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Articles avec #syrie tag

Dernières nouvelles syriennes

Publié le par Felli Bernard

Dernières nouvelles syriennes

17 Avril 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Si la vraie-fausse frappe donaldienne avait pour but de galvaniser les djihadistes modérés, c'est pour le moins raté. Le momentum est du côté des loyalistes et l'on sent comme une froide détermination du côté de l'alliance russo-syro-iranienne.

Au nord de Hama, front le plus important actuellement, les barbus ont perdu tous les gains si chèrement engrangés durant leur offensive de mars et l'armée syrienne est en mode attaque.

Les qaédistes se font vaporiser (en musique)...

... et l'aviation russe s'en donne à coeur joie lors de passages répétés avec des bombes massives (apparemment jamais utilisées jusqu'ici sur l'Idlibistan) ou des bombinettes-parachute :

Ce déluge de feu affaiblit sérieusement les défenses djihadistes, déjà passablement mises à mal, ouvrant la voie à l'armée syrienne. Depuis 72 heures, les villes tombent les unes après les autres dans le saillant de Hama. Pour libérer la pression, les rebelles ont tenté d'ouvrir un second front au sud, dans une petite poche qu'ils contrôlent entre Hama et Homs, mais elle a tourné court.

De leur côté, les forces loyalistes sises à Alep rongent leur frein en attendant de passer à l'attaque, au moins sur certains points. En filigrane, la grande offensive sur l'Idlibistan qui commence à se faire attendre...

Certes, prendre la dernière province rebelle (hors EI) sera tout sauf une partie de plaisir car s'y sont réfugiés à peu près tout ce que la Syrie compte de djihadistes. Mais cela signifierait également la fin de la guerre - cas Daech mis à part. Les barbus de l'Idlibistan avaient raclé les fonts de tiroir pour présenter 10 000 combattants lors l'offensive de mars sur Hama et celle-ci s'est terminée en eau de boudin. Une conclusion s'impose : ils ne sont plus capables de lancer de grandes offensives comme en 2013 ou 2015.

Ailleurs, les poches insurgées se comptent sur les doigts de la main et seront réduites tôt ou tard. Ainsi celle de l'est damascène où les combats font rage. Là comme ailleurs, les loyalistes avancent lentement, durement mais sûrement.

Tout au sud du pays, le front de Deraa s'est réveillé avec une offensive surprise d'un mix d'Al Qaida et d'ASL. L'aviation russe est très vite intervenue (une cinquantaine de bombardements) tandis que l'armée syrienne vient de recevoir d'importants renforts.

Rappelons que Deraa (cercle rouge) est toute proche des frontières jordanienne et israélienne et que les Sukhois évitaient généralement de vraiment bombarder la zone afin de ne pas effrayer Amman et Tel Aviv. Ce n'est apparemment plus le cas... Message subliminal : nous n'hésiterons pas à bombarder chaque centimètre de sol syrien si des djihadistes s'y trouvent, y compris à votre frontière.

Notons que dans la même région, Daech - qui occupe une poche bordant le Golan occupé par Israël - a fait des misères à l'alliance Al Qaeda-ASL.

Chose intéressante, un raid aérien syrien aurait été effectué très à l'est, à la frontière irakienne (triangle rouge-noir sur la carte), sur des cibles de l'EI. Or nous sommes ici comme qui dirait en "zone américaine". Si l'info se confirme, de deux choses l'une :

  • ou les canaux de communication entre les QG russe et US ont été rétablis et l'on assiste à une nouvelle "tolérance" de Washington vis-à-vis d'Assad
  • ou les Syriens sont sûrs d'eux (réception des systèmes anti-aérien ?) et marquent leur territoire (cf. démonstration de force russe à Deraa)

Dans les deux cas, c'est plutôt une mauvaise nouvelle pour les barbus...

C'est dans ce contexte qu'un kamikaze "modéré" a tué 130 civils dont 68 enfants près d'Alep il y a deux jours, lors d'un échange d'évacués. S'en est suivi une insurmontable réticence de la clique politico-médiatique occidentale à s'indigner. Que n'avait-on entendu sur le "boucher de Damas" après le false flag chimique de Khan Cheikhoun...

Là, les faits sont rapportés mais sans passion, sans hauts cris. Les condamnations des chancelleries occidentales sont sobres (doux euphémisme !) et tardives. Bref, le minimum syndical. Mais d'autres ne s'embarrassent même pas de ces scrupules, la palme de l'ignoble revenant sans doute à la BBC saoudisée qui a osé :

It happened when a vehicle loaded with food arrived and started distributing crisps, attracting many children, the BBC's Middle East correspondent Lina Sinjab said. Another vehicle then exploded.

She said it was not clear how the vehicle could have reached the area without government permission.

But there is also no evidence that rebels were involved in the attack, as the government claims.

Traduction : on ne peut savoir comment le véhicule est arrivé dans la zone sans permission du gouvernement (alors que c'était en plein territoire rebelle !) et il n'y a aucune preuve que les rebelles soient impliqués.

Quand on sait ce qu'était la vénérable BBC et quand on voit l'immondice qu'elle est devenue...

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La Syrie, Rex Tillerson et le cortège d’absurdités occidentales

Publié le par Felli Bernard

Créé par Olivier Berruyer

Source : Philippe Migault, 12-04-2017

Le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson et le président Donald Trump
© Carlos Barria Source: Reuters

L’Occident songe à de nouvelles sanctions contre la Russie et le secrétaire d’Etat américain propose à Moscou de choisir entre Assad et Washington. Le gendarme américain est-il de retour ? L’expert militaire Philippe Migault examine la question.

Un parfum de lâche soulagement. C’est ce qu’inspirent les déclarations des principaux responsables de l’Union européenne depuis la frappe conduite par les Etats-Unis vendredi dernier [le 7 avril] sur une base aérienne syrienne, en guise de rétorsion après l’attaque chimique de Khan Cheikhoun attribuée au régime de Damas.

Déconcertés par l’élection de Donald Trump en novembre 2016, alors qu’ils avaient tous misé sur Hilary Clinton, la plupart des chefs d’Etat de l’UE se comportaient depuis comme une section de jeunes conscrits brutalement privée de leur officier bienveillant et confiée à un – mauvais – clone de Clint Eastwood. Les déclarations de Donald Trump se félicitant du Brexit, sa critique de la politique migratoire d’Angela Merkel – et par extension automatique de l’UE – ses attaques contre l’OTAN ont suscité un pitoyable tollé de protestations affolées. Soudain le grand frère américain avait cessé d’être bienveillant. Soudain le guide de la «communauté internationale» soutenait des positions allant à l’encontre des prétendues «valeurs occidentales». Grande peur chez les bien-pensants. Confronté à l’Etat profond américain en rébellion ouverte contre lui et bloquant chacune de ses tentatives de réforme, le président américain est fort heureusement contraint au compromis en termes de politique intérieure comme de diplomatie. Exit Michael Flynn, jugé trop proche de la Russie. Retour vers la guerre froide tendance Obama et la traditionnelle morgue américaine. Rex Tillerson, le secrétaire d’Etat américain, qui doit rencontrer demain son homologue russe Sergueï Lavrov, a adressé aujourd’hui [11 avril] au Kremlin un avertissement d’une finesse toute texane : «Rejoignez la cause des Etats-Unis et de ses alliés sur le dossier syrien, ou soutenez l’Iran, le Hezbollah et le leader syrien Bachar al-Assad», a-t-il déclaré. En clair : «Choisis ton camp camarade.»

Ce n’est pas une frappe sur un aérodrome qui est de nature à inverser la tendance et à empêcher Damas et ses alliés de régler à long terme le sort d’Idleb ou de Deir-es-Zor

Bien entendu, tous les responsables européens sont aussitôt montés au créneau pour surenchérir. Le gendarme du monde brusquement ressuscité – comme l’ont titré la quasi-totalité des médias occidentaux – l’UE, rassérénée, peut de nouveau adopter la posture de puissance majeure qu’elle affectionne et bander des muscles dont elle ne sait, ni ne veut, se servir. Dans la foulée des Américains, chacun est prêt à présent à prendre de nouvelles sanctions vis-à-vis de la Russie. Contre certains hauts responsables militaires russes –ceux là-mêmes avec lesquels on souhaite soi-disant collaborer pour sauvegarder la paix – ou contre la Russie elle-même si nécessaire.

Lâche soulagement, oui.

