Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Articles avec #opinion tag

Syrie / Les raisons de la prétendue bavure US à Deir ez-Zor

Publié le par Felli Bernard

Syrie / Les raisons de la prétendue bavure US à Deir ez-Zor

Syrie / Les raisons
de la prétendue bavure US à Deir ez-Zor
Par Naram Sargon

vendredi 23 septembre 2016, par Comité Valmy

Syrie / Les raisons
de la prétendue bavure US à Deir ez-Zor

Vu toutes les preuves en notre possession, ce serait perdre notre temps que de prêter attention aux déclarations du ministre américain de la Défense, et du commandant en chef de l’Armée américaine, insulter notre intelligence en nous expliquant le pourquoi et le comment de leurs « tirs amis » sur Deir ez-zor.

Ce serait tout aussi inutile que de chercher à convaincre du lien évident entre Daech et le projet américain : Daech, le Front al-Nosra et les islamistes étant les troupes terrestres de l’armée des USA au Moyen-Orient depuis la guerre en Afghanistan ; les Forces aériennes US étant les troupes aériennes de Daech, du Front al-Nosra et des islamistes…

Car la question est : que signifient les frappes aériennes de la Coalition internationale menée par les USA au nord-est de la Syrie, opération manifestement préméditée pour permettre aux troupes de Daech d’avancer et ainsi de mélanger les cartes, tandis que dans le même temps l’Armée de l’air israélienne assurait une couverture aérienne au Front al-Nosra à Quneitra, au sud du pays [2] ?

Et pourquoi cette « bavure aérienne » et ces tirs amis sur Deir ez-Zor et le Golan, après les échecs des tentatives US cherchant à convertir la trêve à Alep en un hiatus militaire et la route du Castello en un cordon secret reliant le chorion turc aux groupes armés du Front al-Nosra ?

Cette opération n’est pas un message ordinaire posté par les USA dans la boîte aux lettres du mont de Tharda, mais le premier aveu indubitable de leur impuissance face à l’Armée syrienne et ses alliés du nord au sud du pays ; leurs propres alliés au sol titubant à Alep, dans la Ghouta de Damas et à Idleb.

Tout indique que l’« Armée islamiste US » n’est plus en mesure de provoquer ses chocs sur le terrain et que Daech n’est plus cette force invincible capable d’avancer sur n’importe quel front, aussi faible soit-il, sans le secours de l’une ou l’autre des grandes puissances parmi les États de la Coalition menée par les USA.

Tout indique que la prétendue bavure US a été exécutée en réponse aux avancées de l’Armée syrienne sur plusieurs fronts à Deir ez-Zor, lesquelles ont démontré la baisse des performances des attaques daechiennes, tout comme le siège des meutes du Front al-Nosra [devenues, par une entourloupe grotesque, Fatah al-Cham pour profiter de la trêve dont il est exclu selon l’accord américano-russe du 9 septembre ; NdT] à Alep, a démontré leur corrosion en dépit de leur mobilisation et de leur surarmement en préparation de la « mère des batailles » depuis plus de deux ans.

En effet, les batailles d’Alep ont révélé les capacités de manœuvres désormais limitées du Front al-Nosra, dont les vagues déferlantes successives ont accumulé des pertes l’ayant transformé en une masse molle telle qu’il n’est plus capable d’exécuter la moindre attaque dans le sud du pays sans l’assistance publique et explicite des Israéliens.

Ce qui signifie que nous sommes entrés dans une étape de ramollissement du noyau dur des forces islamistes terroristes, surgies depuis la guerre US sur l’Afghanistan, et que nous affrontons directement les forces qui se dissimulaient derrière et qui manipulaient, les mains couvertes de leurs gants de terroristes, les marionnettes islamistes sur la scène des prétendus révolutionnaires syriens.

En d’autres termes, Israël et les USA sont sortis des coulisses une fois que les Turcs ont trébuché pour se retrouver face à face avec la Russie, les USA tentant désespérément de couvrir le Front al-Nosra sous l’habit des derviches soufis, pendant que l’armée israélienne lui offrait son gilet de fer [3] pour lui éviter de mourir.

En s’attaquant à Deir ez-Zor, les USA ont avoué ouvertement qu’ils avaient réalisé que la bataille d’Alep ne tournait plus en leur faveur et que toutes leurs tactiques, ou ruses humanitaires, n’exauceraient plus leur espoir de sauver les milices armées sur lesquelles ils ont misé. Et ceci, parce qu’ils les ont entendues jouer leur oraison funèbre et ont compris que leur effondrement à Alep bouleverserait leur projet au nord de la Syrie, s’il était suivi de leur chute probable à Idleb avant celle d’Obama. D’où leur décision de pénétrer l’est du pays sous le prétexte de « tirs amis », juste pour suggérer ce qu’ils sont encore capables de faire et qu’ils referont, peut-être.

Le projet US n’a pas changé. Seule la carte d’approche a été modifiée du fait des difficultés insolubles rencontrées. Si le régime syrien qui tient la « porte de la Méditerranée » ne tombe pas, autant le transformer en un régime inutile à la Russie, à la Chine, à l’Iran et à leur profondeur asiatique, en l’emprisonnant entre la mer Méditerranée et le fleuve Euphrate, ce qui fermerait l’immense corridor entre la porte occidentale et la « porte orientale », autrefois gardée par Saddam Hussein selon la rumeur.

C’est parce que le projet US consiste désormais à ce que l’une de ces deux portes soit hermétiquement fermée par un verrou US, ou que les deux soient séparées par une barrière hostile à l’une des portes, que les États-Unis cherchent clairement à installer n’importe quelle entité fragile entre la Syrie et l’Irak, de sorte que sa frontière naturelle soit l’Euphrate et qu’elle soit peuplée par n’importe quelle organisation ou bloc militaire hostile à l’État syrien dans la région est du pays. D’où, la promotion de l’idée d’une partition inévitable de la Syrie.

Une partition censée se concrétiser par un « arc de combats » allant de Idleb à Abou Kamal via Alep, Raqqa et Deir ez-Zor, lequel arc serait coupé par la ligne horizontale d’une entité kurde, également fragile, créée dans sa partie nord.

C’est ce qui explique que les États-Unis avaient déployé Daech le long du fleuve Euphrate, pendant un court laps de temps, avant de veiller au déploiement du Front al-Nosra sur une ligne allant vers Idleb, lequel a tenté d’atteindre la côte afin d’achever l’enclave géographique projetée, entre la mer et le fleuve.

Pour ceci, les prétendus révolutionnaires, dits « modérés » du Front al-Nosra et apparentés, étaient censés s’approprier Alep, Idleb et la côte, puis se ruer vers Raqqa, Deir ez-Zor et Abou Kamal sous prétexte de les libérer de Daech qui devait docilement reculer vers la région d’Al-Anbar en Irak, sans combat, exactement comme il avait docilement reculé à Jarablus afin de laisser place aux turcs, pour lesquels entrer dans la place Taksim, à Istanbul, fût beaucoup plus difficile et plus coûteux que d’entrer dans Jarablus massivement occupée par les Daechiens et les terroristes suicidaires.

Mais ce énième projet, destiné à compenser l’échec de la mainmise US sur toute la Syrie, puis la moitié de la Syrie, a échoué à son tour, à cause de la résistance de Deir ez-Zor et de la ville de Hassaké où l’Armée syrienne veillait.

De ce fait, Il était donc très clair que l’Armée syrienne n’abandonnerait pas Deir ez-Zor, devenue la Stalingrad de l’Euphrate, et que la libération prochaine d’Alep signifiait que l’arc de combats, dessiné par les planificateurs US et leurs complices, allait partir en miettes, les Forces syriennes étant susceptibles d’avancer à grande vitesse d’Alep libérée vers Raqqa et Deir ez-Zor ; un trajet tactique plus avantageux que celui allant de Raqqa libérée vers Alep.

Or, les USA ont tout tenté pour empêcher l’avancée de l’Armée syrienne selon la ligne Alep libérée-Raqqa-Deir ez-Zor, notamment en poussant les Kurdes et lesdites Forces Démocratiques Syriennes [FDS] à s’étendre pour contrôler « l’arc de combats » de l’Euphrate jusque Raqqa.

Mais les Kurdes ont rechigné à descendre vers le sud avant d’avancer vers l’ouest, vu qu’ils se seraient confrontés à un environnement hostile à leur idéologie et à leur psychologie ; ce qui a fini par réveiller le monstre démographique kurde du sud-est de l’Anatolie craint par les Turcs, lesquels ont menacé de se retirer du projet.

Entretemps, n’ayant pas réussi à libérer le Front al-Nosra assiégé à Alep par l’Armée syrienne, par la création d’une brèche sur la route de Ramoussé au sud de la ville, la route nord du Castello étant fermée à toute subvention venue de Turquie, les USA ont décidé de braver les Russes et les Syriens en éliminant la barrière de Deir ez-Zor par cette opération ignoble d’une prétendue bavure, aidés en cela par les Turcs qui se sont généreusement proposés pour « libérer » Raqqa aux côtés de la Coalition internationale, comme nous les avons tous entendus l’expliquer récemment.

Ils ont donc lancé leurs « tirs amis », suivis immédiatement par les assauts de Daech sur Deir ez-Zor, lequel Daech n’a même pas eu peur du regard inquisiteur de l’aviation US censée frapper tout ce qui bouge à l’ouest de ses bases irakiennes. N’y voyez surtout aucun paradoxe !

Selon ce plan, si Deir ez-Zor tombait, les Turcs se rueraient vers Raqqa et Deir ez-Zor, tandis que Daech se retirerait selon le même scénario qu’à Jarablus, sous prétexte de l’énorme pression militaire ; les Turcs ayant convenu avec les USA que la ligne de l’Euphrate serait une région internationale neutre du fait que c’est une zone de guerre contre Daech, lequel risque de la reprendre si la Coalition internationale se retirait. Il faudra donc que Daech reste assiégé en Irak, pour empêcher son expansion.

Et c’est ainsi que la Turquie briserait les reins des Kurdes en les coupant en deux moitiés assiégées au nord de la Syrie. C’est ainsi que les USA couperaient la Syrie en deux moitiés de part et d’autre de l’Euphrate, lequel deviendrait la frontière d’une entité quelconque née du fait accompli comme, peut-être, celle qui s’édifierait autour des sbires de Al-Joulani [fondateur du Front al-Nosra et actuel chef de Fatah al-Cham] après lavage de sa barbe ruisselante du sang des Syriens. C’est ainsi que l’immense corridor vers l’Asie serait coupé entre la porte de la Méditerranée et la porte orientale à la frontière de l’Irak.

