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Brexit et discorde : urgence de l'Europe des patries

Publié le par Felli Bernard

Brexit et discorde : urgence de l'Europe des patries

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Brexit et discorde : urgence de l'Europe des patries

La négociation sur la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne qui va bientôt commencer promet d'opposer âprement les intérêts des deux parties, et surtout de conduire à une aggravation de la discorde entre Londres et le Continent. C'est en réalité une opposition structurelle qui menace très fortement de s'installer.

Malgré la disproportion des forces en présence, l'Union européenne est en réalité la partie la plus vulnérable. Le Brexit est à la fois un signe et un facteur d'échec supplémentaire de la tentative d'unification supranationale de l'Europe. Surtout, les discordes que provoquent cette tentative, et qui menacent de s'aggraver de tous côtés, risquent à terme de ruiner la bienveillance réciproque que les peuples européens ont observé l'un envers l'autre depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Le modèle alternatif est connu, une "Europe des patries" regroupant de manière légère par des coopérations l'ensemble des pays entre l'Atlantique et l'Oural. Mais est-il encore possible ?

La notification officielle le 29 mars de la décision britannique d'utiliser l'article 50 pour se retirer de l'Union européenne ouvre une phase de deux ans de négociation sur les modalités de la sortie et l'avenir des relations entre le Royaume-Uni indépendant et l'UE. Le président du Conseil européen Donald Tusk a publié les grandes lignes de la "feuille de route" de l'équipe chargée de négocier le Brexit pour le compte de l'UE.

Il s'agit d'un bouleversement, et pour bien comprendre ses conséquences il est indispensable de prendre un peu de distance et de hauteur par rapport aux détails et aux mécanismes de la négociation et des accords "intérimaire" puis "définitif" qu'il s'agira de définir. Or c'est une image pour le moins troublante qui apparaît lorsqu'on prend cette hauteur...

• D'une part, à détailler les grandes lignes de la stratégie de négociation UE vis-à-vis de la Grande-Bretagne, il est assez clair que l'essentiel si ce n'est la totalité est à la fois dur du point de vue de ses conséquences sur le RU, et justifié, c'est-à-dire correspondant à la protection d'intérêts réels des pays qui restent membres de l'UE. Avoir une position significativement plus favorable aux intérêts britanniques serait nuire aux intérêts des pays continentaux, cela ne serait pas raisonnable et ce n'est très probablement pas ce qui se passera

• D'autre part, il faut être conscient de la situation créée par cette opposition des intérêts. Donc l'apprécier sur le très long terme, et à l'échelle de l'Europe toute entière. Et là les conclusions ne peuvent qu'être dérangeantes.

L'entente européenne : un nouveau coup très grave...

L'Europe en tant que continent, qu'ensemble humain et que civilisation - je ne parle pas de la structure UE qui n'est pas l'Europe à proprement parler - a été déchirée par plusieurs guerres et guerres froides à partir de 1914. La très sérieuse accalmie résultant du retrait soviétique d'Europe centrale et de la dissociation de l'URSS en 1989 -1991 a été la dernière étape en date vers une pacification complète du continent, mais n'a cependant pas abouti à une entente pan-européenne globale, étant donné que pour diverses raisons l'un des principaux pays européens - et le plus peuplé - restait à l'écart de l'entente qui s'était établie. Il s'agit bien sûr de la Russie.(1)

La situation à ce jour est donc une large entente européenne, cependant partielle et à vrai dire en quelque sorte viciée par l'exclusion de l'un des pays les plus importants - c'est que lorsque une entente exclut l'un des principaux membres potentiels, elle ne peut pas manquer de prendre au moins en filigrane le caractère de groupe rassemblé par la désignation d'un bouc émissaire, mécanisme social dont un anthropologue comme René Girard a pu montrer à quel point il est profondément ancré dans l'esprit humain. Ceci indépendamment de la culpabilité, ou non, du dit bouc émissaire, les analyses sont très diverses concernant les responsabilités respectives de l'Ouest de l'Europe et de son Est - c'est-à-dire de Moscou - dans la situation, mais quoi qu'il en soit le fait de la séparation - qui est une mise à l'écart - demeure.

A partir de là, on aurait pu imaginer une stabilité de la situation stratégique, voire dans le meilleur des cas une accalmie progressive et ultérieurement d'une manière ou d'une autre une entente pan-européenne réellement globale donc intégrant la Russie. Mais. Mais le Brexit.

Le fait est que dès aujourd'hui, alors même que le Royaume-Uni restera encore deux ans en UE, un second grand pays européen est placé hors de l'entente européenne.

Ce sont bientôt deux des cinq plus grandes économies européennes qui seront à l'écart de l'Union européenne, Allemagne, France et Italie seules restant membres. Ce sont bientôt deux des trois pays européens disposant d'une dissuasion nucléaire et d'un siège au Conseil de Sécurité qui seront séparés des autres, seule la France demeurant.

Certes à la différence de la Russie, l'opposition UE - RU n'a pas de dimension militaire. Au contraire, Londres se fait fort de rester pleinement impliqué dans la sécurité européenne, par le biais de l'OTAN. Différence essentielle, mais qui peut croire que la politique militaire résume tout ? L'économie, les intérêts économiques, sont absolument primordiaux pour comprendre la politique internationale d'un pays, ils suffisent largement à motiver appui ou opposition déterminée - voire forcenée.

Ce n'est pas que les pays membres de l'UE soient coupables de cette opposition. Qu'ont-ils fait de mal ? Et les Britanniques non plus. N'ont-ils pas le droit de récupérer leur souveraineté s'ils le souhaitent ? Mais le fait que personne ne soit coupable... n'empêche pas que l'opposition des intérêts existe, et qu'elle pourrait fort bien devenir aussi structurelle voire peut-être aussi profonde que l'opposition des intérêts de la Russie et de l'UE.

Le propre de la tragédie, c'est que les événements sont en quelque sorte en dehors de tout contrôle humain. L'issue négative de l'histoire est fatale, c'est-à-dire littéralement qu'elle est causée par le destin (fatum, qui a donné "fatal"), on pourrait dire aussi causée par la situation, non par les actions ni les fautes des hommes. L'Histoire de l'Union européenne et plus généralement de l'entente entre les peuples européens... va-t-elle devenir tragique ?

... qui pourrait être désastreux à terme pour l'UE

Les chances que la situation évolue dans le sens d'une meilleure entente pan-européenne ? Elles ne sont pas si convaincantes.

• Un grand pays qui tente par tous les moyens de desserrer la cohésion d'une entente dont il est exclu - ou s'est exclu - cela peut être inconfortable. Que dire de deux ?

• Un seul pays placé dans la position du bouc émissaire, c'est parfois quelque peu pratique pour resserrer les rangs de ceux qui restent. Deux, serait-ce toujours aussi pratique ?

Les comparaisons historiques doivent être maniées avec prudence, il est évident que la situation présente ne s'est jamais présentée dans ces mêmes termes exactement. Mais si l'Histoire ne se répète jamais, souvent elle rime. Londres et Moscou mis à l'écart du reste de l'Europe, poussés peut-être ensuite ensemble par les circonstances... oui il y a une rime.

Les quelques nationalistes anglais et russes qui prétendent voir un parallèle exact entre l'époque présente et celles de Napoléon, de la première guerre mondiale ou de Hitler ne font que se ridiculiser. Tout est évidemment différent... sauf une chose tout de même, que ce sont précisément ces deux pays-là qui se retrouvent - se retrouveront peut-être - ensemble. Et ils seront ensemble pour l'action : pour desserrer ce grand ensemble cohérent qui leur est gêne, grave inconvénient voire menace par le simple fait qu'il existe.

Pour éviter le désastre ? La voie à suivre est évidente

Bien sûr, la solution, ou du moins la direction dans laquelle il faudrait aller est assez claire. C'est l'excessive cohésion de l'entente pan-européenne existante - une cohésion forcée par des traités fixés dans le marbre - qui a motivé Londres à s'éloigner, et elle n'est clairement pas non plus sans rapport avec l'opposition progressivement aggravée de l'Union européenne et de la Russie depuis plusieurs années, la crise ukrainienne commencée en 2014 par exemple étant en dernière analyse une lutte d'influence entre UE et Russie qui a - très - mal tourné. Une entente européenne beaucoup plus souple, beaucoup plus lâche quant aux empiétements sur la souveraineté de chaque pays, aurait pu garder le Royaume-Uni en son sein, elle aurait pu établir un partenariat étroit avec la Russie - préservant au passage l'Ukraine qui n'aurait jamais été sommée de choisir entre l'un et l'autre - allant peut-être au final jusqu'à un regroupement pur et simple.

Bref, ce qui s'appelle en français "l'Europe des patries", "l'Europe de l'Atlantique à l'Oural" suivant l'expression de De Gaulle, à la fois plus large en étant véritablement continentale, et plus légère basée seulement sur alliance militaire, échanges culturels, coopération techno-scientifique et tarif extérieur commun, sans empiétement sur la souveraineté de ses membres, c'est-à-dire leur capacité à décider pour ce qui les concerne de leurs lois, de leur budget, de leurs frontières.

Alors, ne pourrait-on réorienter tout cela, faisant la paix avec la Russie tout en gardant la Grande-Bretagne dans la famille, et apaisant par la même occasion toutes les tensions internes en train de s'intensifier - Pologne et Hongrie auraient après tout le droit de se gouverner comme elles l'entendent même si leurs dirigeants déplaisent à Bruxelles, la Grèce de faire défaut sur sa dette si elle s'y voit réduite, Italie et France de relancer leur économie, tandis que l'Allemagne pourrait conserver une monnaie aussi solide que le deutschemark, etc. ? Finalement, à regarder les devoirs que nous imposent et le passé de l'Europe, et son avenir, ne vaudrait-il pas mieux être tous ensemble dans une équipe plus ou moins lâche et un "village gaulois" où chacun fait un peu ce qu'il entend, plutôt qu'un groupe très cohérent... mais de plus en plus intérieurement tendu, et de plus en plus réduit ?

Une jolie histoire... mais les obstacles sont sévères. C'est qu'il y a un traité, le traité de Lisbonne, qui fut signé et ratifié (2). Et ce traité est pratiquement impossible à modifier de manière un tant soit peu souple et réactive, car il y faudrait l'unanimité de tous les pays, fort douteuse en tous les cas et de toutes façons impossible dans un délai moindre que de nombreuses années, vu la lourdeur effroyable que prendrait toute renégociation. C'est qu'il y a une monnaie, et qu'en sortir par une autre voie que la négociation de bonne foi pourrait risquer pas mal de bruit et de fureur - tandis que ne pas en sortir signifie la nécessité de faire marcher toutes les économies diverses des pays membres à la schlague, ce qui plait de moins en moins - voir les conséquences de tout cela par exemple en Italie ou en Espagne, extension démesurée du chômage notamment des jeunes, alourdissement de la dette etc. - et contribue plus qu'un peu aux tensions internes croissantes.

On peut imaginer tenter de forcer à la fois la sortie de la logique actuelle et son remplacement par une logique "Europe des patries". Une opération visant non à modifier le traité existant puisque c'est pratiquement exclu, mais à le remplacer purement et simplement. C'est même la seule voie possible.

Et sans doute une tentative est-elle envisageable, certes sans garantie de succès, puisque c'est ce que proposent plusieurs candidats à la présidentielle notamment Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan, tandis que Jean-Luc Mélenchon propose plutôt de conserver l'Union européenne mais d'y imposer la volonté de la France, en somme de se saisir du fouet et de mettre Paris du bon côté du manche - ce qui n'est pas forcément très réaliste.

Mais il pourrait fort bien aussi n'y avoir aucune tentative, si aucun de ces candidats n'est élu... et l'Histoire, qui n'attend pas, pourrait très bien accélérer.

Si l'UE succombe à une logique supranationale aveugle

C'est qu'à reculer devant la nécessité d'une restructuration, à renoncer à forcer le destin, on s'y soumet.

Le destin, encore ? Il est depuis longtemps déjà écrit sur le mur que l'Europe en version fédérale est condamnée, car trop contraire aux réalités de la diversité des peuples européens, de leurs Histoires, de leurs manières de faire et de leurs intérêts.

Mais l'inscription... concernera-t-elle toute tentative d'entente pan-européenne ... même la voie "Europe des patries" ?

Dit autrement, lorsque l'Europe version fédérale aura échoué pour de bon, la bonne entente et les sentiments mutuellement positifs au niveau des peuples eux-mêmes auront-ils été tellement abîmés que même la version lâche, débonnaire et légère d'une entente pan-européenne sera encore trop proche pour être acceptée ?

Sans être encore à un niveau véritablement dangereux, les sentiments négatifs entre Européens sont clairement en phase ascendante depuis en gros une décennie :

• Il y a dix ans, insulter les Latins et autres Européens du sud en les traitant de paresseux et de voleurs, ce que même des eurocrates se permettent maintenant, quand ce n'est pas de "cochons" ("PIGS" sigle anglais pour Portugal, Italie, Grèce et Espagne... les intéressés apprécieront) aurait été impensable

• On n'insultait pas non plus les Allemands en les traitant de "nazis", ce que des journaux en Grèce, en Italie et en Pologne ne se privent pas de faire à chaque tour de chauffe et moment d'irritation

• On ne reprochait pas aux Européens du Centre les gouvernements qu'ils se choisissent

• Ne parlons pas des sentiments anti-Russes à l'ouest, de la propagande anti-européenne dans les médias d'Etat en Russie

• Quant à la direction que menacent de prendre les sentiments réciproques entre Britanniques et Continentaux, elle est suffisamment claire

François Heisbourg, écrivant en 2013 dans "la Fin du Rêve européen", exprimait la crainte qu'une dislocation de l'euro désordonnée - c'est là le point crucial - et ses gigantesques pertes financières potentielles ne fasse naître des Dolchstoßlegende ("légende du coup de poignard dans le dos", en référence au mythe post-première guerre mondiale en Allemagne, utilisé par la suite de manière dévastatrice par Hitler) c'est-à-dire des fausses croyances dans tel et tel pays que ce serait le voisin qui serait responsable - c'est un complot ! - des souffrances subies. Processus qui a clairement déjà commencé, qui n'en est sans doute pas encore arrivé à un stade irréparable, mais pourrait accélérer gravement si justement la dislocation de la zone euro n'est pas négociée mais forcée par les événements, d'où des pertes et des dégâts multipliés.