Mais ce n’est pas cela le pire. Ce qui est dramatique, c’est de constater qu’une fois de plus il a suffi d’un drame – dont les responsables restent à identifier – pour que la diplomatie de la première puissance mondiale s’infléchisse. Politique de l’émotion une fois de plus. Avec, bien entendu, le même cortège d’absurdités.

Rex Tillerson connaît bien la Russie. Sa nomination a même été critiquée compte tenu de sa proximité supposée avec Vladimir Poutine. S’imagine-t-il une seule seconde qu’il peut arriver à Moscou comme dans un saloon en sommant Sergueï Lavrov et Vladimir Poutine de choisir leur camp ? En Russie, ce genre de rhétorique bolchévique n’impressionne plus personne…

Quant aux Européens, fébrilement rassemblés derrière leur leader, s’imaginent-ils réellement qu’ils pèseront une seule seconde dans les débats quand Américains et Russes décideront éventuellement de conclure un compromis ?

S’imaginent-ils qu’ils peuvent renouer, sans conséquences graves, avec la désastreuse politique d’alliance, qui a été la leur dans le dossier syrien depuis 2011, en s’associant à des Etats-voyous ? Oui, si l’on s’en réfère à la récente décision du ministre des affaires étrangères italien, Angelino Alfano. Ce dernier, qui reçoit cette semaine le G7, veut tenter de relancer un processus politique de sortie de crise en Syrie avec la Turquie, les Emirats Arabes Unis, le Qatar, l’Arabie saoudite et la Jordanie. Une kyrielle de dictatures islamistes qui – hormis la Jordanie – ont soutenu l’Etat islamique, Al Qaïda et les cellules terroristes opérant sur le sol européen. Rex Tillerson a martialement déclaré que son pays ferait en sorte que «quiconque» s’en prend à des innocents en paie le prix. On peut se demander si les Etats avec lesquels l’Italie entend collaborer dans le dossier syrien, partisans de la peine de mort par décapitation, de la lapidation ou de la flagellation des femmes en public, tous complices de crimes ou de discriminations contre les chrétiens, seront ou non sur la liste.

A défaut de rentrer en guerre, on ne voit pas comment un déblocage pourrait survenir autrement que par un dialogue avec Moscou, Téhéran et, qu’on le veuille ou non, Bachar

Enfin l’essentiel demeure : le rapport de forces sur le terrain syro-irakien.

Américains et Européens peuvent toujours taper du poing sur la table. Malgré les moyens engagés contre l’Etat islamique, le sort de Mossoul et de Raqqa n’est pas encore réglé et exigera de leur part un surcroît d’efforts. Peuvent-ils, dans ces conditions, prendre le risque militaire et diplomatique d’instaurer par exemple une zone d’exclusion aérienne au dessus de la Syrie ? Vraisemblablement pas.

Car pour l’heure les forces de Bachar el-Assad conservent l’initiative. Ce n’est pas une frappe sur un aérodrome qui est de nature à inverser la tendance et à empêcher Damas et ses alliés de régler à long terme le sort d’Idleb ou de Deir es Zor. Et on imagine mal Vladimir Poutine céder à une quelconque forme de pression et lâcher maintenant Assad, qu’il a soutenu depuis une demi-douzaine d’années dans des circonstances bien plus périlleuses.

A défaut de rentrer en guerre contre les troupes syriennes et leurs alliés russes, iraniens et libanais, on ne voit pas comment un déblocage pourrait survenir autrement que par un dialogue avec Moscou, Téhéran et, qu’on le veuille ou non, Bachar.

C’est du reste ce qui se profilait jusqu’à la tragédie de Khan Cheikhoun. Qui tombe décidément à point nommé pour les partisans de l’intransigeance.

Source : Philippe Migault, 12-04-2017

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Polyphonie syrienne

Publié le par Felli Bernard

Polyphonie syrienne

12 Avril 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Russie, #Etats-Unis, #Amérique latine, #Chine, #Economie

Dans la grande série Donald s'est-il converti à l'empire, véritable feuilleton du printemps, les signaux sont toujours contradictoires. Et la possibilité que les états d'âme de fifille aient eu une influence, si minime soit-elle, sur la décision de lancer les Tomahawks apporte une pointe de burlesque. La harpie de l'ONU dit une chose (Assad doit quand même partir finalement), le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères en dit une autre (Assad ne doit pas forcément partir), la Mad dog du Pentagone semble s'accorder sur ce dernier, le tout dans une cacophonie qui confine au vaudeville. Le pauvre Sean Spicer, porte-parole de la Maison Blanche, en est tout tourneboulé et se perd dans le labyrinthe freudien de sa conscience :

Notre but est de déstabiliser la Syrie... heu... (j'ai dit une bêtise, là)... déstabiliser... (mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir inventer ?)... déstabiliser le conflit en Syrie (ça ne veut rien dire mais bon...)

Ces clowneries ne semblent guère amuser Moscou et Poutine ne rencontrera apparemment pas Tillerson qui arrive aujourd'hui dans la gueule de l'ours. Celui-ci se contentera de Lavrov et les deux se sont déjà envoyés des amabilités début avril, juste avant l'affaire syrienne :

T : - Il faut être deux pour danser le tango avec la Russie et Lavrov n'est pas autorisé à le danser.

L : - Ma mère m'a toujours dit d'être un bon garçon et de ne pas danser avec les autres garçons. Si Tillerson pense qu'il n'est pas assez bon danseur, nous pouvons l'aider. C'est un homme d'expérience et je suis sûr qu'il apprendra vite.

Le facétieux Sergueï, diplomate à l'ancienne mêlant maîtrise des dossiers, culture aiguisée et humour féroce, adore ce genre de situation. Le 1er avril, son ministère des Affaires étrangères avait d'ailleurs osé sur son répondeur général un poisson qui restera dans les annales :

  • Pour parler à un opposant, appuyez sur la touche 1
  • Pour utiliser le service de hackers russes, appuyez sur la touche 2
  • Pour demander une ingérence électorale, appuyez sur la touche 3 et attendez les prochaines élections.

Si Troisième Guerre Mondiale il y a, elle se fera au moins dans la bonne humeur...

Mais revenons au Donald. Le nombre d'observateurs persuadés que le président américain a été récupéré par le parti de la guerre et Goldman Sachs va grandissant tandis que ses soutiens intérieurs s'évaporent chaque jour un peu plus. La belle Tulsi devient dangereusement isolée face à la vague libérale-néocon Démocrate et Républicaine de l'Etat profond ; espérons qu'en bonne Hawaïenne adepte du surf, elle sache naviguer en ces eaux troubles.

Sur le plan international par contre, l'on assiste curieusement à un émiettement épars, car la vraie-fausse frappe américaine sur Al Chayrat ne plaît en réalité à personne. Le cas européen est éclairant. A une époque, les euronouilles eussent accueilli la nouvelle avec des transports de joie : il n'en a rien été ce coup-ci.

Certes, la population européenne semble en majorité hostile - témoin ce sondage allemand où 59% des interrogés désapprouvent l'attaque US (contre 26% qui l'approuvent) et 80% souhaitent ne plus voir se renouveler la chose - mais jusque-là, cela n'avait jamais arrêté les eurocrates en apesanteur. S'ils ont partiellement retrouvé le sens des réalités, c'est qu'il y doit y avoir autre chose... Peur d'une vraie guerre qui peut devenir mondiale ?

Je peux me tromper mais l'on sent comme un grand malaise dans les chancelleries occidentales et même parmi la MSN. Qu'un journal pourtant russophobe primaire comme le Huffington Post se permette de publier un remarquable article accusant Trump d'être l'idiot utile d'Al Qaeda en dit long sur cet embarras. Après le false flag de Khan Cheikhoun, la volaille médiatique européenne s'en est donnée à coeur joie, mais il y a eu un net changement de ton après la frappe US. C'est amusant de mentir sauf quand ça peut mener à une conflagration planétaire...

Ajoutons qu'au sommet réunissant les ministres des Affaires étrangères du G7 qui vient de se tenir, les Européens continentaux, particulièrement l'Allemagne et l'Italie, ont rejeté toute nouvelle sanction (symbolique, précisons) proposée par la bande anglo-américaine.

Israël boit du petit lait depuis quelques jours et a même eu l'incommensurable privilège d'être tenu informé de la vraie-fausse frappe en direct. Pour Tel Aviv, c'est le réveil après un long sommeil sous la deuxième partie de l'ère Obama, plus enclin à s'aplatir devant les wahhabites et autres salafistes, même si le but en Syrie de tout ce joli monde concordait. Et après ?

