politique s’est manifestée pour que l’Etat soit partie prenante de l ‘organisation de la réponse aux besoins collectifs, et ce, avant même la Révolution française (qu’on songe à Colbert, par exemple). Mais le contenu le plus fort du service public a été promu lorsque c’est le peuple qui est intervenu : l’exemple le plus marquant, c’est la période de la Libération » (A.Gautheron, « Bastille République Nations », décembre 2003).

Il n’y pas d’argumentation sérieuse, même économique, en faveur du démantèlement du secteur nationalisé et du service public. Son origine est essentiellement idéologique, c’est la sacralisation dogmatique, au nom d’intérêts de classe, de la propriété privée. Les exemples foisonnent qui démontrent qu’en termes de sécurité ou même d’efficacité le dogme de la privatisation n’est en rien une panacée ni une garantie d’efficacité. Les chemins de fer britanniques ou encore le secteur de l’électricité aux USA, en sont des cas d’école. En Belgique, l’explosion catastrophique d’Ath (juillet 2004), due à une fuite de gaz et qui a fait 140 victimes dont au moins 18 morts, nous rappelle, que dans ce pays la gestion du réseau de gaz est réalisée par une société privée : la société Fluxys du Groupe Suez. En France, la privatisation de GDF, qui est à l’ordre du jour, apparaît plus que jamais inopportune.

Pour cette même raison, l’ensemble des républicains et des défenseurs de la souveraineté nationale et populaire ne peut accepter la mise en place de ces soi-disant « services d’intérêt collectif » voulus par Bruxelles, qui conduiraient en fait à la destruction de tous les secteurs et services publics.

Un autre des objectifs majeurs des dirigeants européistes néo-libéraux (de droite comme de gauche) et du MEDEF confondus, est de mettre le feu au Code du travail. Sous prétexte de permettre l’émergence d’un « droit du travail plus efficace », ainsi préparent-ils un retour à des conditions de travail dignes du 19ème siècle. Une nouvelle illustration de cette dérégulation brutale vient d’apparaître : les affaires Bosch en France et Daimler-Chrysler en Allemagne indiquent que le patronat européen entend maintenant utiliser plus systématiquement, plus cyniquement encore le chantage aux délocalisations, pour casser la législation relative au temps de travail et diminuer les salaires.

Il ne peut être question ici d’établir un catalogue de la régression sociale qu’apporte la nature ultra-libérale de cette Europe, qui n’est pas réformable et dont les fondations même devront être éliminées. De nombreux autres exemples pourraient être abordés : quasi-abandon de la recherche fondamentale publique, dont le budget diminue de manière drastique, mise en cause du droit de grève, dégradation inexorable dans le domaine de la santé et de la Sécurité sociale, misère chronique des hôpitaux, etc…

Conséquence de cette véritable situation d’insécurité sociale, le mécontentement s’approfondit dans la Nation. La classe ouvrière, le peuple, font de plus en plus la liaison de cause à effet entre cette Europe et la généralisation des difficultés sur le plan économique et social.
Manifestement, certains dirigeants syndicalistes freinent le mouvement social. C’est le cas à la CFDT qui porte une lourde responsabilité par rapport au monde du travail. Mais elle n’est pas la seule à avoir des dirigeants défaillants ou capitulards. Il est devenu urgent que la base syndicale et populaire ne se laisse plus désorienter par des responsables qui ne veulent pas lutter car ils se sont placés dans une perspective stratégique totalement illusoire, celle de la quête incantatoire d’une « Europe sociale » qui constitue l’objectif démagogique et de façade de la social-démocratie fédéraliste et de ses satellites.

Nous devons faire confiance au peuple et en particulier au peuple laborieux. Car c’est bien le peuple de France, et lui seul, qui a la capacité de rétablir sa souveraineté, de réaffirmer la République une et indivisible, l’indépendance de notre pays et de reprendre en main la définition d’une politique économique et sociale conforme aux intérêts de la Nation. Cette politique doit être décidée à Paris et non à Washington, Berlin, Bruxelles ou ailleurs.

Le mouvement social, le combat des patriotes, qui dans leur masse sont des républicains véritables, riches de leurs sensibilités diverses, celui de tous les citoyens attachés à l’indépendance, sont convergents sur l’essentiel. Dans des limites évidentes, leurs acteurs sont des alliés objectifs, même si la conscience de cette réalité concrète est bien loin d’être générale chez les uns ou les autres.

Cette question des alliances est plus que jamais fondamentale.
On entend parfois dire que la sensibilité de nos concitoyens attachés à la France serait le plus souvent de droite, que celle-ci serait davantage porteuse des valeurs nationales (notion très contestable actuellement et qui fut totalement fausse pendant la Résistance), et qu’une alliance entre la droite « souverainiste » et l’extrême-droite nationaliste (mais en réalité souvent pétainiste) pourrait permettre de rétablir la souveraineté nationale. Nous avons affaire ici à un mirage et cette démarche est totalement contre-productive. Elle est contraire à une politique nécessaire de rassemblement du peuple de France. Celui-ci est maintenant une perspective crédible et serait la voie la plus sérieuse, la plus efficace et la moins coûteuse selon le Comité Valmy, car elle correspond aux intérêts directs de l’immense majorité des citoyens de notre pays qui, l’avenir le démontrera, est viscéralement patriote.

La patrie est en danger. La République aussi qui, dans la perspective d’Europe fédérale des « Länder », doit être démantelée ; son unité est déjà mise en cause sous prétexte de régionalisation et de décentralisation. La vie économique et sociale se détériore rapidement en raison de l’ultra-libéralisme mondialiste de cette Europe. Par exemple, les Restaurants du cœur, ces soupes populaires du 21ème siècle, ont distribué 61,5 millions de repas à 610 000 personnes en 2003, enregistrant, ainsi que les autres organisations de solidarité, une hausse de 10 % de leur fréquentation. Le peuple de France est gravement pénalisé. Il voit ses conditions d’existence régresser brutalement et la pauvreté exploser.

A partir de ces réalités, il s’agit maintenant de trouver le chemin le meilleur pour une contre-offensive populaire convergente que l’on peut estimer dès maintenant potentiellement majoritaire. Pour conduire à la victoire, ce chemin passe par l’union de notre peuple et la recherche d’un compromis historique qui pourrait prendre la forme d’un front uni républicain, patriotique et de progrès social. Ce rassemblement sera opposé à un autre front, celui des fédéralistes, que ceux-ci se réclament de la droite ou se prétendent de gauche et qui sont, en pratique, hostiles à la nation ainsi qu’à la République une, indivisible, laïque et sociale.
Ainsi, en cette période historique décisive pour l’avenir de la France, notre peuple doit travailler à s’ unir sur ces trois axes solidaires et essentiels que sont la souveraineté populaire et nationale, la République et la question sociale.

Notre référence est le rassemblement de la Résistance en France, pendant la deuxième guerre mondiale, ainsi que le programme national, républicain et de progrès social du Conseil National de la Résistance. Aujourd’hui, il apparaît comme nécessaire et urgent, dans son esprit et de manière pluraliste, d’élaborer une Charte Nationale et Républicaine et de convoquer des Assises de la République. Nous en sommes persuadés : cette démarche de convergence, d’alliance et de front uni peut permettre d’ouvrir une perspective nouvelle et crédible, pour assurer la pérennité du destin de la France.

L’actuelle construction européenne supranationale n’est pas amendable car elle nie les peuples, les nations et même la démocratie. Une autre Europe reste-t-elle possible, qui ne déboucherait pas inéluctablement sur la supranationalité et le fédéralisme ? Certains le souhaitent et la question reste ouverte, mais elle ne pourrait certainement pas se réaliser sur des fondations telles que posées à Maastricht.

La seule voie réaliste nous semble devoir passer par des alliances stratégiques entre Etats dans le respect des souverainetés et des peuples.

