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Le régime US est l’organisation criminelle la plus achevée de l’histoire humaine .

Publié le par Felli Bernard

: Paul Graig Roberts
: Paul Graig Roberts

Le régime US est l’organisation criminelle la plus achevée de l’histoire humaine

Publié par Gilles Munier sur 22 Janvier 2016, 19:17pm

Catégories : #Etats-Unis

Par Paul Graig Roberts (revue de presse : Le Blog de la résistance – 12/1/16)*

Unique au milieu des pays de la Terre, le régime étasunien insiste pour que ses lois et diktats priment sur la souveraineté des nations. Washington impose aux ressortissants étrangers l’autorité de ses tribunaux et affirme leur compétence extraterritoriale sur les activités étrangères que Washington ou des groupes d’intérêts étasuniens désapprouvent. Le pire résultat du mépris de Washington à l’égard de la souveraineté des pays, est peut-être l’oppression exercée par Washington sur des ressortissants étrangers uniquement sur la base d’accusations de terrorisme sans aucun élément de preuve.

Considérons quelques exemples. Washington a d’abord forcé le gouvernement suisse à trahir ses propres lois bancaires. Il a contraint la Suisse à abroger ses lois sur le secret bancaire. La Suisse est prétendument une démocratie, mais les lois du pays sont décidées à Washington par des gens non élus par les Suisses pour les représenter.

Considérons le « scandale du football », apparemment concocté par Washington dans le but d’embarrasser la Russie. La fédération de football est hébergée en Suisse, mais cela n’a pas empêché Washington d’y envoyer des agents du FBI pour arrêter des citoyens suisses. Essayez d’imaginer la Suisse envoyant des agents fédéraux suisses aux USA pour arrêter des Étasuniens.

Considérez l’amende de 9 milliards de dollars infligée par Washington à une banque française parce qu’elle n’a pas pleinement respecté les sanctions de Washington contre l’Iran. Cette prétention de Washington à vouloir contrôler un établissement financier étranger est encore plus audacieuse au vu du fait que ces sanctions sont imposées à l’Iran par Washington et qu’il est strictement illégal qu’elles nécessitent que d’autres pays souverains y obéissent eux-mêmes. À vrai dire, nous avons ici un cas triplement illégal, puisque les sanctions ont été imposées sur la base d’accusations mensongères, imaginées et fabriquées.

Ou considérez que Washington a fait valoir son autorité dans le contrat entre un constructeur de navires français et le gouvernement russe, et contraint l’entreprise française à manquer à son contrat aux dépens de milliards de dollars pour l’entreprise française et d’un grand nombre d’emplois pour l’économie française. Cela faisait partie de la leçon que Washington donnait aux Russes pour ne pas avoir suivi les ordres de Washington en Crimée.

Essayez d’imaginer un monde dans lequel chaque pays affirmerait l’extraterritorialité de son droit. La planète serait en chaos permanent, avec le PIB mondial dépensé en batailles juridiques et militaires.

Washington néoconné soutient que, comme l’Histoire a choisi les USA pour exercer l’hégémonie mondiale, aucune autre loi n’est pertinente. Seule la volonté de Washington compte. Sa loi elle-même n’est même pas nécessaire, puisque Washington la remplace souvent par des ordres, comme quand Richard Armitage, Secrétaire d’État adjoint (un poste non élu), a dit au Président du Pakistan de faire ce qu’il lui disait, sinon « nous allons vous bombarder pour vous renvoyer à l’âge de pierre. »

Essayez d’imaginer le président de Russie ou de Chine donnant ce genre d’ordre à une nation souveraine.

Washington bombarde en fait de vastes régions du Pakistan, tue des milliers de femmes, d’enfants et de villageois âgés. La justification de Washington étant l’affirmation de l’extraterritorialité de ses interventions militaires dans d’autres pays avec lesquels Washington n’est pas en guerre.

Aussi affreux que tout cela, il y a les pires crimes de Washington contre d’autres peuples quand il kidnappe des citoyens d’autres pays, et les envoie à Guantanamo, à Cuba, ou dans des cachots secrets d’États criminels, comme l’Égypte et la Pologne, pour y être détenus et torturés, en violation à la fois de la loi étasunienne et du droit international. Ces crimes odieux prouvent au-delà de tout doute que le régime étasunien est la pire entreprise criminelle que la Terre n’ait jamais portée.

À l’époque où le criminel régime néocon de George W. Bush a lancé l’invasion illégale de l’Afghanistan, un crime de guerre en vertu du droit international, il avait désespérément besoin de « terroristes » pour la justifier. Or, il n’y avait pas de terroristes. Washington a donc largué sur les territoires des seigneurs de la guerre des tracts offrant des primes de milliers de dollars pour les « terroristes ». Sautant sur l’occasion, les seigneurs de la guerre ont capturé tous les gens sans protection et les ont vendus aux Étasuniens pour avoir la prime.

La seule preuve que c’était des terroristes était que ces gens innocents avaient été vendus en tant que « terroristes » aux Étasuniens par des seigneurs de la guerre.

Hier, après 14 ans de torture, Fayez Mohammed Ahmed Al-Kandari a été libéré par « liberté et démocratie américaine ». Le colonel Barry Wingard, l’officier de l’US army qui représentait Al-Kandari, a dit « il n’y a tout simplement aucune preuve autre que c’était un Musulman en Afghanistan au mauvais moment, autre que des racontars de rumeurs doubles et triples, quelque chose que je n’ai jamais vu justifier une incarcération. » Ce qu’il y avait là, a dit le colonel Wingard, ne suffisait pas de loin à donner lieu à une litanie de plusieurs années de torture pour tenter de forcer la confession des infractions alléguées.

Ne vous attendez pas à ce que les médias prostitués occidentaux vous signalent ces faits. Pour les connaître, fiez-vous à RT, à Stephen Lendman ou à ce site.

Les médias de la pressetitutée occidentale font partie du jeu criminel de Washington.

Paul Graig Roberts, économiste et journaliste étasunien, a été sous-secrétaire du Trésor dans l’administration Reagan au début des années 80. En 1987, Edouard Balladur – ministre français de l’Economie et des Finances - lui a décerné la Légion d’honneur.

Photo : Paul Graig Roberts

*Source : Le blog de la résistance

Version originale : The US Government Is The Most Complete Criminal Organization In Human History - Traduction Petrus Lombard

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Goldman Sachs débourse une véritable fortune pour que le Royaume-Uni reste dans l'UE

Publié le par Felli Bernard

Goldman Sachs débourse une véritable fortune pour que le Royaume-Uni reste dans l'UE

Goldman Sachs débourse une véritable fortune pour que le Royaume-Uni reste dans l'UE

21 janv. 2016, 12:02

© Lucas Jackson Source: Reuters

Goldman Sachs.

Le géant bancaire a dépensé des centaines de milliers de livres pour financer la campagne pour le «oui» au référendum sur l'Europe qui se tiendra cette année au Royaume-Uni.

Craignant pour l'avenir du Royaume-Uni sur la scène économique mondiale, Goldman Sachs a fait don de plusieurs centaines de milliers de livres à la campagne pour que la Grande-Bretagne reste dans l'Union européenne.

Le géant bancaire, qui emploie 6 000 personnes au Royaume-Uni, fait partie d'un large cercle d'importantes entreprises britanniques ayant accepté de financer la campagne qui se prononce pour le «oui» à l'Europe.

Lire aussi

Goldman Sachs a refusé tout commentaire sur ce don, tandis que la chaîne Sky News a indiqué que la campagne «Britain Stronger in Europe» (La Grande-Bretagne sera plus forte dans l'Europe) avait reçu une «importante somme à six chiffres» de la part de l'entreprise.

Selon le média britannique, les deux camps du «oui» comme du «non» seraient en mesure de dépenser près de 7 millions de livres (9 millions d'euros) pour leur campagne respective.

Alors que les négociations cruciales entre David Cameron et les dirigeants de l'UE se tiendront le mois prochain, les deux camps préparent le débat qui devra se concentrer sur l'économie et sur l'immigration, dans un contexte complexe de crise migratoire en Europe.

International

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Semaine 15 de l’intervention russe en Syrie : pas de nouvelles, bonnes nouvelles

Publié le par Felli Bernard

le Saker
le Saker

Semaine 15 de l’intervention russe en Syrie : pas de nouvelles, bonnes nouvelles

Par le Saker US – Le 17 janvier 2016 – Source thesaker.is

Nous pourrions dire que l’intervention russe en Syrie s’est installée dans une sorte de routine : les Russes bombardent, beaucoup, et les Syriens avancent sur presque tous les fronts, mais lentement. Alors que ceux qui s’attendaient à une défaite rapide de Daech suivie par une série de victoires gouvernementales majeures pourraient être déçus, je suis personnellement plutôt encouragé par ces résultats. Voici pourquoi.

Si les Syriens n’ont pas remporté un Blitzkrieg rapide, c’est d’abord et surtout parce qu’un tel Blitzkrieg n’a jamais été une réelle possibilité. Les Syriens n’ont jamais eu des effectifs suffisants pour concentrer assez de forces sur un axe d’attaque et opérer ensuite une percée. Ils manquent aussi de la puissance de feu nécessaire pour ramollir les défenses de Daech avant de tenter une telle offensive. En fait, le rôle secondaire de l’aviation russe a été de fournir la puissance de feu dont les Syriens manquaient au sol. Toutefois, alors qu’un Blitzkrieg est toujours impressionnant, bien que risqué, il y a une autre forme de gestion militaire du temps, la guerre d’usure, qui peut aussi produire des résultats. Je ne parle pas d’une guerre d’usure du genre de celle de la Première Guerre mondiale, évidemment, mais d’une forme spécifique au conflit syrien.

Les Russes sont en train de ruiner Daech à de nombreux niveaux : ils frappent leurs postes de commandement, leurs dépôts de munition, leurs voies logistiques et d’approvisionnement, leurs camps d’entraînement, etc. Depuis que beaucoup de ces cibles ont été détruites, les Russes pratiquent de plus en plus le soutien aérien rapproché, c’est-à-dire qu’ils effectuent maintenant des sorties en soutien direct aux opérations de l’armée syrienne. Il y a donc des preuves croissantes que les officiers russes travaillent aujourd’hui étroitement avec les unités syriennes au front. Cette coopération et cette coordination plus étroite entre les Russes et les Syriens a donné lieu à beaucoup de petites victoires, dont au moins une grande : la ville stratégique de Salma, au nord-est de la province de Lattaquié, a été totalement libérée. Regardez cette vidéo pour les images de la libération de la ville, elle est en russe mais une traduction n’est pas nécessaire.

Et regardez, pour les progrès récents, le rapport de l’état-major général russe, la vidéo est sous-titrée en anglais.

Du côté négatif, les Syriens et les Russes n’ont pas encore trouvé la bonne manière de priver Daech de son principal atout : sa capacité à faire venir de plus en plus de combattants en Syrie, à travers la Turquie et d’autres pays. En ce moment, on ne sait pas qui a l’avantage dans cette compétition : les Syriens peuvent-ils tuer des Takfiris plus rapidement que Daech peut en importer, ou non ? Peu importe, ce qui est certain, c’est que les Syriens avancent et cela me dit que tandis que l’afflux de nouveaux combattants est certainement un problème pour les Syriens, il n’a quand même pas permis à Daech d’empêcher les Syriens d’avancer.

J’ai déjà dit dans le passé que les Russes fournissent aussi aux Syriens des systèmes d’artillerie avancés qui restaureront graduellement la puissance de feu organique et l’efficacité de leurs unités terrestres.

Un article d’information très intéressant est paru récemment : il y a des rapports selon lesquels la Russie fournit aujourd’hui directement des armes au Hezbollah. Si ces informations sont confirmées (plus ou moins, personne ne le reconnaîtra jamais officiellement, bien sûr), ce serait une réponse très élégante aux bombardements israéliens sur les dépôts d’armement du Hezbollah. Quant à l’Iran, nous pouvons être quasiment sûrs qu’il peut obtenir presque tout ce dont il aurait besoin de la part des Russes, de toute façon. Autrement dit, la Russie va reconstruire lentement mais sûrement les capacités syriennes.

