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Brexit, chance pour l’Europe ?

Publié le par Felli Bernard

ZEMMOUR Eric
ZEMMOUR Eric

Brexit, chance pour l’Europe ?

Le Brexit, une chance pour l’Europe ?

C'était dans un vieux film des Monty Python : des hordes de paysans en guenilles manifestaient devant un château fort en criant : "Laissez-nous sortir !" Mais, plus le plan de la caméra s’élargissait, plus on s’apercevait qu’ils étaient… dehors. Il y a du Monty Python dans David Cameron. Il réclame un allégement des contraintes européennes mais les Anglais échappent déjà aux seules politiques qui posent des problèmes insurmontables aux pays du continent : Schengen et l’euro.

Un pied dedans, un pied dehors. Les Anglais ne changent pas. Pendant des siècles, leur seule politique a consisté à empêcher tout rassemblement de l’Europe, que cette unification continentale se fasse sous la férule espagnole, française ou allemande. Les Anglais n’ont cessé de vouloir entrer dans l’Europe des Six. Et, une fois entrés, ils l’ont détruite de l’intérieur, imposant l’élargissement aux pays de l’Est, la suppression des barrières tarifaires, la désagrégation de la politique agricole commune. C’était leur objectif caché : détruire ce qui leur apparaissait comme le retour du blocus continental de Napoléon. Mission accomplie : la "forteresse Europe" est ouverte aux quatre vents de la mondialisation. Toute politique industrielle y est interdite. Les frontières sont des passoires où se déversent tous les migrants de la terre.
Le Brexit serait la cerise sur le gâteau : ils quitteraient un bateau en perdition. C’est leur autre caractéristique : un sens aigu, farouche, de leurs intérêts nationaux, quand les élites françaises suivent leurs chimères, leurs passions ou leurs illusions idéologiques. Dans les années 1960, le Marché commun était la région la plus dynamique du monde. C’était la période des miracles allemands, italiens, français aussi. Il fallait en être. Aujourd’hui, c’est en Europe que la croissance est la plus poussive. Il faut en sortir. Bye bye.

Une fois encore, les Anglais nous donnent une leçon de réalisme. Et de démocratie. La technocratie bruxelloise - sans oublier les juges européens - règne sur le continent à coups de normes et de droit. C’est encore Juncker, le président de la Commission, qui parle le mieux de l’Europe telle qu’elle est : "Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités." La mère de la démocratie parlementaire ne pouvait pas ne pas se rebeller contre une telle hubris technocratique. Eternel paradoxe britannique : les Anglais ont imposé à Bruxelles leur idéologie libérale qui n’est pas seulement un respect du libre marché. L’Europe est devenue une trappe à souveraineté. Une monnaie sans Etat, des frontières extérieures sans gardes-frontières, une politique étrangère sans armée. La construction européenne, commencée depuis trente ans, s’achève dans une impasse. Dans un entre-deux mortel. Tout se désagrège en même temps. Il faudra prendre le Brexit comme un symptôme. Une leçon : il n’y a rien en dehors des nations. Une chance. Un exemple à suivre.
Paru dans Le Figaro Magazine, 26 février 2016

ZEMMOUR Eric

Né le 31 août 1958
Marié – 3 enfants


Journaliste politique, écrivain


Institut d'études politiques (Paris)

Membre du jury au concours d'entrée à l'ENA (2006)
Valeurs actuelles – Chroniques (depuis 1999)
Marianne – Chroniques (depuis 1996)
Le Figaro – service chroniqueurs (depuis 1996)
Info-Matin – éditorialiste (1995)
Quotidien de Paris - service politique (1986-1994)

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Thinkerview interroge Natacha Polony qui parle très bien d’elle-même en parlant des autres

Publié le par Felli Bernard

Thinkerview interroge Natacha Polony qui parle très bien d’elle-même en parlant des autres

Thinkerview interroge Natacha Polony qui parle très bien d’elle-même en parlant des autres

25 février 2016 235 commentaires Demaerd Awards et Grenelle de la Décomposition

Thinkerview nous propose régulièrement des entretiens qui sortent des sentiers battus. Cette fois-ci, ils ont cependant décidé de s’attaquer à un sujet assez peu original, l’analyse du journalisme en France. Pour cela, ils ont profité de la création, par Natacha Polony, d’un nouveau think-tank dédié à ce sujet pour lui poser une batterie de questions.

Natacha Polony, c’est cette journaliste et essayiste française qui s’est spécialisée dans l’éducation et les questions sociétales et qu’on voit régulièrement pratiquer les plateaux télés, les chroniques radios ou de presse traditionnelle et qui a constaté un grand trouble dans la force journalistique française. Pour elle, le journalisme du pays n’est plus ce qu’il était et sombre du côté obscur, où il y aurait une façon de ne pas poser les problèmes et de ne pas poser les questions (qu’on devrait pourtant se poser).

Raison indispensable, donc, pour notre Yoda du journalisme de créer le think-tank Comité Orwell qui justifiera amplement une petite interview de derrière les fagots que Thinkerview vous livre ici même.

Les premières minutes de l’entretien laissent faussement s’installer une petite routine de questions-réponses relativement convenues. Abordant la question du journalisme et de sa perception dans l’opinion publique, Polony admet sans mal l’insatisfaction énorme des Français à l’égard des médias. Les Français ne seraient pas correctement informés, les médias alimentant ainsi une forme de trahison dans laquelle les journalistes sont perçus, selon elle, comme les chiens de garde d’un système.

Pour Polony, ce système serait cette connivence entre médias, politiciens et entreprises dans un grand mélange des genres néfaste à la démocratie et à la bonne communication entre le peuple, ceux qui l’informent et ceux qui le dirigent. Pour elle, les élites n’ont plus d’intérêts convergents avec le peuple dont ils ont la charge, ce qui pousse inévitablement à des mouvements sociétaux violents, dont on pressent les prémices dans les récentes élections dans les pays occidentaux, où les peuples tentent de faire comprendre aux dirigeants que leurs intérêts sont maintenant trop divergents les uns des autres.

Soit.

Roulant sur ce constat, que d’autres ont fait depuis un moment, elle embraye facilement (vers 11:45) sur l’évidente contrainte économique qui pèse lourdement sur les journalistes (telle une laisse au cou d’un chien, apparemment). Pouvant perdre son job à tout moment, le journaliste moderne n’est plus libre d’écrire ce qu’il veut ou ce qu’il pense, usant d’auto-censure ou d’aveuglement pratique. Il y aurait des sujets tabous, une police de la pensée, dans lequel « celui qui déborde passe pour un incompétent ou un conspirationniste » et en tout cas, « ne peut plus être pris au sérieux ».

À l’écoute, je n’ai pu m’empêcher de noter que, finalement, à l’aune de cette définition, tout le monde était dépendant économiquement (d’un patron, d’un client, d’un mécène, d’un électeur même) et qu’en conséquence, la parole était bridée partout. Diable. Polony déploierait-elle des trésors d’ingéniosité pour énoncer de telles évidences ? Plus tristement, j’ai aussi noté que la contrainte économique introduite par les subventions massives de l’État à la presse ne semblait pas se ranger dans la même catégorie de laisse que la précédente. On se demanderait presque pourquoi…

Le doute continue de s’immiscer lorsqu’à l’occasion d’aborder le rôle d’internet dans les médias (vers 18:30), elle constate que la presse se fait « uberiser » par internet et le journalisme low cost : dans une course permanente à la vitesse où tout est taillé pour faire de « l’alerte smartphone », le journalisme du temps long serait en train d’être éradiqué. Pour elle, deux causes se dégagent : l’une est économique (oui, encore) — on n’a pas ou plus les moyens de faire du journalisme d’investigation, de réflexion, de recul — et le second serait l’audience, le public (et pire encore, les journalistes eux-mêmes) ne se donnant plus la peine de lire suffisamment.

La suite de l’entretien est un peu du même tonneau, où l’on aborde la déchéance de nationalité, la hiérarchisation des journalistes (depuis les journalistes politiques, en haut, et les autres types de journalistes, en bas), la problématique proximité des journalistes avec leur sujet, et enfin le manque de culture politique ou historique des jeunes générations de journalistes.

Tout ceci n’est guère excitant. Les constats, sans casser trois pattes à un canard, semblent les bons, mais on peine à distinguer une colonne vertébrale à tout ça. C’est au détour d’une question sur Laurent Joffrin (vers 26:30) que, d’un coup, les choses s’éclaircissent.

Interrogée pour savoir si Joffrin n’aurait pas atteint son seuil d’incompétence, Polony, sans doute précautionneuse de ses arrières, prend quelques pincettes pour noter l’absence de résultats fulgurants du directeur de Libération en termes de lectorat ; elle se permet tout de même d’évoquer l’idéologie du patron de presse qui d’un côté défend mordicus un président ayant pourtant renié toutes ses promesses, et qui de l’autre criminalise ceux qui font valoir des opinions politiques différentes des siennes. Dans la foulée, elle explique que Joffrin réagit ainsi car il serait intimement convaincu d’être dans le camp du Bien. On ne le lui fait pas dire…

Mais là, c’est le drame.

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Emportée dans son élan, et en l’espace de quelques secondes, Polony sort alors les mêmes âneries que 99% des autres journalistes qu’elle s’est pourtant employée à dézinguer dans tout son discours précédent : pour la brave Natacha, le petit Laurent défend coûte que coûte la sociale-démocratie « qui n’est même plus une sociale-démocratie, mais du libéralisme pur » (27:40).

Patatras.

Pour quelqu’un qui a fait SciencePo et qui n’hésite pas à le rappeler à l’auditeur attentif, on peut légitimement se demander ce qu’elle a retenu de ses cours. Pire : pour quelqu’un qui prétend faire preuve de plus de recul que les autres membres de sa profession (dont les oreilles ont furieusement dû siffler pendant le reste de l’entretien), que voilà bel exemple d’une pensée conforme et symptomatique d’un trajet parfaitement fixé qu’elle emprunte comme une petite loco sur de longs rails solidement fixés vers l’abîme intellectuel où tous les maux de la planète ont trouvé un dénominateur commun, à savoir le libéralisme pur, le turbo-libéralisme caca, l’ultralibéralisme déchaîné.

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Et d’un envoi d’épithète à un autre, poum, voilà le pauvre Joffrin, pourtant déjà rhabillé pour l’hiver et le suivant, taxé de libéral, injure suprême et d’autant plus lolifiante que le pauvret n’est pas le dernier à distribuer, lui aussi quand on le lui demande, de cet anathème à qui osera se fendre d’objections à son encontre.