Dans cette logique, le Comité Valmy estime qu’une alliance européenne stratégique, non atlantiste et exempte de volonté hégémonique ou de création d’un nouvel empire concurrent, est souhaitable probablement pour une longue période historique. Elle s’enracinerait sur le développement de la solidarité ainsi que sur la souveraineté des peuples et des nations ; sur la conjugaison de leurs intérêts réciproques et sur la définition méthodique de leurs objectifs communs, économiques, sociaux et politiques. En tout premier lieu, cette Europe des nations serait au service de la défense de la paix dans le monde, menacée d’abord par la volonté hégémonique et par la stratégie de guerres préventives de l’Empire américain, et également par divers fanatismes religieux et politiques qui se stimulent réciproquement.

Cette alliance contraire à la logique mondialiste, constituée autour de ces réalités objectives que sont les nations et les peuples, permettrait de créer un puissant pôle anti-impérialiste, favorisant le nouvel équilibre mondial aujourd’hui nécessaire. Une ligne Paris- Moscou- Berlin pourrait en être l’épine dorsale naturelle. Cela impliquerait que l’Allemagne ait abandonné son actuelle volonté d’hégémonie plus ou moins « douce » sur l’Europe.

Cette alliance rechercherait des relations d’entente et de coopération avec des pays tels que la Chine, l’Inde, le Brésil et les autres peuples du monde, notamment ceux d’Afrique et de l’arc méditerranéen. Naturellement, les pays de la Francophonie pourraient, dans la mesure où ils le souhaiteraient, être associés en priorité à cette démarche de paix, de solidarité et de progrès pour un monde multipolaire.

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Claude Beaulieu, président du Comité Valmy.

 Blum, Byrnes et Jean Monnet 1er janvier 1946

Blum, Byrnes et Jean Monnet 1er janvier 1946

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Wall Street : le chaînon manquant Trump – Chine

Publié le par Felli Bernard

Wall Street : le chaînon manquant Trump – Chine

Wall Street :
le chaînon manquant
Trump – Chine

Par Pepe Escobar – Le 29 septembre 2016 – Source Russia Today

Le yuan est sur le point d’entrer dans le panier du FMI des monnaies de réserve ce samedi − aux côtés du dollar américain, de la livre sterling, de l’euro et du yen. Ceci n’est rien moins qu’un tremblement de terre géoéconomique.


Non seulement cela représente encore une autre étape sur le chemin irrésistible de la Chine vers la primauté économique, mais l’inclusion de la monnaie chinoise dans le panier des monnaies des droits de tirage spéciaux (DTS) conduira aussi les banques centrales et les fonds hyper-riches − en particulier des États-Unis – à acheter de plus en plus d’actifs chinois.

Lors du premier débat présidentiel américain, Donald Trump n’a pas fait de quartier, critiquant la manipulation de la monnaie par la Chine. Voici ce qu’il a dit :

«Regardez ce que la Chine fait à notre pays en termes de fabrication de nos produits, ils dévaluent leur monnaie et il n’y a personne dans notre gouvernement pour les combattre … Ils utilisent notre pays comme une tirelire pour reconstruire la Chine, et beaucoup d’autres pays font la même chose.»

En vérité, la Chine ne «fait pas nos produits». Le produit est fabriqué en Chine − ensuite exporté vers les États-Unis. L’essentiel des profits bénéficie aux entreprises des États-Unis − tout, depuis la conception, les licences d’exploitation et les redevances publicitaires, jusqu’au financement et aux marges du commerce de détail. Si les slogans parviennent à énoncer une vérité partielle : les États-Unis ont perdu des emplois manufacturiers en Chine, la Chine est l ‘ «usine du monde» ; ils ne précisent pas la vérité cachée qui veut que ceux qui en profitent sont essentiellement les grandes entreprises US.

La Chine ne «dévalue» pas sa monnaie. La Banque populaire de Chine ajuste périodiquement le yuan dans une marge de fluctuation très étroite. Les principaux praticiens de l’assouplissement quantitatif (QE) [largage d’argent par hélicoptère] sont en fait les États-Unis, le Japon et la Banque centrale européenne (BCE). Et la monnaie du commerce mondial des biens de consommation continue d’être le dollar américain, et non pas le yuan.

Pékin n’utilise pas non plus «notre pays comme une tirelire pour reconstruire la Chine». C’est juste une affaire de balance des paiements. Les dollars que les consommateurs américains dépensent avec des produits Made in China − beaucoup d’entre eux délocalisés par des sociétés américaines − retournent vers les États-Unis sous forme d’entrée de capitaux qui maintiennent des taux d’intérêt bas et aident à soutenir l’hégémonie mondiale de l’empire du Chaos.

Win-win, à la sauce Wall Street

La durée d’attention de Trump est notoirement minimaliste. Si ses conseillers réussissaient à imprimer − tweeter ? − quelques vannes laconiques dans son cerveau, il serait en mesure d’expliquer à l’opinion publique américaine comment le jeu des États-Unis et de la Chine est vraiment joué, quelque chose que toutes les parties concernées, dans les deux pays, connaissent par cœur.

Et le chaînon manquant − crucial − dans le jeu est Wall Street.

Voilà comment cela fonctionne. Un fonds spéculatif puissant [en quête d’un rendement maximum, NdT] approche une société américaine et / ou une grande entreprise avec «une offre que vous ne pouvez pas refuser» : délocaliser en Chine. Cela implique nécessairement que tous les actifs de l’entreprise sont re-hypothéqués dans une comptabilité à double entrée à Wall Street.

Wall Street gagne par l’une des deux façons, soit en finançant la délocalisation − et la perte d’emplois correspondants au bénéfice de à la Chine, soit en achetant l’entreprise qui refuse de délocaliser.

Ensuite, ils vont arbitrer l’enveloppe salariale concernant les produits qui étaient auparavant Made in USA et sont maintenant Made in China en prenant en compte l’écart salarial important entre les États-Unis et la Chine, ce qui joue également sur le taux de change entre le dollar américain et le yuan.

La Chine, pour sa part, recycle ses dollars américains en achetant des bons du Trésor des États-Unis. Ceci, bien sûr, maintient élevé le prix des obligations, et contribue à maintenir faible les taux d’intérêts américains.

En effet, tout est au top : le prix des obligations, le dollar américain utilisé partout dans le monde, et le taux de change. Les dollars américains continuent d’entrer frénétiquement dans l’économie américaine, pour être ensuite − en théorie − utilisés pour continuer frénétiquement d’acheter des produits Made in China.

Bien sûr, le prix aux États-Unis d’un produit Made in China est faible − ce qui est assez incitatif pour que les entreprises américaines maintiennent essentiellement le peuple américain au chômage [ou avec des bas salaires, NdT]. Comme Steve Jobs l’a une fois fameusement proclamé : «Ces emplois ne reviendront pas».

Le taux de change du dollar américain continuera à être élevé aussi longtemps que la Chine − et d’autres − recycleront leurs dollars américains excédentaires pour acheter en masse des bons du Trésor des États-Unis. Le point crucial est que ces dollars ne pénètrent jamais dans l’économie réelle. Ils sont en quelque sorte piégés, soit dans les couches supérieures extrêmement confortables du capitalisme casino de Wall Street ou dans les banques Too Big To Fail [trop grosses pour faire faillite] de plus en plus rares. Et la Fed veut que le jeu se poursuivre indéfiniment, afin d’éviter un effondrement du taux d’intérêt.

Pékin pour sa part joue le jeu avec délectation. Comme premier géant mondial à l’exportation, l’ordre du jour est de solidifier − et développer − le savoir faire de la fabrication afin de parvenir à un statut de nation à revenu modéré au début de la prochaine décennie.

Bilan final : pour récupérer les emplois manufacturiers, comme il l’a fortement claironné − et promis, Trump devra mettre au pas l’ensemble de l’oligarchie financière de Wall Street.

Donc, pas étonnant que ces oligarques − responsables de l’expédition de tous les emplois manufacturiers américains en Asie, ayant aussi abondamment profité du sauvetage des Too Big To Fail [en 2008 -2009], en mode racket − le haïssent de toutes leurs tripes plaquées or.

Envoyer au diable les Too Big to Fail

Malgré toute son incapacité à formuler des pensées au-dessus des compétences linguistiques d’un élève de troisième, Trump a empilé des propositions étonnantes qui résonnent sauvagement, bien au-delà de l’auditoire du «panier des déplorables».