Pourtant, le grand événement des deux dernières semaines est un non-événement, vraiment. C’est le fait que la coalition alternative dirigée par les États-Unis ne fait rigoureusement rien. Non seulement la grande conférence en Arabie saoudite a été un échec complet après que Ahrar al-Sham en est sorti, mais la récente tentative saoudienne qui est en train de provoquer une crise avec l’Iran a aussi tourné court sans parvenir à un quelconque résultat tangible. Idem pour l’intervention française en réponse aux massacres de Paris : le Charles de Gaulle a vogué vers la Syrie, et puis rien. Littéralement rien d’important n’est arrivé. Quant à l’hégémon mondial, il semble que l’Oncle Sam ne sait tout simplement pas quoi faire : tout ce que nous avons vu de Washington est une série de déclarations insignifiantes sans suite. Quant aux Turcs, ils font face à une situation intérieure qui empire de jour en jour et ils paraissent aussi n’avoir aucune idée de ce qu’il faut faire à propos de la Syrie.

C’est pourquoi je pense que «pas de nouvelles, bonnes nouvelles» : parce que pas de nouvelles signifie que la Russie est la seule solution : quel que soit le rythme de l’avance russo-syrienne contre Daech, ils sont les seuls à parvenir à quelque chose de concret alors que tous les autres sont en plein désarroi.

Pendant un certain temps, le Pentagone a lancé l’idée d’une offensive kurde soutenue par les États-Unis contre la ville de al-Raqqah, présentée comme la capitale de Daech, et quelques forces spéciales étasuniennes ont été envoyées pour aider les Kurdes, mais il s’est rapidement avéré que les Turcs y étaient catégoriquement opposés. Pire, les Kurdes ont aussi refusé de servir de chair à canon pour une opération contre Daech dirigée par les États-Unis. Voilà pour ce grand plan.

En d’autres termes, et en ce moment, il semble ne pas y avoir de plan viable de la part des États-Unis, de l’Otan, de l’Union européenne, des Turcs, des Saoudiens, etc. Les seuls acteurs qui non seulement ont un plan, mais qui ont poursuivi leur objectif à long terme, sont la Russie et l’Iran. Il est également intéressant de souligner que le plan russo-iranien est d’une grande souplesse : si possible, les Russes et les Iraniens veulent parvenir à la meilleure situation sur le terrain avant d’engager des négociations sur l’avenir de la Syrie. Si ce n’est pas possible et si l’Empire insiste pour doubler encore la mise, alors le plan de rechange est simple : vaincre militairement Daech.

La meilleure preuve que la partie russe est prête à soutenir une campagne longue est la récente entente sur le statut des forces [Status of forces agreement, SOFA] signée entre la Russie et la Syrie qui réglemente principalement la présence russe en Syrie et qui ne comporte pas de limite dans le temps. En fait, si une partie veut se retirer de cet accord, elle doit en avertir l’autre une année à l’avance. Il est probable que les Iraniens et les Syriens aient aussi un accord similaire, mais il n’a pas été rendu public.

Il y a beaucoup de spéculations sur une possible opération terrestre russe en Syrie. Je ne crois pas du tout à cette idée. Non seulement les dirigeants et les experts militaires russes ont rejeté cette option, mais l’armée russe n’est tout simplement pas conçue pour ce genre de projection de puissance à longue distance. Oui, la Russie pourrait, en théorie y envoyer des forces aéroportées soutenues par une force navale, mais cela irait à l’encontre de la doctrine militaire russe et comporterait des risques potentiels très graves. Sauf circonstances vraiment extraordinaires, je ne vois pas le Kremlin s’engager dans une manœuvre aussi hasardeuse.

Par conséquent, le plan semble être le suivant:

  1. Stabiliser le gouvernement syrien (fait)
  2. Guerre d’usure contre Daech (en cours)
  3. Reconstruire les forces armées syriennes (en cours)
  4. Établir une présence militaire russe permanente (fait)
  5. Empêcher l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne par les États-Unis/l’Otan (fait)
  6. Contraindre l’Empire à négocier avec Assad (en cours)
  7. Perturber le soutien turc, saoudien et qatari à Daech (en cours)
  8. Coopter autant d’éléments possibles de l’opposition armée à Assad dans un front commun anti-Daech (en cours)
  9. Fournir de l’aide militaire à l’Iran et au Hezbollah (en cours)
  10. Maintenir les combattants de Daech éloignés de la Russie et de ses alliés dans le Caucase et l’Asie centrale (en cours)
  11. Essayer de convaincre les Européens que leur position au Moyen-Orient (et ailleurs) est contre-productive et qu’ils doivent travailler avec la Russie pour restaurer la stabilité (pas de résultats jusqu’à présent)
  12. Tenter d’enfoncer un coin entre les États-Unis et l’Europe (pas de résultats jusqu’à présent).

Je pense que ce plan combine avec succès les objectifs à court et à long terme et qu’il a de bonnes chances de réussir, au moins s’agissant des dix premiers objectifs. Hélas, je ne vois aucun signe que l’emprise des États-Unis sur l’Europe (via les serviles élites compradores au pouvoir) soit en train de céder. S’il y avait encore un doute, l’échec total du voyage de Hollande à Washington a prouvé que même la France n’a plus de souveraineté réelle.

The Saker

Article original paru sur Unz Review

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La connexion saoudienne avec le terrorisme, par Daniel Lazare

Publié le par Felli Bernard

Le roi saoudien Salman rencontre le président  Barack Obama à l’hôtel Erga durant une visite d’État en Arabie saoudite le 27 janvier 2015
Le roi saoudien Salman rencontre le président Barack Obama à l’hôtel Erga durant une visite d’État en Arabie saoudite le 27 janvier 2015

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jan

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La connexion saoudienne avec le terrorisme, par Daniel Lazare

Source Consortiumnews.com, 20 novembre 2015

En exclusivité : Tandis qu’à Washington les autorités consacrent beaucoup de temps et d’énergie aux demandes d’extension de la guerre en Syrie et à la nécessité de refouler les réfugiés syriens, les Démocrates et les Républicains esquivent la question la plus judicieuse : comment confronter l’Arabie saoudite à son financement caché de l’État islamique et des terroristes d’Al-Qaïda, écrit Daniel Lazare

Par Daniel Lazare

Comment l’EI finance-t-il ses opérations ? Ceci est la question centrale au moment où la guerre contre l’organisation terroriste franchit un niveau supérieur depuis les atrocités commises à Paris. Mais la réponse la plus courante constitue une part du problème.

Cette réponse, partagée par de nombreux responsables politiques et autres « experts en terrorisme », est que Daesh (aussi connu sous le nom de l’EIIL, l’État islamique et l’EIIS) finance ses opérations grâce à diverses activités illicites comme la vente illégale d’antiquités, les enlèvements contre rançon, les hold-up de banque et le trafic de brut depuis les champs pétrolifères sous son contrôle depuis le nord de la Syrie et de l’Irak.

Le roi saoudien Salman rencontre le président Barack Obama à l’hôtel Erga durant une visite d’État en Arabie saoudite le 27 janvier 2015

La ligne, consciencieusement suivie par les organes de presse depuis le New York Times jusqu’au Wall Street Journal et au Guardian, est pour le moins politiquement correcte. Si Daesh s’autofinance réellement, alors il est essentiellement autonome. Dans ce cas, les puissances occidentales, après l’avoir bouclé dans son califat, n’auront plus qu’à envoyer des F-18 et des Mirage 2000 afin de déclencher une pluie de bombes « intelligentes » et le réduire en miettes.

Telle est la pensée qui affleure les propos malheureux tenus le 12 novembre par le Président Barack Obama lorsqu’il répondit à George Stephanopoulos sur ABC This Week qui lui demandait si Daesh gagnait en puissance. Il rétorqua que ce n’était tout simplement pas le cas :

« La vérité est que depuis le début, notre but a tout d’abord été de les contenir, et nous les avons contenus. Ils n’ont pas gagné de terrain en Irak. Et en Syrie, ils viendront et repartiront. Mais vous ne verrez pas une avancée systématique de Daesh sur le terrain. Ce que nous n’avons pas encore pu faire, c’est décapiter complètement leur structure de commandement et de contrôle. Nous avons fait des progrès en essayant de réduire le flux de combattants étrangers »

Contenir et décapiter, voici l’essence même de la stratégie américaine. Ainsi, plus le gouvernement Obama tente de contenir militairement Daesh, plus il fait savoir que ce dernier est également économiquement autonome.

Et si ce n’était pas le cas ? En réalité, il y a tout lieu d’être sceptique face à la position américaine et pas seulement parce que cela fait près de deux décennies que les dirigeants américains crient victoire dans diverses luttes contre le terrorisme islamique même si, de petites cellules disparates à l’origine, il s’est transformé en un vaste mouvement s’étendant du Nigeria au Bangladesh.

Des sommes surévaluées

Commençons par les antiquités. L’année dernière, NBC News rapporta en toute hâte que Daesh puisait dans un marché noir de 7 milliards de dollars pour financer ses opérations : « Des pièces historiques inestimables provenant de fouilles illicites ou dérobées dans les musées sont devenues une des quatre produits de contrebande les plus répandus — avec la drogue, les armes et les êtres humains. »

Mais le total de 7 milliards de dollars est curieux si l’on considère que le marché de l’art contemporain, en ne comptant que la partie émergée, se monte à seulement 2 milliards de dollars. Les marchés noirs sont impossibles à évaluer pour la simple raison que les participants s’enfuient comme des rats dès qu’on allume la lumière.

Le rôle de Daesh est néanmoins doublement difficile car il opère très secrètement. Mais nous savons certaines choses, par exemple que les antiquités ne se déplacent pas aussi facilement que, disons, le maïs ou le blé. Au contraire, les acheteurs sont relativement rares et clairsemés, des évaluations sont requises et le marchandage est la norme. Avec autant de policiers fouinant partout, les acheteurs sont particulièrement prudents de peur de se faire prendre en transférant de l’argent à Daesh. Donc, les antiquités ne sembleraient jouer qu’un rôle accessoire.

Il en va de même pour les braquages de banques. Même si Daesh a été généralement crédité d’un butin de 400 millions de dollars lors de la prise de Mossoul, au nord-est de l’Irak en juillet 2014, le Financial Times a décrit cette prise comme le plus grand braquage « jamais réalisé. »

Le journal citait un responsable du secteur bancaire irakien qui déclarait : « Nous sommes en contact permanent avec les banques là-bas »,. “nous avons été informés qu’elles sont toutes gardées de l’extérieur par leurs propres gardes et que rien n’a été enlevé des locaux d’aucune banque, pas même pas un morceau de papier »

L’enlèvement contre rançon lui aussi semble moins que rentable dans une économie appartenant à un territoire contrôlé par un État islamique déclinant. De même pour la taxation locale. Tandis que les ventes pétrolières illicites peuvent jouer un rôle important, elles aussi ne sont probablement pas aussi rentables qu’on le pense. En supposant qu’ils fussent pleins à ras bord, les 116 camions-citernes que des avions américains ont détruits lundi pouvaient contenir cent barils de brut chacun. Dans le meilleur des cas et d’après les tarifs actuels, Daesh aurait pu vendre le baril à environ 30 $. Ainsi, les dégâts à la « trésorerie » de l’État islamique représentent un montant relativement peu élevé d’environ 350 000 $.

De plus, à ce jour l’État islamique est une vaste organisation. Les troupes ont des effectifs d’au moins 20 000 à 31 500 combattants (chiffres diffusés par la CIA en septembre 2014) et peuvent s’élever jusqu’à 200 000, bien que 100 000 semble plus plausible. Où qu’ils soient, les combattants gagneraient de 350 à 800 $ par mois, ou plus. Ces chiffres, quoique très imprécis, suggèrent à tout le moins une organisation avec un budget mensuel approchant les dix millions.

Ainsi les revenus d’une centaine de camions-citernes n’expliquent pas comment l’EI règle ses factures. Pas plus que les hypothèses au sujet du trafic des antiquités. Donc si l’État islamique ne tire pas l’essentiel de ses fonds de pareilles ressources, d’où provient l’argent ?

La connexion saoudienne

La réponse, celle qui dérange, est qu’il provient de l’extérieur, c’est-à-dire d’autres endroits au Moyen-Orient dans lesquels les champs pétrolifères ne sont pas d’ordre secondaire comme en Syrie et en Irak, mais au contraire, riches et productifs; pays dans lesquels les raffineries sont ultramodernes et où le pétrole est acheminé par pipeline et non par camions. Il s’agit également d’un marché massivement corrompu, peu soumis aux contrôles financiers et travaillé par de fortes affinités idéologiques, à la fois avec l’EI et Al-Qaïda.

