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Le bluff du Pentagone et de l’OTAN

Publié le par Felli Bernard

Le bluff du Pentagone et de l’OTAN

Le bluff du Pentagone et de l’OTAN

«... Mais il est toujours inévitable de revenir à cette caractéristique infantile du jeu mental : peut-on croire sérieusement que les États-Unis risquent de déclencher une guerre nucléaire qui tuerait au moins 200 millions d'Américains pour le bien de... la Pologne ? Ou de... l'Estonie ? » Pepe Escobar

Par Pepe Escobar – Le 17 juillet 2016 – Source Strategic-Culture

Inutile de tourner autour du pot, pour autant que le Pentagone peut avoir finalement conclu que la Russie détenait une supériorité conventionnelle incontestée sur le théâtre européen, la seule justification possible pour l’existence de l’OTAN est inchangée. Les États-Unis doivent maintenir l’occupation militaire de l’Europe occidentale et centrale jusqu’à la fin des temps. Et la justification du projet doit être l’hystérie anti-russe.

D’où la sempiternelle menace bidon. Le mythe de l’imminente agression russe contre les pauvres pays baltes ; les récurrentes agapes de l’OTAN copiées sur le style soviétique – ou maoïste – des conférences du parti ; l’impression illusoire, vendue par le canard boiteux de l’administration Obama, qu’ils sont bénévolement concernés par la sécurité européenne. Et, bien sûr, le contrepoint russe : le soupçon que l’OTAN est fermement engagée dans la fabrication de déclarations de guerre en série.

Tout ce spectacle pourrait être tourné en dérision comme un jeu mental infantile. Pourtant, il est pris au sérieux. « L’OTAN a commencé les préparatifs pour l’escalade d’une guerre froide en guerre chaude » a condamné Mikhaïl Gorbatchev. Il existe en effet des éléments signalant la gravité de la conjoncture géopolitique actuelle. L’administration Obama ne fera rien, alors même que Ben Rhodes, le conseiller adjoint – désespérément nul – à la Sécurité nationale, déclare que « l’agression permanente par la Russie provoquerait une réponse de l’OTAN et une présence plus grande de l’Alliance en Europe orientale ». Les grands médias occidentaux, quant à eux, surfent évidemment sur les vagues monstrueusement hystériques de la diabolisation de la Russie.

En fait, la véritable action est celle des acteurs du complexe militaro-industriel de surveillance et de sécurité militaire à Washington, qui jouent frénétiquement des coudes pour se placer auprès du prochain locataire du 1600 Pennsylvania Avenue, ce qui pourrait aussi bien se traduire par un clintonesque Crépuscule des Dieux. Comme je l’ai souligné auparavant, un général américain à Londres a carrément admis que le Grand Schéma [Big Picture] peut nous entraîner dans une Guerre chaude contre laquelle, par ailleurs, aussi bien Poutine que le professeur Stephen Cohen et même Gorbatchev ont déjà mis en garde.

Ainsi, la perspective stratégique du Pentagone est claire : nous sommes déjà entrés dans le territoire de Dr Folamour 2.0. Oubliée la force inébranlable des talibans ; oubliées les opérations sophistiquées de contre-insurrection ; oubliés les djihadistes cinglés du genre Daesh. Le vrai jeu devant nous se focalise entièrement sur la possibilité d’une guerre contre des « ennemis haut de gamme » – la Russie et / ou la Chine.

Gardez à l’esprit l’enclave de Suwalki

Dans ce cadre, les mouvements récents de l’OTAN − contrairement à son énorme enfumage nombriliste − sont clairement offensifs, croyant mordicus que le Kremlin baissera les yeux et n’osera jamais utiliser, par exemple, les armes nucléaires tactiques – rien que ça ! – en rétorsion à une frappe des États-Unis, probablement suite à une provocation sous faux drapeau qui serait vendue par Washington au monde entier comme strictement défensive. Après tout, au XXIe siècle, celui qui gagne la guerre du baratin gagne la guerre tout court.

Ainsi, chaque pays membre de l’OTAN sera toujours forcé par Washington de dépenser 2% de son PIB dans cette guerre future putative. Étant donné que ces armes doivent être OTAN-compatibles, il s’ensuit qu’elles doivent être achetées à Washington. Pourtant, alors que ce délicieux racket mafieux continue au profit du complexe militaro-industriel de surveillance de la contre-insurrection militaire – la Russie a totalement remanié et mis à jour son propre complexe militaire, laissant l’OTAN à la traîne, et la Chine pas loin derrière, ce qui se produira avant 2020. La Russie a seulement dévoilé une partie de l’ensemble du lot – en Syrie occidentale, en mer Noire et à Kaliningrad. Pas étonnant que les commandants de l’OTAN du style Breedhate aient commencé à flipper.

Alors que faire ? Eh bien, premièrement : installer des bases permanentes près des frontières de la Russie – avec les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et le Canada, chacun faisant stationner à son tour un bataillon en Pologne, en Estonie, en Lituanie et en Lettonie. Pour mémoire, c’est la première fois dans son histoire que l’OTAN déploiera des troupes si près de la Russie.

Et deuxièmement : installer une plateforme de défense anti-missiles en Roumanie et plus tard en Pologne, en plus de celles déjà existantes en Espagne et en Turquie, au motif incroyablement foireux qu’elles sont destinées à contrer les missiles iraniens. Et tout ça sous le commandement de l’OTAN – ce qui dans la pratique ne veut rien dire, parce que l’OTAN obéit toujours à un général américain, de nos jours Curtis Scaparrotti, le successeur de Breedhate.

Il est juste de faire remarquer que Moscou considère le premier point [le stationnement des troupes en Pologne et dans les pays baltes] comme une blague. Mais le second point [les antimissiles] peut se transformer en une affaire assez grave.

Le Secrétaire général de l’OTAN, le zombie Jens Stoltenberg, insiste sur le fait que « L’OTAN ne menace aucun pays. Nous ne voulons pas une nouvelle guerre froide. Nous ne voulons pas une nouvelle course aux armements. Et nous ne cherchons pas la confrontation ». Eh bien, voilà une sonore rafale de mensonges. Les intrigues de l’OTAN pour provoquer la Russie, et la forcer dans une confrontation, sont au cœur même de la stratégie de guerre froide 2.0.

Pas étonnant que le conseil OTAN-Russie, réuni à Bruxelles après un long hiver, n’ait pas été exactement une promenade de santé. Andreï Klimov, chef adjoint de la commission des Affaires étrangères à la Chambre haute du Parlement russe, a délicieusement brodé, au sujet des bataillons de l’OTAN : « Imaginez que quelqu’un ait mis des bidons d’huile ou d’essence devant votre porte. Que faire ? Pleurer et demander gentiment aux gens de les retirer ? ».

L’OTAN est particulièrement paniquée à propos de Kaliningrad – le QG de la puissante flotte russe dans la mer Baltique. En fait, tout cela concerne le passage de Suwalki ; un tronçon d’environ 100 km le long de la frontière lituano-polonaise entre le Belarus et Kaliningrad. Cette zone est actuellement protégée par un escadron d’artillerie anti-char polonais équipé avec des armes soviétiques archaïques. Ce serait certainement un jeu d’enfant pour Moscou de couper l’accès de l’Europe occidentale aux pays baltes si les faits sur le terrain – et dans les airs – tournaient au vinaigre. Mais pour quoi faire ? Pour gagner quoi ? C’est comme si les commandants de l’OTAN étaient obnubilés précisément par ce scénario.

Des fous

Les provocations insensées du Pentagone et de l’OTAN ont déjà abouti à ce que la Russie renforce ses capacités considérables d’auto-défense. On pouvait s’y attendre, Pékin apporte son soutien. L’ensemble de l’équilibre géopolitique du pouvoir s’est déplacé, lentement mais sûrement, au détriment de Washington, sans aucune raison valable. Pendant des années, le Kremlin a recherché un partenariat profitable de Lisbonne à Vladivostok. Quant à l’UE, comme pour la tour de Babel, les fissures s’élargissent imperturbablement.

Donc, la seule vraie solution militaire – en Europe – serait le remplacement de missiles offensifs par des missiles défensifs, moins dangereux, en Pologne et en Roumanie, car si les choses devaient mal tourner, ces deux pays prennent le risque sérieux de s’autodétruire. Comme je l’ai déjà expliqué avant, la Russie est prête pour la guerre et ses missiles défensifs sont en avance sur ceux des Américains. Fondamentalement, les États-Unis ne peuvent pas pénétrer dans l’espace aérien de la Russie, mais les missiles nucléaires russes peuvent pénétrer l’espace aérien américain. La destruction mutuelle assurée [MAD] ne tient plus.

La Russie, cependant, ne conduira jamais une attaque armée contre l’OTAN – et cela a été énoncé clairement, maintes et maintes fois, par le Kremlin et le ministère des Relations extérieures. Mais là encore, les provocations du Pentagone et de l’OTAN, au bord du territoire russe – en particulier Kaliningrad – pourraient bien se transformer en incident du Golfe du Tonkin, et dans ce cas tous les paris sont ouverts.

Pourquoi cette folie ? C’est simple. Tout remonte au document du Pentagone Joint Vision 2020, alias Full Spectrum Dominance, avec son droit implicite d’intervenir « dans tous les domaines, l’espace, la mer, la terre, le ciel et l’information ». Il renvoie au mythe de l’hégémonie bienveillante des États-Unis, gendarme à tout prix de ce qui est défini comme un ordre international fondé sur des règles – politiques et géo-financières – de toute évidence supervisé par l’hégémon.

Ce dispositif, pas très subtil, implique que la Russie et la Chine, en tant que défi à l’ordre, provoquent le chaos–- et non l’Empire du Chaos lui-même. Appelons cela une version légèrement plus nuancée du Projet pour le nouveau siècle américain PNAC.

Pendant ce temps, dans la vie réelle, le Pentagone a remarqué qu’il est en retard là où ça compte vraiment – et où la Russie est déjà en avance de plusieurs générations : les missiles offensifs et défensifs, et les sous-marins. Les avions et missiles américains sont des cibles relativement faciles contre les missiles de défense russes comme le S-500 qui verrouillent son espace aérien.

Les S-500 ont commencé leur déploiement en 2015. Il faut compter environ cinq ans par génération pour le déploiement en production. Cela signifie que la prochaine génération – nous allons l’appeler, pour les besoins du raisonnement, les S-600 – seront déployés en 2020. Les États-Unis déploient une nouvelle génération tous les dix ans – ce qui voudrait dire que les États-Unis pourraient accuser un retard exorbitant de quatre décennies sur la Russie, qui est deux fois plus rapide dans le développement de missiles que les États-Unis. Le président Poutine a déjà laissé entendre officiellement que sa principale préoccupation au sujet du système de défense antimissile américain était sa substituabilité [basculement de défensif en offensif]. Il craint que les missiles offensifs puissent être utilisés dans les mêmes lanceurs que ceux du nouveau système de défense balistique Aegis – que les Israéliens estiment vraiment inférieurs aux S-300 russes.

Donc, pour couper court, oui : les relations Pentagone / OTAN-Russie ont atteint le point de fusion le plus dangereux de l’histoire moderne. Tous les paris sont ouverts si nous avons une Full Spectrum Dominatrix [Clinton] à Washington en 2017. Il sera pratiquement impossible de maîtriser sa mentalité « Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort » pour un atterrissage en douceur, ce qui signifie que l’engagement de l’Empire du Chaos dans une Troisième Guerre mondiale nucléaire – ou Quatrième si l’on prend en compte la Guerre froide – reste une possibilité désastreuse.

Le président chinois Xi Jinping a reçu Poutine à Beijing au lendemain du Brexit. La Russie et la Chine sont de plus en plus attirées l’une vers l’autre, dans la mesure où toutes deux craignent sérieusement le vide géopolitique installé en Occident. Le seul interlocuteur sérieux, pour les deux, est l’Allemagne – qui se trouve être la terre promise, et l’une des principales destinations finales des Nouvelles routes de la soie, alias Une Ceinture, une Route (OBOR). Imaginez un alignement parfait, dans un avenir pas trop lointain, de Pékin, Moscou et Berlin. Il se trouve que c’est aussi, historiquement, l’ultime cauchemar anglo-américain.

Le complexe militaro-industriel de surveillance anti-insurrectionnel est absolument terrifié par les scénarios de jeux de guerre russes – et chinois : des sous-marins capables de bloquer le trafic trans-océanique de l’Asie vers les États-Unis. Des composants majeurs nécessaires aux armes US sont fabriqués en Asie. Dans le cas où ces sous-marins peuvent bloquer les mers, le puissant complexe militaro-industriel de surveillance anti-insurrectionnel s’effondrerait, tout simplement.

Le Pentagone est, comme prévu, hystérique. Cela signifie que ces industries doivent être rapatriées aux États-Unis. Pour cela, le dollar américain doit descendre à un niveau cohérent avec la logique économique pour rapatrier ces industries. Et cela pousse certains acteurs puissants à New York vers l’idée que Donald Trump est soutenu par certaines forces profondes occultes à cet effet – et dans ce seul but. Les discours de Trump, malgré leurs divagations, gardent une logique : ils soulignent toujours qu’il va reconstruire l’armée américaine, et il ramènera les industries américaines à la maison.

Pendant ce temps, le Pentagone, l’OTAN et l’UE attisent sans vergogne la confrontation avec la Russie, qui est maintenant devenue une composante officielle de leur politique étrangère, au moins pour un avenir prévisible sans Trump.