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À partir de ce point, on pourrait arrêter de se gondoler et reprendre calmement l’interview. Le geste serait beau, courageux même, d’autant que quelques petits sushis de pensée pratique à gober s’égaillent joyeusement dans la suite (Natacha parle des Français, Natacha pense le monde, Natacha fait de la cuisine politique, Natacha fait de la géopolitique — mais on préfèrera celle de Conesa, interrogé par la même équipe Thinkerview, bref Natacha meuble bien).

Malheureusement, ce qu’elle raconte ensuite est teinté de cette révélation qu’elle raconte, finalement, exactement la même chose, d’une façon à peine différente, que ses collègues journalistes qu’elle fustige pourtant à grand coup de cuillère à pot.

D’ailleurs, à plusieurs reprises, elle montre très clairement n’accorder qu’assez peu de sens critique et de capacité d’analyse aux téléspectateurs, aux auditeurs et aux lecteurs des différents médias disponibles en France. Là encore comme 99% de ses collègues, elle n’a pas de mal a estimer que le peuple est tenu dans l’ignorance en jouant sur sa paresse et sur les ficelles de la société de consommation (qu’elle critique en détail, là encore comme 99% de ses collègues).

Interrogée sur cette tendance, elle expliquera évidemment ne surtout pas déconsidérer ces individus, allant jusqu’à expliquer qu’on les a volontairement abêtis (« on » étant les méchants, le système, les autres, le libéralisme notamment), résumé vers 33:20 par un « triptyque télévision, publicité et grande distribution » qui aurait englué les gens chez eux devant la télé sans possibilité de dépassement. Que la baisse de niveau culturel et intellectuel puisse provenir de l’effondrement complet du niveau scolaire, lui-même directement dépendant des décisions politiques de plus en plus calamiteuses prises depuis 40 ans en la matière, ça ne l’effleure pas trop. Que le délitement de la société française soit en corrélation presque parfaite avec l’accroissement de l’interventionnisme de l’État dans toutes les parties d’icelle ne l’a sans doute jamais troublé (tout comme 99% de ses collègues), tout simplement parce qu’il est bien plus commode de cogner (comme 99% de ses collègues) sur les méchants capitalistes.

Quelque part, tout ceci est un peu triste puisqu’on échappe encore une fois à une pensée vraiment originale. On pourra toujours souhaiter que le Comité Orwell de Polony parvienne à faire un peu bouger les lignes journalistiques actuelles, mais les prémices semblent bien ternes : en parlant des autres journalistes, sa présidente démontre assez bien leur panurgisme sans arriver le moins du monde à prouver qu’elle n’en est pas elle-même atteinte.

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Soixante-dix ans de harcèlement contre les gouvernements et le peuple européens

Publié le par Felli Bernard

Soixante-dix ans de harcèlement contre les gouvernements et le peuple européens

Soixante-dix ans de harcèlement contre les gouvernements et le peuple européens

par Andrey Fomin

Contrairement aux apparences, si les États-Unis ont décidé d’enquêter et de mettre au jour d’éventuels soutiens russes aux partis anti-européens, leur but n’est pas de protéger les Européens de quelque ingérence étrangère. C’est même plutôt l’inverse. Depuis soixante-dix ans, Washington manipule la politique de l’Europe de l’Ouest et empêche la mise en place d’une véritable démocratie.

Réseau Voltaire | Moscou (Russie) | 16 février 2016

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Un article retentissant publié dans The Telegraph nous apprend que le directeur du renseignement états-unien a été récemment diligenté par le Congrès pour « mener une enquête de grande envergure sur le financement occulte de partis politiques européens par la Russie au cours de la dernière décennie [1]. » Cette révélation, une fuite contrôlée, classique du genre, a pour but de mettre en garde toutes les entités politiques européennes insoumises, fortifiées par le soutien populaire, et de les inciter à revoir à la baisse leurs ambitions de rééquilibrage de la souveraineté de leur État au sein de l’Union européenne. Le parti Jobbik en Hongrie, Aube dorée en Grèce, la Ligue du Nord en Italie et le Front national en France sont explicitement cités dans la liste des suspects. L’article laisse entendre que d’autres partis en Autriche, en République tchèque et aux Pays-Bas, sans être cités nommément, font l’objet des « investigations des services de renseignement US ». Même le nouveau chef du Parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, est suspecté de s’amouracher des Russes. Le message est clair : toute personnalité politique qui ose remettre en cause l’expansion de l’Otan vers l’est, les mesures de sanctions envers la Russie ou la position actuelle de l’Europe dans le conflit ukrainien est considérée comme un agent, de plein gré ou à son insu, de la guerre multiforme menée par la Russie.

Tout cela serait amusant si ce n’était pas dangereux. À la vérité, tout observateur impartial se poserait quelques questions élémentaires : pourquoi les agences de renseignement états-uniennes s’intéressent-elles donc tant aux enjeux de la sécurité intérieure en Europe ? N’est-ce pas les mêmes agents qui financent, recrutent et manipulent d’innombrables personnes, organisations politiques et médias européens ? Pourquoi les États-Unis lèvent-ils si ostensiblement le voile sur leur domination sur l’Europe ?

La réponse politiquement correcte à ces interrogations s’articule autour du rôle salvateur des États-Unis en Europe contre la « menace communiste » après la Seconde Guerre mondiale, où ils ont permis une reprise rapide de l’économie et de la protection que leur parapluie nucléaire garantit encore aujourd’hui sur le continent. Peut-être. Mais l’analyse du contexte historique commence avec le plan Marshall. D’abord, parce qu’il ne fut lancé qu’en 1948. La capitulation nazie datant de mai 1945, un lecteur mal informé pourrait en déduire que les États-Unis travaillaient depuis trois ans à la préparation de ce programme d’investissements massifs pour l’Europe… et il aurait tort. Lors de la seconde conférence de Québec en septembre 1944 (portant le nom de code « Octogone »), le Président des États-Unis, F. D. Roosevelt, et son secrétaire au Trésor, Henry Morgenthau Jr, soumirent au Premier ministre britannique, Winston Churchill, leur programme post-capitulation pour l’Allemagne [2]. Ce document secret envisageait la partition et la démilitarisation complète de l’État allemand. Il prévoyait la division de l’Allemagne en deux États indépendants. Les centres miniers et industriels, dont le protectorat de Sarre, la Ruhr et la Haute-Silésie devaient être internationalisés et annexés par la France ou la Pologne. En voici quelques extraits :


Les forces armées [états-uniennes] entrant dans les zones industrielles [allemandes] devront procéder à la destruction de toutes les usines et de tous les équipements qui ne pourraient pas être immédiatement déplacés.
Dans un délai de six mois après l’arrêt des hostilités, toutes les usines et tous les équipements industriels qui n’auraient pas été détruits par l’armée seront tous soit démantelés ou déplacés hors zone, soit complètement détruits.
La population de ces régions sera informée que, désormais, aucune industrie ne sera autorisée à s’implanter dans les zones démantelées. Ainsi, les ouvriers qualifiés et expérimentés seront encouragés à émigrer définitivement avec leur famille et dispersés dans tout le pays.
Les stations de radio, les journaux, magazines, hebdomadaires, etc. seront tous suspendus jusqu’à ce que des contrôles adéquats soient mis en place et un programme approprié adopté.

Ce programme de reprise post-conflit mondial pour l’Allemagne est connu sous le nom de Plan Morgenthau. La célèbre directive du Comité des chefs d’état-major interarmées 1067 adressée au Commandant en chef des Forces d’occupation états-uniennes en Allemagne, officiellement publié en avril 1945, était parfaitement calquée sur ce document initial [3].

Le plan Morgenthau s’avéra rapidement être une erreur stratégique. Les États-Unis sous-estimaient l’impact culturel et idéologique que les Soviétiques allaient avoir sur la société européenne. Ne se fiant qu’à leur propre jugement, les stratèges US ne saisirent pas la force d’attraction exercée par le système socialiste sur la majorité de la population des nations libérées. Les organes politiques se réclamant du socialisme et du communisme remportaient des élections démocratiques et faisaient croître leur influence, non seulement en Europe de l’Est, mais aussi en Grèce, en Italie, en France et dans d’autres pays européens (voir les succès de Palmiro Togliatti et de Maurice Thorez, pour ne citer qu’eux). Progressivement, les États-Unis se rendirent compte que la désindustrialisation qu’ils voulaient imposer à l’Europe pouvait favoriser une réindustrialisation à la soviétique et ainsi mener à la domination de l’URSS sur le continent… C’est ainsi que les États-Unis durent prestement remplacer le plan Morgenthau par celui qui porte le nom du secrétaire d’État d’alors, George Marshall… Pendant quatre années, le plan Marshall a arrosé l’Europe de douze milliards de dollars répartis entre crédits, prêts, donations, etc. dans le but d’acheter… les moyens de production et les marchandises US. Le plan Marshall a indubitablement revivifié l’économie des nations européennes, mais son effet positif principal reste l’impact sur l’économie… états-unienne. Parallèlement, une vague de répression politique déferlait en Europe, et plus significativement en Allemagne.

Les médias ont largement occulté l’initiative soviétique de 1950 qui prévoyait son retrait de RDA et la réunification de l’Allemagne démilitarisée, neutre et non-alignée, dans l’année suivant le traité de paix. La résolution adoptée à la Conférence de Prague entre les ministres des Affaires étrangères du bloc soviétique, le 21 octobre 1950, proposait la mise en place d’une Chambre constituante composée de représentants de toute l’Allemagne à égale mesure entre les membres issus de RFA et de RDA afin de « préparer la formation du gouvernement provisoire démocratique, souverain et pacifique d’une Allemagne unie. » Nul besoin de préciser que le gouvernement états-unien et l’administration ouest-allemande de Bonn s’opposèrent avec virulence à cette proposition [4]. Le référendum, proposé aux électeurs des deux parties de l’Allemagne, sur la question « Êtes-vous contre la remilitarisation de l’Allemagne et pour la ratification du Traité de paix de 1951 ? », ne fut officiellement reconnu que par la seule RDA (avec 96 % des suffrages en faveur du « oui »). En RFA, les autorités téléguidées par les États-Unis se gardèrent bien d’y répondre de manière démocratique. Elles refusèrent de reconnaitre les résultats partiels du référendum qui se tenait depuis le mois de février 1951 (parmi les 62 millions de citoyens de l’Allemagne fédérale ayant voté jusqu’en juin 1951, 94,4 % s’exprimaient pour le « oui ») [5] et, le 11 juillet, promulguèrent un amendement draconien à la loi pénale (la Loi éclair de 1951). Cet acte législatif prévoyait des poursuites pour haute trahison et des sanctions comprises entre 5 et 15 ans de prison contre tout individu se rendant coupable d’importer des productions littéraires censurées, de critiquer le gouvernement ou d’avoir établi des contacts non signalés avec les représentants de RDA. Cet amendement fut utilisé dans plus de 200 000 actions judiciaires menées contre 500 000 membres du Parti communiste et d’autres partis de gauche entre 1951 et 1968. Des dizaines de milliers de personnes furent condamnées à des peines d’emprisonnement et la plupart de ceux qui furent « blanchis » ne reprirent jamais leurs activités politiques. En 1953, plusieurs amendements supplémentaires abolirent purement et simplement le droit de réunion et, en 1956, le Parti communiste d’Allemagne était interdit en RFA.