La solution de Heisbourg était d'imaginer Merkel et Hollande convenant en secret puis annonçant par surprise le démantèlement express de l'euro, un sacrifice du point de vue des convictions européistes de l'auteur, mais un sacrifice indispensable pour du moins sauver quelque chose de l'UE et de la bonne entente entre Européens.

Naturellement, cette "solution" était et reste très peu réaliste politiquement parlant. La foi européiste du plus clair des élites gouvernementales européennes atteint presque le degré d'une religion, et en tout cas celui d'une idéologie. Comme l'écrivait Dupont-Aignan en 2004 "l'Europe va dans le mur, elle accélère et elle klaxonne !"

Si aucune tentative déterminée n'est faite pour infléchir le destin et restructurer l'UE comme une "Europe des patries" ce qui supposerait d'abord de réécrire complètement le traité existant, la question de la survie des sentiments positifs de bonne volonté entre Européens qui nous semblent aujourd'hui si naturels - ou du moins qui l'étaient tout à fait il y a encore dix ans - sera posée.

L'enjeu de l'élection présidentielle française est véritablement historique.

Alexis Toulet

 

Notes

(1) Rappelons :

• que la Russie, dont le territoire s'étend certes jusqu'au Pacifique, rassemble environ 80% de sa population en Europe géographique, c'est-à-dire à l'ouest des montagnes de l'Oural,

• que son Histoire est au plus tard depuis le XVIIème siècle indissolublement liée à celle de l'Europe, dont malgré ses fortes originalités elle partage les principaux paramètres civilisationnels,

• qu'elle est depuis plusieurs siècles une puissance européenne, reconnue tout naturellement comme telle, ce qui ne fut mis sous le boisseau que pour raison politique durant la Guerre Froide laquelle, faut-il le rappeler, est terminée,

• qu'elle a participé de manière active à l'Histoire européenne, que ce soit par les arts, par la science, par le mouvement des idées ou par la guerre

• que plus de la moitié du commerce extérieur de la Russie est avec l'Union européenne, et au total environ les deux tiers avec les pays d'Europe géographique - proportions similaires à celles du Royaume-Uni.

(2) Traité certes qui fut ratifié par le parlement français en 2008 en contravention frontale au refus du peuple français clairement exprimé lors du référendum de 2005 sur la Constitution européenne... dont le Traité de Lisbonne reprend l'essentiel des dispositions. Mais cela ne change rien à l'état de fait.

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Ca gaze pour Moscou

Publié le par Felli Bernard

Ca gaze pour Moscou

5 Avril 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Gaz, #Russie, #Europe

Moins médiatique que la guerre syrienne ou l'Ukraine, le Grand jeu énergétique voit pourtant une suite inexorable de victoires du tsar du gaz et de reculs du système impérial, incapable d'empêcher la jonction chaque fois plus forte du Heartland et du Rimland.

Au premier trimestre 2017, Gazprom a encore augmenté ses exportations d'or bleu vers l'Europe avec 51 Mds de m3, en hausse de 15%. A ce rythme, ce sont 200 Mds de m3 qui passeront sur le Vieux continent cette année, contre 180 Mds en 2015 et 160 Mds en 2014, année du début de la guerre fraîche sur fond de crise ukrainienne. Malgré les éructations et autres coups de menton occidentaux, le principe de réalité s'est imposé. Aucune surprise, nous l'expliquions déjà il y a deux ans :

L’intérêt stratégique des Américains est d’isoler l’Europe de la Russie afin de maintenir une Eurasie divisée. C’est un grand classique des relations internationales : la puissance maritime cherche à empêcher l’intégration du continent de peur d’être marginalisée. Dans le cas présent, ça se double d’une volonté américaine de contrôler les routes d’approvisionnement énergétique de leurs rivaux ou alliés afin de garder une certaine capacité de nuisance dans un contexte de déclin relatif. Un libre flux énergétique entre la Russie et l’Europe serait donc doublement dramatique pour Washington.

(...)

Les dirigeants européens se tirent une balle dans le pied. De manière amusante, Gazprom ironise maintenant sur la nécessité de lire 50 nuances de Grey avant d’engager des discussions avec les Européens ! Derrière l’humour de la déclaration, une vraie question se pose : jusqu’où ira le masochisme européen ? Le gaz russe est le moins cher, le plus proche et le plus abondant. Il faut vraiment avoir l’esprit retors (ou plus sûrement être totalement soumis à la pression venue d'outre-Atlantique) pour ne pas en profiter…

Promues par Washington, les autres sources possibles sont toutes plus chères et difficiles à mettre en œuvre, voire irréalistes. Il faut bien avoir à l’esprit que, contrairement au pétrole qui est assez disséminé sur la planète, le gaz est dominé par quatre pays, le carré d’as de l’or bleu : Russie, Iran, Qatar et Turkménistan. A eux quatre, ils représentent environ 2/3 des réserves mondiales. Si l’Europe veut un approvisionnement régulier et important, c’est sur l’un de ces quatre pays qu’il faut miser. Or il suffit de regarder une carte et de connaître le b-a-ba de l’industrie gazière (GNL 30% plus cher que le gaz naturel passant par un pipeline) pour comprendre que trois de ces quatre solutions sont irréalistes.

(...)

Quant aux autres sources présentées ici et là par une presse qui n’a même pas les connaissances basiques de la chose, elles sont soit grotesques soit à très court terme. L’Azerbaïdjan n’a quasiment pas de gaz ; le développement de nouveaux gisements mettra un peu de gaz sur le marché mais guère plus de 10 Mds de m3 annuels (à comparer aux 63 Mds de m3 du South Stream ou du nouveau Turk Stream). Le schiste américain est un fantasme : il coûte doublement plus cher (coût d’extraction et coût de transport en GNL), la production dépasse à peine la consommation locale et la technique de fracking provoque des tremblements de terre, ce qui met sérieusement en doute la pérennité du schiste. Quant aux autres sources, elles sont viables à court terme, guère plus : un peu de gaz norvégien par-ci, un peu d’algérien par là, mais les réserves de ces pays sont loin d’être conséquentes et s’épuisent.

En un mot comme en cent, il n’y a pas d’alternatives au gaz russe. Comme le dit un analyste, Russian gas is here to stay. Not because the EU’s Energy Union is still far from the solidarity it seeks, but because the alternatives don’t make sense (et encore, l'article implique que le gaz turkmène pourrait être transporté à travers la Caspienne, ce qui ne sera de toute façon jamais le cas comme on l’a vu).

Reste à savoir si les dirigeants européens vont enfin cesser de s’auto-mutiler et échapper à l’emprise de la formidable capacité de nuisance américaine. Washington avait déjà réussi à tenir la jambe européenne pendant des années avec l’illusoire projet Nabucco, désormais ravalé au rang des farces et attrapes.

Les vassaux européens semblent avoir compris. Ils apaisent le système impérial avec de belles et creuses déclarations mais, dans les faits, se rapprochent inexorablement du gaz russe. Celui-ci représente désormais 1/3 de la consommation européenne totale et cette part ne fera qu'augmenter à l'avenir.

L'eldorado gazier actuel s'appelle Yamal, en Sibérie arctique :

Total par exemple y mène un projet GNL pharaonique et financé par les banques russes et chinoises pour cause de sanctions occidentales - titre de l'épisode : Les euronouilles ou comment se tirer une balle dans le pied. Le tour de table est intéressant : outre la major française, on retrouve Novatek (second producteur russe derrière Gazprom), le géant chinois CNPC et le Silk Road Fund (Fonds de la Route de la Soie).

On le voit, le plan est bien ficelé et englobera l'Eurasie grâce au transport par méthaniers brise-glace, dont le premier (intelligemment appelé par les Russes Christophe de Margerie en hommage au PDG de Total tué en 2014) vient d'être livré.

Tout cela fait dire à Vladimirovitch que la Russie deviendra bientôt le premier producteur mondial de gaz naturel liquéfié. Mais le GNL ne constitue qu'une partie du trésor d'or bleu du Yamal : plus de 26 000 Mds de m3 de réserves de gaz et une production qui pourra atteindre 360 Mds de m3. Brzezinski en a des sueurs dans le dos... Car c'est un tsunami gazier russe qui se dirige vers l'Europe. Début janvier, nous devisions sur la chose :

Le quidam n'aura sans doute jamais entendu parler de Bovanenkovo, Ukhta ou Torzhok. Et pourtant, derrière ces noms poétiques se cachent les points de départ, intermédiaire et d'arrivée du réseau de tubes visant à faire transiter vers l'ouest les immenses richesses gazières de la péninsule du Yamal située à l'extrême-nord de la Russie :

Le doublement du réseau est en bonne voie (le tronçon Bovanenkovo-Ukhta est presque terminé), permettant le doublement du Nord Stream.

Nord Stream II justement. Comme prévu, il s'approche à grand pas. N'ayant plus la pression d'un système impérial uni derrière elle, la Commission européenne commence à retrouver ses sens et a réfuté tous les arguments juridiques s'opposant au doublement du gazoduc. Au grand dam des habituels excités baltiques et polonais, mais aussi des pays plus proches de Moscou comme la Slovaquie qui vont perdre beaucoup en droits de passage. Merci le Maidan...

Et puisqu'on en parle, la junte ukrainienne n'a rien trouvé de mieux à faire que de poursuivre en justice la Commission européenne à propos de l'autorisation donnée à Gazprom d'utiliser à plein l'OPAL. Les vassaux orphelins de l'empire se mangent entre eux pour le plus grand amusement du Kremlin.

Les digues énergétiques déjà passablement ébréchées entre l'Europe et la Russie sont en train de rompre, un foisonnement d'investissements gaziers et pétroliers est prévu d'ici 2025 (113 milliards de $ sur 29 projets), la réconciliation pétrolière avec la Biélorussie est dans les tuyaux après les bisbilles dont nous avions parlé... Bref, ça gaze pour Moscou.

Et ce n'est pas une "trouvaille" de dernière minute qui empêchera le tsar des hydrocarbures de dormir. Une délégation européenne a en effet rendu une petite visite à Israël pour discuter la construction d'un éventuel pipeline Israël-Chypre-Grèce susceptible de fournir du gaz à partir de Léviathan. Celui-ci aussi, nous en avions parlé :

En 2010 a été découvert Léviathan, un gros gisement offshore au large des côtes israéliennes, mais que le Liban et Chypre disputent aussi à l'Etat hébreu. Même si une compagnie, Delek Energy, associée à une société texane, la mal nommée Noble Energy, ont commencé à prospecter, le développement du champ gazier est peu ou prou bloqué. La faute à d'énormes investissements difficiles dans un contexte de baisse des cours, aussi et surtout à une bataille politico-judiciaire intra-israélienne. En 2012, le géant Gazprom avait déjà proposé d'entrer dans le tour de table mais ses avances avaient été, à l'époque, rejetées sous pression américaine. Ce n'est peut-être plus le cas désormais...

Beaucoup de choses ont en effet changé depuis :

  • la relation américano-israélienne est à son plus bas historique (accord sur le nucléaire iranien, soutien de Washington aux Frères musulmans égyptiens et même putsch néo-nazi du Maïdan très mal vu à Tel Aviv)

  • l'inexorable montée en puissance russe au Moyen-Orient via l'intervention en Syrie et ses conséquences (alliance de facto avec le Hezbollah, rupture avec la Turquie)

Tout à leur Grand jeu, les stratèges US voient avec inquiétude les Russes s'implanter dans cette zone incontournable qu'est en train de devenir la Méditerranée orientale. Bases syriennes, accord naval avec Chypre, et maintenant Gazprom... c'est plus que Washington ne pourrait en supporter ! Les Américains font tout pour qu'Israël rompt toute discussion avec le géant russe et vende son gaz à la Turquie, elle-même très dépendante du gaz russe. Joe Biden, qui apparaît toujours là où les intérêts CIA/néo-cons sont en jeu, a effectué une visite en Israël début mars pour rabibocher Tel Aviv et Ankara (et tenter de marginaliser Moscou). Apparemment, sans résultat...

Depuis la visite de Joe l'Indien, la haute-cour israélienne a rendu son jugement, bloquant le développement de Léviathan, mais ceci n'est peut-être que la partie émergée de l'iceberg. L'establishment militaire israélien préfère maintenir une coopération militaire avec Moscou et ne pas déplaire à Poutine que de rétablir les liens avec le sultan fou. Surtout que l'intervention syrienne a placé dans les mains de Vladimirovitch des atouts supplémentaires, notamment grâce au Hezbollah.

Fin février, nous écrivions :

On en était là quand l'intervention russe a sérieusement rebattu les cartes, Tel Aviv et Beyrouth-Sud se mettant sur leur 31 pour courtiser Poutine.

L'alliance entre Moscou et le Hezbollah est logique, presque naturelle. Mêmes alliés (Assad, Téhéran), même farouche opposition à l'islamisme sunnite. La tolérance absolue du Hezbollah envers les chrétiens d'Orient (voir ces étonnantes photos des combattants chiites au garde-à-vous devant Jésus dans des villages chrétiens syriens libérés) joue également en sa faveur, la Russie se considérant comme la protectrice du christianisme moyen-oriental. Alarmé, Netanyahou s'est alors précipité à Moscou faire des ronds de jambe à Poutine. On avait connu Bibi la Terreur moins placide...

Ce voyage n'a pas empêché le Hezbollah de mettre la main sur des armements russes. Qu'ils aient été livrés par les Syriens qui les avaient eux-mêmes reçus (plus probable) ou livrés directement par Moscou selon les dires de hauts responsables du mouvement chiite, cela importe somme tout assez peu.

L'état-major de Tsahal est plus que remué, notamment par le fait que le mouvement libanais est vraisemblablement en possession de missiles de croisière supersoniques Yakhont. Les récentes déclarations de Nasrallah - "les stock de gaz ammoniac d'Haïfa sont notre bombe nucléaire" - ont également provoqué la panique en Israël où l'on considère sérieusement transférer les usines chimiques dans le sud du pays, à un coût exorbitant.

