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Articles avec #syrie tag

Forces spéciales russes pour contrecarrer le mouvement de Trump en Syrie du Sud

Publié le par Felli Bernard

lundi 22 mai 2017

Forces spéciales russes pour contrecarrer le mouvement de Trump en Syrie du Sud

 


 

Une source militaire a confirmé qu'un groupe de parachutistes russes et des forces spéciales spetsnaz sont arrivés dans la province méridionale de Sweida, après que les avions de combat la coalition sous commandement américain aient lourdement ciblés un convoi militaire des forces pro-gouvernementales syriennes près de la ville d'al-Tanf à la frontière avec l'Irak.

La source dit que les militaires russes sont dans la région pour conseiller les troupes du gouvernement syrien en Syrie du sud, tout en contribuant à dissuader toute réaction éventuelle des forces américaines et jordaniennes qui ont taillé une niche dans les provinces Sweida et Homs.
Selon certains activistes des médias, les forces russes projettent de construire une base le long de la frontière de la province de Sweida avec la Jordanie.
Russian Special Forces Arrive in Southern Syria after Recent US Air Raid on Army Convoy
D'autres médias ont laissé entendre qu'ils seraient destinés à s’engager contre les forces ennemies envahissant la Syrie (dont celles des États-Unis qui veulent contrôler l'autostrade Damas-Bagdad) et aider les troupes gouvernementales à capturer le passage frontalier avec l'Irak.
Le général d'armée libanais, John Abi Nader, expert en stratégie militaire au Moyen-Orient, a déclaré samedi à l’agence TASS que les États-Unis ont effectué une intervention militaire directe en Syrie pour empêcher la mise en place du contrôle de l'armée syrienne sur la frontière avec l'Irak.
« Il n'y a pas d'autre explication aux frappes de l'US Air Force contre les forces syriennes et les unités qui les soutiennent », dit le général.
Il a ajouté que la zone frontalière en Syrie orientale, où les unités de l'armée mènent l'offensive aujourd'hui, ont une plus grande importance stratégique.
« C’est le seul poste frontalier, à travers lequel on peut se rendre à Bagdad maintenant, en prenant en considération le fait que la route Rutbah-Ramadi a été débarrassée des terroristes daé-chiens, » dit l'expert.
« L'objectif des États-Unis est évident : empêcher la restauration des liaisons de transport entre la Syrie et l'Irak, ainsi qu’avec l'Iran, qui est l'allié de Damas, » a-t-il souligné.
L'expert a noté qu'une intervention similaire de la Force aérienne des États-Unis a eu lieu en Septembre 2016 à la périphérie de Deir Ezzour. Ce qui a permis aux terroristes islamistes d’utiliser ce raid aérien de l'aviation américaine pour saisir une position défensive sur le mont Jebel-Sarda, à proximité d'un aérodrome militaire, qui sert de base principale aux forces gouvernementales.
Le quartier général de la coalition dirigée par les Américains a déclaré, le 18 mai, que son aviation a frappé les forces gouvernementales pro-syriennes opérant dans la zone de non conflit, établie par la Russie, au Nord-Ouest d'al-Tanf. La déclaration a affirmé que ces unités constituaient une menace pour les forces des États-Unis et ses partenaires (les « terroristes modérés). Plusieurs militaires syriens ont été tués dans la frappe.

L’Armée syrienne de contrôle la région stratégique près de la frontière avec la Jordanie

Syrian Army Retakes Control of Strategic Region near Border with JordanTéhéran (FNA) - Les troupes de l'armée syrienne ont poursuivi leur opération antiterroriste vers la région frontalière près de passage al-Tanf et ont réussi à recontrôler une région clé dans la province de Sweida près de la frontière avec la Jordanie.
Les hommes de l'armée engagés dans une rude bataille avec les terroristes islamistes pro américains, « Jeish al-Hor » dans l'est Sweida et ont réussi à reprendre le contrôle sur la région stratégique du barrage d'al-Zalaf à la frontière Sweida-Jordanie.
Les hommes de l'armée ont également chassé les terroristes Al-Zahra Oum-Salasel et d’al-Eiseh.
Des sources bien informées ont dit, entre-temps, que les unités de l'armée ont également pris le contrôle de plus de 50 km² de Sweida Badiyeh (désert) qui était sous le contrôle des terroristes de Jeish al-Abra al-Achayer et Jeish al-Aswad al-Sharqiyeh .
Les rapports pertinents ont déclaré samedi que l'armée et les forces populaires ont repris une grande partie des territoires contrôlés par le terrorisme de la province Sweida dans les régions du sud du pays.
« L'armée syrienne et ses alliés ont saisi plus de 60 kilomètres carrés de terres dans la région dans la province al-Zalfa Sweida, » les médias de langue arabe, citant une source militaire, samedi.
La source militaire a noté que après avoir obtenu plancher al-Zalfa, les troupes de l'armée syrienne pousserait plus à l'Est afin de sécuriser la frontière provinciale et le siège de l'armée syrienne libre (FSA) près de l'al-Tanf passage de la frontière en Irak. Vidéo
 
Hannibal GENSERIC

Source : http://www.veteranstoday.com/

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L’Est syrien, enjeu véritable des quatrièmes négociations d’Astana pour la paix en Syrie

Publié le par Felli Bernard

Source : Caroline Galactéros, 11-05-2017

Signature du mémorandum établissant les zones de désescalade lors du quatrième cycle des négociations pour la paix en Syrie, à Astana, Kazakhstan, le 4 mai 2017. Aliia Raimbekova/Anadolu Agency/Getty Images.

Les 3 et 4 mai 2017 se sont tenues les quatrièmes rencontres internationales d’Astana sur la Syrieentre les délégations syrienne, russe, iranienne, turque et celle de « l’opposition armée », cette dernière étant représentée par le groupe salafiste Jaysh al-Islam. Etaient également présents l’envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie, Staffan da Mistura, et pour la première fois les États-Unis, en la personne de Stuart Jones, Secrétaire d’Etat pour les affaires proche-orientales. Dans le même temps, Vladimir Poutine recevait Recep Tayyip Erdogan à sa résidence estivale de Botcharov Routcheï à Sotchi.

Mise en place de zones de désescalade

Un memorandum mettant en place quatre « zones de désescalade » fut signé par les trois pays garants des parties en conflit : la Russie et l’Iran pour la Syrie, la Turquie pour les « rebelles ». Ce mémorandum instaure un cessez-le-feu, poursuit l’évacuation des enclaves rebelles assiégées (notamment ceux de Damas), et permet retour des réfugiés volontaires dans leur région d’origine. Il fut toutefois dénoncé par l’opposition elle-même, pourtant partie aux négociations, notamment en raison de la présence de l’Iran. Selon Le Monde, Yasser abd ar-Rahim, membre de la délégation rebelle, aurait interrompu la séance en invectivant violemment la délégation iranienne : « Les Iraniens tentent de se présenter et d’agir en tant que garants. C’est quelque chose que nous ne pouvons accepter. Depuis le premier jour, ils tuent des civils sur le terrain », avant de « spectaculairement claquer la porte des négociations devant les caméras. »

Outre le fait que Yasser abd ar-Rahim a été en fait invité à évacuer la salle plus qu’il n’en a « claqué la porte », Le Monde oublie de rapporter que ce personnage est surtout connu pour être l’ancien commandant du groupe islamiste Fatah Halab (« Conquête d’Alep »), actif à Alep lors de l’offensive gouvernementale en 2016, et qui fit, en août de la même année : « le serment que la coalition des groupes armés se “vengerait” des Kurdes à Cheik Maqsoud [quartier d’Alep tenu par les Kurdes], précisant que ces derniers ne “trouveraient plus de place où enterrer leurs morts à Alep” », comme le rapporte les Nations Unies dans le Rapport de la Commission d’enquête internationale indépendante sur la République arabe syrienne de février 2017 (pp. 17-18). Déclarations hélas suivies d’effets envers les populations civiles, exactions considérées comme des crimes de guerre par l’ONU. La persistance occidentale à vouloir voir des rebelles modérés là où se déchainent des combattants islamistes ou salafistes ultra-radicaux, notamment au seine de la « veine » de Jaysh al-Islam, est une cécité volontaire très lourde de conséquences humaines.

Ce texte prévoit donc d’établir quatre zones de désescalade. Il s’agit des quatre enclaves rebelles dans l’ouest du pays : région d’Idlib au Nord de la Syrie, poche de Homs-nord, poche de Damas-est (ou Ghouta orientale), et enfin zone au sud de la Syrie, le long de la frontière syro-jordanienne et du Golan syrien occupé par Israël.

En gris clair : les zones de désescalade du mémorandum contrôlées par les rebelles ; en violet : la zone contrôlée par les rebelles pro-turcs ; en bleu : les zones rebelles non concernées par le mémorandum d’Astana ; en noir : les zones contrôlées par l’Etat islamique ; en vert : les zones contrôlées par les FDS ; en rouge : les zones contrôlées par les forces gouvernementales ; en marron le Golan israélien occupé par Israël et les forces de l’ONU. Al-Masdar News, modifiée.

A noter que les zones tenues par les rebelles le long de la frontière syro-jordanienne et syro-irakienne (en bleu sur la carte), soutenus par les Etats-Unis, et récemment actifs dans ce secteur (nous y reviendrons), ne sont pas comprises dans cet accord que les Etats-Unis ont salué tout en exprimant naturellement des réserves à l’égard de son « patronage» par l’Iran. Enfin, les forces aériennes de la coalition internationale ont interdiction de pénétrer dans l’espace aérien de ces zones.

Situation militaire en Syrie au 11 mai 2017

Pour saisir les enjeux de cet accord, il convient d’effectuer un rapide tour d’horizon de la situation militaire en Syrie à jour (12/05/2017).

Les contres-offensives gouvernementales de mars-avril-mai 2017

A la veille de la signature du memorandum, les forces gouvernementales et pro-gouvernementales poursuivaient avec succès leur contre-offensive au nord de Hama, répondant à une offensive lancée le 21 mars dernier par le Hayat Tahrir al-Cham (HTS), alliance principalement constituée du Jabhat Fatah al-Cham (ex Jabhat al-Nosra, Al-Qaida en Syrie), Ahrar al-Cham, ainsi que de plusieurs autres groupes salafistes ou islamistes affiliés à l’Armée syrienne libre (ASL). C’est dans le cadre de cette contre-offensive que s’est inscrite l’attaque chimique de Khan Cheikhoun, le 4 avril dernier.