Mais, il est toujours inévitable de revenir à cette caractéristique infantile du jeu mental : peut-on croire sérieusement que les États-Unis risquent de déclencher une guerre nucléaire, qui tuerait au moins 200 millions d’Américains, pour le bien de… la Pologne ? Ou de… l’Estonie ?

Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007), Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009), Empire of Chaos (Nimble Books) et le petit dernier, 2030, traduit en français.

Traduit et édité par jj, relu par nadine pour le Saker Francophone

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Le bluff du Pentagone et de l’OTAN

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Coup d’État en Turquie

Publié le par Felli Bernard

Par Dmitry Orlov
Par Dmitry Orlov

Coup d’État en Turquie

Par Dmitry Orlov – Le 19 juillet 2016 – Source Club Orlov

Beaucoup de mots ont déjà été dits au cours de ces derniers jours au sujet du coup d’État turc qui ne pouvait pas aboutir, mais assez étrangement certaines choses assez évidentes sont passées sous silence, donc je vais essayer de combler ces quelques lacunes. Plus précisément, beaucoup de choses qui ont été dites sont à ranger dans les gammes de faible d’esprit tout à fait absurdes. Si c’est de la propagande, elle sonne très mal, une bien faible propagande. Pourtant, il ne manque pas de gens pour répéter sans cesse ces éléments de discussion, que ce soit parce qu’ils sont payés pour ou parce qu’ils n’en savent pas plus. Ce sont ces points que je vais aborder.



Théorie idiote # 1 : Erdoǧan a organisé son propre coup afin de consolider son pou
voir.

Avant le putsch, Erdoǧan était parti en vacances, ce qui est traditionnellement le meilleur moment pour renverser un leader. Par exemple, le mandat de Gorbatchev comme président de l’URSS s’est terminé par un putsch en août 1991, alors qu’il était en vacances. Les gens qui sont occupé à mettre en scène un putsch pour consolider leur pouvoir ne partent pas en vacances ; ils sont trop occupés à comploter et à l’orchestrer.

Erdoǧan a tenté de rentrer en Turquie, pour constater qu’il ne pouvait pas atterrir à l’aéroport Atatürk d’Istanbul, puis s’est trouvé pourchassé par des F-16s hostiles. Il aurait ensuite volé vers l’Europe et demandé l’asile politique en Allemagne, ce qui lui a été refusé (bye-bye, Allemagne ! ). À un certain moment, il lui est apparu qu’une grande partie de l’armée et la quasi-totalité des personnes en Turquie étaient de son côté, et il leur a demandé de descendre dans la rue pour la défense du gouvernement légitime. Il l’a fait en utilisant une technique improvisée de communication publique qui était presque une parodie de lui-même : son visage sur un téléphone cellulaire tenu en face d’une caméra de télévision. Ce qui a suivi n’était pas une timide démonstration pacifique en faveur du statu quo, mais une caricature d’action politique, avec des civils devant des chars et prêts à se faire écraser, suivis par d’autres civils sautant sur des chars et sautant à la gorge des pilotes. Le putsch est parti en vrille.

Tout cela n’est pas très compliqué à comprendre. Il est parti en vacances ; il a essayé de fuir ; il a prié son peuple de l’aider depuis un téléphone cellulaire. Il a fini par ressembler à un leader faible et confus dans une région où les dirigeants sont soit forts soit disparaissent rapidement. Pensez-vous toujours qu’il avait planifié tout cela ? Pas moi.

Théorie idiote # 2 : Erdoǧan est totalement imprévisible et fou.

Non, le pauvre garçon vient seulement de faire beaucoup d’erreurs. Le monde moderne est très complexe et ce n’est qu’un homme politique national, pas un génie géopolitique extraordinaire. Il a essayé de travailler avec l’UE. Puis, quand le Brexit est arrivé, il a réalisé que l’UE est maintenant une union mort-vivante. Il a essayé de travailler avec l’OTAN ; puis il s’est rendu compte que l’OTAN est un pacte mortel qui essaie de provoquer une guerre suicidaire avec la Russie, dont la Turquie serait le perdant inévitable. Voici une autre théorie très simple : peut-être qu’il faisait seulement de son mieux, mais qu’il n’a pas été très bon.

Il y a beaucoup plus de preuves de cela. Erdoǧan a mal joué de toutes ses cartes :

• Il n’a pas résisté à la manière dont les États-Unis et d’autres ont soutenu ISIS et al-Qaïda en Syrie – alias Al Nusra – permettant à la Turquie de servir de conduit pour le pétrole syrien et irakien volé − qu’ISIS exporte vers Israël et ailleurs − et en permettant aux armes et aux djihadistes de circuler dans l’autre sens. Il a également permis à son propre fils de tirer profit de cette affaire louche. Enrichir votre ennemi est généralement un mauvais plan.

• Il n’a pas empêché ceux qui ont organisé la crise européenne des réfugiés (George Soros et Cie) − après plusieurs attaques terroristes horribles − de faire s’infiltrer des milliers de terroristes en Turquie, tout comme ils l’ont fait dans l’Union européenne. Il a essayé de gagner les faveurs de l’Union européenne (avec l’idée de se joindre à elle) tout en contribuant à l’affaiblir en l’inondant avec les terroristes et déstabiliser son propre pays dans le même processus a également été un mauvais plan.

• Il a aussi répondu de la mauvaise manière à l’avion russe descendu par l’OTAN sans provocation au dessus de la Syrie, qui a abouti à des sanctions russes douloureuses contre les exportations agricoles turques, les entreprises de construction et l’industrie touristique. Puis il s’est rendu compte qu’il avait fait une grave erreur, a fait une volte-face soudaine et a présenté ses excuses à la Russie. Mais entretemps, il avait gaspillé une grande partie de la bonne volonté du peuple russe durement gagnée. (La Russie et la Turquie se sont combattus lors de nombreuses guerres, et les Russes, comme les éléphants, n’oublient jamais.) Pourrir les relations avec un pays voisin, dont votre pays dépend pour sauvegarder les emplois de votre population et garder les lumières allumées, est un très mauvais plan en effet.

Tout cela a également contribué à le rendre très, très faible.

D’un autre côté, les Turcs sont un peuple fort. Leur armée, au moins la partie de celle-ci qui à fait le coup, est… une armée de l’OTAN, bonne à enlever son uniforme en public et fuir (voir photo), mais le peuple turc peut apparemment gérer la situation lui-même. Il ne voulait clairement pas finir par vivre sous une dictature militaire pro-occidentale, comme l’Égypte. Avez-vous remarqué combien il y a peu de nouvelles en provenance de l’Égypte, en dépit de toutes les terribles violations des droits de l’homme qui s’y déroulent ? C’est parce que l’Égypte est passée sous contrôle occidental depuis que les Frères musulmans [aussi manipulés par l’Occident, NdT] démocratiquement élus ont été renversés par les militaires. Cela n’a aucune importance en Occident que l’Égypte ne soit plus une démocratie, ou que les droits de l’homme y aient à peu près disparu.

Mais cela ne semble pas avoir beaucoup d’importance aux yeux des Turcs ! La seule partie qui était difficile de prédire est combien de temps il faudrait à Erdoǧan pour comprendre réellement ce qui se passait et commencer à répondre de manière adéquate aux exigences de la situation.

Théorie idiote # 3 : Erdoǧan est un nouvel Hitler

Tout d’abord, voir ci-dessus ; Erdoǧan est faible. (Hitler était-il faible ? ) Mais, en dépit d’être faible, et en dépit de faire beaucoup d’erreurs tactiques, il est un leader populaire poursuivant une stratégie globale correcte. Il vient de tourner le pays dans la direction dans laquelle le vent souffle sur une grande partie du monde de toute façon, loin de la démocratie libérale occidentale et ses mises en scène qui ont échoué, vers les mouvements conservateurs populistes teintés d’autoritarisme renaissant à la Frères musulmans, ou Russie unie [parti politique russe, NdT], ou le Front national en France [Euh… le FN est plutôt en voie de normalisation démocratique, NdT], ou Donald Trump aux États-Unis, ou l’un de ces autres mouvements populaires qui sont prêts à être mis au pouvoir par le vote dans de nombreuses régions du monde au cours des années à venir [en Autriche ? NdT]. Ce dont la Turquie a besoin pour combattre la combinaison du soutien mutuel des extrémistes musulmans et des corporations globalistes, c’est d’un leader fort, pas d’un leader plus faible.

Deuxièmement, lorsque diverses voix à la langue fourchue à l’Ouest commencent à appeler quelqu’un Hitler, le changement de régime n’est pas loin ! Mais leur machinerie de changement de régime semble avoir cessé de fonctionner depuis un certain temps. Ils ont essayé sur Poutine ; ça a fait long feu. Ils ont essayé en Ukraine ; c’est la dernière fois que cela a bien marché. Ils essayent sur Assad depuis cinq ans ; il est toujours là. Maintenant, ils vont essayer sur le pauvre Erdoǧan barricadé derrière ses murs ? Espérons que cela ne fonctionne pas sur lui non plus. Les États-Unis et l’OTAN sont responsables d’une longue série de destruction de pays, les uns après les autres, l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, l’Ukraine, la Syrie, le Yémen, mais il y a espoir que cette vague de destruction soit enfin terminée. Espérons qu’ils ne parviennent pas à transformer la Turquie en un État défaillant de plus.

Troisièmement, la raison indiquée pour traiter Erdoǧan de ces noms d’oiseaux est qu’il est antidémocratique. Ici, quelques observations sont à faire. Le manque de démocratie n’est un problème que dans la mesure où l’Occident s’en préoccupe : regardez l’Égypte. Si les gens insistent pour élire quelqu’un que l’Occident n’aime pas, oubliez la démocratie ! Vivez sous une dictature militaire jusqu’à ce que vous ayez appris votre leçon ! Alors, avez-vous remarqué à quel point le style occidental de démocratie représentative tend à mal fonctionner dans les anciennes sociétés tribales du Moyen-Orient ? Eh bien, il se trouve que la démocratie ne fonctionne pas dans ces sociétés, et que l’autoritarisme populaire est une bien meilleure façon de gouverner, à moins que ce que vous vouliez produire soit un État défaillant et une crise de réfugiés.

Erdoǧan n’est pas Hitler. Il peut ne pas sembler être le leader national le plus fabuleux de l’histoire, mais si vous regardez autour, en fait il n’a pas l’air si mal en comparaison [de l’Arabie Saoudite ?? NdT]. Regardez les États-Unis, dont le Président noir a conduit les Noirs à commencer à assassiner des policiers. Ou regardez la Grèce, qui a passé du berceau de la démocratie à son lieu de décès à l’issue d’un référendum suivi par une capitulation immédiate. Ou la France, avec son François Hollande « il faut s’habituer au terrorisme » qui paie des milliers d’euros par semaine uniquement pour garder ses boules bien rasées. Ou Brexitania, qui vire son premier ministre Fook-A-Pig seulement pour le remplacer par une copie déterrée de Margaret Thatcher. Et puis il y a l’Ukraine, avec son président alcoolique Porky, et ses manœuvres parlementaires en dessous de la ceinture et un porte-parole qui a besoin d’un orthophoniste… Non, Erdoǧan ne semble pas si mal, en fait. Soyez heureux, Turcs, vous vous êtes trouvé un winner !

* * *

Depuis sa fondation en tant qu’État-nation moderne sur les ruines de l’Empire ottoman, la Turquie est restée à la croisée des chemins entre l’est et l’ouest. Au cours des dernières décennies, alors que le projet européen montrait certaines promesses, la Turquie s’est tournée plutôt vers l’ouest ; maintenant que le projet européen est en ruine, il est temps pour elle de faire face à l’est à nouveau. L’idée de l’intégration de la Turquie dans l’UE est déjà morte. Maintenant, ce que la Turquie a besoin de faire, c’est de sortir de ce ridicule pacte suicidaire qu’est l’OTAN et faire de nouveaux arrangements de sécurité dans un contexte eurasien plus large. John Kerry a récemment dit quelque chose à propos de virer la Turquie à coup de pompe hors de l’OTAN pour être anti-démocratique, qui ressemble beaucoup à un « Vous ne pouvez pas me virer, je démissionne ! ».

Ensuite, la Turquie doit faire face au méchant contingent diversement connu sous le nom de wahhabites, salafistes, takfiristes et djihadistes. (Si vous ne savez pas qui ils sont, vous pouvez les appeler extrémistes musulmans, mais ne les appelez pas juste des musulmans ou vous passerez pour des ignorants.) Et puis bien sûr il y a les multinationales qui sont toujours à la recherche d’occasions pour démembrer un pays par privatisation et le dépecer morceau par morceau, et qui doivent être tenues à distance jusqu’à ce que leur système financier mondial explose enfin. Extrémistes musulmans + multinationales sont une méchante combinaison, et ce ne sera pas une tâche facile. Je souhaite aux Turcs d’être à la hauteur.

Dmitry Orlov

Note du Saker Francophone

Ce qu'il est difficile de décrypter dans l'attitude de ce genre de personnages à tendances autocrates, ce sont les mélanges de genre en fonction des circonstances, violence en cas de remise en cause, copinage avec le diable sans trop d'état d'âme car lui connait les dessous de la géopolitique mondiale et n'est absolument pas dupe de la bien-pensance, projection néo-ottomane dans le cas turc qui est sans doute un désir inconscient du peuple turc, peur justifiée de guerre hybride, désir d'enrichissement des copains... Le mélange est toujours dangereux et les coups de barre intempestifs ou les changements de cap comme ces jours-ci ne sont que la résultantes de ces forces.