Depuis, plusieurs rebondissements ont eu lieu. La querelle politico-judiciaire a pris fin, la situation a été débloquée et les premiers investissements ont eu lieu. Sauf que les réserves ont été revues à la baisse (500 Mds de m3 au lieu de 620 Mds), ce qui explique peut-être le soudain désintérêt de Gazprom, et que ces quantités sont de toute façon bien faibles pour alimenter aussi bien la consommation domestique israélienne et l'exportation vers l'Europe. Pour donner un ordre de grandeur, les réserves totales de Léviathan sont cinquante-deux fois moins importantes que celles de Yamal et équivalent à ce que transporte le Nord Stream pendant dix petites années.

Dans ces conditions, construire un gazoduc sous-marin long de 1 300 km passant au-dessus d'une faille géologique pour transporter une douzaine de malheureux Mds de m3 paraît pour le moins alambiqué. Un nouveau pipedream ?

 

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La filière nucléaire accélère sa transformation numérique

Publié le par Felli Bernard

04.04.2017

La filière nucléaire accélère sa transformation numérique

La filière numérique accélère sa transformation numérique.jpg
Par Boris Le Ngoc (SFEN)

Réunis au MK2 Bibliothèque à Paris, les dirigeants de la filière nucléaire ont annoncé leur ambition d’engager leur industrie dans la transformation numérique. Comme pour d’autres secteurs, cette mue doit permettre de renforcer la compétitivité et favoriser l'innovation de l'industrie nucléaire.

Renforcer la compétitivité

« Par rapport à d'autres secteurs industriels qui sont aussi dans des enjeux de compétitivité, de timing, de respect des engagements très forts, dans notre activité nucléaire, nous avons sans doute pris un petit peu de retard » reconnaît Xavier Ursat, Directeur en charge des projets « nouveau nucléaire » d’EDF. Retard qui pourrait constituer une opportunité en permettant aux entreprises du secteur de bénéficier du retour d’expérience d’autres industries.

A l’instar du programme « Deliver the Nuclear Promise » lancé par l’industrie américaine pour réduire de 30 % les coûts des nouveaux projets nucléaires, la filière française souhaite s’appuyer sur les technologies numériques pour améliorer sa compétitivité.

Pour le vice-président de la SFEN, « La transformation numérique est un des leviers fondamentaux » pour gagner en compétitivité et assurer une meilleure coopération au sein de l'industrie française, la troisième filière industrielle nationale avec 2 500 entreprises et 220 000 salariés.

Favoriser la créativité et l’innovation

« Nous adoptons des briques technologiques numériques issues du grand public aux contraintes du monde industriel nucléaire. Ces nouvelles technologies sont « industry agnostic » (…) et peuvent nous permettre d’accélérer nos cycles d’innovation. » explique Phillippe Knoche, Directeur général de New AREVA, entreprise spécialisée dans les activités du cycle du combustible.

Dès 2011, AREVA a engagé un programme de transformation digitale et a défini une roadmap technologique. « Cela a permis d’engager de nouveaux développement et de transformer les métiers » indique le second vice-président de la SFEN.

Pour le CEA, premier organisme de recherche déposant de brevets, le digital permettra d’accélérer les temps d’innovation. « La mise en place de plateformes collaboratives pour accélérer l’innovation ou assurer la continuité numérique des données utilisées pour un projet. C’est un aspect organisationnel qu’il ne faut pas minimiser surtout lorsque de nombreux acteurs interviennent dans un projet complexe et qu’il faut assurer une parfaite gestion des interfaces. » analyse François Gauché, Directeur de l’énergie nucléaire au CEA.

Pour Bernard Fontana, Directeur général délégué d’AREVA NP, entreprise chargé de la conception de réacteurs et des services associés : « Si la filière veut tirer le maximum de bénéfice de cette transformation, cela nécessitera un décloisonnement des organisations pour que les différents acteurs puissent s’interfacer facilement. Nous devons tirer profit du retour d’expérience d’industries comme l’aéronautique qui montre que l’on peut fluidifier les échanges tout en tenant compte des enjeux de sécurité ou de propriété intellectuelle ».

Gérer la donnée

« Tout l’enjeu consiste à recueillir et collecter efficacement les données au cœur des installations, les transporter et les acheminer en tenant compte des contraintes de sécurité et de confidentialité, les traiter et les analyser, visualiser les résultats pour être en mesure de prendre les meilleures décisions au moment opportun. Objectif : maximiser l’utilisation des actifs, optimiser les coûts de production et protéger les opérateurs. » explique Philippe Knoche.

Le directeur général du New AREVA précise que des solutions d’analyse de données sont déjà en vigueur dans les usines de La Hague, Malvési et du Tricastin. Pour aller vers davantage de maintenance prédictive et faciliter la prise de décision des opérateurs, l’entreprise envisage d’utiliser les technologies de l’intelligence artificielle.

La collecte et la gestion des données permettront également de réduire et d’optimiser les coûts de maintenance grâce à la maintenance prédictive et préventive, estiment Xavier Ursat et Bernard Fontana. Dans le cadre du programme Grand carénage, EDF travaille à la généralisation de jumeaux numériques pour faciliter la maintenance et réduire les arrêts de ses réacteurs nucléaires.

« Ces jumeaux numériques permettront de comparer les paramètres de fonctionnement calculés à ceux relevés par divers capteurs ou instruments de mesure, et ceci, pendant tous les cycles de vie de l’installation. On pourra alors faire véritablement de la maintenance prédictive et optimiser les performances du parc nucléaire » ajoute François Gauché.

Crédit photo : Andrew McLeish

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Révélations : le jihad de Lafarge-Holcim

Publié le par Felli Bernard

Révélations : le jihad de Lafarge-Holcim

À l’occasion de la sortie du livre de Thierry Meyssan, « Sous nos yeux. Du 11-Septembre à Donald Trump », nous publions une série d’articles développant quelques-unes des très nombreuses informations qu’il contient.

Suite à l’intervention de Jean-Luc Mélenchon lors du débat de l’élection présidentielle française, nous commençons avec la véritable histoire de Lafarge-Holcim en Syrie.

| Damas (Syrie)
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Le 2 mars 2017, la société Lafarge-Holcim a reconnu que sa filiale syrienne « a remis des fonds à des tierces parties afin de trouver des arrangements avec un certain nombre de groupes armés, dont des tiers visés par des sanctions, en vue de maintenir l’activité et d’assurer un passage sûr des employés et des approvisionnements vers, et depuis l’usine » [1].

D’ores et déjà, le cimentier fait l’objet de deux enquêtes. La première a été initiée par les associations Sherpa et ECCHR, le 15 novembre 2016, tandis que la seconde a été lancée par le ministère français de l’Économie. Toutes deux réagissaient aux prétendues révélations du Monde, selon qui Lafarge a versé de l’argent à Daesh, en violation des résolution de l’Onu.

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Il importe d’observer que les articles parus le 2 mars dans Intelligence Online (lettre confidentielle appartenant au Monde) et dans Le Monde lui-même du 22 juin ont été rédigés par une journaliste extérieure à ces publications, Dorothy Myriam Kellou. Cette jeune femme a étudié à l’université de Georgetown, connue pour ses liens avec la CIA, et a été officier de presse au consulat français de Jérusalem. Ces publications ont été confirmées par un livre de Jacob Waerness, Risikosjef i Syra, dans lequel cet ancien employé décrit la grave situation sécuritaire du personnel de Lafarge en Syrie. L’auteur a poursuivi sa collaboration avec le cimentier après la publication de son livre.

Les pseudos révélations du Monde ont été organisées de mèche avec Lafarge-Holcim pour détourner les regards de l’opinion publique et des juges vers un point de détail : fallait-il ou non accepter de se faire rançonner par Daesh.

La vérité est autrement plus grave.

La préparation de la guerre contre la Syrie

En juin 2008, l’Otan organisait la réunion annuelle du Groupe de Bilderberg [2] à Chantilly (États-Unis) au cours de laquelle Hillary Clinton et Barack Obama se présentèrent aux participants.

Parmi les 120 présents se trouvaient Basma Kodmani (la future porte-parole de la Coalition nationale syrienne) et Volker Perthes (le futur assistant de Jeffrey Feltman à l’Onu pour la Syrie). Lors d’un débat sur la permanence de la politique étrangère états-unienne, ils intervinrent pour présenter l’importance des Frères musulmans et le rôle qu’ils pourraient jouer dans la «  démocratisation  » du monde arabe.

Jean-Pierre Jouyet (le futur secrétaire général de l’Élysée), Manuel Valls (le futur Premier ministre) et Bertrand Collomb (le patron de Lafarge) étaient présents aux côtés de Henry R. Kravis (le futur coordinateur financier de Daech).

Lafarge en Syrie

Lafarge est le leader mondial des cimentiers. L’Otan lui confie la construction des bunkers des jihadistes en Syrie et la reconstruction de la partie sunnite de l’Irak. En échange, Lafarge laisse l’Alliance gérer ses installations dans ces deux pays, notamment l’usine de Jalabiyeh (à la frontière turque, au nord d’Alep). Durant deux ans, la multinationale fournit les matériaux de construction pour de gigantesques fortifications souterraines qui permettent aux jihadistes de défier l’armée arabe syrienne.

Lafarge est désormais dirigé par l’États-unien Eric Olsen qui a intégré dans la compagnie les usines des Frères Sawiris et de Firas Tlass. Ce dernier est le fils du général Moustapha Tlass, ancien ministre de la Défense du président Hafez el-Assad. Il est le frère du général Manaf Tlass dont la France avait songé faire le prochain président syrien. Il est également le frère de Nahed Tlass-Ojjeh, la veuve du négociant en armes saoudien Akram Ojjeh, laquelle travaille avec le journaliste Franz-Olivier Giesbert.

Les liens entre Lafarge et les Forces spéciales françaises sont facilités par l’amitié qui lie Bertrand Collomb (devenu président d’honneur de la multinationale) et le général Benoît Puga (chef d’état-major des présidents Sarkozy et Hollande).

Le mensonge du Monde

Dans un premier temps, le journal en ligne des mercenaires anti-syriens, Zaman Al-Wasl, publie des e-mails montrant que Lafarge verse de l’argent à Daech. Dans un second temps, Le Monde publie ses articles et les documents de Zaman Al-Wasl sont retirés de son site Internet (vous les trouverez cependant ici, sur notre site).

Selon Le Monde, la multinationale se fournissait en pétrole pour faire tourner son usine. Ce qui est faux car cette installation fonctionne principalement au charbon, qui continuait à lui être livré depuis la Turquie. Sans se rendre compte de l’énormité de son aveu, le quotidien admet que Lafarge produisait 2,6 millions de tonnes de ciment annuellement, destinées aux «  zones rebelles  ».

Or, durant cette terrible guerre, rien ne pouvait être construit par des civils dans ces zones.

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Soldats de Daesh à l’usine de Lafarge-Holcim de Jalabiyeh (Syrie)

La construction des bunkers des jihadistes

2,6 millions de tonnes durant plus de deux ans, cela fait au moins 6 millions de tonnes produites pour les « rebelles ». Je place le mot « rebelles » entre guillemets puisque ces combattants ne sont pas des Syriens, mais viennent de tout le monde musulman et même d’Europe.

Cette quantité de ciment est comparable à celle utilisée par le Reich allemand, en 1916-17, pour construire la Ligne Siegfried. Depuis juillet 2012, l’Otan —dont la France— organisait une guerre de position conformément à la stratégie décrite par Abou Moussab «  Le Syrien  » dans son livre de 2004, La Gestion de la barbarie.

On imagine le nombre d’ingénieurs militaires du Génie de l’Otan —dont des Français— qui furent nécessaires pour construire cet ensemble d’ouvrages.

Lafarge, les Clinton et la CIA

Au cours des années 1980, Lafarge fut défendue durant son procès pour pollution dans l’Alabama par une célèbre avocate, Hillary Rodham-Clinton. Elle parvint à réduire l’amende imposée par l’Agence de Protection de l’Environnement à seulement 1,8 million de dollars.

Durant le mandat de George Bush Sr, Lafarge rendit service à la CIA en transportant illégalement en Irak les armes qui devaient servir ultérieurement à la rébellion lorsque l’Irak envahirait le Koweït et que la Coalition internationale viendrait le libérer.

Durant la même période, Hillary Rodham-Clinton devint administratrice de la multinationale, fonction qu’elle quitta lorsque son mari fut élu à la Maison-Blanche. Le Président Bill Clinton réduisit alors à 600 000 dollars l’amende que son épouse n’avait pu éviter à Lafarge. Les bonnes relations continuent puisque la compagnie a versé 100 000 dollars à la Fondation Clinton en 2015 et que son nouveau PDG, Eric Olsen, n’hésite pas à se faire photographier avec Hillary Clinton.

L’intervention militaire russe

Retranchés dans leurs bunkers, les jihadistes ne craignaient pas l’armée arabe syrienne et n’avaient aucune difficulté à tenir leurs positions. Durant deux ans, le pays se trouva coupé en deux, le gouvernement choisissant de protéger la population et donc d’abandonner le terrain.

Lorsque la Russie intervient militairement à la demande du gouvernement syrien, sa mission était de détruire avec des bombes pénétrantes les bunkers des jihadistes. L’opération devait durer trois mois, de septembre 2015 à la Noël orthodoxe (6 janvier 2016). Cependant, l’étendue des constructions de Lafarge-Holcim s’avéra si importante que l’armée russe eut besoin de six mois pour les anéantir.

Conclusion

Lorsque la transnationale Lafarge-Holcim termina sa mission au service du génie militaire de l’Otan, elle ferma son usine et la prêta à l’Alliance. L’usine de Jalabiyeh fut transformée en quartier général des Forces spéciales des États-Unis, de la France, de la Norvège et du Royaume-Uni qui occupaient illégalement le Nord de la Syrie.