C’est pour toutes ces raisons que ces « tirs amis » étaient dirigés contre la Russie et la Syrie à la fois, pour imposer le point de vue des USA concernant Alep, c’est-à-dire l’ouverture de la route de Ramoussé conformément à leurs conditions de passage des convois « humanitaires » librement et sans inspection. Ce qui serait revenu à vider l’exploit militaire de l’encerclement du Front al-Nosra de tout bénéfice et à contourner le contenu de l’accord américano-russe sur Alep, étant donné que cet accord leur a imposé de reconnaître cette organisation terroriste comme « l’ennemi commun » au même titre que Daech.

Mais malgré ce coup terriblement douloureux à Deir ez-Zor, en comprendre les raisons amène à découvrir que le projet US titube, tout autant que ses armées islamistes terroristes, et que les USA sont désormais convaincus que le peuple syrien et ses alliés pourraient bien être la raison qui démolirait leurs projets et leurs armées…

Naram Sargon
Écrivain syrien résidant en Syrie
19/09/2016

Sources : Al-Thawra [Syrie]
http://www.thawraonline.sy/index.php/selected-articles-list/108150-2016-09-19-08-39-11

Traduction de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Notes :

[1] Le Commandement général de l’armée : Expiration du régime de calme en Syrie
http://sana.sy/fr/ ?p=70224

[2] U.S. aircrafts target Syrian Army position in Deir Ezzor paving way for ISIS attack, while the Zionist entity targets position in Quneitra
https://syrianfreepress.wordpress.com/2016/09/17/usa-terrorists-kill-62-saa/

[3 ] Tsahal utilise le système de défense ‘Dôme de Fer’ dans le Golan
http://koide9enisrael.blogspot.fr/2016/09/tsahal-utilise-le-systeme-de-defense.html

Une partition censée se concrétiser par un « arc de combats » allant de Idleb à Abou Kamal via Alep, Raqqa et Deir ez-Zor, lequel arc serait coupé par la ligne horizontale d’une entité kurde, également fragile, créée dans sa partie nord.

Une partition censée se concrétiser par un « arc de combats » allant de Idleb à Abou Kamal via Alep, Raqqa et Deir ez-Zor, lequel arc serait coupé par la ligne horizontale d’une entité kurde, également fragile, créée dans sa partie nord.

Voir les commentaires

Monsanto+Bayer=MoBay : le cartel des empoisonneurs contre la planète

Publié le par Felli Bernard

Dr. Vandana Shiva scientifique, écologiste et auteure.
Dr. Vandana Shiva scientifique, écologiste et auteure.

Monsanto+Bayer=MoBay : le cartel des empoisonneurs contre la planète

Crimes contre l'environnement et l'humainité

Par Dr. Vandana Shiva

Mondialisation.ca, 21 septembre 2016

Région : Asie, États-Unis, Europe

Thème: Biotechnologie et OGM, Crimes contre l'humanité, Guerre USA OTAN, Science et médecine, Transnationales

164

Dr. Vandana Shiva scientifique, écologiste et auteure.

L’Inde est embourbée dans une controverse artificielle créé par Monsanto à propos de la première culture génétiquement modifiée, censée avoir reçu le feu vert pour sa commercialisation. Impliquée dans des litiges sur plusieurs fronts, Monsanto tente de contourner nos lois sur les brevets, la loi de protection de la variété végétale, celles sur les droits des agriculteurs, sur les produits de base et sur la concurrence. Elle se comporte comme s’il n’y avait, en Inde, aucun parlement, aucune démocratie, aucune loi souveraine à laquelle elle devrait obéir. Ou tout simplement, elle s’en moque.

Sur un autre terrain, Monsanto et Bayer sont en train de fusionner. Elles ont déjà dans le passé formé une seule entité appelée MoBay (MonsantoBayer), digne héritière du cartel d’empoisonneurs IG Farben. Les participations majoritaires de ces deux entreprises étaient entre les mains des mêmes sociétés d’investissement privées. Le domaine d’expertise de ces firmes, c’est la guerre. IG Farben, moteur économique d’Adolf Hitler et principale source de devises étrangères de l’Allemagne d’avant guerre, était également une machine de renseignements étrangers. Hermann Schmitz était le président d’IG Farben, son neveu Max Ilgner était un directeur d’IG Farben, tandis que le frère de Max, Rudolph Ilgner, dirigeait la branche new-yorkaise comme vice-président de Chemnyco.

Paul Warburg, frère de Max Warburg (du conseil d’administration d’IG Farben), fonda le système de réserve fédéral des USA. Max Warburg et Hermann Schmitz ont joué un rôle central dans l’empire IG Farben. Carl Bosch, Fritz ter Meer, Kurt Oppenheim et George von Schnitzler étaient d’autres dirigeants de l’entreprise. Tous, sauf Paul Warburg, furent jugés et condamnés comme criminels de guerre à Nuremberg.

Les accusés d’IG Farben à Nuremberg

Monsanto et Bayer ont une longue histoire. Elles fabriquaient des explosifs et des gaz toxiques mortels à l’aide de technologies partagées et les vendaient aux deux camps des deux guerres mondiales. Les mêmes produits chimiques étaient achetés par les Alliés et les forces de l’Axe, aux mêmes fabricants, avec de l’argent emprunté à la même banque.

MoBay fournissait les ingrédients de l’Agent orange (acide 2,4,5-T aux dioxines) durant la guerre du Vietnam. Près de 75 millions de litres de défoliants et d’herbicides MoBay furent pulvérisés sur le Sud-Vietnam. Des enfants naissent encore avec des malformations congénitales, des adultes ont des maladies chroniques et des cancers à cause de l’exposition aux produits chimiques de MoBay. La résistance de l’agent orange cobreveté par Bayer et Monsanto a été codéveloppée pendant des décennies. Des guerres étaient menées, des vies perdues, des nations ciselées en terres promises — avec des frontières artificielles profitant à la colonisation et au pillage des ressources — tandis que Bayer et Monsanto vendaient des produits chimiques sous forme de bombes et de poisons, et que leurs frères fournissaient les prêts pour acheter ces bombes.

Plus récemment, Bayer CropScience AG et Monsanto auraient engagé un partenariat à long terme. Ce qui leur donne accès aux herbicides de l’un et de l’autre et donc à une double technologie de résistance aux herbicides. À travers des accords de licences croisées, des fusions et des acquisitions, l’industrie de la biotechnologie devient l’IG Farben de notre temps, avec Monsanto aux commandes.

L’industrie mondiale des produits chimiques et des OGM — Bayer, Dow Agro, DuPont Pioneer, Mahyco, Monsanto et Syngenta — s’est syndiquée sous forme de Fédération de l’Industrie semencière d’ Inde (FSII) afin d’augmenter son pouvoir de nuisance sur les paysans indiens, sur l’environnement et les lois démocratiquement élaborées qui protègent le public et l’intérêt national. Ceci en plus de l’Association des Entreprises de Biotechnologie (ABLE), qui a tenté de s’attaquer au contrôle des prix des semences en Inde mis en place par la loi sur les produits de base n faisant appel à la Haute Cour de justice du Karnakata à Bangalore, qui a rejeté la plainte.

Ce nouveau groupe n’a rien à voir avec « l’industrie semencière », il ne produit pas de semences. Il tente d’étendre le principe du brevet aux produits chimiques afin d’obtenir la propriété de semences, même dans des pays où les brevets sur les semences et les plantes ne sont pas autorisés. Comme en Inde, en Argentine, au Brésil, au Mexique et dans beaucoup d’autres pays.

Toutes les affaires Monsanto, en Inde sont liées à sa revendication non-scientifique, illégale et de brevets sur les semences, au mépris des lois indiennes, et à sa tentative d’extorquer des redevances à l’industrie semencière indienne et aux agriculteurs. La FSII est une « réunion de famille séculaire d’IG Farben », un rassemblement d’entités indépendantes et autonomes.

Le cartel chimique familial d’IG Farben aété responsable de l’extermination de gens dans des camps de concentration. Il représente un siècle d’écocide et de génocide, entrepris au nom de l’expérimentation scientifique et de l’innovation. Aujourd’hui, ce cartel d’empoisonneurs porte des habits d’ingénieur génétique et répète ad nauseam le mantra de l’innovation. Les camps de concentration d’Hitler furent une « innovation » dans le domaine du meurtre ; et presque un siècle après, la famille Farben est en train de mener la même extermination, silencieusement, mondialement et efficacement.

L’innovation de Monsanto consistant à extorquer des royalties illégales et à pousser des paysans indiens au suicide est aussi une innovation dans la manière de tuer ni vu ni connu et indirectement. La nouveauté de la méthode d’assassinat ne rend pas le meurtre plus juste. « L’innovation », comme toutes les activités humaines, a ses limites — définies par l’éthique, par la justice, par la démocratie, les droits des personnes et de la nature.

IG Farben a été jugée à Nuremberg. Nous avons des lois nationales pour protéger les personnes, leur droit à la vie et à la santé, ainsi que l’environnement. Les lois indiennes sur les brevets et la biosécurité, ainsi que celle sur la variété végétale visent à contrôler les propriétaires voraces d’entreprises historiquement coupables de crimes contre la nature et l’humanité.

L’industrie se prépare à lancer son nouveau « gène », la moutarde GM (DMH-11). La moutarde GM, promue comme une « innovation » du secteur public, se base sur le système de gènes barnase/barstar pour créer des plantes mâles stériles et sur un gène bar pour la résistance au glufosinate. En 2002, la demande d’approbation par pro-Agro (Bayer) de plantation commerciale de moutarde GM basée sur le même système avait été rejetée.

Bien que bannie en Inde, Bayer trouve les moyens de vendre du glufosinate illégalement aux plantations de thé d’Assam et aux pommeraies d’Himachal Pradesh, dans le nord-ouest de l’Inde. Des revendeurs font passer la vente de glufosinate dans la catégorie « autres » pour contourner la loi. Ces produits chimiques se fraient un chemin jusqu’aux corps de nos enfants sans l’accord du gouvernement. Essentiellement, tous les brevets clés liés au gène bar sont détenus par Bayer CropScience, qui a acquis Aventis Cropscience, elle-même créé à partir des départements de génie génétique de Schering, Rhône-Poulenc et Hoechst. Puis Bayer a fait l’acquisition de Plant Genetic Systems, et a passé un accord de coopération avec Evogene, qui détient des brevets dans le secteur de la cartographie génomique.

