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Irak, Afghanistan, Libye : le grand retour des...

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Irak, Afghanistan, Libye : le grand retour des insurrections...et des interventions

Publié le par Felli Bernard

Poutine : Chirac «avait prévu» la situation au Moyen-Orient
Poutine : Chirac «avait prévu» la situation au Moyen-Orient

Irak, Afghanistan, Libye : le grand retour des insurrections...et des interventions

31 déc. 2015, 18:38

© STRINGER Source: Reuters

Tanks à Ramadi

Symboles de la lutte contre le terrorisme et de l'oppression de ces quinze dernières années, ces zones de guerre sont devenues le cauchemar de l'Occident qui semble condamné à y être embourbé sans pour autant parvenir à instaurer une paix durable.

La carte des attentats

Carte des attaques revendiquées par l’Etat islamique entre juin 2014 et juin 2015 (source : IHS Jane’s Terrorism & Insurgency Centre)

«On a voulu appliquer la démocratie partout en niant les réalités culturelles et politiques locales, de même qu'en pensant que l’envoi de corps expéditionnaires pour des durées limitées suffirait à apporter la stabilité», explique Gérard Chaliand, spécialiste des conflits et auteur du livre Histoire du terrorisme, de l’Antiquité à Al Qaïda.

Trois pays, trois zones de conflits. Malgré leurs différences, les conflits irakien, afghan et libyen ont un point commun : après plusieurs années de guerre et des milliards dépensés, la lutte contre le terrorisme n’a abouti à rien. Pire, les différentes interventions occidentales y ont aggravé la situation.

Résultat : sur ces trois théâtres d’opération supposés clos, les Occidentaux doivent revenir pour soutenir à bout de bras les forces armées locales.

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Au vu de l’effort de guerre et des investissements déployés, le bilan est alarmant. En Afghanistan, l’armée nationale Afghane (ANA) peine à contenir les Taliban dont les attaques à répétition soulignent l’échec de la stratégie occidentale et l’impuissance de Kaboul. La Libye est divisée en deux gouvernements et en proie à la violence de milices qui se disputent le contrôle du territoire. Quant à l’Irak, grignoté par l’Etat islamique (EI) et rongé par l’insécurité permanente, certains de ses habitants en viennent à regretter Saddam Hussein.

RT vous propose de revenir sur ces échecs politiques et sur les raisons du réengagement des forces occidentales sur ces trois théâtres d’opération.

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Irak : «On peut bombarder des positions mais on ne peut pas bombarder l’idéologie»

L’annonce a sonné comme un aveu d’échec : le 1er décembre dernier, Washington annonçait son intention de déployer une «unité des forces spéciales» pour aider les forces irakiennes et peshmergas (kurdes) à mener des raids contre Daesh sur le terrain.

Leurs missions : «Libérer des otages, collecter des renseignements et capturer des dirigeants» de l’organisation djihadiste. A ce jour, aucune précision sur la taille de ce contingent ni sur son casernement n’a été apportée.

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Cette décision n’est pas anodine, car elle marque un retour des forces terrestres américaines en Irak alors qu’Obama s’était toujours évertué à affirmer qu’il ne voulait pas de «boots on the ground» [de soldats au sol].

En effet, les «raids» que cette unité spéciale pourra mener ne cantonneront plus les Américains à l’appui des troupes régulières irakiennes, puisque ces forces spéciales pourront désormais agir «unilatéralement» en Syrie.

Alors, après neuf ans de conflit dont ils ont eu grand mal à s’extraire, 770 milliards de dollars dépensés et un bilan de plus de 100 000 victimes civiles, les Etats-Unis commenceraient-ils une nouvelle guerre en Irak ?

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Pour Bassam Tahhan, islamologue et professeur de géopolitique, ces bruits de bottes n’augurent ni un retour en force occidental sur le territoire irakien, ni une victoire sur le terrorisme. «Je ne crois pas aux forces spéciales américaines. Au mieux, ils vont envoyer 200 personnes, comme si ces soldats étaient des supermen capables de faire des miracles ! Dans ces batailles, des milliers de personnes sont engagées…Vous croyez vraiment que quelques centaines d’Américains vont changer quelque chose ? C’est un coup de bluff et c’est aussi une façon de se venger du fait qu’ils n’ont pas pu garder de bases militaires en Irak».

Depuis le départ de leurs troupes en 2012, les Américains avaient remis la sécurité du pays entre les mains des 900 000 soldats irakiens, ne laissant qu’une centaine de soldats chargés d’entraîner les forces irakiennes et un contingent de marines affecté à la protection de leur ambassade.

Avec 60% des Américains hostiles à l’idée d’avoir des troupes au sol, Obama devait officiellement maintenir un discours opposé au déploiement de troupes sur le terrain.

Mais face aux avancées de l’Etat islamique, le président semble contraint de revenir progressivement sur sa politique de retrait total : depuis plusieurs mois, près de 3 500 conseillers militaires et formateurs américains ont déjà été envoyés en Irak pour apporter un soutien discret, tout en restant à l'écart des combats. Selon Jean Dominique Merchet, journaliste spécialisé dans le secteur de la défense, quelques 260 militaires Français seraient également présents en Irak pour former l’armée nationale et les forces Kurdes.

Sans grand succès : «On se demande pourquoi les Américains n’ont gagné aucune bataille jusqu’à maintenant alors qu’ils sont censés intervenir depuis bien plus longtemps que les Russes !», ironise Bassam Tahhan.