Contrairement à l’écran de fumée du Monde, il ne s’agit donc pas de la triste histoire d’une entreprise de construction qui négocia avec des jihadistes pour sauver son personnel. La responsabilité de Lafarge-Holcim, c’est son rôle central dans une vaste opération militaire de destruction de la Syrie ; une guerre secrète qui a coûté la vie à des centaines de milliers de personnes.

Pour en savoir plus sur la guerre secrète contre le Moyen-Orient élargi : lire Sous nos yeux. Du 11-Septembre à Donald Trump

[1] « Communiqué de Lafarge-Holcim sur ses activités en Syrie », Réseau Voltaire, 2 mars 2017.

[2] « Ce que vous ignorez sur le Groupe de Bilderberg », par Thierry Meyssan, Komsomolskaïa Pravda (Russie) , Réseau Voltaire, 9 avril 2011.

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Que penser contre le Système ?

Publié le par Felli Bernard

Que penser contre le Système ?

Depuis l’effondrement, programmé, de l’Union soviétique en 1991, le monde qui apparemment s’ordonnançait jusqu’alors entre deux pôles antagonistes, Washington contre Moscou, le libéralisme contre le marxisme, la « liberté contre l’oppression » etc. se trouva tout à coup univoque, unipolaire et pour tout dire sorti de l’Histoire comme avait pu le penser Fukuyama.

Le principe de vie détestant l’unipolarité – relisons Hegel – repose toujours sur une dualité, une dialectique, ainsi que serait la vie sans la mort, le bien sans le mal, le plus sans le moins, le Yin sans le Yang etc.

J’avoue avoir cherché et attendu depuis cet effondrement géopolitique majeur, la résurgence d’une pensée alternative à l’idéologie du Système et le moins que l’on puisse dire est que l’encéphalogramme semble désespérément plat. Bien évidemment, les penseurs du Système sont parfaitement conscients de cet état de fait et ils savent aussi qu’ils ont besoin d’une altérité – on ne se pose qu’en s’opposant – et c’est pourquoi le Système s’est façonné un ennemi, le terrorisme islamique, figure commode, à la fois virtuelle et réelle, qui autorise et légitime toutes les guerres de conquête et de déstabilisation sur les territoires où sont présentes des communautés musulmanes, de la Chine à l’Europe, en passant par la Russie, la Birmanie, l’Indonésie, l’Iran, le proche et le Moyen-Orient, l’Afrique…

En créant ce Golem, les néo-conservateurs états-uniens, fidèles à la pensée de Carl Schmitt, désignent l’ennemi pour orienter les peuples sous leur domination idéologique vers une confrontation programmée entre les peuples « occidentaux » – c’est-à-dire adhérant à l’idéologie occidentale et les peuples vivant leur foi dans l’Islam, quelle que soit sa forme, chiite, sunnite ou autre.

Avant de partir à la recherche de ce que pourrait-être une alternative au Système, essayons déjà de définir ce qu’il est :

Qu’est-ce que le Système ?

Il s’agit d’une oligarchie marchande née à Londres au tournant du XVIème siècle et qui sous l’inspiration de l’un de ses promoteurs, Walter Raleigh, auteur du célèbre aphorisme « Qui tient la mer tient le commerce du monde ; qui tient le commerce tient la richesse ; qui tient la richesse du monde tient le monde lui-même » inventa l’idée de la soumission des peuples, non plus seulement par la guerre, mais par tous les moyens possibles, y compris le commerce. Le parangon de cette politique fut la mise en place de la « diplomatie » de la canonnière qui existe toujours aujourd’hui mais sous des formes plus subtiles ainsi que l’a parfaitement analysé Hervé Juvin dans son remarquable petit opuscule que je vous recommande La guerre du droit pénal aura-t-elle lieu ?

Cette oligarchie a prospéré au fil des siècles et forte de la puissance financière qu’elle s’est donnée, se sert des Etats qu’elle a subjugués ou conquis pour faire avancer ses pions et progresser vers le but ultime qui est la création de ce gouvernement mondial qu’ils tentent par tous les moyens d’imposer.

La meilleure façon de dissimuler quelque chose consistant à l’étaler sous vos yeux, l’oligarchie anglo-saxonne a choisi une idée simple pour faire avancer son projet en appliquant le principe de la conspiration ouverte (open conspiracy) tel que l’a théorisé l’auteur de science-fiction britannique H.G Wells. Cette excellente méthode permet de stigmatiser les adeptes du complotisme en sciant l’argument premier du secret et de la dissimulation qui définit le complot. Il n’y a pas de complot puisque les sectateurs de la gouvernance mondiale ne se cachent pas et même, revendiquent fièrement leur volonté de « gouvernance mondiale ».

Enfin, pour achever de manière négative la définition du Système, que l’on pourrait appeler plus justement l’idéologie anglo-saxonne, je réfute les arguments de ceux qui pensent que le Système serait animé par une idéologie juive. D’abord parce que le monde juif est infiniment plus complexe et fragile que ne le pensent généralement les antisémites primaires et ensuite parce que la simple observation de cette conspiration ouverte montre que si des Juifs sont présents parmi celle-ci, elle comprend également des catholiques, des orthodoxes, des protestants, des musulmans, des shintoïstes, des bouddhistes, des animistes, des athées, des gnostiques, des libres penseurs…

Bref, ce qui définit les adeptes du Système ce n’est pas l’appartenance à une religion ou une spiritualité quelconque, c’est l’adhésion totale à une caste et à son principe existentiel : la mise en esclavage de l’humanité sous leur férule, et avec un moyen simple comme l’œuf de Collomb : la servitude par la dette. Dette des Etats, dettes des entreprises ou des collectivités, dettes des individus, l’accumulation abyssale de ces trilliards d’euros ou de dollars dus à des entités largement anonymes est le principal vecteur du Système pour nous enchaîner de manière irrémédiable. Le suffixe « diable » étant le mot ad hoc.

Ayant défini sommairement le Système et son but, quelle pourrait, devrait être l’alternative à celui-ci ?

Quelle alternative contre le Système ?

Les deux armes principales du Système sont la séduction et l’anathème. Elles sont utilisées aussi bien à l’échelle individuelle qu’au niveau des organisations ou des Etats souverains (Etats dits voyous). Et elle peut bien sûr mener jusqu’à l’écrasement d’un chef d’Etat et de son peuple, l’Irak et la Libye en étant des illustrations récentes. Pour les individus, la mort sociale dans un premier temps par l’ostracisme, voire la disparition pure et simple quand cela ne suffit pas.

La séduction se fait par la promesse d’abondance et de consommation sans frein et d’une pseudo liberté individuelle (« chacun fait, fait, fait, ce qui lui plaît, plaît, plaît »). Au niveau étatique, la séduction se pratique par la promesse d’une vie sociale hors normes et des avantages qui en découlent pour la nomenklatura qui dirige et la menace d’en être exclu ou puni en cas de refus d’obéissance.

L’anathème est jeté sur toutes les personnes ou les organisations qui représentent un danger ou un frein à la réussite de la fragmentation des sociétés et des peuples, condition sine qua non pour parvenir à la domination totale de l’humanité.

Ces deux armes sont redoutables et remarquablement efficaces. La promesse d’abondance maintient les classes moyennes occidentales, qui en bénéficient encore un peu, dans la conviction qu’il ne faut surtout pas changer pour des idées alternatives qui risqueraient de faire perdre le peu qui reste, mais elle agit aussi comme un aimant phénoménal pour les populations déshéritées du quart-monde à qui les tenants du mondialisme promettent le paradis sur terre après avoir organisé leur déstabilisation par la guerre ou la prédation économique et en favorisant leur émigration vers un occident mythifié dans lequel elles seront transformées en esclaves du capital et dont la force de travail vendue à bas coût permettra de mieux paupériser les sociétés autochtones.

L’anathème quant à lui procède de la mise en place de mythes incapacitants consistant à revêtir d’une tunique de Nessus l’adversaire idéologique afin de le vouer aux gémonies et à l’opprobre public. Pour cela, le Système crée une chaine de causalité entre les valeurs traditionnelles et inverse leur sens en les polarisant de manière négative. Ainsi, l’Eglise catholique qui est en faveur de la famille traditionnelle subit-elle des attaques sur la pédophilie, réelle ou supposée, de certains de ses membres afin de mieux promouvoir la théorie du genre. De même, cette chaîne de causalité sera utilisée aussi contre les mouvements populistes, classés à gauche ou à droite, et ils seront stigmatisés pour leur volonté de défendre les peuples contre l’oligarchie. On leur jettera alors la tunique de Nessus du nationalisme, c’est-à-dire du nazisme, donc de la Shoah etc. (reductio ad hitlerum).

L’alternative doit donc s’opérer en retournant les armes du Système contre lui et en se réappropriant l’art de la séduction et la pratique de l’anathème pour diaboliser l’ennemi.

Concernant la séduction, celle-ci s’exerce par l’exemplarité, l’attractivité et le faire-savoir, ou la propagande si vous préférez. En la matière, il faut avoir l’honnêteté de reconnaître aux Anglo-Saxons un savoir-faire indéniable. Que ce soit à Londres depuis le XIXème siècle où les bourgeoisies compradores du monde entier envoient leurs rejetons pour se former, voire se conformer à l’idéologie marchande ou à New-York qui a partiellement remplacé la matrice londonienne dans le mythe de la nouvelle Rome éclairant les nations, les Anglo-Saxons ont su créer une ambiance attractive (mode, dynamisme, originalité, tendances, futurisme, créativité, innovation…) pour drainer une bonne partie des élites mondiales et les asservir à leur cause.

Objectivement, et sauf méconnaissance de ma part, je ne connais pas un pays dans le monde qui incarnerait aujourd’hui une altérité attractive au monde anglo-saxon et susceptible de subjuguer les masses occidentales lobotomisées.

Si l’on prend les trois grands pôles qui seraient susceptibles de jouer le rôle de cette altérité, l’Inde, la Chine et la Russie, je ne crois pas que l’un d’entre eux puisse prétendre aujourd’hui, en qualité de modèle à suivre, jouer le rôle d’alternative au Système. Que ce soit par le niveau de vie de la majorité de leurs populations qui reste encore largement inférieur au niveau de vie occidental ou par le fossé culturel qui sépare la Chine et l’Inde du mode de vie occidental actuel, aucun de ces grands pays ne peut prétendre incarner une alternative radicale au Système. Et concernant la Chine et l’Inde, je doute que ces deux pays en aient la prétention.

Reste la Russie qui culturellement et géographiquement est plus proche de l’Europe occidentale sous

férule atlantiste que les deux autres pays asiatiques. Toute la question est de savoir si la Russie entend jouer ce rôle d’antagonisme radical au Système, c’est-à-dire accepter d’opposer et de promouvoir une vue du monde traditionnelle en rupture avec l’idéologie marchande et délétère du monde occidental.

Objectivement, Moscou est déjà dans l’altérité, ne fut-ce que par son refus de se plier aux injonctions de l’Occident. Elle l’est aussi par le choix que semble avoir fait Vladimir Poutine en juillet dernier en donnant sa faveur au club Stolypine contre les libéraux de son propre gouvernement. Elle l’est encore dans la guerre qu’elle mène en Syrie contre le terrorisme instrumentalisé par l’Occident.

Mais être dans la situation du dernier grand peuple libre du continent eurasiatique, ennemi absolu de l’Occident sous domination anglo-saxonne, ne suffit pas à se poser en pôle alternatif du Système. Et c’est là que la Russie a un rôle historique à jouer, en renouant avec ses racines chrétiennes et en se posant en adversaire idéologique résolu de la vision marchande du monde. Pour ce faire, elle va bénéficier d’une occasion inespérée d’apparaître comme un pôle de stabilité en regard d’une Europe qui ne peut que sombrer à court terme dans le chaos que provoqueront les guerres ethniques et la faillite de son modèle économique.

Mais au-delà d’une conception du monde conservatrice et chrétienne, seule alternative crédible au Système, et sachant que les peuples asservis et malades de l’Occident ne réfléchissent plus qu’à l’aune du remplissage de leur Caddie de supermarché, comment définir alors une économie alternative, saine, organique et enracinée ?

C’est avant tout une économie au service du peuple et non pour le bénéfice exclusif d’une oligarchie. De ce fait, elle est automatiquement subordonnée au pouvoir politique qui l’oriente mais ne la dirige pas, sauf dans certains secteurs cruciaux ou à certains moments historiques. Elle suit les orientations (incitations fiscales, exemptions ou réductions d’impôts, zones franches, interdictions, limites, restrictions) que lui pose l’Etat. De ce fait, elle agit librement dans un cadre donné en fonction de deux impératifs :

1. assurer le bien-être de la population ;
2. assurer les exigences stratégiques de l’Etat.

Tant que l’économie n’est pas en crise et que ces deux impératifs sont satisfaits, l’Etat n’intervient pas. Dès lors qu’un dysfonctionnement intervient, extérieur ou intérieur (prix du baril de pétrole, pénuries alimentaires, hausse du prix des matières premières ou stratégiques etc.) l’Etat use de son pouvoir régalien pour imposer les mesures qu’il juge nécessaires (baisse ou hausse des prix ou des salaires, inflation ou déflation, augmentation des droits de douanes, contrôle des changes, etc.). En conséquence, et contrairement aux exigences du Système Global, il est vital pour un Etat qui désire conserver son indépendance et sa liberté d’agir, de se désendetter et de pouvoir disposer d’une banque centrale sous son contrôle direct afin de pouvoir jouer à sa guise sur la circulation monétaire dans le pays.

Une économie orientée – et non dirigée – doit reposer sur le principe de la libre concurrence mais en respectant les valeurs et les traditions des peuples où elle est appliquée. Contrairement à ce que pense les libéraux, tout n’est pas à vendre ou à acheter. En conséquence l’Etat doit réglementer les secteurs où il souhaite détenir le monopole (transports publics, énergie, défense, télécommunications, médias). Il est même souhaitable que ces secteurs restent sous le contrôle étroit et exclusif de l’Etat, notamment les télécommunications et les médias, du fait de leur utilisation potentielle comme armes stratégiques de désinformation, comme l’ont montré les révolutions de couleurs avec l’utilisation massive des réseaux sociaux et les écoutes systématiques pratiquées par les Five Eyes anglo-saxons.

