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En sortant du dollar, la Russie franchit une autre étape majeure

Publié le par Felli Bernard

En sortant du dollar, la Russie franchit une autre étape majeure

Depuis quelque temps, la Chine et la Fédération de Russie ont compris comme d’autres nations que le rôle de principale monnaie de réserve mondiale du dollar est leur talon d’Achille économique. Tant que Washington et Wall Street contrôleront le dollar, et aussi longtemps que la majeure partie du commerce mondial sera réglée en dollars, les banques centrales comme celles de Russie et de Chine seront obligées de stocker des dollars sous la forme de dette « sûre » du Trésor US. En effet, cette réserve de devises protège les économies de la sorte de guerre des devises qu’a connue la Russie à la fin de 2014. À l’époque, Wall Street et le bien nommé Bureau de Renseignement sur la Finance et le Terrorisme du Trésor US, se sont délestés de leurs roubles lors d’un accord US-saoudien visant à faire s’effondrer les prix mondiaux du pétrole. Désormais, Russie et Chine se dirigent sans bruit vers la porte de sortie du dollar.
 

    Le budget de l’État russe dépend fortement du bénéfice en dollars de l’exportation d’hydrocarbures. Paradoxalement, à cause du rôle du dollar, obligées d’acheter de la dette de son Trésor, les banques centrales de Chine, Russie, Brésil, et d’autres pays diamétralement opposés à la politique étrangère US, financent de facto les guerres que Washington mène contre eux.

    Cette situation change silencieusement. En 2014, la Russie et la Chine ont signé deux énormes contrats de 30 ans sur le gaz russe pour la Chine. Ces contrats précisaient que l’échange se ferait en yuans et roubles russes, pas en dollars. C’était le début du processus de dé-dollarisation qui est en train de s’accélérer aujourd’hui.

Yuan dans les réserves russes

 

    Le 27 novembre, la Banque centrale de Russie a annoncé pour la première fois avoir intégré le yuan chinois dans ses réserves officielles. Au 31 décembre 2014, les réserves officielles de la Banque centrale Russie se composaient de 44% de dollars et de 42% d’euros avec un peu plus de 9% de livre sterling. La décision d’inclure le yuan dans les réserves officielles russes, développera son usage au détriment du dollar sur les marchés financiers russes.

    Même si elle n’est pas encore totalement convertible en d’autres devises, le négoce de la monnaie yuan a démarré à la Bourse de Moscou en 2010. Depuis lors, le volume d’échanges yuan/rouble s’est énormément développé. En août 2015, les cambistes et les compagnies russes ont acheté pour le nombre record de 18 milliards de yuans, soit environ 3 milliards de dollars, une hausse de 400% par rapport à l’année précédante.

Le rouble d’or arrive

 

    Mais les démarches russes et chinoises pour remplacer le dollar en tant que monnaie intermédiaire dans leur commerce commun, un commerce dont le volume s’est accru considérablement depuis les sanctions des USA et de l’UE en mars 2014, n’en reste pas là.

    Pour la première fois depuis août 1971, moment où Washington a unilatéralement déchiré le Traité de Bretton Woods, l’or est sur le point de faire un retour spectaculaire sur la scène monétaire mondiale. À cette époque, conseillé par le délégué personnel de David Rockefeller au Trésor, Paul Volcker, Niixon a annoncé que Washington refuse d’honorer l’obligation de son accord de rachat des dollars détenus à l’étranger contre de l’or de la Banque centrale US.

    Des rumeurs persistantes racontent depuis cette époque que les chambres fortes de Fort Knox sont en réalité vides de tout or, un fait qui, s’il était avéré, signifierait que le dollar est cuit en tant que monnaie de réserve.

    Washington s’en tient inflexiblement à son histoire, sa Réserve fédérale couverait une réserve de 8133 tonnes d’or. Si c’était vrai, ça dépasserait de loin le deuxième, l’Allemagne, dont les avoirs d’or officiels sont enregistrés par le FMI à 3381 tonnes.

    Un bizarre événement apparu en 2014, a nourri des doutes quant aux statistiques officielles sur l’or US. En 2012, le gouvernement allemand a demandé à la Réserve fédérale de renvoyer à la Bundesbank l’or gardé pour elle par la Fed. Choquant le monde, sous le prétexte fallacieux que la Réserve fédérale « n’avait pas la possibilité de différencier les lingots d’or allemands de l’or US … », la Fed a refusé de rendre l’or à l’Allemagne. Peut-être devons-nous croire que les vérificateurs des comptes de la Réserve d’or fédérale US ont été foutus à la porte avec les compressions budgétaires ?

    En 2013, dans le scandale qui a suivi, les USA ont rapatrié cinq misérables tonnes de l’or allemand à Francfort, et ont fait savoir qu’il leur faudrait jusqu’à 2020 pour compléter le rapatriement des 300 tonnes demandées. La méfiance envers la banque centrale US grandissant, d’autres banques centrales européennes ont commencé à réclamer leur or à la Fed.

    Dans cette dynamique, la banque centrale russe a considérablement agrandi ses réserves d’or officielles ces dernières années. Depuis, la cadence de la poussée d’hostilité de Washington s’est beaucoup accélérée. Depuis janvier 2013, la réserve d’or officielle de Russie a pris 129%, passant à 1352 tonnes le 30 septembre 2015. En 2000, au terme des dix années de pillage de la Fédération de Russie parrainé par les USA dans les sombres années Eltsine de la décennie 1990, la Russie avait 343 tonnes d’or dans ses réserves.

    Les chambres fortes de la Banque centrale de Russie qui en 1991, au moment de la chute de l’Union soviétique, contenaient officiellement quelque 2000 tonnes d’or, avaient été dévalisées au cours du mandat controversé du directeur de la Gosbank, Viktor Gerachtchenko, qui devant la Douma, s’est dit alarmé de ne pouvoir rendre compte du lieu précis où se trouvait l’or russe.

    L’époque est certes différente aujourd’hui. En matière de tonnage annuel d’or extrait des mines, la Russie a de loin détrôné l’Afrique du Sud de la troisième place de plus grand pays producteur d’or du monde. La Chine est devenue le numéro un.

    Les médias occidentaux ont fait grand cas du fait que depuis les sanctions financières manigancées par les USA, les réserves en dollars de la banque centrale russe ont nettement fondu. Ce qu’ils ne signalent pas, c’est que dans le même temps, la banque centrale de Russie a acheté de l’or, beaucoup d’or. Récemment, sous les sanctions, parallèlement à la chute de 50% du prix en dollars des hydrocarbures, les réserves totales en dollars de la Russie ont baissé de quelque 140 milliards de dollars par rapport à 2014, mais d’après ce qui est constaté, les avoirs d’or ont grossi depuis lors de 30%. La Russie stocke à présent autant d’onces d’or que de fonds négociés en bourse. Selon seekingalpha.com, rien qu’en juin, elle s’est renchérie de l’équivalent de 12% de la production mondiale annuelle d’or.

    Le gouvernement russe a adopté la proposition très raisonnable de Sergueï Glaziev, économiste russe et conseiller de Poutine, à savoir que la Banque centrale de Russie achète chaque once d’or extraite des mines russes à un prix attrayant garanti en rouble, afin de gonfler les avoirs d’or de l’État. Cela évitera même à la Banque centrale de devoir acheter de l’or sur les marchés internationaux avec des dollars.

Puissance hégémonique en banqueroute

 

    Au terme des années 1980, voyant aux USA la grave crise bancaire associée à leur déclin évident dans le rôle d’après-guerre de premier pays industriel du monde, au moment où les multinationales US s’externalisaient vers des pays à bas salaires, comme le Mexique et plus tard la Chine, les Européens ont commencé à envisager une nouvelle monnaie pour remplacer le dollar-réserve, et la création des États-Unis d’Europe afin de rivaliser avec l’hégémonie US. La réaction européenne consista à pondre le traité de Maastricht au moment de la réunification de l’Allemagne, au début des années 1990. Il en a résulté la Banque centrale européenne et plus tard l’euro, un édifice terriblement bancal du toit aux fondations. En 1992, grâce aux milliards du fond spéculatif new-yorkais de George Soros, un pari suspect contre la Banque d’Angleterre et la parité de la livre réussit à écarter le Royaume-Uni et la City de Londres de l’alternative au dollar envisagée par l’UE. Pour certains de ces mêmes fonds spéculatifs, en 2010, il y avait de quoi s’enrichir facilement à déchirer l’euro à l’endroit des coutures, en s’en prenant à son talon d’Achille, la Grèce, suivie par le Portugal, l’Irlande, l’Italie, l’Espagne. Depuis lors, l’UE, qui est aussi liée à Washington par l’intermédiaire des chaînes de l’OTAN, n’a guère présenté de menace pour l’hégémonie US.

    Or, de plus en plus depuis 2010, tandis que Washington tentait d’imposer la domination totale du Pentagone sur le monde à l’aide des soi-disant printemps arabes truqués, visant à changer les régimes de la Tunisie à l’Égypte, en passant par la Libye et à présent de Syrie, avec de maigres résultats, la Chine et la Russie ont été poussées toutes deux dans les bras l’une de l’autre. Une alternative au dollar russo-chinoise, sous la forme d’un rouble et d’un yuan adossés tous deux à l’or, pourrait déclencher la sortie précipitée du dollar, et avec elle, une grave perte de la capacité des USA à dévoyer le rôle de réserve du dollar pour financer leurs guerres avec l’argent des autres peuples. Privilège colossal par rapport à l’état de guerre de l’hégémonie perdue des USA, cela pourrait juste donner de l’engouement envers un monde en paix.

    F. William Engdahl est consultant en risques stratégiques et conférencier. Titulaire d’un diplôme en politique de l’université de Princeton, il est auteur de best-sellers sur le pétrole et la géopolitique, en exclusivité pour le magazine en ligne « New Eastern Outlook ».

NEO, F. William Engdahl

Original : journal-neo.org/2015/12/05/russias-dollar-exit-takes-major-new-step/
Traduction Petrus Lombard

Après avoir traîné des pieds pour rapatrier son or détenu à l’étranger, l’Allemagne a effectué un virage a 180 degrés et a subitement accéléré son programme en 2016. Plus de la moitié de ses réserves sont désormais dans les coffres du pays.

«Nous avons ramené beaucoup plus d’or en Allemagne en 2016 que prévu initialement. A l’heure actuelle, près de la moitié des réserves d’or [du pays] sont en Allemagne», a confié au journal Bild le président de la banque centrale allemande (Bundesbank) Jens Weidmann.

Selon Bild, environ 1 600 tonnes des réserves d’or sont maintenant dans le pays, juste en dessous de l’objectif de 1 700 tonnes qui devait être atteint à l’horizon 2020. Cela signifie que la Bundesbank a récupéré environ 200 tonnes d’or en 2016, un rythme bien plus élevé que ce qui était prévu, comme l’a confirmé Jens Weidmann, sans fournir d’explication.

Le sujet est délicat Outre-Rhin, particulièrement depuis le début de la crise de la zone euro. En 2013, le pays s’était montré réticent a rapatrier ses réserves –malgré la demande de plus en plus pressante de ses citoyens – probablement pour éviter un mouvement de panique sur les marchés financiers à un moment critique pour l’UE.