Situation militaire au nord de Hama le 23/03 et 02/05/2017. En rouge : les forces gouvernementales ; en vert : les rebelles (cliquez pour agrandir).

Parallèlement, une autre offensive était lancée le même jour depuis la Ghouta orientale, principalement dans le quartier de Jobar et la zone industrielle de Qaboun, menée par le Faylaq al-Rahman, HTS et Ahrar al-Cham. Cette offensive fut toutefois rapidement circonscrite par les forces gouvernementales, avant que ces dernières ne gagnent du terrain sur les rebelles.

Les quartiers rebelles de Qaboun, Jobar et Zamalka à l’est de Damas au 22/03 et 05/05/2017 (cliquez pour agrandir).

Depuis, l’alliance entre les groupes rebelles de la Ghouta orientale a volé en éclats et de violentes confrontations ont eu lieu entre le Faylaq al-Rahman et les salafistes du Jaysh al-Islam (ceux-là même qui représentent la « rebellion » à Astana), entraînant de nombreuses pertes des deux côtés.

Progression pour la reprise de Raqqa par les Forces démocratiques syriennes

Comme nous l’évoquions en mars dernier, la reprise de Raqqa par la coalition arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS) soutenues par les Etats-Unis s’est poursuivie par la reprise du « verrou stratégique » de Taqba à l’Etat Islamique (EI), mercredi 10 mai. Dans la nuit du 21 au 22 mars dernier – coïncidence ou calcul tactique victorieux permis par la « fixation » des forces syriennes pour répondre aux assauts rebelles à Hama et Damas -, des troupes des FDS et des forces spéciales américaines ont été héliportées 15 km à l’ouest de Taqba, depuis l’autre rive du Lac Assad. Celles-ci libérèrent plusieurs localités avant de reprendre l’aéroport au sud de Taqba et d’encercler la ville, tandis que les FDS sur l’autre rive de l’Euphrate encerclaient la ville par le nord.

Carte des opérations de la bataille de Taqba (2017) du 22/03 au 10/05/2017. En noir : l’EI ; en jaune : les FDS. Wikipedia.

C’est la première fois que la coalition arabo-kurde franchit l’Euphrate, signe que Washington compte désormais s’appuyer pleinement sur cette force. Le contrôle de Taqba est triplement stratégique pour les FDS et les Etats-Unis, car il permet de :

  • couper la route ouest de Raqqa, accentuant la pression sur l’EI pour la reprise de la ville.
  • tenir le barrage de Taqba, important pour le contrôle de l’eau dans le pays.
  • bloquer la route reliant Alep à Raqqa aux forces gouvernementales syriennes qui pouvaient progresser depuis Alep.

Reste à savoir si les FDS vont désormais couper la route reliant Ithriya à Raqqa, au sud de cette dernière, encerclant complètement la ville et empêchant toute participation de Damas à cette opération, ce qui aurait évidemment d’importantes incidences politiques quant aux partage des zones d’influence qui se dessine et au rapport de force plus global américano-russe.

Carte des mouvements bloqués des forces gouvernementales pour reprendre Raqqa après la capture de Taqba par les FDS. SouthFront, modifiée.

Fin de l’opération turque en Syrie

Le 29 mars dernier, Binali Yildrim, Premier ministre turc, annonçait la fin de l’intervention turque en Syrie (opération « Bouclier de l’Euphrate »). Nous étions revenus sur le fait qu’après la reprise d’al-Bab à l’EI par l’ASL pro-turque, la Turquie se retrouvait bloquée par les forces gouvernementales syriennes au sud, mais aussi, à l’ouest (Afrin) et à l’est (Manbij), par les FDS sous double et concurrente protection russe et américaine.

Au grand dam de R.T. Erdogan, la Turquie et l’ASL furent également exclues de la reprise de Raqqa par les Etats-Unis qui préférèrent s’appuyer sur les FDS arabo-kurdes, insupportable avanie aux yeux du président turc, puisqu’elles sont majoritairement composées des YPG kurdes, branche armée du PYD, organisation terroriste selon Ankara. Cela explique probablement les récentes frappes turques sur le territoire tenu par les FDS depuis deux semaines, et le rassemblement de troupes le long de la frontière turco-syrienne, menaçant d’une nouvelle intervention turque en Syrie, cette fois-ci dirigée directement contre les Kurdes. Tout comme ce fut le cas pour Manbij, qu’Erdogan menaça d’attaquer après la reprise d’al-Bab, les Etats-Unis déployèrent des patrouilles le long de la frontière syro-turque tenue par les FDS pour dissuader les velléités turques, tandis que Russes et forces gouvernementales se déployaient ostensiblement du côté d’Afrin.

Il s’agit une nouvelle fois pour Erdogan de faire pression sur ses alliés pour s’imposer à la table des négociations politiques. En forçant les YPG à se redéployer au nord pour anticiper la menace turque, les opérations pour la reprise de Raqqa ralentissent. Peine perdue puisque les Américains ont affirmé leur soutien au YPG en se rendant sur le lieu des frappes. Plus significatif encore, Jeff Davis, porte parole du Département de la Défense, a annoncé ce 9 mai que les Etats-Unis vont armer les FDS, « seule force capable de prendre Raqqa dans un futur proche » (lire l’article de Georges Malbrunot dans Le Figaro du 11 mai 2017), conformément à leur demande depuis des années. Washington prend toutefois la précaution de rappeler que ce soutien sera limité à « des mitraillettes, des armes légères, des munitions et des véhicules blindés ». Décidément sans aucun scrupule, R.T. Erdogan déclara que le combat contre l’EI « ne devait pas être mené en aidant une autre organisation terroriste ».

Il faut remarquer que la Russie, qui soutient aussi  les YPG plus ou moins directement selon les circonstances, trouve son intérêt dans ces bombardements turcs. Comme nous l’avons dit, ceux-ci ralentissent les opérations kurdo-américaines dans l’est syrien, ce qui permettra, nous allons le voir, aux forces gouvernementales et pro-gouvernementales syriennes de progresser dans la course pour l’Est syrien. Mais l’effet pourrait surtout être politique. Ces bombardements poussent en effet les Kurdes à revenir dans le giron de Damas et à renoncer à leur désir d’une possible autonomie territoriale que la Turquie n’accepterait de toute façon jamais et qui pourrait raidir en conséquence la relation russo-turque importante aux yeux de Moscou à plus d’un titre. C’est la tactique que perçoit et dénonce Riza Altrun, membre du conseil exécutif du KCK, émanation politique kurde du PKK turc.

La course pour l’Est syrien, entre entente et concurrence russo-américaine

Maintenant que le front occidental contre les rebelles se trouve stabilisé grâce au memorandum, Damas peut redéployer ses forces sur le front oriental contre l’EI et se consacrer à la reprise d’une autre partie du territoire national .

Une carte publiée le 5 mai sur le compte Twitter de Syrian Generation montre quels pourraient être les prochains mouvements du gouvernement syrien. Les faits ont depuis démontré la justesse de ces prédictions.

Mouvements potentiels des forces gouvernementales. En bleu : la première phase des opérations ; en rouge foncé : la deuxième ; en violet : la troisième potentielle. Syrian Generation.

L’enjeu prioritaire pour Damas est tout d’abord de consolider son flanc oriental, notamment la mince bande sous leur contrôle reliant Hama à Alep, ainsi que la route reliant Homs à Palmyre, sur laquelle se trouve la base aérienne T4 (stratégique pour le ravitaillement iranien). L’objectif principal serait à terme la reprise de la ville de Deir ez-Zoor.

Comme nous le rappelions dans notre billet de mars dernier, la reprise des villes de Raqqa et Deir ez-Zor, et plus largement de tout l’est syrien sous domination de l’Etat islamique, est l’enjeu actuel de l’entente russo-américaine en Syrie. Il s’agit à la fois d’une entente et d’une concurrence dans la mesure où Russes comme Américains entendent, via leurs « proxies » respectifs, avancer leurs pions qui vont déterminer le sort de la future Syrie mais aussi celui de l’équilibre des rapports de force au Moyen-Orient dans son ensemble, avec les incidences énergétiques, sécuritaires et économiques considérables. Cette entente-concurrence a été comparée avec justesse par Elijah J. Magnier pour le journal koweïtien Al Rai (“The US-Russia race in Syria: towards a military confrontation?” disponible en anglais sur son blog) avec la course pour Berlin en 1945 entre les Alliés et l’URSS, course qui allait délimiter les zones d’influence future une fois l’Allemagne nazie anéantie. C’est également la première fois depuis 1945 que des troupes russes et américaines affrontent le même ennemi au sol.

La course pour l’Est syrien entre les forces gouvernementales et pro-gouvernementales (soutenues par la Russie et l’Iran) et les FDS et groupes « rebelles » (soutenus par les Etats-Unis et la Coalition) est en réalité le véritable enjeu de ces accords de cessez-le feu. Ainsi, les zones urbaines de Raqqa et Deir ez-Zor, ainsi que les passages d’Al-Tanf et Al Boukamal (respectivement Al Walid et Al Qaim pour les Irakiens) – situés le long de la frontière syro-irakienne – sont les quatre points que vont se disputer toutes les forces en présences dans un futur proche.

Situation militaire en Syrie au 11/05/2017. En rouge : les forces gouvernementales ; en vert : les rebelles ; en jaune : les FDS ; en noir : l’EI. Les cercles bleus indiquent les zones stratégiques disputées pour le contrôle de l’Est syrien. SouthFront, modifiée.

Nous l’avons vu la reprise de Raqqa est en bonne voie par les FDS, malgré les bombardements turcs.

