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La lune de miel européenne de l’Otan est-elle au bord du gouffre ?

Publié le par Felli Bernard

Des forces armées des pays de l’Otan © Michael Dalder / Reuters
Des forces armées des pays de l’Otan © Michael Dalder / Reuters

La lune de miel européenne de l’Otan est-elle au bord du gouffre ?

Par Robert Bridge – Le 5 janvier 2016 – Source Russia Today

Sans précédent : la Pologne et l’Allemagne s’opposent à l’Otan. Seraient-ce les premières ruptures précédant un tournant stratégique majeur de l’Europe ? Robert Bridge, écrivain et journaliste américain, présente son analyse.


Parmi les mésaventures militaires des campagnes étrangères incessantes de l’Otan, responsable du déplacement de millions de personnes, les obligeant à se précipiter vers les côtes européennes, les Européens pourraient en fin de compte perdre patience face aux agissements téméraires de l’Alliance atlantique. Pour les 28 États membres qui constituent l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan), l’année 2015 s’est soldée par une fin grinçante, riche en adrénaline.

Alors que l’Europe peine à accueillir un raz-de-marée de réfugiés fuyant le sang et la violence de ses anciennes terres coloniales, les partis de droite ravissent les cœurs et les esprits des Européens qui deviennent de plus en plus méfiants vis-à-vis de la multiculturalité, des réformes néo-libérales, des mesures d’austérité et, maintenant, de l’Otan elle-même, dirait-on.

Le mois dernier, la police militaire polonaise accompagnée par Antoni Macierewicz, le nouveau ministre de la défense du parti «Loi et Justice» fraîchement élu, a mené un raid dramatique en pleine nuit, à Varsovie, contre un centre de renseignement relié à l’Otan. Oui, vous avez bien lu, les autorités polonaises ont mené un raid dans un établissement lié à l’Otan sur leur propre territoire.

Selon la revue Gazeta Wyborcza, les autorités sont entrées dans le centre en utilisant un double de la clé et ont remplacé sans cérémonie son directeur, le colonel Krzysztof Dusza, absent au moment des faits, par le colonel Robert Bala. Des dizaines d’autres bureaucrates et autres gratte-papiers ont également été relevés de leur mission sur le champ.

En savoir plus : Pologne : la police militaire fait une descente dans un centre d’expertise de l’Otan

L’ancien ministre de la défense polonais, Tomasz Siemoniak, a déclaré aux journalistes : «Rien de tel n’est jamais arrivé dans l’histoire de l’Otan, qu’un État membre attaque un bâtiment de l’Otan».

Un fonctionnaire de l’Alliance a tenté de dédramatiser cette situation sans précédent, en qualifiant ce raid nocturne de «problème des autorités polonaises».

Mais il y a clairement beaucoup plus à dire sur cette histoire que ce qu’en sait le grand public.

Après tout, qu’est-ce qui a pu pousser un pays traditionnellement pro-occidental comme la Pologne à ignorer une procédure constitutionnelle régulière et à risquer ses relations avec Bruxelles, l’Otan, sans mentionner Washington, en opérant aux aurores un raid dans le style néo-nazi ? Parce que ceux qui ont été surpris par les rudes méthodes varsoviennes omettent de voir dans quelle direction soufflent les vents politiques, pas seulement en Pologne mais à travers toute l’UE.

Ces vents de changement qui balaient les rues de l’Europe peuvent, pour une grande partie, résulter de l’échec de la politique étrangère américaine et des répercussions de ce dernier sur le statu quo européen.

Pour une grande partie de l’Europe : pas d’espoir, pas de changement

Tout d’abord, la promesse d’espoir et de changement qui ne s’est pas matérialisée sous la présidence de Barack Obama a constitué une déception majeure, pas seulement pour des millions d’Américains, mais aussi pour d’innombrables européens. Le 5 avril 2009, 20 000 personnes s’étaient entassées devant le Château de Prague pour écouter le premier président noir des Etats-Unis séduire son auditoire avec des histoires de paix, de prospérité, de non-prolifération… Des promesses, des promesses, toujours plus de promesses.

En fait, l’Europe s’est tellement enthousiasmée avec l’arrivée de Barack Obama que le Comité Nobel norvégien lui a attribué le Prix Nobel de la paix neuf mois seulement après sa première élection à la présidence. Aujourd’hui, la réalité de cette farce est d’une évidence douloureuse : le camp de Guantánamo est toujours en activité, la Libye est dans une situation désespérée tandis que l’armée américaine opère en Syrie avec très peu ou pas d’effet du tout sur Daech, sa cible proclamée.

Clairement, ce qu’Obama a réalisé durant ses deux mandats diffère de manière frappante de la publicité qu’il en avait faite. Au lieu d’être libéré de la démence belliciste de l’ère Bush, le monde reste toujours empêtré jusqu’aux genoux dans des crises et dans des endroits nouveaux (la Libye, la Syrie et le Pakistan) durant les mandats de Barack Obama, ainsi qu’en Russie, où le Kremlin a rapidement ouvert les yeux sur le conte de fées plus connu sous le nom de redémarrage [reset] des relations. Le seul point positif de la politique étrangère américaine a été la conclusion par l’administration Obama de l’accord sur le programme nucléaire controversé de l’Iran mais, qui à en juger d’après les événements récents semble encore très fragile – la marine américaine accuse l’Iran d’avoir tiré des missiles à proximité du porte-avion USS Harry S. Truman dans le golfe Persique, des charges que Téhéran a qualifiées de «guerre psychologique».

Mais à présent, les crises qui s’abattent sur le monde ne se limitent pas à des crises militaires : depuis la crise financière de 2008, la plus grave depuis la Grande dépression [1929], l’Europe se débat avec une faible croissance économique et des taux de chômage élevés, aggravés par l’afflux insensé de millions de réfugiés qui ne fait qu’assombrir les perspectives économiques du Vieux Continent, sans parler de sa démographie.

Et afin de guérir leur insolvabilité, beaucoup de pays européens, autrefois fiers et suffisants – comme l’Espagne, le Portugal, l’Italie ou la Grèce, pour n’en nommer que quelque uns – ont été obligés de s’endetter à des conditions impossibles à rembourser, auprès de banques qui sont elles-mêmes à l’origine de la destruction de leur économie nationale. Seules les autorités politiques de l’Islande disposaient de l’indépendance nécessaire pour punir les banquiers et restructurer l’économie du pays sans décréter de mesures d’austérités suicidaires, ce qui prouve que l’Europe se trouve sous l’influence de puissances qui échappent aux procédures de contrôle démocratique.

Les Européens ont donc appris une vieille leçon : «Trompe-moi une fois, honte à toi ; trompe-moi deux fois, honte à moi». Depuis les attaques terroristes du 11 septembre 2001, Washington (et par extension l’Otan) n’a fait qu’apporter à l’Europe une série de débâcles militaires globales que le Vieux Continent ne peut plus se permettre car il doit obéir aux diktats du FMI et suivre les mesures de la Banque mondiale en ce qui concerne ses dettes.

Le Financial Times (FT), qui a de la sympathie pour les globalistes néo-libéraux, a résumé le scénario qui se joue lors des élections nationales dans les différents pays de l’UE : «Partout à travers le monde, la mondialisation fait face au défi de la remontée des forces nationalistes. L’un des plus grands défis politiques de l’année à venir sera de défendre les avantages de la mondialisation, tout en repoussant les arguments des nationalistes comme Marine Le Pen, Donald Trump aux États-Unis et son nouvel admirateur, le président russe Vladimir Poutine».

Le FT a omis de mentionner, bien sûr, que la mondialisation avait été jusqu’ici une aubaine pour les grandes entreprises multinationales et une véritable régression pour les habitants du village planétaire.

Personnellement, je ne peux pas imaginer que dans une situation où presque toute initiative américaine en matière de politique étrangère au cours des quinze dernières années a causé un chaos absolu et une catastrophe, les Européens (qui restent des gens dotés d’une très bonne instruction en dépit de la mordante austérité) ne pourront pas additionner correctement deux plus deux et en conclure que l’Otan, institution créée pour défendre leurs intérêts, leur nuit également dans des proportions dramatiques.

Le bloc militaire occidental continue d’agiter l’épouvantail de la Russie, jusqu’à se propulser aux frontières-même des ennemis jurés de l’Otan du temps de la Guerre froide, tout en incommodant dangereusement l’un des partenaires les plus fiables de l’Europe.

La Guerre froide, selon les livres d’histoire fiables, s’est terminée depuis près d’un quart de siècle; cependant, le bloc militaire occidental continue à provoquer la Russie avec des agissements clairement menaçants, dont le plus évident reste le déploiement d’un bouclier antimissile en Europe de l’Est qui va bouleverser l’équilibre stratégique et provoquer une nouvelle course aux armements comme la Russie l’a souligné.

Mais, à en juger par la frustration, et même la colère, de nombreux Européens, qui provoquent la montée des mouvements d’extrême droite offrant un cocktail dangereux de patriotisme national et de protectionnisme économique, il se pourrait vraiment que la lune de miel européenne de l’Otan arrive au bord du gouffre.

Il n’y a pas que l’affaire du raid nocturne polonais dans un bâtiment de l’Otan. Des hommes politiques allemands ont, pour leur part, critiqué le gouvernement d’Angela Merkel, ainsi que le commandement de l’Otan, après avoir découvert que des troupes allemandes seraient envoyées pour aider la Turquie, État membre de l’Otan, à défendre ses frontières sans en avoir informé les députés du Bundestag.

«Le gouvernement doit immédiatement informer le Parlement des détails de ce déploiement, en particulier quelles missions seront attribuées à ces avions et quelle sera l’utilisation des données qu’ils recueilleront», a déclaré Tobias Lindner, le chef du parti des Verts, chargé des questions de la défense au quotidien allemand Bild.

Cependant, Berlin qui se prononce de manière toute aussi arrogante et suffisante que Washington ces jours-ci, a déclaré qu’il n’avait aucune intention de consulter le Bundestag, la chambre basse du Parlement allemand, pour recueillir son approbation.

Le déploiement unilatéral et non démocratique de troupes allemandes (des avions AWACS chargés de collecter des renseignements) de la part de l’Otan et du gouvernement de Merkel s’ajoute aux tensions existantes depuis qu’Ankara a abattu un avion de combat russe qui avait violé l’espace aérien turc pendant 17 secondes.

Il se peut que ces deux événements, qui se sont produits dans deux pays importants de l’Union européenne, ne soient que des soubresauts sur l’écran radar des relations entre l’Otan et l’Europe. Mais ils pourraient aussi être des signes avant-coureurs d’un tremblement de terre lorsque l’empiétement constant de demandes politiques nationalistes commencera à entrer en conflit avec les objectifs globaux de l’Otan qui, à ce stade, ne semble pas du tout préoccupée ni par le véritable bien-être ni par la sécurité des Européens.

Robert Bridge est un écrivain et journaliste américain basé à Moscou, en Russie. Ses articles ont été publiés dans des revues, comme Russia in Global Affairs, le Moscow Times, Russia Insider et Infowars.com. Il est aussi l’auteur du livre sur le pouvoir de l’entreprise, Midnight in the American Empire, publié en 2013.

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Frapper l’Arabie-Saoudite là où ça fait mal, par Robert Parry

Publié le par Felli Bernard

Le roi Salmane d’Arabie saoudite et sa suite arrivent pour recevoir le président Barack Obama et la première dame Michelle Obama à l’aéroport international du Roi Khalid à Riyad, Arabie saoudite, 27 janvier 2015. (Photo officielle de la Maison-Blanche par Pete Souza)
Le roi Salmane d’Arabie saoudite et sa suite arrivent pour recevoir le président Barack Obama et la première dame Michelle Obama à l’aéroport international du Roi Khalid à Riyad, Arabie saoudite, 27 janvier 2015. (Photo officielle de la Maison-Blanche par Pete Souza)

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Frapper l’Arabie-Saoudite là où ça fait mal, par Robert Parry

Source : Consortiumnews.com, 23 novembre 2015

Exclusif : Bien que face à une crise terroriste mondiale, le gouvernement de Washington ne peut dépasser sa rhétorique néoconservatrice de « gros bras. » Mais une autre option — celle de sanctions financières contre l’Arabie saoudite — pourrait contribuer à tarir finalement la fourniture clandestine d’argent et d’armes à Al-Qaïda et à l’État islamique, écrit Robert Parry.

Par Robert Parry

Alors que l’État islamique et Al-Qaïda entrent dans une macabre compétition à qui pourra tuer le plus de civils de par le monde, le destin de la civilisation occidentale telle que nous l’avons connue est sans doute en péril. Il ne faudra guère plus d’actions terroristes pour que l’Union européenne commence à céder et que les États-Unis se transforment en un régime de surveillance à grande échelle.

Malgré tout, face à la crise, la plupart des mêmes personnes qui nous ont entraînés sur la route de la destruction continuent à dominer et même encadrer le débat public. Par exemple, les néoconservateurs de Washington continuent d’insister dans leur préconisation d’un « changement de régime » dans les pays qu’ils ont ciblés il y a 20 ans. Ils exigent aussi une nouvelle guerre froide avec la Russie en défendant un régime de droite corrompu en Ukraine, déstabilisant l’Europe et désorganisant la coopération américano-russe en Syrie.