Pour ce dernier, les Américains et les Alliés sunnites (dont la Turquie et l’Arabie Saoudite) engagés contre Daesh en Irak et en Syrie mènent un double jeu et feraient semblant de lutter activement contre le groupe djihadiste afin de protéger certains intérêts économiques et stratégiques. «Si Daesh commence à battre en retraite sur plusieurs fronts, c’est grâce à l’intervention Russe. Vu le succès de Poutine, les Américains ont dû suivre. C’est pour cela qu’ils ont récemment intensifié leurs bombardements et que leurs frappes sont plus efficaces. Le jeu de la coalition internationale en Irak a été démasqué par l’intervention Russe

© IHS Jane's conflict monitor

Pertes et gains territoriaux en Irak des différents acteurs (en pourcentages).

Selon le groupe de réflexion Londonien IHS Jane’s, l’Etat islamique aurait en effet perdu 14% des territoires conquis en Syrie et en Irak, soit 12 800 km² entre le 1er janvier et le 14 décembre 2015. Les récentes reprises de Ramadi, Baiji et de la province du Sinjar en attestent.

«Les bombardements ont été très efficaces dans la mesure où ils ont allumé plusieurs fronts en Syrie à la fois contre Daesh, mais aussi contre les autres groupes islamistes», poursuit Bassam Tahhan.

© IHS conflict monitor 2015 IHS 1645133

Gains et pertes de territoires de l'Etat Islamique en 2015

Pourtant, si l’Etat islamique recule, il n’est pas vaincu pour autant : «L'EI est toujours capable de lancer des attaques à travers l'Irak sans Ramadi, une ville plus importante pour les forces de sécurité irakiennes que pour l'EI», confiait Patrick Martin, analyste de l'Institute for the Study of War de Washington à l’AFP.

En outre, l’absence de frontières entre l’Irak et la Syrie sur les territoires qui sont aux mains de l'Etat islamique permet à l'organisation terroriste de se replier en fonction de la provenance des attaques. «Pour vaincre Daesh, il faut nettoyer la Syrie pour pouvoir ensuite le déloger d’Irak», suggère Bassam Tahhan. «Le problème, c’est qu'une grande campagne militaire permettrait en effet de nettoyer l’Etat Islamique, mais ne réglerait pas pour autant le problème de la radicalisation…», nuance–t-il.

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Pour Gérard Chaliand, ces problèmes, dus à l’intervention américaine de 2003, ne sont pas prêts de s’arranger car toutes les mesures prises actuellement pour lutter contre Daesh «ne font que contenir, sans résoudre les problèmes».

«Les Etats-Unis ont déstabilisé non seulement l’Irak mais toute la région en éliminant Saddam Hussein. S’il n’était pas très ragoutant, il avait au moins le mérite de maintenir un certain équilibre. En l’éliminant, les Américains ont bouleversé les rapports entre sunnites et chiites et exacerbé les rivalités entre ces communautés. Ils ont fait erreur politique sur erreur politique ! Washington pensait que la démocratie se suffirait à elle-même et que les pays voisins suivraient l’élan démocratique irakien par effet domino. C’est mal connaître la haine que se vouent ces deux communautés ! Le problème, c’est qu’en réalité, les chiites qui étaient écrasés sous Saddam se sont retrouvés au pouvoir, téléguidés par l’Iran et qu'ils ont voulu se venger sur les Sunnites. Or, ce sont ces Sunnites, qui sont aujourd’hui encore marginalisés, écartés du pouvoir et des postes clés en Irak par le gouvernement du premier ministre chiite Haider al Abadi, qui nourrissent en partie les rangs de l’Etat islamique».

Libye : «Un fiasco complet»

«La main sur le cœur, on s’est débarrassés d’un dictateur, comme si nous n’avions pas soutenus une longue liste de dictateurs au cours des quarante dernières années», ironise Gérard Chaliand.

«Pour moi, c’était une erreur complète de liquider ce régime», poursuit l'intéressé. «Kadhafi n’était pas un saint, mais il avait la situation en mains non seulement au plan local, mais aussi régional. Le résultat, c’est le chaos à l’intérieur de la Libye, mais aussi dans la zone Sahélo-Saharienne (Mali, Niger…) qui, soit dit en passant, incombe à la France», s’inquiète-t-il.

La Libye est sur la sellette. Violence (les combats font rage entre les milices rivales qui se disputent les territoires), chaos, fragilité politique - le gouvernement, scindé en deux entités pendant des mois, s’est résolu à signer à contrecœur un accord de formation d'un gouvernement unique pour la Libye il y a une semaine à peine…

Le pays pourrait en prime devenir une terre d’accueil pour Daesh : l'organisation y contrôle déjà la ville de Syrte, à 450 km à l'est de Tripoli. Les djihadistes pourraient envisager d’en faire une terre de repli si les frappes devaient s’intensifier en Irak et en Syrie.

Face à cette menace grandissante, plusieurs pays envisagent de nouvelles interventions, dont la France. Selon Le Figaro, Paris et Londres prépareraient les plans d’une intervention et tenteraient de mettre sur pied une coalition internationale pour des opérations qui pourraient être lancées dans les six mois.

Ces militaires n'auraient pas de mission de combat mais seraient chargés d'assister et de former les forces légitimes du gouvernement d'union nationale mis en place la semaine dernière. Des commandos seraient également déployés pour cibler les positions de Daesh dans le pays.

Pour Gérard Chaliand, Paris, qui a mené l’intervention qui a renversé Kadhafi est responsable du chaos actuel et ne peut éternellement ignorer ces développements inquiétants.

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«Je crois qu’une nouvelle intervention va être inévitable. Il va falloir affaiblir certaines factions, arrêter la coulée d’hommes et d’armes vers la zone Sahélo-Saharienne qui se nourrit des problèmes de la Libye : on ne peut pas régler le problème au Mali de façon isolée ! Il va donc falloir s’organiser pour bombarder. Ça ne va pas résoudre le problème - on ne peut pas le résoudre pour le moment - mais ça va le circonscrire».