Si Dmitry Orlov, sans doute ravi de la tournure des évènements qui vont soulager le front sud de la Russie, peint un portrait presque sympathique d'Erdogan, il oublie aussi que sa politique a conduit à des massacres de populations en Syrie. 

Mais sinon l'article est comme toujours excellent. Le point critique relevé par Dmitry, c'est que la Turquie, pressée par les évènements, vient probablement d'opérer son pivot vers l'Asie (Ah Ah !!) et que cette purge va probablement empêcher tout retour en arrière, faute de relais occidentaux au sens de l’appareil d'État. Si c'est le cas et que la Turquie sort de l'OTAN après la sortie de l'Angleterre de l'UE, cela serait sans doute le début de la fin pour les globalistes au moment même ou leurs plans de monnaie mondiale commençaient à prendre sérieusement forme. 

Wall Street a d'ailleurs déjà commencé à mettre la pression sur Ankara.

Liens

Que se passe t-il en Turquie ?

« Il semblerait que cet abandon de l’assassinat du Président et de la couverture aérienne qui étaient vitales pour le putsch soient la conséquence d’une menace d’intervention russe immédiate contre les aéronefs turcs à l’aide des batteries de missiles S-400 sur l’aéroport militaire syrien de Hmaymime (à proximité de Lattaquié), et qui ne sont qu’à 12 secondes de l’espace aérien turc. »

Traduit par Hervé pour le Saker Francophone

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Glissements géopolitiques

Publié le par Felli Bernard

© AP Photo / Virginia Mayo
© AP Photo / Virginia Mayo

Glissements géopolitiques

Les implications à venir de l’éloignement des plaques tectoniques géopolitiques de l’Europe et des États-Unis

Le 13 juillet 2016 – Source sputniknews

Commentant ce qu’il voit comme une nouvelle tentative des décideurs américains d’utiliser l’Europe comme bélier contre la Russie, un blogueur russe, analyste géopolitique prodigieux, s’interroge sur les implications des efforts titanesques déployés par la Russie et la Chine pour détacher le continent européen de l’étreinte de Washin
gton.

Dans son analyse, publiée par la plate-forme d’analyse PolitRussia, le blogueur et journaliste indépendant, sous le pseudo crimsonalter, suggère que lorsqu’il s’agit de déterminer la stratégie de la Russie envers l’Europe, « cela devient simple et clair pour quiconque a étudié l’histoire du 20ème siècle. »

« Aujourd’hui, nous assistons à une troisième tentative [en cent ans] pour utiliser l’Europe continentale comme bélier contre la Russie, Washington espère utiliser la même astuce simple » note le blogueur. À la base, la stratégie appelle les Européens et les Russes à en découdre, politiquement et économiquement, et peut-être même militairement, avec les États-Unis intervenant au dernier moment pour ramasser les morceaux, ainsi que les dépouilles de la victoire.

« Heureusement, ajoute le blogueur, le Kremlin trouve un tel scénario inacceptable … Les résultats du travail consistant de Moscou auprès des forces indépendantes d’esprit au sein de l’élite européenne, qui sont elles-mêmes insatisfaites de la perspective de devenir un simple bélier contre la Russie, se manifestent plus qu’ailleurs dans le domaine probablement le plus important, l’économie. »

Il est important de souligner que le principal conflit géopolitique dans le monde d’aujourd’hui n’est pas la Syrie, et certainement pas l’Ukraine, mais le conflit autour du Traité pour le commerce et les investissements du partenariat transatlantique – le TTIP − que les États-Unis tentent de forcer en Union européenne. Cet accord comprend des milliers d’articles, décrivant la coopération économique, technique et même juridique entre les États-Unis et
l’
U
E.

De plus, alors que le TTIP a été présenté au public comme une « version plus forte » d’un simple accord commercial ordinaire, le blogueur remarque : « son caractère majeur est l’élimination totale de la souveraineté européenne. Sous prétexte de protéger les intérêts des investisseurs institutionnels américains, il est proposé que des tribunaux d’arbitrage privés puissent bloquer les lois adoptées par le Parlement européen, dans le cas où elles menaceraient les intérêts des entreprises américaines. »

En fait, si elle devait signer le TTIP dans sa forme actuelle, l’UE deviendrait une colonie des États-Unis, avec moins de droits que Porto Rico. Il est évident que Washington va utiliser toutes les méthodes d’influence à sa disposition pour signer l’accord le plus tôt possible.

« Mais ici, fait remarquer le blogueur, ceux qui pensent que l’Europe est déjà une colonie faiblement consentante des États-Unis, ont été frappés par un fait qui a brisé leurs attentes à priori : l’UE, par le truchement de l’Allemagne et de la France, a réussi à échapper à la signature de l’accord. Entre-temps, toutes les tentatives de l’introduire en douce à travers le Parlement européen n’ont également abouti à rien, comme toutes les négociations directes entre Washington et Bruxelles. »

Depuis deux ans, toutes sortes d’experts et de leaders d’opinion, convaincus de l’omnipotence des États-Unis, ont déclaré que le TTIP était une fatalité, et que si Obama exige qu’il soit signé, il sera signé, l’Europe n’ayant pas d’échappatoire. Ceux qui espéraient que l’élite européenne pourrait afficher son indépendance ont été déconsidérés comme vivant dans une chimère.

Cependant, les événements ont prouvé le contraire. Non seulement le TTIP n’a pas été signé, mais il exhale son dernier souffle, Washington reconnaissant déjà publiquement que l’accord doit être signé avant la fin du mandat du président Obama, ou sinon il court le risque d’être reporté indéfiniment.

Les chances de Washington pour conclure l’affaire ont commencé à faiblir après que le Parlement européen a adopté une série d’exigences, y compris l’élimination des tribunaux supranationaux, ainsi que l’exigence de voir les sociétés américaines subordonnées aux lois européennes.

Le blogueur a rappelé que : récemment, les esprit indépendants de l’élite européenne ont décidé de frapper un autre coup contre les ambitions américaines : le Premier ministre français Manuel Valls a dit que l’accord sur le TTIP demeurerait impossible s’il ne prenait pas en compte les intérêts européens.

« Aucun accord de libre-échange ne devrait être conclu s’il ne respecte pas les intérêts de l’UE. L’Europe doit être ferme. La France sera vigilante à ce sujet », a déclaré Valls. « Je peux vous le dire franchement, il ne peut pas y avoir d’accord de traité transatlantique. Cet accord n’est pas sur la bonne voie », a-t-il ajouté.

Pour sa part, le blogueur remarque : Les médias américains ont noté avec tristesse que la sortie du Royaume-Uni de l’UE saperait encore plus toute chance d’obtenir l’accord, puisque Londres a été l’un des principaux partisans du TTIP au sein du bloc.

Dans cette optique, le blogueur a ajouté, « Il est significatif que la chancelière allemande Angela Merkel ait décidé de revenir à l’idée d’un espace économique commun s’étirant de Lisbonne à Vladivostok. Quel que soit le scepticisme des commentateurs russes, ce geste doit être pris très au sérieux, même si ce n’est qu’une étape … destinée à accoutumer progressivement la société européenne − et même une partie de l’élite − à ce qui peut sembler maintenant comme le plus improbable des scénarios futurs. »

Plusieurs autres événements, y compris les résolutions des législateurs italiens en faveur de la reconnaissance de la Crimée dans le cadre de la Russie, la critique formulée par le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier contre les exercices de l’OTAN sur les frontières de la Russie, et la visite du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker au Forum économique international de St. Petersbourg − malgré les protestations du Département d’État américain − devraient être considérées dans la même optique, selon l’analyste.

C’est dans ce même contexte que le travail conjoint des présidents de la Russie et de la Chine devrait être jugé. Ils tentent d’offrir aux Européens − et pas seulement à eux − une autre vision de l’avenir, sans subordination aux États-Unis. La tentative d’arracher l’Europe aux griffes des États-Unis, ou plus précisément d’aider les esprits indépendants de son élite économique à le faire, est un projet russo-chinois commun, de la même importance à Moscou qu’à Pékin.

En fin de compte, le blogueur écrit : Il ne faut pas oublier que le principal projet géopolitique de la Chine − la ceinture économique des Routes de la soie − sera totalement dénué de sens si l’Europe n’y participe pas, ou si les règles du jeu sur le continent européen sont décidées à Washington. Dans le même temps, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi la Russie est aussi nécessaire dans cet arrangement. D’une part, Moscou peut agir en tant que garant de la sécurité sur le continent européen. De l’autre, il peut servir en tant que gestionnaire du « pont logistique » entre l’Europe et la Chine, lequel ne peut pas être bloqué par un groupe aéronaval [US].

Si le projet de détacher l’Europe de l’étreinte de Washington est réussi, toutes les futures tentatives américaines pour maintenir son hégémonie mondiale seront isolées du plus grand continent du monde. « Pour le bien de la réalisation de ce scénario, il vaut la peine de faire un effort » conclut le blogueur.

Traduit et édité par jj, relu par Catherine pour le Saker Francophone

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Brexit : vraie ou fausse bonne nouvelle ?

Publié le par Felli Bernard

Brexit : vraie ou fausse bonne nouvelle ?

Brexit : vraie ou fausse bonne nouvelle ?

Par Valérie Bugault − le 17 juillet 2016

Cet article est la version écrite, détaillée et étayée, d’une interview de l’auteure publiée initialement par le site Médias-Presse-Info et repris par le Saker francophone.

Suite au vote anglais pour sortir des institutions européennes (Brexit), l’essentiel du discours ambiant consiste à affirmer que le peuple aurait gagné une grande victoire démocratique sur la finance internationale. L’emblématique allocution de Nigel Farage en est l’exemple le plus parfait. Or, il se trouve que Nigel Farage, charismatique et déjà ancien leader du parti britannique UKIP, est lui-même une émanation de la City 1. Un émissaire de la City prétend donc que le peuple a gagné une grande victoire sur la finance internationale ; il y a de quoi, pour le moins, sourire…

Une autre facette de la narrative politico-médiatique est l’effet boule-de-neige attendu de cette première sortie par un pays des institutions européennes 2. Le Brexit sonnerait donc le départ de la reconquête de la liberté pour tous les pays de l’Union européenne, dont la perte d’indépendance serait exclusivement imputable aux actuelles institutions européennes. Cet effet boule-de-neige serait le plus grand danger pour l’oligarchie à la tête de l’Union européenne et le début d’une grande victoire générale des peuples européens sur leurs élites. Un large consensus politico-médiatique invite ainsi une large partie des opinions publiques à considérer que l’oligarchie était et est encore irrémédiablement hostile à une sortie de l’Angleterre des institutions européennes.

Une telle présentation des choses est erronée à plus d’un titre.

D’une part car elle part du postulat que l’oligarchie occidentale est intégralement fusionnée dans un parti-pris américain, ce qui est tout à fait faux. Seuls les Américains − John Kerry lui-même est intervenu auprès des élites européennes suite à l’inquiétant Brexit − et la faction pro-américaine de l’oligarchie occidentale ont réellement quelque chose à perdre de la dislocation des actuelles institutions européennes. Il ne faut pas sous-estimer la frange des élites qui doit son ascension sociale, politique et/ou économique au développement de l’empire américain ; cette faction de l’oligarchie est composée d’individus qui ont misé l’intégralité de leur destin sur la suprématie américaine. Il est évident que cette partie de la population, auto-proclamée élite politique, dont les éléments sont encore – pour une large partie – au pouvoir sur le continent européen (pour la plupart sélectionnés par les Young leaders), ne voit pas d’un bon œil l’affranchissement de la Grande-Bretagne des institutions européennes ; avec au surplus un risque de contagion à d’autres pays. Les partisans de la domination planétaire américaine ne peuvent de toute évidence pas se réjouir de la disparition de cette domination. Toutefois, s’il ne faut pas sous-estimer cette catégorie d’élites qui a encore beaucoup de leviers du pouvoir politique en Occident, il ne faut pas non plus surévaluer le contrôle de la situation mondiale par cette partie de l’élite. La faction pro-américaine, bien qu’incessamment mise sur le devant de la scène, ne fait, très vraisemblablement, pas partie du petit cercle des véritables élites bancaires internationales qui ont le contrôle effectif du pouvoir monétaire mondial. Ce petit cercle de décideurs, composé d’individus dont les avoirs sont localisés nulle part et partout, n’a pas réellement de patrie ; il agit, par le biais des banques et des institutions monétaires internationales, en tout point de la planète comme s’il était chez lui.

D’autre part parce que la prochaine dislocation des institutions européennes, annoncée comme imminente par les médiats dominants est, dans les faits, loin d’être certaine et surtout loin d’être immédiate ; elle suppose un renouvellement intégral du personnel politique des pays (jusqu’alors très pro-américain, et soigneusement sélectionné comme tel) soumis à la domination des instances technocratiques unionesques.

Il convient en outre de faire la juste part des choses dans le double discours de certaines élites qui abondent dans un sens et agissent dans un autre ; ce qui a très précisément fait le succès des élites bancaires depuis qu’elles ont entrepris de conquérir le pouvoir 3. Il est loisible de soupçonner Peter Sutherland 4, mais aussi Christine Lagarde du FMI 5 de ce type de discours à double entrées. S’agissant de Peter Sutherland, il est également loisible d’estimer qu’en fervent partisan de l’empire américain, ce dernier est réellement inquiet pour son avenir – chacun se fera sa propre opinion sur l’honnêteté du discours de cet individu.