Le roi Salmane d’Arabie saoudite et sa suite arrivent pour recevoir le président Barack Obama et la première dame Michelle Obama à l’aéroport international du Roi Khalid à Riyad, Arabie saoudite, 27 janvier 2015. (Photo officielle de la Maison-Blanche par Pete Souza)

Étant donné les enjeux, vous pourriez penser que quelqu’un en position de pouvoir – ou l’un des nombreux candidats à à la présidence des États-Unis – offrirait des solutions pragmatistes et réalistes pour s’occuper de cette menace extraordinaire. Mais la plupart des Républicains – de Marco Rubio à Carly Fiorina en passant par Ted Cruz – offrent seulement plus « d’encore plus la même chose » c’est-à-dire une belligérance néo-conservatrice sous stéroïdes. Donald Trump et Rand Paul échappent sans doute à cette hystérie particulière, mais aucun n’a proposé de contre-analyse cohérente et complète.

Du côté démocrate, la favorite Hillary Clinton gagne les éloges des éditeurs néo-conservateurs du Washington Post pour s’être démarquée de l’hésitation de Barack Obama à envahir complètement la Syrie. L’ancienne secrétaire d’état Clinton veut une invasion pour occuper des parties de la Syrie en tant que « zones de sécurité » et détruire les avions syriens (et probablement russes) qui violeraient ses zones d’exclusion aérienne.

De façon semblable aux invasions désastreuses de l’Irak et de la Libye, Clinton et ses alliés néo-conservateurs ont promu l’invasion de la Syrie comme une aventure humanitaire pour éliminer un « dictateur cruel » – en l’occurrence le président Bachar el-Assad – ainsi que pour « détruire » l’État islamique, que l’armée d’Assad et ses alliés iraniens et russes sont aussi en train de combattre. Les militaires d’Assad, les troupes iraniennes et les avions russes ont aussi frappé d’autres groupes djihadistes tels que le Front Al-Nosra d’Al-Qaïda et Ahrar Al-Sham, qui reçoit des armes des États-Unis tandis qu’il combat côte-à-côte avec Al-Nosra dans l’Armée de la Conquête.

La stratégie de Clinton protégerait probablement les djihadistes exception faite de l’État islamique — gardant ainsi vivant l’espoir d’un « changement de régime » — ce qui explique pourquoi les éditorialistes néoconservateurs, qui étaient d’ardents défenseurs de la guerre d’Irak en 2003, acclamèrent son approche va-t-en-guerre envers la Syrie comme louable.

A la gauche de Clinton, le sénateur Bernie Sanders a botté en touche sur le problème de ce qu’il fallait faire en Syrie ou au Moyen-Orient, échouant à offrir une idée réfléchie à propos de ce qui peut être fait pour stabiliser la région. Il choisit à la place un sujet de discussion astucieux mais vide, arguant que les Saoudiens et d’autres riches cheikhs du golfe Persique devraient utiliser leurs ressources financières et militaires pour mettre de l’ordre dans la région, et « se salir les mains. »

Le problème est que les Saoudiens, les Qataris et les Koweïtiens — ainsi que les Turcs — sont une grande partie du problème. Ils ont utilisé leur considérable fortune pour financer Al-Qaïda et ses divers alliés et rejetons, incluant l’État islamique. Leurs mains sont déjà très sales.

Le « pouvoir de conviction » de l’Arabie saoudite

Ce que nous avons observé au Moyen-Orient depuis les années 80 est l’Arabie saoudite et d’autres États sunnites créer un « pouvoir de conviction » pour servir leurs ambitions régionales en assemblant des forces paramilitaires prêtes et mêmes impatientes de s’en prendre à des ennemis, que ce soit contre des rivaux chiites ou contre des pouvoirs occidentaux.

Bien que les riches Saoudiens, Qataris et autres princes gâtés ne veuillent pas devenir des soldats eux-mêmes, ils sont plus que contents d’exploiter de jeunes Sunnites mécontents, de les changer en djihadistes et de les lâcher. Al-Qaïda (qui date du djihad anti-soviétique en Afghanistan dans les années 80) et l’État islamique (qui a émergé en résistance au régime chiite instauré en Irak après 2003) sont les fantassins de l’Arabie saoudite.

Ces faits sont semblables au soutien que l’administration Reagan avait fourni aux forces paramilitaires de droite en Amérique Centrale dans les années 80, incluant les « escadrons de la mort » au Salvador et au Guatemala ainsi que les « Contras » au Nicaragua, proches des cartels de la drogue. Ces extrémistes étaient prêts à faire le « sale boulot » que la CIA de Reagan considérait nécessaire pour inverser le flot des révolutions de gauche dans la région, mais de façon suffisamment indirecte pour que Washington ne puisse pas être directement tenue responsable des massacres.

Aussi durant les années 80, les jusqu’au-boutistes de l’administration Reagan, incluant le directeur de la CIA William J. Casey, virent l’intérêt d’utiliser l’extrémisme islamique pour saper l’Union soviétique et sa position officielle athéiste. La CIA et les Saoudiens travaillèrent main dans la main à la construction des moudjahidin afghans — un mouvement islamique fondamentaliste — pour renverser le gouvernement laïque soutenu par les soviets à Kaboul.

Le « succès » de cette stratégie fit aussi subir des dommages sévères à l’économie soviétique, déjà en difficulté et le renvoi ultérieur (puis meurtre) du président soutenu par Moscou, Najibullah. Mais la stratégie provoqua aussi la montée des Talibans, qui prirent le pouvoir et instaurèrent un régime médiéval, et d’Al-Qaïda, qui évolua à partir des combattants saoudiens et d’autres nations étrangères (incluant le saoudien Oussama ben Laden) qui affluèrent au djihad afghan.

Les retombées de l’expérience afghane créèrent le mouvement djihadiste moderne — et les Saoudiens, en particulier, comprirent la valeur de cette force paramilitaire pour punir les gouvernements et les groupes politiques que les Saoudiens et leurs riches amis pétroliers considéraient comme des menaces. Officiellement, l’Arabie saoudite, le Qatar et d’autres États-pétroliers sunnites pouvaient affirmer qu’ils n’étaient pas derrière les terroristes tout en laissant de l’argent et des armes s’acheminer jusqu’à eux.

Bien qu’Al-Qaïda et les autres djihadistes aient leurs propre agendas — et pouvaient intervenir de façon indépendante — les Saoudiens et les autres cheikhs pouvaient diriger ces forces paramilitaires contre le prétendu “croissant chiite”, de l’Iran à travers la Syrie jusqu’au Liban (et après l’invasion de l’Irak en 2003, contre le gouvernement irakien chiite aussi).

Parfois, les djihadistes se montraient utiles pour les États-Unis et Israël, frappant le Hezbollah au Liban, se battant contre le « changement de régime » en Syrie, collaborant en 2011 au renvoi (et meurtre) du Libyen Mouammar Kadhafi et allant même jusqu’à joindre leurs forces au gouvernement ukrainien, soutenu par les États-Unis, pour tuer des Ukrainiens d’ethnie russe dans l’est de l’Ukraine

Le rôle d’Israël

Puisque ces djihadistes sunnites étaient très doués pour tuer des chiites, ils se firent apprécier non seulement de leurs donateurs saoudiens, qataris et koweïtiens, mais aussi d’Israël, qui a identifié l’Iran, dirigé par des chiites, comme sa plus grande menace stratégique. De ce fait, les néoconservateurs américains, qui collaboraient étroitement avec le très droitier Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, avaient eux aussi une attitude mitigée envers les djihadistes sunnites.

Qui plus est le terrorisme, très médiatisé, comme les attaques du 11 septembre, permit au néoconservateurs aux discours fermes de consolider leur contrôle de la politique étrangère des États-Unis et de dévier la fureur américaine provoquée par les 3000 victimes d’Al-Qaïda à New York et Washington, pour appliquer les « changements de régime » de leur propre agenda néoconservateur, d’abord en Irak bien qu’il n’ait rien à voir avec le 11 septembre, puis avec des plans pour passer à la Syrie et à l’Iran.

Comme le complexe militaro-industriel s’en sort comme des bandits avec des milliards et des milliards jetés à la « guerre contre la terreur », les entrepreneurs militaires, reconnaissants, renvoyèrent une partie des profits aux principaux groupes de réflexion où les penseurs néo-conservateurs étaient employés à développer plus de plans militaristes. [Voir Consortiumnews.com : « Un business familial de guerre perpétuelle »]

Mais l’inconvénient de cet arrangement avec les djihadistes sunnites a été qu’Al-Qaïda et son rejeton, l’État islamique, perçoivent l’Occident comme leur ennemi ultime, s’appuyant à la fois sur des injustices historiques et actuelles infligées au monde islamique par l’Europe et les États-Unis. Les leaders terroristes font référence à ces mauvais traitements pour recruter des jeunes des régions démunies du Moyen-Orient et des quartiers défavorisés des villes européennes – et les convaincre de mettre des ceintures d’explosifs.

De ce fait, Al-Qaïda et maintenant l’État islamique font non seulement avancer l’agenda néo-conservateur/israélien/saoudien en déclenchant des attaques terroristes en Syrie contre le gouvernement Assad et au Liban contre le Hezbollah, mais ils frappent de leur propre initiative des cibles européennes et américaines et ce même en Afrique où Al-Qaïda a revendiqué la semaine dernière l’assaut meurtrier sur l’hôtel haut de gamme Radisson Blu à Bamako au Mali.

Il apparaît aussi qu’Al-Qaïda et l’État islamique sont entrés en compétition sur celui qui peut organiser l’attaque la plus sanglante contre des Occidentaux de manière à renforcer le recrutement. Les attaques de Bamako étaient une tentative d”Al-Qaïda de voler la vedette à l’État islamique qui se vantait d’une violente suite d’attaques sur Paris, Beyrouth et un vol touristique russe dans le Sinaï.

Les conséquences des ces massacres ont été de menacer la cohésion financière et politique de l’Europe et d’augmenter la pression pour un état de surveillance renforcée aux États-Unis. Pour le dire d’une autre façon, les caractéristiques les plus précieuses de la civilisation occidentale – la relative aisance et la liberté personnelle – sont menacées.

Pourtant, plutôt que d’expliquer les vraies raisons de cette crise – et quelles solutions pourraient être envisagées – personne dans les courants dominants du monde politique des États-Unis ou des principaux médias ne semble capable ou disposé à parler franchement au peuple américain de la façon dont nous en sommes arrivés là.

L’opportunité manquée de Sanders

Alors que l’on aurait pu s’attendre à cela de la part d’une grande majorité de républicains (qui se sont entourés de conseillers néoconservateurs) et de la part d’Hillary Clinton (qui a façonné ses propres liens avec les néoconservateurs ainsi qu’avec leurs acolytes libéraux et interventionnistes), on aurait pu s’attendre à ce que Sanders formule une critique pertinente envers le « cercle de pensée » officiel de Washington, dominé par les néoconservateurs.

Au lieu de cela, il préconise de manière simpliste et incompréhensible d’exiger plus des Saoudiens — alors que cela sèmerait davantage la mort et la destruction de la région et même au-delà. L’inverse aurait sans doute beaucoup plus de sens — imposer des sanctions économiques sévères à l’Arabie saoudite afin de la punir pour l’aide régulière qu’elle fournit à Al-Qaïda et à l’État islamique.

Geler ou confisquer des comptes bancaires saoudiens à l’échelle mondiale pourrait enfin faire comprendre aux princes gâtés des pays pétroliers du golfe Persique qu’il y a un réel prix à payer lorsque l’on fricote avec le terrorisme. Une telle action envers l’Arabie saoudite enverrait également le message aux États sunnites plus petits de la région qu’ils pourraient être les prochains sur la liste. D’autres pressions, comme la possible exclusion de l’OTAN, pourraient être brandies face à la Turquie.

Si l’Occident se décidait enfin à prendre les choses au sérieux en ce qui concerne l’arrêt de l’aide financière et militaire à Al-Qaïda, à l’État Islamique et à leurs alliés djihadistes en Syrie, la violence pourrait enfin diminuer. Et si les États-Unis et l’Europe mettaient la pression sur l’opposition syrienne « modérée » — peu importe ce qu’il en reste — pour qu’elle parvienne à un compromis, une solution politique pourrait être envisageable également.

À l’heure actuelle, le plus gros obstacle à un accord politique semble être les États-Unis et leur volonté insistante pour que le président Assad soit inéligible une fois que la Syrie sera stabilisée. Pourtant, si le président Obama est si certain que le peuple syrien déteste Assad, il paraît insensé de laisser la défaite présumée d’Assad dans les urnes empêcher un dénouement si crucial.

La seule explication à l’entêtement des USA est que les néoconservateurs ainsi que les faucons libéraux ont fait du « changement de régime » en Syrie une priorité si importante dans leur agenda qu’ils perdraient la face si le départ d’Assad n’était pas réclamé. Cependant, l’avenir de la civilisation occidentale étant dans la balance, un comportement aussi borné semble non seulement inefficace mais dangereux.