Ce qui veut dire les États arabes du Golfe : le Koweït, le Qatar, les Émirats Arabes Unis et l’Arabie saoudite, des pays disposant de richesses massives en dépit d’une chute de 50% des prix du pétrole. Les États du Golfe sont des autocraties politiques, pratiquant un sunnisme militant et, de surcroît, empêtrés dans une douloureuse contradiction idéologique.

Au niveau mondial, le nombre des sunnites dépasse celui des chiites dans un rapport d’au moins quatre pour un. Mais parmi les huit nations qui entourent le golfe Persique, la situation est inverse, les chiites étant presque deux fois plus nombreux que les sunnites. Plus le monde devient théocratique — et cette tendance est à l’œuvre non seulement dans le monde musulman, mais également en Inde, en Israël, voire aux États-Unis si certains républicains parviennent à leurs fins — plus le sectarisme s’intensifie.

Basiquement, le conflit entre sunnites et chiites est une guerre de succession parmi les partisans de Mahomet, disparu au septième siècle. Plus l’une des parties étend son pouvoir politique au nom de l’Islam, plus elle devient vulnérable aux accusations de l’autre partie qui prétend que sa revendication de pouvoir est tout sauf légitime.

La famille royale saoudienne, qui se présente elle-même comme « la gardienne des deux mosquées saintes » de La Mecque et de Médine, est particulièrement sensible à de telles accusations, ne serait-ce que parce que sa situation politique apparaît de plus en plus précaire. C’est la raison pour laquelle elle s’est jetée dans une croisade anti-chiite, du Yémen à la Syrie en passant par Bahreïn.

Alors que les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France condamnent Bachar el-Assad en tant que dictateur, ce n’est pas la raison pour laquelle les rebelles sunnites se battent dans le but de le renverser. Ils le font en revanche parce que, en tant que pratiquant de la doctrine alaouite, une forme du chiisme, il appartient à une branche de l’Islam que les cheikhs du pétrole à Riyad considèrent comme une menace pour leur existence même.

La guerre civile est rarement un facteur de modération et, alors que la lutte contre Assad s’est intensifiée, le pouvoir au sein des rebelles est passé aux mains des forces sunnites les plus militantes, jusqu’à et y compris Al-Qaïda et son rival encore plus agressif, l’EI.

Autrement dit, l’État islamique n’est pas un phénomène local et autosuffisant, mais la construction et le bénéficiaire de pouvoirs plus importants et, dans son essence, une force paramilitaire agissant en sous-main pour le compte des cheikhs des États du Golfe. Les preuves d’un large soutien régional sont abondantes, même si des organes de presse comme le New York Times ont fait de leur mieux pour les ignorer. Quelques faits saillants sur cette piste de l’argent:

- Dans un rapport diplomatique datant de 2009 et rendu public par Wikileaks, Hillary Clinton, alors ministre des Affaires étrangères, indiqua que « les donateurs en Arabie Saoudite représentent la source de financement majeure des groupes terroristes sunnites dans le monde entier. »

(Mercredi, à l’occasion d’un discours belliciste devant le conseil des Affaires étrangères, Clinton, à présent la candidate démocrate la mieux placée dans la course à la présidentielle, a mis l’accent sur ses projets d’escalade militaire, incluant une invasion américaine de la Syrie pour « y imposer des zones d’exclusion aérienne » et sécuriser ce qu’elle a appelé « un espace sûr ». Mais elle a brièvement ajouté une allusion exaspérée à la réalité financière en disant : « une fois pour toutes, les Saoudiens, les Qataris et d’autres encore doivent empêcher leurs citoyens de financer directement les organisations extrémistes ainsi que les écoles et les mosquées qui par le monde ont conduit trop de jeunes gens sur le chemin de la radicalisation. »)

- En août 2012, un rapport de la DIA, l’ agence du renseignement de la défense, qui signalait qu’Al-Qaïda, les salafistes et les Frères Musulmans dominaient le mouvement de rébellion syrien et que leur but était d’établir « une principauté salafiste dans l’est de la Syrie », à l’endroit où se situe actuellement le califat de l’État islamique.

- Le propre dossier du Times , deux mois plus tôt, affirmant que la CIA travaillait avec les Frères Musulmans pour faire parvenir aux rebelles sunnites en Syrie des armes fournies par la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar.

- Le remarquable aveu de Joe Biden à la Harvard’s Kennedy School en octobre 2014 que « les Saoudiens, les émirats, etc. […] étaient si décidés à renverser Assad et fondamentalement à mener en sous-main une guerre entre sunnites et chiites [...] [qu'] ils ont déversé des centaines de millions de dollars et des dizaines de milliers de tonnes d’armes sur quiconque se montrerait décidé à combattre Assad — sauf que ceux qui en ont bénéficié étaient Al-Nosra et Al-Qaïda. »

- Un éditorial du Times sorti tout juste le mois dernier se plaignant que les Saoudiens, les Qataris et les Koweïtiens continuent à faire parvenir des fonds à l’État islamique.

- Enfin, dans un article de première page vendredi, le Times a tardivement admis le rapport dévastateur de la DIA, à peine six mois après qu’il fut rendu public par les chiens de garde conservateurs de Judicial Watch. Mais même là, le journaliste Ian Fisher s’est arrangé pour laisser dans l’ombre le passage le plus important, qui est que le bastion salafiste que les sunnites cherchent à instaurer représente « exactement ce que les puissances soutenant l’opposition — c’est à dire l’Occident, les États du Golfe et la Turquie — souhaitent pour isoler le régime syrien. »

En affirmant qu’il y a « de nombreuses responsabilités » dans la débâcle en cours, Fisher s’est arrangé pour critiquer tout le monde sauf son propre journal.

L’argent roi

Pourquoi est-il si difficile de dire la vérité ? Une grande partie de la réponse est l’argent. Parce que les États-Unis, la France et d’autres puissances occidentales dépendent des États du Golfe pour le pétrole et voient les États du Golfe comme un marché de plus en plus important pour les armes de haute technologie.

Il y a un mois à peine , le Pentagone a annoncé qu’il vendait aux Saoudiens jusqu’à quatre navires de combat côtier fabriqués par Lockheed pour un total de 11,25 milliards de dollars, alors que la semaine dernière a suivi la nouvelle qu’il vendait pour 1,29 milliard de dollars de bombes intelligentes fabriquées par Boeing et Raytheon aux Saoudiens, afin de remplacer celles que le royaume a lancées sur le Yémen dans le cadre de sa croisade contre les Houthis chiites.

Les États-Unis fournissent donc les Saoudiens en bombes qui vont écraser des quartiers yéménites, produire plus de réfugiés et, dans la foulée, renforcer « Al-Qaïda dans la Péninsule arabe », afin que les États-Unis puissent alors envoyer des drones pour éliminer quelques membres d’Al-Qaïda.

Tout le monde s’y retrouve — les fabricants d’armes, le Pentagone, les politiciens de Washington comme les Clinton qui profitent des largesses saoudiennes, et même Al-Qaïda qui, tout en perdant quelques-uns de ses membres, voit sa puissance grandir en conséquence.

Mettre en évidence la manière dont l’argent coule depuis l’Arabie saoudite et les autres pays du Golfe vers les groupes responsables du carnage à Paris mettrait en danger cette organisation aux bénéfices mutuels. Compromettre ce circuit d’argent lucratif est une chose que Washington ne peut pas supporter, c’est pourquoi l’administration Obama préfère laisser apparaître l’EI comme une organisation autonome qui peut être paralysée par des opérations militaires du type bombardement d’un convoi de camions-citernes.

Tandis que la xénophobie enflamme l’Europe, la vraie question n’est pas les arabes ou l’Islam mais la relation « spéciale » américano-saoudienne qui est peut-être encore plus sacro-sainte que la relation avec Israël. C’est une alliance qui demande aux États-Unis de ne pas voir, entendre ou parler du démon caché dans ce partenaire arabe majeur. Ainsi, Washington doit cacher la cause réelle des horreurs allant du World Trade Center au Bataclan et à la guerre civile syrienne.

Tant que la relation « spéciale » américano-saoudienne continuera, les cadavres continueront à s’empiler.

Daniel Lazare est l’auteur de plusieurs livres, incluant The Frozen Republic: How the Constitution Is Paralyzing Democracy (Harcourt Brace).

Source Consortiumnews.com, 20 novembre 2015

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

8 réponses à La connexion saoudienne avec le terrorisme, par Daniel Lazare

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Qui veut la peau d’Angela Merkel ?

Publié le par Felli Bernard

Angela Merkel
Angela Merkel

Qui veut la peau d’Angela Merkel ?

par Andrey Fomin

L’opération préméditée des viols du Nouvel An à Cologne et ailleurs continue avec la dénonciation de la responsabilité de la chancelière allemande, Angela Merkel. Une étude du trafic sur ordinateur certifie que les comptes Twitter organisant cette protestation sont basés sur la côte Ouest des États-Unis.

Réseau Voltaire | Moscou (Russie) | 19 janvier 2016

English Deutsch

En septembre dernier, nous avons publié un résumé de l’analyse de l’enquêteur russe Vladimir Shalak sur les aspects cachés des campagnes médiatiques, réalisées sur Twitter, pour attirer par ruse des réfugiés du Moyen-Orient en Allemagne [1] – Ayant étudié les 19 000 tweets originaux, Mr Shalak a conclu que le grand exode vers le continent européen a été artificiellement organisé par des acteurs non-Européens. La violence provoquée par la dernière grande vague d’immigration dans de nombreuses villes européennes lors du réveillon du Nouvel-An, a alimenté une intense campagne dirigée contre Mme Merkel, sur des réseaux sociaux allemands et européens, ce qui a fourni des éléments complémentaires aux recherches approfondies de Mr Shalak.

Ci-dessous, nous allons vous en faire partager les résultats préliminaires. Mais auparavant, arrêtons-nous pour observer deux images qui démontrent le changement significatif des termes utilisés par le public allemand concernant les réfugiés, et ce en quatre mois seulement :

Est-ce une évolution tragique et spontanée ou bien est-ce une opération de guerre psychologique menée par un agent externe ? Pour nous rapprocher d’une conclusion claire, nous devons regarder brièvement ce qui se passe dans les relations germano-US.

Depuis le mois de mars 2014 lors de la réunification de la Crimée et de la Russie, la chancelière allemande Angela Merkel s’est trouvée elle-même entre le marteau et l’enclume. Sous le coup d’intenses pressions exercées par Washington, elle a dû amener la famille européenne à resserrer les rangs et à participer à l’escalade des sanctions contre la Russie. Pourtant, les grands industriels et les opposants politiques du pays se montraient de plus en plus réticents à les maintenir, au vu des conséquences désastreuses sur l’économie allemande. Hésitant entre deux approches totalement contradictoires, elle a opté pour achever le contrat commercial de 2011 pour la construction de la seconde phase du pipeline North Stream qui acheminera davantage de gaz naturel depuis la Russie vers l’Allemagne à travers la mer Baltique en dépit des grognements croissants de l’étranger.

Un autre aspect des tensions transatlantiques, est lié aux négociations en cours sur les accords Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (PTCI) qui se déroulent en coulisse depuis 2013. L’épais rideau de fumée de la propagande qui entoure ces négociations ne peut dissimuler le fait que l’essentiel du problème où les épées se croisent concerne le statut des tribunaux d’arbitrage privés US au sein même du système judiciaire européen. Les multinationales font pression pour que ces grandes entreprises puissent poursuivre en justice des États devant des tribunaux d’arbitrage privés pour toute procédure susceptible de diminuer leurs profits [en cas de dommages et intérêts, Ndt.]. En pratique, cela signifie une perte totale de la souveraineté des États européens, car les tribunaux d’arbitrage privés seraient alors capables de dicter aux nations les droits de douanes (influençant directement les profits bien-sûr), les normes sanitaires et phytosanitaires des produits (l’Union européenne devrait alors lever ses interdictions sur les OGM et des produits à base de bœuf aux hormones), les règlementations liées aux investissements financiers des banques européennes et même leurs subventions. Il n’est pas étonnant dès lors, que la coalition au pouvoir des deux principaux partis politiques proteste catégoriquement contre ce genre de négociations du PTCI. Une gigantesque manifestation publique anti-PTCI a eu lieu à Berlin en octobre 2015. En conséquence Mme Merkel est très prudente lors de ses discussions et de ses déclarations concernant le projet de PTCI.

Maintenant le tableau est plus ou moins clair : la chancelière fédérale joue un jeu très fin pour maintenir la souveraineté européenne, tout en se conformant formellement aux exigences des États Unis sur les sujets secondaires. Il ne fait aucun doute que le jeu est déjà bien décodé par Washington, et que le seul facteur qui entrave l’éviction immédiate de son poste, est l’absence d’un successeur préparé et docile. Néanmoins, la campagne médiatique contre Mme Merkel sous le prétexte du scandale des viols des réfugiés bat son plein.