Vu le grognement de l'ours dont nous parlions la dernière fois, il y aura peut-être moins d'aventures israéliennes dans le ciel syrien désormais. Déjà qu'elles n'étaient pas nombreuses, pas assez en tout cas pour empêcher le Hezbollah de s'armer jusqu'aux dents, toute cette affaire n'est-elle pas une symbolique victoire à la Pyrrhus pour Bibi la Terreur ? Car ne nous y trompons pas, les simagrées israéliennes sont un aveu de faiblesse, non de force, devant l'inexorable montée en puissance du Hezb. Ajoutons également que les relations israélo-russes sont à un plus haut historique selon un analyste israélien, que la popularité de Vladimirovitch y est très haute (merci les immigrants de l'ex-URSS) et que Tel Aviv devra y regarder à deux fois avant de sacrifier ses relations avec Moscou.

Un autre qui doit se demander pourquoi il s'est tiré une balle dans le pied est le sultan. Euphorique après le bombardement à 100 millions de $ qui a détruit trois canettes et deux poubelles, il se voyait déjà partageant un cheval avec le Donald, entrant résolument dans l'Idlibistan et menant la charge sunnite sur Damas. Depuis, on l'entend moins, lendemain de gueule de bois sans doute. Aux dernières nouvelles, il en est réduit à couper les routes avec la zone kurde de Manbij pour éviter la contrebande. De la haute stratégie, assurément...

Comme nous l'avions averti, la trahison sultanesque n'est pas passée inaperçue à Moscou et un premier tir de semonce vient d'être envoyé : les compagnies aériennes russes ont reçu un avis sur une possible suspension des vols charter à destination de la Turquie. En décrypté : le Kremlin menace au minimum d'assécher à nouveau le flux de touristes russes dont est accro l'économie turque. Et plus si affinité. A suivre...

Car les Russes ne se démontent absolument pas, au contraire, et une réunion des MAE russe, iranien et syrien est prévue plus tard dans la semaine. En passant, notons qu'au moment où le Donald envoyait ses missiles, la Russie et le Nicaragua s'accordaient pour des exercices militaires communs en pleine chasse gardée latina de l'empire, où Moscou a d'ailleurs peut-être déjà une station d'écoute. Tu m'embêtes en Lituanie, je t'embête en Amérique centrale.

Mais revenons à notre Syrie... Nous évoquions dans le dernier billet

l'avertissement irano-russe très sec si Washington franchit à nouveau ce qui est maintenant qualifié de "ligne rouge" : « Désormais, toute agression, quel qu'en soit l'auteur, fera l'objet d'une réponse par la force – et les Etats-Unis connaissent les moyens dont nous disposons pour cela ». Ambiance, ambiance...

En réalité, il semble que cette sommation provienne du Hezbollah en Syrie et de l'Iran, sans que les Russes n'aient été pleinement consultés. Interrogé, le Kremlin "n'est pas au courant et ne peut pas confirmer", mais, chose intéressante, reste vague et n'infirme pas non plus. Prenons cela comme un avertissement officieux laissant planer un délicieux doute...

Selon le Saker (qui me semble, comme à son habitude, bien pessimiste par ailleurs), les 36 Tomahawks évaporés étaient de fabrication récente, ne se sont évidemment pas perdus dans la nature et n'ont pas été descendus par les systèmes anti-missile ; ils ont été brouillés par les systèmes électroniques russes et détournés de leur cible. Nous avions parlé plusieurs fois de l'avance russe en matière de guerre électronique (ici ou ici par exemple) : le Pentagone vient-il de se prendre une claque sur les bords de la Méditerranée ? C'est bien possible et ce ne sont en tout cas pas les infantiles excuses du CentCom qui feront penser le contraire. Elles ont au moins le chic d'amuser la toile :

Plus embêtant encore pour les Follamours, les Etats-Unis ont dû réduire assez drastiquement leurs sorties aériennes en Syrie contre l'EI par crainte de possibles représailles russes. Rappelons que Poutine a officiellement coupé le canal de communication visant à éviter les incidents aériens. Théoriquement, tous les coups sont permis dorénavant. Les bombardiers qui sortent encore, maintenant accompagnés par une escorte de F22, sont "lockés" par les radars russes (lire sur ce lien les commentaires souvent croustillants et acerbes venant des quatre coins du monde). Comble de l'ironie, il se pourrait même (le conditionnel reste de mise) que le F22, ce chasseur "furtif" qui a coûté une véritable fortune, soit lui aussi fixé par les radars de ces maudits Ivan...

Si l'aviation US a pour l'instant des vagues à l'âme, ce n'est assurément pas le cas de ses consoeurs syrienne et russe qui crachent le feu ces temps-ci. A Hmeimim, les pilotes doivent se raconter entre deux vols la blague des "20% du potentiel aérien de la Syrie détruit" par les Tomahawks. En fait non, Mattis vient de corriger : finalement, ce n'était pas... heu... 20% mais... heu... 20 avions (ce qui reste de toute façon très exagéré - il s'agit plutôt d'une huitaine de vieux Mig rouillés). Notre ami du Pentagone a l'air quelque peu hésitant, sonné. Le brouillage russe sans doute...

Un mot tout de même sur cette conférence de presse du Mad Dog qui pourrait indiquer une certaine rémission chez les feu follets du War Party. Si on résume ce qu'il a dit :

  1. Assad est coupable
  2. Notre frappe n'était qu'une réponse spécifique
  3. Elle n'était pas le signe d'un changement de stratégie
  4. La priorité demeure la défaite de l'EI

Intéressant de voir que malgré la "culpabilité" postulée d'Assad, le Pentagone affirme ne pas changer de stratégie, ce qui pourrait timidement redonner un peu de lustre à la thèse de l'entente poutino-trumpienne pour relâcher la pression sur l'occupant de la Maison Blanche... à moins que ce ne soit le contraire !

Recevant le président italien, Vladimirovitch n'a pas pris de gant :

Nous savons que plusieurs coups montés comme celui-là, car on ne peut pas l'appeler autrement, se préparent actuellement dans d'autres parties de la Syrie, notamment au sud de Damas.

Chers lecteurs, vous êtes prévenus. Question subsidiaire : ne faut-il pas voir dans la posture apparemment adoucie du Pentagone qu'un apaisement factice avant la tempête, avec en substance ce message tout prêt - Nous ne voulions vraiment pas changer de stratégie et laisser une chance à Assad mais regardez, il recommence à gazer sa population. Ce n'est plus tolérable... Tout est possible en ces temps de mensonges éhontés et d'ombres théâtrales.

Sur le terrain, l'offensive djihadiste sur Hama a été brisée depuis longtemps et l'armée syrienne reprend le terrain perdu en mars. Fait très intéressant, une attaque a été lancée au nord-ouest d'Alep et un kotel pourrait être en préparation :

Assaut généralisé sur l'Idlibistan ? Il est encore trop tôt pour le dire. Quant au front de Palmyre, l'armée syrienne y fait des progrès importants depuis quelques semaines :

Notez la poussée vers le nord susceptible de relier Palmyre et Salamiyah et sécuriser tout l'est d'Homs ainsi que la route vers Alep.

Et la Chine dans tout ça ? Plusieurs commentateurs ont relevé que l'attaque avait eu lieu pendant la visite de Xi à Trump et qu'elle constituerait, sans que l'on sache trop pourquoi, un avertissement subliminal à propos de la Corée. Rappelons d'abord que la Corée du nord est le prétexte parfait pour que l'empire garde ses bases en Asie du nord-est et maintienne sa présence sur la frange orientale de l'Eurasie. Pékin serait en réalité ravi de voir Kim III éjecté du pouvoir et le problème coréen résolu.

Ensuite, ce n'est pas le semi-fiasco des Tomahawks qui risque d'impressionner le dragon et, dès le départ de Xi, la presse chinoise officielle s'est lâchée contre le "politicien affaibli qui a besoin de montrer ses muscles". Oups, Cretinho n'avait-il pas dit que la rencontre s'était très bien passée ?

Aucune relation donc entre la présence du numéro un chinois aux Etats-Unis dans un contexte de tension coréenne et l'attaque américaine sur la Syrie défendu par la Russie ? Pas si sûr, mais peut-être pas là où on croit...

Une nouvelle est passée à peu près inaperçue quelques semaines avant le false flag chimique de Khan Cheikhoun. La banque centrale russe a ouvert son premier bureau à l'étranger à Pékin le 14 mars, à un moment où la Russie va pour la première fois de son histoire lancer un emprunt en yuans chinois.