L’Allemagne possède la deuxième plus grande réserve d’or au monde selon les chiffres officiels avec 3 381 tonnes, dont une grande partie est stockée à l’étranger, notamment dans les coffres de la Réserve Fédérale à New York (1347 tonnes).

 

 

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La guerre contre les "fausses nouvelles", une guerre contre la liberté d’expression

Publié le par Felli Bernard

 

La guerre contre les "fausses nouvelles", une guerre contre la liberté d’expression

C’est une attaque à la liberté que de s’en prendre au droit à la discussion des problèmes politiques, à la recherche de sources d’informations alternatives et à la promotion de causes et d’idées dissidentes. […] Si cet assaut continuel à la liberté d’expression aboutit, toutes nos libertés sont alors menacées.

[…]

Beaucoup d’opposants à la liberté d’expression soutiennent des lois et des règlementations visant à interdire aux activistes et aux organismes éducatifs la publication de faits touchants aux positions défendues par un candidat quelques mois avant son élection. Si ces lois sont appliquées, les seules sources d’informations sur un candidat seraient les médias et son équipe de campagne.

La Federal Election Commission (FEC) [Commission électorale fédérale] a récemment rejeté une proposition demandant d’exempter les livres, les films et les vidéos en continu de ces réglementations sur le langage. Une majorité des membres de la FEC sont donc d’avis que le pouvoir leur revient, par exemple, d’interdire la biographie d’Edward Snowden par Oliver Stone puisque celle-ci a été publiée deux mois avant l’élection présidentielle et qu’elle contient des extraits de médias, dans lesquels Hillary Clinton et Donald Trump s’expriment sur Snowden.

La menace la plus récente, et potentiellement la plus dangereuse, au « First Amendment » [Premier amendement à la Constitution des États-Unis interdisant au Congrès d’adopter des lois limitant les libertés d’expression, de religion, de la presse, et de réunion, NDLR] est la guerre contre les « fake news » [nouvelles fausses, truquées ou falsifiées, NDT]. Ceux qui mènent cette guerre utilisent en prétexte quelques « canulars » sur Internet pour justifier davantage de réglementations gouvernementales – et même de la censure pure et simple – de certains sites Internet. Certains sites populaires, tel Facebook, n’attendent même pas que le gouvernement les force à réprimer les « fausses nouvelles » pour réagir.

Ceux qui demandent l’interdiction de « fausses nouvelles » veulent non seulement censurer les canulars facilement réfutables mais aussi employer des « gardiens/gatekeepers » (pour utiliser le terme fameux d’Hillary Clinton) commandités par le gouvernement, ayant le pouvoir de censurer n’importe quelle information ou opinion déplaisant à l’establishment politique. Pourtant, aucun opposant aux « fausses nouvelles » n’a jusqu’à présent exprimé son inquiétude quant aux fausses nouvelles qui ont aidé à déclencher la guerre en Irak. Ces fausses nouvelles sont à l’origine de la déstabilisation du Moyen-Orient, de la montée en puissance de Daech et de plusieurs millions de morts.

La guerre contre les « fausses nouvelles » a pris un tournant inquiétant en qualifiant les sites et sources d’information alternatifs de colporteurs de propagande russe. Les cibles principales sont les critiques de la politique étrangère interventionniste américaine, les partisans de l’étalon-or, les critiques de la dette d’État mirobolante et même ceux qui se battent pour mettre fin à la militarisation de la police. Tous sont qualifiés d’agents russes anti-américains.

La semaine dernière, le Congrès a adopté une loi mettant en place un comité spécial composé d’importantes agences gouvernementales, chargé de contrer les interférences étrangères dans le processus des élections américaines. Certains ont appelé à une enquête menée par le Congrès sur une éventuelle intrusion russe dans les élections. Il est évident que le but de ces manœuvres est de faire taire et de discréditer ceux qui remettent en question la propagande gouvernementale pro-État-providence/pro-guerre véhiculée par les grands médias alignés.

Les efforts d’interdire les « fausses nouvelles », de qualifier d’agents russes les opposants à la guerre et à la Réserve fédérale ainsi que d’autres mouvements pour la liberté et de vouloir interdire le débat sur le passé (ou le dossier) d’un candidat politique avant une élection à des organisations indépendantes, font partie de la guerre contre le Premier amendement. Tous les Américains, peu importe leur obédience politique, ont un intérêt à combattre ces tentatives de restreindre la liberté d’expression.

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La fabrication de la normalité

Publié le par Felli Bernard

La fabrication de la normalité


Par C.J. Hopkins – Le 15 decembre 2016 – Source Counterpunch

Vers la mi-novembre, à la suite de la défaite d’Hillary Clinton (c’est-à-dire au début de la fin de la démocratie), les auto-proclamés Gardiens de la Réalité, mieux connus sous le nom de médias tenus par le monde des affaires, ont lancé une campagne mondiale de marketing contre le maléfique et perfide fléau des « fausses nouvelles ». Cette campagne a maintenant atteint le stade de l’hystérie. Les médias de l’ensemble de l’Empire diffusent quotidiennement des avertissements terrifiants sur la menace imminente et existentielle contre nos libertés, la menace des « fausses nouvelles ». Cela ne concerne pas seulement la diffusion de désinformation, de propagande, etc., qui dure depuis des milliers d’années… La Vérité elle-même est attaquée. Les bases mêmes de la Réalité tremblent.

 

Qui est derrière cette menace de « fausses nouvelles » ? Eh bien Poutine naturellement, mais pas seulement Poutine. Cela semble être le travail d’une vaste conspiration de types anti-establishment virulents, d’extrémistes de droite, d’extrémistes de gauche, de retraités libertaires, de socialistes en fauteuil, de Sandernistes, de Corbynistes, de terroristes ontologiques, d’apologistes du fascisme, de zonards mal éduqués anti-globalistes, et de toute une variété de gens haïssant Clinton.

Heureusement pour nous, les médias d’entreprise sont à fond sur la piste de cette bande de scélérats. Comme vous le savez sans doute, le Washington Post a publié récemment un sensationnel article de journalisme d’investigation, de qualité Pulitzer, qui diffame sans vergogne des centaines de publications alternatives (comme celle que vous lisez) en les traitant de « camelots de la propagande russe ». L’article,  un classique travail de diffamation de style McCarthyste, écrit par Craig Timberg, est basé sur les affirmations sans fondement et paranoïaques faites par ceux que Timberg qualifie, sans ironie, de « deux équipes de chercheurs indépendants », The Foreign Policy Research Institute, un groupe de réflexion anti-communiste de bas niveau, et un site anonyme, Propornot.com, dont personne n’avait jamais entendu parler avant son apparition soudaine sur Internet en août dernier, et qui, basé sur le contenu de ses tweets et courriels, semble être géré par Beavis et Butthead.

Le Washington Post s’est ramassé quelques boulets rouges pour avoir pris cette courageuse position « pro-Vérité » contre les forces poutinistes de l’embrouille et de la désinformation. Une foule de publications dangereusement extrémistes, comme CounterPunch, The Intercept, Rolling Stone, The Nation, The New Yorker, Fortune Magazine, Bloomberg et US News & World Report, ont fustigé le Washington Post pour ses pratiques journalistiques « bâclées », « douteuses » ou de bas niveau. Le Post soutient naturellement son bébé et refuse de s’excuser pour avoir défendu la démocratie, comme il l’a fait tout au long de son histoire, quand il a dénigré Gary Webb en représailles pour avoir révélé la connexion CIA-Contra, détruisant plus ou moins sa carrière de journaliste, ou quand il a ouvertement soutenu Hillary Clinton tout au long de sa terrible campagne, publiant notamment seize articles négatifs sur Sanders en seize heures, ou quand il a publié cet article sur la façon dont Clinton pourrait avoir été empoisonnée par des agents secrets de Poutine… et ce ne sont là que quelques-uns des articles les plus en vue.

Mais je ne veux pas m’obnubiler sur le Washington Post, ou son rédacteur en chef, Marty Baron, qui est clairement un parangon de l’éthique journalistique. Le reste des médias d’entreprise ont également impitoyablement fouetté la mayonnaise des « fausses nouvelles », l’hystérie de la « propagande de Poutine » et de la « normalisation du fascisme », battant comme des fous le tambour de la période « post-Vérité ». The Guardian, le New York Times, et les autres, la radio publique, les réseaux d’information en boucle, le chœur des médias aboient le message dans une parfaite synchronisation. Alors que se passe-t-il vraiment ?

Comme je l’ai suggéré auparavant, ce que nous vivons est la pathologisation (ou « l’anormalisation ») de la dissidence politique, c’est-à-dire la stigmatisation systématique de toutes les formes de non-respect du consensus néolibéral. Des distinctions politiques comme « gauche » et « droite » disparaissent et sont remplacées par des distinctions impondérables comme « normales » et « anormales », « vraies » et « fausses », « réelles » et « inventées ». De telles distinctions ne se prêtent pas à l’argumentation. Elles nous sont offertes comme des vérités axiomatiques, des faits empiriques qu’aucune personne normale ne songerait à contredire.

Au lieu de philosophies politiques concurrentes, l’intelligentsia néolibérale offre à la place un choix simple, « normal » ou « anormal ». La nature de « l’anormal » varie selon ce qui est stigmatisé. Aujourd’hui, c’est « Corbyn l’antisémite », demain, ce sera « Sanders, le sale raciste », ou « Trump le Manchurian candidate », ou n’importe quoi d’autre. Que la diffamation elle-même soit in-discriminée (et, dans bien des cas, totalement ridicule) favorise l’efficacité d’une stratégie a grande échelle, qui est tout simplement d’« anormaliser » la cible et ce qu’elle représente. Cela ne fait aucune différence que l’on soit traité de raciste, comme Sanders l’a été pendant les primaires, ou d’antisémite, comme Corbyn l’a été, ou de fasciste, comme Trump l’a sans cesse été, ou de marchands de propagande russe, comme Truthout, CounterPunch, Naked Capitalism, et un certain nombre d’autres publications l’ont été… Le message est qu’ils sont en quelque sorte « pas normaux ».

Pourquoi est-ce différent de l’emploi éhonté, par la presse, de la diffamation qu’elle pratique depuis son invention ? Bien, patientez, parce que je vais vous le dire. C’est surtout une question de mots, en particulier d’oppositions binaires comme « réel » et « faux », « normal » et « anormal », qui sont, bien sûr, essentiellement sans signification… leur valeur étant purement tactique. C’est-à-dire qu’ils ne signifient rien. Ce sont des armes déployées par un groupe dominant pour faire respecter la réalité de consensus. Voilà comment ils sont utilisés pour le moment.

Les oppositions binaires sans signification que l’intelligentsia néolibérale et les médias corporatifs utilisent pour supplanter les philosophies politiques traditionnellement opposées − en plus de stigmatiser une diversité de sources d’information et d’idées non conformes − restructurent aussi notre réalité de consensus comme un territoire conceptuel dans lequel toute personne pensant, écrivant ou parlant en dehors du courant dominant est considérée comme une sorte de « déviant », ou d’« extrémiste », ou toute autre forme de paria social. Encore une fois, peu importe la déviance, puisque c’est l’utilisation du mot « déviance » qui est important.