Trump est contre la guerre froide 2.0 et le pivot vers l’Asie, quand il dit «ne serait-il pas agréable de s’entendre avec la Russie et la Chine pour un changement ?»

Il n’a pas rien moins que préempté la Troisième Guerre mondiale quand il a dit qu’il serait contre une première frappe nucléaire américaine.

Il abhorre totalement le libre-échange globalisé − de l’ALENA au TPP et au TTIP − parce qu’il a «vidé la vie des travailleurs américains», lorsque les sociétés américaines − à l’incitation de Wall Street − ont délocalisé puis importé aux US sans droits de douane.

Trump était même ouvert à l’idée de nationaliser les banques de Wall Street après la crise financière de 2008.

Nous sommes donc confrontés au spectacle surréaliste ultime d’un milliardaire dénonçant la mondialisation des entreprises, qui a été responsable du laminage d’innombrables emplois décents de cols bleus et de leurs avantages sociaux appartenant à la classe moyenne inférieure des États-Unis − pour ne pas mentionner la transformation en otages publics des infrastructures pourrissantes. Et tout cela sans entendre absolument personne, dans l’establishment américain, condamner le transfert massif de richesses, le plus invraisemblable dans l’histoire, vers les 0,0001%.

Si dans les deux prochains débats présidentiels Trump pointe le chaînon crucial manquant dans le panorama − Wall Street − il pourrait bien se verrouiller comme gagnant infaillible.

Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007), Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009), Empire of Chaos (Nimble Books) et le petit dernier, 2030, traduit en français.

Traduit et édité par jj, relu par Cat pour le Saker Franco

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Clinton, Daech, Seoud : les liaisons dangereuses

Publié le par Felli Bernard

C'est confirmé : l'Arabie saoudite et le Qatar ont bien fourni un soutien financier et logistique à l'Etat Islamique. Et la source n'est pas n'importe laquelle puisqu'il s'agit de l'hilarante Clinton en personne au travers de ses mails piratés !
C'est confirmé : l'Arabie saoudite et le Qatar ont bien fourni un soutien financier et logistique à l'Etat Islamique. Et la source n'est pas n'importe laquelle puisqu'il s'agit de l'hilarante Clinton en personne au travers de ses mails piratés !

Clinton, Daech, Seoud : les liaisons dangereuses

11 Octobre 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Etats-Unis

C'est confirmé : l'Arabie saoudite et le Qatar ont bien fourni un soutien financier et logistique à l'Etat Islamique. Et la source n'est pas n'importe laquelle puisqu'il s'agit de l'hilarante Clinton en personne au travers de ses mails piratés !

Dans son courrier électronique du 17 août 2014, elle écrit noir sur blanc :

The governments of Qatar and Saudi Arabia are providing clandestine financial and logistic support to ISIL and other radical Sunni groups in the region.

Cela ne gêne apparemment pas la candidate démocrate dont la campagne électorale a été financée à hauteur de 20 millions de $ par ces mêmes Saoudiens. Pour Riyad : Daech/Clinton, même combat !

Si les fidèles lecteurs du blog ne seront pas surpris par cette révélation, l'on peut déjà sentir l'immense malaise de la mafia médiatique. Voilà en effet une information infiniment plus scandaleuse et importante que les petites phrases de Trump, mais qui touche le système impérial en son coeur. Imaginez un peu le Figaro de Dassault alors que l'avionneur rêve de vendre ses Rafales à l'Arabie wahhabite et au Qatar, l'imMonde "sorosisé", Flamby Ier qui a décoré le prince héritier de la Maison des Seoud de la Légion d'honneur... Imaginez enfin cette pauvre Clinton, déjà retournée comme une crêpe lors du second débat et qui voit une nouvelle casserole s'accrocher à ses basques, elle qui ne marche déjà pas toujours très droit...

Gageons que le landerneau impérial paniqué fera tout pour que l'on n'en entende pas parler.

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Vétos croisés au Conseil de sécurité

Publié le par Felli Bernard

Vétos croisés au Conseil de sécurité

Journal du changement d’ordre mondial #7

Vétos croisés au Conseil de sécurité

par Thierry Meyssan

Réseau Voltaire | Damas (Syrie) | 9 octobre 2016

Le Conseil de sécurité s’est réuni le 8 octobre 2016 pour débattre non seulement de la proposition de résolution franco-espagnole sur la Syrie, mais aussi d’une contre-proposition russe. Sans surprise, les deux textes ont été rejetés par les vétos de la Russie pour le premier, du bloc atlantiste pour le second.

C’est la première fois dans l’histoire du Conseil qu’une telle situation se présente.

La proposition française visait à empêcher la Syrie et la Russie d’appliquer la résolution 2249 qui « demande aux États Membres (…) de redoubler d’efforts et de coordonner leur action en vue de prévenir et de mettre un terme aux actes de terrorisme commis en particulier par l’ÉIIL, également connu sous le nom de Daech, ainsi que par le Front el-Nosra et tous les autres individus, groupes, entreprises et entités associés à Al-Qaida ». De manière contradictoire, le texte français faisait référence à l’accord russo-états-unien de cessation des hostilités (selon lequel les États-Unis doivent séparer les rebelles modérés des jihadistes extrémistes), tout en interdisant de bombarder les extrémistes et de survoler non seulement Alep-Est, mais aussi Alep-Ouest.

La proposition russe faisait également référence à l’accord de cessation des hostilités, mais saluait l’application de la résolution 2249 contre les jihadistes.

Clôturant l’épisode de la cessation des hostilités, la katiba Jund al-Aqsa (issue d’Al-Qaïda et donc considérée par tous comme « extrémiste ») a rejoint officiellement le Front Fateh al-Cham (nouvelle appelation du Front Al-Nosta après sa séparation à l’amiable d’Al-Qaïda).

Mettant en cause l’Otan, le représentant russe, Vitali Tchourkine, a conspué ses collègues en déclarant : « Le représentant permanent du Royaume-Uni vient de s’écrier pathétiquement : "Arrêtez maintenant !" C’est vrai, arrêtez tout de suite de soutenir toute sorte de racaille dans le monde entier, que ce soient des extrémistes, des terroristes et tous ceux qui s’amusent à déstabiliser la situation dans tel ou tel pays. De manière générale, arrêtez de vous immiscer dans les affaires des autres États souverains, abandonnez vos habitudes coloniales, laissez le monde tranquille. Cela permettra d’assainir la situation dans plusieurs régions du monde ».

De son côté, le représentant de la Syrie, Bachar Jafari, a poursuivi : « Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni saisissent depuis six ans le Conseil, une séance après l’autre, sponsorisent les projets de déclarations, et ce, pour induire en erreur l’opinion publique en montrant qu’ils cherchent à résoudre la crise dans mon pays ».

La Chine a voté pour la proposition russe, mais a préféré s’abstenir que d’opposer son véto à la proposition française.

Les vétos croisés ont délié les langues et de nombreux responsables politiques, comme le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, qui, dans un entretien avec Bild, a mis en garde ses concitoyens face au risque de Guerre Mondiale.

En Syrie cependant, on ne croit pas que Washington mettra ses menaces à exécution et bombardera le pays, ou tout au moins son armée. La libération du pays se poursuit, notamment avec un recul toujours plus marqué des jihadistes à Alep.

Simultanément, la situation s’est tendue en Irak. Bagdad ne semble pas être sur la même longueur d’ondes que la Coalition internationale anti-Daesh à propos de la libération de Mossoul, occupée par les jihadistes. Les non-dits ont été explicités par le président turc Recep Tayyip Erdoğan sur la chaîne saoudienne RotanaTV (propriété du prince Walid Ben Talal, ambassadeur officieux du royaume en Israël). Reprenant ses propos au quotidien turc Sabah, il a annoncé qu’une fois Mossoul libéré de Daesh, sa population devait rester telle que Daesh l’avait épurée, c’est-à-dire exclusivement sunnite. En outre, il a rappelé que la Turquie maintenait ses troupes sur place, malgré l’opposition de Bagdad, parce qu’elle avait un droit historique sur la ville.