Fin mars, le dragon renvoyait la pareille en ouvrant une banque de compensation à Moscou afin gérer les transactions en yuans et de créer en Russie un pool de liquidités en RMB facilitant le commerce bilatéral en monnaies nationales. Ce centre pourrait devenir un important hub financier dans le cadre de l'Union Economique Eurasienne et les nouvelles routes de la Soie chinoises.

Mais surtout, les discussions avancent sur l'établissement d'un étalon-or commun aux deux pays au moment où les monnaies occidentales deviennent chaque jour un peu plus des monnaies de singe. Il est même évoqué l'éventualité de paiements commerciaux en or !

Cela fait un certain temps que l'ours et le dragon nous mijotent quelque chose avec le métal précieux. Il y a deux ans, nous écrivions :

la Russie poursuit sa boulimie d'or, achetant tout ce qui passe à portée de main. Depuis deux ans, Vladimir Goldfingerovitch rachète l'or sur le marché, laissant les analystes dans une délicieuse expectative. Pour certains, il se prépare à la guerre économique menée par les Etats-Unis. Pour d'autres, c'est bien plus énorme : il force les Américains à revenir à la convertibilité dollar-or abandonnée en 1971.

En filigrane apparaît évidemment l'une des plus grandes hantises de l'empire, dont nous avons parlé à moultes reprises ici : la dé-dol-la-ri-sa-tion :

Bretton Woods, 1944

Alors que la poussière du débarquement de Normandie venait à peine de retomber et que la guerre contre l’Allemagne était loin d’être terminée, les Etats-Unis réunirent une quarantaine de pays à Bretton Woods pour préparer leur domination future. Contrairement à la Première guerre, leur intervention dans le second conflit mondial n’avait rien de débonnaire. C’était décidé, ils allaient s’intéresser aux affaires du monde. Et pour ce pays pétri d’idéologie messianique, convaincu d’être "la nation indispensable", s’intéresser au monde équivalait à le dominer.

Ce 22 juillet 1944, les délégués signèrent ni plus ni moins la domination universelle du dollar pour les décennies à venir, organisant le système monétaire international autour du billet vert. Parmi les nouveautés, un FMI et une Banque mondiale prêtant tous les deux uniquement en dollars, obligeant ainsi les pays demandeurs à acheter de la monnaie américaine, donc indirectement à financer les Etats-Unis. Le dollar était la pierre angulaire de tout le système, intermédiaire unique et indispensable pour demander un prêt, acheter de l’or et bientôt acheter du pétrole (pétrodollar en 1973). De Gaulle s’élevait déjà contre cette capacité inouïe de l’Amérique à "s’endetter gratuitement", donc à faire financer sa domination sur les autres par les autres. Giscard, qui n’avait pourtant rien d’un marxiste anti-impérialiste, parlait de "privilège exorbitant". Nixon répondait : "notre monnaie, votre problème".

On ne peut certes pas résumer les causes de la domination états-unienne de l’après-guerre au seul statut de sa monnaie, mais celui-ci a joué un rôle crucial. C’est ce que Washington est en train de perdre…

Oufa, 2015

71 ans après Bretton Woods, la position dominante du dollar commence à battre sérieusement de l’aile. Le mouvement débuta il y a quelques années quand les puissances émergentes commencèrent à dé-dollariser leurs échanges, rejoints par un nombre toujours plus grand de pays. Chine, Russie, Brésil, Inde, Iran, Argentine, Turquie, Pakistan, Afrique du Sud, Egypte et même maintenant Australie, Canada ou Corée du Sud… tous ces pays commercent, à des degrés divers, en dehors du système dollar ou sont en voie de le faire. Mais c’est la crise ukrainienne qui a été l’accélérateur. Devant ce qu’il voyait comme une volonté hégémonique américaine de contrôler l’Eurasie, Poutine s’est attaqué aux fondations de la domination US, participant à la création d’un système financier entièrement nouveau, parallèle, concurrençant les institutions de Bretton Woods. Chine, Inde ou Brésil, qui réclamaient en vain depuis déjà plusieurs années une redistribution des cartes au sein du FMI ou de la Banque mondiale, ont sauté sur l’occasion.

Est-ce le plan sino-russe de continuer implacablement dans la voie de la dédollarisation qui a fait sonner les alarmes à Washington, y compris sous la tignasse dorée du Donald ? Pas impossible. La chronologie correspond à peu près, même s'il est bien difficile d'affirmer quoi que ce soit de définitif.

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[Vidéo]Trump dans le bourbier syrien, par Bassam Tahhan

Publié le par Felli Bernard

9
Avr
2017

Intéressante interview de Bassam Tahhan, professeur de lettres arabes, islamologue et politologue franco-syrien né en Syrie (interviewé aussi précédemment ici par France info et là par France 24).

Source  : Youtube, Bassam Tahhan, 07-04-2017

Analyse de Bassam Tahhan, spécialiste du Moyen-Orient et de la Syrie, interviewé par Frédéric Saillot le 7 avril 2017

Source  : Youtube, Bassam Tahhan, 07-04-2017

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Washington cherche-t-elle à arracher une partie de la Syrie pour délimiter son nouveau « havre de paix » ?

Publié le par Felli Bernard

Washington cherche-t-elle à arracher une partie de la Syrie pour délimiter son nouveau « havre de paix » ?


L’annonce faite par les États-Unis, aussitôt suivie par la France, disant que le renversement d’Assad n’est plus la priorité, pourrait laisser entendre un retour du bon sens chez ces gouvernements respectifs. Mais cela pourrait aussi n’être qu’une diversion pour cacher un autre plan, celui de la partition de la Syrie, comme nous l’indiquent les deux textes suivants, de Moon of Alabama et d’Elijah Magnier.


Par Moon of Alabama – Le 31 mars 2017.

Il y a une sorte de confusion au sujet des déclarations faites hier par l’administration Trump. Elle a désigné la lutte contre EI comme étant la priorité absolue et n’exige plus le départ immédiat de Bachar al-Assad. Les articles de presse tentent de présenter cela comme une nouvelle initiative. Mais ce n’est pas du tout le cas.

 

Il n’y a aucun changement de politique. La priorité absolue a été et sera pendant encore un certain temps la lutte contre EI. Les États-Unis utiliseront cet argument pour occuper les parties orientales de la Syrie [Voir le texte suivant d’Elijah Magnier, NdT]. Lorsque EI sera supprimé et ne sera plus un problème immédiat, la suppression d’Assad redeviendra une priorité absolue.

Que la position d’Assad soit « décidée par le peuple syrien » n’est fait que pour noyer le poisson tant qu’il ne sera pas précisé QUELS Syriens et COMMENT ils vont décider de sa position.

Le désordre en Syrie continuera jusqu’à ce que les États-Unis changent vraiment de position et jusqu’à ce que les cheikhs wahhabites des monarchies pétrolifères mettent fin au financement de leurs divers mercenaires Takfiris, qu’ils soient ceux d’EI, d’al-Qaïda ou quel que soit le nom qu’ils souhaitent utiliser. [Fin du texte]

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Par Elijah J. Magnier – Le 27 mars 2017 – Source Son blog

Le barrage d’al-Tabqa Dam est l’endroit où les États-Unis empêchent la Russie et Damas d’avancer sur Raqqa

Les États-Unis et l’Union européenne préparent comme prévu la bataille de Raqqa.

La partition de la Syrie se matérialise finalement avec l’atterrissage des Forces d’opérations spéciales  (SOF) étasuniennes, dans une opération conjointe avec les « Forces démocratiques syriennes » (SDF), près du barrage d’al-Tabqa. Ces forces visent à contrôler le barrage et, en conséquence, le débit de l’Euphrate, de Jarablus à la ville de Raqqa, et à barrer le chemin du groupe « État islamique »  (EI) au nord-ouest.

Simultanément, les forces US-SDF ont bloqué l’avance de l’armée syrienne et ses alliés de l’armée de l’air russe, les empêchant de se diriger vers le bastion EI de Raqqa, traçant ainsi la ligne de la nouvelle « zone de sécurité » qui sera occupée par les forces américaines et sera donc leur futur « refuge », entamant ainsi la partition du nord de la Syrie.

Le Royaume-Uni et la France devraient prendre part à la bataille de Raqqa (dans les prochains mois) afin d’en faire une victoire occidentale sur EI, le groupe qui autrefois a occupé un territoire plus grand que le Royaume-Uni et qui se trouve maintenant en repli sur tous les fronts en Irak et en Syrie. Donald Trump attend anxieusement de déclarer une victoire mondiale sur le groupe terroriste. Trump ne sait peut-être pas que le terrorisme ne peut pas être vaincu : EI est la « conséquence involontaire de l’invasion américaine de l’Irak » et l’invasion de la Syrie par les États-Unis créera un retour de bâton encore pire qu’EI.