En fait, c’est le contraire de la déviance qui est important. Parce que c’est ainsi que la « normalité » est fabriquée. Et c’est ainsi que la réalité de consensus dans son ensemble est fabriquée… et c’est ainsi que le processus de fabrication est caché. Excusez moi de vous la jouer à la Baudrillard, mais c’est comme cela que ce truc fonctionne.

L’obsession actuelle des médias à l’égard des « fausses nouvelles » cache le fait qu’il n’y a pas de « vraie nouvelle » et produit simultanément « de vraies nouvelles », ou plutôt leur apparence. Cela se fait au moyen de l’opposition binaire (c’est-à-dire, si des « fausses nouvelles » existent… alors, ipso facto, les « vraies nouvelles » existent). De même, l’accent mis sur « ne pas normaliser Trump » cache le fait qu’il n’y a pas de « normalité », et fabrique simultanément une « normalité »… qui n’en est une qu’en apparence.

De même, la stigmatisation de Trump en tant qu’Hitler moderne, ou Mussolini, ou tout autre type de dictateur fasciste, cache le fait que les États-Unis sont déjà virtuellement un système de parti unique, avec la propriété concentrée et le contrôle des médias, une force de police militarisée omniprésente, une application arbitraire de l’État de droit, le maintien d’un état de guerre plus ou moins permanent et bien d’autres caractéristiques standards des systèmes autoritaires de gouvernement. En même temps, cette projection du « fascisme » évoque, ou fabrique, son contraire, « la démocratie »… ou une parodie de démocratie.

Cette parodie néolibérale de démocratie, de normalité et de réalité, c’est ce que les médias d’entreprise, et toute l’intelligentsia néolibérale, cherchent désespérément à consolider en ce moment, car ils ont pris un grand coup avec ce désordre électoral. Trump n’était pas censé gagner. Il était censé être un autre homme de paille hitlérien dont les néolibéraux pouvaient nous sauver tous, mais alors, eh bien regardez ce qui s’est passé. Le problème pour les classes dirigeantes néolibérales, les grands médias, et les libéraux en général, ayant tout misé sur l’image Trump/Hitler, c’est qu’ils sont plutôt obligé de continuer maintenant, ce qui va devenir de plus en plus bizarre lorsque Trump se révélera ne pas être Hitler mais seulement un autre ploutocrate républicain, quoique n’ayant aucune expérience du gouvernement et secondé par quelques vilains petits canards certifiés. Je suis sûr que Trump voudra les aider, (ses « ennemis » néolibéraux), avec quelques tweets racistes ou misogynes à l’occasion, puisqu’il aura besoin de conserver son créneau « classe ouvrière blanche », au moins jusqu’à ce qu’il lance sa « Guerre contre l’islam ».

Quoi qu’il en soit, nous pouvons tous nous attendre à une pathologisation sérieuse de la dissidence au cours des quatre prochaines années (voire des huit). Et je ne me réfère pas à Trump et ses vilains garçons, même si je suis certain qu’ils ne seront pas en retard sur ce point. Je me réfère à nos amis dans les médias d’entreprise, comme Marty Baron et sa machine à diffamer, et les Gardiens de la Réalité du New York Times, du Guardian, et d’autres « journaux de bienséance ». WNYC diffuse déjà une émission « descente vers le fascisme » quotidienne. Et bien sûr, la gauche néolibérale, Mother Jones, The Nation, et même The New York Review of Books, etc. (ils n’arrivent tout simplement plus à s’arrêter sur cette histoire d’Hitler), surveilleront chaque pensées pour s’assurer que le fascisme ne se normalise pas… Ce qui, Dieu merci, ne devrait jamais arriver. Qui sait comment l’Amérique pourrait finir ? À torturer des gens? À attaquer d’autres pays qui ne posent aucune menace que ce soit ? À emprisonner indéfiniment des personnes dans des camps ? À assassiner quiconque considéré par le président comme un « terroriste » ou un « combattant ennemi » avec l’approbation tacite de la majorité des Américains ? À surveiller les appels téléphoniques de tout le monde, les courriels, les tweets et les habitudes de lecture et de navigation sur le Web ?

Imaginez l’illusion dans laquelle nous vivrions tous… si des choses comme ça étaient considérées comme « normales ».

J. Hopkins

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Cette Gauche qui sert de supplétif à l’OTAN, par Bruno Guigue

Publié le par Felli Bernard

Source : 

 Rassemblement anti-Assad – Place de la République, Paris, 5 Septembre 2015*. DR

Rassemblement anti-Assad – Place de la République, Paris, 5 Septembre 2015*. DR

A de rares exceptions près (Jean-Luc Mélenchon, le PRCF), le moins qu’on puisse dire est que la gauche française pratique le déni de réalité sur la Syrie. Depuis 2011, c’est impressionnant. Elle a tout avalé. Avec gourmandise. Un véritable festin de couleuvres ! Elle s’est d’abord fiée à des sources douteuses (OSDH) dont elle a répété en boucle les chiffres invérifiables et les affirmations gratuites. Bonne fille, elle a accrédité la narration ridicule du boucher-de-Damas-qui-massacre-son-peuple. Elle a gobé cul sec le false-flag de l’attaque chimique comme si elle ingurgitait une vulgaire fiole onusienne de M. Powell. Elle est tombée, enfin, dans le panneau d’une propagande humanitaire à deux vitesses qui fait le tri, sans vergogne, entre les bonnes et les mauvaises victimes.

Cet aveuglement stupéfiant, la gauche française le doit d’abord à son indécrottable posture morale. Une grille de lecture manichéenne a anesthésié son esprit critique, elle l’a coupée du monde réel. Voulant absolument identifier des bons (rebelles) et des méchants (Assad), elle s’interdit de comprendre un processus qui se déroule ailleurs que dans le ciel des idées. Quand on désigne les protagonistes d’une situation historique en utilisant des catégories comme le bien et le mal, on donne congé à toute rationalité. « Ni rire, ni pleurer, mais comprendre », disait justement Spinoza. On peut certes avoir des préférences, mais lorsque ces préférences inhibent la pensée critique, ce ne sont plus des préférences, ce sont des inhibitions mentales.

La deuxième raison de cet aveuglement tient à un déficit abyssal d’analyse politique. La gauche française n’a pas voulu voir que le rapport de forces, en Syrie, n’était pas celui qu’elle espérait. Elle a reconstruit le récit des événements à sa guise pour donner corps à son fantasme d’une révolution arabe universelle qui balaierait le « régime de Damas » comme elle avait balayé les autres, en méconnaissant ce qui faisait précisément la singularité de la situation syrienne. Ceux qui se vantent de connaître leurs classiques auraient dû appliquer la formule par laquelle Lénine définissait le marxisme : « l’analyse concrète d’une situation concrète ». Au lieu de se plier à cet exercice d’humilité devant le réel, l’extrême-gauche, notamment, a cru voir ce qu’elle avait envie de voir.

Paris le 5 septembre 2015, les manifestants anti-Assad arborent le drapeau portant trois étoiles, emblème des groupes armés *(Photo FB)

Paris le 5 septembre 2015, les manifestants anti-Assad arborent le drapeau portant trois étoiles, emblème des groupes armés *(Photo FB)

Abusée par sa propre rhétorique, elle misait sur une vague révolutionnaire emportant tout sur son passage, comme en Tunisie et en Egypte. Mauvaise pioche ! Privée de toute base sociale consistante dans le pays, la glorieuse « révolution syrienne » n’était pas au rendez-vous. Véritable farce sanglante, une contre-révolution menée par des desperados accourus de 110 pays a pris sa place. La nature ayant horreur du vide, cette invasion du berceau de la civilisation par des hordes de mercenaires décérébrés a tenu lieu, dans l’imaginaire gauchiste, de révolution prolétarienne. Le NPA ne s’est pas aperçu de l’énormité de cette confusion. Il n’a pas vu que les rassemblements populaires les plus imposants, en 2011, étaient en faveur de Bachar Al-Assad. Il a écarté d’un revers de la main la position du parti communiste syrien qui, tout en critiquant le gouvernement, se range à ses côtés pour défendre la nation syrienne contre ses agresseurs.

Poussant le déni de réalité jusqu’aux frontières de l’absurde, le NPA, au lendemain de la libération d’Alep, se déclare encore solidaire de la « révolution syrienne ». Mais le secrétaire général du parti communiste syrien, Ammar Bagdash, lui avait répondu par anticipation en septembre 2013 : « En Syrie, à la différence de l’Irak et de la Libye, il y a toujours eu une forte alliance nationale. Les communistes travaillent avec le gouvernement depuis 1966, sans interruption. La Syrie n’aurait pas pu résister en comptant seulement sur l’armée. Elle a résisté parce qu’elle a pu compter sur une base populaire. En outre, elle a pu compter sur l’alliance avec l’Iran, la Chine, la Russie. Et si la Syrie reste debout, des trônes vont tomber parce qu’il deviendra clair qu’il existe d’autres voies ».

Désolé pour M. Julien Salingue et ses petits camarades, mais s’il faut analyser la situation syrienne, un communiste syrien qui contribue à la défense de son pays vaudra toujours mieux qu’un gauchiste français qui fantasme sur la révolution en buvant des demis au Quartier Latin. Incapable de comprendre ce qui se passait sur place, l’extrême-gauche française est victime du théâtre d’ombres qu’elle a elle-même dressé. Faute d’entendre ce que lui disaient les marxistes du cru, elle a joué à la révolution par procuration sans voir que cette révolution n’existait que dans ses rêves. Mais il est difficile d’admettre en 2016 qu’on s’est complètement fourvoyé depuis 2011.

Une fois de plus, écoutons Ammar Bagdash : « Ils ont commencé par des manifestations populaires dans les régions rurales de Daraa et d’Idleb. Mais dans les villes, il y eut immédiatement de grandes manifestations populaires de soutien à Assad. Par ailleurs, au début, la police ne tirait pas, ce sont certains éléments parmi les manifestants qui ont commencé les actions violentes. Dans les sept premiers mois, il y eut plus de morts du côté de la police et de l’armée que dans l’autre camp. Quand la méthode des manifestations ne marchait plus, ils sont passés au terrorisme avec des assassinats ciblés de personnes en vue (dirigeants, hauts fonctionnaires, journalistes), attentats et sabotages d’infrastructures civiles. Le gouvernement a réagi en adoptant certaines réformes comme celle sur le multi-partisme et sur la liberté de la presse, réformes que nous avons soutenu. Mais les forces réactionnaires ont rejeté ces réformes. »

Cette insurrection armée conduite par des groupes extrémistes, les communistes syriens l’ont parfaitement analysée, mais la gauche française l’a ignorée. Elle a fait comme si elle n’existait pas, comme si elle était une invention de la propagande baassiste. Comment l’admettre, en effet ? Que les gentils révolutionnaires soient passés à l’action violente dès le printemps 2011 contredisait la narration dominante ! Il fallait, pour les besoins de la cause, préserver le mythe d’une opposition démocratique et non-violente. Le récit des événements fut purgé, en conséquence, de ce qui pouvait en altérer la pureté imaginaire. La violence des allumés du wahhabisme fut masquée par un déluge de propagande. Preuve factuelle d’un terrorisme qui était le vrai visage de cette révolution-bidon, ce déchaînement de haine fut effacé des écrans-radar.