De nombreux Irakiens ont interprété ces propos irrédentistes comme l’annonce d’une possible occupation turque de la ville, après celle de Daesh.

À Sanaa, un missile non identifié a tué 140 Yéménites venus célébrer le deuil du père du ministre de l’Intérieur. Le général Jalal al-Rouichène avait été nommé à ce poste par le président Abd Rabbo Mansour Had. Il est resté à ce poste dans le gouvernement mis en place par les révolutionnaires Houthis et est donc considéré comme un traître par les Saoudiens. Soupçonnée d’être à l’origine du tir, l’Arabie saoudite a démenti son implication et affirmé ne pas voir bombardé Sanaa ce jour-là. Mais ce communiqué de Riyad ne disculpe pas les alliés de l’Arabie saoudite qui participent à la guerre contre le Yémen.

Thierry Meyssan

Thierry Meyssan

Consultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Dernier ouvrage en français : L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007). Compte Twitter officiel.

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Que peuvent les Russes face à une attaque américaine en Syrie ?

Publié le par Felli Bernard

Que peuvent les Russes face à une attaque américaine en Syrie ?

Que peuvent les Russes face à une attaque américaine en Syrie ?

Aux dernières nouvelles, la Russie a lancé un ultimatum passif aux États-Unis sur la Syrie

Par The Saker – Le 5 octobre 2016 – Source The Saker

Les tensions entre la Russie et les États-Unis ont atteint un niveau sans précédent. Je suis totalement d’accord avec les participants à l’émission CrossTalk, la situation est même pire et plus dangereuse que pendant la crise des missiles cubains. Les deux camps se dirigent maintenant vers ce qu’on appelle un Plan B qui, pour le dire simplement, représente au mieux pas de négociations et, au pire, une guerre entre la Russie et les États-Unis.

L’essentiel à comprendre dans la position russe, dans d’autres conflits récents avec les Etats-Unis, est que la Russie est toujours beaucoup plus faible qu’eux et qu’elle ne veut par conséquent pas la guerre. Cela ne signifie pas pour autant qu’elle ne s’y prépare pas activement. En réalité, elle le fait intensément et activement. Tout cela signifie que si un conflit éclatait, la Russie essaierait, autant qu’elle le peut, de le maintenir aussi limité que possible.

Théoriquement, les niveaux possibles de confrontation sont, en gros, les suivants :

  1. Une impasse militaire du genre Berlin 1961. On pourrait dire que c’est déjà en cours en ce moment, quoique à distance et de manière moins visible.
  2. Un incident militaire unique, comme ce qui est s’est passé récemment lorsque la Turquie a abattu un SU-24 russe et que la Russie a choisi de ne pas riposter.
  3. Une série d’affrontements localisés semblables à ce qui se passe actuellement entre l’Inde et le Pakistan.
  4. Un conflit limité au théâtre de guerre syrien (disons comme une guerre entre le Royaume-Uni et l’Argentine à propos des îles Malouines).
  5. Une confrontation régionale ou mondiale entre les États-Unis et la Russie.
  6. Une guerre thermonucléaire totale entre les États-Unis et la Russie.

Pendant mes années d’études en stratégie militaire, j’ai participé à de nombreux exercices d’escalade et de désescalade, et je peux attester que s’il est très facile de trouver des scénarios d’escalade, j’attends encore de voir un scénario de désescalade crédible. Ce qui est possible, cependant, c’est l’«escalade horizontale» ou «escalade asymétrique», dans laquelle un camp choisit de ne pas faire monter les enchères ou de pratiquer directement l’escalade, mais choisit plutôt une autre cible de représailles, pas nécessairement plus utile, seulement différente, mais de même niveau d’importance conceptuelle (aux États-Unis, Joshua M. Epstein et Spencer D. Bakich ont fait la plus grande partie du travail novateur à ce sujet).

La principale raison pour laquelle nous pouvons nous attendre à ce que le Kremlin tente de trouver des options asymétriques pour répondre à une attaque des États-Unis est que dans le contexte syrien, la Russie est désespérément sous-armée par rapport aux États-Unis/OTAN, du moins quantitativement. La solution logique pour les Russes est d’utiliser leur avantage qualitatif ou de chercher des «cibles horizontales» comme options possibles pour des représailles. Cette semaine, quelque chose de très intéressant et de très inhabituel s’est produit : le major-général Igor Konachenkov, le chef de la Direction du service de presse et d’information du ministère de la Défense de la Fédération de Russie, a ouvertement mentionné l’une de ces options. Voici ce qu’il a dit :

«En ce qui concerne les menaces de Kirby [porte-parole du Département d’État] sur de possibles pertes d’avions russes et le renvoi de soldats russes en Russie dans des sacs mortuaires, je voudrais dire que nous savons exactement où et comment de nombreux «spécialistes non officiels» opèrent en Syrie et dans la province d’Alep, et nous savons qu’ils sont impliqués dans la planification opérationnelle et supervisent les interventions des militants. Bien sûr, on peut continuer à insister sur le fait qu’ils sont impliqués sans succès dans la tentative de séparer les terroristes de al-Nusra des forces de l’«opposition». Mais si quelqu’un tente de mettre ces menaces à exécution, il n’est pas du tout certain que ces militants auront le temps de se sortir de là.»

Sympathique, non ? Konachenkov semble menacer les «militants», mais il est sûr de mentionner qu’il y a beaucoup de «spécialistes non officiels» parmi ceux-ci et que la Russie sait exactement où ils sont et combien il y en a. Bien sûr, officiellement Obama a déclaré qu’il y a quelques centaines de conseillers spéciaux en Syrie. Une source russe bien informée suggère qu’il y a plus de 5 000 conseillers étrangers auprès des Takfiris, y compris environ 4 000 Américains. Je suppose que la vérité est quelque part entre ces deux chiffres.

Donc la menace russe est simple : vous nous attaquez et nous attaquerons les forces étasuniennes en Syrie. Bien sûr, la Russie niera farouchement viser les militaires américains et insistera pour dire que l’attaque n’était dirigée que contre des terroristes, mais les deux camps comprendront ce qui se passe ici. Fait intéressant, la semaine dernière, l’agence de presse iranienne Fars a rapporté qu’une telle attaque russe avait déjà eu lieu :

30 agents israélien du renseignement extérieur tués dans une attaque de missile Kalibr russe à Alep : 

«Les navires de guerre russes ont tiré trois missiles Kalibr sur la salle des opérations de coordination d’officiers étrangers dans la région de Dar Ezza dans la partie ouest d’Alep, près de la montagne Sam’an, tuant 30 officiers israéliens et étrangers», a annoncé le service en arabe de l’agence de presse russe Sputnik, citant une source du champ de bataille d’Alep qui l’a dit mercredi. La salle des opérations était située dans la partie occidentale de la province d’Alep au milieu de la haute montagne Sam’an et d’anciennes grottes. La région est profondément insérée dans une chaîne montagneuse. Plusieurs officiers américains, turcs, saoudiens, qataris et britanniques ont aussi été tués en même temps que les officiers israéliens. Les officiers étrangers qui ont été tués dans la salle des opérations d’Alep dirigeaient les attaques des terroristes à Alep et Idlib.»

Que cela se soit vraiment passé ou que les Russes diffusent de telles histoires pour indiquer que cela pourrait arriver, le fait reste que les forces étasuniennes en Syrie pourraient devenir une cible évidente pour une riposte russe, par missile de croisière, bombes traditionnelles ou opération directe par les forces spéciales russes. Les États-Unis ont aussi plusieurs installations militaires secrètes en Syrie, y compris au moins un aérodrome avec des avions à rotors basculants à mission multiple V-22.