Autre difficulté : la France et ses Alliés ont, selon lui, dès le début, manqué d’une stratégie à long terme. «Quand on se lance dans quelque chose comme ça, il faut avoir une idée de ce qu’on va faire après. On ne l’a jamais eue, on n’avait pas l’intention de l’avoir, donc il ne fallait pas y toucher. C’est une erreur que l’on paie déjà, que l’on va payer longtemps, et à laquelle nous n’avons ni les moyens militaires ni économiques de répondre», avertit Gérard Chaliand.

Afghanistan : «Quatorze ans de guerre pour rien»

Un an seulement après la fin de la mission de l'OTAN et le retrait officiel des troupes, les Occidentaux doivent déjà voler au secours des forces afghanes qu’ils étaient censés avoir formées afin de leur permettre de reprendre le contrôle de la sécurité dans le pays.

Selon un rapport publié par le New York Times, les Talibans auraient retrouvé une force comparable à celle qu'ils avaient avant 2001, c’est-à-dire avant l’invasion Américaine et son trillion de dollars dépensés. Le bilan est peu glorieux : plus de la moitié des 34 provinces afghanes risqueraient de tomber aux mains des Talibans et face à l’insécurité, certains officiels Américains ne se déplacent plus qu’en hélicoptère dans Kaboul…

Suite à ces développements inquiétants, le président Obama a renoncé en octobre au retrait total des troupes américaines, annonçant le maintien de 9 800 soldats en Afghanistan pour 2016 afin de venir en aide aux forces Afghanes. En parallèle, Londres a déjà décidé d'envoyer un contingent de quelques dizaines d'hommes dans le Helmand.

A partir de 2017, 5 500 soldats seront maintenus sur un petit nombre de bases, parmi lesquelles Bagram (près de Kaboul), Jalalabad (est) et Kandahar (sud).

Si cela devait ne pas suffir, le chef de la mission de l'OTAN et des troupes américaines en Afghanistan, John Campbell, pourrait demander l'envoi d'un nombre supplémentaire de soldats américains dans le pays.

Après la fin officielle des opérations de combat déclarée il y a un an, cette décision de prolonger une intervention militaire lancée il y a 14 ans apparaît comme un revers pour Obama, élu en 2008 sur la promesse de mettre un terme aux guerres en Afghanistan et en Irak.

«C’est un échec majeur pour les Etats-Unis et leurs Alliés, qui font semblant d’ignorer l’ampleur des problèmes et tentent de cacher la poussière sous le tapis», explique Ahmed Rashid, journaliste pakistanais considéré comme l’un des meilleurs experts mondiaux sur les Talibans. «Ils ont fait 14 ans de guerre pour rien afin de déloger les Talibans et de les remplacer par un président élu !»

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Les piqûres de rappel des Talibans, qui montrent qu’ils n’ont pas été vaincus et qu’il serait dangereux de compter sans eux, n’ont pas manqué. Attentats dans les quartiers diplomatiques de Kaboul, assassinat de soldats américains, siège de l’aéroport de Kandahar ou encore reprise de la ville de Kunduz au nez et à la barde de l’armée afghane…

Arrivé au pouvoir suite à un scrutin contesté, le président afghan Ashraf Ghani, dont la candidature était soutenue par l’Occident, fait face à une opposition accrue et à l’échec de sa coalition. Au niveau économique, la situation n’est pas meilleure, incitant des milliers d’Afghans à fuir leur pays.

«Les Taliban profitent des crises politiques et économiques pour en rajouter une couche et montrer qu’au niveau sécuritaire aussi, le pays est aux abois. C’est la faiblesse du gouvernement à Kaboul qui est la source de tout ça», ajoute Ahmed Rashid. L’objectif : faire passer le gouvernement de Kaboul et les forces étrangères pour des incapables et semer la terreur pour donner l'impression qu'ils reprennent le pays alors que l'action des forces armées régulières n'est parvenue ni à les chasser ni à sécuriser le pays.

Suite au retrait massif des forces Occidentales, les barbus ont en effet pour seul adversaire une armée afghane infiltrée, corrompue, mal armée, mal payée et donc peu motivée face aux radicaux. La prise de Kunduz, ville de 300 000 habitants, est particulièrement représentative de cette situation : selon Ahmed Rashid, les Taliban n’avaient que 800 combattants et cela leur a suffi pour humilier 9 000 soldats et les faire battre en retraite !

Le Pentagone lui-même s’inquiète de la dégradation de la situation, faisant état de statistiques alarmistes dans son dernier rapport : 1 000 attaques rien que pour les mois de juin et de juillet dernier et une hausse de 27% des violences envers les forces de sécurité afghanes par rapport à 2014.

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Pour ajouter aux difficultés, Daesh tente depuis plusieurs mois une percée en Afghanistan. Selon Reuters, de 1 000 à 3 000 combattants seraient affiliés à l’Etat islamique et la culture de l'opium, nerf de la guerre et immense source de revenus des Talibans, ne faiblit pas. Selon un rapport de l’Organisation des Nations contre le Drogue et le Crime (UNODC), la production potentielle d'opium était estimée à 6 400 tonnes en 2014, avec une hausse de 17% par rapport à 2013, en dépit des programmes d'éradication menés à coup de milliards de dollars par les Etats-Unis.

Les combats acharnés que mènent en ce moment même les Talibans pour récupérer la province du Helmand, fief historique de leur mouvement, n’ont pas juste valeur sentimentale : le Helmand est l'une des principales provinces productrices de pavot du pays, lui-même premier producteur au monde avec plus des trois quarts du marché de l'opium.