Afin d’éviter un assoupissement du système inhérent à toute fonction publique et à toute administration centralisée dépourvue de concurrence, il est souhaitable d’instaurer dans ces administrations un système de rémunération au mérite (comportant des limites), géré par une commission mixte de fonctionnaires de tous grades et d’experts indépendants extérieurs à l’administration.

Pour protéger cette économie de tout choc intérieur ou extérieur, il convient de fixer un certain nombre de principes simples :

1. Tout ce que peut fabriquer ou produire le pays, sans coûts excessifs, et qui fournit de l’emploi à des salariés ou est considéré comme d’intérêt stratégique par l’Etat, doit être protégé par des droits de douane, variables selon la nature de la menace, ou être nationalisé.

2. La monnaie nationale n’est pas une marchandise et il faut restaurer le système qui la place hors du champ des spéculateurs internationaux.

3. L’Etat doit s’arroger le droit d’interdire toute société ou organisation étrangère (Soros connexion) dont l’activité peut être néfaste (sur les plans politique, économique ou culturel) pour le pays.

4. L’impôt doit être juste et équitable et toucher proportionnellement toute les classes sociales en évitant de frapper trop fort les hauts revenus ce qui risquerait de faire fuir les élites.

5. L’Etat doit se donner les moyens, même à prix exorbitant et donc non compétitif, de fabriquer ce qu’il estime nécessaire pour son indépendance et dont la perte de savoir-faire lui serait extrêmement préjudiciable. (cf. industrie spatiale, armement, numérique…).

6. Une économie organique doit favoriser le principe de fonctionnement des cercles concentriques : il faut qu’une région consomme prioritairement ce qu’elle produit (circuits courts, localisme). Si un produit n’est pas disponible dans la région concernée, c’est à la région la plus voisine de l’approvisionner. Si aucune région du pays ne produit le bien recherché, il sera importé, de préférence d’un pays avec lequel existe des accords bilatéraux d’échanges.

7. Une économie continentale ouverte sur les deux océans doit mettre en place le principe de l’autarcie des grands espaces. Le continent Eurasien, de Brest à Vladivostok, possède largement en son sein de quoi satisfaire tous ses besoins essentiels. Pour les rares denrées (café, chocolat…) ou matières premières qu’elle ne posséderait pas, ou alors en quantité insuffisante, des accords de commerce internationaux avec les pays producteurs permettront de pallier la pénurie.

Ces principes d’économie organique ne sont que de simples mesures de bon sens et ils étaient pratiqués naturellement par tous les Etats du monde avant que la maladie libérale et sa dérive libérale-totalitaire ne se répandent sur la surface de la terre. Ils pourraient être remis en place dans un débat comme alternative positive au système marchand mis en place par ceux qui visent à travers lui à s’assurer le contrôle de la planète.

Objectivement, mais lentement, la Russie semble mettre en place ces principes de bon aloi qui sont radicalement contraires à l’idéologie libérale que promeut le Système. Aura-t-elle le temps de bâtir une société exemplaire avant que le monde ne bascule dans le chaos ? C’est tout l’enjeu des temps qui viennent. Il est minuit Docteur Schweitzer…

 

Emmanuel Leroy

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L’État profond du renseignement est derrière le Russiagate

Publié le par Felli Bernard

L’État profond du renseignement est derrière le Russiagate


À cause des discussions frénétiques sur les relations entre l’équipe Trump et les Russes, nous ratons une histoire plus sombre qui montre comment les pouvoirs de surveillance de l’État profond contrôlent même les dirigeants de la nation, constatent les vétérans étasuniens Ray McGovern et Bill Binney.


Par Ray McGovern and Bill Binney – Le 28 mars 2017 – Source Consortium News

La Maison Blanche à Washington, D.C. (Flickr Gage Skidmore)

Bien que de nombreux détails soient encore peu clairs à cause du secret – et plus encore obscurcis par la politique – il semble que le président de la Commission du renseignement du Congrès, Devin Nunes, ait été informé, la semaine dernière, de la surveillance électronique de hauts fonctionnaires américains, sans autorisation, et qu’il a ensuite transmis ces informations au président Trump.

Cette information met Trump face à un choix indésirable mais inévitable : affronter ceux qui ne l’ont pas informé de telles activités déloyales ou vivre craintivement dans leur ombre. (Ce dernier choix a été celui du président Obama. Trump choisira-t-il la route la plus escarpée ?).

 

Ce que va décider le Président Trump déterminera en grande partie la liberté d’action dont il jouit en tant que président sur de nombreuses questions clés de sécurité et autres. Mais plus encore, son choix peut décider si notre république constitutionnelle a encore un avenir. Soit il courbe l’échine, soit il lutte contre les fonctionnaires de l’État profond du renseignement, qui utilisent une myriade de façons d’espionner les politiciens (et d’autres citoyens) et amassent ainsi des informations privées qui peuvent facilement être utilisées pour du chantage.

Cette crise (oui, « crise » est un mot trop utilisé, mais dans cet ensemble de circonstances très inhabituelles nous croyons qu’il est vraiment approprié) est venue à la lumière surtout par accident après que le président Trump a tweeté, le 4 mars, que son équipe qui travaillait à la Trump Towers de New York avait été « mise sur écoute » par le président Obama.

Trump se serait appuyé sur les reportages des médias au sujet de la façon dont les conversations de ces assistants, y compris son malheureux conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn, avaient été interceptées. Le tweet de Trump a provoqué une nouvelle offensive de la part des Démocrates et de la presse grand public pour dénigrer les affirmations « ridicules » de Trump.

Cependant, cette inquiétude au sujet des dragnets que le renseignement américain (ou ses partenaires étrangers) peuvent déployer pour intercepter les communications des conseillers de Trump et le fait d’avoir « démasqué » les noms avant de les faire fuiter aux médias d’information a été également mis en évidence à la Commission du renseignement du Congrès, le 20 mars, où Nunes a demandé à quiconque ayant des connaissances relatives du sujet de les présenter.

Cela s’est apparemment produit au soir du 21 mars, quand Nunes a reçu un appel tandis qu’il roulait avec un employé. Après l’appel, Nunes est monté dans une autre voiture et est allé dans une pièce sécurisée au Old Executive Office Building, à côté de la Maison Blanche, où on lui a montré des informations hautement classifiées, apparemment sur la façon dont la communauté du renseignement a intercepté les communications des assistants de Trump.

Le lendemain, Nunes s’est rendu à la Maison Blanche pour informer le président Trump, qui a déclaré plus tard qu’il avait « été convaincu » par ce que Nunes lui avait dit.

La fallacieuse « mise sur écoute »

Mais les médias d’affaires étasuniens ont continué à harceler Trump sur son utilisation du mot « mis sur écoute » et à citer l’insistance avec laquelle le directeur du FBI James Comey et d’autres fonctionnaires du renseignement avaient dit que le président Obama n’avait pas émis d’ordre d’espionnage visant Trump.

Comme ceux qui accordent une attention, même faible, aux méthodes modernes de surveillance le savent, les « mises sur écoute » sont du passé. Mais l’utilisation de ce mot par Trump a permis aux responsables du FBI et du ministère de la Justice et à leurs homologues de l’Agence de sécurité nationale [la NSA, NdT] de jurer sur une pile de Bibles que le FBI, le Ministère de la Justice et la NSA n’avaient pas été en mesure de trouver des preuves de la moindre « mise sur écoute téléphonique ».

Lors de l’audition de la Commission du renseignement de la Chambre le 20 mars, le directeur du FBI, Comey, et le directeur de la NSA, Michael Rogers, ont fermement nié que leurs agences aient mis sur écoute les Trump Towers sur ordre du président Obama.

Donc, Trump et ses associés ont-ils été « mis sur écoute » ? Bien sûr que non. Les écoutes téléphoniques ne sont plus de mode depuis des décennies, ayant été rendues obsolètes par les sauts technologiques de la surveillance.

La vraie question est : Trump et ses associés ont-ils été surveillés ? Réveille-toi, Amérique. Personne ne prêtait donc attention aux révélations du dénonciateur de la NSA, Edward Snowden, en 2013 quand il a exposé le directeur de l’Intelligence nationale James Clapper comme étant un menteur pour avoir nié que la NSA s’était engagée dans la collecte en vrac des communications à l’intérieur même des États-Unis.

La réalité est que TOUT LE MONDE, y compris le président, est surveillé. La technologie permettant la collecte en vrac aurait mis l’eau de la bouche de J. Edgar Hoover, l’ancien directeur dément du FBI.

Les révélations concernant l’abus de ses pouvoirs par la communauté du renseignement ne datent pas de Snowden. Quelques années auparavant, l’ancien employé et lanceur d’alerte de la NSA, Russell Tice, avait mis en garde contre ces « programmes d’accès spéciaux », citant des informations de première main, mais ses déclarations ont été écartées comme provenant d’un employé mécontent ayant des problèmes psychologiques. Ses révélations ont vite été oubliées.

La réplique de la communauté du renseignement

Pourtant, plus tôt dans l’année, on a pu assister à un dur rappel de la peur que ces capacités de surveillance exercent sur les hauts fonctionnaires du gouvernement des États-Unis. Le leader des minorités du Sénat, Chuck Schumer, de New York, a déclaré à Rachel Maddow de MSNBC que le président Trump était « vraiment stupide » de s’en prendre à la communauté du renseignement, car « ils ont mille manières de le lui faire payer ».

Maddow a évité de poser la question logique suivante: « Sénateur Schumer, êtes-vous en train de dire que Trump devrait avoir peur de la CIA ? ». Peut-être ne voulait-elle pas s’aventurer dans une voie qui soulèverait des questions trop troublantes sur la surveillance par la CIA de l’équipe Trump et leurs prétendus contacts avec les Russes.

De même, les médias étasuniens se concentrent maintenant sur l’échec présumé de Nunes à suivre le protocole en ne partageant pas d’abord ses informations avec le représentant Adam Schiff, le Démocrate de rang égal au sien à la Commission du renseignement. Les Démocrates ont aussitôt demandé à Nunes de se retirer de l’enquête sur les relations avec les Russes.

Mardi matin, les journalistes de CNN et d’autres médias ont mitraillé Nunes de questions semblables alors qu’il arpentait un couloir du Capitole, l’incitant à leur suggérer que les journalistes devraient être plus préoccupés par ce qu’il avait appris que par les procédures qu’il avait suivit.

C’est probablement vrai parce que, pour citer le personnage de Jack Nicholson dans Des hommes d’honneur, dans un contexte légèrement différent, les médias traditionnels « ne peuvent pas gérer la vérité », même si elle est évidente.

Lors de sa réunion du 21 mars au soir, à l’ancien bureau exécutif, Nunes a été probablement informé que tous les téléphones, courriels, etc. – y compris le sien et celui de Trump – sont surveillés par ce que les Soviétiques appelaient « les organes de la sécurité d’État ».

En partageant cette information avec Trump le lendemain – plutôt que de consulter Schiff – Nunes aurait pu chercher à éviter le risque que Schiff, ou quelqu’un d’autre, n’utilise une raison bureaucratique pour garder le président dans l’ignorance.

En politicien averti, Nunes savait qu’il aurait un coût politique élevé à payer en faisant ce qu’il a fait. Inévitablement, il serait considéré comme de parti pris. Il y aurait beaucoup d’appels à le retirer de la présidence du comité ; et son assassinat politique, déjà bien en cours dans le Washington Post par exemple, pourrait le placer au sommet de la cote d’impopularité, dépassant même la bête noire qu’est le président russe Vladimir Poutine.

Cet épisode n’est le premier où Nunes a montré une certaine droiture face à ce que l’establishment préfère ignorer. Nunes a eu le courage d’organiser une cérémonie de remise de prix pour l’un de ses électeurs, un marin retraité et membre de l’équipage de l’USS Liberty, Terry Halbardier.

Le 8 juin 1967, en réparant une antenne et en permettant ainsi à l’USS Liberty de transmettre un SOS, Halbardier a empêché les avions et les torpilleurs israéliens de couler ce vaisseau de renseignement de la Marine pour s’assurer qu’il n’y aurait pas de survivants et décrire comment les « alliés » israéliens avaient bombardé le navire. Pourtant, 34 marins américains sont morts et 171 ont été blessés.

Au moment de la cérémonie de remise des prix en 2009, Nunes a déclaré : « Le gouvernement est resté trop longtemps silencieux, et je me sentais comme mon constituant, il [Halbardier] a besoin d’être reconnu pour les services qu’il a rendu à son pays. » (Ray McGovern a participé à la cérémonie dans le bureau de Nunes, à Visalia, en Californie.)

Maintenant, nous soupçonnons que beaucoup plus peut être révélé sur le programme spécial de surveillance ciblé contre les principaux dirigeants nationaux des États-Unis, si le Représentant Nunes ne recule pas et si Trump ne choisit pas la route la plus facile, c’est-à-dire de courber l’échine devant les acteurs de l’État profond étasunien.

Ray McGovern a été analyste à la CIA pendant 27 ans.

Bill Binney est un ancien directeur technique à la NSA

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Washington cherche-t-elle à arracher une partie de la Syrie pour délimiter son nouveau « havre de paix » ?

Publié le par Felli Bernard

Washington cherche-t-elle à arracher une partie de la Syrie pour délimiter son nouveau « havre de paix » ?


L’annonce faite par les États-Unis, aussitôt suivie par la France, disant que le renversement d’Assad n’est plus la priorité, pourrait laisser entendre un retour du bon sens chez ces gouvernements respectifs. Mais cela pourrait aussi n’être qu’une diversion pour cacher un autre plan, celui de la partition de la Syrie, comme nous l’indiquent les deux textes suivants, de Moon of Alabama et d’Elijah Magnier.


Par Moon of Alabama – Le 31 mars 2017.

Il y a une sorte de confusion au sujet des déclarations faites hier par l’administration Trump. Elle a désigné la lutte contre EI comme étant la priorité absolue et n’exige plus le départ immédiat de Bachar al-Assad. Les articles de presse tentent de présenter cela comme une nouvelle initiative. Mais ce n’est pas du tout le cas.