Un autre développement intéressant a été l’information rapportée par Fox News selon laquelle les Russes déploient des S-300V (c’est-à-dire des systèmes anti-missiles et anti-aériens SA-23 Gladiator) en Syrie. Lisez cet excellent article pour une analyse détaillée des capacités de ce système anti-missile. Je le résumerai en disant que les S-300V peuvent contrer des missiles balistiques, des missiles de croisière, des avions radar à très basse altitude (furtifs) et des avions AWACS. C’est un système de défense aérienne au niveau d’une armée ou d’un corps d’armée, tout à fait capable de défendre la plus grande partie de l’espace aérien syrien, mais aussi d’atteindre la Turquie, Chypre, la Méditerranée orientale et le Liban. Les radars puissants de ce système pourraient non seulement détecter et accrocher des avions américains (y compris furtifs) à longue distance, mais ils pourraient aussi fournir une aide énorme aux quelques avions de combat russes assurant la supériorité aérienne en leur fournissant une image claire du ciel et de l’aviation ennemie en utilisant des liaisons cryptées. Enfin, la doctrine aérienne étasunienne est extrêmement dépendante de l’usage des avions AWACS pour guider et soutenir les combattants américains. Les S-300V contraindront les AWACS des USA/OTAN à opérer à des distances très inconfortables. Entre les radars à longue portée des Sukhoi russes, les radars sur les croiseurs russes au large de la côte syrienne et les radars des S-300 et S-300V au sol, les Russes auront une bien meilleure vision de la situation que leurs homologues américains.

Il semble que les Russes s’efforcent de compenser leur infériorité numérique en déployant des systèmes haut de gamme pour lesquels les États-Unis n’ont pas de véritable équivalent ni de bonnes contre-mesures.

Il y a essentiellement deux possibilités de dissuasion : le déni, lorsque vous empêchez votre ennemi de frapper ses cibles, et la riposte, lorsque vous rendez les coûts d’une attaque ennemie inacceptables pour lui. Les Russes semblent suivre les deux pistes à la fois. Nous pouvons donc résumer l’approche russe de la manière suivante :

  1. Retarder autant que possible une confrontation en gagnant du temps.
  2. Tenter de maintenir toute confrontation au niveau d’escalade le plus bas possible.
  3. Si possible, répliquer avec des escalades asymétriques/horizontales.
  4. Plutôt que de l’«emporter» contre les USA/OTAN, rendre les coûts de l’attaque trop élevés.
  5. Essayer de faire pression sur les «alliés» des États-Unis dans le but de créer des tensions au sein de l’Empire.
  6. Essayer de paralyser les États-Unis au niveau politique en rendant les coûts d’une attaque politiquement trop onéreux.
  7. Essayer de créer progressivement les conditions sur le terrain (Alep) qui rendent futile une attaque des États-Unis.

Pour ceux qui ont grandi avec les films de Hollywood et qui continuent à regarder la télévision, ce genre de stratégie ne suscitera que frustration et condamnation. Il y a des millions de stratèges en chambre qui sont sûrs qu’ils pourraient faire un bien meilleur travail que Poutine pour contrer l’Empire US. Ces gens nous ont dit depuis des années maintenant que Poutine a «vendu» les Syriens (et les Novorusses) et que les Russes devraient faire ceci ou cela pour vaincre l’Empire anglosioniste. La bonne nouvelle est qu’aucun de ces stratèges en chambre n’est au Kremlin et que les Russes s’en sont tenus à leur stratégie ces dernières années, un jour après l’autre, même lorsqu’ils étaient critiqués par ceux qui veulent des solutions rapides et «faciles». Mais la principale bonne nouvelle est que la stratégie russe fonctionne. Non seulement l’Ukraine occupée par les nazis est en train de s’effondrer, mais les États-Unis sont fondamentalement à court d’options en Syrie (voir cette excellente analyse de mon ami Alexander Mercouris dans The Duran).

La seule étape logique qui reste pour les États-Unis en Syrie est d’accepter les conditions de la Russie ou de s’en aller. Le problème est que je ne suis pas convaincu que les néocons, qui dirigent la Maison Blanche, le Congrès et les médias dominants américains, soient «rationnels». C’est pourquoi les Russes ont recouru à tant de tactiques dilatoires et pourquoi ils ont agi avec une aussi grande prudence : ils affrontent des idéologues professionnels incompétents qui ne se conforment tout simplement pas aux règles non écrites, mais claires, qui président à des relations internationales civilisées. C’est ce qui rend la crise actuelle encore beaucoup plus grave que la crise des missiles cubains : une superpuissance est clairement devenue folle.

Les Américains sont-ils assez fous pour risquer une Troisième Guerre mondiale à cause d’Alep ?

Peut-être que oui, peut-être que non. Mais qu’en est-il si nous reformulons la questions et demandons…

Les Américains sont-ils assez fous pour risquer une Troisième Guerre mondiale afin de maintenir leur statut de «nation indispensable dans le monde», de «dirigeant du ‘monde libre’», de «Cité sur la colline» et tout le reste de leur non-sens impérialiste ?

Là, je suggérerais que oui, ils en sont potentiellement capables.

Après tout, les néocons ont raison lorsqu’ils ont le sentiment que si la Russie se met à défier ouvertement les États-Unis et à les vaincre en Syrie, personne ne prendra plus jamais les anglosionistes au sérieux [dans leur posture exceptionnaliste, NdT].

Que croyez-vous que pensent les néocons lorsqu’ils voient le président des Philippines qualifier publiquement Obama de «fils de pute» et puis dit à l’Union européenne d’«aller se faire foutre» ?

Bien sûr, les néocons peuvent encore trouver un certain réconfort dans la soumission abjecte des élites politiques européennes, mais ils savent que l’inscription est sur le mur 1 et que leur Empire tombe rapidement en ruines, non seulement en Syrie, en Ukraine ou en Asie mais même aux États-Unis. Le plus grand danger ici est que les néocons puissent tenter de rassembler la nation autour de son drapeau, soit en mettant en scène une nouvelle action sous fausse bannière soit en déclenchant une véritable crise internationale.

En ce moment précis, tout ce que nous pouvons faire est d’attendre en espérant qu’il y ait suffisamment de résistance au sein du gouvernement pour empêcher une attaque des États-Unis sur la Syrie avant que la nouvelle administration entre en fonction. Et tandis que je ne suis pas un partisan de Trump, je serais d’accord que Hillary et sa méchante cabale de néocons russophobes est si mauvaise que Trump me donne quelque espoir, du moins par rapport à Hillary.

Donc si Trump l’emporte, la stratégie de la Russie sera fondamentalement justifiée. Une fois que Trump est à la Maison Blanche, il y a au moins la possibilité d’une redéfinition complète des relations entre les États-Unis et la Russie, qui commenceraient évidemment par une désescalade en Syrie. Alors que Obama/Hillary refusent catégoriquement de se débarrasser de Daesh (par là, je veux dire al-Nusra, al-Qaïda et toutes leurs diverses dénominations), Trump semble déterminé à les combattre sérieusement, même si cela signifie que Assad reste au pouvoir. Il y a très certainement une base pour un dialogue ici. Si Hillary gagne, alors les Russes devront faire un choix absolument crucial : quelle est l’importance de la Syrie dans le contexte de leur objectif de rendre à nouveau la Russie souveraine et faire tomber l’Empire anglosioniste ? Une autre manière de formuler la même question est : «La Russie préférerait-elle une confrontation avec l’Empire en Syrie ou en Ukraine ?»

Une façon d’évaluer l’état d’esprit en Russie est d’examiner le langage d’une loi récente proposée par le président Poutine et adoptée par la Douma et relative à l’Accord entre la Russie et les États-Unis sur la gestion et l’élimination du Plutonium (PMDA dans son sigle anglais), qui, de nouveau, a vu les États-Unis échouer encore une fois à remplir leurs obligations, et que la Russie a maintenant suspendu. Ce qui est intéressant est le langage choisi par les Russes pour énumérer les conditions auxquelles ils recommenceraient à participer à cet accord et, fondamentalement, seraient d’accord pour reprendre tout type de négociations sur l’armement :

  1. Une réduction de l’infrastructure militaire et du nombre de troupes américaines stationnées sur le territoire des États membres de l’OTAN qui ont rejoint l’alliance après le 1er septembre 2000, aux niveaux où ils étaient au moment où l’accord original est entré en vigueur.
  2. L’abandon de la politique hostile des États-Unis à l’égard de la Russie, ce qui exigerait l’abolition de la Loi Magnitsky de 2012 et des conditions de la Loi sur le soutien à la liberté de l’Ukraine de 2014, qui étaient dirigées contre la Russie.
  3. L’abolition de toutes les sanctions imposées par les États-Unis sur certains ressortissants de la Fédération de Russie, individus et entités légales russes.
  4. La compensation de tous les dommages subis par la Russie en raison de l’imposition de sanctions.
  5. Les États-Unis sont aussi tenus de soumettre un plan clair pour l’élimination irréversible du plutonium couverte par le PMDA.