De même, cette « gauche » bien-pensante a hypocritement détourné le regard lorsque les feux de la guerre civile furent attisés par une avalanche de dollars en provenance des pétromonarchies. Pire encore, elle a fermé les yeux sur la perversité de puissances occidentales qui ont misé sur l’aggravation du conflit en encourageant la militarisation de l’opposition, tandis qu’une presse aux ordres prophétisait avec délices la chute imminente du « régime syrien ». Sans vergogne, cette gauche qui se dit progressiste s’est laissée enrôler par les gouvernements d’un Occident à l’impérialisme rapace. Elle a calqué sa lecture partiale du conflit sur l’agenda otanien du « changement de régime » exigé par les néo-cons depuis 2005. Comme l’a écrit Hillary Clinton, Washington voulait renverser Assad pour aider Israël dans son affrontement avec l’Iran ! Mais cette circonstance ne semble pas troubler les pro-Palestiniens du NPA.

L’histoire ne fait pas de cadeaux. Elle retiendra que la gauche française a servi de supplétif à l’OTAN dans cette entreprise avortée de destruction d’un Etat souverain sous le prétexte fallacieux des droits de l’homme. Cette imposture de gauche, bien sûr, n’exonère pas la droite française de ses propres responsabilités, tout aussi écrasantes et criminelles sous Nicolas Sarkozy, dans l’aveuglement volontaire au drame syrien. Mais le moins qu’on puisse dire est qu’il y a une imposture de gauche, sur la Syrie, qui aura fait des dégâts considérables. Courage, M. Mélenchon, vous avez du pain sur la planche !

Bruno Guigue | 27 décembre 2016

Bruno Guigue, est un ex-haut fonctionnaire, analyste politique et chargé de cours à l’Université de la Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de centaines d’articles.

*Parmi les organisateurs de ce rassemblement  il y avait Amnesty International, le NPA, SOS racisme, l’Unef, Solidaires Etudiants, et plusieurs associations. 

Source : 

41 réponses à Cette Gauche qui sert de supplétif à l’OTAN, par Bruno Guigue

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Qui combat vraiment en Syrie: la liste noire de la honte de l’Occident

Publié le par Felli Bernard

Qui combat vraiment en Syrie: la liste noire de la honte de l’Occident


L’Occident, très pathétique, déplore la chute d’Alep. Ce que l’Union européenne et le gouvernement fédéral allemand ne disent pas : à Alep, comme en Syrie, combattent surtout des détachements de mercenaires, qui sont financés par l’Occident et ses alliés. Sans eux, il n’y aurait pas eu de guerre en Syrie.


Des habitants d’Alep-Est observent l’évacuation de mercenaires de leur ville le 15 décembre 2016 (photo: SANA/DPA)

Le 18 décembre 2016 – Source Deutsche Wirtschafts Nachrichten

Pour l’opinion publique allemande, il n’est souvent pas clair de démêler qui combat contre qui en Syrie. Un seul côté semble clair : une alliance de la Russie, de la Syrie, de l’Iran et du Hezbollah islamique. Mais contre qui combat au juste cette alliance ? La désignation des opposants au président élu Bachar al-Assad va des « rebelles » à l’« opposition » en passant par les « insurgés ». En effet, il y a même un parti d’opposition au Parlement syrien aujourd’hui, il y détient même un ministère (de la Réconciliation nationale). Pourtant les combattants « rebelles » sont presque exclusivement soutenus par des gouvernements étrangers et des services de renseignement.

 

Dans l’inventaire qui suit, nous nous basons presque exclusivement sur des sources occidentales – qui font clairement ressortir que l’engagement des mercenaires est connu des médias internationaux.

Cette liste est une liste de la honte : des services de renseignements et des gouvernements occidentaux financent une guerre en Syrie avec l’argent des contribuables, échappant à tout contrôle. Cela s’explique par des intérêts de politique énergétique, et vaut pour l’Occident comme pour la Russie et l’Iran.

L’armée russe est venue à l’aide d’Assad. Elle l’a fait en conformité avec le droit international – même si la guerre est toujours horrible et que la Russie ne pouvait pas éviter que des civils soient touchés. Les mercenaires décrits ici et leurs « souteneurs » agissent tous à l’encontre du droit international.

Le Front Sud :

Actif à Daraa et à Kuneitra, rapporte Al Jazeera.

Le groupe est financé et dirigé par le Centre des opérations militaires (COM) à Amman, qui dépend des États-Unis, selon la Fondation Heinrich-Böll.

La BBC précise que pour le Front Sud, il s’agit du regroupement de divers groupes, doté d’une force de combat de 38 000 hommes, soutenu par la CIA.

Elle est décrite par des représentants occidentaux comme le « groupe rebelle » le mieux organisé, selon Reuters.

Le Front Sud est dirigé par l’ancien général syrien Bachar al-Zoubi. Celui-ci est un riche homme d’affaires qui a surtout fait fortune dans le secteur touristique. En outre, il est membre du clan al-Zoubi, selon le magazine NOW.

La Légion al-Rahman et Jaysh al-Islam :

Actifs dans la Ghouta-Est, dans la périphérie de Damas et à Qalamoun-Est, rapporte Asharq al-Awsat.

Le groupe opère systématiquement avec l’armée de mercenaires de Jaysh al-Islam. La Légion al-Rahman et Jaysh al-Islam ont été levés et financés par l’Arabie saoudite. Riyad utilise le groupe comme organisation principale pour financer d’autres armées mercenaires en Syrie. Il y a eu par le passé des « rencontres de coordination » entre l’ancien chef des services secrets saoudiens Bandar, l’ambassadeur américain en Syrie Robert Ford et le ministre des Affaires étrangères du Qatar, Khaled al-Attiyah. Les rencontres secrètes entre des représentants de l’Arabie saoudite, des États-Unis et du Qatar avaient lieu sur le territoire turc, rapporte le Guardian.

Le nombre des combattants se situe entre 40 000 et 70 000 hommes, d’après le rapports de l’Université Stanford. Le porte-parole de Jaysh al-Islam, Mohammed Alloush, a participé en tant que représentant des mercenaires aux pourparlers de paix de Genève, qu’il a unilatéralement rompus, rapporte Al Jazeera.

Le fondateur de Jaysh al-Islam, Zahran Alloush, a été tué lors d’une attaque aérienne russe, rapporte le Guardian. L’actuel chef militaire du groupe est Essam al-Buwaydhani. Il n’y a pas d’informations fiables sur al-Buwaydhani.

Le Front du Levant (Jabhat al-Shamiyah) :

Actif au nord de la Syrie / province d’Alep.

Le groupe est soutenu tant par des États occidentaux que par l’Arabie saoudite, nous dit Reuters. Au cours de la guerre en Syrie, il a reçu des armes antichars étasuniennes.

Le nombre des combattants de ce groupe s’élève, selon des données de Medium.com, à 7000 environ.

Le commandant suprême du Front du Levant est Abdelaziz Salamah. Selon les informations du Carnegie Middle East Center, Salamah est un « mercenaire » de la ville syrienne d’Adnan qui avait déjà dirigé d’autres troupes mercenaires.

Nour al-Din al-Zenki :

La troupe de mercenaires de Nour al-Din al-Zenki est active dans la province d’Alep – en particulier dans les faubourgs nord-ouest de la ville d’Alep, rapporte le Militant Leadership Monitor de la Fondation Jamestown

Le groupe est alimenté en argent et en armes par les États-Unis. Le Centre des opérations militaires (COM) des États-Unis joue ici un rôle clé, mais la CIA doit contrôler l’usage de l’argent et du matériel. Le groupe devrait aussi avoir reçu des armes antichar étasuniennes de la CIA et d’Arabie saoudite, rapportent le Guardian et NOW.

Selon des indications de Medium.com le groupe disposerait de plus de 3 000 combattants.

Le commandant suprême du groupe est Cheik Tawfik Schahabuddin, selon le Carnegie Middle East Center.

La Brigade des Faucons de la Montagne :

La Brigade des Faucons de la Montagne est active dans la province d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie.

Le groupe est soutenu financièrement et fourni en armes par la CIA. Ses actions sont coordonnées par le Centre des opérations militaires en Turquie, qui est dirigé par des membre des services secrets occidentaux et arabes, rapporte Radio Free Europe/Radio Liberty.

Le groupe a une force combattante de 1000 personnes, selon le magazine Medium.com.

Le commandant suprême de ce groupe de mercenaires est Hassan Hadj Ali, un ancien capitaine de l’Armée syrienne. Les combattants du groupe sont formés au Qatar et en Arabie saoudite, selon Radio Free Liberty/Radio Europe.

La Brigade des Faucons de la Montagne a combattu jusqu’ici avec le Front al-Nusra et Ahrar al-Sham contre l’Armée syrienne.

La 13e division :

La 13e division est surtout active dans la province d’Idlib, selon Business Insider.

Elle est financée par le Qatar et l’Arabie saoudite, rapporte Al Jazeera.

D’après des informations du New York Times la CIA aurait équipé le groupe avec des armes antichar étasuniennes. Il dispose d’une force de combat de 1800 personnes, écrit Medium.com.

Le commandant suprême du groupe est le lieutenant-colonel Ahmed al-Saoud, dit la BBC. Al-Saoud a déserté en 2012 de l’Armée syrienne, où il avait servi pendant 20 ans auparavant, selon Al Jazeera.

Jaysh al-Nasr :

Le groupe Jaysh al-Nasr est actif dans la province de Hama et à Idlib.

Selon des informations de Middle East Eye, Jaysh al-Nasr est armé et soutenu par la CIA.

Le commandant suprême du groupe est le major Mohamed al-Mansour, rapporte RFS North. Al-Mansour est un déserteur de l’Armée syrienne.

Jaysh al-Nasr a 3 000 combattants. Le groupe est soutenu par l’Occident et a abattu en mars 2016 un avion de combat syrien avec une arme anti-aérienne, rapporte le L.A. Times.

La Division du Nord :

La Division du Nord est active dans les provinces d’Idlib, de Hama et d’Alep.

La Division du Nord appartient aux troupes mercenaires armées et soutenues par la CIA. La CIA avait équipé le groupe notamment avec des armes antichars, rapporte The Daily Mail.

Le commandant suprême du groupe est le lieutenant-colonel Fares al-Bayousch, qui avait auparavant servi dans l’Armée syrienne et avait travaillé comme ingénieur aéronautique, rapporte la Fondation Jamestown

Le groupe a une force de combat de 3 250 personnes, selon le magazine Medium.com.

La 1ère Division côtière :

La 1ère Division côtière est active dans les provinces d’Idlib et à Lattaquié.