Avant qu’une autorisation soit accordée à la moutarde modifiée génétiquement, le problème des limites de la brevetabilité doit être résolu sur la base des lois indiennes, et les brevets sur les plantes, les semences et les méthodes agricoles ne doivent pas être autorisés. Deepak Pental, un professeur à la retraite et développeur d’OGM ne commercialisera pas la semence de moutarde GM. Ses donneurs d’ordre de Bayer/Monsanto/MoBay le feront.

Au vu de notre expérience avec le coton GM, le ministère de l’Environnement et des Forêts envisage d’établir des directives pour l’évaluation socio-économique des variétés OGM proposées, prenant en compte des facteurs comme l’économie, la santé, l’environnement, la société et la culture.

http://m.thehindubusinessline.com

Au cœur de cette évaluation socio-économique, on retrouve le problème des monopoles et des cartels, et de leur impact sur les petits agriculteurs. Bien que les brevets sur les semences ne soient pas autorisés, pendant plus de 15 ans, Monsanto a illégalement extorqué des redevances aux paysans indiens, les piégeant par la dette, et déclenchant ainsi une épidémie de suicides. La guerre de Monsanto contre la piétaille de l’Inde — les paysans — est une guerre menée par la famille IG Farben contre notre famille la Terre.

Vandana Shiva

Voir la vidéo :

Fusion Bayer-Monsanto : Vandana Shiva s’inquiète des conséquences en Inde

Article original en anglais :

Monsanto Merges with Bayer, “Their Expertise is War”. Shady Historical Origins, IG Farben, Part of Hitler’s Chemical Genetic Engineering Cartel, publié le 18 septembre 2016

Traduction : partage-le.com

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

Copyright © Dr. Vandana Shiva, Mondialisation.ca, 2016

Voir les commentaires

Herr dodo gan

Publié le par Felli Bernard

Herr dodo gan

Herr dodo gan

23 Septembre 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Comme prévu, les hostilités ont repris à grande échelle en Syrie et le moins que l'on puisse dire est que la trêve n'a pas spécialement servi les intérêts des djihadistes "modérés". L'armée syrienne se concentre sur Alep-est et la mère de toutes les batailles a débuté. Pas étonnant qu'ait éclaté la tragi-comédie du convoi humanitaire bombardé-sans-vraiment-être-bombardé-mais-peut-être-brûlé. L'enclave rebelle est encerclée et les loyalistes avancent partout, tant au nord (front alépin quelque peu oublié) que sur la fameuse ligne sud-ouest, percée début août par les barbus mais reprise à la fin de ce même mois. C'est désormais la base de départ de l'offensive.

Quant à Erdogan, il a soudain un gros coup de fatigue. Lancée en grande pompe, l'opération turque dans le nord syrien ne tourne peut-être pas encore au fiasco mais clairement en rond. Ces trois derniers jours, L'Etat Islamique a botté le train de l'ASL soutenue par Ankara et repris une vingtaine de villages. Le sultan a l'air de pédaler un peu dans la semoule ces temps-ci, la tâche se révélant bien plus difficile qu'il ne l'imaginait. En un mois, les gains territoriaux ont été extrêmement modestes alors que l'on compte officiellement (sans doute plus en réalité) dix soldats turcs morts, soit déjà la moitié du nombre de tués russes depuis un an.

De plus, la contre-attaque daéchique s'est faite en un point assez stratégique car devant servir de base de départ à l'offensive sur Al Bab, véritable noeud septentrional :

Syria and Iraq Civil War Map

Latest Syria & Iraq Civil War Map Share link: http://bit.do/tutomap Syria civil war map, Iraq civil war map, detailed map, online map Iraq & Syria خريطة الحرب الأهلية العراق ...

https://www.google.com/maps/d/viewer?mid=1OSttyvbGKqntDjF8Q0vfHCHUZo4&hl=en_US

Or la course à Al Bab est féroce entre les YPG kurdes (en jaune) - qui, on le voit, n'ont absolument pas repassé l'Euphrate, occupent toujours la région de Manbij et poursuivent leur rêve d'unir les cantons kurdes - et les Turcs & affidés (en vert) qui veulent à tout prix éviter cette jonction mais n'arrivent pas à avancer face à l'EI (en noir). Les YPG sont en réalité plus proches d'Al Bab que ne le sont les protégés d'Erdogan.

Une mauvaise nouvelle ne venant jamais seule, le sultan éructe contre les nouvelles livraisons d'armes US aux YPG, les Américains jouant ici un impossible triple jeu (soutien aux Kurdes, aux Turcs et aux djihadistes). Cerise sur le gâteau, un important groupe barbu lié à Al Nosra a appelé les rebelles à s'opposer à l'intervention turque. Bref, une détonante mêlée générale où tout le monde se bat contre tout le monde... et une bien mauvaise semaine pour Ankara.

Voir les commentaires

Des signes de désespoir

Publié le par Felli Bernard

La théorie du plus Grand Fou – Faire quelque chose de stupide / Espérer que quelqu’un d’autre sera plus stupide
La théorie du plus Grand Fou – Faire quelque chose de stupide / Espérer que quelqu’un d’autre sera plus stupide

Des signes de désespoir

Par James Howard Kunstler – Le 12 septembre 2016 – Source kunstler.com

La bêtise et le mensonge forment une mauvaise combinaison pour les affaires des nations, en particulier lors des élections. Le cas présent aux États-Unis nous montre ces deux qualités à la quasi-perfection : d’un côté, un pseudo-sauveur rustre sans idées ; de l’autre côté, une wannabe racketteuse en chef, en pleine possession de sa tromperie instinctive. Trump offre une rhétorique incohérente, en opposition au lamentable ordre actuel des choses ; Clinton propose une rhétorique vide, flatteuse pour la défense de cet ordre. Les deux représentent une poussée nationale épique vers le suicide politique.

La bêtise et le mensonge s’étendent au grand public qui vote et aux élites discréditées qui prétendent mener aux destinées de la nation. Le public américain n’a jamais été aussi mal éduqué et plus distrait par ce trivia préfabriqué. Ils ne savent à peu près rien. Même les personnes âgées, ayant un peu d’études, ne peuvent pas nommer le secrétaire d’État ou trouver la Suisse sur une carte. Ils ne savent pas dans quel siècle la guerre civile a eu lieu. Ils ne pourraient pas vous dire si une hypoténuse est un animal, un végétal ou un minéral. Leur droit de vote est un danger pour eux-m
êmes.

Les élites opèrent dans leur propre zone d’ombre de l’ignorance, mais à un niveau plus noble, volant sur les ailes d’une peau de mouton. Soumis à votre approbation : le nouveau livre de l’assistant de Harvard Kenneth Rogoff, The Curse of Cash / Le fléau de l’argent liquide. C’est la dernière salve dans la campagne internationale pour mettre l’argent liquide totalement sous le contrôle des banques centrales et des gouvernements centraux, soi-disant pour rendre la planification centrale de l’économie plus efficace – mais surtout dans le but d’étendre l’illusion que les erreur de tarification du crédit et des collatéraux (en fait de tout) peuvent sauver l’incarnation actuelle du capitalisme de copinage, et plus précisément, sauver les fortunes des racketteurs aux manettes, ainsi que la réputation de leurs garçons de courses intellectuels. Désormais, toutes les transactions avec de l’argent seraient traçables, ce qui devrait donner une puissance sans précédent aux autorités, pour réglementer la vie des citoyens.

Il reste à voir si le public américain pourrait être soumis à ce schéma, qui a déjà une certaine avance en Europe. Bien sûr, l’Europe se dirige vers des temps politiques difficiles dans les mois à venir, et il y a beaucoup de raisons de penser que même les gens dociles au Danemark et en Suède, pourraient finalement se révolter contre le régime de la banque centrale, s’ils voient les Allemands le faire.

Le problème aggravant est l’hyper-complexité de notre système financier actuel, servant en grande partie à mystifier délibérément les masses. Est-ce que le public comprend la raison d’être de la politique de taux d’intérêt à zéro (ZIRP) ? Pas plus qu’ils ne comprennent l’interaction des gluons et des quarks ou le dogme de la Sainte Trinité. C’est l’un des respectueux mystères de notre temps, par exemple, qu’un groupe comme AARP, prétendant représenter les intérêts des retraités, n’a pas émis une seule protestation face au ZIRP, qui pilonnait les retraités dépendant de leur épargne, les mettant sur la paille. Bien sûr, cela pourrait être expliqué par la fonction de racket généralisé de notre vie nationale actuelle : AARP est un racket d’assurance se faisant passer pour un groupe au service de l’intérêt des citoyens. Ou si on pousse la crédulité jusqu’à supposer qu’AARP est honnête, peut-être que leurs dirigeants ne comprennent pas que des taux d’intérêt à zéro donnent forcément un revenu nul aux épargnants.

Kenneth Rogoff tente de justifier sa guerre contre le cash, en invoquant deux des croquemitaines préférés de notre temps : les terroristes et les trafiquants de drogue. L’argent sous forme liquide, dit-il, permet à cet axe du mal de prospérer. Ceci est une ruse, bien sûr. Si la monnaie était éliminée, ces gars se tourneraient vers l’or et l’argent, c’est aussi simple. Et il en sera de même pour tout le monde, de la même manière. La vraie raison pour abolir l’argent liquide et laisser le contrôle de tout l’argent aux banques centrales est de permettre aux autorités de le confisquer d’une manière ou d’une autre, que ce soit par des taxes inévitables ou par le bail-in – déclarer que les dépôts sont des «prêts non garantis» qui peuvent être répudiés dans le cas d’un «accident» financier.