Daniel Burkholz, dans son documentaire de 2012, “Verboten – Verfolgt – Vergessen” (Interdits, suivis, oubliés : un demi-million d’ennemis publics) fournit de nombreuses informations supplémentaires. Étonnamment, la vidéo n’est plus accessible sur Youtube.

La répression politique menée en Allemagne des années 1950 aux années 1980 est un sujet particulièrement tabou en comparaison de celle qui sévissait dans d’autres pays d’Europe au cours de la même période. Une résonance médiatique bien plus importante a été offerte à l’opération Gladio en Italie, à la dictature des colonels en Grèce et à l’assassinat de personnalités politiques publiquement déclarées en faveur d’un compromis avec le Bloc soviétique, comme l’Italien Aldo Moro abattu en 1978 et le Premier ministre suédois Olof Palme en 1986. Les révélations faites par l’ancien correspondant du Frankfurter Allgemeine Zeitung, Udo Ulfkotte, dans son livre Journalistes soudoyés (Gekaufte Journalisten) consacré aux mécanismes de manipulation des populations par les médias en Allemagne (cela nous rappelle le plan Morgenthau) ne constituent que la partie émergée de l’iceberg.

L’absence quasi-totale de réaction de la part de Berlin après les révélations d’Edward Snowden à propos de la surveillance électronique systématique des dirigeants allemands par la NSA (National Security Agency) tend à confirmer que l’Allemagne a pris acte de la perte de sa souveraineté et que, dès lors, elle n’a plus rien à perdre.

Ce bref rappel des faits et une lecture plus attentive de l’article du Telegraph n’entament-ils pas votre conviction que les États-Unis sont les garants de la souveraineté européenne ? En justifiant la surveillance et la pression exercée sur les gouvernements et la société civile en Europe par le prétexte d’une prétendue « menace russe », l’oncle Sam ne chercherait-il pas plutôt à servir son objectif premier : conserver son pré carré ?

Andrey Fomin

Traduction
Nathalie Krieg

Source
Oriental Review (Russie)

[1] « Russia accused of clandestine funding of European parties as US conducts major review of Vladimir Putin’s strategy. Exclusive : UK warns of "new Cold War" as Kremlin seeks to divide and rule in Europe » (La Russie soupçonnée de financement occulte au profit de partis politiques en Europe dans l’enquête à grande échelle menée par les autorités américaines sur la stratégie de Vladimir Poutine. Exclusif : Le Royaume-Uni s’inquiète d’une “nouvelle guerre froide‟ à propos de la volonté du Kremlin de diviser et de régir l’Europe), Peter Foster & Matthew Holehouse, The Telegraph, 16 janvier 2016.

[2] “Suggested Post-Surrender Program for Germany” (Proposition de programme post-capitulation pour l’Allemagne), F. D. Roosevelt, Septembre 1944.

[3] “Directive to the Commander in Chief of the U.S. Occupation Forces (JCS 1067)” (Directive au Commandant en chef des Forces d’occupation en Allemagne), avril 1945.

[4] “Notes for Eastern Element’s Briefing of General Mathewson” (Notes sur les instructions du général Mathewson en Europe de l’Est), 15 février 1951. Publié in Foreign Relations of the United States 1951, Volume III, Part 2, European Security and the German Question (Document 341).

[5] “Flusslandschaft 1951. Frieden”, Protest in München.

La partition de l’Allemagne d’après les dispositions du plan Morgenthau de 1944

La partition de l’Allemagne d’après les dispositions du plan Morgenthau de 1944

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Le mensonge, la nausée et les sanctions Par Michel Raimbaud, ancien ambassadeur de France

Publié le par Felli Bernard

Le mensonge, la nausée et les sanctions Par Michel Raimbaud, ancien ambassadeur de France

Le mensonge, la nausée et les sanctions
Par Michel Raimbaud, ancien ambassadeur de France

samedi 27 février 2016, par Comité Valmy

Le pire ministre des affaires étrangères jamais offert à la France a déguerpi...

Le mensonge, la nausée et les sanctions

Le pire ministre des affaires étrangères jamais offert à la France a déguerpi. Il laisse derrière lui une diplomatie ruinée, décrédibilisée et démoralisée : seraient-ils les meilleurs de la planète, nos diplomates ne peuvent faire de miracles lorsqu’ils sont amenés à ne défendre que des dossiers indéfendables, qui les placent systématiquement du mauvais côté de l’Histoire. C’est là que le bât blesse.
Le départ d’un ministre aussi étranger aux affaires étrangères, qui ne se réveillait qu’au nom de Bachar al Assad, ne fera guère pleurer que lui-même et ses complices. Mais les optimistes inoxydables, inondés d’espoir l’espace d’un adieu, devraient se méfier : si le pire n’est jamais sûr, le meilleur l’est encore moins.
Le partant était un pilier du « groupe des Amis de la Syrie », dont la liste des Etats membres illustrait alors parfaitement la sentence bien connue : avec de tels amis, plus besoin de se chercher des ennemis. Reprenant le flambeau brandi par la France lors du rezzou de l’OTAN sur la Libye, Fabius a tout fait pour propulser notre pays à l’avant-garde des va-t-en guerre de la vertueuse « communauté internationale ». N’est-ce pas lui qui, mi-dépité mi-gourmand, estimait en juillet 2012 qu’il « reste encore quelques renforcements possibles en matière de sanctions », insistant pour que la Grèce cesse d’importer du phosphate syrien ?
Le club Elisabeth Arden (Washington, Londres, Paris), qui prétend depuis un quart de siècle incarner la « communauté internationale », s’est transformé au fil des dernières années en un directoire de pères fouettards ayant pour inspirateurs les néoconservateurs de « l’Etat profond » des pays d’Occident et d’ailleurs, et pour alliés privilégiés les régimes moyen-orientaux les plus portés sur la flagellation. En 2011, après l’Irak, le Soudan, l’Afghanistan, la Somalie, la Palestine, la Yougoslavie, l’Iran ou l’Ukraine et quelques autres, nos pères fouettards, pourtant bien absorbés par leur tâche du moment (protéger les populations civiles de la Jamahiriya libyenne en les bombardant, avant de liquider physiquement Kadhafi – NDLR), vont réserver à la Syrie un traitement de choix. C’est ainsi que les sanctions vont pleuvoir en giboulées dès les premiers beaux jours.
En juillet 2012 (on taira par décence le nom du journal et ceux des journalistes), une vidéo apparaît sur le net avec un titre en forme de question qui tue : « A quoi servent les sanctions contre la Syrie ? » Celle-ci, note le commentaire écrit, « fait depuis plus d’un an l’objet de mesures de rétorsion de la part de la communauté internationale, avec un succès mitigé ». Il faut « punir et étouffer économiquement le régime de Bachar al Assad, qui réprime dans le sang ses opposants : tel est l’objectif ». On n’aura pas fini d’entendre cette rengaine.

Notre vidéo précise que, le 23 juillet 2012, l’Union Européenne a adopté un nouveau train de sanctions, pour la 17ème fois en un an (sic). Elle rappelle que les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Suisse, la Turquie et la Ligue Arabe (kidnappée par le Qatar et les régimes du Golfe) ont pris des mesures équivalentes.
Sans dresser une liste interminable des sanctions imposées, renouvelées et renforcées les années suivantes, il n’est pas inutile de rappeler au passage, à l’attention des distraits, des ignorants ou des bonnes consciences, le script général du chef-d’œuvre des dirigeants occidentaux et de leurs bureaucraties sadiques :


1/ D’abord viennent les sanctions classiques « de mise en situation » par le Conseil de Sécurité, prises en mai 2011 :
Les premières mesures prises par l’Union Européenne concernent la mise au ban (refus de délivrer des visas) et le gel des avoirs de 150 personnalités du « régime syrien ».
Par ailleurs, une cinquantaine de sociétés « soutenant le régime » sont soumises à boycott dont cinq organismes militaires, conformément à l’embargo adopté « sur les exportations d’armes et de matériel susceptible d’être utilisé à des fins de répression ». Il est ainsi interdit d’exporter vers la Syrie des équipements, des technologies ou des logiciels destinés à surveiller ou intercepter des communications sur Internet ou les téléphones.


2/ Le 10 août 2011, le gouvernement américain prend des sanctions économiques contre les sociétés de télécommunication syriennes et les banques liées à Damas, empêchant les citoyens étatsuniens de mener des affaires avec la Banque commerciale de Syrie, la Banque syrienne libanaise commerciale ou Syriatel. Les avoirs de ces sociétés aux États-Unis sont gelés, autant dire volés. Hillary Clinton annonce dans la foulée un embargo total sur les importations de pétrole et de produits pétroliers en provenance de Syrie. Imitant aussitôt ses maîtres, l’Union Européenne décide de plusieurs trains de sanctions supplémentaires, y compris un embargo sur le pétrole.
La dernière salve visera à réduire les échanges commerciaux afin de finir d’asphyxier l’économie du pays.


3/ Viendront ensuite les sanctions diplomatiques (rappel des ambassadeurs en consultation) décidées dès l’automne 2011, après le double véto russo-chinois sur le projet de résolution islamo-occidental visant à provoquer en Syrie un processus à la libyenne. Les Etats-Unis ayant rappelé de Damas leur ambassadeur du troisième type, plusieurs Etats de l’Union Européenne rappellent les leurs.
Juppé rappellera le sien une première fois le 17 novembre 2011 : « erreur fatale » pour le ministre ordinateur. Après un faux retour, ce sera le départ définitif en février 2012. Nommé en mai 2012, Fabius fera encore mieux : à peine intronisé, il expulsera l’ambassadrice de Syrie à Paris, ayant oublié que cette dernière est également représentante auprès de l’UNESCO et qu’il ne peut la contraindre au départ.