Non, les Russes ne délirent pas. Ils savent très bien que les États-Unis n’accepteront jamais de telles conditions. Donc de quoi s’agit-il réellement ? C’est une façon diplomatique mais sans ambiguïté de leur dire exactement la même chose que le président philippin Duterte (et Victoria Nuland) a dit à l’Union européenne.

Les Américains devraient commencer à faire attention.

The Saker

Article original paru sur The Unz Review

Traduit par Diane, vérifié par jj pour le Saker francophone

  1. « L’inscription sur le mur », un idiotisme, est un présage de destin douloureux ou de malheur. Il est tiré du Livre de Daniel où un écrit surnaturel prédit la chute de Babylone. La version anglaise « The writing on the wall » est très utilisée dans la littérature. Wikipédia

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Diplomatie française : de l’influence à l’effacement

Publié le par Felli Bernard

Diplomatie française : de l’influence à l’effacement

9

Oct

2016

Diplomatie française : de l’influence à l’effacement

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 29-08-2016

« Si vous exercez une influence, feignez au moins de l’ignorer » nous rappelle fort à propos Henry de Montherlant dans ses Carnets. Tel n’est pas le cas de la France (le président de la République, François Hollande et son ex-ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius qui fut souvent étranger aux Affaires) qui proclament urbi et orbi que la diplomatie française est avant tout une diplomatie d’influence. Parfois, cette pétition de principe prend la forme de brochure glacée de 200 pages à prétention pseudo-scientifique qui s’apparente, par certains égards, à une forme de propagande officielle1 comme au bon vieux temps. Les vieux concepts ont la vie dure.

Aujourd’hui, il est vrai que, dans ce monde de l’hyper-communication, le faire-savoir a pris le pas sur le savoir-faire. En effet, et à l’inverse du présent, notre pays, dans le passé, fait le choix de pratiquer une authentique diplomatie d’influence sans éprouver le besoin de le crier sur tous les toits à qui veut l’entendre. L’influence ne se décrète pas artificiellement, elle s’impose naturellement comme nous l’enseigne l’Histoire. Peut-être est-il indispensable de préciser ce qui fonde l’influence pour mieux appréhender les conditions dans lesquelles la France passe lentement mais sûrement d’une influence réelle à une influence factice.

LES DÉTERMINANTS DE L’INFLUENCE : UN COCKTAIL D’OBJECTIF ET DE SUBJECTIF

De tous temps, le phénomène de l’influence d’un État dans les relations internationales combine dimensions objective et subjective.

La dimension objective : une réalité incontestable

Evoquer l’influence que peut avoir un pays dans le monde et sur la scène internationale, c’est avant tout faire appel à un autre concept bien connu des internationalistes, celui de puissance. La puissance peut se définir schématiquement comme la « capacité de faire, de faire faire, de d’empêcher de faire, de refuser de faire »2. Pour ce faire, il faut disposer d’une puissance militaire incontestée (de préférence faire partie des cinq Etats dotés de l’arme nucléaire au sens du TNP et d’intervenir hors de son territoire grâce à une capacité de projection autonome), d’une puissance économique (en termes de produit intérieur brut, de vigueur du commerce extérieur, de compétitivité3, de participation aux clubs des grands comme le G7/G8), d’une puissance diplomatique (en termes de présence permanente au Conseil de sécurité de l’ONU, de densité du réseau diplomatique, consulaire, économique et culturel), d’une puissance intellectuelle (en termes de diffusion de la langue grâce à la Francophonie et des idées grâce à ses intellectuels) et d’une magnificence culturelle (littérature peinture, sculpture, théâtre, cinéma…).

La dimension subjective : une réalité impalpable

Evoquer l’influence que peut avoir un pays dans le monde et sur la scène internationale, c’est aussi faire appel à un autre concept bien connu des psychologues et autres sociologues, celui de volontarisme. Même si ceci relève de la tautologie, être une puissance d’influence suppose de le vouloir. Et pour le vouloir, il faut disposer d’une vision qui combine intelligemment le rétrospectif et le prospectif. Comme le souligne Gabriel Hanotaux à la veille du premier conflit mondial : « la diplomatie française travaille toujours et partout, selon les circonstances, pour le plus grand profit du présent et pour la meilleure préparation de l’avenir ». Ne dit-on pas que le système westphalien, c’est l’application de la raison cartésienne aux relations internationales ! La force de la démarche française repose sur une conception stratégique de long terme fondée une juste appréciation de ses leviers d’influence économique, diplomatique, militaire et culturelle4. En un mot, la recherche permanente d’un équilibre particulièrement instable en raison de la volatilité de la situation internationale entre « hard power » et « soft power ». Une sorte de miracle à la française !

C’est sur socle solide que la France construit au fil des siècles une influence que personne ne lui conteste en dépit des avatars et des ironies de l’Histoire.

UNE CERTAINE IDÉE DE LA FRANCE

Si, au cours des siècles, la France doit en grande partie son influence incontestable et incontestée au poids de ses idées, elle le doit aussi à son art de l’exécution.

Le poids des idées : « une certaine idée de la France »

En France, et sans remonter à la nuit des temps, tout commence avec les Lumières. Sans faire de mauvais jeu de mots, on peut dire, sans la moindre prétention, qu’elles éclairent le monde, qu’elles guident les peuples dans leur cheminement vers des sociétés plus justes et plus respectueuses de l’homme. Ainsi, se dessine la vocation universelle de notre pays. La France pratique une politique étrangère consistant à exporter son influence politique, économique ou culturelle, afin d’étendre son prestige et le rayonnement de sa présence. Elle est membre permanent du Conseil de sécurité, une des cinq puissances nucléaires au sens du TNP, fondatrice de l’Union européenne, du G7 devenu G8 (avec la Russie) et du G20, grande contributrice aux opérations de maintien de la paix et capable d’intervenir seule et en premier sur un théâtre d’opération extérieur (en Afrique en particulier), disposant du deuxième réseau diplomatique au monde derrière les États-Unis, utilisant au mieux du levier de la Francophonie5… La valeur de sa tradition intellectuelle renforce son poids intrinsèque dans la pagaille multipolaire.

L’art de l’exécution : une certaine approche de la diplomatie

Comment évolue la diplomatie ? « La diplomatie telle qu’elle se pratiquait au Congrès de Vienne n’avait pas grand-chose à voir avec les usages du XXIe siècle. De nos jours, les diplomates sont en contact immédiat avec leurs capitales, en temps réel, et reçoivent des instructions extrêmement détaillées concernant jusqu’aux textes de leurs présentations… Aussi (A Vienne), les instructions devaient-elle être rédigées en des termes assez vagues pour pouvoir se prêter à d’éventuelles évolutions ; les directives communiquées aux diplomates concernaient essentiellement des idées générales et des intérêts à long terme ; s’agissant de la tactique au jour le jour, les diplomates étaient largement livrés à eux-mêmes »6. L’influence à la française résulte alors de cette division du travail entre un centre (le politique) fixant un cap pérenne au bateau France et une périphérie (le diplomate) opérant au quotidien dans les soutes du navire les adaptations rendues nécessaires, indispensables pour tenir compte des contingences du moment. Cette dichotomie entre politique étrangère et diplomatie a tendance à s’estomper. Force est de constater que l’ambiguïté assumée face à la mondialisation entraîne lentement mais sûrement la France vers l’abime.

La France a-t-elle encore la politique étrangère d’une grande puissance ? A-t-elle encore les moyens de ses ambitions diplomatiques ? Est-elle toujours une puissance d’influence ?

LES MOTEURS DE L’EFFACEMENT ET LE PRIX DE L’IRRÉSOLUTION

Après le temps incontournable du constat d’échec vient celui aussi redoutable de la causalité de l’effacement actuel de la diplomatie française.