En comprenant comment ce désordre a été créé, quelques politiciens américains pourraient fabriquer un appel qui aurait un large soutien dans tout le spectre politique. Si Sanders prenait le flambeau d’un plan rationnel pour apporter une paix relative au Moyen-Orient, il pourrait aussi changer les dynamiques de la course démocratique.

Bien sûr, défier la pensée de groupe officielle de Washington est toujours dangereux. Si compromis et coopération remplaçaient le « changement de régime » comme but des États-Unis, les néoconservateurs et les faucons libéraux paniqueraient. Mais les enjeux sont très élevés pour l’avenir de la planète. Peut-être que sauver la civilisation occidentale vaut le risque de faire face à une crise de colère des néo-conservateurs et des faucons libéraux.

Source : Consortiumnews.com, 23 novembre 2015

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Une réponse à Frapper l’Arabie-Saoudite là où ça fait mal, par Robert Parry

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    oz Le 16 janvier 2016 à 05h22

    Je respecte Robert Parry, and ses textes apportent souvent beaucoup d’information. Mais celui-ci pèche par un refus de reconnaître franchement la réalité: les États-Unis n’ont pas la moindre intention d’éliminer les bandes jihadistes. Ils veulent les garder pour pouvoir les employer contre leurs adversaires stratégiques: Assad et la Syrie, Poutine et la Russie, peut-être un jour l’Iran, voire la Chine. Voilà ce que signifie la distinction entre modérés et immodérés. Daesh s’est grillé avec ses vidéos cinglées , mais les États-Unis veulent garder al-Qaïda et autres al-Nusra pour faire leur sale boulot. Ce n’est pas seulement parce qu’ils veulent sauver leur image, c’est surtout parce que ni les États-Unis, ni l’Europe n’arriveront à convaincre des centaines de milliers de jeunes de leurs pays à risquer leur vie au Moyen-Orient pour les compagnies pétrolières.
    Les critiques de l’Arabie Saoudite et de la Turquie sont méritées, mais elles ne doivent pas faire oublier cette réalité fondamentale: ils savent que les États-Unis les appuient. Parry a raison, il serait facile de faire pression sur eux pour qu’ils cessent de renforcer les jihadistes. Mais il faut le vouloir et les États-Unis ne le veulent pas.
    Quant aux Européens, leur complicité n’a pas d’excuses. Comme le dit Parry, l’Europe est la deuxième victime (la première étant le Moyen-Orient) de cette politique. Les crises des réfugiés et du terrorisme sont en train de destabiliser l’Europe en profondeur, et vont sans doute continuer pendant des années. Il faut bien comprendre que le gouvernement états-unien s’en fiche complètement. Les “valeurs occidentales” sont de la poudre aux yeux. Tant que les dirigeants américains penseront que les jihadistes leur sont utiles contre leurs ennemis géopolitiques, ils s’en fichent que l’Europe soit détruite de même que la destruction de la Syrie les laisse de marbre. L’attitude des dirigeants européens ne peut s’expliquer que de trois manières: ils sont stupides et incompétents; ils sont suicidaires (l’Europe est, après tout, le continent qui s’est suicidé deux fois au cours du dernier siècle); ils ont peur de représailles économiques, voire militaires

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SYRIE, LES RUSSES ONT DÉPLOYÉ DES MISSILES BUK, PANIQUE DANS LA COALITION !

Publié le par Felli Bernard

SYRIE, LES RUSSES ONT DÉPLOYÉ DES MISSILES BUK, PANIQUE DANS LA COALITION !

15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 03:54

SYRIE, LES RUSSES ONT DÉPLOYÉ DES MISSILES BUK, PANIQUE DANS LA COALITION !

Tout le monde a encore à l’esprit, la lâche agression de la Turquie, détruisant un Sukhoï SU-24. Aucune justification ne pouvait être acceptée, puisque l’attitude turque aurait dû être neutre.

Aujourd’hui, nous savons que c’est de rage que les Turcs ont abattu cet appareil, parce que les Russes avaient découvert le trafic de pétrole entre daesh et la Turquie.

Vladimir Poutine avait été d’un sang-froid admirable. Mais, il avait déclaré que la Turquie paierait cher cette traîtrise.
Il avait donné ordre à son armée d’abattre tout avion turc avion ou tout charroi turc entrant ou sortant de Syrie.

C’est ce qui passé avec des milliers de camions-citernes qui ont déjà été pulvérisés. Les images de convois en feu, ont abondamment circulé.

Afin de ne pas rater les avions turcs, la Russie a achevé de déployer en Syrie, ses redoutables missiles sol-air BUK. Cette famille de missile à longue portée est muni d’un système radar d’acquisition de la cible qui est d’une très grande fiabilité. Certains ont une portée de 30 km à mach 3.

Du coup, c’est la panique parmi l’aviation de la coalition. Ne cherchez pas cette information, dans les médias main Stream. La censure ne permet pas la diffusion de ce genre de renseignement. Vous citoyens, vous n’avez pas le droit de savoir, cela fausserait la propagande que l’on vous assène.

Désormais, l’aviation britannique ose à peine s’aventurer au-dessus de la Syrie. L’engagement des Britanniques se résume jusqu’à présent à trois missions. Des Tornados ont au total, lâché 19 bombes sur le champ pétrolifère d’Omar, entre la date de permission d’attaque, donnée par le parlement britannique et le 16 décembre 2015.

Autrement dit un engagement purement symbolique ou pathétique. C’est selon.

Même les Américains pour lesquels les médias occidentaux sont toujours dithyrambiques, n’ont réalisé que 148 bombardements entre le 1er décembre et le 22 décembre 2015.

Ne parlons pas des frappes françaises, nous n’avons pas d’information. Nous supposons des vols de reconnais
Il suffit de comparer la mollesse de la coalition avec la pugnacité de l’aviation russe.

Au total, depuis leur engagement, les Russes ont réalisé 5.200 sorties aériennes et 164 entre le 25 et le 28 décembre 2015. L’avez- vous l’avez lu dans vos médias ?

Comparer les efforts Russes et ceux de la coalition, démontre sans problème que ceux qui mènent le combat en Syrie que ce soit dans les airs ou au sol sont les Russes et l’armée Syrienne. En Irak, nous sommes d’accord que l’armée Irakienne a réalisé une petite avancée. Pour combien de temps ?

Pourquoi la coalition a-t-elle freiné considérablement freiné son offensive en Syrie ? Officiellement pour ne pas faire de victimes civiles collatérales.

La réalité est tout autre, les avions de la coalition ont été accrochés par les faisceaux radars des systèmes de tirs des BUK. L’affolement s’est emparé des états-majors de la coalition.
Nous l’avions écrit : la coalition utilise tous les prétextes possibles pour éviter de bombarder daesh.

Ceci démontre une fois de plus que tous nos médias sont bâillonnés et ne peuvent relater les véritables événements. Il est grand temps de se poser la question des subsides distribués à des médias hypocrites.

A terme, cela se terminera par une reconquête de la Syrie par les troupes de Bachar appuyé par les Russes.
Une victoire du stratège Vladimir Poutine !

JACQUES D’EVILLE

Source : http://siecle21.com/2016/01/10/syrie-les-russes-ont-deploye-des-missiles-buk-panique-dans-la-coalition/

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Prévenir la guerre nucléaire !

Publié le par Felli Bernard

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Jan 12

Prévenir la guerre nucléaire !

12 janvier 2016 | Polémia

Paul Craig Roberts, haut fonctionnaire au ministère des Finances du gouvernement Reagan, il a été collaborateur du Congrès américain, co-éditeur et journaliste du Wall Street Journal, Business Week, Creators Syndicate et chercheur à l’Université de Stanford. Il est président de l’Institute for Political Economy et auteur de nombreux livres et articles dans des magazines scientifiques.

♦ Polémia a déjà publié un certain nombre d’articles de Paul Craig Roberts, esprit libre et pertinent.

Pourquoi des alternatives à la politique belliciste des néoconservateurs américains et de l’OTAN sont une obligation pour la survie de l’humanité.

L’écroulement de l’Union soviétique en 1991 a donné naissance à une idéologie américaine dangereuse appelée néoconservatisme. L’Union soviétique servait jusque là de limite à l’action unilatérale américaine mais lorsque cet obstacle à l’action de Washington a été aboli, les néoconservateurs ont pu inscrire à leur ordre du jour l’hégémonie mondiale américaine.

L’Amérique était devenue la «superpuissance unique», l’«uni-power», qui pouvait désormais agir sans aucune contrainte n’importe où dans le monde.

Le journaliste néoconservateur du «Washington Post» Charles Krauthammer a ainsi résumé «la nouvelle réalité»:

The Washington Post

«Nous avons un pouvoir mondial écrasant. Nous sommes les gardiens historiquement désignés du système international. Quand l’Union soviétique est tombée, quelque chose de nouveau est né, quelque chose de tout à fait nouveau – un monde unipolaire dominé par une seule superpuissance incontrôlée sans aucun rival et qui jouit d’une portée déterminante dans n’importe quel endroit du monde. C’est un développement écrasant et totalement nouveau dans l’histoire, qu’on n’a plus vu depuis la chute de l’empire romain. Et même l’empire romain n’était pas comparable à ce qu’est l’Amérique d’aujourd’hui.»

L’effarant pouvoir unipolaire que l’histoire a donné à Washington doit être protégé à tout prix. En 1992, le Sous-secrétaire Paul Wolfowitz, haut responsable du Pentagone, a mis au point la Doctrine Wolfowitz, devenue depuis la base de la politique étrangère de Washington.

La Doctrine Wolfowitz déclare que «le premier objectif» de la politique étrangère et militaire américaine doit être d’«empêcher la renaissance d’un nouveau rival, sur le territoire de l’ancienne Union soviétique ou ailleurs, qui constitue une menace (à l’action unilatérale américaine) de l’ordre autrefois instauré par l’Union soviétique. Ceci est une considération dominante qui sous-tend la nouvelle stratégie de défense régionale et exige que nous nous efforcions d’empêcher toute puissance hostile d’étendre sa domination sur une région dont les ressources, placées sous tutelle, suffiraient à générer un pouvoir étendu au monde entier. («Une puissance hostile» étant dans ce contexte un pays suffisamment fort pour avoir une politique étrangère indépendante de Washington.)

L’affirmation unilatérale du pouvoir américain commence vraiment sérieusement pendant le mandat de Clinton avec les interventions en Yougoslavie, en Serbie, au Kosovo et par la zone d’exclusion aérienne imposée à l’Irak. En 1997, les néoconservateurs ont rédigé leur «Projet pour un nouveau siècle américain». En 1998, trois ans avant le 11-Septembre, les néoconservateurs ont envoyé une lettre au président Clinton demandant un changement de régime en Irak et «le renversement de Saddam Hussein». Les néoconservateurs exposent leur programme de renversement de sept gouvernements en cinq ans.

Les événements du 11 septembre 2001 sont considérés par les gens bien informés comme «le nouveau Pearl Harbour» dont les

Le 11 septembre 2001 à Nex-York

néoconservateurs avaient besoin pour commencer leurs guerres de conquête dans le Moyen-Orient. Paul O’Neil, le premier Ministre de l’Economie et des Finances du président George W. Bush, a déclaré publiquement que l’ordre du jour du président lors de la première réunion de Bush avec son cabinet était l’invasion de l’Irak. Cette invasion a été planifiée avant le 11-Septembre. Depuis, Washington a détruit entièrement ou partiellement huit pays et affronte maintenant la Russie tant en Syrie qu’en Ukraine.

La Russie ne peut permettre l’établissement d’un Califat djihadiste dans une zone comprenant la Syrie et l’Irak, car ce serait une base d’exportation de la déstabilisation dans les Républiques musulmanes de la Fédération de Russie. Henry Kissinger lui-même a confirmé ce point, suffisamment évident pour toute personne dotée d’un cerveau. Cependant, les néoconservateurs, fanatiques ivres de pouvoir, qui ont contrôlé les régimes de Clinton, Bush et Obama, sont si absorbés dans leur propre orgueil et arrogance qu’ils sont prêts à pousser la Russie à bout, au point d’inciter leur marionnette turque à abattre un avion russe et à renverser le gouvernement démocratiquement élu en Ukraine, alors en bons termes avec la Russie, en le remplaçant par un gouvernement fantoche américain.

Dans ce contexte, nous pouvons comprendre que la situation dangereuse à laquelle le monde est confronté est le produit de la politique arrogante d’hégémonie mondiale des néoconservateurs américains. Les erreurs de jugement et les dangers dans les conflits syrien et ukrainien sont les conséquences de l’idéologie néoconservatrice.

Afin de perpétuer l’hégémonie américaine, les néoconservateurs ont rejeté les garanties que Washington avait données à Gorbatchev que l’OTAN ne se déplacerait pas vers l’Est d’un centimètre. Les néoconservateurs ont poussé au retrait des Etats-Unis du traité ABM, lequel spécifiait que ni les Etats-Unis ni la Russie ne développeraient ni ne déploieraient de missiles antibalistiques. Les néoconservateurs ont réécrit la doctrine de guerre américaine et transformé le rôle des armes nucléaires, les faisant passer de force de représailles à celui de force de frappe préventive de premier plan. Les néoconservateurs ont commencé à installer des bases ABM aux frontières russes, tout en prétendant que ces bases avaient pour but de protéger l’Europe des attaques de missiles nucléaires balistiques intercontinentaux iraniens inexistants.