Concernant Deir ez Zor, la ville est contrôlée majoritairement par l’EI qui en  a chassé le Front al-Nosra (ex Al-Qaida en Syrie) à l’été 2014, mais n’a pu reprendre deux zones restées aux forces gouvernementales et qui demeurent assiégées depuis, résistant grâce aux ravitaillements aériens en hommes et en matériels. Ces deux poches aux mains de Damas sont situées d’une part à l’ouest de la ville, autour d’une base de l’Armée syrienne, et d’autre part à l’est, autour de l’aéroport de la ville.

Situation militaire à Deir ez-Zor le 05/05/2017. En noir : l’Etat islamique ; en rouge : les forces gouvernementales ; en bleu : les avancées des forces gouvernementales ; en violet : les zones de combat. Les deux poches ont depuis fait jonction.

Ces derniers jours, Russes et Syriens concentrent leurs frappes sur la ville tenue par l’EI. La Garde républicaine syrienne a été déployée dans les zones assiégées, tandis que les Tiger Forces ont été redéployées depuis Hama et Alep vers l’ouest de Palmyre. Le déploiement de ces deux unités d’élites de l’armée syrienne indique qu’une large offensive pourrait être en préparation prochainement depuis Palmyre via la route « Homs – Deir ez-Zor » reliant les deux villes à travers le désert syrien. La ville pourrait donc retourner dans le giron de l’Etat Syrien, lui permettant de couper en deux le territoire encore sous contrôle de l’EI et de l’encercler au nord .

Lutte pour le contrôle de la frontière syro-irakienne et l’avenir de l’arc chiite

Mais, au delà de ces manoeuvres tactiques d’ampleur, le véritable enjeu de cette course à l’est est celui du contrôle des frontières syro-jordanienne et syro-irakienne, et à terme, celui de la continuité ou non du fameux « arc chiite ».

Au début de cet article nous mentionnons le fait qu’une importante zone rebelle au sud-est de la Syrie est exclue du mémorandum signé à Astana. Longeant la frontière syro-iakienne, cette zone est sous le contrôle de la seule frange de l’ASL qui soit à dominante séculière dans toute la Syrie. Les rebelles de cette zone sont soutenus par la Jordanie et les Etats-Unis. Le principal point stratégique est le passage d’Al-Tanf à la frontière syro-irakienne, une des trois routes officielles reliant la Syrie à l’Irak servant de base aux rebelles entraînés par les Etats-Unis. Les forces spéciales US n’avaient d’ailleurs pas hésité à apporter leur soutien au Jaysh Ossoud al-Charkiya pour contrer plusieurs offensives de l’EI visant à reprendre ce lieu. Une avancée significative a été faite fin-avril début-mai dans cette région par les rebelles.

Situations militaires en Syrie au 27/04 et 11/05/2017. On voit distinctement l’important gain territorial rebelle le long de la frontière syro-irakienne (cliquez pour agrandir).

Outre le fait de s’implanter dans le sud-est syrien en lieu et place de l’EI, l’objectif de cette avancée est de prendre le contrôle du passage d’Al Boukamal situé le long de l’Euphrate, au sud de Deir ez-Zor.

Ce regain d’activité expliquerait le renforcement de la présence militaire américaine en Jordanie. La branche média du Hezbollah présent en Syrie aurait géolocalisé, grâce à des drones, une base américaine utilisée par la Jordanie et les Etats-unis pour leurs opérations en Syrie, et constaté un renforcement significatif de leur nombre.

Carte de la base américaine supposée en Jordanie. En bleu : les zones contrôlées par les rebelles ; en rouge : les zones contrôlées par les forces gouvernementales (cliquez pour faire défiler).

Ces deux points pour le contrôle de la frontière syro-irakienne pourraient être le lieu d’affrontements futurs entre les forces gouvernementales et pro-gouvernementales et les « rebelles », une confrontation par proxies interposés pour Moscou et Washington. Il faudra également compter avec l’EI qui, avec la perte prochaine de Raqqa et Mossoul, joue désormais sa survie territoriale. De nombreux renforts ont d’ailleurs été récemment observés le long de l’Euphrate entre Al Boukamal et Deir ez-Zor.

Cartes des mouvements potentiels à venir pour le contrôle de l’Est syrien. En rouge : les forces gouvernementales ; en vert : les rebelles ; en orange : les FDS ; en noir : l’EI ; en violet : les forces gouvernementales irakiennes. SouthFront, modifiée.

Selon Elijah J. Magnier (article cité), la récente activité « rebelle » sous supervision américaine dans le sud Syrien expliquerait également pourquoi Bagdad aurait également multiplié ses forts le long de la frontière irako-syrienne.

Toujours de même source, ce serait Faleh al-Fayad, Conseiller à la Sécurité nationale du gouvernement irakien, chef des Unités de mobilisation populaires, milices chiites irakiennes formées en 2014 pour combattre l’EI, qui aurait informé Damas et le Hezbollah des plans « suggérés » avec insistance par les Américains à Bagdad. C’est pourquoi la reprise rapide de Deir ez-Zor est un enjeu crucial pour l’avenir de la Syrie et de la région.

Au-delà de l’intégrité territoriale de la Syrie, c’est donc la continuité territoriale de « l’arc chiite » qui se joue actuellement. Si l’est syrien devait tomber aux mains des FDS et des groupuscules « rebelles » sunnites salafistes soutenus par les Américains, l’arc s’en trouverait brisé.

Conclusion

Les prochaines semaines vont être riches en rebondissements. Au-delà de certaines postures ou déclarations et en dépit de la persistance d’un courant idéologique radicalement opposé à toute amélioration de leur relation, Moscou et Washington font montre d’une volonté de s’entendre sur le terrain pour mettre un terme à cette guerre. C’est ce qu’atteste la visite de Sergueï Lavrov à Washington mercredi 10 mai, une première depuis 2013 pour le ministre russe des Affaires étrangères, au cours de laquelle ce dernier a pu s’entretenir avec son homologue Rex Tillerson et le président Donald Trump. Une telle rencontre montre bien que les frappes américaines du 7 avril dernier en Syrie n’ont pas constitué de rupture, s’agissant peut-être même d’un moyen pour le président américain de desserrer l’étreinte politique interne qui l’empêche toujours d’enclencher le reset voulu originellement dans la relation américano-russe. Ces frappes n’ont pas vraiment affecté le rapprochement tactique observé précédemment, même si la rivalité globale demeure évidemment vive ; rivalité dont les enjeux sont lourds et touchent l’équilibre des puissances et des influences sur un monde de plus en plus difficile à contrôler ou à inspirer.

Sur le théâtre syrien, ce sont néanmoins les puissances régionales qui risquent de faire déraper cette fragile entente. L’Iran voudra à coup sûr préserver cet  « axe chiite », tandis que les monarchies du Golfe feront tout pour qu’il soit brisé. Si Israël peut trouver son compte dans les zones de désescalade dans au sud de la Syrie et le redéploiement du Hezbollah sur un autre front, elle voit aussi d’un bon oeil l’avancé des rebelles dans le sud-est syrien pour briser l’arc chiite et l’influence iranienne dans la région. Quant à la Turquie d’Erdogan, vexée que ses intérêts soient parfois négligés au plan militaire ou politique, elle pourrait exercer, ici ou là la capacité de nuisance ou de paralysie de certains mouvements militaires. C’est ce qu’atteste la récente création du First Corps dans la zone rebelle pro-turc au nord de la Syrie. Il s’agit d’une coalition rebelle en vue de combattre le YPG, PKK. Tout cela risque de retarder d’autant la maturation d’une consensus politique viable qui puisse augurer pour le malheureux peuple syrien de la fin d’un trop long martyr.

Source : Caroline Galactéros, 11-05-2017

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Dernières nouvelles syriennes

Publié le par Felli Bernard

Dernières nouvelles syriennes

17 Avril 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Si la vraie-fausse frappe donaldienne avait pour but de galvaniser les djihadistes modérés, c'est pour le moins raté. Le momentum est du côté des loyalistes et l'on sent comme une froide détermination du côté de l'alliance russo-syro-iranienne.

Au nord de Hama, front le plus important actuellement, les barbus ont perdu tous les gains si chèrement engrangés durant leur offensive de mars et l'armée syrienne est en mode attaque.

Les qaédistes se font vaporiser (en musique)...

... et l'aviation russe s'en donne à coeur joie lors de passages répétés avec des bombes massives (apparemment jamais utilisées jusqu'ici sur l'Idlibistan) ou des bombinettes-parachute :

Ce déluge de feu affaiblit sérieusement les défenses djihadistes, déjà passablement mises à mal, ouvrant la voie à l'armée syrienne. Depuis 72 heures, les villes tombent les unes après les autres dans le saillant de Hama. Pour libérer la pression, les rebelles ont tenté d'ouvrir un second front au sud, dans une petite poche qu'ils contrôlent entre Hama et Homs, mais elle a tourné court.

De leur côté, les forces loyalistes sises à Alep rongent leur frein en attendant de passer à l'attaque, au moins sur certains points. En filigrane, la grande offensive sur l'Idlibistan qui commence à se faire attendre...

Certes, prendre la dernière province rebelle (hors EI) sera tout sauf une partie de plaisir car s'y sont réfugiés à peu près tout ce que la Syrie compte de djihadistes. Mais cela signifierait également la fin de la guerre - cas Daech mis à part. Les barbus de l'Idlibistan avaient raclé les fonts de tiroir pour présenter 10 000 combattants lors l'offensive de mars sur Hama et celle-ci s'est terminée en eau de boudin. Une conclusion s'impose : ils ne sont plus capables de lancer de grandes offensives comme en 2013 ou 2015.

Ailleurs, les poches insurgées se comptent sur les doigts de la main et seront réduites tôt ou tard. Ainsi celle de l'est damascène où les combats font rage. Là comme ailleurs, les loyalistes avancent lentement, durement mais sûrement.

Tout au sud du pays, le front de Deraa s'est réveillé avec une offensive surprise d'un mix d'Al Qaida et d'ASL. L'aviation russe est très vite intervenue (une cinquantaine de bombardements) tandis que l'armée syrienne vient de recevoir d'importants renforts.

Rappelons que Deraa (cercle rouge) est toute proche des frontières jordanienne et israélienne et que les Sukhois évitaient généralement de vraiment bombarder la zone afin de ne pas effrayer Amman et Tel Aviv. Ce n'est apparemment plus le cas... Message subliminal : nous n'hésiterons pas à bombarder chaque centimètre de sol syrien si des djihadistes s'y trouvent, y compris à votre frontière.