 

Il n’y a aucun changement de politique. La priorité absolue a été et sera pendant encore un certain temps la lutte contre EI. Les États-Unis utiliseront cet argument pour occuper les parties orientales de la Syrie [Voir le texte suivant d’Elijah Magnier, NdT]. Lorsque EI sera supprimé et ne sera plus un problème immédiat, la suppression d’Assad redeviendra une priorité absolue.

Que la position d’Assad soit « décidée par le peuple syrien » n’est fait que pour noyer le poisson tant qu’il ne sera pas précisé QUELS Syriens et COMMENT ils vont décider de sa position.

Le désordre en Syrie continuera jusqu’à ce que les États-Unis changent vraiment de position et jusqu’à ce que les cheikhs wahhabites des monarchies pétrolifères mettent fin au financement de leurs divers mercenaires Takfiris, qu’ils soient ceux d’EI, d’al-Qaïda ou quel que soit le nom qu’ils souhaitent utiliser. [Fin du texte]

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Par Elijah J. Magnier – Le 27 mars 2017 – Source Son blog

Le barrage d’al-Tabqa Dam est l’endroit où les États-Unis empêchent la Russie et Damas d’avancer sur Raqqa

Les États-Unis et l’Union européenne préparent comme prévu la bataille de Raqqa.

La partition de la Syrie se matérialise finalement avec l’atterrissage des Forces d’opérations spéciales  (SOF) étasuniennes, dans une opération conjointe avec les « Forces démocratiques syriennes » (SDF), près du barrage d’al-Tabqa. Ces forces visent à contrôler le barrage et, en conséquence, le débit de l’Euphrate, de Jarablus à la ville de Raqqa, et à barrer le chemin du groupe « État islamique »  (EI) au nord-ouest.

Simultanément, les forces US-SDF ont bloqué l’avance de l’armée syrienne et ses alliés de l’armée de l’air russe, les empêchant de se diriger vers le bastion EI de Raqqa, traçant ainsi la ligne de la nouvelle « zone de sécurité » qui sera occupée par les forces américaines et sera donc leur futur « refuge », entamant ainsi la partition du nord de la Syrie.

Le Royaume-Uni et la France devraient prendre part à la bataille de Raqqa (dans les prochains mois) afin d’en faire une victoire occidentale sur EI, le groupe qui autrefois a occupé un territoire plus grand que le Royaume-Uni et qui se trouve maintenant en repli sur tous les fronts en Irak et en Syrie. Donald Trump attend anxieusement de déclarer une victoire mondiale sur le groupe terroriste. Trump ne sait peut-être pas que le terrorisme ne peut pas être vaincu : EI est la « conséquence involontaire de l’invasion américaine de l’Irak » et l’invasion de la Syrie par les États-Unis créera un retour de bâton encore pire qu’EI.

Mais l’histoire se répète : l’Amérique ne pourra finalement pas repousser EI de Raqqa et livrer la ville à l’armée syrienne ou au gouvernement de Damas ou à la Turquie, désireuse, elle aussi, de prendre part à cette bataille (la Turquie a été exclue de la bataille de Mossoul, comme de celle de Raqqa).

Le plan américain serait de livrer la ville de Raqqa aux tribus arabes locales, sous contrôle kurde. Encore une fois, apprendre de l’Histoire est un élément essentiel du contre-terrorisme : les États-Unis ignorent que l’occupation des villes est une mauvaise stratégie qui n’amènera l’administration américaine qu’à sombrer encore plus dans le piège moyen-oriental. Comme Wright (2016) le reconnaît à juste titre, « les contributions et la participation de l’Amérique à la situation extrême au Moyen-Orient depuis le 11 septembre ont été une longue série d’échecs, responsables de la catastrophe en cours ». 1.

Les tribus arabes de Raqqa éprouvent du ressentiment contre les Kurdes, impopulaires dans la région : le Kurdistan irakien n’est pas le même que le Kurdistan syrien ou « Rojava » comme les Kurdes l’appellent. De plus, des Kurdes syriens se battent contre EI et al-Qaïda (Hay’at Tahrir al-Sham), d’autres sont fidèles à Damas et d’autres sont contre les États-Unis depuis leur invasion de l’Irak. Il n’est pas difficile d’avoir des agents dormants travaillant pour divers groupes. Les États-Unis se lancent dans un guêpier en se préparant à la bataille militaire sans penser à la gouvernance de la région qu’ils souhaitent occuper.

Diverses sources à Damas ont des opinions différentes sur la présence américaine. Tout d’abord, il ne fait aucun doute que tous les belligérants en Syrie, même s’ils ne s’unissent pas entre eux, auront le même objectif : frapper les forces américaines, comme en Irak de 2003 à 2011.

« Les États-Unis poussent EI vers le désert syrien, Palmyre ou les frontières irakiennes avant de les bloquer à partir d’al-Bu Kamal, ce qui permettra à EI de se répandre et de continuer d’exister. Les forces américaines ont fermé la route d’al-Tabqa, forcant l’exode d’EI en direction de l’armée syrienne et de l’Irak. La victoire des forces de l’armée syrienne dans le nord-est d’Alep, en reprenant des milliers de kilomètres carrés de territoire à EI, a poussé les Américains à accélérer le rythme et a déclenché cet atterrissage près du barrage de Tabqa pour le contrôle de l’aéroport de Tabqa. De plus, ce succès militaire coïncide avec de larges attaques militaires d’al-Qaïda et de ses alliés (y compris des groupes contrôlés par les États-Unis) sur différents fronts qui vont de Damas jusqu’au nord de Hama et de Daraa. Ces attaques ont été soutenues par le ‘bouclier de l’Euphrate’, les forces proxy turcs, l’Armée libre syrienne (les forces proxy états-uniennes) et les autres groupes financés par l’Arabie saoudite et le Qatar », nous a fait remarquer une source gouvernementale à Damas.

Ces attaques n’ont pas réussi à atteindre leur objectif : Damas a repoussé ces forces au-delà de ce qui était occupé par al-Qaïda et ses alliés, en reprenant le terrain à al-Ghaboon, jamais récupéré auparavant. Et à Hama, la contre-attaque reconquiert avec succès les terres perdues et prend l’initiative, une démonstration de la force et de la capacité de réorganisation de l’armée syrienne et de ses alliés après avoir absorbé la première vague de l’attaque.

Selon les sources, les États-Unis, l’Arabie saoudite et la Turquie craignent la relation entre Téhéran (et ses longues frontières avec l’Irak), Bagdad (frontières avec la Syrie), Damas et Beyrouth, définie par le monarque jordanien comme un « croissant chiite ». Ce pourrait être l’une des raisons pour lesquelles les États-Unis ont décidé de couper la route à la Russie et ses alliés pour les empêcher de lever le siège de Deir ez-Zor. Si l’armée syrienne avançait au-delà du barrage d’al-Tabqa, EI aurait rassemblé des forces autour de Raqqa pour se battre, et la Russie et ses alliés auraient alors envoyé des renforts à Deir ez-Zor, empêchant le développement des plans étasuniens en Syrie. Damas a accepté de changer la Constitution et de permettre une fédération dans le nord-est de la Syrie mais pas pour que Washington utilise les Kurdes comme excuse pour l’occuper.

De toute évidence, toutes les forces sont heureuses de combattre EI car c’est la force la plus faible sur le terrain. Le groupe a perdu tout soutien régional et défend les villes qu’il occupe. EI est encore capable d’initiatives militaires et d’attaques sporadiques ici et là, mais ces attaques d’insurrection n’ont plus d’objectif stratégique.

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a déclaré que « la bataille de Raqqa commencera dans les prochains jours », sans préciser quelle serait la prochaine étape après EI et sans indiquer quelle force va diriger la ville.

La bataille autour de Raqqa a commencé il y a plusieurs mois, mais la bataille de la ville elle-même n’a pas encore pleinement mûri. L’Europe doit encore rejoindre les États-Unis. Mais le différend reste : les forces kurdes vont-elles entrer dans la ville arabe, la nettoyer, perdre beaucoup de militants dans le processus, mais sans finalement la gérer ? Les tribus arabes de la région vont-elles accepter la présence occidentale (française / américaine / britannique) sur leur sol et la vie avec les Kurdes ?

Les réponses à ces questions ne sont pas disponibles aujourd’hui parce que toute réaction contre les États-Unis de manière large, programmée et continue nécessite du temps pour la préparer, l’organiser et la financer. Et les États-Unis n’ont jamais occupé de villes du Moyen-Orient – de Beyrouth à l’Irak – sans pertes. Leur administration ne peut pas se permettre de telles pertes et ne sera pas heureuse de voir revenir ses soldats dans des sacs noirs, tout cela pour un but stratégique nul.

On entend, cependant, une autre opinion : « Laissez les États-Unis venir en Syrie et éliminer le terrorisme si c’est leur intention. Lorsque les forces américaines ont atterri en Irak en 2003, elles ont déclenché ce qu’on appelle aujourd’hui EI. Pour lutter contre l’insurrection, les États-Unis ont réussi à créer la Awakening Force, composée de tribus sunnites pour s’y opposer. Le départ des forces américaines a permis au groupe de se développer en Syrie et dans d’autres pays. Si les États-Unis peuvent arrêter le massacre et le sectarisme, leur présence est alors importante ».

Cette approche est controversée et manque de soutien factuel : l’intention des États-Unis en Syrie est encore largement non déclarée et inconnue. Est-ce que les forces américaines vont pousser EI vers les villes contrôlées par l’armée syrienne et vers l’Irak pour pouvoir les regarder se battre de loin ? Le but des États-Unis, après tout, n’est pas d’alléger la pression sur la Russie et l’Iran. Cela conduit à la conclusion d’une partition prévue de la Syrie entre la Turquie et les zones d’influence américaines dans le nord, puis à regarder la guerre en cours contre al-Qaïda et ce qui reste d’EI dans d’autres régions du pays jusqu’à ce qu’une solution politique apparaisse.

Al-Qaïda ne devrait pas être capable de se reconstruire une base, d’autant plus que son offensive militaire a échoué ces derniers jours. L’affrontement multi-fronts a laissé beaucoup de morts sur le champ de bataille et aura certainement un retour négatif contre le groupe dans la zone sous son contrôle, principalement la ville d’Idlib et la campagne autour d’Alep et Lattaquié.

La Russie est plus déterminée que jamais à éviter de s’enliser dans le bourbier syrien et à aboutir à une fin des hostilités. Est-il possible pour la Russie de vivre avec les États-Unis sur le même territoire (Bilad al-Sham), une situation similaire à celle de Berlin après la Deuxième Guerre mondiale, ou Moscou soutiendra-t-elle l’insurrection ?

Il est encore trop tôt pour répondre à cette question, mais la saga syrienne est loin d’être terminée. Elle change continuellement d’aspect et d’alliances.

 Elijah J. Magnier

Traduit par Wayan, relu par Michèle pour le Saker Francophone

Note du Saker Francophone : Vous pourrez lire dans cet article en francais de Sputniknews que l'avis d'experts syriens sur ce sujet concorde avec celui de Magnier.

 

  1. Wright Lawrence, The Terror Years : From al-Qaeda to the Islamic State, Alfred A. Knopf, 2016

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La nouvelle guerre perdue de l'oncle Sam

Publié le par Felli Bernard

La nouvelle guerre perdue de l'oncle Sam

1 Avril 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Asie centrale, #Etats-Unis, #Russie, #Chine, #Gaz

Afghanistan. Dix-sept ans de guerre. 3 500 soldats de l'OTAN tués dont 2 400 Américains. Des dizaines voire des centaines de milliers de morts civiles. Coût : 800 milliards de dollars. Résultat : xxxxx. Le tombeau des empires, coeur géographique du Grand jeu et de l'Eurasie, a encore frappé...

Britanniques, Soviétiques et Américains s'y sont cassés les dents, Gengis Khan lui-même a dû s'y reprendre à deux fois. Royaume de l'insolence, uni et génial quand il s'agit de bouter l'ennemi étranger, désuni et en guerre civile le reste du temps, l'Afghanistan se retrouve aujourd'hui à la croisée des chemins entre l'OCS sino-russe, qu'il veut rejoindre, et les Etats-Unis, qui se retirent du pays après quatorze années de non-victoire.

Les Talibans sont partout à l'offensive, malgré des pertes parfois importantes, malgré aussi leurs récentes divisions. Ils contrôlent tout le sud (leur vivier pachtoune), apparaissent à l'extrême nord-est (en bordure du Tadjikistan), à l'extrême nord-ouest (à la frontière du Turkménistan), à Kaboul qu'ils attaquent régulièrement...

Il ne fallait pas être grand clerc pour annoncer la couleur ; la dynamique du conflit et l'histoire afghane ne pouvaient qu'aller dans le sens taliban. Le retrait officiel de l'ISAF fin 2014 ne faisait qu'entériner l'échec et ce ne sont pas les quelques 10 000 militaires encore sur place qui pourront vaincre la guérilla alors que 130 000 n'avaient pu le faire au plus fort du Surge décidé par Obama.

Les forces de sécurité afghanes payent le prix lourd : 4 600 morts en 2014,  5 000 en 2015, 6 800 en 2016. Ces pertes étaient déjà qualifiées « d’insoutenables » à moyen-terme par les généraux américains il y a deux ans. Or il n'y a aucune raison que la tendance s'inverse, bien au contraire...

Les Talibans sont à l'offensive et les seules victoires dont peut se targuer Kaboul ont lieu... au cricket. Un district stratégique - Sangin - a encore été conquis la semaine dernière malgré l'infantile sauvetage de face US ("Le retrait de Sangin était prévu de longue date") et 2017 devrait voir une attaque générale des capitales provinciales.

Récemment, une agence américaine révélait que le gouvernement central ne contrôlait plus que 57% du pays. Cela corrobore plus ou moins un rapport taleb qui, loin de tomber dans la propagande habituelle de cette mouvance, est considéré comme relativement mesuré et objectif par les observateurs. Sur les 350 districts étudiés, les Talibans en contrôleraient totalement ou partiellement entre 171 (estimation basse) et 211 (estimation haute) :

Noir : contrôle total. Rouge : 70-99%. Orange : 40-69%. Jaune : 10-39%. Vert : 0-9%.