La Russie et son président, Vladimir Poutine, ont été diabolisés par les néoconservateurs et leurs marionnettes au sein du gouvernement des Etats-Unis et des médias. Par exemple, Hillary Clinton, candidate à l’investiture présidentielle démocrate, a déclaré que Poutine était un «nouveau Hitler». Un ancien officiel de C.I.A. a appelé à l’assassinat de Poutine. Les candidats au poste présidentiel dans les deux partis rivalisent d’agressivité envers la Russie et d’insultes à l’encontre du président russe.

Cela a eu pour effet de détruire la confiance existant entre les puissances nucléaires. Le gouvernement russe a appris que Washington ne respecte pas ses propres lois et encore moins le droit international et qu’on ne peut lui faire confiance dans le respect des accords. Ce manque de confiance, joint à l’agression envers la Russie déversée par Washington ainsi que par les médias prostitués, répercuté par la stupidité des capitales européennes, a posé les fondements d’un conflit nucléaire. Comme l’OTAN (essentiellement les Etats-Unis) n’a aucune perspective de victoire sur la Russie dans une guerre conventionnelle, et encore moins de mise en déroute de l’alliance entre la Russie et la Chine, ce conflit sera nucléaire.

Le conflit nucléaire

Afin d’éviter la guerre, Poutine demeure non-provocateur et discret dans ses réponses aux provocations occidentales. Le comportement responsable de Poutine, cependant, est interprété à tort par les néoconservateurs comme un signe de faiblesse et de crainte. Les néoconservateurs ont incité le président Obama à mettre la pression sur la Russie pour qu’elle cède. Cependant, Poutine a précisé que la Russie ne cédera pas. Poutine a envoyé ce message à de nombreuses occasions. Par exemple, le 28 septembre 2015, au 70e anniversaire des Nations Unies, Poutine a déclaré que la Russie ne pouvait plus tolérer l’état actuel des choses dans le monde. Deux jours plus tard, Poutine a pris la tête de la guerre contre l’Etat islamique (Daesh) en Syrie.

Les gouvernements européens, particulièrement ceux d’Allemagne et du Royaume-Uni, sont complices de l’évolution vers la guerre nucléaire. Ces deux Etats vassaux de l’Amérique facilitent l’imprudente agression de Washington envers la Russie en répandant la propagande de Washington et en soutenant les sanctions de Washington ainsi que les interventions contre d’autres pays. Tant que l’Europe ne sera rien de plus qu’une extension de Washington, la perspective de l’apocalypse continuera à croître.

Nous ne pouvons à présent plus éviter la guerre nucléaire que de deux manières.

L’une serait que la Russie et la Chine rendent les armes et acceptent l’hégémonie de Washington.

L’autre alternative serait un leader indépendant en Allemagne, au Royaume-Uni ou en France montant au créneau et se retirant de l’OTAN. Ce serait le début d’un abandon général de l’OTAN, principal outil de conflit avec la Russie et donc la plus dangereuse des forces au monde pour tous les pays européens et pour le monde entier.

Paul Craig Roberts
28/12/201

Titre original : Why WWIII Is On The Horizon

Source : www.paulcraigroberts.org/2015/12/28/why-wwiii-is-on-the-horizon-paul-craig-roberts/

Traduction Horizons et débats

Correspondance Polémia – 12/01/2016

Image : Hégémonie américaine

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Arabie saoudite : une dictature moins protégée

Publié le par Felli Bernard

 Arabie saoudite : une dictature moins protégée

Arabie saoudite : une dictature moins protégée
Richard Labévière

|

14 janvier 2016

Article en PDF :

Les réalités morbides de cette monarchie ubuesque sont parfaitement connues depuis belle lurette, écrivant quotidiennement et sous nos yeux son cortège d’abominations, au vu et su de tous, comme la lettre volée d’Edgar Allan Poe. Mais… motus et bouche cousue ! Jusqu’à très récemment, il était proprement inconcevable de lire dans la grande presse occidentale quoique ce soit un tant soi peu critique à l’encontre de cette « dictature protégée ». Alors, pourquoi les plumes, les langues et les oreilles se délient-elle seulement aujourd’hui ?


Nouvelle donne géopolitique

On peut d’abord avancer trois causes géopolitiques « larges » : un redéploiement et une délocalisation des intérêts américains ; le retour de l’Iran dans le concert des nations ; une résurgence le l’ancestrale confrontation des mondes sunnite/chi’ite. Viennent ensuite une série de considérations plus « micros » : la faillite des révoltes arabes ; la surenchère entre Al-Qaïda et l’organisation « Etat islamique » ; l’extension territoriale du terrorisme islamiste ; enfin, une guerre de succession récurrente au sein même de la monarchie saoudienne. D’une manière générique et hormis le livre pionnier de Jean-Michel Foulquier, quelques candides dont Alain Chouet[1], Xavier Raufer[2], Pierre Conesa[3] et votre serviteur[4], répètent depuis plus d’une vingtaine d’années que l’Arabie saoudite constitue l’épicentre de l’Islam radical, de son financement et de son extension. Depuis toutes ces années, les mêmes étaient remisés au rayon, soit des doux rêveurs, soit des dangereux subversifs ou encore plus clairement accusés d’être des amis des dictateurs officiels, les nationalistes arabes s’entend !

Plus sérieusement, les éditorialistes parisiens comme nos gouvernants ont oublié l’une des annonces les plus importantes faites par le président Barack Obama au début de son second mandat. En substance, ce dernier expliquait que, pour les trente à quarante ans à venir, les intérêts stratégiques américains fondamentaux se situaient dans l’Asie-Pacifique et en Asie centrale. Par conséquent, les Proche et Moyen-Orient perdaient leur centralité, jusqu’ici incontestée dans l’agenda des priorités du Département d’Etat et des grandes sociétés américaines. Cette annonce officialisait ainsi l’obsession « eurasienne » martelée depuis des décennies par l’ancien conseiller à la sécurité du président Carter et inspirateur inoxydable des administrations démocrates - Zbigniew Brzezinski -, notamment dans son livre programme Le Grand échiquier - L’Amérique et le reste du monde[5].

Dans cette perspective, il devenait impératif pour Washington de normaliser ses relations avec l’un des pays clef de cette Route de la soie vitale allant de Venise à Vladivostok, à savoir la Perse éternelle… Ce fut la signature de l’accord sur le nucléaire iranien. Rarement dans les annales de la diplomatie, une négociation aura été aussi longue et compliquée. Au terme de plusieurs prolongations et d’une ultime journée de tractations fiévreuses, l’Iran et les pays du « P 5+1 » (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) sont finalement parvenus à un compromis sur le nucléaire iranien, aux premières heures de la journée du mardi 14 juillet à Vienne. L’arrangement fait près d’une centaine de pages, composé d’un texte principal et de cinq annexes. Lourd de conséquences majeures, immédiates et à plus long terme, cet événement historique déclencha l’ire de l’Arabie saoudite, des autres monarchies du Golfe et de plusieurs pays sunnites.

Le grand retour de l’Iran

Ce retour de l’Iran dans la communauté internationale entraîne plusieurs conséquences lourdes, notamment sur le plan pétrolier. En 2012, l’Iran, qui exporte quelque 1,5 million de barils de brut par jour, était le second plus grand exportateur des pays de l’Organisation des pays exportateurs. La même année, les autorités iraniennes estimaient que les revenus annuels générés par cette industrie pourraient atteindre 250 milliards de dollars en 2016. Selon les estimations les plus sérieuses, les revenus pétroliers de l’Iran ont augmenté d’un tiers sur l’exercice 2012 pour atteindre 100 milliards de dollars, malgré les sanctions américaines. Aujourd’hui, l’Iran prévoit d’investir un total de 500 milliards de dollars dans le secteur pétrolier avant 2025.

Avec la levée des sanctions, la reprise annoncée des investissements étrangers pourrait se concrétiser durant ce premier semestre. « On devrait enregistrer un dégel progressif des avoirs financiers iraniens à l’étranger à partir du début 2016 », explique Michel Makinsky, chercheur associé l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE), « mais sur les 100 à 150 milliards de dollars que les Américains prétendaient bloqués, pas plus de 30 milliards ne semblent être, pour l’instant, mobilisables ». Face à ce marché de 80 millions d’habitants, les entreprises occidentales ont déjà repris le chemin de Téhéran depuis plusieurs mois dans un contexte politique très marqué par le président Hassan Rohani qui souhaite faire de l’Iran un « pays émergent prenant toute sa part dans l’économie mondiale et mondialisée ». Sur le plan financier, les autorités cherchent à restructurer le système bancaire autour de la Banque centrale et une relance des relations avec le Fonds monétaire international.

« Des politiques prudentes ont permis de retrouver une croissance positive l’an dernier et de réduire l’inflation à 15%, explique les experts du Fonds, « les autorités ont également stabilisé le marché des changes et avancé sur la réforme des subventions. Mais l’économie reste confrontée à des défis structurels. La forte baisse des prix mondiaux du pétrole a refroidi l’activité. Les entreprises pâtissent aussi d’une demande atone, le système bancaire étant confronté à des actifs improductifs élevés et des arriérés accumulés par le secteur public. Le chômage reste élevé, environ 10,5 % ». Le gouvernement iranien ambitionne d’atteindre un taux de croissance de 8 % par an, le FMI misant sur 4 à 5 % en 2017. Dans ce contexte, Téhéran souhaite lancer de grands chantiers d’infrastructures routières, portuaires et aéroportuaires. Les projets sont prêts mais les banques attendent l’effectivité de la levée des sanctions. Une mission européenne (France, Grande Bretagne, Allemagne) s’est récemment rendue à Washington pour obtenir des précisions auprès de l’administration financière américaine.

Mais dans l’ambiance de la primaire de leurs prochaines élections présidentielles, les Etats-Unis tentent toujours de freiner l’investissement européen dissuader les Européens en Iran. Quoiqu’il en soit et quel que soit le prochain président des Etats-Unis, le retour du pétrole iranien sur le marché mondial et la reprise des investissements étrangers s’annonce d’ores et déjà comme un mouvement irréversible. Dans tous les cas de figures, ces prévisions placent l’Iran en situation de s’imposer comme la véritable puissance régionale face à ses deux principaux concurrents de proximité que sont la Turquie et Israël. Cette reconfiguration régionale et internationale ne manque pas de raviver Une guerre de cinq mille ans, pour reprendre les mots du grand journaliste Paul Balta[6].

Une guerre de cinq mille ans

Dans ce contexte, l’une des premières initiatives du nouveau roi Salman d’Arabie saoudite est d’intervenir militairement au Yémen voisin contre la rébellion houthi, politiquement soutenue par Téhéran. À partir du 26 mars 2015, la force aérienne royale saoudienne, avec l’appui de plusieurs pays sunnites dont l’Égypte et les membres du Conseil de coopération du Golfe excepté Oman, effectue des bombardements sur de nombreuses positions houthis dans l’ouest du pays, dont l’aéroport international El Rahaba et le palais présidentiel de Sanaa. L’ambassadeur saoudien à Washington précise que « l’opération vise à défendre le gouvernement légitime du Yémen et à empêcher le mouvement radical houthi (soutenu par l’Iran) de prendre le contrôle du pays ».

Les États-Unis déclarent également fournir un soutien opérationnel en matière de logistique et de renseignement. Selon la chaîne de télévision Al-Arabiya basée à Dubaï, le royaume saoudien engage dans cette opération une centaine d’avions de guerre et plusieurs dizaines de milliers de soldats. Depuis plus de dix mois, l’aviation saoudienne ravage l’un des pays les plus pauvres du monde, avec l’aval de Washington et des pays européens sans que cela n’émeuve beaucoup la grande presse internationale, les professionnels des droits humains et des indignations sélectives. Dans ce conflit oublié mais très meurtrier, la monarchie wahhabite combat aujourd’hui ses anciens alliés Zaydites qui ont affronté, entre 1962 et 1970, les forces de la République arabe du Yémen, à l’époque soutenues par l’Egypte. A l’époque, Riyad n’hésitait pas à s’allier avec les parents des Houthis actuels, en réalité très éloignés du chi’isme duodécimain iranien, contre des « tribus républicaines » soutenues par Nasser, le Grand Satan d’un nationalisme arabe appuyé par Moscou.

Mais l’intervention yéménite actuelle a été précédée par des soutiens réitérés au soulèvement des tribus sunnites et des groupes terroristes qui ne supportent pas l’avènement d’un nouveau pouvoir chi’ite en Irak dès le printemps 2003. Le GID, les services secrets de Riyad, n’hésitent pas à financer et armer Abou Moussab al-Zarqawi, le chef d’Al-Qaïda en Irak qui opère à partir du Kurdistan d’Irak. C’est à ses tueurs qu’on doit, notamment l’assassinat de Sergio de Mello, le représentant spécial de l’ONU à Bagdad le 29 août 2003 et une série d’attentats meurtriers à Bagdad, ciblant de manière récurrente, personnalités, quartiers et mosquées chi’ites.