4/ En 2012, ce sera la fermeture de la compagnie aérienne « Syrianair » à Paris, puis l’interdiction de toute liaison aérienne entre la France et la Syrie et, plus généralement, entre les capitales européennes et Damas. Etc…

Hélas, se lamentent des experts pleins d’onction et de componction, tout le monde n’est pas d’accord pour mettre en place un embargo, ce qui en limite la portée. La belle unanimité qui, de 1991 à 2011, a rassemblé les cinq Permanents du Conseil de Sécurité autour des trois Occidentaux n’existe plus et c’est un élément déterminant qui permet de briser l’arrogance et la toute-puissance des puissances atlantiques. Des doigts accusateurs pointent « certains pays qui ne jouent pas le jeu ? (sic). Mais est-ce bien un jeu ? La Russie et la Chine soutiennent le gouvernement et l’Etat syriens : ils seront priés de « rejoindre la communauté internationale » (sic). La Syrie peut également compter sur l’aide multiforme de son allié, l’Iran, mais celui-ci est déjà sous lourdes sanctions. D’autres pays, comme le Brésil, ne soutiennent pas les Occidentaux ? En outre, certains Etats traînent les pieds au sein de l’Union Européenne, et les accrocs aux engagements pris contre Damas se multiplient.

Ce blocus qui asphyxie progressivement la Syrie est certes difficile à mettre en œuvre, mais que nos perfectionnistes se consolent : il est indéniable que les résultats escomptés sont là. Après cinq années de sanctions et d’acharnement collectif, le peuple syrien est épuisé et vit dans des conditions terrifiantes. Nos grands dirigeants, si bons et si pudiques, ne connaissent-ils pas la vérité, non pas celle de leurs protégés émigrés qui vivent au chaud ou au frais à l’ombre de leurs protecteurs, mais la vérité des habitants qui ont tenu bon dans leur pays. Loin du paradis de la révolution auquel les premiers feignent de croire, loin du paradis auquel aspirent les djihadistes démocratiques et les terroristes modérés, c’est un enfer que vivent les Syriens de la Syrie réelle, un enfer qu’ils doivent au fanatisme de leurs « libérateurs » et de leurs alliés turcs ou arabes ainsi qu’au sadisme de l’« Axe du Bien », parrain des terroristes et grand déverseur de punitions devant l’éternel.

Les sanctions sont parvenues à détruire un pays qui était plutôt prospère, quasiment sans endettement, autosuffisant pour l’essentiel de ses besoins et globalement bien parti. Elles ont fini par entamer le tissu national syrien, soudé par une tolérance « laïque » assez exemplaire, sans réussir toutefois à le déstructurer. Le but de ce politicide était (et reste toujours) de démoraliser les populations, en les amenant à perdre confiance dans la légitimité de leur Etat, de leur gouvernement, de leurs dirigeants, de leurs institutions, de leur armée, tout en leur donnant l’illusion que l’Occident est heureusement là pour les « sauver du tyran qui les massacre » et accueillir en son sein les réfugiés et les transfuges.
Le terrible bilan enregistré en Iraq - un million et demi de morts, dont 500 000 enfants - est là pour rappeler que les sanctions sont une arme de destruction massive, utilisée avec un total cynisme par les « maîtres du monde ». Pour Madeleine Albright évoquant sans doute des « dégâts collatéraux », « cela en valait la peine ». On voit le résultat.

En Syrie, les « punitions » occidentales ne sont pas mieux intentionnées. Elles visent à mater un peuple résistant et à le forcer à accepter la fatalité d’un changement de régime, ou bien à l’amener à fuir ou à déserter…Quitte à saigner le pays de sa jeunesse déjà formée, de ses cadres aspirant à vivre mieux dans un climat de paix…Quitte à faire de ces réfugiés un peuple de mendiants, à la merci des trafiquants de toutes spécialités : en témoignent ces femmes et enfants installés la nuit au coin des boulevards parisiens par des équipes inquiétantes.
Depuis cinq ans, nos politiciens combinards, nos journalistes complaisants, nos intellectuels perdus ou dévoyés participent, à quelques exceptions près, à l’énorme conspiration du mensonge qui fait passer la Syrie souveraine et légale pour usurpatrice et massacreuse, et ses agresseurs et leurs parrains, orientaux ou occidentaux, pour des libérateurs révolutionnaires. Outre l’horreur et l’effroi que soulèvent les images de cette guerre sauvage, comment ne pas avoir la nausée devant l’aveuglement, volontaire ou non, de nos élites qui préfèrent donner du crédit aux mensonges de leurs alliés et protégés criminels plutôt qu’aux témoignages innombrables des victimes qui désignent sans ambigüité leurs bourreaux ? Comment ne pas avoir la nausée devant cette complicité assumée, à peine camouflée par une omerta systématique ? Comment enfin ne pas frémir devant cet aplomb et cette bonne conscience bétonnée de nos faiseurs d’opinion ?

La solution ne consiste pas à accueillir en Europe les réfugiés que l’on a d’une façon ou d’une autre créés en alimentant la guerre universelle d’agression et le djihad en Syrie. Il faut lever immédiatement, sans délai et sans conditions, les sanctions qui sont destinées à briser tout un peuple. Il faut mettre fin à la guerre et non en décupler l’impact par les moyens minables, sournois et iniques que sont les sanctions à la mode occidentale.

Il faut rendre justice à ce peuple martyrisé et humilié. Et la plus élémentaire des justices, la première, est de ne plus couvrir d’un voile de vertu les criminels féroces qui cherchent à détruire au nom de l’intolérance la Syrie tolérante. Elle implique également de ne plus cautionner les impudeurs des maîtres fouettards qui punissent en toute impunité avec la morgue des arrogants. Assez de mensonges, assez d’hypocrisie, assez de leçons.

Répétons-le, il faut lever les sanctions criminelles et scélérates qui tuent la Syrie et son peuple. Ni dans un mois, ni dans un an, mais maintenant. Ce n’est pas une question de diplomatie, c’est une affaire d’honneur, et la France s’honorerait en prononçant, pour sa part et à titre national, la levée des sanctions.

Le 22 février 2016
Michel Raimbaud, ancien Ambassadeur de France
Mise en ligne CV : 22 février 2016

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La vision de Kissinger sur les relations américano-russes

Publié le par Felli Bernard

Henry A. Kissinger a servi en tant que conseiller en sécurité nationale et Secrétaire d’État sous les présidents Nixon et Ford.
Henry A. Kissinger a servi en tant que conseiller en sécurité nationale et Secrétaire d’État sous les présidents Nixon et Ford.

26

Fév

2016

La vision de Kissinger sur les relations américano-russes

Source : The National Interest, le 04/02/2016

La Russie devrait être perçue comme un élément essentiel de tout nouvel équilibre global.

Henry A. Kissinger

Le 4 février 2016

Entre 2007 et 2009, Evgueni Primakov et moi-même avons présidé un groupe composé de ministres d’État à la retraite, de hauts fonctionnaires et de chefs militaires de Russie et des États-Unis, incluant certains d’entre vous présents aujourd’hui. Son objectif était d’atténuer les aspects antagonistes des relations États-Unis-Russie et d’étudier les opportunités d’approches coopératives.

En Amérique, il était décrit comme un “Track II group”, ce qui signifie qu’il était bipartite et encouragé par la Maison-Blanche à explorer mais non à négocier en son nom. Nous avions alterné des réunions dans chacun des pays. Le président Poutine a reçu le groupe à Moscou en 2007, et le président Medvedev en 2009. En 2008, le président George W. Bush a rassemblé une grande partie de son équipe pour la sécurité nationale dans la salle du Cabinet pour un dialogue avec nos invités.

Tous les participants avaient occupé des postes à responsabilité durant la Guerre Froide. Pendant les périodes de tension, ils avaient fait valoir l’intérêt national de leur pays comme ils le comprenaient. Mais ils avaient aussi appris par l’expérience des périls d’une technologie menaçant la vie civilisée et évoluant dans une direction qui, en période de crise, pourrait perturber toute activité humaine organisée. Des soulèvements surgissaient tout autour du globe, amplifiés en partie par différentes identités culturelles et la confrontation d’idéologies. Le but de l’initiative Track II était de surmonter les crises et d’explorer des principes communs à l’ordre mondial.

Evgueni Primakov était un partenaire indispensable dans cette initiative. Son esprit analytique aiguisé combiné à une large compréhension des tendances mondiales acquise au cours des années qu’il a passées à proximité et finalement au centre du pouvoir, et sa grande dévotion à son pays ont amélioré notre réflexion et aidé à la quête d’une vision commune. Nous n’étions pas toujours d’accord, mais nous nous respections toujours. Nous le regrettons tous et moi personnellement en tant que collègue et ami.

Je n’ai pas besoin de vous dire que nos relations aujourd’hui sont bien pires que ce qu’elles étaient il y a une décennie. En effet, elles sont certainement le pire de ce qu’elles ont été avant que ne se termine la guerre froide. La confiance mutuelle s’est dissipée de part et d’autre. La confrontation a remplacé la coopération. Je sais que ces derniers mois, Evgueni Primakov cherchait des moyens de surmonter cette inquiétante situation. Nous honorerions sa mémoire en faisant nôtre cette démarche.

A la fin de la guerre froide, les Russes et les Américains avaient une vision d’un partenariat stratégique modelé par leurs récentes expériences. Les Américains espéraient qu’une période de réduction des tensions conduirait à une coopération productive sur les enjeux planétaires. La fierté russe dans leur rôle de modernisation de leur société fut tempérée par leur malaise face à la transformation de leurs frontières et par la constatation des tâches monumentales à venir en termes de reconstruction et redéfinition. Des deux côtés, beaucoup comprenaient que les destins de la Russie et des États-Unis restaient étroitement entrelacés. Maintenir une stabilité stratégique et empêcher la prolifération des armes de destruction massive devenaient une nécessité grandissante, tout comme l’était la construction d’un système de sécurité pour l’Eurasie, spécialement le long des contours étirés de la Russie. De nouvelles perspectives s’ouvraient en matière de commerce et d’investissement ; la coopération en matière d’énergie était en haut de la liste.

Malheureusement, le rythme du bouleversement mondial a dépassé les capacités de la diplomatie. La décision d’Evgueni Primakov en tant que Premier ministre, durant un vol au-dessus de l’Atlantique en direction de Washington, d’ordonner à son avion de faire demi-tour et de retourner à Moscou pour protester contre le début des opérations de l’OTAN en Yougoslavie était symbolique. Les espoirs initiaux qu’une étroite coopération dans les premières phases de la campagne contre al-Qaïda et les Talibans en Afghanistan pourraient mener à un partenariat sur un éventail plus large de problèmes s’affaiblissaient dans le tourbillon des disputes sur la politique au Moyen-Orient, puis se sont effondrés avec les manœuvres militaires russes dans le Caucase en 2008 et en Ukraine en 2014. Les efforts les plus récents pour trouver un terrain d’entente sur le conflit en Syrie et pour réduire les tensions en Ukraine ont peu changé l’accroissement du sentiment d’éloignement.