Le groupe fait également partie des troupes mercenaires soutenues par la CIA, rapporte le Wall Street Journal. Il avait auparavant reçu des armes antichars étasuniennes, selon Stratfor. Son commandant suprême est le major-général Muhammad Hadj Ali.

Hadj Ali est le déserteur du rang le plus élevé de l’Armée syrienne qui ait rallié les troupes mercenaires. Il a obtenu un doctorat à l’Académie Nasser en Égypte, rapporte Al Araby.

La 1ère Division côtière dispose d’environ 2 800 combattants, selon Medium.com.

La Légion Sham / Faylaq al-Sham :

La Légion Sham est active à Homs, Hama, Idlib et Alep.

La Légion Sham est soutenue par les États-Unis, nous informe le portail militaire russe South Front.

Elle a cependant également participé à l’opération Bouclier de l’Euphrate, ce qui a conduit à ce que les milices kurdes soutenues par les États-Unis attaquent le groupe au nord de la Syrie. Le groupe mercenaire se consacre actuellement aux milices kurdes au nord de la Syrie, peut on lire dans le New York Times. Auparavant, il avait lutté presque exclusivement contre l’Armée syrienne.

Le groupe dispose de 4 000 combattants, rapporte Medium.com.

Le chef du groupe est Mondher Saras, annonce Carnegie. Il n’existe pas d’informations publiquement accessibles sur Saras.

Ahrar al-Scham :

La troupe de mercenaires Ahrar al-Scham est active surtout dans la province d’Idlib.

Elle appartient aux groupes mercenaires soutenus par la CIA, nous dit The International Reporter. D’après des informations de la chaîne de télévision publique russe Sputnik News, l’Arabie saoudite soutiendrait également le groupe financièrement. Al-Masdar News décrit le groupe comme l’un de ceux soutenus par l’« Occident ».

Son commandant actuel est Abu Yahya al-Hamawi, un ingénieur de Hama, qui a étudié à l’Université Tishreen, nous apprend Joshua Landis sur son site internet. C’est toutefois Abu Ammar al-Omar qui doit reprendre le commandement de Ahrar al-Scham, rapporte AP. Al-Omar passe pour un partisan de la ligne dure, qui rejette un cessez-le-feu avec l’Armée syrienne, selon Alalam.

Ahrar al-Scham a une force combattante de 15 000 personnes, d’après Medium.com.

Le Front al-Nusra (Fatah al-Sham) :

Le Front al-Nusra est principalement actif dans les provinces d’Idlib et de Deir-Ezzor.

Selon des recherches menées par le journaliste britannique Peter Oborne, les États-Unis et la Grande-Bretagne soutiennent le Front al-Nusra – la branche syrienne d’al-Qaïda – et de nombreuses troupes mercenaires en Syrie. Cela ressort clairement du documentaire The Report de la BBC Radio. Les États-Unis et le Front al-Nusra seraient dans le même camp lorsqu’il s’agit de combattre le président Bachar al-Assad.

Le commandant en chef du Front al-Nusra est Abu Mohammed al-Julani, selon la BBC. Al-Julani est d’origine syrienne. Auparavant, il avait rejoint al-Qaïda en Irak et a été détenu à Camp Bucca, écrit Orient News.

La Front al-Nusra a 12 000 combattants, selon Medium.com

Le cas particulier du MI6 dans la guerre en Syrie :

Après le renversement de Kadhafi, le MI6 et la CIA ont établi un réseau d’exfiltration de la Libye vers la Syrie. Des armes et des combattants ont été déplacés en Syrie pour renverser Assad.

Les Britanniques et les Français ont formé les rebelles de l’Armée syrienne libre et étaient stationnés sur une base turque. Les rebelles auraient été situés entre autres au nord du Liban et dans certaines de la Libye, rapporte le site militaire du Royaume-Uni Elite & Special Forces.

Asia Times informe que le MI6 et la DGSE française auraient entraîné les rebelles dans la région turque de Hatay et à Tripoli en Libye.

À cela s’ajoute que le MI6, avec la CIA et des instructeurs français, forme et arme des rebelles contre la Syrie en Jordanie, selon le Guardian.

La Brigade des Martyrs de l’Islam / Liwa’ Shuhada al-Islam :

Ce groupe est actif dans la périphérie de Damas / Daraya. C’est la troupe mercenaire la plus importante à Daraya, rapporte Orient News.

Entre 2012 et 2016, le groupe a reçu des armes antichars américaines de la CIA, rapporte le site internet Democratic Revolution, Syrian Style. L’utilisation de telles armes ressort également des vidéos de la troupe.

Le chef militaire de ces mercenaires est le capitaine Saeed Enker. Il a dit à Orient News que son groupe soutiendra à l’avenir les groupe à Idlib, dans la lutte conte Assad.

Medium.com rapporte que le groupe a plus de 1000 combattants.

Le Mouvement islamique al-Muthanna / Harakat al-Muthanna al-Islamiya :

Ce groupe est actif dans la province de Daraa.

L’allié du Mouvement islamique al-Muthana est la milice terroriste d’ISIS (Liwa Shuhada’ al-Yarmouk). Le financement du groupe est opaque. D’après des indications du journaliste arabe Nabegh Soror le groupe aurait, à ses débuts, obtenu des aides financières d’une personne venant des États du Golfe, qui se présentait comme un membre des services secrets. Plus tard, il est cependant apparu qu’il s’agissait d’une personne privée, rapporte Zaman al Wasl.

L’organisation est aussi considérée comme un intermédiaire entre divers groupes islamistes, selon Zaman al Wasl.

Le commandant suprême et « émir » du groupe est Abu Ayyup, sur lequel on sait peu de choses, nous apprend Al Jazeera.

Le groupe a 2 000 combattants, rapporte Medium.com

La Brigade Sultan Mourad :

La Brigade Sultan Mourad opère dans la province d’Alep.

Le groupe est soutenu par la Turquie et participe à l’opération Bouclier de l’Euphrate.

Son commandant est le colonel Ahmet Othman Fehim Isa, nous informe Voice of America.

Le groupe a 1 000 combattants, qui sont principalement des Turkmènes, selon Medium.com. Le groupe appartient à l’organisation militaire principale Armée syrienne turkmène (STO dans son sigle anglais).

L’Armée syrienne turkmène (STO) :

La STO a été fondée en août 2013. Elle est active à Lattaquié, Alep, Idlib, Homs et Hama, rapporte Turkomania.org.

La STO est soutenue par la Turquie. L’aile politique de la troupe est le Parlement turkmène de Syrie, dont le siège est à Istanbul et qui a d’autres représentations à Gaziantep et Yayladag.

Le fondateur et commandant de ces mercenaires est le colonel Abu Bakir Muhammed Abbas, qui est un déserteur de l’Armée syrienne, rapporte Haberler.

Le journal turc Yeni Safak annonce que la STO a plus de 5 000 combattants.

***

Dans ce contexte, il devient clair pourquoi l’Occident ne peut rien faire pour protéger la population en Syrie : il doit faire sortir ses gens de la zone des combats, ce qui est toujours difficile après une bataille perdue. On ne sait pas si les Russes et les Syriens feront en sorte que les mercenaires puissent être éloignés en toute sécurité. On ne sait pas non plus où les mercenaires se rendront à la fin.

Il faut lire les déclarations de l’UE et de l’Allemagne dans ce contexte. L’AFP résume :

Les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne ont appelé à la protection de la population d’Alep, mais ont en même temps avoué leur impuissance dans le conflit syrien. Dans la déclaration finale du sommet de l’UE à Bruxelles, ils ont condamné dimanche soir les attaques sur la grande ville syrienne et demandé que les habitants puissent quitter Alep-Est « dans la sécurité et la dignité ». La chancelière allemande Angela Merkel (CDU) a parlé d’une situation « très déprimante » et a émis de sévères accusations à l’égard de la Russie et de l’Iran.

L’évacuation d’Alep-Est entamée jeudi doit avoir lieu sous la surveillance des Nations Unies, affirme la déclaration finale. En même temps, de l’aide et des médicaments doivent pouvoir être amenés dans la ville. Les médecins et les hôpitaux doivent être protégés dans tout le pays.

Le président du Conseil de l’UE Donald Tusk a demandé à l’issue du sommet européen la mise en place immédiate de « corridors humanitaires » : « La protection des civils est une priorité absolue. »

Dans le même temps, Tusk a admis que dans le conflit syrien, l’UE n’était « pas aussi efficace que nous le souhaiterions » étant donné la « brutalité du régime » et de ses alliés la Russie et l’Iran. Mais l’UE n’est pas indifférente à la souffrance des gens en Syrie et continuera à faire « pression » sur les acteurs.

Merkel aussi s’est exprimée avec tristesse sur la situation en Syrie : « Cette partie de la discussion, je ne veux pas vous le cacher, était très déprimante, parce que nous voyons tous, au XXIe siècle, quelque chose dont nous avons honte, qui nous brise le cœur, et que nous ne pouvons pas agir politiquement comme nous le voudrions. »

En même temps, elle a reproché à la Russie et à l’Iran d’être coresponsables des attaques sur les civils et les hôpitaux d’Alep. Ce sont « des crimes, qui devront aussi être punis ».

Jeudi, l’évacuation des habitants de la partie orientale assiégée a commencé dans la ville d’Alep. À Bruxelles, le président français Hollande a cependant alerté sur le fait que 50 000 personnes étaient encore « piégées » à Alep.

Les menaces de sanctions contre la Russie ne se trouvent pas dans la déclaration finale – les chefs d’État et de gouvernement de l’UE n’ont aucun espoir d’exercer une véritable pression sur Moscou par ce moyen. Dans la déclaration du sommet, il est simplement écrit : « L’UE prend en considération toutes les options disponibles. » Hollande a dit que des sanctions n’étaient pas exclues à l’avenir, mais que « nous n’en sommes pas encore là ».

Le dernier sommet de l’année de l’UE s’est tenu sous l’impression de la situation dramatique à Alep. Le maire de la partie est de la ville, Brita Hagi Hassan, était invité à la rencontre de Bruxelles [Qui n’est pas du tout maire, NdT].

« Nous avons urgemment besoin d’une coalition pour contraindre le régime et les milices iraniennes sur place à respecter le cessez-le-feu, a dit Hassan. Et nous devons organiser l’évacuation des civils en toute sécurité. » Il a averti : « L’Histoire se souviendra du silence international face aux crimes contre l’humanité en Syrie. »

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Le New-York-Times pleurniche… À déguster avec recul et modération

Publié le par Felli Bernard

Le New-York-Times pleurniche… À déguster avec recul et modération


Les conservateurs US – pro Trump – retournent l’accusation de « fausses nouvelles » contre ceux qui l’ont employée


Par  Jeremy W.Peters – Le 25 décembre 2016 – Source New York Times

La CIA, le FBI et la Maison Blanche peuvent bien tous convenir que la Russie était derrière le piratage qui a interféré avec l’élection. Mais cela n’a pas d’importance pour le site Breitbart News, qui a rejeté les rapports des Services de renseignement comme des « fausses nouvelles de gauche ».