D’autres membres de l’oligarchie financière, tellement sûrs d’eux-mêmes et confiants en l’étendue de leur pouvoir, ont clairement affirmé ce que nous suggérons également dans le présent article : à savoir que le Brexit pourrait, au contraire, renforcer l’Union européenne 6 ; de tels individus allant même jusqu’à édicter des conditions pour le renforcement de ladite union.

Les élites bancaires et financières mondiales, qui se sont appuyées pour un temps (assez long) sur la frange des partisans de la domination américaine, n’ont et n’auront jamais aucun scrupule à abandonner leurs affidés partisans de la domination américaine afin d’avancer plus sûrement vers leur objectif de monnaie internationale et de gouvernement mondial. Il faut en effet, pour s’en convaincre, conserver à l’esprit le sort qui fut réservé à l’empire anglais, lequel fut littéralement absorbé par l’empire américain. Les élites bancaires qui ont pris le pouvoir en occident n’ont jamais hésité à opérer une quelconque trahison – revirement tactique – afin de poursuivre leur stratégie de long terme.

Le contexte politico-médiatique désormais éclairci, il convient d’analyser concrètement la réalité institutionnelle, à la fois en Grande-Bretagne et dans les autres pays de l’Union européenne, après le retrait anglais.

Nous analyserons successivement le cas anglais et celui des autres pays membres de l’Union européenne.

La Grande-Bretagne n’était, quoiqu’il en soit, pas concernée par les principaux méfaits des institutions européennes puisqu’elle bénéficiait d’un nombre considérable de dérogations aux traités ; elle était par exemple à la fois hors de la convention de Schengen et hors de la zone euro. D’une certaine façon, elle appartenait plus formellement que réellement à la réalité civile issue des traités européens successifs.

S’agissant des accointances de l’État anglais avec l’OTAN, il est à peine nécessaire de préciser que la sortie de ce pays de l’Union européenne ne changera absolument rien à la quasi fusion Angleterre-USA du point de vue tant militaire 7, que paramilitaire s’agissant des armées secrètes de l’OTAN décrites par Daniele Ganser – précisons au passage que ce phénomène du Gladio existe en France dans les mêmes proportions qu’il existe en Angleterre –, ni même du point de vue de l’alliance de renseignements dite des cinq yeux 8.

S’agissant du domaine financier, si le Brexit a quelque peu endommagé, dans un premier temps (très court au demeurant), les finances – bourse et livre sterling – britanniques, celles-ci ont tôt fait de reprendre du poil de la bête. Les bienheureux propriétaires de la City pourront d’ailleurs, en guise de récompense de leurs efforts, bientôt compter sur leur nouveau statut de refuge off-shore des actifs financiers chinois.

La seule réelle conséquence financière quelque peu durable du Brexit consiste en une baisse des prix de l’immobilier britannique. Ce qui, étant donné le niveau atteint par lesdits prix (bulle spéculative), est sans aucun doute, objectivement, une bonne nouvelle pour les Britanniques dans leur ensemble 9 – à l’exception notable des récents acquéreurs de biens immobiliers coûteux… mais ce sont les risques du jeu.

Les grandes fortunes présentes à la City – composées d’actifs financiers réfugiés dans les paradis fiscaux sous domination anglo-saxonne et de biens, matériels ou immatériels, répartis partout sur la planète – ne seront pas réellement frappées par une baisse durable de l’immobilier britannique.

Ainsi, il résulte d’une analyse précise des faits que la sortie de la Grande-Bretagne des institutions européennes ne change, concrètement, pas grand-chose à la situation géopolitique de ce pays et, surtout, ne change strictement rien à la situation financière et géopolitique des détenteurs d’actifs présents à la City. Tout au plus le Brexit rendra la vie plus difficile aux étudiants bénéficiant du programme Erasmus. Rien de bien méchant pour les détenteurs de grands capitaux prospérant à la City et à Wall Street.

Pour comprendre l’UE, il faut faire un peu d’histoire et se rappeler qu’elle fut d’abord allemande avant d’être américaine (ce qu’elle est encore aujourd’hui). Nous ne reviendrons pas sur la longue – centenaire – histoire des institutions européennes, cette dernière ayant déjà été abondamment documentée par l’historienne Annie-Lacroix-Riz 10, le sociologue Pierre Hillard 11, ou encore le politicien François Asselineau 12.

Peu importe donc la domination opérée par et sur la superstructure européenne, la seule domination qui compte réellement est la domination capitalistique, laquelle s’appuie un jour sur un pays, le lendemain sur un autre et le surlendemain sur un troisième (la nouvelle domination pourrait, si on en croit certains indicateurs matériels, être la Chine ; nous ne pouvons néanmoins pas encore être, à ce stade, certains de la validité d’une telle interprétation des choses). D’une façon générale, le soutien d’un État dominant n’est utile à l’oligarchie financière que tant que celle-ci a besoin d’adosser sa domination (des masses populaires) sur des armées d’hommes.

Par ailleurs, il faut avoir à l’esprit que les institutions de l’UE sont, en quelque sorte et pour la première fois dans l’Histoire, la mise en forme institutionnelle du principe de libre-échange. Dans ce contexte, la signature des traités de libre-échange qui finaliseront l’avènement du grand marché transatlantique est le continuum logique de ces institutions. Or, aux dernières nouvelles, il n’est pas réellement question pour les instances germano-européennes de renoncer à ces grandes avancées mondialistes ; la signature de ces traités est, et reste, une priorité institutionnelle de l’Union européenne 13.

Il résulte de cette analyse que le Brexit, qui signe probablement le début de la fin de l’Union européenne sous domination américaine, ne signifie pas en revanche la fin de l’intégration européenne et le cortège de désintégration des États-nations qu’elle suppose. Plus vraisemblablement, la domination américaine sur les instances européennes va s’atténuer – voire même disparaître – sans que la domination financière du grand capital qui est derrière ne soit atteinte. Nous pourrions en effet assister à une réorientation, encore plus financière, des instances européennes au détriment de la domination géopolitique des USA. Ce phénomène est d’autant plus probable que les élites dirigeantes des pays européens sont, pour la grande majorité d’entre elles, dominées par les élites oligarchiques locales (lire à cet égard les différents ouvrages d’Annie Lacroix-Riz), lesquelles ont la mainmise sur leur banque centrale respective et sont donc, a minima, en relation étroite avec l’oligarchie financière mondiale (que l’on retrouve à la City).

La chute du dollar en tant que monnaie internationale, comme d’ailleurs la chute des différents États occidentaux – anciens empires – par le biais des monnaies, des dettes et du libre-échange, a été savamment organisée par les tireurs de ficelles au niveau mondial. Dans ce contexte, les acteurs financiers dominants n’ont aucun intérêt à conserver l’Union européenne en tant que colonie de l’empire américain dont elles ont par ailleurs décidé le sabordement. En conséquence, les institutions unionesques sont amenées à évoluer. Et, justement, le Brexit pourrait bien sonner le gong d’un nouveau départ européen vers d’avantage d’intégration.

Concrètement en effet, l’un des premiers effets – quasi immédiat – du Brexit a été la publication d’une planification franco-allemande vers de nouvelles institutions européennes encore plus intégrées 14. La souveraineté de la France et des autres pays agglomérés sera ainsi définitivement reléguée aux oubliettes de l’histoire juridico-géopolitique. Notons au passage que la France, ou ce qu’il en reste, a encore quelques belles cartes stratégiques à perdre dans cette ultime bataille pour sa survie : son siège au Conseil de sécurité de l’OTAN, sa dissuasion nucléaire etc.

Ce qui in fine restera des institutions européennes telles que nous les connaissons actuellement est leur valeur expérimentale pour l’oligarchie financière ; sur la durée, ces institutions pourraient ne représenter rien d’autre qu’une expérience institutionnelle faite à un moment donné.

Comme toujours, pour avoir une vue d’ensemble – sur la durée – des processus de modifications juridiques en cours au niveau international, il apparaît utile de faire un bref tour d’horizon – nécessairement incomplet – sous forme de rappel historique des principales avancées institutionnelles en matière monétaire, financière et économique au cours des derniers siècles ; lesquelles avancées ont subi une considérable accélération à compter de la seconde moitié du XXe siècle :

  • Création en Europe du concept de banque centrale (1609, 1694, 1800) présentée comme publique – appartenant à l’État – tandis que leurs capitaux sont dans des mains privées ;
  • Création de la Fed (1913), système fédéral de banque centrale aux USA ;
  • Création de la BRI (1930), pour la première fois une banque accède au même statut juridico-politique qu’un État avec en plus la garantie de n’avoir jamais à assumer personnellement de guerre ou d’intrusion quelconque dans ses affaires et dossiers de la part d’un quelconque État ;
  • Création des institutions financières de Bretton Woods (1944 : FMI, banque mondiale, banques de développement régionales…) ;
  • Création du GATT (1947) puis de l’OMC (1995) ;
  • Traité de Maastricht (1992) puis de Lisbonne (2007) qui officialisent le libre-échange en droit international public ; l’UE devenant la manifestation politique du principe du libre-échange ;
  • Création du système européen des banques centrales et de l’eurozone (1999) au sein des institutions de l’Union Européenne ;

Actuelles négociations des grands marchés trans-pacifique – que la Thailande a refusé de signer – et transatlantique, comportant la signature de multiples traités multilatéraux.

Dans ce contexte (aussi durable que général), il est tout à fait improbable que le Brexit opère une quelconque modification en profondeur de la stratégie, ci-dessus décrite, qui tend vers la disparition des États indépendants et vers la création d’une monnaie unique à usage mondial. La stratégie oligarchique aux mains des financiers globalisés reste la même : la marche forcée vers une monnaie mondiale, préalable à l’organisation d’un gouvernement mondial.

Le Brexit révèle en revanche une modification de la tactique utilisée par les tenants de la globalisation. La finance, dont les intérêts sont concentrés à la City mais aussi sur d’autres places de marchés (dont Wall Street) et dans de multiples paradis fiscaux, se désintéresse apparemment et temporairement de l’Union européenne – et surtout de l’empire américain qui est derrière – afin de mieux rebondir dans la création d’une monnaie mondiale. Ce qui change – et ce changement est révélé par le Brexit – est la tactique utilisée par l’oligarchie mondialiste pour parvenir à ses fins.

Il faut remarquer que ce changement apparent de stratégie – qui n’est qu’un changement de tactique – respecte strictement la méthodologie utilisée (dont le succès n’a jamais été démenti) qui consiste, pour l’oligarchie mondialiste, à suivre, la voie de moindre résistance dans la poursuite de ses objectifs de long terme : moindre résistance sociale, politique et économique des peuples dominés. L’Union Européenne fait face à une levée de boucliers, qu’à cela ne tienne, on va faire semblant d’abandonner, partiellement et pour un temps, cette stratégie pour se concentrer sur la suite qui est la constitution d’une monnaie internationale. Ce faisant, les mondialistes gagnent sur deux tableaux à la fois : ils accélèrent la chute de l’empire américain 15 tout en progressant vers leurs objectifs mondiaux. De ce point de vue, la désintégration de la domination américaine sur l’Europe, dont la première pierre est le Brexit, s’avérerait, finalement, être une étape nécessaire et indispensable.

Dans la perspective d’une vision à long terme, on ne peut que s’étonner de la permanence des méthodes de domination employées par la petite caste des dominants, représentée par les principaux propriétaires des banques internationales.

En effet, si l’on veut bien se donner la peine d’observer le phénomène du développement et de la concentration des richesses sur plus d’un siècle, on ne peut manquer de comparer l’avènement des grandes richesses aux USA avec le même phénomène, un siècle plus tard, en Chine. Dans les deux cas de figure, un pacte oligarchique a permis le développement soudain de fortunes colossales en relativement peu de temps. La fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle aux USA ressemble à s’y méprendre à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle en Chine, pays devenu, entre temps et par la grâce du libre-échange l’usine du monde 16. Souvenons-nous en effet que les principales élites américaines, au premier titre desquelles figure la famille Rockefeller, ont dû leur incroyable ascension financière et sociale à la bienveillance des banques occidentales – qui ont financé leurs plans de développement industriel – combinée au principe du libre-échange rendu possible par le système politique fédéral en vigueur dans ce pays.

La comparaison avec la Chine est frappante : la Chine doit également sa fulgurante ascension économique dans le dernier tiers du XXe siècle aux principes combinés d’une aide financière des banques – et autres investisseurs extérieurs – et de la généralisation au niveau international cette fois-ci du libre-échange. Dans les deux cas de figure nous retrouvons la combinaison d’une facilité d’accès aux capitaux avec le libre-échange, étant précisé que l’expérience américaine était locale tandis que l’expérience chinoise est faite à l’échelle mondiale. Rappelons à cet égard que l’actuelle liberté de circulation des capitaux est rendue possible par la combinaison de la généralisation du principe de libre-échange avec l’opacité et le contrôle financier soigneusement entretenus dans et par les paradis fiscaux 17.

Si l’on se place du point de vue de la nouvelle méthode tactique employée par l’oligarchie financière (pratiquée dans le cadre de la permanence de la stratégie de planification mondiale), il est tentant de considérer les institutions européennes comme ayant été un laboratoire in vivo.

D’une part, au niveau monétaire, la nouvelle méthode des droits de tirage spéciaux (dits DTS) fait inéluctablement penser à ce que fut le serpent monétaire européen – notons au passage la curiosité terminologique : pourquoi serpent et non ruban ou autre chose encore… – bientôt transformé en système monétaire européen, lequel a précédé le système européen des banques centrales et l’avènement d’une monnaie dite commune de l’eurozone.