Les résultats sont déjà visibles : «l’argent» devient de plus en plus malhonnête, et de plus, on ne peut plus lui faire confiance pour représenter ce qu’il prétend défendre : un indice de compte et une réserve de valeur. Son rôle en tant que base de la formation du capital est tellement affaibli que le capital réel (à savoir la richesse) ne peut pas être généré, ce qui signifie qu’aucun des crédits accordés, comme «argent» ne sera jamais remboursé. La politique des taux d’intérêt à zéro veut dire qu’aucun intérêt ne sera payé. L’«argent» basé sur des prêts qui ne seront pas remboursés perd sa légitimité. Regrouper toutes les formes d’«argent» sur les ordinateurs de la banque centrale ne permet que plus de manœuvres de passe-passe pour dissimuler le Gaspi. Il serait beaucoup plus difficile de cacher la destruction de valeur de la monnaie papier en circulation. L’élimination de la monnaie comme moyen d’échange ne peut conduire qu’à la répudiation de «l’argent» – qui va précéder de peu la répudiation de toute autorité. C’est la recette pour un désordre politique vraiment suicidaire.

Une chose de plus cette semaine : pourquoi les élites politiques de l’Amérique derrière Clinton fulminent-elles si vigoureusement contre la Russie et son président, M. Poutine ? Les États-Unis ne cessent de provoquer la Russie militairement depuis plusieurs années. Nous avons bêtement parrainé la révolution en Ukraine, qui a laissé derrière elle un état failli − et qui a incité la Russie à récupérer la Crimée, historiquement son propre territoire et le site de ses ports stratégiques en eau chaude. Nous continuons à organiser, via l’OTAN, des exercices de jeu de guerre, le long des frontières de la Russie. Nous faisons voler des avions de surveillance dans leur espace aérien et ensuite feignons la surprise quand la Russie envoie des avions de combat pour nous rappeler où nous sommes. Nous organisons des exercices navals en mer Noire pour nous demander pourquoi les Russes nous rappellent à l’ordre. Sommes-nous fous ? Qu’aurions nous fait, si les Russes avaient survolé l’île de Catalina ou organisé des jeux de guerre navale dans les Hampton Roads ? Est-ce que l’élite politique américaine pense qu’ils plaisantent ?

Ces mèmes dans la politique financière et étrangère sont dangereusement fous et malhonnêtes. Ils font un bon travail pour nous montrer que l’establishment politique américain ressemble à une bande de fous et de hors la loi, et déroule le tapis rouge pour l’élection de Trump, le faux sauveur… l’apothéose fabuleuse du plus Grand Fou.

James Howard Kunstler

Note du Saker Francophone

Encore un article percutant de Kunstler, qui arrive à coordonner la situation géopolitique, les manipulations monétaires et la crise générale du grand tout en Occident. On sent qu'il est au désespoir de voir son peuple réduit à l'indigence intellectuelle autant que physique, jusqu'à écrire des choses définitives : «Leur droit de vote est un danger pour eux-mêmes

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Catherine pour le Saker Francophone

Voir les commentaires

Les néoconservateurs trouvent de nouvelles excuses pour bombarder la Syrie

Publié le par Felli Bernard

Le Secrétaire d’État américain John Kerry lors d’une conférence de presse commune sur la crise syrienne avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. (Photo du Département d’État)
Le Secrétaire d’État américain John Kerry lors d’une conférence de presse commune sur la crise syrienne avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. (Photo du Département d’État)

21

Sep

2016

Les néoconservateurs trouvent de nouvelles excuses pour bombarder la Syrie, par Paul R. Pillar

Source : Consortium News, le 08/08/2016

Le 8 août 2016

Les néoconservateurs influents de Washington continuent à inventer de nouvelles excuses pour accroître l’intervention militaire des États-Unis en Syrie, y compris pour bombarder les forces gouvernementales syriennes et affronter la Russie, écrit l’ancien analyste de la CIA Paul R. Pillar.

Par Paul R. Pillar

La nature complexe et multidimensionnelle de la guerre civile syrienne entrave la clarté du débat aux États-Unis sur la politique envers la Syrie. L’implication dans le conflit de multiples protagonistes, tous objets d’anathèmes de la part des débatteurs américains, mais s’opposant les uns aux autres en Syrie, reste un élément de complication fondamentale trop souvent ignoré.

Les questions fondamentales sur ce que sont les intérêts américains en Syrie sont trop souvent abordées superficiellement. Un exemple récent nous est donné par un article de Dennis Ross et Andrew Tabler, du Washington Institute for Near East Policy, plaidant en faveur d’une campagne de bombardements contre le régime d’Assad et exprimant son opposition à toute forme de coopération avec la Russie dans les frappes contre les groupes extrémistes, tels que le front al-Nosra affilié à al-Qaïda.

Le Secrétaire d’État américain John Kerry lors d’une conférence de presse commune sur la crise syrienne avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. (Photo du Département d’État)

En tentant de résoudre la quadrature du cercle, en voulant intervenir avec force dans la guerre contre le régime d’Assad sans saper les efforts faits contre les groupes terroristes anti-occidentaux contre lesquels ce régime se bat aussi, Ross et Tabler soutiennent que toute action américaine ou russe contre ces groupes « les pousserait ainsi que les réfugiés vers la Turquie voisine », entraînant les terroristes « et la menace de la violence militante, à se rapprocher encore plus de l’Occident. »

Ceci est une bien étrange manière de prendre le contre-pied du fameux « les combattre là-bas ou les combattre chez nous » appliqué à la lutte anti-terroriste. Ce point de vue n’a jamais fait la preuve d’une corrélation positive et directe entre les interventions à l’étranger et la sécurité intérieure, pas plus d’ailleurs que ce genre de corrélation négative directe proposée par Ross et Tabler.

L’expérience indique que les corrélations négatives ont beaucoup plus à voir avec le ressentiment lié aux opérations militaires des États-Unis, ce qui crée plus de radicalisation et une augmentation du sentiment anti-occidental, et Ross et Tabler plaident en faveur de plus de telles opérations en Syrie. Ils répètent la même erreur que les tenants du principe « les combattre là-bas ou chez nous », en supposant un nombre constant de méchants qui traversent les frontières internationales mais ne se multiplient pas.

De plus, pour autant que les réfugiés soient concernés, les personnes peuvent devenir des réfugiés autant parce qu’elles combattaient le régime d’Assad que parce qu’elles combattaient contre l’EI ou al-Nosra. Au final, Ross et Tabler ne font la quadrature d’aucun cercle ; ils ne font que répéter qu’ils veulent combattre Assad, et que le volet contre-terroriste de la politique des États-Unis ne devrait pas avoir la priorité en Syrie.

En critiquant l’approche de l’administration Obama qui consiste à se concentrer sur le contre-terrorisme tout en cherchant un terrain d’entente avec les Russes, Ross et Tabler produisent des scénarios comme s’ils étaient les conséquences de ce que fait l’administration, même si ce n’est pas le cas. Ils mettent en avant des arguments sur le manque d’hommes du gouvernement Assad pour occuper les zones rurales sunnites, et donc son besoin de s’appuyer sur le Hezbollah et d’autres milices shiites pour le faire, et cela poussera al-Nosra et d’autres vers la Turquie, les rapprochant de l’Occident.

Mais qu’est-ce que tout cela a à voir avec ce que fait l’administration Obama ou le fait de parler aux Russes ? Damas et le Hezbollah ont leurs propres raisons de faire ce qu’ils font dans les zones sunnites de la Syrie.

Procès d’intention

Ross et Tabler imputent certaines priorités au président russe Vladimir Poutine, affirmant qu’il « est plus intéressé à démontrer que la Russie et ses alliés gagnent en Syrie et que les États-Unis perdent », plutôt que d’essayer de trouver des façons de limiter l’engagement de la Russie et les coûts dans la guerre civile Syrienne.

Dennis Ross, qui a été émissaire haut placé des États-Unis au Moyen Orient.

Mais leur appel ultérieur à utiliser l’armée de l’air américaine pour infliger des dégâts aux Russes ou à leur allié syrien reviendrait plutôt à affirmer le contraire. Si Poutine était vraiment plus intéressé au jeu des gagnants et des perdants en Syrie plutôt qu’à la limitation des coûts pour son pays, alors la coûteuse escalade des États-Unis serait plus encline à provoquer une contre-escalade de la part des Russes qu’un repli.

C’est peut-être pour échapper à un tel manque de logique que Ross et Tabler disent que les frappes aériennes américaines qu’ils recommandent « seraient effectuées seulement si le gouvernement d’Assad violait la trêve que, selon la Russie, la Syrie s’est engagée à respecter. » Mais l’hypothèse implicite qu’il y aurait quelque chose d’approchant une vision commune de ce qui est ou non une violation de la trêve et de qui l’a ou ne l’a pas commise, est tout à fait irréaliste, en particulier dans un conflit aussi confus avec autant de combattants différents, que celui de la Syrie.

Le régime syrien justifierait presque certainement toutes les attaques qu’il mènerait comme une réponse aux violations de l’autre camp, et au moins dans certains cas, le régime pourrait avoir raison. Ross et Tabler écrivent qu’il faut persuader la Russie « de s’arranger pour que M. Assad se conduise correctement », comme si la Russie contrôlait le comportement de la Syrie, ce qui n’est pas le cas. Qui va donc s’arranger pour que l’opposition archi-divisée et infestée d’extrémistes « se conduise correctement » ?

L’article soutient l’hypothèse erronée que la création des conditions d’un règlement politique consiste simplement à peser suffisamment sur le régime syrien et à obtenir alors de ses soutiens russes et iraniens qu’ils se débarrassent de leur conviction présumée (une autre hypothèse erronée de Ross et Tabler, pour laquelle ils ne fournissent aucune preuve) qu’une résolution purement militaire du conflit est possible.

Mais un seul camp ne suffit pas pour faire un règlement politique. Il y a eu au moins autant d’obstination et de réticence à faire des compromis du côté des éléments rebelles. En pesant sur ces éléments avec leur puissance aérienne, les États-Unis ne feraient probablement qu’augmenter ce durcissement. Les guerres civiles ne peuvent se régler que lorsque tous les côtés, et pas uniquement un seul, comprennent que continuer une guerre mène à une impasse. Il sera difficile d’obtenir un cessez-le-feu si une des parties voit le conflit se développer trop à son avantage, ou au contraire trop à son désavantage.

Le manque le plus flagrant et le plus fondamental dans l’analyse de Ross et Tabler est son échec à examiner avec précision quels sont les intérêts réels des États-Unis en Syrie. L’afflux de réfugiés venant de Syrie, l’instabilité ou le terrorisme sont des conséquences néfastes de la guerre elle-même, et non d’une coloration politique particulière du gouvernement de Damas.