Notons que dans la même région, Daech - qui occupe une poche bordant le Golan occupé par Israël - a fait des misères à l'alliance Al Qaeda-ASL.

Chose intéressante, un raid aérien syrien aurait été effectué très à l'est, à la frontière irakienne (triangle rouge-noir sur la carte), sur des cibles de l'EI. Or nous sommes ici comme qui dirait en "zone américaine". Si l'info se confirme, de deux choses l'une :

  • ou les canaux de communication entre les QG russe et US ont été rétablis et l'on assiste à une nouvelle "tolérance" de Washington vis-à-vis d'Assad
  • ou les Syriens sont sûrs d'eux (réception des systèmes anti-aérien ?) et marquent leur territoire (cf. démonstration de force russe à Deraa)

Dans les deux cas, c'est plutôt une mauvaise nouvelle pour les barbus...

C'est dans ce contexte qu'un kamikaze "modéré" a tué 130 civils dont 68 enfants près d'Alep il y a deux jours, lors d'un échange d'évacués. S'en est suivi une insurmontable réticence de la clique politico-médiatique occidentale à s'indigner. Que n'avait-on entendu sur le "boucher de Damas" après le false flag chimique de Khan Cheikhoun...

Là, les faits sont rapportés mais sans passion, sans hauts cris. Les condamnations des chancelleries occidentales sont sobres (doux euphémisme !) et tardives. Bref, le minimum syndical. Mais d'autres ne s'embarrassent même pas de ces scrupules, la palme de l'ignoble revenant sans doute à la BBC saoudisée qui a osé :

It happened when a vehicle loaded with food arrived and started distributing crisps, attracting many children, the BBC's Middle East correspondent Lina Sinjab said. Another vehicle then exploded.

She said it was not clear how the vehicle could have reached the area without government permission.

But there is also no evidence that rebels were involved in the attack, as the government claims.

Traduction : on ne peut savoir comment le véhicule est arrivé dans la zone sans permission du gouvernement (alors que c'était en plein territoire rebelle !) et il n'y a aucune preuve que les rebelles soient impliqués.

Quand on sait ce qu'était la vénérable BBC et quand on voit l'immondice qu'elle est devenue...

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La Syrie, Rex Tillerson et le cortège d’absurdités occidentales

Publié le par Felli Bernard

Créé par Olivier Berruyer

Source : Philippe Migault, 12-04-2017

Le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson et le président Donald Trump
© Carlos Barria Source: Reuters

L’Occident songe à de nouvelles sanctions contre la Russie et le secrétaire d’Etat américain propose à Moscou de choisir entre Assad et Washington. Le gendarme américain est-il de retour ? L’expert militaire Philippe Migault examine la question.

Un parfum de lâche soulagement. C’est ce qu’inspirent les déclarations des principaux responsables de l’Union européenne depuis la frappe conduite par les Etats-Unis vendredi dernier [le 7 avril] sur une base aérienne syrienne, en guise de rétorsion après l’attaque chimique de Khan Cheikhoun attribuée au régime de Damas.

Déconcertés par l’élection de Donald Trump en novembre 2016, alors qu’ils avaient tous misé sur Hilary Clinton, la plupart des chefs d’Etat de l’UE se comportaient depuis comme une section de jeunes conscrits brutalement privée de leur officier bienveillant et confiée à un – mauvais – clone de Clint Eastwood. Les déclarations de Donald Trump se félicitant du Brexit, sa critique de la politique migratoire d’Angela Merkel – et par extension automatique de l’UE – ses attaques contre l’OTAN ont suscité un pitoyable tollé de protestations affolées. Soudain le grand frère américain avait cessé d’être bienveillant. Soudain le guide de la «communauté internationale» soutenait des positions allant à l’encontre des prétendues «valeurs occidentales». Grande peur chez les bien-pensants. Confronté à l’Etat profond américain en rébellion ouverte contre lui et bloquant chacune de ses tentatives de réforme, le président américain est fort heureusement contraint au compromis en termes de politique intérieure comme de diplomatie. Exit Michael Flynn, jugé trop proche de la Russie. Retour vers la guerre froide tendance Obama et la traditionnelle morgue américaine. Rex Tillerson, le secrétaire d’Etat américain, qui doit rencontrer demain son homologue russe Sergueï Lavrov, a adressé aujourd’hui [11 avril] au Kremlin un avertissement d’une finesse toute texane : «Rejoignez la cause des Etats-Unis et de ses alliés sur le dossier syrien, ou soutenez l’Iran, le Hezbollah et le leader syrien Bachar al-Assad», a-t-il déclaré. En clair : «Choisis ton camp camarade.»

Ce n’est pas une frappe sur un aérodrome qui est de nature à inverser la tendance et à empêcher Damas et ses alliés de régler à long terme le sort d’Idleb ou de Deir-es-Zor

Bien entendu, tous les responsables européens sont aussitôt montés au créneau pour surenchérir. Le gendarme du monde brusquement ressuscité – comme l’ont titré la quasi-totalité des médias occidentaux – l’UE, rassérénée, peut de nouveau adopter la posture de puissance majeure qu’elle affectionne et bander des muscles dont elle ne sait, ni ne veut, se servir. Dans la foulée des Américains, chacun est prêt à présent à prendre de nouvelles sanctions vis-à-vis de la Russie. Contre certains hauts responsables militaires russes –ceux là-mêmes avec lesquels on souhaite soi-disant collaborer pour sauvegarder la paix – ou contre la Russie elle-même si nécessaire.

Lâche soulagement, oui.

Mais ce n’est pas cela le pire. Ce qui est dramatique, c’est de constater qu’une fois de plus il a suffi d’un drame – dont les responsables restent à identifier – pour que la diplomatie de la première puissance mondiale s’infléchisse. Politique de l’émotion une fois de plus. Avec, bien entendu, le même cortège d’absurdités.

Rex Tillerson connaît bien la Russie. Sa nomination a même été critiquée compte tenu de sa proximité supposée avec Vladimir Poutine. S’imagine-t-il une seule seconde qu’il peut arriver à Moscou comme dans un saloon en sommant Sergueï Lavrov et Vladimir Poutine de choisir leur camp ? En Russie, ce genre de rhétorique bolchévique n’impressionne plus personne…

Quant aux Européens, fébrilement rassemblés derrière leur leader, s’imaginent-ils réellement qu’ils pèseront une seule seconde dans les débats quand Américains et Russes décideront éventuellement de conclure un compromis ?

S’imaginent-ils qu’ils peuvent renouer, sans conséquences graves, avec la désastreuse politique d’alliance, qui a été la leur dans le dossier syrien depuis 2011, en s’associant à des Etats-voyous ? Oui, si l’on s’en réfère à la récente décision du ministre des affaires étrangères italien, Angelino Alfano. Ce dernier, qui reçoit cette semaine le G7, veut tenter de relancer un processus politique de sortie de crise en Syrie avec la Turquie, les Emirats Arabes Unis, le Qatar, l’Arabie saoudite et la Jordanie. Une kyrielle de dictatures islamistes qui – hormis la Jordanie – ont soutenu l’Etat islamique, Al Qaïda et les cellules terroristes opérant sur le sol européen. Rex Tillerson a martialement déclaré que son pays ferait en sorte que «quiconque» s’en prend à des innocents en paie le prix. On peut se demander si les Etats avec lesquels l’Italie entend collaborer dans le dossier syrien, partisans de la peine de mort par décapitation, de la lapidation ou de la flagellation des femmes en public, tous complices de crimes ou de discriminations contre les chrétiens, seront ou non sur la liste.

A défaut de rentrer en guerre, on ne voit pas comment un déblocage pourrait survenir autrement que par un dialogue avec Moscou, Téhéran et, qu’on le veuille ou non, Bachar

Enfin l’essentiel demeure : le rapport de forces sur le terrain syro-irakien.

Américains et Européens peuvent toujours taper du poing sur la table. Malgré les moyens engagés contre l’Etat islamique, le sort de Mossoul et de Raqqa n’est pas encore réglé et exigera de leur part un surcroît d’efforts. Peuvent-ils, dans ces conditions, prendre le risque militaire et diplomatique d’instaurer par exemple une zone d’exclusion aérienne au dessus de la Syrie ? Vraisemblablement pas.

Car pour l’heure les forces de Bachar el-Assad conservent l’initiative. Ce n’est pas une frappe sur un aérodrome qui est de nature à inverser la tendance et à empêcher Damas et ses alliés de régler à long terme le sort d’Idleb ou de Deir es Zor. Et on imagine mal Vladimir Poutine céder à une quelconque forme de pression et lâcher maintenant Assad, qu’il a soutenu depuis une demi-douzaine d’années dans des circonstances bien plus périlleuses.

A défaut de rentrer en guerre contre les troupes syriennes et leurs alliés russes, iraniens et libanais, on ne voit pas comment un déblocage pourrait survenir autrement que par un dialogue avec Moscou, Téhéran et, qu’on le veuille ou non, Bachar.

C’est du reste ce qui se profilait jusqu’à la tragédie de Khan Cheikhoun. Qui tombe décidément à point nommé pour les partisans de l’intransigeance.

Source : Philippe Migault, 12-04-2017

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Polyphonie syrienne

Publié le par Felli Bernard

Polyphonie syrienne

12 Avril 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Russie, #Etats-Unis, #Amérique latine, #Chine, #Economie

Dans la grande série Donald s'est-il converti à l'empire, véritable feuilleton du printemps, les signaux sont toujours contradictoires. Et la possibilité que les états d'âme de fifille aient eu une influence, si minime soit-elle, sur la décision de lancer les Tomahawks apporte une pointe de burlesque. La harpie de l'ONU dit une chose (Assad doit quand même partir finalement), le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères en dit une autre (Assad ne doit pas forcément partir), la Mad dog du Pentagone semble s'accorder sur ce dernier, le tout dans une cacophonie qui confine au vaudeville. Le pauvre Sean Spicer, porte-parole de la Maison Blanche, en est tout tourneboulé et se perd dans le labyrinthe freudien de sa conscience :

Notre but est de déstabiliser la Syrie... heu... (j'ai dit une bêtise, là)... déstabiliser... (mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir inventer ?)... déstabiliser le conflit en Syrie (ça ne veut rien dire mais bon...)