Un pas plus loin, les institutions européennes furent une expérience unique de monnaie dite commune sans gouvernement économique commun. Comme chacun a pu constater l’échec patent d’une telle stratégie, l’oligarchie à la manœuvre aura beau jeu, à l’avenir, de montrer du doigt cet échec pour justifier que la même chose ne saurait être renouvelée sous peine de n’être pas viable. Il est loisible d’estimer que cet échec sera mis en avant par ceux-là même qui l’ont organisé – à marche forcée – pour justifier une prochaine centralisation économique locale – au niveau de bloc continentaux – ou mondiale. Et, de fil en aiguille, la centralisation économique justifiera la création d’une centralisation politique ; ce à quoi répondra parfaitement un gouvernement mondial.

D’autre part, au niveau juridico-politique, la création ex nihilo d’un gouvernement de bloc géographique dont les frontières s’effacent au niveau de la circulation des capitaux et des personnes est une expérience inédite dont on peut tirer des conclusions. En effet, à la différence de ce que fut la défunte URSS, la création des institutions européennes est contextualisée par la liberté de circulation des capitaux ; cette particularité fait que l’Union européenne pourrait bien préfigurer la structuration d’un futur gouvernement mondial superposé à des structures juridiques de type fédéral composées de blocs géographiques 18 dépourvus de frontières capitalistiques : des blocs dont la seule raison d’être politique serait d’être des courroies de transmission pour un gouvernement central, l’ensemble du système permettant un contrôle effectif des populations.

Enfin, les institutions européennes représentent une expérience de centralisation du pouvoir politique obtenu grâce à la centralisation du pouvoir monétaire. Cette centralisation facilite la création de chocs économiques et monétaires à répétition, lesquels ont, in fine, pour mission de faire accepter aux peuples leur asservissement volontaire ainsi que l’inéluctabilité du gouvernement mondial pour s’en sortir, lequel passe par la création d’une monnaie commune mondiale.

Enfin, il est impossible d’analyser l’avenir de l’Union européenne tout en ignorant l’avenir de l’OTAN alors que cette alliance est le pendant militaire des institutions européennes (à usage civil et financier).

L’OTAN, actuellement sous commandement américain, remplit deux rôles essentiels.

Premièrement celui d’assurer la domination américaine sur la planète en partageant les frais financier et humains avec les pays membres de l’alliance 19 ; en réalité il s’agit, de plus en plus, pour les USA de faire financer leur domination militaire par les États soumis eux-mêmes. Deuxièmement, l’installation de bases de l’OTAN sur des territoires non américains est un moyen simple et efficace pour les USA de s’assurer de la loyauté interne des États membres de l’alliance. Autrement dit l’installation de bases de l’OTAN sur le territoire des États membres est un moyen efficace pour les USA de s’assurer que les États soumis n’auront aucune velléité d’indépendance. Dans cette perspective l’OTAN permet aux USA de liquider le problème européen 20.

Dans la mesure ou l’OTAN est actuellement le bras armé des États-Unis d’Amérique et que ce pays est financièrement et économiquement condamné par les élites bancaires internationales, il devient intéressant de se poser la question de l’avenir de cette alliance militaire à moyen et long terme. A cette fin, il importe, comme toujours, de mettre les choses dans une perspective temporelle.

D’une façon générale, tant que les élites au pouvoir auront besoin – ont actuellement et pour quelques temps encore besoin – d’hommes de confiance dévoués pour assurer leur pouvoir effectif sur les masses, les concepts d’États, d’Empire et d’armées humaines ont et continueront d’avoir une place centrale dans le développement du phénomène d’asservissement. Le destin des concepts d’État, de frontière, de nation et d’armée, est intimement lié à l’avenir technologique (et cet avenir ne se présente pas de façon favorable pour les populations… tant, du moins, que l’élite bancaire dirigeante restera aux commandes du monde).

Qu’en est-il concrètement aujourd’hui, et surtout demain ? Actuellement, on constate que le besoin de main d’œuvre se raréfie pour toutes les tâches de fabrication en conséquence des considérables avancées technologiques et robotiques ; la même tendance se dessine en matière militaire où les drones tendent d’ores et déjà à remplacer, pour certaines missions, les avions.

Dans une perspective de court terme – qui est notre actualité – on suppose que la notion d’armée composée d’hommes est et restera quelques temps encore, d’actualité. L’OTAN conserve dans ce cas toute son utilité de maintien de l’ordre. Il est vraisemblable que l’OTAN continue et continuera de permettre la mise au pas de tout État qui voudrait prendre ou affirmer son indépendance 21, non plus de la domination américaine vouée à disparaître, mais de la domination financière, au contraire promise à un bel avenir.

Sur du long terme, s’esquisse d’ores et déjà un monde dans lequel la domination pourra être assurée non plus par des hommes, dont la loyauté est toujours susceptible de manquer de fiabilité, mais par des machines, des robots guerriers ou des hommes améliorés, selon le concept actuellement en vogue de transhumanisme. Dans un tel monde, on peut aisément pronostiquer que les élites financières globales n’auront plus besoin d’États ni d’armées pour assurer leur contrôle sur les masses : elles commanderont à des armées mécaniques qui exécuteront toujours fidèlement leurs ordres. L’alliance militaire qu’est l’OTAN disparaîtra vraisemblablement le jour où les armées composées d’humains seront reléguées dans les brocantes de l’histoire.

Les institutions européennes, tout comme l’OTAN, sont des organisations à la solde temporaire d’une élite pro-américaine mais à la solde permanente – bien que cachée – d’une élite financière internationale sans réelle attache géographique.

On ne saurait trop insister sur le fait que pour percevoir et comprendre les mouvements géopolitiques, de nature tectonique, auxquels nous assistons au niveau mondial, il importe d’avoir à l’esprit le principe, très simple, selon lequel celui qui tient la monnaie tient les rênes de l’économie et, par voie de conséquence, celles de la politique.

Pour ceux qui l’auraient oublié, cette vérité a été directement précisée par l’un des fondateurs de l’oligarchie financière 22 : « Donnez-moi le contrôle de la monnaie d’une nation et je n’aurai pas à m’occuper de ceux qui font les lois » 23.

L’actualité nous donne tous les jours de nouvelles preuves de cet axiome général. A cet égard (contrairement à ce que les médias laissent entendre) la nomination de l’ancien président de la Commission européenne dans une grande banque multinationale 24 – notons au passage que ledit Barroso est passé d’un maoïsme passionné 25 à Goldman Sachs sans état d’âme – n’a strictement rien d’anormal, n’est pas une dérive mais se situe au contraire dans la pure et absolue logique des choses ; une sorte de corruption structurelle et non conjoncturelle comme les médias tentent d’en persuader les gens. Des exemples du passage de la haute fonction publique ou de la direction de banques centrales – officiellement mais à tort présentées comme des banques d’État – à la banque privée ou vice versa, prolifèrent dans tous les pays européens. Pour ne citer que quelques exemples, nous avons, récemment, les deux Mario (Draghi, nommé gouverneur de la BCE et Monti, un temps propulsé à la tête du gouvernement italien), Mark Carney actuel gouverneur de la Banque centrale d’Angleterre après avoir été celui de la Banque centrale du Canada, ou encore en France Emmanuel Macron et son nouveau parti politique En marche. Il faut par ailleurs souligner que ce phénomène ne date pas d’hier, souvenons-nous, pour un exemple français, de l’ancien président de la République Georges Pompidou.

La seule solution conceptuelle qui permettrait de sortir les peuples de l’étau de domination dans lequel ils sont enserrés consiste à sortir des postulats sociétaux actuels et à réinvestir structurellement les fondamentaux qui régissent la vie en société et le concept de pouvoir.

La politique telle qu’actuellement comprise en Occident – et telle qu’elle tend à se propager partout sur la planète – a été tout à fait dénaturée de sa fonction originelle pour devenir intégralement incluse dans les concepts économiques. Or, contrairement aux sous-jacents civilisationnels actuellement en vigueur en Occident, très largement entretenus par les économistes – toutes écoles confondues – et les financiers, la politique ne saurait se réduire au seul fait économique.

Il faut au contraire réaffirmer avec force le principe, dicté par le bon sens, le droit et l’équité, selon lequel l’économie est une partie du fait politique et non l’inverse. Si l’on veut bien considérer que le fait politique est l’organisation des rapports régissant la vie en commun, le fait économique s’avère être l’une des composantes du fait politique, lequel ne se réduit pas à cette seule donnée. Autrement dit, faire dépendre le fait politique du fait économique est une très étrange inversion des valeurs. C’est en cela que les brillantes analyses de Karl Marx nous entraînent collectivement – peut-être d’ailleurs à son corps défendant – dans une impasse conceptuelle et idéologique. Il faut impérativement sortir du conditionnement idéologique qui veut que le fait politique soit intégralement soumis au fait économique. C’est à la condition de cette prise de conscience collective que la politique retrouvera ses lettres de noblesses et les humains leur droit de cité dans le gouvernement des hommes.

La méthode pour parvenir à rendre au fait politique ses lettres de noblesses passe par une analyse précise des moyens qui ont été utilisés pour l’asservissement contemporain : la monnaie et l’organisation de l’anonymat des détenteurs de capitaux. Une telle analyse est la condition sine qua non qui permettra ensuite à une éventuelle volonté politique d’inverser le processus.

Ainsi, si l’on retourne aux fondamentaux, il apparaît en effet que la monnaie – et son pendant qu’est la dette – 26 conjuguée au principe de l’entreprise anonyme qu’elle a juridiquement autorisé à se mettre en place 27 sont les armes du servage d’aujourd’hui au même titre que l’épée et la lance étaient celles du servage d’hier.

Tant que le destin des monnaies restera l’apanage des banquiers mondialisés, et continuera en conséquence à échapper aux peuples qu’elles contraignent, nous assisterons à la continuation de la mise sous tutelle financière, économique, juridique et politique de ces derniers.

À moyen-terme, la suite logique sera une sorte d’internationalisation du phénomène de la crise grecque 28 et de disparition des concepts même d’État et de nation.

Sur un plus long terme, la loi d’airain de l’esclavagisme (perte d’autonomie et de contrôle des individus sur leurs propres vies) et la disparition de la dignité humaine continueront à prospérer jusqu’à complète disparition de toute résistance organisée.

Valérie Bugault

Liens

  1. Cf. https://www.morningstaronline.co.uk/a-b842-Former-trader-Nigel-Farage-backs-rich-City-mates#.V4OY849OKgk ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Nigel_Farage ; marié à une ancienne trader d’origine allemande : http://www.msn.com/fr-fr/actualite/other/ukip-lépouse-de-nigel-farage-dresse-un-portrait-décapant-de-son-mari/ar-AA158qx
  2. Cf. par exemple : https://www.facebook.com/upr.francoisasselineau/photos/a.393974702611.173278.367713397611/10154331862237612/?type=3&theater
  3. Cf. par exemple le coup de Nathan Rothschild qui a consisté à répandre la fausse rumeur de la victoire française lors de la défaite française à la bataille de Waterloo : http://www.alterinfo.net/Les-Rothschild-et-les-crises-mondiales_a32261.html
  4. Cf. http://lesobservateurs.ch/2016/06/26/brexit-peter-sutherland-president-de-goldman-sachs-resultat-etre-annule/ ; https://twitter.com/PDSutherlandUN/status/746687362902728704
  5. Cf. https://www.24bourse.fr/actualites/economie/brexit-le-fmi-revoit-a-la-baisse-la-croissance-de-la-france-pour-2017/
  6. Cf. Georges Soros : http://www.msn.com/fr-be/actualite/other/soros-le-brexit-peut-renforcer-l%e2%80%99ue/vi-AAhOr1c
  7. Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_du_trait%C3%A9_de_l%27Atlantique_nord ; de l’aveu même du secrétaire général de l’OTAN : https://euobserver.com/uk-referendum/134192
  8. Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Five_Eyes ; http://www.rfi.fr/ameriques/20131102-etats-unis-nsa-alliance-five-eyes/
  9. Cf. http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/la-vie-immo-brexit-quelles-consequences-sur-le-marche-immobilier-londonien-2406-837843.html ; http://immobilier.lefigaro.fr/article/alerte-sur-les-fonds-immobiliers-britanniques_6bb01a1a-42b7-11e6-be92-6642240b8ece/?pagination=4
  10. Cf. sous forme de vidéos : https://www.youtube.com/watch?v=EyzcW-bpsp0 ; https://www.youtube.com/watch?v=aTqMfnu_AMs ; sous forme de livre : https://www.amazon.fr/Aux-origines-carcan-europ%C3%A9en-1900-1960/dp/2370710012
  11. Cf. La marche irrésistible du nouvel ordre mondial : http://nouvel-equinoxe.over-blog.com/pages/La_marche_irresistible_par_Pierre_Hillard-424323.html
  12. Cf. Conférences disponibles sur les liens suivantes : https://www.upr.fr/conferences/les-origines-cachees-de-la-construction-europeenne-2 ; https://www.youtube.com/watch?v=Qj5utZJm1dA
  13. Cf. http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/07/11/traite-transatlantique-les-europeens-esperent-encore-avancer-malgre-le-brexit_4967374_3234.html ; https://francais.rt.com/economie/23024-traite-ue-canada–juncker
  14. Cf. http://static.presspublica.pl/red/rp/pdf/DokumentUE.pdf ; https://philippehua.com/2016/06/29/la-france-et-lallemagne-ont-prepare-un-projet-pour-lue-apres-le-brexit/
  15. Cf. en ce sens http://www.voltairenet.org/article192655.html : Tous les éléments étaient posés pour faire de la City le cheval de Troie chinois dans l’Union européenne au détriment de la suprématie états-unienne
  16. Cf. http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-27-geopolitique-du-libre-echange ; ainsi que http://lesakerfrancophone.fr/heurs-et-malheurs-du-concept-de-propriete-privee
  17. Cf. http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-47-geopolitique-des-paradis-fiscaux mais aussi http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-37-geopolitique-de-loptimisation-fiscale et encore http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-27-geopolitique-du-libre-echange
  18. Cf. Voir en ce sens, Pierre Hillard : http://www.voltairenet.org/article164176.html
  19. Cf. en ce sens l’amiral Debray : https://francais.rt.com/entretiens/22811-entretien-amiral-debray
  20. Cf. Xavier Moreau : http://www.polemia.com/le-mur-de-bruxelles-tentative-de-lotan-de-separer-la-russie-de-leurope/
  21. Cf. pour un exemple d’actualité : http://reseauinternational.net/lorsque-poutine-se-retire-dans-le-silence/
  22. Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Mayer_Amschel_Rothschild
  23. Cité par exemple ici : https://www.cercledesvolontaires.fr/2015/01/12/livre-la-guerre-des-monnaies-la-chine-et-le-nouvel-ordre-mondial-de-hongbing-song/
  24. Cf. http://www.challenges.fr/europe/20160708.CHA1646/jose-manuel-barroso-se-recycle-a-goldman-sachs.html ; http://www.leparisien.fr/international/europe-la-nomination-de-barroso-chez-goldman-sachs-fait-polemique-09-07-2016-5955039.php
  25. Cf. https://www.youtube.com/watch?v=wAHv3UnXvmM
  26. Cf. http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-57-entreprise-bancaire-linstrument-juridique-du-desordre-politique-global ; http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-17-geopolitique-du-systeme-banques-centrales
  27. Cf. http://lesakerfrancophone.fr/decryptage-du-systeme-economique-global-67-geopolitique-entreprise-capitalistique-12
  28. Cf. https://www.youtube.com/watch?v=a4ZcsRgC5ak ; écouter Myret Zaki : https://www.youtube.com/watch?v=aovjo2zILYQ