On le voit, l'avenir est sombre pour le pouvoir à Kaboul. Les Talibans sont tellement confiants de leur reprise du pouvoir qu'ils s'engagent d'ors et déjà à "protéger" les infrastructures du pays (dont le fameux TAPI, nous y reviendrons).

Il n'en fallait pas plus pour que certains généraux américains s'en prennent à devinez qui, accusant à demi-mot la Russie de soutenir les Talibans, s'attirant une réponse cinglante de Moscou : "élucubrations visant à justifier l'effondrement américain en Afghanistan". Assiste-t-on à un énième épisode de la guerre rhétorique du système impérial contre l'ours, selon la simplissime formule De toute façon, c'est la faute à Poutine ?

Il y a de cela, mais les choses sont tout de même un peu plus compliquées... Les premières accusations ont fleuri en décembre, venant à la fois des Etats-Unis mais aussi d'officiels afghans, parfois en des termes quelque peu délirants pour ces derniers. Si les rumeurs sur des livraisons d'armes sont presque certainement à exclure - les Américains et leur soutien matériel aux inénarrables "modérés" de Syrie sont de toute façon mal placés pour faire la morale -, Moscou ne cache aucunement ses ouvertures aux Talibans, peut-être via l'ISI pakistanais d'ailleurs :

Les intérêts de la Russie "coïncident objectivement" avec ceux des Taliban dans la lutte contre l’organisation de l’État islamique, a déclaré, mercredi 23 décembre, Zamir Kabulov, chef de département au ministère russe des Affaires étrangères. D’après ce dernier, le Kremlin a ouvert des canaux de communication avec les Taliban pour procéder à des échanges d’informations.

"Les Taliban d'Afghanistan comme les Taliban du Pakistan ont déclaré qu'ils ne reconnaissaient pas (le chef de l'EI) Al-Baghdadi comme calife, qu'ils ne reconnaissaient pas l'EI (...) et ils portent déjà des coups durs à l'EI", a justifié le diplomate. Contactée par l’AFP, la porte-parole du ministère de Affaires étrangères Maria Zakharova a confirmé l’existence d’intérêts communs entre Russes et Taliban. "Cela entre dans le cadre de la lutte contre l’organisation de l’État islamique " a-t-elle précisé.

(...)

Toutefois la Russie continue de considérer le mouvement Taliban comme une organisation terroriste, interdite sur son sol, au même titre que l’EI. D'ailleurs, Moscou le qualifie régulièrement de menace, surtout depuis que les Taliban contrôlent des territoires afghans proches de la frontière avec le Tadjikistan, ex-satellite de l’Union soviétique et allié de la Russie.

Le Kremlin a récemment renforcé sa présence au Tadjikistan, avec la livraison de nouveaux hélicoptères en octobre pour sa base militaire située à proximité de Douchanbé, la capitale tadjike.

Tout est dit. La Russie, comme l'Iran d'ailleurs qui a lui-aussi ouvert des canaux de communication, n'ont, c'est le moins qu'on puisse dire, aucun sympathie particulièrement pour le fondamentalisme sunnite taleb, mais celui-ci est vu comme un moindre mal face à l'Etat Islamique. Moscou craint plus que tout une infiltration djihadiste dans le ventre mou centre-asiatique et les Talibans apparaissent naturellement comme le meilleur bouclier. C'est d'ailleurs ce dont se plaignait le commandant US en Afghanistan, le général John Nicholson : "La Russie a donné une légitimité aux Talibans, évoquant l'idée que ce sont eux, et non le gouvernement afghan, qui luttent contre l'EI".

En l'occurrence, il est difficile de donner tort aux Russes : si Daech n'a pas pris son envol au royaume de l'insolence, c'est principalement dû aux Talibans, ainsi qu'aux milices privées et aux drones US, pas à l'armée afghane. La contradiction de voir ces deux groupes fondamentalistes en découdre n'est qu'apparente comme nous l'expliquions :

Ce qu'on appelle "islamisme" est tout sauf uni. Sans entrer dans le détail des innombrables écoles et obédiences qui passent leur temps se chamailler - et quand ces gens-là se chamaillent, c'est généralement à la kalachnikov -, on peut très schématiquement diviser le mouvement en deux : les islamistes "nationaux" et les islamistes "internationalistes". Les premiers ont un agenda purement national et se moquent comme d'une guigne des rêves de califat universel ou de terrorisme global : Hamas palestinien, Talibans afghans et pakistanais, Armée Islamique en Irak dans les années 2000... Les seconds, djihadistes planétaires, passent d'un pays à l'autre, d'un combat à l'autre : Al Qaida et plus récemment Etat Islamique. Ces deux branches de l'islamisme n'ont jamais fait bon ménage et ça ne date pas d'hier. On se rappelle par exemple les combats enragés entre Al Qaida en Irak et l'Armée Islamique d'Irak ou le massacre de centaines de djihadistes qaédistes par les Talibans dans les zones tribales pakistanaises. Aujourd'hui, l'Etat Islamique s'en prend régulièrement aux rebelles syriens pourtant islamistes eux aussi, le Hamas combat l'émergence de l'EI dans la bande de Gaza, tandis que les Talibans et ce même EI s'envoient des bourre-pifs en Afghanistan. Ce ne sont pas seulement deux mouvements concurrents qui s'affrontent, ce sont deux conceptions du monde, toutes deux islamistes certes, mais très différentes par ailleurs.

Ajoutons que les Talibans se sont d'une certaine façon "responsabilisés" depuis leur première domination des années 1996-2001, comme le montre l'épisode suivant que nous rapportions il y a deux ans :

L'expansion de l'EI est prise tellement au sérieux que les Hazaras chiites, pourtant peu amis des fondamentalistes sunnites, ont demandé la protection des Talibans face à cette nouvelle menace. Aux dernières nouvelles, les Talibans ont accepté, ce qui ne manque pas de sel quand on sait qu’ils ont brimé pendant des années ces Hazaras, considérés comme "hérétiques". Le mouvement du mollah Omar (celui qui a échappé à moto aux bombardiers US en 2001) est-il en train de s’embourgeoiser, de devenir le garant de la sécurité afghane ?

Nous y sommes peut-être. Protection non sectaire des minorités (un comble pour les destructeurs des Bouddhas de Bamiyan !), protection des infrastructures (voir plus haut) : le mouvement taleb veut maintenant apparaître comme le gardien de l'intérêt national. Et vu qu'il contrôle peu ou prou la moitié du pays, il est illusoire de parier sur sa défaite. C'est sans doute le calcul qui a été fait à Moscou, Téhéran et Pékin. Et Islamabad bien sûr, qui reste congénitalement liée au mouvement qu'elle a créé il y a plus de deux décennies.

Lors d'un sommet tripartite en décembre à Moscou, Russes, Chinois et Pakistanais se sont accordés sur la nécessité d'une "approche flexible visant à retirer de la liste de sanctions certains membres du mouvement afin de favoriser un dialogue pacifique". Notons que ni les Américains ni les dirigeants afghans n'étaient invités...

De leur côté, les Talibans ont connu une frénésie diplomatique, envoyant des émissaires rencontrer des officiels iraniens, chinois, russes et, chose intéressante, des -stan d'Asie centrale, ce qui pourrait sous-entendre la promesse de ne rien entreprendre au-delà des frontières afghanes en échange, à terme, d'une reconnaissance officielle. Une délégation se serait même rendue à Pékin à l'invitation du gouvernement chinois début mars.

Le même jour, prenant prétexte d'une brève incursion de soldats chinois en territoire afghan à la poursuite de militants séparatistes ouïghours, l'EI a publié une vidéo au ton menaçant : "Vous les Chinois qui ne comprenez pas le langage des autres gens [sic], nous viendrons chez vous et déverserons des torrents de sang". Nul doute qu'au-delà du prétexte initial, le flirt entre le dragon et les Talibans doit être très mal vécu chez les petits hommes en noir. Et pour cause : Pékin comme Moscou ou Téhéran veut l'éradication de Daech en Afghanistan, étant prêt pour cela à s'allier aux Talibans.

Dans un contexte de reflux de l'empire américain, le triangle eurasien souhaite mettre un terme à cette guerre sans fin au coeur du continent-monde, cette tache rouge au centre de l'Organisation de Coopération de Shanghai...

Un Afghanistan apaisé profiterait aux Routes de la Soie chinoises comme au projet russe de corridor Nord-Sud, pour l'instant obligé de longer la Caspienne. Gazprom rêve d'une route vers le Pakistan et l'Inde pour y lancer ses pipelines et passer par l'Afghanistan permettrait d'éviter les toits du monde - Himalaya et Pamir.

Mais ironie du sort, la paix serait également susceptible de permettre enfin le passage de l'ineffable, l'indescriptible TAPI. Un petit retour s'impose sur l'histoire rocambolesque de ce gazoduc qui mêle Grand jeu, terrorisme et empire :

Avec la Russie, l'Iran et le Qatar, le Turkménistan fait en effet partie du carré d'as de l'or bleu, dont les fabuleuses réserves de gaz représentent jusqu'à 2/3 des réserves mondiales selon certaines estimations. Dès la chute de l'URSS, les Américains, soucieux d'enfoncer un coin au coeur du Heartland, ont vu dans le pays des Turkmènes une carte à jouer pour leur grand projet de désenclavement des richesses énergétiques de la Caspienne. N'est-ce pas Dick Cheney, futur vice-président de Bush junior et grand pétrolier devant l'éternel, qui déclarait en 1998 :

« A ma connaissance, l'émergence soudaine d'une région comme la Caspienne en tant qu'acteur stratégique n'a pas d'équivalent historique. »

Le plan US consistait (et consiste toujours si tant est qu'il se réalise un jour) à créer deux routes d'évacuation - une à l'ouest et l'autre au sud-est (en bleu sur la carte), court-circuitant comme de bien entendu la Russie et l'Iran et divisant l'Eurasie :

(...)

La route ouest étant quasi certainement définitivement bloquée pour le gaz turkmène (rendant illusoire le corridor sud rêvé par les eurocrates, comme nous l'avons expliqué à de nombreuses reprises sur ce blog), reste la route sud-est, autre mirage s'il en est. Le fameux TAPI, gazoduc devant passer par le Turkménistan, l'Afghanistan, le Pakistan et l'Inde. Celui-ci aussi, nous l'avons évoqué plusieurs fois...

Le projet débute dans les années 90, l'âge d'or de l'empire (ou de la folie impériale) comme nous l'avons vu. Chose curieuse, c'est une compagnie argentine, Bridas, qui la première en eut l'idée. Très vite cependant, la texane Unocal rejoignait la danse, supportée par les poids lourds du lobbying diplomatico-énergétique US ainsi que par la famille royale saoudienne (présence de Delta Oil dans le consortium). Le petit poucet Bridas réagit alors en s'alliant avec une autre compagnie saoudienne, Ningarcho, alignée sur le prince Turki el-Faisal, le tout-puissant chef des services secrets de Riyad, puis fusionnant l'année suivante avec l'américaine Amoco, elle-même liée à BP.

Voilà qui rééquilibrait singulièrement le poids des lobbyistes. D'un côté, l'alliance Bridas-Ningarcho-Amoco-BP soutenue par Turki, Brzezinski (conseiller d'Amoco !) ou encore James Baker, l'ami de toujours de la famille Bush. De l'autre, Unocal, parrainée par Dick Cheney, le roi Fahd, Kissinger (conseiller d'Unocal !), Hamid Karzaï (futur président afghan) ou Armitage. L'establishment américain mais aussi saoudien étaient divisés : un vrai panier de crabes...

La passe d'armes déjà complexe était rendue encore plus ardue par la confusion et les intrigues sur le terrain. Le Pakistan et le Turkménistan de notre fameux Niazov (celui qui aimait tant sa maman) furent retournés par Unocal après d'intenses séances de "persuasion". Restait l'Afghanistan où Bridas possédait encore une longueur d'avance. Ben Laden lui-même s'en était mêlé, conseillant à ses hôtes talibans de signer avec la société argentine. Mais les enturbannés du mollah Omar préféraient attendre et faire monter les enchères ; c'est à cette époque qu'une délégation talibane fut invitée au Texas et à Washington (ainsi qu'à Buenos Aires pour bien faire).

Elu fin 2000, Bush junior prit le parti d'Unocal et relança les négociations avec les Talibans, mais celles-ci butèrent sur les frais de transit exigés par les "étudiants" en théologie. Furieuse, l'administration américaine envoya un émissaire de la dernière chance début août 2001 pour rencontrer une ambassade talibane à Islamabad. C'est au cours de cette réunion qu'aurait été prononcée cette fameuse phrase : "Acceptez notre tapis d'or ou nous vous enterrerons sous un tapis de bombes". Un mois plus tard, les tours du World Trade Center tombaient et il n'était plus question de négociations ni de tapis d'or...

Mais de TAPI de gaz, il était toujours question ! Certains des principaux soutiens d'Unocal étaient installés au pouvoir (Karzaï à la présidence, Khalilzad comme envoyé spécial puis ambassadeur US à Kaboul) avec pour mission de mener le projet à bien. Toutefois, ce n'est pas pour rien que l'Afghanistan est surnommé le tombeau des empires. Quinze ans après, la guerre fait toujours rage, les Talibans contrôlent des provinces entières tandis que l'Etat Islamique a réussi à s'implanter partiellement. Dans ces conditions, faire passer un gazoduc est aussi probable que de voir le Vatican battre la Nouvelle-Zélande dans un match de rugby...

Exit, donc, la route sud-est, même si Washington et ses officines font encore semblant d'y croire. L'ours peut dormir sur ses deux oreilles. De toute façon, le gaz turkmène alimente désormais principalement la Chine (en rouge sur notre première carte). Le CAC (Central Asia-China) a été inauguré en 2009 et des lignes supplémentaires ont été ajoutées les années suivantes, pour une capacité totale de 55 Mds de m3 par an. Du moment que ça se passe au sein de l'OCS, ça ne gêne pas vraiment les Russes qui ont d'ailleurs débuté les gigantesques chantiers du Force de Sibérie et de l'Altaï, contrats monstrueux signés en 2014 et 2015. L'appétit énergétique du dragon et sa volonté de remplacer impérativement le charbon qui rend ses villes invivables sont tels que ces trois gazoducs ne se feront pas concurrence. Il se peut même qu'ils ne suffiront pas.