Le récit prévalant dans chaque pays rejette la totalité du blâme sur l’autre, et dans chaque pays il y a une tendance à la diabolisation, si ce n’est de l’autre pays, du moins de ses dirigeants. Comme les problèmes de sécurité nationale dominent le dialogue, une partie de la méfiance et des suspicions provenant de la lutte acharnée durant la guerre froide a resurgi. Ces sentiments ont été exacerbés en Russie par la mémoire de la première décennie post-soviétique lorsque la Russie souffrait d’une vertigineuse crise politique et socio-économique, alors que les États-Unis bénéficiaient de leur plus longue période ininterrompue de développement économique. Tout cela causa des divergences politiques sur les Balkans, l’ancien territoire soviétique, le Moyen-Orient, l’expansion de l’OTAN, les ventes d’armes et de défense anti-missile au point de submerger les perspectives de coopération.

Peut-être plus important encore a été le fossé fondamental entre les conceptions historiques. Pour les États-Unis, la fin de la guerre froide représentait une justification de sa foi traditionnelle en une inévitable révolution démocratique. Ils visualisaient l’expansion d’un système international gouverné essentiellement par des règles juridiques. Mais l’expérience passée de la Russie est plus compliquée.

Pour un pays sur lequel avaient marché des armées étrangères depuis des siècles venant aussi bien de l’Est que de l’Ouest, la sécurité nécessitera toujours d’avoir une fondation géopolitique aussi bien que légale. Lorsque sa frontière de sécurité se déplace de 1 000 miles de l’Elbe vers Moscou, à l’est, la perception par la Russie de l’ordre mondial renfermera une inévitable composante stratégique. Le défi de notre époque est de fusionner deux points de vue – le juridique et le géopolitique – dans une conception cohérente.

De cette manière, paradoxalement, nous nous trouvons confrontés à nouveau à un problème essentiellement philosophique. Comment pour les États-Unis travailler avec la Russie, un pays qui ne partage pas l’ensemble de ses valeurs mais est une indispensable composante de l’ordre international ?

Comment pour la Russie mettre en pratique ses intérêts en matière de sécurité sans déclencher des alarmes dans sa périphérie et accumuler les adversaires. La Russie peut-elle gagner une place respectée dans les affaires mondiales avec lesquelles les États-Unis sont à l’aise ? Les États-Unis peuvent-ils poursuivre leurs valeurs sans être perçus comme menaçant de vouloir les imposer ? Je n’essaierai pas de proposer des réponses à toutes ces questions. Mon objectif est d’encourager une initiative pour les explorer.

Beaucoup de commentateurs, russes et américains, ont rejeté la possibilité que les É-U et la Russie collaborent à un nouvel ordre mondial. Selon eux, les États-Unis et la Russie sont entrés dans une nouvelle guerre froide.

Le danger aujourd’hui est moins le retour à une confrontation militaire que la consolidation dans les deux pays d’une prophétie en cours de réalisation. Les intérêts à long terme des deux pays appellent à un monde qui transforme les actuelles turbulences et fluctuations en un nouvel équilibre de plus en plus multipolaire et globalisé.

La nature de la tourmente est en soi sans précédent. Jusque récemment, les menaces internationales mondiales étaient identifiées grâce à l’accumulation de pouvoir par un État dominant. Aujourd’hui les menaces proviennent plus fréquemment de la désintégration de pouvoir étatique et du nombre grandissant de territoires non gouvernés. Cette propagation du vide de pouvoir ne peut être gérée par aucun État, peu importe sa puissance, sur une échelle exclusivement nationale. Cela requiert une coopération durable entre les États-Unis et la Russie, et d’autres grandes puissances. Par conséquent, les éléments de compétition, dans le cadre des conflits traditionnels du système interétatique, doivent être contenus afin que la compétition soit maintenue dans certaines limites et crée les conditions qui empêchent que cela ne se reproduise.

Il y a, comme nous le savons, de nombreux problèmes décisifs devant nous, l’Ukraine et la Syrie sont les plus immédiats. Durant ces dernières années, nos pays ont engagé des discussions épisodiques sur ces questions sans progrès notable. Ce n’est pas surprenant, car les discussions se sont déroulées en dehors du cadre d’un accord stratégique. Chacun de ces problèmes spécifiques est l’expression d’un autre problème stratégique plus large. L’Ukraine a besoin d’être incorporée à la structure de l’architecture internationale et européenne de sécurité de telle façon qu’elle serve de pont entre la Russie et l’Occident, plutôt que de poste avancé de chaque côté. Concernant la Syrie, il est clair que les factions locales et régionales ne peuvent trouver une solution par elles-mêmes. Des initiatives russo-américaines compatibles coordonnées avec d’autres grandes puissances pourraient créer un modèle de solutions pacifiques au Moyen-Orient et peut-être ailleurs.

Toute initiative pour améliorer les relations doit inclure un dialogue sur l’ordre mondial émergent. Quelles sont les tendances qui érodent l’ancien ordre et formatent le nouveau ? Quels défis les changements posent aux intérêts nationaux et russes et américains ? Quel rôle chaque pays veut-il jouer dans la mise en forme de cet ordre, et quelle position peut-il raisonnablement et finalement espérer occuper dans ce nouvel ordre ? Comment concilions-nous les conceptions très différentes de l’ordre mondial qui se sont développées en Russie et aux États-Unis – et chez d’autres grandes puissances – en fonction de l’expérience historique ? Le but devrait être de développer une conception stratégique des relations russo-américaines dans laquelle les points de discorde pourraient être gérés.

Dans les années 60 et 70, je percevais les relations internationales comme une relation essentiellement antagoniste entre les États-Unis et l’Union soviétique. Avec l’évolution de la technologie, une conception de stabilité stratégique que les deux pays pouvaient mettre en œuvre s’est développée, même lorsque leur rivalité continuait dans d’autres domaines. Le monde a considérablement changé depuis. En particulier, dans l’émergence de l’ordre multipolaire, la Russie devrait être perçue comme un élément essentiel de tout nouvel équilibre mondial, non en premier chef comme une menace pour les États-Unis.

J’ai passé la majeure partie des soixante-dix dernières années engagé d’une façon ou d’une autre dans les relations américano-russes. J’étais dans les centres de décision lorsque les niveaux d’alerte ont été relevés, et aux célébrations conjointes de succès diplomatiques. Nos pays et les peuples de par le monde ont besoin de perspectives qui soient plus dans la durée.

Je suis ici pour débattre de la possibilité d’un dialogue qui cherche à fusionner nos avenirs plutôt que de discourir sur nos désaccords. Cela requiert respect des deux côtés pour les valeurs vitales et de l’intérêt pour l’autre. Ces objectifs ne peuvent être atteints dans le temps qu’il reste à l’administration actuelle. Mais leur poursuite ne devrait pas pour autant être différée en raison de politiques intérieures américaines.

Cela résultera seulement d’une volonté commune de Washington et de Moscou, au sein de la Maison-Blanche et du Kremlin, de dépasser les griefs et le sentiment de persécution pour affronter les défis majeurs qui attendent nos deux pays dans les années à venir.
Henry A. Kissinger a servi en tant que conseiller en sécurité nationale et Secrétaire d’État sous les présidents Nixon et Ford. Ce discours a été prononcé à la Fondation Gorchakov de Moscou durant la conférence Primakov.

Image: Wikimedia Commons/World Economic Forum.

Source : The National Interest, le 04/02/2016

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[Pépite] Que l’Europe remette Poutine à sa place, par Guy Verhofstadt

Publié le par Felli Bernard

[Pépite] Que l’Europe remette Poutine à sa place, par Guy Verhofstadt

26/02/2016

26

Fév

2016

[Pépite] Que l’Europe remette Poutine à sa place, par Guy Verhofstadt

La PÉPITE du jour, dans le quotidien économique français.

Bien entendu, une telle charge coordonnée contre Poutine, venant de plusieurs endroits avec les mêmes éléments de langage (c’est pour cela que je les reprends ici) n’est pas anodine.

Source : Les Echos, Guy Verhofstadt, 23-02-2016

Pour Guy Verhofstadt, président du groupe ADLE au Parlement européen, Vladimir Poutine exacerbe les crises qui frappent l’Europe. L’heure est venue de contrer l’agressivité du président russe.

La stabilité de l’Europe est actuellement mise à l’épreuve au travers d’au moins six crises majeures : chaos régional principalement lié à la guerre en Syrie, risque de sortie britannique hors de l’UE , afflux de réfugiés d’une ampleur inédite depuis la Seconde Guerre mondiale, difficultés financières non résolues, expansionnisme russe, et retour du nationalisme dans la vie politique.

Or, c’est tout à fait sciemment que le président russe Vladimir Poutine vient exacerber au moins quatre de ces crises. Outre le comportement aventuriste dont il fait preuve en Ukraine, Poutine ne cesse d’instiller de l’obstructionnisme dans la politique européenne en soutenant les partis populistes et eurosceptiques, d’ attiser le conflit au Moyen-Orient via son intervention militaire en Syrie, et par voie de conséquence d’aggraver la crise des réfugiés. L’heure est venue pour l’UE d’ouvrir les yeux face à la menace que représente Poutine, et de commencer à contrer l’agression initiée par le président russe.

En effet, cette propagation du nationalisme à laquelle nous assistons aujourd’hui en Europe s’explique notamment par le fait que la Russie finance les partis politiques d’extrême droite, dont la montée en puissance empêche l’Europe d’élaborer une réponse collective à la crise des réfugiés. Au Royaume-Uni, cette formation pro-Poutine qu’est le Parti pour l’indépendance vient talonner de très près le Premier ministre David Cameron, ce qui conduit le gouvernement à refuser de prendre en charge sa juste part de réfugiés. De même, la Suède a pris la décision de fermer ses frontières, en réaction à des sondages de plus en plus favorables à l’extrême droite des Démocrates de Suède. Et ce malheureux constat s’observe sur tout le continent.

Ah pardon, je pensais que c’était juste que les citoyens n’avaient pas envie d’accueillir des immigrés…

Vladimir Poutine entrave le processus de paix

Dans le même temps, Poutine veille à saboter les efforts de la communauté internationale visant à négocier une solution politique au conflit syrien, principale cause de la crise des réfugiés. L’appui de la Russie aux interventions militaires du gouvernement syrien à Alep vient entraver le processus de paix, qui dépend d’une coopération entre acteurs mondiaux, puissances régionales et forces d’opposition modérées, que Poutine ne cesse de bombarder.

Qu’est ce que je rirais si ces crétins ne poussaient pas au conflit…

Amis jeunes, c’est à cause de gens comme ça que vous ne connaitrez pas la paix toute votre vie – observez bien.