En fait, depuis la fin des années 1980, les services du prince Turki al-Faysal Bin Abdulaziz - l’un des parrains d’Oussama Ben Laden - financent et appuient les groupes salafo-jihadistes au Liban et les Frères musulmans de Jordanie. Le 8 décembre 2004, à l’occasion d’un entretien avec le Washington-Post, le roi Abdallah II de Jordanie - un pays allié de Riyad, de Washington et de Tel-Aviv - avait surpris aussi bien le monde arabo-musulman que ses partenaires occidentaux en mettant en garde contre l’émergence d’un « croissant chi’ite » allant de l’Iran au Liban, comprenant également l’Irak post-Saddam, la Syrie des Assad, Bahreïn et les régions pétrolières d’Arabie saoudite…

Décapitations publiques

En écho à ce fantasme de la menace grandissante d’un croissant chi’ite et accompagnant la montée en puissance des révoltes arabes (printemps 2011), Riyad arme la rébellion sunnite en Syrie, l’encourageant à renverser le régime de Damas (alaouite, composante hétérodoxe du chi’isme). Simultanément, en mars 2011, l’armée saoudienne réprime dans le sang les manifestations de la place de la Perle à Manama, la capitale de Bahreïn dont la population est majoritairement chi’ite. Autrement dit, cette politique saoudienne de la canonnière antichi’ite vient de loin, connaissant une dernière péripétie aggravante avec l’accident survenu à Mina durant le pèlerinage de La Mecque le 24 septembre 2015.

Environ un millier de personnes, essentiellement chi’ites trouvent la mort lors d’un mouvement de foule provoqué par les forces de l’ordre accompagnant le déplacement d’un prince saoudien. Non seulement les services locaux de sécurité sont en-dessous de tout, mais circonstance aggravante : l’ancien ambassadeur d’Iran à Beyrouth, en charge notamment des liaisons avec le Hezbollah libanais, participant au pèlerinage, disparaît lui aussi dans de mystérieuses circonstances. La goutte d’eau qui fait déborder le vase, c’est bien-sûr le communiqué de l’agence officielle saoudienne SPA annonçant l’exécution – le 4 janvier dernier - d’un homme condamné à mort pour un meurtre de droit commun. Ahmed ben Obeid al-Harbi avait été reconnu coupable d’avoir tué par balle un autre Saoudien à la suite d’une dispute. Cette sentence porte à 48 le nombre d’exécutions depuis le 1er janvier 2016. En une seule journée - le 2 janvier - 47 personnes, dont le dignitaire chiite Nimr Baqr al-Nimr, ont été exécutées en Arabie saoudite après avoir été condamnées pour « terrorisme ». L’année dernière, selon un décompte de l’AFP basé sur des chiffres officiels, le royaume avait en effet mis à mort 153 personnes, contre 87 en 2014. Les exécutions ont généralement lieu par décapitation et en public. Elles concernent aussi bien des Saoudiens que des étrangers.

Le 7 octobre 2011, le dignitaire chi’ite saoudien Nimr Baqer al-Nimr écrivait[7] : « depuis notre naissance, nous sommes soumis à l’oppression, à l’intimidation, aux persécutions et à la terreur, au point que même les murs nous faisaient peur. Même les murs ! Y a-t-il quelqu’un qui n’a pas subi l’injustice et l’oppression dans ce pays ? J’ai plus de 50 ans, soit un demi-siècle. Depuis que je suis venu au monde, je ne me suis jamais senti en sécurité dans ce pays, nulle part, depuis mon enfance. Nous sommes continuellement accusés, menacés et agressés de toutes parts... Nos poitrines resteront nues face à vos balles et nos mains resteront vides (sans arme), mais nos cœurs resteront emplis de foi… Nous n’avons qu’une alternative : vivre sur cette terre en hommes libres et dignes, ou y être enterrés avec les honneurs (après le martyre)… Nous ne cesserons de dénoncer votre oppression et de revendiquer nos droits ».

Révoltes arabes et guerres de succession

Pris de court par la soudaineté et l’ampleur du mouvement social à l’origine des révoltes arabes (janvier 2011) - agglomérant plusieurs revendications composites touchant tant aux libertés civiles et politiques qu’aux conditions de subsistance économique, aux prébendes et corruptions des clientèles en place, les islamistes (Frères musulmans et Salafistes) se sont, d’abord cantonnés à une posture d’attente. Depuis les années 1980, Riyad - ayant rompu avec la Confrérie égyptienne, coupable à ses yeux, d’ingérences dans les affaires intérieures du royaume - continuait à acheter sa tranquillité en soutenant toutes sortes d’officines salafistes, à peu près partout dans le monde, tandis que Doha offrait gracieusement asile, aides et logistiques aux Frères musulmans. Vecteur de communication d’Al-Qaïda, la chaîne de télévision satellitaire qatarie Al-Jazeera diffuse quotidiennement, aujourd’hui encore l’idéologie « frériste » en arabe, en anglais, en turc et en serbo-croate à plus de 80 millions de téléspectateurs.

Le 2 mai 2011, un commando de Navy-Seals neutralise Oussama Ben Laden dans son refuge pakistanais d’Abbottabad, installé à proximité des plus grandes écoles militaires du pays. Depuis plus de cinq ans, les services américains connaissent tout de la villégiature du chef d’Al-Qaïda. Le président Obama donne le feu vert à cette opération à ce moment-là parce que son administration veut éviter qu’Al-Qaïda ne récupère le mouvement de protestation qui s’est répandu dans l’ensemble du monde arabo-musulman. L’existence d’Al-Qaïda ne correspond pas à la nouvelle configuration des intérêts américains qui renouent avec leur tropisme historique : la promotion des Frères musulmans. Les Départements d’Etat et de la Défense estiment que ces derniers sont en mesure d’apporter des réponses thermidoriennes appropriées aux révoltes arabes.

Doha exulte et Riyad s’adapte. Toujours est-il que ce choix s’avère désastreux : en juillet 2013, après un an de pouvoir frériste au Caire, trente millions d’Egyptiens descendent dans la rue, permettant le retour des militaires ; en Tunisie Ennahdha doit quitter le pouvoir en laissant une situation économique apocalyptique ; la Libye implose après la brillante intervention militaire franco-britannique relayée par l’OTAN ; en Syrie les Frères et leurs alliés arabes et occidentaux ne parviennent pas à renverser un régime fortement appuyé par la Russie, l’Iran et le Hezbollah libanais ; enfin, au Yémen la rébellion des Houthi provoque l’intervention de l’armée saoudienne qui remet Al-Qaïda en selle…

Il n’est pas anodin de souligner que cette initiative revient principalement au ministre de la Défense Mohamed ben Salman Al-Saoud (MBS), second vice-premier Ministre. Il est aussi vice-prince héritier, mais derrière son concurrent Mohammed Ben Nayef ben Abdelaziz Al-Saoud (MBN), lui aussi vice-Premier ministre mais surtout prince héritier en premier. Lié aux grandes sociétés du complexe militaro-industriel américain et aux stratèges du Pentagone, MBN qui devrait logiquement succéder à l’actuel roi Salman, fait l’objet de toutes les attentions de son concurrent MBS. Ce dernier fait ainsi assaut de surenchères wahhabites sur tous les dossiers possibles - Yémen, opposants, minorités chi’ites et police religieuse - afin de convaincre le Conseil des Oulémas qu’il représente mieux l’avenir de la dynastie, sinon la survie du royaume que le prince héritier désigné MBN, « vendu aux américains », selon les dires de plusieurs fils des rois Fahd et Abdallah, soigneusement écartés de toutes responsabilités importantes.

Cette épuration ne résulte pas seulement de querelles de parentèles, ne vise pas uniquement l’accès à la rente et les prébendes qui vont avec, mais entend aussi exprimer sûremment la volonté du clan des Soudaïri - revenu au pouvoir dans le sillage du nouveau roi Salman - d’une rupture avec la politique des Tuwaïjri et des tribus Chammar du feu roi Abdallah. Ce dernier était d’autant plus suspect aux yeux des premiers, qu’il cherchait à établir un système d’évitements, sinon d’arrangements avec l’Iran, estimant - sans doute à juste tire -, que l’Arabie avait tout à perdre, à moyen et plus long terme, d’une confrontation directe et permanente avec le grand voisin perse.

C’est dans ce contexte de guerre de successions toujours inabouties qu’intervient, - en Irak - le schisme fondamental entre Al-Qaïda (canal historique), qui reste partisan du « jihad global » et la future organisation « Etat islamique » (Dae’ch), optant pour un « jihad de proximité » à prétention territoriale. Le 9 juin 2014, Dae’ch prend Mossoul, la deuxième ville d’Irak et proclame le Califat vingt jours plus tard. A l’origine, ce nouvel acteur est accueilli favorablement, sinon aidé, par Ankara, Riyad et Washington qui estime ainsi « pouvoir siphonner », selon les propres termes d’un haut responsable du Pentagone, « les légions d’Al-Qaïda au profit de jihadistes locaux plus facilement contrôlables… » Mais avec la proclamation d’un califat, englobant La Mecque et Médine et la décapitation médiatisée de plusieurs journalistes américains, les nouveaux venus s’avèrent vite incontrôlables. Les premières « frappes » américaines contre Dae’ch commencent officiellement le 7 août 2014 avant que ne s’organise une improbable coalition anti-Dae’ch dont les membres poursuivent des objectifs très contradictoires…

Réconciliée avec les Frères musulmans, l’Arabie saoudite - du moins certains de ces grands bienfaiteurs -, continuent à soutenir allègrement les katibas d’Al-Qaïda, de Dae’ch, de Jabhat al-Nosra et des autres variantes armées d’un Islam radical qui s’inspirent majoritairement d’un wahhabisme, doctrine officielle de la monarchie. Bien-sûr, Riyad fait partie de la coalition contre Dae’ch qui revendique plusieurs attentats contre des mosquées chi’ites du royaume et va même jusqu’à fabriquer une nouvelle coalition « arabe » contre l’ « Etat islamique », mais le cœur n’y est pas… et les services de renseignement les plus sérieux sont obligés de reconnaître que l’Arabie saoudite, en dépit de ses efforts de communication, ne change pas de politique !

Journal officiel du Quai d’Orsay, Le Monde attend les télégrammes diplomatiques révélés par Wikileaks et les enquêtes du New York Times pour écrire du bout de la plume que « l’Arabie finance le fondamentalisme sunnite à travers le monde »[8]. Mais il en faut plus pour faire plier le chef de la diplomatie française dont le nouveau crédo est « qu’il ne faut pas confondre le wahhabisme saoudien avec le salafisme… » Le 18 novembre dernier, dans l’hémicycle, Laurent Fabius réaffirme que « les accusations de financement des groupes jihadistes qui pèsent sur les pays du Golfe n’étaient pas avérées ! » Des propos déjà tenus par Manuel Valls, la veille sur les ondes de France Inter, quelques heures avant sa rencontre avec le Premier ministre du Qatar…

La politique « sunnite » de la France

Depuis plusieurs années, Paris profite des tensions Riyad/Washington liées aux progrès de l’accord sur le nucléaire iranien, afin de se positionner comme partenaire privilégié de l’Arabie saoudite. Cette diplomatie commerciale a fini par peser une cinquantaine de milliards de dollars au profit des grandes sociétés du CAC-40, selon le cumule de contrats et d’intentions annoncés. Le 10 octobre 2015, en marge d’un forum d’affaires franco-saoudien, Manuel Valls annonçait fièrement qu’il avait signé des « accords et des lettres d’intention » pour un volume d’affaire estimé à 10 milliards d’euros. Cette annonce concernait une trentaine de patrouilleurs rapides qui devaient être commandés à DCNS[9] par Riyad avant la fin 2015. A ce jour, la commande n’a pas été confirmée de même que des annonces similaires concernant le domaine des satellites de télécommunications et d’observation.

Selon l’AFP, qui citait les services du Premier ministre, ces accords concerneraient aussi « les secteurs de l’énergie, la santé, l’agro-alimentaire, le maritime et les infrastructures ». Un de ces accords porterait, notamment, sur la création d’un fonds saoudien dédié à l’investissement dans de petites et moyennes entreprises françaises, notamment dans le numérique et les énergies renouvelables, pour un montant de deux milliards d’euros. Dans le domaine de l’agro-alimentaire, l’embargo qui touchait la viande bovine française a été levé. Les sociétés françaises devraient ainsi pouvoir à nouveau exporter vers l’Arabie Saoudite, précisait encore Matignon. Un protocole d’accord avait aussi été signé entre le Fonds souverain saoudien et le Laboratoire français du fractionnement et des biotechnologies (LFB) pour la création d’une usine de fractionnement de plasma en Arabie Saoudite. L’investissement saoudien s’élèverait à 900 millions d’euros. Des annonces ont également été faites dans les infrastructures, pour la gestion du réseau d’eau de Ryad (trois milliards d’euros), les transports urbains (notamment concernant le métro de Ryad pour un milliard d’euros) et la distribution de l’énergie dans la nouvelle cité économique de Jeddah (un milliard d’euros).