Ces clowneries ne semblent guère amuser Moscou et Poutine ne rencontrera apparemment pas Tillerson qui arrive aujourd'hui dans la gueule de l'ours. Celui-ci se contentera de Lavrov et les deux se sont déjà envoyés des amabilités début avril, juste avant l'affaire syrienne :

T : - Il faut être deux pour danser le tango avec la Russie et Lavrov n'est pas autorisé à le danser.

L : - Ma mère m'a toujours dit d'être un bon garçon et de ne pas danser avec les autres garçons. Si Tillerson pense qu'il n'est pas assez bon danseur, nous pouvons l'aider. C'est un homme d'expérience et je suis sûr qu'il apprendra vite.

Le facétieux Sergueï, diplomate à l'ancienne mêlant maîtrise des dossiers, culture aiguisée et humour féroce, adore ce genre de situation. Le 1er avril, son ministère des Affaires étrangères avait d'ailleurs osé sur son répondeur général un poisson qui restera dans les annales :

  • Pour parler à un opposant, appuyez sur la touche 1
  • Pour utiliser le service de hackers russes, appuyez sur la touche 2
  • Pour demander une ingérence électorale, appuyez sur la touche 3 et attendez les prochaines élections.

Si Troisième Guerre Mondiale il y a, elle se fera au moins dans la bonne humeur...

Mais revenons au Donald. Le nombre d'observateurs persuadés que le président américain a été récupéré par le parti de la guerre et Goldman Sachs va grandissant tandis que ses soutiens intérieurs s'évaporent chaque jour un peu plus. La belle Tulsi devient dangereusement isolée face à la vague libérale-néocon Démocrate et Républicaine de l'Etat profond ; espérons qu'en bonne Hawaïenne adepte du surf, elle sache naviguer en ces eaux troubles.

Sur le plan international par contre, l'on assiste curieusement à un émiettement épars, car la vraie-fausse frappe américaine sur Al Chayrat ne plaît en réalité à personne. Le cas européen est éclairant. A une époque, les euronouilles eussent accueilli la nouvelle avec des transports de joie : il n'en a rien été ce coup-ci.

Certes, la population européenne semble en majorité hostile - témoin ce sondage allemand où 59% des interrogés désapprouvent l'attaque US (contre 26% qui l'approuvent) et 80% souhaitent ne plus voir se renouveler la chose - mais jusque-là, cela n'avait jamais arrêté les eurocrates en apesanteur. S'ils ont partiellement retrouvé le sens des réalités, c'est qu'il y doit y avoir autre chose... Peur d'une vraie guerre qui peut devenir mondiale ?

Je peux me tromper mais l'on sent comme un grand malaise dans les chancelleries occidentales et même parmi la MSN. Qu'un journal pourtant russophobe primaire comme le Huffington Post se permette de publier un remarquable article accusant Trump d'être l'idiot utile d'Al Qaeda en dit long sur cet embarras. Après le false flag de Khan Cheikhoun, la volaille médiatique européenne s'en est donnée à coeur joie, mais il y a eu un net changement de ton après la frappe US. C'est amusant de mentir sauf quand ça peut mener à une conflagration planétaire...

Ajoutons qu'au sommet réunissant les ministres des Affaires étrangères du G7 qui vient de se tenir, les Européens continentaux, particulièrement l'Allemagne et l'Italie, ont rejeté toute nouvelle sanction (symbolique, précisons) proposée par la bande anglo-américaine.

Israël boit du petit lait depuis quelques jours et a même eu l'incommensurable privilège d'être tenu informé de la vraie-fausse frappe en direct. Pour Tel Aviv, c'est le réveil après un long sommeil sous la deuxième partie de l'ère Obama, plus enclin à s'aplatir devant les wahhabites et autres salafistes, même si le but en Syrie de tout ce joli monde concordait. Et après ?

Vu le grognement de l'ours dont nous parlions la dernière fois, il y aura peut-être moins d'aventures israéliennes dans le ciel syrien désormais. Déjà qu'elles n'étaient pas nombreuses, pas assez en tout cas pour empêcher le Hezbollah de s'armer jusqu'aux dents, toute cette affaire n'est-elle pas une symbolique victoire à la Pyrrhus pour Bibi la Terreur ? Car ne nous y trompons pas, les simagrées israéliennes sont un aveu de faiblesse, non de force, devant l'inexorable montée en puissance du Hezb. Ajoutons également que les relations israélo-russes sont à un plus haut historique selon un analyste israélien, que la popularité de Vladimirovitch y est très haute (merci les immigrants de l'ex-URSS) et que Tel Aviv devra y regarder à deux fois avant de sacrifier ses relations avec Moscou.

Un autre qui doit se demander pourquoi il s'est tiré une balle dans le pied est le sultan. Euphorique après le bombardement à 100 millions de $ qui a détruit trois canettes et deux poubelles, il se voyait déjà partageant un cheval avec le Donald, entrant résolument dans l'Idlibistan et menant la charge sunnite sur Damas. Depuis, on l'entend moins, lendemain de gueule de bois sans doute. Aux dernières nouvelles, il en est réduit à couper les routes avec la zone kurde de Manbij pour éviter la contrebande. De la haute stratégie, assurément...

Comme nous l'avions averti, la trahison sultanesque n'est pas passée inaperçue à Moscou et un premier tir de semonce vient d'être envoyé : les compagnies aériennes russes ont reçu un avis sur une possible suspension des vols charter à destination de la Turquie. En décrypté : le Kremlin menace au minimum d'assécher à nouveau le flux de touristes russes dont est accro l'économie turque. Et plus si affinité. A suivre...

Car les Russes ne se démontent absolument pas, au contraire, et une réunion des MAE russe, iranien et syrien est prévue plus tard dans la semaine. En passant, notons qu'au moment où le Donald envoyait ses missiles, la Russie et le Nicaragua s'accordaient pour des exercices militaires communs en pleine chasse gardée latina de l'empire, où Moscou a d'ailleurs peut-être déjà une station d'écoute. Tu m'embêtes en Lituanie, je t'embête en Amérique centrale.

Mais revenons à notre Syrie... Nous évoquions dans le dernier billet

l'avertissement irano-russe très sec si Washington franchit à nouveau ce qui est maintenant qualifié de "ligne rouge" : « Désormais, toute agression, quel qu'en soit l'auteur, fera l'objet d'une réponse par la force – et les Etats-Unis connaissent les moyens dont nous disposons pour cela ». Ambiance, ambiance...

En réalité, il semble que cette sommation provienne du Hezbollah en Syrie et de l'Iran, sans que les Russes n'aient été pleinement consultés. Interrogé, le Kremlin "n'est pas au courant et ne peut pas confirmer", mais, chose intéressante, reste vague et n'infirme pas non plus. Prenons cela comme un avertissement officieux laissant planer un délicieux doute...

Selon le Saker (qui me semble, comme à son habitude, bien pessimiste par ailleurs), les 36 Tomahawks évaporés étaient de fabrication récente, ne se sont évidemment pas perdus dans la nature et n'ont pas été descendus par les systèmes anti-missile ; ils ont été brouillés par les systèmes électroniques russes et détournés de leur cible. Nous avions parlé plusieurs fois de l'avance russe en matière de guerre électronique (ici ou ici par exemple) : le Pentagone vient-il de se prendre une claque sur les bords de la Méditerranée ? C'est bien possible et ce ne sont en tout cas pas les infantiles excuses du CentCom qui feront penser le contraire. Elles ont au moins le chic d'amuser la toile :

Plus embêtant encore pour les Follamours, les Etats-Unis ont dû réduire assez drastiquement leurs sorties aériennes en Syrie contre l'EI par crainte de possibles représailles russes. Rappelons que Poutine a officiellement coupé le canal de communication visant à éviter les incidents aériens. Théoriquement, tous les coups sont permis dorénavant. Les bombardiers qui sortent encore, maintenant accompagnés par une escorte de F22, sont "lockés" par les radars russes (lire sur ce lien les commentaires souvent croustillants et acerbes venant des quatre coins du monde). Comble de l'ironie, il se pourrait même (le conditionnel reste de mise) que le F22, ce chasseur "furtif" qui a coûté une véritable fortune, soit lui aussi fixé par les radars de ces maudits Ivan...

Si l'aviation US a pour l'instant des vagues à l'âme, ce n'est assurément pas le cas de ses consoeurs syrienne et russe qui crachent le feu ces temps-ci. A Hmeimim, les pilotes doivent se raconter entre deux vols la blague des "20% du potentiel aérien de la Syrie détruit" par les Tomahawks. En fait non, Mattis vient de corriger : finalement, ce n'était pas... heu... 20% mais... heu... 20 avions (ce qui reste de toute façon très exagéré - il s'agit plutôt d'une huitaine de vieux Mig rouillés). Notre ami du Pentagone a l'air quelque peu hésitant, sonné. Le brouillage russe sans doute...

Un mot tout de même sur cette conférence de presse du Mad Dog qui pourrait indiquer une certaine rémission chez les feu follets du War Party. Si on résume ce qu'il a dit :

  1. Assad est coupable
  2. Notre frappe n'était qu'une réponse spécifique
  3. Elle n'était pas le signe d'un changement de stratégie
  4. La priorité demeure la défaite de l'EI

Intéressant de voir que malgré la "culpabilité" postulée d'Assad, le Pentagone affirme ne pas changer de stratégie, ce qui pourrait timidement redonner un peu de lustre à la thèse de l'entente poutino-trumpienne pour relâcher la pression sur l'occupant de la Maison Blanche... à moins que ce ne soit le contraire !

Recevant le président italien, Vladimirovitch n'a pas pris de gant :

Nous savons que plusieurs coups montés comme celui-là, car on ne peut pas l'appeler autrement, se préparent actuellement dans d'autres parties de la Syrie, notamment au sud de Damas.