Début janvier, le célèbre spéculateur et parrain avoué du trafic des réfugiés vers l’Europe George Soros, a donné un entretien explicite à l’hebdomadaire économique Wirtschafts Woche où il a amèrement critiqué la politique européenne de Mme Merkel plus stricte envers les réfugiés en suggérant que « cela pourrait lui coûter son siège de chancelière » [2]. Simultanément, le hashtag #ArrestMerkel et le slogan « Merkel doit partir » sont apparus sur Twitter et ont circulé de façon impressionnante et massive. Les analyses des données, ont démontré que le hashtag #ArrestMerkel a été transmis à l’origine par deux comptes Twitter @Trainspotter001 et @AmyMek. Ils ont été repris et relayés ensuite sur de nombreux comptes Twitter très puissants.

La taille des cercles correspond au nombre de suiveurs, qui retweetent ce hashtag.

@Trainspotter001 et, @AmyMek n’ont pas d’affiliation locale, mais l’analyse de la moyenne horaire de leur activité amène aux résultats suivants :

Comme vous pouvez le constater, dans les deux cas, le minimum d’activité est observé entre 7 h 00 et 15 h 00 Temps universel (Londres) ce qui correspond dans l’ensemble aux fuseaux horaires de la côte américaine du Pacifique (Pacific Time) ou des Rocheuses (Mountain Time). Ces militants Twitter sont par conséquent actifs durant la journée sur la côte Ouest des États-Unis.

Jusqu’ici, le compte principal @Trainspotter001 a publié presque 27 000 tweets depuis mars 2015, soit une moyenne de 88 tweets par jour, ce qui est beaucoup trop pour un opérateur humain (par exemple, toute l’équipe Twitter de CNN ne produit que 23 tweets par jour). Nous en concluons que @Trainspotter001 est un programme robotisé, et que @AmyMek (27 000 tweets depuis 2012) l’est probablement aussi.

En étudiant plus loin les principaux suiveurs retweetant, nous voyons que @Genophilia est le principal robot ici (107 000 tweets depuis septembre 2012, soit approximativement 87 tweets par jour). Sa région n’est pas indiquée mais l’activité moyenne horaire de nos recherches démontre que cela s’effectue également depuis la côte Ouest, c’est-à-dire pacifique américaine. D’autres comptes tweeter notables, sont @jjauthor, un robot basé au Nevada qui effectue 300 publications par jour depuis 2010 (!) et @LadyAodh, une autre blonde au profil artificiel créée aux États-Unis, et qui combat le « génocide blanc » depuis mars 2015. Comme vous l’avez vu sur le premier graphique tous ces comptes robots sont étroitement reliés, de plus, ils démultiplient leurs effets pour couvrir une vaste audience qui se compte par millions.

Les preuves présentées démontrent de toute évidence, que toute la campagne de dénigrement au sujet des réfugiés est clairement organisée par des agents basés aux États-Unis pour cibler la chancelière Merkel et lui lancer un avertissement pour sa position en faveur de la défense de l’indépendance et de la souveraineté européenne. Il est remarquable que des positions apparemment opposées (ultralibérale de George Soros et de l’extrême droite américaine vaguement exprimée par des robots twitters) poursuivent finalement les mêmes objectifs politiques : évincer la chancelière allemande de son poste, et imposer le PTCI à l’Europe.

Andrey Fomin

POUR VOIR LES GRAPHIQUES ET PHOTOS ,cliquez sur le lien .

Traduction
Isabelle
Patrick T.

Source
Oriental Review (Russie)

[1] “Who is twitter-luring refugees to Germany ?” (Qui sont les comptes twitter qui rusent sur les réfugiés en Allemagne ?), by Andrey Fomin, Oriental Review (Russia), Voltaire Network, 22 September 2015.

[2] "Europa ? Gibt’s doch nicht mehr", Interview mit George Soros, von Gregor Peter Schmitz, Wirtschafts Woche, 04. Januar 2016.

Andrey Fomin

Fondateur du journal en ligne d’analyse politique Oriental Review. Maître en histoire russe de l’université d’État Lomonosov de Moscou.

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Remaniement : au pays de l’absurde, tout est possible

Publié le par Felli Bernard

Remaniement : au pays de l’absurde, tout est possible

Remaniement : au pays de l’absurde, tout est possible

Osons le petit jeu des pronostics...

Dominique Jamet

Journaliste et écrivain

Il a présidé la Bibliothèque de France et a publié plus d'une vingtaine de romans et d'essais. Co-fondateur de Boulevard Voltaire, il en est le Directeur de la Publication

Il aurait été assez compréhensible et d’ailleurs conforme à la plus vieille et à la meilleure tradition républicaine qu’un remaniement ministériel, annonciateur d’une inflexion politique, intervînt au lendemain des élections régionales de décembre qui n’étaient guère que la quatrième défaite consécutive de la majorité en place. Il n’y a donc pas eu de remaniement et le sujet, officiellement, n’est pas d’actualité, ce qui donne à penser aux experts en hollandologique qu’un remaniement est imminent, et certaines informations, données pour sûres, circulent déjà dans les milieux intéressés. Osons donc le petit jeu des pronostics, avec tous les risques d’erreur que celui-ci comporte.

À tout seigneur tout honneur. Le Premier ministre a clairement décidé de passer son tour en 2017, de coller d’ici là aux décisions, aux orientations et, selon toute probabilité, aux fautes, aux erreurs et aux échecs du président de la République, et d’être confondu dans l’impopularité de son supérieur hiérarchique. M. Manuel Valls est donc assuré de rester à Matignon jusqu’au bout de la nuit du quinquennat.

Lointain successeur de Talleyrand, M. Laurent Fabius a été un ministre des Affaires étrangères tout simplement désastreux. Persévérant dans l’erreur avec une obstination diabolique, le locataire du Quai d’Orsay a fait de son mieux pour nous brouiller avec la Russie, s’est opposé de toutes ses forces à la réintégration de l’Iran dans le concert des nations et a choisi son camp dans le conflit syrien, où la France a pesé de tout son poids, en l’occurrence heureusement réduit, pour favoriser le Front Al-Nosra, succursale locale d’Al-Qaïda, rebaptisé par nos soins « opposition syrienne modérée ». Il peut donc se maintenir jusqu’en 2017 derrière le bureau de Vergennes ou chausser les prestigieuses pantoufles de président du Conseil constitutionnel.

Mme Ségolène Royal a étendu au-delà des limites du raisonnable les attributions et les prérogatives de son ministère de l’Écologie sans que sa soif de pouvoir en soit étanchée. On a pu le vérifier lors de la phase de préparation de l’historique COP21. Si M. Fabius quitte le gouvernement, elle se verrait bien dans le poste qu’il occupait. Elle en a même tellement envie qu’elle ne voit pas pourquoi on ne lui ferait pas ce plaisir. Impulsive, indisciplinée, désordonnée, et ignorant tout de la complexité des relations internationales, elle a donc les plus fortes chances de coiffer au poteau Hubert Védrine ou Élisabeth Guigou, qui n’ont d’autre légitimité que leur connaissance des dossiers et des problèmes en jeu.

Mme Christiane Taubira a réussi la prouesse de faire contre elle la quasi-unanimité des professionnels de la justice, ses administrés, magistrats, avocats ou gardiens de prison. Elle n’a rien à faire Place Vendôme, ni d’une manière générale dans un gouvernement. Mais elle détient l’arme absolue : une candidature éventuelle en 2017, à la gauche de la gauche. Quand on a fait échouer Lionel Jospin, pourquoi se priver du plaisir de faire capoter François Hollande ? Elle fait donc figure de favorite pour le ministère de la Culture sur la base d’un argument fort : si elle n’est pas plus qualifiée pour ce portefeuille que Mme Fleur Pellerin, elle ne peut pas l’être moins.

Mme Najat Vallaud-Belkacem devrait conserver le portefeuille capital de l’Éducation nationale où elle a, certes, fait la preuve d’une incompétence et d’une capacité de nuisance exceptionnelles, mais elle ne laisserait ignorer à personne, au cas où on tenterait de la mettre hors d’état de nuire, qu’on la met à l’écart parce que femme, parce que jeune et parce que d’origine et de nationalité marocaines. Elle restera donc rue de Grenelle.

Le cas de M. Emmanuel Macron est bien différent : nommé à la surprise générale ministre de l’Économie, le jeune ministre est devenu en quelques mois la vedette du gouvernement auquel il appartient, au point de susciter la jalousie secrète de ceux-là mêmes qui l’avaient nommé et la jalousie active des collègues qui l’ont vu débarquer parmi eux. Ce n’est pas un hasard s’il a été dépossédé de la suite de son projet de réforme du travail, finalement confié à Mme Myriam El Khomri, ni si les derniers arbitrages rendus en matière de lutte contre le chômage l’ont été contre lui. M. Macron cumule les défauts : il est jeune, il est audacieux, il est compétent et il est populaire. S’il décide de prendre la porte, comme on lui en prête l’intention, on ne le retiendra donc pas.

Tout cela est absurde, direz-vous. C’est bien pourquoi il y a des chances que cela se produise.

Dominique Jamet

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Vers une crise de l’Union européenne ?

Publié le par Felli Bernard

Vers une crise de l’Union européenne ?

Vers une crise de l’Union européenne ?

© AFP 2016 Daniel Roland

Points de vue

10:21 18.01.2016(mis à jour 13:15 18.01.2016) URL courte

Jacques Sapir

1709111

Le sondage réalisé par Gallup International sur 15 pays de l’Union européenne (sondage réalisé du 30 novembre au 3 décembre 2015 sur 14500 personnes *) révèle des changements significatifs quant à la perception de l’Europe et de l’Euro.

© AFP 2016 Sakis Mitrolidis

2015, année infernale selon Reuters

La montée d'un sentiment anti-Union européenne

L'étude de l'évolution de l'opinion est particulièrement intéressante quand il s'agit de la proximité, ou de l'éloignement, par rapport à l'Union européenne. On constate ainsi la présence de trois groupes de pays. Une premier groupe est marqué par une forte progression des personnes s'affirmant « plus éloignées » de l'Europe. Ce groupe est emmené par la Grèce, avec un écart de 48 points avec ceux qui se sentent « plus proches » de l'Europe, mais on y retrouve les Britanniques, les Néerlandais, mais aussi les Belges et les Italiens. Ceci traduit la forte montée d'un sentiment eurosceptique.

Un second groupe est constitué des pays dans lesquels le sentiment d'éloignement vis à vis de l'Europe a progressé mais ou l'écart par rapport au sentiment de proximité est faible. Enfin, le troisième groupe est constitué des pays où le sentiment de proximité est plus important que celui d'éloignement par rapport à l'Europe. Le point important ici est que des pays faisant partie du « noyau historique » de l'Union européenne sont désormais sensibles au climat eurosceptique.

Tableau 1

© Jacques Sapir

Proximité ou éloignement avec l’Union européenne

La perte d'attractivité de l'Euro

Ce sondage révèle aussi la forte perte d'attractivité de l'Euro. On constate ainsi que dans les pays de l'UE non-membre de la zone Euro l'image de ce dernier s'est fortement dégradé et que dans deux pays de la zone Euro, l'Italie et la Grèce, une majorité de personnes sont pour quitter l'Euro.

Tableau 2

© Jacques Sapir

Préférez vous l’Euro ou votre monnaie nationale

Les opinions contre l'Euro semblent très tranchées en Grande-Bretagne, en Suède, mais aussi au Danemark et en Bulgarie. Cela ne doit pas surprendre, car aucun de ces pays ne fait partie de la zone Euro. De plus, les résultats de différents sondages montrent qu'aujourd'hui il y a une majorité absolue d'électeurs qui, en Grande-Bretagne, sont disposés à quitter l'UE.