Mais l’histoire se répète : l’Amérique ne pourra finalement pas repousser EI de Raqqa et livrer la ville à l’armée syrienne ou au gouvernement de Damas ou à la Turquie, désireuse, elle aussi, de prendre part à cette bataille (la Turquie a été exclue de la bataille de Mossoul, comme de celle de Raqqa).

Le plan américain serait de livrer la ville de Raqqa aux tribus arabes locales, sous contrôle kurde. Encore une fois, apprendre de l’Histoire est un élément essentiel du contre-terrorisme : les États-Unis ignorent que l’occupation des villes est une mauvaise stratégie qui n’amènera l’administration américaine qu’à sombrer encore plus dans le piège moyen-oriental. Comme Wright (2016) le reconnaît à juste titre, « les contributions et la participation de l’Amérique à la situation extrême au Moyen-Orient depuis le 11 septembre ont été une longue série d’échecs, responsables de la catastrophe en cours ». 1.

Les tribus arabes de Raqqa éprouvent du ressentiment contre les Kurdes, impopulaires dans la région : le Kurdistan irakien n’est pas le même que le Kurdistan syrien ou « Rojava » comme les Kurdes l’appellent. De plus, des Kurdes syriens se battent contre EI et al-Qaïda (Hay’at Tahrir al-Sham), d’autres sont fidèles à Damas et d’autres sont contre les États-Unis depuis leur invasion de l’Irak. Il n’est pas difficile d’avoir des agents dormants travaillant pour divers groupes. Les États-Unis se lancent dans un guêpier en se préparant à la bataille militaire sans penser à la gouvernance de la région qu’ils souhaitent occuper.

Diverses sources à Damas ont des opinions différentes sur la présence américaine. Tout d’abord, il ne fait aucun doute que tous les belligérants en Syrie, même s’ils ne s’unissent pas entre eux, auront le même objectif : frapper les forces américaines, comme en Irak de 2003 à 2011.

« Les États-Unis poussent EI vers le désert syrien, Palmyre ou les frontières irakiennes avant de les bloquer à partir d’al-Bu Kamal, ce qui permettra à EI de se répandre et de continuer d’exister. Les forces américaines ont fermé la route d’al-Tabqa, forcant l’exode d’EI en direction de l’armée syrienne et de l’Irak. La victoire des forces de l’armée syrienne dans le nord-est d’Alep, en reprenant des milliers de kilomètres carrés de territoire à EI, a poussé les Américains à accélérer le rythme et a déclenché cet atterrissage près du barrage de Tabqa pour le contrôle de l’aéroport de Tabqa. De plus, ce succès militaire coïncide avec de larges attaques militaires d’al-Qaïda et de ses alliés (y compris des groupes contrôlés par les États-Unis) sur différents fronts qui vont de Damas jusqu’au nord de Hama et de Daraa. Ces attaques ont été soutenues par le ‘bouclier de l’Euphrate’, les forces proxy turcs, l’Armée libre syrienne (les forces proxy états-uniennes) et les autres groupes financés par l’Arabie saoudite et le Qatar », nous a fait remarquer une source gouvernementale à Damas.

Ces attaques n’ont pas réussi à atteindre leur objectif : Damas a repoussé ces forces au-delà de ce qui était occupé par al-Qaïda et ses alliés, en reprenant le terrain à al-Ghaboon, jamais récupéré auparavant. Et à Hama, la contre-attaque reconquiert avec succès les terres perdues et prend l’initiative, une démonstration de la force et de la capacité de réorganisation de l’armée syrienne et de ses alliés après avoir absorbé la première vague de l’attaque.

Selon les sources, les États-Unis, l’Arabie saoudite et la Turquie craignent la relation entre Téhéran (et ses longues frontières avec l’Irak), Bagdad (frontières avec la Syrie), Damas et Beyrouth, définie par le monarque jordanien comme un « croissant chiite ». Ce pourrait être l’une des raisons pour lesquelles les États-Unis ont décidé de couper la route à la Russie et ses alliés pour les empêcher de lever le siège de Deir ez-Zor. Si l’armée syrienne avançait au-delà du barrage d’al-Tabqa, EI aurait rassemblé des forces autour de Raqqa pour se battre, et la Russie et ses alliés auraient alors envoyé des renforts à Deir ez-Zor, empêchant le développement des plans étasuniens en Syrie. Damas a accepté de changer la Constitution et de permettre une fédération dans le nord-est de la Syrie mais pas pour que Washington utilise les Kurdes comme excuse pour l’occuper.

De toute évidence, toutes les forces sont heureuses de combattre EI car c’est la force la plus faible sur le terrain. Le groupe a perdu tout soutien régional et défend les villes qu’il occupe. EI est encore capable d’initiatives militaires et d’attaques sporadiques ici et là, mais ces attaques d’insurrection n’ont plus d’objectif stratégique.

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a déclaré que « la bataille de Raqqa commencera dans les prochains jours », sans préciser quelle serait la prochaine étape après EI et sans indiquer quelle force va diriger la ville.

La bataille autour de Raqqa a commencé il y a plusieurs mois, mais la bataille de la ville elle-même n’a pas encore pleinement mûri. L’Europe doit encore rejoindre les États-Unis. Mais le différend reste : les forces kurdes vont-elles entrer dans la ville arabe, la nettoyer, perdre beaucoup de militants dans le processus, mais sans finalement la gérer ? Les tribus arabes de la région vont-elles accepter la présence occidentale (française / américaine / britannique) sur leur sol et la vie avec les Kurdes ?

Les réponses à ces questions ne sont pas disponibles aujourd’hui parce que toute réaction contre les États-Unis de manière large, programmée et continue nécessite du temps pour la préparer, l’organiser et la financer. Et les États-Unis n’ont jamais occupé de villes du Moyen-Orient – de Beyrouth à l’Irak – sans pertes. Leur administration ne peut pas se permettre de telles pertes et ne sera pas heureuse de voir revenir ses soldats dans des sacs noirs, tout cela pour un but stratégique nul.

On entend, cependant, une autre opinion : « Laissez les États-Unis venir en Syrie et éliminer le terrorisme si c’est leur intention. Lorsque les forces américaines ont atterri en Irak en 2003, elles ont déclenché ce qu’on appelle aujourd’hui EI. Pour lutter contre l’insurrection, les États-Unis ont réussi à créer la Awakening Force, composée de tribus sunnites pour s’y opposer. Le départ des forces américaines a permis au groupe de se développer en Syrie et dans d’autres pays. Si les États-Unis peuvent arrêter le massacre et le sectarisme, leur présence est alors importante ».

Cette approche est controversée et manque de soutien factuel : l’intention des États-Unis en Syrie est encore largement non déclarée et inconnue. Est-ce que les forces américaines vont pousser EI vers les villes contrôlées par l’armée syrienne et vers l’Irak pour pouvoir les regarder se battre de loin ? Le but des États-Unis, après tout, n’est pas d’alléger la pression sur la Russie et l’Iran. Cela conduit à la conclusion d’une partition prévue de la Syrie entre la Turquie et les zones d’influence américaines dans le nord, puis à regarder la guerre en cours contre al-Qaïda et ce qui reste d’EI dans d’autres régions du pays jusqu’à ce qu’une solution politique apparaisse.

Al-Qaïda ne devrait pas être capable de se reconstruire une base, d’autant plus que son offensive militaire a échoué ces derniers jours. L’affrontement multi-fronts a laissé beaucoup de morts sur le champ de bataille et aura certainement un retour négatif contre le groupe dans la zone sous son contrôle, principalement la ville d’Idlib et la campagne autour d’Alep et Lattaquié.

La Russie est plus déterminée que jamais à éviter de s’enliser dans le bourbier syrien et à aboutir à une fin des hostilités. Est-il possible pour la Russie de vivre avec les États-Unis sur le même territoire (Bilad al-Sham), une situation similaire à celle de Berlin après la Deuxième Guerre mondiale, ou Moscou soutiendra-t-elle l’insurrection ?

Il est encore trop tôt pour répondre à cette question, mais la saga syrienne est loin d’être terminée. Elle change continuellement d’aspect et d’alliances.