Surnommé le «cimetière des empires», l’Afghanistan est connu et redouté pour sa diversité ethnique et pour ses traditions guerrières qui en ont fait une terre hostile pour les envahisseurs et pour quiconque tenterait de soumettre ses 34 provinces à une autorité centralisée.

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Les experts interrogés peinent à imaginer des solutions ou des stratégies pour ramener le calme et la concorde dans ces trois pays. Avec la mondialisation de la radicalisation, il ne s’agit plus seulement de gagner des batailles ou de changer les régimes en place pour vaincre le terrorisme. L’échec de ces décennies de guerre et de ces milliards engloutis sur plusieurs théâtres d’opération doit pousser les belligérants occidentaux à se remettre en question.

Pour Gérard Chaliand, le problème principal découle de la méconnaissance de l’ennemi et de notre inadaptation à ses méthodes de combat. «Nous avons d’excellents combattants mais qui ne savent se battre que dans des conflits classiques, c’est-à-dire armée contre armée. Aussi compétentes soient-elles, nos troupes sont totalement démunies sur le long terme pour les conflits asymétriques que nos ennemis nous imposent en Irak, en Afghanistan et en Libye».

Selon lui, «On peut bombarder des positions mais on ne peut pas bombarder l’idéologie». Bassam Tahhan et Ahmed Rashid sont du même avis : prétendre imposer des régimes et gagner des guerres avec des troupes étrangères, d’une religion différente, ne connaissant ni la langue ni les traditions du pays où elles interviennent est illusoire.

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International

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Vers le renforcement du rouble en 2016?

Publié le par bernard felli

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Vers le renforcement du rouble en 2016?

Publié le par Felli Bernard

Vers le renforcement du rouble en 2016?

Vers le renforcement du rouble en 2016?

© Fotolia/ Alexey Belikov

Economie

16:53 31.12.2015URL courte

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Les experts qui rendent publiques leurs estimations pour l’année 2016 conseillent de garder un œil sur la devise russe, car les marchés seraient capables de subir bientôt des transformations considérables, annonce l’édition Welt.

Le rouble est en mesure d'afficher une dynamique étonnante en 2016. Les ressources nombreuses de la Russie, ainsi que ses territoires énormes, confèrent à la devise nationale des chances d'acquérir une importance globale. Bien que la crise pétrolière ajoute sur les épaules de l'économie russe une pression supplémentaire, le rouble possède un potentiel énorme pour se renforcer dans l'année à venir.

© Sputnik. Maxim Bogodvid

Le rouble en flottement depuis un an: quel bilan?

Par ailleurs, selon Ronald Schnaider, expert des marchés en voie de développement de Raiffaisen Capital Management, si le prix du pétrole affiche une dynamique positive dans la prochaine année, cela poussera le rouble vers le haut. Il est fort probable que la devise russe se mette bientôt à augmenter.

Vers la fin de 2016, le rouble pourrait se renforcer à 20%, estime Steen Jacobsen, économiste général de Saxo Bank. Selon l'expert, l'augmentation considérable de la demande pour le pétrole, ainsi que la déception générale causée par la politique de la Réserve fédérale américaine représentent des facteurs pour le renforcement de la devise russe.

Bien que les estimations sur les chiffres exacts de ce renforcement diffèrent, tous les experts se mettent d'accord pour dire que l'année 2016 sera une période positive pour le rouble, conclut l'édition.


Lire la suite: http://fr.sputniknews.com/economie/20151231/1020690304/rouble-renforcement-estimations.html#ixzz3vv1YROXW

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Les Suisses voteront pour ôter aux banques leur...

Publié le par bernard felli

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Les Suisses voteront pour ôter aux banques leur pouvoir de création monétaire

Publié le par Felli Bernard

La Banque nationale suisse aura-t-elle le monopole de la création monétaire dans la Confédération ? Il faudra voter. (Crédits : © Ruben Sprich / Reuters)
La Banque nationale suisse aura-t-elle le monopole de la création monétaire dans la Confédération ? Il faudra voter. (Crédits : © Ruben Sprich / Reuters)

Les Suisses voteront pour ôter aux banques leur pouvoir de création monétaire

| 30/12/2015, 9:11 |

Avec la crise qui a débuté en 2007, l'idée d'ôter aux banques le pouvoir de créer de la monnaie commence à faire son chemin, progressivement, dans l'opinion. L'an passé, un rapport parlementaire islandais a clairement proposé d'en finir avec ce pouvoir. Mais - et ce n'est pas le moindre des paradoxes - le débat pourrait s'accélérer à partir de la Suisse, pays connu pour son système bancaire démesuré.

Vers une votation

Jeudi 24 décembre, en effet, la chancellerie fédérale helvétique a enregistré officiellement l'initiative populaire « monnaie pleine » qui vise à donner à la Banque nationale suisse (BNS) le monopole absolu de la création monétaire. Cette initiative, lancée en juin 2014 par un groupe dirigé par un instituteur alémanique, Hansruedi Weber, a recueilli 111.824 signatures, soit davantage que les 100.000 nécessaires pour provoquer une votation, autrement dit un référendum.

C'est une étape importante pour cette initiative. Désormais, le conseil fédéral (gouvernement) et le parlement suisses vont devoir se prononcer sur le projet qui prévoit la modification de l'article 99 de la constitution helvétique. Puis, à une date qui reste à définir, le peuple suisse sera amené à se prononcer dans une votation. Pour être acceptée, cette initiative devra alors obtenir non seulement la majorité populaire au niveau fédéral, mais aussi dans au moins 12 des 23 cantons de la Confédération.

Les problèmes de la situation actuelle.