© AFP 2016 Emmanuel Dunand

La crise de l’Union européenne, un drame de notre temps

© AFP 2016 Paul Ellis

Londres brandit la menace d’une sortie de l’UE

© AP Photo/ Giannis Papanikos

Hollande met en garde contre une "fin de l'Europe"

L'une des conclusions que l'on peut tirer de ce sondage, qui reste il faut le souligner un sondage, est que, quand il y a un véritable débat sur la question de l'Euro, ce qui fut le cas en Italie, en Grèce et même aux Pays-Bas, les réticences du public par rapport à une sortie de l'Euro finissent pas tomber. C'est une leçon importante qu'il faut donc avoir à l'esprit. Un débat véritablement démocratique joue contre l'Euro. On a donc bien le sentiment que l'attractivité non seulement de l'Euro mais aussi de l'Union européenne est en train de s'effacer. Il faudra que très rapidement les dirigeants des différents pays en prennent acte et soit trouvent des thèmes susceptibles de refonder cette attractivité soit comprennent que l'on ne peut durablement faire vivre des institutions contre la volonté des peuples.

POUR VOIR LES 2 TABLEAUX, cliquez sur le lien.

(*) http://www.gallup-international.bg/en/Publications/2015/255-International-Survey-on-EU-Prospects

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.


Lire la suite: http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20160118/1021014188/ue-crise-euro.html#ixzz3xc5Xm400

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Même Georges Orwell n’y avait pas pensé : la défaite, c’est la victoire

Publié le par Felli Bernard

Dmitry Orlov
Dmitry Orlov

Même Georges Orwell n’y avait pas pensé : la défaite, c’est la victoire

Par Dmitry Orlov – Le 9 décembre 2014 – Source ClubOrlov

Sur le mur du ministère de la Vérité dans le roman 1984 de George Orwell, il y avait trois slogans :

Il me vient à l’esprit que ces slogans s’appliquent un peu trop bien à la façon dont fonctionne l’establishment de Washington.

La guerre est certainement la paix : il suffit de regarder comment l’Irak, l’Afghanistan, le Yémen, la Libye, la Syrie et l’Ukraine sont devenus pacifiques grâce à leurs efforts de paix. Les seuls éléments qui empêchent une tranquillité absolue sont les gens qui restent encore en vie là-bas. Cela devrait se résoudre tout seul, en particulier en Ukraine, où les gens sont maintenant confrontés à la perspective de survivre à un hiver froid sans chauffage ni électricité.

La liberté est en effet l’esclavage : pour profiter de leur liberté, les Américains dépensent plus qu’une vie de travail sous forme de dette, que ce soit par un prêt hypothécaire, une dette médicale engagée en raison d’une maladie ou par des prêts étudiants. Comme alternative, ils peuvent également en profiter en pourrissant en prison. Ils travaillent aussi de plus longues heures avec moins de pauses et aucun des bénéfices sociaux de tous les autres pays développés, et leur salaire n’a pas augmenté depuis deux générations.

Ce qui permet tout cela est le fait que l’ignorance est en effet une force ; s’il n’y avait pas une ignorance délibérée si écrasante des Américains à l’égard de leurs propres affaires et de celles du monde en général, ils se seraient rebellés depuis longtemps, et tout le château de cartes se serait écroulé.

Mais il y a un quatrième slogan qu’il faudrait ajouter sur le mur du ministère de la Vérité à Washington :

LA DÉFAITE, C’EST LA VICTOIRE

La nature absurde des trois premiers mots d’ordre peut être affinée de diverses manières. Il est maladroit de prétendre que les engagements américains en Irak, en Afghanistan, au Yémen, en Libye, en Syrie ou en Ukraine ont produit la paix, mais divers mensonges officiels ainsi que les Télétubbies nationaux continuent à prétendre qu’ils ont, en quelque sorte, évité le pire des dangers (totalement pré-fabriqué), comme les armes de destruction massive irakiennes et syriennes. Ce qu’ils ont produit, c’est une guerre sans fin financée par une dette galopante qui conduit à la ruine économique. Mais ici, l’ignorance aide beaucoup.

De même, il est possible, même si c’est un peu maladroit, de prétendre que l’esclavage est la liberté parce que, voyez-vous, une fois que vous avez accompli votre travail comme un esclave, vous pouvez rentrer à la maison et vous abreuver de non-sens autant que vous voulez sur tel ou tel blog. C’est bien sûr ridicule ; vous pouvez vous farcir la tête avec le savoir que vous voulez, mais si vous tentez de l’utiliser pour agir, vous découvrirez rapidement que vous n’êtes pas autorisé à le faire. «Retourne dans les rangs, esclave !». Vous pouvez également prendre le chemin inverse et prétendre que la liberté, c’est pour les fainéants alors que nous, les gens productifs, devons passer d’une tâche prévue à l’autre, et mener nos enfants vers le même destin, en évitant comme la peste les temps non structurés, mais ce n’est pas du tout de l’esclavage. Pas du tout. Cela ne s’en approche même pas. Personne ne m’a dit quoi faire ! [«– Chéri, regarde sur le smartphone quelle est la prochaine tâche sur la liste des choses à faire d’aujourd’hui.»]

Avec l’ignorance, vous n’avez même pas à apporter la preuve : les ignorants sont parmi les personnes les mieux informées sur la terre, selon eux. Je vois cela tout le temps dans les centaines de commentaires de blog que je supprime ; ceux qui commencent par «Vous devez sûrement savoir que [quelque chose que je ne sais pas]…» ou «Maintenant, il devrait être clair pour tout le monde que [quelque chose de pas clair]… » sont particulièrement amusants. Certains jours, je trouve une telle ignorance presque accablante, et ainsi, l’ignorance est en quelque sorte une force.

Mais il est très difficile de prétendre que la défaite est la victoire, et il s’agit là d’un grand défi pour l’establishment de Washington DC. Quand ils sont victorieux, vos dirigeants parviennent à faire leur chemin dans le monde ; quand ils sont vaincus, le monde doit faire son chemin avec eux. C’est quelque chose de difficile à cacher : vos dirigeants disent ce qu’ils veulent faire ; puis soit ils réussissent à le faire soit ils échouent. Quand ils échouent, ils essaient toujours d’appeler cela un succès, mais si vous regardez leurs déclarations initiales sur les buts de guerre, puis les résultats, les deux ne correspondent pas du tout. Alors cela ressemble seulement à une sorte de danse de Saint-Guy qui a l’air d’une défaite, peu importe comment ils se tordent, se tortillent et se contorsionnent. C’est une bonne chose car, avec toute la propagande que le ministère de la Vérité balance, il est difficile pour une personne ordinaire de déterminer la nature des faits sur le terrain. Mais quand on en vient à juger de la victoire et de la défaite, vous pouvez habituellement sortir ces infos directement du cul du cheval.1. Oui, les consultants en relations publiques du ministère peuvent encore prétendre que «nous avons contraint l’ennemi à nous offrir un massage gratuit des tissus profonds de nos muscles fessiers [avec des bottes en cuir de la meilleure qualité, NdT]», mais un enfant de maternelle un peu précoce pourra aisément décoder que «nous nous sommes fait botter le cul».

Alors, permettez-moi d’énumérer quelques victoires américaines. Ou devrais-je dire défaites ? Au choix, c’est pareil.

  • Merci aux 1 500 milliards de dollars consacrés à l’effort de guerre, aux 1,5 millions de victimes irakiennes, et aux 5 000 soldats américains morts : il n’y a plus d’al-Qaïda en Irak maintenant (tout comme c’était déjà le cas sous Saddam Hussein) [ils sont juste la porte à côté, NdT] et le pays est libre et démocratique.
  • Merci aux nombreuses années d’efforts continuels qui ont coûté plus de 500 milliards de dollars et la vie de 3 500 soldats de la coalition : les talibans en Afghanistan ont été vaincus et le pays est désormais en paix.
  • Le régime syrien a été renversé et la Syrie est désormais pacifique et démocratique, et pas du tout un cas désespéré, déchiré par une guerre qui a causé plus d’un million de réfugiés, dont une grande partie du territoire est gouvernée par des militants islamistes bien trop radicaux, même pour al-Qaïda.
  • Dans l’ensemble, le problème de l’extrémisme islamique a été traité une fois pour toutes, et les islamo-fascistes de George W. Bush (vous vous souvenez de ce terme ?) sont un vague souvenir. ISIS ou ISIL ou État islamique sont tout autre chose. De plus, les bombardements US sporadiques à grands frais les ont un peu égratignés… peut-être.
  • Merci au coup d’état piloté par les USA, parfaitement légal et vraiment nécessaire : l’Ukraine est en train de devenir un membre stable et prospère de l’Union européenne et de l’Otan, et les Ukrainiens, épris de liberté, ne dépendent plus du tout du gaz, du charbon et du combustible nucléaire russes pour pouvoir simplement survivre à l’hiver de 2014-2015, ni de la bonne volonté russe d’envoyer des convois humanitaires pour loger et nourrir les réfugiés de la guerre civile, ou pour négocier leurs accords de paix avec l’autre partie.
  • Conformément à notre grande stratégie géopolitique pour la domination éternelle du monde, nous avons viré avec succès la Russie de la Crimée et nous sommes en train d’y construire une énorme base militaire de l’Otan pour que la Russie ne puisse jamais redevenir une grande puissance mondiale, mais soit obligée de se conformer à chacun de nos caprices.
  • Merci à nos efforts diplomatiques inlassables : la Russie est maintenant complètement isolée, ce qui explique pourquoi elle ne peut plus constamment signer de gigantesques accords commerciaux à travers le monde ou devenir le champion de la cause des nations non occidentales qui n’aiment pas être bousculées par l’Ouest et n’ont aucun désir de s’occidentaliser.
  • Nos sanctions ont vraiment fait mal à la Russie, et pas du tout à l’UE qui n’a pas perdu un énorme marché à l’exportation et n’est pas du tout sur le point de perdre l’accès au gaz naturel de la Russie dont elle n’a pas besoin de toutes façons. Pas plus que cela ne fournit une forme de protectionnisme et un énorme avantage aux producteurs nationaux russes, ou un nouveau grand marché d’exportation vers la Russie à nos rivaux économiques.
  • Le changement de régime à Moscou est à portée de main, et nos marionnettes politiques, très chèrement engraissées à l’intérieur de la Russie, se sentent plus populaires que jamais. Après tout, à peine plus de 90% des Russes respectent et soutiennent Poutine pour les grandes choses qu’il a faites pour eux, aussi nos comparses comme Khodorkovski ou Kasparov ne devraient avoir aucun problème à obtenir au moins 1% lors des prochaines élections présidentielles, ce qui les propulsera directement au Kremlin.
  • Merci à notre pression politique implacable : Poutine est maintenant châtié, il est prêt à se montrer raisonnable et à se plier à notre volonté, et pas du tout en train de dire des choses comme «Cela ne se produira jamais !» dans son adresse annuelle aux dirigeants élus de son pays, diffusée internationalement. En tout cas, personne n’écoute ses discours, d’ailleurs notre presse nationale n’a pas besoin de les couvrir tellement ils sont longs et ennuyeux.

… Et pour couronner le tout…

  • L’Amérique est la nation indispensable dans le monde, la (seconde) plus grande puissance économique du monde (mais en hausse rapide), et le leadership américain est respecté dans le monde entier. Lorsque le président Obama l’a dit dans un récent discours qu’il a prononcé en Chine, le public ne lui a pas du tout ri au nez, n’a pas roulé des yeux, fait des grimaces ou fait non de la tête lentement en fronçant les sourcils.

Comment pouvez-vous ignorer l’importance de telles choses, et ne pas les nommer DÉFAITE ? Facile ! L’ignorance arrive à la rescousse ! L’ignorance est non seulement la force, c’est la force la plus impressionnante dans l’univers.

Considérez ceci : la connaissance est toujours limitée et spécifique, mais l’ignorance est infinie et tout à fait universelle ; la connaissance est difficile à transmettre et ne se déplace pas plus vite que la lumière, mais l’ignorance est instantanée dans tous les lieux de l’univers connus et inconnus, y compris dans les univers parallèles et les dimensions de l’existence que nous ignorons complètement. Bref, il y a une limite à ce que vous pouvez savoir, mais il n’y a pas de limite à tout ce que vous ne savez pas et que vous pensez savoir !

Voici quelque chose que vous pensez probablement savoir. L’empire américain est un «empire du chaos». Oui, il échoue en quelque sorte à instaurer la paix, la prospérité, la démocratie, la stabilité, à prévenir les crises humanitaires ou à faire cesser beaucoup de crimes horribles. Mais il parvient quand même à atteindre le chaos. Qui plus est, il réalise un nouveau type de chaos extraordinaire qu’il vient d’inventer : le chaos contrôlé ; il est beaucoup mieux que l’ancien. Un peu comme le charbon propre que vous pouvez frotter sur vous, partout, allez-y, essayez ! Oui, il y a des opposants là-bas qui disent des choses comme «Vous récoltez ce que vous semez, et si vous semez le chaos, vous récolterez le chaos.» Je suppose qu’ils n’aiment tout simplement pas le chaos. À chacun le sien. Peu importe.