Mais pour l’instant, - à l’image des annonces publiques de subventions d’Etat aux différents programmes des Nations unies, où il y a encore souvent loin de la coupe au lèvres -, ces chiffres demeurent très virtuels à l’image du DONAS - l’enveloppe saoudienne de trois milliards de dollars promise aux industries françaises de défense pour moderniser l’armée libanaise -, dont la concrétisation traîne depuis plus de trois ans, sans certitude de la voir pleinement aboutir un jour… Et comme un « économiste atterré » le souligne : « calmons-nous avec ces effets d’annonces mirifiques, parce qu’aujourd’hui, le niveau réel de notre volume d’affaires avec l’Arabie saoudite n’atteint pas 10% de celui de nos échanges avec la Belgique… »

Toujours est-il que si l’on parlait encore d’une « politique arabe » dans les France du général de Gaulle et de François Mitterrand, il n’est plus question désormais que de politique « sunnite » dans celle de François Hollande… A ce titre, Laurent Fabius s’est opposé jusqu’au dernier moment à la finalisation, pourtant annoncée, de l’accord sur le nucléaire iranien. Au nom de quels intérêts ? On se pose encore la question, demeurée à ce jour sans véritable réponse ! Quoiqu’il en soit, Paris a réagi plutôt mollement aux dernières exécutions saoudiennes qui ont révolté toute la planète.

Dans une réaction antidatée du 2 janvier 2016 - il fallait attendre celle de Washington -, Paris a déploré l’usage de la peine de mort, sans condamner les exécutions saoudiennes… François Hollande réitère ainsi la faute politique qu’il avait commise lors des derniers bombardements israéliens sur Gaza, ne se souciant que de la sécurité d’Israël sans se préoccuper des victimes civiles palestiniennes ! Aucune allusion aux contrats d’armements français avec Riyad, alors qu’au même moment le ministre allemand de l’Economie déclare publiquement qu’il s’agit « d’être plus critique, à l’avenir, en matière d’exportation de matériels de défense à destination de ce pays ».

Bien qu’entouré de conseillers en communication permanente, le président de la République s’exprime ici à contre-courant d’une opinion française et internationale majoritaire, qui sait maintenant, peu ou prou, le rôle joué par la monarchie wahhabite dans l’expansion de l’Islam radical dont les médias dénoncent quotidiennement les méfaits depuis les derniers attentats du 13 novembre 2015. En dépit de cette évolution faisant que l’Arabie saoudite d’aujourd’hui est une « dictature moins protégée », sa survie institutionnelle n’en reste pas moins assurée pour les prochaines années à venir.

En effet, l’administration Obama finissante, comme le prochain président américain, démocrate ou républicain, continueront à scrupuleusement observer les tables du Pacte du Quincy, officiellement en vigueur jusqu’en 2065. Normaliser les relations avec un Iran en voie de modernisation est une chose, lui laisser un champ régional libre où il pourrait s’imposer comme la puissance dominante en est une autre… Même si les Etats-Unis privilégient le redéploiement de leurs intérêts stratégiques vers l’Asie-Pacifique et l’Asie centrale, ils ne peuvent se désengager totalement des Proche et Moyen-Orient et, surtout, permettre l’émergence d’un « croissant chi’ite » tant redouté par leurs alliés historiques.

Ainsi, Washington doit impérativement veiller à l’existence et à la pérennité d’un pôle sunnite suffisamment fort - s’organisant autour des pays du Conseil de coopération du Golfe et de l’Egypte - afin de contenir le retour de l’Iran chi’ite dans le concert des nations. De fait, et face aux dernières provocations saoudiennes, la diplomatie américaine joue la carte de la désescalade pour s’assurer aussi que Riyad n’anéantisse pas les discussions de paix engagées sur les dossiers syrien, irakien et yéménite. En définitive, et même « moins protégée… », la dictature wahhabite pourra continuer, plusieurs années encore, à se jouer du cynisme mercantile et des lâchetés des démocraties occidentales. Bonne année tout de même !

Notes :

[1] Alain Chouet : Au cœur des services spéciaux. La menace islamiste : fausses pistes et vrais dangers. Editions La Découverte, 2011.

[2] Xavier Raufer (direction) : Atlas de l’Islam radical. CNRS-Editions, 2007.

[3] Pierre Conesa : Guide du petit djihadiste, à l’usage des adolescents, des parents, des enseignants et des gouvernants. Editions Fayard, 2015.

[4] Richard Labévière : Les dollars de la terreur – Les Etats-Unis et les islamistes. Editions Grasset, 1998. Les Coulisses de la terreur. Editions Grasset, 2003. Vérités et mythologies du 11 septembre 2001. Nouveau-Monde Editions, 2011.

[5] Zbigniew Brzezinski : Le Grand échiquier – L’Amérique et le reste du monde. Editions Bayard, 1997.

[6] Paul Balta : Iran-Irak, une guerre de 5000 ans. Editions Anthropos/Economica, 1988.

[7] Cité par Salah Lamrani : Exécution d’un clerc chi’ite au Moyen-Orient, conflits sectaires ou politiques ? 5 janvier 2016.

[8] Arnaud Leparmentier : Nos alliés les Saoud. Le Monde du jeudi 26 novembre 2015.

[9] DCNS est un groupe industriel français spécialisé dans l’industrie navale militaire, l’énergie nucléaire et les infrastructures marines. Le groupe emploie plus de 13 000 personnes à travers 10 pays. Société de droit privé détenue à hauteur de 64 % par l’État français, de 35 % par Thales et de 1 % par son personnel, DCNS est l’héritier des arsenaux français et de la Direction des Constructions et Armes Navales (DCAN), devenue la Direction des Constructions Navales (DCN) en 1991.

Un article reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur

Source : Proche et moyen-orient

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L’Otan cherche la destruction de la Russie depuis 1949 – 3/4

Publié le par Felli Bernard

L’Otan cherche la destruction de la Russie depuis 1949 – 3/4

L’Otan cherche la destruction de la Russie depuis 1949 – 3/4

Par Gary Leupp – Le 25 décembre 2015 – Source CounterPunch

Note du Saker Francophone

Ce texte a été traduit par un nouveau venu dans l'univers francophone de la ré-information, le site https://beerblogsite.wordpress.com qui nous a proposé spontanément sa collaboration sur les aspects géopolitiques. L'article, de taille, est découpé en 4 parties. La 3e partie partie retrace l'histoire de l’Afghanistan jusqu'au premier coup d’éclat d’un certain Vladimir Poutine.

Partie 1Partie 2

Comment la Guerre Froide a encouragé l’islamisme radical

Bien sûr, les États-Unis, qui ont fait leurs valises et sont partis après le retrait soviétique, laissant les Pakistanais avec un problème massif de réfugiés et l’Afghanistan dans le chaos, ont saigné les Soviétiques et quiconque osait s’allier avec eux. Et, sûrement, cette expérience contribua à la réalisation du vœu le plus cher de Brzezinski : l’écroulement de l’Union Soviétique.

Mais elle a aussi produit le terrorisme islamiste, à grande échelle, alors que les États-Unis, qui avaient auparavant organisé le recrutement et l’entraînement de légions de djihadistes provenant de tout le monde musulman pour attaquer l’Union soviétique, étaient et sont encore obligés d’en gérer les conséquences. Et leur réponse provoque invariablement plus de terrorisme.

N’est-il pas évident que les actions militaires américaines contre les différentes cibles terroristes dans le Moyen-Orient élargi, incluant l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie, le Yémen et la Libye, ont grandement gonflé les rangs d’al-Qaïda et d’État islamique ?

Est-ce que le cours des événements en Afghanistan – où le gouvernement de Kaboul reste paralysé et stupide, où les seigneurs de la guerre gouvernent les cités de province, la Cour suprême condamne des gens à mort pour des offenses religieuses, la plus grande partie de l’arrière-pays est aux mains des Talibans et des militants pénétrant par le Nord – ne vous convainc pas que les États-Unis n’auraient pas dû s’allier aux djihadistes contre les forces laïques soutenues par les Soviétiques il y a 35 ans ?

Dans une interview de 1998 publiée par le Nouvel Observateur, on demandait à Brzezinski s’il regrettait d’avoir donné des armes et des conseils aux futurs terroristes islamistes.

Brzezinski – Qu’est-ce qui est le plus important dans l’histoire du monde ? Les Talibans ou la chute de l’empire soviétique ? Quelques musulmans agités ou la libération de l’Europe centrale et la fin de la Guerre froide ?

– Quelques musulmans agités ? Mais il a été dit et répété : le fondamentalisme islamique représente une menace mondiale de nos jours.

– N’importe quoi ! Il a été dit que l’Occident avait une politique globale concernant l’islam. C’est stupide. Il n’y a pas d’islam global. Regardez l’islam de façon rationnelle et sans démagogie ou émotion. C’est la religion dominante dans le monde avec 1.5 milliards de croyants. Mais qu’y a-t-il de commun entre les fondamentalistes saoudiens, les modérés marocains, les militaristes pakistanais, les pro-occidentaux égyptiens et le sécularisme d’Asie centrale ? Rien de plus que ce qui unit les pays chrétiens.

En d’autres mots, gagner la compétition contre la Russie, la saigner jusqu’à l’effondrement, était plus important que le risque de promouvoir le fondamentalisme musulman militant. Il est évident que cette mentalité demeure quand, dans le monde post-11 septembre, certains officiels du département d’État préfèreraient voir Damas tomber aux mains d’EI plutôt que de la laisser défendre par les Russes en appui d’un régime laïc.

L’Otan à la rescousse du monde post-Guerre froide

Depuis la chute de l’Union soviétique et la disparition du Pacte de Varsovie, qu’a manigancé l’Otan ? Premièrement, elle a rempli un vide de pouvoir dans les Balkans. La Yougoslavie s’écroulait. Elle avait été neutre pendant la Guerre froide, ni membre de l’Otan ni du Pacte de Varsovie. À mesure que les gouvernements tombaient en Europe de l’Est, les mouvements sécessionnistes dans cette république multi-ethnique produisaient des conflits étendus. Le secrétaire d’État Baker s’inquiétait de ce que l’écroulement de la Yougoslavie provoque une instabilité régionale et s’est opposé à l’indépendance de la Slovénie.

Mais le ministre allemand des Affaires étrangères, Hans Dietrich Genscher, et le chancelier Helmut Kohl, grisés par la fierté de la réunification allemande et décidés à jouer un rôle plus important dans le monde, firent pression en faveur du démantèlement de la Yougoslavie. (Il y avait d’importants intérêts historiques allemands dans ce pays. Les Nazis avaient occupé la Slovénie de 1941 à 1945, établissant une garde slovène de 21 000 hommes et y lançant des affaires économiques. L’Allemagne est maintenant de loin le premier partenaire commercial de la Slovénie.) La position de Kohl prévalut.

La Yougoslavie, qui était un modèle d’harmonie interethnique, fut déchirée par des conflits ethniques dans les années 1990. En Croatie, les Croates combattirent les Serbes aidés par l’Armée populaire yougoslave. En Bosnie-Herzégovine, les Bosniaques, les Croates et les Serbes se querellèrent sur la façon de diviser le pays. En Serbie, l’annulation de l’autonomie des provinces du Kosovo et de la Voïvodine provoqua la colère des Albanais. En 1995, les images d’hommes bosniaques émaciés dans des camps de prisonniers serbes furent largement diffusées dans les médias mondiaux, alors que Bill Clinton était résolu à ne pas laisser un nouveau Rwanda (lisez génocide) se produire. Pas sous son mandat. L’Amérique allait sauver la situation.

Ou plutôt : l’Otan allait sauver la situation. Loin d’avoir perdu son utilité après la Guerre froide, déclara Clinton, l’Otan était la seule force capable de relever ce genre de défi. Et donc l’Otan bombarda, et bombarda pour la première fois dans une vraie guerre, jusqu’à ce que les Serbes bosniaques implorent pitié. La configuration actuelle de la Bosnie-Herzégovine, une fédération dysfonctionnelle incluant une mini-république serbe, fut dictée par le secrétaire d’État Warren Christopher et son envoyé Richard Holbrooke au meeting de Dayton, Ohio, en novembre 1995.

La Russie, alliée traditionnelle des Serbes, fut obligée de regarder passivement pendant que les États-Unis et l’Otan redessinaient les cartes de l’ancienne Yougoslavie. Dans ces années 1990, la Russie était elle-même, sous la direction du bouffon alcoolique Boris Eltsine, en piètre état. L’économie piquait du nez, le désespoir régnait, la longévité masculine avait dégringolé. La nouvelle politique était tout sauf stable. Pendant la crise constitutionnelle de septembre-octobre 1993, le président avait même ordonné à l’armée de bombarder le bâtiment du Parlement, pour forcer les législateurs à se soumettre à son décret de dissolution. Sous la poigne d’oligarques corrompus et du capitalisme sauvage occidental, les Russes étaient sans illusions et démoralisés.