Rush Limbaugh a diagnostiqué un problème plus fondamental. « Les fausses nouvelles sont les nouvelles quotidiennes » dans les médias traditionnels, a-t-il dit dans son émission de radio récemment : « Ils ont juste inventé. »

Certains partisans du président élu Donald J. Trump ont également pris la parole. Alors que les journalistes sortaient d’un rassemblement de Trump ce mois-ci à Orlando, en Floride, un homme les a chahutés aux cris de « fausses nouvelles ! ».

Jusqu’à présent, ce terme avait été largement compris comme une référence à des rumeurs fabriquées qui sont censées se propager de manière virale sur internet. Mais les personnalités conservatrices du câble et de la radio, les Républicains de haut niveau, et M. Trump lui-même, incrédules à l’idée que des histoires fausses aient pu aider à faire basculer l’élection en sa faveur, se sont appropriés le terme et l’ont retourné contre toutes les nouvelles qu’ils considèrent hostiles à leur ordre du jour.

En définissant les fausses nouvelles de manière aussi large et en cherchant à en diluer le sens, ils capitalisent sur la perte croissante de crédibilité de tous les fournisseurs d’informations, un produit de la polarisation politique croissante du pays. Et les conservateurs, voyant une ouverture pour saper les médias traditionnels – un ennemi de longue date – sont plus qu’heureux de creuser le trou plus profondément.

« Au fil des ans, nous avons effectivement lavé le cerveau de notre auditoire pour qu’il se méfie de tout ce avec quoi il n’est pas d’accord. Et maintenant, nous sommes allés trop loin », a déclaré John Ziegler, un animateur radio conservateur, qui a critiqué ce qu’il considère comme une partisanerie excessive des experts. « Parce que les gardiens [de l’expertise] ont perdu toute crédibilité dans l’esprit des consommateurs, je ne vois pas comment vous allez l’inverser. »

Les journalistes qui travaillent pour séparer le fait de la fiction voient un dangereux amalgame d’histoires qui se révèlent fausses à cause d’un malentendu légitime avec ceux dont l’intention claire est de tromper. Un rapport, partagé plus d’un million de fois sur les médias sociaux, disant que le pape soutenait M. Trump, était incontestablement un faux. Mais était-ce une « fausse nouvelle » de diffuser des sondages qui montraient Hillary Clinton avec des chances énormes de gagner la présidence ? Les articles d’opinion sont-ils faux s’ils cherchent des faits pour en tirer des conclusions discutables ?

« Les ‘fausses nouvelles’ était un terme spécifique concernant des histoires fabriquées à dessein par des gens pour les clics de souris et le profit », a déclaré David Mikkelson, le fondateur de Snopes, le site qui débusque les mythes. « Maintenant, ce terme recouvre les mauvais reportages, le journalisme biaisé et la propagande pure et simple. Et je pense que nous rendons un mauvais service en regroupant toutes ces choses ensemble. »

L’étiquetage des fausses nouvelles par la droite évoque l’un des efforts les plus fructueux des conservateurs pour réorienter la façon dont les Américains pensent l’objectivité des médias : c’est le comportement de Fox News qui présente sa couverture conservatrice biaisée comme « juste et équilibrée ».

Traditionnellement, les médias grand public avaient pensé leur propre approche en ces termes, en proposant leur couverture comme strictement neutre. Les Républicains ont souvent trouvé cela ridicule.

À l’instar de la promotion omniprésente, par Fox News, de son slogan, l’appropriation par les conservateurs de l’étiquette fausse nouvelle est un effort pour éroder davantage la revendication des médias traditionnels qui se présentent comme une source fiable et précise.

« Ce qui est si inquiétant, à mon avis, au sujet des plaintes que l’on entend maintenant concernant les fausses nouvelles est que le public est déjà, en quelque sorte, imprégné de l’idée que le journalisme n’a pas de crédibilité ni de légitimité », a déclaré Angelo Carusone, le président de Media Matters, Médias d’information. « En conséquence, en appliquant l’expression fausse nouvelle à des informations crédibles, l’accusation devient encore plus crédible. »

Les médias conservateurs sont maintenant enragés à condamner les fausses nouvelles. Lorsque M. Trump a choisi comme secrétaire au Travail, Andrew F. Puzder, la presse a mis en évidence l’opposition de ce dernier à l’augmentation du salaire minimum. Erick Erickson, écrivain et animateur de radio, a alors écrit que M. Puzder aurait mérité davantage de crédit pour avoir remarqué que l’accroissement du salaire minimum entraînait un chômage plus élevé. « Dire les choses autrement, c’est encourager les fausses nouvelles », écrivait-il. (On a effectivement constaté que les effets peuvent varier d’une ville à l’autre.)

Infowars, le site web dirigé par le provocateur conservateur, et théoricien de la conspiration, Alex Jones, a étiqueté comme fausse nouvelle un reportage de CNN disant que Ivanka Trump serait installée dans le bureau de la Maison Blanche normalement réservé à la première dame.

M. Trump a utilisé la situation pour nier les informations, comme il l’a fait sur Twitter récemment, après que diverses sources ont déclaré qu’il resterait producteur exécutif de The New Celebrity Apprentice après avoir pris ses fonctions en janvier. « Ridicule & faux – FAUSSE NOUVELLE ! », tweete-t-il. (Il sera accrédité en tant que producteur exécutif, a dit Mark Burnett, porte-parole du créateur du spectacle. Mais on ne sait pas encore quel travail il fera sur le spectacle, ni s’il y travaillera.)

Beaucoup de conservateurs repoussent avec indignation les accusations de fausses nouvelles [qui auraient soi-disant permis de battre Hillary] parce qu’ils pensent que les progressistes – peu disposés à accepter la victoire de M. Trump – attribuent son triomphe à des facteurs externes néfastes.

« La gauche refuse d’admettre que le problème fondamental n’est pas les Russes, ni Jim Comey, ni les fausses nouvelles, ni le Collège électoral, a déclaré Laura Ingraham, l’auteure et animatrice radio. Les fausses nouvelles ne sont qu’une autre mauvaise excuse pour leur défaite. »

D’autres y voient une intensification de l’effort pour mettre en doute la fonction journalistique de base qui est la vérification des faits. Les sites non partisans comme Snopes et Factcheck.org se sont vus calomniés quand ils ont réfuté des histoires qui arrangeaient les conservateurs.

Quand Snopes a écrit au sujet d’un agent d’assurance de State Farm en Louisiane qui avait affiché un placard, à l’extérieur de son bureau, comparant les contribuables qui ont voté pour le Président Obama à des poulets soutenant le Colonel Sanders [Fondateur du fast-food KFC], M. Mikkelson, le fondateur du site Snopes, a été attaqué comme étant un partisan démocrate qui n’avait jamais pris la peine de contacter l’agent pour avoir un commentaire. Rien n’est vrai.

« Ils essaient de faire mousser tout ce qu’ils peuvent trouver ici et là pour discréditer la vérification des faits », a-t-il déclaré.

Certains conservateurs hautement partisans ont déjà fait des efforts pour affirmer que leur travail de vérification des faits est le même que celui des indépendants comme Snopes, qui dispose d’équipes d’investigation pour fouiller dans les revendications apparemment douteuses.

Sean Hannity, l’hôte de Fox News, a diffusé des éléments de « vérification des faits » dans son émission. Michelle Malkin, la chroniqueuse conservatrice, a un site Web, « Michelle Malkin enquête », dans lequel elle conduit ses propres enquêtes.

Le marché, dans ces temps divisés, est indéniable mûr. « Nous vivons maintenant dans un monde médiatique fragmenté où vous pouvez bloquer les personnes avec lesquelles vous n’êtes pas d’accord. Vous n’êtes exposé qu’à des histoires qui vous font plaisir, et que vous voulez croire », a déclaré M. Ziegler, l’animateur radio. « Malheureusement, la vérité est largement impopulaire. Et, à chaque fois, un bon conte de fées l’emporte sur une vérité difficile. »

Par Jeremy W.Peters

Traduit et édité par jj, relu par Catherine pour le Saker Francophone

Note du Saker Francophone

Nous vous encourageons fortement à consulter les analyses de l'excellent dedefensa.org sur le même sujet :

Dans le tourbillon des “Fake-News”

Fake Réflexions

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La Bundesbank rapatrie son or de New York et Paris « plus tôt que prévu »

Publié le par Felli Bernard

 

La Bundesbank rapatrie son or de New York et Paris « plus tôt que prévu »

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« En janvier 2016, trois ans après avoir débuté le transfert d’une partie de son or détenu à l’étranger dans les coffres de la Banque de France, à Paris, et de la Fed à New York, la Bundesbank a annoncé qu’elle avait rapatrié un total de 366,3 tonnes, portant le total des réserves d’or détenues à Francfort à 1 402 tonnes, soit 41,5% du total de l’or allemand (3 381 tonnes). Une quantité pour la première fois supérieure à celle entreposée à la Fed de New York qui, en date du 27 janvier 2016, hébergeait 39,9% de l’or officiel de l’Allemagne (1 347 tonnes).

« Avec près de 1.403 tonnes, Francfort est, depuis la fin de l’année passée, devant New York le principal lieu de stockage de nos réserves d’or, » a déclaré Carl-Ludwig Thiele, membre du Conseil d’administration de la Bundesbank. « Le rapatriement se déroule sans problèmes. Par rapport à l’année 2014, nous avons réussi à augmenter encore une fois sensiblement le volume de transport. Tout se déroule selon le calendrier prévu, » a ajouté Thiele, en janvier dernier.

En janvier 2013, la Bundesbank avait annoncé son intention d’entreposer la moitié des réserves d’or allemandes dans ses propres coffres à Francfort d’ici 2020, ce qui nécessitait le rapatriement de 300 tonnes d’or de New York et de tout l’or qui se trouvait à Paris, soit 374 tonnes. En janvier 2016, il restait à rapatrier 111 tonnes de New York et 196,4 tonnes de Paris.

Les raisons « politiquement correctes » du transfert, ainsi que la logistique et la mécanique, furent expliquées dans une vidéo de mars 2015 réalisée par la Bundesbank…

 

Les vraies raisons sont différentes… Suite à la publication de plusieurs rapports semant le doute sur l’état réel du stock d’or, l’équivalent allemand de la Cour des comptes a demandé en octobre 2012 l’établissement d’un audit. Plus précisément, la Cour voulait s’assurer que les quelque 3 400 tonnes d’or, dont plus de 2 000 tonnes étaient détenues à l’étranger, existaient réellement, « parce que l’authenticité et le poids des stocks n’avaient jamais été vérifiés. » Le mouvement de rapatriement s’intensifia suite à des rumeurs selon lesquelles une grande partie de l’or détenu à l’étranger aurait été « ré-hypothéqué », que cet or n’y serait plus, qu’il aurait été refondu, prêté ou vendu.

À cette époque, Carl-Ludwig Thiele déclarait au Handesblatt que ces transferts serviraient à « bâtir la confiance », et il essaya vigoureusement de faire taire les rumeurs. Cela dit, rapatrier l’or conservé dans les banques centrales étrangères est précisément l’opposé d’un « acte de confiance ».