 Elijah J. Magnier

Traduit par Wayan, relu par Michèle pour le Saker Francophone

Note du Saker Francophone : Vous pourrez lire dans cet article en francais de Sputniknews que l'avis d'experts syriens sur ce sujet concorde avec celui de Magnier.

 

  1. Wright Lawrence, The Terror Years : From al-Qaeda to the Islamic State, Alfred A. Knopf, 2016

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Un état des lieux de la situation militaire en Syrie.

Publié le par Felli Bernard

 
 
 
 
 
 
 
 
 

lundi 27 mars 2017

Un état des lieux de la situation militaire en Syrie.

 
 
La Turquie est dans une impasse en Syrie. Le rêve d’Erdogan d’aller sur Raqqa et Deir Ezzor, ou même la ville d’Alep, a été bloqué par un accord entre les États-Unis et la Russie. Ses forces proxy sont coincées au nord-est de la ville d’Alep et n’ont aucun moyen d’aller plus au sud, à l’est ou à l’ouest. Elles ont conquis un morceau de terre rurale qui ne donne pas de levier de négociation à Erdogan, mais beaucoup de maux de tête potentiels. Un petit contingent russe s’est installé dans l’enclave kurde du nord-ouest de la Syrie autour d’Afrin, bloquant tout mouvement turc sérieux contre cette zone.

 
 
 
La Turquie et ses financiers au Qatar, au Koweït et en Arabie saoudite ont perdu le combat pour la Syrie. Toujours tacitement soutenus par les États-Unis, ils en sont aux tentatives désespérées pour essayer d’avoir un certain pouvoir de négociation à la prochaine ronde de négociations à Genève. Il est probable que cela échoue encore. Leurs forces proxy situées dans le nord-ouest, dont al-Qaïda, se sont déplacées du nord vers la ville de Hama. Au cours des derniers jours, ils ont capturé 11 petits villages qui n’étaient que légèrement défendus. Les forces aériennes russes et syriennes sont en train de les bombarder et une contre-attaque de l’armée syrienne est en préparation et va bientôt les repousser.
Parallèlement à l’attaque de Hama, on a aussi assisté à une tentative pour occuper le terrain dans la périphérie est de Damas et dans le sud autour de Deraa. L’attaque de Damas n’a rien donné. Aucun terrain n’a été pris et gardé par les Takfiris et la contre-attaque avance. L’attaque contre Deraa n’a pas réussi à briser les lignes de défense de l’armée syrienne.
Le chef du gang de propagande des « Casque blancs » a été tué dans le sud de Deraa dans une attaque à la bombe artisanale lancée par les forces alignées à al-Qaïda. Ce n’était pas un bon Samaritain. Il a également commandé la division du 18 mars, un groupe insurrectionnel payé par l’étranger pour se battre contre l’État syrien.
Un grand mouvement de l’armée syrienne vers la province  d’Idleb pour la libérer des Takfiris est toujours en préparation. Aucune date n’a été fixée pour son lancement.
À l’est de la ville d’Alep, l’armée syrienne avait bloqué toutes les avancées des groupes armés proxy turques. Elle a progressé vers le sud pour reprendre le terrain tenu par État islamique et fait de bons progrès. La plus grande ville de la région, Deir Hafar, était aujourd’hui quasiment encerclée par l’armée syrienne, lorsque les combattants de l’État islamique ont soudainement fui. La ville est maintenant de nouveau entre les mains du gouvernement. [Les sources étaient fausses sur ce point. Deir Hafar est effectivement entouré mais pas encore entre les mains du gouvernement. – 27 mars 11h10] L’armée syrienne va continuer à se déplacer vers le sud et le sud-est vers Raqqa et Deir Ezzor.
La force proxy américaine dans le nord-est de la Syrie, les anarcho-marxistes kurdes du PKK / YPG, ont avancé sur Raqqa. Raqqa se trouve légèrement au nord de l’Euphrate. La seule voie au sud et à l’ouest de Raqqa qui a été laissée ouverte passe par le barrage de Tabqa, un barrage de l’Euphrate qui crée le lac Assad.
Hier, les États-Unis et leurs forces proxy ont lancé une attaque surprise pour prendre le barrage (carte). Des hélicoptères ont transporté des combattants YPG au sud de l’Euphrate, et des ferrys improvisés (vidéo) ont transporté leur équipement lourd en traversant le lac. Les hélicoptères Apache et l’artillerie lourde étatsunienne ont couvert le mouvement. Ils ont bloqué la route entre Raqqa et Alep à l’ouest et ils se déplacent maintenant vers la ville de Tabqa, directement par le sud du barrage. En même temps, un groupe YPG / PKK se dirige du nord vers le barrage. On craint que les combattants d’État islamique ne fassent sauter le barrage, mais les premiers à se noyer dans l’inondation conséquente seraient tous les combattants d’EI et leurs familles installées à Raqqa et au-delà.
Dans les régions plus au sud et à l’est, il y a des combats entre l’armée syrienne et les groupes d’EI, autour de Palmyre et à Deir Ezzor. La situation y semble assez stable, avec de légères avancées tentées par les forces gouvernementales syriennes.
Israël a récemment fait quelques éclats, en bombardant les forces gouvernementales syriennes près de Palmyre. C’était à l’encontre de certains aspects de l’accord que les gouvernements russe et israélien avaient passé. Alors que la Russie n’empêchera pas les attaques israéliennes contre les transports d’armes du Hezbollah en direction du Liban, elle va montrer son désaccord si Israël frappait (de nouveau) toute force syrienne combattant EI ou d’autres jihadistes. Israël a été prévenu par un lancement de missiles anti-aériens syriens. Le gouvernement de Netanyahou, à Tel-Aviv, en a fait toute une histoire. Mais il ne s’agit là que d’une simple posture, destinée au public israélien. Netanyahou est sous enquête judiciaire et se bat pour sa survie politique.
On ne sait toujours pas comment l’administration Trump envisage de procéder au sujet de la Syrie. Le mouvement au sud de l’Euphrate pourrait bloquer les forces gouvernementales syriennes et les empêcher de se déplacer plus à l’est, vers l’enclave de Deir Ezzor qui est toujours assiégée par EI. Mais la traversée de l’Euphrate peut aussi être un mouvement purement militaire sans intention politique, pour simplement permettre la prise du barrage de Tabqa. En tant que mouvement purement militaire, il a tout son sens. S’il s’agit d’un mouvement politique, cela pourrait compliquer une situation déjà bien confuse.
Par Moon of Alabama – Le 23 mars 2017
Traduit par Wayan, relu par nadine pour le Saker Francophone

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Palmyre, la ville de tous les enjeux

Publié le par Felli Bernard

Sat Mar 18, 2017 2:41PM
Le missile russe S200. (Archives)
Le missile russe S200. (Archives)

Pour le général de brigade de l’armée syrienne, Mohammad Abbas, le raid israélien contre une base militaire dans la banlieue de Homs (près de Palmyre) a été un cuisant revers puisqu’il n’a réalisé aucun des objectifs d’Israël. Mais qui est réellement derrière cette frappe ? 

Alors que l’un des avions israéliens a été pris pour cible dans le ciel d’Israël par les S-200 russes, un crash reconnu pour la première fois par Israël, le discours médiatique israélien semble avoir changé, constate le général qui ajoute : « Le régime israélien nous combat par armée interposée. Il n’a jamais cessé de nous combattre. Les succès militaires réalisés sur le terrain par l’armée nationale face aux groupes terroristes qui agissent pour son compte ont poussé les Israéliens à intervenir directement dans les combats : c’est là qu’Israël a envoyé ses chasseurs bombarder la Syrie. Il se peut que la flotte israélienne prenne aussi part aux combats contre l’armée syrienne. D’ailleurs, les États-Unis ont fait la même chose et ont fini par bombarder à Deir ez-Zor les positions de l’armée syrienne », a fait remarquer le général. 

« L’armée syrienne a intensifié sa lutte contre le terrorisme. Notre État dispose de multiples atouts qui n’ont pas encore été employés. Outres des capacités militaires insoupçonnées, la riposte antiaérienne de la Syrie a pris de court Israël, un Israël qui a tout intérêt à tirer leçon de cet incident, mais je ne crois que cela sera le cas. L’outrecuidance du régime israélien l’empêche de ne pas reproduire son erreur. Les chasseurs israéliens ont bombardé une base militaire déserte, mais leur raid a révélé des failles : l’incapacité du missile antibalistique israélien Hetz, qui n’est pas parvenu à intercepter le S-200 syrien dans le ciel israélien », a-t-il poursuivi.