Puis d’autres insultes arrivèrent de l’Occident. Durant la dernière année de Eltsine, en mars 1999, l’Otan accueillit trois nations supplémentaires : la Tchécoslovaquie (plus tard la République tchèque et la Slovaquie), la Hongrie et la Pologne. Elles avaient été les trois nations les plus puissantes du Pacte de Varsovie, URSS et Allemagne de l’Est mise à part. C’était la première expansion de l’Otan depuis 1982 (quand l’Espagne avait adhéré) et cela irrita le Kremlin, ce qui était compréhensible. Quelle peut bien être la raison pour l’expansion de l’Otan à présent ?, demandèrent les Russes, qui furent assurés que l’Otan n’était dirigée contre personne.

Le Sénat étasunien vota pour étendre l’adhésion à la Pologne, la Hongrie et la Tchécoslovaquie en 1998. A l’époque, George Kennan, le fameux diplomate américain qui développa la stratégie d’isolement de l’URSS pendant la Guerre froide fut interrogé :

«Je crois que c’est le début d’une nouvelle guerre froide, prévint Kennan, âgé de 94 ans. Je pense que les Russes vont réagir petit à petit et cela va affecter leur politique. Je crois que c’est une erreur tragique. Il n’y avait aucune raison. Cela démontre un manque de compréhension de l’histoire russe et soviétique. Bien sûr que la Russie va réagir négativement et ensuite les avocats de l’extension de l’Otan prétendront qu’ils avaient toujours dit que les Russes sont comme cela, mais c’est simplement faux.»

L’Otan contre la Serbie

Ce même mois de mars 1999, l’Otan (y compris ses trois nouveaux membres) bombarda Belgrade, la capitale de la Serbie. C’était la première fois depuis la Deuxième Guerre mondiale qu’une capitale européenne était victime de bombardements. La raison officielle était que les forces de l’État serbe persécutaient les Albanais de la province du Kosovo. La diplomatie avait échoué et l’intervention de l’Otan était nécessaire pour remettre les choses en place. Cette justification fut accompagnée de rapports très exagérés de forces serbes tuant des Kosovars, perpétrant un génocide.

C’était largement faux. Les États-Unis avaient demandé à la conférence de Rambouillet, en France, que la Serbie retire ses forces du Kosovo et restaure l’autonomie de la province. Le président serbe Slobodan Milosevic avait accepté. Mais les États-Unis avaient aussi exigé que Belgrade accepte des forces de l’Otan sur tout le territoire de la Yougoslavie, quelque chose qu’aucun dirigeant d’un État souverain ne peut accepter. Belgrade refusa, soutenue par la Russie.

Un officiel haut placé du département d’État (probablement la secrétaire d’État Madeleine Albright) se vanta à des reporters qu’à Rambouillet «nous avions intentionnellement placé la barre trop haut pour que les Serbes acceptent. Les Serbes avaient besoin d’un petit bombardement pour être raisonnables». Henry Kissinger, pas un pacifiste, déclara à la presse en juin : «Le texte de Rambouillet, qui appelait la Serbie à admettre des troupes de l’Otan sur tout le territoire yougoslave, était une provocation et une excuse pour commencer à bombarder. Rambouillet n’est pas un document qu’un Serbe angélique aurait pu accepter. C’était un document diplomatique affreux qui n’aurait jamais dû être présenté sous cette forme.»

Les États-Unis avaient obtenu l’approbation de l’ONU pour les frappes de l’Otan en Bosnie-Herzégovine quatre ans plus tôt. Mais ils ne la cherchèrent pas cette fois, et n’essayèrent pas d’organiser une force des Nations Unies pour résoudre le problème du Kosovo. En effet, ils insistèrent pour que l’Otan soit reconnue comme le représentant de la communauté internationale.

C’était outrageant. Mais l’opinion publique américaine était largement persuadée que les Serbes avaient refusé de négocier la paix de bonne foi et donc méritaient des bombardements, applaudis par la presse. En particulier par la correspondante internationale de CNN, Christiane Amanpour, qui avait ses entrées au département d’État et ne cessait de dire à ses spectateurs : «Milosevic continue à faire des pieds de nez à la communauté internationale», parce qu’il refusait un ultimatum brutal de l’Otan que même Kissinger avait qualifié de provocation.

Après que le massacre de masse des Kosovars est devenu une réalité (puisque les bombes de l’Otan commencèrent à tomber sur le Kosovo) et après deux mois et demi de bombardements sur Belgrade, un accord négocié par les Russes mit fin aux combats. Belgrade put éviter l’occupation de l’Otan que les Serbes avaient précédemment refusé (en d’autres termes, l’OTAN n’était parvenu à rien de plus que ce que les Serbes avaient déjà concédé à Rambouillet).

Comme le cessez-le-feu entrait en vigueur le 21 juin, une colonne d’environ 30 véhicules blindés transportant 250 soldats russes fut déplacée de sa mission de maintien de la paix en Bosnie pour prendre le contrôle de l’aéroport de Pristina au Kosovo (un petit rappel que la Russie aussi avait un rôle à jouer dans la région).

Cela prit le commandant américain de l’Otan, Wesley Clark, par surprise. Il ordonna que des parachutistes français et britanniques sautent sur l’aéroport mais le général britannique Sir Mike Jackson se déroba prudemment : «Je ne vais pas faire commencer la troisième guerre mondiale par mes soldats», déclara-t-il.

Je pense que ce geste dramatique de dernière minute à l’aéroport a été décidé par l’étoile montante Vladimir Poutine, un conseiller d’Eltsine bientôt nommé vice-président puis successeur d’Eltsine au début de décembre 1999. Poutine allait devenir un ennemi bien plus coriace pour l’Otan que son embarrassant prédécesseur.

Gary Leupp

Note du traducteur, le site https://beerblogsite.wordpress.com

Je publie la traduction d’un texte de Gary Leupp, professeur à l’Université Tufts. Je trouve que ce texte, polémique sur certains points, permet de renverser la vision pro-OTAN dont nous sommes abreuvés dans les médias. Faites-vous votre propre opinion… L’original peut être trouvé ici. Le texte est assez long, donc il sera publié en quatre parties.

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Qui a organisé les attentats de janvier et novembre 2015 à Paris ?

Publié le par Felli Bernard

Qui a organisé les attentats de janvier et novembre 2015 à Paris ?

par Thierry Meyssan

De nouvelles informations, publiées par le quotidien croate Slobodna Dalmacija attestent d’une responsabilité de l’État français dans les attentats survenus à Paris en janvier et en novembre 2015. Soit les autorités françaises avaient infiltré au préalable les groupes qui ont perpétré les attentats de janvier et novembre à Paris et ne sont pas intervenues pour les empêcher de passer à l’acte, soit elles sont directement impliquées dans l’organisation de ces attentats. Quoi qu’il en soit, il reste à déterminer qui a pris ces décisions et s’il agissait ou non au nom de la République.

Réseau Voltaire | Damas (Syrie) | 14 janvier 2016

Selon la version officielle, les attentats commis en janvier et novembre 2015 à Paris ont été commandités par Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) pour l’exécution des rédacteurs de Charlie-Hebdo, par Daesh pour tous les autres. Les autorités ont admis que le premier attentat était coordonné avec celui contre le supermarché de la Porte de Vincennes bien que, selon elles, les deux organisations soient ennemies et qu’il existe un doute sur la revendication d’appartenance d’Amedy Coulibaly à Daesh.

Reuters avait révélé que des armes utilisées en novembre provenaient de l’usine Crvena Zastava, située à Kragujevac (Serbie) [1]. Associated Press et le Palm Beach Post ont cru qu’un des pistolets serbes avait transité par Century International Arms, une firme de Floride liée à la CIA [2], mais l’agence de presse —pas le quotidien— s’est depuis rétractée [3].

Selon le quotidien croate Slobodna Dalmacija, des armes utilisées lors de l’attentat de janvier contre le supermarché et d’autres utilisées lors des attentats de novembre proviendraient de l’usine serbe de Crvena Zastava et auraient transité en France via le même revendeur, Claude Hermant [4].

Nos lecteurs se souviennent qu’en 1998, le Réseau Voltaire avait découvert les surprenantes activités du service d’ordre du Front national, le Département Protection Sécurité (DPS). Celui-ci se livrait à un fichage et à un repérage des domiciles de personnalités. Il apparaissait bientôt qu’au sein même du DPS, un petit groupe d’individus semblait se préparer à des activités illicites. Après moult péripéties, nous avions obtenu la création d’une commission d’enquête parlementaire pour faire la lumière sur ces faits [5]. Les éléments que nous apportâmes à l’Assemblée nationale, notamment sur la double mission des membres du DPS auprès du FN en France et dans l’organisation de coups d’État en Afrique, se heurtèrent rapidement au Secret-Défense [6]. Au demeurant, ils provoquèrent une crise au sein du Front national et sa division, de sorte que plus personne n’eût à répondre des faits. Deux ans plus tard, en 2001, un des anciens membres du DPS, Claude Hermant, déjà cité, confirmait à Libération l’existence de cette structure « Action » au sein du DPS [7].

Rappelons maintenant nos travaux de 1998-99. Nous avions établi qu’en 1972, le « Front national pour l’unité française » avait été créé en secret par Jacques Foccart, alors responsable des Affaires africaines et malgaches à l’Élysée, à la demande du président Georges Pompidou. Le FN fut animé dès le début par Jean-Marie Le Pen, qui avait joué un rôle important dans l’accession de Charles De Gaulle au pouvoir en 1958 avant de se retourner contre lui [8], et par François Duprat, qui s’était engagé aux côtés de Bob Denard dans le soutien à Moïse Tchombé au Katanga. De même, nous avions montré qu’en 1984, François Mitterrand et Guy Penne, successeur de Jacques Foccart à l’Élysée, avaient financé avec les fonds secrets de la République la campagne électorale du Front national aux élections européennes. Nous étions donc arrivés à la conclusion que le FN avait été et était toujours, non pas un parti politique ambitionnant d’exercer le pouvoir, mais une structure nécessaire à l’Élysée, d’abord utilisée pour contrôler des personnalités d’extrême-droite, puis pour les réintroduire dans la vie politique nationale.

Concernant le DPS, nous avons montré qu’il était alors dirigé par Bernard Courcelles, par ailleurs simultanément garde du corps d’Anne Pingeot, la compagne de François Mitterrand, et par Gérard Le Vert. Il comprenait en son sein une structure secrète d’environ 60 hommes, tous liés aux services secrets et prélevés selon les besoins pour remplir des missions secrètes principalement en Afrique. C’est à cette structure qu’appartenait Claude Hermant. La véritable direction du DPS n’était pas au Front national, mais au ministère de la Défense, à la DPSD, un service secret à la dénomination presque homonyme, chargé de la protection des armées.

Dès lors, les révélations de Slobodna Dalmacija font sens. En janvier 2015, Claude Hermant s’est présenté au juge d’instruction comme « informateur » des douanes et de la gendarmerie lorsqu’il a été incarcéré pour « trafic d’armes ». Au magistrat qui lui demandait des détails sur les armes qu’il avait vendues, il a opposé le Secret-Défense. La Commission consultative du Secret-Défense, puis le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, lui ont donné raison [9].

En résumé, M. Hermant a appartenu à une structure qui, sous couvert du service d’ordre du Front national, était chargée officieusement par l’Élysée de missions secrètes à l’étranger. Il est aujourd’hui rémunéré à la pige par les Douanes et la Gendarmerie, toujours sans statut officiel. Selon Slobodna Dalmacija, il aurait acheté en Serbie des armes neutralisées, ayant servi aux attentats de janvier et de novembre, qu’il aurait lui-même remilitarisées —le quotidien parle des résultats d’une analyse au microscope d’une arme à feu que personne n’avait évoquée jusqu’à présent —. Il aurait également vendu des armes à des islamistes à Bruxelles. Son trafic, quoi qu’illégal, est couvert par le Secret-Défense.

Rappelons par ailleurs que, selon le groupe de presse états-unien McClatchy, les tueurs de Charlie-Hebdo, les frères Kouachi, étaient liés aux services secrets français [10]. Rappelons enfin que Claude Hermant a été incarcéré sur décision des juges lillois Stanislas Sandraps et Richard Foltzer qui enquêtent sur son trafic d’armes, et non par les juges parisiens chargés des attentats, Christophe Tessier, Nathalie Poux et Laurence Le Vert ; elle-même cousine de Gérard Le Vert, déjà cité, ancien patron de Claude Hermant au DPS.

En conclusion, soit M. Hermant participait à une opération d’infiltration des cellules qui ont procédé aux attentats sans que leur action ait été stoppée, soit, et c’est moins probable, ses supérieurs actuels —probablement à l’Élysée— ont eux-mêmes participé à l’organisation de ces attentats. Reste également à déterminer pourquoi et au nom de qui les supérieurs de Claude Hermant ont agis ainsi.

Thierry Meyssan

[1] “Some guns used in Paris attacks produced in ex-Yugoslavia’s arsenal”, Aleksandar Vasovic, Reuters, November 28, 2015.

[2] “Dealer : Gun linked to Paris attack came through Delray firm”, Associated Press, December 10, 2015. « Dealer : Gun linked to Paris attack came through Delray firm », Pat Beall, John Pacenti & Mike Stucka, Palm Beach Post, December 10, 2015.

[3] “Correction : Serbia-Paris-Guns story”, Jovana Gec & Dusan Stojanovic, Associated Press, December 18, 2015.