Un constat d’échec : au revoir Paris !

Plus on nous assène ce mantra de la diplomatie d’influence que l’on ne cesse de conceptualiser, plus on a des raisons sérieuses d’être dubitatif sur la consistance réelle de ce concept dans la pratique de la diplomatie française. L’aveuglement de nos dirigeants successifs face à l’effacement de notre pays sur la scène internationale est pathétique, désespérant. La voix de la France serait attendue et entendue, nous répète-t-on à longueur de péroraisons qui sonnent creux par leur côté pavlovien. La politique étrangère de la France pensée par des énarques (la plupart d’entre eux n’ont jamais mis les pieds à l’étranger) ferait pâlir d’envie le monde. La diplomatie de la France serait pris comme modèle tant elle est géniale et dans la lignée de Talleyrand. Le reste est à l’avenant ! Les bras vous en tombent (Cf. les bourdes de Jean-Marc Ayrault).

Aucun de ces raisonnements ne résiste à une analyse de bon sens. L’histoire se répète. Pour faire de la politique, il faut rêver, dit-on ! Mais il faut avant tout être réaliste. L’influence ne se décrète pas, elle se construit sur le long terme par un mélange subtil de « hard power » et de « soft power ». Pour ce qui est du premier, les moyens de la Défense sont aux limites de nos capacités, l’inutile opération « Sentinelle » venant désorganiser une structure qui n’en avait pas besoin. Pour ce qui est du second volet, le constat est encore plus accablant. « Paris a perdu son hégémonie. Elle faisait figure, sur le plan intellectuel, d’Athènes moderne. C’est le déclin d’Athènes… et la prise du pouvoir par la nouvelle Rome, les Etats-Unis »7. Le point de passage obligé est désormais Berlin ! C’est une vérité d’évidence que seuls les aveugles, les somnambules – et ils sont légions – ne veulent pas voir.

Une causalité redoutable : la multiplication des erreurs

La France sort de l’Histoire. Sa situation économique n’est guère enviable, son attractivité diminue8. Tous les indicateurs sont au rouge. La commission européenne nous tance régulièrement sur le non-respect des règles et sur notre déficit de réforme. A Bruxelles, 85% des textes produits sont en anglais. Au Saint-Siège, le Français n’est plus la langue de référence. Les rodomontades répétées de Laurent Fabius ainsi que ses coups de menton aussi ridicules que contre-productifs nous ont été fatals. La diplomatie française est hors-jeu sur la Syrie, l’Irak en dépit d’un bombardement mensuel. La France tente des réparations minimales, empilent rustines et rapiéçages dans l’attente d’hypothétiques jours meilleurs. Au cours de la dernière décennie, nous nous sommes projetés comme une « grande nation » que nous n’étions plus. Car une telle vue ne résiste évidemment pas aux faits comme sur la question du climat9.

Il y a ce défaut de vision globale et de long terme d’une diplomatie aux abois qui a conduit aux erreurs grossières sur les crises du Proche et Moyen-Orient (« Initiative pour la paix au Proche-Orient », Paris, 3 juin 2016). Il est trop facile pour les hommes politiques de se défausser de leur responsabilité sur les fonctionnaires. « Nos diplomates ne peuvent faire de miracles lorsqu’ils sont amenés à ne défendre que des dossiers indéfendables, qui les placent systématiquement du mauvais côté de l’Histoire »10. Si la diplomatie doit faire connaître sa mission et son bilan au plus grand nombre, il est regrettable qu’elle cède aux mauvais réflexes d’une communication racoleuse, voire contradictoire11 et au tropisme actuel du mentir vrai ! Conséquence de cette faiblesse coupable, il n’y a que Bernard-Henri Lévy pour se faire l’avocat zélé de François Hollande12.

LA FIN DES ILLUSIONS

« L’homme n’accepte le changement que sous l’emprise de la nécessité » (Jean Monnet). Croit-on encore pouvoir sauver la face en courbant l’échine ; en en appelant à une Europe moribonde en voie de désintégration, en s’alignant sur les positions des États-Unis et de son bras armé l’OTAN ; en ostracisant la Russie et, finalement, en se maintenant dans une obscure clarté avec une diplomatie faite de beaucoup de communication et de peu de réflexion et d’action ? Croit-on encore que c’est en avançant les yeux fermés que nous éviterons le gouffre ? Croit-on que nous influencerons les débats en nous retranchant derrière une hypocrisie qui empêche de dire clairement les choses telles qu’elles sont et non comme nous souhaiterions qu’elles soient ?

L’histoire de la plupart des civilisations retrace l’ascension et la chute d’empires. Face à la volatilité du monde actuel, la France doit impérativement se réinventer pour renaître de ses cendres, tel le Phénix de la mythologie égyptienne. Ceci constitue un impératif absolu pour elle en tant qu’abstraction et pour ses dirigeants en tant que réalité. Refuser d’avancer, c’est se condamner à reculer déclare Emmanuel Macron. Les dirigeants actuels réussiront-ils à prendre de la hauteur et à fixer un cap par rapport à l’urgence des évènements au jour le jour pour surmonter cette situation ? Trouveront-ils la clairvoyance et le courage politique qui leur font tant défaut de nos jours ? « Mieux vaut abandonner la partie que de s’user à la jouer mal » !13

Ce défi, c’est celui de Sisyphe. « La politique est l’art du possible ; la science, l’art du relatif » enseignait Bismarck. Or, comment faire avec des moyens de plus en plus contraints ? « L’histoire finit toujours par punir la frivolité stratégique »14. Le constat est peu flatteur : « Peut-être aussi sommes-nous un peu vexés, nous Français plus que d’autres peuples, que rien ne se passe comme nous l’espérions, heurtés dans notre conviction bien ancrée que c’était à nous qu’il revenait d’organiser le monde sur la base de notre universalisme autodécrété, toujours prêts à sermonner, sanctionner, nous ingérer ou nous projeter sur le monde »15. En dernière analyse, et au rythme où vont les choses, la diplomatie française passe lentement mais sûrement du statut longtemps enviable et envié de diplomatie d’influence à celui qui l’est nettement moins de diplomatie d’effacement.

Guillaume Berlat
29 août 2016

1Michel Foucher (sous la direction de), Atlas français de l’influence au XXIe siècle, Institut français/Le monde comme il va. Robert Laffont, 2013.
2Serge Sur, Relations internationales, Montchrestien, lextenso éditions, 6e édition, 2011, p. 249,
3Cyrille Pluyette, Compétitivité : la France a du chemin à faire, Le Figaro économie, 10 mars 2016, p. 19.
4Anne Gazeau-Secret, Pour un « soft power » à la française : du rayonnement culturel à la diplomatie d’influence, l’ena hors les murs, mars 2010, n° 399, pp. 10-12.
5Vénus Khoury-Ghata/Michel Foucher (avec), Francophonie. Une idée neuve ?, le un, n° 98, 16 mars 2016.
6Henry Kissinger, L’ordre du monde, Fayard, pp. 64-65.
7Pascal Ceaux, Shlomo Sand au chevet des « intellos », L’Express, n° 3375, 9 mars 2016, p. 22.
8Guillaume de Callignon, Attractivité ; la France de plus en plus distanciée en Europe, Les Échos, 24 mai 2016, p. 2.
9Stéphane Foucart, La chimère du 1,5° C, Le Monde, 23 août 2016, p. 24.
10Michel Raimbaud, Le mensonge, la nausée et les sanctions, www.prochetmoyen-orient.ch/humeurs , 7 mars 2016.
11Bastien Bonnefous/Patrick Roger, La leçon de diplomatie de Jean-Marc Ayrault à Manuel Valls, Le Monde, 12 mars 2016, p. 8.
12Bernard-Henri Lévy, The defiant European, Time Magazine, 21 avril 2016.
13Joseph Kessel, En Syrie, Gallimard, 1926, repris dans l’édition Folio, 2014, p. 88.
14Henry Kissinger, L’ordre du monde, précité, p. 81.
15Hubert Védrine, Le monde au défi, Fayard, 2016, p. 28.

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 29-08-2016

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Le carrefour de tous les dangers : La Russie et les USA se préparent-ils à une guerre nucléaire?