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LES COMPROMISSIONS DE L’ETAT PS AVEC L’ISLAM TERRORISTE (par l’Imprécateur)

Publié le par Felli Bernard

le tunisien Mohamed Lahouaiej Bouhlel, de son nom complet Mohamed Salman Ben Mondher Ben Mohamed Lahouaiej Bouhlel,
le tunisien Mohamed Lahouaiej Bouhlel, de son nom complet Mohamed Salman Ben Mondher Ben Mohamed Lahouaiej Bouhlel,

LES COMPROMISSIONS DE L’ETAT PS AVEC L’ISLAM TERRORISTE (par l’Imprécateur)

Publié le 20 juillet 2016 par L'Imprécateur

Ainsi, nous dit-on, le tunisien Mohamed Lahouaiej Bouhlel, de son nom complet Mohamed Salman Ben Mondher Ben Mohamed Lahouaiej Bouhlel, était inconnu des services de renseignements, non fiché S, multirécidiviste connu seulement des services de police, notamment pour des violences avec armes. Ce qui n’empêchait pas les administrations de la République « irréprochable » (mais sourde et aveugle), d’être aux petits soins pour ce pauvre immigré : carte de séjour, aides sociales, logement, etc.

Parce que si la moindre enquête avait été menée par les services d’immigration de monsieur Cazeneuve, Bouhlel n’aurait jamais du entrer en France. Il y est pourtant entré en 2005 et c’est pour remercier le président Hollande et ses ministres Cazeneuve et Valls qu’il vient de prendre la vie de 84 innocents et de mettre quelques dizaines d’handicapés à vie à la charge de leurs familles et de la Sécurité Sociale.

Né à M’Saken, à 140 km au sud de Tunis, le 3 janvier 1985, il était le fils d’un notable du parti islamiste et extrémiste Ennahdha. Venu en France, il a, pour obtenir sa carte de séjour, épousé sa cousine Hajer Lahouel, ce qui lui a valu automatiquement ladite carte, Hajer ayant la nationalité française.


Fâché depuis deux ans avec Hajer, Mohamed sortait tous les soirs, courait les filles, les garçons et les vjeux, comme l’a révélé l’épluchage de son portable par les policiers. Selon Kapitalis, son « amant » le plus âgé avait 76 ans !

Son père était connu comme un extrémiste islamiste violent, surveillé de près par la police tunisienne. Il a élevé son fils dans cet esprit d’intégrisme et de violence. Ce qui ressort déjà de l’enquête en cours, c’est la violence, mais dire qu’il s’était radicalisé « récemment » et « très vite » est une erreur que les enquêteurs rectifieront, du moins faut-il l’espérer.

Son père lui avait enseigné la « taqiya », technique de dissimulation prévue et encouragée par le Coran et la charia pour mieux tromper les mécréants qu’il faut détruire. La taqiya permet au musulman de boire de l’alcool, voler, tuer, violer, aller au bordel. Si la période de taqiya se termine par un beau massacre d’infidèles, elle vaut pardon pour toutes les fautes commises au nom d’Allah. C’est la raison pour laquelle les terroristes crient Allahou Akbar au moment où ils passent à l’acte. Raison aussi pour laquelle les autorités religieuses musulmanes ont les plus grandes difficultés à condamner le djihadiste qui est, pour l’islam, un « martyr ».
C’est d’ailleurs en martyr que la famille et les amis de Bouhlel s’apprêtent à enterrer à M’Saken le corps de Mohamed, dès que la justice française l’aura rendu.

Mohamed Lahouaiej Bouhlel ne s’est pas improvisé subitement terroriste comme le croient naïvement monsieur Cazeneuve et ses services, mais « il est né et a baigné dans un milieu familial favorable à la violence et au radicalisme. Il en va de même de sa belle famille » (Nebil Ben Yahmed, Tunisie-secret). Les Lahouel sont connus comme intégristes en Tunisie, les trois beaux-frères de Bouhlel sont d’ailleurs actuellement interrogés par la police tunisienne. Le fait que son entourage l’ait décrit comme « pas très religieux, ne faisant pas la prière, aimant les filles et la salsa » montre qu’il avait bien intégré la taqiya et comment un intégriste lié à l’Etat islamiste peut dissimuler son vrai visage avant de passer à l’action terroriste.
Comme l’a observé le Procureur de Paris, il a d’ailleurs suivi scrupuleusement les instructions venues de Raqqa et diffusées par les réseaux et groupes islamistes en France.

Ce criminel, né et élevé en Tunisie dans un milieu intégriste, était culturellement disposé à devenir terroriste en France. Et ils sont des milliers (une infime minorité par rapport aux cinq ou six millions de musulmans vivant en France, mais des milliers quand même) à être ainsi en France, bien au chaud, nourris par la République et protégés par la gauche et le PS, à attendre le moment où on leur donnera l’ordre de passer à l’action s’ils n’en prennent pas l’initiative d’eux-mêmes.
« Les services de police devraient s’inquiéter que l’un de ses proches (de Mohamed Bouhlel) travaille à l’aéroport de Nice » (Nebil Ben Yahmed, Tunisie-secret).

Depuis la « révolution du jasmin » que les frères musulmans avaient provoquée en Tunisie avec l’appui financier et politique des Occidentaux et sachant comment ils la récupèreraient ensuite pour faire de la Tunisie une république islamiste, « révolution » que l’ensemble des politiciens et journalistes français avaient à l’époque saluée, acclamée et exaltée, la Tunisie a produit des dizaines de milliers de ces terroristes islamistes. Plusieurs milliers font le djihad en Syrie pour s’entrainer, d’autres sont en France, et la France ne prend aucune mesure pour les surveiller.

Il y a moins d’un mois, François Hollande recevait en grande pompe le chef des Frères musulmans tunisiens, Rached Ghannouchi. Ghannouchi est un doctrinaire de l’islamo-terrorisme qui a fait partie du groupe organisateur de l’attentat du musée du Prado à Tunis. Hollande lui a demandé (c’était l’un des points non-écrits dans le programme officiel de la discussion prévue), « comment encadrer, contenir et empêcher la jeunesse musulmane française de basculer dans le radicalisme musulman« .
Si Al Capone vivait encore, Hollande l’inviterait pour lui demander comment encadrer et empêcher la jeunesse des banlieues de basculer dans le banditisme et le trafic de drogue !


Rached Ghannouchi

Car il faut tout de même rappeler (Fabius l’ignorait c’est normal, mais Ayrault devrait le savoir), que « les Frères musulmans sont classés « organisation terroriste », par l’Arabie Saoudite » (Le Monde). Il faudrait dire « même par l’Arabie saoudite ».

Certes, Ennahdha a décidé, le 22 mai dernier, de séparer ses activités religieuses de son action politique afin de devenir comme il le dit « un parti civil ». Mais c’est encore de la taqiya, de la dissimulation, car cette « grande réforme » se limite à interdire aux membres du parti d’exercer des activités politiques à ceux d’entre eux qui sont prêcheurs dans les mosquées !
Pour le reste, Ennahdha revendique toujours sont islamisme, n’abandonne aucune de ses activités religieuses et continue à interpréter la charia selon l’idéologie des Frères musulmans. Le parti n’envisage pas une seule seconde de devenir laïc, donc rien ne change, sinon que les Occidentaux naïfs le trouvent tout à coup fréquentable.
Hollande ignorait-il en embrassant Ghannouchi que celui-ci a participé au coup d’État islamiste de 1987, qu’ensuite il partit prêcher pour le compte de Ben Laden et d’al Qaïda au Soudan et s’en vante encore aujourd’hui ?
Le président de la république tunisienne, Beji Caïd Essebsi, ne vaut guère mieux : venu saluer la réforme d’Ennahdha il a émaillé son discours de citations religieuses tout droit sorties des textes des Frères musulmans.

Il faut, bien entendu, maintenir avec la Tunisie de bonnes relations d’État à État, mais personne ne doit se croire intelligent en prenant un air extasié en recevant ses dirigeants.

L’Imprécateur

Rached Ghannouchi

Rached Ghannouchi

LES COMPROMISSIONS DE L’ETAT PS AVEC L’ISLAM TERRORISTE (par l’Imprécateur)

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Nice et leur écrasante responsabilité

Publié le par Felli Bernard

Nice et leur écrasante responsabilité

18/07/2016 Nice. Des dizaines de vies broyées. Trois jours de deuil pour un carnage de plus. Un carnage attendu, programmé. Et la caste dirigeante des «Surmorts» d’exhumer ses slogans de l’après Bataclan, déjà resucés de l’après Charlie, slogans à peine retouchés, juste «actualisés» par des services de com’ flanqués de leur demi-molle de circonstance à l’idée de pouvoir faire à nouveau dans le pathos, le martial, le sur-présidentiel. «Je suis... la France... les terroristes... nous ne cèderons pas... la démocratie... la liberté... notre mode de vie... nous ne nous laisserons pas... la république... danger... riposte... la guerre... longtemps... la guerre... toujours.» Mais de ce côté-ci de l’écran, du côté de la vraie vie on n’écoute plus, on entend même plus. On les regarde, sidéré, avec une vague envie de gerber, sur eux, sur ceux qui les servent, qui les soutiennent, qui les animent, sur ce monde qu’ils nous fabriquent, ce monde qui rétrécit, se rabougrit, sombre, se noie, lentement. Et derrière la nausée qui monte deux évidences: leur écrasante responsabilité et leur insondable impuissance.

Nos maux, nos morts
Leur écrasante responsabilité: nous ne savons que trop bien que la destruction de l’Irak, de la Libye et de la Syrie – leur tableau de chasse – est la source de tous nos maux, de tous nos morts. Des centaines de milliers de vies broyées pour le pétrole, le gaz, les pipelines qui vont avec, pour leur lutte d’influence, leur soutien aux bédouins ou aux sultans fous, leur Grand Jeu et leurs petits calculs, et à la fin pour la caste, les riches, les prédateurs du club des 1%, les Surmorts, comme toujours. Un coup je soutiens Daesh, puis al-Nosra, et quand ça déborde je passe la tondeuse, à l’israélienne, puis je recule, je change, je re-soutiens ceux que j’ai flingués hier, ou des pires, des qu’on connaissait même pas mais qui devaient servir, un moment au moins. Après: la tondeuse. Et on recommence. Et à la fin, vingt-cinq ans de massacres de masse à travers le Moyen-Orient, pour la bonne cause, la liberté, la démocratie. Et puis les Talibans, al-Qaïda, Aqmi, al-Nosra, Daesh, des armées de tueurs, pardon, de freedom fighters, enfin non, plus maintenant, ça c’était avant Charlie, avant le Bataclan, avant Nice, donc reste des tueurs, qui n’aiment pas qu’on les soutienne, puis qu’on les tonde.

Des bombes et des discours
Et leur insondable impuissance désormais, à faire marche arrière, à sortir de leur délire à l’américaine. Alors c’est la fuite en avant. «Nous ne cèderons pas... la démocratie... la France... la liberté... notre mode de vie... riposte... la guerre... longtemps... la guerre... toujours.» Alors des bombes, encore des bombes, des lois, encore des lois et de la surveillance, toujours plus de surveillance. Et puis encore des bombes par-dessus. Et les discours qui vont avec. Et puis Nice hier, et demain ailleurs, des morts, encore des morts, toujours plus de morts. C’est Valls qui le dit, qui ne cesse de le dire. Et d’ailleurs ils le disent tous. Y’en aura encore des morts. Et beaucoup. Faut s’habituer.
Voilà le monde qu’ils nous fabriquent, ce monde qui rétrécit, se rabougrit, sombre, se noie dans le sang avec des guerres partout, celles qu’on n’arrête pas de perdre, et celles qu’on prépare déjà, au cas où (1).
Et derrière la nausée qui montent deux évidences: leur écrasante responsabilité et leur insondable impuissance.
Au nom de toutes leurs victimes: qu’ils aillent donc tous se faire foutre, ou moins trivialement dit: brûler en enfer.
Avec un seul mot d'ordre désormais: EXIT ! De l'UE, de l'Otan, de leur Système et de leurs sales petites guerres.