À la fin 2013, la Bundesbank annonça qu’elle n’avait réussi à rapatrier que 37 tonnes sur les 700 prévues au calendrier, ce qui exacerba un peu plus la méfiance de la population locale, qui commençait à croire les rumeurs d’or manquant.

Face à la réaction des médias et du public, la Bundesbank accéléra son programme et rapatria 120 tonnes en 2014 et 210 tonnes en 2015, ce qui laissait entendre que la confiance de la Bundesbank envers les autres banques centrales avait diminué.

Vendredi dernier, après presque un an, le journal allemand Bild a rapporté qu’en 2016, la Bundesbank avait rapatrié plus d’or que prévu, dans le but de détenir la moitié des deuxièmes réserves les plus importantes au monde (après les États-Unis) sur son sol.

« Nous avons ramené beaucoup plus d’or en Allemagne en 2016 que prévu initialement. A l’heure actuelle, près de la moitié des réserves d’or [du pays] sont en Allemagne, » a déclaré le président de la Bundesbank, Jens Weidmann, au journal allemand ».

Lire la suite sur Goldbroker.fr

Rappels :

L’or continue de hanter notre système monétaire (J. Rickards)

L’or détenu par les Etats-Unis pourrait avoir disparu (E. von Greyerz)

L’Ukraine admet que son or a disparu : « Il n’y a presque plus d’or dans les coffres de la Banque centrale »

Mario Draghi : « L’or est une réserve de sécurité pour les banques centrales »

 

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 51 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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La CIA et Obama impliqués dans l’assassinat du diplomate russe

Publié le par Felli Bernard

La CIA et Obama impliqués dans l’assassinat du diplomate russe

Un premier rapport du Service de renseignement étranger (SVR) a fourni au Conseil de sécurité (SC) russe, il y quelques heures, concernant l’assassinat de l’ambassadeur Andrey Karlov hier à Ankara, République de Turquie, révèle avec étonnement que l’assassin Mevlut Mert Altintas, était aussi présent près de l’agence de la CIA , située dans le gouvernorat d’Erbil au Kurdistan irakien le 15 juillet (2016), donnant ainsi «une indication plus que forte» qu’il était impliqué dans le coup d’état raté contre le président turcRecep Tayyip Erdoğan [1]. Ce coup d’état était, comme le reconnaissent les Américains [2], dirigé par la CIA (donc par le gouvernement américain) et exécuté par les agents de l’organisation terroriste islamiste de Fethullah Gülen, appelée (FETO).

Selon ce rapport, le président Poutine a autorisé l’envoi en Turquie une équipe de 18 enquêteurs du service de renseignement SVR pour enquêter conjointement avec l’Organisation nationale de renseignement turc (MİT).  Et qu’une des premières « fonctions » qu’ils ont jouée était le suivi du passé électronique des dossiers dutéléphone de l’assassin, avec ceux de sa famille et associés connus.

Le 15 juillet cet assassin a été mis en service avec son régiment de police à Diyarbakır, situé dans la province de Diyarbakır, lorsque le coup d’état dirigé par les États-Unis [2] contre le président Erdoğan a eu lieu. Mais au lieu de déclarer ces faits aux forces de police turques, ce policier est parti congé de 2 jours, accordé« inexplicablement »  par son commandant Kahraman Sezer. Ce dernier sera arrêté après l’échec du coup d’état en raison de ses liens avec l’organisation terroriste FETO de Fethullah Gülensoutenu par la CIA.

Selon ce rapport, le président Poutine a autorisé l’envoi en Turquie une équipe de 18 enquêteurs du service de renseignement SVR pour enquêter conjointement avec l’Organisation nationale de renseignement turc (MİT).  Et qu’une des premières « fonctions » qu’ils ont jouée était le suivi du passé électronique des dossiers dutéléphone de l’assassin, avec ceux de sa famille et associés connus.

Après avoir obtenu ce congé extraordinaire alors que la Turquie était au milieu d’un coup d’État, les experts en renseignement électronique du SVR ont été en mesure de suivre l’utilisation du téléphone de cet assassin le 15 Juillet sur un parcours de 386 kilomètres (240 miles). Ce suivi a montré qu’il a voyagé  de Diyarbakir à Erbil. Après quoi son téléphone a été «silencieux» pendant 7 heures. Puis il a été réactivé dans les premières heures du matin du 16 Juillet, ce qui a permis de le voir revenir à son domicile en ville en Turquie, pour reprendre son boulot.

Les dossiers d’enquête du MİT turc sur les déplacements de cet assassin dans les environs de la base de la CIA à Erbil lors du coup d’État du 15 juillet, montrent qu’il a menti, car il avait déclaré que son voyage au Kurdistan irakien était motivé pour visiter un cousin malade, qui enseignait à l’école « Fethullah Gülen » à Erbil. Pour cette fausse déclaration, il a été suspendu  le 4 octobre de ses fonctions dans la police. Cependant, sans qu’aucune explication ne soit trouvée dans ses dossiers, il a été réintégré le 16 novembre, avec tous les pouvoirs qu’il avait avant sa suspension.

Les enquêteurs SVR dans ce rapport notent en outre que l’école « Fethullah Gülen » à Erbil, visitée par cet assassin le 15 Juillet, a été fermée et vendue par les autorités irakiennes du Kurdistan, après que les agents de sécurité du MİT turcs leur aient fourni les preuves que ces écoles sont liées au coup d’état raté de la  CIAcontre le gouvernement légitimement élu de la Turquie.

De même, le gouvernement turc et ses analystes du MİT ont fourni au régime Obama 85 boîtes de preuves prouvant l’implication de la CIA et de Fethullah Gülen dans le coup d’État du 15 juillet, mais jusqu’à cette heure-ci, le régime Obama refuse toujours de le reconnaître ou de s’expliquer.

Bien que de nombreuses questions relatives à ces deux associations d’assassins (la CIA et l’organisation terroriste FETO de Fethullah Gülen) restent à découvrir, de nouvelles preuves émergentes faisant l’objet d’une enquête par le SVR et le MİT montrent maintenant un lien direct entre ce meurtre et celui, quelques heures plus tard, du diplomate russe Petr Polshikov, qui a été abattu dans sa maison de Moscou.

Ces deux meurtres de diplomates russes ont eu lieu 72 heures après qu’Obama ait menacé la Russie au sujet de la revendication absurde qu’elle s’était ingérée dans des élections présidentielles américaines. Obama avait annoncé que ses représailles contre la Russie « peuvent être explicites et publiées; et d’autres représailles ne le seront peut-être pas ».

Si, effectivement, ces deux assassinats sont fermement liés, la menace du président Poutine disant que « les tueurs vont en supporter amèrement les conséquences » deviendra une sombre réalité pour la CIA et Fethullah Gülen, ainsi qu’un grand malaisepour Obama.

Depuis qu’il est devenu évident qu’Obama et la CIA sont liés à l’assassinat à cet ambassadeur russe, le président élu Donald Trump a compris le message. Dorénavant, il se protège fortement avec ses propres forces privées de mercenaires d’élite aguerris des entreprises de sécurité  KS Global Group LLC, Black Tie Services de protection, ASIT Consulting et XMark LLC. [3].

De plus, il vient d’annoncer qu’il gardera ses protections privées jusqu’à ce qu’il prenne possession du Bureau Ovale, ce qui est une sorte d’outrage envoyé aux services de sécurités officiels, qui, sous Obama-Clinton, ont brillé par leur incompétence et leur corruption. On se rappelle comment JFK a été assassiné par la CIA pour avoir osé la défier, et comment Reagan a été « réduit en légume » par la CIA pour la même raison.

 

Via LCP

 

1 commentaire Publié par le 28 décembre 2016

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Cessez-le-feu en Syrie signé par les jihadistes à l’exception d’al-Qaïda et de Daesh

Publié le par Felli Bernard

Cessez-le-feu en Syrie signé par les jihadistes à l’exception d’al-Qaïda et de Daesh

| Damas (Syrie)
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Réseau Voltaire — Un cessez-le-feu a été conclu en Syrie, a annoncé le président russe Vladimir Poutine, en présence de ses ministres des Affaires étrangères et de la Défense [1]. La Russie et la Turquie s’en sont portées garants. La République islamique d’Iran qui a participé à l’élaboration de l’accord se tient discrètement en réserve.

Trois documents ont été signés par la République arabe syrienne et sept groupes rebelles représentant plus de 60 000 jihadistes :
 1. Faylaq al-Cham (4 000 combattants)
 2. Ahrar al-Cham (16 000 combattants)
 3. Jaysh al-Islam (12 000 combattants)
 4. Suar al-Cham (12 000 combattants)
 5. Jaysh al-Mujahidin (8 000 combattants)
 6. Jaysh Idlib (6 000 combattants)
 7. Jabhat al-Chamiyah (3 000 combattants)

Les trois documents sont :
 Le cessez-le-feu (excluant al-Qaïda et Daesh) sur l’ensemble du territoire à partir de ce soir, jeudi 29 décembre 2016, à minuit heure locale.
 Les mesures visant au respect de la trêve et au déploiement des forces russes.
 Les conditions des négociations de paix qui se tiendront à Astana (Kazakhstan). L’Iran et Égypte seront associés à ces négociations et les États-Unis pourront s’y joindre une fois le président élu Donald Trump investi (c’est-à-dire après le 20 janvier 2017). L’Arabie saoudite, l’Irak, la Jordanie, le Qatar et les Nations unies seront sollicités.

L’accord brise l’unité des jihadistes en deux groupes : d’un côté ceux qui poursuivent les objectifs de l’Otan et qui ont refusé de le signer, de l’autre ceux qui ont accepté de baisser les armes.

En parrainant cet accord avec la République islamique d’Iran, la Turquie —membre de l’Otan— a renoncé à son ambition de devenir le leader du monde sunnite et s’est éloignée des États-Unis.

La Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution a annoncé qu’elle soutenait cet accord.

Au début du mois, le Qatar s’est retiré de la guerre contre la Syrie. Il est entré au capital de Rosneft, la plus grande société au monde, et a lié sa politique énergétique à celle de la Russie.

Cet accord est en discussion depuis deux mois. Les parties qui s’y opposent —particulièrement Israël et le Royaume-Uni— ont tenté de le faire échouer en assassinant l’ambassadeur de Russie à Ankara, puis en bombardant les 28 et 29 décembre l’ambassade de Russie à Damas.

Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ne participent pas à ce cessez-le-feu. Washington a été accusé par le président Erdoğan de continuer à soutenir Al-Qaïda et Daesh, ce que l’ambassade US à Ankara a démenti. Cependant, le président sortant Barack Obama a signé, le 23 décembre, la loi fiscale de Défense autorisant la livraison d’armes à l’« opposition » (sic) en Syrie.

L’Arabie saoudite, qui n’a pas commenté l’accord, a annoncé venir en aide aux réfugiés syriens. Le royaume devrait distribuer de l’aide humanitaire, exclusivement à partir des mosquées qu’elle a installées dans les camps de réfugiés.