Le général Abbas s’est penché ensuite sur le pourquoi de l’intérêt qu’apporte Israël à la ville de Palmyre : « Palmyre fait partie du plan américain qui vise à démembrer la Syrie et les pays de la région. Cette cité se trouve sur l’une des voies où l’armée syrienne a réalisé de fulgurantes avancées. De surcroît, les États-Unis n’ont atteint aucun de leurs objectifs à Palmyre. Or Palmyre est la ville clé pour s’emparer du nord, de l’est et du sud-est de la Syrie. L’administration Trump veut prouver à ses alliés arabes et à Israël qu’elle se tient à leurs côtés. Mais il est trop tard pour pouvoir vaincre la Syrie et l’axe de la Résistance. » 

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[6 ans] En 2013, Fabius poussait à ARMER les rebelles syriens, en raison de 70 000 morts…

Publié le par Felli Bernard

Petite vidéo souvenir en raison des 6 ans du début de la guerre en Syrie. Elle date de mars 2013 :

Syrie: Paris et Londres vont livrer des armes aux rebelles

Paris et Londres vont livrer des armes aux rebelles en Syrie, annonce Laurent Fabius jeudi. Le ministre français des Affaires étrangères a expliqué que la France et la Grande-Bretagne vont demander que la prochaine réunion de l’Union européenne sur l’embargo sur les armes pour la Syrie soit avancée.

La France et la Grande-Bretagne demandent “aux Européens, maintenant, de lever l’embargo pour que les résistants aient la possibilité de se défendre”, a-t-il déclaré sur France Info.

Et si les participants n’arrivent pas à se mettre d’accord, Paris et Londres décideront de livrer des armes à titre national aux rebelles, car la France “est une nation souveraine”, a ajouté Laurent Fabius.

Mardi, le Premier ministre britannique David Cameron avait déjà indiqué que son pays pourrait se désolidariser de l’embargo de l’UE en cours, en fournissant des armes à l’opposition syrienne pour lutter contre le président Bachar al-Assad.

La prochaine réunion de l’Union européenne sur l’examen de l’embargo sur les armes à destination de la Syrie est prévue fin mai. Laurent Fabius a toutefois indiqué jeudi que Paris et Londres allaient demander à ce que cet examen ait lieu plus tôt. “Il faut aller très vite” et “nous allons demander avec les Britanniques que la réunion (…) soit avancée”, a-t-il dit, n’excluant pas qu’elle intervienne avant fin mars. (source : BFM, 14/03/2013)

Ainsi, en 2013, comme il y avait 70 000 morts en Syrie, il était urgent d’y envoyer encore plus d’armes.

Bilan actuel : plus de 300 000 morts.

Par chance, Fabius n’est plus là – des fois qu’il veuille y envoyer des armes atomiques maintenant…

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Entente américano-russe en Syrie

Publié le par Felli Bernard

Entente américano-russe en Syrie

6 Mars 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Etats-Unis, #Russie

Les Cassandre qui nous assuraient, après la démission forcée du général Flynn, que Trump s'était couché devant l'Etat profond, semblent en être pour leurs frais...

Le Donald a été particulièrement virulent ces derniers jours, retournant avec malice l'argument du lien russe à ses adversaires, accusant surtout ouvertement Obama de l'avoir placé sur écoute et demandant l'ouverture d'une enquête du Congrès sur l'affaire. Comme annoncée, la purge du marais a bien commencé, ce dont commence à s'inquiéter la MSN de service.

Mais c'est surtout dans le dossier syrien que le rapprochement américano-russe, encore imparfait et timide, est le plus visible. Depuis la prise de fonction de Trump, pas un jour ou presque n'est passé sans que l'aviation US ne filât un petit coup de main à l'armée syrienne dans la zone de Palmyre (voir les comptes-rendus de février du CentCom). Certes, le gros du travail restait l'apanage des Russes, mais l'apport américain, même mineur, mérite d'être relevé [l'occasion pour moi de présenter mes excuses, chers lecteurs : je croyais en avoir déjà parlé le mois dernier, ce qui n'a pas été le cas]. Quel changement tectonique d'avec l'ère Obama, aussi motivé à détruire l'EI qu'un chat à piquer une tête dans l'eau froide...

Quant à Manbij, nous l'avons évoqué la dernière fois :

Hier, des vidéos ont commencé à circuler, montrant l'établissement d'une petite base des forces spéciales US à Manbij. Message subliminal : si vous attaquez les Kurdes, vous nous attaquez. Avouez que voir les Américains assaillis par leur allié de l'OTAN et les rebelles "modérés" de l'ASL, pourtant armés et financés par Washington pendant des années, ne manquerait pas de sel...

Quelques heures plus tard, une nouvelle encore plus incroyable tombait : via les bons offices de Moscou, les Kurdes de Manbij ont passé un accord avec Damas, rétrocédant à l'armée syrienne une partie de leur gains territoriaux à l'ouest de l'Euphrate afin de constituer une zone tampon les séparant des Turcs et de leurs proxies (...)

Cerise sur le gâteau, ce rebondissement est également le signe évident d'une entente américano-russe, au moins ponctuelle. Le jour où l'on apprend que des forces spéciales US s'établissent à Manbij (voir plus haut) pour soutenir les Kurdes, ceux-ci appellent l'armée syrienne à l'aide. Comme l'écrit le Figaro, seul journal de la MSN à avoir succinctement rapporté l'info :

Cette annonce est une surprise totale car ce serait la première fois que des combattants soutenus par Washington sont d'accord pour rétrocéder des territoires aux forces du président Bachar al-Assad.

Allons plus loin : les troupes syriennes protégeront maintenant de facto les troupes américaines ! Si l'on nous avait dit ça il y a six mois... Evidemment, rien de tout cela n'eut été possible sans le tremblement de terre provoqué par l'élection de Trump et la redirection de la politique extérieure états-unienne subséquente.

Tout cela se précise au fil des jours. Sans surprise, les Turcs ont failli avaler leur loukoum de travers en apprenant l'accord. Ensuite, une certaine confusion a été entretenue. Le Ministère russe de la Défense, peut-être pour faire avaler la pilule au sultan, a précisé que les Kurdes ne remettraient pas seulement à l'armée syrienne la zone tampon mais Manbij elle-même. Soulagement à Ankara qui, dans son malheur (notez le défaitisme de la presse turque), préfère à tout prendre voir Damas occuper la zone que les Kurdes.

Soulagement de courte durée : Le Conseil militaire de Manbij nie rendre la ville aux loyalistes et n'évoque que la zone tampon, de manière quelque peu alambiquée, tout en précisant que Manbij est sous la protection de la coalition internationale sous direction américaine. De fait, alors que des combats ont toujours lieu entre Turc et Kurdes sur certains points, un convoi militaire US s'est dandiné près de la ville, appuyant bien le message à destination d'Ankara. Pendant ce temps, l'armée syrienne a commencé à se déployer dans la zone tampon prévue où, apparemment, quelques garnisons kurdes restent pour "conseiller" les nouveaux arrivants. Notons enfin qu'un convoi "humanitaire" russo-syrien a pris la direction de Manbij, transportant des vivres (et des armes ?)

Tout cela est encore un peu confus, il subsiste peut-être quelques réticences de part et d'autre, mais l'image qui se dessine de plus en plus nettement est celle d'une coopération russo-américano-syro-kurde sur le dos d'Erdogan. Comment dit-on dindon de la farce en turc ? Le sultan doit sentir souffler le chaud et le froid en ce moment, juste retour des choses pour l'homme-toupie. Qu'il pète actuellement les plombs dans ses bisbilles avec l'Allemagne n'a finalement rien d'étonnant.

L'armée syrienne n'en a cure, qui continue sa poussée, avalant le terrain daéchique vers le sud :

A ce rythme, elle sera bientôt en vue de Taqbah, lieu de sa débandade de l'été dernier. Retenter le coup, mais sur deux axes cette fois, serait intéressant et amènerait les loyalistes aux portes de Raqqa :

Enfin, nos prédictions se vérifient chaque jour un peu plus dans l'Idlibistan :

Depuis le début de l'intervention russe en Syrie, Moscou a compris que, pour éviter l'enlisement, il était nécessaire de saucissonner l'opposition armée. C'est particulièrement vrai de l'Armée de la conquête, fer de lance de la rébellion. Cette fédération comprenant Al Nosra, Ahrar al-Cham et divers groupes "modérés" issus de l'Armée syrienne libre, permettait aux Occidentaux et aux pétromonarchiques d'armer Al Qaida sans en avoir l'air. (...)