Les Assad père et fils ont été au pouvoir depuis 46 ans. Il serait difficile de faire valoir que la vie ou la mort d’un régime d’Assad est essentielle pour les intérêts américains et ce serait encore plus difficile en prenant en compte les solutions de rechange actuelles, ou plutôt le manque de solutions de rechange.

La guerre syrienne finira par se terminer par une sorte de compromis par épuisement, probablement fragile et temporaire, comme l’accord de Taëf concernant le Liban ou l’accord de Dayton concernant la Bosnie. Et cela, on l’a déjà sans doute compris dans toutes les capitales concernées.

Obtenir un accord, même fragile, ne va pas consister simplement à exercer des pressions ou à imposer des coûts d’un côté. Pour y arriver, il faudra la coopération constructive de la Russie et de l’Iran. Aucun de ces alliés d’Assad ne va être amené par la puissance aérienne des États-Unis à se coller l’étiquette de « perdant » sur le front en s’éclipsant de la Syrie la honte au front.

Paul R. Pillar, pendant ses 28 ans passés à la Central Intelligence Agency, est devenu l’un des meilleurs analystes de l’agence.

Source : Consortium News, le 08/08/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

6 réponses à Les néoconservateurs trouvent de nouvelles excuses pour bombarder la Syrie, par Paul R. Pillar

  1. Afficher/Masquer Alerter

    Ouas Le 21 septembre 2016 à 00h29

    Ross et Tabler ont le mérite d’être conséquents parce que “les efforts faits contre les groupes terroristes anti-occidentaux” armés, financés, dirigés et entraînés par les occidentaux contre la Syrie posent de sérieux problèmes de compréhension.

    Répondre

    +1

  2. Afficher/Masquer Alerter

    Ailleret Le 21 septembre 2016 à 00h41

    40 jours après la publication de cet article, l’aviation américaine a bombardé les forces gouvernementales syriennes, dans la région de Deir el-Zor : 62 soldats syriens ont été tués.
    Ce faisant, la soi-disant “coalition internationale” a aidé Daech qui combattait au sol l’armée syrienne.

    Comme prévu, les médias français, voix-de-leur-maître-américain, ont relayé la version du Pentagone : une erreur et rien de plus. C’est d’ailleurs un classique.
    Mardi matin, France Inter a fait… du France Inter : « ci-gît la trêve en Syrie, elle a volé en éclats sous les bombes du régime… ».

    Mais qu’est-ce qu’ils cherchent, à la fin ? Relancer la campagne d’Hillary ? Déclencher la grande guerre dont rêve l’OTAN depuis 1949, la guerre contre la Russie ? Et d’ailleurs, est-ce qu’ils cherchent quelque chose, ces automates du mensonge ? Ont-ils une pensée ? Une vie intérieure ?

    « Quos Iupiter perdere vult, dementat prius » : Ceux que Jupiter veut perdre, il commence par les rendre fous.

    Répondre

    +9

    • Afficher/Masquer Alerter

      Olivier Berruyer Le 21 septembre 2016 à 01h02

      Vous savez, quand tous les voyants passent au rouge, que la raison est piétinée par les passions, en interne comme en externe, il ne faudra pas se plaindre de réveils avec une grosse gueule de bois…

      Emmanuel Todd m’a dit un jour : “L’avantage des Russes et des Chinois, c’est qu’ils n’ont pas oublié, eux, que l’Histoire, ça peut être grave…”

      Répondre

      +4

  3. Afficher/Masquer Alerter

    Pierre Le 21 septembre 2016 à 01h45

    Dernier drame, 21 morts dans la destruction partielle d’un convoi humanitaire pour Alep.
    Version France Info:
    http://www.francetvinfo.fr/monde/revolte-en-syrie/syrie-ce-que-l-on-sait-de-l-attaque-d-un-convoi-humanitaire-de-l-onu-pres-d-alep_1833503.html
    Version RT;
    https://francais.rt.com/international/26572-usa-reviseront-cooperation-avec-moscou
    https://francais.rt.com/international/26614-syrie-drone-russe-repere-djihadistes
    Qui croire ? Je n’ai bien évidemment pas la réponse à cette question. Néanmoins, je me demande quel serait l’intérêt stratégique ou politique pour l’armée syrienne de procéder à un tel bombardement ? De plus, sur aucune photo, je n’ai pu voir de cratères d’impact. Quelque jours après la bavure de Deir-es-zoor, cela a tout de même un relent de récupération opportuniste de la part du camp occidental. Mais bien évidemment, ce n’est que pure conjecture…

    Répondre

    +4

  4. Afficher/Masquer Alerter

    Caliban Le 21 septembre 2016 à 03h31

    [hypothèse]

    Les cyniques du Pentagone attendent la survenue d’un ou plusieurs gros attentats terroristes en Europe ou aux Etats-Unis pour faire céder les Russes, les forcer à lâcher Al-Assad.

    Comme ces attentats sont probablement en préparation (cf Trévidic), l’important pour les Yankee est de laisser la marmite bouillir à petit feu en Syrie et de prier que ce soit bien Hillary qui soit aux commandes à ce moment-là.

    Bref j’ai l’impression que 2017 pourrait s’avérer bien pire que 2016.

    Répondre

    +3

  5. Afficher/Masquer

    PatrickLuder Le 21 septembre 2016 à 05h51

    Chercher ses propres intérêts dans les conflit des autres nation du monde … voilà bien une manière de voir purement occidentale, égoïste, irrespectueux, inconscient, malhonnête, profiteur, infâme, en bref => lamentable !

Dennis Ross, qui a été émissaire haut placé des États-Unis au Moyen Orient.

Dennis Ross, qui a été émissaire haut placé des États-Unis au Moyen Orient.

Voir les commentaires

Accord US-Russie en Syrie : Tu veux ou tu veux pas ?

Publié le par Felli Bernard

De toute évidence, le Pentagone renâcle, il n’y a pas d’unité entre les hauts responsables américains sur le pacte, à peine conclu, avec la Russie sur la Syrie
De toute évidence, le Pentagone renâcle, il n’y a pas d’unité entre les hauts responsables américains sur le pacte, à peine conclu, avec la Russie sur la Syrie

Accord US-Russie en Syrie :
Tu veux ou tu veux pas
?

De toute évidence, le Pentagone renâcle, il n’y a pas d’unité entre les hauts responsables américains sur le pacte, à peine conclu, avec la Russie sur la Syrie

Par Andrei Akulov – Le 17 septembre 2016 – Source Strategic-Culture

En fait, l’accord des États-Unis reconnaît implicitement l’acceptation du rôle de la Russie comme acteur politique et militaire clé en Syrie, ainsi qu’allié du champ de bataille. Le projet de création d’un centre de mise en œuvre conjoint avec la participation des représentants de l’armée et des forces spéciales des deux pays sera comme une reconnaissance de facto que les États-Unis sont prêts à coopérer en dépit de la rivalité entre les deux pays en Europe et ailleurs. Il y a des raisons de croire que l’administration d’Obama a été influencée par les bons sondages de Donald Trump, qui a promis aux électeurs d’arriver rapidement à un accord avec la Russie sur la Syrie.

La communauté du renseignement et de la sécurité menée par le Département de la Défense [le Pentagone], est ouvertement opposée à l’accord, et soulève des questions quant à savoir si les boss militaires américains sont prêts à s’y conformer. Même la Maison Blanche a exprimé des réserves.

La seule agence qui est solidement derrière la proposition est le Conseil national de sécurité, un organisme regroupant les agences de renseignement US à la Maison Blanche, qui a ses propres problèmes avec les ministères de la Défense et le département d’État.

Le New York Times a rapporté : «L’accord que le secrétaire d’État John Kerry a annoncé avec la Russie pour réduire le nombre des victimes en Syrie a élargi un fossé de plus en plus public entre M. Kerry et le secrétaire à la Défense Ashton B. Carter, qui a de profondes réserves au sujet du plan de jonction des forces américaines et russes pour cibler les groupes terroristes.»

«Je ne vais pas vous dire que je leur fais confiance», a déclaré aux journalistes le lieutenant général Jeffrey Harrington, le chef du Commandement central de l’USAF [Armée de l’air US].

«Il y a un déficit de confiance avec les Russes», a déclaré de son côté le général Joseph Votel, chef du Commandement central des États-Unis − qui gère les opérations américaines en Syrie − lors d’une conférence à Washington organisée par l’Institut pour l’étude de la guerre.

Josh Earnest, le porte-parole de la Maison Blanche, a dit lors d’une conférence de presse : «Je pense que nous avons des raisons d’être sceptiques sur le fait que les Russes soient en mesure ou soient prêts à mettre en œuvre le dispositif compatible avec la façon dont il a été décrit.»

Dans une réponse plutôt apaisante, le secrétaire d’État John Kerry a défendu l’accord dans son entretien avec la National Public Radio le 14 septembre, insistant sur le fait que l’administration est inflexible dans sa volonté de le mettre en œuvre.

Il «pense» que le Pentagone est prêt à se conformer à un accord approuvé par le président des États-Unis ! Il y a évidemment quelque chose de problématique avec la façon dont les organismes gouvernementaux américains fonctionnent si le secrétaire d’État n’est pas sûr − il «pense» − que la décision du président sera respectée par les patrons militaires.

Les divisions sont vraiment inquiétantes car elles dressent les commandants militaires américains en service actif contre la direction politique du pays pour contester le contrôle civil de l’armée. Il remet en question la crédibilité même du gouvernement des États-Unis.

Il ne s’agit pas seulement de l’armée. En juin, cinquante-et-un diplomates du Département d’État ont signé une note interne très critique de la politique de l’administration Obama en Syrie, exhortant les États-Unis à mener des frappes militaires contre le gouvernement du président Bachar al-Assad.

Ce fut un défi ouvert pour mettre en doute l’autorité et la compétence de l’administration.

Donald Trump a de bonnes raisons de faire appel à la coopération entre la Russie et les États-Unis en Syrie. Les États-Unis n’ont guère d’autre choix. La synchronisation des efforts entre les deux principaux acteurs unis par la nécessité de lutter contre un ennemi commun est le seul moyen de sortir de la situation. Seuls la Russie et les États-Unis ont suffisamment de poids pour influencer les acteurs pertinents.