[4] « Oružje za Charlie Hebdo prodao hrvatski branitelj », Marijo Kavain, Slobodna Dalmacija, 11 janvier 2016. Version française : « Les armes pour Charlie-Hebdo ont été vendues par un ex-combattant volontaire croate », Traduction Svetlana Maksovic, Réseau Voltaire, 14 janvier 2016.

[5] Vous trouverez ici des extraits du rapport présenté par le Réseau Voltaire aux parlementaires, ici le texte des auditions parlementaires, et ici le texte du rapport parlementaire.

[6] La Françafrique, le plus long scandale de la République, de François-Xavier Verschave (Stock, 1998).

[7] « Un ancien du DPS révèle à "Libération" les activités de déstabilisation et d’infiltration menées en France et en Afrique », par Renaud Dely et Karl Laske, Libération, 6 juin 2001.

[8] « Quand le stay-behind portait De Gaulle au pouvoir », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 27 août 2001.

[9] « Les armes de Charlie-Hebdo couvertes par le Secret-Défense », Réseau Voltaire, 17 septembre 2015.

[10] « Selon McClatchy, Mohammed Mehra et les frères Kouachi seraient liés aux services secrets français », Réseau Voltaire, 9 janvier 2015.

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La Russie expliquée aux Russes par les Américains

Publié le par Felli Bernard

William Blum
William Blum

La Russie expliquée aux Russes par les Américains

Par William Blum – Le 8 janvier 2016 – Source CounterPunch

Il y a un site russe [inosmi = médias de masse étrangers] qui traduit en russe des articles de propagande anti-russe des médias occidentaux et les publie pour que les Russes puissent constater par eux-mêmes les mensonges quotidiens que les médias occidentaux répandent sur eux. Il y a eu récemment plusieurs articles qui faisaient état de sondages indiquant que le sentiment anti-occidental augmentait en Russie, et qui accusaient la propagande de Poutine d’en être responsable.

C’est une accusation assez bizarre, car pourquoi Poutine aurait-il besoin de faire de la propagande alors que les Russes peuvent lire les médias occidentaux et constater tout seuls tous les mensonges les concernant ainsi que la diabolisation de Poutine ? Il y a plusieurs shows politiques à la télévision russe, où des journalistes ou politiciens occidentaux sont invités ; sur l’un d’eux, il y a souvent un journaliste américain vraiment drôle, Michael Bohm, qui ne fait que régurgiter la propagande occidentale dans le débat avec ses homologues russes. C’est assez surréaliste de le voir incarner sans complexe les pires travers communément attribués aux Américains : l’arrogance, la naïveté et l’ignorance. Très content de lui, il admoneste des hommes politiques russes de haut rang et leur explique la vraie politique étrangère russe et les intentions réelles qu’il y a derrière. C’est rare d’atteindre un tel niveau d’inconscience par rapport à l’ironie d’une situation. Quand on le regarde, on ne sait pas s’il faut rire, pleurer ou avoir peur.

Tout ce qui est écrit ci-dessus l’a été avec l’aide d’une femme élevée en Union soviétique qui vit maintenant à Washington. Elle et moi, nous parlons souvent de la politique étrangère étasunienne. Nous sommes presque entièrement d’accord sur sa puissance dévastatrice et son absurdité.

Tout comme pendant la première Guerre froide, l’un des principaux problèmes est que les Exceptionnels Américains ont beaucoup de mal à croire que les Russes puissent avoir de bonnes intentions. Cela me rappelle une anecdote qu’on raconte sur George Kennan :

Alors qu’il traversait la Pologne avec la première mission diplomatique américaine se rendant en Union soviétique à l’hiver 1933, un jeune diplomate américain nommé George Kennan a été quelque peu étonné d’entendre Maxime Litvinov, le ministre soviétique des Affaires étrangères qui l’escortait, évoquer des souvenirs de son enfance passée dans un village voisin et parler des livres qu’il lisait alors et de son rêve de devenir bibliothécaire.

«Nous avons soudain réalisé, ou du moins ça a été mon cas, que ces gens avec qui nous traitions étaient des êtres humains comme nous, a écrit Kennan, qu’ils étaient nés quelque part, qu’ils avaient eu des rêves d’enfance comme nous. Pendant un bref moment, il a semblé que nous pourrions changer d’attitude et embrasser ces gens.»

Cela n’a pas encore eu lieu.

La soudaine prise de conscience de Kennan fait penser à ces paroles de George Orwell : «Nous sommes maintenant tombés si bas qu’énoncer des évidences est devenu le premier devoir des hommes intelligents.»

Traduction Dominique Muselet

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Hervé Cornara non plus n’a pas eu le droit à la Légion d’honneur

Publié le par Felli Bernard

Hervé Cornara
Hervé Cornara

Hervé Cornara non plus n’a pas eu le droit à la Légion d’honneur

Kevin, son fils, ne cache pas sa colère. Et pour cause ! Hervé Cornara ne serait donc pas « une victime comme les autres » ?

Dans la famille Cornara, l’incompréhension est totale : Hervé, leur mari et père, décapité par Yassin Sahli, le 26 juin 2015, à Saint Quentin-Fallavier, ne figure pas sur la liste des récipiendaires de la Légion d’honneur ! Après l’oubli (réparé in extremis) d’Aurélie Châtelain pour cette même liste, une seconde bourde de la part du gouvernement ?

Kevin, son fils, ne cache pas sa colère. Et pour cause ! Hervé Cornara ne serait donc pas « une victime comme les autres » ? N’est-il pas le « premier homme à se faire décapiter sur le sol français » ? « Notre vie a été détruite comme celle des autres victimes, ce n’est pas normal que nous, on soit oubliés », s’indigne-t-il au micro de RTL. Non, ce n’est pas normal, et cet « oubli » est aussi inacceptable et indigne que celui d’Aurélie. Surtout quand on connaît l’homme et son parcours.

Très attaché à sa cité populaire des Marronniers de Fontaines-sur-Saône, Hervé Cornara laisse à tous le souvenir de quelqu’un empli d’humanité. Devenu quinze ans plus tôt le président de l’association des locataires, il s’était révélé « un appui extrêmement important pour la municipalité. Il faisait tout pour que ce quartier […] se maintienne en bon état […] », confiera, très ému, Thierry Pouzol, le maire de la ville. Hervé ? Vif, fourmillant d’idées, « tout ce qu’il voulait, c’était de faire de ce quartier un endroit où il fait bon vivre ».

Et cet homme, « un mec formidable », qui « créait du lien social », cet homme, qui se décarcassait pour que son quartier « ne dépérisse pas », qui organisait festivités et barbecues géants entre voisins, a été oublié par l’État ? Il ne pratiquait pas assez le vivre ensemble, Hervé Cornara, pour que sa famille subisse un telle humiliation ?

Alors, pourquoi lui aussi ? Parce qu’il dirigeait une petite entreprise de transport ? Un bon patron, le directeur avec lequel il sous-traitait ne tarit pas d’éloges à son endroit. Et l’État – en ces temps de faillites des entreprises et de chômage de masse – oublierait de récompenser un employeur « sérieux, travailleur, rigoureux, un homme en qui on pouvait faire une confiance aveugle » ? Des qualités, disons-le tout net, guère valorisées dans notre société…

Aurélie Châtelain, la danseuse originaire du nord de la France, Hervé Cornara, un petit patron, un enfant du pays, dans l’Isère. La première a sans aucun doute évité un carnage dans une église ; le second, par humanisme, a eu le tort de ne pas se résoudre à licencier son futur bourreau – malgré les problèmes qu’il lui causait – au motif que ce dernier avait trois enfants. Tous deux assassinés par des musulmans radicalisés, mais cependant moins méritants que les autres victimes pour être ainsi privés de la reconnaissance du gouvernement ? Honteux, indécent, impardonnable.

Va-t-il réparer cette seconde bévue ? Ce serait la moindre des choses, parce que pour la famille d’Hervé Cornara, « cette Légion d’honneur […], ça [leur] aurait vraiment fait du bien ». Comme aux autres familles. On la comprend.

Caroline Artus

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NOSTALGIE ?

Publié le par Felli Bernard

NOSTALGIE ?

Lancinante publicité, lancinante information, lancinante routine.

Lancinant harcèlement au quotidien.

Non, je ne veux plus être en campagne électorale aussi permanente que la révolution du même nom.

Non, je ne veux plus être pris pour un débile intoxiqué par la propagande et la désinformation.

Non, je ne veux plus être un citoyen qui n’est plus qu’un porte-monnaie.

Non, je ne veux plus être étranger dans mon propre pays.

Non je ne veux plus d’atteintes à ma liberté individuelle.

Oui, je souhaite de temps en temps pouvoir rouler à la vitesse qui me plaît, parce que la route est bonne, parce qu’il fait beau ou que la nuit est calme, sans la peur du radar ;

Oui, je souhaite pouvoir allumer ma pipe après un bon repas dans une brasserie accueillante sans avoir droit à une image d’horreur sur ma blague à tabac.

Oui, je souhaite pouvoir prendre un verre sans lire la mention « l’alcool est… consommez avec modération… »

Oui, je souhaite prendre mes responsabilités sans me faire recadrer systématiquement.

Oui, je souhaite faire ce dont j’ai envie sans que ma vie ne devienne un parcours du combattant.

Ce qui m’oppresse, ce qui joue sur mes nerfs à tout bout de champ, c’est la prise de conscience que la vie qui m’a été donnée m’est systématiquement volée par des usurpateurs.

Par des usurpateurs qui se permettent de jouer de leur pouvoir pour me rappeler au quotidien que je ne suis qu’un numéro de carte bancaire, de carte vitale, de carte de fidélité et que si je respecte pas les règles imposées, je ne serai plus rien.

Par des usurpateurs qui se permettent de me contraindre à tous les renoncements au nom de grands principes qui changent au gré de leurs besoins.

Par ceux-là mêmes qui interdisent de parler de nos valeurs au nom des valeurs d’une République trahie chaque jour un peu plus, au nom d’un régime qui, comme tous les régimes, tient sa légitimité de la raison du plus fort et file dans les oubliettes de l’histoire sans crier gare.

Quand je pense à ces dirigeants qui se rasent le matin, ont leurs petits bobos comme tout le monde, sont obligés de dégrafer leur pantalon plusieurs fois par jour pour leurs besoins naturels, ces hommes et ces femmes fardés et pomponnés pour les petites lucarnes, ces responsables qui sont de chair comme tout à chacun, il me semble qu’ils n’ont qu’un devoir : celui de servir, qu’un droit, celui d’humilité, qu’une obligation, celle du respect.

Alors, quand je fais un bilan d’une vie, je me dis que si celle-ci vaut la peine d’être vécue, elle vaut aussi qu’elle m’appartienne, car nul ne m’en octroiera une autre, que celle-ci est bien courte à l’échelle de l’histoire et qu’elle n’a rien à faire de vos histoires.

La maladie, c’est ce qui force cet être si puissant qu’est l’homme à s’aliter, à tomber, en faisant une existence aussi fragile qu’elle peut être résistante.

Le monde va comme il va, mais ce qui ronge les sangs de milliards d’êtres humains, c’est avant tout l’arbitraire institutionnalisé qui les enduit de peurs contre lesquelles ils se sentent bien impuissants.

Le monde va comme il va, mais ce qui pousse de hommes et des femmes à se révolter, c’est cet instinct de survie qui les conduit tout autant à se taire.

Le temps des révolutions appartient au passé.

Le temps des révoltes appartient au pré
sent.

Parce que les grandes idéologies se sont effondrées, parce que les grandes religions s’éteignent revient le temps des sectarismes, de l’obscurantisme.

Les derniers tenants de la culture universelle sont devenus des dissidents et des suspects quand le règne de l’égalitarisme et de l’inculture s’étend à tous les pays.

Privés de leur identité nationale, de leur histoire, des peuples entiers reviennent à la bougie, à l’âge de pierre, aux couteaux de cuisine, aux murailles et aux oubliettes.

La régression à laquelle on assiste en dépit des prodigieuses avancées scientifiques et techniques est d’autant plus mortelle qu’elle dispose précisément de moyens sans précédent.

Il est stupéfiant de constater à quel point les boussoles sont affolées, à quel point le silence des responsables du monde est à ce point assourdissant.

Alors oui, les hommes de l’ombre deviennent des ombres qui évitent les projecteurs, ils utilisent la toile aussi ténue que leur impuissance face à cette énorme illusion d’espace de liberté…sous très haute surveillance.

Alors, oui, la nostalgie s’étend sans être regret, mais port d’attache pour tenter de sauver ce qui pourrait l’être en embarquant dans la nouvelle Arche de Noé tout ce qui permettra de reconstruire et de se reconstruire.

Dans un monde où la guerre s’étend chaque jour davantage, les dérisoires discours de paix sont le futur Munich face à un totalitarisme à en faire pâlir d’autres.

Mais si le XXIème siècle est celui des guerres, de la disparition de civilisations, des migrations et du désordre, peut-être que ceux qui embarqueront sur ce dernier navire trouveront les moyens d’y mettre fin.

Les révolutions sont du passé, les révoltes d’actualité, la régénérescence mondiale est d’avenir.

Pierre Le Normand

http://OMBRE43.over-blog.com

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