Publié le par Felli Bernard

Dans un proche avenir, les ICBM RS-24 Yars, ainsi que les missiles balistiques monoblocs dotés d’ogives nucléaires RS12M2 Topol, commandés antérieurement, constitueront l’épine dorsale de la force de missiles stratégiques de la Russie.
Dans un proche avenir, les ICBM RS-24 Yars, ainsi que les missiles balistiques monoblocs dotés d’ogives nucléaires RS12M2 Topol, commandés antérieurement, constitueront l’épine dorsale de la force de missiles stratégiques de la Russie.

Le carrefour de tous les dangers : La Russie et les USA se préparent-ils à une guerre nucléaire?

Par Prof Michel Chossudovsky

Mondialisation.ca, 01 octobre 2016

27 septembre 2016

Région : États-Unis, Russie et CEI

Thème: Guerre USA OTAN, Militarisation

Analyses: Nucléaire (guerre et énergie)

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Les médias occidentaux en parlent à peine, mais la Russie et les USA sont en train de « réarmer » leurs systèmes d’armes nucléaires. Pendant que les USA se lancent dans un projet de modernisation coûtant des milliards de dollars, la Russie est pleinement engagée dans un processus de restructuration « à moindre coût », qui consiste à démanteler certaines parties de son arsenal de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) terrestres, pour les remplacer par un système plus perfectionné, le RS24 Yars, mis au point en 2007.

Une nouvelle course aux armements « non officielle » est bel et bien lancée. Les USA ont entrepris un processus de modernisation les trois composantes de sa triade nucléaire que sont les missiles nucléaires terrestres, les missiles aéroportés et les missiles lancés depuis un sousmarin. Cette modernisation va de pair avec la mise au point de la bombe tactique B6112, qui sera déployée en Allemagne, en Italie, aux PaysBas, en Belgique et en Turquie.

Mais n’ayez crainte, car la B61-12 n’est somme toute qu’une « mini bombe nucléaire », dont la capacité explosive n’équivaut qu’à quatre fois celle d’Hiroshima. Elle est considérée comme une arme « défensive » (pour préserver la paix) à utiliser dans une guerre conventionnelle. Selon des scientifiques qui sont sous contrat auprès du Pentagone, les bombes B6111 et 12 (bombe antibunker munie d’ogives nucléaires) sont « inoffensives pour les civils, car son explosion est souterraine ».

Le projet de modernisation de la triade nucléaire se fait aux frais des contribuables des USA. Il requiert une réorientation des recettes fédérales en faveur de « l’économie de guerre » plutôt qu’à des fins de financement de différentes catégories de dépenses civiles (santé, éducation, infrastructure, etc.). Tout ceci pour une bonne cause : « la paix et la sécurité ».

La guerre, « c’est bon pour les affaires »

Ce projet coûtant des milliards de dollars et une véritable manne pour les principaux fournisseurs du secteur de la défense aux USA comme Boeing, Lockheed Martin et Northrop Grumman, qui sont aussi d’ardents partisans de la position d’Hillary Clinton à propos d’une première frappe nucléaire possible contre la Russie, la Chine, l’Iran et la Corée du Nord.

Le Defense News rapportait que le secrétaire à la Défense des USA Ash Carter a affirmé le 26 septembre qu’il « faut moderniser les trois composantes de la triade nucléaire ». Le projet donnerait tout un élan aux dépenses en matière de défense.

Soulignant le « contexte de sécurité instable » qui prévaut, ce projet de plusieurs milliards de dollars est nécessaire, selon Carter, en raison des menaces provenant principalement de la Russie, de la Chine ainsi que de la Corée du Nord :

Carter a fait ces commentaires lors d’une visite à la base aérienne de Minot, au Dakota du Nord (…). Dans sa demande de budget pour l’exercice 2017, a indiqué Carter, le département prévoit consacrer 19 milliards de dollars au secteur nucléaire sur les 108 milliards de dollars prévus au cours des cinq prochaines années. Selon un commentaire déjà préparé du secrétaire à la Défense, le département a également dépensé environ 10 milliards de dollars ces deux dernières années. La « triade nucléaire » se rapporte aux trois volets de la position stratégique des USA, à savoir les missiles balistiques intercontinentaux terrestres, les missiles aéroportés par des bombardiers et les missiles nucléaires lancés à partir de sousmarins. Dans les trois cas, ces armes sont parvenues à un âge où une modernisation s’impose.

Le Pentagone estime avoir cerné le coût de la modernisation de la triade et de toutes les exigences s’y rapportant, qui serait de l’ordre de 350 à 450 milliards de dollars pour les 10 prochaines années, dont une bonne partie sera payée au milieu des années 2020, lorsque les projets de modernisation simultanée des forces aériennes et maritimes devront aller de l’avant.

Les opposants à la stratégie militaire des USA et aux dépenses du Pentagone tentent de trouver des moyens de modifier le plan de modernisation, comme l’abandon pur et simple d’une des composantes de la triade. Mais Carter a clairement dit dans son allocution que ce genre de plans mettrait les USA en danger au moment même où la Russie, la Chine et la Corée du Nord, entre autres, cherchent à moderniser leurs arsenaux. (Defense News, le 26 septembre 2016)

Carter a écarté du revers de la main les dangers d’une guerre mondiale qui ne fera aucun gagnant et qui pourrait évoluer vers un « holocauste nucléaire » (…). Il a aussi dénoncé les opposants au programme – dont l’ancien secrétaire à la Défense William Perry, largement perçu [ironiquement] comme le mentor de Carter – qui soutiennent qu’investir davantage dans les armes nucléaires va accroître le risque de catastrophe atomique dans le futur. (Defense News, le 26 septembre 2016)

Carter a aussi fait part de ses craintes au sujet des « manœuvres d’intimidation nucléaire » de la Russie.

Système de missiles balistiques intercontinentaux de la Russie

Carter a-t-il fait ses déclarations en réponse au redéploiement et à la restructuration du système de missiles balistiques intercontinentaux de la Russie à sa frontière occidentale, annnoncés le 20 septembre?

La semaine dernière, l’agence de presse russe Tass a confirmé que « la division de la force de missiles stratégiques la plus à l’ouest, dans la région de Tver, commencera bientôt à être réarmée du système de missiles Yars. »

« Il s’agira de la sixième division de missiles stratégiques à être munie des plus récents systèmes de missiles terrestres qui soient, qui remplaceront les missiles balistiques intercontinentaux Topol », selon le service de presse de la force des missiles stratégiques, qui citait son commandant, Sergeï Karakayev.

D’après le responsable, les régiments des divisions d’Irkoutsk et de IochkarOla ont commencé à être réarmés. Le réarmement des divisions de Novossibirsk et de Taguil est pratiquement terminé. Plus tôt, la division de Teykovo a été complètement réarmée.

La décision définitive de réarmer la division des missiles stratégiques de la région de Tver sera prise à l’issue d’exercices du personnel de commandement qui s’y dérouleront. Le service de presse a indiqué que ces exercices consisteront en des manœuvres le long de routes où des patrouilles de combat sont présentes.

Dans un proche avenir, les ICBM RS-24 Yars, ainsi que les missiles balistiques monoblocs dotés d’ogives nucléaires RS12M2 Topol, commandés antérieurement, constitueront l’épine dorsale de la force de missiles stratégiques de la Russie.

Les missiles ICBM RS-24 Yars ont été mis au point en 2007, en réponse au bouclier antimissile des USA. Il ne s’agit pas d’un nouvel élément à l’arsenal militaire de la Russie. C’est un système très perfectionné qui a des capacités thermonucléaires.

Ce que ce rapport fait ressortir, c’est que la Russie procède à une restructuration de sa force de missiles stratégiques et au remplacement de son système Topol (que Moscou considère comme obsolète) par le système ICBM RS-24 Yars.

Michel Chossudovsky

Article original en anglais :

Dangerous Crossroads: Both Russia and America Prepare for Nuclear War?, publié le 27 septembre 2016

Traduit par Daniel pour Mondialisation.ca

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

Copyright © Prof Michel Chossudovsky, Mondialisation.ca, 2016

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