La Russie est un participant actif au processus de paix de Genève. Elle coopère avec l’Iran et les factions qu’elle soutient, la Jordanie et le gouvernement syrien dirigé par le président Assad, qui dirige une armée qui contient l’expansion des éléments djihadistes à Damas, Homs, Hama et sur la côte. La médiation de Moscou est une façon d’intégrer l’Iran, qui est activement impliqué dans le conflit, au processus de consolidation de la paix. Moscou jouit d’une bonne relation de travail avec la Turquie et les Kurdes. Elle a eu des entretiens constants avec les États-Unis qui menaient leur propre coalition. Le problème de la Syrie ne peut être résolu sans elle. Les efforts américains pour lutter contre le problème sans la Russie n’ont donné lieu à aucun progrès. La coordination des efforts − sinon la coopération − est la seule façon d’avancer, il n’y a pas d’alternative.

L’approche du Pentagone est un réflexe de l’époque de la Guerre froide. Les perspectives d’une percée diplomatique l’emportent sur les préoccupations de l’armée américaine liées à la nécessité d’échanger des renseignements avec la Russie. Après tout, les deux pays ont déjà une histoire de coopération contre les terroristes et de partage des données. Même en poursuivant des objectifs différents, ils ont réussi à développer sans confrontation leurs activités militaires en Syrie.

Avec tous les problèmes qui divisent les deux grandes puissances mondiales, l’accord Russie-US sur la Syrie marque un tournant majeur dans la politique étrangère russe en 2015. Si l’accord réussit, la Russie et les États-Unis formeront une nouvelle alliance militaire dirigée contre État islamique et les groupes terroristes d’al-Qaïda, une coopération apparemment impensable au milieu des tensions récentes. La mise en œuvre de l’accord deviendra un héritage diplomatique du président Obama et du secrétaire d’État John Kerry − quelque chose dont les deux seront fiers et dont on se souviendra.

Andrei Akulov est colonel en retraite, il vit à Moscou, il est expert sur les questions de sécurité internationale

Traduit et édité par jj, relu par Catherine pour le Saker Francophone

Note du Saker Francophone - au raz des pâquerettes

La sécurité nationale US c'est Al-Capone avec des porte-avions.

Lorsque l'on connaît le niveau de corruption de l'armée US et l'importance de ses collusions mafieuses au Moyen-Orient, entre activités illégales : détournement de fonds, trafic d'arme, de drogue, d'êtres humains [réfugiés], de pétrole, et profits légaux des sociétés militaires privées, Academi [ex-Blackwater], ou fournisseurs d'intendance militaire à des prix fabuleux comme Halliburton, etc. il n'est guère étonnant de voir les réticences des bénéficiaires devant le fait de devoir cesser des pratiques aussi juteuses.

574

Voir les commentaires

Syrie : US Go Home…

Publié le par Felli Bernard

MOON of ALABAMA
MOON of ALABAMA

Syrie : US Go Home…

Les « rebelles » triés sur le volet par la CIA chassent les forces américaines de la ville

Le 16 septembre 2016 – Source Moon of Alabama

Selon le Wall Street Journal, les États-Unis ont accepté de se joindre à une nouvelle invasion de la Syrie par la Turquie et ses forces par procuration.

Les États-Unis ont accepté d’envoyer environ 40 soldats des forces d’opérations spéciales épauler les forces turques qui combattent État islamique dans le nord de la Syrie, selon des officiels américains.
[…]
La mission conjointe doit se déployer vers la ville de Dabiq, au nord de la Syrie, un bastion de l’État islamique d’une grande importance symbolique. Les soldats des forces spéciales américaines joueront le rôle de conseillers de guerre de la même manière qu’ils le font en Syrie, selon des officiels américains.
[…]
Ankara a suggéré que les forces spéciales épaulent les troupes turques, à la fin du mois dernier, alors qu’elle planifiait une mission conjointe dans la ville de Jarablus au nord de la Sy
rie.

On peut raisonnablement penser que la présence des forces américaines dans une manœuvre d’invasion turque a pour seul but de dissuader les Russes ou les Syriens de s’y opposer. La présence des forces américaines fera réfléchir à deux fois le commandement russe avant de bombarder les Turcs s’ils dépassent les limites fixées par leurs accords avec les Russes.

Le déploiement de quelque 40 soldats des forces spéciales américaines à Al Ra’i ne s’est pas bien passé. Les combattants turcs par procuration de «l’Armée syrienne libre» ont menacé de tuer les soldats américains. Ils les ont traités d’«incroyants», de «croisés» et de «porcs» et les forces américaines ont dû se replier pendant que les Turcs les couvraient (vidéo). Des portes-parole de l’Armée syrienne libre ont prétendu plus tard que le différend portait sur le soutien des États-Unis aux Forces démocratiques syriennes kurdes, qui ont parfois combattu contre l’Armée syrienne libre. Des rapports non confirmés disent maintenant que les forces spéciales sont de retour à Al Ra’i après qu’il a été ordonné à certains groupes de l’Armée syrienne libre de quitter la zone. Il y a aussi des rapports affirmant que les États-Unis, après que les forces spéciales ont été chassées de la ville, ont «accidentellement» bombardé un groupe de l’Armée syrienne libre à Al Ra’i. Aïe !

Cependant, la partie hostile de l’Armée syrienne libre reste aux alentours et elle considère de toute évidence les forces spéciales américaines comme son ennemi. Si les forces américaines interviennent conjointement avec les autres groupes de l’Armée syrienne libre, elles vont devoir surveiller leurs arrières en permanence.

Les groupes confessionnels modérés de l’Armée syrienne libre soutenus par les Turcs sont les groupes que la CIA a «sélectionnés» et approvisionnés en missiles TOW et autres armes. Mais cela ne surprendra personne si ces groupes, poussés par le fanatisme religieux, finissent par se retourner contre leurs sponsors. Ils l’ont fait dans toutes les situations historiques similaires.

Le cessez-le feu actuel en Syrie est déjà en train de se déliter. les médias américains affirment que la Russie et la Syrie bloquent l’aide des Nations Unies aux zones de l’est d’Alep contrôlées par al-Qaïda, mais d’autres médias disent que ce sont les «rebelles» qui menacent les convois. Dans Alep-est, des militants d’al-Qaïda ont manifesté (vidéo) contre l’aide des Nations Unies.

La Russie affirme que les États-Unis tentent d’esquiver les termes des accords du cessez-le-feu et elle demande aux États-Unis de rendre l’accord public. Ce que le Département d’État refuse de faire:

Jeudi, le porte-parole du département d’État américain, Mark Toner, a déclaré aux journalistes à Washington que le texte intégral de l’accord élaboré avec la Russie sur la trêve en Syrie ne serait pas rendu public. «Il traite de questions sensibles qui, si elles étaient rendues publiques, pourraient, selon nous, être utilisées à mauvais escient», a-t-il dit.

Traduction: «Il est plus difficile de tricher sur l’accord si ses termes sont publics.»

Les forces d’opposition soutenues par les États-Unis utilisent le cessez-le-feu pour préparer de nouvelles attaques contre Hama et au nord de la ville d’Alep. Je pense que ces assauts vont commencer au début de la semaine prochaine. Elles devront faire face à une solide défense et aux attaques féroces des forces aériennes syriennes et russes.

Traduction : Dominique Muselet

771

Voir les commentaires

«C'EST TOUJOURS AU NOM DES DROITS INDIVIDUELS QU'AVANCE L'ISLAMISATION»

Publié le par Felli Bernard

Eric ZEMMOUR
Eric ZEMMOUR

20 septembre 2016

«C'EST TOUJOURS AU NOM DES DROITS INDIVIDUELS QU'AVANCE L'ISLAMISATION»

«Aujourd’hui, on ne vient plus en France pour s’intégrer à la France, mais pour s’intégrer à une diaspora», lâche Eric Zemmour. Image: Ed ALCOCK/Myop

Le plus polémique des éditorialistes français publie une épaisse compilation de ses chroniques radiophoniques, brossant l’état des lieux d’une France et d’une Europe en passe de perdre leur culture.

Avec «Un quinquennat pour rien» (Albin Michel), regroupant ses chroniques sur la station de radio RTL, Eric Zemmour s’est d’emblée placé dans le haut du classement des ventes. Avec aussi son lot de polémiques évidemment, dont celle, assez surréaliste, concernant l’absence, à sa propre surprise (une erreur d’édition que personne ne s’explique) de quelques textes qui avaient fait débat, dont l’intervention où il parlait de «bombarder Molenbeek»: elle devrait être rajoutée dans les prochaines éditions.

Mais le cœur de ce livre réside dans son propos liminaire: un essai d’une cinquantaine de pages au pessimisme revendiqué, dans lequel Zemmour décrit une France à la souveraineté perdue (c’était déjà le thème de son précédent ouvrage, «Le suicide français»), et prédit le pire: un pays en train de mourir, perdant son identité en cédant, sous le nombre, à l’islamisation. Il viendra en parler mardi soir à Genève, lors d’un dîner débat qui promet de faire le plein.

Ce qui est rassurant, c’est que vous semblez mauvais pronostiqueur. Dans une de vos récentes chroniques vous expliquiez que la France allait se faire battre par l’Allemagne en demi-finale de l’Euro de foot.

Arrêtez, vous avez tout faux: relisez ma chronique. J’y explique qu’effectivement, si tout se passe comme d’habitude, ce n’est même pas la peine de jouer: on va perdre. Mais que… et ce «mais que» est fondamental. Car, il représente le sursaut possible, si on ne se comporte pas comme à l’ordinaire, et c’est ce qui est arrivé. La France a, c’est la première fois, éliminé l’Allemagne. On passe aux choses sérieuses?

Pourquoi portez dans le texte liminaire un regard si négatif sur la France d’aujourd’hui?

C’est la même histoire que ce que je viens de vous expliquer sur le football. Si on regarde l’histoire de France, il y a toujours eu une succession d’effondrements et de sursauts. A chaque fois, il y a eu une sorte d’homme providentiel, ou une femme, avec Jeanne d’Arc: Bonaparte, de Gaulle, etc.
Alors, aujourd’hui, soit on croit que la France va continuer son histoire, et donc on aura une révolte populaire contre ce que je décris: la colonisation, l’envahissement; soit on continue comme cela, et la France connaîtra le destin que nous promet Houellebecq dans «Soumission».