Vous en voulez plus ? Considérez ceci. Si vous vivez aux États-Unis, vous avez probablement célébré Thanksgiving il y a peu, en vous gavant de dinde et de farce avec de la sauce aux airelles, et peut-être de la tarte à la citrouille. Vous pensez que vous savez que cette fête est liée aux pèlerins qui ont d’abord célébré Thanksgiving à Plymouth dans le Massachusetts, mais je suis sûr que vous ne vous souvenez pas de l’année exacte. Je suis sûr aussi que vous pensez que ces pèlerins ont célébré Thanksgiving en se régalant avec les indigènes. Vous pourriez même le raconter à vos enfants et penser que vous leur enseignez un peu d’histoire plutôt que d’étendre leur ignorance.

Maintenant, quelques faits. Les pèlerins n’étaient pas des Pèlerins du tout, mais des colons. Ils ont été rebaptisés pèlerins au XIXe siècle. Croyez-moi, personne n’est jamais allé en pèlerinage à Plymouth dans le Massachusetts ! Ces colons ont fini là parce qu’en marins incompétents, ils ont raté le port de Boston d’une demi-journée de navigation, et se sont retrouvés dans le port de Plymouth qui est exposé avec des hauts fonds, et donc aussi inutile aujourd’hui qu’il l’était alors. Ils n’ont pas célébré Thanksgiving ; étant des fanatiques religieux étranges, ils n’ont même pas fêté Noël. Malgré de fausses preuves des médias sociaux de l’époque, ils ne se sont certainement pas régalés avec les habitants du coin, qui, à cette époque, parlaient assez bien l’anglais et négociaient avec le monde. Les habitants ont pensé que ces colons pratiquaient un culte religieux étrange (ce qui était vrai), qu’ils étaient moches et malodorants (ils ne se lavaient jamais et n’avaient aucune idée des saunas ou des huttes de sudation) et avaient des habitudes personnelles répulsives (telles que de porter leur morve avec eux enveloppée dans un chiffon [qu’ils appelaient mouchoir, NdT]). Ils étaient également assez désespérants à la chasse ou à la pêche, et ils ont survécu en pillant les jardins potagers de la population locale avant de finir affamés. Pour couronner le tout, la fête nationale a été créée par Abraham Lincoln au plus fort de la guerre civile qui s’est déroulée (ce que vous devez sûrement savoir !) bien plus tard. Et il ne l’a pas appelée Thanksgiving ; il l’a nommée Jour de l’Expiation pour les crimes horribles que des Américains commettaient contre d’autres Américains à l’époque.

Mais c’était avant que l’Association pour la promotion des dindes gelées n’ait le feu vert pour adapter cette histoire. C’était un plan aussi simple que génial : on vous impose une overdose de tryptophane, puis, le lendemain, alors que vous êtes encore groggy, on vous envoie dehors pour une frénésie de shopping où, bien sûr, vous allez accumuler une dette aux agios élevés qu’il vous faudra bien payer au cours de l’année suivante. Réinvestissez une partie de ces intérêts dans un battage médiatique autour des dindes et des vacances, et vous avez une industrie nationale qui pousse les gens à s’endetter pour des achats de produits importés dont ils n’ont pas besoin (rappelez-vous, si ça n’indique pas Made in China, alors c’est probablement une contrefaçon), jusqu’à ce que tout le monde soit ruiné.

Mais une histoire aussi bidon, le ministère américain de la Vérité peut envisager de la faire durer. Il peut créer un niveau d’ignorance tellement élevé que les Américains en général ne sauront jamais qu’ils ont été vaincus, pensant que la pluie torrentielle des égouts rances du monde entier se déversant sur leur tête est une grâce de Dieu, et lui en être reconnaissant. A moins que suffisamment d’Américains ne se réveillent et commencent à admettre le mot défaite dans le vocabulaire national. Ce n’est pas une nation exceptionnelle, pas même une nation indispensable, mais une nation vaincue. Et, rendez-vous compte, vaincue de ses propres mains, parce que personne en particulier n’a pris la peine de la vaincre. Elle s’est pointée pour être battue, encore et encore, jusqu’à ce qu’elle obtienne ce qu’elle voulait.

D’un autre côté, la défaite s’est avérée être une grande expérience pour de nombreux pays qui ont ensuite eut beaucoup de succès : l’Allemagne (au deuxième essai), le Japon, la Russie après la Guerre froide… Bien sûr, la première étape de ce processus d’apprentissage est d’admettre sa défaite. Mais si vous ne voulez pas faire cela, c’est OK, car il y a toujours l’ignorance pour vous donner toute la force dont vous avez besoin.

Dmitry Orlov

Traduit par Hervé, vérifié par jj, relu par Literato pour le Saker Francophone

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Génocide et le mythe de Thanksgiving
Le sang des natifs, ou le mythe de Thanksgiving

  1. Jeu de mot sur l’expression anglaise , «Je l’ai entendu de la bouche du cheval», qui signifie : la personne qui me l’a dit était présente

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Publié le par Felli Bernard

Malika Sorel-Sutter
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Jan 15

«Décomposition française» de Malika Sorel-Sutter

15 janvier 2016 | Exclusivité Polémia

André Posokhow, consultant, essayiste.

Un livre de passion et de chagrin.

♦ Malika Sorel-Sutter vient de faire paraître un ouvrage d’une densité exceptionnelle dédié à la France : Décomposition française/ Comment en est-on arrivé là ?.

Il est symptomatique de constater que nombre des protestations qui s’élèvent à très haute voix contre l’immigration-invasion et ses conséquences sur l’identité française, les principes républicains, le statut de la femme et la décadence de l’école proviennent de femmes qui ont mis tant d’espoir dans notre pays : Jeannette Boughrab, Lydia Guirous, Malika Sorel-Sutter.

Au travers de la dénonciation véhémente de « l’opération liquidation » de la nation française que nous subissons, elle manifeste une grande passion pour la France, une peine profonde pour ce que celle-ci est devenue et une connaissance certaine de la problématique de l’immigration-invasion et de la complicité de la caste politique à l’égard de celle-ci.
Un attachement profond pour la France

Les raisons de cet attachement sont particulièrement émouvantes. Petite fille élevée dans le sud de la France dans un environnement français, elle a suivi ses parents en Algérie. Elle y a vécu à l’heure française dans le souvenir des senteurs de Provence. L’Histoire de France résonnait en elle. Son diplôme d’ingénieur en poche, elle a quitté l’Algérie pour rejoindre la France qui s’était mise à hanter son cœur. Le choc du retour a été « un grand espoir déçu » qui explique son engagement, ses livres et son appartenance au Haut Conseil de l’Intégration, dissous, et c’est révélateur, par Hollande.

Les épisodes et les dates charnières

Décomposition française

Aux yeux de M. Sorel-Sutter la véritable date charnière est l’année 2005 qui a connu 20 jours d’émeutes urbaines. Celles-ci ont constitué une coupure au sein des illusions nationales sur l’espoir d’une intégration culturelle massive des immigrés et de leurs descendants.

C’est également en 2005, grande étape de la marche vers le communautarisme, qu’a été créé le Conseil représentatif des associations noires (CRAN) aux premiers états généraux duquel la fine fleur de l’oligarchie avait assisté et donné sa caution.

Les constats

Sorel-Sutter procède longuement, de façon très documentée et avec quelle fureur incisive, à plusieurs constats que nous ne pouvons que résumer ici.

  • La laïcité, une digue qui cède

La laïcité qui établit une séparation entre le spirituel et le temporel et les hiérarchise devrait constituer un rempart inexpugnable contre la progression de l’islam et de l’islamisation de la France. Pourtant elle a été et est toujours bafouée par la classe politique qui n’a de cesse de proclamer les « valeurs de la République » pour le plus grand malheur de celle-ci.
La langue française, véhicule de la culture française et de la vision occidentale du monde, cède le pas devant les enseignements des langues et cultures d’origine (ELCO).
Les familles n’ont pas été protégées contre la prééminence du Coran sur les lois de la République, avec des conséquences désastreuses pour le statut des femmes et l’extension du voile sous toutes ses formes.

L’Etat a encouragé cette fuite du religieux face à la laïcité. Bloqué en 1905 contre les catholiques, il a créé le Conseil français du culte musulman et ses représentants se sentent obligés chaque année de ployer le genou devant le CRIF.

  • Une identité nationale qui explose face à la diversité ethnique

Tout commence par les mots. L’oligarchie est passée du concept d’assimilation à celui d’inclusion en passant par ceux d’intégration et d’insertion. Ainsi a pu être consacrée l’idée de « diversité » présente dans la Charte de la diversité instituée par Jean-Pierre Raffarin en 2004 mais que Sarkozy a échoué à inscrire dans le préambule de la Constitution.

Cela ne l’a pas empêché de créer un Commissariat à la diversité ni ses ministres de pousser de manière insidieuse la discrimination positive et une politique des quotas. On assiste à l’émergence d’une préférence étrangère qui se transforme sur le terrain en une discrimination négative, fruit d’une politique d’inégalité imposée par les gouvernants au détriment des Français.

Deux mouvements se conjuguent : l’un consiste à glorifier ce qui n’est pas français et l’autre à dénigrer ou mépriser ce qui l’est. La bien-pensance mène également une politique de culpabilisation sur le fondement d’une Histoire de France tronquée et falsifiée afin de faire disparaître la fierté d’être français. Comment dans ces conditions les jeunes immigrés ne se tourneraient-ils pas vers leurs origines contre la France ?

  • La nationalité a été dissociée de l’identité

Selon les « élites », l’assimilation des enfants de l’immigration serait un fait acquis en application du droit du sol, puisqu’ils sont nés en France.

Sorel-Sutter affirme pour sa part qu’il s’agit d’une idée fausse et que l’assimilation n’est jamais globale mais résulte d’un choix individuel. Au cours d’un entretien entre A. Sinclair et le roi du Maroc Hassan II, celui-ci a bien expliqué à la journaliste que les immigrés marocains ne seront jamais intégrés à 100% et qu’ils feront de mauvais Français, ce qui condamne la double nationalité.

Désormais, en France, la citoyenneté a été dissociée de l’identité et les conditions du maintien de la cohésion nationale ne sont plus réunies.

  • L’effondrement des piliers du système républicain de l’assimilation

Les acteurs du Système s’accordent à affirmer que c’est à l’école qu’incombe le devoir de former les citoyens français mais dans le même temps ils font tout pour rendre sa mission impossible. En raison de l’importance des flux migratoires, les familles ont perdu toute liberté d’agir et demeurent enchaînées à leur groupe culturel d’origine. Or sans l’appui des familles le rôle de l’école dans le processus d’assimilation est voué à l’échec.

Il en va de même de l’Université qui connaît les mêmes phénomènes de communautarisme et d’islamisation, le point d’orgue étant l’IUT de Saint-Denis dont le courageux directeur a fait l’objet de menaces de mort.

  • La lâcheté et la complicité des politiques et des pouvoirs publics

C’est le comportement d’un Etat résigné et démissionnaire, incapable de faire respecter les lois françaises qui a conduit à l’invasion migratoire. La lâcheté de l’Etat dans l’affaire de la crèche Baby-loup l’a bien montré.

Sorel-Sutter dénonce la complicité des pouvoirs publics :

-c’est la politique du fait accompli par laquelle on laisse enfreindre les lois et puis on place les Français devant l’obligation d’accepter ce qui est ;

-c’est la politique des accommodements qui guide en particulier la modification et la rédaction des programmes d’enseignement ;

-c’est la pratique répétée de la repentance publique de préférence à l’étranger ;

-la loi SRU « qui prive les Français de leur droit de vivre dans ces territoires où ce sont leurs normes qui fondent les règles du jeu constitue l’un des meilleurs symboles d’une forfaiture qui ne dit pas son nom » ;

-enfin, n’oublions pas les cinq volets du monstrueux et terrifiant rapport de refondation, en fait l’abandon, de l’intégration dont M. Sorel-Sutter résume son approche primaire en une équation : « extra-européen=bien ; européen=mal ».