Mis en ligne par entrefilets.com le 18 juillet 2016

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Nice et leur écrasante responsabilité

Publié le par Felli Bernard

Nice et leur écrasante responsabilité

18/07/2016 Nice. Des dizaines de vies broyées. Trois jours de deuil pour un carnage de plus. Un carnage attendu, programmé. Et la caste dirigeante des «Surmorts» d’exhumer ses slogans de l’après Bataclan, déjà resucés de l’après Charlie, slogans à peine retouchés, juste «actualisés» par des services de com’ flanqués de leur demi-molle de circonstance à l’idée de pouvoir faire à nouveau dans le pathos, le martial, le sur-présidentiel. «Je suis... la France... les terroristes... nous ne cèderons pas... la démocratie... la liberté... notre mode de vie... nous ne nous laisserons pas... la république... danger... riposte... la guerre... longtemps... la guerre... toujours.» Mais de ce côté-ci de l’écran, du côté de la vraie vie on n’écoute plus, on entend même plus. On les regarde, sidéré, avec une vague envie de gerber, sur eux, sur ceux qui les servent, qui les soutiennent, qui les animent, sur ce monde qu’ils nous fabriquent, ce monde qui rétrécit, se rabougrit, sombre, se noie, lentement. Et derrière la nausée qui monte deux évidences: leur écrasante responsabilité et leur insondable impuissance.

Nos maux, nos morts
Leur écrasante responsabilité: nous ne savons que trop bien que la destruction de l’Irak, de la Libye et de la Syrie – leur tableau de chasse – est la source de tous nos maux, de tous nos morts. Des centaines de milliers de vies broyées pour le pétrole, le gaz, les pipelines qui vont avec, pour leur lutte d’influence, leur soutien aux bédouins ou aux sultans fous, leur Grand Jeu et leurs petits calculs, et à la fin pour la caste, les riches, les prédateurs du club des 1%, les Surmorts, comme toujours. Un coup je soutiens Daesh, puis al-Nosra, et quand ça déborde je passe la tondeuse, à l’israélienne, puis je recule, je change, je re-soutiens ceux que j’ai flingués hier, ou des pires, des qu’on connaissait même pas mais qui devaient servir, un moment au moins. Après: la tondeuse. Et on recommence. Et à la fin, vingt-cinq ans de massacres de masse à travers le Moyen-Orient, pour la bonne cause, la liberté, la démocratie. Et puis les Talibans, al-Qaïda, Aqmi, al-Nosra, Daesh, des armées de tueurs, pardon, de freedom fighters, enfin non, plus maintenant, ça c’était avant Charlie, avant le Bataclan, avant Nice, donc reste des tueurs, qui n’aiment pas qu’on les soutienne, puis qu’on les tonde.

Des bombes et des discours
Et leur insondable impuissance désormais, à faire marche arrière, à sortir de leur délire à l’américaine. Alors c’est la fuite en avant. «Nous ne cèderons pas... la démocratie... la France... la liberté... notre mode de vie... riposte... la guerre... longtemps... la guerre... toujours.» Alors des bombes, encore des bombes, des lois, encore des lois et de la surveillance, toujours plus de surveillance. Et puis encore des bombes par-dessus. Et les discours qui vont avec. Et puis Nice hier, et demain ailleurs, des morts, encore des morts, toujours plus de morts. C’est Valls qui le dit, qui ne cesse de le dire. Et d’ailleurs ils le disent tous. Y’en aura encore des morts. Et beaucoup. Faut s’habituer.
Voilà le monde qu’ils nous fabriquent, ce monde qui rétrécit, se rabougrit, sombre, se noie dans le sang avec des guerres partout, celles qu’on n’arrête pas de perdre, et celles qu’on prépare déjà, au cas où (1).
Et derrière la nausée qui montent deux évidences: leur écrasante responsabilité et leur insondable impuissance.
Au nom de toutes leurs victimes: qu’ils aillent donc tous se faire foutre, ou moins trivialement dit: brûler en enfer.
Avec un seul mot d'ordre désormais: EXIT ! De l'UE, de l'Otan, de leur Système et de leurs sales petites guerres.

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La sainte colère du sultan Téflon

Publié le par Felli Bernard

PEPE ESCOBAR
PEPE ESCOBAR

La sainte colère du sultan Téflon

Par Pepe Escobar – Le 17 juillet 2016 – Source : Sputnik News

Lorsque l’avion du président turc et aspirant sultan Recep Tayyip Erdogan a atterri à l’aéroport Atatürk à Istanbul au petit matin samedi, il a déclaré que la tentative de coup d’État contre son gouvernement était un échec et un « cadeau de Dieu ».

Apparemment, Dieu utilise Face Time. Car c’est grâce à un appel vidéo emblématique au moyen d’un iPhone − à partir d’un lieu indéterminé retransmis en direct sur CNN par une présentatrice abasourdie − qu’Erdogan a pu dire à sa légion de partisans de descendre dans les rues, de montrer la force du pouvoir populaire et de défaire la faction armée qui avait occupé la télévision d’État et annoncé avoir pris les commandes.

Les voies de Dieu sur mobile étant impénétrables, l’appel d’Erdogan a été entendu même par les jeunes Turcs qui ont protesté farouchement contre lui au parc Gezi, qui ont été réprimés par sa police à l’aide de gaz lacrymogène et de canons à eau et dont le parti au pouvoir (AKP ou Parti de la justice et du développement) les dégoûte. Tous étaient prêts à l’appuyer contre ce coup « d’État militaire fasciste ». Sans oublier que pratiquement toutes les mosquées du pays ont relayé l’appel d’Erdogan.

La version officielle d’Ankara est que le coup d’État a été perpétré par une petite faction armée télécommandée par le leader religieux exilé en Pennsylvanie Fethullah Gülen, un atout dont dispose la CIA. Bien que sa responsabilité reste à démontrer, il est évident que le putsch constituait un épisode remixé des Trois Corniauds. En fait, les véritables corniauds pourraient bien être le commandant de la 2e armée, le général Adem Huduti (déjà détenu), le commandant de la 3e armée Erdal Ozturk et l’ancien chef d’état-major de la Force aérienne Akin Ozturk.

Comme d’ex-agents de la CIA surexcités le débitaient sur les réseaux américains – et ils s’y connaissent en matière de changement de régime − la règle numéro un du coup d’État consiste à viser et à isoler la tête du serpent. Sauf que dans ce cas-là, le rusé serpent turc restait introuvable. Qui plus est, aucun grand général n’est venu expliquer de façon patriotiquement convaincante sur le réseau d’État TRT les raisons du coup d’État.

Il y a de l’amour (pour Erdogan) dans l’air

Les putschistes ont visé les services secrets – localisés principalement à l’aéroport d’Istanbul, au palais présidentiel à Ankara et à proximité des ministères. Ils ont utilisé des hélicoptères Cobra – dont les pilotes ont été formés aux USA – pour frapper leurs cibles. Ils ont aussi visé le haut commandement de l’armée – nommé depuis huit ans par Erdogan et dont se méfient bon nombre de militaires de niveau intermédiaire.

Lorsqu’ils ont occupé les ponts sur le Bosphore à Istanbul, ils semblaient être en contact avec la police militaire dont les membres, répartis dans toute la Turquie, sont reconnus pour leur esprit de corps. Mais au bout du compte, ils n’étaient pas assez nombreux et mal préparés. Tous les principaux ministères, ainsi que les services secrets, semblaient communiquer entre eux pendant le déroulement de l’action. Quant à la police turque dans son ensemble, elle est devenue aujourd’hui une sorte de garde prétorienne de l’AKP.

Pendant ce temps, le Gulfstream 4 d’Erdogan, vol numéro TK8456, a décollé de l’aéroport de Bodrum à 1h43, puis a volé au-dessus du nord-ouest de la Turquie avec ses transpondeurs en fonction, sans être inquiété. C’est de l’avion présidentiel, avant le décollage, qu’Erdogan a lancé son message sur Face Time. Il a ensuite préparé sa réplique au coup d’État une fois l’avion dans les airs. L’avion n’a jamais quitté l’espace aérien turc – il était bien visible des radars civils et militaires. Les F16 des putschistes auraient pu facilement le suivre ou le réduire en cendres. Ils ont choisi plutôt d’envoyer des hélicoptères militaires bombarder la demeure présidentielle à Bodrum bien après qu’il eut quitté les lieux.

La tête du serpent devait être absolument certaine que monter à bord de son avion et rester dans l’espace aérien turc était aussi sûr que manger un baklava. Plus étonnant encore, le Gulfstream a pu atterrir à Istanbul en toute sécurité au petit matin samedi, malgré l’idée répandue voulant que l’aéroport fût occupé par les rebelles.

À Ankara, les rebelles ont eu recours à une division mécanisée et à deux commandos. Autour d’Istanbul, il y avait une armée au complet. Le 3e commandement est intégré aux forces de réaction rapide de l’OTAN. Il a fourni les chars Leopard placés aux points névralgiques d’Istanbul qui, soit dit en passant, n’ont pas ouvert le feu.

Pourtant, les deux principales forces armées placées en bordure de la frontière avec la Syrie et l’Iran sont restées en mode d’attente. Puis à 2 heures, la 7e armée basée à Diyarbakir – chargée de combattre la guérilla du PKK – a exprimé sa loyauté envers Erdogan. C’est à cette heure précise et cruciale que le premier ministre Binali Yildırım a annoncé l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus d’Ankara.

Ce qui signifiait qu’Erdogan contrôlait le ciel. La partie était alors terminée. Les voies de l’Histoire étant impénétrables, la zone d’exclusion aérienne au‑dessus d’Alep ou de la frontière syro-turque dont Erdogan rêvait tant a fini par se matérialiser au‑dessus de sa propre capitale.

Réunissons les suspects habituels

La position des USA a été extrêmement ambiguë dès le départ. Au moment du putsch, l’ambassade américaine en Turquie a parlé d’un « soulèvement turc ». Le secrétaire d’État John Kerry, qui était à Moscou pour parler de la Syrie, a aussi sécurisé ses paris. L’OTAN était totalement muette. Ce n’est qu’une fois qu’il était bien évident que le putsch avait foiré que le président Obama et ses alliés de l’OTAN ont officiellement déclaré leur « soutien au gouvernement démocratiquement élu. »

Le sultan est revenu en force dans l’arène. Il est aussitôt apparu en direct sur CNN Turk pour demander à Washington de lui livrer Gülen, sans même posséder la moindre preuve qu’il ait fomenté le putsch. Il a ensuite fait peser cette menace : « Si vous désirez conserver votre accès à la base aérienne d’Incirlik, vous devrez me le livrer. » Il est difficile de ne pas faire le parallèle avec l’histoire récente, lorsque le régime Cheney en 2001 a demandé aux Talibans de livrer Oussama ben Laden aux USA sans avoir de preuve qu’il était responsable des attentats du 11 septembre.

Même si elle a de quoi étonner, l’hypothèse numéro un est la suivante : les services secrets d’Erdogan savaient qu’un coup d’État se préparait et le rusé sultan a laissé aller les choses, en sachant que le putsch serait un échec, car les conspirateurs avaient très peu d’appui. Il se peut aussi qu’il ait su – à l’avance – que même le Parti démocratique des peuples (HDP) pro-Kurde, dont il tente d’évincer les députés du Parlement, appuierait le gouvernement au nom de la démocratie.

Deux autres faits ajoutent de la crédibilité à cette hypothèse. Plus tôt la semaine dernière, Erdogan a signé un projet de loi conférant l’immunité de poursuites aux soldats qui participent à des opérations de sécurité intérieure (lire anti-PKK), signe d’une amélioration des relations entre le gouvernement de l’AKP et l’armée. La principale entité judiciaire de la Turquie (HSYK ) a aussi évincé pas moins de 2 745 juges à l’issue d’une réunion extraordinaire tenue à la suite de la tentative de putsch. Cela ne peut que signifier que la liste avait été établie à l’avance.

La conséquence géopolitique immédiate de l’après-tentative de coup d’État, est qu’Erdogan semble avoir miraculeusement reconquis sa « profondeur stratégique », pour reprendre les mots de l’ancien premier ministre Davutoglu, qui a été mis de côté. Cette reconquête est à la fois externe – après l’échec lamentable de ses politiques au Moyen-Orient et envers les Kurdes – et interne. À toutes fins pratiques, Erdogan contrôle maintenant le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire. Il ne fera pas non plus de quartier dans son épuration de l’armée. Mesdames et Messieurs, attendez-vous à ce que le sultan casse la baraque.

Ce qui veut dire que le projet néo-ottoman tient toujours, mais qu’il est maintenant soumis à une réorientation tactique majeure. L’ennemi véritable, ce n’est pas la Russie et Israël (ni même Daesh, qui ne l’a jamais été en fait), mais bien les Kurdes syriens. Erdogan en veut aux Unités de protection du peuple (YPG), qu’il considère comme une simple extension du PKK. Son ordre du jour est d’empêcher par tous les moyens la création d’une entité étatique autonome au nord-est de la Syrie – un Kurdistan établi comme un second Israël avec le soutien des USA. Pour y parvenir, il doit établir une forme d’entente cordiale avec Damas, en affirmant avec force que la Syrie doit conserver son intégrité territoriale. Ce qui implique aussi, évidemment, une reprise du dialogue avec la Russie.