Le chemin est donc encore long. Mais une chose semble certaine : le débat aura bien lieu. Que propose concrètement cette initiative ? Pour ses promoteurs, la constitution helvétique est aujourd'hui inadaptée. Cette dernière reconnaît dans son article 99-1 à la « Confédération » seule le droit de battre monnaie et donne dans son article 99-2 à la BNS reconnue « indépendante », le droit de mener « une politique monétaire servant les intérêts généraux du pays. » Rien de plus.

Concrètement, ceci donne de fait à la BNS le monopole de l'émission des pièces et billets, les seules formes monétaires qu'elle maîtrise. Mais elle ne maîtrise pas l'essentiel de la monnaie créée qui, en Suisse, comme ailleurs, est de la monnaie « scripturale », faisant l'objet d'un jeu d'écriture et non d'échanges physiques. Cette monnaie est, pour l'essentiel, créée par les banques lors de l'attribution de crédits à l'économie physique ou à d'autres banques.

Pour les auteurs de l'initiative, cette situation pose deux problèmes. D'abord, en « privatisant » via les banques la création monétaire, l'Etat perd là un revenu. Ensuite, contrairement à ce que prévoit la constitution, la BNS ne maîtrise que difficilement la création monétaire. Certes, la politique de taux joue en théorie sur le prix du crédit et donc sa distribution, mais cette transmission est imparfaite, on le constate encore en zone euro. La capacité de création monétaire donnée aux banques encourage la formation de bulles spéculatives ou, au contraire, freine la production de crédit lorsque celle-ci serait nécessaire. La financiarisation de l'économie a été le corollaire de ce pouvoir monétaire des banques.

Transmettre à la BNS le pouvoir de création monétaire

Pour disposer d'une économie plus stable et mieux maîtrisée et d'une création monétaire plus centrée sur l'économie réelle, les auteurs de l'initiative proposent donc de préciser que la BNS « émet désormais seule » non seulement la monnaie physique, mais aussi la « monnaie scripturale. » Conséquence : les banques perdront leur capacité de créer de l'argent ex nihilo. Tout prêt accordé par une banque devra ainsi être couvert par de la monnaie de la banque centrale au bilan de l'établissement. Dès lors, la BNS maîtrisera entièrement la création monétaire.

Le rôle des pouvoirs publics

L'initiative prévoit trois modes de distribution de l'argent créé par la BNS. D'abord via un transfert de cet argent aux pouvoirs publics pour alimenter l'économie. Ce transfert ne se fera pas sous forme de prêt, mais de « don. » La BNS alimentera donc directement les caisses publiques de la Confédération et des Cantons à la hauteur qu'elle aura déterminée. Certains s'émeuvent de la perte d'indépendance de la BNS, mais Reinhold Harringer, le porte-parole du groupe à l'origine de ce projet contacté par La Tribune, estime qu'une « complète indépendance n'existe jamais. » Il compare cette indépendance à celle de la justice fédérale : ses tribunaux sont « sous la pression de l'opinion publique, mais ses décisions sont acceptées par tous. » La BNS aura un « mandat légal clair » et « pourra agir en toute indépendance », tout en devant « rendre des compte à l'opinion publique. » Concrètement, la BNS ne fournira pas tout l'argent dont aura besoin les budgets publics, elle alimentera ce budget à la hauteur qu'elle jugera juste. Quitte, du reste, à utiliser ceci comme un moyen de pression sur les autorités pour les contraindre à réduire leurs dépenses qui, par ailleurs, en Suisse, sont déjà encadrées par une « règle d'or. »

Un « QE pour le peuple » ?

Deuxième moyen de transmission de l'argent de la BNS : les ménages eux-mêmes. Le nouvel article 99-a-3 de la constitution fédérale proposée par l'initiative prévoit l'attribution directe d'argent de la BNS aux particuliers. L'initiative émet donc la possibilité d'un « QE pour les gens », idée qui circule actuellement en Europe. Mais il est possible d'imaginer que cet argent soit aussi celui d'un revenu de base qui est actuellement en discussion en Suisse, comme en Finlande.

L'importance du circuit bancaire demeure

Dernier mode d'alimentation de l'économie en argent de la banque centrale : les banques elles-mêmes. Mais cette fois, à la différence d'aujourd'hui, les banques ne pourront prêter que l'argent qu'elles auront auparavant emprunté à la BNS selon les moyens traditionnels déjà existant de refinancement. « Il est important de conserver cette possibilité », explique Reinhold Harringer pour qui c'est un moyen important d'une gestion « fine et adaptée » des besoins de l'économie. Avec cette proposition, la distinction entre l'argent de banque centrale et la masse monétaire disponible pour l'économie disparaît. La capacité des banques d'alimenter des bulles est alors réduite, car elle doit rembourser l'argent qu'elle prête. Or, en zone euro, par exemple, c'est un des problèmes de la BCE : son bilan enfle avec l'assouplissement quantitatif, mais le crédit aux entreprises reste en faible croissance.

Gestion plus efficace pour la croissance ?

Cette gestion directe de la masse monétaire par la banque centrale sera-t-elle alors plus « efficace » que le système actuel pour générer de la croissance ? Reinhold Harringer le croit. « La banque centrale dispose d'une vision globale de l'économie de meilleure qualité que chacune des banques qui agissent avec une vision commerciale propre », souligne-t-il. Il estime aussi que la banque centrale disposera également des moyens de mieux réagir aux évolutions conjoncturelles, que ce soit un risque de ralentissement ou de surchauffe. Mais le but de l'initiative est clairement de disposer d'une croissance de « meilleure qualité », plus centrée sur l'économie réelle et plus stable.