Les responsables

Sorel-Sutter désigne les responsables de la transformation du projet politique de la France qui vise la mise en minorité progressive du peuple autochtone dans son propre pays :

-les organisations internationales font tourner le même logiciel depuis des décennies dans leurs rapports et leurs recommandations ;

-l’Union européenne a joué dans les années 1980 un rôle majeur de réflexion et de recommandation. La Cour européenne des droits de l’homme détient le pouvoir de sanctionner les Etats qui n’appliqueraient pas les engagements qu’ils ont souscrits ;

-mais, comme le souligne M. Sorel-Sutter, la véritable responsabilité revient aux Etats européens qui ont décidé en 2004 de tourner le dos au modèle d’assimilation qui passe par l’intégration culturelle ;

-la classe dirigeante a précipité la France dans le multiculturalisme par opportunisme. C’est ce que dénonce M. Sorel-Sutter en évoquant les thèses de Terra nova, l’action immigrationniste du Conseil d’Etat d’où provient T. Tuot, auteur d’un rapport transgressif sur l’intégration, et l’énarchie qui empêche tout renouvellement des élites de l’appareil d’Etat.

Enfin, M. Sorel-Sutter se montre particulièrement sévère sur la responsabilité de l’Eglise dont l’ingérence continue et orientée des évêques dans le débat sur l’accueil des migrants contribue à créer le malheur des Français et des migrants eux-mêmes. Les déclarations du pape sont particulièrement irresponsables et, une fois de plus, la hiérarchie de l’Eglise se retrouve du côté des puissants.

Une gauche sectaire responsable et coupable

Sans esquiver les fautes d’une droite veule et suiveuse, M. Sorel-Sutter consacre un chapitre cinglant sur les responsabilités de la gauche française. Elle dénonce le sectarisme qui lui est consubstantiel. Avant d’être français ou républicains ses membres sont de gauche. C’est une communauté de pensée, de comportement et d’intérêt qui n’a aucun goût pour la vérité et qui chasse en groupe fermé.

L’auteur accuse l’hégémonie culturelle de la gauche qui se manifeste depuis trois décennies notamment dans les médias et lui permet de manipuler l’opinion publique. C’est ce qui lui a permis, après l’échec patent du projet socialiste en 1983, d’imposer les idéologies de substitution de l’Europe et surtout de l’antiracisme qui donnait un supplément moral à la politique libérale que suivait désormais le pouvoir socialiste.

Cette idéologie de l’antiracisme a servi à imposer l’esprit de repentance, à décourager les Français de défendre leur culture et leur société. Elle a constitué une aubaine pour les descendants d’immigrés qui n’avaient pas envie de s’intégrer.

La décomposition française est la conséquence directe de l’antiracisme et le fruit pourri d’une gauche dont la culpabilité est éclatante mais qui, comme celle de la gauche des années 1930, ne sera jamais punie.

En définitive le livre de M. Sorel-Sutter est l’expression d’une fureur intime et sincère contre la lâcheté et la trahison de ceux qui avaient le devoir de protéger et défendre la France et sa civilisation. C’est un ouvrage d’une grande portée.

Il est cependant dommage que son auteur n’ait pas franchi un pas de plus pour faire apparaître que ce qui se passe en France et en Europe est le fruit d’une volonté d’envergure mondiale et qu’il s’agit d’une substitution de peuples et de civilisation conceptualisée, organisée et planifiée.

André Posokhow
Consultant
13/01/2016

Malika Sorel-Sutter, Décomposition française/ Comment en est-on arrivé là ?, Fayard, Coll. Documents, novembre 2015, 312 pages

Correspondance Polémia – 15/01/2015

Image : Malika Sorel-Sutter

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L’Otan cherche la destruction de la Russie depuis 1949 – 4/4

Publié le par Felli Bernard

L’Otan cherche la destruction de la Russie depuis 1949 – 4/4

Par Gary Leupp – Le 25 décembre 2015 – Source CounterPunch

Note du Saker Francophone

Ce texte a été traduit par un nouveau venu dans l'univers francophone de la ré-information, le site https://beerblogsite.wordpress.com qui nous a proposé spontanément sa collaboration sur les aspects géopolitiques. L'article, de taille, est découpé en 4 parties. La 4e et dernière partie nous emmène en Ukraine avant de conclure.

Partie 1Partie 2Partie 3

Coopération rime avec provocation

Rappelez vous comment deux ans plus tard, après le 11 septembre, quand les États-Unis invoquèrent la charte de l’Otan auprès de leurs alliés pour s’engager dans la guerre en Afghanistan, Poutine offrit d’autoriser l’alliance à transporter du matériel de guerre à travers le territoire russe (en 2012, le ministre des Affaires étrangères, Lavrov, offrit à l’Otan l’utilisation d’une base à Ulvanovsk pour transporter de l’équipement hors de l’Afghanistan). Cette invasion de l’Afghanistan était le troisième déploiement des forces de l’Otan dans une guerre, après la Bosnie et la Serbie, et Moscou l’accepta comme un fait accompli. La Russie passa même sous silence ses inquiétudes quand les États-Unis établirent des bases dans les anciennes républiques soviétiques d’Ouzbékistan et du Kirghizistan.

Mais en 2004, l’Otan s’étendit encore pour intégrer l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie, qui avaient toutes fait partie de l’Union soviétique et sont voisines de la Russie. Au même moment, la Bulgarie, la Roumanie et la Slovénie furent admises, avec la Slovaquie qui s’était séparée de la République tchèque. Les Russes demandèrent à nouveau : «Pourquoi ?»

En 2007, les États-Unis commencèrent à négocier avec les Polonais l’installation d’un complexe anti-missile en Pologne, avec un système radar en République tchèque. En principe, cet armement était destiné à détruire tout futur missile iranien lancé contre l’Europe ! Mais Moscou devint furieux, accusant les États-Unis de vouloir lancer une nouvelle course aux armements. En raison des sentiments anti-militaristes chez les Polonais et les Tchèques, les plans furent annulés en 2009. Mais ils pourraient être réactivés à tout moment.

En 2008, les États-Unis reconnurent le Kosovo, qui abrite désormais la plus grande base américaine hors des États-Unis (camp Bondsteel), comme un pays indépendant. Bien que les États-Unis aient considéré jusque là le Kosovo comme une province de la Serbie (et peut-être même avaient-ils compris sa signification profonde comme cœur de l’orthodoxie serbe), ils déclarèrent (par la voix de Condoleezza Rice) que le Kosovo était un phénomène sui generis (seul de son genre). Oubliez la loi internationale, elle ne s’applique pas.

La même année 2008, l’Otan annonça effrontément que la Géorgie et l’Ukraine «deviendraient membres de l’OTAN». Là dessus, le président comique de la Géorgie, Mikhail Saakachvili bombarda Tskhinvali, capitale de la république autoproclamée d’Ossétie du Sud, qui avait résisté à son intégration dans la république de Géorgie depuis la chute de l’Union soviétique en 1991. Dans ce cas, la Russie défendit l’Ossétie du Sud, envahissant la Géorgie, et elle reconnut ensuite l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de la République d’Abkhazie. (Ceci peut être vu comme une réponse du tac au tac à la décision américaine de reconnaître l’indépendance du Kosovo six mois plus tôt.)

Ce fut une guerre de 6 jours, coûtant la vie de 280 militaires (y compris 100 du coté ossète du Sud et russe) et causant environ 400 morts civils. Et il n’y a plus eu de guerre russe depuis lors. La Crimée n’a pas été envahie l’année dernière, mais plutôt saisie par les force russes en place, bénéficiant du soutien populaire général. Et il y a peu d’indices que les forces régulières russes se battent contre les forces d’État ukrainiennes. Des Ukrainiens d’origine ethnique russe le font, recevant sans aucun doute du soutien de leurs cousins à travers la frontière historiquement changeante. Mais l’accusation de l’invasion russe de l’Ukraine est un cheval de bataille du département d’État, de la propagande automatiquement reprise par les experts-marionnettes de la presse officielle, pas une réalité contemporaine.

Saakachvili s’attendait peut-être à être soutenu par les États-Unis lorsqu’il provoqua Moscou en août 2008. Mais alors qu’il recevait un soutien ferme du sénateur John McCain, qui déclara «Nous sommes tous Géorgiens maintenant», il reçut peu d’aide du département d’État de George W. Bush, soucieux de ne pas provoquer la troisième guerre mondiale. La Géorgie n’était pas encore un État membre de l’Otan capable d’invoquer la clause de défense mutuelle de la charte de l’alliance.

Saakachvili quitta ses fonctions en 2010 et est maintenant poursuivi par la justice géorgienne pour abus de fonctions. Après un bref passage à la Fletcher School of International Law and Diplomacy en 2014, il acquit la nationalité ukrainienne, perdant par la même occasion sa nationalité géorgienne et (un des nombreux exemples de la folle gouvernance ukrainienne, incluant Iatseniouk et Porochenko) fut nommé gouverneur d’Odessa en mai dernier !

Étant donné la débâcle de 2008, des pays comme l’Allemagne sont peu enclins à accepter une admission de la Géorgie dans l’Otan. Ils voient peu de bénéfices à provoquer la Russie en étendant sans arrêt l’alliance défensive de la guerre froide. Cependant, la Croatie et l’Albanie furent intégrées à l’Otan en 2009, la première année de l’administration Obama, juste à temps pour participer à la quatrième guerre de l’Otan contre la Libye.

A nouveau, il n’y avait aucune raison pour une guerre. Le colonel Kadhafi avait été très amical avec les régimes occidentaux depuis 2003, et coopérait avec la CIA contre le terrorisme islamiste. Mais quand le printemps arabe balaya la région en 2011, certains leaders occidentaux (dirigés par le président français Nicolas Sarkozy mais incluant la toujours va-t-en-guerre Hillary Clinton) se convainquirent eux-mêmes que la chute de Kadhafi était imminente et qu’il valait mieux aider l’opposition à le déposer et ainsi rentrer dans les grâces de n’importe quel successeur.

Le conseil de sécurité de l’ONU approuva une résolution pour établir une zone d’exclusion aérienne pour protéger les civils des troupes supposées génocidaires de Kadhafi. Mais ce que l’Otan libéra fut quelque chose de différent : une guerre contre Kadhafi qui mena à son meurtre brutal et à l’horrible chaos qui règne depuis lors en Libye, une base fiable pour al-Qaïda et EI. La Russie et la Chine protestèrent toutes les deux, alors que la guerre était encore en cours, que l’Otan avait déformé la signification de la résolution de l’ONU. Il est peu probable que ces deux membres permanents du Conseil de sécurité se laisseront à nouveau duper dans une telle coopération.

Nous pouvons donc ajouter l’échec de Libye aux États dysfonctionnels de Bosnie, du Kosovo et de l’Afghanistan à notre liste des exploits de l’Otan depuis 1991. Pour résumer : depuis la chute de l’URSS, les USA et certains alliés (souvent en leur qualité d’alliés de l’Otan) ont mené des guerre contre les Serbes bosniaques, la Serbie, l’Afghanistan, l’Irak et la Libye, tout en frappant des cibles au Pakistan, au Yémen, en Somalie et ailleurs, en toute impunité. La Russie est allée en guerre une seule fois : pour 8 jours en août 2008 contre la Géorgie.

Et pourtant, tous les commentateurs des principaux journaux télévisés vous disent, en vous regardant droit dans les yeux, que Poutine est un envahisseur.

Pourquoi l’extension de l’Otan ?

Donc, pendant que l’Otan ne cessait d’accueillir de nouveaux membres, elle montrait un penchant grandissant à partir en guerre, d’Asie Centrale à l’Afrique du Nord. On peut se demander : pourquoi ?

La raison putative en 1949 était la défense de l’Europe occidentale contre une supposée invasion soviétique. Cette justification est encore utilisée : quand les partisans de l’Otan parlent aujourd’hui en faveur de l’inclusion de la Lituanie, par exemple, ils vont argumenter que si la Lituanie était restée en dehors de l’alliance, les Russes l’auraient sûrement déjà envahie sous prétexte de défendre les droits des minorités russes.

Il y a en fait très peu d’indices des ambitions russes ou des ambitions personnelles de Poutine de recréer l’empire tsariste ou l’Union Soviétique. Poutine s’est plaint il y a quelques jours : «Nous ne voulons pas du retour de l’URSS, mais personne ne nous croit.» Il a aussi affirmé que les gens qui ne ressentent pas de nostalgie pour l’Union Soviétique, comme le disent la plupart des citoyens de l’ancienne URSS assez âgés pour s’en rappeler, n’ont pas de cœur, alors que ceux qui veulent la restaurer n’ont pas de cerveau.

Pendant l’expansion inexorable de l’Otan entre 1999 et 2009, la Russie répondit, non pas par des menaces mais avec une calme indignation.