Chers lecteurs, vous êtes prévenus. Question subsidiaire : ne faut-il pas voir dans la posture apparemment adoucie du Pentagone qu'un apaisement factice avant la tempête, avec en substance ce message tout prêt - Nous ne voulions vraiment pas changer de stratégie et laisser une chance à Assad mais regardez, il recommence à gazer sa population. Ce n'est plus tolérable... Tout est possible en ces temps de mensonges éhontés et d'ombres théâtrales.

Sur le terrain, l'offensive djihadiste sur Hama a été brisée depuis longtemps et l'armée syrienne reprend le terrain perdu en mars. Fait très intéressant, une attaque a été lancée au nord-ouest d'Alep et un kotel pourrait être en préparation :

Assaut généralisé sur l'Idlibistan ? Il est encore trop tôt pour le dire. Quant au front de Palmyre, l'armée syrienne y fait des progrès importants depuis quelques semaines :

Notez la poussée vers le nord susceptible de relier Palmyre et Salamiyah et sécuriser tout l'est d'Homs ainsi que la route vers Alep.

Et la Chine dans tout ça ? Plusieurs commentateurs ont relevé que l'attaque avait eu lieu pendant la visite de Xi à Trump et qu'elle constituerait, sans que l'on sache trop pourquoi, un avertissement subliminal à propos de la Corée. Rappelons d'abord que la Corée du nord est le prétexte parfait pour que l'empire garde ses bases en Asie du nord-est et maintienne sa présence sur la frange orientale de l'Eurasie. Pékin serait en réalité ravi de voir Kim III éjecté du pouvoir et le problème coréen résolu.

Ensuite, ce n'est pas le semi-fiasco des Tomahawks qui risque d'impressionner le dragon et, dès le départ de Xi, la presse chinoise officielle s'est lâchée contre le "politicien affaibli qui a besoin de montrer ses muscles". Oups, Cretinho n'avait-il pas dit que la rencontre s'était très bien passée ?

Aucune relation donc entre la présence du numéro un chinois aux Etats-Unis dans un contexte de tension coréenne et l'attaque américaine sur la Syrie défendu par la Russie ? Pas si sûr, mais peut-être pas là où on croit...

Une nouvelle est passée à peu près inaperçue quelques semaines avant le false flag chimique de Khan Cheikhoun. La banque centrale russe a ouvert son premier bureau à l'étranger à Pékin le 14 mars, à un moment où la Russie va pour la première fois de son histoire lancer un emprunt en yuans chinois.

Fin mars, le dragon renvoyait la pareille en ouvrant une banque de compensation à Moscou afin gérer les transactions en yuans et de créer en Russie un pool de liquidités en RMB facilitant le commerce bilatéral en monnaies nationales. Ce centre pourrait devenir un important hub financier dans le cadre de l'Union Economique Eurasienne et les nouvelles routes de la Soie chinoises.

Mais surtout, les discussions avancent sur l'établissement d'un étalon-or commun aux deux pays au moment où les monnaies occidentales deviennent chaque jour un peu plus des monnaies de singe. Il est même évoqué l'éventualité de paiements commerciaux en or !

Cela fait un certain temps que l'ours et le dragon nous mijotent quelque chose avec le métal précieux. Il y a deux ans, nous écrivions :

la Russie poursuit sa boulimie d'or, achetant tout ce qui passe à portée de main. Depuis deux ans, Vladimir Goldfingerovitch rachète l'or sur le marché, laissant les analystes dans une délicieuse expectative. Pour certains, il se prépare à la guerre économique menée par les Etats-Unis. Pour d'autres, c'est bien plus énorme : il force les Américains à revenir à la convertibilité dollar-or abandonnée en 1971.

En filigrane apparaît évidemment l'une des plus grandes hantises de l'empire, dont nous avons parlé à moultes reprises ici : la dé-dol-la-ri-sa-tion :

Bretton Woods, 1944

Alors que la poussière du débarquement de Normandie venait à peine de retomber et que la guerre contre l’Allemagne était loin d’être terminée, les Etats-Unis réunirent une quarantaine de pays à Bretton Woods pour préparer leur domination future. Contrairement à la Première guerre, leur intervention dans le second conflit mondial n’avait rien de débonnaire. C’était décidé, ils allaient s’intéresser aux affaires du monde. Et pour ce pays pétri d’idéologie messianique, convaincu d’être "la nation indispensable", s’intéresser au monde équivalait à le dominer.

Ce 22 juillet 1944, les délégués signèrent ni plus ni moins la domination universelle du dollar pour les décennies à venir, organisant le système monétaire international autour du billet vert. Parmi les nouveautés, un FMI et une Banque mondiale prêtant tous les deux uniquement en dollars, obligeant ainsi les pays demandeurs à acheter de la monnaie américaine, donc indirectement à financer les Etats-Unis. Le dollar était la pierre angulaire de tout le système, intermédiaire unique et indispensable pour demander un prêt, acheter de l’or et bientôt acheter du pétrole (pétrodollar en 1973). De Gaulle s’élevait déjà contre cette capacité inouïe de l’Amérique à "s’endetter gratuitement", donc à faire financer sa domination sur les autres par les autres. Giscard, qui n’avait pourtant rien d’un marxiste anti-impérialiste, parlait de "privilège exorbitant". Nixon répondait : "notre monnaie, votre problème".

On ne peut certes pas résumer les causes de la domination états-unienne de l’après-guerre au seul statut de sa monnaie, mais celui-ci a joué un rôle crucial. C’est ce que Washington est en train de perdre…

Oufa, 2015

71 ans après Bretton Woods, la position dominante du dollar commence à battre sérieusement de l’aile. Le mouvement débuta il y a quelques années quand les puissances émergentes commencèrent à dé-dollariser leurs échanges, rejoints par un nombre toujours plus grand de pays. Chine, Russie, Brésil, Inde, Iran, Argentine, Turquie, Pakistan, Afrique du Sud, Egypte et même maintenant Australie, Canada ou Corée du Sud… tous ces pays commercent, à des degrés divers, en dehors du système dollar ou sont en voie de le faire. Mais c’est la crise ukrainienne qui a été l’accélérateur. Devant ce qu’il voyait comme une volonté hégémonique américaine de contrôler l’Eurasie, Poutine s’est attaqué aux fondations de la domination US, participant à la création d’un système financier entièrement nouveau, parallèle, concurrençant les institutions de Bretton Woods. Chine, Inde ou Brésil, qui réclamaient en vain depuis déjà plusieurs années une redistribution des cartes au sein du FMI ou de la Banque mondiale, ont sauté sur l’occasion.

Est-ce le plan sino-russe de continuer implacablement dans la voie de la dédollarisation qui a fait sonner les alarmes à Washington, y compris sous la tignasse dorée du Donald ? Pas impossible. La chronologie correspond à peu près, même s'il est bien difficile d'affirmer quoi que ce soit de définitif.

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[Vidéo]Trump dans le bourbier syrien, par Bassam Tahhan

Publié le par Felli Bernard

9
Avr
2017

Intéressante interview de Bassam Tahhan, professeur de lettres arabes, islamologue et politologue franco-syrien né en Syrie (interviewé aussi précédemment ici par France info et là par France 24).

Source  : Youtube, Bassam Tahhan, 07-04-2017

Analyse de Bassam Tahhan, spécialiste du Moyen-Orient et de la Syrie, interviewé par Frédéric Saillot le 7 avril 2017

Source  : Youtube, Bassam Tahhan, 07-04-2017

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Washington cherche-t-elle à arracher une partie de la Syrie pour délimiter son nouveau « havre de paix » ?

Publié le par Felli Bernard

Washington cherche-t-elle à arracher une partie de la Syrie pour délimiter son nouveau « havre de paix » ?


L’annonce faite par les États-Unis, aussitôt suivie par la France, disant que le renversement d’Assad n’est plus la priorité, pourrait laisser entendre un retour du bon sens chez ces gouvernements respectifs. Mais cela pourrait aussi n’être qu’une diversion pour cacher un autre plan, celui de la partition de la Syrie, comme nous l’indiquent les deux textes suivants, de Moon of Alabama et d’Elijah Magnier.


Par Moon of Alabama – Le 31 mars 2017.

Il y a une sorte de confusion au sujet des déclarations faites hier par l’administration Trump. Elle a désigné la lutte contre EI comme étant la priorité absolue et n’exige plus le départ immédiat de Bachar al-Assad. Les articles de presse tentent de présenter cela comme une nouvelle initiative. Mais ce n’est pas du tout le cas.

 

Il n’y a aucun changement de politique. La priorité absolue a été et sera pendant encore un certain temps la lutte contre EI. Les États-Unis utiliseront cet argument pour occuper les parties orientales de la Syrie [Voir le texte suivant d’Elijah Magnier, NdT]. Lorsque EI sera supprimé et ne sera plus un problème immédiat, la suppression d’Assad redeviendra une priorité absolue.

Que la position d’Assad soit « décidée par le peuple syrien » n’est fait que pour noyer le poisson tant qu’il ne sera pas précisé QUELS Syriens et COMMENT ils vont décider de sa position.

Le désordre en Syrie continuera jusqu’à ce que les États-Unis changent vraiment de position et jusqu’à ce que les cheikhs wahhabites des monarchies pétrolifères mettent fin au financement de leurs divers mercenaires Takfiris, qu’ils soient ceux d’EI, d’al-Qaïda ou quel que soit le nom qu’ils souhaitent utiliser. [Fin du texte]

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Par Elijah J. Magnier – Le 27 mars 2017 – Source Son blog

Le barrage d’al-Tabqa Dam est l’endroit où les États-Unis empêchent la Russie et Damas d’avancer sur Raqqa

Les États-Unis et l’Union européenne préparent comme prévu la bataille de Raqqa.

La partition de la Syrie se matérialise finalement avec l’atterrissage des Forces d’opérations spéciales  (SOF) étasuniennes, dans une opération conjointe avec les « Forces démocratiques syriennes » (SDF), près du barrage d’al-Tabqa. Ces forces visent à contrôler le barrage et, en conséquence, le débit de l’Euphrate, de Jarablus à la ville de Raqqa, et à barrer le chemin du groupe « État islamique »  (EI) au nord-ouest.