Changement de modèle pour la finance helvétique

Cette initiative dispose du soutien de plusieurs économistes, suisses et européens. Mais elle fait, on s'en doute, l'objet de vives critiques de la part du secteur bancaire helvétique, qui est, avec près de 12 % du PIB suisse, un des piliers de l'économie nationale. Mais Reinhold Harringer estime que l'initiative va permettre au secteur de revenir à une activité « plus traditionnelle et plus solide. » Il cite le cas de banques comme la banque postale suisse, qui, sans avoir la possibilité de créer de la monnaie, réalisent de bons bénéfices. Reste que, pour les géants bancaires comme Credit Suisse ou UBS, qui vivent sur les activités de marché, le coup pourrait être rude et ils pourraient ainsi décider de quitter le pays. Mais l'initiative semble viser un changement de système : mieux vaut des banques plus modestes, mais plus utiles, que des géants bancaires instables et qui font peser un risque continuel sur les comptes publics. Une vraie révolution, donc.

Le risque de la transition

Egalement critique, le think tank libéral Avenir Suisse, financé par les grandes sociétés du pays, prône plutôt une politique de « petits pas mesurés » dans la réforme de la finance plutôt que la révolution prônée par l'initiative « monnaie pleine. » Selon Avenir Suisse, ce système de « monnaie pleine » conduirait à un « état transitoire permanent » dangereux. Reinhold Harringer, lui, répond qu'une phase de transition est prévue. Le premier jour, les engagements vis-à-vis des clients des banques vont devenir des engagements vis-à-vis de la banque centrale et seront sortis du bilan des banques. Mais rien ne sera changé. Les remboursements des crédits contractés par les clients viendront alimenter les remboursements à la banque centrale. Le tout, affirme-t-il, pourra être corrigé en cas de besoin.

Une idée ancienne

L'initiative n'est, il est vrai, pas fondée sur du sable. Elle s'inscrit dans une longue histoire. C'est, dans les années 1930, l'économiste Irving Fisher, qui avait lancé la proposition dans le cadre du « plan de Chicago » proposé au président Franklin Delano Roosevelt. Ce dernier a rejeté cette proposition, mais elle a été reprise par plusieurs économistes, dont le monétariste Milton Friedman. Cette idée a cependant été progressivement oubliée sous le triomphe de la financiarisation de l'économie. C'est la crise de 2007-2008 qui la fait revivre avec notamment une étude de deux économistes du FMI, Jaromir Benes et Michael Kumhof, qui reprennent et valident les thèses d'Irving Fisher, voyant dans le retrait aux banques de la création monétaire, un moyen de dynamiser la croissance en réduisant les risques de crise.

L'Islande a ouvert le bal

L'idée a alors retrouvé des défenseurs. Fin mars 2015, un parlementaire islandais Frosti Sigurdjonsson a remis au premier ministre de l'île nordique un rapport très complet sur le sujet en recommandant d'ôter aux banques la capacité de création monétaire. Ce rapport n'a pas débouché sur une proposition concrète pour le moment, mais il a amplifié le débat autour de cette idée entre économistes. Plusieurs autres initiatives visent à renforcer le pouvoir des banques centrales vis-à-vis des banques commerciales. En Irlande, le parti conservateur Fianna Fàil propose ainsi dans son programme des élections de 2016 de donner à la banque centrale irlandaise le moyen de limiter la capacité des banques à émettre des emprunts immobiliers.

Révolution dans la finance ?

Une adoption par la Suisse de cette initiative serait indéniablement une révolution dans le monde de la finance et ses conséquences dépasseraient largement les frontières de la Confédération. Car la Suisse n'est pas la petite Islande, c'est un des centres financiers les plus importants de la mondialisation. Or, les rares sondages sur la question ont donné une large majorité au « oui » à l'initiative. Le plus récent, datant d'août, donnait 57 % pour l'initiative, mais il doit être pris avec beaucoup de précaution, car il n'a pas été réalisé par un institut de sondage reconnu. Reinhold Harringer estime que les sondages montrent, au moins, que les citoyens helvétiques rejettent majoritairement le système actuel et se dit donc « confiant. »

Rien ne dit cependant que cela débouchera sur une majorité pour l'initiative. Le secteur bancaire va sans doute peser de tout son poids dans la campagne, emportant une partie des partis de droite, traditionnellement favorables à ce secteur. D'autant que, dans le cas qui nous occupe, il faudra aussi obtenir une majorité dans la moitié des cantons (et il existe en Suisse six demi-cantons comptant pour une demie voix). Mais les votations helvétique ont des résultats parfois surprenants.

Au-delà des divisions traditionnelles

Une chose est certaine : le sujet dépasse les divisions politiques traditionnelles. Les porteurs de ce projet sont plutôt des conservateurs et des libéraux alémaniques, inspirés par les idées monétaristes de stabilité. Mais l'idée de réduire l'influence des banques et de placer la BNS face à sa responsabilité économique en termes de croissance peut séduire plus d'un électeur de gauche, plus nombreux en Suisse romande. Si les partis politiques suisses n'ont pas encore pris position dans ce débat, il n'est pas certain que leurs consignes de vote soient ici réellement suivies. La Suisse pourrait donc donner le ton à un changement notable dans la finance internationale.

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De la chute de l’Empire à la surfusion du Système

Publié le par bernard felli

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De la chute de l’Empire à la surfusion du Système

Publié le par Felli Bernard

 la surfusion
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De la chute de l’Empire à la surfusion du Système

Le 23 décembre 2015 – Source entrefilets.com

L’expérience est étonnante. Vous mettez une bouteille d’eau au congélateur environ deux heures et demie puis vous la ressortez délicatement. Vous constaterez que l’eau est toujours liquide bien que sa température soit largement descendue en-dessous de zéro. Il suffit alors d’un simple choc sur la bouteille pour que l’eau se transforme instantanément en glace. L’effet est saisissant. C’est la surfusion. Cette transition de phase brutale peut aussi s’appliquer à la biologie, comme aux sociétés humaines. Ainsi, à l’image de l’eau de notre bouteille, le Système néolibéral américaniste qui a produit notre contre-civilisation se trouve-t-il déjà bien en-dessous du degré zéro fatidique. Malgré son apparente normalité, il est ainsi dans un état de désorganisation totale et un simple choc pourrait suffire à provoquer son effondrement. La chute de l’Empire US, aujourd’hui en phase terminale, sera à n’en pas douter le choc décisif en question.