Les remarques de Poutine sur la dissolution de l’Union soviétique comme une tragédie géopolitique et ses affirmations occasionnelles au sujet du droit à leur langue et des autres droits des Russes dans les anciennes républiques soviétiques ne constituent pas des menaces militaires. Comme toujours, les néoconservateurs sélectionnent une phrase ici et là quand ils essaient de décrire Poutine comme (encore) un autre Hitler. En fait, les Russes ont été, de façon relative, la voix de la raison ces dernières années. Alarmés par les conséquences des actions américaines au Moyen-Orient, ils ont cherché à contenir l’impérialisme américain tout en défiant le terrorisme islamiste.

En août 2013, Obama menaça d’attaquer la Syrie pour punir le régime d’avoir utilisé des armes chimiques contre son peuple (les accusations ont été démenties par Seymour Hersh, entre autres). Une intervention adroite du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et le refus de la Chambre des communes britannique d’appuyer une attaque (s’assurant que, comme la guerre d’Irak, elle ne recevrait pas le soutien de l’Otan) ainsi qu’une opposition interne ont contribué à éviter une autre guerre américaine au Moyen-Orient.

Mais c’est comme si les va-t-en-guerre du département d’État, dépités par le succès russe à protéger leur allié syrien du destin de Kadhafi, et vexés de leur capacité constante à maintenir des bases aériennes et navales sur la côte syrienne [base de Tartous, NdT], redoublaient d’efforts pour provoquer la Russie. Comment le faire mieux qu’en interférant en Ukraine, qui a non seulement fait partie de l’Union soviétique mais aussi de l’État russe depuis 1654 et qui était le centre du Rus de Kiev originel au Xe siècle ?

L’Otan courtisait l’Ukraine depuis 1994, cinq ans avant que l’alliance ne s’étende pour inclure la Pologne, la Hongrie et la Tchécoslovaquie. Kiev a signé le plan d’action d’adhésion à l’Otan en 2008, quand Victor Iouchtchenko était président, mais c’était en suspens quand ce dernier fut élu en 2010. Jouissant du solide soutien de l’Est russophone, Ianoukovitch gagna ce que les observateurs internationaux appelèrent une élection libre et démocratique.

Ianoukovich ne voulait pas que l’Ukraine rejoigne l’Otan. Il voulait une Ukraine neutre maintenant ses relations traditionnelles avec la Russie. Cela exaspéra Victoria Nuland, la cheffe du bureau Eurasie au département d’État, qui fit du projet d’attirer l’Ukraine dans l’Otan le but de sa vie. Ce serait le prix ultime pour l’Otan en Europe de l’Est. Un pays de 44 millions d’habitants bien éduqués, de la taille de la France, stratégiquement situé sur la mer Noire, historiquement dominée par la flotte russe de la Mer noire. Un pays divisé ethniquement entre l’Est russophone et généralement pro-russe et l’Ouest plus orienté vers l’Occident et parlant l’ukrainien, avec un mouvement néofasciste vigoureux et férocement anti-russe, prêt à être utilisé.

Nuland, une ancienne aide de Cheney, dont la vision du monde néoconservatrice a attiré favorablement l’attention de Hillary Clinton et donc sa promotion, est la femme du politologue néoconservateur et avocat de la guerre en Irak, Robert Kagan (Kagan fut un membre fondateur du célèbre think tank Project for a New American Century). Le couple représente les deux facettes d’un incessant complot néoconservateur : ceux qui travaillent à la destruction de la Russie et ceux qui travaillent à la destruction du Moyen-Orient, utilisant consciemment des mensonges pour embrouiller les masses quant à leur but véritable.

Au National Press Club en décembre 2013, Nuland se vanta que les États-Unis (à travers des ONG comme le National Endowment for Democracy) avait dépensé 5 milliards de dollars pour soutenir les aspirations européennes de l’Ukraine. Cette formulation délibérément vague est censée faire référence au soutien américain à l’admission de Kiev dans l’Union européenne. Le tort de Ianoukovitch, selon les États-Unis, n’était pas qu’il rejetait l’adhésion à l’Otan, ceci ne fut jamais mentionné. Ianoukovitch avait prétendument trahi les aspirations pro-européennes de son peuple en ayant lancé, puis rejeté, un accord d’association avec le bloc commercial, craignant que cela ne signifie un régime d’austérité de style grec imposé au pays depuis l’extérieur.

A partir de novembre 2013, la foule se rassembla sur le Maidan à Kiev pour protester, entre autres, contre le changement d’avis de Ianoukovitch au sujet de l’adhésion à l’Union européenne. Le département d’État américain embrassa leur cause. On peut se demander pourquoi les États-Unis auraient des intérêts à promouvoir l’adhésion d’un pays à l’UE, alors qu’elle constitue un bloc commercial concurrent. Quelle différence cela fait-il pour vous et moi si l’Ukraine a des liens économiques plus étroits avec la Russie ou avec l’Union européenne ?

Le sale petit secret des États-Unis est de vouloir tirer profit de cet élan à rejoindre l’Europe pour attirer l’Ukraine dans l’Otan, ce qui aurait pu être considéré comme la prochaine étape naturelle dans le réalignement de l’Ukraine.

Profitant de la colère populaire contre la corruption de Ianoukovitch, mais aussi travaillant avec des politiciens connus pour être favorables à l’admission dans l’Otan et à l’expulsion des forces navales russes de leur base de Crimée – qu’elles occupent depuis 1780 –, et incluant les forces néofascistes qui haïssent la Russie mais détestent aussi l’Union européenne, Nuland et son équipe, y compris l’omniprésent John Mc Cain, firent leur apparition sur le Maidan, distribuant des cookies et encourageant la foule à destituer le président.

Cela fonctionna, bien sûr. Le 22 février, à un jour de la signature d’un accord sous la médiation de l’Europe, en vue de réformes gouvernementales et de nouvelles élections, et pensant que la situation s’était détendue, Ianoukovitch fut forcé de fuir pour sauver sa vie. Les forces néo-fascistes de Svoboda et du Secteur droit servirent de troupes d’assaut pour renverser le régime. Les manœuvres machiavéliques de Nuland avaient triomphé.

Il semblait qu’après 14 ans d’expansion, l’Otan pourrait bientôt être capable d’accueillir un énorme nouveau membre dans ses rangs, complétant l’encerclement de la Russie et fichant dehors la flotte russe, transformant la mer Noire en un lac de l’Otan.

Hélas pour les néoconservateurs et les interventionnistes libéraux, le nouveau régime d’Arseniy Iatseniouk et de ses alliés du Parti de Svoboda, choisi par Nuland, s’aliéna immédiatement la population russophone qui demeure en rébellion armée, rendant le pays ingouvernable alors même que son économie s’effondre, et l’idée d’expulser les Russes de Sébastopol est devenue inimaginable.

Mais que veulent les stratèges de l’Otan ? Où vont cette expansion sans fin et ces provocations irréfléchies ?

La Russie, une menace existentielle ?

Avant tout, les avocats de l’Otan, bien qu’ils répètent souvent qu’ils «ne sont pas contre la Russie, que ceci n’a rien à voir avec la Russie», prennent effectivement en considération une constante menace russe. Le général Sir Adrian Bradshaw, l’officier britannique le plus gradé de l’Otan, déclara en février que «la Russie pose une évidente menace à notre existence». Le général Joseph Votel, commandant des opérations spéciales US, déclara au forum d’Aspen sur la sécurité en juillet que la «Russie pourrait poser une menace existentielle aux États-Unis».

Le président du House Armed Service Committee Mac Thornberry (Républicain, Texas) a conseillé à Obama de signer une loi de financement militaire car la Russie pose une menace existentielle aux États-Unis. Le philanthrope George Soros (qui aime financer des révolutions de couleur) écrivit dans la New York Review of Books en octobre que l’Europe «est face à un défi russe à sa propre existence».

Ce sont des mots absurdes et stupides venant de personnalités haut placées. N’est-il pas évident que c’est la Russie qui est encerclée, pressée et menacée ? Que son budget militaire est une fraction du budget américain et que sa présence militaire globale est minuscule comparée à l’empreinte américaine ?

Mais quiconque regarde les débats des candidats présidentiels américains et peut percevoir la prévalence de la paranoïa au sujet de la Russie, la qualification sans réfléchir de Poutine comme nouvel Hitler, et l’expression obligatoire de la détermination à rendre l’Amérique plus forte peut comprendre pourquoi l’expansion de l’Otan est affreusement dangereuse.

Les gens qui ne pensent pas rationnellement ou dont l’esprit est tordu par l’arrogance peuvent regarder la carte de l’expansion de l’Otan et penser fièrement : «Les choses doivent être ainsi ! Pourquoi quiconque questionnerait-il le besoin des nations de se protéger en s’alliant avec les États-Unis ? Ce sont des alliances comme l’Otan qui préservent la paix et la stabilité dans le monde.»

(Certains sont capables de penser cela, peut-être, mais le fait est que le monde est devenu moins paisible et beaucoup moins stable qu’il ne l’était pendant la Guerre froide, quand les deux superpuissances se contrôlaient l’une l’autre. Les États-Unis ont émergé comme ce qu’un diplomate français a appelé une hyper-puissance ou un hyper pouvoir intervenant avec impunité dans de multiples pays et produisant de nouvelles et souvent épouvantables formes de résistance.)

Les gens regardant une carte de l’Otan en Europe peuvent aussi mentalement colorier le Monténégro. Cette petite république de l’Adriatique, de moins de 650 000 habitants, a été formellement invitée par l’Otan à soumettre sa candidature le 2 décembre. Quels autres pays devront encore signer ?

Comme mentionné en 2008, l’Otan a annoncé que la Géorgie et l’Ukraine adhéreraient. Mais leur cas est actuellement en attente. La Biélorussie, coincée entre la Pologne et l’Ukraine, a été sous le contrôle autoritaire du président Alexander Loukachenko depuis 1994. Le régime, considéré comme proche de Moscou, a été visé par une révolution de couleur ratée, financée par les États-Unis, en mars 2006. Le favori américain était Mikhail Marynich, un ancien ambassadeur en Lettonie et partisan de l’adhésion à l’Otan. (Il a participé à une réunion de l’Otan à huis clos, Guerre et Paix, à Riga en novembre 2006.)

Et puis il y a la Moldavie, l’ancienne République soviétique de Moldavie, située entre la Roumanie et l’Ukraine. A l’Est se trouve la république sécessionniste de Transnistrie, où les Moldaves sont une minorité et les Russes et les Ukrainiens représentent presque 60% de la population. C’est une zone de conflit gelé. Le rêve néoconservateur est de changer tous ces régimes et de tous les amener dans le giron de l’Otan.

Un Anneau pour les gouverner tous, Un Anneau pour les trouver,

Un Anneau pour les ramener tous et dans les ténèbres les lier

Au pays de Mordor où s’étendent les Ombres.

Que faites-vous quand vous avez complété l’encerclement occidental de la Russie ? Mais, bien entendu, vous déstabilisez le pays lui-même, espérant le scinder ! La Russie reste une nation multi-ethnique, multi-culturelle. Il y a des tensions et des mouvements sécessionnistes à exploiter, dans le Caucase en particulier, mais aussi en Sibérie et dans la péninsule de Carélie.

Si la Russie est une menace existentielle, sa propre existence est donc une menace, exact ? Donc pourquoi ne pas la démembrer ? La logique de l’expansion de l’Otan ne requiert-elle pas un ennemi ? Et l’Amérique ne dirige-t-elle pas le monde en défaisant des ennemis ?

Et si c’était l’Otan la vraie menace ? (Après tout, dans son dernier projet majeur, n’a-t-elle par détruit totalement l’État moderne de Libye avec comme résultat la déstabilisation du Mali ?)

Ne devrions-nous pas nous réjouir des tensions dans l’Otan et de l’échec des États membres à allouer 2% de leur recette aux dépenses militaires ? Ne devrions-nous pas nous réjouir des résistances à l’extension de l’Otan, des plaintes au sujet des pressions coercitives des États-Unis et des appels à plus de coopération avec la Russie plutôt qu’à la confrontation et à la destruction ?

Gary Leupp

Partie 3

Note du traducteur, le site https://beerblogsite.wordpress.com

Je publie la traduction d’un texte de Gary Leupp, professeur à l’Université Tufts. Je trouve que ce texte, polémique sur certains points, permet de renverser la vision pro-Otan dont nous sommes abreuvés dans les médias. Faites-vous votre propre opinion… L’original peut être trouvé ici. Le texte est assez long donc il sera publié en quatre parties.

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