À quoi joue la CIA au juste?

Il va sans dire qu’un affrontement entre Ankara et Washington est maintenant inévitable. Si l’Empire du Chaos est dans le coup – il n’y a aucune preuve tangible en ce sens pour l’instant – c’est sûrement du côté des néoconservateurs, et de la CIA à l’intérieur du périmètre, qu’il faut se tourner, et non vers le canard boiteux qu’est devenue l’administration Obama. Pour l’instant, l’influence d’Erdogan ne se limite qu’à l’accès à Incirlik. Mais sa paranoïa gonfle comme un ballon de baudruche. Pour lui, Washington est doublement suspect, en raison de son soutien aux YPG.

Il ne faut pas non plus sous-estimer le sultan dans sa sainte colère. Malgré toutes ses folies géopolitiques récentes, le rétablissement simultané de ses liens avec Israël et la Russie est on ne peut plus pragmatique. Erdogan sait qu’il a besoin de la Russie pour que la construction du gazoduc Turkish Stream et des centrales nucléaires se concrétise. Il a besoin aussi du gaz naturel israélien pour consolider le rôle de la Turquie comme carrefour énergétique clé entre l’Orient et l’Occident.

En apprenant que l’Iran a accordé son soutien à la « défense courageuse de la démocratie » par la Turquie, comme l’a tweeté le ministre des Affaires étrangères Zarif (un élément crucial), il est clair qu’Erdogan, en quelques semaines seulement, a complètement reconfiguré l’ensemble du tableau régional. Tout converge vers l’intégration eurasiatique et un profond intérêt pour les nouvelles Routes de la soie, au détriment de l’OTAN. Pas étonnant que ce soit la panique à l’intérieur du périmètre à Washington, où Erdogan est considéré par la très grande majorité comme le proverbial allié imprévisible et peu fiable. Le rêve de se retrouver avec des colonels turcs sous les ordres directs de la CIA est maintenant brisé – pour l’avenir prévisible du moins.

Puis qu’en est-il de l’Europe? Yildirim a déjà dit que la Turquie songe à rétablir la peine de mort, afin de l’imposer aux putschistes. Ce qui se traduit pour l’essentiel par bye bye UE. Bye bye aussi à l’approbation, par le Parlement européen, des déplacements sans obligation de visa pour les ressortissants turcs visitant l’Europe. Après tout, Erdogan a déjà obtenu ce qu’il voulait de la chancelière Merkel, c’est-à-dire ces six milliards d’euros pour contenir la crise des réfugiés qu’il a lui-même provoquée. Merkel a tout misé sur Erdogan. Aujourd’hui, elle rumine, pendant que le sultan a un accès direct à Dieu grâce à Face Time.

Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007), Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009), Empire of Chaos (Nimble Books) et le petit dernier, 2030, traduit en français.

Traduit par Daniel, relu par Catherine pour le Saker Francophone

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Publié le par Felli Bernard

MK Bhadrakumar
MK Bhadrakumar

Les gagnants et les perdants dans la tentative de coup d’État en Turquie

Par M.K.Bhadrakumar – Le 16 juillet 2016 – Source Asia Times

La tentative sanglante de coup d’État en Turquie, menée par une section de l’armée a échoué et la nuit des longs couteaux est sur le point de commencer. La géopolitique du coup d’État rend inévitables les répercussions très loin au-delà de la Tur
quie.

Le récit racontant que cela a été une rébellion de généraux et colonels mécontents contre un dirigeant autoritaire est beaucoup trop simpliste. La cible était sans aucun doute Erdogan, mais l’ordre du jour est plus compliqué que cela.

Ces événements dramatiques auront un impact sur le rôle régional et international de la Turquie dans toutes ses dimensions.

Une chose peut être dite avec certitude depuis le début : ce ne fut pas une tentative de coup d’État par des kémalistes qui cherchaient à poser un geste désespéré pour faire reculer la marée de l’islam politique et évincer le président Recep Erdogan du pouvoir. Les deux principaux dirigeants de l’opposition du principal parti kémaliste et du parti nationaliste ont exprimé une forte solidarité avec les forces démocratiques.

Cela signifie, à contrario, que le dirigeant turc est immensément populaire en ce moment et jouit de la sympathie d’un spectre de l’opinion turque plus large que le mandat de 51%, que le Parti de la justice et du développement au pouvoir lui a confié lors du scrutin parlementaire en 2014.

L’écrasante majorité des Turcs ne veut pas que leur pays revive son histoire passée avec des Pachas qui subvertissent systématiquement la suprématie du pouvoir civil élu.

Assurément, Erdogan sent qu’il est du bon côté de l’Histoire et on peut s’attendre à ce qu’il en profite dans les prochaines heures, jours et semaines. Ceci est une chose.

Cependant, le plus inquiétant est que le gouvernement a pointé du doigt les partisans du chef islamiste turc Fethullah Gülen, installé aux USA, pour avoir monté le coup d’état avorté – Gülen, sans surprise, a rejeté l’allégation.

L’agence de presse Anadolu, gérée par l’État, a ostensiblement désigné un colonel, Muharrem Kose, qui a été expulsé de façon déshonorante de l’armée turque en mars 2016 pour ses liens présumés avec Gülen, comme leader de la tentative de coup d’État.

Le ministre de la Justice a également déclaré à la télévision d’État que les partisans de Gülen ont organisé le coup d’État avorté.

Il est certain à 100% que le gouvernement va lancer une purge massive contre les adeptes de Gülen dans les divers organismes du gouvernement, les forces armées et la justice.

Erdogan avait déjà cherché à faire extrader Gülen des États-Unis, ce qui va maintenant devenir une demande pressante, avec laquelle Washington devra composer. Et là, il y a un os.

Cet os c’est qu’il y a toujours eu un soupçon dans l’esprit des turcs que Gülen a travaillé pour les services de renseignement américains.

Un mémoire de l’ancien chef du renseignement turc Osman Nuri Gundes − qui a servi sous Erdogan − publié en 2011, fait valoir que le mouvement islamique mondial de Gülen basé en Pennsylvanie a assuré la couverture de la CIA, en particulier dans les anciennes républiques soviétiques en Asie centrale.

Fait intéressant, la Russie a par la suite interdit les écoles Hizmet de Gülen. L’Ouzbékistan a suivi la Russie.

Bien que Gülen ait fui la Turquie en 1998 pour les États-Unis, il n’a obtenu un permis de séjour qu’en 2008 et les Turcs ont déclaré avec insistance que sa demande de carte verte avait été recommandée par deux hauts responsables de la CIA. Il faut noter que Gülen n’a jamais voyagé en dehors des États-Unis au cours des dix-huit dernières années, depuis qu’il a atterri sur le sol américain, bien que son réseau mène des opérations dans le monde entier.

On peut tenir pour assuré que, dans le contexte du coup d’État avorté, le rôle de Gülen jettera une ombre sur les relations entre la Turquie et les États-Unis, qui ont déjà subi des revers en diverses occasions, au cours des dernières années, sous le règne d’Erdogan.

La grande question est de savoir jusqu’à quel point la tentative de coup d’État aurait été motivée par la politique étrangère de Erdogan. Le fait qu’il pourrait y avoir une telle dimension est difficile à ignorer.

Gülen a exprimé sa forte désapprobation de nombreux aspects controversés des politiques régionales d’Erdogan, comme le déclin dans les relations de la Turquie avec Israël et sa gestion du problème kurde ou l’intervention turque en Syrie.

Curieusement, la tentative de coup d’État coïncide avec les tendances naissantes d’un changement dans la politique étrangère turque, en particulier, dans le sens d’un rapprochement avec la Russie et d’un éventuel démantèlement des politiques interventionnistes d’Ankara en Syrie.

Le coup d’État, s’il avait réussi, aurait sabordé une éventuelle rencontre entre Erdogan et le président russe Vladimir Poutine dans les prochaines semaines, rencontre qui détient le potentiel d’être un moment déterminant dans le conflit syrien.

Moscou fait remarquer que la normalisation avec la Turquie pourrait avoir des retombées positives sur la situation en Syrie. Ankara a également fait allusion à une volonté de rétablir les liens avec la Syrie. De manière significative, le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Zarif a utilisé un langage exceptionnellement fort pour condamner la tentative de coup d’État en Turquie − avant même qu’il ait définitivement échoué.

Toutes choses étant prises en considération, un éventuel changement de la Turquie est bien sûr anticipé à Moscou et à Téhéran comme un événement géopolitique aux conséquences capitales pour le réalignement de la politique au Moyen-Orient et de l’équilibre global des forces.

Pendant ce temps, la Turquie, une grande puissance de l’OTAN, est un partenaire régional que l’Occident peut difficilement ignorer pour poursuivre une stratégie efficace au Moyen-Orient. Bien sûr, Erdogan n’a pas été un partenaire facile – mais de son côté, il reste aussi suspicieux des intentions occidentales.

En théorie, la nouvelle proximité entre la Turquie et la Russie nécessitera aussi une remise à zéro de l’ensemble des calculs stratégiques occidentaux. En fait, une remise à zéro devient nécessaire en ce qui concerne une série de questions – allant du changement de régime en Syrie à la lutte contre le terrorisme, jusqu’à l’ordre du jour des gazoducs en compétition pour alimenter le marché européen.

Le bilan final est que, s’il est prouvé – ou plutôt, une fois qu’il sera prouvé hors de tout doute − que les Gülenistes ont fomenté la tentative de coup d’État avorté, Erdogan ne peut qu’y voir la main cachée des services de renseignement occidentaux voulant l’évincer de la politique turque.

De toute évidence, l’invocation par Erdogan du pouvoir du peuple pour faire avorter la tentative de coup d’État a pris la plupart des analystes américains par surprise. Aussi désagréable que cela puisse être pour la région et la communauté internationale − en particulier l’Union européenne et les États-Unis − elles n’auront désormais d’autre choix que d’apprendre à vivre avec un Erdogan remonté à bloc.

La propension d’Erdogan à mener une politique étrangère indépendante ne sera que plus prononcée après cette expérience brûlante à laquelle il a échappé de justesse.

En particulier, ces événements constituent un revers majeur pour les plans des États-Unis d’établir une présence permanente de l’OTAN dans la mer Noire pour contenir la Russie.

MK Bhadrakumar a servi en tant que diplomate de carrière aux Affaires étrangères de l’Inde pendant plus de 29 ans, avec des postes d’ambassadeur en Ouzbékistan (1995-1998) et en Turquie (1998-2001). Il écrit dans le blog Indian Punchline et régulièrement pour Asia Times depuis 2001.

Traduit et édité par jj, relu par Wayan pour le Saker Francophone

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Poutinus abracadabrus

Publié le par Felli Bernard

Poutinus abracadabrus

Poutinus abracadabrus

19 Juillet 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Russie, #Etats-Unis

Comment diable fait-il pour toujours retomber sur ses pattes ? Deux nouvelles d'importance hier, qui sont du pain béni pour le maître du Kremlin :

  1. l'armée syrienne avance dans le nord de la province de Lattaquié, près de la frontière turque, contre les djihadistes théoriquement soutenus par Ankara.
  2. Kerry a ouvert la porte à une possible exclusion de la Turquie de l'OTAN si le sultan ne respecte pas l'Etat de droit lors de sa purge !

Point commun : la Turquie. Méthode : laisser l'adversaire se lancer et lui faire une planchette japonaise. Ipon.

Résumons : il y a peu encore, l'OTAN affichait son unité tandis que la Turquie armait jusqu'à la mort les "rebelles" syriens et les laissait passer la frontière où ils voulaient. Et presque du jour au lendemain, patatras, retournement complet... Ankara semble avoir stoppé son soutien aux djihadistes (certainement l'une des conditions sine qua non de Poutine à Erdogan au rétablissement des relations). Et c'est maintenant au sein même de l'OTAN qu'il y a de l'eau dans le gaz, les deux plus gros contingents de l'organisation atlantique s'envoyant amabilité sur amabilité. Mieux vaut avoir le coeur bien accroché devant un tel mouvement de bascule...

Alors bien sûr, Vladimirovitch n'est pas entièrement responsable de ce renversement, les circonstances (la tentative de putsch de vendredi par exemple) ont également leur part. Mais il a l'art de se placer de telle façon que les événements finissent toujours par jouer en sa faveur.

Il a désormais :

  • les mains à peu près libres en Syrie (à confirmer tout de même, byzantinisme moyen-oriental oblige)
  • les excuses d'Erdogan pour l'incident du Su-24 et le châtiment pour les auteurs (tiens, ce sont maintenant les deux pilotes turcs, et non plus un seul, qui sont arrêtés)
  • un prestige accru au Moyen-Orient, non seulement pour l'intervention syrienne mais aussi pour avoir fait ravaler sa fierté au sultan, peu habitué à ça.
  • une Turquie affaiblie car divisée en face de lui, où il détient maintenant plusieurs atouts (Erdogan qu'il a peut-être sauvé et qui paraît lui être redevable, mais aussi le PKK kurde).
  • cerise sur le gâteau, une OTAN divisée elle aussi, ce qui ne manque pas de sel moins d'un mois après le Brexit. Ca commence à tanguer sérieusement du côté de l'empire...

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