Le 15 février, d’après les Nations Unies, au moins 50 personnes parmi lesquelles des femmes et des enfants auraient perdu la vie dans plusieurs frappes de missiles sur des écoles et des hôpitaux dans le nord de la Syrie. Le gouvernement français a qualifié à juste titre ces attaques de « crime de guerre ». La Russie a pour sa part nié toute implication, bien que des fragments de missiles de fabrication russe aient été retrouvés sur place. L’association humanitaire Médecins Sans Frontières a expliqué que seuls la Russie ou le gouvernement syrien pouvaient être derrière ces attaques.

Je n’ai pas le temps de vérifier, mais il faudra qu’on m’explique depuis quand un type bombardé au sol peut savoir qui l’a bombardé – j’aurais pensé que des AWACS ou satellites auraient pu fournir des informations fiables, mais je pense (et comme pour le MH17) qu’au XXIe siècle, on va finir par demander à tout le monde de mettre une webcam à sa fenêtre, les militaires n’ayant a priori jamais les moyens de savoir quoi que ce soit.

Par ailleurs, d’après le Comité international de la Croix-Rouge, les combats menés autour d’Alep aurait contraint au déplacement environ 50.000 personnes. Beaucoup de ces Syriens désespérés – ceux qui pour la plupart ne pouvaient pas financièrement se permettre de fuir jusqu’à présent – prendront la route de la Turquie et de l’Europe.

La Russie largue ses bombes aux endroits mêmes où Poutine affirme soutenir un cessez-le-feu. De toute évidence, la parole du président russe n’a aucune valeur, comme l’illustrent les antécédents du Kremlin en Ukraine.

À l’heure où l’attention des États-Unis se trouve captée par la campagne présidentielle , les dirigeants de l’Europe se retrouvent esseulés tandis que l’Ours russe ronge la porte du continent.

Pôvre petit chou qui n’a pu papa pour le protéger !

Ca, c’est de l’Europe puissance !

L’heure est venue de prendre des mesures immédiates.

Aux aaaaaaaaaaaaaaaarmes citoyens; formeeeeeeeeeez…

Des mesures fortes

Il s’agirait tout d’abord pour les gouvernements européens de mettre rapidement un terme à ce mécanisme par lequel la Russie finance un certain nombre de partis politiques en Europe, en sollicitant si nécessaire l’aide de la CIA pour déterminer la manière dont ces fonds sont transférés.

Celle là, c’est cadeau tant c’est énorme, ne me remerciez pas.

(au passage, je rappelle que l’histoire du FN, c’est un parti politique français à qui les v=babques françaises refusent de preter de k’a

Cet effort devra se poursuivre jusqu’à ce que ces pipelines qui approvisionnent les partis européens en argent russe soient coupés une bonne fois pour toutes.

Deuxièmement, l’UE doit se préparer à imposer de plus lourdes sanctions économiques à la Russie. La résolution 2254 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui fixe la feuille de route du processus de paix en Syrie, contraint l’ensemble des acteurs, y compris la Russie, à cesser toute frappe aveugle à l’encontre de civils. Si la Russie manque à cette obligation, ces sanctions devront être déclenchées.

Si c’est les occidentaux, aussi.

Troisièmement, il est nécessaire que l’UE œuvre aux côtés de la Turquie et d’autres acteurs régionaux

Non, je rêve, il n’a pas écrit ça ? Pas les parrains de Daech qui sont en train de bombarder la Syrie là ? On peut le tondre ?

Troisièmement, il est nécessaire que l’UE œuvre aux côtés de la Turquie et d’autres acteurs régionaux afin d’établir des zones de refuge au niveau de la frontière turco-syrienne, en direction desquelles se dirigent les populations déplacées d’Alep et d’ailleurs. Bien que cette démarche présente un certain risque, elle n’offre actuellement aucune alternative crédible.

Si, on arrête de soutenir les barbares, et on laisse le gouvernement syrien reprendre la ville en quelques jours – après on verra, mais les afflux de réfugiés cesseront.

Enfin, l’Europe doit cesser de faciliter la tâche de Poutine,

C’est vrai que je sentais l’UE un peu molle du genou là, avec toute cette russophilie ambiante…

et appliquer une approche collective face à l’afflux de réfugiés. Dans le cadre de cette réponse d’urgence, garde-côtes et police aux frontières européennes doivent être mis en place, avec pour mission d’aider la Grèce à gérer ses propres frontières, ainsi que de sauver des vies humaines et de traiter les nouvelles arrivées.

Dans le même temps, les fonds de l’UE doivent être utilisés afin d’améliorer les conditions de vie dans les camps de réfugiés en Turquie, en Jordanie et ailleurs, afin d’offrir aux résidents de ces camps un minimum d’espoir de satisfaction de leurs besoins essentiels. Et effectivement, les dirigeants européens doivent consentir à prendre en charge leur juste charge d’individus dans le besoin, en permettant aux réfugiés de demander asile dans l’UE directement à partir du pays dans lequel ils résident actuellement.

George Soros a eu raison d’affirmer récemment que le plus grave menace à long terme pour la stabilité de l’UE n’était autre que la Russie. Il est toutefois dans l’erreur lorsqu’il annonce un scénario dans lequel l’UE serait vouée à fléchir, pour finalement s’effondrer sous les poids des multiples crises auxquelles elle est confrontée. Il est temps que l’Europe s’affirme, qu’elle tire parti de sa puissance économique, et qu’elle en fasse bon usage afin de remettre Poutine à sa place.

bah, après tout, ces gens prenant sans cesse les USA comme modèle, il est clair que la guerre est au bout de chemin.

Cet article est publié en collaboration avec Project Syndicate 2016 – Que l’Europe remette Poutine à sa place

Guy Verhofstadt, président du groupe ADLE au Parlement européen et ancien Premier ministre belge

Source : Les Echos, Guy Verhofstadt, 23-02-2016

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L’arme idéologique de la “culture banlieue”

Publié le par Felli Bernard

L’arme idéologique de la “culture banlieue”

Société

Jeudi 25 Février 2016 à 19:00 (mis à jour le 25/02/2016 à 18:24)

L’arme idéologique de la “culture banlieue”

Par

Solange Bied-Charreton

Article abonnés

Jamel Debbouze et Jack lang. L'humoriste de banlieue au service de la gauche caviar. Photo Sipa

Antiracisme. Depuis les années 1980, l’imaginaire de la banlieue a envahi le champ culturel français. Une mise en avant commanditée par les élites médiatico-politiques qui instrumentalisent la jeunesse au service de l’idéologie de la diversité.

« La culture, c’est l’affaire de chacun, l’affaire de chacun d’entre vous, de chacun d’entre nous » : c’est ainsi que Jack Lang, alors ministre de la Culture, invité à l’émission l’Heure de vérité en décembre 1982, définit le périmètre vaste et imprécis de cette culture nouvelle qui servira de feuille de route aux trente années suivantes. Une culture concernant tout le monde, sans distinction, ni hiérarchie, ni limites.

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Le “culturel” est né. Pourquoi donc se priver d’y implanter l’idéologie antiraciste ? On assiste alors au déploiement d’expressions artistiques qui, vantées par les médias et encouragées par la politique culturelle de Lang et de ses successeurs, n’auront pour objectif que d’imposer un nouvel idéal à une jeunesse désormais prise en otage. Rap, danse hip-hop, graffitis, verlan, et le style vestimentaire — jogging et casquette — qui va avec : cette “culture” s’ancre sur la représentation du jeune de banlieue telle que l’establishment médiatique et politique la rêve.

Exit le jeunisme soixante-huitard rebelle d’inspiration anglo-saxonne, incarné par les groupes de rock comme Téléphone ou, dans une moindre mesure, les yéyés qui les ont précédés. À l’heure de la naissance de SOS Racisme et de la “marche des beurs”, il ne s’agit pas moins que d’accélérer le discrédit de la culture classique et de l’ancienne culture populaire à des fins antiracistes, pour que la nouvelle culture jeune serve au mieux l’idéologie immigrationniste, cadre culturel indispensable à la France du regroupement familial.

Le message politique est clair : le jeune, en France, est métissé, bientôt black-blanc-beur, urbain, et même si possible voyou. Ce qui n’est alors que marginal et affaire de spécialiste (qui, à l’aune des années 1980, écoute Dee Nasty parler du hip-hop sur Radio Nova ? ) va rapidement se répandre, grâce à TF1, qui diffuse son programme H.I.P.H.O.P. durant l’année 1984, et surtout Canal Plus, la chaîne symbole de l’émergence d’une nouvelle gauche branchée, aisée, et sa succession d’humoristes d’origine immigrée, qui deviendront les figures de la cool attitude pour toute une jeunesse en quête de modèles. C’est grâce à H, série à succès des années 1990, qu’écloront notamment Éric et Ramzy ou Jamel Debbouze. Côté radios, Fun Radio et surtout Skyrock, “premier sur le rap”, assurent le relais. Elles finiront par déprogrammer complètement le rock.

Une déferlante dont les méfaits s’étendent aujourd’hui dans l’enseignement. « Sous couvert de partir des référents quotidiens de l’élève, témoigne François, enseignant au lycée, on n’hésite plus à faire étudier des textes de Grand Corps malade, qui sont mis dans la même catégorie que Baudelaire et Hugo, au motif que dans les deux cas il y a des rimes. » Une indistinction systématique conduisant au nivellement par le bas, au service de l’idéologie antiraciste. Ancien élève de l’École normale supérieure, François déplore que celle-ci consacre à présent à l’exaltation du rap un séminaire déjà célèbre, “La plume et le bitume”, où est intervenu Lino du groupe Ärsenik. « Au final, ce qui menace la culture me semble moins provenir de Booba, par exemple, que de la Nouvelle Revue française, qui y voit une réincarnation de Céline », soupire François.

Comme le rappelle Jean-Pierre Le Goff dans Malaise dans la démocratie (Stock), Jack Lang n’hésitait pas à affirmer que « Molière, notre grand Molière, a été nourri du théâtre de rue » et voyait dans le hip-hop « la commedia dell’arte d’aujourd’hui ». Trente ans plus tard, les politiques n’en sont pas sortis. Appuyé par Najat Vallaud-Belkacem, Manuel Valls ne proposait-il pas l’an dernier d’instaurer des cours de stand-up (l’art de la tchatche de rue) dans le secondaire, sous le patronage de Jamel Debbouze ? Un diktat idéologique ne provenant donc ni des jeunes ni des artistes, mais bien des élites politiques et culturelles.

Haute culture discréditée, ancienne culture populaire désormais disparue, au profit de l’idéal de la diversité : le musée national des Arts et Traditions populaires a définitivement fermé ses portes en 2005, ses collections ont été transférées… au musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, inauguré à Marseille en 2013.