De fait, les centaures se mangent maintenant entre eux dans l'Olympe djihadiste d'Idlib, la dernière grande enclave rebelle. Nous évoquions rapidement le pourrissement de la situation la dernière fois. Nous sommes désormais au bord de la guerre civile inter-barbue.

Effectivement, rien ne va plus entre Ahrar al-Cham et Hayat Tahrir al-Cham (la nouvelle fédération d'Al Qaeda). Un groupe allié au premier et spécialiste en fabrication d'armes a fait défection il y a quatre jours et est passé au second. Des combats ont évidemment suivi, fragilisant encore un peu plus la dernière province djihadiste de Syrie (hors EI). Un Sukhoï passe de temps en temps au-dessus de ce maelstrom, s'invitant à la fête ; le dernier carton en date a vaporisé 67 qaédistes.

Rappelons que, de son côté, l'USAF bombarde désormais également les ex-barbus "modérés" de l'Idlibistan. Là encore, comment ne pas y voir une certaine coopération russo-américaine, qui ne dit pas son nom ?

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Syrie – Le pari perdu d’Erdogan : Trump devrait opter pour la prudence

Publié le par Felli Bernard

Syrie – Le pari perdu d’Erdogan : Trump devrait opter pour la prudence


Moon of Alabama
Moon of Alabama

Le 1er mars 2017 – Source Moon of Alabama

Dans mon dernier article sur la Syrie j’ai écrit :

 Au sud d’Al-Bab, l’armée syrienne avance vers l’Euphrate. Elle va couper la progression des forces turques vers Raqqa et Manbij.

C’est fait. L’avancée des forces d’invasion turques vers le sud est maintenant bloquée. Il leur faudrait affronter l’armée syrienne et ses alliés russes pour avancer sur Raqqa. Il leur faudrait affronter le YPG syro-kurde et ses alliés américains pour avancer vers l’est.

Pour la première fois depuis le début de la guerre, les lignes d’approvisionnement entre la Turquie et l’État islamique sont coupées !

Carte de Petro LucemAgrandir

 

Carte de South FrontAgrandir

Erdogan espère toujours que les États-Unis vont appuyer ses plans pour Raqqa, mais je doute que les militaires américains soient prêts à renoncer à leurs mercenaires kurdes, à la réputation inébranlable, au profit d’une armée turque indisciplinée, désorganisée, et peu pressée de se battre. Erdogan a limogé tous les officiers et sous-officiers qu’il soupçonnait ne pas être à 100% derrière sa prise de pouvoir. Cela lui revient maintenant en pleine figure. Il manque de moyens militaires pour poursuivre ses politiques belliqueuses.

L’année dernière, Erdogan s’était allié à la Russie et à l’Iran après qu’une tentative de coup d’État contre lui a échoué. Il se sentait abandonné par les États-Unis à cause de leur réticence à soutenir ses projets en Syrie. Erdogan pense que l’élection de Trump va provoquer un changement dans les politiques américaines. Il a retourné sa veste une fois de plus et s’est allié de nouveau avec les États-Unis. C’est la conviction que la politique des États-Unis va évoluer qui explique ses dernières décisions et annonces.

Elijah Magnier dit que ses sources à Damas sont de l’avis d’Erdogan. Elles aussi pensent que Trump va fortement intensifier la guerre en Syrie et qu’il va soutenir le mouvement turc contre l’État syrien.

Mais ce sont les militaires américains qui dirigent la stratégie du cabinet Trump. Le Pentagone ne veut pas d’une grande opération terrestre en Syrie. Le plan qu’il a proposé à Trump est le même que celui qu’il avait conseillé à Obama. Il va coopérer avec les forces kurdes pour vaincre État islamique à Raqqa. Il est remarquable aussi qu’un directeur de la RAND Corporation, un  think tank financé par le Pentagone, ait plaidé publiquement pour une meilleure coopération avec la Russie en Syrie. L’ancien plan de la RAND Corporation, celui d’une Syrie décentralisée avec des zones sous « administration internationale » (c’est-à-dire occupées par les États-Unis) n’est probablement plus opérationnel.

Erdogan a récemment annoncé qu’il avait l’intention d’avancer vers Manbij qui est tenu par le YPG. Peu de temps après, des images de soldats US arborant des drapeaux américains à Manbij ont été publiées sur des réseaux sociaux. Le message était clair : restez loin d’ici ou vous aurez un sérieux problème.

Lundi, des avions de l’armée de l’air irakienne ont attaqué des positions d’État islamique dans l’est de la Syrie. L’attaque a pu être réalisée grâce à la coopération des renseignements syriens et irakiens. Il est plus facile à l’Irak d’atteindre cette zone qu’aux avions syriens stationnés près de la Méditerranée. Cette coopération se poursuivra. Dans l’ouest de l’Irak, les milices intégrées à l’armée irakienne sont prêtes à prendre Tal Afar d’assaut. Cette ville est la dernière grande position d’État islamique dans la région en dehors de Mossoul. Les États-Unis avaient prévu de laisser les combattants d’État islamique s’enfuir de Mossoul et de Tal Afar pour se rendre en Syrie et les laisser attaquer les positions du gouvernement syrien à Deir Ezzor. La coopération syro-irakienne les en a empêchés. La tentative américaine de séparer la guerre contre État islamique en Syrie de la guerre contre EI en Irak a échoué. Toute nouvelle tentative d’utiliser État islamique pour détruire la Syrie se heurtera à une résistance en Irak, où les États-Unis sont de plus en plus engagés. Les commandants américains en Irak vont bientôt s’en rendre compte.

À mon avis, les déclarations plus belliqueuses de Trump sur la Syrie, sur les zones de sécurité et l’escalade militaire, sont rhétoriques. Il installe des positions qui serviront de base à la négociation avec la Russie et l’Iran. Ce n’est pas la politique qu’il veut mettre en place. Sa vision politique est plus pragmatique. Obama a maintenu l’équilibre entre le jusqu’au-boutisme des faucons, soutenus par la CIA, Hillary Clinton et les néoconservateurs, et la réticence de l’armée à s’engager dans une autre grande guerre. Trump suivra le Pentagone encore plus qu’Obama. Cela ne changera pas. Je ne crois donc pas que Trump se livrera à une escalade belliqueuse. Quelques troupes américaines supplémentaires seront peut-être ajoutées aux forces kurdes qui attaquent Raqqa. Mais aucun mouvement important de la part des forces turques ou israéliennes ne sera toléré. La grande invasion américaine de la Syrie pour les soutenir ne se produira pas.

Pendant ce temps, l’armée syrienne avance vers Palmyre et pourrait bientôt la reprendre à État islamique [Fait le 2 Mars , NdT]. Une nouvelle unité formée par la Russie, le 5e Corps, mène la marche, avec succès jusqu’ici. Quand Palmyre sera reprise, l’armée syrienne pourra progresser plus à l’est vers Raqqa et Deir Ezzor.

Erdogan peut encore obtenir une sorte de « zone de sécurité » dans le territoire du nord de la Syrie que ses forces occupent maintenant. Mais Damas soutiendra les forces de guérilla kurdes et arabes contre une occupation turque. Les forces turques en Syrie vont continuer à avoir beaucoup de problèmes. Erdogan ne bénéficiera pas de l’appui actif des États-Unis pour prendre des terres syriennes. Ses deux retournements d’alliance ont été inutiles et ont considérablement affaibli sa position.

Netanyahou et le lobby israélien veulent aussi une « zone de sécurité ». Celle-ci au sud de la Syrie et sous commandement jordanien. Cela permettrait à Israël d’occuper plus de terre syrienne le long des hauteurs du Golan. Mais les zones situées à côté du Golan et vers Deera sont occupées par al-Qaïda et des groupes alignés sur État islamique. Ces groupes représentent un sérieux danger pour le fragile État jordanien. La Jordanie n’a rien à gagner avec cette « zone de sécurité ». De même, l’armée américaine n’aura aucun intérêt à ouvrir une autre boîte de Pandore dans le sud de la Syrie. Comme Erdogan, Netanyahou va probablement se retrouver tout seul avec ses rêves.

Traduction : Aliocha

Liens

Voici aussi en lien les derniers détails de la situation militaire en Syrie. On ne publie que peu de traductions de ce qui se passe en Syrie car le chroniquesdugrandjeu.com propose en français l’une des meilleure source sur la question, tout comme vous pouvez avoir le détail des opérations militaires en Ukraine sur alawata-rebellion.blogspot.fr.

chroniquesdugrandjeu.com : Maestria dans le nord syrien

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