Simultanément, les forces US-SDF ont bloqué l’avance de l’armée syrienne et ses alliés de l’armée de l’air russe, les empêchant de se diriger vers le bastion EI de Raqqa, traçant ainsi la ligne de la nouvelle « zone de sécurité » qui sera occupée par les forces américaines et sera donc leur futur « refuge », entamant ainsi la partition du nord de la Syrie.

Le Royaume-Uni et la France devraient prendre part à la bataille de Raqqa (dans les prochains mois) afin d’en faire une victoire occidentale sur EI, le groupe qui autrefois a occupé un territoire plus grand que le Royaume-Uni et qui se trouve maintenant en repli sur tous les fronts en Irak et en Syrie. Donald Trump attend anxieusement de déclarer une victoire mondiale sur le groupe terroriste. Trump ne sait peut-être pas que le terrorisme ne peut pas être vaincu : EI est la « conséquence involontaire de l’invasion américaine de l’Irak » et l’invasion de la Syrie par les États-Unis créera un retour de bâton encore pire qu’EI.

Mais l’histoire se répète : l’Amérique ne pourra finalement pas repousser EI de Raqqa et livrer la ville à l’armée syrienne ou au gouvernement de Damas ou à la Turquie, désireuse, elle aussi, de prendre part à cette bataille (la Turquie a été exclue de la bataille de Mossoul, comme de celle de Raqqa).

Le plan américain serait de livrer la ville de Raqqa aux tribus arabes locales, sous contrôle kurde. Encore une fois, apprendre de l’Histoire est un élément essentiel du contre-terrorisme : les États-Unis ignorent que l’occupation des villes est une mauvaise stratégie qui n’amènera l’administration américaine qu’à sombrer encore plus dans le piège moyen-oriental. Comme Wright (2016) le reconnaît à juste titre, « les contributions et la participation de l’Amérique à la situation extrême au Moyen-Orient depuis le 11 septembre ont été une longue série d’échecs, responsables de la catastrophe en cours ». 1.

Les tribus arabes de Raqqa éprouvent du ressentiment contre les Kurdes, impopulaires dans la région : le Kurdistan irakien n’est pas le même que le Kurdistan syrien ou « Rojava » comme les Kurdes l’appellent. De plus, des Kurdes syriens se battent contre EI et al-Qaïda (Hay’at Tahrir al-Sham), d’autres sont fidèles à Damas et d’autres sont contre les États-Unis depuis leur invasion de l’Irak. Il n’est pas difficile d’avoir des agents dormants travaillant pour divers groupes. Les États-Unis se lancent dans un guêpier en se préparant à la bataille militaire sans penser à la gouvernance de la région qu’ils souhaitent occuper.

Diverses sources à Damas ont des opinions différentes sur la présence américaine. Tout d’abord, il ne fait aucun doute que tous les belligérants en Syrie, même s’ils ne s’unissent pas entre eux, auront le même objectif : frapper les forces américaines, comme en Irak de 2003 à 2011.

« Les États-Unis poussent EI vers le désert syrien, Palmyre ou les frontières irakiennes avant de les bloquer à partir d’al-Bu Kamal, ce qui permettra à EI de se répandre et de continuer d’exister. Les forces américaines ont fermé la route d’al-Tabqa, forcant l’exode d’EI en direction de l’armée syrienne et de l’Irak. La victoire des forces de l’armée syrienne dans le nord-est d’Alep, en reprenant des milliers de kilomètres carrés de territoire à EI, a poussé les Américains à accélérer le rythme et a déclenché cet atterrissage près du barrage de Tabqa pour le contrôle de l’aéroport de Tabqa. De plus, ce succès militaire coïncide avec de larges attaques militaires d’al-Qaïda et de ses alliés (y compris des groupes contrôlés par les États-Unis) sur différents fronts qui vont de Damas jusqu’au nord de Hama et de Daraa. Ces attaques ont été soutenues par le ‘bouclier de l’Euphrate’, les forces proxy turcs, l’Armée libre syrienne (les forces proxy états-uniennes) et les autres groupes financés par l’Arabie saoudite et le Qatar », nous a fait remarquer une source gouvernementale à Damas.

Ces attaques n’ont pas réussi à atteindre leur objectif : Damas a repoussé ces forces au-delà de ce qui était occupé par al-Qaïda et ses alliés, en reprenant le terrain à al-Ghaboon, jamais récupéré auparavant. Et à Hama, la contre-attaque reconquiert avec succès les terres perdues et prend l’initiative, une démonstration de la force et de la capacité de réorganisation de l’armée syrienne et de ses alliés après avoir absorbé la première vague de l’attaque.

Selon les sources, les États-Unis, l’Arabie saoudite et la Turquie craignent la relation entre Téhéran (et ses longues frontières avec l’Irak), Bagdad (frontières avec la Syrie), Damas et Beyrouth, définie par le monarque jordanien comme un « croissant chiite ». Ce pourrait être l’une des raisons pour lesquelles les États-Unis ont décidé de couper la route à la Russie et ses alliés pour les empêcher de lever le siège de Deir ez-Zor. Si l’armée syrienne avançait au-delà du barrage d’al-Tabqa, EI aurait rassemblé des forces autour de Raqqa pour se battre, et la Russie et ses alliés auraient alors envoyé des renforts à Deir ez-Zor, empêchant le développement des plans étasuniens en Syrie. Damas a accepté de changer la Constitution et de permettre une fédération dans le nord-est de la Syrie mais pas pour que Washington utilise les Kurdes comme excuse pour l’occuper.

De toute évidence, toutes les forces sont heureuses de combattre EI car c’est la force la plus faible sur le terrain. Le groupe a perdu tout soutien régional et défend les villes qu’il occupe. EI est encore capable d’initiatives militaires et d’attaques sporadiques ici et là, mais ces attaques d’insurrection n’ont plus d’objectif stratégique.

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a déclaré que « la bataille de Raqqa commencera dans les prochains jours », sans préciser quelle serait la prochaine étape après EI et sans indiquer quelle force va diriger la ville.

La bataille autour de Raqqa a commencé il y a plusieurs mois, mais la bataille de la ville elle-même n’a pas encore pleinement mûri. L’Europe doit encore rejoindre les États-Unis. Mais le différend reste : les forces kurdes vont-elles entrer dans la ville arabe, la nettoyer, perdre beaucoup de militants dans le processus, mais sans finalement la gérer ? Les tribus arabes de la région vont-elles accepter la présence occidentale (française / américaine / britannique) sur leur sol et la vie avec les Kurdes ?

Les réponses à ces questions ne sont pas disponibles aujourd’hui parce que toute réaction contre les États-Unis de manière large, programmée et continue nécessite du temps pour la préparer, l’organiser et la financer. Et les États-Unis n’ont jamais occupé de villes du Moyen-Orient – de Beyrouth à l’Irak – sans pertes. Leur administration ne peut pas se permettre de telles pertes et ne sera pas heureuse de voir revenir ses soldats dans des sacs noirs, tout cela pour un but stratégique nul.

On entend, cependant, une autre opinion : « Laissez les États-Unis venir en Syrie et éliminer le terrorisme si c’est leur intention. Lorsque les forces américaines ont atterri en Irak en 2003, elles ont déclenché ce qu’on appelle aujourd’hui EI. Pour lutter contre l’insurrection, les États-Unis ont réussi à créer la Awakening Force, composée de tribus sunnites pour s’y opposer. Le départ des forces américaines a permis au groupe de se développer en Syrie et dans d’autres pays. Si les États-Unis peuvent arrêter le massacre et le sectarisme, leur présence est alors importante ».

Cette approche est controversée et manque de soutien factuel : l’intention des États-Unis en Syrie est encore largement non déclarée et inconnue. Est-ce que les forces américaines vont pousser EI vers les villes contrôlées par l’armée syrienne et vers l’Irak pour pouvoir les regarder se battre de loin ? Le but des États-Unis, après tout, n’est pas d’alléger la pression sur la Russie et l’Iran. Cela conduit à la conclusion d’une partition prévue de la Syrie entre la Turquie et les zones d’influence américaines dans le nord, puis à regarder la guerre en cours contre al-Qaïda et ce qui reste d’EI dans d’autres régions du pays jusqu’à ce qu’une solution politique apparaisse.

Al-Qaïda ne devrait pas être capable de se reconstruire une base, d’autant plus que son offensive militaire a échoué ces derniers jours. L’affrontement multi-fronts a laissé beaucoup de morts sur le champ de bataille et aura certainement un retour négatif contre le groupe dans la zone sous son contrôle, principalement la ville d’Idlib et la campagne autour d’Alep et Lattaquié.

La Russie est plus déterminée que jamais à éviter de s’enliser dans le bourbier syrien et à aboutir à une fin des hostilités. Est-il possible pour la Russie de vivre avec les États-Unis sur le même territoire (Bilad al-Sham), une situation similaire à celle de Berlin après la Deuxième Guerre mondiale, ou Moscou soutiendra-t-elle l’insurrection ?

Il est encore trop tôt pour répondre à cette question, mais la saga syrienne est loin d’être terminée. Elle change continuellement d’aspect et d’alliances.

 Elijah J. Magnier

Traduit par Wayan, relu par Michèle pour le Saker Francophone

Note du Saker Francophone : Vous pourrez lire dans cet article en francais de Sputniknews que l'avis d'experts syriens sur ce sujet concorde avec celui de Magnier.

 

  1. Wright Lawrence, The Terror Years : From al-Qaeda to the Islamic State, Alfred A. Knopf, 2016

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Un état des lieux de la situation militaire en Syrie.

Publié le par Felli Bernard

 
 
 
 
 
 
 
 
 

lundi 27 mars 2017

Un état des lieux de la situation militaire en Syrie.

 
 
La Turquie est dans une impasse en Syrie. Le rêve d’Erdogan d’aller sur Raqqa et Deir Ezzor, ou même la ville d’Alep, a été bloqué par un accord entre les États-Unis et la Russie. Ses forces proxy sont coincées au nord-est de la ville d’Alep et n’ont aucun moyen d’aller plus au sud, à l’est ou à l’ouest. Elles ont conquis un morceau de terre rurale qui ne donne pas de levier de négociation à Erdogan, mais beaucoup de maux de tête potentiels. Un petit contingent russe s’est installé dans l’enclave kurde du nord-ouest de la Syrie autour d’Afrin, bloquant tout mouvement turc sérieux contre cette zone.