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La privatisation est la stratégie atlantiste pour attaquer la Russie

Publié le par Felli Bernard

Paul Craig Roberts et Michael Hudson
Paul Craig Roberts et Michael Hudson

La privatisation est la stratégie atlantiste pour attaquer la Russie

Préambule

Des lecteurs demandent qui sont, outre les ONG financées par l’Occident, les membres de la 5e colonne à l’intérieur de la Russie. Michael Hudson et moi les décrivons en gros comme des intégrationnistes atlantistes et des économistes néolibéraux. Le Saker utilise des termes plus précis. Dans la 5e colonne, on trouve le Premier ministre russe, la direction de la Banque centrale et les deux principaux ministres chargés de l’Économie. Ils tendent le piège de la privatisation à Poutine, qui pourrait bien défaire toutes ses réalisations et livrer la Russie au contrôle occidental. [Voir l’article Le plus grand échec de Poutine.]

Par Paul Craig Roberts et Michael Hudson – Le 8 février 2016 – Source thesaker.is

Il y a deux ans, des dirigeants russes ont discuté de plans visant à privatiser un groupe d’entreprises nationales dont le producteur de pétrole Rosneft, la banque VTB, Aeroflot et la compagnie des chemins de fer russes. L’objectif déclaré était de rationaliser la gestion de ces sociétés ainsi que de persuader les oligarques de commencer à rapatrier les capitaux qu’ils font fuir depuis deux décennies et de les réinvestir dans l’économie russe. Une participation étrangère était recherchée dans les cas où le transfert de technologie et les techniques de gestion de l’Occident seraient susceptibles d’aider l’économie.

Mais les perspectives économiques russes se sont détériorées lorsque les États-Unis ont poussé les gouvernements occidentaux à imposer des sanctions économiques à la Russie et que les prix du pétrole ont chuté. Cela a rendu l’économie russe moins attirante pour les investisseurs étrangers. La vente de ces sociétés se fera donc à des prix beaucoup plus bas aujourd’hui qu’ils l’auraient probablement été en 2014.

Entre-temps, la hausse combinée du déficit du budget intérieur et du déficit de la balance des paiements a donné des munitions aux partisans des privatisations pour que l’on procède aux ventes. La faille dans leur logique est leur hypothèse néolibérale voulant que la Russie ne peut tout simplement pas monétiser son déficit, qu’elle doit pour survivre vendre davantage d’actifs importants. Nous mettons en garde la Russie de ne pas être si naïve en acceptant cette thèse néolibérale dangereuse. Les privatisations n’aideront pas à réindustrialiser l’économie russe, mais aggraveront sa transformation en une économie rentière dont les bénéfices sont retirés au profit de propriétaires étrangers.

Il est vrai que le 1er février dernier, le président Poutine a posé un certain nombre de conditions à ces privatisations pour éviter une répétition de la braderie désastreuse de l’ère Eltsine. Cette fois, les actifs ne seraient pas vendus à des prix cassés, mais refléteraient leur véritable valeur potentielle. Les sociétés vendues seraient toujours sous l’autorité de la Russie et non pas exploitées par des propriétaires de l’extérieur. Les étrangers ont été invités à participer, mais les entreprises resteraient assujetties à la législation et à la réglementation russes, y compris aux restrictions les obligeant à maintenir leur capital en Russie.

Les sociétés qui seront privatisées ne peuvent pas non plus être achetées en recourant au crédit bancaire interne auprès de banques de l’État. Le but est d’obtenir de l’argent liquide avec ces rachats, qui proviendraient idéalement des avoirs en devises étrangères détenus par les oligarques à Londres et ailleurs.

Poutine a sagement exclu la vente de la plus grande banque russe, Sperbank, qui détient une bonne partie des comptes d’épargne des habitants du pays. L’activité bancaire doit évidemment rester pour l’essentiel un service public de par sa capacité à créer du crédit, l’argent étant un monopole naturel à caractère intrinsèquement public.

Malgré ces mesures protectionnistes ajoutées par le président Poutine, il y a des raisons sérieuses allant à l’encontre des privatisations récemment annoncées. Ces raisons vont au-delà du fait que les ventes se feraient dans des conditions de récession économique résultant des sanctions occidentales et de la chute des prix du pétrole.

L’excuse citée par les dirigeants russes pour vendre ces sociétés à ce moment-ci est la nécessité de financer le déficit du budget intérieur. Cette excuse montre que la Russie ne s’est toujours pas remise du mythe occidentalo-atlantiste désastreux selon lequel la Russie doit dépendre des banques et des porteurs d’obligations de l’étranger pour créer de l’argent, comme si la Banque centrale de Russie ne pouvait pas le faire elle-même par la monétisation du déficit budgétaire.

La monétisation des déficits budgétaires est précisément ce qu’a pratiqué le gouvernement des États-Unis et ce que les banques centrales occidentales font depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La monétisation de la dette est une pratique courante en Occident. Les gouvernements peuvent aider à relancer l’économie en imprimant de l’argent au lieu d’endetter des pays auprès de créanciers privés, qui sapent les fonds du secteur public au moyen des paiements d’intérêts qui leur sont dus.

Il n’y a aucune raison valable de lever des fonds auprès de banques privées pour fournir de l’argent au gouvernement lorsqu’une banque centrale peut en créer autant sans avoir à payer d’intérêts sur les prêts. Sauf que les économistes russes ont été imprégnés de la croyance occidentale que seules les banques commerciales peuvent créer de l’argent et que les gouvernements doivent vendre des obligations portant intérêt dans le but de lever des fonds. La croyance erronée voulant que seules les banques privées devraient créer de l’argent en faisant des prêts entraîne le gouvernement russe sur la même voie que celle qui a conduit la zone euro dans une économie sans issue. En privatisant la création du crédit, l’Europe a fait passer la planification économique des mains des gouvernements démocratiquement élus au secteur bancaire.

Il n’y a pas de raison que la Russie accepte cette philosophie économique pro-rentière qui saigne un pays de ses revenus publics. Les néolibéraux n’en font pas l’apologie pour aider la Russie, mais pour la mettre à genoux.

Fondamentalement, ces Russes alliés avec l’Occident – les intégrationnistes atlantistes – qui veulent que la Russie sacrifie sa souveraineté à l’intégration à l’empire occidental, utilisent l’économie néolibérale pour prendre Poutine au piège et briser le contrôle de la Russie sur sa propre économie, que Poutine a rétabli après les années Eltsine, lorsque la Russie a été pillée par des intérêts étrangers.

Malgré un certain succès dans la réduction du pouvoir que les oligarques ont acquis dans le sillage des privatisations d’Eltsine, le gouvernement russe se doit de maintenir des entreprises nationales à titre de puissances économiques qui font contrepoids. La raison pour laquelle les gouvernements exploitent des chemins de fer et d’autres infrastructures de base, c’est pour réduire le coût de la vie et des activités commerciales. Par contre, les propriétaires privés cherchent à faire monter les prix autant qu’ils le peuvent. C’est ce qu’on appelle l’extraction de rente. Les propriétaires privés mettent en place des péages qui font augmenter le coût des services liés aux infrastructures privatisées. C’est le contraire de ce que les économistes classiques entendaient par marché libre.

On parle d’un accord qui aurait été passé avec les oligarques. Ceux-ci vont acquérir des entreprises d’État avec l’argent tiré des précédentes privatisations qu’ils ont placé à l’étranger, puis réaliseront un autre coup du siècle lorsque l’économie russe aura récupéré suffisamment pour leur permettre de faire de nouveaux gains excessifs.

Le problème, c’est que plus le pouvoir économique passe du contrôle public au contrôle privé, moins le gouvernement peut faire contrepoids aux intérêts privés. De ce point de vue, aucune privatisation ne devrait être autorisée à l’heure actuelle.

Les étrangers devraient encore moins être autorisés à devenir propriétaires d’actifs nationaux russes. Dans le but de recevoir un paiement ponctuel en devises étrangères, le gouvernement russe se tournera alors vers des flux de revenus futurs auprès d’étrangers qui pourraient provenir, et proviendront, de la Russie. Ce rapatriement des dividendes interviendra même si la gestion et le contrôle restent géographiquement en Russie.

Vendre des biens publics en échange d’un paiement ponctuel, c’est ce qu’a fait la ville de Chicago lorsqu’elle a vendu 75 ans de source de revenus provenant de ses parcmètres en échange d’un seul paiement. L’administration municipale de Chicago a ainsi reçu de l’argent pour un an en renonçant à 75 ans de revenus. En sacrifiant ses recettes publiques, elle a permis à la richesse immobilière et aux fortunes privées de ne pas être taxées, et aux banques d’investissement de Wall Street de gagner une fortune.

Ce cadeau a également suscité un tollé public. Les nouveaux acheteurs ont augmenté sensiblement les frais de stationnement dans les rues et ont porté plainte contre l’administration municipale de Chicago pour dommages lorsque la ville a fermé les rues lors de défilés publics ou les jours fériés, interférant ainsi avec l’activité commerciale des rentiers liée à leurs parcmètres. Au lieu d’aider Chicago, cela a contribué à pousser la ville vers la faillite. Il n’y a pas de quoi s’étonner que les atlantistes souhaitent voir la Russie subir le même sort.

Recourir aux privatisations pour résoudre un problème budgétaire à court terme crée un problème à long terme. Les bénéfices des entreprises russes sortiront du pays, diminuant ainsi le taux de change du rouble. Si les bénéfices sont payés en roubles, ceux-ci peuvent être déversés sur le marché des changes étrangers et échangés contre des dollars. Cela déprimera le taux de change du rouble et augmentera la valeur de change du dollar. En fait, en permettant à des étrangers d’acquérir des biens nationaux russes, on les aide à spéculer contre le rouble.

Bien sûr, les nouveaux propriétaires russes de biens privatisés pourraient eux aussi transférer leurs profits à l’étranger. Mais au moins le gouvernement russe réalise que les propriétaires qui relèvent de la compétence de la Russie sont plus faciles à réglementer que les propriétaires capables de contrôler des sociétés depuis l’étranger et de garder leur fonds de roulement à Londres ou dans d’autres centres bancaires à l’étranger (tous soumis à l’influence diplomatique des États-Unis et aux sanctions de la Nouvelle guerre froide).

À la base des discussions sur les privatisations, on devrait aborder la question de la nature de l’argent et de la raison pour laquelle il devrait être créé par les banques privées plutôt que par les banques centrales. Le gouvernement russe devrait financer son déficit budgétaire en ayant une banque centrale qui crée l’argent nécessaire, exactement comme le font les États-Unis et le Royaume-Uni. Il n’est pas nécessaire que le gouvernement russe fasse cadeau de ses recettes futures à perpétuité dans le seul but d’éponger le déficit d’une seule année. C’est la porte ouverte à l’appauvrissement et à la perte de l’indépendance économique politique.