L’illusion de l’hyperpuissance

Depuis plusieurs années déjà, le déclin de l’Empire étasunien connaît une accélération phénoménale. Son économie ne tient debout qu’au prix d’un endettement permanent. Sur le plan militaire, le Pentagone engage des moyens toujours plus colossaux pour des résultats toujours plus lamentables, butant même contre un plafond de verre en matière de technologie militaire. Enfin, au plan géopolitique, l’Empire accumule les ratages et les erreurs et ne peut qu’assister au reflux de son leadership sur les affaires mondiales.

Désormais, même si la puissance US est encore bien réelle, elle est sans commune mesure avec l’idée que l’on s’en fait. C’est que l’image de l’hyperpuissance étasunienne est surtout le fruit d’une illusion fantastique, d’une merveilleuse opération de com’ soutenue par 70 ans de propagande hollywoodienne qui ont hypnotisé les esprits. Sous le vernis, l’Empire se fissure. Il est même en train de perdre la dernière bataille, celle des cœurs, et il n’y a plus guère que la caste politique libérale et son clergé médiatique pour croire encore à ses tours de magie.

Une économie faisandée

Ainsi, au plan économique d’abord, la résilience américaine est un leurre. Aujourd’hui aux États-Unis, plus de 46 millions d’Américains font la queue devant les banques alimentaires 1. Le chômage explose malgré des statistiques bidouillées 2 qui permettent au Marché des fous de croire encore au mirage. Mais en réalité, si l’on inclut les chômeurs de longue durée éjectés des statistiques sous Clinton, le chômage US oscille entre 13% de la population active pour les estimations les plus optimistes, et 23% 3 pour les plus réalistes.
Seule la toute-puissance du dollar dans le négoce international, dopé par une planche à billets qui tourne à plein régime, maintient le Titanic US à flot au prix d’un endettement sans fin. A l’heure actuelle, le cumul des dettes publique et privée US culmine au chiffre stratosphérique de 64 000 milliards de dollars 4.
Le dollar est désormais une telle monnaie de singe que même le FMI a intégré le yuan chinois comme monnaie de réserve. La montée en puissance des BRICS leur a aussi permis toutes les audaces, y compris celle de créer leur propre banque d’investissements concurrente de la Banque mondiale sous obédience américaine.

En réalité, les États-Unis n’ont plus les moyens de défendre leur hégémonie monétaire et même le négoce de l’énergie, et notamment du pétrole, commence à se faire en roubles ou en yuan, ce qui était impensable il y a quelques années encore. Tous les régimes qui avaient eu jusque là eu la prétention de se passer du dollar dans le négoce énergétique, comme l’Irak ou la Libye, ont été rayés de la carte.

On en est plus là.

Désormais, il ne s’agit plus de savoir quelle sera la prochaine bulle spéculative made in US à éclater, mais quand, sachant qu’elle est là, sous le vernis, en train d’enfler, inéluctablement.

Un Rambo aux pieds d’argile

Au niveau militaire, c’est le même mirage, la même fascination construite, la même illusion. Malgré 620 milliards de dollars de budget annuel, 1,5 millions de personnels militaires, 20 000 tanks et avions, une dizaine de porte-avions et des centaines de sous-marins, des dizaines d’agences de renseignements regroupant des milliers de barbouzes, les performances militaires de l’Empire sont lamentables.

Depuis 25 ans, toutes ses interventions se sont soldées par de cuisants échecs, que ce soit en Irak et en Afghanistan ou, maintenant, dans la guerre par procuration syrienne.

En un quart de siècle de gesticulations militaires, et malgré l’inside job du 11 Septembre 5 et le fameux remodelage du Moyen-Orient qu’il avait permis, l’Amérique après avoir perdu l’Asie centrale est en train de perdre le Moyen-Orient.

Bien sûr, la fascination reste. Les États-Unis ont de merveilleux porte-avions qui sillonnent les mers en permanence, de fabuleux bombardiers officiellement furtifs qui scintillent dans le ciel, mais à quoi servent-ils au juste ?

Qui se soucie encore en effet de contrôler à grands frais la surface totale des mers à la manière des thalassocraties des siècles passés, alors qu’un seul avion russe, grâce à ses nouveaux systèmes de brouillage 6, peut s’approcher suffisamment de chacun de ces mastodontes pour les envoyer par le fond en un clic ? A quoi sert-il encore d’avoir des bombardiers furtifs si chers à produire que le Pentagone n’ose pas sortir sans une escadrille complète de chasseurs en escorte, annulant du même coup leur si onéreuse furtivité ?

De même, alors que la Russie et la Chine multiplient les avancées technologiques en matière d’armement en construisant des outils simples mais performants et efficaces, le Pentagone est désormais incapable de briser le plafond de verre technologique qui le conduit à enchaîner les fiascos comme des perles [7 Les limites de la quincaillerie US], à l’image de ce fameux bombardier du futur le F-35 dont le prix ne cesse de s’envoler mais qui, lui, ne vole toujours pas.

Aujourd’hui, même les analystes anglo-saxons estiment que les États-Unis sont dépassés en matière de technologies militaires face aux matériels russes et chinois 7.