Afin de déjouer les plans de l'empire et ne pas perdre ses parts de marché européen, Gazprom avait pris l'habitude d'acheter d'importantes quantités de gaz turkmène. Mais à mesure que les routes soutenues par Washington (pipeline transcaspien et TAPI) se révélaient de plus en plus illusoires et que l'or bleu d'Achgabat prenait le chemin de la Chine, Gazprom a peu à peu réduit ses achats qui approchent maintenant du 0 absolu.

Verra-t-on, grâce à la complicité passive de Moscou, Téhéran et Pékin, une victoire talibane définitive contre le gouvernement afghan pro-américain, victoire qui permettrait, avec 20 ans de retard et à un moment où Washington est passé à autre chose, la réalisation du TAPI, projet chéri par feu le système impérial ? Les Dieux géopolitiques sont décidément bien facétieux...

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Détruire Daesh ?

Publié le par Felli Bernard

Détruire Daesh ?

Alors que Washington multiplie les signaux confirmant son intention de détruire Daesh, les Britanniques et les Français, suivis par l’ensemble des Européens, envisagent de faire bande à part. Londres et Paris auraient coordonné l’attaque de Damas et d’Hama pour contraindre l’armée arabe syrienne d’aller les défendre et de la sorte pour affaiblir sa présence autour de Rakka. Les Européens espèrent organiser la fuite des jihadistes vers la frontière turque.

| Mexico (Mexique)
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La réunion de la Coalition anti-Daesh à Washington, les 22-23 mars, s’est très mal passée. Si en apparence les 68 membres ont réaffirmé leur volonté de lutter contre cette organisation, ils ont en réalité étalé leurs divisions.

Le secrétaire d’État états-unien, Rex Tillerson a rappelé l’engagement du président Trump devant le Congrès de détruire Daesh et non plus de le réduire comme l’affirmait l’administration Obama. Ce faisant, il a placé sans débat les membres de la Coalition devant le fait accompli.

Premier problème : comment les Européens en général et les Britanniques en particulier pourront-ils sauver leurs jihadistes, s’il ne s’agit plus de les déplacer, mais de les supprimer ?

Rex Tillerson, et le Premier ministre irakien, Haïder al-Abadi, ont rendu compte de la bataille de Mossoul. Malgré les satisfecit, il est évident pour tous les experts militaires qu’elle ne sera pas terminée avant de très longs mois. Car à Mossoul, chaque famille ou presque a un de ses membres engagé dans Daesh.

Au plan militaire, la situation de Rakka est beaucoup plus simple. Les jihadistes y sont des étrangers. Il convient donc prioritairement de couper leur approvisionnement, puis de les séparer de la population syrienne.

Deuxième problème : l’armée des États-Unis doit préalablement obtenir l’autorisation du Congrès, puis de Damas, pour se déployer en territoire syrien. Les généraux James Mattis (secrétaire à la Défense) et John Dunford (chef d’état major interarmées) ont tenté de convaincre les parlementaires, mais ce n’est pas gagné. Il faudra alors négocier avec Damas et donc clarifier ce qui doit l’être.

À la question des Européens sur ce que Washington ferait de Rakka libérée, Rex Tillerson a étrangement répondu qu’il y ferait revenir la population déplacée ou réfugiée. Les Européens en ont conclu que cette population étant massivement favorable à Damas, Washington a l’intention de restituer ce territoire à la République arabe syrienne.

Prenant la parole, le ministre des Affaires étrangères portugais, Augusto Santos Silva, a souligné que cette proposition allait à l’encontre de ce qui avait été décidé précédemment. Les Européens ont le devoir moral, a-t-il souligné, de poursuivre leur effort de protection envers les réfugiés qui ont fui la « dictature sanguinaire ». Or, même libérée, Rakka ne sera pas une zone sûre, du fait de l’armée arabe syrienne qui serait pire que Daesh.

Le choix par les Européens de confier cette intervention au Portugal n’est pas neutre. L’ancien Premier ministre portugais dont Santos Silva a été ministre, António Guterres, est l’ancien haut-commissaire pour les Réfugiés et l’actuel secrétaire-général de l’Onu. Il avait été aussi président de l’Internationale socialiste, une organisation entièrement contrôlée par Hillary Clinton et Madeleine Albright. Bref, il est aujourd’hui le paravent de Jeffrey Feltman à l’Onu et du clan belliciste.

Troisième problème : libérer Rakka de Daesh, certes, mais, selon les Européens, pas pour la restituer à Damas. D’où la surenchère française.

Immédiatement, on a vu les jihadistes de Jobar attaquer le centre de la capitale et ceux d’Hama attaquer des villages isolés. Peut-être s’agit-il pour eux d’une tentative désespérée afin d’obtenir un lot de consolation à Astana ou à Genève avant la fin de la partie. Peut-être s’agit-il d’une stratégie coordonnée par Londres avec Paris.

Dans ce cas, on devrait s’attendre à une vaste opération des puissances coloniales à Rakka. Londres et Paris pourraient attaquer la ville avant qu’elle ne soit encerclée de manière à contraindre Daesh à se déplacer et ainsi le sauver. Daesh pourrait se replier à la frontière turque, voire en Turquie même. L’organisation deviendrait alors le liquidateur des kurdes pour le compte de Recep Tayyip Erdoğan.

Source
Al-Watan (Syrie)

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La responsabilité des Etats-Unis dans la famine au Yémen

Publié le par Felli Bernard

2
Avr
2017

Source : Kathy Kelly, 23-03-2017

Cette semaine, au bureau de Voices for Creative Nonviolence de Chicago, ma collègue Sabia Rigby a à préparer son intervention dans un lycée local. Elle doit aller, avec un jeune ami réfugié d’Irak, y parler de la crise des réfugiés provoquée par la guerre. Sabia revient de Kaboul où elle a participé à la collecte d’informations sur les efforts des Jeunes Volontaires de la Paix afghans pour apporter de la chaleur, de la nourriture et de l’éducation aux familles qui ont fui la guerre afghane et vivent maintenant dans des camps de fortune.

L’année dernière, Sabia avait rendu visite aux réfugiés de la « Jungle de Calais », qui avaient fui le Moyen-Orient et plusieurs pays africains pour aller en Grande-Bretagne. Empêchés de traverser la Manche, une foule de gens ont été contraints de se regrouper dans ce camp de réfugiés de Calais, en France, d’où les autorités françaises ont fini par les évacuer malgré la solidarité qui régnait entre eux, avant de brûler complètement leur campement.

Pour sa conférence au lycée, Sabia a préparé un document qui montre où les réfugiés sont les mieux accueillis dans le monde. Un détail l’a étonnée.

En 2016, les Américains ont accueilli 84 995 réfugiés, mais, la même année, le Yémen, le pays le plus pauvre du monde arabe, a accueilli 117 000 nouveaux réfugiés et migrants et il abrite couramment plus de 255 000 réfugiés de Somalie. Le Yémen commence à souffrir de la pire crise humanitaire au monde. Qui plus est, le pays est régulièrement ciblé par des attaques aériennes saoudiennes et américaines.

En organisant, au même moment, une semaine de jeûne et d’action en relation avec la tragédie qui frappe le Yémen, nous avons été stupéfaits de découvrir que le Yémen était aussi une voie d’évasion pour les Somaliens qui fuyaient la Corne de l’Afrique pour échapper à la guerre et qui se retrouvaient piégés dans un pays où un autre conflit meurtrier provoquait une famine épouvantable.

Après des années de soutien américain au dictateur Ali Adullah Saleh, la guerre civile dévaste le Yémen depuis 2014. Son voisin, l’Arabie saoudite, lui-même un des plus cruelles dictatures de la région et un solide allié américain, est devenu nerveux en 2015, et avec le soutien de neuf pays alliés, les Saoudiens se sont mis à opérer d’incessantes frappes aériennes punitives au Yémen, et ils lui ont également imposé un blocage qui a mis fin à l’approvisionnement en nourriture et en fournitures via un port important. Tout cela a été rendu possible par l’arrivée massive d’armements en provenance des États-Unis, pays qui a également mené des frappes aériennes indépendantes, en tuant des dizaines de civils, y compris des femmes et des enfants.

Comment ce petit pays appauvri, harcelé par des attaques aériennes et terrestres incessantes, proche de l’effondrement économique et au bord de la famine, pourrait-il absorber des milliers et des milliers de migrants désespérés ?

Le Yémen importe 90% de sa nourriture. En raison du blocus, les prix des denrées alimentaires et des carburants augmentent et la pénurie atteint un niveau de crise.

L’UNICEF estime que plus de 460 000 enfants au Yémen souffrent de malnutrition sévère et que 3,3 millions d’enfants et de femmes qui attendent un bébé ou qui allaitent souffrent de malnutrition aiguë. Plus de 10 000 personnes ont été tuées, dont 1 564 enfants, et des millions de personnes ont été déplacées, mais pire encore, on voit se profiler une famine qui emportera tout sur son passage. Iona Craig, dans un article publié par IRIN, a récemment écrit :

Un groupe de plus de 120 familles dont le nombre augmente rapidement avec les nouvelles arrivées, se blottit sous les arbres secs de cette vaste zone de broussailles grises. ils ont marché deux jours pour arriver dans ce camp, au sud-ouest de la ville de Taiz, pour échapper à la dernière vague de conflit sur la côte de la mer Rouge du Yémen.

Mais à l’arrivée, les dizaines de femmes et d’enfants n’ont rien trouvé. Aucun soutien des organismes d’aide humanitaire. Pas de nourriture. Pas d’eau. Pas d’abri. Les personnes âgées parlent de manger les arbres pour survivre, tandis que les enfants demandent de l’eau aux agriculteurs locaux. Une mère berce dans ses bras un bébé souffrant clairement de malnutrition.

Maintenant on entend dire que, le 16 mars, quarante-deux Somaliens ont été tués par des frappes aériennes soutenues alors qu’ils montaient dans un bateau pour essayer de fuir le Yémen.

« Je me suis couché au fond du bateau » a déclaré Ibrahim Ali Zeyad, un Somalien qui a survécu à l’attaque. « Les gens tombaient à ma gauche et à ma droite. Tout le monde hurlait : « Nous sommes somaliens ! Nous sommes somaliens ! »

Mais la fusillade a continué pendant au moins une demi-heure à mon avis.

L’attaque contre le Yémen empêche à la fois les Yéménites et les Somaliens en fuite d’échapper à la pire des quatre crises qui se développent actuellement et qui, toutes ensembles, aboutiront à la pire crise humanitaire de l’histoire des Nations Unies selon l’ONU. Depuis la publication de cet article, personne n’a revendiqué cette frappe, mais les survivants disent qu’ils ont été attaqués par un hélicoptère de combat. Le bateau transportait 140 personnes et il se dirigeait vers le nord, au large des côtes du Yémen.

Pendant ce temps, les fabricants d’armes américains, dont General Dynamics, Raytheon et Lockheed Martin, profitent massivement des ventes d’armes à l’Arabie saoudite. En décembre 2017, Medea Benjamin a écrit : « Malgré la nature répressive du régime saoudien, les gouvernements américains ont non seulement soutenu les Saoudiens sur le plan diplomatique, mais aussi au plan militaire. Sous l’administration Obama cela s’est traduit par des ventes massives d’armes, à hauteur de 115 milliards de dollars ».

La situation est critique et tous les États membres de l’ONU doivent exiger la fin du blocus et des attaques aériennes, le silence des armes et le règlement négocié de la guerre au Yémen. Les deux pays les plus nuisibles, les États-Unis et l’Arabie saoudite, doivent abandonner leurs manœuvres cyniques contre des rivaux comme l’Iran, devant l’énorme, l’indicible, coût en vie humaines que cela signifie pour le Yémen.

Les citoyens américains doivent exiger un changement de la politique américaine, responsable de la tragédie mortelle que vivent les peuples qui se trouvent au Yémen.

Choisissant résolument la voie de l’opposition aux politiques américaines sur le Yémen, les citoyens américains doivent exiger des élus qu’ils stoppent toutes les attaques de drones et toutes les « opérations spéciales » de l’armée au Yémen, qu’ils mettent fin à toutes les ventes d’armes américaines et à l’aide militaire à l’Arabie saoudite, et qu’ils indemnisent ceux qui ont subi des pertes causées par les attaques américaines.

Notre groupe de militants a longtemps fonctionné sous le nom de « Voix dans le désert » menant campagne contre la guerre économique contre l’Irak, une guerre via l’imposition de sanctions économiques qui ont directement contribué à la mort de plus de 500 000 enfants. Perdus dans une culture d’irréalité hostile et de silence insupportable concernant la guerre économique, nous avons ingénument essayé d’éveiller les consciences au sort des réfugiés qui tentaient de survivre. Nous n’avons pas réussi à faire lever les brutales sanctions économiques contre l’Irak et nous dû affronter la dure réalité de l’insensibilité et de l’inconséquence des décideurs américains.

Nous devons regarder la réalité en face et affirmer notre solidarité avec la plus grande partie des peuples de ce monde. A une époque où nos frères humains fuient désespérément partout dans le monde, à l’intérieur de leur propre pays, ou au-delà de leurs frontières, nous devons avoir à cœur de nous informer continuellement sur les conséquences que les actions de notre nation américaine ont sur les pauvres du monde. Nous devons faire en sorte d’être assez nombreux pour que nos voix soient entendues lorsqu’elles s’élèvent en faveur des habitants du Yémen.

Kathy KELLY

KATHY KELLY co-coordonne Voices for Creative Nonviolence et a travaillé en étroite collaboration avec les Jeunes Volontaires de la Paix afghans. Elle est l’auteur de Other Lands Have Dreams. On peut la joindre à : Kathy@vcnv.org

Traduction : Aliocha Kazoff

Source : Kathy Kelly, 23-03-2017

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