Le président Poutine a donné ordre à son ministre de la Défense de réduire la présence militaire russe en Syrie. Cependant, la Russie poursuivra son action contre le terrorisme (al-Qaïda et Daesh).

La guerre contre la Syrie a coûté la vie à au moins 300 000 Syriens. Elle a été planifiée par les États-Unis et leurs partenaires de l’Otan, et financée par les monarchies du Golfe.

Réseau Voltaire

Voltaire, édition internationale

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CPI : autopsie d'un naufrage judiciaire

Publié le par Felli Bernard

CPI : autopsie d'un naufrage judiciaire

 

 
22 décembre, 2016
Note d'analyse
Leslie Varenne

 

Plusieurs Etats africains ont annoncé leur retrait de la Cour Pénale Internationale (CPI), il s’agit de l’Afrique du Sud, du Burundi et de la Gambie. La Russie a également décidé de retirer sa signature du traité de Rome, qu’elle n’avait, par ailleurs, pas ratifié. L’hémorragie ne devrait pas s’arrêter là puisque d’autres pays, le Kenya, les Philippines, et l’Ouganda ont déjà fait part de leur intention de claquer la porte de cette Institution. La Namibie, quant à elle, a adopté une position originale, elle reste, mais à une condition : que les Etats-Unis en deviennent membre. Ces départs sont importants ; pour autant, ils ne sont pas responsables de l’état de mort cérébrale dans lequel se retrouve cette juridiction, ils ne sont que la conséquence de l’agonie de cette forme de justice internationale. Si la CPI n’a aucune chance de sortir de l’unité de soins palliatifs dans laquelle elle s’est elle-même installée, c’est avant tout parce que l’idéologie qui l’a portée sur les fonds baptismaux a trépassé. Cette Cour a été fondée pour porter les « nobles idéaux » de ses principaux bailleurs de fonds occidentaux : droits de l’homme, droit d’ingérence, protection des populations civiles avec la Responsabilité de Protéger (R2P). Ces « valeurs », répétées à l’infini et tordues dans tous les sens, se sont révélées être de simples instruments d’une politique internationale au service d’un monde unipolaire. Les conflits de 2011, en Libye et en Côte d’Ivoire, ont dévoilé l’imposture. Quels droits humains ont été préservés alors que les résolutions des Nations Unies n’ont pas été respectées et le droit international bafoué ? Quelles populations ont été protégées par la R2P, pour la première fois mise en œuvre lors de ces deux guerres menées par des coalitions occidentales [1] ? Sûrement pas celles de Duekoué en Côte d’Ivoire ou de Tawergha en Libye. Les secousses telluriques qui traversent le monde actuellement sont dues aux retours de boomerang des conflagrations de 2011. Si les Russes et les Chinois ont, dès octobre 2011, mis leur véto au Conseil de Sécurité au projet de résolution sur la Syrie, c’est parce qu’ils avaient retenu les leçons des conflits libyen et ivoirien. La Syrie a redistribué les cartes, les va-t-en-guerre américains et leurs alliés européens ne décident plus seuls, le monde devient multipolaire et entre de plain-pied dans le 21ème siècle, emportant avec lui l’étendard des « valeurs » occidentales du siècle dernier. La CPI aurait pu sortir de son coma et survivre à ces bouleversements si elle avait su dépasser son rôle d’instrument de « l’approche globale » [2], de gardienne du temple du droit du plus fort et qu’elle était devenue la Cour d’une véritable justice internationale impartiale et efficace. Il n’en est rien...

 Fatou Bensouda, procureur de la CPI

 

Une année dans la vie de la CPI…

Le procès de Laurent Gbagbo et de son co-inculpé Charles Blé Goudé  s’est ouvert le 28 janvier 2016. Le 9 décembre 2016, la Chambre a décidé d’interrompre les débats pendant deux mois au motif que les Etats parties n’avaient pas attribué assez de fonds pour que la Cour soit en mesure de mener trois audiences à la fois. Pourtant, chaque année, son budget est en augmentation, il est passé de 130 millions d’euros en 2015 à 139 millions d’euros en 2016 et sera encore en nette progression en 2017 avec 148 millions d’euros alloués. Mais il est vrai que cette somme reste faible au regard de la nouvelle politique de cette Institution. Aux abois, elle adopte une stratégie de survie et tente de parer les coups de ses contempteurs qui l’attaquent politiquement mais également sur son efficacité et son bilan. Ainsi, pour réfuter l’argument selon lequel seuls les pays africains sont poursuivis, elle a ouvert en janvier 2016 une enquête sur les événements de 2008 en Géorgie. Accusée de lenteur, elle a condamné en un temps record le Malien, Ahmad Al Faqi Al Mahdi à neuf années de prison. Il était jugé pour la destruction de mausolées à Tombouctou. La tâche des juges a été grandement facilitée par le fait qu’Al Mahdi plaide coupable. Si dans cette affaire, la Cour a exaucé les vœux de l’Unesco, elle a outragé les Maliens, comme si les exactions contre le patrimoine étaient plus importantes que les crimes de sang commis dans leur pays. Toujours dans la même idée de redorer son bilan, la CPI a, 12 ans après le début de son enquête, ouvert le procès de l’Armée de Libération du Seigneur (LRA). Mais faute d’avoir pu mettre la main sur Joseph Kony, le chef de cette milice ougandaise toujours en fuite, elle juge aujourd’hui Dominic Ongwen. Ce dernier est à la fois une victime et un bourreau, un ancien enfant-soldat devenu seigneur de guerre. Enfin, elle a condamné en juin le Congolais Jean-Pierre Bemba, détenu à la Haye depuis huit ans, à 18 ans de prison. Il a fait appel. Puis elle l’a déclaré coupable une nouvelle fois en octobre, avec quatre de ses co-accusés, dans une sombre affaire de subordination de témoins. Cinq condamnations en un seul jugement… La Cour fait du chiffre, comme d’autres organisations internationales, elle adopte une pratique entrepreneuriale et améliore ses performances. En moins d’une année, elle est passée de deux condamnations à neuf. La CPI maquille son bilan comptable, mais elle n’évitera pas la faillite, comme le démontre le procès Gbagbo. 

« Aucun système légal au monde ne peut accepter que des témoins soient soudoyés, incités à mentir ou briefés. »

L’ancien Président ivoirien est incarcéré depuis plus de cinq ans, il peut donc patienter deux mois de plus. Les débats reprendront le 6 février 2017. En une année, la Cour n’a entendu qu’une trentaine de témoins sur les 138 annoncés. Depuis la note de l’IVERIS, publiée le 6 février 2016, « CPI chronique d’un désastre annoncé », rien n’est venu contredire la catastrophe prédite, bien au contraire. Lors de son premier exposé ouvrant le procès de l’ancien Président ivoirien et de son co-accusé Charles Blé Goudé, le procureur, Fatou Bensouda, déclarait que le travail de son organisation consistait à : « établir la responsabilité pénale individuelle au sujet des crimes commis par les forces armées de la Côte d’Ivoire ainsi que par les groupes de jeunes, les milices et les mercenaires. » Or, après une année d’audiences, aucune preuve, aucun élément, aucun témoignage n’aura permis d’apporter de l’eau au moulin de l’accusation. Pire, la vérité, si importante à connaître pour qu’une véritable réconciliation nationale ait lieu dans un pays encore traumatisé par la guerre, s’éloigne un peu plus chaque jour. La CPI offre le spectacle désolant d’une tartufferie parée de procédures et de verbiage juridiques chargés de donner une caution de sérieux à la farce en cours. Le seul moment de bravoure, donnant quelques clés aux juges pour comprendre la complexité du conflit ivoirien, a été la déposition haute en couleur de Sam l’africain. Devant la Cour, cet ancien partisan de Laurent Gbagbo, convoqué par l’accusation comme témoin à charge [3], a déclaré : « Le procureur cherche à déterminer les responsabilités des coupables, c’est son rôle, vous êtes là pour mettre de l’ordre dans les violences qui se créent dans le monde. Pour la crédibilité même de cette Institution, il faudrait que les choses soient faites bien et correctement. Que le débat soit centré sur les vrais problèmes. » Les paroles sages de Sam l’Africain sont restées vaines. Après ce court épisode de lucidité, les audiences ont repris, fastidieuses, sans fil conducteur, brouillonnes, entrecoupées de multiples huis clos partiels qui nuisent au suivi de l’audience et à la compréhension des débats. Aucune figure, aucune personnalité ayant joué un rôle important en 2010-2011 n’a été entendue. Reste un défilé de témoins, dont la crédibilité est trop souvent sujette à caution et qui parfois méconnaissent les faits sur lesquels ils sont pourtant interrogés. Sur quels critères le bureau du procureur choisit-il ceux qui viennent raconter leur histoire à la Haye ? La CPI devrait méditer sur les propos tenus par le juge Bertram Schmitt, lors du procès pour subordination de témoins dans l’affaire Jean-Pierre Bemba : « Aucun système légal au monde ne peut accepter que des témoins soient soudoyés, incités à mentir ou briefés. Le jugement d’aujourd’hui envoie un message clair : la cour refuse que ses procédures soient freinées ou détruites ». Sans aucun doute ces deux petites phrases surprendront ceux qui suivent le procès Gbagbo tant la liste de tous les témoins « troublants » appelés à la barre est longue [4]. Mais l’Institution n’en a cure puisqu’elle n’a de compte à rendre à personne, comme le rappelle l’historien John Laughland « elle incarne le principe de pouvoir sans responsabilité ». Outre les critères du choix des témoins, toutes ces auditions mettent également en lumière l’absence criante d’investigation, tant à charge qu’à décharge, de la part de la CPI, contrairement à sa mission qui consiste à mener des enquêtes pour être en capacité de juger les accusés. Pourtant, elle aurait pu réaliser une instruction sérieuse. Mais le veut-elle ?

Prochain article à paraître sur le sujet avant la fin de l'année : de Sarajevo à Abobo

Leslie Varenne

 

[1] La coalition occidentale en Libye était soutenue par certain pays du Golfe, Qatar et Arabie Saoudite.
[2] Le concept d’approche globale désigne la nécessité d’une synergie entre instruments militaires et civils dans la gestion des crises. Il cristallisé sous sa forme actuelle dans la première moitié des années 2000. Présent à la fois dans l’OTAN et dans l’UE, il se réfère à la mise en œuvre d’une palette d’instruments divers pour promouvoir la stabilisation à long terme. Lire l’article "Libye une guerre holistique" de Bruno Husquinet.
[3] Sam l'Africain a été contacté en 2011 par le bureau du procureur d'Abidjan alors qu'il était déténu à l'hôtel de la Pergola. Dans ces conditions, il lui était difficile de refuser la proposition de la CPI, d'autant qu'en cette période post-guerre troublée, sa collaboration avec le bureau du Procureur lui garantissait une certaine sécurité. A la barre, il a fait preuve d'une habileté exceptionnelle pour revenir sur ses premières dépositions.
[4] A ce titre, les deux dernières auditions de l'année sont édifiantes, il est possible de les revoir sur ce site.

 

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cpi, côte d'ivoire, afrique, libye, mali

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