Géopolitique de la fuite en avant

Au plan géopolitique enfin, le constat est également douloureux pour l’Empire. Même sa tentative de fracturer l’Eurasie en créant de toutes pièces une guerre en Ukraine est loin d’avoir donné les résultats escomptés. En un tour de main et avec l’aide de quelques petits hommes verts, Vladimir Poutine a tourné la manœuvre à son avantage en rapatriant la Crimée dans le giron russe, s’assurant ainsi un accès définitif aux mers chaudes de manière quasi inespérée.

Cette nouvelle Guerre Froide 2.0 a même été un formidable accélérateur pour pousser la Russie et la Chine à intensifier leur coopération à tous les niveaux. Dans sa tentative désespérée de créer son fameux intermarium 8 pour empêcher tout rapprochement entre l’Europe et la Russie, les États-Unis ont précipité la constitution d’un bloc asiatique redoutable avec lequel, tôt ou tard, l’Europe opérera une jonction.

Même l’Inde et le Pakistan sont désormais en passe d’intégrer l’Organisation de coopération de Shanghai, qui regroupe déjà nombre de républiques d’Asie centrale en plus de la Chine et de la Russie. Cet affrontement homérique où l’Empire recule inexorablement prend toute son ampleur dans le nouveau Grand Jeu autour des ressources énergétiques et de la fameuse guerre des tubes ou pipelineistan, c’est-à-dire la guerre pour le contrôle des routes d’acheminement du pétrole et du gaz. Une guerre qui explique d’ailleurs en grande partie la soudaine réhabilitation de l’Iran et la guerre actuelle en Syrie, notamment.

Mais là aussi, là encore, les États-Unis voient leurs projets sévèrement contrariés 9, armes à la main si nécessaire. Russie et Chine n’hésitent désormais plus à défendre militairement leurs intérêts face aux manigances d’un Empire US qui ne fait plus peur. Or un Empire que l’on ne craint plus est un Empire à l’agonie. L’Empire US ne se bat plus aujourd’hui pour grandir, ni même pour se maintenir, il se bat pour freiner son déclin. Et si l’Empire n’est certes pas mort et conserve une terrible capacité de nuisance, il n’en est pas moins vaincu.

De l’indignation à la révolte

La chute de l’Empire est donc une affaire de temps, et elle entraînera tout aussi inéluctablement la chute du Système néolibéral dont il est la matrice. Nous ne croyons pas en effet à un simple basculement des centres de pouvoir de l’Occident vers l’Asie, avec la simple reprise en mains des mêmes structures néolibérales mortifères par d’autres, ce qui reviendrait à reculer pour mieux sauter.

Nous avons la conviction que la chute de l’Empire US sera le point de rupture, le choc qui provoquera la surfusion 10 du Système. Le séisme sera sans aucun doute terrible, mais salutaire. Le modèle de société néolibéral qui a produit la contre-civilisation qui est la nôtre est en effet un cancer qui ronge et détruit non seulement le vivant, la terre, les mers, l’air, tout ce qui marche, nage, pousse ou vole, mais qui annihile aussi les sociétés humaines, les rabaissant à un agglomérat d’égoïsmes en concurrence, de consommateurs compulsifs aliénés aux cerveaux [définitivement] disponibles.

Notre planète n’est déjà plus capable de digérer toutes les déjections de ce Système de production de masse et, si cette folie propre à consommer tout l’univers ne cesse pas, il est évident que nous disparaîtrons. En provoquant une surfusion du Système par sa dynamique propre, l’Histoire pourrait cependant nous sauver de nous-mêmes en nous aidant à tirer la chasse sur cette pègre néolibérale et en offrant l’occasion d’un changement radical.

Il appartiendra alors aux sociétés civiles de saisir la chance offerte, de cesser de s’indigner inutilement pour enfin se révolter, d’abord pour empêcher le Système d’instaurer ce totalitarisme qui constitue son aboutissement naturel et sa dernière ligne de défense, ensuite pour se prendre en mains et développer d’autres façons d’être, de cohabiter et de coopérer, pour nourrir d’autres idéaux que la propriété et la possession, pour chercher à bâtir, enfin, cette société libre, égalitaire et décente à laquelle nous avons pour l’instant renoncé.

Note du Saker Francophone

Le site entrefilet.com nous gratifie d’un excellent texte pour finir l’année. Je vous propose quelques liens complémentaires pour étayer cette analyse.

  • 22/12/15 : François Roddier : Thermodynamique de l’évolution
    Un essai de thermo-bio-sociologie. Je vous conseille la lecture de la 4e de couverture en lien ci-dessus et la lecture du livre qui est une mine de savoir sur la notion d’évolution. Vous saurez tout sur la théorie de la surfusion, de la criticalité auto-organisée, les domaines d’Ising et bien d’autre encore.
  • 09/12/15 : Jean-Philippe Immarigeon : État de l’Empire états-unien
    Une courte vidéo 24’57 qui développe cette notion de «fruit d’une illusion fantastique», avec quelques exemples.
  • 01/09/15 : Le désespérant désert de l’Esprit par Adam pour le Club Orlov
    Le texte est très bon mais c’est la conclusion, sur la gestion de fin de vie de l’Empire, qui est à lire et complète cet article.
  1. La réalité économique rattrape les fantaisies du marché
  2. 248 000 postes créés aux États-Unis : la réalité derrière les chiffres
  3. L’effondrement de l’économie américaine
  4. US Debt Clock
  5. Sur le 11 Septembre
  6. La Russie brouille les commandes du porte-avions Ronald Reagan et de la 7ème flotte
  7. The Economist : les cinq faiblesses de l’armée américaine
  8. Ukraine-Russie : quand l’Empire tombe le masque
  9. Syrie : sang contre pétrole, l’ultime guerre du Pipelinestan
  10. Surfusion de l’eau

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Un F-16 bahreïni s'écrase en Arabie saoudite,...

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