 
 
 
La Turquie et ses financiers au Qatar, au Koweït et en Arabie saoudite ont perdu le combat pour la Syrie. Toujours tacitement soutenus par les États-Unis, ils en sont aux tentatives désespérées pour essayer d’avoir un certain pouvoir de négociation à la prochaine ronde de négociations à Genève. Il est probable que cela échoue encore. Leurs forces proxy situées dans le nord-ouest, dont al-Qaïda, se sont déplacées du nord vers la ville de Hama. Au cours des derniers jours, ils ont capturé 11 petits villages qui n’étaient que légèrement défendus. Les forces aériennes russes et syriennes sont en train de les bombarder et une contre-attaque de l’armée syrienne est en préparation et va bientôt les repousser.
Parallèlement à l’attaque de Hama, on a aussi assisté à une tentative pour occuper le terrain dans la périphérie est de Damas et dans le sud autour de Deraa. L’attaque de Damas n’a rien donné. Aucun terrain n’a été pris et gardé par les Takfiris et la contre-attaque avance. L’attaque contre Deraa n’a pas réussi à briser les lignes de défense de l’armée syrienne.
Le chef du gang de propagande des « Casque blancs » a été tué dans le sud de Deraa dans une attaque à la bombe artisanale lancée par les forces alignées à al-Qaïda. Ce n’était pas un bon Samaritain. Il a également commandé la division du 18 mars, un groupe insurrectionnel payé par l’étranger pour se battre contre l’État syrien.
Un grand mouvement de l’armée syrienne vers la province  d’Idleb pour la libérer des Takfiris est toujours en préparation. Aucune date n’a été fixée pour son lancement.
À l’est de la ville d’Alep, l’armée syrienne avait bloqué toutes les avancées des groupes armés proxy turques. Elle a progressé vers le sud pour reprendre le terrain tenu par État islamique et fait de bons progrès. La plus grande ville de la région, Deir Hafar, était aujourd’hui quasiment encerclée par l’armée syrienne, lorsque les combattants de l’État islamique ont soudainement fui. La ville est maintenant de nouveau entre les mains du gouvernement. [Les sources étaient fausses sur ce point. Deir Hafar est effectivement entouré mais pas encore entre les mains du gouvernement. – 27 mars 11h10] L’armée syrienne va continuer à se déplacer vers le sud et le sud-est vers Raqqa et Deir Ezzor.
La force proxy américaine dans le nord-est de la Syrie, les anarcho-marxistes kurdes du PKK / YPG, ont avancé sur Raqqa. Raqqa se trouve légèrement au nord de l’Euphrate. La seule voie au sud et à l’ouest de Raqqa qui a été laissée ouverte passe par le barrage de Tabqa, un barrage de l’Euphrate qui crée le lac Assad.
Hier, les États-Unis et leurs forces proxy ont lancé une attaque surprise pour prendre le barrage (carte). Des hélicoptères ont transporté des combattants YPG au sud de l’Euphrate, et des ferrys improvisés (vidéo) ont transporté leur équipement lourd en traversant le lac. Les hélicoptères Apache et l’artillerie lourde étatsunienne ont couvert le mouvement. Ils ont bloqué la route entre Raqqa et Alep à l’ouest et ils se déplacent maintenant vers la ville de Tabqa, directement par le sud du barrage. En même temps, un groupe YPG / PKK se dirige du nord vers le barrage. On craint que les combattants d’État islamique ne fassent sauter le barrage, mais les premiers à se noyer dans l’inondation conséquente seraient tous les combattants d’EI et leurs familles installées à Raqqa et au-delà.
Dans les régions plus au sud et à l’est, il y a des combats entre l’armée syrienne et les groupes d’EI, autour de Palmyre et à Deir Ezzor. La situation y semble assez stable, avec de légères avancées tentées par les forces gouvernementales syriennes.
Israël a récemment fait quelques éclats, en bombardant les forces gouvernementales syriennes près de Palmyre. C’était à l’encontre de certains aspects de l’accord que les gouvernements russe et israélien avaient passé. Alors que la Russie n’empêchera pas les attaques israéliennes contre les transports d’armes du Hezbollah en direction du Liban, elle va montrer son désaccord si Israël frappait (de nouveau) toute force syrienne combattant EI ou d’autres jihadistes. Israël a été prévenu par un lancement de missiles anti-aériens syriens. Le gouvernement de Netanyahou, à Tel-Aviv, en a fait toute une histoire. Mais il ne s’agit là que d’une simple posture, destinée au public israélien. Netanyahou est sous enquête judiciaire et se bat pour sa survie politique.
On ne sait toujours pas comment l’administration Trump envisage de procéder au sujet de la Syrie. Le mouvement au sud de l’Euphrate pourrait bloquer les forces gouvernementales syriennes et les empêcher de se déplacer plus à l’est, vers l’enclave de Deir Ezzor qui est toujours assiégée par EI. Mais la traversée de l’Euphrate peut aussi être un mouvement purement militaire sans intention politique, pour simplement permettre la prise du barrage de Tabqa. En tant que mouvement purement militaire, il a tout son sens. S’il s’agit d’un mouvement politique, cela pourrait compliquer une situation déjà bien confuse.
Par Moon of Alabama – Le 23 mars 2017
Traduit par Wayan, relu par nadine pour le Saker Francophone

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Palmyre, la ville de tous les enjeux

Publié le par Felli Bernard

Sat Mar 18, 2017 2:41PM
Le missile russe S200. (Archives)
Le missile russe S200. (Archives)

Pour le général de brigade de l’armée syrienne, Mohammad Abbas, le raid israélien contre une base militaire dans la banlieue de Homs (près de Palmyre) a été un cuisant revers puisqu’il n’a réalisé aucun des objectifs d’Israël. Mais qui est réellement derrière cette frappe ? 

Alors que l’un des avions israéliens a été pris pour cible dans le ciel d’Israël par les S-200 russes, un crash reconnu pour la première fois par Israël, le discours médiatique israélien semble avoir changé, constate le général qui ajoute : « Le régime israélien nous combat par armée interposée. Il n’a jamais cessé de nous combattre. Les succès militaires réalisés sur le terrain par l’armée nationale face aux groupes terroristes qui agissent pour son compte ont poussé les Israéliens à intervenir directement dans les combats : c’est là qu’Israël a envoyé ses chasseurs bombarder la Syrie. Il se peut que la flotte israélienne prenne aussi part aux combats contre l’armée syrienne. D’ailleurs, les États-Unis ont fait la même chose et ont fini par bombarder à Deir ez-Zor les positions de l’armée syrienne », a fait remarquer le général. 

« L’armée syrienne a intensifié sa lutte contre le terrorisme. Notre État dispose de multiples atouts qui n’ont pas encore été employés. Outres des capacités militaires insoupçonnées, la riposte antiaérienne de la Syrie a pris de court Israël, un Israël qui a tout intérêt à tirer leçon de cet incident, mais je ne crois que cela sera le cas. L’outrecuidance du régime israélien l’empêche de ne pas reproduire son erreur. Les chasseurs israéliens ont bombardé une base militaire déserte, mais leur raid a révélé des failles : l’incapacité du missile antibalistique israélien Hetz, qui n’est pas parvenu à intercepter le S-200 syrien dans le ciel israélien », a-t-il poursuivi.

Le général Abbas s’est penché ensuite sur le pourquoi de l’intérêt qu’apporte Israël à la ville de Palmyre : « Palmyre fait partie du plan américain qui vise à démembrer la Syrie et les pays de la région. Cette cité se trouve sur l’une des voies où l’armée syrienne a réalisé de fulgurantes avancées. De surcroît, les États-Unis n’ont atteint aucun de leurs objectifs à Palmyre. Or Palmyre est la ville clé pour s’emparer du nord, de l’est et du sud-est de la Syrie. L’administration Trump veut prouver à ses alliés arabes et à Israël qu’elle se tient à leurs côtés. Mais il est trop tard pour pouvoir vaincre la Syrie et l’axe de la Résistance. » 

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[6 ans] En 2013, Fabius poussait à ARMER les rebelles syriens, en raison de 70 000 morts…

Publié le par Felli Bernard

Petite vidéo souvenir en raison des 6 ans du début de la guerre en Syrie. Elle date de mars 2013 :

Syrie: Paris et Londres vont livrer des armes aux rebelles

Paris et Londres vont livrer des armes aux rebelles en Syrie, annonce Laurent Fabius jeudi. Le ministre français des Affaires étrangères a expliqué que la France et la Grande-Bretagne vont demander que la prochaine réunion de l’Union européenne sur l’embargo sur les armes pour la Syrie soit avancée.

La France et la Grande-Bretagne demandent “aux Européens, maintenant, de lever l’embargo pour que les résistants aient la possibilité de se défendre”, a-t-il déclaré sur France Info.

Et si les participants n’arrivent pas à se mettre d’accord, Paris et Londres décideront de livrer des armes à titre national aux rebelles, car la France “est une nation souveraine”, a ajouté Laurent Fabius.

Mardi, le Premier ministre britannique David Cameron avait déjà indiqué que son pays pourrait se désolidariser de l’embargo de l’UE en cours, en fournissant des armes à l’opposition syrienne pour lutter contre le président Bachar al-Assad.

La prochaine réunion de l’Union européenne sur l’examen de l’embargo sur les armes à destination de la Syrie est prévue fin mai. Laurent Fabius a toutefois indiqué jeudi que Paris et Londres allaient demander à ce que cet examen ait lieu plus tôt. “Il faut aller très vite” et “nous allons demander avec les Britanniques que la réunion (…) soit avancée”, a-t-il dit, n’excluant pas qu’elle intervienne avant fin mars. (source : BFM, 14/03/2013)

Ainsi, en 2013, comme il y avait 70 000 morts en Syrie, il était urgent d’y envoyer encore plus d’armes.

Bilan actuel : plus de 300 000 morts.

Par chance, Fabius n’est plus là – des fois qu’il veuille y envoyer des armes atomiques maintenant…

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