Quelle différence entre lui et vous?

C’est un romancier, voilà. Je vous dirais que Tariq Ramadan a eu une intéressante formule au moment de la sortie du «Suicide français»: il a dit que «Soumission» était la version romancée du livre de Zemmour. Pour une fois, je suis d’accord avec ça.

Vous rappelez le combat de Philippe Séguin contre le Traité de Maastricht.

Oui, j’aimais beaucoup Séguin, j’avais de l’affection pour lui, au-delà de la politique. Ce qu’il a mené alors, et perdu, c’était le combat pour la souveraineté.

Mais l’argument européen, c’était garantir la paix: c’est le cas depuis plus de septante ans, ce n’est pas rien, non?

Votre erreur est de croire que la paix est venue de cette construction européenne. Mais on ne vit pas en paix grâce à l’Europe, c’est l’inverse: l’Europe est une conséquence de la paix. Et la paix est elle-même une conséquence de la domination américaine sur l’Europe, et de la longue opposition à l’URSS. En 1945, les Etats-Unis ont réglé une histoire vieille de trois siècles. La France, puis l’Allemagne, avait essayé d’unifier le continent européen.
A chaque fois, une puissance continentale a tenté de s’agrandir, de reconstruire, pour aller vite, l’empire de Charlemagne. Et à chaque fois, l’Angleterre, jouant des divisions, a fait échouer ce projet. Sur les ruines de ces trois pays, les Etats-Unis ont imposé un genre de protectorat. C’est ça, l’histoire de l’Europe. Et l’Europe actuelle a détruit les souverainetés nationales sans forger une souveraineté européenne. Un ratage total, mais qui n’est plus la question. Désormais, c’est notre identité qui est menacée.

Cette bataille de l’identité, doit-elle passer par le populisme?

Je suis de ceux qui pensent que le populisme, c’est ce que le peuple a trouvé de mieux pour répondre au mépris des élites. Il existe aujourd’hui une angoisse identitaire de toute l’Europe.

Vous qui êtes le produit de l’intégration, vous ne croyez plus à ce modèle?

Ma famille vient de contrées qui sont tout à fait les mêmes que celles d’où viennent les immigrés d‘aujourd’hui. Mes parents, mes grands-parents, au-delà d’une culture française récente – ma famille n’est française que depuis 1870 – avaient aussi une culture orientale, arabo-andalouse, avec des ancêtres berbères. J’ai ainsi longtemps pensé que tous pourraient s’assimiler, qu’il n’y avait aucune raison de croire le contraire.
Mais il y a plusieurs «mais». Le premier, c’est la démographie. Comme disait le général de Gaulle: «On assimile des individus, pas des peuples.» Aujourd’hui, le nombre est trop grand. Engels, que je cite dans le livre, avait cette analyse: «A partir d’un certain nombre, la quantité devient une qualité.»
C’est la première base de mon désespoir. Nous avons laissé venir trop de gens. Aujourd’hui, on ne vient plus en France pour s’intégrer à la France, mais pour s’intégrer à une diaspora. Elle peut être arabo-musulmane, évidemment, mais aussi africaine, ou asiatique, etc.
Mais on n’intègre plus la France. Deuxième «mais»: nos élites ont renoncé à l’assimilation pour accepter une espèce de multiculturalisme de fait. Troisième «mais»: tout simplement l’islam, qui est, je le crois, inassimilable au monde français, européen, chrétien.
L’islam, qui ne s’est jamais considéré comme une minorité, mais qui, au contraire, entend imposer sa domination.

Vous avez aussi une agressivité absolue envers les droits de l’homme, au nom desquels on défend souvent les différences. Pourquoi?

La tradition française, rousseauiste, fait un équilibre entre les droits de l’individu et les droits de la nation. C’est la nation qui est libre et souveraine, et l’homme n’est libre que parce que sa nation l’est. Ça me va tout à fait.
Sauf que cette tradition a été abandonnée par les élites et les juges. Tous se sont soumis, sous l’influence anglo-saxonne, à une façon de privilégier les droits individuels.
Les dirigeants musulmans les plus engagés, des Frères musulmans aux salafistes, ont bien compris l’usage redoutable qu’ils pouvaient faire de cette conception, et c’est toujours au nom des droits des individus qu’ils avancent dans l’islamisation de la société: voile à l’école, vêtements, prière dans la rue, nourriture halal en entreprise, se faire soigner par un médecin du même sexe, ou récemment la tentative de privatiser des plages, avec cette trouvaille du burkini. Tout cela, avec une grande habileté rhétorique, impose peu à peu une islamisation.

Vous n’avez pas poussé un peu en disant que Rachida Dati n’aurait pas dû prénommer sa fille Zohra?

Non. j’assume et je le lui ai dit. Le prénom, c’est la France, c’est le lien avec sa culture d’accueil. Qu’elle préfère un prénom arabe démontre ce que je vous explique.

L’élection présidentielle à venir se jouera sur ces enjeux?

Je pense que cette élection présidentielle ne servira à rien. Marine Le Pen sera au second tour. Elle va perdre. La gauche va faire élire Nicolas Sarkozy ou Alain Juppé. Et comme, ou même pire, qu’en 2002, le président de droite sera prisonnier de son élection due à la gauche, et il ne se passera rien.
Alain Juppé, sur le thème de l’identité, a de toute façon le programme de la gauche. Nicolas Sarkozy, pour des raisons électorales, s’est, certes, emparé de thèses opposées, comme la suppression du regroupement familial par exemple, à laquelle je suis favorable.
Mais il ne dit pas que, pour cela, il devrait sortir de la Convention européenne des droits de l’homme. Il faut le faire, mais je crains que Sarkozy ne tienne ensuite rien de ce qu’il a promis. Il n’y a pas d’issue pour l’instant.
Nous n’avons pas besoin de politique, maintenant, nous avons besoin de diagnostic. C’est ce que j’essaie de faire. Après, les mesures viendront d’elles-mêmes. (Le Matin)

SOURCE

Partager cet article

Voir les commentaires

La déprime des europathes ! « L’esprit de Bratislava », celui d’une Europe en bout de course

Publié le par Felli Bernard

La déprime des europathes ! « L’esprit de Bratislava », celui d’une Europe en bout de course

La déprime des europathes ! « L’esprit de Bratislava », celui d’une Europe en bout de course

Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles est un europhile patenté et convaincu, ce qui n’est pas une critique, car si je suis anti-cette-Union-Européenne, il est évident que nous avons une destinée commune sur le vieux continent. Telle n’est pas la question, mais bien celle de quelle « Europe » nous voulons et j’insiste et je le répète, l’Europe n’est pas une idée figée ou unique. Il existe toutes sortes d’Europe possibles et le projet européen ne doit doit surtout pas se résumer à cette réalité incensée que deviennent nos institutions européennes actuelles, vendues au totalitarisme marchand le plus odieux, soumises aux lobbies.

Bref, suite au dernier sommet de nos mamamouchis européens, même un europhile comme Jean Quatremer ne cache plus son désarroi. Ses propos sont durs. Acerbes. Dépités. Une véritable déprime… qui me réjouit presque !

Quoi que nous pensions tous, pro ou anti, nous pouvons nous accorder sur un constat : l’Europe est dysfonctionnelle. Pour la réparer, il en faut plus… ou beaucoup moins en fonction des convictions.

Mais politiquement, si nous ne sommes pas capables d’en faire plus, alors le moins s’imposera. Et pour le moment, nous sommes bien incapables de plus. Donc l’Europe, sous sa forme actuelle, va s’effondrer. Le tout est de savoir si ce sera dans un vacarme… ou dans un murmure.

Charles SANNAT

« Malgré les efforts de Hollande et Merkel pour vendre l’image d’une concorde retrouvée, les dirigeants européens réunis ce vendredi en Slovaquie ont une nouvelle fois montré leur incapacité à se mettre d’accord, confirmant la paralysie de l’Union. »

« L’esprit de Bratislava », celui d’une Europe en bout de course

Tout un symbole : des journalistes parqués de l’autre côté du Danube, dans un immense hangar, pendant que les 27 chefs d’État et de gouvernement discutent à huis clos dans le château de Bratislava, en Slovaquie, à un kilomètre de là, protégés par un imposant dispositif policier. Une journée de réunions, ce vendredi, sans des Britanniques déjà sur la voie de sortie, et sans qu’aucune information ne filtre – et on peut faire confiance aux Slovaques pour s’assurer que les journalistes ne sortent pas du cadre. Il a fallu attendre les conférences de presse finales, en fin de journée, pour que chacun livre «sa» version du sommet à «sa» presse, souvent totalement différente d’un «chef» à l’autre au point qu’on a l’impression que 27 réunions parallèles ont eu lieu. Quand il s’agit de «rapprocher l’Europe des citoyens», «de resserrer les liens distendus entre l’Europe et les citoyens», «de prendre conscience de la défiance des citoyens», comme l’a gravement expliqué jeudi le chef de l’État français, les gouvernements savent décidément s’y prendre.

François Hollande et Angela Merkel, la chancelière allemande, qui ont tenu, pour la première fois depuis l’élection du premier, conférence de presse commune (limitée à deux questions par pays…), ont essayé de vendre un «esprit de Bratislava», celui de la concorde retrouvée entre l’Est et l’Ouest, entre le Sud et le Nord, entre les riches et les pauvres, entre les démocraties autoritaires et les démocraties libérales. Un beau conte de fées que Matteo Renzi, le Premier ministre italien, a fait immédiatement voler en éclats en déclinant toute conférence de presse commune avec le couple franco-allemand : «Je refuse de suivre un scénario visant à faire croire aux citoyens que nous sommes d’accord sur tout»… Et d’énumérer, parmi les principaux points de désaccord, les réfugiés et la politique économique, notamment allemande, etc. Même écho de Viktor Orban, le chef du gouvernement hongrois. Mais alors, que s’est-ll donc réellement passé au cours de la journée ? On ne le saura que lorsque le soi-disant «esprit de Bratislava» aura fait long feu…

Caricature de débat démocratique

Cette caricature de «débat démocratique» qui autorise tous les mensonges confirme que le problème central de l’Union est bel et bien le Conseil européen, l’instance suprême de l’Union, le lieu où les chefs d’État et de gouvernement dirigent dans le secret le plus total et en l’absence de tout contrôle démocratique, l’Europe. Pis : en trente ans, au fur et à mesure que le Conseil des «chefs» a affirmé ses pouvoirs, jusque dans les moindres détails techniques qui relevaient jusque-là soit de la Commission, soit des Conseils des ministres sectoriels, le secret entourant les délibérations des Vingt-huit s’est renforcé jusqu’à la caricature, en particulier sous l’impulsion des Français qui adorent les secrets d’État.