La mondialisation a été inventée comme un instrument de l’Empire américain. La Russie devrait se protéger de la mondialisation, non s’y ouvrir. La privatisation est le moyen de saper la souveraineté économique et d’accroître les profits en augmentant les prix.

Comme les ONG financées par l’Occident en Russie sont une cinquième colonne agissant contre les intérêts nationaux de la Russie, les économistes néolibéraux russes le sont aussi, qu’ils le réalisent ou non. La Russie ne sera pas à l’abri des manipulations occidentales tant et aussi longtemps que son économie ne sera pas fermée aux tentatives de la remodeler dans l’intérêt de Washington et non dans son propre intérêt.

L’article original a été publié sur le site de Paul Craig Roberts

Commentaire du Saker

Lorsque deux éminents économistes, comme Michael Hudson et Paul Craig Roberts prennent le temps de lancer conjointement un avertissement sévère au Kremlin, le président Poutine devrait vraiment y être attentif. La richesse combinée de connaissance et d’expérience de Hudson et Roberts est tout simplement inégalée et leur dossier montre clairement qu’ils sont tous deux des amis du peuple russe. Je crois honnêtement qu’ignorer leur avertissement serait absolument irresponsable.

Je suis totalement d’accord que le dernier plan de privatisation est une attaque directe de la 5e colonne russe contre le président Poutine et contre la Russie. Roberts et Hudson le mettent parfaitement en évidence :

«Ces Russes alliés avec l’Occident – les intégrationnistes atlantistes – qui veulent que la Russie sacrifie sa souveraineté à l’intégration à l’empire occidental, utilisent l’économie néolibérale pour prendre Poutine au piège et briser le contrôle de la Russie sur sa propre économie, que Poutine a rétabli après les années Eltsine, lorsque la Russie a été pillée par des intérêts étrangers.» 

Poutine ne peut pas attendre plus longtemps. Il doit agir maintenant. Tous ses partisans ont littéralement supplié Poutine de purger enfin le gouvernement de ce qu’on appelle en Russie «le bloc économique du gouvernement». Il y a beaucoup d’excellents économistes russes capables de véritablement commencer à réformer l’économie russe (Glaziev) et la plupart de la communauté russe des affaires soutiendra une telle réforme avec enthousiasme. Mais la première étape dans ce processus doit être d’agir enfin contre les intégrationnistes atlantistes. Maintenant.

The Saker

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Le gouvernement a plagié 90 % de son plan pour l'emploi

Publié le par Felli Bernard

Le gouvernement a plagié 90 % de son plan pour l'emploi

Le gouvernement a plagié 90 % de son plan pour l'emploi

L’information a fait le buzz sur les réseaux sociaux : "le plan d’urgence contre le chômage" du gouvernement est la photocopie du "plan Barre" de 1977. Ceux qui l’ont conçu à l’époque sont très certainement désormais à la retraite (même si les hauts fonctionnaires bénéficient de privilèges leur permettant de "jouer les prolongations" dans certains cas au-delà de 67 ans…).

Leurs lointains successeurs auraient donc soit retrouvé le dossier d’origine (en version papier forcément, ce qui serait un exploit, au fin fond des archives), soit, par je ne sais quel phénomène étrange de transmission de pensée à travers les décennies, auraient reproduit, à une mesure près, le même dispositif. Le plus vraisemblable est beaucoup plus simple.

Les fonctionnaires qui rédigent les notes pour les ministres ont toujours les mêmes croyances. A tout problème :
– un dispositif public (complexe, forcément complexe, ça donne l’air intelligent), qui s’ajoute au passage aux multiples strates précédentes,?
– de l’argent public (tel les médecins de Molière, qui saignaient à répétition le malade et s’étonnaient qu’il aille de plus en plus mal, on dépense toujours plus de deniers publics, et on s’étonne que la situation économique et sociale ne s’améliore pas !)
– un suivi (évaluation des politiques publiques).

C’est tout bénéfice.

De l’emploi… surtout pour certains ! ?

Les politiques montrent qu’ils ne sont pas passifs face aux problèmes (même si leurs initiatives précédentes ont contribué à les créer et/ou à les aggraver). Cela assure aussi du travail aux fonctionnaires, chargés d’abord d’en élaborer les grandes lignes, puis les textes d’application, ensuite d’en contrôler la mise en oeuvre, et enfin d’évaluer le dispositif.

Plus c’est complexe, plus il faut vérifier, surtout s’il y a des primes à la clé, comme pour la mesure 2 ("Soutenir l’embauche"). Sinon, c’est bien connu, il y aura des effets d’aubaine, les chefs d’entreprise étant tous des chasseurs de prime plus que des développeurs d’affaires !

Mais aussi, plus c’est complexe, plus il y a d’acteurs impliqués, comme pour la mesure 3 ("Former deux fois plus de demandeurs d’emploi en 2016"), plus il faut coordonner. Donc là aussi, les fonctionnaires ne risquent pas l’oisiveté. Ira-t-on même nous expliquer qu’ils ne sont pas assez nombreux, et qu’il faut recruter ?

Certes, les mesures 4 ("Elargir l’offre de formation de l’apprentissage") et 5 ("Mieux adapter l’apprentissage aux réalités") paraissent enfin frappées au coin du bon sens. Mais quelque chose m’échappe. Depuis 30 ans, on vante le "modèle allemand" de l’apprentissage, si vertueux. Depuis le temps, j’étais persuadé que nos gouvernements successifs avaient pu construire un plan solide, cohérent et efficace. J’ai dû manquer quelque chose. Et je me demande comment, si toutes les tentatives passées ont échoué, cette fois-ci ça va marcher.

Demi-tour… ?

Mais ne soyons pas injustes. Saluons quand même les mesures 6 ("Lever les freins à l’entreprenariat") et surtout 1 (introduction d’un plafonnement des indemnités de licenciement).

Pour ce qui concerne la mesure 6, on se demande quand même pourquoi le gouvernement a fait l’inverse au début du quinquennat en multipliant les initiatives contrariant l’entreprenariat, et maintenant se donne des airs modernes en découvrant que ce sont les entreprises qui créent l’emploi. Mais au moins, tout cela aura donné du travail aux agents publics, d’abord pour faire, et ensuite pour défaire.

Enfin, la mesure 1 est presque révolutionnaire. Mais d’une part, de nombreuses exceptions ont été prévues (les fameuses "atteintes graves au droit du travail"), ce qui permettra toujours à certains plaideurs de contester le motif de licenciement — et là où le chef d’entreprise pensait pouvoir provisionner un coût connu, il pourrait avoir une mauvaise surprise. Et d’autre part, la mesure paraît si osée à de nombreux soutiens de la majorité actuelle qu’il est bien possible qu’elle finisse à la trappe.

On a beaucoup ironisé sur un plan qui vise surtout à garantir l’emploi du président sortant en 2017. Toutes les idées qui circulaient et reconnues comme vraiment efficaces (transfert des charges sociales sur la TVA, contrat unique, dynamitage des seuils sociaux, consolidation ambitieuse du statut d’autoentrepreneur, etc.) sont absentes. On peut donc être dubitatif sur les effets réels de ce programme. Mais au moins il assurera, comme la plupart des mesures gouvernementales, un plan de charge pour les fonctionnaires. La baisse des impôts financée par des économies de dépenses publiques n’est pas pour demain.

Alors que les acteurs privés ont déjà vu tout le profit qu’ils pouvaient tirer de la généralisation du processus d’uberisation et du développement des plateformes internet qui mettent en contact vendeurs et acheteurs de prestations, et que nous vivons un contre-choc pétrolier, la puissance publique ressort un plan conçu au lendemain du premier choc pétrolier. Nouvelle illustration d’un système à bout de souffle.

Lorsque les élites trahissent, par incompétence ou par avidité, leur mission, les peuples changent d’élites.

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L’arrogant monsieur Fabius

Publié le par Felli Bernard

ERIC BRUNET
ERIC BRUNET

Politique

Mardi 23 Février 2016 à 18:00 (mis à jour le 23/02/2016 à 15:51)

L’arrogant monsieur Fabius

Par

Eric Brunet

Ça manque un peu d’élégance : Fabius a annoncé lui-même aux Français qu’il allait prendre la présidence du Conseil constitutionnel. Quelle curieuse anomalie nationale : nommer un énarque, écumeur de ministères, à la tête de cette institution suprême dont le rôle est de statuer sur la légalité des lois de la République. Un grand juriste n’aurait-il pas été préférable ? Debré au moins était magistrat…

Plus grave : malgré cette nomination, Fabius voulait conserver la présidence de la Cop21. Et tout ce qui va avec : un bureau au Quai d’Orsay, les déplacements aux quatre coins du monde aux frais de la République. Étrange mélange des genres. « Hollande et lui se détestent, confie un ancien ministre socialiste, mais ils s’étaient mis d’accord pour donner le Quai d’Orsay à Ségolène. En contrepartie, Fabius conservait la présidence de la Cop21 et un bureau au ministère des Affaires étrangères. » On connaît la suite : le refus de Nicolas Hulot de prendre le ministère de l’Environnement a rendu caduc le jeu de chaises musicales. Fabius a bien quitté le Quai, mais Ségolène a été contrainte de rester à l’Environnement, faute de remplaçant sérieux.

Hélas pour Fabius, depuis quelques jours, de nombreuses voix s’élèvent contre son projet de cumul contre nature. Même le constitutionnaliste Dominique Rousseau sort de sa réserve : « Au regard du principe de la séparation des pouvoirs, comment garder un bureau au ministère qui relève de l’exécutif, et présider une juridiction qui se veut suprême ? »

Fabius le désinvolte feignait de l’ignorer, mais au Conseil constitutionnel, la règle, c’est l’étanchéité. En France, le président de cette institution ne déjeune jamais avec un chef de parti politique ou un membre du gouvernement… Selon la loi de 2013, la fonction de président du Conseil constitutionnel est incompatible avec toute autre fonction publique et toute autre activité professionnelle. Même dans une République bananière, on n’oserait plus, en 2016, une telle confusion des genres.

Depuis plus d’un mois, Jean-Louis Debré (toujours président du Conseil constitutionnel jusqu’au 5 mars) multiplie les coups de téléphone à Hollande, Valls, Fabius, pour les mettre en garde contre ce conflit d’intérêts majeur. Selon un proche, « Debré est plutôt un type mesuré, mais là ça ne passe pas. Ne rien dire, laisser faire Fabius, c’est tuer l’indépendance de l’institution. Son père se retournerait dans sa tombe ».

Après des semaines de résistance, Fabius a fini par informer Hollande de son renoncement : « Compte tenu du début de polémique interne sur ce sujet, je juge préférable de vous remettre mon mandat de président de la Cop. »

Ouf… Il aura fallu toute la détermination de Debré pour faire plier Fabius.

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