Si l’Union est «dans une situation critique», comme l’a déclaré Angela Merkel, est «menacée de dislocation», selon François Hollande, c’est en réalité à cause de l’incapacité croissante des Vingt-huit, ou plutôt des Vingt-sept bientôt, à se mettre d’accord sur le moindre sujet d’importance, au pire, ou même à parvenir à des compromis boiteux, au mieux. De la crise économique à celle des réfugiés, en passant par la crise de la zone euro, les politiques économiques, l’Union s’enfonce chaque jour un peu plus dans la paralysie. Pourquoi ? Parce qu’ils décident à l’unanimité. La soi-disant «Europe fédérale» qui dépossède les États de leur souveraineté dénoncée par les europhobes n’est en réalité qu’une Europe des États, celle que souhaitent justement ces mêmes europhobes : l’Union a l’apparence d’une fédération alors qu’elle n’est qu’une lâche confédération. Rien ne se fait sans les États ou contre eux, ce qui explique l’impotence imputée à l’Union par des gouvernements qui n’assument jamais ce qu’ils font ou ne font pas à Bruxelles et ne rendent aucun compte en tant que collectif de leurs décisions. Le Conseil européen, c’est la boîte noire de la démocratie européenne.

Bal des faux culs

Il faut imaginer des États-Unis d’Amérique dirigés par une assemblée des cinquante gouverneurs américains décidant à l’unanimité, où certains États n’appliqueraient pas telle ou telle politique, utiliseraient ou non le dollar, où un seul gouverneur pourrait bloquer une intervention militaire, et on aurait une idée de ce que serait la puissance américaine. Or c’est ainsi que fonctionne l’Union et l’on trouve encore des chefs d’État et de gouvernement pour s’étonner de la crise de confiance des citoyens.

Lire la suite et là fin directement sur le site de Libé ici

Voir les commentaires

Deir ez-Zoor

Publié le par Felli Bernard

Deir ez-Zoor

Deir ez-Zoor

18 Septembre 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Etats-Unis, #Russie

La poussière retombe peu à peu sur Deir ez-Zoor, les langues se délient, l'image devient (légèrement) plus nette. En cette période de rentrée scolaire, rendons hommage à nos chères têtes blondes en suivant dans ce billet l'indémodable plan causes-conséquences.

Que s'est-il passé ?

Ce blog n'a jamais prétendu détenir la vérité révélée, particulièrement mal venue dans l'analyse de la chose géopolitique. Aussi présentons-nous toutes les hypothèses, de la moins plausible à la plus crédible :

  • Acte délibéré de Washington. Peu probable.

L'administration Obama s'est platement excusée : "Les Etats-Unis ont fait part de leur regret par le biais de la Russie [Washington et Damas n'ont pas de contact direct, ndlr] pour la perte de vies au sein des forces armées syriennes". Le Centcom va plus loin : "Les forces de la coalition pensaient qu’elles frappaient une position de combat de l’EI, qu’elles suivaient depuis un certain temps avant le bombardement. La coalition ne ciblerait jamais intentionnellement une unité militaire syrienne."

Certes, il y a le précédent de l'ambassade chinoise de Belgrade en 1999. Les serviles excuses de Bill Clinton n'avaient pas chassé les suspicions. Et de façon générale, les déclarations des autorités US ne doivent jamais être prises à la lettre, c'est le moins que l'on puisse dire... Mais ici, quel intérêt auraient eu les Etats-Unis à bombarder ce bataillon syrien sur un théâtre d'opération très secondaire, loin des rebelles modérément modérés, loin de tout noeud stratégique ? Barack à frites s'est toujours gardé d'attaquer l'armée syrienne, même au plus fort de la tension, en 2013, et il le ferait maintenant, devant les yeux du monde entier, pour en faire profiter Daech, la bête noire de l'opinion mondiale ? Cette thèse tient difficilement debout et c'est un euphémisme...

Alors évidemment, les Russes sont dans un fauteuil. Maria Zakharova : "Nous arrivons à une conclusion terrible pour le monde : la Maison Blanche défend l'Etat Islamique". Qui peut jeter la pierre à la Russie, diabolisée depuis des années par l'appareil médiatico-politique de l'empire ? Juste retour à l'envoyeur, mais qui ne doit peut-être pas nous tromper sur la réalité de l'événement.

  • Règlement de compte à OK Corral ou désobéissance à l'intérieur de la hiérarchie US. Possible.

Voilà une hypothèse que vous ne retrouverez jamais dans les médias officiels et qui est pourtant tout à fait pertinente. Ce blog a maintes fois montré à quel point le pouvoir américain est divisé, éclaté. CIA et Pentagone se battent par groupe syrien interposé, des fonctionnaires du Département d'Etat entrent en fronde et Obama est baloté entre les néo-cons et les réalistes. Le Centcom lui-même est extrêmement tiraillé, cinquante analystes du centre de commande déclarant l'année dernière que leurs rapports sur le danger djihadiste en Syrie ont été occultés ou caviardés. L'empire n'a plus réellement de tête, c'est une gorgone.

L'on sait que certains au Pentagone ont accepté du bout des lèvres le cessez-le-feu russo-américain de la semaine dernière, que les néo-cons sont furieux tandis que la CIA reste silencieuse mais n'en pense pas moins. Est-il aberrant d'imaginer qu'un maillon de la chaîne de commande est sorti des clous afin de forcer la main du gouvernement ? Après tout, ça ne serait pas la première fois... En 1999, le bombardement déjà cité de l'ambassade chinoise de Belgrade fut apparemment le fait de "coordonnées erronées" fournies par la CIA. Plus près de nous, lors de son rabibochage avec Poutine, Erdogan a expliqué l'incident du Sukhoi par la désobéissance du général turc d'Incirlik, proche de l'OTAN et d'ailleurs arrêté après la tentative de putsch. Bien sûr, il est déconseillé de croire le sultan sur parole, mais on ne peut exclure qu'il ait dit la vérité pour le coup.

L'incident intervient deux jours avant la possible mise en place d'une coordination russo-américaine prévue par l'accord de cessez-le-feu. On aurait voulu torpiller ce projet qu'on ne s'y serait pas pris autrement... C'est d'ailleurs ce qu'a fait remarquer l'envoyé russe aux Nations-Unies, relevant la bizarrerie de l'intervention US dans une zone où ils n'avaient jamais rien bombardé auparavant. Le bombardement de Deir ez-Zoor est-il une tentative dangereuse et désespérée des faucons visant à faire dérailler une coopération entre les deux grands contre les djihadistes ? Plausible. Il serait par contre ahurissant de voir le couple Kerry-Obama saboter l'accord qu'il a lui-même signé il y a quelques jours.

  • Erreur. Possible.

L'aviation américaine a une telle expérience de bavures et bourdes en tout genre qu'une erreur de bonne foi est tout sauf impossible. Irak, Afghanistan... les friendly fire sont légion (les Britanniques en savent quelque chose !) En Syrie même, l'USAF a bombardé à plusieurs reprises ses propres milices.

Le ton des excuses américaines va dans ce sens ainsi que l'explication du Centcom : "Le bombardement a été immédiatement arrêté quand la coalition a été informée par des responsables russes que les cibles appartenaient peut-être à l'armée syrienne". Chose intéressante, le ton de la presse du système est également gêné, presque repentant, semblant donner, une fois n'est pas coutume, raison à Moscou et Damas qui se déchaînent en accusations. CNN, BBC, l'imMonde, Al Jazeera, Fox News... si penauds soudain.

Quelles sont les conséquences ?

Les Russes sont furieux et le font savoir. Les oreilles sifflent à Washington... Accusations ouvertes de soutenir l'EI, moqueries mordantes, explications exigées sur un ton que la Maison Blanche a rarement entendu, convocation d'une session extraordinaire du Conseil de sécurité de l'ONU la nuit dernière. A cette occasion, la pimbêche de service, l'inénarrable Samantha Power n'a pu s'empêcher d'ironiser sur le "numéro de Moscou". La réponse ne s'est pas faite attendre. La belle Maria, encore une fois : "Chère Samantha, je vous conseille un petit voyage en Syrie pour connaître la signification du mot "honte". Parlez avec les habitants. Pas avec les gens d'Al Nosra ni les dissidents syriens vivant en Occident, mais avec les gens qui vivent dans ce pays touché depuis six ans par une sanglante guerre avec la participation active de Washington. Si vous voulez, nous irons ensemble, je paye le voyage. N'ayez pas peur, avec moi personne ne vous fera du mal, à moins bien sûr que vos compatriotes ne commettent un nouveau bombardement "accidentel". Il vous en restera un bon souvenir et, de plus, vous apprendrez ce que veut dire le mot honte". Pan, sur le bec...

Au-delà des mots, cet incident place les Etats-Unis en position très délicate. Moscou peut désormais tout à fait publier les termes de l'accord de cessez-le-feu que Washington cherche tant à cacher, car vraisemblablement favorable au 3+1. Ou simplement le considérer comme nul et non avenu puisque les djihadistes modérés ne le respectent globalement pas (responsabilité US) et qu'en plus les Américains bombardent une armée souveraine en train de combattre l'EI, ce qui, en termes de relations publiques, est désastreux. Dans tous les cas, la légitimité des Etats-Unis en a pris un sérieux coup et leur marge de manœuvre s'est considérablement amoindrie. Le Kremlin joue maintenant sur du velours et je vois bien les Russes exiger sans cesse plus et les Américains reculer à mesure.

Sur le terrain, la reprise des hostilités est déjà là. L'armée syrienne, qui a d'ailleurs tiré sur un drone US à Deir ez-Zoor, relance une offensive partielle dans le sud d'Alep. Le cessez-le-feu est au bord de l'implosion et les Américains, humiliés en plus par leurs "alliés modérés", ne semblent plus être en position d'influer réellement sur les événements. Triste fin de règne pour Barack à frites...

Partager cet article

Voir les commentaires